Politique
américaine
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Est-ce
que le vent tourne pour Donald Trump?
2/3 of America to Lose Everything
Because of This Crisis
The End of America
Présidentielles 2012
Barack Obama
est réélu
Les défis économiques d'Obama - Alain Dubuc
Dear Mr. President: America’s fiscal health is on
life-support - JEFFREY SIMPSON
Next four years for Obama will be a long, hard slog
- Margaret Wente
U.S. President Obama wins second term in White House
President
Barack Obama Victory Speech 2012
Le président a gagné
Barack Obama sera- t- il réélu ?
Is
Obama doomed to be a one-term president?
L’ÉCONOMIE PEUT- ELLE COULER OBAMA ?
Press Works To Debunk
Texas Miracle
RICK PERRY’S TEXAS ECONOMIC MIRACLE?
The Texas Unmiracle
All Hat, No Cattle
Krugman: I’m So Right About Rick Perry, Even Data
Supporting Perry Prove It
Breaking down Rick Perry’s ‘Texas miracle’
Se pourrait-il donc qu'Obama puisse déjà être bel et bien
considéré comme un grand président ?...
Un président plus fort
Voir aussi Obama et la santé
... ou s'il s'avérait qu'en bout de ligne, il aura plutôt
déçu ?...
Obama
est- il vraiment notre ami?
Les
relations internationales des États-Unis sous Barack Obama
- La continuité avant le changement
La
lâcheté de Barack Obama- Victor-Lévy Beaulieu
Un
« amateur » à la maison- Blanche
Barack,
as- tu du coeur?
Barack Obama: a movable president
The pain of black America just got worse
It’s all breaking bad for Obama - MARGARET WENTE
Barack Obama, Prix Nobel de la Paix ?...
Barack Obama reçoit le traitement Bob Woodward
Un prix de la paix pour un président de
guerre - Richard Hétu
Obama
reçoit le Nobel avec humilité
UN PRIX POUR DE BONNES INTENTIONS
- AGNÈS GRUDA
Une récompense à double tranchant - RICHARD
HÉTU
Le Nobel de l’espoir - MARIO ROY
Voir aussi Obama, ou la "puissance douce" du
monde...
Obamania
Joyeux
anniversaire,
Barack
No
deal
in
sight
on
U.S.
debt
Un
politicien comme les autres?
Un
président et sa cote de popularité
Un
président plus fort
Primaires:
les démocrates trouvent matière à se réjouir
Obama
lit un conte de Noël à des enfants
Obama,
l'homme le plus puissant du monde
Une présidence
prometteuse - Robert Asselin
Obama : Roosevelt serait fier - John
Parisella
OBAMA : ENCORE EN LUNE DE MIEL - NICOLAS
BÉRUBÉ
Les premiers 100 jours d'Obama - UN RYTHME
D’ENFER
Un ami qui vous veut du bien - ALEXANDRE SIROIS
L’ébauche d’une doctrine Obama -
RICHARD HÉTU
Le lutteur - Nicolas Bérubé
Obama interviewé par un écolier de 11
ans
... ou plus tant que ça ?...
Upset
win by Republicans in New York seen as Obama rebuke
Les
bons coups ont coûté cher
Des
élections de catégorie 4 ou 5 aux États-Unis
Le
dilemme Obama
Un
président et sa cote de popularité
Un
vent de contestation souffle sur les primaires
Les
primaires de la colère
Obama
vole de nouveau au secours des démocrates en difficulté
Obama
peut-il rebondir? - Richard Hétu
Rude semaine pour les démocrates américains
La
raclée - Mario Roy
Le
41e sénateur - Lysiane Gagnon
Un
républicain enlève le siège de Ted Kennedy
Obama
risque l'humiliation
Obama
et son «hiver d'épreuves»
Les
Américains
divisés
sur
Obama
Un
élu démocrate passe dans le camp des Républicains
Obama:
de moins en moins populaire
États-Unis:
les élections de 2010 se préparent
Obama,
un an après: un certain désenchantement
Triomphes
républicains au New Jersey et en Virginie
Un
référendum sur Obama?
Moins
d'attentes envers Obama
LA COTE D’OBAMA TOMBE À
50% - Nicolas Bérubé
Le rêve est-il déjà terminé ?...
Obama
has no solution to world's oil addiction
Presiding
over
disaster
How
did
Obama
morph
into
Bush?
Santé,
climat: Obama semble s'accommoder de demi-victoires
Rentrée périlleuse pour Obama -
RICHARD HÉTU
Il ne marche pas sur l’eau -
Lysianne Gagnon
Obama tente de regagner l’appui des gais
Le président Obama démontrerait-il donc un déficit de
leadership ?
Barack
Obama
fails
to
fight
for
his
values
-
Globe
Editorial
The Republicans only look like they won – which may be all
that matters
... et pourtant, mérite-il vraiment les critiques qui
peuvent lui être adressées ?...
Chicago was Obama's kind of town. Maybe Washington isn't -
Jeffrey Simpson
Le
choc du présent - Mario Roy
... et au fait, jusqu'à quel point peut-on tout reprocher à
celui qui détient le "job le plus difficle au monde" ?...
A messiah is not enough
Un
sénateur démocrate se retire
Obama:
le
poids
des
responsabilités
-
Jocelyn
Coulon
Le
syndrome
du
messie
-
Stéphane Laporte
La faute d'Obama? - Lysiane Gagnon
Un
an après, Obama reconnaît éprouver doute et déception
Se pourrait-il donc que changer le monde s'avère un peu plus
facile à dire qu'à faire, après tout ?...
Rahmadan - Joe Klein
Attacks
on 'Rahmbo' reveal White House in crisis
Le
facteur noir
Un
an après, la promesse Obama à l'épreuve des faits
Et quoi qu'on puisse penser d'Obama, serait-il même
envisageable de nier que ce dernier fasse à peu près tout ce
qui est en son possible en vue de pratiquer ce que l'on
pourrait qualifier de "politique du compromis" ?...
Obama,
ce
«
républicain
modéré
»
Et en fait, les difficultés d'Obama ne mettent-elles pas
surtout en évidence la déliquescence du système politique
américain ?...
Où
est la grogne?
Can
America
be
put
back
together?
The
Civil
War
never
ended
–
it
just
gave
way
to
an
uncivil
one
Budget
battle
lays
bare
American
culture
war
Can
Americans be saved from themselves? - Gerard Caplan
Ideological
warfare
leaves
little
room
for
deficit
reduction
Just
another
vote
for
dysfunctional
polarization
Et
maintenant,
la
paralysie
Une Amérique déboussolée
Les élections du désarroi
L’heure du thé
Demi-victoire
pour les républicains et le Tea Party
Et
le
candidat
le
plus
insolite
est…
America
needs
new
politics
Une
querelle dangereuse
LA REPRISE EN OTAGE - Pierre
Fournier
La cause Alito contre Obama
Révolution
dans la loi électorale américaine
... et ne démontrent-elles pas surtout à quel point la
polarisation et l'entêtement idéologiques ont pu rendre le
gouvernement américain pratiquement dysfonctionnel ?
Une guerre de perceptions
La limite
D'ailleurs, la crise de la dette aux États-Unis n'est-elle
pas en train de prouver à quel point l'excès de
partisannerie et d'entêtement idéologique, notamment dans ce
pays, peut justement entraîner un pays dans ni plus ni moins
que sa propre chute ?...
Even if it wanted to, U.S. can’t pull off Canadian-style
‘fiscal miracle’
Dette
américaine - Irresponsable!
Dette:
Obama appelle au compromis, les démocrates préparent un
plan concurrent
Le plan Boehner adopté... puis rejeté
Le
président
qui
pourrait
perdre
le
«
triple
A
»
Boehner
pris
au
piège
du
Tea
Party
U.S. Senate kills Boehner debt bill two hours after it
passes in the House
House
Republicans survive showdown, pass bill on U.S. debt
ceiling
In
U.S. debt deal, "compromise" is a dirty word
Un
cocktail de facteurs a mené la superpuissance au bord du
gouffre
Perspectives
- La tyrannie du triple A
Relèvement
du
plafond
de
la
dette
américaine
-
Un
désaccord
fait
craindre
un«effet
papillon»
sur
l'économie
mondiale
Obama
to
stress
'incalculable'
harm
of
debt
failure
Hope
fades for partisan bargain over U.S. debt crisis
Crise
de la dette - Espoirs déçus à Washington
Le
spectre
de
septembre
2008
Pre-election
posturing
and
the
U.S.
debt
crisis
No
deal
in
sight
on
U.S.
debt
Relèvement
du plafond de la dette américaine - Le bras de fer se
poursuit
Les
États en défaut de paiement - Une cause de récession
Écoutez
ce que vous disent les agences de notation
GOP freshmen turn Boehner’s dream job into a nightmare
Une
«
crisemajeure
»
en
cas
de
défaut,
avertit
la
Fed
Will
Americans
‘do
the
right
thing’
on
debt?
-
Jeffrey
Simpson
In debt talks,
Republicans refuse to lead - Globe Editorial
Le
compte
à
rebours
est
amorcé
Les yeux tournés sur le 2 août
Après la fête, la facture
Le douzième commandement
Obama
fait monter les enchères
Tu
ne
hausseras
point
les
impôts
États-Unis
- L'impasse
Et jusqu'à quel point le dénouement de cette tragi-comédie
est-il vraiment porteur d'espoirs ?...
Une
entente
coûteuse
États-Unis
- La dette américaine bondit au-dessus du PIB
Relèvement
du
plafond
de
la
dette
américaine
-
Les
É.-U.
n'ont
pas désamorcé «la bombe de leur dette», estime la Chine
Note
de
crédit
-
Regagner
un
AAA
perdu
est
possible,
mais
très difficile
Fin
du feuilleton de la dette
À la prochaine crise
Dette
américaine - Le contresens
Réduction
du déficit aux États-Unis - Le problème de la dette reste
entier
États-Unis
- Un abaissement de la cote pourrait être indolore
Le
supplice
de
la
dette
La
Chambre
adopte
le
compromis
Top
Senate
Democrat
supports
debt
pact
U.S. lawmakers close to deal to avoid default
Dette
des États-Unis - Faute de parvenir à une entente, le
Congrès américain songe à un plan B
Relèvement
du plafond de la dette américaine - Obama rencontre des
chefs du Congrès
La « bande des six » à la rescousse
Et s'il y avait finalement un véritable espoir en vue?
États-Unis
- Accord au Congrès sur un compromis fiscal
Les républicains capitulent
Un
blocage pas comme les autres à Washington
Et si, aux États-Unis, il y avait carrément quelque chose
qui se trouvait à être viscéralement, sinon absolument
opposé à toute forme de changement ?...
C’est le centre qu’on veut assassiner
Et de toute façon, pourrait-on vraiment penser qu'Obama
puisse être du genre à baisser les bras ?...
Yes we try - Ariane Krol
Place à Obama 2.0
Le
retour du «réformateur»
L'Amérique
au travail
Objectif:
reconquérir les Américains
Y a-t-il d'ailleurs quoi que ce soit à son épreuve ?...
Un président plus fort
La
semaine
des
succès
-
Agnès Gruda
WASHINGTON La folle semaine du
président
Et s'il y avait toujours moyen d'espérer, après tout ?...
Fermeture
de la prison de Guantanamo - Obama prêt à défier le
Congrès
«
Les républicains vont se planter »
Et si Obama amenait réellement le changement, après tout
?...
Les
bons coups ont coûté cher
Les
cadeaux
de
Noël
d’Obama
Obama
finding
a
way
through
the
legislative
‘gridlock’
Journée faste en vue pour Obama
Obama
crafts
transformative
presidency
Un
président plus fort
Voir aussi Obama et la santé
Obama Seeking Tax on Biggest
Banks
Vers
la fin du tabou homosexuel dans l'armée américaine
Les
lobbies américains sous pression
L’administration Obama rompt avec la « guerre
contre la drogue »
Et qu'en est-il de la charmante Michelle ?...
Michelle Obama mobilise les chefs cuisiniers pour lutter
contre l'obésité
Maman
en chef, un an plus tard - Marie-Claude Lortie
L'an
1 de Michelle O - Nathalie Collard
LA NOUVELLE MICHELLE -
Marie-Claude Lortie
Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland
Cohen
Inspirante Michelle - NATHALIE COLLARD
...et de la petite famille présidentielle ?...
Sasha
et Malia Obama aiment la Maison-Blanche
...et quoi de neuf pour Hillary ?...
LE RETOUR D’HILLARY CLINTON
- Richard Hétu
Hillary Clinton en tournée africaine
... ou même pour Bill ?
UN CAUCHEMAR DE CINQ MOIS PREND FIN -
Nicolas Bérubé
L’effet Bill Clinton
- Richard Hétu
Voir aussi... La vie après la
Maison-Blanche - Richard Hétu
... et que dire de Jimmy, pendant qu'on y est ?...
En
bref - Jimmy Carter obtient la libération d'un compatriote
Carter
en mission en Corée du Nord embarrasse Washington
Car après tout, la plus grande force ne reste-t-elle pas
d'abord et avant tout de savoir bien s'entourer ?...
Une grand-mère puissante et infatigable
Obama vs l'économie...
« Tax me »
États-Unis
-
Le
milliardaire
Warren Buffett appelle à taxer plus lourdement les
millionnaires
Crédit
immobilier - Obama signe l'arrêt de mort de Freddie et
Fannie
Selon
le milliardaire Warren Buffett - Les riches Américains
devraient payer plus d'impôts
Obama
en campagne en Ohio - Les riches doivent payer leur juste
part d'impôts
Wall
Street sous la férule d'Obama
La réforme Ikéa
Obama
promulgue la réforme de Wall Street
Le
Congrès américain offre à Obama la réforme de Wall Street
U.S.
Senate
votes
to
reform
Wall
Street
Réforme
financière - Wall Street a échoué, dit Obama
Les
républicains lèvent leur blocage de la réforme de Wall
Street
Réforme
financière: les républicains bloquent encore le débat
La
Fed principal régulateur des banques?
Where
did
the
bank
bailout
money
go?
L'aide
alimentaire pour 39 millions d'Américains
Les
grandes banques doivent être «cassées», selon la Fed
Obama
obtient le soutien inédit de 13 républicains au Sénat
Exportations
- Les États-Unis à l'assaut des pays émergents
For
Obama,
being
a
deficit
hawk
was
not
an
option
Casse-tête
budgétaire - Ariane Krol
Obama
veut un gel partiel du budget pendant trois ans
Créer
des emplois avant tout
Obama
au chevet de la classe moyenne
Obama
approuve
une
task force en charge du déficit
Le
chantier inachevé de Barack Obama - Sophie Cousineau
Obama,
«Robin des Bois», selon un ministre italien
Obama
défend sa proposition de taxe sur les banques
Obama veut taxer 50 banques
Obama songe à taxer les banques sauvées par Washington
Les
banques à politique salariale risquée dans la mire de
Washington
L'anti-réforme
de Wall Street
La
Chambre américaine approuve la réforme de Wall Street
Obama limite les salaires des patrons d'entreprises
renflouées
Obama
mobilise les entrepreneurs pour relancer l'emploi
«Obamanomics»:
un bilan mitigé
Obama annonce un forum sur
l’emploi en décembre
É-U:
le patronat critique le projet de réforme financière
Primes des banquiers : Les
États-Unis passent à la vitesse supérieure
Obama
exhorte les banques à prêter davantage aux PME
Contrôler les salaires des grandes banques
américaines?
Wall Street peste contre
Washington
WASHINGTON Les primes
restent sur la sellette
Geithner conseillé par des
banquiers millionnaires
Spitzer dénonce le « jeu de chaises
musicales » d’Obama
Les 5 recommandations du shérif de Wall Street
- Vincent Brousseau-Pouliot
Wall Street n’a pas retenu les leçons de la
crise, juge le président Barack Obama
La « prime à la casse » a permis
la vente de 700 000 automobiles
Déficit Washington revoie les
chiffres à la baisse
ÉTATS-UNIS Les plus riches
pourraient subir des hausses d’impôts
Barack Obama défend sa politique de relance
OBAMA ET LA CRISE « Nous avons éteint
l’incendie »
États-Unis : Un nouveau
plan de relance serait nécessaire
OBAMA PROPOSE UNE RÉFORME
HISTORIQUE - Steven Hurst
La Fed vous a à l’oeil - SOPHIE COUSINEAU
Il faudra un temps «
considérable » pour sortir de la crise, dit Obama
Bras de fer entre Washington et Wall Street - RUDY LE
COURS
Grands maux, grands moyens - SOPHIE COUSINEAU
BUDGET AMÉRICAIN - Obama s’attaque au gaspillage de
fonds publics
Obama engage la lutte contre l’évasion
fiscale et espère récupérer 210 milliards en 10 ans
Un pays à crédit - NICOLAS
BÉRUBÉ
Voir aussi Économie
Le Trésor américain veut « protéger les
consommateurs »
...et par ailleurs, pourra-t-on jamais en venir à régler le
problème de l'immobilier, si l'on souhaite que l'économie
puisse avoir la moindre chance de vraiment redémarrer ?...
États-Unis
- Il faut mettre de l'ordre dans l'immobilier
Obama et la santé
LE SALUT OU LA PERDITION D’OBAMA
David Frum fired after lamenting Republican failure on
health care
Les marchés: la réforme santé d'Obama soigne... la
consommation
De l'eau au moulin pour l'industrie de la santé
Un
président plus fort
Obama
met les républicains au défi de tuer sa réforme
États-Unis:
le Sénat étudie le dernier volet de la réforme
Biden,
euphorique: «Quelle putain d'histoire!»
Obama
promulguera la réforme de la santé mardi
L'audace de persévérer - Richard Hétu
Réforme de la santé: victoire historique pour Obama
La victoire d'Obama - Ariane Krol
Building up from foundations - Globe editorial
Health
insurance
reform
and
the
middle
vote
‘The
most
powerful
woman
in
American
history’
eyes
next
mountains
to
climb
U.S.
health-care bill: messy but historic
La
réforme de la santé de Barack Obama est adoptée
Democrats pass historic bill, ending century-long fight
for health care
Santé: Obama gagne la
guerre
Obama
pourrait réussir là où ses prédécesseurs ont échoué
Santé:
la résurrection d'une réforme
Washington turns ugly on eve of historic health-care vote
Réforme
de la santé: le suspense demeure entier
Congressman
safeguards
Obama’s
presidency
Santé:
Obama engrange des soutiens pour un vote ce week-end
Réforme
de la santé: le dernier tour de piste de Barack Obama
Réforme
de la santé: les voix manquent, selon un démocrate
Lettres
- La santé des Québécois et celle des Américains
Santé:
la majorité démocrate va se passer des républicains au
Sénat
Obama
tire à boulets rouges sur les assureurs
Obama
tend la main aux républicains, mais reste ferme
Santé:
Obama ira de l'avant, avec ou sans les républicains
Sommet
sur la santé: les républicains flairent un piège
U.S.
health summit: The world's a stage, the politicos merely
players
Obama
présente son propre plan de réforme de l'assurance maladie
Femme recherche homme doté d'une bonne assurance maladie!
The
bully
pulpit
email
Obama
n'abandonnera pas la réforme de la santé
Obama
réduit ses ambitions
Un
républicain enlève le siège de Ted Kennedy
Obama gagne un vote « historique
»
La réforme reste « très solide », assure le conseiller
d’Obama
Le
Sénat adopte la réforme de la santé d'Obama
Le Sénat boucle la réforme de la santé
Santé:
la réforme d'Obama prend forme
Une
réforme de la santé moins ambitieuse que prévu
Réforme de la santé d'Obama: vote crucial au Sénat
Le
cadeau de Noël d'Obama: la réforme de la santé?
Santé:
la guerre de tranchées commence au Sénat
RÉFORME DE LA SANTÉ Le Sénat américain dit « oui »
au débat
Réforme
de la Santé : les sénateurs républicains prêts au combat
Obama
remporte une bataille, pas la guerre -
RICHARD HÉTU
Les
démocrates ont leur grande gueule - Richard Hétu
Une
première victoire à Obama et sa réforme santé
Réforme
du système de santé: le Sénat, un obstacle
L’épicerie ou les
médicaments ? - Isabelle Kretz
Une étape décisive est franchie
au Sénat
Le cauchemar des Américains - RICHARD HÉTU
Comment les compagnies d’assurances mettent les
États-Unis en danger
Il faut sauver grand-maman -
Mario Roy
Obama traité de menteur : des excuses
- Judith LaChapelle
Obama : « Le temps des querelles est révolu
» - RICHARD HÉTU
Ted Kennedy : La cause d’une vie - RICHARD
HÉTU
Un Anglais charme la droite américaine -
Mali Ilse Paquin
Santé : Méchant débat - MARIO
ROY
Santé: Obama monte au créneau - Richard Hétu
Le web contre « les tactiques de la peur »
Grippe pro-Obama - Sylvio
LeBlanc
Malgré les doutes et les
critiques, le président garantit une réforme du
système de santé cette année
La santé, Waterloo
d’Obama? - Richard Hétu
RÉFORME DE LA SANTÉ Obama en mode séduction
Obama s’attaque à l’hydre de la
santé
Santé : Gare aux « horreurs » du système
canadien ! - RICHARD HÉTU
Assurance
maladie aux États-Unis - La réforme de «Barack W. Bush»
The rancorous realities of Obamacare
Obama et l'éducation
Obama
Promise: Focus on Getting Kids to College
Obama offers his vision for improving education
États-Unis:
un nouveau plan d'éducation
Obama et l'environnement
Why
no
offshore
drilling
on
the
U.S.
shelf?
Obama
veut montrer patte verte
Les
centrales solaires d'Obama dans la ligne de mire des
écolos
Et voir surtout Les États-Unis seraient-ils donc de
retour dans la partie ?...
ainsi que Ceci dit, n'y a-t-il pas encore loin de
la coupe aux lèvres, en réalité ?...
... et encore un autre chantier, et donc peut-être un autre
exploit à l'horizon ?...
Obama veut lancer la réforme de l'immigration cette année
Obama, ou la "puissance douce" du monde...
‘Change cannot be denied,’ Obama says in speech on the
Middle East
Le plan Obama pour le monde arabe
Barack
Obama prône un État palestinien basé sur les frontières de
1967
America’s
Arab
comeback
Afghanistan:
la Russie dans le camp d'Obama
Obama
mise sur la force tranquille
Réchauffement
au sommet
Obama, vu par Medvedev
Obama
may
yet
earn
his
Nobel
Le Canada retournera son uranium irradié aux États-Unis
Les États s'engagent à
améliorer la sécurité en quatre ans
Nucléaire:
l'Ukraine répond à l'appel d'Obama
Le
nouveau traité START - Washington et Moscou signent
Traité nucléaire - Le petit pas
La
dissuasion a meilleur goût, mais...
Obama
va restreindre l'usage de l'arme nucléaire
In
Easter
address,
Obama
strikes
ecumenical
tone
Sarkozy
et Obama s'affichent plus proches que jamais
Désarmement
nucléaire: avantage Russie
Arsenaux
nucléaires - Washington et Moscou s'entendent sur un
nouveau traité START
Désarmement nucléaire: un nouveau START le 8 avril
Après
la santé, le nucléaire?
Voir aussi Barack Obama, Prix Nobel
de la Paix ?...
Obama et la bombe - Petit pas
Obama
souhaite une «réduction spectaculaire» de l'arsenal
nucléaire
Désarmement
- Accord de principe entre Washington et Moscou
Hu Jintao et Obama plaident pour
plus de coopération
USA : 680 MILLIARDS:
BUDGET RÉDUIT POUR LA DÉFENSE
Les Américains demandent, les Russes écoutent
- Judith LaChapelle
Le Canada et les États-Unis forment une « famille
»
Le ton change au 490, Sussex Drive -
Alexandre Sirois
Dégel américano-russe - Jocelyn Coulon
Désarmement nucléaire : Sommet exceptionnel à l’ONU
- AGNÈS GRUDA
Obama appelle à la coopération -
Richard Hétu
Bouclier antimissile en Europe : L’approche
Bush mise au rancart
Beau, bon, pas cher - MARIO ROY
De Hollywood aux Champs-Élysées
- Nicolas Bérubé
LE RETOUR D’HILLARY
CLINTON - Richard Hétu
Moscou choisit la coopération
- FRÉDÉRICK LAVOIE
POUR UNE RELATION « PRODUCTIVE » -
Richard Hétu
Entente
conclue sur les arsenaux nucléaires - Richard
Hétu
Poutine moins cordial que Medvedev
- Frédérick Lavoie
SÉCURITÉ INTERNATIONALE Obama en voie de changer la
dynamique
La méthode Obama - André Pratte
Débarquement de Normandie : Obama contre
Bush
Obama fait la
cour aux Latino-Américains
Un livre en tête des palmarès grâce à
Chavez et Obama
Voir aussi
Avec Obama, la Maison Blanche se montrerait-elle
enfin déterminée à ce qu'on puisse constater un certain
avancement même dans le pire des dossiers, celui du
conflit israélo-palestinien ?...
Et comment l'Amérique d'Obama est-elle perçue ailleurs dans
le monde ?....
Obama boude- t- il l’Europe?
Obama
courtise l'Asie
Sommet
de l'APEC: les États-Unis déjà sous pression
Obama
s'envole vers une nouvelle Asie - Richard Hétu
Et l'ouverture d'Obama l'empêche-t-elle pour autant de
se tenir debout ?... Ou ne pourrait-on pas plutôt affirmer
le contraire ?...
Dialogue sino-américain sur les «sujets embarrassants»
Obama
exprime son soutien au dalaï-lama
Le dalaï-lama à la Maison-Blanche
Dalai
Lama
sparks
standoff
Obama
défie Pékin et accepte de rencontrer le dalaï lama
«Obama
est en avance sur ses prédécesseurs» - Richard Hétu
Un
discours d'Obama en Chine... censuré sur le Net chinois
Obama
plaide pour la liberté d'expression en Chine
Barack
Obama aborde les droits de l'homme avec le président
chinois
Obama
en Chine: Pékin prend l'avantage
Obama
demande la libération d'Aung San Suu Kyi
... mais pourrait-il pourtant en faire plus ?...
Des parlementaires demandent à Obama d'aider un dissident
chinois
Obama
déçoit les dissidents chinois
Obama
muet sur le Tibet
Cuba, ou l'art
de dénoncer une politique tout en la maintenant
Cuba défie Washington de lever l'embargo
Obama au pouvoir, l’embargo demeure
Raul Castro : « J’ai été
élu pour défendre le socialisme »
L’après-Castro commence
Obama reconnaît l’échec de la politique américaine envers
La Havane tout en la maintenant...
Cuba: petite histoire de l’embargo
- Claude Picher
En bonne forme, Fidel Castro célèbre ses 83
ans
Et par ailleurs, a-t-on réellement prouvé qu'on pouvait
dépasser la logique de la Guerre Froide ?...
Pacte militaire controversé entre Washington et Bogota
Comment dénoncer la torture tout en l'excusant chez
soi...
Donald Rumsfeld poursuivi pour « torture »
La
torture
a-
t-
elle
mené
à
ben Laden?
Obama
lève
le
gel
de
procès
Guantánamo
- Barack Obama n'a toujours pas fermé le camp de détenus
Procès
pour
terrorisme
:
Washington
essuie
un
revers
La
simulation
de
noyade
?
«Oh
que
oui»,
a
ditBush
Au
procès d'un ancien de Guantánamo
Obama
stiffs
Maher
Arar
L'héritage
de la torture
Pour
journalistes avertis seulement
L'avocat
d'Omar Khadr demande à la Cour suprême de mettre fin au
procès
D'ex-détenus
torturés
pourront
poursuivre
Londres
Pentagon
bars
Canadian
journalists
from
Guantanamo
Bay
Omar
Khadr’s
defender
sees
‘no
way’
for
fair
trial
Blackwater
veut se lancer dans la formation de la police afghane
Blackwater
toujours actif
Guantanamo
devant la Cour suprême
Guantanamo:
le Sénat approuve la venue de détenus aux États-Unis
Pas besoin de devenir un
monstre - PATRICK LAGACÉ
La CIA sous la loupe du ministère de la
Justice - Mathieu Perrault
Un tournant pour la présidence de Barack Obama
- AGNÈS GRUDA
Le recours à la torture orchestré de haut
- AGNÈS GRUDA
La face obscure de Blackwater
- Nicolas Bérubé
Pas de remords pour la soldate England -
Laura-Julie Perrault
Poursuite pour torture
Le lourd héritage de la torture - RICHARD HÉTU
L’injustifiable - ANDRÉ PRATTE
Obama offre son « soutien total » au
personnel de la CIA
Obama sous un feu croisé de critiques
Voir aussi Pourquoi Harper tient-il tant à
soutentir la torture ?...
Mais ceci dit, tuer les prisonniers vaut-il vraiment mieux
que les torturer ?...
Un
choix de l'administration Obama? - Tuer plutôt que
capturer
Et si les États-Unis s'avéraient coupables de choses
encore pires que la torture elle-même ?...
En
bref - Plainte contre la CIA
Comment, de façon plus générale, accuser les autres tout
en se montrant on ne peut plus indulgent envers
soi-même...
L’élite
hors la loi
Les États-Unis auraient-ils donc une petite tendance à se
moquer des ressortissants étrangers tout comme des autres
nations elles-mêmes, en fait ?...
Arar ne pourra poursuivre les autorités américaines, dit
la Cour suprême des USA
Comment faire l'apologie des droits de l'homme tout en
s'en moquant éperdumment chez soi...
WikiLeaks
ouvre les portes de Guantánamo - Innocents incarcérés,
suspects dangereux libérés
Droits
de la personne - Les États-Unis sur la sellette à l'ONU
Le
flou
juridique
perdure
à
Guantánamo
Les États-Unis ne respecteraient-ils donc les conventions
internationales que lorsqu'ils le veulent bien ?...
Killing and lying as a patriotic duty Gerald Caplan
Dossier
Ben Laden - De la torture
Une
exécution
injustifiable
Obama et le casse-tête de Guantanamo
Il
y a neuf ans, Guantánamo
Guantánamo
- Barack Obama n'a toujours pas fermé le camp de détenus
Guantánamo,
huit ans plus tard
La
fermeture de Guantanamo risque d'être ralentie
Obama
n'arrive pas à fermer Guantánamo
Douze
détenus de Guantanamo renvoyés
Guantánamo en
Illinois
Des
détenus de Guantanamo transférés dans l'Illinois
Les détenus du « Guantánamo
afghan » ont maintenant des droits
La ville qui veut les détenus de
Guantánamo - RICHARD HÉTU
« Ils ont adoré la prison » -
RICHARD HÉTU
QUE FAIRE DE GUANTÁNAMO?
Les États-Unis
réfléchissent à l’après-Guantánamo
ÉTATS-UNIS Des détenus de Guantánamo
transférés ?
Le duel de Washington - RICHARD HÉTU
De l’argent pour la guerre, mais pas
pour Guantánamo
GUANTÁNAMO - Cheney critiqué dans son propre
camp
GUANTÁNAMO - Le casse-tête d’Obama
PRISON DE GUANTÁNAMO - Obama devra refaire ses
devoirs - Richard Hétu
GUANTÁNAMO Un 2e détenu jugé aux
États-Unis ?
L’AFGHANISTAN VEUT
RAPATRIER UN AFGHAN TORTURÉ À GUANTANAMO
Obama cautionne le retour des
tribunaux à la Guantánamo
Place à la « doctrine Bush-Obama »
- RICHARD HÉTU
Obama et l'Islam
L’ébauche d’une doctrine Obama
- RICHARD HÉTU
LE DISCOURS D’OBAMA EN NEUF
THÈMES TRADUIT
PAR LAURA- JULIE PERREAULT
APRÈS LES MOTS, LE MONDE ATTEND
LES ACTIONS - Agnès Gruda
Second début - Mario Roy
UN ORATEUR EN TERRAIN MINÉ - RICHARD
HÉTU
Un discours signé Ben Rhodes
Un réveil brutal pour Barack Obama
Peu d’espoir au Pakistan et
auMoyen-Orient
Mais peut-on vraiment espérer un réel changement tant que
les paroles ne donneront pas suite à des actions ?...
Huit
mois après le discours d’Obama au Caire, l’espoir a fait
place à la frustration
Les États-Unis n'éprouveraient-ils donc pas le moindre
scrupule à soutenir les pires régimes de la planète ?...
Voter,
qu'ossa donne?
Et si Obama devait tout simplement s'avérer incapable de
livrer la marchandise, après tout ?...
L’ombre de Jimmy
Fronde
démocrate
à
l’horizon
?
Will
tax-cut
compromise
be
Obama’s
undoing?
Barack
Obama
semet
à
dos
l’aile
gauche
démocrate
Et pendant ce temps, du côté des Républicains...
Ron Paul hanté par des écrits racistes et paranoïaques
À
trois semaines de la primaire de l'Iowa - Newt Gingrich en
chute libre
Qui a peur de Ron Paul?
La
course à obstacles de Gingrich
Investiture
républicaine - Romney remonte, Gingrich faiblit
Le dilemme
Le parti de la haine
Une vraie manne pour les humoristes
Republicans want
anyone but the pragmatist - JEFFREY SIMPSON
QUIZ: républicains et controverse 101
« Oups » : les 53 secondes qui pourraient couler Rick
Perry
Présidentielle
américaine - Le phénomène Herman Cain
Mitt
Romney: Barack Obama’s match
Chris
Christie le « sauveur » ?
Les malheurs de Perry
Échanges musclés entre Romney et Perry
Future shock: And the winner is … Barack Obama!
Rick
Perry,
clone
de George W. Bush?
Les
républicains
en
campagne
-
À
droite, toute!
Bachmann
et
Perry,
le
duel
des ultras
Un
autre
gouverneur
texan
à
la
Maison-
Blanche?
A
Reaganesque presidential hopeful
En attendant Palin, voici Bachmann
États-Unis
- Entrée remarquée du Tea Party dans la course à la
Maison-Blanche
Michele
Bachmann’s
flair,
tea
party
clout
could
derail
Romney’s
GOP
hopes
Republicans
still
yearning
for
white
knight
Fou
rire républicain
CELUI
QUI
FAIT
RÊVER
LES
RÉPUBLICAINS
Those
old
Bush
ideas
haunt
us
still
-
Jeffrey
Simpson
Les
républicains craignent la montée de la droite ! - Le Tea
Party rend service à Obama
Les
républicains s'entredéchirent
Linda
McMahon: de la lutte à la politique
GOP
resurrects
Bush
for
tax
debate
Palin
et ses «mamans grizzlis»
Le
Parti républicain en guerre contre un de ses candidats
Chris
Christie, gouverneur rock'n'roll
La
Floride croit-elle encore en Crist?
Health
insurance
reform
and
the
middle
vote
Douze États veulent contester la réforme Obama
Place
au «nouveau» Mitt Romney
L'avortement:
un complot contre les Noirs?
Élection
en Arizona: McCain a de la concurrence à droite
L'an 1 du
mouvement Tea Party - Richard Hétu
«Rahmbo»
perd des plumes
Brewing
up
a
political
storm
Marco
Rubio, c'est leur «tasse de thé»
Dick
Cheney en 2012: une candidature rêvée...
Le
«Nobel en guerre» séduit même la droite
Le
plan pour l'emploi des républicains
Sarah-manie,
qu'on le veuille ou non - Marie-Claude Lortie
La
rebelle - Jean-Pascal Beaupré
Ouragan
Katrina: l'armée américaine accusée de négligence
Un
phénomène appelé Sarah Palin - Richard Hétu
Triomphes
républicains au New Jersey et en Virginie
Un
référendum sur Obama?
«Nous
voulons qu'Obama réussisse»
Un
présentateur de Fox News s'excuse pour manque d'équilibre
Drôle
de guerre: la Maison-Blanche contre Fox News
- Richard Hétu
Fox
News, pas une chaîne d'informations ?...
Comme
Jesse
James...
- Richard Hétu
Tim Pawlenty déjà en piste pour 2012 -
Richard Hétu
Qui a peur de Glenn Beck ? -
RICHARD HÉTU
Qu’est-ce qui fait courir Michael Bloomberg
? - RICHARD HÉTU
Carter dénonce le racisme de la droite
- RICHARD HÉTU
Quand Bush dénigrait Palin, Obama et
cie - Richard Hétu
La nature de la grogne anti-Obama - RICHARD
HÉTU
Obama traité de menteur : des excuses
- Judith LaChapelle
Rentrée périlleuse pour Obama -
RICHARD HÉTU
Carburer à la haine de Ted Kennedy -
RICHARD HÉTU
Rentrée controversée... ou à l'américaine,
tout simplement !...
La double vie de Sarah Palin ? -
Alexandre Sirois
Avis de tempête pour les
vacances d’Obama
Un Anglais charme la droite américaine
- Mali Ilse Paquin
Après les « Truthers », les « Birthers »...
MARIO ROY
Obama, Joker socialiste
- Nicolas Bérubé
L’étrange obsession des
birthers - Richard Hétu
Obama et les médias accusés de «
partager le même lit » - Richard Hétu
Dick Cheney est accusé d’avoir caché un
programme antiterroriste au Congrès
La démission de Sarah Palin suscite des
interrogations
Sarah Palin démissionne
MINISTRE DE LA JUSTICE DÉCHU SOUS BUSH Alberto
Gonzales provoque la controverse dans une université du
Texas
Intéressante critique des Républicains...
Un républicain passe aux démocrates - Richard Hétu
Le Parti républicain doit changer,
estime Colin Powell
Ci-gît le parti des valeurs
familiales - RICHARD HÉTU
Les républicains peuvent-ils rebondir ? -
Nicolas Bérubé
La voix de la droite : « La réponse à
la crise, c’est plus de liberté »...
Qu’est-ce qui fait courir Dick Cheney ? -
RICHARD HÉTU
Rumsfeld évite de s’exprimer sur
l’Irak - Nicolas Bérubé
DIJONGATE : La moutarde monte au nez des
conservateurs - Richard Hétu
Palin irrite certains républicains
- Richard Hétu
Un élu républicain, introuvable pendant
des jours... était avec son amante
Quand la droite américaine s'emballe...
(Serait-il donc possible de trouver pire que les
Républicains ?...)
Repères
- Règlements de comptes à Washington
Le
Tea Party - Le délire
Opinion: Back to a future that looks like the ’50s
La
trilogie
républicaine
Reactionaries
are
feminists,
too
Le
Devoir de philo - Ce que penseraient les pères fondateurs
américains du mouvement Tea Party
Ron Paul stirs the pot for America’s annoyed
La
controverse
qui
ne
veut
pas
mourir
U.S.
Tea Partiers run for cover
Dix questions
sur le Tea Party
Obama
face à la haine
Will
that
be
one
lump
or
two
for
American
democracy?
Oklahoma
City, 15 ans plus tard
Un
Américain sur trois considère l'État fédéral comme une
menace
Y
a-t-il deux Amériques?
États-Unis:
une droite radicale en pleine résurgence
«Un autre Oklahoma City est une possibilité très réelle»
Et qu'en est-il maintenant de ce cher vieux Bush ?...
Amnistie
internationale demande au Canada d'arrêter George W. Bush
George
W. Bush’s inner circle, 10 years after 9/11
Bush's legacy in 7 words: ‘Nobody was lying. We were all
wrong’
GOP
resurrects
Bush
for
tax
debate
Le
lanceur de chaussures contre Bush attaqué par... une
chaussure
Washington
a laissé Ben Laden s'échapper en 2001
G.
W. Bush séduit son public montréalais
Le
monde selon W.
- VINCENT MARISSAL
Des protestations éloquentes -
Laura-Julie Perrault
Non, rien de rien… - Agnès Gruda
Un
groupie d'Obama face à Bush
Bush critique son successeur
Et par ailleurs, le procès de Bush serait-il déjà commencé,
sinon achevé ?...
«Les Irakiens ont l'impression d'être retournés à la case
départ»
Le
testament de la décennie - 1. Le chaos des années Bush
Les républicains seraient-ils donc carrément irresponsables
?
Dette
américaine - La destruction
La fin de l’ère Schwarzenegger ? -
NICOLAS BÉRUBÉ
Un Somalien comparaît pour piraterie à New
York
Un mythe très ancré
Chasse virtuelle à l’immigrant
Ou cette fameuse ne serait-elle pas plutôt en train de
purement et simplement sombrer dans l'islamophobie ?...
When talk isn’t cheap
De
la politisation du 11 septembre
Géopolitique
du virtuel
Obama’s mosque missteps
Coming
to
terms
with
Islam
in
America
Le moustachu, les barbus et les médias
Les musulmans, ces mal-aimés
Mais est-ce pour autant l'idée du siècle que d'ériger une
mosquée en plein sur le site des attentats du World Trade
Center ?...
Les
New-Yorkais d'accord pour la mosquée, mais ailleurs
The
culture
of
offence
L'ultime
victoire de ben Laden
La
«mosquée de Ground Zero»: un enjeu électoral
Eaux
troubles à New York
Le
maire de New York milite pour la «mosquée de Ground Zero»
Obama
nomme une femme juge à la Cour suprême
Les neuf juges de la Cour suprême américaine
Madame la juge - Nicolas Bérubé
Sotomayor survit à son interrogatoire
- Richard Hétu
La candidate à la Cour suprême fait la leçon
aux républicains
L’interrogatoire de Sonia Sotomayor
- Richard Hétu
LOS ANGELES - Une première hispanophone à la Cour suprême-
NICOLAS BÉRUBÉ
CINQ CHOSES À SAVOIR sur la Cour suprême
Et comment protéger des citoyens américains dans un monde si
violent ?...
L'Iran veut juger trois randonneurs américains
IRAN - Journaliste irano-américaine libérée
Journaliste américaine détenue en Iran : bien
triste journée de la liberté de la presse
Le racisme serait-il encore profondément ancré en Amérique
?...
Un chauffeur de taxi new-yorkais agressé parce qu'il était
musulman
Reconstruction
à deux vitesses à La Nouvelle-Orléans - Des plaies
ouvertes, cinq ans après Katrina
De
«raciste» à victime
Un
ado mexicain abattu par un garde-frontière américain
Les
Américains tirent leur portrait racial
Racial
change
was
slow
in
coming
–
until
Nashville
Michelle
Obama en guenon sur Google
Un juge de Louisiane refuse de
célébrer un mariage mixte
UNE BIÈRE POUR L’AMÉRIQUE
- Nicolas Bérubé
Le « sommet de la bière » vole la
vedette - Nicolas Bérubé
L’illusion d’une Amérique « post-raciale
» - Richard Hétu
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de racisme ?...
Obama face à la haine
Un néonazi plaide coupable d'avoir voulu tuer Obama
Obama est-il en danger ? - Alexandre Sirois
La nature de la grogne anti-Obama - RICHARD
HÉTU
Obama à Phoenix : Une douzaine de manifestants armés dans
la foule
DE LA HAINE D’OBAMA À LAVIOLENCE PHYSIQUE - RICHARD HÉTU
Les exorcistes américains -
FRÉDÉRICK GAGNON
Le New Jersey éclaboussé par un nouveau
scandale - Richard Hétu
Retour sur une campagne mémorable
- Richard Hétu
La vie après la Maison-Blanche
- Richard Hétu
CES RETRAITÉS CÉLÈBRES
- Tristan Péloquin
Et y aura-t-il un jour une place pour l'homosexualité en
cette prétendue "Terre de Liberté" ?...
La
«
Défense
du
mariage
»
:
une
loi
indéfendable
?
On
gay rights, Obama dithering less
États-Unis
- Obama juge la loi interdisant le mariage homosexuel
anticonstitutionnelle»
MARIAGE GAI AUX ÉTATS-UNIS : Le vent
tourne - RICHARD HÉTU
A
tribute to Ronald Reagan at 100 - Gerald Caplan
Nancy Reagan dit « parler à son mari »
- Nicolas Bérubé
LES
CONFIDENCES INÉDITES DE JACQUELINE KENNEDY
Jacqueline
Kennedy takes off elbow-length gloves and comes out
swinging
R.I.P, Ted Kennedy !...
Resolute
liberal, fruitful statesman - Globe
editorial
Le dernier des Kennedy - MARIO ROY
LE LION DU SÉNAT REND L’ÂME - Mathieu Perrault
Ted Kennedy : La cause d’une vie - RICHARD
HÉTU
Après l’assassinat de ses frères, il avait pensé quitter
la politique - AGNÈS GRUDA
Chute et rédemption de Ted Kennedy -
AGNÈS GRUDA
Boston remercie son bienfaiteur - RICHARD HÉTU
Ted Kennedy : Le Massachusetts pleure son
sénateur
Obama-Kennedy, destins croisés -
Vincent Marissal
Carburer à la haine de Ted Kennedy -
RICHARD HÉTU
Et que dire de cette bonne vieille "guerre au terrorisme"
?...
Privatisation
de l'espionnage - La dérive
Terrorisme:
l'éducation d'Obama
Ce que les États-Unis savaient
sur le complot d’Al-Qaeda
Obama:
«Nous sommes en guerre»
Scanners
et liste noire - Lysiane Gagnon
Les
combattants d'Al-Qaeda: plus jeunes et plus violents
L'inefficacité
du profilage - Rima Elkouri
Les
profilages - Mario Roy
La
terreur incompétente - Mario Roy
Attentat
raté: Obama semonce les services de sécurité
DES COMPTES À RENDRE
Des
Américains approuvent le renforcement des contrôles
Le
renseignement américain sur le gril
Les
É.-U. et le Yémen envisagent des frappes contre Al-Qaeda
Le
«pants bomber» - Mario Roy
Toujours
vulnérables - André Pratte
Attentat
raté: Obama traquera les coupables
Washington
a laissé Ben Laden s'échapper en 2001
Aucune
information fiable sur Ben Laden depuis des années
Les
accusés du 11 septembre de retour sur les lieux du crime
Un complot d’Al-Qaeda à New York ? - Richard
Hétu
Petraeus affirme que la guerre contre le terrorisme est un
succès
« Elvis », Al-Qaeda et
Guantánamo - Judith LaChapelle
Voir aussi Guerre
Les États-Unis auraient-ils un réel problème avec tout ce
qui se rapporte à la répartition de la richesse ?...
Le 911 à 300$ l'appel!
Y aurait-il quelque chose de pourri aux États-Unis
d'Amérique ?...
De l’égoïsme collectif
Canada warned not to follow U.S. tough-on-crime ‘mistakes’
LES
ARMES
À
FEU
AVANT
TOUT
Senate
blocks move to lift ban on gays in US military
«Une
journée interminable qui dure des années»
Barack
Obama contre la Cour suprême
Immigration:
l'Arizona sera-t-il boycotté ou copié?
Appel
au boycottage de l'Arizona
Projet de loi sur l'immigration en Arizona: la guerre aux
illégaux
Obama se moque de John McCain
En
bref - Immigration: Obama critique l'Arizona
L'Arizona
encourage le profilage racial
É.-U.:
un condamné sera fusillé, une première depuis 1996
Peloton
d'exécution ou injection?
La
Virginie suscite la polémique en célébrant son passé
sudiste
Celle
qui
n'en
peut
plus
du
puritanisme
-
Marie-Claude Lortie
La
Maison Blanche annonce un décret sur l'avortement
Le
Texas exécutera-t-il un innocent?
Près
de 1% de la population des États-Unis est incarcérée
Moins
de Roosevelt, plus de Reagan
Tous
les États américains pourraient permettre le port d'arme
Californie:
un groupe de citoyens veut interdire le divorce
Le
condamné est-il un cobaye? - Richard Hétu
Hausse
marquée de la vente d'armes aux États-Unis
Le
gouverneur du Texas a-t-il fait exécuter un innocent?
Prisons californiennes : Surpopulation, émeutes et
chaos - Nicolas Bérubé
Schwarzenegger contre les juges - Nicolas
Bérubé
Ouragan Katrina: l'armée américaine accusée de négligence
La
Californie serait moins solvable que le Kazakhstan
État d'urgence budgétaire en Californie
La
Californie a besoin d'une réforme fiscale selon
Schwarzenegger
Et se pourrait-il en fait que l'on soit carrément en train
d'assiter carrément au "déclin de l'empire américain" ?...
2/3 of America to Lose Everything
Because of This Crisis
The End of America
America, the eagle with clipped talons - Jeffrey Simpson
Are America's Best Days Behind Us?
America as a trading
partner, yes; economic model, no - Jeffrey Simpson
Poutine
accuse les États-Unis de «parasiter» l'économie mondiale
What
America
needs
is
shock
therapy
-
Jeffrey
Simpson
Debt-ceiling chicken and the end of empire - Margaret
Wente
LES
BOBOS
DE
L’AMÉRIQUE
Le
réservoir
se
vide
It’s
evening
in
America
-
MARGARET WENTE
U.S. profligacy
endangers Canada - Jeffrey Simpson
Le
déni
Wake
up,
Americans.
Your
economic
dream
is
a
nightmare
-
Jeffrey
Simpson
Those
old
Bush
ideas
haunt
us
still
-
Jeffrey
Simpson
Alas,
we’re
stuck
with
the
U.S.
economy
-
Jeffrey
Simpson
Happy
Fourth
of
July
–
America
needs
it
-
Jeffrey
Simpson
A
solitary lament for an America in decline - Jeffrey
Simpson
À moins qu'un tel constat ne s'avère peut-être encore
quelque peu prématuré ?
Reports
of
America’s
death
are
greatly
exaggerated
-
Doug
Saunders
Se pourrait-il donc que les États-Unis s'avèrent tout
simplement incapables de se relever de cette crise ?...
LA BELLE LANCÉE AMÉRICAINE ENTRAVÉE
États-Unis
-
Standard
&
Poor's
décote
des
géants
de la finance
Un
électrochoc
humiliant
LA DÉCOTE DES ÉTATS- UNIS DÉCORTIQUÉE
Le choc du lendemain
La Chine furieuse, le Canada confiant
Dette
américaine - Décote historique pour Washington
Regagner
le
AAA:
possible,
mais
très
difficile
World’s
leading
economies
hold
urgent
talks
after
U.S.
credit
downgrade
Budget: le poker d’Obama
Le monstre américain
OBAMA
PROPOSE
DE
RÉDUIRE
(
UN
PEU)
LES
DÉPENSES
Le cul- de- sac américain
UN NOUVEAU PROJET DE TAXE BANCAIRE
President on the defensive on fixing fiscal mess
Le rêve américain s'apparenterait-il de plus en plus à un
mirage pour les Américains eux-mêmes ?...
LES
PERDANTS
DE
SINCITY
Agent immobilier à Las Vegas, un métier risqué
À
deux doigts de la rue
Déprime
américaine
L'immobilier au plus mal
Le
petit programme d'Obama - Affligeant!
La
reprise est inégale aux États-Unis
Inland
Empire: le nouveau Detroit
ÉTATS-UNIS De plus en plus d’enfants
ne mangent pas à leur faim
SLAB CITY - La « dernière ville libre
d’Amérique » - Nicolas Bérubé
Épargner, l’affaire des
riches - RICHARD DUPAUL
L'Américain
nouveau: moins cigale, plus fourmi
Et par ailleurs, la puissance américaine aurait-elle donc
perdu un peu, sinon beaucoup de son lustre ?...
Lettres
- Le monde a changé oui, mais comment ?
La
solitude des États-Unis -
François Brousseau
Au
bord
du
suicide
L’empire
blessé
Le
déficit des comptes courants en hausse aux É.-U.
L'empire
contrarié - Mario Roy
Le
crépuscule américain - Mario Roy
Le
testament de la décennie - 1. Le chaos des années Bush
«Yankee,
Go Home!» - Mario Roy
Et tout cela n'a-t-il pourtant pas l'air d'empêcher les
Américains de croire leur nation supérieure aux autres ?
The myths that bind Beijing and Washington
Barack Obama face à l'«exceptionnalisme américain»
Et malgré tout, ne peut-on pas dire qu'il y ait toujours de
l'espoir ?...
Le printemps d’Al- Jazira
Oklahoma
City: là où la crise a oublié de s'arrêter
Californie:
l'interdiction du mariage gai jugée illégale
Arizona:
un sursis pour les clandestins
Immigration
illégale - Le duel contre l'Arizona, un pari risqué pour
Obama
Immigration:
Washington poursuit l'Arizona
La
Cour suprême limite la prison à vie pour les mineurs
américains
Les
menaces de boycottage de l'Arizona se multiplient
Le
combat d'un soldat gai contre le Pentagone
Mariage
gay: procès décisif devant la justice californienne
Le
vieillissement, la récession et l'effet Obama font baisser
la criminalité
Houston
«change le monde pour les gais»
Californie:
le
pot sur le point d'embraser les débats
Lorsque la Terre de Liberté se montre sous son meilleur
jour...
Le
gouverneur
qui
vit
librement
Et ne parle-t-on pas surtout d'un pays de diversité avant
toute chose, pour le pire mais aussi pour le meilleur ?...
Le
Texas
de
la
super
avant-garde
-
Marie-Claude Lortie
Et que se passe-t-il par ailleurs, aux États-Unis d'Amérique
?...
Katrina: La Nouvelle-Orléans optimiste, mais
fatiguée
Whitman
à la conquête de la Californie
Primaires:
l'ex-présidente d'eBay l'emporte en Californie
|
LE DEVOIR
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
|
ARTICLES SUR LE WEB
The most honest three and a
half minutes of television, EVER...
HAARP
L'Arme
Ultime !
"HAARP"Est-il
responsable du tremblement de terre JAPONAIS ?
La HAARP du Diable.
Debunking
911 Conspiracy Theories and Controlled ...
Six really stupid 9/11 conspiracies debunked in
about six seconds
9/11 conspiracy theories debunked
How to Debunk 9/11 Conspiracy Theories: Truthers
Explained (2006)
Debunking 9/11 Conspiracy Theories
Claims of the conspiracy theorists
Let Us Make It Happen - Inner Engineering
9/11 CONSPIRACY: A CONTROLLED
DEMOLITION DESTROYED THE WTC!!
Core
Of Corruption Volume 1: In The Shadows {Full Film}
Confronting
the Evidence
Painful
Deceptions by Eric Hufschmid about 9 11
Eric
Hufschmid interviewed by Connie Bryan on 9/11
Loose
Change
What
you
are NOT being told about 9/11
THE
TOP
40 REASONS TO DOUBT THE OFFICIAL STORY OF SEPTEMBER
11th, 2001
Taking
a Closer Look: Hard Science and the Collapse of the
World Trade Center
The
Case for Demolitions
9/11: A Conspiracy Theory
World
Trade
Center
controlled
demolition
conspiracy theories
'Pull It' Means 'Pull It Down'
7 World Trade Center
9/11 conspiracy theories
Sprinklers just the start in keeping buildings safe from
fire
9/11 Truth: What Happened
to Building 7
Building 7 Controlled
Demolition
What About Building 7?
HOW DID WORLD TRADE CENTER
7 FALL?
Obama et le lobby juif
Obama's
Irsael shuffle
Obama et le capitalisme
Can
Obama
save
capitalism
?...
Obama
will revive Carter’s taxes
The
Nobel Peace Prize 2002
Le
mythe de Reagan
The
Reagan
myth !...
Reagan
vs
Carter
Les Années Reagan
Did Reagan
really end up the Cold War ? Or rather : HOW did he
really do it ?...
Par
ailleurs, voir aussi...
Que penser de Margarett Thatcher ?...
What's the origin of Uncle Sam?
Uncle Sam
What does Uncle Sam's name mean?
Lord
Kitchener
Wants You
|
|
Un prix de la paix pour un président de guerre -
Richard Hétu
Le président
Barack Obama a reçu hier le prix Nobel de la paix. Il a
défendu l’engagement de son pays dans deux guerres en
soulignant que l’usage de la force est parfois justifié pour
rétablir l’ordre. De ce côté-ci de la frontière, les partis de
l’opposi
« Le mouvement non violent n’aurait pas suffi à stopper les
armées d’Hitler. Des négociations n’auraient pas suffi à
convaincre les dirigeants d’Al-Qaeda à déposer les armes. »
NEW YORK — Se décrivant comme « le commandant en chef d’une
nation engagée dans deux guerres », Barack Obama a défendu le
recours à la force militaire dans certaines circonstances hier
à Oslo à l’occasion de la remise de son prix Nobel de la paix.
Le discours du président américain, à la fois sobre et élevé,
reflétait sa volonté d’aborder de front le paradoxe apparent
que constitue l’attribution d’un tel honneur à un chef d’État
qui vient tout juste d’annoncer l’envoi de 30 000 soldats
supplémentaires en Afghanistan.
« Je ne peux rester inactif face aux menaces qui pèsent sur le
peuple américain. Car ne vous leurrez pas: le mal existe dans
le monde », a déclaré le lauréat lors d’une cérémonie tenue à
l’hôtel de ville d’Oslo, capitale de la Norvège.
« Le mouvement non violent n’aurait pas suffi à stopper les
armées d’Hitler, a-t-il ajouté. Des négociations n’auraient
pas suffi à convaincre les dirigeants d’Al-Qaeda à déposer les
armes. Dire que la guerre est parfois nécessaire n’est pas un
appel au cynisme, c’est la reconnaissance de l’histoire, des
imperfections de l’homme et des limites de la raison. »
Accueilli par des trompettes à son arrivée dans une salle de
cérémonie où l’attendaient 1000 personnes, dont le roi et la
reine de Norvège, Barack Obama est également revenu sur la «
controverse considérable » qui a suivi le choix du comité
Nobel d’honorer un président n’ayant même pas achevé la
première année de son mandat à la Maison-Blanche.
Humilité
Tout en acceptant son prix avec « une profonde gratitude et
une grande humilité », il a reconnu que cet honneur pouvait
sembler prématuré.
« Comparé à
certains géants qui ont gagné ce prix – Schweitzer et King,
Marshall et Mandela – ce que j’ai accompli est peu. Je suis au
début, non à la fin, de mes efforts sur la scène mondiale »,
a-t-il déclaré, rangeant parmi ses priorités la consolidation
de la paix et la sécurité dans le monde, la stabilisation de
l’Afghanistan, la lutte contre le changement climatique et les
efforts pour une planète sans armes nucléaires.
Martin Luther King est le seul lauréat américain du prix Nobel
de la paix que Barack Obama a cité au cours de son discours de
36 minutes.
« Il y aura des moments où des pays, individuellement ou de
concert, jugeront l’usage de la force non seulement nécessaire
mais moralement justi fié, a-t-il dit . Je fais cette
déclaration en n’oubliant pas ce que Martin Luther King, Jr. a
dit lors de cette même cérémonie il y a plusieurs années : "La
violence n’apporte jamais une paix durable. Elle ne résout
aucun problème social : elle en crée simplement de nouveaux,
qui sont plus complexes que ceux d’avant." »
Avant de remettre son prix à Barack Obama, le président du
comité Nobel, Thorbjoern Jagland, a également fait allusion à
Martin Luther King, affirmant que le président américain était
l’incarnation du « rêve » du pasteur noir. Il a également
évoqué la controverse entourant le choix d’Obama en précisant
que le Nobel de la paix était « un appel à l’action ».
« L’histoire est remplie d’occasions perdues. C’est
maintenant, aujourd’hui, que nous avons l’occasion de soutenir
les idées du président Obama », a-t-il dit.
Même si certaines parties de son discours auraient pu être
prononcées par George W. Bush, Barack Obama a voulu se
démarquer de son prédécesseur en se faisant non seulement
l’apôtre du multilatéralisme mais également en se vantant
d’avoir interdit le recours à la torture et d’avoir ordonné la
fermeture de la prison de Guantánamo.
« Nous perdons notre âme lorsque nous transigeons avec les
idéaux pour lesquels nous nous battons, a-t-il dit. Et nous
faisons honneur à ces idéaux en les respectant non seulement
lorsque c’est facile, mais également lorsque c’est difficile.
»
EXTRAITS DU DISCOURS D’OBAMA
SURSAPLACEDANS L’HISTOIRE:
Comparé à certains géants de l’histoire qui ont reçu le
prix... ce que j’ai accompli est peu.
SUR L’USAGEDE LA FORCE:
Il y aura des moments où des pays, individuellement ou de
concert, jugeront l’usage de la force non seulement
nécessaire mais moralement justifié.
SURLECOÛTDELAGUERRE:
Nous sommes en guerre, et je suis responsable du déploiement
de milliers de jeunes Américains pour combattre dans une
terre lointaine. Certains seront tués. Aussi je viens ici
avec une conscience aiguë du coût du conflit armé.
SURLAMENACENUCLÉAIRE:
Il nous appartient à tous de souligner que des pays comme
l’Iran et la Corée du Nord ne jouent pas le jeu ... Ceux qui
recherchent la paix ne peuvent pas rester passifs lorsque
des pays se dotent d’armes pour la guerre nucléaire.
CONTRE LE « PROTECTORAT PERMANENT»
Barack Obama a promis hier que l’Afghanistan ne deviendrait
pas un « protectorat permanent » des États-Unis, en défendant sa
décision d’entamer un retrait du pays à partir de juillet 2011,
lors d’une interview sur la chaîne CBS. M. Obama a prévenu que
sans échéancier, certains Afghans tiendraient la sécurité fournie
par les États-Unis pour acquise. « Il y a je pense des gens en
Afghanistan qui seraient parfaitement satisfaits de faire du pays
un protectorat permanent des États-Unis, sans fardeau à porter, et
pour lequel nous payons pour une armée qui garantit leur sécurité
et leurs prérogatives », a-t-il dit.
UN PRIX POUR DE BONNES INTENTIONS - AGNÈS GRUDA
Barack Obama
est le quatrième président américain à recevoir le prix Nobel
de la paix. Une nomination qui a créé la surprise générale,
surtout pour le lauréat, qui n’a pas encore bouclé la première
année de son mandat. Cette reconnaissance internationale
sera-t-elle un accélérateur de réformes ou un cadeau
empoisonné ?
La surprise a été générale, et le principal intéressé a été le
plus étonné de tous. Barack Obama a appris hier matin, au
réveil, qu’il venait de recevoir le prix Nobel de la paix,
neuf mois à peine après avoir accédé à la présidence des
États-Unis.
PHOTO JIM YOUNG, REUTERS
Parmi les noms qui avaient circulé dans les jours précédant la
remise de ce prix prestigieux, il y avait celui du dissident
chinois Hu Jia, ou encore celui de l’ex-otage Ingrid
Betancourt. Mais Barack Obama ne figurait sur aucune liste
sérieuse de candidats potentiels.
La Maison-Blanche n’avait d’ailleurs pas prévu cette
éventualité, et l’entourage présidentiel n’avait eu aucune
discussion à ce sujet avant l’attribution du prix, a indiqué
Rahm Emanuel, directeur du cabinet de Barack Obama, hier
matin. Si vite, si tôt? C’est le genre de commentaires qui
circulaient hier, dans les heures qui ont suivi cette annonce.
Faisant écho aux réserves soulevées par sa nomination, le
président Obama a accueilli son prix « avec humilité ». Il a
souligné qu’il ne le voyait pas comme une « reconnaissance de
[ses] réalisations », mais plutôt comme une « affirmation du
leadership des États-Unis face aux aspirations de toutes les
nations ».
« Pour être honnête, je n’ai pas l’impression que je mérite de
me retrouver en compagnie de tant de personnalités qui ont
transformé leur époque et qui ont été distinguées par ce prix
», a-t-il dit avant d’énumérer les causes qui pourront mieux
avancer, grâce à ce prix: désarmement nucléaire, lutte contre
le réchauffement climatique, dialogue entre les peuples et les
religions, sans oublier la paix au Proche-Orient.
En attribuant cette récompense à un président qui n’a encore
réussi à mener à terme aucune de ses réformes, et dont le pays
est empêtré dans deux guerres à l’issue pour le moins
incertaine, le comité norvégien a soulevé une vague de
scepticisme.
« Obama n’a aucune contribution jusqu’à maintenant. Il n’en
est qu’au début. Il commence seulement à agir », s’est étonné
l’ex-président polonais Lech Walesa, Prix Nobel de la paix,
millésime 1993.
« Une chose est certaine : le président Obama ne recevra aucun
prix de la part des Américains pour la création d’emplois », a
ironisé Michael Steele, président du comité national du Parti
républicain aux États-Unis.
D’autres, au contraire, se sont réjouis de cette nomination.
Barack Obama a déjà « contribué à changer l’atmosphère dans le
monde », a fait valoir l’ex-leader soviétique Mikhaïl
Gorbatchev.
Le comité du prix Nobel de la paix estime lui aussi que Barack
Obama a déjà exercé une influence positive, avec ses mots et
ses discours. « À titre de président, il a créé un nouveau
climat dans les relations internationales », écrit-il dans son
communiqué.
Celui-ci précise que c’est grâce à ses « efforts
extraordinaires en faveur de la diplomatie internationale et
pour la coopération entre les peuples », ainsi qu’à son
engagement pour le désarmement nucléaire, que le président
Obama a mérité cette distinction.
Le comité dit espérer que ce prix aidera Barack Obama à «
lutter pour ses idéaux ».
Le prix de
l’après-Bush
Le communiqué vante les vertus de Barack Obama, mais par
endroits, implicitement, il écorche son prédécesseur
George W. Bush. « Grâce à l ’ i nitiative d’Obama, les
États-Unis jouent maintenant un rôle plus positif face aux
défis cli matiques auxquels le monde fait face », y lit-on par
exemple.
« Ce pri x est cla i rement une réaction à Bush », croit l ’
historien Gil T r oy, s péc i a l i s t e d e s pr é s i d e n
c e s américaines et professeur à l’ Université McGill.
Ce qui transpire de ce prix, c’est un grand soupir de
soulagement, renchérit Graham Dodd, politicologue originaire
des États-Unis qui enseigne à l’ Université Concordia.
« C’est comme si le monde d i s a i t : " Mon Dieu qu’on est
content que Bush soit parti, c’est tellement mieux maintenant
!" » r é s u me Graham Dodd.
Quand i l a entendu hier que le président Obama venait de
recevoir le prix Nobel de la paix, ce dernier a cru à un
poisson d’avril. Et maintenant, il craint que cette
reconnaissance i nternationale ne revienne comme un boomerang
contre son lauréat.
« Ce prix risque d’écorcher la légitimité d’Obama, ses
adversaires politiques pourraient dire : " Regardez, il n’a
rien fait pour mériter ça, c’est un politicien vaniteux, mais
il ne réalise rien" », s’inquiète Graham Dodd.
Selon Gil T r oy, l e pri x Nobel e s t u n « i mmense cadeau
» et un moment de « validation » i nternationale pour Obama.
Il récompense sa « capacité à générer de l’espoir et à
inspirer ».
Il appartient maintenant au président d’utiliser ce cadeau
comme un levier pour faire avancer ses réformes. « S’il n’y
parvient pas d’ici six mois, ce prix pourrait se retourner
contre lui », croit-il.
Le comité norvégien a voulu récompenser le changement de ton,
la rhétorique et les précédents créés par le premier
Afro-Américain à accéder à la présidence des États-Unis. I l
voulait donner un coup de pouce à un dirigeant qui espère
résoudre les conflits par le dialogue, contrairement à son
prédécesseur qui « tirait avant de parler », selon Graham
Dodd.
C’est, en quelque sorte, u n pr i x pou r l e s bon nes
intentions de Barack Obama. Mais l e présent pou r r a i t se
t r a nsfor mer en c adeau empoisonné. Et la stratégie de
Barack Obama doit encore porter ses fruits.
Une récompense à double tranchant - RICHARD HÉTU
NEW YORK — Une
bonne réputation, ça n’a pas de prix, n’estce pas? Dans tous
les pays, la réponse ne fait pas de doute, sauf peut-être aux
États-Unis, où l’attribution du prix Nobel de la paix à un
président peut exposer ce dernier à la critique ou au
ridicule.
PHOTO KEVIN LAMARQUE, REUTERS
Le 22 septembre 2009, le premier
ministre israélien Benyamin Nétanyahou (à gauche) et le
président palestinien Mahmoud Abbas (à droite) ont échangé
une poignée de mains au cours d’un mini-sommet avec Barack
Obama afin d’entreprendre des négociations sur le statut
final entre Israéliens et Palestiniens.
« I l est dommage que le vedettariat du président ait éclipsé
d’inlassables militants qui ont obtenu des résultats en
matière de paix et de droits de l’homme », a déclaré le
président du Parti républicain, Michael Steele, dans un
communiqué.
« Une chose est certaine, a-til ajouté. Le président Obama ne
recevra pas de récompense des Américains pour la création
d’emplois, la responsabilité budgétaire, ou pour avoir lié ses
paroles à des actes. »
L’animateur de radio conservateur Rush Limbaugh ne s’est pas
gêné pour en remettre, affirmant que l’annonce venue d’Oslo «
révèle complètement l ’ i l lusion qu’est Barack Obama ».
« Avec cette récompense, les élites mondiales encouragent
Obama, l’homme de paix, à ne pas envoyer de soldats
supplémentaires en Afghanistan, à ne pas agir contre l’Iran et
son programme nucléaire et à persévérer dans ses intentions
d’émasculer les États-Unis », at-il écrit dans un message
publié sur le site du journal Politico.
Le prix Nobel de la paix 2009 peut-il se retourner contre
Barack Obama aux ÉtatsUnis ? Certains de ses admirateurs
semblent le croire ; ils ont conseillé au président de ne pas
accepter cet honneur qu’ils j ugent « prématuré ». C’est nota
mment le sentiment du journaliste et auteur George Packer.
« Le président devrait remercier le comité Nobel et lui
demander de garder le prix pour quelques années encore », a
écrit l’auteur de The Assassins’ Gates sur son blogue. « Il ne
devrait pas contribuer à l’accusation injuste voulant qu’il ne
soit qu’un beau parleur en acceptant cette récompense
attribuée en bonne partie pour les discours qu’il a prononcés
à Berlin, à Prague et au Caire. »
Barack Obama
n’a évidemment pas écouté Packer et tous ceux qui partageaient
cette opinion. Dans sa brève déclaration à la Maison-Blanche,
il a accepté le prix Nobel « comme un appel à l’action, un
appel lancé à tous les pays pour qu’ils se dressent face aux
défis communs du XXIe siècle ».
I l aurait pu ajouter que sa récompense était aussi la
concrétisation d’une de ses plus i mportantes promess es élec
t ora l es : r ehausser l’image des États-Unis. Nicolas
Sarkozy a d’ailleurs estimé que le comité Nobel avait consacré
« le retour de l’Amérique dans le coeur de tous les peuples du
monde » en décernant son prix le plus prestigieux au président
américain.
Le Nobel de Barack Obama n’est pas la seule illustration du
regain de popularité des États-Unis dans le monde. Des
sondages récents ont également permis de mesurer ce phénomène,
qui n’est pas négligeable à une époque où les Américains l
ivrent aux extrémistes une bataille pour les « coeurs et les
esprits ».
Il reste à savoir si le président américain pourra donner
raison au comité Nobel dans les nombreux dossiers épineux dont
il a hérité. Il s’en trouvera sans doute plusieurs pour se
demander comment un lauréat du prix Nobel de la paix peut
continuer à faire la guerre en Afghanistan, pour ne nommer que
ce conflit.
En attendant, le couronnement de Barack Obama, après moins
d’un an à la MaisonBlanche, semble n’avoir eu pour effet que
d’exacerber les divisions politiques aux ÉtatsUnis, comme le
démontre la réaction du Parti démocrate aux critiques
républicaines.
« Le Parti républicain s’est allié ce matin aux talibans et au
Hamas dans leur empressement à critiquer le président », a
déclaré un porte-parole du Parti démocrate.
I l faut dire que certains r é publ i c a i n s o nt fél ic
ité le président Obama après l ’a nnonce d’Oslo, dont l e
sénateur de l’Arizona, John McCain. Mais celui-ci s’est
empressé d’ajouter que son ancien rival faisait désormais face
à des attentes encore plus élevées qu’avant.
Le Nobel de l’espoir - MARIO ROY
Ce n’est pas
la première fois que l’attribution d’un prix Nobel de la paix
étonne. C’est une caractéristique qu’il partage souvent avec
le prix Nobel de littérature et, parfois, d’économie. En ces
domaines et contrairement aux prix de médecine, de physique ou
de chimie, il existe peu de critères objectifs et rigoureux.
De sorte que le comité Nobel se sent libre, chaque année, d’y
aller un peu à la tête du client!
C’est ce qui s’est produit, hier, avec Barack Obama.
Mais, au moins, on demeure avec lui sur le terrain de la paix
et non de quelque autre cause édifiante et consensuelle,
certes, mais étrangère à la nature du prix. Souvenons-nous
d’Al Gore en 2007: il s’agissait de donner un appui politique
à la mouvance écologiste. Et, davantage soucieux en 2006 de
lutte contre la pauvreté que de paix, le comité avait choisi
Muhammad Yunus, dispensateur de micro-crédit au Bangladesh...
Barack Obama et la paix pour de vrai, donc, en 2009. Ou pour
être précis: Obama et l’espoir de la paix.
Si on excepte une seule réaction vraiment négative (celle, ô
surprise, des talibans...), les réserves avec lesquelles on a
accueilli la nobelisation du locataire de la Maison-Blanche
tiennent à une chose : son arrivée toute fraîche dans la
communauté des chefs d’État et de la diplomatie
internationale. Or, c’est précisément par « ses efforts
extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie » que le
comité Nobel explique le choix de Barack Obama. Et il précise:
le président « a instauré un nouveau climat dans la politique
internationale ».
Ondiraqu’il
s’agit d’unhommage auxmots et aux intentions puisque, en neuf
mois, c’est tout ce que Barack Obama aura pu offrir au monde.
Mais il reste que les mots comptent. Et que, dans les
meilleurs cas, les intentions sont suivies par des actes.
Par exemple, le discours d’Obama au Caire, en juin, a
constitué un puissant désaveu de la doctrine du choc des
civilisations, désaveu auquel il appartient dorénavant au
monde arabo-musulman de souscrire à son tour. Et encore:
l’intention exprimée par le leader américain d’ouvrir le
dialogue avec l’Iran, ou Cuba, ou la Corée du Nord, a bel et
bien changé, si peu que ce soit à ce stade, la dynamique des
relations.
Reste à savoir si le prix Nobel de la paix sera une
bénédiction ou un fardeau pour cet homme qui a reçu deux
guerres en héritage. « Un combat sans merci », a commenté le
commandant en chef des forces armées de son pays, hier, en
acceptant le prix. « Et une autre où il faut combattre
l’adversaire pour atteindre la paix. »
C’est le paradoxe auquel Barack Obama n’échappera pas.
Le Nobel du rêve - Lysianne Gagnon
Le prix Nobel
de la paix à Obama? Mais pourquoi ? Parce qu’il a écrit de
beaux discours? Parce qu’il est le premier Noir à accéder à la
Maison-Blanche ?
Ce ne sont pas de bonnes raisons, à moins de triturer le sens
des mots. Normalement, le prix Nobel de la paix est destiné à
des gens dont l’action (non pas les discours d’intention) a
favorisé l’avènement de la paix quelque part dans le monde.
Comme, par exemple, Gorbatchev, Mandela, Sadate ou Hume et
Trimble en Irlande du Nord.
Barack Obama n’est qu’au début de son premier mandat, et ce
n’est pas le diminuer que de dire que ses appels conciliants à
la bonne volonté n’ont pas encore porté leurs fruits. Les
rêves de paix ne sont pas des réalisations.
Les contentieux avec l’Iran et la Corée du Nord ne sont
aucunement réglés. Le conflit au Proche-Orient non plus, et
s’il y a des progrès qui s’y annoncent confusément, ils sont
dus, non pas au président américain, mais aux pressions
internes des démocrates israéliens et à l’émergence, en
Cisjordanie, d’une classe moyenne palestinienne qui enamarredu
Hamas. Enfin, Obama entend quadrupler les forces militaires en
Afghanistan et maintient toujours en Irak des troupes armées
jusqu’aux dents… Cela ne constitue pas exactement des missions
de paix!
Ce n’est pas
le premier choix bizarre du jury du Nobel. En 2005, on a donné
le prix à El Baradei, l’ex-directeur de l’Agence
internationale de l’énergie atomique dont la complaisance
envers l’Iran n’est plus à démontrer. En 2001, à l’expatron de
l’ONUKofi Annan, qui a laissé faire les massacres au Rwanda.
Ces dernières années, on a favorisé les militants
environnementalistes, qui n’ont pourtant rien à voir avec la
résolution de conflits (Al Gore, ou une experte en
reforestation du Kenya). Comme si le concept de paix était un
gigantesque fourre-tout pour diverses bonnes causes.
Les Nobel ont gardé leur pesant d’or dans les domaines où les
réalisations sont facilement quantifiables, comme la médecine,
la physique ou la chimie. Mais dans un domaine à haute teneur
subjective comme la littérature, il y a longtemps que le prix
Nobel a perdu son éclat. Le « politically correct » et les
préjugés l’emportent trop souvent.
Cette année, comme en 2004, le prix littéraire va à un auteur
marginal… qui a l’atout d’être une femme (Herta Muller,
Elfriede Jelinek, vous connaissez?). Plusieurs ont vu dans le
choix de Harold Pinter, en 2005, une récompense pour ses
virulentes sorties anti-américaines contre la guerre en Irak,
quoique son oeuvre eût mérité un prix.
Nombre de grands écrivains ont été honorés (Lessing, Pamuk, Le
Clézio, Coetzee, Naipaul, Mahfouz, etc.), mais compte tenu de
la richesse de la littérature américaine, il est anormal que
les Américains aient été si peu présents dans le palmarès
depuis Steinbeck, en 1962. Seules exceptions: Saul Bellow
(1976), qui est né au Canada, Isaac Bashevi Singer (1978), qui
écrivait en yiddish sur la vie dans la Pologne d’avant-guerre,
Czeslaw Milosz (dont l’oeuvre se passe aussi en Pologne), et
Toni Morrison (1993), qui avait le mérite d’être femme et
noire. Où sont Philip Roth, John Updike, Joyce Carol Oates?
Mais comment s’en étonner, après la sortie de Horace Engdahl,
qui présidait le jury littéraire jusqu’à cette année? «
L’Europe, disait-il, reste le centre de la littérature
mondiale. Les États-Unis sont trop isolés, trop insulaires,
ils ne traduisent pas assez, ils ne participent pas assez au
grand dialogue de la littérature… » Il est vrai que les
Américains lisent peu de traductions. Mais cela n’excuse pas
l’ignorante arrogance de M. Engdahl.
Une présidence prometteuse - Robert
Asselin
En six mois,
Barack Obama a réhabilité l’image des États-Unis
Le président a tellement investi dans la réforme de la santé
que, s’il échoue, les Américains douteront de sa capacité à
réaliser le changement qu’il a promis.
L’auteur est directeur associé de l’École supérieure
d’affaires publiques et internationales de l’Université
d’Ottawa. Six mois après l’inauguration du président Barack
Obama, quel bilan doit-on faire de sa présidence? A-t-il
réussi à jeter les premiers jalons du changement qu’il a
promis?
PHOTO PAUL J. RICHARDS,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Barack Obama et sa femme Michelle lors
de la cérémonie d’investiture, le 20 janvier dernier.
Conscient de sa popularité et du capital politique dont il
disposait pour mener à terme des réformes, le président Obama
a entamé son mandat en menant quatre grands chantiers de
front: l’économie, la santé, l’environnement et la politique
étrangère. Mais il a dû composer avec les circonstances
difficiles dont il a hérité et sur lesquelles il n’avait aucun
pouvoir.
La pire crise économique depuis la Deuxième Guerre mondiale a
complètement dominé l’agenda politique et a nécessité qu’il
orchestre la plus grande intervention du gouvernement dans
l’économie américaine depuis le New Deal de Roosevelt :
dépenses gargantuesques pour stimuler l’économie, sauvetage
des secteurs financier, bancaire et automobile, réglementation
massive et soutien financier direct aux travailleurs
licenciés. Était-ce démesuré? La vraie question est plutôt :
avait-il le choix?
Sur la forme, l’approche d’ouverture et le style de leadership
qui ont caractérisé les décisions et les actions du président
Obama depuis six mois contrastent nettement avec celles de son
prédécesseur. Son charisme est indéniable, sa personnalité
plaît et le ton est conciliant. Malgré une baisse récente de
sa popularité, le président bénéficie d’un taux d’approbation
qui oscille entre 50% à 55%.
Sur le fond,
personne ne peut nier qu’il a fait des avancées importantes
sur le front de la lutte contre les changements climatiques,
qu’il a déjà réorienté la politique étrangère des États-Unis
et grandement réhabilité l’image de son pays dans le monde.
Aux yeux de bien des nations, l’adversaire américain est
redevenu le partenaire tant attendu.
Mais comment expliquer qu’un président populaire, élu avec un
mandat clair et qui bénéficie par surcroît d’une majorité
démocrate au Congrès, éprouve tant de difficulté à faire
passer sa réforme de la santé, la pièce maîtresse de sa
politique domestique?
Il y a deux obstacles qui empêchent pour le moment le
président de mener sa réforme à terme: les Blue Dog Democrats,
ces sénateurs et représentants de son parti qui trouvent la
réforme trop coûteuse et trop « libérale » aux yeux des
commettants plus conservateurs qu’ils représentent, et
l’opposition de plus en plus manifeste à sa réforme dans
l’opinion publique. Il ne faut pas sous-estimer les puissants
lobbys qui représentent les intérêts privés opposés à la
réforme.
À court et à moyen terme, le président a deux grands défis
devant lui. Le premier, c’est qu’il a maintenant tellement
investi de capital politique dans la réforme de la santé que,
s’il échoue, les Américains douteront de sa capacité à
réaliser le changement qu’il a promis. Le deuxième, c’est
qu’il devra rapidement s’attaquer au redressement des finances
publiques, sans quoi sa crédibilité et la viabilité de ses
projets futurs en souffriront grandement.
La présidence d’Obamademeure fort prometteuse. Le changement
qu’il a entamé est réel, mais, dans le système politique
américain, le pouvoir n’est pas concentré uniquement dans ses
mains. C’est largement sa capacité à établir des consensus qui
déterminera son succès.
100e journée
d’Obama à la présidence : « Je suis fier, mais je ne
suis pas satisfait » - Nicolas Bérubé
« La plupart des présidents font face à deux ou trois
gros problèmes. Nous faisons face à sept ou huit problèmes. »
— Barack Obama s’est dit « fier, mais pas satisfait », hier,
du travail accompli par son administration après 100 jours
passés à la tête des ÉtatsUnis, au moment où « sept ou huit
problèmes urgents » commandent toute son attention.
Barack
Obama, au cours d’une conférence de presse marquant, hier,
sa 100e journée à la présidence des États-Unis.
« Nous avons connu un bon départ. Mais ce n’est que le départ.
Je suis fier de ce que nous avons accompli, mais je ne suis
pas satisfait. Des millions d’Américains n’ont pas de travail
et de maison. Le crédit n’est pas aussi efficace qu’il le
devrait. Notre déficit à long terme est trop élevé. (...) »
Dans une conférence de presse diffusée hier soir sur les
grands réseaux de télévision et sur l’internet, Barack Obama a
répondu à plusieurs questions portant sur les grands enjeux du
moment, mais aussi sur ses observations sur le rôle de
président.
Par exemple, M. Obama s’est candidement dit surpris par le
nombre de dossiers critiques qui arrivent simultanément sur le
bureau du leader du pays le plus puissant du monde.
« Je n’avais pas prévu de faire face à la fois à la pire crise
économique depuis la Grande Dépression, à l’épidémie de
grippe, aux banques en difficulté.. . La plupart des
présidents font face à deux ou trois cela n’a pas été le cas.
»
M. Obama a aussi noté que son nouvel emploi lui donne beaucoup
de pouvoirs, mais que les limitations sont importantes, et
rarement mises en lumière.
« Je réalise que les pouvoirs du président ont des limites. Je
ne peux pas appuyer sur un bouton et faire en sorte que les
banquiers font tout ce que je veux. Ou tirer un levier et
convaincre le Congrès d’appuyer mes décisions. » gros
problèmes. Nous faisons face à sept ou huit problèmes. »
Le président s’est dit troublé par la culture de l’immobilisme
qui a cours à Washington. « Le changement à Washington se
produit lentement. Il y a beaucoup de prises de position
partisanes et j’aurais aimé que cela soit laissé de côté, en
ces périodes troublées. Malheureusement,
Nos valeurs profondes
Questionné sur
les méthodes de torture autorisées par l’administration Bush,
le président a réitéré son engagement envers les règles
établies par la convention de Genève et a évoqué les décisions
prises par Churchill pour appuyer sa réflexion.
« Durant la Seconde Guerre mondiale, alors que Londres était
bombardé, l’armée britannique détenait 200 militaires
allemands. Churchill aurait pu les torturer, mais il ne l’a
pas fait, car il comprenait qu’à force de prendre des
raccourcis, on corrompt nos valeurs les plus profondes. »
Inter rogé sur la nécessité de fermer la frontière avec le
Mexique pour tenter d’endiguer la propagation du virus de la
grippe porcine, comme cela a été suggéré par certains membres
du Congrès, le président a rejeté cette éventualité.
« J’ai largement consulté nos experts en santé publique,
quotidiennement et même parfois d’heure en heure, a-t-il
indiqué. À ce stade, ils ne recommandent pas de fermer la
frontière. D’après eux, ce serait comme fermer la porte de la
grange après que les chevaux se sont échappés, parce que nous
avons déjà des cas aux États-Unis ».
Sur la question du rôle du gouvernement dans la sauvegarde des
constructeurs automobiles de Detroit, le président a rappelé
que ce n’était pas de gaieté de coeur qu’il devait s’occuper
du dossier.
« Les critiques disent: "Obama veut contrôler la construction
d’automobiles aux États-Unis". J’aimerais rappeler que je ne
prends pas plaisir à me mêler de cela. C’est la situation à
laquelle je suis confrontée. Mon objectif est que le
gouvernement puisse se désengager des constructeus automobiles
le plus vite possible. »
Sur la route
Plus tôt en journée, le président Obama s’est rendu dans la
petite ville d’Arnold, au Missouri, pour y tenir une assemblée
publique. Il y a souligné les principales réalisations de son
administration, et appelé les Américains à se serrer les
coudes au cours des prochains mois.
« J’ai confiance en l’avenir, mais je ne suis pas content du
présent. Pas quand des t ravai l leurs sont encore au chômage
et des familles sont incapables de payer leurs factures. Cela
prendra du temps et de l’effort. Nous allons reconstruire
l’Amérique, et conserver notre rôle de phare dans le monde. »
Roosevelt
serait fier - John Parisella
Barack Obama
passe haut la main le test de ses 100 premiers jours à la
présidence des États-Unis
En plus d’être le commandant en chef, M. Obama est le
communicateur en chef et le pédagogue en chef. Il est en voie
de redéfinir la présidence.
L’auteur est chercheur associé à l’Observatoire sur les
ÉtatsUnis de la chaire Raoul-Dandurand, professeur associé à
l’université Concordia et coauteur du livre « Élections: Made
in USA Édition 2008 ».
Le concept des 100 premiers jours d’une nouvelle présidence a
pris naissance avec l’arrivée au pouvoir de avec Franklin
Delano Roosevelt. Au beau milieu de la grande crise
économique, il a prêté serment comme président le 4 mars 1933.
À cette époque, près du quart de la population américaine
était en chômage, plusieurs banques frôlaient la faillite, des
familles entières vivaient en sans-abri. Voilà l’Amérique dont
FDR a hérité de son prédécesseur, Hebert Hoover.
En 100 jours, Roosevelt n’a pas réussi à renverser la vapeur,
mais il a réussi à restaurer l’optimisme et a fait rejaillir
l’espoir auprès des Américains. Depuis, tout nouveau président
est sujet à l’évaluation des 100 premiers jours. En termes de
réussite, FDR représente la norme. Et bien sûr, Barack Obama,
comme tous ses prédécesseurs depuis, ne peut échapper à la
comparaison.
Tout comme Roosevelt, Obama fait face à une sérieuse crise
économique qui se conjugue avec un système financier en péril.
De plus, les Américains sont impliqués dans deux guerres, en
Irak et en Afghanistan. Après huit années d’administration
Bush– Cheney, la crédibilité morale de l’Amérique sur le plan
international est à son plus bas. Obama et son équipe ont vite
réalisé dès leur victoire, le 4 novembre 2008, que la
situation se détériorait et que son gouvernement devait
prendre rapidement des mesures audacieuses et, parfois,
controversées. Malgré les quelques ratés de certaines
nominations, l’administration Obama a vite repris son aplomb
et a mis en oeuvre un programme ambitieux sur les plans
économique et financier. Des investissements massifs dans un
vaste programme d’infrastructures ont été adoptés. Le budget
le plus imposant de l’histoire américaine a été présenté, un
programme de sauvetage pour aider les banques, le secteur
financier et le secteur hypothécaire était incontournable et,
finalement, une démarche pour restructurer l’industrie
automobile américaine a été enclenchée.
Tout cela n’a
pas empêché Obama d’aller de l’avant sur d’autres fronts tout
aussi essentiels. Il s’est aussitôt attaqué aux dossiers de
l’éducation, de l’environnement, de la recherche et de
l’universalité des soins de santé.
Sur le plan de la politique étrangère et de la diplomatie,
Obama s’est rapidement dissocié de l’approche Bush– Cheney.
Dans un premier temps, il a annoncé la fermeture éventuelle de
la prison à Guantánamo, et il a décrété l’interdiction de la
torture. Ensuite, sa participation aux différents sommets
internationaux (OTAN, G20, Sommet des Amériques) a présenté
une image plus conciliante et plus portée vers le
multilatéralisme.
Et pour ceux qui ont voulu tester sa volonté d’utiliser la
force, on a fait la démonstration de sa détermination dans la
libération du capitaine Phillips des mains des pirates
somaliens. De plus, son approche envers le monde musulman le
démarque de Bush– Cheney. Tout n’est pas parfait, mais le
président a réussi à changer le ton, à modifier la dynamique.
L’enthousiasme pour Obama se propage au-delà des frontières
américaines.
En plus d’être le commandant en chef, il est aussi le
communicateur en chef et, parfois, le pédagogue en chef. En
jouant ces divers rôles, il est en voie de redéfinir la
présidence. Il maîtrise de façon impeccable sa performance
devant les médias, tant traditionnels que les nouveaux
médias numériques,
projetant l’image d’un leader à l’écoute.
Dans tout cela, Obama reste foncièrement l’homme de famille,
authentique, ouvert au multiculturalisme, rassembleur,
généreux et visionnaire. Ses adversaires républicains ne
cessent d’affirmer qu’il a échoué le test des 100 premiers
jours. Certains de ses supporteurs plus à gauche expriment
certaines déceptions. Les derniers sondages sont pourtant des
plus éloquents. L’approbation du travail d’Obama par la
population américaine se situe audelà des 60%. Il passe le
test haut la main. Roosevelt serait fier.
ENCORE EN
LUNE DE MIEL - NICOLAS BÉRUBÉ
Trois mois après
son arrivée au pouvoir, Barack Obama est énormément populaire
auprès des Américains. À une époque où les gens font plus
confiance au gouvernement qu’aux grandes entreprises, le
président semble donner un nouveau souffle au pays, qui s’enf
LOS ANGELES — La liste des défauts d’Obama est longue, et Kevin
Shear prend plaisir à la réciter, un peu comme un enfant prend
plaisir à faire sortir l’air d’un ballon sur le point d’éclater.
Obama est trop timide. Il n’est pas assez fier de son pays. Il
veut faire tripler le déficit national. Il s’est trop incliné
lorsqu’il a rencontré le roi Abdallah d’Arabie Saoudite. Il a
besoin d’un télésouffleur pour donner ses discours. Il est au
pouvoir parce que la presse américaine est en admiration devant
lui.
« Obama va en Europe et il s’excuse pratiquement d’être
américain, ajoute M. Shear, qui travaille comme figurant sur les
plateaux de tournage à Los Angeles. Il veut que le reste du
monde nous aime. Personnellement, je ne m’intéresse pas à ce que
le reste du monde pense de nous. Gouverner le pays le plus
puissant du globe n’est pas un concours de popularité. »
Kevin Shear n’a pas voté pour Barack Obama. En fait, il n’a pas
voté du tout. Malgré tout, il donne aujourd’hui son appui,
timide, au nouveau président.
« Je ne l’aime pas, mais je trouve que les républicains sont
encore pires, dit-il. Pour l’instant, j’endure. Je ne sais pas
combien de temps cela va durer. »
L’opinion de M. Shear représente une réalité que bien peu de
spécialistes et de politologues auraient pu prévoir, il y a à
peine trois mois: Barack Obama est plus populaire aujourd’hui
que le jour de son élection.
Après environ 100 jours au pouvoir, le président Obama a l’appui
de 63% des Américains, soit la plus haute marque obtenue par un
président pour cette période de son mandat depuis trois
décennies. Le 4 novembre dernier, 52,9% des électeurs ont voté
pour lui.
Sur la question de l’économie, cruciale cette année, 71% des
Américains affirment avoir confiance dans les décisions
économiques d’Obama. Le président reçoit l’appui de pratiquement
tous les électeurs démocrates, des deux tiers des électeurs
indépendants et du tiers des électeurs républicains, selon un
sondage Gallup réalisé à la mi-avril.
Les analystes y voient la touche magique du président, qui a
réussi à s’imposer sans avoir l’air de museler ses opposants. La
cote de popularité d’Obama tranche avec celle des républicains
au Congrès. Ils sont sous la barre des 30% pour ce qui est de la
confiance du public.
« Pour être bien perçu actuellement par le public américain,
vous devez faire la preuve que vous pouvez travailler avec vos
adversaires », note Dick Keil, porte-parole de la firme Public
Strategies Inc.
Selon lui, la
coalition montée à Washington par Obama est toujours en place,
au moment où il tente de combattre la crise économique et
plusieurs autres problèmes de front.
« Le président est très populaire chez les démocrates et, plus
important encore, chez les indépendants. Cela montre aussi que
les gens sont à l’aise avec l’idée d’un gouvernement qui
intervient pour régler les problèmes et trouver des solutions,
ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. »
Soigner sa gauche
Pendant que les Amér i c a i ns appuient massivement leur
président, certaines personnes à gauche se demandent s’i l n’en
fait pas trop pour trouver un terrain d’entente avec ses
opposants. Obama a été élu haut la main l’automne dernier,
rappellent-ils. Il a un mandat clair pour changer le visage des
États-Unis.
« Je crois que le contraste avec Bush est si frappant que les
gens sont encore sous le choc, explique Sarah Right, une
étudiante qui habite Santa Monica. Personne chez les démocrates
n’ose encore critiquer Obama parce que, globalement, il va dans
la bonne direction. »
Selon elle, le support quasi unanime dont jouit le président
chez les électeurs qui l’ont supporté va s’effriter plus tard
durant son mandat.
« Obama est en faveur de l’utilisation du charbon pour produire
de l’électricité, alors que la gauche est contre à 100%. À moins
d’un changement de la part d’Obama, je peux concevoir le jour où
les écologistes manifesteront devant la MaisonBlanche »,
dit-elle.
Christian Haskin, qui a fait du bénévolat pour la campagne de
Barack Obama l’an dernier, estime que le président est «
incroyablement efficace » et dit être fier de le voir
représenter les États-Unis à l’étranger. Si une maison de
sondage devait l’appeler, dit-il, il n’aurait que de bons mots à
propos du président.
« Mais, au fond de moi, j’aimerais voir un changement plus
radical à Washington, note-t-il. Je ne suis pas fan des
conseillers économiques du président, qui sont tous issus de
Goldman Sachs et des autres compagnies qui nous ont mis dans le
pétrin. Je ne sais pas si nous apprenons de nos erreurs.
J’espère que oui, mais je ne suis pas certain. »
Il aimerait aussi voir les médias américains faire un meilleur
travail d’analyse. Les centaines de milliards de dollars en
fonds publics investis dans les banques et les compagnies
d’assurances ne font plus l’actualité. Où est passé l’argent ?
Les contribuables seront-ils remboursés?
« Les médias de droite critiquent Obama sur tout, alors que ceux
de gauche l’applaudissent, dit-il. C’est difficile d’avoir
l’heure juste. Je trouve qu’Obama fait du bon travail, mais je
voudrais mieux comprendre où l’on s’en va. »

Les premiers
100 jours d'Obama - UN RYTHME D’ENFER - Richard Hétu
OBAMADANS LES
TRACES DE FRANKLIND. ROOSEVELT Le 29 avril, Barack Obama
terminera ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche, une étape
hautement symbolique qui rappelle les débuts d’un des plus
grands présidents américains, le démocrate Franklin D. Roosevelt
«Vous pouvez aimer ou ne pas aimer ce que Barack Obama a
accompli, mais il a certainement fait beaucoup de choses.»
NEW YORK — Les États-Unis n’avaient jamais connu un début de
présidence aussi mouvementé: entre le 3 mars 1933, date de la
prestation de serment de Franklin D. Roosevelt, et la fin d’une
session spéciale du Congrès, le 16 juin 1933, le père du New
Deal transforma son pays en promulguant pas moins de 15 textes
de loi majeurs et en redonnant confiance aux Américains ébranlés
et appauvris par une grave crise économique. Le hasard voulut
que cette période décisive durât un peu plus de 100 jours.
Depuis lors, le concept des « 100 premiers jours » s’est
enraciné dans la vie politique des ÉtatsUnis, chaque président
tentant de profiter de sa lune de miel avec le public et le
Congrès pour mettre en chantier, le plus rapidement possible,
ses principaux projets.
Conscient du poids et de la nature arbitraire de cet aspect de
l’héritage de Roosevelt, John Kennedy avait tenu à avertir les
Américains, lors de son discours d’investiture, que son
ambitieux programme ne serait pas complété dans les 100 premiers
jours de sa présidence. « Pas même dans les 1000 premiers jours
ou pendant la durée de mon gouvernement ou durant l’existence de
notre planète. »
Qu’à cela ne tienne: les médias américains, friands de chiffres
ronds, ont déjà commencé à analyser les 100 premiers jours de
Barack Obama à la MaisonBlanche, qui tomberont le 29 avril. Et,
s’il faut se fier à Allan Lichtman, professeur d’histoire à
l’American University de Washington, ils devront conclure qu’«
aucun président américain depuis Roosevelt n’aura été plus actif
» que le 44e au cours de cette période hautement symbolique.
« Vous pouvez aimer ou ne pas aimer ce que Barack Obama a
accompli, mais il a certainement fait beaucoup de choses, dit
l’historien. Il ne susciterait pas une réaction aussi passionnée
chez les conservateurs s’il n’avait pas été aussi actif. »
Une bonne performance
De façon générale, historiens, politologues et commentateurs
créditent Barack Obama d’une bonne, voire excellente performance
durant ses 100 premiers jours à la présidence. Malgré quelques
faux pas lors de la formation de son cabinet, le démocrate de 47
ans a démontré, à leurs yeux, une efficacité certaine dans la
gestion de la MaisonBlanche, de son programme et de son image.
Cette semaine, David Broder, doyen des chroniqueurs politiques
de Washington, a donné le ton à ses collègues avec ce verdict :
« Plusieurs membres du cabinet en sont encore au stade de
l’apprentissage, mais l’équipe de la Maison-Blanche a contribué
à ce qui a été une performance brillante de la part d’Obama. Ce
qui est frappant est la capacité de l’équipe d’évoluer à un
rythme rapide afin d’attaquer les défis dont ils ont hérité et
de lancer des efforts ambitieux sans créer une impression de
confusion à propos des priorités du président. » aussi
rapidement.
Il pourrait certes avoir à s’en repentir si son plan se solde
par un échec, comme l’ont prédit les républicains, qui s’y sont
massivement opposés.
« Le succès de
sa présidence dépendra du rendement de l’économie dans six mois
ou un an », dit John Burke, spécialiste de la présidence à
l’Université du Vermont. « Pour le moment, le public comprend
que l’économie ne s’améliorera pas dans un ou deux mois. »
La longue liste des lois, décrets et plans promulgués par Barack
Obama durant ses 100 premiers jours s’étend à plusieurs
domaines, de la finance à l’immobilier, en passant par
l’avortement, l’automobile, la santé, l’environnement,
l’Afghanistan et le traitement des suspects de terrorisme. Mais,
de l’avis de la plupart des experts, aucune de ces mesures n’est
plus importante que le plan de relance économique de 787
milliards de dollars adopté à la mi-février. Le nouveau chef de
la Maison-Blanche peut se vanter d’être le seul président à
avoir obtenu du Congrès autant d’argent
La peur des conservateurs
En fait, le succès éventuel de son programme économique pourrait
aider Barack Obama à devenir une figure transformatrice à la
Roosevelt, selon Allan Lichtman, l’historien.
« Nous sommes à la fin d’une ère conservatrice qui a commencé
avec l’élection de Ronald Reagan en 1980 et le début d’une
nouvelle ère dans l’histoire politique américaine. Ces tournants
ont toujours produit des changements significatifs », dit-il.
Mais n’est pas FDR qui veut. Pour accomplir ses réformes
prioritaires dans les domaines de la santé, de l’éducation et de
l’énergie, Barack Obama aura besoin d’une poigne qu’il n’a pas
démontrée durant ses 100 premiers jours, selon H.W. Brands,
historien à l’Université du Texas et auteur de Traitor to His
Class, une biographie de Roosevelt.
« Obama n’a pas encore prouvé qu’il pouvait inspirer la peur
chez les démocrates et les républicains du Congrès, dit-il.
C’est une chose qui le différencie de Roosevelt. Derrière son
sourire permanent, Roosevelt dissimulait une dureté qui lui
permettait d’isoler les républicains et les démocrates
conservateurs. Nous n’avons pas encore vu cela chez Obama. »
Le nouveau président n’a peutêtre pas encore intimidé les
républicains du Congrès, mais il fait certainement peur à
plusieurs commentateurs conservateurs, dont David Frum,
ex-rédacteur des discours de George W. Bush, qui voit un
désastre financier se profiler à l’horizon en raison de ses
politiques.
« Je ne le blâme pas d’emprunter pour sortir les États-Unis et
les économies mondiales de leur marasme actuel, a-t-il écrit
récemment. Je le blâme d’assortir ses emprunts à une longue
liste d’interventions étatiques discréditées. Celles-ci vont
lourdement hypothéquer l’avenir des Américains qui hériteront de
sa dette. »
D’autres conservateurs plus hyperboliques n’hésitent pas à
accuser Barack Obama de vouloir mener les États-Unis sur la voie
du socialisme, du communisme, voire du fascisme. Le nouveau
président peut sans doute se consoler en se disant que Franklin
Roosevelt a fait face aux mêmes accusations en son temps.
Un ami qui vous veut du bien - ALEXANDRE SIROIS
Sur la scène
internationale, Bush aimait être craint. Le nouveau président
américain préfère être aimé.
Le monde entier a su à quoi s’en tenir au sujet de George W.
Bush peu après le 11 septembre 2001. Il s’est mis à se comporter
comme le fier-àbras qui distribue les coups dans la cour d’école
dès que sonne l’heure de la récréation.
À voir comment Barack Obama se comporte sur la scène
internationale depuis près de 100 jours, il est tentant de
l’imaginer, plus jeune, dans la même cour d’école que son
prédécesseur au style de cowboy texan.
Il aurait certes été l’anti-Bush. Le brillant élève prêt à aider
les moins doués à faire leurs devoirs. À condition qu’ils
acceptent, en échange, de bien se comporter.
Sur la scène internationale, Bush aimait être craint. Le nouveau
président américain préfère être aimé.
Il se présente comme un ami qui vous veut du bien. Et les autres
grands leaders du monde en redemandent.
Puissance douce
Prenez Hugo Chavez, président du Venezuela. Ces dernières
années, il a qualifié les États-Unis de pays « terroriste » et
comparé Bush au « diable ».
Devant Obama, au Sommet des Amériques la semaine dernière, le
loup s’est soudainement transformé en agneau. « Je veux être ton
ami », a dit Chavez au successeur de Bush, en lui serrant la
main.
Et que dire de
Dmitri Medvedev, fils spirituel de Vladimir Poutine et président
d’une Russie qui a pris goût à narguer Washington et le reste de
l’Occident. En marge du sommet du G20, il a précisé qu’Obama est
son « nouveau camarade ».
Les universitaires ont un nom pour la méthode mise de l’avant
par Obama en politique étrangère depuis son entrée à la
MaisonBlanche. La puissance douce. C’est-à-dire chercher à
convaincre plutôt qu’à contraindre. L’inverse de ce qu’on
appelle la puissance dure, jadis privilégiée par Bush et ses
faucons.
Pour l’influent quotidien américain Politico, la rupture, en
matière de politique étrangère, est dramatique à Washington. Il
s’agit carrément du « plus radical changement de cap
philosophique » en 28 ans. Soit depuis que le républicain Ronald
Reagan a succédé au démocrate Jimmy Carter.
Carter a été jugé faible et mou par les Américains. Tout
particulièrement en raison de son impuissance à résoudre la
crise des otages américains en Iran, détenus pendant 444 jours.
La diplomatie ne suffit pas
Lesrivauxrépublicainsd’Obama, désarçonnés par le fait que la
lune de miel entre le président démocrate et les Américains
semble s’éterniser, se sont justement mis à agiter le spectre de
Carter. Étroitement surveillé, Obama aura fort à faire pour ne
pas perdre la face dans plusieurs dossiers chauds sur la
planète. À commencer par celui de l’Iran, qui a fait si mal
paraître Carter, pays avec lequel le nouveau président cherche à
dialoguer. Un pari risqué.
La Corée du Nord, le Pakistan et l’Afghanistan – des pays où
l’héritage de Bush s’apparente à un gâchis – mettront aussi
rudement à l’épreuve la méthode de ce Casanova de la politique
étrangère.
Or, contrairement à Carter, Obama semble plus pragmatique
qu’idéaliste. Il s’est déjà rendu compte que la diplomatie,
parfois, ne suffit pas. Depuis son arrivée au pouvoir, par
exemple, les attaques d’avions américains sans pilote dans les
zones tribales pakistanaises se sont multipliées.
Il faut néanmoins souhaiter qu’il conserve son penchant pour la
séduction en politique étrangère. Et que sa méthode ne provoque
pas de dérapage incontrôlé. Si c’était le cas, les Américains
seraient impitoyables. I ls exigeraient rapidement un retour à
l’époque du fier-à-bras
(après tout, du moment que la méthode douce peut
fonctionner, alors pourquoi s'en priver ?!...)NDE
Le lutteur
- Nicolas Bérubé
— La politique
américaine ressemble souvent à un match de lutte
professionnelle. Il y a des coups fourrés, du clinquant, des
sauts du haut du troisième câble. Dans les deux cas, il y a
beaucoup de bruit. Dans les deux cas, il y a souvent bien peu
de substance.
La controverse entourant le discours de Barack Obama en
Égypte, aujourd’hui, offre un exemple de cette veine de la
politique américaine. Depuis des jours, les commentateurs
conservateurs accusent le président de vouloir être aimé des
ennemis de l’Amérique, de vouloir s’excuser au nom de
l’Amérique, bref, d’avoir honte de son pays.
Mitt Romney, qui réchauffe ses moteurs pour la prochaine
campagne de 2012, est sorti de son mutisme des derniers mois
pour critiquer Obama cette semaine.
« C’est une bonne idée de tendre la main aux autres nations.
Mais il est important de ne pas s’excuser. L’Amérique n’a
jamais dit aux autres nations quoi faire. L’Amérique a
sacrifié ses soldats pour aider les gens des autres pays à
être libres. »
Le double langage ici est évident. En 2006, la secrétaire
d’État de l’époque, Condoleezza Rice, avait fait les
manchettes en Égypte, après avoir déclaré durant un passage
dans ce pays : « Durant 60 ans, mon pays, les ÉtatsUnis, a
cherché à favoriser la stabilité aux dépens de la démocratie
au Moyen-Orient, et nous n’avons accompli aucun des deux. »
Dans les grandes règles non écrites de la politique et des
médias américains, un républicain qui admet un tort est lucide
et courageux, alors qu’un démocrate qui fait de même est
faible et place son pays en danger.
Il m’arrive
parfois d’imaginer ce que les conservateurs auraient dit si
les guerres bâclées en Irak et en Afghanistan avaient été
déclenchées par un président démocrate. Les conservateurs
seraient furieux, hors d’eux. Ils frapperaient le plancher du
ring à grands coups de poing et feraient crier la foule en
grimpant dans les câbles.
Pendant ce temps, les guerriers discrédités continuent de
dispenser leurs opinions. Le mois dernier, l’ex-vice-président
Dick Cheney a prononcé un discours sur la torture le jour même
d’une allocution d’Obama sur le sujet. Les médias ont présenté
la chose comme un duel entre deux titans, un débat d’idées
sain et excitant.
Seuls quelques journalistes se sont donné la peine d’examiner
les faits. Ils ont trouvé le discours de Cheney truffé
d’erreurs et de demi-vérités. Exactement comme la rhétorique
simpliste qui a mené les États-Unis en guerre sous le règne de
Bush.
Dans l’arène de la politique, les démocrates ont aussi leurs
trucs. Barack Obama n’est pas lui-même étranger à l’usage de
ces fauxfuyants. Mais ses méthodes sont plus subtiles.
Récemment, le président a admis trouver que Washington était
plus difficile à changer qu’il ne le croyait, « comme un gros
paquebot que l’on ne fait pas facilement changer de cap ».
Le président viendrait-il de remplacer son slogan « Changement
» par « L’art du possible » ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre
de tout ce qu’il a promis à chaque jour de sa campagne
présidentielle l’an dernier?
La question ne lui a pas encore été posée. La preuve qu’Obama
sait faire un saut du troisième câble et atterrir sur la
pointe des pieds.
Obama interviewé par un écolier de 11 ans
WASHINGTON
— Un garçon de 11 ans a atteint une rapide renommée dans
les médias américains hier en interviewant le président
Barack Obama à la Maison-Blanche.
« Le président est une personne normale », a résumé
l’écolier, Damon Weaver, à la sortie de son entretien
exclusif avec le président, filmé pour la chaîne de
l’école élémentaire Kathryn Cunningham, à Canal Point, en
Floride.
Dans le cadre d’un projet scolaire, Damon Weaver avait
sollicité cet entretien il y a huit mois, après avoir déjà
interrogé le futur vice-président Joe Biden pendant la
campagne.
« Tu as un
beau costume, mon garçon », dit le président en guise
d’introduction à l’apprenti journaliste, installé, cravaté
et micro en main, dans les fauteuils d’un salon de la
Maison-Blanche.
Interrogé sur les tâches de sa fonction de président,
Barack Obama répond: « c’est très intéressant. C’est
beaucoup de travail. Quelquefois on est éreinté, mais
chaque jour on a la possibilité d’aider quelqu’un. »
Au cours de cet entretien long de 10 minutes, plusieurs
questions ont touché l’éducation, la violence à l’école,
les repas à la cantine et les devoirs. Parlant parfois
comme à un journaliste professionnel, le président s’est
laissé aller à évoquer « budgets scolaires » et « fonds
fédéraux », assurant qu’il fera un « grand discours » sur
l’école le 8 septembre.
« Il est très grand et gentil », a relevé l’apprenti
journaliste qui, à la fin de son entretien, a fait sourire
le président en lui demandant : « Maintenant que je vous
ai interviewé, voulezvous être mon pote? »
LA COTE
D’OBAMA TOMBE À 50% - Nicolas Bérubé
(7 juillet 2009) La cote de popularité du président Barack
Obama est tombée à 50%, soit le taux le plus bas depuis son
investiture, selon un sondage publié hier à la veille de son
200e jour à la présidence. La moitié des Américains approuvent
l’action du président, contre 42% qui la désapprouvent,
reflétant leur malaise croissant face à la manière dont son
administration s’attaque à la crise économique et face à la
réforme du système de santé, très disputée au Congrès, selon ce
sondage Quinnipiac. Ces chiffres marquent une forte baisse par
rapport au précédent sondage de l’institut Quinnipiac, qui
donnait encore à M. Obama 57% d’opinions favorables contre 33%
le 2 juillet dernier. –
LA REPRISE EN OTAGE - Pierre Fournier
Le président
Obama menotté par un système politique dysfonctionnel à
Washington
Pour ceux qui doutent encore que le système pol it ique
américain soit devenu de plus en plus dysfonctionnel, la
semaine dernière et toute la première année de la présidence
Obama ont été dégrisantes.
On ne connaît pas d’autre démocratie avancée dont le chef
d’État élu a autant de difficulté à réaliser son programme
politique et économique, alors même qu’il jouit de fortes
majorités au Sénat et à la Chambre des représentants. Quels
que soient les mérites de la réforme du système de santé, de
la législation sur le changement climatique et des mesures de
relance pour promouvoir une croissance à long terme (par
opposition aux projets d’infrastructures à court terme), la
combinaison d’un système politique polarisé et d’intérêts
particuliers perturbateurs a fait dérailler l’essentiel du
programme du président.
Si le système des contrepoids a bien servi les libertés
individuelles et l’entreprise privée aux XIXe et XXe siècles,
il semble maintenant de plus en plus obsolète et incapable de
générer ou de tolérer le leadership audacieux et éclairé
nécessaire pour guider de manière cohérente une économie
complexe dans un cadre international de plus en plus
concurrentiel.
Gouverner dans l’intérêt national pendant une période de
difficultés économiques est rarement facile, mais cela devient
carrément impossible lorsqu’on est pris en otage par
l’obstruction permanente (les « filibusters »), des cycles
d’élections bisannuels, des groupes de pression puissants et
une vague de populisme. I l n’est pas étonnant que l’impasse à
Washington, le chômage élevé, la pauvreté et les saisies
immobilières (malgré les renflouements et les programmes de
stimulation massifs), et la perception d’un retour en force de
Wall Street et de l’appât du gain dans la haute finance, aient
nourri l’amertume et une colère généralisée.
Ébranlés par la défaite au Massachusetts et leur chute libre
dans les sondages, le président Obama et les démocrates
semblent maintenant déterminés à assurer leur survie politique
en surfant sur le ressac populiste. Pour commencer, quelle
meilleure cible que les grandes institutions financières?
Certes, les prises de risque excessives des banques
américaines sont généralement considérées comme les coupables,
mais l’histoire démontrera que la cause sousjacente la plus
importante de la crise économique est le déclin de la
compétitivité américaine et d’autres économies développées.
Néanmoins,
les sauvetages d’urgence des institutions et le retour rapide
de primes généreuses pour les dirigeants alors que l’économie
est encore en difficulté ont généré pour les banques
américaines un scénario de cauchemar dont elles sont largement
responsables.
Résultat, les grandes institutions financières américaines
viennent de se voir imposer un impôt de 90 milliards de
dollars pour leur responsabilité dans la crise financière au
cours des 10 prochaines années. Ce n’est pas particulièrement
significatif pour les bénéfices dans leur ensemble, mais c’est
un mauvais présage pour l’avenir.
La récente décision de la Cour suprême de déplafonner les
contributions politiques de groupes de pression organisés, ce
que le président Obama appelle un « feu vert à une nouvelle
vague d’ingérence de groupes d’intérêts particuliers dans la
politique intérieure » ( New York Times, 20 janvier 2010),
pourrait bien aider les banques à monter une contreoffensive,
mais cette voie est semée d’embûches et exigera de la part des
banquiers un sens politique plus fin que celui dont ils ont
fait preuve récemment.
Le ressac populiste ne s’arrêtera pas là. Le président
constatera qu’il est difficile, voire impossible, de résister
aux forces protectionnistes du pays, jusqu’au sein de son
propre parti. Il subira également des pressions pour prendre
les républicains de vitesse sur la question de l’immigration,
avec des conséquences négatives pour l’économie des ÉtatsUnis
et du monde.
Si la majorité des économistes voient juste en prévoyant une
croissance économique robuste et une reprise de la création
d’emplois à court terme, bon nombre de failles structurelles
du système politique feront simplement l’objet d’un
replâtrage… qui tiendra un temps. Le jeu complexe entre les
facteurs économiques et politiques ( dont beaucoup n’ont pas
été évoqués ici) continuera cependant de miner la reprise
économique.
LA NOUVELLE
MICHELLE - Marie-Claude Lortie
De femme inquiétante à maman en chef, Michelle Obama s’est
transformée du tout au tout.
Difficile de
dire exactement quand Michelle Obama est devenue ce qu’on
appelle en anglais « a household name ». Un nom et un visage
connus dans toutes les chaumières.
Est-ce au printemps 2007, quand
Maureen Dowd, la chroniqueuse du New York Times, a écrit
qu’elle avait un effet « émasculant » sur son mari Barack,
parce que, durant ses discours, elle osait déboulonner la
nouvelle idole politique pour rappeler qu’il n’était pas
capable de ramasser ses chaussettes et de faire son lit?
Est-ce quand les républicains ont essayé dedéclencher une
controverse autour de son fameux « Pour la première fois de ma
vie, je suis fière de mon pays » – car ils y voyaient un signe
de patriotisme conditionnel?
Est-ce quand elle est arrivée à la convention démocrate, en
août 2008, habillée d’une frappante tenue turquoise pour se
présenter comme une mère, une fille, une soeur, une épouse,
bref pour amorcer officiellement sa nouvelle vie de « la femme
de », elle qui avait pourtant été, d’abord et avant tout, une
avocate diplômée de Harvard et Princeton, brillante et
indépendante?
Ou est-ce quand elle est allée à l’émission de Jay Leno, en
octobre 2008, lancer un dernier appel en faveur de son mari,
intervention qui arrivait juste après le scandale de la
garde-robe à 150 000$ de Sarah Palin? Vous vous rappelez, elle
en a profité pour dire qu’elle s’habillait chez J. Crew,
marque de moyenne gamme typiquement américaine et qu’elle
commandait sur l’internet. Les ventes du marchand de
prêt-à-porter ont alors explosé.
et potager bio
En fait, ce qu’on retient surtout, en mettant bout à bout les
moments-clés de son arrivée dans la sphère publique, des
primaires à la présidentielle, en allant jusqu’à l’investiture
et aujourd’hui, c’est que l’arrivée de Michelle Obama dans
notre univers s’est faite par étapes. Et qu’à chacune de ces
marches gravies une à une, elle s’est transformée sous nos
yeux, pour devenir la maman en chef parfaite que l’on a vue à
la Maison-Blanche depuis 100 jours.
D’abord, on l’a connue comme avocate, femme de carrière
ambitieuse – elle a rencontré son mari dans un grand bureau de
Chicago alors qu’elle était sa supérieure. Puis les médias ont
commencé à en faire un personnage politique très attaché à son
identité noire, en révélant notamment que sa thèse à Princeton
portait sur le racisme.
Ajoutez à cela sa phrase jugée pas suffisamment patriotique
et, évidemment, le fameux fist bump (poing à poing) vaguement
rappeur avec son mari, et, tranquillement, Michelle la
battante a commencé à être perçue avec scepticisme par la
population. C’est là que le magazine New Yorker, en juillet
2008, a choisi de caricaturer cette perception d’une Michelle
menaçante en la dessinant sous les traits d’une Angela Davis
armée d’un AK-47.
Alors qu’on commençait à se demander si Michelle allait
devenir un handicap pour Barack, la transformation a pris un
autre tournant. C’est ainsi qu’elle est arrivée à la
convention démocrate à la fin de l’été 2008 en se présentant
comme une soeur, une fille, une épouse, une maman. Rassurante
à souhait. Quelques semaines plus tard, elle a lancé la phrase
« mom in chief ».
Ajoutez à cela de fort judicieux choix de garde-robe et des
discours rassembleurs, une présence en retrait au moment de
l’investiture et peu à peu, elle est devenue la super maman et
icône de la mode de surcroît que l’on connaît aujourd’hui. Et
c’est cette image qui a été consolidée par ses 100 premiers
jours à la Maison-Blanche. Car, qu’a-t-elle fait durant ce
temps?
Elle a installé sa famille – adopté un chien, installé des
balançoires dans le jardin, lancé un potager, organisé une
fête pour le Super Bowl.
Certes, elle a rendu visite à différentes écoles et est allée
parler dans quelques ministères fédéraux. Mais a-t-elle dit
quoi que ce soit de frappant? Ou n’est-ce pas plutôt le succès
de ses changements de garde-robe en voyage au G20 en Europe
qui ont fait la une?
La superstar
Quoi qu’il en soit, ce viragemaman a porté ses fruits. Non
seulement Michelle Obama est-elle à Washington aux côtés de
Barack dans une position d’influence incomparable, mais elle a
maintenant plus d’appuis que jamais dans la population.
Selon un sondage Washington Post/ ABC News paru fin mars, sa
popularité est à 76%, soit à 28 points du niveau de l’été
dernier. Aussi, dit le sondage, la proportion de gens qui la
voient négativement a fondu.
« En fait, la chose qui me frappe le plus c’est à quel point
elle est devenuepopulaire, partout. Tout le monde l’adore »,
affirme Rebecca Traister, journaliste au magazine Salon.com
qui se penche sur la place des femmes dans la société
américaine.
« Sauf que,
ajoute Mme Traister, ce qui est aussi frappant, c’est qu’elle
est aimée et perçue de façons différentes selon les gens, qui
voient en elle ce qu’ils veulent aimer. »
Certains aiment qu’elle soit belle et toujours parfaitement
bien habillée; d’autres aiment son ouverture et sa modernité;
d’autres apprécient sa façon très familiale de voir la vie,
d’autres aiment qu’elle n’ait pas peur de montrer ses bras
musclés; d’autres voient d’un bon oeil qu’une femme
brillante épaule son mari à la direction du pays...
« On peut trouver dommage qu’elle ait dû se transformer à ce
point pour ne plus devenir menaçante, mais la réalité, c’est
qu’elle a été brillante là aussi, dit Mme Traister. Elle est
devenue un personnage qui plaît à tous, qui ne fait plus peur
à personne. »
Mais tout cet enthousiasme, cet amour collectif pour Michelle,
surtout aux ÉtatsUnis, ne cachent-ils pas aussi un peu de
culpabilité, de racisme à l’envers?
Peut-être, admet la journaliste. Peut-être qu’on est en train
de surjouer notre appréciation pour la Michelle carte de mode
et maman en chef pour oublier nous-mêmes qu’on s’est jadis
inquiétés de la force de son personnage d’avocate
afro-américaine aux idées fortes.
Robes politiques ?
Veronica Arreola, directrice-adjointe du Center for Research
on Women and Gender à l’Université de l’Illinois à Chicago,
constate la même métamorphose de Michelle l’inquiétante à
Michelle la maman parfaite.
« C’est quand même ironique que durant la campagne électorale,
elle ait été décrite comme une femme noire fâchée, alors
qu’aujourd’hui, tout le monde n’a de questions que sur sa
garde-robe, dit-elle. Remarquez, le fait est qu’elle s’habille
super bien et qu’elle est toujours magnifique, même avec un
jean et un t-shirt. »
Et, continue Mme Arreola, cette question des vêtements – qui a
quand même pris pas mal de place durant les 100 premiers jours
– est difficile à cerner même pour les féministes qui
l’observent.
« Une partie de toute cette attention donne l’impression qu’on
est en 1962, de retour au temps de Camelot », constate Mme
Traister en faisant référence à l’époque de John Fitzgerald
Kennedy.
Mais en même temps, force est de constater que Mme réussit à
se servir de ce dossier vêtements, autant qu’elle le peut,
pour affirmer ses valeurs. C’est parfois en choisissant des
tenues dessinées par des créateurs hors de l’establishment
traditionnel – Isabel Toledo, d’origine cubaine, pour
l’investiture, ou Jason Wu, d’origine taiwanaise, pour sa robe
du bal inaugural.
C’est parfois en montrant ses bras musclés sur la photo
officielle de la Maison-Blanche.
Sheila Gibbons, la rédactrice en chef de Media Report to
Women, constate en outre que tout cela est fait dans le
respect du décorum et que Mme Obama joue ce jeu fort
respectueusement. « De toute façon, tout ce qu’une première
dame fait différemment reçoit immédiatement beaucoup
d’attention », note-t-elle.
Mme Gibbons croit cependant que le public est maintenant prêt
à ce que Mme Obama passe à autre chose, à un niveau d’action
plus concret.
Maintenant, dit-elle, les Américains ont hâte qu’elle
choisisse clairement une cause – elle a déjà dit qu’elle
voulait aider les familles des militaires et les mères qui
travaillent. Le compte à rebours, croit Mme Gibbons, est
lancé.








« Bientôt, selon moi, on va commencer à entendre, parfois avec
justesse et parfois injustement, "où est Michelle, que
faitelle? " »
L’ÈRE MICHELLE OBAMA
Michelle Obama
a-t-elle déclenché une nouve l l e è r e dans le monde de la
pub et des magazines ?
Grâce à elle, voit-on de plus en plus de femmes noires à la
une des revues de mode? Ou est-ce une impression?
Aucune étude quantitative n’a encore été faite pour mesurer
l’impact de Mme Obama sur la présence des femmes noires dans
les médias, mais n’avez-vous pas l’impression que oui, elle a
eu un impact? Prenez juste le magazine Vogue. En mars, Mme
Obama était en page couverture. En avril, c’était Beyoncé. Et
en mai, c’est un groupe de mannequins dont deux Noires, Liya
Kebede et Jourdan Dunn.
« Il était temps! » lance Sheila Gibbons, rédactrice en
chef de Media Report to Women. « Les femmes non caucasiennes ont
traditionnellement rarement été mises en valeur sur les
couvertures des magazines. Oui, je crois que Mme Obama va
changer cela. »
Aucune autre femme noire américaine n’a jamais eu autant de
place dans le regard des médias que Mme Obama, remarque Mme
Gibbons. Il est normal que ça ne passe pas inaperçu.
« Deux femmes afro-américaines, de suite, à la une du Vogue,
c’est effectivement quelque chose de très rare », commente
Rebecca Traister, de Salon.com. « Et j’ai remarqué récemment que
Beyoncé était partout pour la promotion de son nouveau film. Ça
n’arrive pas souvent qu’une actrice noire, à part Halle Berry,
ait autant de visibilité. »
LE FACTEUR MAMAN
En choisissant
de jouer la carte maman à fond, Michelle Obama est-elle en train
de symboliser un nouveau personnage de la Cité: la femme qui
cherche à amener des changements politiques, mais utilise son
personnage de mère pour rendre ses demandes plus acceptables ?
« Nous sommes très là-dedans, en ce moment, aux États-Unis »,
explique la journaliste Rebecca Traister.
« Les femmes peuvent choisir de demander toutes sortes de
choses, mais si elles le font au nom de leurs enfants, cela met
tout le monde plus à l’aise. »
Veronica Arreola, directriceadjointe du Center for Research on
Women and Gender à l’Université de l’Illinois à Chicago,
constate la même chose.
« Elles demandent ce qu’elles veulent, disons de meilleurs soins
de santé, ou des congés de maladie payés, par exemple, mais au
lieu de le demander comme femmes uniquement, elles le demandent
comme mères, au nom de leurs enfants », explique-t-elle. « Le
discours est alors beaucoup plus efficace quand il est présenté
ainsi. » Mieux accepté.
Michelle serait-elle en train de se repositionner pour mieux
relancer son activité sociale, en brandissant la caution
maternelle?
Les premières
dames ont pratiquement toujours épousé des causes qui les
concernaient comme mères, que ce soit la couverture universelle
des soins de santé pour Hillary Clinton, la lutte contre la
drogue chez les jeunes pour Nancy Reagan, l’alphabétisation pour
Laura Bush.
Mme Obama, elle, a parlé d’aider les familles de militaires,
d’oeuvrer pour une meilleure conciliation travail-famille.
Mais Mme Traister et Mme Arreola insistent: elles ne reprochent
pas à Mme Obama son positionnement. En fait, elles constatent
plutôt son habileté politique.
« Et puis je ne suis pas contre le fait qu’elle se proclame mom
in chief, dit Mme Arreola. C’est tout un travail d’être une
mère. Et elle fait un boulot fantastique à cet égard. »
Toutefois sommes-nous certains que Mme Obama, elle, est
totalement satisfaite de son tournant maman à 100%? De ce
nouveau personnage d’épouse idéale ? Elle qui avait une
brillante carrière et gagnait même plus d’argent, jadis, que son
mari.
« Rappelez-vous, indique Mme Traister, comment elle a réagi
quand une jeune écolière, répondant à une question sur ce
qu’elle voulait faire plus tard, lui a dit qu’elle voulait
devenir première dame, comme elle. Mme Obama lui a répondu du
tac au tac: "Tu sais, ça ne paie pas beaucoup." »
Les
100
jours de Michelle Obama - Yoland Cohen
La première
dame des États-Unis incarne le féminisme de la compassion:
une éthique du soin des autres
La compassion est entrevue comme une éthique du care,
de la reconnaissance de leurs besoins et du partage du
pouvoir avec les autres, plutôt que sur eux ou contre eux.
L’auteure est historienne à l’UQAM.
Si l’on en croit les journalistes et les faiseurs
d’image, Michelle Obama aurait subi une transformation
radicale pour se faire aimer par le public américain et
devenir la star internationale acclamée partout dans le
monde.
Elle aurait troqué ses habits de black angry woman
qu’elle aurait été à Chicago contre ceux plus soft (et
pastels), de la maman aimante et généreuse qui soutient son
mari dans les moments difficiles, qui s’occupe de ses filles
et de son potager (bio), en plus de défendre une cause
humanitaire (à définir) pour marquer son passage à la
Maison-Blanche. Sans compter qu’elle a dûabandonner son
poste de vice-présidente aux affaires de l’Université de
Chicago pour suivre son mari à Washington!
Et les j ournalistes de se demander ce qu’est le féminisme
devenu, et si la conquête du pouvoir politique n’oblige pas
des femmes, émancipées et sûres d’elles comme Michelle
Obama, de transiger avec leurs principes égalitaires pour y
accéder.
Certes, le rôle de la première dame implique la plupart du
temps de mettre en oeuvre ces qualités féminines et
maternelles qu’en d’autres lieux Michelle Obama aurait
reléguées au vestiaire. Mais il n’est pas indifférent
qu’elle se pare de ces habits-là. Car elle s’inscrit dans
une tendance lourde qui, ces dernières années, témoigne de
la résurgence de ces qualités maternelles comme un des
éléments de la politique pratiquée par des femmes.
Avant elle,
Ségolène Royal a dû essuyer les critiques virulentes de
certaines féministes françaises pour s’être commise en
affichant publiquement son attachement à son rôle de mère,
et sur le fait qu’elle en faisait la référence fondamentale
de son expérience dans la vie pour briguer les suffrages
populaires.
C’est aussi la référence à la fameuse sacoche de Monique
Jérôme-Forget: la métaphore de l’ex-ministre des Finances
renvoyait au caractère rassurant de la mère de famille qui
tient les cordons de la bourse et ne dépense rien qui ne
soit indispensable à son bien-être.
Le rôle public des femmes et leur émancipation se sont
construits comme une extension de leurs fonctions
maternelles tout au long du XXe siècle. Dans la plupart des
grands pays occidentaux, et de façon presque simultanée au
tournant du siècle dernier, les pionnières de la première
vague de revendications féministes étaient des moralistes
(militantes pour l’abolition de la prostitution, pour la
tempérance et l’hygiénisme) en même temps et pour les mêmes
raisons qu’elles étaient des suffragistes (en participant au
vote, elles contribueraient à assainir la scène publique,
dépravée). Leur rôle de mère était le fondement à partir
duquel étaient revendiqués, et souvent obtenus, leurs
nouveaux droits.
L’assignation des femmes à la famille et à la procréation,
bien que largement remise en cause par la découverte de la
pilule contraceptive et par l’entrée massive des femmes dans
le marché de l’emploi salarié, deviennent les cibles des
revendications féministes égalitaires. Dès lors, ces deux
logiques vont se disjoindre pour donner naissance à la
deuxième grande vague féministe des années 70. Rejetant
d’emblée toute association avec les mouvements
maternalistes, le mouvement féministe égalitaire gardera ses
distances face à ses origines pour s’affirmer comme l’unique
prétendant à l’émancipation des femmes.
Plus récemment, une vision féministe contemporaine plus
nuancée alimente désormais le débat. C’est un féminisme de
la compassion qui vise à l’émancipation des hommes et des
femmes en faisant des qualités autrefois attribuées aux
mères des valeurs universelles du care dans un monde
vulnérable. La compassion y est entrevue comme une éthique
du care ou du soin aux autres, de la reconnaissance de leurs
besoins et du partage du pouvoir avec les autres, plutôt que
sur eux ou contre eux.
Nouvelle utopie? En tout cas, les gens ne s’y trompent pas,
puisqu’ils choisissent de plébisciter des femmes et aussi
des hommes, comme Barack Obama, qui font de cette nouvelle
éthique du care leur credo politique. Michelle Obama peut
continuer de cultiver son jardin et en partager les fruits
(et légumes) : c’est sa politique pour changer la Terre!
Inspirante
Michelle
- NATHALIE COLLARD
Les 100
premiers jours de Barack Obama au pouvoir sont aussi ceux de
Michelle Obama à titre de première dame des États-Unis.
Après Nancy Reagan, Hillary Clinton et Laura Bush, c’est au
tour de Mme Obama d’insuffler sa touche personnelle à la
Maison-Blanche.
Et dans ce rôle bien en vue, cette avocate de 44 ans est
tout à fait inspirante.
À l’exception d’Hillary Clinton, qui n’a jamais caché ses
ambitions ainsi que son désir de participer activement à la
vie politique, les premières dames de l’histoire récente
étaient plutôt discrètes.
En très peu de temps , Michel le Obama a réussi à t
ransformer une fonction qui pourrait facilement se limiter à
un rôle protocolaire, accompagné de quelques oeuvres de
charité et d’un intérêt accru pour la couleur des rideaux du
salon Bleu, en un rôle plus significatif aux yeux du peuple
américain.
Qu’on pense simplement à l’appellation « Mom in chief» –
véritable trait de génie sur le plan de la communication –
qui a permis à Mme de s’adresser à toutes les Américaines en
leur donnant l’impression qu’elles étaient sur le même pied
d’égalité.
C’est ce
qui est fascinant chez Michelle Obama, cette facilité à nous
convaincre qu’elle est une femme comme les autres, que sa
famille est une famille américaine ordinaire aux prises avec
les mêmes problèmes quotidiens – les devoirs, le souper, la
promenade du chien – que toutes les autres familles
nord-américaines. Ce qui n’est pas tout à fait faux tout en
étant complètement éloigné de la réalité de l’épouse d’un
président des États-Unis. On ne sait pas trop comment le
couple Obama réussit ce tour de force mais en toutes
circonstances, ils démontrent une très grande classe tout en
faisant preuve d’un naturel désarmant.
En outre, il ne faut pas oublier que Mme Obama, comme toutes
les femmes, exerce une influence sur son conjoint. Est-ce
cette influence qui fait en sorte qu’au cours des premiers
mois de son mandat, le président Obama a rétabli le
financement des centres de planning familial, nommé
plusieurs femmes à des postes-clés de son gouvernement et
créé le poste d’ambassadrice responsable des dossiers
touchant les femmes? Le magazine féministe Ms observait
récemment que M. Obama avait fait plus pour les femmes en
trois mois que bien des présidents durant un ou même deux
mandats.
Ce qui est égal ement réjoui s - sant chez Michelle Obama,
c’est qu’elle semble absolument fidèle à ce qu’elle est . En
d’aut res mots, elle incarne ses valeurs, qu’elles soient
familiales ou sociales. Selon ses porte-parole, Mme
Obaman’accepte pas plus que trois événements publics par
semaine afin d’honorer sa promesse d’être une mère présente
pour ses filles. Les valeurs familiales ont souvent été une
stratégie de communication. Dans le cas de Michelle Obama,
on y croit.
C’est pour cette raison qu’elle est vite devenue un modèle.
Et parce qu’elle rompt complètement avec le mythe de la
super woman des années 90 (mère parfaite, amante incroyable
ET professionnelle avec une carrière exigeante) pour nous
proposer plutôt l’image d’une femme menant une vie riche,
aux multiples facettes, de façon saine et équilibrée.
En cela, c’est sans aucun doute la femme la plus inspirante
à loger au 1600 Pennsylvania avenue depuis Eleanor
Roosevelt.
LE RETOUR D’HILLARY CLINTON -
Richard Hétu
Remise
d’une blessure au coude, la secrétaire d’État américaine
a repris en main les dossiers internationaux et fait
taire les rumeurs sur sa prétendue perte d’influence au
sein de l’administration Obama.
« On a en la personne d’Hillary Clinton une secrétaire
d’État très coriace, très disciplinée et très
expérimentée. Ses années à la Maison-Blanche et au Sénat
lui ont donné une vaste connaissance des rouages de
l’État et des jeux de pouvoir. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— Deux semaines plus
tard, la pointe de Tina Brown, exrédactrice en chef du
New Yorker, continue de susciter des commentaires à
Washington. « Il est temps que Barack Obama permette à
Hillary Clinton d’enlever sa burqa », a-t-elle écrit,
déplorant la prétendue invisibilité de la secrétaire
d’État américaine lors des six premiers mois de la
présidence de son ancien rival politique.
PHOTO JONATHAN ERNST,
REUTERS
Si la pertinence de l’image utilisée par Brown est
encore débat tue, i l n’en va pas de même, en revanche,
de la substance de sa critique. Au cours des deux
dernières semaines, Hillary Clinton a employé les grands
moyens pour attirer sur elle les projecteurs, commençant
par un discours majeur à Washington sur les priorités du
département d’État et enchaînant avec une série
d’activités – visites à l’étranger, entrevues télévisées
et discussions sinoaméricaines – qui lui ont valu
plusieurs manchettes.
« Les Ét ats-Uni s sont de retour », a répété Hillary
Clinton à chaque étape de son voyage en Asie du Sud-Est.
La chef de la diplomat ie américaine faisait référence à
la volonté de l’administration Obama de ne pas laisser à
la Chine le monopole de l’inf luence stratégique dans
une région que George W. Bush aurait trop négligée.
Mais elle aurait également pu parler d’elle-même.
Une blessure et des rumeurs
Victime d’une fracture du coude – elle a fait une chute,
à la mi-juin, alors qu’elle marchait vers sa voiture au
sous-sol de l’immeuble du département d’État –, Hillary
Clinton a dû ralentir le rythme de ses activités durant
un mois. Elle a ainsi dû annuler plusieurs rendezvous
importants, dont le sommet États-Unis-Russie à Moscou et
la réunion ministérielle du G8 à Trieste, en Italie.
Ces absences ont alimenté les rumeurs voulant que la
secrétaire d’État ait été réduite à jouer un rôle
secondaire dans l’élaboration et l’exécution de la
politique étrangère de l’administration Obama. Selon un
refrain déjà entendu, Hillary Clinton ne doit pas
seulement composer avec un président populaire qui lui
fait de l’ombre à l’étranger en multipliant les tournées
et les discours, mais également avec des émissaires de
haut niveau, comme George Mitchell, chargé du
ProcheOrient, et Richard Holbrooke, responsable de
l’Afghanistan et du Pakistan.
Toujours selon ce refrain, l’influence de la secrétaire
d’État a également été réduite après qu’un de ses
lieutenants, Dennis Ross, eut été muté à la
Maison-Blanche, où il conseille désormais le président
dans le dossier iranien. À en croire une commentatrice
comme Tina Brown, Barack Obama aurait ainsi réussi à
isoler son ancienne rivale, qui doit regretter
aujourd’hui le piège que lui a tendu le président. Mais
la réalité est tout autre, selon Richard Murphy, expert
au Middle East Institute.
Coriace et expérimentée
« Hillary Clinton est très enthousiaste à propos de son
rôle », déclare Murphy en entrevue. « C’est une femme
d’une grande énergie et d’une grande habileté. Et elle
se dévoue totalement à sa tâche. »
Secrétaire d’État adjoint pour les affaires du
Proche-Orient
entre 1983 et 1989, Richard Murphy estime que Clinton a
réussi jusqu’à présent à suivre sc rupuleusement les l
ignes directrices de la politique étrangère de Barack
Obama, notamment en ce qui a trait à la question du gel
total des activités de colonisation en Cisjordanie. Il
en va du succès de son mandat à titre de chef de la
diplomatie américaine, selon lui.
« Il n’y a rien qui pourrait détruire davantage
l’efficacité d’un secrétaire d’État que de laisser voir
aux dirigeants étrangers qu’il y a des différences
d’opinions entre le président et le secrétaire d’État,
explique Murphy. C’est ce qui a nui à Colin Powell. Il y
avait des rivalités au sein de l’administration Bush qui
ont affaibli sa position. »
Rompue aux batailles bureauc r atiques de Washington,
Hillary Clinton devrait également savoir s’imposer
auprès des autres acteurs importants de la politique
étrangère des ÉtatsUnis, dont Holbrooke et Ross, qui
sont reconnus pour leur indépendance.
« On a en la personne d’Hillary Clinton une secrétaire
d’État très coriace, très disciplinée et très
expérimentée, dit Richard Murphy. Ses années à la
Maison-Blanche et au Sénat lui ont donné une vaste
connaissance des rouages de l’État et des jeux de
pouvoir. »
De son côté, l’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger
a avoué au New York Times ne pas se souvenir d’une
époque où les relations entre le département d’État et
la Maison-Blanche étaient plus harmonieuses.
Les critères du succès
Mais Hi l la ry Cl i nton ne pourra se contenter de
survivre aux batailles bureaucratiques de Washington,
selon Aaron David Miller, du centre de recherche Woodrow
Wilson, qui a servi sous six secrétaires d’État.
« Les secrétaires d’État les plus importants ont été
associés à de grandes idées, à des crises difficiles et
à des percées diplomatiques qu’ils ont orchestrées. Par
définition, les secrétaires d’État efficaces gèrent des
crises et règlent de grands problèmes. Au bout du
compte, Hillary Clinton sera jugée selon ces critères »,
soutient Miller.
Ce n’est évidemment pas les grands problèmes qui
manquent. Hillary Clinton les a tous abordés depuis son
retour à l’avant-scène, des ambitions nucléaires de la
Corée du Nord et de l’Iran au conflit
israélopalestinien, en passant par la lutte contre les
talibans au Pakistan et en Afghanistan.
La secrétaire d’État a également tenté d’ouvrir un
nouveau chapitre dans les relations des États-Unis avec
l’Inde, où elle a fait une visite de trois jours, et
avec la Chine, dont plusieurs dirigeants ont participé à
une rencontre de deux jours à Washington cette semaine.
L’idée qu’elle se soit laissé imposer une burqa, même
métaphorique, semble plus insultante que jamais.
DES DÉCLARATIONS QUI DONNENT LE TON...
Message aux pays arabes
Hillary Clinton en a surpris plusieurs en appuyant
sans réserve l’appel de Barack Obama en faveur d’un gel
total des activités de colonisation en Cisjordanie. En
tant que sénatrice de l’État de New York, elle avait
toujours défendu les positions du gouvernement israélien.
Mais la secrétaire d’État a également adressé un message
aux pays arabes lors de son discours devant le Council of
Foreign Relations le 15 juillet, les appelant à prendre «
maintenant » des mesures « significatives » vers une
normalisation de leurs relations avec Israël, à « préparer
leur opinion à la paix et à accepter la place d’Israël
dans la région ». « Nous attendons des actes de la part
d’Israël, mais nous reconnaissons que ces décisions sont
difficiles politiquement. Et nous savons que les progrès
vers la paix ne sont pas de la seule responsabilité des
États-Unis ou d’Israël », a-t-elle ajouté.
Chine-États-Unis : « la relation bilatérale du siècle »
« Notre
relation avec la Chine sera la relation bilatérale la
plus importante du monde dans ce siècle. » Ainsi parlait
Hillary Clinton en février dernier à l’occasion de son
premier voyage en tant que secrétaire d’État. Barack
Obama a tenu le même discours lundi dernier en ouvrant à
Washington un sommet sino-américain de deux jours qui a
mis l’accent sur l’importance de la coopération entre
les États-Unis et la Chine pour répondre aux défis
communs, de la crise économique aux changements
climatiques en passant par la prolifération nucléaire. À
l’issue de ce sommet, la secrétaire d’État s’est
notamment réjouie de l’attitude des responsables chinois
sur la question iranienne. « La Chine partage nos
inquiétudes sur le fait que l’Iran devienne une
puissance nucléaire », a-t-elle dit. Clinton a également
affirmé que Chinois et Américains avaient discuté en
profondeur de la question du nucléaire nord-coréen. La
Chine est l’un des proches alliés de la Corée du Nord,
qui a récemment mené un essai nucléaire, tiré des
missiles et… accusé Hillary Clinton d’être «
inintelligente ».
Le « non » de l’Inde
En faisant une visite de trois jours en Inde il y a
deux semaines, Hillary Clinton a confirmé le rapprochement
entre Washington et New Delhi commencé sous l’administration
Bush, qui a signé en 2006 un accord historique
américano-indien conférant au souscontinent le statut de
puissance nucléaire. La visite de la secrétaire d’État a
pris fin avec la signature de plusieurs accords, dont l’un
ouvrira aux sociétés américaines de l’armement le vaste
marché indien. Boeing et Lockheed pourront ainsi participer
aux appels d’offres que l’Inde lancera pour 126 avions «
tout usage », l’un des gros contrats d’armement du monde.
Mais tout n’est pas rose entre Washington et New Delhi. La
secrétaire d’État américaine a en effet essuyé un « non »
sur la question du réchauffement climatique, les
responsables indiens refusant de se plier à la volonté
américaine d’imposer à leur pays un plafond aux émissions de
gaz à effet de serre.
Adieu à la présidence
Hillary
Clinton voudrait-elle de nouveau briguer la présidence
des États-Unis? La question lui a été posée lors d’une
entrevue télévisée en Thaïlande, où elle s’est arrêtée
pendant sa tournée récente en Asie du Sud-Est.
« Je ne sais pas, mais je doute vraiment qu’une
perspective comme celle-là fasse un jour partie de ma
vie », a-telle répondu.
Alors qu’elle faisait face à la même question dimanche
dernier sur la chaîne NBC, elle s’est montrée plus
catégorique. « Je dis non, jamais, pas du tout. »
« Je
ne fais plus de politique », a-t-elle ajouté à ABC.
Dans ses entrevues télévisées, la secrétaire d’État
s’est dite satisfaite de son rôle au sein de
l’administration Obama et de ses relations avec son
ancien rival.
« Nous avons de très bonnes relations, a-t-elle dit à
l’émission Meet the Press, à NBC. Nous avons des
échanges francs et ouverts. J’ai le privilège d’être
dans la position d’un conseiller en chef, d’être le chef
de la diplomatie que suit le président, mais je sais
bien que c’est le travail d’équipe qui sera plus
efficace pour l’Amérique. »
Et Clinton d’ajouter, en parlant d’Obama : « Je dois
dire, en tant que personne qui a passé énormément de
temps à le combattre ( pendant la campagne), je trouve
qu’il réalise un travail extraordinaire. »
Hillary Clinton en tournée africaine
— La
secrétaire d’État américaine Hillary Clinton est arrivée
hier au Kenya, première étape d’une tournée de 11 jours
en Afrique, la première, d’abord consac rée au
renforcement des liens économiques avec le continent et
à la stabilisation de la Somalie.
La tournée de Mme Clinton, la plus longue depuis sa
prise de fonction, vise notamment à démontrer au
continent noir l’implication des États-Unis après la
polarisation de la nouvelle administration sur d’autres
régions du globe.
Clinton s’emploiera à resserrer les liens avec trois
puissances du continent – Kenya, Nigeria et Afrique du
Sud – et à apporter son soutien à trois pays marqués par
des conflits récents – Angola, République démoc rat ique
du Congo et Liberia – pour achever sa tournée par une
visite au Cap-Vert.
Clinton
devait s’exprimer, ce matin à Nairobi, devant un forum
d’une quarantaine de pays africains aux relations
commerc ia les préférentielles avec les États-Unis, en
échange de leur engagement à des élections libres et au
libre-échange.
La secrétaire d’État mettra également à profit ce séjour
pour rencontrer le président somalien élu en janvier,
Sharif Cheikh Ahmed, acculé dans la capitale somalienne
par une offensive des insurgés islamistes lancée au
début du mois de mai.
Les États-Unis et leurs alliés ont à plusieurs reprises
montré du doigt l’Érythrée, accusée de soutenir ces
insurgés encouragés publiquement par de hauts
responsables d’Al-Qaeda.
UN CAUCHEMAR DE CINQ MOIS PREND FIN -
Nicolas Bérubé
Laura
Ling et Euna Lee sont rentrées aux États-Unis hier. La
libération des deux journalistes par la Corée du Nord
laisse-t-elle entrevoir un renouveau du dialogue entre
Pyongyang et Washington? Ce qui est sûr, c’est qu’elle
fait date dans la brève histoi
« Quand nous avons passé la porte, nous avons vu le
président Bill Clinton. Nous étions renversées. Nous
savions à ce moment-là, dans notre coeur, que le
cauchemar allait prendre fin. »
Les deux journalistes américaines détenues en Corée du
Nord depuis près de cinq mois sont rentrées chez
elles, tôt hier matin.
Laura Ling et Euna Lee sont arrivées avant l’aube à
l’aéroport Bob Hope, à Burbank, en banlieue de Los
Angeles, où leurs proches les attendaient sur le
tarmac.
Dans une allocution émotive, Laura Ling a raconté que,
30 heures plus tôt, elle et sa collègue étaient
toujours dans une prison de Pyongyang, où elles
craignaient d’être envoyées sans avertissement dans un
camp de travaux forcés.
« Tout à coup, on nous a annoncé que nous devions
aller à une rencontre. On a changé de lieu, et quand
nous avons passé la porte, nous avons vu, debout
devant nous, le président Bill Clinton. Nous étions
renversées. Nous savions à ce moment-là, dans notre
coeur, que le cauchemar allait prendre fin. »
Mme Ling a dit que ses 140 jours de détention en Corée
du Nord avaient été « les plus difficiles de sa vie ».
Derrière elle, son mari, Ian Clayton, avait du mal à
contenir ses larmes. M. Clayton a dit avoir écrit à sa
femme chaque jour depuis son arrestation, survenue en
mars dernier.
En matinée, le président Barack Obama a tenu à
l’extérieur de la Maison-Blanche un point de presse
dans lequel il a rendu hommage à Bill Clinton, dont i
l a salué le « t ravai l extraordinaire ».
« Les deux journalistes sont de nouveau avec leurs
proches. Nous sommes bien évidemment très soulagés.
Les images de la réunion que nous avons pu voir à la
télévision sont une source de joie non seulement pour
les familles, mais aussi pour le pays tout entier. »
M. Clinton a fait une visitesurprise en Corée du Nord,
mardi, et obtenu la libération des deux journalistes,
condamnées en juin par Pyongyang à 12 ans de travaux
forcés.
Selon l’agence nord-coréenne KCNA, l’ex-président
Clinton et le leader Kim Jong-il ont eu des
discussions « franches et approfondies sur les
dossiers en cours entre la RPDC et les États-Unis dans
une atmosphère sincère ».
Euna
Lee, 36 ans, et Laura Ling, 32 ans, qui habitent
toutes deux à Los Angeles, ont été appréhendées le 17
mars par des militaires nord-coréens alors qu’elles se
trouvaient près du fleuve Tumen, qui sépare la Chine
et la Corée du Nord. Les circonstances exactes de leur
capture sont floues.
Au moment de leur arrestation, les deux femmes
enquêtaient sur le trafic d’humains dans la région, et
plus précisément sur le sort des réfugiées
nord-coréennes qui fuient leur pays.
Voyage coûteux
L’aller-retour de Bill Clinton en Corée du Nord a
coûté environ 200 000 $, notamment pour la location
d’un Boeing 737. Hier, le réseau ABC a indiqué que les
frais d’utilisation des téléphones satellitaires à
bord totalisaient 15 000 $.
L’avion avait été affrété par le millionnaire
d’Hollywood Steve Bing, grand ami de Clinton. M. Bing,
qui finance régulièrement les activités du parti
démocrate, a annoncé qu’il paierait de sa poche les
frais du voyage.
Qu’est-ce que Current TV ?
Au moment de leur arrestation, en mars dernier, Laura
Ling et Euna Lee tournaient un documentaire pour la
station Current TV, un projet mis sur pied il y a cinq
ans par l’ex-vice-président Al Gore et l’homme
d’affaires Joel Hyatt.
Établie à San Francisco, Current TV qui diffuse par
internet et par câble des émissions sur des enjeux
sociaux, environnementaux et économiques. Les
auditeurs sont invités à envoyer des capsules vidéo,
dont certaines sont diffusées à la télé et en ligne.
Al Gore a eu l’idée de lancer cette station «
citoyenne » après avoir été échaudé par la couverture
de CNN lors du fameux dépouillement judiciaire en
Floride, aux élections présidentielles de 2000.
Current TV a signé un partenariat avec Radio-Canada,
qui parrainera la création d’une version canadienne de
la chaîne. Le service doit en principe voir le jour à
l’automne.
PHOTODANNYMOLOSHOK,
REUTERS
Quelques
républicains ont reproché à Bill Clinton d’avoir joué
le jeu de Pyongyang en orchestrant la libération des
deux prisonnières. D’autres ont fait fi de la ligne de
parti pour féliciter l’ancien président. Celui-ci,
accompagné de Al Gore, a accueilli hier les
journalistes Laura Ling et Euna Lee.
Vers une percée diplomatique ? - Richard Hétu
— Dès
la confirmation du succès de la mission de Bill
Clinton en Corée du Nord, une question a surgi dans
les médias américains et internationaux : le voyage de
l’ancien président laisse-t-il entrevoir une percée
diplomatique dans le dossier nucléaire qui divise
depuis plusieurs années Pyongyang et Washington?
Au lendemain de la libération des deux journalistes
détenues en Corée du Nord, les experts et les
responsables américains répondaient à cette question
de manière circonspecte, estimant qu’il était encore
beaucoup trop tôt pour juger de l’impact du geste «
humanitaire » du leader nord-coréen, Kim Jong-Il.
« Cela dépendra du rapport que présentera Bill Clinton
à l ’administration Obama » , a déclaré Scott Snyder,
spécialiste des relations américanocoréennes, dans un
entretien téléphonique. « Nous ne savons pas encore ce
qui s’est dit entre l’ancien président et les
dirigeants nord-coréens. Mais c’était une occasion
pour ces derniers de changer la direction de leurs
relations avec Washington. »
C’était aussi une chance unique pour Kim Jong-Il de se
faire une publicité positive dans son pays et à
l’étranger.
Plusieurs commentateu rs conservateurs ont d’ailleurs,
comme l ’a ncien ambassadeur américain à l’ONU John
Bolton, reproché à Bill Clinton et à l’administration
Obama d’avoir fait le jeu d’un dictateur dangereux.
Mais au moins un ancien membre de l’administration
Bush s’est dissocié de ce point de vue.
« Je ne pense pas qu’il était dans l’intérêt de
quiconque de voir ces deux journalistes contraintes à
des travaux forcés » , a décla ré Victor Cha,
conseiller de la Maison-Blanche pour les affaires
asiatiques sous George W. Bush. « Aussi la démarche de
Bill Clinton a-t-elle servi une très bonne cause, même
si elle a valu au gouvernement nord-coréen plus
d’attention. »
Barack
Obama, de son côté, a répété hier ce que son entourage
avait affirmé la veille : le voyage de Bill Clinton
était une initiative strictement privée. Il a ajouté
qu’il ne fallait pas y voir le signe d’un
adoucissement de la pression diplomatique sur le
régime communiste, sommé par la communauté
internationale d’arrêter son programme nucléaire.
L’aide de la Maison-Blanche
Ma i s la Ma i son-Blanche a tout de même joué un rôle
important dans la mission de l’ancien président. Par
l’entremise de l’ambassade de Suède à Pyongyang, elle
s’est notamment assurée que la Corée du Nord était bel
et bien prête à gracier et à relâcher les journal
istes américaines si Bi l l Clinton se rendait sur
place pour demander leur libération.
Les dirigeants nord-coréens avaient déjà communiqué
une telle volonté aux deux journalistes américaines,
qui avaient retransmis l’information à leurs familles
ainsi qu’à l’ancien vice-président Al Gore,
cofondateur de la chaîne Current TV pour laquelle
elles travaillent.
Pendant ses tractations avec Pyongyang, la
Maison-Blanche a fait savoir aux Nord-Coréens que la
visite de Bill Clinton ne pouvait en aucun cas être
liée au dossier nucléaire. Mais l’ancien président
s’est entretenu pendant une heure et quart avec Kim
Jong-Il, et il a ensuite dîné avec lui pendant deux
heures.
Il a sûrement pu se faire une bonne idée de l’état de
santé du leader nordcoréen – qui aurait été victime
d’une attaque cérébrale il y a un an – et peut-être
aussi de son attitude vis-à-vis du dossier nucléaire.
« Il y a peut-être maintenant une chance d’une reprise
des négociations à six pays et d’un progrès véritable
», a commenté William Cohen, ex-secrétaire à la
Défense sous Bill Clinton, dans une entrevue à CNN.
Le syndrome du sauveur
ANALYSE
La tentation de jouer les Superman peut aussi faire
boomerang. Les circonstances de la libération des
infirmières bulgares ont donné lieu à toutes sortes de
spéculations.
La scène se passait il y a deux ans, presque jour pour
jour, et demeure à ce jour l’unique heure de gloire
politique de Cecilia Sarkozy, ex-femme de l’actuel
président de la France.
Après un marathon de négoc iations avec les autor i
tés libyennes, celle-ci est accueillie en héroïne à sa
descente d’avion, à Sofia, où elle arrive accompagnée
de cinq infirmières bulgares et d’un soignant
palestinien, tout juste arrachés aux geôles de
Tripoli.
Quelques mois plus ta rd, c’est Nicolas Sarkozy
lui-même qui dépêche un avion médical vers la Colombie
pour tenter de sauver la plus célèbre des otages des
FARC, Ingrid Betancourt. L’opération se terminera en
queue de poisson.
Cette semaine, l’ex-président américain Bill Clinton a
eu plus de chance en réussissant à ramener deux
journalistes américaines accusées d’espionnage par la
Corée du Nord.
Y a-t-il un lien entre ces trois opérations ? Ou
s’agit-il d’un nouveau rôle pour les politiciens et
leurs proches: voler personnellement au secours de
prisonniers détenus injustement à l’autre bout du
monde ?
Selon le politologue canadien Andrew Cooper, ces trois
opérations de sauvetage, malgré leurs résultats
inégaux, appartiennent au même courant : le rôle de
plus en plus important joué par les célébrités dans la
diplomatie internationale.
Ça
peut être Mia Farrow qui s’engage pour le Darfour.
Mais ça peut aussi être un ex-président
ultra-médiatique qui va tirer des journalistes d’une
prison de Pyongyang.
Andrew Cooper a écrit un livre sur le rôle
diplomatique des célébrités. Selon lui, si la
diplomatie s’exerçait autrefois uniquement dans les
coulisses, aujourd’hui, elle repose souvent sur la
combinaison de deux éléments. D’un côté, les
tractations obscures habituelles. De l’autre, l’entrée
en scène d’une mégastar qui cueille les fruits de ce
processus.
Quand ce mariage fonctionne, tout le monde y gagne. En
posant aux côtés de Bill Clinton, le leader
nord-coréen Kim Jongil gagne de la crédibilité, note
Gil Troy, historien à l’Université McGill. Bill
Clinton s’affirme dans un nouveau rôle en se refaisant
une virginité politique. Et enfin, le succès de
l’opération rejaillit forcément sur le président
Barack Obama. Bref, tout le monde est content, sans
oublier les deux journalistes et leur famille… Mais la
tentation de jouer les Superman peut aussi faire
boomerang. Les circonstances de la libération des
infirmières bulgares ont donné lieu à toutes sortes de
spéculations, y compris l ’ hypothèse d’une promesse
de vente d’armes à la Libye. Encore aujourd’hui, il
reste bien du flou dans cette histoire.
Il y a deux semaines, le nouveau premier ministre
bulgare a accusé son prédécesseur de s’être fait
racketter en versant plus de 70 millions de dollars
pour faire libérer ces femmes, alors que, of
ficiellement, la Bulgarie s’était contentée d’effacer
la dette libyenne. Avant de jouer les Indiana Jones,
les étoiles de la politique internationale ont donc
intérêt à s’assurer que l’aventure dans laquelle elles
se lancent est bien ficelée.
Mardi, dans une pleine page du New York Times, des
dizaines de grands noms de la littérature et du
journalisme ont signé une pétition réclamant la
libération du Canadien Maziar Bahari. Correspondant du
magazine Newsweek, cinéaste et écrivain, ce dernier a
la double nationalité canadienne et iranienne. Il est
détenu depuis six semaines à Téhéran.
Une autre journaliste canadienne, Amanda Lindhout,
kidnappée il y a un an en Somalie, a supplié cette
semaine Ottawa de verser la rançon réclamée par ses
ravisseurs.
Leurs situations sont évidemment différentes. Et selon
la section canadienne de Reporters sans frontières,
Ottawa fait tout son possible pour leur venir en aide.
N’empêche: on se prend à rêver à un Bill Clinton made
in Canada.
L’effet Bill Clinton - Richard
Hétu
L’ancien
président obtient la libération de deux journalistes
américaines en Corée du Nord
Bill Clinton était-il en mission commandée par la
Maison-Blanche ? Ce voyage et son dénouement
laissent-ils présager un rapprochement entre Washington
et Pyongyang sur la question nucléaire ?
COLLABORATION SPÉCIALE
PHOTO REUTERS/ KCNA
L’agence
officielle nord-coréenne KCNA a diffusé hier cette
photo de l’ancien président américain Bill Clinton et
du leader Kim Jong-Il.
— Sa visite en Corée du Nord a pris tout le monde par
surprise, tout comme le dénouement de sa mission: moins
de 24 heures après son arrivée à Pyongyang pour y
négocier la libération de deux journalistes américaines,
Bill Clinton a obtenu satisfaction et décroché un succès
immédiat à son retour sur le devant de la scène.
Lors d’un entretien avec le leader de la Corée du Nord,
Kim Jong-Il, l’ancien président a obtenu la grâce et la
libération de Laura Lin et Euna Lee, pour le
comportement desquelles il aurait présenté des excuses,
selon l’agence officielle nord-coréenne KCNA. Il est
rentré aux ÉtatsUnis avec elles.
« La mesure prise pour libérer les journalistes
américaines est une manifestation de la politique
humanitaire et éprise de paix de la République populaire
démocratique de Corée », a annoncé l’agence.
Bill Clinton était-il en mission commandée par la
MaisonBlanche ? Ce voyage et son dénouement laissent-ils
présager un rapprochement entre Washington et Pyongyang
sur la question nucléaire ? Et quel rôle la secrétaire
d’État Hillary Clinton a-t-elle joué dans cette affaire
?
Les questions étaient plus nombreuses que les réponses à
la fin de la journée d’hier. La MaisonBlanche a nié
avoir orchestré la mission de Bill Clinton. Le site
Politico a néanmoins affirmé que Barack Obama avait
donné il y a plusieurs semaines son accord à la visite
de l’ancien président.
« Il s’agit d’une mission à caractère uniquement pr ivé
pour obtenir la libération des deux Américaines et nous
ne faisons pas de commentaires. Nous ne voulons pas
mettre en péril le succès de l’ancien président », a
déclaré Robert Gibbs, porte-parole de la présidence
américaine.
La
Maison-Blanche a également démenti une information
diffusée par l’agence KCNA selon laquelle Bill Clinton
aurait transmis à Kim Jong-Il un message verbal de
Barack Obama.
De son côté, Pyongyang a donné à entendre que l’ancien
président américain et le leader nord-coréen n’avaient
pas seuBill Clinton avait été accueilli à sa descente
d’avion par le viceministre des Affaires étrangères, Kim
Kye-gwan, qui est le négociateur principal de la Corée
du Nord dans le dossier du désarmement nucléaire de
Pyongyang. lement abordé la question des journalistes
américaines lors de leurs discussions. « Il y a eu un
large tour d’horizon sur les questions d’intérêt commun
», a précisé l’agence KCNA.
Les observateurs aguerris n’ont pas manqué de relever
que
Les relations entre les ÉtatsUnis et la Corée du Nord se
sont détériorées après l’essai nucléaire réalisé par
Pyongyang le 25 mai et le tir de deux nouveaux missiles
à courte portée le 4 juillet. Il y a deux semaines,
Hillary Clinton a déclaré que la Corée du Nord n’avait «
plus d’amis » pour la mettre à l’abri de sanctions
internationales. En réponse, Pyongyang a décrit la
secrétaire d’État comme une écolière « inintel l igente
» et annoncé la fin de toute discussion sur son
désarmement.
Tout comme la MaisonBlanche, l ’ e n t o u r a ge d’Hi l
lary Clinton s’est montré prudent sur la mission du mari
de la chef de la diplomatie américaine.
« Ce qui nous intéresse est l’issue heureuse de ce
dossier et la confirmation du retour des deux
journalistes saines et sauves », a déclaré sous le
couvert de l’anonymat un membre de la délégation de la
secrétaire d’État lors d’une escale à Rota, dans le sud
de l’Espagne, dans le cadre de sa tournée en Afrique.
Journalistes à Current TV, une chaîne fondée notamment
par Al Gore, Laura Ling, 32 ans, et Euna Lee, 36 ans,
avaient été arrêtées le 17 mars alors qu’elles venaient
d’entrer illégalement en territoire nord-coréen par la
Chine. Elles avaient été condamnées en juin à 12 ans de
travaux forcés pour avoir franchi la frontière sans
autorisation, pour « dénigrement » du régime et pour un
« crime grave » dont les juges n’avaient pas précisé la
nature.
Un ancien président modèle
COLLABORATION SPÉCIALE
— En choisissant de confier à Hillary Clinton le poste
de secrétaire d’État, Barack Obama faisait un pari
audacieux: il parviendrait à s’assurer non seulement la
loyauté de son ancienne rivale, mais également celle de
son mari, qui avait encore le pouvoir de lui nuire.
Jusqu’à présent, le 44e président n’a pas à se plaindre
du 42e, qui continue à se comporter en ancien président
modèle et à poursuivre son travail humanitaire. Avant sa
visite surprise en Corée du Nord, il avait accepté le
poste d’envoyé spécial de l’ONU en Haïti, où il tentera
de trouver des remèdes pour redresser le pays le plus
pauvre du continent américain.
Mais sa
mission à Pyongyang le replace sur le devant de la scène
et ouvre la porte à d’autres initiatives du genre.
Selon le site internet Politico, la visite de l ’ ancien
président en Corée du Nord a été orchestrée par les
familles des deux journal istes détenues. Elles ont
joint Bill Clinton après avoir appris des autorités
nord-coréennes qu’elles étaient prêtes à libérer les
femmes si l’ancien président al lait les chercher à
Pyongyang.
Toujours selon le site Politico, la Maison-Blanche
aurait donné le feu vert à la mission de Bill Clinton il
y a plusieurs semaines.
La visite de l’ancien président était la première d’une
telle figure depuis celle de Madeleine Albright en 2000.
John Bolton critique Obama et Clinton
« Cela
s’apparente dangereusement à une négociation avec des
terroristes. »
WASHINGTON— L’administration Obama a récompensé la
Corée du Nord pour sa mauvaise conduite en envoyant
l’ancien président Bill Clinton négocier la libération
de deux journalistes américaines, a estimé l’ancien
ambassadeur américain à l’ONU John Bolton.
M. Bolton, qui, sous l’administration Bush, était
partisan de la ligne dure vis-à-vis de Pyongyang, a
déclaré à l’AFP que la mission de M. Clinton
contredisait un certain nombre de prises de position
publiques de sa propre femme, la secrétaire d’État
Hillary Clinton.
« Cela s’apparente dangereusement à une négociation
avec des terroristes », a dit M. Bolton au sujet de
cette visite surprise destinée à obtenir la libération
des journalistes Laura Ling et Euna Lee.
« Je pense que c’est un très mauvais signal parce que
c’est exactement ce que nous essayons d’éviter avec
les terroristes ou les États voyous en général, et
cela encourage leur mauvaise conduite », a ajouté M.
Bolton, avant l’annonce de la libération des
journalistes.
Il a
toutefois persisté et signé même après avoir appris
que la Unis, a-t-il par la suite déclaré sur les ondes
de Fox News. Selon moi, c’est un cas classique où l’on
récompense la mauvaise Corée du Nord avait décidé de
gracier les deux femmes condamnées à 12 ans de travaux
forcés. « Mon inquiétude, c’est que le résultat soit
bien meilleur pour la Corée du Nord que pour les
Étatsconduite, soit la capture de deux Américaines
innocentes. »
L’ancien ambassadeur à l’ONU a également rejeté
l’affirmation de la Maison-Blanche selon laquelle il
s’agissait d’une « mission d’ordre seulement privé ».
« Il s’agit d’un ancien président marié à la
secrétaire d’État. Cela n’a rien de privé », a-t-il
souligné.
La visite contredit également, selon M. Bolton, la
volonté affichée de Mme Clinton de séparer le cas des
deux journalistes des efforts pour ramener Pyongyang à
la table des discussions à six (deux Corées,
ÉtatsUnis, Chine, Japon, Russie) sur le désarmement de
son programme nucléaire.
« Hillary a dit qu’elle voulait dissocier les deux,
mais ( Bill) Clinton a été accueilli à l’aéroport par
le vice-ministre des Affaires étrangères Kim Kye-gwan
qui est le principal négociateur nord-coréen et l’a
été pendant 15 ans ou plus », a dit M. Bolton.
Obama annonce un forum sur l’emploi en
décembre
WASHINGTON — Le président américain Barack Obama a
annoncé hier que son administration allait organiser
en décembre un forum sur la création d’emplois, pour
discuter avec des entrepreneurs de la façon de
relancer l’embauche aux États-Unis.
« Il
nous faut absolument examiner toutes les mesures
supplémentaires et responsables que nous pouvons
prendre pour encourager et accélérer la création
d’emplois dans ce pays », a déclaré M. Obama lors
d’une allocution à la Maison-Blanche. « C’est pourquoi
en décembr e , nous t i e nd r o n s u n forum à la
Maison-Blanche sur l’emploi et la croissance. Nous
réunirons des PDG et des propriétaires de petites
entreprises, des économistes et des experts f i
nanciers, ainsi que des représentants syndicaux et des
associations à but non lucratif pour parler de la
façon dont nous pouvons créer des emplois et refaire
partir notre économie », a-t-il poursuivi.
Primes des banquiers : Les États-Unis
passent à la vitesse supérieure
WASHINGTON —
La banque centrale ( Fed) a annoncé hier qu’elle
s’attaquait à la question des primes dans la banque,
conformément aux recommandations approuvées à la fin
de septembre à Pittsburgh par les membres de ce
groupe réunissant les principaux pays avancés et
émergents.
Alors même que tarde la concrétisation de leur
promesse faite au G20 de Londres (en avril) de
prêter 100 milliards US au Fonds monétaire i
nternational ( FMI), cette annonce de la Fed
surprend par sa rapidité, dans la mesure où la
question des primes avait été imposée à l’ordre du
jour de Pittsburgh par les Européens, et que les
États-Unis ont pu y sembler peu réceptifs dans un
premier temps.
Après la Grande-Bretagne et la France, qui ont
commencé à transposer à leur échelle les
recommandations du G20, sur les primes, les
États-Unis apparaissent donc le trio de tête des
pays avançant sur la question.
Et la Fed semble déterminée. Notant que « les
pratiques du secteur financier en matière de primes
ont été l’un des nombreux facteurs ayant contribué à
la crise », elle enjoint les banques à revoir dès
maintenant leur politique en la matière, sous peine
de sanctions, avant même la publication d’une
nouvelle directive sur le sujet qu’elle souhaite
voir adoptée rapidement.
Dans le prolongement de cette action, le président
de la Fed, Ben Bernanke, a laissé entendre vendredi
que les engagements pris au G20 « d’élever les
normes en matière de capitaux », et de « créer des
instruments plus puissants pour assurer que les
grandes sociétés multinationales financières
assument la responsabilité des risques qu’elles
prennent » n’étaient pas pour lui de vains mots.
L’heure
est venue d’agir « pour faire baisser la probabilité
de toute future crise et d’en atténuer la gravité »,
a-t-il dit.
Jugeant que les plus grosses sociétés financières
devaient payer pour les risques qu’elles font courir
à la collectivité, il a répété que la Fed
travaillait « avec les autres régulateurs américains
et internationaux » à établir des normes de capital
et de liquidités plus strictes pour ces
entreprises-là.
M. B e r n a n ke a même lâché au détour d’une
phrase qu’« une des solutions envisagées » n’était
pas moins que d’« imposer une surtaxe sur leur
capital », notion difficilement envisageable aux
ÉtatsUnis avant la crise.
Le vice-président de la Fed, Donald Kohn, a affirmé
pour sa part que « le processus de résolution des
problèmes » mis en évidence par la crise ne faisait
« que commencer ».
Et alors que le président de la banque britannique
Barclays, Marcus Agius, s’est inquiété en début de
semaine que les nouvelles règles sur les primes ou
les obligations de capital dans les banques ne
nuisent aux banques britanniques, du fait d’une
application inégale selon les pays (ils visaient
clairement les ÉtatsUnis), M. Kohn a insisté sur
l’importance de la coopération internationale pour «
éviter que les règles du jeu ne soient pas les mêmes
pour tous ».
Il y a loin bien sûr de la parole aux gestes, mais
au moins les intentions des ÉtatsUnis sont affichées
clairement, alors mêmes que certains de leurs
partenaires doutaient encore fortement de leur
détermination il y a peu.
Wall Street peste contre Washington
Les
initiatives de l’administration Obama pour contenir
les salaires de certains patrons ont été critiquées
à Wall Street. Des prêteurs tels que Bank of America
soutiennent que ces mesures sont susceptibles de
nuire à ces mêmes sociétés que Washington cherche à
sauver.
Bank of America, Citigroup
et American International Group (AIG) font partie
de ces sociétés dont la rétribution totale des
patrons a été taillée de 50% en moyenne.
« Les gens veulent travailler ici, mais ils
souhaitent être payés équitablement », lance Scott
Silvestri, porte-parole de Bank of America, une
banque qui a reçu 45 milliards US des fonds de
renflouement. « Nos concurrents dépistent nos
employés qui offrent la meilleure performance,
dit-il, et ils jouent sur la question des salaires
pour les recruter et leur offrir un salaire
équitable. »
Kenneth Feinberg, grand manitou de la rémunération
au département américain du Trésor, a annoncé jeudi
qu’il avait sabré la rétribution totale de 50 % en
moyenne des patrons de sociétés qu’il a passées à la
loupe, y compris Bank of America, Citigroup et
American International Group (AIG). En parallèle, la
Réserve fédérale américaine (Fed) a fait connaître
des directives destinées à lier davantage la
rémunération dans les banques à la gestion du
risque.
Ensemble, ces mesures visent à s’attaquer à ce que
l’administration Obama qualifie de prises de risques
débridées alimentées par une rémunération trop
généreuse. La déconfiture du marché de crédit qui a
suivi ces pratiques ces dernières années a donné
lieu à une crise financière qui a entraîné des
pertes et des dépréciations de plus de 1600
milliards US à l’échelle mondiale et la disparition
de 7,2 millions d’emplois aux États-Unis.
Les entreprises renflouées n’ont qu’elles-mêmes à
blâmer pour les mesures énergiques a n noncées j
eudi , estime Stuart Grant, investisseur et
directeur général de Grant& Eisenhofer PA, à
Wilmington, au Delaware.
«
Dans ces sociétés, les conseils d’administration
auraient dû établir une rémunération d’une manière
adaptée aux circonstances en ce qui concerne
l’ampleur, les incitatifs et le risque, ajoute-t-il.
C’est horrible, mais c’était inévitable et c’est
leur propre faute. »
Un pactole
L’ i ndust r i e f i na nc i è r e demeure un
pactole pour les grands patrons. Même après les
coupes exigées par M. Feinberg, 66 des patrons des
sept entreprises qu’il a scrutées à la loupe
jouissent d’une rémunération à long terme d’au moins
1 million US. Par exemple, Bank of America, dont le
siège se trouve à Charlotte, en Caroline du Nord,
versera à ses grands patrons une moyenne de 6,04
millions US cette année.
M. Feinberg, 63 ans, a analysé la rétribution de 136
employés qui ont obtenu 340 millions US au total,
soit une moyenne de 2,5 millions US chacun. Il a été
autorisé à se pencher sur le dossier de 175
personnes, soit les 25 employés les mieux payés de
chaque entreprise. L’écart s’explique du fait que
certains patrons, y compris 13 à Bank of America et
12 chez AIG, ont quitté leur emploi avant que M.
Feinberg n’eut fini son travail. Chez AIG, cet
assureur de New York qui a accepté un renflouement
fédéral de 182 milliards US, le PDG Robert Benmosche
a cherché à assurer les employés qu’ils ne seront
pas contraints par l’administration Obama de
rembourser la paie qu’ils ont déjà touchée.
« La grande majorité des employés d’AIG ne tombe pas
sous l’autorité deM. Feinberg », a indiqué M.
Benmosche dans une note aux employés cette semaine.
M. Feinberg a déjà approuvé la rémunération de M.
Benmosche, qui atteint 10,5 millions US. AIG a versé
165 millions US en primes aux employés de sa
division de produits dérivés.
Geithner conseillé par des banquiers
millionnaires
Certains
des conseillers les plus proches de Timothy Geithner,
secrétaire américain au Trésor, dont aucun n’a eu à être
confirmé dans ses fonctions par le Sénat, ont gagné des
millions de dollars par année à travailler pour Goldman
Sachs Group, Citigroup et d’autres firmes de Wall
Street, selon des documents de divulgation financière.
PHOTO SUSAN WALSH,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Les
conseillers
de Timothy Geithner (notre photo), secrétaire
américain au Trésor, n’ont pas eu à se soumettre à
l’examen du public, comme doivent le faire les
responsables confirmés par le Sénat.
Parmi ces conseillers se trouve Gene Sperling, qui l’an
dernier a touché 887 727 $ US de Goldman Sachs et 158
000 $ US pour des discours prononcés principalement
devant des sociétés financières, y compris la firme
dirigée par R. Allen Stanford, qui est accusé d’être le
cerveau d’une combine à la Ponzi. Un autre conseiller de
premier plan, Lee Sachs, a divulgué plus de 3 millions
US en salaire et en revenus de partenariat obtenus de
Mariner Investment Group, un fonds spéculatif de New
York.
À titre de membres du cabinet officieux de M. Geithner,
MM. Sperling et Sachs exercent leur influence en
coulisse au département du Trésor, où ils contribuent à
surveiller le programme de sauvetage de 700 milliards US
destiné aux banques en plus d’établir les règles
touchant la rémunération des patrons et de travailler à
la refonte des réglementations financières. Pourtant,
ces conseillers n’ont pas eu à se soumettre à l’examen
du public, comme doivent le faire les responsables
confirmés par le Sénat. Ils ne sont pas non plus tenus
de témoigner devant le Congrès pour défendre ou
expliquer les politiques du Trésor américain.
« Ces gens sont i ncroyablement brillants, talentueux et
ils apportent du savoir », soutient Bill Brown,
professeur invité à la faculté de droit de l’Université
Duke et ancien directeur de Morgan Stanley. « Le risque
tient au fait qu’ils vont exacerber encore plus le
problème voulant que nos responsables de la
réglementation soient identifiés à Wall Street »,
ajoute-t-il.
Obama
critique
S’il n’est pas inhabituel que des responsables du Trésor
soient issus de l’industrie financière, il reste que le
président Barack Obama a été très critique à l’égard de
Wall Street, blâmant sa culture portée sur le risque et
les rémunérations généreuses qui ont contribué selon lui
à la déconfiture des marchés financiers.
S’adressant à des patrons de l’industrie financière le
mois dernier, le président Obama a dit : « Nous ne
reviendrons pas à l’époque du comportement irresponsable
et aux excès non réprimés qui ont été au coeur de cette
crise où de trop nombreux acteurs ont été motivés
uniquement par l’appétit de gains rapides et de primes
gonflées. »
MM. Sperling et Sachs touchent tous deux un salaire de
162 900$US au Trésor.
Spitzer dénonce le « jeu de chaises musicales »
d’Obama - Vincent Brousseau-Pouliot
L’ancien
shérif de Wall Street, Eliot Spitzer, est déçu de la
réforme de la réglementation des banques entreprise par
l’administration Obama, qu’il qualifie de « jeu de
chaises musicales ».
PHOTO JONATHAN ERNST,
ARCHIVES REUTERS
Eliot
Spitzer
doute que la Réserve fédérale soit l’institution la
mieux placée pour gérer les risques sur les marchés.
« Je ne crois pas que la réforme de l’administration
Obama va assez loin. Elle ne fait que rebâtir le statu
quo, que déplacer les boîtes dans la maison. C’est
davantage un jeu de chaises musicales réglementaires
qu’une réforme sur le rôle que doivent jouer les banques
», a dit l’ancien procureur général et gouverneur de
l’État de New York au cours d’une entrevue exclusive à
Presse Affaires.
En j uin dernier, Barack Obama a présenté sa réforme de
la réglementation du système financier américain. Le
président propose de donner davantage de pouvoirs à la
Réserve fédérale et de créer une agence fédérale de
protection financière des consommateurs. Plusieurs
projets de loi sont présentement à l’étude au Congrès.
Eliot Spitzer doute que la Réserve fédérale soit
l’institution la mieux placée pour gérer les risques sur
les marchés. Selon l’ancien procureur général de New
York, la Fed avait déjà cette responsabilité avant la
crise financière, mais Alan Greenspan et son successeur,
l’actuel gouverneur Ben Bernanke, ont failli à leur
tâche. « En t héorie, i l s comprenaient que c’était
leur rôle, mais ils n’avaient pas la même vision au pla
n i déologique. I l s n’ont pas assumé leur rôle »,
dit-il.
L’ancien
gouverneur démocrate a aussi des réserves sur d’autres
membres de sa famille politique, dont le secrétaire au
Trésor, Timothy Geithner. « Quand il était président de
la Réserve fédérale de New York, Geithner n’a pas porté
attention aux problèmes de risques sur les marchés, dit
Eliot Spitzer. Il a fait exactement ce que les banques
new-yorkaises voulaient qu’il fasse. Évidemment, c’est
facile de critiquer a posteriori – je le sais pour avoir
fait de la politique assez longtemps –, mais Geithner et
les autres doivent être plus dynamiques dans leurs
actions à l’égard des banques. »
La dette, toxique pour l’économie
Simple citoyen depuis sa démission comme gouverneur de
New York en mars 2008, à la suite de son implication à
titre de client dans un réseau de prostitution, Eliot
Spitzer s’intéresse beaucoup au sort des institutions
financières, car il considère l’endettement c omme une
pollution de l’économie.
« La dette est à l’économie ce que les émissions de gaz
à effet de serre sont à l’environnement, dit-il. C’est
facile de dire que prendre sa voiture pour conduire deux
milles ne fait pas de différence. Si tout le monde ne
prenait pas sa voiture, ça ferait une énorme différence.
C’est la même chose pour les risques sur les marchés,
qui peuvent être foudroyants au plan structurel pour
l’économie. »
Eliot Spitzer fait-il confiance à Wall Street pour ne
pas répéter les mêmes erreurs qui ont mené à la crise
financière ? « Wall Street peut et va se discipliner
durant de courtes périodes, dit l’ancien procureur
général de New York. La question, c’est plutôt : combien
de temps faut-il aux gens pour oublier ? Nous vivons ces
spasmes dans les marchés et nous oublions aussi vite que
possible. Nous rationalisons ensuite la crise suivante
en disant que nous serons meilleurs la prochaine fois,
mais c’est le même film qui repasse. »
Les 5 recommandations du shérif de Wall Street
- Vincent Brousseau-Pouliot
Pendant longtemps, Eliot Spitzer était l’ennemi numéro
un de Wall Street. Procureur général de l’État de New
York, il s’est particulièrement intéressé aux
pratiques de la haute finance. Une croisade qui lui a
valu le surnom de shérif de Wall Street. Un an après
la crise, Eliot Spitzer nous fait part de ses cinq
recommandations pour les banques américaines.
1 > Scinder les grandes banques
Trop gros pour tomber. C’était l’adage de Wall Street
jusqu’au 15 septembre 2008, jour de la faillite de
Lehman Brothers. Comme la règle ne tient plus, il ne
faut pas se priver pour scinder certaines grandes
banques, dont Citibank, selon Eliot Spitzer. « Il y a
plusieurs façons de faire, dit-il. On peut faire
augmenter les réserves de capitaux dans les grandes
institutions financières, de sorte qu’elles
deviendront moins rentables et qu’elles finiront par
se scinder. On peut aussi les taxer différemment, ou
réglementer leurs secteurs d’activités ou leur
expansion géographique. »
2 > Augmenter les réserves de capitaux
Ce fut le talon d’Achille des banques mal
capitalisées, qui furent incapables de faire face à la
crise financière sans aide gouvernementale. La
solution est simple : augmenter les réserves de
capitaux dans les institutions financières, ce qui
réduira l’effet de levier. « Nos institutions
financières ont trop utilisé l’effet de levier, dit
Eliot Spitzer. Ça ne doit plus se reproduire. Quand
l’économie et les marchés allaient bien, l’effet de
levier était une chose merveilleuse. Personne ne
perdait d’argent avec ça. Mais dans un marché en
baisse, l’utilisation de l’effet de levier a créé un
désastre. »
3 >
S’attaquer à la rémunération des dirigeants
Pour Eliot Spitzer, le problème n’est pas t a nt que
les banquiers new-yorkais gagnent trop d’argent. C’est
que leur contrat les encourage à prendre trop de
risques. « Il y a une asymétrie dans la rémunération
des dirigeants entre la récompense de bons résultats
et la punition de résultats décevants, dit-il. Cette
asymétrie génère une tolérance au risque qui n’est pas
saine pour l’économie. » S’il est sceptique en raison
de l’ampleur de la tâche, Eliot Spitzer suggère de
forcer les dirigeants des banques à encaisser leurs
options sur plusieurs années et de calculer le prix
des options en tenant compte de la performance de
l’entreprise sur plusieurs années.
4 > Avoir une vraie police du risque
Le plan Obama prévoit deux polices du risque : la
Réserve fédérale et la nouvelle agence fédérale de
protection financière des consommateurs. S’il est
méfiant à l’égard de la Fed, Eliot Spitzer est
d’accord sur le principe. « Vous devez avoir une
entité réglementaire qui gère le niveau de risque sur
les marchés, dit-il. Il devrait y avoir quelqu’un qui
dit : "Attendez un instant, je comprends que chaque
transaction a du sens pour les parties en jeu, mais
l’ensemble des transactions fait en sorte qu’il y a
trop de risques sur les marchés. »
5 > Recentrer la mission des banques
S’il n’en tenait qu’à Eliot Spitzer, c’en serait fini
des produits dérivés complexes et les fonds de
couverture (hedge f unds) pour les banques. « Elles
sont là pour veiller sur les épargnes des gens et
investir dans les secteurs où il manque de capitaux,
pas pour investir dans des fonds de couverture qui ne
donnent pas accès au capital aux gens qui en ont
besoin, dit-il. Malgré tout l’argent qu’il y a dans le
milieu financier, c’est encore difficile d’avoir un
prêt. »
Déficit Washington revoie les chiffres à
la baisse
WASHINGTON
— La MaisonBlanche va réévaluer à la baisse son estimation
de déficit budgétaire pour 2009 à 1580 milliards de
dollars, soit quelque 262 milliards de moins que la
précédente estimation, a indiqué un responsable de
l’administration du président américain Barack Obama.
Le bureau du budget de la Maison-Blanche fera cette
annonce la semaine prochaine, a indiqué le responsable
sous le couvert de l’anonymat.
En mai, l’administration américaine avait revu sa
prévision de déficit pour l’exercice en cours en hausse, à
1841 milliards de dollars, soit plus de 13% du produit
intérieur brut ( PIB) américain.
Justifiant
ce déficit record par les circonstances exceptionnelles
nées de la crise et de la situation héritée du
gouvernement précédent, le président Obama s’est engagé
à ramener le déficit aux alentours de 3% du PIB en 2013,
année qui marquera la fin de son mandat.
Cette baisse de l’estimation du déficit budgétaire a été
attribuée à des dépenses moins importantes
qu’initialement prévu pour aider les banques en
difficulté et l’industrie financière.
Le déficit budgétaire pour 2009 correspondra ainsi à
environ 11,2% du PIB américain et le budget de
l’administration américaine devrait être désormais
d’environ 3650 milliards de dollars, contre 3998
milliards annoncés précédemment.
ÉTATS-UNIS Les plus riches pourraient
subir des hausses d’impôts
WASHINGTON
— Les Américains les plus riches vont peut-être devoir
payer plus d’impôts. Après avoir bénéficié de réduct i ons
f i s c a l e s s ous George W. Bush, ils pourraient
bientôt être mis davantage à contribution afin de financer
des baisses d’impôts pour les classes moyennes et
populaires, ainsi que la réforme du système de santé.
Barack
Obama
présente souvent les riches comme les grands gagnants de
l’ère Bush, soulignant que leurs impôts ont baissé alors
que leurs revenus se sont envolés durant la présidence
de son prédécesseur républicain.
Le président Barack Obama veut augmenter l’impôt des plus
riches pour financer des baisses d’impôts pour tous les
autres. Il souhaite également plafonner les déductions
fiscales des familles à hauts revenus pour les emprunts
immobiliers et les dons aux associations caritatives, afin
de fournir une couverture médicale à davantage
d’Américains.
Les démocrates de la Chambre des représentants veulent une
hausse encore plus forte de l’impôt sur le revenu pour les
riches afin de financer la réforme de l’assurance santé.
Avec ces divers projets, une famille de quatre enfants
avec des revenus de 5 millions US pa r a n ve r r a i t s
o n i mpôt sur le revenu augmenter de 4 4 0 0 0 0 $ US.
Pour l a même famille, mais avec un revenu a n nuel de 8 0
0 0 0 0 $ US, la hausse serait de 30 000 $ US, selon une
analyse de la société de services financiers Deloitte Tax.
Imposer les riches pour financer l’assurance santé
représenterait un changement important dans la manière
dont les ÉtatsUnis ont financé jusqu’ici leurs progra mmes
de protec t i on sociale. Le régime des retraites (Social
Security) et le programme d’assurance santé pour les
personnes âgées (Medicare) sont financés par des
cotisations sur les salaires. Même si les riches paient
davantage par ce biais, l’effort est partagé avec les
classes moyennes et avec les travailleurs pauvres.
En revanche, l e projet de réforme de l’assurance santé
exa miné à l a Chambre des représentants conduirait à
augmenter de 544 milliards US sur 10 ans les impôts payés
par seulement 1,2 % des ménages : ceux qui déclarent un
revenu supérieur à 350 000 $ US par an.
Millionnaires
Le texte imposerait une « surtaxe » de 5,4 % sur l’impôt
sur le revenu des couples gagnant plus d’un million de
dollars par an à partir de 2011. Ceux gagnant plus de
350 000 $ US s’acquitteraient d’une surtaxe de 1 %, et
ceux gagnant plus de 500 000 $ US, d’une surtaxe de 1,5
%.
Pour l es « s uper r i c hes » , c omme u n c é l i bat
a i r e qui déclare 5 millions de dollars par an,
l’augmentation serait de 450 000 $ US par an, selon
l’analyse de Deloitte. Mais pour la plupart des riches
contribuables concernés, la « surtaxe » serait beaucoup
plus fa ible, assurent les démocrates.
La t ranche d’imposition la plus élevée est aujourd’hui
de 35 %, et s’applique sur les revenus supérieurs à 372
950 $ US. Barack Obama veut la porter à 39,6 % en 2011
en laissant expirer une partie des baisses d’impôts
décidées sous la présidence Bush. La « surtaxe »
proposée par les élus démocrates de la Chambre la ferait
passer à 45 %, soit son niveau le plus élevé depuis
1986, où elle était alors de 50 %.
B a r a c k Oba ma pr é s e n t e souvent les riches
comme les grands gagnants de l’ère Bush, soulignant que
leurs i mpôts ont baissé alors que leurs revenus se sont
envolés durant la présidence de son prédécesseur
républicain. « Je pense que la meilleure manière de
financer (l’assurance santé) est que les personnes comme
moi, qui ont beaucoup de chance, payent un petit peu
plus », a-t-il expliqué récemment.
Cette année, 47 % des Américains décla r a nt l eurs r
evenus ne paieront aucun i mpôt fédéral sur le revenu,
selon des projections.
Barack Obama défend sa politique de relance
— Barack
Obama est passé à l’offensive sur le f ront économique
face à des Américains inquiets de la montée du chômage,
défendant sa politique de relance en assurant qu’elle
commence à faire sentir ses effets.
Les nouveaux chiffres du chômage aux États-Unis sont
attendus aujourd’hui et les analystes anticipent un taux
de 9,6 %, un sommet jamais atteint depuis 26 ans et
dangereusement proche de la barre psychologique des 10%.
L’administration Obama s’est empressée hier d’affirmer
que le plan de relance fonctionnait. Il a ajouté deux à
trois points de croissance à l’économie américaine au
deuxième trimestre, a souligné la présidente des
conseillers économiques de la Maison-Blanche, Christina
Romer.
M. Obama lui-même a retroussé ses manches pour aller
porter la bonne parole dans l’Amérique profonde.
Mercredi, il était en visite dans l’Indiana, un État
sinistré où le taux de chômage avoisine les 18%. Il y a
fustigé la « désinformation » orchestrée par certains,
selon lui, pour critiquer son plan de relance qui,
a-t-il affirmé, commence à marcher.
Les
chiffres du produit intérieur brut (-1% en rythme annuel
au 2e t rimestre contre -1,5 % anticipé par les
analystes) sont le « signe important que l’économie va
dans la bonne direction », a-t-il dit.
L’administration Obama a fort à faire pour convaincre
les sceptiques. Un sondage de l’institut Quinnipiac
publié hier montre que la cote de popularité du
président est tombée à 50%, le niveau le plus bas depuis
son élection et en chute de sept points en un mois.
Pire, moins de la moitié des électeurs (49 %) approuvent
sa politique économique.
Les adversaires républicains du président se sont lancés
à l’assaut du plan de relance. John Boehner, le leader
républicain à la Chambre des représentants, a ainsi
promis aux démocrates « un été long et chaud ».
L’administration peut puiser quelque réconfort dans
certains indicateurs montrant des signes d’amélioration,
comme le PIB. Mais ces chiffres risquent de ne guère
peser auprès de l’opinion publique si le taux de chômage
continue d’augmenter.
OBAMA ET LA CRISE « Nous avons éteint l’incendie
»
— Le
président américain, Barack Obama, a défendu, hier, son
action économique au cours des six premiers mois de son
mandat. Il a déclaré avoir « éteint l’incendie » que
représentait la crise mais reconnu qu’il restait de gros
travaux pour remettre la maison en état.
« Je crois que nous nous sommes éloignés de l’abîme. Je
crois que nous avons éteint l’incendie », a déclaré M.
Obama.
« L’analogie que j’emploie parfois, c’est que nous avions
une maison superbe et elle a pris feu. Nous sommes arrivés
et il a fallu utiliser la lance à incendie. Le feu est
éteint, mais nous avons découvert qu’il y avait de la
maçonnerie à faire, que le toit fuit, que la chaudière est
hors d’usage... Oh! et puis tiens, le paiement des traites
est en retard », a-t-il dit à PBS, selon une
retranscription de ses propos fournie par la chaîne
publique de télévision.
Ces grands travaux, entrepris avec « les ressources
limitées qui sont les nôtres », vont « prendre un certain
temps », a-t-il admis. « Nous ne sommes pas tirés
d’affaire et personne n’est plus conscient que moi de la
difficulté des temps que les gens traversent en ce moment
», a dit le président.
Régulation des activités financières
M. Obama a rappelé aussi son entreprise de régulation
des activités financières pour empêcher les prises de
risques outrancières qui ont fortement contribué à la
crise.
Cependant, « on n’a pas l’impression que les gens à Wall
Street éprouvent le moindre remords pour tous les
risques qu’ils ont pris ; on n’a pas l’impression que ce
qui s’est passé a provoqué un changement de culture ou
d’attitude, et c’est pourquoi les propositions de
réforme de la réglementation financière que nous avons
présentées sont si importantes », a-t-il dit.
M. Obama a cependant assuré n’avoir aucun regret quant à
l’aide que l’État fédéral a apportée à de grandes
institutions financières, dont certaines, comme la
banque d’affaires Goldman Sachs, annoncent des profits
considérables susceptibles de choquer les Américains aux
prises avec le chômage et la récession.
« Si nous n’avions pas arrêté l’hémorragie du système
financier, les choses seraient bien pires pour tout le
monde », a-t-il dit.
États-Unis : Un nouveau plan de relance
serait nécessaire
SINGAPOUR — Les États-Unis pourraient avoir besoin d’un
s e c ond pla n de r el a nce s e concentrant sur des t
ravaux d’infrastructures pour mettre la première
économie mondiale sur la voie de la reprise a indiqué
hier une conseillère du président Barack Obama, à
Singapour.
Laura Tyson, membre de la Commission de conseil
économique de Barack Obama, a indiqué que le premier
plan de relance incluait « un montant significatif
d’investissements pour la croissance à long terme »,
lors du Nomura Asia Equity Forum à Singapour.
Le plan de relance actuel de 787 milliards US devrait
créer ou sauvegarder 3,5 millions d’emplois, a-t-elle
dit.
Un second plan de relance, qui mettrait l ’accent sur
les travaux publics, pourrait être nécessaire pour
remettre l’économie américaine sur les rails, a estimé
Mme Tyson.
La conseillère de la MaisonBlanche a déclaré qu’il était
encore trop tôt pour quantifier le montant d’un second
plan, mais que « nous en aurons une meilleure idée d’ici
la fin de l’année ».
Cependant
, ses ef fets sur le chômage seront moindres qu’attendu,
car la crise a eu un plus grand impact sur les
destructions d’emplois que prévu, a-t-elle déclaré au
cours du forum.
Les signes de reprise pour l’économie américaine touchée
par la crise seront sans doute plus évidents au cours
des troisième et quatrième trimestres, par rapport au
deuxième trimestre, a-t-elle ajouté.
Mme Tyson a également dit que le déficit budgétaire du
pays – qui est déjà l e plus i mportant depuis la
Seconde Guerre mondiale – pour r a i t s’aggraver plus
que prévu cette année et dépasser la prévision
précédente de 12 % du produit intérieur brut ( PIB).
L e s c o mmentaires de la conseillère suivent la
déclaration du président Obama du mois précédent selon
laquelle l e c hômage aux États-Unis pourrait grimper
au-delà des 10 %, mais qu’une nouvelle injection
d’argent public n’était « pas encore » nécessaire.
La conseillère a tenu à préciser que ses déclarations ne
représentaient que son point de vue et non la position
officielle de l’administration.
OBAMA PROPOSE UNE RÉFORME HISTORIQUE
- Steven Hurst
WASHINGTON— Le président Barack Obama a dévoilé hier un
projet de réforme du système de régulation financière,
souhaitant que ce nouvel éventail de mesures permette de
ramener la confiance dans l’opinion publique et empêche
une répétition de la pire crise dont a été victime Wall
Street en sept décennies.
Le projet défendu par le chef de la Maison-Blanche
renforce les pouvoirs de surveillance de la Réserve
fédérale – la banque centrale américaine – sur
l’ensemble du système financier et prévoit la création
d’une nouvelle agence destinée à protéger les
consommateurs des abus qui ont joué un rôle important
dans la crise actuelle.
Le président américain a souligné que son projet était «
une révision radicale du système de régulation
financière, une transformation à une échelle jamais vue
depuis les réformes qui ont suivi la Grande Dépression »
des années 30.
Barack Obama a attribué la plupart des difficultés
auxquelles sont confrontés les États-Unis « à une
cascade d’erreurs et d’occasions manquées » au cours de
plusieurs décennies.
Et il a une nouvelle fois montré du doigt « u ne culture
de l’irresponsabilité » ayant pris racine « de Wall
Street à Washington ».
Le
projet de 88 pages avancé par l’administration va
susciter un intense débat au Congrès, où des détracteurs
l’accusent déjà d’imposer un trop grand nombre de
restrictions qui nuiront à la compétitivité des
entreprises financières américaines dans l’économie
internationale.
En vertu de ce plan, la Réserve fédérale aurait un
pouvoir de surveillance sur les holdings et les
institutions financières si importantes qu’une
défaillance de leur part pourrait saper le système
financier américain. Ces nouveaux pouvoirs conférés à la
banque centrale américaine s’accompagneraient cependant
d’un abandon d’une partie de l’autorité bancaire de la
Fed au profit d’une nouvelle agence de protection
financière des consommateurs.
Nombre de banquiers s ’ opposent à u ne t el l e agence
et de nombreux parlementaires s’inquiètent que la
Réserve fédérale ne devienne trop puissante.
Travaillant au côté de la Fed, un nouveau Conseil
surveillerait l’ensemble du système financier et aurait
pour tâche d’empêcher l’effondrement inattendu
d’institutions d’envergure comme ce qui s’est passé à
l’automne dernier avec l’assureur AIG et Lehman
Brothers, notamment engagé dans des activités de
courtage.
L e pr oj e t de Ba r a c k Obama n’entre pas dans le
débat en cours sur la question de savoir si certaines
compagnies d’assurances devraient faire l’objet d’une
surveillance fédérale.
Le chef de la MaisonBlanche souhaite que son plan, que
va examiner le Congrès, devienne un texte législatif
d’ici la fin de l’année, un projet ambitieux étant donné
le fait qu’il pousse également les parlementaires à
réformer le système de soins d’ici octobre.
Pas assez loin, selon des experts
WASHINGTON — La réforme de la régulation financière
proposée hier par le président Barack Obama a été
accueillie avec scepticisme par plusieurs économistes
pour qui elle ne va pas assez loin.
La nécessité de cette réforme, qui vise à combler des
lacunes béantes ayant permis à la finance américaine de
prendre des risques démesurés, faisait pourtant
l’unanimité.
« Dans l’ensemble, cela suit les principes généraux de
ce que la plupart d’entre nous voulions voir, mais il y
a eu certains aspects qui représentent des occasions
manquées », considère Douglas Elliott, économiste à la
Brookings Institution.
Il s’est dit déçu de voir que l’architecture globale
resterait quasi inchangée, avec la seule disparition du
bureau de supervision des caisses d’épargne. Cinq sur
six institutions resteront en place.
« Avoir autant d’instances de régulation laisse toujours
possible le système de choix » entre les régulateurs,
qui « permet aux sociétés de trouver le maillon faible
», souligne-til, faisant référence au fait que par le
passé plusieurs sociétés ont pu changer de statut pour
échapper à la vigilance de tel ou tel régulateur, comme
la banque Washington Mutual, qui a fait faillite en
septembre 2008.
«
Aujourd’hui nous sommes au moment précis où il faut
mettre un terme définitif aux chamailles juridiques et
aux guerres de clocher qui ont alimenté une structure
archaïque incapable d’empêcher la crise ou de la gérer
», approuve Hal Schott, professeur de finance à Harvard
et directeur du Comité sur la régulation des marchés
financiers, groupe indépendant créé en 2006.
L’un des aspects les plus critiqués a été le rôle étendu
qui devrait être accordé à la banque centrale, la
Réserve fédérale, pour superviser les institutions
financières dont la faillite menacerait la stabilité du
système, même si ces sociétés n’ont rien à voir avec la
banque, le champ traditionnel d’intervention de la Fed.
Fusionner des instances de régulation « est assurément
sensé », opine Diana Furchtgott-Roth, du Hudson
Institute, s’insurgeant en revanche contre une
disposition de la réforme destinée à donner au
gouvernement le pouvoir de placer sous tutelle les plus
grosses sociétés qui menaceraient de s’écrouler.
« L’ i dée que l ’ État prenne l e contrôle de groupes
qui ont des problèmes parce qu’il décide qu’ils sont "
trop gros pour faire faillite " est une invitation au
clientélisme politique », s’inquiète-t-elle.
Des critiques sont aussi venues du secteur financier,
soucieux de ne pas perdre sa liberté d’action.
Le projet « va encore alourdir la finance américaine
d’une régulation inutile qui va générer des coûts et
abaisser la qualité des services financiers, en
fournissant des avantages compétitifs aux sociétés les
plus grosses et les moins innovantes », a accusé le
président du fonds Euro Pacific Capital, Peter Schiff.
La Fed vous a à l’oeil - SOPHIE COUSINEAU
Clairement, le gouvernement ne souhaite plus revivre un
autre Lehman Brothers, du nom de cette banque d’affaires
qui a failli emporter le système financier avec elle à
l’automne dernier.
Le président Barack Obama n’a pas e xagéré d ’ u n iota
lorsqu’il a décrit sa reforme de la réglementation de
l’industrie financière comme étant la refonte la plus
ambitieuse depuis la crise économique de 1929.
Hypothèques, cartes de crédit, comptes bancaires, fonds
communs de placement, fonds de couverture, produits
dérivés : il n’y a 1er OBJECTIF RENFORCER LA SUPERVISION
DU « RISQUE SYSTÉMIQUE » pas un seul produit financier
ou un seul intermédiaire du marché qui en sortira
intact.
« Notre but, c’est de restaurer les marchés pour qu’ils
récompensent le travail, la responsabilité et
l’innovation, et non la témérité et la cupidité », a
expliqué Barack Obama lors de son allocution à la
Maison-Blanche.
Trois grands principes guident cette réforme. De un, le
gouver– Création d’un Conseil de surveillance des
services financiers (CSSF), présidé par le secrétaire au
Trésor et chargé d’identifier les risques nouveaux
menaçant le système. – Placement de toutes les
institutions financières (banques, fonds
d’investissements, sociétés d’assurances...) dont la
faillite mettrait en danger l ’ensemble du système
économique sous la coupe d’un régulateur unique, en
l’occurence la Réserve fédérale (Fed). – Relèvement des
normes de capital de toutes les banques. – Réévaluation
des normes comptables afin de définir la façon de
provisionner d’éventuelles pertes. 2e OBJECTIF
RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION nement aura le droit
d’intervenir pour prévenir ou stopper l’effondrement de
toute institution financière qui, de par sa taille ou
par un effet domino, menacerait la stabilité de
l’économie américaine. Quitte à en prendre le contrôle
ou à la scinder en plusieurs entités !
Clairement, le gouvernement ne souhaite plus revivre un
autre Lehman Brothers, du nom de cette banque d’affaires
qui a failli emporter le système financier avec elle à
l’automne dernier.
De deux, les consommateurs seront mieux protégés, des
prêteurs sans scrupule comme de leur propre crédulité
financière, par une nouvelle agence de défense des
droits des consommateurs. Cette agence aux pouvoirs
musclés éduquera les Américains – Renforcement du
contrôle de la titrisation. Les émetteurs recourant à
ces pratiques leur permettant de monnayer des actifs
sous formes de titres devront retenir 5% du risque de
crédit qui leur est associé. – Renforcement des efforts
de la SEC en vue de durcir les normes s’appliquant aux
agences de notation. – « Régulation complète » des
produits financiers dérivés s’échangeant de gré à gré,
en particulier les dérivés de risque de crédit (« credit
default swaps »). 3e OBJECTIF RENFORCEMENT DE LA
PROTECTION DU CONSOMMATEUR tout comme elle forcera les
institutions prêteuses à les informer de façon simple et
transparente.
« Les contrats avec de longues clauses en petits
caractères que personne ne peut décrypter, c’est du
passé », a dit Barack Obama.
De trois, les banques ne seront plus les seules à être
surveillées de façon étroite. L’État scrutera aussi les
acteurs financiers à l’extérieur du secteur bancaire
comme les banques d’affaires, les fonds de couverture,
les assureurs ou les émetteurs de produits dérivés.
Ceux-ci devront gérer leurs affaires plus prudemment, en
conservant de plus grandes réserves de capitaux et en
prêtant moins.
« Nous allons colmater les brèches qui permettaient à
des firmes de magasiner leur régulateur – Création d’une
Agence de protection financière du consommateur, chargée
de surveiller l’offre aux particuliers dans l’épargne,
le crédit et les services financiers. 4e OBJECTIF DONNER
AU GOUVERNEMENT LES MOYENS DE FAIRE FACE AUX CRISES
FINANCIÈRES – Proposition d’un texte de loi donnant au
gouvernement le pouvoir de placer sous la tutelle de la
FDIC (et éventuellement de la SEC) toute institution
financière majeure qui menacerait de s’écrouler. et de
choisir celui qui les supervisera de la manière la plus
relâchée », a promis Barack Obama.
Ce sont des principes fort louables, et rares sont ceux
qui trouveront à y redire. Mais là où les Américains
grincent des dents, c’est dans l’implantation de cette
nouvelle réglementation.
Cet t e
a mbit i euse r éfor me s’intitule « Partir sur de
nouvelles bases ». Pourtant, l’administration Obama
s’appuie sur toutes les agences en place pour
l’exécuter, comme la Réserve fédérale, la Securities
& Exchange Commission, le Trésor, la société
fédérale d’assurance-dépôt, etc. Non seulement elle n’a
pas fait le ménage dans sa kyrielle d’agences au profit
d’un super régulateur, elle en a même créé d’autres!
Seul le Office of Thrift Supervision est sacrifié. 5e
OBJECTIF RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION ET DE LA
COOPÉRATION INTERNATIONALES – I mposition aux sociétés
financières étrangères présentes aux États-Unis de
normes identiques à celles des sociétés américaines.
— Agence France-Presse
Pour s’assurer que rien ne tombe entre deux chaises, la
Maison-Blanche compte créer un Conseil de surveillance
des services financiers. Cet organisme parapluie
coordonnera le travail des différents régulateurs et
identifiera les nouvelles « menaces » au système.
Si cette solution a le mérite d’être expéditive, elle
reste lourde tout en déresponsabilisant quelque peu les
différents surveillants de l’industrie.
De plus, la banque centrale des États-Unis, la Réserve
fédérale, hérite de pouvoirs immenses. La Fed suivra de
très près les firmes les plus imposantes, à qui elle
pourra faire passer, sur une base régulière, des tests
de solidité financière. Ainsi, elle aura droit de vie ou
de mort sur ces entreprises de même que sur leurs
filiales non réglementées tout comme celles établies à
l’étranger !
Ainsi, l’administration Obama politise la Fed, dont les
décisions sur les institutions financières risquent de
prêter f lanc à la
D’autant plus que l’auguste Fed n’est pas à l’abri d’une
erreur de jugement. Nombreux sont ceux qui jugent que sa
politique monétaire expansionniste sous Alan Greenspan,
qui a maintenu les taux d’intérêt à des niveaux trop
bas, trop longtemps, au début des financière se
regimbait, même si le président Obama s’est bien gardé
de la cibler en parlant d’une responsabilité partagée.
Il a ainsi évoqué cette « culture d’irresponsabilité qui
partait de Wall Street et qui s’étendait à Washington et
à Main Street ». controverse. Or, le rôle premier de la
Fed est de contrôler la hausse des prix tout en
maximisant la croissance de l’économie. Veut-on vraiment
qu’une banque centrale endosse l’uniforme métallisé d’un
Terminator? années 2000, a soufflé la bulle immobilière
jusqu’à ce que la crise du crédit explose.
Mais bon, il faut voir ce qui restera de cette réforme
une fois qu’elle sera passée à la moulinette du Congrès.
Déjà hier, l’industrie
Ce n’est pas la première fois, par exemple, que le
gouvernement américain essaie de réglementer l’industrie
des fonds de couverture. Toutefois, ses puissants
lobbyistes, parmi lesquels se trouve l’ancien
vice-président républicain Dan Quayle, ont toujours
réussi à contrer les velléités de supervision du
gouvernement américain.
Ajoutez à cela un menu législatif chargé, et cette
réforme pourrait être passablement édulcorée lorsque les
représentants et les sénateurs américains seront enfin
appelés à se prononcer sur elle. Reste à voir avec
quelle énergie la MaisonBla nche défendra c et t e
réforme, elle qui a passé les derniers mois à éteindre
les feux de la crise financière. Ainsi, la nouvelle
réglementation financière sera un grand « stress test »
pour la jeune administration Obama.
Il faudra un temps « considérable » pour
sortir de la crise, dit Obama
— Le
président américain Barack Obama a prévenu hier qu’il
faudrait un temps « considérable » pour sortir d’une «
récession très profonde », mais a défendu les progrès
accomplis grâce à un gigantesque plan de relance de
l’économie.
Les chiffres du chômage publiés vendredi constituent « le
rappel que nous sommes toujours au coeur d’une récession
très profonde et qu’il nous faudra un temps considérable
pour en sortir », a dit M. Obama au moment où il annonçait
une accélération de la mise en oeuvre d’un plan censé
stimuler l’économie américaine.
Selon les chiffres publiés vendredi par le département du
Travail, le taux de chômage a fait un bond inquiétant en
mai pour atteindre son plus haut niveau depuis plus d’un
quart de siècle, à 9,4% contre 8,9% en avril.
Cependant, l’économie américaine a détruit 345 000 emplois
en mai, contre 504 000 en avril et 643 000 en moyenne sur
les six mois précédents.
M. Obama a vu un encouragement dans ce ralentissement : «
C’est le signe que nous allons dans la bonne direction. Ce
qui est crucial, c’est, dans les prochains mois, de
capitaliser sur ces modestes progrès », a-t-il dit.
Mais, a abondé Daniel Tarullo, un des gouverneurs de la
banque centrale (Fed), la reprise économique, attendue
d’ici à la fin de l’année, risque d’être « douloureusement
lente ».
M. Obama a paru acquiescer. « Je ne suis pas satisfait,
a-t-il dit. Il nous faut faire plus. La plus grande
préoccupation que j’ai, c’est que le tribut payé par les
familles et les communautés aux suppressions d’emplois
aille en s’autorenforçant » parce qu’elles consommeraient
moins et contribueraient ainsi à davantage de
licenciements.
Plan de
relance
Le propos de son plan de relance est précisément de
transformer « ce cycle négatif en cycle positif », a-t-il
dit.
Il va donc puiser plus abondamment dans les 787 milliards
de dollars d’un plan promulgué en février pour créer ou
sauvegarder plus de 600 000 emplois au cours des 100
prochains jours, a-t-il dit.
Au cours de ses 100 premiers jours d’application, ce plan
a déjà créé ou sauvé plus de 150 000 emplois, a-t-il dit.
Il a défendu ce plan contre ceux qui disent que les
mesures ne sont pas efficaces ou qui lui reprochent
d’aligner des déficits records.
« Je sais que certains, malgré toutes les preuves du
contraire, ne croient pas à la nécessité ni à la promesse
de ce plan », a-t-il dit. Mais « si nous n’avions rien
fait, je crois qu’on peut dire que, selon la plupart des
économistes, nous aurions vraiment pu partir en chute
libre ».
« La reprise pourrait être douloureusement lente, et
l’économie restera inhabituellement vulnérable à de
nouveaux chocs », a déclaré M. Tarullo, de la Fed.
« Les dernières statistiques laissent quelques raisons
d’espérer que l’activité économique est proche de toucher
le fond et que la croissance reviendra d’ici à la fin de
l’année », mais « la stabilisation ou l’amélioration
commencerait à partir d’un niveau très bas », a estimé M.
Tarullo, selon le texte d’un discours prononcé à
Washington.
« Les nouvelles restent mauvaises dans deux domaines qui
importent directement pour les familles américaines: le
chômage continue de monter et les prix du logement
continuent de baisser », a-t-il ajouté, citant deux des
principales raisons de l’appauvrissement des ménages, qui,
en tant normal, assurent plus des deux tiers de la
croissance américaine par leur consommation.
Bras de
fer entre Washington et Wall Street - RUDY LE COURS
Il n’y a
jamais eu lune de miel entre Wall Street et Barack Obama.
Les 100 premiers jours du nouvel occupant du bureau Ovale
ont plutôt montré que le torchon peut brûler, si la
récession devait se prolonger jusqu’à l’an prochain.
« Toute reprise va échouer à moins de briser l’oligarchie
financière qui bloque une réforme essentielle. »
On a beaucoup vu et entendu cette semaine le président
Barack Obama s’indigner des pratiques douteuses des
émetteurs de cartes de crédit et de leurs taux d’intérêts
quasi usuraires exigés à des consommateurs étranglés par
la récession.
L’influence
de
Wall Street passe aussi par le financement des campagnes
des membres du Congrès qui doivent par la suite renvoyer
l’ascenseur.
Ce populisme bon ton, qui exploite la hargne légitime des
Américains contre l’oligarchie financière, ref lète les
réelles difficultés de la Maison-Blanche à convaincre Wall
Street de travailler pour le bien des ÉtatsUnis. Elle
s’est plutôt habituée à l’inverse depuis les années
Reagan.
Fragilisées par des montagnes d’actifs toxiques, les
banques hésitent à nettoyer leur bilan, quitte à ne pas
remplir leur rôle économique classique qui consiste à
prêter l’argent qu’on leur confie.
Cette semaine, le Fonds monétaire international, qui j oue
rema rquablement son rôle de chien de garde dans la
tourmente présente, soulignait que « la priorité des
priorités à ce stade-ci est la réforme du système
financier ». Cela suppose l’assainissement des actifs
improductifs et la recapitalisation des institutions
fragiles, mais fiables. Le FMI soulignait que ces i nit
iatives doivent progresser « de manière plus convaincante
».
Parallèlement, la Banque du Canada notait jeudi dans son
Rapport sur la politique monétaire que les progrès sur ce
front « ont été plus lents que prévu aux États-Unis et au
sein d’autres grands centres financiers ».
La critique la plus véhémente est toutefois venue de Simon
Johnson, ancien économiste en chef du FMI. Dans la
livraison présente du mensuel The Atlantic, il signe une
longue analyse The Quiet Coup ( Le coup d’État en douce)
qui va droit au but: « Si le personnel du FMI pouvait
parler librement des États-Unis, il leur dirait la même
chose qu’il dit à tous les pays aux prises avec la
situation présente: toute reprise va échouer à moins de
briser l’oligarchie financière qui bloque une réforme
essentielle. »
Réseau d’influence
Mais comment s’y prend donc Wall Street? En utilisant son
réseau d’influence.
On a souvent décrié que l’ancien secrétaire au Trésor de
l’administration Bush, Henry Paulson, était un ténor de
Goldman Sachs.
Faut-il rappeler que l’actuel secrétaire Timothy Geithner
est l’ancien président de la Réserve fédérale de New York
? C’est elle qui a orchestré à huis clos l’achat
avantageux de Bea r Stea rn par JP Morgan l’an dernier et
les sauvetages de Citigroup et d’AIG à grands renforts de
milliards d’argent public.
Faut-il
rappeler que le chef du Conseil économique national
Lawrence Summers avait aussi porté le chapeau actuel de M.
Geithner sous Bill Clinton ? Il a été à ce titre l’artisan
de la révocation de la Glass-Steagal Act. Cette loi
limitait la fusion des banques commerciales, des banques
d’investissement et des compagnies d’assurance afin
d’empêcher qu’elles deviennent « trop grosses pour tomber
». M. Summers a aussi empêché que l’Agence des contrats à
terme sur les produits de base (CFTC) puisse surveiller
les transactions sur les produits dérivés.
On voit mal comment ce tandem pourrait aujourd’hui faire
un virage à 180 degrés et piloter la mise au pas du
système financier, assortie d’un resserrement de sa
réglementation et de plafond à la rémunération des
oligarques (Seize mois avant son entrée en fonction, M.
Summers a touché cinq millions en tant que directeur du
fonds spéculatif D. E. Shaw& Co.) Voilà pourquoi
l’économiste Joseph Stiglitz, qui se veut la mauvaise
conscience de l’administration Obama, se montre si
sceptique sur la capacité de la Maison-Blanche de réformer
Wall Street. « L’Amérique a une porte tournante,
résumait-il la semaine dernière en entrevue à l’agence
Bloomberg. Les gens passent de Wall Street au Trésor et
reviennent sur Wall Street. L’enjeu n’est pas que cela se
fasse sans quiproquo. L’enjeu, c’est l’état d’esprit. »
Renvois d’ascenseur
L’influence de Wall Street passe aussi par le financement
des campagnes des membres du Congrès qui doivent par la
suite renvoyer l’ascenseur. On en a eu un bel exemple au
début du mois quand ils ont forcé le Conseil financier des
normes comptables ( FASB) à assouplir la règle de la juste
valeur marchande ( mark to market), rétroactivement au 31
mars. Cela aura permis aux banques désireuses de gonfler
la valeur leurs actifs toxiques d’af f icher de bien
meilleurs résultats au premier trimestre.
Cela permet aussi à plusieurs de mieux résister à l’examen
de leur solvabilité (stress test) imposé par Washington
aux 19 plus importantes institutions f inancières. Leurs
résultats seront connus le 4 mai et détermineront dans
quelle mesure certaines devront augmenter leur
capitalisation.
Les cancres auront bien du mal à dénicher des
investisseurs privés. Ils risquent la tutelle, voire la
nationalisation.
La stratégie d’élimination des actifs toxiques des banques
jusqu’à concurrence de 1000 milliards adoptée par
Washington ne sera déployée qu’à compter de juin. Déjà
fort complexe de par sa mécanique, elle paraît en partie
torpillée par le changement apporté aux normes comptables.
Le Private Public Investment Fund ( PPIF) prévoit la mise
aux enchères des actifs toxiques dont voudront se départir
les banques. Les enchérisseurs seront des entités
présidées par le secteur privé, mais financées en grande
partie par le contribuable.
Les banques seront moins enclines à tester cette mécanique
puisqu’elles ne sont pas forcées de tester la juste valeur
marchande. À l’opposé, qui osera offrir un prix suf
fisamment alléchant pour que les banques choisissent de
vendre plutôt que d’attendre et d’espérer un
rétablissement du marché ?
Entre-temps, elles préféreront empiler des réserves
d’argent qu’elles prêteraient, si leur bilan n’était pas
grevé d’éléments douteux.
Entre-temps, la récession continue, et pourrait même
s’aggraver comme le craint le FMI. Si cela s’avère, la
crédibilité de M. Obama en prendra pour son rhume et Wall
Street pourra encore faire les 400 coups au détriment des
Américains et du monde.
Grands
maux, grands moyens - SOPHIE COUSINEAU
Barack Obama
a eu le courage de dire qu’il faudra peut-être passer par
une restructuration judiciaire pour relancer GM ou Chrysler.
Peut-on juger d’une présidence en 100 jours? On commence
seulement à concevoir les grands chambardements qui
s’annoncent depuis que Barack Obama tient la barre des
États-Unis. En ce sens, tout jugement est hâtif.
En même temps, BarackObama a déjà tant promis. On ne peut
qu’être frappé par le sentiment d’urgence qui anime le 44e
président des États-Unis, alors que le pays traverse sa pire
récession depuis la crise économique de 1929, tout en menant
deux guerres de front. Ainsi, les historiens comparent déjà
Barack Obama à Lyndon Johnson et à Franklin Roosevelt, deux
présidents qui ont réinventé le pays.
Ce qui étonne chez Barack Obama, ce ne sont pas ses
promesses en santé, en éducation, en environnement, etc.
Elles collent aux ambitions traditionnelles des démocrates,
qui rêvent de les accomplir depuis des années. Ce qui
frappe, c’est qu’il pilote tous les dossiers de front, avec
détermination et aplomb.
Barack Obama a obtenu des succès rapides en politique
internationale, en annonçant la fermeture de la prison de
Guantánamo, en tendant la main à l’Iran, en s’ouvrant à
Cuba. Mais en économie, sa volonté de réparer le système
financier et de sauver Detroit s’est heurtée à des
difficultés d’une complexité insoupçonnée. La Maison-Blanche
a sous-estimé l’ampleur de la tâche. dépotoir pour racheter
les actifs qui encombrent les bilans des banques, comme les
hypothèques à haut risque. C’est ce que Wall Street
souhaitait.
Qu’il aurait été facile de se porter au secours de General
Motors et de Chrysler, en renflouant ces constructeurs
jusqu’à la prochaine crise. C’est ce que les travailleurs
syndiqués, la base traditionnelle des démocrates,
espéraient.
Dans ces
deux dossiers qui accaparent son attention, Barack Obama a
évité le piège de la déresponsabilisation. Qu’il aurait été
facile de créer une banque-
Mais dans les deux cas, cela aurait équivalu à récompenser
les cow-boys de la haute finance et les dirigeants aveugles
des constructeurs automobiles. Avec l’argent des
contribuables, ce qui est répugnant.
BarackObama a eu le couragede dire qu’il faudra peut-être
passer par une restructuration judiciaire pour relancer GM
ou Chrysler, les deux constructeurs les plus mal en point.
Avoir recours à la loi sur la faillite, qui est la façon la
plus rapide de remodeler les géants de Detroit, version
petite cylindrée, ce n’est pas la fin du monde, a expliqué
Barack Obama en préparant le terrain.
Le président n’a toutefois pas été aussi franc en ce
qui concerne le système financier. Le secrétaire au Trésor,
Timothy Geithner, avait implicitement écarté la
nationalisation des banques, fin janvier. Mais c’est ce qui
va arriver à certaines institutions financières, par la
porte d’en arrière.
Hie r , le gouvernement a informé
confidentiellement les PDG des grandes institutions renf
louées de leurs résultats préliminaires au fameux « stress
test ». Les banques et assureurs qui sont trop fragiles pour
tenir le coup jusqu’à ce que la reprise se matérialise devront
trouver un moyen de se recapitaliser, et vite. Dans les
conditions de marché actuelles, cela tient de l’exploit.
Il ne reste
plus qu’une centaine de milliards de dollars dans le
programme d’aide à l’industrie financière (TARP).
Reconnaissant que le Congrès n’allongera pas un cent de plus
à Wall Street, après le scandale des primes versées aux
cadres de l’assureur AIG, l’administration Obama devra se
débrouiller avec cela.
Dans l’éventualité, très probable, que cet argent s’épuise,
le gouvernement pourra renflouer les institutions en
difficulté en convertissant ses actions privilégiées en
actions ordinaires. Ainsi, les actionnaires actuels devront
se tasser pour faire la place à l’Oncle Sam, le nouveau
patron.
Si les principes qui guident l’administration Obama sont les
bons, l’exécution, elle, a laissé à désirer au cours de ces
trois premiers mois. Ainsi, il est étonnant de voir à quel
point la MaisonBlanche intervient dans la gestion des
entreprises renflouées, avec des résultats mitigés.
Dans le secteur automobile, c’est patent. Après avoir
remercié le grand patron de General Motors, Rick Wagoner,
après avoir pris à son compte les garanties des
constructeurs automobiles, le président Obama a les mains
pleines de cambouis.
Ainsi,
c’est le gouvernement qui négocie directement avec les
créanciers de Chrysler, pour qu’ils troquent leurs dettes
de 6,9 milliards de dollars contre un maigre 1,5 milliard
et une participation de 5% dans la nouvelle Chrysler. Or,
les plus grands créanciers du constructeur, JPMorgan
Chase, Citigroup, Morgan Stanley et Goldman Sachs, font
justement partie des institutions financières auxquelles
le gouvernement vient en aide, ce qui est parfaitement
contre-productif.
Ce degré d’interventionnisme fait sourciller aux
États-Unis. popularité dont jouit encore Barack Obama.
Holman Jenkins Jr. déplore que le jugement d’affaires du
président soit obscurci par des considérations
environnementales. Les émissaires de Barack Obama ont
laissé savoir aux dirigeants de GM qu’il vaudrait mieux
discontinuer la marque GMC, sans toutefois remettre en
question la Chevy Volt. Les gros GMC sont Un chroniqueur
du Wall Street Journal a caricaturé le président cette
semaine, en le surnommant le roi Barack le Bon, une
critique décapante qui surprend compte tenu de l ’ i
mmense les véhicules les plus rentables de GM, alors que
la verte Volt s’annonce comme un « trou noir financier »,
même les experts du gouvernement en conviennent.
Ces errements alimentent les craintes de ceux qui doutent
de la capacité du président Obama à contenir les dépenses
du gouvernement tout en réformant le système de santé aux
ÉtatsUnis. Tous les nouveaux programmes devront être payés
à même des réductions de dépenses, a promis Barack Obama
en esquissant son budget le 26 février. Barack Obama s’est
ainsi engagé à ce que le déficit budgétaire retombe à 3%
du produit intérieur brut en 2013, alors qu’il se situera
à 12,3% en 2009!
Y parviendra-t-il ? Son succès ou son échec teintera le
jugement que le monde portera sur la présidence de Barack
Obama.
ÉTATS-UNIS
: Baisses d’impôt pour les ménages
& La fin de (ou des...) privilèges pour les
pétrolières
— Le Trésor américain a annoncé hier que les baisses
d’impôt promises à la classe moyenne par le président
Barack Obama atteindront 736 milliards US sur 10 ans, ce
qui devrait permettreàun « coupletype » d’économiser
800$US par année.
Le
gouvernement du président Barack Obama a rompu avec le
laisser-faire des années Bush en matière de lutte contre
les monopoles privés, pour rapprocher sa position de
celle des autres grands pays industrialisés. Hier, M.
Obama était en compagnie de l’entraîneur de l’équipe de
basketball de l’Université de Caroline-du-Nord,
championne 2009 de la NCAA.
Les petites et moyennes entreprises bénéficieront, pour
leur part, de baisses d’impôt de 100 milliards US sur la
même période, ajoute le ministère dans un communiqué
publié en même temps que le « Livre vert », document
détaillant les recettes prévues du budget de l’État
fédéral.
À l’inverse, le gouvernement annonce l’abrogation de
plusieurs dizaines de niches fiscales coûtant « des
centaines de milliards de dollars à l’État ».
Le Trésor annonce ainsi qu’il met fin à des allégements
fiscaux pour les sociétés pétrolières, et notamment aux
crédits d’impôt pour l’exploration et le forage
pétroliers.
Le Trésor américain veut aussi rétablir le taux
d’imposition maximal de 39,6% pour les contribuables les
plus aisés, qui avait été supprimé en 2001 par le
gouvernement du président George W. Bush.
Cette modi fication devrait entrer en vigueur lors de
l’exercice budgétaire 2010-2011, indique le Ministère.
Pour être effective, la proposition du gouvernement doit
encore être approuvée par le Congrès.
Le gouvernement Bush avait réduit le taux maximum d’impôt
sur le revenu de 39,6% à 35% en 2001. Pour l’année en
cours, ce taux prévaut pour les contribuables disposant
d’un revenu imposable supérieur à 372 950$ US (pour un
couple).
Le Trésor indique que le seuil à partir duquel
s’appliquera le taux de 39,6% à partir de 2011 variera en
fonction du statut des contribuables et qu’il sera indexé
sur l’inflation.
Le l ivre
ver t indique par ailleurs que le gouvernement de Barack
Obama va remettre en vigueur le taux d’imposition de 36%
(le deuxième plus élevé) s’appliquant aux couples
disposant d’un revenu imposable supérieur à 250 000$ US,
qui avait été abaissé à 33% en 2001.
Concurrence
Par ailleurs, le gouvernement du président américain
Barack Obama a rompu avec le laisserfaire des années Bush
en matière de lutte contre les monopoles privés, pour
rapprocher sa position de celle des autres grands pays
industrialisés.
Ce changement de ligne s’est matérialisé par l’abrogation
d’un document de référence du département de la Justice
publié en septembre, qui expliquait comment interpréter
les règlements sur la concurrence.
« Je pense que les conclusions du rapport manquent leur
cible, voilà pourquoi nous l’abrogeons. Sa principale
faiblesse est qu’il érige trop d’obstacles aux efforts du
gouvernement pour faire appliquer les lois antitrust », a
souligné l’adjointe du ministre de la Justice responsable
des dossiers de concurrence, Christine Varney, au cours
d’une conférence à Washington.
Son retrait « constitue un changement de philosophie et la
meilleure façon de faire savoir à tout le monde que la
division antitrust (du ministère) engagera des poursuites
avec détermination quand des monopoles tenteront
d’utiliser leur domination sur le marché pour étrangler la
concurrence et nuire aux consommateurs », a-t-elle fait
valoir.
Durant sa campagne présidentielle, M. Obama avait reproché
au président Bush de partir avec l’un des pires bilans de
l’histoire en matière de défense du consommateur.
Le New York Times relevait hier qu’aucune plainte contre
un monopole n’avait été engagée sous la présidence de ce
dernier (2001-2009). Alors que dans les années 90, les
jugements les plus spectaculaires aux États-Unis pour
défendre la concurrence – comme ceux à l’encontre de
Microsoft et d’Intel – avaient été à l’initiative du
département de la Justice.
Mme Varney a souligné qu’il était « temps de faire plus
d’efforts ».
Les États-Unis doivent s’attaquer aux sources du déficit
Ben
Bernanke affirme que l’État ne pourra pas emprunter
indéfiniment au rythme actuel
WASHINGTON — Le président de la Réserve fédérale des
États-Unis, Ben Bernanke, a affirmé hier au Congrès que
l’État ne pourrait « pas emprunter indéfiniment » au
rythme actuel pour financer le déficit public, et appelé
la classe politique à s’attaquer aux sources de ce
déficit.
Le
président de la Fed, Ben Bernanke, devant le Congrès
hier.
Dans ses remarques préliminaires avant son audition par la
commission du Budget de la Chambre des représentants, M.
Bernanke a rappelé le niveau élevé des engagements
financiers de l’État fédéral.
« Une attention expresse aux questions qui touchent le
caractère soutenable à long terme du budget est
particulièrement cruciale, à cause des difficultés
budgétaires et économiques qui vont de pair avec le départ
à la retraite de la génération du baby-boom et la hausse
durable des coûts médicaux », a-t-il déclaré.
« Avec un ratio de dette par rapport au PIB ( produit
intérieur brut, NDLR) déjà élevé, nous ne pourrons pas
continuer à emprunter indéfiniment pour satisfaire ces
demandes », a-t-il souligné.
Ce ratio devrait atteindre 70% en 2011, a-t-il rappelé.
Les
sommes colossales que le Trésor américain emprunte pour
financer un déficit budgétaire record (13% du PIB en 2009,
d’après les estimations du Congrès) ont suscité des
inquiétudes à la fois des marchés et de responsables
politiques américains et étrangers.
« Ces dernières semaines, les rendements sur les titres du
Trésor à long terme et les emprunts immobiliers à taux
fixe (qui leur sont corrélés, NDLR) ont augmenté. Il
apparaît que cela reflète les inquiétudes quant aux vastes
déficits de l’État fédéral mais aussi d’autres causes », a
expliqué M. Bernanke.
La Réserve fédérale s’est lancée en mars dans une
politique d’achats de titres de dette de l’État, contestée
jusqu’au sein de ses rangs, où certains responsables
dénoncent la confusion des rôles entre le Trésor et la
Fed.
Pour M. Bernanke, l’intervention du Congrès et de
l’exécutif est déterminante. « Même au moment où nous
prenons des mesures pour contrer la récession et les
menaces sur la stabilité de notre système financier,
maintenir la confiance des marchés financiers exige qu’en
tant que nation, nous commencions à programmer maintenant
le rétablissement de l’équilibre budgétaire », a-t-il
insisté.
M. Bernanke a par ailleurs livré aux parlementaires le
dernier état des prévisions économiques de la banque
centrale. « Nous continuons à prévoir que l’activité
économique connaisse son point bas, puis reparte à la
hausse, dans le courant de cette année », a-t-il rappelé.
Mais, selon lui, « même une fois une reprise apparue, le
taux de croissance de l’activité économique réelle devrait
rester sous son potentiel de long terme pendant un moment
».
BUDGET
AMÉRICAIN - Obama s’attaque au gaspillage de fonds
publics
La moitié des économies proviennent du budget de la
Défense, qui continue cependant d’augmenter à un moment où
les États-Unis restent engagés en Afghanistan et en Irak.
WASHINGTON— La Maison-Blanche a présenté hier son projet de
budget détaillé pour l’exercice 2010, année de la relance de
l’économie mais aussi du début, encore modeste, de la
réduction d’un déficit public gigantesque pour
l’administration de Barack Obama.
« On
dépense beaucoup d’argent inutilement, inefficacement et,
dans certains cas, de manière vraiment ahurissante », a
dit Barack Obama en présentant son projet de budget
détaillé pour l’exercice 2010. On voit ici le président
lors d’une visite impromptue il y a quelques jours dans un
restaurant d’Arlington, en Virginie, où il a insisté pour
payer lui-même son repas.
Le président, dont le premier exercice entier va être
compliqué par une conjoncture économique défavorable, a
insisté en présentant ce budget sur la chasse au gaspillage.
« On dépense beaucoup d’argent inutilement, inefficacement
et, dans certains cas, de manière vraiment ahurissante »,
a-t-il dit.
Comme annoncé en février, la MaisonBlanche compte, durant
l’exercice 2010 (qui débutera en octobre), réduire le
déficit public aux environs de 1200 milliards de dollars,
contre 1750 milliards estimés pour l’exercice en cours (qui
s’achève en septembre).
La moitié des économies proviennent du budget de la Défense,
qui continue cependant d’augmenter à un moment où les
États-Unis restent engagés en Afghanistan et en Irak.
Les
subventionsagricoleset l’éducationsont aussi des sources
d’économies importantes.
Symbolisant la volonté d’éliminer le superflu, le Bureau de
gestion et du budget de la Maison-Blanche a publié un
document qui énonce 121 dépenses obsolètes et inefficaces
supprimées ou considérablement réduites.
La somme de 17 milliards de dollars ainsi économisée est «
une belle somme, même dans les normes de Washington », a
jugé M. Obama.
Mais c’est « une fraction de pourcentage par rapport aux
milliers de milliards que ce budget ajouterait à la dette
publique », a tonné le chef de l’opposition républicaine au
Sénat, Mitch McConnell. « Il est clair qu’il y a beaucoup
plus à faire pour protéger nos enfants et petitsenfants »,
a-t-il insisté, mettant en garde contre le poids de
l’endettement pour les générations futures.
Le Congrès à majorité démocrate avait approuvé à la fin du
mois d’avril un projet de budget préliminaire, et doit
maintenant se prononcer sur ce projet détaillé.
« Même si le Congrès ne devrait pas donner son accord à tous
les changements proposés par l’exécutif, le processus
(d’audit sur les dépenses inutiles) et les projets qui en
résultent sont un pas dans la bonne direction et un signe de
discipline budgétaire », a estimé le président de la
commission budgétaire de la Chambre des représentants, John
Spratt.
« Un code des impôts plein de failles »
Obama
engage la lutte contre l’évasion fiscale et espère
récupérer 210 milliards en 10 ans
— Le président Barack Obama a engagé hier le combat contre les
paradis fiscaux et la fraude à l’impôt, en même temps qu’il
promettait des mesures incitatives aux sociétés qui créeraient
des emplois aux ÉtatsUnis plutôt que de les délocaliser à
l’étranger.
Barack
Obama et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, en
conférence de presse hier. Le président s’en est pris à ces
Américains, individus ou entreprises, qui « se dérobent » à
leurs responsabilités.
Au total, les mesures annoncées hier, associées à d’autres à
venir, doivent faire rentrer 210 milliards de dollars sur 10
ans dans les caisses de l’État américain, a indiqué M. Obama.
M. Obama s’en est pris à ces Américains, individus ou
entreprises, qui « se dérobent » à leurs responsabilités, «
encouragés par un système fiscal défaillant » et servant les
intérêts des riches.
« Voilà un code des impôts plein de failles qui fait qu’il est
parfaitement légal pour des sociétés de ne pas payer ce
qu’elles devraient. Voilà un code des impôts grâce auquel il
est beaucoup trop facile pour un petit nombre de particuliers
et de sociétés d’abuser des paradis fiscaux pour éviter de
payer la moindre taxe. Et voilà un code des impôts qui dit que
vous paierez moins d’impôts si vous créez un emploi à
Bangalore, en Inde, que si vous le créez à Buffalo, dans
l’État de New York », s’est ému M. Obama.
M. Obama a montré du doigt les paradis fiscaux comme les îles
Caïmans, territoire britannique des Caraïbes, où, selon la
Maison-Blanche, 18 857 sociétés sont enregistrées à la même
adresse.
Priorité
La lutte contre les paradis fiscaux constitue une des
priorités de certains partenaires des États-Unis dans l’action
concertée du G20 (les pays industrialisés et émergents) contre
la crise financière mondiale.
M. Obama et son administration visent en particulier des
dispositions permettant à des sociétés de soustraire à l’impôt
des filiales à l’étranger. Ces sociétés transfèrent vers ces
filiales des revenus qui échappent ainsi au fisc américain.
Selon la
Maison-Blanche, 83 des 100 plus grandes sociétés américaines
ont des filiales dans des paradis fiscaux.
M. Obama a aussi dans le collimateur les riches américains qui
placent leur argent sur des comptes of fshore sans avoir
beaucoup à redouter du fisc. Le gouvernement américain propose
ainsi que des institutions financières étrangères traitant
avec les États-Unis signent avec ces derniers un accord: elles
auraient à partager autant d’informations sur leurs clients
américains que ne le font les institutions financières
américaines, faute de quoi elles seraient supposées faciliter
l’évasion fiscale et pourraient être sanctionnées de taxes sur
les versements à leurs clients.
L’administration demande au Congrès de légiférer sur le sujet.
Elle veut par ailleurs mettre fin à la possibilité de
déductions fiscales pour les sociétés américaines qui créent
des emplois à l’étranger, a dit M. Obama.
L’administration compte récupérer 103,1 milliards de dollars
en supprimant les avantages fiscaux qui favorisent selon elle
la création d’emplois à l’étranger.
El le r isque cependant de rencontrer des résistances au
Congrès et de la part du monde des affaires.
Ces réticences pourraient apparaître avec la présentation de
la version complète du premier budget de M. Obama pour 2009,
en mai. Ce budget, étoffant les grandes lignes budgétaires
déjà présentées plus tôt cette année, contiendra d’autres
mesures réformant la fiscalité.
C’est une combinaison de mesures annoncées hier et contenues
dans le budget qui doit faire économiser 210 milliards sur 10
ans.
Le budget prévoit le renforcement des effectifs du fisc avec
800 employés à temps plein pour traquer et faire juger les
fraudeurs.
Un pays à crédit - NICOLAS BÉRUBÉ
Les abus des
agences de crédit font sortir les Américains de leurs gonds
Barack Obama n’a pas l’habitude d’exposer sa colère en public.
Or, cette semaine, le président des États-Unis a accusé les
compagnies de cartes de crédit d’arnaquer ( rip off ) les c
Payer des souliers à 75$ avec une carte de plastique est bien
plus attrayant que de sortir quatre billets de 20$ et d’avoir
un portefeuille vide.
— Demandez à des Américains assis autour d’une table pour
souper de vous raconter leurs mésaventures avec les cartes de
crédit, et vous ferez mieux d’aller chercher une autre
bouteille de vin à la cuisine: la soirée sera longue.
Comme
de nombreux enfants, la petite Sasha Obama salue son père, à
son retour d’une autre dure journée au bureau. Peu de
parents, toutefois, reviennent chaque jour de la
Maison-Blanche ou rentrent à la maison en hélicoptère. Mais
un papa reste un papa, et c’est avec enthousiasme que la
fillette de 7 ans souhaite la bienvenue à son président de
père.
« J’ai 5000$ de dettes sur ma carte, lance Lucy, 26 ans,
responsable de la mise en marché dans une boutique J. Crew à
Santa Monica.
« J’ai acheté des choses inutiles, je le reconnais. Mais je
fais mes paiements. La compagnie n’arrête pas d’augmenter les
frais et le taux d’intérêt. Mon taux est à 30%. Ça devrait
être illégal. »
Un rire sarcastique fuse à l’autre bout de la table. « Il y a
quelques années, j ’avais 30 000$ de dettes sur ma carte,
explique Sue, musicienne indépendante qui gagne sa vie en
faisant de la pub. Mon taux d’intérêt a bondi à 25%. J’ai dû
laver des voitures, repeindre des maisons et promener des
chiens pendant cinq ans pour arriver à m’en sortir. Ils ont
fait de l’argent avec moi. »
Peu de sujets non liés à la politique et au sport
professionnel ont la capacité de faire sortir les Américains
de leurs gonds. Les cartes de crédit sont de ceux-là.
Samedi dernier, le président Obama a accusé les compagnies de
cartes de crédit d’arnaquer ( rip off) les consommateurs en
imposant des pénalités arbitraires ou des frais cachés et en
haussant rétroactivement leurs taux d’intérêt.
« Assez, c’est assez, a dit le président. Les compagnies nous
attirent avec des promesses de taux très bas et se réservent
le droit de faire bondir ces taux en tout temps, sans raison –
même sur les achats qui datent de plusieurs mois. »
« Cerveau sous anesthésie »
La facilité
de faire des dépenses avec une carte de crédit est abondamment
documentée. Payer des souliers à 75$ avec une carte de
plastique est bien plus attrayant que de sortir quatre billets
de 20 $ et d’avoir un portefeuille vide. George Loewenstein,
spécial iste de neuro-économie à l’Université Carnegie-Mellon,
soutient que la nature des cartes de crédit « fait en sorte
que le cerveau est anesthésié contre la douleur du paiement ».
Les géants du crédit l’ont compris. L’an dernier, les
compagnies de cartes de crédit ont envoyé 5,3 milliards de
prospectus par la poste aux ÉtatsUnis, une moyenne de 15 par
adulte.
Les Américains utilisent leurs cartes de crédit pour rénover
leur maison, acheter une voiture, payer les frais de scolarité
de leurs enfants. Aujourd’hui, la famille américaine moyenne a
9000$ de dettes en cartes de crédit. Et la plupart paient des
frais importants. En 2008, les consommateurs ont déboursé 17
milliards en pénalités.
(Si vous croyez que seuls les gens naïfs ou peu avisés se font
prendre dans la spirale des dettes, lisez le texte « My
Personal Credit Crisis » d’Edmund L. Andrews, qui paraîtra
demain dans le New York Times Magazine. M. Andrews, un
journaliste économique pour le Times, y raconte ses déboires
avec les compagnies de cartes de crédit, qui lui demandaient
28% d’intérêt. « Je me sentais comme un consommateur de crack
qui téléphonait à son revendeur », écrit-il.)
Des règles sévères établies par la Réserve fédérale pour
limiter les hausses des taux d’intérêt des cartes de crédit
entreront en vigueur en juillet 2010.
Or, le président veut des changements dès aujourd’hui et
demande au Congrès d’adopter un projet de loi en ce sens. Une
tâche difficile : plusieurs sénateurs démocrates sont
réticents à placer des bâtons dans les roues des compagnies de
crédit, qui craignent de voir leurs revenus chuter en période
de difficultés économiques.
Qu’à cela ne tienne, M. Obama fait pression pour que la loi
soit adoptée avant la fin du mois. S’il gagne son pari, les
taux seront limités à 15% et les frais arbitraires seront
abolis.
Durant une rencontre publique au Nouveau-Mexique, cette
semaine, le président était accompagné d’une résidante locale,
Christine Lardner, une mère de famille qui a vu le taux
d’intérêt de sa carte passer à 30% après une transaction faite
par erreur et qui a dépassé sa limite de crédit.
« La compagnie a dit qu’elle était parfaitement dans son droit
de hausser notre taux, a dit Mme Lardner. Augmenter mon taux
d’intérêt à 30% est abusif et corrompu. Les pratiques comme
celle-là sont peut-être légales, mais elles sont éthiquement
indéfendables. »
Le Trésor américain veut « protéger les
consommateurs »
— Le
secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, a souligné
hier que sa réforme de la régulation financière, en cours
d’élaboration, doit permettre une meilleure protection des
consommateurs.
«
Trop de consommateurs ont été exposés à des risques à
cause d’une régulation laxiste », a dit hier le secrétaire
au Trésor américain, TimothyGeithner.
« L’innovation financière a augmenté le nombre de produits
et services financiers auxquels les consommateurs peuvent
avoir accès », a relevé M. Geithner à la Commission bancaire
du Sénat.
« Ces changements ont apporté de nombreux bénéfices, mais
nous devons faire en sorte que lorsque les ménages
choisissent de s’endetter, ou d’investir leurs économies, il
y ait des règles claires et justes pour empêcher les
manipulations, les tromperies et les abus », a ajouté M.
Geithner dans sa déposition écrite.
« Trop de consommateurs ont été exposés à ces risques à
cause d’une régulation laxiste », a estimé M. Geithner, pour
qui il faut rendre les choses plus simples afin que les «
choix financiers qui s’offrent aux consommateurs soient
clairs, raisonnables et adéquats ».
Le
secrétaire au Trésor a ainsi redit sa volonté de s’attaquer
aux racines de la crise actuelle, provoquée par le laxisme
des normes de prêt et le développement immodéré des crédits
hypothécaires à risque. Ce marché s’est écroulé comme un
château de cartes à l’été 2007 avec la baisse des prix de
l’immobilier.
M. Geithner avait dévoilé à la fin de mars un projet de
réforme de la régulation financière, qui doit maintenant
être mis au point en concertation avec le Sénat.
Le Trésor souhaite durcir les normes existantes et
assujettir au contrôle des autorités un grand nombre
d’entreprises ou de marchés qui y échappaient jusqu’ici. Un
des axes affichés de la réforme est la protection du
consommateur.
Selon le Washington Post, le gouvernement envisageait la
création d’une autorité de régulation des produits
financiers responsable de protéger les consommateurs, en
chapeautant entre autres les prêts immobiliers et les fonds
communs de placement.
Sans confirmer cette information, un responsable du Trésor a
indiqué à l’AFP que, dans le cadre de l’élaboration de la
réforme de la régulation, le Trésor organisait régulièrement
des tables rondes et qu’il avait notamment rencontré « des
groupes de consommateurs et d’investisseurs ».
Obama gagne un vote « historique »
Ce vote
rapproche les États-Unis « de la fin de près d’un siècle
de lutte ».
WASHINGTON a montré clairement la division entre
démocrates et républicains sur ce dossier.
PHOTO SAUL LOEB, AFP
Le
président américain Barack Obama et sa famille ont
quitté jeudi matin la Maison-Blanche pour Hawaii, où
ils vont passer les fêtes de fin d’année. Le président
avait retardé son départ en vacances pour être présent
à Washington lors du vote par le Sénat de la réforme
de la couverture maladie, l’une des mesures phares du
début de son mandat.
Le plus dur est peut-être encore à venir: un compromis
devra être trouvé entre le texte du Sénat et la version
notablement différente déjà votée à la Chambre des
représentants. Les démocrates estiment toutefois être
allés trop loin pour échouer maintenant.
Le vote du Sénat est un succès appréciable pour Barack
Obama, qui a vécu une année souvent chaotique. Sa cote
de popularité est tombée à environ 50% alors qu’il doit
gérer un chômage élevé, une montée de la violence en
Afghanistan et un débat sur la santé qui divise
l’opinion.
Le texte pourrait avoir un impact déterminant sur les
élections de mi-mandat en 2010, voire sur les chances de
réélection de Barack Obama en 2012.
Après le vote, le chef de la minorité républicaine à la
Chambre des représentants, John Boehner, s’est livré à
une attaque en règle du texte, le qualifiant de
«monstruosité» et dénonçant «la prise de contrôle du
système de santé par le gouvernement démocrate».
Le texte instaure pour la première fois le principe
d’une couverture santé obligatoire pour presque tous les
Américains et prévoit des aides pour permettre aux gens
à faible revenu d’y accéder. Les entreprises seraient de
leur côté incitées à fournir une couverture médicale à
leurs employés par un mélange de crédits d’impôts et de
sanctions.
La réforme, évaluée à près de 1000 milliards de dollars
en 10 ans, sera financée par des impôts, des cotisations
et des coupes dans le programme d’assurance médicale
publique pour les personnes âgées (Medicare). Si elle
est appliquée comme prévu, elle permettra une réduction
des déficits publics de 130 milliards de dollars durant
les 10 prochaines années, selon le Bureau du budget du
Congrès.
M.
Obama a réaffirmé jeudi que le texte aiderait à mettre
fin à des pratiques très critiquées des assureurs
américains, comme le fait de refuser de couvrir un
client en raison d’une maladie préexistante. De fait, la
nouvelle loi interdit aux assureurs de refuser des
prises en charge ou de faire payer des primes plus
élevées à cause de maladies préexistantes.
Certains membres de l’aile gauche du Parti démocrate ne
sont pas emballés par le texte du Sénat, estimant qu’il
ne va pas assez loin en laissant 24 millions de
personnes sans assurance santé. Selon des analystes, la
loi étendrait la couverture médicale à environ 94% des
Américains âgés de moins de 65 ans, un total dont sont
exclus les immigrés clandestins.
Vacances
Par ailleurs, Barack Obama et sa famille ont quitté
jeudi matin la Maison-Blanche pour Hawaii, où ils vont
passer les fêtes de fin d’année. Le président avait
retardé son départ en vacances pour être présent à
Washington lors du vote.
Les vacances de Noël à Hawaii sont une tradition pour la
famille Obama. Le président est né en 1961 dans
l’archipel et y a passé une grande partie de sa
jeunesse.
Selon le j ournal local Honolulu Advertiser, les Obama
vont résider dans une villa de cinq pièces en bord de
mer dans le village de Kailua, à 19 km au nord-ouest
d’Honolulu, où des mesures de sécurité, comme des
barrières en béton et des interdictions de stationner,
sont visibles depuis plusieurs jours.
Aucune activité publ ique n’est prévue pendant le séjour
des Obama, qui prendra fin le 3 janvier, a indiqué la
Maison-Blanche.
La réforme reste « très solide », assure le conseiller
d’Obama
WASHINGTON — Le principal conseiller du président Obama,
David Axelrod, a défendu hier le projet de loi destiné à
élargir l’accès à l’assurance maladie aux ÉtatsUnis,
malgré les modifications apportées au texte initial de
la Maison-Blanche, et a exhorté les sénateurs à
l’adopter.
PHOTO JAY MALLIN,
ARCHIVES BLOOMBERG
Bien
que
le projet de loi n’instaure pas d’« option publique »,
c’est-à-dire une assurance maladie publique qui serait
mise en concurrence avec des assurances privées, comme
le souhaitait M. Obama, il est tout à fait conforme à
la promesse formulée par le président, a estimé hier
son principal conseiller, David Axelrod.
M. Axelrod a jugé sur CNN que le projet de loi sur
lequel les sénateurs vont devoir se prononcer dans les
prochains jours est « très, très solide ».
Bien que le texte n’instaure pas d’« option publique »,
c’est-à-dire une assurance maladie publique qui serait
mise en concurrence avec des assurances privées, comme
le souhaitait M. Obama, il est tout à fait conforme à la
promesse formulée par le président, a estimé David
Axelrod.
Dans un éditorial publié dans le New York Times d’hier,
le vice-président Joe Biden dit, de son côté, « partager
la frustration de certains autres sénateurs
progressistes » quant à l’absence d’« option publique »
dans le texte de loi.
Mais « même si elle n’est pas parfaite, cette
proposition de loi n’est pas médiocre, elle est, au
contraire, très bonne », écrit M. Biden, ajoutant que la
réforme permettra « à 30 millions d’Américains sans
assurance maladie d’avoir accès à une couverture maladie
à portée de leurs finances ».
M.
Axelrod a encore assuré sur CNN que « nous sommes sur le
point de tenir notre promesse (...) et de remporter une
grande victoire au profit du peuple américain. Il va
être encore plus en sécurité, ses dépenses de santé vont
baisser et il sera un peu plus en position de force face
aux assureurs », faisant écho à M. Obama qui avait
estimé la veille qu’« après un demi-siècle de bataille,
nous sommes sur le point de faire aboutir la réforme de
la couverture maladie aux États-Unis ».
Le président américain avaient pris la parole après que
le dernier sénateur démocrate encore indécis, Ben
Nelson, eut manifesté son ralliement à la réforme.
Ce dernier réclamait une disposition garantissant
l’interdiction de l’utilisation de fonds publics pour
financer des procédures d’avortement, et a estimé avoir
obtenu gain de cause.
L es c hefs démoc r ates misaient sur un premier vote
des sénateurs pour clore les débats dans la nuit d’hier
à aujourd’hui vers 1h, avant un vote final le 24
décembre, conformément au délai qu’ils s’étaient fixé.
Une fois que le Sénat aura adopté son propre texte, il
devra être fusionné avec celui de la Chambre.
RÉFORME DE LA SANTÉ Le Sénat américain dit « oui
» au débat
WASHINGTON
— Toutes les voix comptaient et pas une seule n’a manqué:
les 58 sénateurs démocrates et leurs deux alliés
indépendants ont voté samedi soir pour l’ouverture du
débat sur la réforme de santé défendue par le président
Obama. La couverture maladie universelle doit toutefois
encore franchir de nombreux obstacles avant de devenir
réalité aux États-Unis.
Sur les 40 sénateurs républicains, seul un s’est abstenu.
Le « oui » l’a donc emporté par 60 voix contre 39, la
majorité des deux tiers étant requises pour empêcher
l’opposition de faire barrage à l’examen du texte en
séance plénière. Le marathon législatif reprendra après le
congé de l’Action de Grâce, qui sera célébré jeudi aux
États-Unis.
Même
procédurale, c’est une victoire pour Barack Obama, qui
ne ménage pas ses efforts depuis un an pour faire passer
la réforme la plus importante du système de santé
américain depuis au moins un demi-siècle. Le démocrate
Bill Clinton avait échoué bien avant cette étape dans
les années 1990.
Le por te-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a
salué hier un vote qui constitue « un pas en avant vers
la fin des abus des assureurs, la maîtrise des coûts de
santé qui flambent (...) et l’extension d’une couverture
santé de qualité à ceux qui n’en ont pas ».
Le texte prévoit l’extension de l’assurance maladie à
quelque 31 millions d’Américains qui n’en possèdent pas
actuellement en taxant les assureurs et les plus riches.
Les experts budgétaires du Congrès estiment le coût de
la réforme à 979 milliards US sur dix ans.
L’épicerie ou les médicaments ?
- Isabelle Kretz
Les
Américains sont confrontés à des choix déchirants
auxquels les Canadiens n’ont pas à faire face
Je peux témoigner que les excellents reportages de
Richard Hétu et Nicolas Bérubé sur le système de santé
aux États-Unis ( La Presse, 13 octobre) donnent un
portrait désolant, mais fidèle de la situation.
En Caroline du Nord, je suis travailleuse sociale au
sein d’un des secteurs du programme Medicaid – le
programme d’assurance maladie pour les gens vivant sous
le seuil de pauvreté officiel. Mes clients sont des
adultes handicapés ou âgés de plus de 65 ans. Mon
travail consiste à déterminer une fois par année s’ils
remplissent toujours les conditions d’admissibilité au
programme: avoir été reconnu comme personne handicapée
mentale ou physique par le Social Security
Administration, avoir un revenu mensuel de moins de 923$
et avoir des réserves comptables de moins de 2000$.
Medicaid paiera alors tous leurs soins médicaux et leurs
médicaments.
Mais ceux, parmi mes clients, dont le revenu mensuel
dépasse 923 $ doivent s’acquitter d’une franchise de
plusieurs milliers de dollars avant d’avoir droit à
Medicaid. Je vois ainsi tous les jours des gens faisant
face à des dilemmes inconnus par les Canadiens : payer
l’électricité ou les médicaments ; faire l’épicerie ou
consulter le médecin (parce que j’ai décidé de payer
l’électricité la semaine dernière plutôt que mes
médicaments… et que mon hypertension me donne des maux
de tête).
Et il y
a les cas extrêmes qui chavirent encore plus mon coeur
de Québécoise. Pendant 20 ans, un de mes clients,
soudeur de métier, a profité de l’assurance maladie
payée par son employeur. Il s’est retrouvé un jour sans
travail – et donc sans assurance maladie. On lui a
diagnostiqué peu de temps après une maladie terminale du
foie nécessitant une greffe. Au moment de la greffe,
n’ayant aucun revenu et ayant épuisé ses économies, il a
eu droit à Medicaid, qui a couvert les coûts reliés à la
greffe.
Mais voici l’ironie : on lui a récemment alloué une
pension d’invalidité qui hausse son revenu au-dessus de
la limite maximale de 923$ de Medicaid, qui avait
jusqu’à maintenant couvert le coût très élevé de ses
médicaments immunodépresseurs. « Je n’ai pas assez
d’argent pour vivre et payer mes médicaments. Et sans
ces médicaments, je meurs », m’a-t-il dit, la voix
larmoyante, quand je lui ai expliqué qu’il devait dès
lors couvrir une franchise de plus de 7000$ tous les six
mois, pour avoir droit à Medicaid.
I mpuissante, le seul conseil que je pouvais lui offrir
était de faire des demandes auprès des compagnies
pharmaceutiques, celles-ci ayant un programme d’aide
pour les plus démunis. Comble d’ironie, s’il devait un
jour avoir les moyens de souscrire une assurance
médicale, aucune compagnie ne voudra l’assurer,
puisqu’il a une condition préexistante…
Aucun système de santé n’est parfait – même pas le
système canadien, on le sait. Mais personne au Canada ne
doit s’endetter, hypothéquer son avenir ou faire
faillite pour se soigner, pour rester en vie. Je connais
beaucoup d’Américains qui, comme moi, espèrent que la
réforme qui se décidera à Washington leur donnera cette
chance.
États-Unis / Réforme du système de santé : Une
étape décisive est franchie au Sénat - Emannuelle Parisse
États-Unis
WASHINGTON — La réforme du système de santé du président
américain Barack Obama a franchi une étape, hier, avec
le vote décisif de la commission des Finances du Sénat,
qui a rallié une voix de l’opposition.
PHOTO JEWL SAMAD, AFP
Au
début du mois, une grande manifestation a réuni à
Washington des dizaines de milliers d’opposants à la
réforme du système de santé concoctée par la
Maison-Blanche. Depuis, de compromis en compromis,
d’alliance en alliance, le projet fait son chemin,
d’abord au Sénat, puis à la Chambre des représentants.
Le projet de loi obtient 14 voix contre 9, soit les 13
démocrates de la commission et la sénatrice républicaine
modérée Olympia Snowe, qui devient la première de son
camp à se rallier aux démocrates sur ce sujet. « Quand
l’histoire appelle, l’histoire appelle », a-t-elle
déclaré.
Ce soutien représente une première victoire pour les
démocrates et la Maison-Blanche engagés depuis plusieurs
mois dans ce projet.
Le plan de réforme de la couverture maladie, l’une des
grandes priorités législatives de la présidence de
Barack Obama, se rapproche donc un peu plus d’un débat
sur le parterre du Sénat, un stade auquel un tel projet
de réforme n’était jamais parvenu auparavant.
« Pente glissante »
Hier, plusieurs sénateurs ont souligné que la bataille
pour cette réforme avait commencé il y a une centaine
d’années, avec les propositions du président Théodore
Roosevelt.
« Nous
restons engagés à adopter une loi qui fasse baisser les
coûts, engendre de la concurrence (dans le secteur des
assurances), améliore la qualité des soins et laisse le
choix (du prestataire) », a écrit dans un communiqué le
chef de la majorité démocrate, Harry Reid, qui s’est
félicité du vote.
Le président de la commission des Finances, Max Baucus,
avait ouvert la séance d’hier en disant : « Presque t
out a été dit , maintenant i l est temps d’agir. »
De son côté, le sénateur Charles Grassley, le plus haut
représentant républicain de la commission des Finances,
a regretté que le plan des démocrates n’ait pas fait une
place aux idées républicaines. « Il est clair que ce
projet de loi s’oriente déjà sur la pente glissante d’un
plus grand contrôle de la santé par le gouvernement »,
a-t-il dit.
Réduire le déficit
Le projet concocté par la commission des Finances a
l’avantage d’avoir reçu un estimation avantageuse quant
au coût. Le Bureau du budget du Congrès (CBO) a publié
une étude de ce texte qui conclut qu’il réduirait le
déficit budgétaire américain de 81 milliards sur 10 ans.
Par ailleu r s , les discussions se poursuivent
notamment sur l ’opportunité d’inclure dans la réforme
une « option publique » qui serait en concurrence avec
les assurances privées. Le plan de M. Baucus n’en
comporte pas, au contraire de celui de la commission de
la Santé et des versions mises en avant à la Chambre des
représentants.
Le t exte de l a commission des Finances est central
dans une controverse qui divise démocrates et
républicains, mais aussi les démocrates entre eux, et la
Chambre et le Sénat. I l est en effet censé maintenir la
cohésion des démocrates et peutêtre rallier des
républicains modérés au moment de l’adoption finale du
texte.
Le cauchemar des Américains - RICHARD HÉTU
Après
plusieurs semaines de tractations, l’influente
commission des Finances du Sénat américain tiendra
aujourd’hui un vote crucial sur un projet de réforme de
la santé qui pourrait ouvrir la porte à un débat houleux
et historique en séance plénière. Ce plan pourrait non
seulement réduire de 29 millions le nombre d’Américains
non assurés, mais également aider les dizaines de
millions d’Américains qui sont sous-assurés en raison de
l’attitude controversée des compagnies d’assurances.
NEW YORK — Le verdict est tombé le 23 janvier 2008, soit
six jours avant l’arthroplastie discale que devait subir
Kim Kutcher, une ex-infirmière de 44 ans: sa compagnie
d’assurance maladie, Anthem Blue Cross, refusait de
couvrir les frais de cette nouvelle intervention, qui
consiste à remplacer un disque intervertébral par une
prothèse.
PHOTO ARCHIVES REUTERS
La
réforme de la santé proposée par Barack Obama n’a pas
pour objectif d’abattre les compagnies d’assurances,
mais elle pourrait en aider plusieurs en obligeant les
assureurs à couvrir certains traitements ou à
s’entendre sur le maximum qu’un assuré pourrait devoir
payer de sa poche pour un traitement.
« La compagnie a justifié sa décision en disant qu’il
s’agissait d’une intervention expérimentale, alors
qu’elle est approuvée par le gouvernement fédéral depuis
le mois d’août 2006», a expliqué Mme Kutcher à La
Presse, au cours d’un entretien téléphonique.
Ayant déjà subi plusieurs traitements dans l’espoir vain
d’éliminer ses maux de dos, Kim Kutcher a décidé de se
faire opérer quand même. Elle entendait contester plus
tard le verdict de son assureur. Au fil des mois, elle
aura réussi à faire passer la facture de l’hôpital de
137 000$ à 60 000$, mais Anthem Blue Cross refuse
toujours de lui rembourser ne serait-ce qu’un cent de
cette somme.
«Ils ont invoqué toutes les excuses possibles pour
refuser de payer», raconte Kim Kutcher, qui vit à Dana
Point, en Californie, avec son mari, dont l’assurance
maladie devrait en théorie couvrir les soins médicaux de
toute la famille.
« Je les hais, ajoute Mme Kutcher en parlant des
assureurs privés en général. J’espère que cette
industrie finira par mourir.»
Une réforme nécessaire
La réforme de la santé proposée par Barack Obama et ses
alliés démocrates du Congrès n’a pas pour objectif
d’abattre les compagnies d’assurances, mais elle
pourrait aider des personnes comme Kim Kutcher en
obligeant les assureurs à couvrir certains traitements
ou à s’entendre sur le maximum qu’un assuré pourrait
devoir payer de sa poche pour un traitement.
Kim Kutcher fait partie des quelque 25 millions
d’Américains qui étaient «sous-assurés», en 2007, selon
les dernières données du gouvernement fédéral, soit une
augmentation de 60% depuis 2003. Tombent dans cette
catégorie tous ceux dont la couverture médicale ne les
protège pas contre des dépenses médicales élevées. Ces
«sous-assurés» s’ajoutent évidemment aux quelque 47
millions de personnes qui n’ont aucune couverture
médicale aux États-Unis.
Robert
Floyd, ex-plombier de Williamsport, en Pennsylvanie,
s’est également retrouvé dans la catégorie des
sous-assurés lorsque sa femme a été obligée de souscrire
une nouvelle assurance médicale chez son employeur.
« L’a ssu reu r ref usa it de couvrir les traitements
dus à une condition préexistante », explique M. Floyd,
59 ans, qui s’est fait opérer pour des problèmes de
rétine et pour un cancer du rein à la fin de 2007. « Non
seulement notre couverture médicale nous coûtait plus
cher qu’avant, mais il fallait également payer de notre
poche tous les traitements pour mon cancer et ma rétine.
Nous avons dû nous endetter de plusieurs milliers de
dollars avant de trouver une meilleure solution. »
Option publique
La réforme de la santé à l’étude au Congrès interdirait
aux assureurs privés de refuser une couverture à cause
d’antécédents médicaux.
«Le statu quo ne peut plus durer, dit Robert Floyd. Cela
n’a pas de sens. Les assureurs privés peuvent faire ce
qu’ils veulent.»
S’il n’en tenait qu’à Kim Kutcher, les États-Unis se
débarrasseraient des assureurs privés en adoptant un
système de santé à payeur unique. Sachant que son pays
n’est pas encore prêt pour un tel modèle,
l’ex-infirmière se satisferait d’un régime public qui
concurrencerait les assureurs privés.
Barack Obama et plusieurs parlementaires démocrates se
sont exprimés en faveur d’un tel système appelé «option
publique» dans le jargon politique de Washington.
«La population américaine est largement en faveur de
l’option publique, dit-elle. J’espère qu’elle survivra
aux marchandages des prochaines semaines et que non
seulement les travailleurs pauvres pourront en
bénéficier, mais aussi les gens de la classe moyenne
comme moi. Nous sommes bombardés de factures médicales.»
Comment les compagnies d’assurances mettent les États-Unis
en danger - Nicolas Bérubé
LOS
ANGELES — Pendant 15 ans, Wendell Potter a travaillé
aux relations publiques de CIGNA, un géant de
l’assurance maladie privée aux États-Unis. En tant que
directeur des communications, son rôle était de
veiller à ce que les plaintes des clients ne mettent
pas la compagnie dans l’embarras. M. Potter a remis sa
démission l’an dernier. Il milite depuis en faveur
d’une assurance maladie publique aux États-Unis. La
Presse l’a interviewé. Q Après
une carrière fructueuse passée à CIGNA, vous avez
remis votre démission l’an dernier. Qu’est-ce qui vous
a poussé à prendre cette décision ? R À l’été 2007, je
suis allé passer quelques jours chez mon père, au
Tennessee. Un matin, j’ai lu dans le journal local
qu’une « expédition de santé » allait avoir lieu tout
près, dans un terrain de foire, en Virginie. Cela a
piqué ma curiosité. J’ai donc emprunté la voiture de
mon père et je suis allé faire un tour. Ce que j’ai vu
m’a scié. Des milliers de personnes sans assurance ma
l a d ie a t t e nda ie nt de s heures en file pour
voir un médecin ou un dentiste. Les spécialistes
travaillaient en public, protégés de la pluie par des
infrastructures conçues pour des animaux de foire. Il
n’y avait aucune intimité, tout était ouvert.
Plusieurs patients avaient dormi dans leur voiture
pour avoir une place. Je n’arrivais pas à croire que
tout ça avait lieu aux États-Unis. Disons que cela a
accéléré une réflexion que j’avais entreprise.
Quelques mois plus tard, j’ai remis ma démission. Q
Près
de 50 millions d’Américains n’ont pas d’assurance
maladie. Vous n’avez pas découvert ça du jour au
lendemain ? R Durant la majeure partie de ma carrière,
j ’avais l’impression de t rava i l ler pour une cause
juste. J’avais un bon salaire, un grand bureau. Je
savais que 47 millions d’Américains n’avaient pas
d’assurance maladie. Or, comme la plupart de mes
collègues, j’étais isolé de la « vraie vie », de la
réalité de ces gens. Tant qu’on n’a pas côtoyé la
misère, tout cela reste théorique, ça reste une
statistique. Dans mon quotidien, j’étais préoccupé par
les profits de la compagnie, par les attentes de Wall
Street. C’est ce qui vous occupe l’esprit, à ce
niveau-là. Q Comment
l ’ industrie s’y prend-elle pour répondre aux
attentes de Wall Street ? R L es a ssu reu rs t entent
pa r tous le s moyen s de limiter les réclamations
importantes. Par exemple, les gens malades voient
leurs primes grimper, année après a n née. Bien des
gens ne peuvent plus payer ces primes. C’est prévu.
Les clients malades ne renouvellent pas leu r contrat
et l ’a ssu reu r perd un client qui nuisait à ses
profits. Des millions de personnes sont écartées de
cette façon. Q Cette
situation
est décrite dans le film Sicko, de Michael Moore. Dans
votre travail, vous avez été appelé à critiquer le
film et à discréditer M. Moore. Comment cela
fonctionne-t-il ? R J’ai vu le film et mon rôle était
de trouver les failles, même si, dans mon for
intérieur, j’ai trouvé le film très juste. Nous avons
lancé une campagne pour discréditer Moore. Nous avons
fait savoir aux élus démocrates du Congrès que ce
n’était pas une bonne idée de parler du film, de
soutenir ses conclusions. S’ils le faisaient, ils
s’exposaient à des répercussions. La perte de
contributions financières ou bien une campagne
publicitaire visant à les discréditer. Ça a
fonctionné. Le film a été marginalisé. Q Le
président Obama veut réformer l’assurance maladie. De
l’intérieur, quelle est la position de l’industrie
face à ces bouleversements ? R Les compagnies ont peur
d ’u ne « option publ ique », car cela les forcerait à
diminuer leurs profits afin d’être concurrentielles
avec le gouvernement. Or, les compagnies veulent une
réforme pour une raison bien simple : des milliards de
dollars en fonds publics sont en j eu. Une des idées
proposées est de forcer les gens à acheter une police
d’assurance privée, qui serait en partie subventionnée
par le gouvernement. Les compagnies y voient une
occasion en or de faire croître leur industrie. C’est
pour cela qu’elles financent les lobbyistes, plus
actifs que jamais à Washington. Elles veulent une part
du gâteau. Q Vous
avez donné des entrevues à PBS, MSNBC et CNN, mais les
compagnies d’assurances n’ont pas réagi à vos propos.
Pourquoi ? R Je pense que leur stratégie est de ne pas
chercher l’affrontement. L’affrontement crée la
controverse, et la controverse donne de la visibilité.
Je sais que CNN a essayé d’obtenir qu’un représentant
de l’industrie vienne débattre avec moi en ondes. On a
répondu que personne n’était disponible... Je crois
qu’ils ont peur de mes arguments, d’avoir l’air de
patiner. Je connais leurs méthodes, car je les ai
appliquées durant des années. Q Votre
vie
a changé du tout au tout depuis votre départ. Comment
vivez-vous votre nouveau rôle de critique ? R C’est
très libérateur. Dans mon emploi, je devais toujours
peser mes mots, faire attention à ne pas mettre la
compagnie dans l’embarras. Plus j’étais critique de
mon travail, plus c’était difficile. Aujourd’hui,
personne ne me dit quoi dire, quoi faire. Tant que des
gens seront intéressés à m’entendre, je vais continuer
de donner des entrevues.
Obama traité de menteur : des excuses -
Judith LaChapelle
Le
représentant républicain Joe Wilson, qui a accusé mercredi
soir le président américain Barack Obama de mentir lors de
son discours devant le Congrès sur la réforme de la
protection santé, a regretté hier devant la presse sa
remarque « spontanée ». M. Wilson a qualifié son
commentaire de « déplacé » et « regrettable ». De son
côté, le président Obama a dit hier accepter les excuses
du parlementaire.

Obama : « Le temps des querelles est révolu »
- RICHARD HÉTU
Obama
exhorte le Congrès à adopter rapidement une réforme du
système de santé
NEW YORK — Après un mois d’août tumultueux au cours
duquel la conf iance des Américains à son égard s’est
effritée, Barack Obama a tenté hier soirdereprendre
lamainsur le dossier de la santé. Il a exhorté le
Congrès à adopter rapidement une réforme dont
profiteraient des millions d’Américains qui bénéficient
d’une assurance maladie et encore davantage ceux qui
n’en ont pas.
PHOTOJASON REED,
REUTERS
«
Je ne suis pas le premier président à adopter cette
cause, mais je suis déterminé à être le dernier », a
déclaré Barack Obama, dans un discours jugé crucial
pour sa réforme, mais aussi pour sa présidence.
« Je ne suis pas le premier président à adopter cette
cause, mais je suis déterminé à être le dernier », a
déclaré Barack Obama, dans un discours jugé crucial pour
sa réforme et sa présidence.
Le chef de la Maison-Blanche a explicité pour la
première fois les modalités d’une réforme qui doit
atteindre trois grands objectifs. Il s’est employé à
décrire ces objectifs et à s’attaquer à ce qu’il a
qualifié de « mythes » et de « mensonges » concernant la
réforme du système de santé. Jusque-là, il avait tenté
de rester au-dessus de la mêlée et de laisser les
détails aux parlementaires.
« Le temps des querelles est révolu », a-t-il déclaré. «
Le temps des petits jeux est terminé. Le moment d’agir
est arrivé. »
Tout en dénonçant « le même spectacle pa r t isan qui ne
fait que renforcer le mépris que de nombreux Américains
ont envers leur propre gouvernement » , le président
s’est dit ouvert aux idées des parlementaires démocrates
et républicains.
« Mais
sachez ceci: je ne perdrai pas mon temps avec les
calculateurs pour lesquels il est de meilleure politique
de tuer ce plan que de l’améliorer », a-t-il dit, en
allusion aux républicains qui ont souhaité voir la
réforme du système de santé devenir son Waterloo.
En défendant son approche, le président démocrate a
insisté en premier lieu sur la nécessité d’offrir « plus
de sécurité et de stabilité » à ceux qui ont déjà une
assurance maladie. Il a ainsi promis qu’une nouvelle loi
interdirait aux assureurs de refuser une couverture à
cause d’antécédents médicaux ou de retirer, sous un
prétexte ou un autre, leur couverture à des personnes
malades.
Il a également assuré que la réforme fournira une
assurance maladie aux dizaines de millions d’Américains
qui n’en ont pas. Il s’est dit ouvert, pour atteindre
cet objectif, à l’instauration d’un régime public qui
coexisterait avec les assurances privées. Et il a promis
que la réforme freinera la croissance des coûts de la
santé.
À la fin de son allocution, il a fait appel à la
compassion de ses compatriotes. Il a cité de façon
émouvante une lettre de TedKennedy, ardent défenseur de
l’assurance maladie universelle, qui lui a été remise
après la mort du sénateur.
« Ce à quoi nous faisons face, a-t-il écrit, est d’abord
et avant tout une question morale. Ce qui est en jeu ne
se réduit pas aux détails d’une politique mais touche
aux principes fondamentaux de justice sociale et au
caractère de notre pays », a dit le président, qui a
notamment salué Victoria Kennedy, la veuve du sénateur,
assise à la gauche de sa femme, Michelle.
C’est donc sur un ton émouvant que Barack Obama a choisi
de clore son allocution, qui faisait suite à plusieurs
sondages indiquant que la réforme du système de santé
minait sa popularité.
« VOUSMENTEZ! »
Joe
Wilson, représentant républicain de la Caroline-du-Sud,
croyait peut-être qu’il assistait à une simple réunion
publique où les détracteurs de Barack Obama peuvent dire
tout haut tout le mal qu’ils pensent de lui et de la
réforme du système de santé qu’il propose. Barack Obama
était en train de s’attaquer aux « mythes » et aux «
mensonges » que ses adversaires ont répandus selon lui
au sujet de la réforme du système de santé. Il venait de
démentir la rumeur selon laquelle les immigrés
clandestins pourraient profiter de la réforme quand le
représentant Wilson l’a traité de menteur. « Vous mentez
! » s’est écrié Wilson. La présidente de la Chambre des
représentants, la démocrate Nancy Pelosi, lui a lancé un
regard assassin et le président s’est interrompu. Il
faut se demander si un président américain a déjà été
apostrophé de la sorte lors d’un discours devant les
membres du Sénat et de la Chambre.
Santé: Obama monte au créneau - Richard
Hétu
NEW YORK
— Fragilisé par un débat de plus en plus acrimonieux sur
sa réforme du système de santé, Barack Obama a tenu une
réunion publique au New Hampshire, hier après-midi, afin
de défendre un des principaux chantiers de sa présidence
et de dénoncer les « tactiques de la peur » employées
selon lui par ses opposants.
PHOTO J. SCOTT
APPLEWHITE, ARCHIVES AP
Le
président Barack Obama fait campagne pour son projet
de réforme du système de santé américain depuis
plusieurs semaines déjà. Plus tôt cet été, il a
prononcé un discours au Children’s National Medical
Center de Washington.
« Si nous sommes en désaccord, soyons-le sur des choses
réelles, pas sur des déformations fantaisistes qui n’ont
pas la moindre similitude avec ce qui est vraiment
proposé », a déclaré le président américain aux quelque
1800 personnes venues assister à la réunion dans une
école de Portsmouth.
Accusant ses détracteurs d’utiliser la peur comme
argument, le chef de la MaisonBlanche a notamment nié
les accusations formulées vendredi par l’ancienne
gouverneure d’Alaska, Sarah Palin, selon lesquelles la
réforme de santé permettrait de mettre sur pied un «
tribunal de la mort » avec des « bureaucrates » qui
décideraient qui a le droit ou pas de recevoir des
soins.
« Je ne suis pas en faveur de cela, je veux être clair
là-dessus », a déclaré le président, qui a précisé que
la réforme permettrait de donner davantage d’information
en fin de vie.
La
réunion publique de Portsmouth n’a pas donné lieu au
chahut qui a caractérisé d’autres assemblées
d’information sur la réforme du système de santé tenues
par des parlementaires démocrates. Hier matin, à
Lebanon, en Pennsylvanie, le sénateur Arlen Specter a
notamment été vivement pris à partie par des électeurs
qui s’inquiétaient non seulement du coût élevé du plan,
mais également des risques d’intrusion de l’État dans
leur compte de banque.
« Je suis républicaine », a déclaré une femme, selon le
compte rendu de l’AFP. « Le problème, ce n’est pas la
réforme de la santé. Le problème, c’est la
transformation de ce pays en Russie, en pays socialiste.
»
Le débat sur la santé est tout aussi houleux à la radio,
à la télévision et sur l’internet, où les commentateurs
dépassent parfois les limites de la décence. La
Maison-Blanche et des organisations juives ont notamment
dénoncé l’animateur de radio Rush Limbaugh, qui a
comparé le président Obama à Adolf Hitler. « Adolf
Hitler, comme Barack Obama, a imposé ses diktats », a
déclaré Limbaugh la semaine dernière. Un de ses
concurrents, Glenn Beck, a pour sa part établi un lien
entre le nazisme et la réforme du système de santé.
Malgré la vigueur de l’opposition et le scepticisme
croissant d’une partie de la population, le président a
remporté une victoire significative, fin juillet,
lorsqu’une commission influente de la Chambre des
représentants a adopté un compromis sur la réforme du
système de santé qui ouvrira la voie en septembre à un
vote de l’ensemble de la Chambre des représentants. Le
projet permet notamment d’offrir des soins aux plus de
46 millions d’Américains qui n’y ont pas accès. Elle
améliore aussi la liberté de choix et la qualité des
soins, selon Barack Obama.
La réforme est moins avancée au Sénat, où l’influente
commission des Finances n’a pas encore accouché de son
projet de loi.
Le web contre « les tactiques de la peur »
WASHINGTON — Le président américain Barack Obama a
répondu hier à ceux qui ont recours aux « tactiques de
la peur » pour s’opposer à son ambitieuse réforme de la
santé, en lançant un site internet destiné à tuer dans
l’oeuf les rumeurs qui entourent le projet.
Comme il l’avait fait pendant la campagne présidentielle
de 2008 avec le site fightthesmears. com (« lutte contre
la calomnie »), le président américain a lancé un
nouveau site, whitehouse.gov/ realitycheck, consacré à
défendre sa réforme de la santé.
Le site dénonce notamment des rumeurs affirmant que la
réforme encourage ou même exige l’euthanasie des
personnes âgées.
« Les rumeurs et le recours aux tactiques de la peur
n’ont fait qu’augmenter au fur et à mesure que plus de
gens s’engagent dans le débat. Vu les nombreuses
affirmations scandaleuses qui circulent, il est temps de
s’assurer que chacun connaisse les faits concernant la
stabilité et la sécurité que va apporter la réforme », a
expliqué dans un courriel David Axelrod, le principal
conseiller du président américain. Désinformation
Cette initiative intervient alors que les alliés
démocrates de M. Obama dénoncent une campagne de
désinformation sur le sujet et les perturbations
orchestrées de rencontres entre les parlementaires et la
population pour expliquer la réforme.
« Étouf
fer les opinions contradictoires n’est tout simplement
pas américain. Étouffer les faits, c’est ce qui nous a
fait échouer dans cette tâche pendant des décennies »,
écrivent la présidente de la Chambre des représentants,
Nancy Pelosi, et le chef de la majorité démocrate de la
Chambre, Steny Hoyer, dans une lettre publiée par le
quotidien USA Today.
La veille, le chef de la minorité républicaine du Sénat,
Mitch McConnell, avait accusé les démocrates de chercher
à « diaboliser les citoyens qui sont énergiques sur le
sujet ».
L’ancienne candidate à la vice-présidence Sarah Palin
avait accusé vendredi M. Obama de vouloir mettre en
place des « tribunaux de la mort » en réformant le
système de santé, avec des « bureaucrates » qui
décideraient qui a le droit ou pas d’être soigné.
L’administration Obama espère un vote à l’automne dans
ce dossier sur lequel les administrations démocrates
successives se sont cassé les dents.
Près de 50 millions d’Américains sont dépourvus
d’assurance santé. La réforme actuelle vise à remédier à
cette situation.
Grippe pro-Obama - Sylvio
LeBlanc
Alors que le président Obama peine à faire adopter sa
vaste et indispensable réforme du système de santé, la
pandémie de grippe A ( H1N1), qui inquiète six Américains
sur 10, pourrait changer la donne en sa faveur. Autant la
crise économique naissante à l’automne 2008 a facilité son
élection, autant la crise sanitaire qui s’annonce pourrait
l’aider à faire passer sa réforme. La récession fait perdre
chaque jour leur assurance à 14 000 Américains, dans un pays
où la couverture médicale est pourvue en grande partie par
l’employeur. Qu’est-ce que ce sera quand la pandémie
frappera de plein fouet? En plus de faucher des vies, elle
videra les écoles, fera grimper les taux d’absentéisme au
travail et du chômage. La pandémie pourrait faire de grands
dommages d’ici à ce que la réforme soit votée. Le cas
échéant, les électeurs insécurisés pousseront les élus
réticents à dire oui à la réforme Obama, sous peine de
n’être pas réélus.
Barack Obama persiste et signe
Malgré les doutes et les critiques, le président
garantit une réforme du système de santé cette année
«
Ce débat n’est pas un jeu pour ces Américains, et
ils ne peuvent attendre plus longtemps une réforme.
»
COLLABORATION SPÉCIALE
— Barack Obama est catégorique: la réforme du système de
santé des États-Unis deviendra réalité cette année,
malgré les doutes et les critiques croissants que
suscite le plus ambitieux chantier de sa présidence.
Le chef de la Maison-Blanche a fait cette prédiction
hier soir, au cours de sa quatrième conférence de presse
diffusée à une heure de grande écoute, sachant que
l’échec de son projet pourrait lui coûter très cher sur
le plan politique. Il a également promis que la réforme
de l’assurance maladie n’augmenterait pas le déficit du
gouvernement « pour la décennie à venir ».
En fait, selon le président, la réforme est cruciale à
l’effort de réduction du déficit et de relance
économique, un argument qui va au-delà du discours
traditionnel concernant les dizaines de millions
d’Américains non assurés.
« Si nous ne réduisons pas ces dépenses, nous ne
parviendrons pas à réduire notre déficit », a déclaré
Barack Obama au début d’une conférence de presse qui
aura été dominée par le dossier de la santé.
« Nous adopterons une réforme qui diminuera les coûts,
encouragera la liberté de choix et accordera une
couverture de santé sur laquelle tous les Américains
pourront compter. Et nous le ferons cette année »,
a-t-il ajouté.
Cet engagement ferme survient au moment où le soutien à
l’action du président Obama a diminué, notamment dans
les dossiers névralgiques de la santé et de l’économie,
selon les sondages. Le scepticisme croissant du public
est partagé au Congrès non seulement par les
républicains, mais également par certains démocrates
conservateurs, qui s’inquiètent du coût de la réforme –
estimé à plus de 1000 milliards de dollars – et de son
financement.
Le
président a tenté de rassurer les uns et les autres en
insistant sur l’impact positif qu’aura la réforme de la
santé sur le déficit, un jugement contesté. Il n’a
cependant pas voulu abandonner l’idée controversée de
soumettre les contribuables les plus riches à un impôt
supplémentaire de 1% à 5,4% pour financer une partie de
la réforme.
Il a également endossé la création d’un programme
d’assurance maladie géré par le gouvernement pour faire
concurrence aux assureurs privés, un autre projet qui
suscite une certaine opposition chez les démocrates
conservateurs et l’opposition certaine des républicains.
Le président a évidemment réservé ses commentaires les
plus critiques aux stratèges et parlementaires
républicains, qui disent vouloir « tuer » la réforme
afin de le « briser » sur le plan politique.
« Soyons clairs: ce n’est pas de moi qu’il s’agit,
a-t-il dit. J’ai une excellente assurance maladie, et il
en est de même pour chaque membre du Congrès. Ce débat
est le reflet des lettres que je lis chaque jour dans le
Bureau ovale et des histoires que j’entends dans les
réunions publiques… Ce débat n’est pas un jeu pour ces
Américains, et ils ne peuvent attendre plus longtemps
une réforme. Ils comptent sur nous pour accomplir cette
tâche. Et nous ne devons pas les laisser tomber. »
Le président a défendu son empressement à voir la
Chambre des représentants et le Sénat voter sur des
projets de réforme.
« Je suis pressé parce que je reçois chaque jour des
lettres de familles assommées par les coûts médicaux, et
elles me demandent de l’aide, a-t-il dit. Si on ne fixe
pas de dates butoir dans cette ville, rien n’arrivera.
La position de défaut est l’inertie. »
Avant la conférence de presse du chef de la
Maison-Blanche, la présidente de la Chambre des
représentants, Nancy Pelosi, avait indiqué qu’elle
disposait d’un nombre suffisant de voix pour adopter un
projet de réforme avant la pause parlementaire du mois
d’août. Le Sénat ne devrait cependant pas se prononcer
sur sa version avant le mois de septembre.
La santé, Waterloo d’Obama? -
Richard Hétu
Des
démocrates modérés et conservateurs ont également
exprimé des réticences à l’égard de la réforme.
Trois pas en avant, deux pas en arrière: voilà comment
progresse la réforme du système de santé des États-Unis
promise par Barack Obama, qui pourrait devenir la
réalisation la plus importante de sa présidence ou,
comme l’a souhaité un sénateur républicain la semaine
dernière, « son Waterloo ».
Les progrès sont indéniables. La semaine dernière, la
Chambre des représentants a présenté un plan détaillé
qui vise à diminuer les coûts, à fournir de meilleurs
soins et à améliorer le système d’assurance santé en
élargissant notamment la couverture à 97% des
Américains. Pour financer une partie de la réforme, dont
le coût s’élèverait à plus de 1000 milliards de dollars
en 10 ans, la Chambre prévoit un impôt supplémentaire de
1% à 5,4% pour les familles gagnant 350 000$ et plus.
Une autre partie du financement proviendrait des
économies réalisées grâce à la réforme.
T rois commissions de la Chambre ont déjà approuvé ce
projet, qui devrait être soumis au vote de l’ensemble
des représentants avant les vacances parlementaires
d’août. La commission de la santé du Sénat a également
donné son aval la semaine dernière à une autre version
de réforme.
Les progrès ne s’arrêtent pas là. La réforme du système
de santé jouit d’appuis importants à l’extérieur du
gouvernement, non seulement parmi la population, mais
également auprès des associations d’hôpitaux et de
médecins, entre autres, qui s’étaient élevées contre les
changements proposés par l’administration Clinton dans
les années 90.
Nombreux obstacles
Mais les obstacles ne manquent pas. Malgré la promesse
de Barack Obama de privilégier une approche bipartite
dans le dossier de la santé, les républicains se sont
unanimement opposés aux plans proposés par les
démocrates de la Chambre et du Sénat. Ils ont notamment
critiqué le coût de la réforme de même que la création
d’une assurance maladie publique qui ait pour vocation
de concurrencer les assureurs privés.
Selon les républicains, un tel système serait le début
de la fin du système de santé privé aux États-Unis.
Des démocrates modérés et conservateurs ont également
exprimé des réticences à l’égard de la réforme. Ils ont
trouvé un allié de taille la semaine dernière en la
personne de Douglas Elmendorf, directeur du Bureau du
budget du Congrès, un organe législatif indépendant.
Après avoir étudié les projets de loi de la Chambre et
du Sénat, Elmendorf a conclu qu’aucun d’eux ne
parviendrait à contenir la hausse des coûts de la santé
publique, un des principaux objectifs de Barack Obama.
« Nous
ne voyons pas le type de changements fondamentaux
nécessaires pour réduire de manière significative la
trajectoire des dépenses de santé fédérale », a déclaré
Elmendorf.
Faisant allusion à cette conclusion, un groupe de six
sénateurs, dont trois démocrates, a envoyé vendredi une
lettre au chef de la majorité du Sénat, Harry Reid, lui
demandant de reporter à plus tard un vote prévu pour le
27 juillet sur un projet de réforme.
Les républ icains, dont le sénateur de Caroline-du-Sud
Jim DeMint, ne demandent pas mieux, souhaitant vivement
que ce vote n’ait pas lieu avant les vacances
parlementaires. Dans leur esprit, cette période de
relâche permettra aux Américains d’exprimer à leurs élus
leur opposition à la réforme du système de santé
proposée par les démocrates.
« Quand les sénateurs et les représentants reviendront
en septembre, ils auront peur de voter contre le peuple
américain », a déclaré le sénateur DeMint lors d’une
téléconférence avec des militants conservateurs la
semaine dernière.
« Cette question de la santé est le Jour J pour la
liberté aux États-Unis, a-t-il ajouté. Si nous sommes
capables de stopper Obama dans ce dossier, ce sera son
Waterloo. Cela le brisera. »
Danger manifeste
De toute évidence, Barack Obama est conscient du danger
auquel il fait face. Vendredi, lors d’un point de presse
à la MaisonBlanche, il a insisté sur la nécessité de ne
pas relâcher les efforts pour réformer le système de
santé.
« Ce n’est pas le moment de ralentir, a-t-il dit. Au
cours des dernières semaines, nous avons établi un
consensus (sur la réforme) jamais vu dans ce pays. Nous
devons maintenant franchir la ligne d’arrivée », a-t-il
ajouté, tout en se disant « absolument convaincu » que
la réforme sera adoptée cette année.
Peu après, la Maison-Blanche a créé un précédent en
annonçant sur sa page Twitter que le président donnerait
une conférence de presse télévisée mercredi à une heure
de grande écoute. La réforme du système de santé sera
évidemment au menu.
ÉTATS-UNIS Contretemps à la réforme
Le
président Barack Obama a subi hier un sérieux
contretemps dans sa vaste entreprise de réforme du
système de santé américain quand les dirigeants du
Sénat ont dit ne pas en être en mesure de voter sur un
texte avant les vacances parlementaires d’août. M.
Obama avait donné aux deux chambres du Congrès
jusqu’aux vacances d’été pour voter chacune sur les
versions initiales d’une réforme. Elles devaient
tâcher ensuite de s’entendre sur un texte commun à
leur retour en session.
RÉFORME DE LA SANTÉ Obama en mode séduction
CHICAGO —
Le président Barack Obama a mené, hier, une entreprise
de séduction auprès des médecins américains pour vaincre
leurs réticences envers une réforme du système de santé
sans laquelle l’économie risque, selon lui, de connaître
le sort de l’industrie automobile.
M. Obama est engagé dans une vaste campagne pour faire
adopter une telle réforme par le Congrès avant fin 2009.
Les médecins, lobby influent, disposent dans l’affaire
d’un pouvoir considérable et M. Obama s’est employé à
les rallier en prenant la parole, à Chicago, devant
l’American Medical Association, leur plus grande
organisation.
M. Obama a dressé un parallèle avec General Motors, l’ex
numéro un de l’automobile qui vient de déposer son
bilan, soulignant qu’une grande partie des problèmes du
constructeur venait du coût de la couverture maladie
payée à ses salariés.
« Si nous ne réparons pas notre système de santé,
l’Amérique pourrait bien prendre le même chemin que GM:
payer toujours plus, recevoir toujours moins en retour
et se retrouver fauché », at-il dit.
M. Obama a dénoncé un système dans lequel des millions
d’Américains ne peuvent plus se permettre d’avoir une
assurance maladie parce qu’elles sont hors de prix, où
des entreprises sont forcées de licencier ou de fermer à
cause du prix de la couverture de leurs salariés et où
l’État, déjà confronté à des déficits records, risque de
devoir bientôt payer autant pour couvrir les personnes
âgées et les handicapés que pour la défense du pays.
L’explosion des coûts constitue « une bombe à
retardement pour le budget fédéral », a-t-il dit.
Il veut réduire les dépenses tout en étendant la
couverture santé aux 46 millions d’Américains qui en
seraient dépourvus (environ 15% de la population).
Il veut améliorer la qualité d’un système privilégiant
la quantité des interventions à la qualité : la réforme
« réduira le nombre des erreurs médicales qui causent
100 000 morts inutiles chaque année dans nos hôpitaux »,
a-t-il dit.
Les parlementaires travaillent à un projet à soumettre à
M. Obama. Une telle réforme est une entreprise sur
laquelle l’ancien président Bill Clinton s’est cassé les
dents.
L’opposition républicaine voit là une occasion
d’attaquer la popularité de M. Obama et ses amis
démocrates en vue des élections de mi-mandat de 2010;
ils dénoncent une « socialisation » de la médecine qui
va encore aggraver les déficits.
M. Obama a répliqué sèchement: « Quand vous entendez les
partisans du non prétendre que j’essaie d’instaurer une
médecine gérée par l’État, sachez ceci: ils ne disent
pas la vérité. »
Obama s’attaque à l’hydre de la santé
UNE
COUVERTUREMÉDICALE POUR TOUS
— Le président Barack Obama a mis tout son poids hier
derrière une réforme du système de santé, un grand
projet censé offrir une couverture médicale à des
dizaines de millions d’Américains, mais aussi une
entreprise ardue et politiquement dangereuse.
C’est un projet sur lequel l’ancien président Bill
Clinton s’est cassé les dents dans les années 90. George
W. Bush s’est contenté de retouches.
M. Obama, lui, veut faire adopter la réforme avant fin
2009, dès sa première année.
« Nous avons atteint un point où ne rien faire devant le
coût du système de santé n’est plus possible. Le statu
quo est intolérable », a-t-il dit à Green Bay, une
localité exemplaire, selon la Maison-Blanche, dans la
maîtrise des dépenses pour des prestations adaptées.
« Nous
avons le système de santé le plus onéreux au monde. Nous
dépensons presque 50% de plus par personne pour la santé
que le deuxième pays le plus cher. Le problème, c’est
que nous ne nous portons pas mieux pour autant », a-t-il
dit lors d’une réunion publique.
M. Obama compte tenir deux promesses : offrir une
couverture aux 46 millions d’Américains qui en seraient
dépourvus (environ 15% de la population); contribuer à
réduire les déficits de moitié d’ici à 2013 en diminuant
des dépenses de santé qui, au rythme actuel, absorberont
dans dix ans un cinquième de la richesse nationale selon
lui, pour des prestations en dégradation constante.
Mais il s’attaque à une hydre qui a participé à la
défaite des alliés démocrates de M. Clinton aux
élections de 1994.
À nouveau, leurs adversaires républicains dénoncent une
socialisation du système.
M. Obama a toutefois décidé de procéder différemment de
M. Clinton. Il a engagé une vaste concertation pour
tenter de rallier les parties prenantes (politiques,
médecins, assurances, etc.) en amont et s’en remet aux
parlementaires pour rédiger la loi.
Santé : Gare aux « horreurs » du système
canadien ! - RICHARD HÉTU
Réforme
de la santé aux États-Unis
La réforme doit contribuer à réduire les coûts des soins
médicaux et laisser aux Américains la liberté de choisir
leur couverture.
Depuis quelques jours, des centaines de milliers, voire
des millions de téléspectateurs américains font la
connaissance de Shona Holmes, une Ontarienne qui les met
en garde contre l’implantation chez eux d’un système de
santé inspiré de celui qui a cours au Canada.
« J’ai survécu à une tumeur au cerveau. Mais si je
m’étais fiée à mon gouvernement, je serais morte », dit
la jeune femme dans une publicité diffusée dans huit
États américains, dont la Virginie, la Louisiane et
l’Indiana.
« Je suis citoyenne canadienne, ajoute-t-elle en fixant
la caméra. Alors que ma tumeur au cerveau s’aggravait,
le système de santé de mon gouvernement m’a dit que je
devais attendre six mois pour voir un spécialiste. »
Mais tout est bien qui finit bien: comme elle l’explique
dans l’annonce, Shona Holmes a reçu un traitement
adéquat… aux États-Unis !
Cette pub de 30 secondes, financée par une fondation
américaine vouée à la défense de la libre entreprise,
n’est qu’un exemple parmi d’autres du dénigrement du
système d’assurance maladie canadien qui accompagne le
débat sur la réforme de la santé aux États-Unis.
Le groupe Conservatives for Patients’ Rights en fournira
un autre exemple aujourd’hui sur deux chaînes câblées
nationales et une chaîne locale de Washington, dans une
publicité de 30 minutes intitulée La fin des droits des
patients: les conséquences d’un système de santé géré
par le gouvernement. L’annonce mettra en vedette des
patients et des médecins du Canada et de Grande-Bretagne
qui décriront les « histoires d’horreur » des systèmes
de santé de leur pays respectif.
Cette pub sera diffusée à la veille du retour des
parlementaires américains à Washington, où ils doivent
s’atteler à la rédaction des textes de loi qui
concrétiseront la réforme du système de santé promise
par Barack Obama.
« Je pense que le statu quo est inacceptable et que nous
devons boucler la réforme cette année », a déclaré le
président américain jeudi dernier, lors d’un appel
téléphonique aux plus ardents suppor ters de sa campagne
présidentielle.
«
C’est notre plus grande chance de démontrer que le
mouvement que vous avez lancé durant la campagne n’est
pas fini. »
Les alliés démocrates du président à la Chambre des
représentants se sont engagés d’adopter d’ici à la fin
juillet une loi donnant à tous les Américains la
possibilité d’une couverture médicale. Depuis huit ans,
le nombre de personnes non assurées aux ÉtatsUnis est
passé de 38 millions à plus de 46 millions.
Deux grands principes
La réforme, qui sera également débattue au Sénat, devra
respecter deux autres grands principes fondamentaux,
selon le président : elle doit contribuer à réduire les
coûts des soins médicaux et laisser aux Américains la
liberté de choisir leur couverture.
Il n’est donc pas question de copier le modèle du voisin
du Nord. Mais la seule mention du système canadien peut
apporter de l’eau au moulin des adversaires d’une
réforme, a rappelé le stratège Frank Luntz dans une note
adressée récemment aux parlementaires républicains. «
Les histoires d’horreur du système de santé canadien ont
un impact, mais vous devez trouver une façon de les
incarner », a-t-il écrit, évoquant une stratégie que les
groupes opposés aux objectifs du président Obama ont
déjà adoptée dans leurs publicités télévisées.
Le stratège recommande également aux politiciens de bien
choisir leurs mots pour dénoncer le système de santé
canadien ou britannique. Voici donc ce que les élus
républicains devraient dire, selon Frank Luntz,
lorsqu’ils s’adressent à la population: « Dans les pays
où le gouvernement gère la santé, des politiciens
prennent VOS décisions enmatière de santé. ILS décident
si vous recevrez tel ou tel traitement, ou si vous êtes
disqualifié parce que le traitement est trop coûteux ou
parce que vous êtes trop vieux. Nous ne pouvons pas
avoir cela aux États-Unis. »
Les partisans de la réforme de santé n’ont évidemment
pas l’intention de céder tout le terrain à leurs
adversaires. Ils ont commencé à diffuser leurs propres
pubs, qui donnent le mauvais rôle aux compagnies
d’assurance plutôt qu’aux politiciens ou aux
bureaucrates. Ils auront également l’aide du chef du
Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui sera à
Washington demain pour parler des bienfaits du système
de santé canadien au WoodrowWilsonInstituteetdurant des
rencontres avec des membres de l’administration Obama et
des parlementaires américains.
« Une bataille est engagée sur les soins de santé
universels aux États-Unis et le NPD s’en mêle. J’espère
que vous nous appuierez », écrit la présidente du NPD,
Anne McGrath, dans un message où elle invite les
partisans du parti à faire un don pour appuyer « Obama
dans sa lutte pour les soins de santé universels ».
L’administration Obama rompt avec la «
guerre contre la drogue » - RICHARD HÉTU
Le nouveau
responsable appelle à l’abandon du slogan belliqueux
« Peu importe comment vous expliquez aux gens qu’il s’agit
d’une “ guerre contre la drogue” ou une “ guerre contre un
produit ”, les gens voient une guerre comme une guerre
contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les gens
de ce pays. »
— Mille neuf cent soixante-neuf : Richard Nixon, président
des États-Unis, déclare la « guerre à la drogue »,
s’inspirant d’un slogan appliqué à la pauvreté par son
prédécesseur, Lyndon Johnson. La formule servira à
plusieurs de ses successeurs pour résumer la politique
répressive du gouvernement fédéral à l’égard d’un problème
sans frontières.
D e u x mi l l e ne u f : G i l Kerlikowske, nouveau chef
de la lutte contre la drogue au sein de l’administration
Obama, appelle à l’abandon de l’analogie belliqueuse, la
considérant comme un obstacle à une gestion plus efficace
des problèmes reliés à la drogue.
« Peu importe comment vous expliquez aux gens qu’il s’agit
d’une " guerre contre la drogue" ou une " guerre contre un
produit", les gens voient une guerre comme une guerre
contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les gens
de ce pays », a déclaré Gil Kerlikowske lors d’une
entrevue publiée hier dans le Wall Street Journal, sa
première depuis sa nomination à ce poste, il y a un peu
plus de deux mois.
Kerlikowske, ex-chef de police de Seattle, n’est pas le
premier tsar de la drogue à prôner l’abandon de
l’expression « guerre à la drogue ». Un de ses
prédécesseurs, le général à la retraite Barry McCaffrey,
refusait également d’utiliser le slogan sous
l’administration Clinton. Mais ses politiques étaient
aussi répressives que celles de ses prédécesseurs.
Or, Kerlikowske incarne la promesse d’un changement
réel, selon Nathan Nadelmann, directeur général de la Drug
Policy Alliance, un groupe favorable à la dépénalisation.
« Nous allons voir des progrès significatifs sur les
principaux engagements du président Obama dans le dossier de
la drogue », a-t-il déclaré lors d’une entrevue
téléphonique. « Nous allons voir l’élimination de certains
programmes de la " guerre à la drogue" dont l’échec est
patent. Et nous allons voir une hausse importante des sommes
consacrées au traitement. L’accent ne sera plus mis
seulement sur l’incarcération. »
L’administration Obama avait déjà signalé de diverses façons
son intention de rompre avec la politique de
l’administration précédente à l’égard de la drogue. Elle a
notamment réclamé la fin de la disparité des peines pour
trafic de cocaïne en poudre et trafic de crack, son dérivé
peu coûteux. En vertu d’une loi adoptée en 1986, revendre un
gramme de crack expose à la même peine que revendre 100
grammes de cocaïne en poudre. Cette disparité apparaît non
seulement injustifiée, mais également raciste, dans la
mesure où le trafic du crack touche d’abord les Noirs.
L’administration démocrate a également annoncé la fin des
raids fédéraux dans les dispensaires de marijuana médicale
situés dans les 13 États où ceux-ci ont été légalisés. En
tant que candidat, Barack Obama a, d’autre part, promis de
lever l’interdiction au financement fédéral des programmes
d’échange de seringues.
Le virage de l’administration démocrate ne manquera pas de
soulever des vagues. Le sénateur républicain de l’Oklahoma,
Tom Coburn, s’est déjà inquiété de l’approche permissive de
Gil Kerlikowske à l’égard de la marijuana. Le chef du
syndicat de la police de Seattle a formulé la même critique,
faisant allusion à des secteurs de sa ville qui seraient
devenus des marchés de marijuana à ciel ouvert.
WASHINGTON La folle semaine du président
Assemblée générale de l’ONU, sommet sur le climat, G20,
réunion tripartite sur le ProcheOrient, rencontres
bilatérales multiples... Le président des États-Unis
Barack Obama, qui en a déjà plein les bras en politique
intérieure, sera cette fois mis à l’épreuve sur le front
diplomatique. Une folle semaine sur laquelle plane
également l’ombre de l’Iran.
WASHINGTON — La semaine qui s’ouvre s’annonce comme
celle du grand oral diplomatique pour Barack Obama,
véritable test de leadership pour un président américain
qui s’est engagé à « changer le monde».
Le
président
Barack Obama a mené hier une grande offensive
médiatique. Sur les grandes chaînes de télévision, il
a notamment défendu son projet critiqué de réforme de
la santé et s’est exprimé sur les sujets de l’heure en
matière internationale.
En quatre jours, il plongera la tête la première dans la
politique des Nations unies à New York , ava nt d’être
l’hôte d’un sommet du G20 consacré à la crise économique
à Pittsburgh. C’est donc le monde qui vient à lui, et
les attentes à son égard sont grandes.
À l’heu re où il bata ille ferme dans le dossier de la
réforme nationale de la santé, Barack Obama se retrouve
aussi sous pression sur la scène internationale : on lui
réclame de relancer le processus de paix au
Proche-Orient, de prouver que Washington est
sérieusement engagé dans la lutte contre le réchau
ffement climatique et d’être capable de fa i re face à
la menace nucléaire iranienne. Les Européens le poussent
en outre à agir contre les comportements à risque des
financiers américains.
Sans compter le poids des deux guerres héritées de son
prédécesseur : l’Irak, dont il se désengage, et surtout
l’Afghanistan, où il a dépêché des renforts avant de
prendre du recul pour décider de la suite, pris entre
l’aggravation du conflit et les appels au retrait qui se
multiplient.
Discours attendu à l’ONU
«Le leadership, ce n’est pas seulement de dire aux gens
ce que vous voulons, comme l’a découvert
l’administration Bush. Le leadership, c’est de réussir à
faire faire aux gens ce que vous voulez qu’ils fassent»,
résume Jon Alterman, ancien responsable du département
d’État sous George W. Bush et spécialiste du
Proche-Orient au Center for Strategic and International
Studies (CSIS).
Obama le tribun est très attendu pou r son premier
discours, mercredi, devant les 192 membres de
l’Assemblée générale, qui devrait donner le ton de ce
leadership, fondé sur une nouvelle coopération
multilatérale dans laquelle chacun prend ses
responsabilités.
Pendant cette Assemblée générale, ce sont les ÉtatsUnis
qui assureront la présidence tournante du Conseil de
sécu rité : du coup, fa it exceptionnel, Obama deviendra
le premier président américain à présider le Conseil
pour une session spéciale sur le désarmement et la
nonprolifération. Il compte en émerger muni d’une
résolution susceptible de porter son ambition de
dénucléarisation mondiale et de faire monter la pression
sur l’Iran et la Corée du Nord.
Il prendra aussi la parole au sommet sur le climat
organisé par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon
pour marquer les esprits en vue du sommet de Copenhague,
en décembre, où doit se négocier un nouveau traité
mondial destiné à succéder au protocole de Kyoto.
Outre
ces discours sous les projecteurs, il y aura, encore
plus important, les rencontres qu’on ne voit pas. Dès
aujourd’hui, Barack Obama doit rencontrer en privé les
dirigeants de la Russie, de la Chine et du Japon, à New
York.
Inquiétudes du G20
Déjà un habitué des grands pow-wow i nternationau x,
moins d’un an après son arrivée à la Maison-Blanche, il
s’apprête ensuite à présider le G20 de Pittsburgh, son
deuxième sommet du genre consacré à la crise. Mais il
risque d’y contrarier ses interlocuteurs, mécontents de
l’absence d’action américaine en matière de régulation
financière et de primes aux banquiers, malgré ses
pressions sur Wall Street.
« Il y a une très forte inquiétude que les leçons
n’aient pas été tirées » aux États-Unis, note Heather
Conley, en charge de l’Europe au CSIS.
Le calendrier de la semaine sera aussi fonction de
l’actualité des derniers jours. Dans le dossier
proche-oriental d’abord.
Malgré le « chou blanc » de l’émissaire spécial George
Mitchell, de retour d’une tournée infructueuse, et le
peu d’optimisme sur un déblocage, M. Obama sera l’hôte
d’une rencontre tripartite demain avec le premier
ministre israélien Benjamin Nétanyahou et le président
de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
La Chine est quant à elle furieuse d’avoir été pénalisée
pour violation des règles commerciales en matière
d’exportation vers les États-Unis, geste qui laisse
craindre un réveil du protectionnisme américain.
Dossier iranien
En revanche, Washington a ravi Moscou en remisant au
placard le projet de bouclier antimissile européen de
son prédécesseur, sans que l’on sache exactement encore
ce que la Russie pourrait avoir accepté en échange.
Peut-être de j ouer de son inf luence auprès de Téhéran
?
Car sur cette folle semaine pla ne l ’o m br e de l’ I
ran. Hillary Clinton a signalé que sa patience avait des
limites et exhorté Téhéran à bouger da ns le dossier
nucléa ire. Seule réponse du président Mahmoud
Ahmadinejad avant son arrivée à l’Assemblée générale,
vendredi: il a une nouvelle fois remis en question la
réalité de l’Holocauste et l’existence d’Israël. Les Six
s’apprêtent à participer à une nouvelle conférence, le
1er octobre, avec le régime iranien.
Hu Jintao et Obama plaident pour plus de
coopération
VISITE
OFFICIELLE DU PRÉSIDENT AMÉRICAIN EN CHINE
PÉKIN — Pour sa première visite officielle en Chine,
le président américain Barack Obama et son homologue
chinois Hu Jintao ont dialogué en privé plus de deux
heures, hier, à Pékin. Au cours de ces discussions,
ils ont trouvé des points de convergence, comme le
dossier nucléaire iranien et le climat, sans éluder
les sujets de tension récurrents tels que les droits
humains et le Tibet.
PHOTO REUTERS
Barack
Obama
a passé en revue, hier, la garde d’honneur devant le
Grand Hall du Peuple, qui borde la place Tiananmen,
à Pékin.
« Les relations entre nos deux pays se situent au-delà
d’un seul sujet », a estimé Barack Obama lors d’une
conférence de presse aux côtés de son homologue
chinois Hu Jintao.
Les deux chefs d’ État ont évoqué en termes audacieux
les relations entre les deux puissances, soulignant
leur coopération en économie, sur le changement
climatique, l’énergie et les dossiers nucléaire
iranien et nord-coréen.
Le président Obama a tenu à mettre l’accent sur les
intérêts communs des deux pays. « Je ne crois pas que
le succès d’un pays doit se faire aux dépens d’un
autre. » Et de marteler que leurs relations sont «
positives et complètes ».
Cependant, le président américain a évoqué les droits
humains, répétant qu’ils étaient universels et
devaient être respectés par tous. Ils ont d’ailleurs
fixé une date pour s’entretenir sur la question des
droits humains l’année prochaine, une des questions
sur laquelle Washington et Pékin lesquelles divisés.
Ainsi, Hu Jintao a appelé les États-Unis à respecter
les « intérêts propres » de la Chine, une notion
faisant référence à la fin du soutien à Taiwan et au
dalaï lama, le leader tibétain en exil.
Si
Barack Obama a reconnu que le Tibet était une partie
de la Chine, il a exhorté Pékin à reprendre le
dialogue avec les émissaires du dalaï lama.
À la fin de leurs entretiens au Grand Hall du Peuple,
qui borde la place Tiananmen, les deux hommes ont
également évoqué les tensions sur le terrain
économique, le président américain déclarant que la
Chine avait aidé les ÉtatsUnis à sortir de la pire
récession de cette génération.
Sur les sujets internationaux, le président Barack
Obama a prévenu qu’il y aurait des conséquences si
l’Iran ne démontrait pas que son programme nucléaire
est « pacifique et transparent ».
« L’Iran a l’occasion de présenter et de démontrer ses
intentions pacifiques, mais s’il ne profite pas de
cette opportunité, i l en subira les conséquences », a
lancé Barack Obama.
Washington a besoin de Pékin, partenaire économique
important de l’Iran, pour accentuer la pression
internationale afin que Téhéran abandonne son
programme nucléaire.
Le président chinois n’a pas précisé quel type de
conséquences affronterait l’Iran, mais a souligné
l’importance de la négociation.
USA : 680 MILLIARDS: BUDGET RÉDUIT POUR
LA DÉFENSE
Le
président américain Barack Obama a approuvé hier un
budget militaire pour 2010 doté de 680 milliards de
dollars, affirmant que sa volonté de mettre fin aux
gaspillages du ministère de la Défense montrait qu’une
autre politique était possible à Washington. «J’ai
toujours rejeté l’idée selon laquelle nous devrions
forcément gaspiller les milliards de dollars du
contribuable américain pour assurer la sécurité de notre
pays», a dit Barack Obama, avant de promulguer la loi de
programmation budgétaire du ministère de la Défense lors
d’une cérémonie à la Maison-Blanche. Le texte contient
en outre une augmentation de la paie des militaires de
3,4%. Il comprend également 6,7 milliards de dollars
pour le financement de véhicules résistant aux mines. En
outre, 7,5 milliards sont prévus pour entraîner et
équiper l’armée et la police afghane.
Les Américains demandent, les Russes écoutent
- Judith LaChapelle
La
secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a
discuté hier avec les dirigeants russes des pressions
à mettre sur l’ Iran qui développe son propre
programme nucléaire. Mais dans ce dossier, comme dans
le cas d’une aide en Afghanistan, les Russes « ti
REntendons-nous bien , quand les Russes disent que les
sanctions sont inévitables, ça ne veut pas dire qu’ils
y participeront. I l s sont extrêmement réticents à
aller t rès loin là-dessus. Mais c e s e r a i t u n s
uccès diplomatique considérable si l eu r s bonnes r
elat i ons ave c l ’ I r a n per mett a i e nt de t
rouver une solution de c o mprom i s . J e p r é s u
me que les Russes ont dit aux Américains : avant d’en
arriver là, il faudrait négocier.
PHOTO REUTERS
Le
président
russe Dmitri Medvedev a rencontré hier la secrétaire
d’État américaine Hillary Clinton à son arrivée à
Moscou.
RC ’e
s t considérable pour les Russes. L’autre grosse pomme
de discorde, qui se règle par la force des choses, est
l’adhésion de la Géorgie et de l ’ Ukraine à l’OTAN,
qui a été renvoyée aux calendes grecques. Les Russes s
e montrent donc davantage disposés à coll aborer sur l
’A fgha nista n, en ouvrant l ’espace aérien et
terrestre pour le t ra nsit de matériel militaire
américain. C’est très i mportant pour les États-Unis,
à cause de la situation incertaine au Pakista n. Et
selon Robert Gates, cela représente des économies de
quelque 700 millions de dollars dans le budget
militaire américain. Non. Ce que les Russes disent sa
ns le d i re, parce qu’ils sont en bons termes avec
les États-Unis, c ’e s t : vous avez protesté du bout
des lèv res quand l’ I nde et le Pakistan se sont
dotés de l ’a r me nucléaire, mais quand i l s ’agit
d’un État avec lequel vous n’avez pas de bonnes
relations, il faut l’empêcher au nom de la
non-prolifération. L’ I ran est u n pa rtenaire de la
Russie. I l s y vendent des armes, ils construisent
une centrale nucléaire à des fins paci f i ques. Ce s
ont deu x producteurs gaziers qui collaborent. L’idée
d’un I ra n nucléaire les dérange, mais les gêne i
nfiniment moins que les Américains. En ce moment, les
Russes tien nent u n peu l a d r a gée haute au x A
méric a i ns . I l s l e u r ont demandé d’aba ndonner
le bouclier a nti missile et i l s o n t o b t e nu s
a t i s f a c t i o n . Les Américains vont l eur
demander une collaboration sur l’ I ran et
l’Afghanistan.
RTous les dirigeants américains se font un point
d’honneur d’aller rencontrer des opposa nt s e n
Russie pour leur donner un soutien moral. Mais Obama a
tenu un discours en rupture avec Bush en disant que
les ÉtatsUnis sont pour la démocratie, mais que ce
n’est pas à eux de l’exporter.
Le Canada et les États-Unis forment une «
famille » - Vincent Brousseau-Pouliot
L’ambassadeur d’Obama au Canada livre son premier
discours au Québec
« B o nj o u r mesda mes e t messieurs! »
David Jacobson, avocat de
Chicago, a été vice-président des finances de la
campagne présidentielle de Barack Obama.
En commençant son discours avec quelques mots en
français, le nouvel ambassadeur des États-Unis au
Canada, David Jacobson, a réussi sa rentrée
diplomatique en sol québécois. L’avocat de
Chicago, qui a été vice-président des finances de
la campagne présidentielle de Barack Obama, a
livré son premier discours au Québec hier matin
lors d’une conférence du Conseil des affaires
canadoaméricaines, au centre-ville de Montréal. «
Mon fils étudie à l’Université McGill, alors je
vais accepter toutes les invitations à Montréal au
cours de mon mandat », dit-il.
Sur un ton rassurant, l’ambassadeur s’est engagé à
ne pas rouvrir l’Accord de libre-échange
nord-américain ( ALENA). « Nous n’avons aucun
intérêt à renégocier l’ALENA, dit-il. Peut-être
pourrions-nous tout au plus faire quelques
ajustements au chapitre de l’environnement et du
droit du travail. Mais fondamentalement, l’ALENA
fonctionne. »
David Jacobson a aussi réitéré le souhait de
l’administration Obama de trouver une solution au
différend entre les deux pays sur la clause Buy
American. Cette clause exclut les entreprises
canadiennes du processus d’attribution des
contrats des États américains et des villes
américaines en vertu du plan de relance
économique. « Nous comprenons bien les inquiétudes
du Canada, dit David Jacobson. Chaque élu que j’ai
rencontré depuis ma nomination m’en a parlé,
chaque journaliste à qui j’ai donné une entrevue
aussi. Le président Obama croit beaucoup au
libre-échange, et il y a des discussions parmi des
membres supérieurs des deux administrations afin
de résoudre cette question. »
Au
cours d’un discours d’une quinzaine de minutes
prononcé sur un ton conciliant, l’ambassadeur des
États-Unis a souligné les liens très forts
unissant le Canada et son pays. « Ce qui peut
sembler extraordinaire pour d’autres pays semble
ordinaire pour nos deux pays, dit-il. Nous ne
sommes pas seulement des voisins ou des amis
proches, nous faisons partie de la même famille.
Nous avons toujours été là l’un pour l’autre. »
David Jacobson a rappelé les liens économiques
entre les deux pays, vantant notamment la capacité
énergétique du Canada. « Le Canada est notre plus
grand fournisseur d’énergie, en plus d’être le
plus sécuritaire et le plus fiable, dit-il. Les
sables bitumineux sont la plus grande réserve de
pétrole au monde qui n’appartient pas à un État. »
L’ambassadeur de 57 ans a toutefois averti son
auditoire canadien: les États-Unis n’hésiteront
pas de temps à autre à faire connaître leurs
divergences sur certains dossiers commerciaux,
notamment le respect des droits d’auteur. En avril
dernier, Washington a placé son voisin du Nord sur
une liste de pays qui ne réprimaient pas
suffisamment le piratage. Le Canada est le seul
pays occidental sur cette liste.
David Jacobson, qui prononçait hier son deuxième
discours au pays depuis sa nomination, a déjà
rencontré le premier ministre du Québec, Jean
Charest, deux fois en privé. Il compte visiter les
10 provinces du pays d’ici la fin de novembre.
Le ton change au 490, Sussex Drive -
Alexandre Sirois
Entrevue avec David Jacobson, nouvel ambassadeur des
États-Unis à Ottawa
Les deux ambassadeurs américains à Ottawa nommés par
George W. Bush ne faisaient pas toujours dans la
dentelle. Paul Cellucci et David Wilkins n’ont jamais
hésité à casser du sucre sur le dos des leaders
politiques canadiens.
PHOTO SEAN
KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Le
nouvel
ambassadeur des États-Unis au Canada, David
Jacobson, affirme que le président Obama s’attend à
ce qu’il transmette son message d’espoir et de
changement aux Canadiens. «Il y a bien sûr plusieurs
moyens de le faire, mais je pense que l’aspect le
plus fondamental de mon travail, c’est ça», dit-il.
En poste depuis la semaine dernière, le nouvel
ambassadeur des États-Unis, David Jacobson, promet
pour sa part une relation constructive. Le mot d’ordre
de cet ami personnel de Barack Obama : chercher un
terrain d’entente lorsqu’il y a des différends.
M. Jacobson était de passage cette semaine à Montréal.
Il a entamé, avec cette visite du Québec, un périple
de six semaines dans les dix provinces canadiennes. Il
nous a accordé une entrevue exclusive. Le changement
de ton à Washington vat-il aussi se refléter à Ottawa?
Q La
Presse : Quel rôle Barack Obama souhaite-t-il vous
voir jouer au Canada? R David Jacobson : Je pense que
je vais avant tout tenter de transmettre le message
d’espoir et de changement du président aux Canadiens.
Il y a bien sûr plusieurs moyens de le faire, mais je
pense que l’aspect le plus fondamental de mon travail,
c’est ça. Q Vous
n’ê t es pas i s s u du milieu de l a diplomatie. Quel
est selon vous le rôle d’un ambassadeur ? R Une de mes
responsabilités est d’expliquer au gouvernement
canadien – et, plus important encore, au peuple
canadien – les prises de position de mon pays et de
son gouvernement. Et je pense que mon expérience
d’avocat sera très importante à ce chapitre.
Une autre est de tenter de comprendre le mieux
possible ce que les Canadiens et leurs leaders pensent
pour ensuite tenter de l’expliquer à Washington.
Enfin, ma responsabilité est de me lever le matin et
de me coucher le soir en pensant à la relation entre
les États-Unis et le Canada dans son ensemble. Q La
façon
dont vos prédécesseurs concevaient leur rôle
critiquiez vous aussi le premier ministre du Canada ?
R Il y a des moments, au c ou r s d ’ u ne r el a t i
on , où vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur
tout. C’est i névitable lorsqu’on parle de deux pays
souverains et d’une relation aussi profonde et
complexe que celle entre le Canada et les États-Unis.
J’aimerais croire, cependant, que nous pouvons aborder
ces différends d’une manière constructive. en a choqué
plus d’un au Canada. Paul Cellucci avait par exemple
dit être déçu et choqué que le Canada ne déclare pas
la guerre à l’Irak. David Wilkins a pour sa part
critiqué le premier ministre Paul Martin, quand
celui-ci a reproché aux États-Unis de ne pas avoir
signé le protocole de Kyoto. Doit-on s’attendre à ce
que vous Q Doit-
on comprendre que vous allez probablement faire preuve
de plus de circonspection que vos prédécesseurs ? R
Mes deux prédécesseurs étaient de bons employés du
service public et ont fait du bon travail. Je ne vais
les critiquer d’aucune façon. Je ne connais pas les
faits et les circonstances qui les ont poussés à dire
ce qu’ils ont dit. Tout ce que je peux vous offrir,
c’est ma vision des choses. Et je pense que ce que
j’ai appris à ce sujet, je le tiens du président.
C’est que vous devez toujours tenter de trouver un
terrain d’entente dans toute relation. Q Parlons
maintenant des enjeux les plus importants. La semaine
dernière, des journalistes ont affirmé qu’une entente
qui exclurait le Canada de la clause Buy American (qui
se trouve dans le plan de relance économique du
gouvernement des États-Unis) serait imminente... R Je
ne sais pas où le journaliste a obtenu ses
informations, mais ce que je peux vous dire, c’est
qu’il n’y a pas d’entente pour l’instant. Il y a eu
plusieurs discussions dans ce dossier et les deux
parties ont dit que les pourparlers étaient
constructifs. Je peux maintenant participer à ces
discussions et j’ai l’intention de les faciliter. J’ai
espoir que nous pourrons trouver une solution. Q
L’Afghanistan
pourrait être l ’enjeu l e plus i mportant de votre
mandat. Jusqu’ici, votre président a été trop
diplomate pour nous demander de prolonger notre
mission (au-delà de 2011) dans ce pays. Allez-vous le
faire à sa place? R Je vais vous dire la même chose
que ce que le président a dit quand il a rencontré le
premier ministre Harper à Washington. Nous veillons
avant tout à ce que les troupes canadiennes et
américaines en Afghanistan travaillent de la façon la
plus efficace possible pour atteindre nos buts communs
en 2009 et en 2010. Q Barack
Obama vient d’obtenir le prix Nobel de la paix « pour
ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la
diplomatie internationale et la coopération entre l es
peuples ». Vous êtes l ’un de ses amis. Qu’est-ce qui
le motive ? Qu’est-ce qui est à la source de ses
efforts ? R En premier lieu, son idée centrale selon
laquelle vous devez respecter les autres et tenter de
les traiter avec le même respect et la même dignité
avec lesquels vous voudriez qu’on vous traite.
Ensuite, son principe de base: nous devons mettre
l’accent sur les choses qui nous unissent plutôt que
sur celles qui nous divisent. Q Le
prix signifie par-dessus tout qu’on approuve sa
politique étrangère. Vous contribuez à cette
politique. Ne croyez-vous pas que les attentes seront
dorénavant trop élevées ? R Il fait face à des
problèmes et à des choix extrêmement difficiles, mais
je ne pense pas que les attentes des gens vont devenir
irréalistes. Les défis qu’il devra surmonter, comme il
l’a dit souvent, sont complexes. Et je ne pense pas
que le prix Nobel va les rendre plus faciles ou plus
difficiles à surmonter.
Dégel américano-russe - Jocelyn Coulon
M.
Obama remporte une belle victoire avec l’adoption par
l’ONU d’une résolution sur la non-prolifération
nucléaire
L’équipe Obama a compris qu’il était préférable
d’avoir la Russie à ses côtés.
Le président américain Barack Obama vient de remporter
une belle victoire au Conseil de sécurité de l’ON U.
Sa diplomatie d’ouverture a mené à l’adoption hier
d’une résolution sur la non-prolifération nucléaire.
PHOTO KEVIN LAMARQUE,
REUTERS
Face
notamment
au nucléaire iranien et nord-coréen, à l’enlisement
du processus de paix israélo-palestinien, et aux
conséquences de la crise économique, Barack Obama
estime qu’il était préférable d’avoir la Russie du
président Dmitri Medvedev (à gauche) à ses côtés.
À Pittsburgh aujourd’hui, dans le cadre de la réunion
des leaders du G20, il n’aura sans doute pas la même
chance, les divergences sur la relance économique
brouillant une entente entre pays occidentaux. Mais
les leaders du G20 pourront saluer un développement
bien concret dans les relations internationales, le
dégel américano-russe, dégel fondamental pour la
gestion des questions de paix et de sécurité mondiales
et qui porte maintenant ses fruits.
C’est bien Barack Obama qui a pris l’initiative de
relancer les relations entre les États-Unis et la
Russie en annulant le déploiement en Europe de l’Est
d’éléments d’un bouclier antimissile aussi inutile que
provocateur envers Moscou.
Contrairement aux affirmations de l’administration
Bush, les éléments de ce bouclier, dont on prévoyait
l’installation en Pologne et en République tchèque en
2015, n’ont jamais été destinés à contrer la menace de
missiles iraniens de longue portée. Celle-ci est
inexistante. Ils étaient – du moins c’est ce qu’on a
tenté de nous faire croire – d’abord et avant tout
conçus comme une garantie au lien de sécurité entre
ces pays et les États-Unis.
Mais cette garantie n’était qu’un écran destiné à
masquer les véritables capacités de ces éléments du
bouclier, comme l’a révélé un général américain : la
surveillance en profondeur du territoire russe. Le
gouvernement russe ne s’y était pas trompé en
protestant furieusement contre ce qu’il qualifiait de
nouvelle déma rche d’encerclement.
L’équipe Obama a pris la bonne décision. Elle a
compris que, face au nucléaire iranien et nord-coréen,
à l’enlisement du processus de paix
israélo-palestinien, à la nécessité d’éviter des
frictions inutiles au sujet de l’Ukraine et de la
Géorgie et aux conséquences de la crise économique, il
était préférable d’avoir la Russie à ses côtés.
Le
premier dossier où Washington a besoin de la
coopération de la Russie, mais aussi de la Chine et
des autres puissances, est celui du nucléaire. Hier,
lors d’une réunion exceptionnelle des chefs des 15
États membres du Conseil de sécurité, le président
Obama a fait adopter une importante résolution sur le
Traité de non-prolifération des armes nucléaires grâce
au soutien russe.
Cet instrument visant à combattre la prolifération de
la bombe atomique n’a pas tenu tous ses engagements.
Au x cinq puissa nces nucléa ires reconnues par le
traité s’est ajouté un club d’États non reconnus par
le traité – le Pakistan, l’Inde, Israël et la Corée du
Nord – auquel l’Iran pourrait bientôt se joindre. Si
rien n’est fait pour stopper ce processus, Washington
et d’autres capitales craignent un effet en cascade
auprès d’autres pays désireux d’acquérir l’arme
ultime.
La Russie aide présentement l’Iran à construire ses
installations nucléaires civiles, d’où l’impérieuse
nécessité de Washington d’obtenir sa coopération afin
de convaincre le régime à Téhéran de renoncer aux
aspects militaires. Le président russe Dmitri Medvedev
vient de donner son accord à des nouvelles sanctions
contre Téhéran. Les négociations qui vont s’engager le
1er octobre entre toutes les parties sont, selon
certains spécialistes, la dernière chance de conclure
un accord diplomatique afin d’éviter une escalade
militaire.
Le deuxième dossier porte plus largement sur les
relations de sécurité entre la Russie et le monde
occidental. Au cours des huit dernières années,
celles-ci se sont dégradées, malgré une collaboration
exemplaire sur la lutte au terrorisme. Toutefois, la
guerre en Irak, l’expansion de l’OTAN aux frontières
de la Russie et le conflit entre celle-ci et la
Géorgie l’an dernier ont empoisonné l’atmosphère.
Trois personnages clés ont joué et jouent un rôle dans
le présent dégel américano-russe : le secrétaire
américain à la Défense, Robert Gates – déjà en place
dans les derniers deux ans de l’administration Bush –,
le nouveau secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh
Rasmussen, et le président russe Dmitri Medvedev.
Chacun à sa manière pousse au réchauffement et on
devrait assister à une plus grande coopération entre
la Russie et les États-Unis au cours des prochains
moins.
Désarmement nucléaire : Sommet exceptionnel à l’ONU
- AGNÈS GRUDA
Dans
un geste qualifié d’historique, le Conseil de sécurité
a adopté hier une résolution par laquelle il s’engage
à «poursuivre un monde plus sûr et à créer des
conditions pour un monde sans armes nucléaires».
PHOTO JIM WATSON, AFP
La
secrétaire
d’État Hillary Clinton échange avec le chef de
cabinet de la Maison-Blanche, Rahm Emanuel, au cours
de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui a
adopté hier la résolution 1887.
Cette résolution, pilotée par le président Barack
Obama, a exigé des mois de négociations. Elle appelle
les États signataires du Traité de non-prolifération
nucléaire (TNP) à respecter leurs obligations, et
enjoint aux autres pays dotés de l’arme atomique
d’adhérer rapidement à cet accord international.
Le Conseil de sécurité appelle aussi l’ensemble des
États à s’engager dans des négociations visant à
réduire leurs arsenaux nucléaires. À abandonner tout
essai nucléaire. Et à négocier dès que possible un
nouveau traité interdisant la production de matériaux
fissiles à des fins militaires.
C’est un premier pas «vers un monde sans armes
nucléaires», s’est réjoui hier le président Obama.
Cette résolution « extrêmement importante » relance le
processus de désarmement qui s’était effiloché dans
les années 90, souligne le politicologue Frédéric
Mérand, du Groupe interuniversitaire d’étude et de
recherche sur la sécurité internationale, à Montréal.
Pour la première fois depuis sa création, la séance du
Conseil de sécurité était présidée par un président
américain. En soi, c’est «hautement symbolique», dit
Frédéric Mérand. Et le symbole est d’autant plus fort
que la résolution votée à l’unanimité hier valide la
démarche de désarmement nucléaire que Barack Obama a
lancée en avril, à Prague.
Fait à
souligner, le président des États-Unis a cueilli hier
les fruits diplomatiques de l’abandon du projet de
bouclier antimissile, que l’administration de George
W. Bush prévoyait installer en République tchèque et
en Pologne.
La Russie était fortement opposée à ce projet, qu’elle
voyait comme une menace potentielle dirigée contre son
territoire. La mise au rancart du projet avait été
accueillie avec un soupir de soulagement à Moscou.
Et il y a quelques jours, le président russe Dimitri
Medvedev a renvoyé l’ascenseur à son homologue
américain, en se disant ouvert à d’éventuelles
sanctions contre l’Iran – État que l’on soupçonne de
vouloir se doter de l’arme nucléaire sous couvert de
projets civils.
Ce changement de cap marque un déblocage significatif
entre les deux pays qui possèdent 90% des armes
nucléaires de la planète: la Russie et les États-Unis.
«Le projet de bouclier antimissile encourageait
carrément la Russie à relancer son programme
nucléaire», dit Frédéric Mérand.
La résolution, qui porte le numéro 1887, a exigé
quelques contorsions diplomatiques. Afin de ne pas
froisser la Chine, elle ne mentionne pas directement
l’ I ran, pas plus qu’elle ne nomme la Corée du Nord,
autre pays qui aspire à faire partie du club
nucléaire.
La résolution d’hier est toutefois loin de conduire
directement à un monde sans armes atomiques,
avertissent les sceptiques. Obama se fait des
illusions sur la probabilité que cette résolution
entre réellement en vigueur, et il «exagère ses
potentielles retombées positives», met en garde Henry
Sokolski, du Non Proliferation Policy Education
Center, cité par le Washington Post. Comme d’autres
critiques, celui-ci croit que Barack Obama mise trop
sur des traités qui pourraient ne pas être ratifiés
avant plusieurs années.
Obama appelle à la coopération - Richard
Hétu
Le
président américain parle d’une « nouvelle ère » pour
la communauté internationale
NEW YORK — Les États-Unis sont prêts à entamer « une
nouvelle ère de coopération », a annoncé Barack Obama
hier devant l’Assemblée générale de l’ONU, tentant de
tirer un trait sur l’unilatéralisme qui a caractérisé
la politique étrangère de l’administration Bush.
PHOTO DON EMMERT,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le
discours
du président Obama lui a valu de nombreux
applaudissements parmi des délégués habitués à
l’unilatéralisme de l’administration Bush.
« Il ne peut s’agir de l’effort de l’A mérique seule
», a déclaré le président américain après avoir
énuméré les défis auxquels fait face la com mu nauté
internationale, de la prolifération nucléaire aux
changements climatiques en passant par la lutte
antiterroriste. « Ceux qui critiquent l’Amérique et
lui reprochent d’agir seule dans le monde ne peuvent
se tenir à l’éca rt et attendre que l’Amérique résolve
toute seule les problèmes du monde.
« Nous avons cherché – dans les mots et dans les actes
– à ouvrir une nouvelle ère de coopération dans le
monde, a-t-il ajouté. Le temps est venu pour nous tous
de prendre notre part de responsabilité pour apporter
une réponse mondiale à des défis mondiaux. »
Ce nouveau ton , qui a valu à Barack Obama d’être
applaudi chaleureusement pa r ses pairs, lui permettra
peut-être également de revendiquer deux victoires
diplomatiques. Le président russe Dimitri Medvedev a
d’abord ouvert la porte à de nouvelles sanctions
contre l’Iran en raison de son programme nucléaire.
« L es sa nc tion s mènent rarement à des résultats
productifs, mais elles sont parfois inévitables », a
déclaré le chef du Kremlin à l’issue d’une rencontre
avec le président américain en marge de l’Assemblée
générale.
Le président a également obtenu l’appui de la Russie
et de la Chine en faveur d’une résolution du Conseil
de sécurité pour réduire la prolifération des armes
nucléaires.
Dans sa première allocution devant l’Assemblée
générale de l’ON U, Barack Obama a mis en garde non
seulement l’Iran mais également la Corée du Nord, deux
pays dont les ambitions nucléaires inquiètent la
communauté internationale.
«
Dans leurs actions jusqu’à présent, les gouvernements
de la Corée du Nord et de l’Iran menacent de nous
entraîner sur une pente dangereuse », a dit le
président américain.
« Les nations qui refusent d’assumer leurs obligations
devront en assumer les conséquences », a-t-il ajouté.
Au lendema i n de son mini-sommet avec le premier
ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président
de l’Autorité palestinienne Ma hmoud Abbas, Ba rack
Obama a également appelé les deux parties à
entreprendre « sans conditions » des négociations sur
le statut final entre Israël et les Palestiniens.
À son tout premier discours dans l’enceinte des
Nations unies en 40 ans de pouvoir, le président
libyen Mouammar Kadhafi a lui aussi retenu
l’attention, prononçant une diatribe de 96 minutes
contre l’ONU au cours de laquelle il a notamment
réclamé l’abolition du droit de veto des cinq membres
permanents du Conseil de sécurité ou l’ajout de
nouveaux membres pour accroître sa représentativité.
« On ne devrait pas l’appeler le Conseil de sécurité,
mais le "conseil de la terreur"», a-t-il dit.
Il a également accusé l’ONU de ne pas avoir empêché «
65 guerres » depuis sa création en 1945.
Kadhafi n’a pas battu le record de quatre heures et
demie de Fidel Castro à la même tribune en 1960, mais
il a largement dépassé les 15 minutes allouées aux
intervenants. Après une heure, son interprète, épuisé,
a dû être remplacé. Plusieurs délégués ont quitté
l’enceinte de l’ONU au cours de son discours.
Bouclier antimissile en Europe : L’approche Bush mise
au rancart - Judith LaChapelle
Washington a annoncé hier que les États-Unis abandonnent
l’approche de George W. Bush quant au projet de bouclier
antimissile en Europe, après avoir revu à la baisse la
menace iranienne. L’équipement, qui devait servir à
intercepter des missiles à longue portée lancés à partir
de l’Iran vers les États-Unis, sera remplacé par un
nouveau système d’interception basé sur des navires. La
Russie, qui n’a jamais vu d’un très bon oeil l’arrivée
de missiles américains près de ses frontières, a salué
la décision. Les Républicains, pour leur part, ont
accusé l’administration de Barack Obama de commettre «
une grave erreur ». La Presse se penche aujourd’hui sur
l’origine de ce changement de cap majeur et sur l’impact
de cette décision remarquée. Q Quelles
PHOTO ARCHIVES AFP
L’abandon
du bouclier survient une semaine avant la rencontre
Obama-Medvedev qui doit avoir lieu à New York, en
marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Ci-dessus, les
présidents
sont les raisons de Washington d’abandonner le projet ?
R « En matière d’armement, le président George W. Bush
avait une approche dogmatique, alors que Barack Obama
privilégie une approche pragmatique », rappelle le
professeur Pierre Martin, de l’Université de Montréal.
Entre une technologie peu fiable pour contrer une menace
imprécise, et la perspective de faire des gains
politiques et diplomatiques en Europe, « Obama a dû se
dire que le jeu en valait la chandelle ». Car l’Europe
et une bonne partie des membres de l’OTAN n’ont jamais
approuvé ce projet. QQ u
elle est iranienne ? R Les derniers renseignements
colligés pa r les Américains montreraient que l’Iran
planifie plutôt s’équiper de missiles à courte et
moyenne portée plutôt que de missiles à longue portée
(plus de 5000 km). En conférence de presse hier, le
président Obama a i nd iqué qu’u ne
la
menace défense efficace contre l’Iran exige que la
riposte se fasse à partir d’autres lieux, comme à bord
de navires. Mais il n’a pas exclu que la Pologne et la
République tchèque, qui devaient respectivement recevoir
10 intercepteurs et un radar, ne soient un jour
sollicitées pour recevoir de nouveaux équipements. Q La
technologie pour intercepter des missiles de longue
portée est-elle au point ? R Pas du tout, et c’est l’une
des raisons importantes de l’abandon du projet. « C’est
com me a r rêter u ne ba l le de fusil en tirant une
autre balle », illustre Pierre Martin. C’est pourquoi la
MaisonBlanche dit plutôt vouloir équiper ses navires
d’intercepteurs de missiles de courte et moyenne portée
SM-3 à l’efficacité démontrée. Le secrétaire américain à
la Défense, Robert Gates, a indiqué que le nouveau
projet permettra au pays de se protéger sept ans plus
tôt que prévu. En outre, a ajouté la Maison-Blanche, ce
changement permettra d’apporter une meilleure défense à
Israël, qui craint que des armes nucléaires iraniennes
ne soient bientôt braquées sur elle. Q Comment
la nouvelle estelle accueillie en Europe de l’Est ? R
Avec consternation. La Pologne célébrait justement hier
le 70e anniversaire de l’invasion soviétique. Le chef du
bureau pour la sécurité nationale de la présidence
polonaise, Aleksander Szczyglo, a parlé d’un « échec de
la réflexion à long terme de l’administration américaine
dans cette partie de l’Europe ». L’ex-premier ministre
tchèque Mirek Topolanek estime que « ce n’est pas une
bonne nouvelle pour l’État tchèque, pour la liberté et
l’indépendance de la République tchèque ». « En Europe
de l’Est, dit le professeur Vincent Pouliot de
l’Université McGill, il y a toujours de la nervosité
face aux Russes. La Guerre froide est terminée depuis 20
ans, mais dans les pays qui ont vécu des expériences
difficiles avec les Russes, on aurait probablement
préféré une ligne plus dure. » QS ’a g i t -
i l d ’u n s i g n e d e réchauffement des relations
Russie-États-Unis ? R L’abandon du bouclier su r v ient
u ne sema i ne avant la rencontre ObamaMedvedev qu i
doit avoi r lieu à New York, en marge de l’Assemblée
générale de l’ON U. Le président russe a décla ré h ier
que l u i et son homologue a méricain « allaient
travailler ensemble su r des mesu res efficaces pour
faire face aux risques de la prolifération des missiles
». Il a salué « l’approche responsable » du président
Oba ma qui a écouté les arguments des Russes. « Je su is
prêt à pou rsu iv re ce dialogue. »
La preuve que le Canada a fait le bon choix, estiment
des observateurs
L a
déc ision du président Obama de mettre un frein au
programme de bouclier antimissile en Europe confirme
que le Canada a eu raison de ne pas participer au
projet.
C’est en gros ce qu’affirme Bill Graham, ancien
ministre canadien de la Défense dans le gouvernement
libéral de Paul Martin.
« Compte tenu des coûts, du fonctionnement du système,
de l’environnement politique en Europe et de
l’hostilité russe, la décision du président Obama est
logique, a dit M. Graham dans un échange de courriels
avec La Presse. Ce qui réaffirme le bon sens de notre
décision à l’époque. »
Retour en arrière. Le jeudi 24 février 2005, le
premier ministre Paul Martin annonce que le Canada ne
participera pas au projet de développement d’un
bouclier antimissile si cher au président américain
George W. Bush.
Cette déc ision su r v ient après des mois de
déchirements tant au sein du cabinet que des troupes
libérales depuis l’arrivée de M. Martin au poste de
premier ministre, en décembre 2003.
Au début de son mandat, le chef libéral se montrait
ouvert à une coopération, soulignant qu’il s’agissait
de la défense de l’Amérique du Nord et pas seulement
des États-Unis. Quelques semaines plus tard, son
nouveau ministre de la Défense, David Pratt, allait
encore plus loin, évoquant une participation
financière canadienne.
En
juillet 2004, à la suite des élections fédérales où
les libéraux de Martin forment un gouvernement
minoritaire, Bill Graham remplace M. Pratt (battu dans
sa circonscription) à la Défense. Les libéraux sont
toujours aussi divisés sur la question. Puis, en
février 2005, à 10 jours d’un congrès national
s’annonçant houleux, M. Martin renonce à toute
participation canadienne. Au nom de Washington,
l’ambassadeur Paul Cellucci manifeste son irritation.
À leur arrivée au pouvoir en février 2006, les
conservateurs laissent ouverte la porte à une
réouverture du dossier. Mais ce timide appel du pied
n’a jamais eu d’écho. Dans leurs premiers contacts, au
téléphone et en personne, ni le président Bush ni
Stephen Harper n’abordent le sujet. Les deux pays
consacrent bien davantage de temps à leurs différents
commerciaux, dont le bois d’oeuvre.
L’économie d’abord
Et aujourd’hui, l’économie semble toujours le sujet de
préoccupation numéro un des deux nations.
« Qui s’intéresse au bouclier antimissile ? La loi Buy
A merican, ça, c’est important ! » lance Michel
Fortmann, professeur de sciences politiques et
directeur du Groupe d’étude et de recherche sur la
sécurité internationale à l’Université de Montréal.
À l’époque de la Guerre froide, dit-il, les Américains
avaient besoin du territoire c a n a d ie n p ou r dé
ploye r un système de défense (la fameuse ligne DEW)
contre la menace soviétique. Alors qu’aujourd’hui, les
systèmes de détection sont déployés dans l’espace.
En ce sens, l’appui que cherchait le président Bush
auprès du Canada pour ce projet était davantage
politique que stratégique. Et le refus canadien aura,
somme toute, fait bien peu de vagues dans l’ensemble
des relations bilatérales.
Beau, bon, pas cher - MARIO ROY
Le
bouclier antimissile, qui fut l’un des projets chéris
de George W. Bush en matière de défense, passe à la
trappe. Hier, Barack Obama a officié à un enterrement
de première classe de la portion européenne de ce
système. Un système coûteux, complexe, non éprouvé. Et
qui était parvenu à braquer la Russie avant même
d’être déployé en Pologne et en République tchèque, ce
qui était prévu pour 2018.
L’ex-président, en effet, n’avait pu convaincre Moscou
que l’initiative était essentiellement destinée à
intercepter d’éventuels missiles iraniens à longue
portée et munis d’une tête nucléaire. L’actuel
président, lui, affirme qu’il vaut mieux déployer plus
tôt, dès 2011, des intercepteurs mobiles éprouvés, les
SM-3, contre une menace iranienne que l’on évalue
aujourd’hui différemment. L’Iran s’intéresse plutôt
aux engins à courte et moyenne portée qui ne menacent
pas l’Amérique, plaide ainsi Obama. Et un rapport des
services de renseignement américains
(judicieusement...) coulé au Newsweek, mercredi,
soutient que l’Iran ne se donnera pas l’arme nucléaire
dans un avenir prévisible.
Bref, face à cela, le président des États-Unis croit
qu’il peut se débrouiller pour l’instant avec du beau,
bon, pas cher. Quitte à voir venir plus tard. sur
l’utilité d’un système de défense peu fait pour
stopper... des hommes armés d’exactos , image
emblématique de la menace réelle du XXIe siècle. De
sorte qu’il ne se trouvera personne – nul contribuable
a mérica in , en pa rtic ulier ! – pour critiquer
cette décision.
Ailleurs, cependant, les choses sont un peu
différentes.
La
«nouvelle Europe» que célébrait l’ex-secrétaire à la
Défense, Donald Rumsfeld, n’accepte pas facilement ce
qu’elle voit comme une dangereuse concession faite aux
Russes, les oppresseurs d’hier. Les Polonais et les
Tchèques, par exemple, tiennent à une présence
américaine sur leur sol et, à Washington, exercent des
pressions en conséquence. Même la «vieille Europe»
estimera sans doute utile de s’interroger sur la
nouvelle brasse géopolitique que la décision de Barack
Obama peut amener.
Car, de fait, Moscou accueille l’annonce avec plaisir.
Et il s’agira maintena nt de savoi r lequel de deu x
effets possibles l’affaire aura su r les politiques du
duo Poutine-Medvedev. Ou bien une assurance accrue
vis-àvis Washington, comme le craignent John McCain et
les républicains. Ou bien un réchauffement des
relations qui aiderait à circonscrire les Iraniens, de
facto alliés de Moscou. On le saura rapidement. Barack
Obama et le président Dmitri Medvedev se rencontrent,
la semaine prochaine, parallèlement à l’assemblée
générale de l’ONU et à la réunion du G20. Et, le 1er
octobre, les Iraniens viendront défendre leur
programme nucléaire devant le Conseil de sécurité de
l’ONU.
Le
coup de dé de Barack Oba ma , qu i est u n geste
d’ouverture, aura, espérons-le, des suites
intéressantes.
De Hollywood aux Champs-Élysées - Nicolas
Bérubé
ÀHollywood, Charles H. Rivkin est connu pour diriger avec
brio l’entreprise d’animation qui a produit des séries à
succès, comme Sponge Bob, et des animations pour des pubs
de Nike, Honda et Starbucks.
PHOTO SAUL LOEB, ARHCIVES
AFP
Le
nouvel ambassadeur des États-Unis en France, Charles H.
Rivkin, a récemment dit que l’élection d’Obama avait eu
un effet « foudroyant » sur l’attitude des Français à
l’égard des États-Unis. « Nous sentons très clairement
que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère», a-t-il
dit. Ci-dessus, le président Barack Obama, sa femme
Michelle, la première dame française Carla Bruni et le
président Nicolas Sarkozy en avril dernier à Paris.
À Paris, lundi prochain, M. Rivkin fera une arrivée
remarquée, et dans un rôle bien différent: celui du nouvel
ambassadeur américain en France.
Le poste est sans conteste l’un des plus prestigieux de la
diplomatie américaine. Thomas Jefferson et Benjamin
Franklin l’ont occupé. L’ambassadeur américain à Paris
reçoit des invitations à dîner avec les gens riches et
célèbres. Il loge avec sa famille dans une somptueuse
résidence, située au 41, rue du Faubourg Saint-Honoré,
dans le 8e arrondissement. Le président de la République
habite tout près, au Palais de l’Élysée, au numéro 55.
Charles H. Rivkin reçoit cette faveur pour ses bons
services durant la campagne présidentielle. Militant
démocrate, il a récolté plus de 500 000$ dans le sud de la
Californie pour la candidature de Barack Obama.
En entrevue au New York Times récemment, M.
Rivkin a dit que l’élection d’Obama avait eu un
effet « foudroyant » sur l’attitude des Français à
l’égard des États-Unis.
« Nous sentons très clairement que nous sommes à l’aube
d’une nouvelle ère, qui pourrait engendrer une
collaboration historique entre les deux pays », a-t-il
dit.
Diplômé en
relations internationales de Yale et détenteur d’un MBA
d’Harvard, Charles H. Rivkin parle couramment français. Il
dit s’être rendu à Paris ou à Cannes chaque année par
affaires depuis 20 ans.
Âgé de 47 ans, M. Rivkin compte parmi les plus jeunes
ambassadeurs américains en France. Son père, William R.
Rivkin, diplomate de carrière, a été nommé ambassadeur au
Luxembourg par John F. Kennedy. Il a par la suite servi au
Sénégal et en Gambie.
Durant sa campagne, M. Obama a promis de « changer la
culture de Washington », et de « faire les choses
différemment ». Ce voeu ne s’étend toutefois pas aux
nominations politiques. Selon le New York Times, 38 des 65
ambassadeurs nommés par Obama depuis le début de sa
présidence l’ont été pour des raisons politiques.
Depuis les années 60, environ le tiers des ambassadeurs
nommés par la Maison-Blanche l’ont été pour des raisons
politiques. Selon l’American Academy of Diplomacy, cette
proportion est trop élevée. L’institution a écrit à Barack
Obama plus tôt cette année pour lui demander de réduire à
10% le nombre de ses nominations politiques. « Trop
souvent, ces positions sont utilisées pour récompenser des
gens qui ne sont pas qualifiés pour occuper le poste »,
soutient le groupe.
Le président qui a le moins fait appel aux nominations
politiques dans l’histoire récente des États-Unis est
Jimmy Carter. Moins du quart des ambassadeurs sélectionnés
sous son gouvernement l’ont été pour des raisons
politiques.
M. Carter a accédé à la présidence en 1977. Il n’a pas été
réélu.
Moscou
choisit la coopération - FRÉDÉRICK LAVOIE
— Le pouvoir russe a décidé de laisser sa chance à Obama.
Malgré plusieurs points de divergence encore en suspens
entre Washington et Moscou, le président Dmitri Medvedev a
choisi la coopération, faisant oublier l’atmosphère aux
relents de guerre froide des dernières années de
l’administration Bush.
PHOTO NATALIA KOLESNIKOVA,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le
président des États-Unis, Barack Obama, et celui de la
Russie, Dmitri Medvedev, lors d’une séance de signature
officielle hier à Moscou.
Signal fort de cette relation renouée, les présidents russe
et américain se sont tout d’abord entendus sur des sujets
militaires, hier. La Russie permettra le transit sur son
territoire des soldats et du matériel militaire américains à
destination de l’Afghanistan.
Les deux pays reprendront aussi leurs exercices militaires
communs. Ils avaient été interrompus en août dernier, après
la guerre éclair entre la Russie et l’ex-république
soviétique de Géorgie, désormais alliée de Washington.
Rencontre avec l’opposition
Les dirigeants russes ont même fermé les yeux sur la
décision de Barack Obama de s’entretenir directement ce soir
avec des leaders de la microscopique opposition russe, à
laquelle le Kremlin fait la vie dure.
« Le simple
fait qu’Obama ait proposé cette rencontre est déjà un pas
courageux de sa part », se réjouit l’ancien député de la
Douma Vladimir Ryjkov, qui participera à la rencontre. « Ça
veut dire qu’il ne considérera pas l’opinion du Kremlin
comme celle de tous les Russes. » Les prédécesseurs d’Obama
n’avaient jamais osé faire un tel affront au Kremlin,
note-t-il.
M. Ryjkov ne s’attend toutefois pas à ce que le président
américain puisse faire quoi que ce soit pour aider
l’opposition russe à prendre de la vigueur et proposer une
solution de rechange au tandem autoritaire Poutine-Medvedev.
« La rhétorique du Kremlin est depuis longtemps que tous
[nos problèmes] sont causés par les États-Unis », poursuit
Leonid Gozman, coprésident de Cause juste, un nouveau parti
libéral d’opposition modérée. « Mais je crois que
maintenant, les deux parties comprennent que l’un sans
l’autre, nous n’arriverons à rien. »
Avant de s’attaquer aux enjeux mondiaux, i l reste toutefois
encore à Obama et à Medvedev certaines pommes de discorde
bilatérales à régler. C’est le cas du bouclier antimissile
en Europe de l’Est, un projet de l’administration Bush
qu’Obama persiste à vouloir concrétiser, en dépit de la
forte opposition de Moscou.
Medvedev a cependant perçu une ouverture de la part de son
homologue hier, voyant poindre à l’horizon un « compromis
possible ».
La Russie souhaite aussi une reconnaissance tacite par
Washington de sa « sphère d’influence » en ex-URSS. Elle
voudrait ainsi que le président américain prenne exemple sur
l’Europe et retire son appui à une adhésion de l’Ukraine et
de la Géorgie à l’OTAN.
POUR UNE RELATION « PRODUCTIVE » - Richard
Hétu
George W.
Bush et Vladimir Poutine ont amené les relations entre la
Russie et les États-Unis à leur plus bas depuis la fin de la
guerre froide. Afin de réchauffer le climat diplomatique,
Barack Obama et Dmitri Medvedev ont choisi de laisser de
côté les sujets délicats et de multiplier les accords.
— En multipliant les accords avec Dmitri Medvedev, Barack
Obama a donné un nouvel élan hier à une relation entre les
États-Unis et la Russie qu’il souhaite « ni bonne ni
mauvaise mais productive », pour reprendre l’expression de
Michael McFaul, conseiller de la Maison-Blanche pour les
affaires russes.
McFaul avait utilisé cette formule à la veille du départ du
président américain pour une nouvelle tournée diplomatique
dont la première étape, Moscou, est peut-être la plus
importante.
« J’insiste sur le mot " productif" par opposition au mot
"bon" ou " mauvais" », avait dit le conseiller à un groupe
de journalistes. « Nous voulons faire affaire avec les
Russes sur les sujets qui concernent notre sécurité
nationale commune et notre prospérité. »
Autrement dit, le président Obama veut remplacer la
diplomatie des sentiments par celle du pragmatisme en ce qui
a trait aux relations de son pays avec la Russie. Ainsi, il
ne plongera pas son regard dans celui de son homologue russe
pour y découvrir une « âme », comme l’avait fameusement
annoncé George W. Bush lors de sa première rencontre avec
Vladimir Poutine.
Et il
n’abordera pas la Russie uniquement comme un État plus ou
moins voyou, comme l’avait également fait son prédécesseur
après avoir réalisé que l’âme de Poutine était celle d’un
dirigeant autoritaire.
« L’idée est de ne plus voir la Russie comme un problème que
l’Amérique devrait régler, mais comme un pays partenaire
avec lequel on va s’efforcer d’aborder des sujets cruciaux
», a déclaré Sarah Mendelson, spécialiste de la Russie au
Centre d’études internationales et stratégiques de
Washington.
Barack Obama s’est attelé à cette tâche hier. Il a notamment
signé avec son homologue russe un accord sur la réduction
des arsenaux nucléaires de leur pays respectif. Et il a
obtenu de son hôte l’ouverture de l’espace aérien russe pour
acheminer soldats et matériel militaire américains vers
l’Afghanistan.
Ce « redémarrage » des relations russo-américaines, pour
employer une autre expression à la mode à Washington, est
loin de garantir l’avènement d’une ère de bonne entente
entre les deux grands adversaires de la guerre froide. Les
États-Unis et la Russie continuent notamment de diverger sur
plusieurs dossiers, dont le projet de bouclier antimissile
américain en Europe.
Le président pourrait également indisposer ses hôtes
aujourd’hui à l’occasion d’un discours majeur sur les
relations russo-américaines. Il n’abordera pas seulement la
manière dont les deux pays doivent traiter les problèmes du
XXIe siècle, mais également les questions des droits de
l’homme et de la démocratie.
Son allocution risque cependant d’avoir un impact restreint
auprès de la population de Russie puisque seule une chaîne
secondaire la retransmettra.
Entente conclue sur les arsenaux nucléaires -
Richard Hétu
— Les
États-Unis et la Russie ont promis hier de réduire leurs
arsenaux nucléaires du tiers, cherchant non seulement à
renouveler l’un des plus importants traités de
l’après-guerre froide, mais également à rétablir la bonne
entente entre les deux pays.
Cet accord, qui prendra le relais du traité START de 1991
sur la réduction des arsenaux nucléaires, a dominé la
première journée d’entretiens entre Barack Obama et son
homologue russe Dmitri Medvedev. Les deux présidents ont
conclu deux autres ententes importantes, tout en
reconnaissant leurs profonds différends dans certains
dossiers, dont le projet antimissile américain en Europe
centrale.
À sa première visite à Moscou en tant que président, Barack
Obama ne s’est pas moins dit confiant de pouvoir réaliser
des « projets extraordinaires » avec son vis-à-vis russe.
« Le président (Medvedev) et moi avons convenu que la
relation entre la Russie et les États-Unis avait souffert
d’une certaine impression de dérive. Nous avons décidé de
relancer la relation américano-russe », a-t-il déclaré au
cours d’une conférence de presse.
« Aujourd’hui, après six mois de collaboration, c’est
exactement ce que nous avons fait. »
Le président américain faisait notamment référence à
l’accord qu’il venait de signer avec son homologue russe
chiffrant les exigences du nouveau START, qui doit entrer en
vigueur à l’échéance de l’entente précédente, soit en
décembre. Les ÉtatsUnis et la Russie se sont ainsi engagés à
mettre au point d’ici la fin de l’année un traité qui
réduirait les ogives nucléaires déployées dans chaque pays à
un total de 1500 à 1675 exemplaires, comparativement à plus
de 2200 actuellement, et de 500 à 1100 le nombre de vecteurs
nucléaires (missiles intercontinentaux, sous-marins et
bombardiers stratégiques) de chacun des deux pays.
Donner
l’exemple
« Les États-Unis et la Russie, les deux principales
puissances nucléaires, doivent donner l’exemple. Et c’est ce
que nous faisons aujourd’hui », a déclaré le président
Obama.
Les États-Unis et la Russie ont également signé une entente
sur le transit de soldats et de matériel militaire
américains par la Russie vers l’Afghanistan. Ils ont
également convenu de reprendre leurs activités militaires
communes, qui avaient été suspendues en août 2008, à
l’époque de la guerre russo-géorgienne. Ce conflit avait
contribué à la détérioration de la relation entre les deux
puissances.
Tout n’est évidemment pas revenu au beau fixe, comme l’a
souligné Dmitri Medvedev en conférence de presse.
« En quelques heures, nous ne pouvions pas faire disparaître
le fardeau de tous les problèmes », a-t-il dit, faisant
notamment allusion au projet de bouclier antimissile
américain en Europe.

Barack Obama a commis une bévue lors de la conférence de
presse en parlant de sa rencontre à venir avec le «
président » Vladimir Poutine. Le président américain aura un
entretien d’une heure aujourd’hui avec le premier ministre
russe, qui est toujours considéré comme l’homme le plus
puissant de Russie.
Poutine moins cordial que Medvedev
- Frédérick Lavoie
Obama
flatte l’ego russe
MOSCOU— En visitant Moscou, Barack Obama voulait
réconcilier son pays non seulement avec le Kremlin, mais
avec la Russie entière.
Le
premier ministre russe Vladimir Poutine, après avoir
rencontré le président américain Barack Obama, hier,
s’est rendu dans un club de motards, les Loups de nuit,
sur le point de partir en expédition patriotique en
Ukraine. M. Poutine avait pour l’occasion délaissé le
costume strict et la cravate sévère qu’il portait le
matin pour revêtir un blouson noir plus en phase avec le
style de l’assistance, selon des images abondamment
diffusées par les télévisions russes. Il a été reçu par
le président du club, Alexandre Zaldostanov, un géant
barbu aux cheveux longs aussi connu sous le pseudonyme
de « chirurgien », qui s’apprêtait à se lancer dans un
périple de 1500 kilomètres en compagnie de centaines de
camarades.
Dans l’un de ses grands discours auxquels il a habitué la
planète depuis son entrée en fonction, le président
américain a notamment flatté l’ego russe en reconnaissant
l’héritière de l’Union soviétique comme une « grande
puissance ».
« Que les choses soient claires dès le départ: l’Amérique
veut une Russie qui soit forte, pacifique et prospère », a
lancé, hier matin, le président américain aux diplômés de
la Nouvelle école économique de Moscou, qui forme une
partie de l’élite russe.
Le président a bien précisé toutefois que ce n’était pas à
lui à définir les intérêts nationaux de la Russie. « Mais
je peux vous dire quels sont les intérêts nationaux des
États-Unis et je crois que vous verrez que nous en
partageons plusieurs. »
Maniant habilement la citation, Barack Obama a repris les
COLLABORATION SPÉCIALE mots du plus grand poète russe,
Alexandre Pouchkine, tout en faisant constamment référence
aux difficultés communes qu’ont connues les États-Unis et
la Russie pendant toute leur histoire. Comme pour mettre
les deux États sur un pied d’égalité.
Il a rappelé « qu’aucun pays dans l’histoire des batailles
n’a jamais souffert autant que l’Union soviétique lors de
la Seconde Guerre mondiale. » Une remarque qui a un fort
effet en Russie, où on reproche souvent aux Alliés
d’oublier le rôle de Moscou dans la victoire contre le
nazisme.
Poutine au déjeuner
Le président américain a toutefois voulu freiner les
ardeurs des dirigeants russes, qui lui demandaient
implicitement de reconnaître l’ex-URSS comme faisant
partie de leur « sphère d’influence ».
« L’époque où les empires pouvaient traiter les États
souverains comme des pièces d’un jeu d’échecs est révolue
», a tranché Obama.
Il a
toutefois ouvert la porte à un compromis sur le bouclier
antimissile en Pologne et en République tchèque, l’un des
dossiers bilatéraux les plus sensibles. Il a laissé
entendre que si la Russie pouvait l’aider à neutraliser
toute menace nucléaire en provenance d’Iran, les ÉtatsUnis
abandonneraient leur projet controversé.
La journée d’Obama a commencé par un déjeuner « à la russe
» avec le premier ministre Vladimir Poutine, l’homme fort
du régime. Le président américain l’avait accusé la
semaine dernière d’avoir « encore un pied dans le passé ».
L’entretien de deux heures entre les deux hommes a été
visiblement moins cordial que celui de la veille avec le
président Medvedev.
Devant les caméras, les hommes, un peu mal à l’aise, ont
échangé les salutations d’usage avant de se lancer à huis
clos dans un entretien « très franc » et « très direct »,
selon un responsable de la Maison-Blanche.
« Rien ne sera facile »
« En ce qui a trait aux sujets sur lesquels nous ne sommes
pas d’accord, comme la Géorgie, je ne m’attends pas à une
communion des esprits dans un avenir proche », a reconnu
M. Obama à l’issue de la rencontre.
En fin d’après-midi, le président américain s’est
entretenu avec des responsables d’ONG, puis avec des
leaders de la maigre opposition russe, indiquant d’entrée
de jeu qu’il était venu pour les « écouter » plutôt que
pour donner des leçons.
Le politologue Sam Greene, du centre Carnegie de Moscou,
estime que si Obama a réussi à jeter les bases d’un
nouveau dia logue r usso - amér ica i n , « rien ne sera
facile » pour la suite des choses.
« Et ça n’a pas à l’être. Ce qu’il faut, c’est que [les
Russes et les Américains] s’assoient à la même table pour
discuter des détails ennuyeux et des problèmes, au lieu de
se parler indirectement en donnant des interviews à CNN »,
note-t-il.
Et c’est ce que cette visite de 48 heures à Moscou, une
éternité dans l’horaire d’un président, semble avoir
permis de faire.
SÉCURITÉ INTERNATIONALE Obama en voie de changer la
dynamique
— L’arrivée de
Barack Obama à la tête des États-Unis pourrait bien changer
grandement la dynamique internationale en matière de sécurité,
estime l’expert Bruce Jones, directeur du Center on
International Cooperation de l’Université de New York.
La
nouvelle approche coopérative dont Barack Obama fait montre
dans tous les discours qu’il prononce à l’étranger tranche
avec l’attitude de son prédécesseur.
« C’est encore très tôt, mais on peut déjà voir, dans les
actions, dans les déclarations et dans les nominations, que
l’administration Obama place les menaces transnationales au
centre de sa politique de sécurité », a souligné M. Jones, de
passage à Ottawa, où il donnait une conférence au Centre de
recherches pour le développement international (CRDI).
Non seulement le nouveau président américain comprend que la
sécurité nationale de son pays passe par la sécurité
internationale et que les deux sont interdépendantes, soutient
le spécialiste, mais M. Obama admet aussi qu’il ne peut agir
seul et qu’il doit mettre l’accent sur la coopération avec les
autres États , notamment les pays émergents.
« Le monde a changé, il y a plus d’acteurs importants
maintenant. Les États-Unis doivent s’adapter à cette réalité,
et c’est au coeur de la vision du président », estime M.
Jones, ancien conseiller du secrétaire général des Nations
unies et coauteur de l’ouvrage Power and Responsibility :
Building International Order in an Era of Transnational
Threats, publié cette année.
La nouvelle approche coopérative dont Barack Obama fait montre
dans tous les discours qu’il prononce à l’étranger, notamment
celui qu’il a prononcé au Caire cette semaine, tranche avec
l’attitude de son prédécesseur.
Mais avant
que cette vision ne se traduise en actions concrètes, le
président américain aura à surmonter plusieurs obstacles,
croit Bruce Jones.
« Le premier est évidemment la crise financière, dit-il. Non
seulement ça prend beaucoup de ressources, mais aussi ça
accapare le président, qui consacre la majeure partie de son
emploi du temps à la gérer. »
La question d’un éventuel conflit avec l’Iran pourrait
aussi, selon l’expert en sécurité internationale, avoir un
impact décisif sur les relations des États-Unis avec la
Russie ou avec le MoyenOrient, deux régions du monde à qui
l’administration Obama a tendu la main et avec qui elle
espère maintenant collaborer étroitement.
Mais sans aucun doute, selon M. Jones, les États-Unis
continueront à jouer un rôle majeur dans les questions de
sécurité internationale, et ce, malgré l’état actuel de leur
économie et l’émergence de nouvelles puissances, notamment
en Asie.
« Personne d’autre n’a les capacités, les ressources ni même
la volonté de remplacer les Américains sur la scène
internationale », conclut-il.
La méthode
Obama - André Pratte
Le cinquième
sommet des Amériques a pris fin sans que les 34 chefs d’État
et de gouvernement ne parviennent à s’entendre sur le l ibel
lé du communiqué. Néanmoins, cette rencontre doit être vue
comme une autre réussite du président américain sur la scène
internationale. L’attitude et le discours conciliants de
Barack Obama ont séduit même les adversaires les plus coriaces
des États-Unis.
« Il nous est arrivé de vouloir imposer nos conditions, a
reconnu M. Obama lors de la cérémonie d’ouverture. Je vous
donne ma parole que nous recherchons un partenariat d’égal à
égal. Je suis ici pour ouvrir un nouveau chapitre d’engagement
qui sera soutenu tout au long de mon administration. »
À la veille du Sommet, le président avait annoncé la fin des
restrictions sur les voyages et les transferts de fonds vers
Cuba. Cette mesure, quoique modeste, a été perçue par
plusieurs observateurs comme le premier pas vers la levée de
l’embargo américain. Même si M. Obama et ses porteparole ont
souligné qu’on était encore loin d’un changement aussi
important, la réaction positive de Raoul Castro laisse croire
que les choses pourraient se passer plus vite qu’on ne le
croyait possible jusqu’à maintenant.
Le réchauffement soudain des relations entre les États-Unis et
le président du Venezuela, Hugo Chavez, constitue le
développement le plus spectaculaire de ce sommet de Port of
Spain. MM. Obama et Chavez se sont croisés à trois reprises en
marge de la rencontre et chaque fois, les échanges ont été
étonnamment chaleureux. Rappelons que le président Chavez est
réputé pour son anti américanisme, lui qui n’a pas cessé de
dénoncer la « dictature mondiale » imposée par les États-Unis.
En fin de semaine, il a annoncé le retour d’un ambassadeur
vénézuélien à Washington.
La méthode
Obama semble donc porter ses fruits sur le continent
américain, à tout le moins en ce qui a trait à l’atmosphère
des relations internationales. Il reste à voir quels seront
les effets concrets de cette façon de faire.
En tout cas, elle n’a pas empêché MM. Morales et Ortega
d’accuser les Américains de tous les péchés de la terre. Le
livre qu’Hugo Chavez a remis au président Obama, Les veines
ouvertes de l’Amérique latine, est un essai célèbre dénonçant
le « pillage » dont le sud du continent a été victime aux
mains des grandes puissances.
Vendredi soir, le président américain exprimait le voeu que «
si les États-Unis ne doivent pas avoir une politique
d’ingérence dans les affaires des autres pays, cela doit aussi
signifier qu’on ne peut pas blâmer les États-Unis pour tous
les problèmes qui surgissent dans l’hémisphère ». La
suggestion de lecture de M. Chavez indique que les
SudAméricains ne sont pas prêts à effacer l’histoire aussi
facilement.
Peut-être l’administration Obama ne se fait-elle pas
d’illusions à cet égard. Son objectif est sans doute plus
pragmatique, plus tactique. « Si je vous prends dans mes bras
et que vous continuez à me frapper, devinez qui est blâmé? »
souligne le chef de cabinet du président, Rahm Emanuel, au
sujet de la manière douce de son patron. Quels qu’en soient
les résultats, la méthode Obama a l’immense mérite d’être plus
conforme aux valeurs démocratiques que l’approche étroite et
arrogante de son prédécesseur.
Débarquement de Normandie : Obama contre Bush
Bernard Petit
a vu défiler en 30 ans plusieurs présidents américains à
l’occasion des cérémonies de commémoration du Débarquement
tenues dans sa petite commune.
L’ex-maire de Colleville-surMer, tout près du cimetière où
sont inhumés des milliers de soldats américains tombés au
combat, n’a pas toujours aimé ce qu’il a entendu. En
particulier lors de la venue de George W. Bush, qui, dit-il,
l’a « profondément choqué » en tenant un discours de «
va-t’en-guerre ».
Le nouveau chef d’État américain, Barack Obama, saura
certainement faire mieux, souligne l’homme de 71 ans, qui
compte parmi les nombreux admirateurs français du
charismatique dirigeant.
« Je pense qu’il est populaire parce qu’il parle de paix,
qu’il est porteur d’espoir », indique M. Petit.
L’enthousiasme
manifesté
par l’ex-maire envers Barack Obama reflète, avec 65 ans de
recul, celui qu’il réserva aux soldats américains débarqués en
force dans sa Normandie natale.
« La vie sous l’Occupation était caractérisée par un sentiment
: la peur. Le débarquement nous a permis de renouer avec la
liberté », relate M. Petit, qui avait 6 ans à l’époque.
« Je suis allé voir les soldats alliés le soir du
débarquement... J’ai appris 40 ans plus tard que la plupart
des hommes que j’avais rencontrés à cette occasion avaient été
tués le lendemain lors d’une opération qui a mal tourné »,
relate l’ex-maire.

« J’ai sans doute été l’un des derniers civils à les voir
vivants », souligne M. Petit, qui aura une pensée toute
particulière pour ces disparus aujourd’hui.
Obama fait la cour
aux Latino-Américains
Washington tempère toutefois les espoirs
d’un rapprochement avec Cuba
— Star du sommet des Amériques, Barack Obama a une nouvelle fois
marqué sa volonté de rupture en proposantunpartenariatsurunpied
d’égalité à ses voisins latino-américains, y compris lesplus
critiquesde Washington. Unchangementdeton illustré notammentpar
le « nouveau départ » offertàCubaet la poignée de main à Hugo
Chavez.
PHOTOKEVIN LAMARQUE, REUTERS
Barack Obama a fait preuve d’humilité hier au sommet des
Amériques de Trinité-et-Tobago. Une attitude qui a semblé plaire
à son homologue vénézuélien, Hugo Chavez (à l’arrière-plan) : «
Je crois que le président Obama est un homme intelligent,
comparé au précédent président des États-Unis. »
Le chef de la Maison-Blanche a laissé entendre qu’il était prêt
à accepter la proposition du président Raul Castro qui a offert
des discussions sur des sujets autrefois tabous pour La Havane,
comme les prisonniers politiques. Washington a toutefois mis un
bémol hier, à Trinité-et-Tobago: la balle reste dans le camp du
régime castriste, au dire du porte-parole de M. Obama, Robert
Gibbs.
Autre symbole, le président américain a salué avec un large
sourire son homologue vénézuélien Hugo Chavez, qui avait tant
détesté George W. Bush. La presse brûlait de savoir ce que
Barack Obama avait dit à celui qui avait comparé son
prédécesseur au « diable ». « Je lui ai dit " como estas"
(comment ça va?) », a-t-il confié en riant. « Je crois que
c’était un bon moment », a pour sa part jugé Hugo Chavez après
cette brève rencontre. « Je crois que le président Obama est un
homme intelligent, comparé au précédent président des
États-Unis. »
Barack Obama n’a pas voulu dire s’il prévoyait un entretien
bilatéral avec Hugo Chavez. « Je crois que nous faisons des
progrès à ce sommet », s’est-il contenté de dire.
« Les relations dépendent de plus de choses que de sourires et
de poignées de main », avait déclaré de son côté le conseiller
économique deBarackObama, Larry Summers, à des journalistes. Le
président vénézuélien a indiqué ensuite qu’il rétablirait
l’ambassade du Venezuela à Washington, sept mois après des
expulsions mutuelles des représentations diplomatiques de part
et d’autre.
Hugo Chavez a également proposé que Cuba, absent de ce sommet,
organise le prochain rendez-vous. « Je ne vais pas parler au nom
de Cuba. Ce n’est pas à moi de le faire (mais) nous sommes tous
ici des amis de Cuba, et nous espérons que les États-Unis le
seront également », a-t-il déclaré lors du déjeuner des
participants.
Humilité
Dans son discours d’ouverture du cinquième sommet des Amériques,
qui réunit 34 pays, le président américain a fait assaut
d’humilité et d’humour pour promettre un changement de
politique, comme de style, à ses partenaires.
« Nous avons parfois été désengagés et parfois nous avons
cherché à dicter nos conditions, a-t-il admis sous des
applaudissements nourris. Mais je vous promets que nous
cherchons un partenariat d’égal à égal. Il n’y a pas de
partenaire senior ou junior dans nos relations. »
L’un des chefs d’État les plus critiques envers Washington, le
président équatorien Rafael Correa, a réagi favorablement à ces
propos. «C’est le début d’une nouvelle ère très intéressante
dans la relation», a-t-il lancé. Il a toutefois ajouté : «Nous
n’avons pas encore vu de grands changements vis-à-vis de Cuba».
Barack Obama a aussi serré la main à un chef d’État que le
défunt ancien président Ronald Reagan avait passé des années à
tenter de déloger du pouvoir au Nicaragua: Daniel Ortega. Le
président sandiniste est venu se présenter au président des
ÉtatsUnis, selon des responsables américains.
Cela n’a pas empêché Daniel Ortega – remplacé lors du scrutin de
1990 qui mit fin à la guerre civile puis remis au pouvoir par
les électeurs en 2006 – de dénoncer, dans un discours de près
d’une heure, le capitalisme et l’impérialisme américain, sources
selon lui de tous les maux de l’Amérique latine. Il a même
rappelé l’épisode de la baie des Cochons, tentative d’invasion
américaine de Cuba en 1961, tout en reconnaissant que l’actuel
président ne pouvait guère en être tenu responsable.
« Je suis reconnaissant au président Ortega de ne pas me
reprocher des choses qui se sont déroulées quand j’avais 3 mois
», a apprécié Barack Obama, suscitant rires et applaudissements
des autres dirigeants.
Cuba
Mais la plus forte salve d’applaudissements a accueilli l’appel
du chef de la Maison-Blanche à un nouveau départ dans les
relations entre Washington et La Havane après près 50 ans de
guerre froide. « Je sais qu’il y a un long voyage à faire pour
dépasser des décennies de méfiance, mais il y a des mesures
cruciales que nous pouvons prendre pour avancer vers une
nouvelle ère », a-t-il déclaré. « Les ÉtatsUnis veulent un
nouveau départ avec Cuba. »
La question de Cuba, exclue en 1962 de l’Organisation des États
américains (OEA), est ainsi revenue au premier plan de ce sommet
des Amériques organisé en pleine crise économique mondiale. Aux
pays d’Amérique latine qui ont vu chuter leurs exportations,
Barack Obama a proposé un nouveau fonds de croissance et un
nouveau partenariat régional pour développer des sources
d’énergie parallèles et lutter contre le réchauffement de la
planète.
Un livre en tête des palmarès grâce à Chavez et
Obama
Un livre
offert par Hugo Chavez à Barack Obama, lors de leur rencontre
de la semaine dernière, s’est hissé au palmarès des livres les
plus vendus à cause de cette notoriété subite.
Les veines ouvertes de l’Amérique latine, du romancier
uruguayen Eduardo Galeano, est un classique de la littérature
antiaméricaine et anticoloniale qui est toujours à la mode,
près de 40 ans après sa publication.
L’entourage du président Obama a fait savoir aux médias que le
livre ne figure pas parmi ses priorités, d’autant plus que M.
Chavez lui a donné la version originale espagnole. Quant à M.
Galeano, qui a 69 ans, il a été assailli par des demandes
d’entrevue, et a décidé de n’en accorder aucune, a expliqué à
La Presse son agente new-yorkaise, Susan Bergholz. Il sera de
passage à Ottawa à la fin mai dans le cadre d’un festival
littéraire.
L’éc r iva i
n uruguayen ne prévoit pas non plus publier une version mise à
jour de son livre. « Une fois qu’il a fait quelque chose,
Eduardo n’aime pas y revenir », a expliqué Mme Bergholz. La
version actuelle comporte toutefois un chapitre supplémentaire
écrit en 1978, qui ajoute des données supplémentaires pour
appuyer les thèses de M. Galeano.
Le livre affirme que le sousdéveloppement de l’Amérique latine
est dû au pillage de ses matières premières par l’Occident
depuis le XVIe siècle. Eduardo Galeano estime que la liberté
des marchés est un leurre parce que des monopoles privés se
forment inévitablement.
Ses autres livres étaient des romans, parce qu’il estime que
les émotions et l’imagination sont essentielles pour bien
expliquer des concepts sociopolitiques. Il préfère d’ailleurs
le poète chilien Pablo Neruda au romancier argentin Jorge Luis
Borges, parce que ce dernier est trop « cérébral ».
Obama au pouvoir, l’embargo demeure
LA HAVANE —
Cuba estime que l’arrivée au pouvoir de Barack Obama à la
présidence des États-Unis «n’est synonyme d’aucun
changement» dans l’application de l’embargo américain contre
l’île, a dit hier le ministre cubain des Affaires
étrangères, Bruno Rodriguez.
« La politique de blocus demeure intacte. L’arrivée du
gouvernement d’un nouveau président des États-Unis n’est
synonyme d’aucun changement dans l’application du blocus »,
a-t-il dit à l’occasion de la publication à La Havane d’un
rapport sur les conséquences de l’embargo qui sera présenté
le 28 octobre devant l’Assemblée générale de l’ONU.
Selon M. Rodriguez, la preuve qu’il n’y a « aucun changement
», c’est que M. Obama a prorogé d’un an, lundi, la « loi sur
le commerce avec l’ennemi » qui a donné naissance à
l’embargo contre Cuba en 1963.
L’embargo a
ensuite été durci en 1992 et en 1996, puis adouci à partir
de 2000 pour autoriser la vente au régime cubain de produits
agricoles et de médicaments, sous certaines conditions.
Le 13 avril, Barack Obama a modifié les sanctions pour
autoriser les voyages sans limite des Cubano-Américains vers
l’île communiste, certains envois et le commerce dans le
secteur des télécommunications. Le service postal pourrait
aussi être rétabli entre les deux pays.
Bruno Rodriguez a reconnu ces avancées en les qualifiant de
« positives », mais considère qu’il s’agit de mesures «
limitées ».
Raul Castro : « J’ai été élu pour défendre le
socialisme »
Le président
cubain Raúl Castro coupe court aux espoirs de réforme
LA HAVANE — Trois ans après avoir pris la relève de son
frère Fidel, le président cubain Raúl Castro a voulu couper
court aux espoirs de Washington et de Bruxelles de voir des
réformes démocratiques à Cuba en déclarant non négociable le
système politique de l’île communiste.
PHOTO JAVIER GALEANO,
ASSOCIATED PRESS
Dans
un discours ce week-end, Raúl Castro a dit que la solution
à la crise économique était de renforcer le socialisme.
Dans un discours prononcé ce week-end devant le Parlement,
Raúl Castro, 78 ans, a martelé qu’il n’avait pas été désigné
à la présidence « pour restaurer le capitalisme à Cuba » et
que la solution aux graves difficultés économiques du pays
était au contraire de « renforcer » les institutions et le
Parti communiste.
« J’ai été élu pour défendre, maintenir et perfectionner le
socialisme, non pour le détruire. Cela doit être très clair
», a-t-il ajouté à l’adresse des États-Unis et de l’Union
européenne, qui réclament, selon lui, « des gestes
unilatéraux pour démonter le système politique et social de
Cuba ».
Il a réitéré sa disposition à ouvrir un « dialogue entre
égaux » avec Washington et à aborder tous les sujets, sauf
le système politique cubain.
L’administration américaine, pour lever le « plus vieil
embargo du monde » et normaliser ses relations avec Cuba,
exige la libération des prisonniers politiques – au nombre
de 200 selon la dissidence – et des réformes démocratiques
dans l’île, dirigée par un parti unique et les frères Castro
depuis un demi-siècle.
Quant à l’Union européenne, pour encourager Raúl Castro à
faire des progrès en matière de démocratie, elle a levé en
juin 2008 des sanctions prises en 2003 après une vague
d’arrestations de dissidents.
Jugé plus pragmatique que son frère, le général Raúl Castro
a pris il y a trois ans la relève de Fidel, malade mais
toujours très influent à bientôt 83 ans. Son arrivée avait
alors suscité à l’étranger, mais aussi à Cuba, des espoirs
quant à un assouplissement du régime cubain.
Raúl Castro a reconnu une « diminution de l’agressivité et
de la rhétorique anticubaine de la part de l’administration
américaine » de Barack Obama, qui a permis le mois dernier
une reprise des discussions – suspendues depuis cinq ans –
sur les flux migratoires. Il a tout de même affirmé que,
dans les faits, rien n’avait changé.
Il a cité à
titre d’exemples l’embargo, qui reste « intact », les
restrictions sur les voyages et les envois de fonds des
CubainsAméricains qui, selon lui, existent toujours malgré
l’annonce de leur levée par Barack Obama en avril, et le
maintien de Cuba sur la « liste noire » des pays soutenant
le terrorisme.
Raúl Castro a de nouveau réclamé la « restitution sans
conditions » du territoire de la base navale de Guantánamo
(est de Cuba), seul endroit de l’île où, depuis la
Révolution de 1959, « la torture a été appliquée », selon
lui
Il a toutefois reconnu les « imperfections du socialisme »
cubain, « où parfois deux plus deux font trois », et
souligné qu’il continuerait « à restructurer l’appareil
d’État », très bureaucratisé, pour le rendre plus
fonctionnel.
Il a souligné que le prochain Congrès du PC, repoussé sine
die, devait aborder la question de la relève de la direction
vieillissante du parti.
Crise économique
Les Cubains sont soumis à de sévères mesures d’économie
d’énergie cet été. Le régime, aux prises avec des déficits
budgétaires et la chute de ses revenus d’exportation,
cherche à faire face aux difficultés économiques du pays.
Ces mesures d’économie surviennent alors même que Cuba
continue à recevoir du pétrole gratuit du Venezuela en
échange de services. Certains soupçonnent le régime de
vendre au noir le brut vénézuélien pour se procurer des
devises. Plus vraisemblablement, cette cure d’austérité
énergétique est le résultat de la crise économique mondiale.
Le président Raúl Castro a annoncé samedi une nouvelle série
de restrictions budgétaires dans les domaines de l’éducation
et de la santé, qui font pourtant la fierté du régime
castriste.
L’après-Castro commence
Les gestes
d’ouverture de Barack Obama à l’égard de Cuba sont timides. Il
ne s’agit pour l’instant que de permettre les voyages des
Américano-Cubains vers leur île natale et de faciliter les
transferts de fonds. On est encore loin de la levée de
l’embargo commercial.
L’aéroport
international de La Havane, à Cuba.
Mais le virage est néanmoins significatif. En admettant
l’échec de la politique américaine, lors du Sommet des
Amériques, à Trinité et Tobago, le président américain a
amorcé le début de la fin d’une logique d’affrontement,
survivance absurde de la guerre froide et grand symbole du
dogmatisme américain. Un petit pas qui laisse croire que, de
part et d’autre, on commence à préparer l’après-Castro.
Il évident qu’ici, on applaudira. Le Canada n’a jamais coupé
ses liens avec Cuba, même pendant la Guerre froide, parce
qu’on a toujours cru que la meilleure façon d’encourager la
démocratisation de ce pays était de maintenir des liens, une
approche plus sage que celle des Américains, qui ont diabolisé
Fidel Castro et braqué son régime. Ce désir de dialogue, on
l’a vu chez tous ces touristes québécois qui voient Cuba comme
un pays ami.
En principe, les États-Unis se refusent à établir des
relations normales avec Cuba parce que ce pays n’est pas
démocratique. L’argument est boiteux, car les États-Unis
entretiennent, dans une sensibilité à géométrie variable, des
liens étroits avec bien des dictatures, comme l’Arabie
Saoudite. Leur agressivité envers Cuba tient bien davantage à
la survivance d’un anticommunisme primaire, au poids politique
des exilés cubains, et aux cicatrices de l’escalade du début
des années 60.
L’insistance
sur l’instauration de la démocratie repose en outre sur une
vision étriquée des droits qui ramène la démocratie à la tenue
d’élections libres. Il est vrai que Cuba est une dictature, où
il n’y a pas d’élections, où l’oppression étouffante muselle
les citoyens, où il y a des prisonniers politiques. Mais ce
n’est pas un régime de terreur. Dans le monde des régimes
totalitaires, Cuba est loin d’être parmi les pires. Par
contre, bien des pays en principe démocratiques tolèrent la
torture et les assassinats politiques.
Il n’en reste pas moins que ce pays est dans une impasse
économique, sociale et politique, un pays figé qui attend la
mort de son dictateur, un « paradis socialiste » qui, depuis
l’arrivée à sa tête de Raoul Castro, s’est transformé en
gérontocratie monarchique. Le modèle d’économie planifiée a
été un échec total. Cuba est incapable de nourrir ses citoyens
et de produire ce dont ils ont besoin, il survit grâce à la
charité internationale et en expliquant ses échecs par un
embargo américain qui est politiquement bien commode.
Cependant, ce pays dispose d’un énorme potentiel, comparé à
bien des nations latinoaméricaines. Ce potentiel tient
largement aux réalisations de la révolution castriste: un
système de santé de haut niveau, une identité nationale forte,
un degré d’éducation comparable à celui des sociétés
industrialisées.
À condition, bien sûr, que la transition se fasse bien. Le
Canada, un pays du Nord qui n’a jamais coupé les ponts avec
Cuba, peut jouer un rôle utile. Mais au Sommet des Amériques,
le premier ministre canadien n’a pas joué ce rôle. Stephen
Harper voulait parler « d’affaires » et espérait que la
question cubaine ne prendrait pas trop de place, ne comprenant
pas l’importance qu’elle revêt en Amérique latine.
Pourquoi? Parce que l’ouverture à Cuba est trop associée au
règne libéral? Parce qu’il y aurait chez M. Harper des
réflexes anticommunistes, comme on l’a senti dans le cas de la
Chine? Mais le résultat est là. Encore une fois, M. Harper a
été déphasé, en dehors de la plaque, comme s’il ne trouvait
plus sa place dans un monde qui change trop vite.
Obama
reconnaît l’échec de la politique américaine envers La Havane
tout en la continuant
Barack Obama a rejeté les critiques des républicains, qui
ont condamné ses échanges très médiatisés avec Hugo Chavez.
PORT OF SPAIN — À l’issue de son premier sommet des Amériques,
Barack Obama a admis que la politique menée pendant 50 ans par
les États-Unis à l’égard de Cuba « n’avait pas marché ». Mais il
a tout de même écarté une levée rapide de l’embargo, appelant le
régime castriste à accomplir des gestes de bonne volonté.
La réunion, qui s’est close avec une déclaration finale signée
uniquement par le pays hôte, aura aussi été le théâtre d’un
réchauffement très médiatique des relations entre Washington et
Caracas.
« Je pense que les signaux envoyés jusqu’ici fournissent au
moins la possibilité d’un dialogue franc sur une variété de
sujets, y compris les questions cruciales de la démocratie et
des droits de l’homme dans toute la région », a déclaré le chef
de la Maison-Blanche lors d’une conférence de presse. « Le test
pour nous tous, ce ne sont pas que des mots, mais aussi des
actes. »
Après avoir allégé la semaine dernière certaines sanctions
imposées par les États-Unis à Cuba, Barack Obama a souhaité que
le régime castriste prouve sa bonne foi à l’aide de gestes
unilatéraux. « Ils pourraient libérer des prisonniers politiques
», a-t-il suggéré. « Réduire les taxes sur les transferts
d’argent » envoyés par les CubanoAméricains vers l’île serait
une autre mesure possible.
Dans un entretien publié hier, le président brésilien Luiz
Inacio Lula da Silva, un dirigeant de gauche modéré, a estimé
que Washington ne devait pas « attendre des gestes de Cuba pour
que d’autres pas soient faits ».
Rapprochement critiqué
Outre la question cubaine, les relations entre le président
américain et son homologue vénézuélien Hugo Chavez ont été au
coeur du sommet des Amériques. Là encore, le réchauffement était
à l’ordre du jour.
Après les
poignées de mains sous l’oeil des caméras, et le livre qu’il a
offert à M. Obama, Hugo Chavez a ainsi annoncé qu’il proposerait
à Washington de nommer Roy Chaderton, actuel représentant
vénézuélien à l’Organisation des États américains (OEA), au
poste d’ambassadeur aux États-Unis.
Les États-Unis et le Venezuela n’entretiennent plus de relations
diplomatiques depuis plusieurs mois.
De son côté, Barack Obama a rejeté les critiques des
républicains sur la scène politique américaine, qui ont condamné
ses échanges très médiatisés avec le président Chavez, lequel
avait eu des mots très durs à l’endroit de l’administration
Bush. « Il est difficile d’imaginer que nous mettions en jeu les
intérêts stratégiques des États-Unis (en serrant la main au
président vénézuélien) », a-t-il estimé.
Immigration
Le président américain s’est en outre verbalement engagé hier à
revoir certaines des politiques de Washington en matière
d’immigration, selon les dirigeants d’Amérique centrale. Le
président du Nicaragua, Daniel Ortega, opposant déclaré à
Washington, a affirmé avoir trouvé un Obama ouvert sur tous les
sujets traités pendant le sommet. « Je veux croire qu’il est
enclin, qu’il a la volonté » de changer la politique américaine,
a-t-il déclaré.
Le sommet s’est en revanche achevé sur un double couac, puisque
la photo de groupe de clôture n’a pas eu lieu, et que seul
Trinité-et-Tobago, hôte de la réunion, a signé la déclaration
finale, plusieurs pays, dont le Venezuela, refusant de la
parapher pour exiger la réintégration de Cuba dans
l’Organisation des États américains (OEA).
Cette déclaration fixe des objectifs non contraignants aux pays
de la région en matière de promotion des droits de l’homme et de
protection de l’environnement. « LA MÉTHODE OBAMA » :
L’ÉDITORIAL D’ANDRÉ PRATTE À LIRE EN PAGE A18.
Cuba: petite histoire de l’embargo - Claude
Picher
En levant
l’interdiction de voyager ou d’envoyer de l’argent à Cuba, le
président Barack Obama a fait un virage important par rapport
à la politique américaine des 50 dernières années.
Certes, la plupart des experts pensent qu’on es t encore très
loin de la levée totale de l’embargo américain. Ils ont sans
doute raison. M.Obama lui-même n’est visiblement pas prêt à
bouger en ce sens. N’empêche : les nouvel les mesures
représentent, pour Cuba, une bouffée d’air frais attendue
depuis longtemps. Si on fait exception des quelques assoupl
issements consentis par Jimmy Carter en 1977 (et que son
successeur Ronald Reagan s’empressera d’annuler), tous les
présidents depuis Eisenhower, démocrates et républicains
confondus, sont demeurés r igoureusement inflexibles dans ce
dossier.
Au premier
coup d’oeil, on peut être porté à sympathiser avec Cuba, le
petit qui se bat vaillamment contre le gros. La disproportion
entre les deux pays est monstrueuse. Aux taux de change
courants, le produit intérieur brut américain fait 260 fois
celui de Cuba. Ou, pour dire les choses autrement, l’économie
cubaine est plus petite que celle du Vermont, un des plus
petits États de l’ Union. Comment expliquer qu’une puissance
économique aussi prodigieuse que les États-Unis mette autant
d’acharnement à étouffer son minuscule voisin?
D’ailleurs, dans ce combat inégal, Cuba, malgré la brutalité
du régime, a reçu de nombreux témoignages d’appui. On ne
compte plus, aux Nations Unies, le nombre de résolutions
condamnant l’embargo américain et il existe, partout dans le
monde, des groupes de pression qui militent pour la levée de
l’embargo.
Pour
mieux comprendre le dossier, il serait peut-être utile de
revoir comment on en est arrivé là.
En
janvier 1959, Fidel Castro renverse le régime corrompu du
dictateur Fulgencio Batista. Au début, la nouvelle est très
bien accueillie aux États-Unis. Washington n’hésite pas : il
reconnaît le nouveau gouvernement sur-le-champ. Castro vient
lui-même à New York où il est accueilli en véritable héros.
La lune de miel ne dure pas
Cinq mois plus tard, le gouvernement Castro fait voter une
loi sur la redistribution des terres. Objectif noble,
certes, mais qui ne va pas sans défaut: toutes les terres
appartenant à des citoyens ou des entreprises américaines
sont confisquées sans compensation. C’est un coup dur pour
les propriétaires américains des immenses plantations de
canne à sucre: au total, ces expropriations représentent 10%
de la superficie de l’île, ce qui n’est pas rien
Comme il fallait s’y attendre, les États-Unis protestent et,
pour la première fois, évoquent la possibilité de sanctions
économiques. Le gouvernement Castro ne reste pas inactif.
Devant la menace de sanctions américaines, il signe un
traité commercial avec les Soviétiques. Le moment est mal
choisi: le monde est en pleine guerre froide et tout
rapprochement avec Moscou est forcément perçu comme une
provocation par Washington. Puis, éclate la crise des
raffineries de pétrole. Le traité avec Moscou prévoit
notamment la livraison de pétrole brut à Cuba. Or, lorsque
les premières cargaisons arrivent, les pétrolières
américaines installées dans l’île refusent de raffiner le
pétrole soviétique. Cela déclenche une grave crise, qui
prend fin lorsque le gouvernement cubain exproprie les
pétrolières sans compensation. Le geste cause énormément de
ressentiment aux États-Unis.
À ce stade, les Américains commencent à en avoir assez, et
annoncent qu’ils suspendent leurs achats de sucre. Là aussi,
Castro ne perd pas de temps: toutes les installations
industrielles américaines sont nationalisées dans les
semaines qui suivent, sans compensation.
Dans ces conditions, cela ne prend pas de temps avant que le
conflit dégénère rapidement. En 1961, le président Kennedy
lance l’invasion de la baie des Cochons, qui se termine par
un fiasco intégral. À ce moment, le gouvernement Castro a
depuis longtemps tourné le dos aux États-Unis et s’appuie
désormais sur l’Union soviétique, qui lui achète sa
production sucrière à des prix plus élevés que les cours du
marché. Puis éclate en 1962 une nouvelle crise, la pire de
toutes. Castro permet aux Soviétiques d’installer leurs
missiles à Cuba, à quelques dizaines de kilomètres des côtes
américaines. Pour Kennedy, c’est en trop, et il somme les
Soviétiques de se retirer. Le monde retient son souffle,
mais Moscou finira par plier. Toute l’affaire laisse un goût
extrêmement amer, non seulement aux dirigeants politiques et
militaires américains, mais aussi dans l’opinion publique,
que tous ces événements ont fini par rendre farouchement
anticastriste.
Aussi,
personne. ne pense à protester très fort lorsque, toujours
en 1962, Kennedy annonce un embargo intégral sur tout le
commerce de marchandises, les relations financières et les
voyages à Cuba.
Officiellement, l’embargo dure donc depuis 47 ans.
L’évaluation des dommages financiers est difficile. Cuba a
certainement souffert de l’embargo, qui lui a fermé les
portes du riche marché américain. De plus, les Cubains ont
dû s’approvisionner ailleurs qu’aux États-Unis, et souvent à
prix forts.
Le gouvernement cubain évalue ses pertes à 70 milliards.
C’est probablement exagéré.
Le sucre est, de loin, le principal produit d’exportation
cubain. Or, quand les États-Unis ont arrêté d’acheter du
sucre cubain, l’Union soviétique a pris la relève, et à des
conditions fort avantageuses pour Cuba. Et après l’implosion
de l’Union soviétique, la Chine a pris le relais à son tour
(la Chine est aujourd’hui le premier client de Cuba). En ce
qui concerne les exportations, c’est le pétrole qui arrive
en tête de liste. Lorsque les Américains ont cessé de vendre
du pétrole aux Cubains, ceuxci ont conclu un accord avec les
Soviétiques, comme nous l’avons vu. Plus tard, le Venezuela
d’Hugo Chavez est venu à la rescousse; les Cubains n’ont
même pas besoin de se soucier des fluctuations des cours,
parce que Chavez leur fait un prix de faveur.
Les échanges internationaux de Cuba (avec qui, par ailleurs,
le Canada n’a jamais cessé de faire du commerce) n’ont donc
probablement pas autant souffert que le prétendent les
autorités cubaines.
En bonne forme, Fidel Castro célèbre ses 83
ans
LA
HAVANE— Le leader cubain Fidel Castro a fêté hier ses 83
ans en poursuivant dans la presse ses « réflexions » sur
l’actualité alors que des photos récentes le montrent en
bonne forme, trois ans après son retrait du pouvoir pour
des raisons de santé.
« La meilleure chose sera toujours d’avoir une cause
juste à défendre et l’espoir de continuer à aller de
l’avant », écrit l’ancien président cubain qui n’a plus
fait d’apparition publique depuis une grave maladie
l’ayant conduit à la fin du mois de juillet 2006 à céder
le pouvoir à son frère Raul, 78 ans.
PHOTO AFP
Fidel
Castro,
qui a fêté hier ses 83 ans, apparaît en bonne forme
sur des photos datant d’environ deux semaines et
publiées sur le site internet de l’organisation
américaine Pasteurs pour la paix, reçue par le
dirigeant cubain pendant une tournée sur l’île.
Le père de la révolution de 1959, dont l’état de santé
est classé secret d’État, semble par ailleurs en bonne
forme sur des photos datant d’environ deux semaines, les
plus récentes à être publiées par l’organisation
américaine Pasteurs pour la paix, reçue par Castro lors
d’une visite dans l’île.
Sur les photos, Castro porte une casquette et un
survêtement de sport blanc et se tient debout aux côtés
de membres de cette organisation venue offrir une aide
humanitaire aux Cubains.
Bête noire de Washington depuis un demi-siècle pour son
virage communiste et accusé par des ONG de bafouer
droits et libertés, Fidel Castro reste malgré sa
retraite très influent tant à Cuba qu’auprès des
militants « anti-impérialistes » américains à
l’étranger.
Il multiplie depuis deux ans les réflexions sur
l’actualité et reçoit régulièrement dans sa retraite les
chefs d’État « amis » de passage, comme le
VénézuélienHugoChavez, autre bête noire de Washington.
Mais si
Fidel Castro est toujours très loquace dans ses écrits
sur la politique étrangère, il se montre depuis quelque
temps discret sur la situation dans son pays.
L’î le communiste, sous embargo américain depuis 47 ans,
est confrontée à sa plus grave crise économique depuis
la chute de l’URSS en 1991.
« Quel degré d’inf luence conserve Fidel Castro au sein
du pouvoir ? Raul le consulte-t-il toujours pour tout?
C’est la question que tout le monde se pose », résume un
diplomate étranger.
Devant le Musée de la révolution à La Havane, des
dizaines de petits « pionniers » en uniforme s’étaient
rassemblés hier pour lui rendre hommage. « Il est un
exemple pour nous. Quand Fidel va mourir, je serai très
triste, mais ses idées, elles, resteront toujours »,
assure Guillermo Armado, 13 ans.
Hector, un étudiant de 26 ans, s’est dit « indifférent
». « Fidel a beaucoup fait pour notre pays, mais nous ne
pouvons plus continuer à vivre comme il y a 50 ans, et
ça, nos dirigeants ne l’ont pas encore compris. »
La CIA sous la loupe du ministère de la Justice
- Mathieu Perrault
Vexations, sévices corporels, menaces... Un rapport qui
remonte à 2004, mais rendu public hier, révèle que la
CIA ne reculait devant rien pour faire parler les
présumés terroristes qu’elle détenait en Irak et en
Afghanistan. Au courant de ce rapport, Barack Obama
avait préféré tourner la page sur ces méthodes peu
glorieuses pour plutôt préparer l’avenir. Or, le
secrétaire américain à la Justice a annoncé hier qu’il
ferait enquête, bien que la majorité des Américains ne
souhaite vraisemblablement pas remuer toute cette boue.
Chose certaine, le président ne peut plus faire
l’économie d’une enquête qu’il aurait préféré éviter.
Le secrétaire américain à la Justice, Eric Holder, a
annoncé qu’il rouvrait l’enquête sur les agents de la CI
A qui ont utilisé des « techniques d’interrogation
améliorées », que plusieurs assimilent à de la torture.
Un rapport du bureau d’éthique du département de la
Justice a dénoncé hier la décision prise l’hiver dernier
de ne poursuivre aucun de ces agents, dont les
agissements ont été déta illés da ns u n rapport datant
de 2004 aussi rendu public hier.
La nouvelle est une tuile pour l’administration Obama,
qui avait pesé de tout son poids dans la décision de ne
pas poursuivre les agents. Un porte-parole du président,
en vacances à Martha’s Vineyard, a indiqué que la
décision relevait exclusivement de Me Holder. « Le
président pense qu’on doit regarder en avant, pas vers
l’arrière », a indiqué le relationniste.
Le rapport de 2004 dévoilé hier, qui avait été signé par
l’inspecteu r généra l de la CIA, confirme plusieurs cas
dévoilés au fil des ans par les médias. Il décrit en
détail la technique de torture dite du waterboarding,
noyade simulée à répétition qui peut durer une vingtaine
de minutes, ainsi que d’autres « techniques
d’interrogation a méliorées ». Le rapport de 150 pages,
dont environ la moitié est censurée, fait aussi état de
méthodes « non autorisées », comme menacer de violer la
mère d’un détenu ou d’exécuter ses enfants, actionner
une perceuse électrique devant un détenu nu et aveuglé
par une cagoule ou encore simuler des exécutions.
Les hauts dirigeants ont affirmé au vérificateur général
que plusieurs attentats avaient été évités – à
l’aéroport Heathrow, sur des ponts de New York, sur des
voies ferrées et des stations d’essence
aux
États-Unis –, mais le rapport indique qu’aucune preuve
n’appuie leurs affirmations.
Le nouveau chef de la CIA, Leon Panetta, a immédiatement
envoyé à ses employés une note interne dans laquelle i l
qua l i f ie le rappor t de 2004 d’« histoire ancienne
». « L’utilisation de techniques d’interrogation
améliorées a commencé quand notre pays réagissait aux
horreurs du 11 septembre 2001 et s’est terminée en
janvier », écrit M. Panetta.
Da ns u n com mu n iqué, l’ONG Human Rights Watch, de
son côté, a réclamé une « enquête criminelle complète
sur les crimes » commis par la CIA.
Le rapport de 2004 confirme que les techniques de noyade
simulée étaient plus dures que celles qui étaient
utilisées par l’armée américaine dans son programme
SERE, qui visait à préparer les soldats aux
interrogatoires de l’ennemi. Les défenseurs de la CI A
ont souvent avancé qu’il était légitime d’appliquer à
des ennemis des techniques utilisées contre ses propres
soldats dans le cadre de leur entraînement.
L’inspecteur général de la CIA a aussi décrit quelques
mesures prises par l’agence de renseignement contre les
agents aya nt com m is des excès. Un employé civil d’un
sous-traitant militaire, qui a battu à mort un détenu
penda nt quatre jou rs en 2003 à la base d’Asabad, en
Afghanistan, a été renvoyé et son employeur a vu son
contrat révoqué. Un agent de la CIA qui, devant 200
élèves d’une école islamique, a frappé avec la crosse de
son fusil un professeur qui souriait « de manière
inappropriée » à ses questions, a été rapatrié et
affecté à des dossiers intérieurs.
UN CAS ARAR ENCORE POSSIBLE
L’administration Obama a retiré à la CIA la
responsabilité d’interroger les présumés terroristes. Mais
le nouveau groupe d’interrogation qui se chargera de ces
cas pour mieux les encadrer ne renoncera pas à l’une des
mesures les plus controversées de l’administration Bush :
l’envoi de suspects vers des pays tiers qui souvent se
livrent à la torture. La nouvelle a été dévoilée par le
New York Times, qui en a eu confirmation officielle par le
département d’État, lequel a affirmé que les suspects
envoyés vers des prisons étrangères seront surveillés de
près pour éviter qu’ils soient torturés. « C’est
scandaleux » , dénonce en entrevue Maria Lahood, l’avocate
de Maher Arar aux États-Unis, qui est affiliée au Center
for Constitutional Rights. « Le cas de Maher Arar a déjà
démontré que le renvoi vers un tiers pays, même avec des
garanties diplomatiques, mène à la torture. Obama a fait
la promesse d’arrêter la torture, mais ce que
l’administration propose ne fera absolument rien pour
stopper le phénomène. Nous avons déjà un cas très fort,
celui de Maher Arar, qui en fait la preuve. »
LES POINTS SAILLANTS DU RAPPORT
En mai
2003, Abu Zubaydah a subi 83 séances de torture par
l’eau, la plupart ne dépassant pas 10 secondes. Mais
les enregistrements de 21 heures d’interrogatoire,
dont deux séances de noyade simulée, ont été perdus ou
endommagés. L’interrogateur est entré dans la cellule
où Al-Nashiri était assis, enchaîné, et a fait
semblant une ou deux fois d’armer un pistolet
déchargé. Probablement le même jour, il a fait
fonctionner une perceuse électrique alors
qu’Al-Nashiri était debout, nu et aveuglé par une
cagoule. Les interrogateurs ont dit à Khalid Shaykh
Muhammad que, si quelque chose d’autre survenait aux
États-Unis, ils allaient tuer ses enfants.
L’interrogateur du quartier général a dit à AlNashiri
que, s’il ne parlait pas, on allait « faire venir sa
mère ». Il lui a fait croire qu’il était d’un pays
arabe où, selon la croyance populaire, l’agression
sexuelle des mères fait partie des techniques de
torture des gouvernements. Un interrogateur s’est
inquiété que les bras d’Al-Nashiri se disloquent de
ses épaules pendant qu’on le soulevait à répétition
alors que ses poignets étaient enchaînés derrière son
dos.
L’interrogatoire selon la CIA
La
prise d’attention consiste à prendre le détenu par
le collet avec les deux mains et à l’approcher
rapidement et de manière contrôlée vers
l’interrogateur. Durant la technique du mur, le
détenu est tiré vers l’avant puis rapidement et
fermement repoussé contre le mur afin que ses
omoplates le heurtent. Une serviette enroulée est
disposée derrière son cou pour éviter que sa tête ne
se cogne au mur. La prise faciale sert à maintenir
immobile la tête du détenu. L’interrogateur place
ses paumes ouvertes de chaque côté de la figure du
détenu, le bout des doigts loin de ses yeux. La
claque faciale ou insultante est donnée avec les
doigts légèrement écartés. La main de
l’interrogateur entre en contact entre le menton et
le lobe de l’oreille. Dans l’emprisonnement étriqué,
le détenu est placé dans un lieu clos, par exemple
une boîte petite ou grande, généralement dans le
noir. Les emprisonnements dans les espaces les plus
petits ne doivent pas dépasser 2 heures et doivent
être espacés de 18 heures. On peut placer un insecte
non dangereux avec le détenu. En position debout, le
détenu est placé à 4 ou 5 pieds d’un mur, les pieds
écartés à la largeur des épaules. Ses bras sont
étendus devant lui et ses doigts s’appuient sur le
mur pour soutenir tout son poids. Le détenu ne peut
pas changer la position de ses mains ou de ses
pieds. Les positions de stress consistent par
exemple à obliger le détenu à s’asseoir sur le
plancher, les jambes complètement étendues devant
lui et les bras élevés au-dessus de la tête, ou
alors à s’agenouiller sur le plancher tout en se
penchant vers l’arrière avec un angle de 45 degrés.
La privation de sommeil ne peut pas dépasser 11
jours à la fois. La torture par l’eau consiste à
attacher le détenu à un banc, les pieds surélevés.
L’interrogateur place un linge sur la bouche et le
nez du détenu et verse de l’eau sur le linge de
manière contrôlée. La respiration est restreinte
pendant de 20 à 40 secondes, ce qui produit une
sensation de noyade et de suffocation.
Un tournant pour la présidence de Barack Obama
- AGNÈS GRUDA
«
Nous ne gagnerons rien si nous consacrons notre
temps et notre énergie à distribuer les blâmes
pour les actions passées. »
PHOTO PAULINE
LUBENS, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Cette déclaration du président Barack Obama date
de quatre mois à peine. Son administration venait
de rendre publics les fameux mémos autorisant les
agents de la CIA à recourir à certaines techniques
de torture, dont la simulation de noyade, dans les
interrogatoires de présumés terroristes.
D eva nt ces révélation s , Barack Obama avait
adopté u ne attitude fer me : son administration
allait cesser les pratiques controversées. Mais en
même temps, elle pré féra it tou r ner la page
plutôt que de s’engluer dans un long examen j
udiciaire au x retombées politiques imprévisibles.
C’est cette stratégie qui a volé en éclats, hier,
lorsque le ministère de la Justice a annoncé qu’il
ferait enquête sur les méthodes d’interrogatoire
de la CIA. Le président n’a pas commenté. Il s’est
contenté d ’i nd iquer qu ’i l laissait la
décision entre les mains de son ministre, Eric
Holder. Ça montre à quel point le dossier est
délicat.
I l faut dire que l’ad min ist ration Oba ma n’ava
it probablement pas le choix. L’annonce de
l’enquête, qui pourrait conduire à des poursuites
criminelles, coïncide avec la publication du
rapport du vérificateur interne de la CIA qui
détaille les méthodes de travail des enquêteurs de
l’agence.
Le rapport date de 2004. On y découvre la panoplie
de moyens utilisés par les agents de la CIA pour
faire parler les prisonniers soupçonnés de
terrorisme. Ils ont menacé un détenu de tuer ses
enfants. Ils ont simulé des exécutions pour faire
croire à un prisonnier qu’il pourrait être tué.
Ils ont menacé un suspect avec une perceuse
électrique et frotté un autre avec une brosse
dure. Dans tous les cas de figure, il s’agit
d’actes criminels graves, a souligné hier
l’organisation Human Rights Watch.
Déjà en avril, après l’affaire des mémos,
l’administration Obama s’était attiré beaucoup de
critiques pour sa retenue. Le New York Times,
traditionnellement sympathique au président,
l’avait f ustigé en éd itor ia l en le sommant de
« s’engager sur la voie de la reddition de comptes
». Avec les nouvelles révélations, la pression
devenait trop forte.
Il reste que Barack Obama ma rche en ter
ra i n m i né. L’e nq uê te a n nonc é e h ie r
pourrait marquer un « tournant dans sa présidence
», c roit l’h istorien Gil T roy. Selon lui, la
majorité des Américains n’ont pas envie de passer
des mois à disséquer publiquement les excès de la
lut te a nt iter ror iste . Paradoxalement, cette
exposition des péchés capitaux de l’ère Bush
pourrait donc faire boomerang et revenir contre
son successeur.
La CIA a connu des heures sombres dans les années
70, lorsque la commission Church avait mis au jour
ses tentatives pou r assassiner Fidel Castro,
rappelle le politologue Louis Balthazar.
L’enquête annoncée hier pourrait conduire, en bout
de piste, à un exercice semblable. Mais Barack
Obama risque de se faire reprocher d’avoir
affaibli l’agence de renseignement américaine.
Bref, si elle constitue une excellente nouvelle
pour la justice, elle relève plutôt de la « patate
chaude » pour un président qu i ma noe uv re
péniblement pour préserver ses appu is , su r sa d
roite comme sur sa gauche.
D’ailleurs, s’il avait fermé la por te à u ne
enquête, Barack Obama aurait cette fois risqué de
se mettre à dos les défenseurs des droits de la
personne, qui forment son électorat habituel.
Da n s u n com mu n iqué publié hier, Human Rights
Watch rappelle avoir recueilli de l’information
sur quelque 350 cas de détenus victimes de mauvais
traitements en Irak et en Afghanistan. « Pas un
seul agent de la CIA n’a été tenu responsable de
ces actes », dénonce l’organisation.
L’administration Obama semble avoir décidé que
cette ère d’impunité tire à sa fin. Reste à savoir
si l’enquête se limitera aux simples agents qui
brandissaient leur perceuse ou laissaient des
détenus tout nus dans le froid ou si elle
remontera jusqu’à ceux qui leur donnaient des ord
res . Pou r l’i nsta nt , ce n’est pas clair.
Reste aussi à savoir quelles seront les
conséquences politiques de cet exercice que Barack
Obama aurait préféré éviter.
Le recours à la torture orchestré de haut
- AGNÈS GRUDA
Dans une
entrevue diffusée par le réseau NBC cinq jours après les
attentats du 11 septembre 2001, le vice-président Dick
Cheney tient ces propos désarmants de franchise.
PHOTO ARCHIVES REUTERS
Le
recours à la torture dans le cadre de la guerre contre
le terrorisme a été orchestré de haut, planifié et
systématique, note la journaliste Marie-Monique Robin,
réalisatrice de un documentaire qui démonte les
rouages du système des sévices infligés aux détenus
dans les prisons américaines en Irak, en Afghanistan
et à Guantánamo (ci-dessus).
« Nous devons agir dans l’ombre, nous devons libérer les
services de renseignement de toute contrainte », dit-il
en expliquant les moyens que Washington compte déployer
afin de combattre le terrorisme.
Cette déclaration, passée inaperçue à l’époque, est un
peu le tournant à partir duquel Washington s’est engagé
sur le chemin de la torture, permet de constater un
documentaire diffusé depuis cette semaine sur
l’internet.
Le recours à la torture a été orchestré de haut,
planifié et systématique, note la journaliste
Marie-Monique Robin, réalisatrice de Torture made in
USA, qui démonte les rouages du système des sévices
infligés aux détenus dans les prisons américaines en
Irak, en Afghanistan et à Guantánamo.
À défaut de révélations fracassantes, son documentaire
contient plusieurs témoignages inédits. Mais surtout, il
permet de décortiquer la mécanique qui a permis aux
dirigeants des États-Unis de légitimer des pratiques
telles que le simulacre de noyade et des dizaines
d’autres supplices, pourtant interdits tant par les lois
américaines que par les traités internationaux.
Surprise
En se l a nça nt dans son e nquête, Ma r i e - Monique
Robin, auteure du Monde selon Monsanto, savait qu’elle
entrait en zone trouble. « Mais j ’ai été surprise par
l’ampleur du programme de torture, et par son caractère
systématique », confie-t-elle.
Jointe à La Nouvelle-Orléans où elle travaille ces
jours-ci sur un reportage au sujet de la pollution
alimentaire, la journaliste raconte comment elle a
décortiqué 80 heures de témoignages devant des
commissions publiques américaines. Et comment elle a dû
pousser fort pour obtenir certains de ces témoignages,
comme celui de Matthew Waxman, chef de cabinet de
l’ex-conseillère à la sécurité nationale Condoleezza
Rice. Ou alors celui du général Ricardo Sanchez,
ex-commandant des forces américaines en Irak.
« Je reconnais que nous avons maltraité des gens », dit
ce dernier, visiblement ému, dans un témoignage inédit
où il prend la responsabilité de ces actes de torture.
« Dès
le début, nous savions que nous devions nous salir les
mains », affirme de son côté Matthew Waxman.
À partir de là , comment l’administration Bush
allaitelle s’y prendre pour mettre en place la machine
de la torture ? D’abord en faisant appel à une armée de
juristes, qui allaient conclure que les protections des
conventions de Genève ne s’appliquent pas aux
combattants d’Al-Qaeda.
P uis, en f a i s a nt a ppel à des autorités médicales
qui allaient cautionner les sévices. Et enfin, en
faisant l a promotion des mauvais traitements.
« Je pense que vous traitez trop bien vos prisonniers »,
dit le généra l G eof f rey Miller, responsable de la
prison de Guantánamo, en visite à la tristement célèbre
prison d’Abou Ghraïb. Son message a été bien entendu…
Résistances
Le documentaire de MarieMonique Robin met aussi en
lumière les résistances qui exista ient , même c hez les
républicains, contre ces glissements successifs.
Des agents du FBI ont été révulsés de voir le traitement
i nf l igé aux prisonniers de Guantánamo, par exemple.
Mais ces voix ont été progressivement neutralisées.
« Plusieurs témoins étaient meurtris par ce qu’ils
avaient vu, ils se demandaient : comment mon parti
a-t-il pu faire ça ? » dit la journaliste.
À qui revient la responsabilité ultime de la torture ? L
e d o c u ment a i r e p o i n t e vers le
vice-président Dick Cheney. Et George W. Bush ? « Quand
j e l eur posais l a question, certains éclataient de
rire, comme si Bush n’était qu’une marionnette », dit la
documentariste.
Ce que c el l e - c i r e t i e nt s urtout de s on r
eportage, c’est que des actes criminels peuvent trouver
une justification, même dans un régime démocratique. «
Je crois que mon film a une portée universelle, car
aucun pays n’est à l’abri. »
La face
obscure de Blackwater - Nicolas Bérubé
Des armes de
contrebande emballées dans des sacs de nourriture pour
chiens. Des tueries spontanées. Des employés dépressifs
dépendants des stéroïdes. Une licence pour tuer le plus
grand nombre de « sales Arabes » possible.
PHOTO GERVASIO SANCHEZ,
ARCHIVES AP
Des
membres de la société américaine Blackwater échangent des
tirs avec des partisans de Moqtada al-Sadr qui
s’approchent d’un bâtiment défendu par des soldats
américains et espagnols, à Najaf, en 2004.
Le fondateur de la compagnie Blackwater est accusé par deux
ex-employés d’avoir mené en Irak une opération « corrompue
», « violente » et « raciste », financée par les
contribuables américains.
C’est ce que stipule une déposition produite dans un
tribunal américain par deux ex-employés de Blackwater, la
firme de mercenaires privée dirigée par Erik Prince, un
ancien marine proche du parti républicain. Blackwater a reçu
des centaines de millions de dollars en contrats du
département d’État pour son travail en Irak depuis
l’invasion américaine, en 2003.
Les deux hommes, qui ont requis l’anonymat en raison des
menaces qui pèsent contre eux, affirment aussi qu’au moins
un ex-employé sur le point de dénoncer les agissements de la
firme a été tué « dans des circonstances floues ».
Dans leur déposition faite sous serment plus tôt ce mois-ci,
« John Doe no1 » et « John Doe no2 » affirment que les
mercenaires à l’emploi de Blackwater vont en Irak comme des
chasseurs partent dans les bois.
« Aller en Irak et tuer le plus d’Irakiens possible était vu
comme un sport, un jeu », indique le rapport.
Plusieurs des mercenaires employés par M. Prince avaient des
problèmes psychologiques, d’alcool ou de drogue. « Des
employés disaient être venus en Irak pour tuer le plus de
"sales Arabes" possible », note John Doe no1.
Vidéos effacées
Certains directeurs régionaux de Blackwater refusaient
d’envoyer ces hommes sur le terrain, mais leurs décisions
étaient infirmées par la direction de Blackwater aux
États-Unis, qui avait peur de « perdre de l’argent ».
Les
débordements violents étaient monnaie courante. Dans un des
cas, John Doe no1 affirme que le convoi dans lequel il se
trouvait s’est rangé sur le bord de la route en raison d’une
crevaison. Une voiture civile avec deux personnes à bord est
passée sur la route. Un employé de Blackwater s’est mis à
tirer sur le véhicule. « De l’angle où j’étais, il était
évident que le tireur avait blessé et sans doute tué le
passager, et probablement blessé le conducteur. »
Les deux hommes notent que tous les véhicules de Blackwater
étaient munis d’une caméra vidéo qui filmait les missions
durant la journée. « Chaque soir, les di rigeants de
Blackwater regardaient les vidéos. Celles qui étaient jugées
compromettantes étaient effacées. »
John Doe no1 sout ient qu’Erik Prince faisait du trafic
d’armes en Irak. Il dit avoir personnellement déballé des
sacs de nourriture pour chiens remplis d’armes
semi-automatiques. Les armées arrivaient en Irak à bord des
avions privés de Prince. Ce dernier tirait « des revenus
substantiels de sa participation dans le trafic illégal
d’armes », note le délateur.
« En plusieurs occasions après mon départ, la direction de
Blackwater m’a personnellement menacé de mort ou de
violence, déclare-t-il. De plus, selon des informations
provenant d’anciens collègues, il semblerait que M. Prince
et ses employés aient tué une personne qui avait fourni de
l’information aux autorités fédérales, ou qui prévoyait le
faire. »
Des Irakiens poursuivent
La déposition des deux employés fait partie d’une poursuite
civile intentée en Virginie contre Blackwater par les
familles d’Irakiens tués par des agents de sécurité de la
firme.
Erik Prince, 40 ans, vient d’une famille milliardaire proche
du parti républicain. Ancien marine, il a fondé Blackwater
en 1997, et a construit un centre d’entraînement en
Caroline-du-Nord, financé à même sa fortune personnelle. En
2007, M. Prince a dû témoigner devant le Congrès pour
expliquer une fusillade impliquant plusieurs de ses agents,
et qui avait fait 17 morts à Bagdad. Depuis, la compagnie a
changé son nom pour Xe.
Un rapport du Congrès américain montre que, entre janvier
2005 et septembre 2007, les employés de Blackwater ont
participé à 195 fusillades en Irak, et qu’ils avaient été
les premiers à faire feu dans 163 cas.
Après les scandales, le département d’État a annoncé qu’il
annulait les contrats de Blackwater en Irak. Or,
l’administration Obama a payé 174 millions à Blackwater pour
ses services de sécurité en Irak et en Afghanistan cette
année, selon une enquête du magazine The Nation.
M. Prince a déclaré que son entreprise n’avait rien à se
reprocher et qu’il entendait se défendre en cour.
Pas de remords pour la soldate England -
Laura-Julie Perrault
Il y a
cinq ans, la soldate Lynndie England a été au coeur du
scandale de la prison d’Abou Ghraib. Des photos, la
montrant triomphante sur une pyramide de prisonniers
irakiens nus, ont valu aux États-Unis des critiques
sévères. Aujourd’hui, celle que le chanteur Mick Jagger a
rebaptisée « la fille avec la laisse » regrette-t-elle ses
agissements ? Pas vraiment, s’il faut en croire une
entrevue accordée à la BBC.
PHOTO ARCHIVES AP
La
soldate américaine Lynndie England avait été condamnée à
trois ans de prison après avoir été reconnue coupable de
mauvais traitements, de complot et d’actes indécents sur
des détenus de la prison d’Abou Ghraib, près de Bagdad.
Dans un extrait de l’entretien diffusé hier sur le site de
l’émission Newsnight, l’ex-réserviste estime que les
humiliations qu’elle et ses collègues ont fait endurer aux
détenus n’étaient pas inacceptables puisqu’elles avaient
pour but de leur extirper d’importantes informations.
« En compa ra ison avec ce (que les Irakiens) nous
auraient fait, c’est presque rien. Si vous y pensez, au
même moment, (les Irakiens) coupaient la tête de nos gars.
Ils brûlaient leurs corps. Les traînaient dans les rues de
Badgad. Les pendaient à des ponts », affirme aujourd’hui
Lynndie England.
Selon
l’ex-militaire, les techniques utilisées pour « casser »
les détenus d’Abou Ghraib, sont monnaie courante même en
sol américain. « Tout le monde a passé à travers ce genre
de tactiques d’humiliation pendant les camps
d’entraînement de l’armée américaine », plaide celle qui
est aujourd’hui mère d’un jeune garçon.
Depuis que les cl ichés montrant Lynndie England t raîna
nt des détenus en laisse ont été rendus publics par
l’émission 60 Minutes en avril 2004, la vie de la jeune
soldate a été complètement bouleversée: elle a été
remerciée « avec déshonneur » de l’armée et a fait trois
ans de prison après avoir été reconnue coupable de mauvais
traitements, de complot et d’actes indécents. Mise en
liberté en 2007, elle affirme recevoir fréquemment des
menaces de mort.
Dans des entrevues précédentes accordées à d’autres
médias, Lynndie England, qui avait 21 ans au moment de la
prise des photos, a répété à maintes reprises n’avoir fait
que ce qui lui a été ordonné par ses supérieurs. Or, si
Mme England et six de ses pairs ont été reconnus coupables
par la cour martiale de mauvais agissements, aucun membre
de l’état-major n’a eu à répondre de ses actes.
Poursuite pour torture
Les juristes
qui ont aidé le gouvernement Bush à justifier des actes de
torture pourront être poursuivis en justice, a estimé hier un
tribunal de Californie. Le juge Jeffrey White de San Francisco
ouvre la voie à des actions légales pour les terroristes
condamnés aux États-Unis en vertu de ces textes. Il a refusé de
rejeter une plainte déposée par Jose Padilla contre John Yoo,
ancien responsable au ministère de la Justice sous George W.
Bush. Padilla a été emprisonné pour 17 ans sous le chef
d’accusation de terrorisme, après avoir été détenu quatre ans
comme suspect de terrorisme.
Le lourd
héritage de la torture - RICHARD HÉTU
Le président a
donné l’impression de vouloir ménager la chèvre et le chou
depuis le début de cet épisode.
Dès les 48 premières heures de sa présidence, Barack Obama a
signalé son intention de tirer un trait sur un des chapitres les
plus sombres de l’histoire américaine en annonçant la fermeture
des prisons secrètes de la CIA et en révisant les méthodes
d’interrogatoire de l’agence de renseignement afin d’y interdire
notamment la simulation de noyade.
Mais il ne se délivrera pas aussi facilement du lourd héritage
de la torture, comme le démontre depuis une semaine et demie la
fureur soulevée à droite et à gauche par sa décision de publier
des notes confidentielles sur les programmes d’interrogatoire de
suspects de terrorisme sous l’administration Bush.
La droite, menée par un Dick Cheney plus médiatique que jamais,
accuse le nouveau président de mettre en péril la sécurité des
États-Unis en levant le voile sur des pratiques qui, à son avis,
ont permis d’arracher de précieuses informations à des membres
d’Al-Qaeda.
La gauche, représentée notamment par l’organisation MoveOn. org,
réclame de son côté la nomination d’un procureur spécial pour «
enquêter et poursuivre les architectes du programme de torture
de l’ère Bush ». Il reviendra au ministre de la Justice, Eric
Holder, de trancher ces questions.
Pris entre deux feux, le président a donné l’impression de
vouloir ménager la chèvre et le chou depuis le début de cet
épisode. Au moment de publier les quatre notes internes du
ministère de la Justice, il a exprimé sa réticence envers des
poursuites, estimant que les ÉtatsUnis doivent « regarder de
l’avant, et non pas en arrière ». Son directeur de cabinet,
RahmEmanuel, a réitéré cette position dimanche dernier lors
d’une entrevue télévisée, soulevant la colère de plusieurs
organisations progressistes, dont MoveOn.
Réagissant sans doute à ce tollé, le président Obama a laissé la
porte ouverte mardi à des poursuites contre les avocats du
ministère de la Justice ayant rédigé, entre 2002 et 2005, les
notes confidentielles qui ont donné une couverture juridique à
l’emploi par la CIA de techniques d’interrogatoire assimilées à
des actes de torture (nudité, positions pénibles ou humiliantes,
perturbation du sommeil, lumières aveuglantes, musique
assourdissante, exposition à des températures extrêmes et
simulation de noyade).
Pas le choix
Mais pourquoi
donc l’administration démocrate a-t-elle décidé de publier ces
notes qui soulèvent une polémique susceptible de détourner
Barack Obama de ses priorités?
Parce qu’elle n’avait pas le choix, selon le président et
plusieurs de ses conseillers, dont le secrétaire à la Défense
Robert Gates. Sa décision découle d’une poursuite intentée par
l’association américaine de défense des libertés (ACLU), qui a
également invoqué la loi sur l’accès à l’information pour
obtenir la publication, d’ici au 28 mai, d’une quarantaine de
photos montrant des sévices pratiqués par du personnel américain
sur des prisonniers en Irak et en Afghanistan entre 2001 et
2006.
La plupart des informations contenues dans les notes
confidentielles du ministère de la Justice étaient déjà connues,
mais certains détails inédits ont apporté de l’eau au moulin des
critiques de l’administration Bush. On apprend notamment, dans
une note rédigée en 2005, que Khalid Sheik Mohamed, le cerveau
présumé des attentats du 11 septembre 2001, s’est vu infliger la
simulation de noyade à 183 reprises pour le seul mois de mars
2003. Un autre membre présumé d’Al-Qaeda, Abou Zoubaydah, l’a
subie 83 fois.
Comme l’ont rappelé les auteurs d’une enquête du Sénat publiée
mercredi, la simulation de noyade faisait partie des méthodes
utilisées par la Chine communiste pendant la guerre de Corée
pour arracher de fausses confessions aux soldats américains. En
fait, selon cette enquête, les États-Unis, sous l’ère Bush, ont
recyclé aux dépens de suspects de terrorisme des méthodes mises
au point dans les années 1950 pour aider les GI à résister à la
torture en cas de capture par des pays ennemis.
L’enquête du Sénat conclut notamment que Condoleezza Rice, du
temps où elle était conseillère à la sécurité nationale, et John
Ashcroft, ex-ministre de la Justice, font partie des
responsables américains ayant donné le feu vert en 2002, à la
demande de la CIA, au recours à la simulation de noyade, une des
formes de torture préférées des régimes despotiques, de
l’Inquisition espagnole à Pol Pot.
« Personne n’est au-dessus de la loi », a déclaré cette semaine
le ministre de la Justice actuel, qui a déjà rangé la simulation
de noyade parmi les actes de torture interdits par les lois
américaines et internationales.
N’en déplaise à Barack Obama, ce triste chapitre n’est donc
probablement pas clos.
L’injustifiable
- ANDRÉ PRATTE
La lecture des
notes de service du ministère américain de la Justice autorisant
les techniques d’interrogatoire de la CIA donne froid dans le
dos. Ces notes, émises en 2002 et en 2005, ont été rendues
publiques jeudi dernier, sur ordre du président Obama.
Les juristes y consacrent des dizaines de pages à écarteler les
textes de loi pour justifier l’injustifiable: le recours à des
méthodes violentes et dégradantes dans l’espoir de soutirer des
informations de présumés terroristes d’Al-Qaeda.
Les notes décrivent les méthodes en question avec une minutie et
une monotonie toutes bureaucratiques, comme s’il s’agissait de
règlements de zonage. Ainsi , la noyade simulée ne peut être
employée pendant plus de cinq jours dans un mois, deux fois par
jour. Durant chaque séance, la noyade ne peut être simulée plus
de six fois, pour une durée maximale à chaque simulation de 40
secondes.
Lorsqu’un détenu est arrosé, la température de l’eau ne doit pas
être inférieure à 41 degrés Fahrenheit. Si un détenu est dévêtu
aux fins de l’interrogatoire, il ne doit pas faire moins de 68
degrés Fahrenheit dans la pièce.
On peut
projeter un prisonnier contre un mur f lexible, conçu pour
accentuer le bruit du choc, « peut-être 20 à 30 fois » durant un
interrogatoire. La « gi f le faciale » et la « gifle abdominale
» sont également décrites en détail. De même pour le confinement
dans des pièces juste assez grandes pour permettre au détenu de
se tenir debout ou assis.
Les avis favorables du ministère de la Justice reposent sur la
condition que la CIA « respectera soigneusement toutes ces
lignes directrices ». Or, cette condition est naïve à l’extrême.
Comme l’écrivait Michael Ignatieff, qui avant de se lancer en
politique s’est longuement penché sur la question, « je ne vois
pas comment on peut gérer institutionnellement des techniques
coercitives d’interrogatoire pour empêcher qu’elles ne
dégénèrent en torture. »
On pourrait discuter longtemps de la nature des méthodes
décrites dans les notes de service: s’agit-il de torture ou non?
Peu importe: il est inévitable que, une fois la porte
entrouverte, les agents aillent plus loin, plus fort que ce
qu’ont autorisé les dociles juristes du ministère de la Justice.
On apprenait d’ailleurs hier que la noyade simulée a été
utilisée à 183 reprises contre un détenu et 83 fois contre un
autre.
La décision de Barack Obama de publier ces troublants documents
a été applaudie. Plusieurs sont cependa nt déçus du fait que la
Maison-Blanche a écarté toute poursuite contre les agents ayant
eu recours à ces méthodes coercitives et contre leurs
supérieurs. Cette décision est pourtant compréhensible. Si le
président avait ouvert la voie aux poursuites, il aurait exposé
son pays à d’interminables procédures judiciaires et à une
terrible guerre politique entre démocrates et républicains.
Cela dit , les Amér ica ins devraient s’assurer que le recours à
la torture ne dépende pas seulement des convictions (ou absences
de scrupules) d’une administration donnée. À cette fin, une
enquête permettant de tracer un portrait complet des techniques
telles qu’employées dans les cellules de la CIA ( plutôt que
dans les lignes directrices de l’agence), de même que de leur
efficacité réelle pourrait être fort utile.
Obama offre son « soutien total » au personnel de
la CIA
Un détenu soumis
183 fois à la simulation de noyade
— Le président Barack Obama a invoqué hier des « circonstances
exceptionnelles » pour défendre contre les critiques sa décision
de rendre publiques des notes rendant compte des méthodes
employées par la CIA pour faire parler les terroristes sous
l’administration Bush.
M. Obama, qui s’était rendu au siège de la CIA à Langley, près
de Washington, a aussi assuré au personnel de la grande agence
de renseignement qu’il avait son « soutien total » et qu’il
ferait tout pour protéger l’identité et la sécurité de ses
membres.
Au même moment, un examen attentif de ces notes internes mettait
au jour de nouveaux détails extraordinaires sur le recours à ces
méthodes dénoncées comme des actes de torture par leurs
détracteurs : par exemple le fait que le « cerveau » présumé des
attentats du 11 septembre 2001, Khalid Cheikh Mohammed, avait
été soumis 183 fois à la simulation de noyade en mars 2003 et
qu’un autre membre d’Al-Qaeda, Abou Zoubaydah, l’avait été à 83
reprises en août 2002.
« J’ai agi en premier lieu à cause des circonstances
exceptionnelles qui entouraient ces notes internes », a dit M.
Obama au siège de la CIA. Il a invoqué le fait que son
administration faisait face à une procédure judiciaire d’une
grande organisation de défense des libertés et qu’il serait «
très difficile de monter un système de défense efficace » contre
elle. Il a aussi invoqué le fait que, selon lui, une grande
partie de l’information contenue dans ces notes internes était
déjà sur la place publique.
Les quatre notes internes donnent la vision la plus détaillée à
ce jour d’un programme sur lequel l’administration Bush
s’employait à garder le secret.
Les critiques
La publication de ces notes a donné lieu à des critiques des
défenseurs et des opposants à ces techniques d’interrogatoire
autorisées après les attentats du 11 septembre.
Les adversaires
ont reproché à l’administration Obama d’écarter la possibilité
de poursuites contre ceux qui avaient procédé aux
interrogatoires, mais aussi contre ceux qui les avaient
autorisés.
Les défenseurs de cesméthodes se sont alarmés du risque que
l’administration Obama ne lie les mains de la CIA, qu’elle ne
crée un précédent et que des extrémistes n’exploitent cette
décision. Une des grandes inquiétudes causées par cette affaire
tient toujours à la protection des agents de la CIA contre la
révélation de leur identité et les poursuites.
« Il faut que vous sachiez que vous avez mon soutien total », a
dit M. Obama aux gens de la CIA.
Il a été chaudement applaudi à son arrivée.
Cependant, il a reconnu, qu’une inquiétude « compréhensible »
s’était exprimée dans les discussions qu’il avait eues avec de
hauts responsables de l’agence.
« Je me suis battu par le passé pour protéger la confidentialité
des informations classées secrètes, et je continuerai à le faire
à l’avenir. Et rien n’est plus important que de défendre
l’identité des agents de la CIA », a-t-il dit.
« Alors ne vous laissez pas décourager par ce qui s’est passé au
cours des dernières semaines. Ne vous laissez par décourager par
le fait que nous puissions avoir à reconnaître que nous avons
fait des erreurs », a-t-il dit en parlant des décisions de la
précédente administration.
Obama
sous un feu croisé de critiques
RÉVÉLATIONS SUR
LA CIA
« Appliquer les lois du pays ne devrait pas être une décision
politique. »
— Après la publication de notes internes révélant les
méthodes d’interrogatoire de l’ère Bush, l’administration Obama se
retrouve sous le feu croisé de critiques de la part d’associations
de droits de l’homme et de conservateurs mécontents.
PHOTOKEVIN LAMARQUE, ARCHIVES REUTERS
Le waterboarding, ou la simulation de noyade, que des
pacifistes avaient dénoncé en novembre 2007 à Washington, est
aujourd’hui reconnu par les États-Unis comme de la torture.
« Nous n’utiliserons plus ces techniques à l’avenir. Mais
nous défendrons absolument ceux qui se sont conformés à ces notes
internes et ces directives », a expliqué Dennis Blair, le
directeur du renseignement américain (DNI) de Barack Obama, dans
un communiqué.
Le président lui-même a affirmé que les agents de la CIA
chargés des interrogatoires « ont fait leur devoir ».
Il n’en fallait pas plus pour irriter les associations de
droits de l’homme qui réclament des comptes depuis des mois.
« Le département de la Justice semble offrir un sauf-conduit
de sortie de prison à des individus qui, selon le ministre de la
Justice Eric Holder lui-même, étaient impliqués dans des actes de
torture », s’insurge le directeur général d’Amnistie
internationale Larry Cox. « Les lois n’ont de sens que si elles
sont appliquées. Les États-Unis ont des lois qui interdisent la
torture », dit-il.
Le Center for Constitutionnal Rights (CCR) estime que « c’est
une des plus grandes déceptions de cette administration qui semble
réticente à faire respecter la loi là où des crimes ont été commis
par d’anciens responsables ».
Le CCR précise que ce sont les « responsables de haut niveau
qui ont conçu, justifié et ordonné le programme de torture (...)
qui doivent être traduits en justice ».
Par ailleurs, l’Association américaine de défense des
libertés publiques (ACLU) a qualifié d’« intenable » la position
du président Obama sur l’absence de poursuites. « Appliquer les
lois du pays ne devrait pas être une décision politique », ajoute
l’ACLU dans un communiqué.
De leur côté, les anciens du camp Bush n’épargnent pas M.
Obama, mais pour des raisons bien différentes.
Deux hauts responsables de l’ancienne administration ont
dénoncé la publication des notes internes, qui informent les
terroristes et affaiblissent l’espionnage américain.
« La publication de ces notes n’était pasnécessaire en termes
de droit et n’est pas saine en termes de politique », affirment
l’ancien directeur de la CIA, le général Michael Hayden, et
l’ancien ministre de la Justice Michael Musakey dans un éditorial
du Wall Street Journal.
« Avec la révélation de ces techniques, les terroristes sont
assurés d’être informés des limites absolues à l’intérieur
desquelles les États-Unis agissent pour obtenir des informations.
Ils peuvent donc adapter leur entraînement et affaiblir
l’efficacité de ces techniques », ajoutent-ils.
Fermeture retardée?
Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a estimé
hier qu’il allait être « difficile » de fermer la prison de
Guantánamo le 22 janvier prochain, comme s’y est engagé le
président Barack Obama. Pas moins de 223 personnes suspectées
d’activités terroristes sont encore incarcérées dans ce centre de
détention situé dans l’île de Cuba. En entrevue à ABC, Robert
Gates a tenté de minimiser l’importance de la date butoir fixée
par Barack Obama.
Les détenus du « Guantánamo afghan » ont
maintenant des droits
WASHINGTON —
Les ÉtatsUnis vont accorder des droits aux quelque 600
prisonniers du centre de détention américain de Bagram,
parfois surnommé le « Guantánamo afghan », en leur permettant
de contester leur détention, alors qu’ils n’avaient jusqu’ici
pas même accès à leur dossier.
Le Pentagone a annoncé, hier, que ces hommes, enfermés parfois
depuis des années sans recours, allaient bénéficier de l’aide
d’un responsable militaire américain pour rassembler preuves
matérielles et témoignages. Ils pourront ensuite plaider leur
cause, voire convoquer des témoins, devant un conseil
militaire chargé de réexaminer les dossiers.
« Il s’agit d’une procédure de réexamen afin de garantir que
les détenus sont présentés à intervalles réguliers devant un
conseil où ils peuvent contester leur détention », a assuré le
porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman, en précisant que les
mesures étaient en phase de mise en oeuvre.
« C’est une pratique que nous avions mise en place en Irak
pour nous aider à gérer la population des détenus et au bout
du compte la réduire, en nous assurant que nous ne gardions
que les personnes les plus dangereuses », a précisé M.
Whitman.
La pr i son
de Bagram, située sur la base aérienne du même nom au nord de
Kaboul, doit être remplacée cet automne par un large complexe
pénitentiaire.
Prisonniers de guerre
Cont ra i rement à ceu x de Guantánamo, ses détenus,
considérés comme des prisonniers de guerre arrêtés sur le
champ de bataille, ne disposent pas des services d’avocats et
ne savent pas quelles charges l’armée américaine retient
contre eux.
En juillet, ils avaient été plusieurs centaines à entamer un
mouvement de protestation, exprimant leur crainte d’être
incarcérés « indéfiniment ».
Ils refusaient notamment de participer aux conversat ions
vidéotéléphoniques ou de recevoi r la vi site de leurs
familles, dans le cadre d’un programme de la Croix-Rouge.
La ville qui veut les détenus de Guantánamo -
RICHARD HÉTU
Le président
américain Barack Obama a ordonné la fermeture de la prison de
Guantánamo d’ici le 22 janvier 2010. Que faire des 229 détenus
qui s’y trouvent ? Standish, petite ville du Michigan, offre
une réponse étonnante en proposant de les accueillir.
STANDISH, Michigan — Un scénariste hollywoodien pourrait
trouver à Standish, petite ville du Michigan située sur les
rives du lac Huron, la matière à une version très américaine
de La grande séduction.
PHOTO MICHAEL RANDOLPH,
ASSOCIATED PRESS
Les quelque 1500 habitants de cette communauté ne sont pas
désespérément à la recherche d’un médecin, comme ceux de la
bourgade du film québécois. Ils ont plutôt un urgent besoin de
détenus.
Le plus important employeur de Standish est une prison de
haute sécurité construite en 1990 pour accueillir les pires
criminels de l’État. Or, ce centre de détention doit fermer
ses portes le 1er octobre, faute de prisonniers en nombre
suffisant.
D’où la cour pressante que font les responsables municipaux
aux autorités fédérales pour les convaincre de transférer chez
eux des détenus de la prison de Guantánamo, dont le président
américain Barack Obama a ordonné la fermeture d’ici le 22
janvier 2010.
«Si une ville américaine doit tirer profit de l’accueil de ces
détenus, je voudrais que ce soit la mienne», indique le maire
de Standish, Kevin King, qui se dit convaincu d’exprimer
l’opinion d’une majorité de ses concitoyens sur ce sujet.
Mais les opposants au transfert de détenus de Guantánamo à
Standish parlent fort et évoquent les pires scénarios.
«Rien ne pourra empêcher un allié des terroristes de menacer
de faire sauter l’école secondaire durant une partie de
basketball afin d’obtenir la libération de ses compagnons»,
lance Paul Piche, un des gardiens de la prison de Standish. «
Nous voulons des touristes, pas des terroristes »,
ajoute-t-il.
Un impact dévastateur
Disons que les touristes ne sont guère nombreux ces temps-ci à
Standish, dont l’un des deux motels est carrément miteux. Sur
l’artère principale de la ville – une route à quatre voies le
long de laquelle les piétons ne s’aventurent pas –, les
magasins à un dollar côtoient les McDonald’s, Taco Bell et
autres fleurons de la restauration rapide et du commerce bon
marché.
Dans le secteur résidentiel de la municipalité, des affiches
«À vendre» se dressent devant plusieurs maisons, dont
certaines ont été saisies. Le tableau permet de mieux
comprendre la réaction favorable des responsables municipaux à
la possibilité de sauver la prison locale en y accueillant des
détenus de Guantánamo, dont soit 33% de son budget. Si la
prison ferme, tout cela disparaîtra. L’impact sur les finances
et l’économie de la municipalité serait dévastateur.»
Le centre de détention de Standish n’est pas l’unique lieu
envisagé par les autorités fédérales pour le transfert de
détenus de Guantánamo. La prison militaire de Fort
Leavenworth, au Kansas, fait également partie des options à
l’étude, mais cette à croire que la plupart d’entre eux sont
favorables à cette éventualité ou s’y résignent.
« J ’étais en faveu r de la construction de la prison il y a
20 ans et je suis pour qu’elle reste ouverte, dit Ruth
Caldwell, propriétaire d’une boutique de cadeaux. Et si elle
doit accueillir des détenus de Guantánamo pour rester ouverte,
eh bien, qu’il en soit ainsi. En tant que contribuable et
propriétaire « La prison emploie plus de 300 personnes dans
une ville où le taux de chômage dépasse 17 %. De son côté, la
municipalité a un contrat de service pour l’eau et les égouts
avec la prison qui lui rapporte 36 000 $ par mois, soit 33 %
de son budget. Si la prison ferme, tout cela disparaîtra. »
certains sont accusés d’avoir participé au complot terroriste
du 11 septembre 2001.
« Nous voyons
la situation d’un point de vue purement économique», dit le
directeur de la municipalité, Michael Moran. «La prison
emploie plus de 300 personnes dans une ville où le taux de
chômage dépasse 17%. De son côté, la municipalité a un contrat
de service pour l’eau et les égouts avec la prison qui lui
rapporte 36 000$ par mois, solution ne semble pas avoir de
partisans parmi les élus et les citoyens de cet État.
Favorables ou résignés
Aucun sondage scientifique n’a été mené auprès de la
population de Standish pour mesurer l’appui réel au transfert
de détenus de Guantánamo dans la prison locale, qui se trouve
aux abords de la ville. Cependant, après avoir parlé à
plusieurs citoyens, on est porté d’un commerce, je sais que
nous avons besoin de cette prison.»
La nouvelle vocation du centre de détention de Standish
risquerait de bouleverser la vie professionnelle de Ronald
Schwab, dont la clinique vétérinaire se trouve à moins d’un
demi-kilomètre de la prison de Standish. Selon la rumeur, le
vétérinaire et ses voisins immédiats, dont deux garderies et
un salon de coiffure pour dames, pourraient être expropriés
par le ministère de la Défense, qui voudrait élargir la zone
sécuritaire autour de la prison.
Mais cette possibilité ne provoque pas plus qu’u n haussement
d’épaules chez le vétérinaire.
« Je pense que plusieurs personnes sont aussi résignées que je
le suis, dit-il entre deux consultations. Le gouvernement
fédéral peut faire ce qu’il veut. Cela dit, nous avons dépensé
une somme astronomique pour construire cette prison. Ce serait
scandaleux de la fermer après seulement 19 ans.»
Les opposants au transfert de détenus de Guantánamo à Standish
ont eu l’occasion de se faire entendre le 20 août à l’occasion
d’une réunion publique organisée par un représentant
républicain du Michigan, Peter Hoekstra, qui fait campagne
pour devenir gouverneur de l’État.
David Munson est au nombre des citoyens de Standish qui ont
été convaincus par les arguments du républicain, qui est
opposé, comme plusieurs élus de son parti, à tout transfert de
détenus de Guantánamo en sol américain.
«Ils sont différents des prisonniers que nous avons ici, dit
Munson, propriétaire d’un bar. Ils veulent tuer le plus grand
nombre d’Américains possible. S’ils viennent ici, Standish
deviendra une cible facile.»
Les gardiens de la prison de Standish tiennent le même
discours. Il faut dire qu’un changement de vocation du centre
de détention signifierait probablement pour les plus âgés
d’entre eux une mutation dans une autre ville et un
licenciement pour les plus jeunes. Les plus âgés comme les
plus jeunes seraient remplacés par des centaines de militaires
qui vivraient avec leurs familles parmi la population civile
de Standish.
Mais le discours de la peur semble avoir un impact limité.

« J’ai l’impression de reviv re le même débat qu i a précédé
l’ouverture de la prison », dit Elyse Sanford, dont le salon
de coiffure avoisine le centre de détention. « On avait tenté
de nous faire peur avec des scénarios qui ne se sont jamais
réalisés. »
« Ils ont adoré la prison » - RICHARD HÉTU
S TA N D I S H
, M i c h i g a n — Après avoir consacré la journée du 13 août
à la visite de la prison de Standish, les responsables
gouvernementaux et militaires ont répondu pendant une heure et
quart aux questions des autorités locales.
«À la t oute fin, je leu r a i demandé s’ils avaient aimé la
prison », s’est souvenu le maire de Standish, Kevin King, lors
d’une entrevue. « La réponse était unanime. Ils ont adoré la
prison. »
Les 30
responsables gouvernementaux représentaient les différents
départements engagés dans le dossier de Guantánamo, dont la
Justice, la Défense et la Sécurité intérieure. Leur visite à
Standish s’est faite dans le cadre d’un projet visant à réunir
les détenus de Guantánamo dans un même endroit. Celui-ci
associerait prison de haute sécurité pour les détenus
poursuivis en justice ou jugés trop dangereux pour être
libérés, centre de rétention pour ceux en attente d’être
relâchés dans un pays tiers, et salles d’audience pour
organiser les procès sur place.
L’administration Obama n’écarte pas la possibilité d’envoyer
les détenus de Guantánamo qui peuvent être inculpés devant les
tribunaux de droit commun de New York, de Washington ou
d’Alexandria, où plusieurs procédures antiterroristes ont déjà
eu lieu.
« Nous attendons la décision », a déclaré le maire de Standish
sur le ton d’un soupirant.
600 LITS POUR 229 DÉTENUS
> Même si tous les 229 détenus de Guantánamo
aboutissaient à Standish, les autorités ne devraient pas avoir
trop de mal à les loger. La prison de haute sécurité du Michigan
compte 600 lits répartis dans six unités. > Équipé de
centaines de caméras, de détecteurs de mouvement et de pression
et de grilles de cinq mètres de haut couronnées par des barbelés
militaires, le centre de détention n’a pas vu un seul de ses
prisonniers s’échapper depuis son ouverture, il y a 19 ans. >
Un total de 215 terroristes internationaux et 127 locaux sont
détenus dans des prisons américaines, dont quelques-uns des plus
célèbres – Ramzi Yousef, Richard Reid et Ted Kaczynski – se
trouvent dans l’établissement de très haute sécurité de
Florence, au Colorado.
QUE FAIRE DE GUANTÁNAMO?
Fermer
Guantánamo est plus facile à dire qu’à faire. C’est visiblement
ce que constatent les collaborateurs du président américain
Barack Obama, qui s’est donné comme objectif de fermer la
tristement célèbre prison d’ici le 22 janvier 2010. « Nous
passons en revue le cas de chacun des détenus... afin de juger
si, oui ou non, ils doivent faire l’objet d’un procès... (ou)
être libérés », a expliqué le viceprésident des États-Unis, Joe
Biden, le mois dernier. Il faut aussi déterminer où iront les
prisonniers qui ne seront pas libérés lorsque Guantánamo sera
chose du passé. Selon le Washington Post, deux scénarios sont
actuellement à l’étude. Les détenus pourraient être transférés
dans une prison militaire au Kansas ou dans un établissement de
haute sécurité au Michigan. Celui-ci a d’ailleurs reçu la visite
de responsables de l’administration Obama cette semaine. La
Maison-Blanche devra aussi convaincre le Congrès du bien-fondé
de cette initiative. Car jusqu’ici, les parlementaires refusent
de laisser entrer les prisonniers de Guantánamo en sol
américain.
Les États-Unis réfléchissent à
l’après-Guantánamo
De
nombreux élus ont exprimé leur inquiétude de voir
arriver ceux que l’administration Bush a présentés
pendant sept ans comme « les pires des pires »
terroristes.
— Les États-Unis envisagent de déplacer les détenus de
la prison de Guantánamo, arrêtés dans le cadre de la «
guerre contre le terrorisme », vers une prison spéciale
qui accueillerait également des salles d’audience, a
indiqué hier le quotidien américain The Washington Post.
La Maison-Blanche a cependant assuré hier qu’« aucune dé
c i s i on dé f i n i t i ve n’e s t arrêtée ».
Selon le Post , qui cite des sources gouvernementales
anonymes, la prison sera gérée par les ministères de la
Défense, de la Justice et de la Sécurité intérieure,
chacun d’eux étant responsable de différents détenus.
Les deux premiers ministères se partageraient la charge
des détenus condamnés par la justice et de ceux que
l’administration ne peut pas inculper mais qu’elle juge
trop dangereux pour les libérer.
Le dernier ministère s’occuperait des hommes en instance
d’immigration, c’est-à-dire dont la libération a été
autorisée mais qui attendent qu’un pays tiers accepte de
les accueillir.
Salles d’audience
La prison abriterait des salles d’audience dans
lesquelles seraient organisés les procès de droit commun
ou les procès devant des tribunaux militaires
d’exception. L’objectif est de limiter au maximum le
nombre de transferts, donc les risques d’évasion,
précise le quotidien.
Dans
l’attente d’un plan complet et précis sur l’avenir du
centre de détention de Guantánamo, le Congrès américain
a temporairement interdit au président Obama, en juin,
d’en accueillir le moindre détenu sur le sol américain.
De nombreux élus ont exprimé leur inquiétude de voir
arriver dans leurs circonscriptions ceux que
l’administration Bush a présentés pendant sept ans comme
« les pires des pires » terroristes.
Lieux à l’étude
Parmi les lieux à l’étude, selon le quotidien, figurent
la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, où
existent de fortes réticences locales, et une prison de
haute sécurité dans l’État du Michigan, dont la
fermeture est actuellement envisagée.
Interrogé sur la possibilité que cette prison soit
choisie, le porteparole de la Maison-Blanche Robert
Gibbs a assuré hier: « Je ne sais pas à quel stade ils
en sont dans le choix de sites particuliers, mais ce qui
est sûr, c’est qu’aucune décision définitive d’aucune
sorte n’a été arrêtée. »
« La f e r me t u r e de Guantánamo sera un geste vide
de sens si nous la rouvrons ailleurs sous un autre nom
», a réagi dans un communiqué Jameel Jaffer, avocat
auprès de la puissante association américaine de défense
des libertés civiles ACLU.
Le président Barack Obama a ordonné par décret la
fermeture de la prison de Guantánamo, où sont encore
détenues 229 personnes soupçonnées de terrorisme, d’ici
à janvier 2010.
ÉTATS-UNIS Des détenus de Guantánamo
transférés ?
L’administration Obama envisage de créer un tribunal au
sein d’un centre de détention aux États-Unis pour loger
des terroristes présumés, combinant des structures de
détention militaires et civiles dans une prison à haute
sécurité. Selon plusieurs hauts responsables américains,
l’administration Obama pourrait installer ce centre de
détention dans une prison à haute sécurité qui doit
bientôt fermer ses portes au Michigan, ou dans un
pénitencier militaire construit il y a 134 ans à Fort
Leavenworth, au Kansas. Ce centre de détention pourrait
accueillir les 229 détenus actuels de la prison de
Guantánamo, àCuba: membres présumés d’Al-Qaeda, talibans
et combattants étrangers.
Le duel de Washington - RICHARD HÉTU
Obama : « Guantánamo a aidé Al-Qaeda »
— Pas
question de faire marche arrière. La prison de Guantánamo
sera fermée d’ici au 20 janvier 2010. Et plusieurs de ses
détenus seront transférés vers les États-Unis, n’en
déplaise aux critiques de cette politique.
« Au lieu de servir d’outil pour contrer le terrorisme,
Guantánamo est devenue un symbole qui a aidé Al-Qaeda à
recruter des terroristes », a déclaré Barack Obama, hier
matin, lors d’un discours majeur sur la sécurité
nationale. « Le coût que nous aurions à payer en
maintenant Guantánamo ouvert dépasserait de loin les
complications que pose sa fermeture. Nous sommes en train
de nettoyer ce qui est tout simplement un gâchis », a-t-il
ajouté.
Répondant à ses critiques de droite et de gauche, le
président démocrate a également défendu avec vigueur sa
décision de renoncer aux techniques d’interrogatoire «
accrues » approuvées sous l’administration Bush pour faire
parler les suspects de terrorisme, ainsi que celle de
rétablir, dans un nouveau cadre judiciaire, les tribunaux
militaires d’exception mis en place par son prédécesseur
républicain.
« Je crois de tout mon être que nous ne pouvons pas
assurer, à long terme, la sécurité de ce pays, à moins de
faire appel au pouvoir de nos valeurs les plus
fondamentales », a-t-il dit dans son discours prononcé aux
Archives nationales à Washington.
M. Obamab a livré ce discours au lendemain d’un vote du
Sénat lui refusant les fonds pour la fermeture de Guantánamo
et le transfert des détenus tant qu’il n’aura pas soumis de
plan détaillé à ce sujet.
Le président n’a pas présenté de tel plan, choisissant
plutôt de défendre les principes qui guident ses décisions
en matière de sécurité nationale. Ce faisant, il a renvoyé
dos à dos ses critiques de droite et de gauche, précisant
que « les Américains ne sont pas des absolutistes ».
Le chef de la Maison-Blanche a accusé les critiques de la
fermeture de Guantánamo d’entretenir une « peur
irrationnelle » concernant le transfert de certains suspects
de terrorisme vers des prisons de haute sécurité aux
États-Unis.
« Gardez ceci à l’esprit: personne ne s’est jamais échappé
de l’une de nos prisons fédérales dites "supermax", dans
lesquelles sont enfermés des centaines de terroristes »,
a-t-il dit.
Le président a en outre promis de ne jamais libérer « des
gens qui représentent un danger pour les Américains ». Il
n’a ainsi pas écarté la possibilité que certains détenus ne
pouvant être jugés mais continuant à être dangereux puissent
être placés en détention préventive.
« Je serai franc: c’est la question la plus difficile à
laquelle nous ferons face », at-il dit.
Cheney : « Il n’y a pas de
demi-mesures »
— Cachant
mal sa colère et son amertume derrière un ton sarcastique,
Dick Cheney a présenté hier à Washington un véritable
réquisitoire contre Barack Obama et ses politiques
antiterroristes.
« L’administration a découvert qu’il est facile de se
faire applaudir en Europe grâce à la fermeture de
Guantánamo. Mais il est difficile de trouver une solution
de rechange qui serve les intérêts de la justice et de la
sécurité nationale de l’Amérique », a-t-il déclaré lors
d’un discours devant l’American Entreprise I nst itute, un
laboratoi re d’idées néo-conservatrices.
L’ancien vice-président des États-Unis a pris la parole
dès la fin du discours du président démocrate. Son
allocution sur la sécurité nationale avait été annoncée la
semaine dernière. Il ne faut sans doute pas voir comme une
coïncidence la décision du chef de la Maison-Blanche
d’aborder le même sujet, le même jour.
Le réquisitoire de Dick Cheney ne comportait aucune
expression de regret pour les décisions controversées de
l’administration Bush ni de sympathie pour la complexité
des défis dont le nouveau président a hérité.
Comme elle l’a fait sur de nombreuses tribunes au cours
des dernières semaines, l’ancienne éminence grise de
George W. Bush a accusé le président Obama de mettre en
danger la sécurité de son pays, notamment par ses
décisions de fermer la prison de Guantánamo et de tourner
le dos aux méthodes d’interrogatoire « accrues »
approuvées sous l’administration républicaine pour faire
parler les suspects de terrorisme.
Selon Dick
Cheney, le débat autour de ces techniques assimilées à la
torture ne peut que réjouir les ennemis des États-Unis.
« Quand ils voient le gouvernement forcé de se défendre
sur la question des interrogatoires, les terroristes
voient se réaliser leur souhait, à savoir la disparition
de notre unité, l’ébranlement de note détermination et la
distraction de nos dirigeants. Bref, ils voient la
faiblesse comme une occasion », a-t-il déclaré, tout en
dénonçant l’« indignation feinte » et le « moralisme bidon
» des critiques des méthodes d’interrogatoire.
« Dans le combat contre le terrorisme, il n’y a pas de
demi-mesures », a-t-il ajouté.
Un constat qui, selon lui, s’applique au dossier de
Guantánamo.
« Je pense qu’à la réflexion, le président va se rendre
compte que transférer les pires terroristes au coeur des
États-Unis sera source de grand danger, et qu’il le
regrettera dans les prochaines années », a-t-il dit.
L’ancien vice-président a fait allusion aux attentats
terroristes du 11 septembre 2001 à 25 reprises, lors de
son discours, se félicitant notamment du fait que les
États-Unis n’aient pas été frappés de nouveau depuis cette
date.
De l’argent pour la guerre, mais pas pour
Guantánamo
— Le Sénat
américain a adopté hier soir un projet de budget
supplémentaire pour 2009 de 91,3 milliards de dollars pour
financer les guerres en Irak et en Afghanistan, tout en
refusant au président Barack Obama les fonds qu’il réclamait
pour la fermeture de Guantánamo.
Les sénateurs ont adopté le budget par 86 voix contre 3,
après plusieurs jours d’un débat portant essentiellement sur
le sort des 240 détenus de la prison située dans l’île de
Cuba. Mercredi, ils avaient adopté un amendement par 90 voix
contre 6 visant à interdire d’accorder des fonds pour la
fermeture de Guantánamo.
Hier, le président Obama a affirmé dans un discours sa
détermination à fermer le camp de détention de Guantánamo
comme il s’y est engagé et a défendu l’idée de transférer
des détenus du camp de Guantánamo vers des prisons de haute
sécurité aux États-Unis, malgré l’inquiétude soulevée au
Congrès et dans l’opinion publique par la perspective d’un
transfert de ces prisonniers sur le sol américain.
« Gardez ceci à l’esprit: personne ne s’est jamais échappé
de l’une de nos prisons fédérales (dites) supermax, dans
lesquelles sont enfermés des centaines de terroristes »,
a-t-il dit.
Sous la
pression de certains républ icains, qui réclament le
maintien de la prison de Guantánamo, les leaders démocrates
du Sénat avaient annoncé mardi qu’ils ne fourniraient pas
les 80 millions de dollars demandés par le président Barack
Obama, tant qu’ils ne disposeraient pas d’un plan précis.
« Les démocrates du Sénat ont hâte d’examiner les détails du
plan de l’administration lorsqu’il sera disponible et de
travailler avec le président à la sécurité des Américains et
à traduire en justice ceux qui cherchent à nous atteindre »,
a indiqué hier le patron démocrate du Sénat Harry Reid.
De son côté, le chef de la minorité républicaine Mitch
McConnell a déclaré hier devant le Sénat qu’il « est clair
pour les républicains et les démocrates au Congrès que
l’administration n’a pas de plan actuellement pour fermer
Guantánamo, et fermer sans plan est inacceptable ».
Le budget supplémentaire approuvé par le Sénat pour 2009
doit financer les guerres en Irak et en Afghanistan jusqu’au
30 septembre. Il contient notamment 18 milliards pour les
personnels militaires et 21,9 milliards pour le remplacement
de matériel militaire.
GUANTÁNAMO - Cheney critiqué dans son propre camp
— Deux
anciens membres de l’équipe de sécurité nationale du
président américain George W. Bush, dont l’actuel secrétaire
à la Défense, ont rejeté les propos de l’ancien
vice-président Dick Cheney, qui a critiqué jeudi l’intention
de Barack Obama de fermer Guantánamo.
L’administration Obama est obligée de fermer la prison
controversée car celle-ci « entache » l’image des
États-Unis, a estimé le chef du Pentagone, Robert Gates,
maintenu dans ses fonctions par le président américain
Barack Obama après avoir servi dans l’administration Bush,
dans une interview diffusée hier par la chaîne de télévision
NBC.
Le centre de détention américain situé à Cuba « est
probablement l’une des meilleures prisons du monde
actuellement », a souligné M. Gates, « mais il entache »
l’image des États-Unis et « son seul nom est une
condamnation » des pratiques antiterroristes américaines,
a-t-il jugé sur la chaîne de télévision NBC.
Il a
défendu le souhait exprimé jeudi par le président Obama de
transférer certains détenus de Guantánamo dans des prisons
américaines, malgré la vive controverse que suscite cette
perspective.
L’ancien ministre à la Sécurité intérieure de
l’administration Bush, Tom Ridge, a lui aussi désavoué
l’ex-vice-président dans un entretien devant être diffusé
demain sur CNN, et dont des extraits ont été publiés hier.
« Je suis en désaccord avec Dick Cheney » sur le fait de
dire que les États-Unis sont moins sûrs à cause des
décisions prises par l’actuel président, a-t-il affirmé,
tout en soulignant qu’il rejetait également les propos de
M. Obama selon lesquels l’administration précédente «
fondait ses décisions sur la peur ».
GUANTÁNAMO -
Le casse-tête d’Obama
Jusqu’à 100 détenus pourraient n’être ni libérés ni
poursuivis
— Entre 50 et 100 détenus de Guantánamo sont jugés trop
dangereux pour être libérés mais sans qu’il soit possible de
les inculper, selon le secrétaire américain à la Défense, qui
met le doigt sur une inextricable situation juridique et
diplomatique pour l’administration Obama.
« La question est de savoir ce que nous allons faire des 50 à
100 (détenus) que nous ne pouvons ni libérer ni juger » devant
des tribunaux américains, qu’ils soient civils ou militaires,
a-t-il affirmé hier lors d’une audition au Congrès.
M. Gates a dans le même temps demandé au Congrès un budget
exceptionnel de 50 millions de dollars « qui nous permettrait
d’entreprendre des constructions si nous en avions besoin pour
ces détenus ».
Le président Barack Obama a décrété la fermeture du centre de
détention de Guantánamo d’ici janvier 2010, cette enveloppe
pourrait financer la construction d’une nouvelle aile au sein
d’un prison américaine existante pour recevoir des détenus, a
précisé un responsable militaire sous le couvert de
l’anonymat.
Tout en
précisant que le ministère de la Justice était chargé de
réexaminer la totalité des dossiers des détenus, un par un, le
secrétaire à la Défense a assuré que « nous avons commencé à
discuter cette semaine des détenus qui ne peuvent être
transférés vers d’autres pays et ne peuvent être traduits
devant des cours fédérales ».
Interrogé par l’AFP, un porte-parole du ministère américain de
la Justice a refusé de commenter les propos de M. Gates. Le
ministère de la Justice demande au Congrès 30 millions pour
mener à bien cette tâche. L’existence d’une « troisième »
catégorie de détenus faisait déjà partie de la rhétorique du
Pentagone sous l’administration Bush, observe Sharon Bradford
Franklin, experte auprès du Constitution Project à Washington.
Mais, « comment sait-on que quelqu’un est dangereux »,
objecte-t-elle.
« Si c’est à partir d’éléments recueillis sous la torture,
nous savons que ce n’est pas entièrement fiable et si ce n’est
pas sur cette base, s’il existe des preuves crédibles, alors
ne devrions-nous pas les réunir et être en mesure d’inculper
cette personne ? », explique-t-elle.
« Très peu de détenus pourront être poursuivis » parce que les
preuves contre eux sont très fragiles, estimede soncôté le
major Barry Windgard, qui défend Fayiz al-Kandari, un
Koweïtien inculpé de « complot » et de « soutien matériel au
terrorisme ». En 25 ans de carrière, il certifie n’avoir «
jamais vu des éléments à charge aussi fragiles pour justifier
une incarcération illimitée ».
PRISON DE GUANTÁNAMO - Obama devra refaire ses
devoirs - Richard Hétu
COLLABORATION
SPÉCIALE NEW YORK— De toute évidence, il est plus facile de
promettre de fermer le camp de détention de Guantánamo que de
le faire. Barack Obama en a eu une autre preuve, hier, lorsque
les démocrates du Sénat, emboîtant le pas de leurs collègues
de la Chambre des représentants, ont refusé d’accorder au
Pentagone les fonds nécessaires au transfert des détenus de la
prison controversée vers les États-Unis.
Les
détenus de Guantánamo doivent patienter encore quelques mois
avant de connaître leur prochaine destination.
La décision a été prise hier matin par les démocrates d’une
commission du Sénat chargée de superviser les dépenses
militaires et diplomatiques des États-Unis en Irak et en
Afghanistan. Ces démocrates ont donc cédé aux pressions des
républicains du Congrès, qui ont récemment fait campagne
contre la fermeture du camp de détention de Guantánamo, la
base navale américaine située à Cuba.
Le président avait demandé 80 millions pour la fermeture de la
prison d’ici le 22 janvier 2010. Selon le sénateur démocrate
de l’Illinois, Dick Durbin, il devra présenter un plan
détaillé sur le sort des prisonniers avant le déblocage de ces
fonds.
« L’administration n’a pas présenté un programme à ce
stade-ci, a dit le sénateur Durbin, numéro deux de son parti
au Sénat. Je pense que Guantánamo doit être fermé et nous
devons attendre les directives du président sur ce qui
arrivera aux détenus. On nous demandait auparavant de défendre
l’inconnu. »
Les républicains jubilent
Et les républicains du Congrès n’ont pas manqué de faire de
cette question leur cheval de bataille. Un élu du Kansas, où
se trouve la prison militaire de Leavenworth, un des lieux
possibles d’incarcération, a proposé, la semaine dernière,
l’adoption d’un texte intitulé « Loi pour garder les
terroristes hors d’Amérique ».
De son
côté, le chef de file de la minorité républicaine de la
Chambre a incité les parlementaires à approuver ce projet de
loi, « car nos électeurs ne veulent pas de ces terroristes
dans leur voisinage », a-t-il dit.
Le texte a été défait, mais les républicains ont promis de
revenir à la charge.
Malgré les résistances du Congrès, l’administration Obama a
réitéré hier sa volonté de fermer la prison de Guantánamo
d’ici 2010. « D’après ce que je sais, tout est en bonne voie
pour fermer le centre de détention dans les délais impartis
par le président par voie de décret », a déclaré le
porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, lors d’une
conférence de presse. « Je ne vois rien indiquant que cette
date risque de ne pas être respectée. »
Un groupe de travail piloté par le ministère de la Justice a
été chargé de réexaminer les dossiers des quelque 240
suspects de terrorisme emprisonnés à la base navale. Il
s’agit d’abord de déterminer lesquels seront rapatriés dans
leur pays ou transférés dans un pays tiers.
Le groupe de travail doit ensuite décider si les détenus
restants doivent être inculpés devant des tribunaux
fédéraux, des cours martiales ou devant les tribunaux
militaires d’exception, dont le rétablissement a été annoncé
par le président Obama la semaine dernière.
Le groupe devra enfin déterminer où ces suspects de
terrorisme seront détenus après la fermeture de Guantánamo.
Le président Obama doit prononcer un discours demain sur la
fermeture du centre.
L’AFGHANISTAN VEUT RAPATRIER UN AFGHAN
TORTURÉ À GUANTANAMO
L’Afghanistan a demandé aux ÉtatsUnis le rapatriement
d’un Afghan de 19 ans, envoyé à Guantánamo alors qu’il n’avait
12 ans, selon un procureur de l’État afghan. D’autres avocats
ont affirmé qu’il avait été torturé dans la prison américaine.
À l’âge de 12 ans, Mohammad Jawad avait été arrêté par la
police afghane en décembre 2002 pour avoir lancé une grenade
qui avait blessé deux soldats américains. Il avait ensuite été
livré à l’armée américaine et transféré au début de l’année
2003 à Guantánamo où il se trouve toujours. « Il n’y a aucun
doute que Jawad a été torturé alors qu’il était aux mains du
gouvernement américain pendant les sept dernières années », a
lancé son avocat, Eric Montalvo, un commandant du corps des
marines américains désigné par le département américain de la
Défense.
GUANTÁNAMO Un 2e détenu jugé aux États-Unis ?
Le
gouvernement américain veut traduire devant un tribunal de
droit commununAfghan arrêté alors qu’il était mineur, faisant
de lui le deuxième prisonnier de Guantánamo jugé sur le sol
américain. Arrêté en 2002 pour avoir lancé en Afghanistan une
grenade sur un convoi américain, le jeune homme avait alors 16
ou 17 ans selon le Pentagone, mais seulement 12 selon le
gouvernement afghan et ses avocats. Par ailleurs, des
chercheurs américains dénoncent l’absence d’éthique
professionnelle qui a présidé aux décisions médicales dans la
prison de Guantánamo et le rôle de l’armée américaine dans ces
manquements, dans une étude publiée jeudi par The Lancet.
Obama cautionne le retour des tribunaux à la
Guantánamo
En arrivant au
pouvoir, Barack Obama s’est empressé de désavouer
l’administration Bush en signant un décret qui ordonnait la
fermeture de la prison de Guantánamo. Il a aussi suspendu les
commissions militaires, les tribunaux d’exception qui y
sévissent. Q
QQue R
À
Guantánamo, des prisonniers font la file au milieu d’une
rangée de soldats qui recherchent un objet interdit au camp.
sont les commissions militaires ? Lors de guerres aux XVIII et
XIXe siècles, les premières commissions militaires servaient à
juger des militaires américains et étrangers sur le champ de
bataille. Après le 11 septembre, George W. Bush les a remises
au goût du jour : il a créé un tribunal militaire d’exception
sur la base de Guantanamo Bay, à Cuba, pour juger les «
combattants ennemis » capturés à l’étranger. Ces tribunaux ont
été démantelés par la Cour suprême américaine, qui a jugé en
2006 que cette instance violait la Constitution du pays et la
convention de Genève. L’administration Bush a réécrit la loi
et, à la surprise de tous, a élargi plutôt que limité la
juridiction des commissions militaires, à qui il a aussi
permis de juger des non-citoyens vivant légalement aux
États-Unis.
QQuelle
est la différence entre ces commissions et les cours civiles
et pénales américaines ? Ces commissions ne garantissent pas
les mêmes droits aux prévenus que les cours américaines
puisque ceux qui y sont jugés ne sont pas Américains et ne se
trouvent pas sur le territoire des États-Unis. Les accusés qui
comparaissent devant ces tribunaux d’exception à Guantánamo se
voient assigner d’office un avocat militaire. Pendant le
procès, les preuves obtenues sans mandat de perquisition sont
permises. Le ouï-dire est aussi admis à moins que l’accusé
puisse prouver que la source du ouï-dire n’est pas crédible.
QQu
e propose Barack Obama ?
RLors de sa
campagne électorale, Barack Obama a dit des commissions
militaires qu’elles étaient « un immense échec ». Il propose
maintenant de les maintenir pour juger une vingtaine de «
combattants ennemis » et présumés terroristes parmi les
quelque 240 détenus qui se trouvent toujours à Guantánamo,
mais en modifiant quelques règles. Dans l’énoncé rendu public
hier, Barack Obama assure que les preuves obtenues « à l’aide
de techniques d’interrogatoire cruelles, inhumaines et
dégradantes ne seront plus admises pendant le procès ». Le
ouï-dire pourra toujours être utilisé comme preuve mais il
incombera au procureur de prouver sa valeur. Le président
Obama note aussi que les accusés auront « plus de latitude
pour sélectionner leurs avocats », sans pour autant donner de
détails à ce sujet.
QBarack
Obama revient-il sur sa décision de fermer la base de
Guantánamo Bay ?
RNon, pas pour le moment. Le président américain a signifié le
22 janvier 2009 qu’il fermera la prison controversée d’ici au
2 janvier 2010. Il n’est pas revenu sur ce sujet hier.
QQui
sera jugé devant les commissionsmilitaires? LeCanadien Omar
Khadr sera-t-il du nombre?
ROn ignore la liste complète des détenus de Guantánamo qui
devront faire face à ce tribunal militaire d’exception. Selon
les experts, tous ceux dont le procès a été suspendu par
Barack Obama devront y faire face. C’est le cas de Khalid
Shaikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11
septembre. Omar Khadr est dans la même situation. Le procès du
jeune Canadien, appréhendé en Afghanistan alors qu’il n’avait
que 16 ans, a déjà débuté et est suspendu pour le moment.
Place à la « doctrine Bush-Obama » -
RICHARD HÉTU
Les Américains
seront bientôt la cible d’une nouvelle campagne public itaire
dénonçant la « doctrine Bush-Obama », promet Anthony Romero,
directeur de l’ACLU, une importante association de défense des
libertés civiles.
Les
récentes volte-face de l’administration Obama en matière de
sécurité nationale, notamment le rétablissement des
tribunaux d’exception pour juger certains suspects
emprisonnés à Guantánamo, déplaisent au défenseurs des
libertés civiles.
L’ama lgame ent re Ba rack Obama et George W. Bush est
peut-être injuste, mais il illustre la colère des
organisations comme l’ACLU après deux décisions du président
démocrate sur des questions de sécurité nationale qui jurent
avec ses promesses électorales et même avec ses déclarations
récentes.
« Il est temps de mieux protéger le peuple américain en
traduisant rapidement en justice les terroristes devant nos
cours fédérales ou militaires régulières », avait déclaré
Barack Obama durant sa campagne présidentielle.
Il est revenu sur cette promesse et a rétabli vendredi les
tribunaux militaires d’exception mis en place par son
prédécesseur républicain pour juger certains suspects de
terrorisme emprisonnés à Guantánamo. Bien qu’il se soit vanté
d’avoir amélioré les garanties légales des prévenus – les
confessions obtenues sous la torture seront notamment écartées
–, il n’a pas rassuré ses nouveaux critiques.
Deux jours plus tôt, le président avait fait une volte-face
encore plus soudaine: moins d’un mois après avoir autorisé la
publication de nouvelles photos de sévices pratiqués par le
personnel militaire américain en Irak et en Afghanistan, il a
annoncé son intention de s’y opposer devant les tribunaux.
« Je crois que la publication de ces photos n’ajoutera rien à
notre compréhension de ce qui a été exécuté par un petit
nombre d’individus par le passé. Je crois que, en fait, la
conséquence la plus directe qu’aurait leur publication serait
d’attiser les sentiments anti-américains et d’exposer nos
soldats à un danger plus grand », a déclaré Barack Obama.
George W. Bush n’aurait probablement pas parlé autrement, ce
que l’ACLU n’a pas manqué de souligner.
« Tactiques d’obstruction »
« L’adoption par l’administration Obama des tactiques
d’obstruction et de la politique d’opacité de l’administration
Bush apporte un démenti cinglant au désir exprimé par le
président de rétablir l’État de droit », a déclaré Anthony
Romero, le directeur de l’organisation, qui avait réclamé la
publication des photos des sévices au nom de la loi sur
l’accès à l’information.
L’ironie – et
elle est de taille –, c’est que Barack Obama tirera
probablement profit aux ÉtatsUnis de ces décisions qui ont
indigné certains de ses supporters. Ainsi, dans un reportage
sur le retour des tribunaux militaires d’exception, le New
York Times tenait pour acquis que cette décision « bénéficiera
à l’administration sur le plan politique parce qu’elle
rehausse la réputation de M. Obama comme leader qui adopte une
ligne dure à l’égard des suspects de terrorisme ».
Il faut dire que les républicains semblent avoir ébranlé la
MaisonBlanche avec la férocité de leurs attaques contre la
décision du président de fermer le camp de Guantánamo. À les
entendre, de dangereux terroristes seront bientôt en liberté
dans les villes américaines.
Les républicains ont également sévèrement critiqué la décision
du président Obama de publier des notes internes du ministère
de la Justice cautionnant le recours à des méthodes
d’interrogatoire assimilées à la torture.
En faisant volte-face sur des questions de sécurité nationale,
Barack Obama aurait donc démontré un pragmatisme qui fait non
seulement partie de sa personnalité mais également de la
réalité du pouvoir.
Délicats dossiers
Il ne fait pas de doute que le président a hérité de plusieurs
dossiers délicats, dont celui des détenus de Guantánamo. Des
420 suspects de terrorisme qui s’y trouvent encore, cinq sont
accusés d’avoir participé au complot du 11 septembre 2001, y
compris le cerveau présumé des attentats, Khalid Shaikh
Mohammed. Le gouvernement américain aurait pu perdre un procès
contre eux devant une cour fédérale ou militaire régulière
compte tenu des mauvais traitements qui leur ont été infligés
depuis leur capture.
La publication de nouvelles photos de sévices en Irak et en
Afghanistan aurait pu, d’autre part, entraîner Barack Obama
encore plus profondément dans un débat qu’il semble vouloir
éviter, celui de la torture sous l’administration Bush. Elle
aurait également pu provoquer une vague de colère dans le
monde musulman à la veille du discours que le président doit
prononcer au Caire, capitale de l’Égypte, le 4 juin.
Les nouvelles photos de sévices devaient être publiées d’ici
au 28 mai.
Quoi qu’il en soit, Barack Obama se retrouve aujourd’hui dans
la position bizarre où ceuxlà mêmes qu’il a dénoncés lors de
la campagne présidentielle le félicitent.
« Nous sommes encore en guerre. La publication de ces photos
aurait représenté une victoire psychologique pour nos ennemis.
J’applaudis la décision du président », a déclaré jeudi le
sénateur républicain de l’Arizona, John McCain.
L’ébauche d’une doctrine Obama -
RICHARD HÉTU
Aucun
président américain n’aura incarné autant que Barack Obama
cette humanité commune dont il s’est fait le champion au
Caire. Aucun président américain n’aura contredit autant
que lui la thèse du choc des civilisations.
NEW YORK — Barack Obama ne ferme pas les yeux sur «
l’extrémisme violent » incarné par AlQaeda et les autres
organisations qui veulent en découdre avec les États-Unis
et leurs alliés. C’est « la première chose que nous devons
affronter », a déclaré le président américain dans son
discours au Caire, faisant écho à une des préoccupations
majeures de son prédécesseur.
Aussi , comme George W. Bush, Barack Obama est-il prêt à
employer la force pour combattre cette menace, que ce soit
en Afghanistan ou au Pakistan. Il en va, selon lui, de la
sécurité des États-Unis et de la stabilité des pays où les
talibans et les disciples d’Al-Qaeda conspirent contre le
pouvoir. Le 44e président américain a également évoqué le
lien « inébranlable » entre Israël et son pays, ainsi que
ses craintes à l’égard d’un Iran nucléaire, deux autres
thèmes chers au 43e président. Mais là s’arrêtent les
comparaisons entre les deux hommes.
En fait, si l’on en vient un jour à parler d’une doctrine
Obama en matière de politique étrangère, celle-ci aura
probablement été ébauchée à l’occasion de ce discours
historique à l’adresse de 1,5 milliard de musulmans. Un
discours de rupture avec l’ère Bush dans lequel Barack
Obama n’a pas prononcé une seule fois les mots « terreur »
ou « terrorisme ». Un discours marqué au coin de la
réconciliation au cours duquel le président américain a
renoncé au projet d’imposer une démocratie made in USA au
Moyen-Orient ou ailleurs sur la planète.
« Je sais que la promotion de la démocratie a soulevé de
la controverse au cours des dernières années, une
controverse liée en bonne partie à la guerre en Irak. Permettez-moi donc d’être clair : aucun
système de gouvernement ne peut ou ne devrait être
imposé à une nation par une autre », a-t-il déclaré.
Dans la vision du monde que le président Obama a présentée
au Caire, les États-Unis ne sont donc plus les fiers
champions de valeurs transcendantes, mais les humbles
partenaires de peuples et de nations qui travaillent de
concert pour relever les défis d’une humanité
interdépendante.
« Car
l’expérience récente nous a enseigné que quand un système
financier connaît des ratés dans un pays, la prospérité
décline partout. Quand un nouveau virus infecte un humain,
tous font face au même risque. Quand une nation tente
d’acquérir l’arme nucléaire, le risque d’une attaque
nucléaire augmente pour toutes les nations. Quand des
extrémistes violents prennent refuge dans un bout de
territoire montagneux, des gens sont menacés de l’autre
côté de l’océan. Et quand des innocents en Bosnie et au
Darfour sont tués, c’est une tache sur notre conscience
collective. C’est la responsabilité que nous avons les uns
envers les autres », a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : « C’est une responsabilité difficile à
accepter. Car l’histoire de l’humanité ne manque pas de
nations et de tribus qui en ont subjugué d’autres au nom
de leurs propres intérêts. Or, en cette nouvelle ère, de
telles attitudes sont autodestructrices.
Compte tenu de notre interdépendance, tout ordre mondial
qui élève une nation ou un groupe de gens au-dessus d’un
autre échouera inévitablement. »
Il s’en trouvera sans doute pour attribuer à la naïveté le
discours de Barack Obama sur l’interdépendance des
nations. Le président américain a lui-même reconnu hier
qu’« aucun discours ne peut éliminer des années de
méfiance ».
Mais aucun président américain n’aura incarné autant que
Barack Obama cette humanité commune dont il s’est fait le
champion au Caire. Aucun président américain n’aura
contredit autant que lui la thèse du choc des
civilisations. Il ne s’est d’ailleurs pas gêné, dans son
discours, pour évoquer son expérience personnelle.
« Je suis chrétien, mais mon père est venu du Kenya, d’une
famille qui comprend des générations de musulmans, a-t-il
dit. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie et
j’ai entendu l’appel du muezzin à l’aube et au crépuscule.
» Un peu plus tard, il a ajouté: « On a beaucoup parlé du
fait qu’un Afro-Américain du nomde Barack Hussein Obama
pouvait être élu président. Mais mon histoire personnelle
n’est pas unique. Ce rêve de perspectives d’avenir pour
tous ne s’est pas encore réalisé en Amérique, mais sa
promesse existe pour tous ceux qui viennent sur nos côtes
– ce qui inclut près de sept millions de musulmans
américains dans notre pays qui jouissent de revenus et
d’une éducation plus élevés que la moyenne. »

Que de belles paroles? Il faudra un certain temps avant de
juger de l’impact du discours de Barack Obama au Caire.
Mais celui-ci marque peut-être la naissance d’une doctrine
mettant davantage l’accent sur le pouvoir de l’empathie
plutôt que sur celui des armes.
LE
DISCOURS D’OBAMA EN NEUF THÈMES TRADUIT PAR LAURA- JULIE PERREAULT
1. LA RAISON
DU DISCOURS « Je suis venu ici dans l’espoir d’un nouveau
départ dans la relation entre les États-Unis et les
musulmans de partout dans le monde. Un départ basé sur un
intérêt commun et le respect mutuel. Et basé aussi sur la
vérité que l’Amérique et l’Islam ne sont pas mutuellement
exclusifs et n’ont pas besoin d’être en compétition. » 2.
L’ISLAMOPHOBIE « Je considère que c’est ma responsabilité
comme président des États-Unis de me battre contre les
stéréotypes sur l’Islam là où ils apparaissent. Mais ce même
principe doit s’appliquer à la perception qu’ont les
musulmans des États-Unis. » 3. LA GUERRE EN IRAK «
Contrairement à la guerre en Afghanistan (qui était une
nécessité), la guerre en Irak était un choix qui a fait
naître de profondes dissensions dans mon pays et autour du
monde. » 4. LE RÉVISIONNISME « Six millions de juifs ont été
tués, soit plus que la population actuelle d’Israël. Nier ce
fait est sans fondement, ignorant et haineux. » 5. LE
CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN « Il est indéniable que les
Palestiniens – musulmans ou chrétiens – ont souffert dans
leur quête d’une patrie. Depuis plus de 60 ans, ils endurent
la douleur du déplacement. (...) Il ne devrait pas y avoir
de doute : la situation des Palestiniens est intolérable. »
« Les Israéliens doivent reconnaître que tout autant que
leur droit d’exister ne peut être nié, celui de la Palestine
ne peut l’être non plus. Les États-Unis n’acceptent pas la
légitimité des nouvelles colonies juives. Elles violent les
ententes passées et mettent en péril les efforts pour
arriver à la paix. »

6. L’IRAN ET L’ARME NUCLÉAIRE « Je comprends ceux qui
protestent parce que certains pays ont l’arme nucléaire et
d’autres ne l’ont pas. Aucune nation ne devrait avoir le
droit de décider quels pays auront ou non l’arme
nucléaire. » 7. LE PORT DU HIJAB « Il est important que
les pays occidentaux n’empêchent pas les citoyens
musulmans de pratiquer leur religion comme ils le
désirent, notamment en dictant ce qu’une femme musulmane
doit porter. Nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité à
l’égard d’une religion derrière le prétexte du
libéralisme. » 8. L’AVENIR DES RELATIONS
AMÉRICANO-MUSULMANES « C’est plus facile de commencer les
guerres que de les terminer. Plus facile de blâmer les
autres que de se regarder soimême. (...) Mais nous
devrions prendre le bon chemin plutôt que le chemin
facile. » 9. LES ENSEIGNEMENTS RELIGIEUX « Nous avons le
pouvoir de faire du monde ce que nous cherchons, mais
seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau
départ, en gardant en tête les Écritures. Le Coran nous
dit : “ Ô! humanité, nous vous avons créés femme et homme
et nous vous avons divisés en tribus et en nations afin
que vous vous connaissiez les uns, les autres. ” Le Talmud
nous dit : “ Toute la Torah a pour but de promouvoir la
paix. ” La Bible nous dit : “ Bénis ceux qui maintiennent
la paix. Ils peuvent être appelés les fils de Dieu. ” Les
gens du monde peuvent vivre ensemble en paix. Nous savons
que c’est la vision de Dieu. Maintenant, nous devons en
faire notre oeuvre sur terre. »
LESGRANDS DISCOURS D’OBAMA
> Le 2 octobre 2002 Discours à Chicago contre la
guerre en Irak. > Le 27 juillet 2004 Discours sur la
scène de la convention démocrate de Boston. > Le 18 mars
2008 Discours sur la question raciale à Philadelphie. >
Le 20 janvier 2009 Discours d’investiture à Washington. >
Le 5 avril 2009 Discours à Prague sur « un monde sans armes
nucléaires ». > Le 17 mai 2009 Discours sur l’avortement
sur le campus de l’Université Notre-Dame. > Le 4 juin
2009 Discours au Caire sur les relations entre les
États-Unis et les musulmans.
APRÈS LES MOTS, LE MONDE ATTEND LES ACTIONS - Agnès
Gruda
Une
rupture. Voilà comment on peut résumer le discours que
Barack Obama a livré hier au Caire. Le président
américain s’est clairement éloigné de la politique
étrangère de son prédécesseur, particulièrement à propos
du monde musulman. Il reste à voir comm
« Le président a marqué plusieurs bons points, en
comparant le Coran avec la Bible et la Torah par exemple
», a noté un professeur de l’Université américaine du
Caire. « C’est un grand geste, je lui donne A+ pour la
formulation, mais C+ pour la substance. »
Il a dit quelques mots en arabe et a cité le Coran trois
fois plutôt qu’une. Il a évoqué la beauté du muezzin,
l’appel musulman à la prière. Il a souligné le passé
civilisateur de l’Islam et les blessures que le
colonialisme occidental a infligées aux musulmans.
Puis il a parlé de l’humiliation des Palestiniens
condamnés à l’occupation israélienne. Du rôle que les
États-Unis ont joué, dans le passé, dans le renversement
d’un gouvernement démocratique à Téhéran. Et du droit de
tous les pays, y compris l’Iran, d’utiliser l’énergie
nucléaire à des fins civiles.
Très attendu, le discours de 50 minutes que le président
Barack Obama a livré hier au Caire a marqué une nette
rupture avec la rhétorique américaine des dernières
décennies. Riche en symboles, l’appel au dialogue était
cependant peu spécifique quant aux orientations
politiques concrètes de Washington.
S’il a reçu un bon accueil à Kaboul, Bagdad, Beyrouth ou
Ramallah, le discours présidentiel y a aussi soulevé de
nombreuses réserves. Et une grande question : maintenant
que les mots ont changé, qu’en est-il des actions?
« Je considère comme une de mes responsabilités de
combattre les stéréotypes négatifs à l’égard de l’Islam,
où qu’ils se manifestent », a assuré le président Obama.
« Aussi longtemps que notre relation est définie par nos
différences, nous donnerons des armes à ceux qui sèment
la haine plutôt que la paix », a-t-il aussi lancé aux
musulmans de la planète.
Avant d’ajouter : « Ce cycle de suspicion et de discorde
doit se terminer. »
Formulation c. substance
Sur la question cruciale du Proche-Orient, Barack Obama
a assuré Israël du lien « indestructible » qui l’unit
aux États-Unis. Mais il a aussi souligné la « douleur »
des Palestiniens et a appelé l’État hébreu à cesser de
coloniser la Cisjordanie. Et il s’est engagé
personnellement à travailler pour la seule issue
susceptible, selon lui, de clore ce conflit vieux de six
décennies : la création d’un État palestinien aux côtés
d’Israël.
Mais des analystes se sont dits déçus qu’il n’ait pris
aucun engagement précis sur la marche à suivre pour en
arriver là. « George W. Bush parlait lui aussi nouveau
commencement ». Idem pour le gouvernement israélien, qui
a dit espérer l’avènement d’une ère de réconciliation.
Mais en même temps, le premier ministre Benyamin
Nétanyahou persiste et signe: il ne veut pas freiner
l’expansion des implantations juives en Cisjordanie. Et
le Hamas ne se précipite pas non plus pour reconnaître
son voisin hébreu.
Autrement dit, si le diable est dans les détails, le
discours de Barack Obama lui laisse encore un grand
champ d’action.
«
Le président a marqué plusieurs bons points, en
comparant le Coran avec la Bible et la Torah par exemple
», a noté Rami Khouri, professeur de l’Université
américaine du Caire cité hier par CNN.
« C’est un grand geste, je lui donne A+ pour la
formulation, mais C+ pour la substance », a-t-il résumé.
de la solution de deux États, mais avec quels pouvoirs ?
Sur quel territoire? Obama n’en dit rien », a déploré
hier Rachad Antonius, politicologue de l’UQAM – qui
soulignait quand même la « haute valeur symbolique » du
discours.
Cette partie cruciale du discours présidentiel a été
accueillie avec satisfaction, mais aussi avec une dose
de scepticisme au Proche-Orient.
Un porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas a
parlé d’un « pas important vers un
« Barack Obama a dit que l’Islam ne se situe pas hors du
monde civilisé, mais en fait partie intégrante. Ce sont
des propos extrêmement significatifs, ils ont fait chaud
au coeur de nombreux musulmans dans le monde », a dit
Khalid Mustafa Medani, politicologue à l’Université
McGill. « Mais est-ce que cela signifie que dorénavant,
il va agir vigoureusement pour amener les acteurs du
conflit israélo-palestinien, y compris le Hamas, à
discuter ensemble ? » s’est-il demandé, ajoutant que
c’est ce genre d’initiative que le monde attend
aujourd’hui.
Réactions
Il reste qu’au-delà de ces réserves, Barack Obama a
marqué plusieurs précédents dans la rhétorique
présidentielle américaine. Le seul fait d’admettre que
le Hamas est le représentant légitime d’une partie du
peuple palestinien marque un virage majeur.
Ce mouvement qui contrôle la bande de Gaza a d’ailleurs
exprimé des réactions étonnamment positives au discours
présidentiel. Ce discours « marque une percée », a dit
un conseiller d’Ismail Haniyeh, ex-premier ministre du
Hamas, particulièrement heureux des références aux
souffrances des Palestiniens. Tout en tendant la main
aux musulmans, Barack Obama les renvoyait aussi à leurs
propres responsabilités et leur demandait de collaborer
au combat contre « les extrémistes qui menacent
gravement notre sécurité ».
Ce n’est pas acquis, selon le politicologue québécois
Sami Aoun. « Reste à voir si les élites et les pouvoirs
dans le monde musulman iront à la rencontre de cet appel
au dialogue », a-t-il noté.
Enf in, Barack Obama n’a pas non plus oublié de
s’adresser aux minorités musulmanes établies aux
ÉtatsUnis. Et à défendre leur liberté de pratiquer leur
religion et leurs coutumes, y compris dans leur manière
de se vêtir.
« Je rejette l’opinion de ceux parmi les Occidentaux qui
croient qu’une femme qui couvre sa tête est d’une
certaine façon moins égale », a-t-il clamé, soulignant
que l’égalité tient davantage à l’éducation qu’au port
du voile islamique.
« Le mot-clé de ce discours, c’est : respect », résume
le professeur Khalid Mustafa Medani.
Second début - Mario Roy
« Ce qui
existe dans le coeur des foules, c’est la foi en l’être
humain », dit Barack Obama.
Quelques heures après l ’adresse au monde musulman qu’a
livrée Barack Obama, au Caire, la chaîne CNN a tenté
d’obtenir des commentaires de femmes afghanes.
Impossible. L’une a chuchoté que son petitfils, qui se
trouvait avec elle, ne l’autorisait pas à parler.
Surtout, la plupart des Afghans (et des Afghanes) n’ont
pas accès à la télévision, ni même à l’électricité. Ils
ne savent rien du périple égyptien du président des
États-Unis.
La réalité, dans son aspect le plus désespérant, est
celle-là.
Aussi, comment un simple discours, fût-il
extraordinairement brillant et inspiré, pourrait-il être
autre chose qu’une crème cosmétique appliquée sur des
situations de fait qui semblent éternelles ?
Car le statut de la femme ou la grande pauvreté en
Afghanistan n’en sont que des échantillons. Des
situations autant ou plus alarmantes sont légion.
Celle du lourd déficit démocratique des pays arabes, par
exemple. Ou celle, dénoncée par les intellectuels arabes
eux-mêmes, de leur rejet autoinfligé de la modernité.
Celle de la monstrueuse inhumanité des fous d’Allah. Ou
celle de la tragique dérive américaine des années Bush :
l’Irak, Abou Ghraib, Guantanamo, la torture, le braquage
idéologique. Celle, enfin et surtout, du conflit
insoluble qui, entre la Méditerranée et le Jourdain,
divise deux peuples cousins et empoisonne la planète
entière depuis un demi-siècle...
Barack Obama a évidemment vu ce gouffre séparant la
parole du réel.
Il l’a
identifié dès le départ, à la quatrième minute d’une
allocution qui en a duré 55: « On a déjà, à l’avance,
beaucoup parlé de ce discours. Mais je suis conscient
qu’à lui seul, il ne pourra effacer des années
d’antagonisme. »
Partout dans le monde, cette adresse du président
américain a été accueillie de façon positive. Hormis
chez les extrémistes de tous bords, platement
prévisibles, la critique a surtout consisté à dire : ce
sont de belles paroles, mais il faut maintenant des
actes.
C’est vrai.
Mais, si l’on veut vraiment jouer à la « minute de
vérité » ( puisque Obama a placé son allocution sous le
signe du parler vrai), il faudra se rendre compte qu’on
surévalue le pouvoir immédiat de l’Amérique en même
temps qu’on sous-évalue la puissance à long terme de la
parole.
Par exemple, le pouvoir de coercition de Washington à
l’endroit d’Israël est beaucoup plus limité qu’on le
croit. Et, d’autre part, ce serait nier le pouvoir des
idées que de prétendre que le président américain n’a
livré, hier, que du vent. « Oblitérer des idées n’a
jamais réussi à les faire disparaître », a-t-il
d’ailleurs remarqué.
Ultimement, le message de Barack Obama, destiné à
initier un « nouveau début » entre diverses obédiences,
pourrait se résumer en une idée, justement. Par delà les
divisions ethniques ou religieuses, a-t-il dit, « ce qui
existe dans le coeur des foules à travers le monde,
c’est la foi en l’être humain ».
De fait, c’est dans cette foi que réside la seule
planche de salut.
UN ORATEUR EN TERRAIN MINÉ - RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE
ILLUSTRATION ANDRÉ RIVEST,
LA PRESSE
— À la veille de son discours très attendu en Égypte, Barack
Obama a reçu hier un accueil royal en Arabie Saoudite ainsi
qu’un message-surprise attribué à Oussama ben Laden, qui a
renouvelé ses menaces à l’endroit des États-Unis. Il n’avait
sans doute pas besoin d’un rappel de la difficulté de sa
mission, mais le début de sa première visite présidentielle
au Moyen-Orient lui en a fourni un.
Le discours du président Obama au Caire, la capitale
égyptienne, sera l’aboutissement d’une promesse électorale,
celle de parler directement à un auditoire musulman à partir
d’une grande capitale islamique dans les premiers mois de
son mandat présidentiel. Le but était et demeure de
raccommoder les relations entre les États-Unis et le monde
arabo-musulman, qui ont connu une détérioration marquée au
cours de la présidence de George W. Bush.
Le chef de la Maison-Blanche a cru bon de faire précéder son
allocution par un détour au royaume wahhabite, où se
trouvent les lieux saints de l’islam, Médine et La Mecque.
« Alors que j’ai entrepris ce voyage et que je dois visiter
Le Caire demain, j’ai pensé qu’il serait très important de
venir là où l’islam est né pour demander conseil à Sa
Majesté », a déclaré le président Obama, qui a rencontré le
roi Abdallah dans sa ferme près de Riyad, la capitale
saoudienne.
Les deux
hommes devaient évoquer le conflit israélo-arabe,
l’influence régionale croissante de l’Iran et le dossier
Afghanistan-Pakistan, entre autres.
Mais cette visite a été éclipsée en partie par la diffusion
sur la chaîne arabe Al-Jazira d’un message audio attribué à
Oussama ben Laden. Le chef d’Al-Qaeda y accuse Barack Obama
d’être aussi hostile que George W. Bush à l’égard des
musulmans. Il a notamment condamné la politique du nouveau
président américain vis-à-vis du Pakistan, dont l’armée mène
ces jours-ci une offensive contre les talibans dans la
vallée de Swat.
« Obama et son administration ont jeté les semences d’une
haine et d’une plus grande volonté de revanche contre
l’Amérique, a déclaré le chef d’AlQaeda. Le nombre de ces
semences équivaut à celui de ceux qui ont souffert et de
ceux qui ont été déplacés de la vallée de Swat. Que le
peuple américain se prépare à continuer à cueillir pendant
les années et les décennies à venir les fruits de ce qui a
été semé par les dirigeants de la Maison-Blanche. »
La veille, le numéro deux d’AlQaeda, Aymane al Zaouahri,
avait diffusé son propre message audio, invitant les
Égyptiens à ne pas se laisser berner par « des campagnes de
relations publiques, des visites théâtrales ou des propos
raffinés » d’un « criminel ».
La Maison-Blanche est restée discrète sur le contenu du
discours du Caire. Avant de s’envoler pour le Moyen-Orient,
le président s’était contenté de promettre qu’il ne
s’agirait que d’un premier pas vers un dialogue plus large
avec les 1,2 milliard de musulmans de la planète.

Le président Obama prendra la parole à l’Université du
Caire. Une rencontre avec le président égyptien Hosni
Moubarak est également au menu de sa visite.
Un discours signé Ben Rhodes
Il n’a pas
encore la renommée de Jon Favreau, le rédacteur principal des
discours de Barack Obama. Mais Ben Rhodes a reçu une des
missions les plus importantes de sa jeune carrière: rédiger le
discours que prononcera le président américain aujourd’hui à
l’adresse du monde musulman.
Âgé de 31 ans, Rhodes n’en sera pas à sa première expérience
du genre. À titre de rédacteur principal des discours de
Barack Obama en matière de politique étrangère, il revendique
déjà la paternité de l’allocution du président à Prague sur «
un monde sans armes nucléaires ». Il est également l’auteur
principal du rapport sur l’Irak de James Baker et Lee
Hamilton, qui recommandait un désengagement américain dans ce
pays et un rapprochement avec l’Iran, des stratégies
poursuivies aujourd’hui par l’administration démocrate.
Même si ses
discours portent la signature d’un autre, Barack Obama joue un
rôle important dans leur rédaction, réclamant des changements
jusqu’à la dernière minute. Mais les mots de Ben Rhodes
pourraient contribuer à un changement majeur dans les
relations entre les États-Unis et le monde musulman.

Pas mal pour un gars qui a décroché une maîtrise à
l’Université de New York en écriture de fiction…
Un réveil brutal pour Barack Obama
« Il y avait
à Washington un désir féroce de voir Moussavi triompher. »
AprèsladéfaiteduHezbollah lors des élections législatives de
dimanche dernier au Liban, Barack Obama s’est probablement
mis à rêver à un doublé en Iran, où Mahmoud Ahmadinejad
incarne les idées radicales contre lesquelles il s’est élevé
dans son discours au Caire.
Certes, à la veille du scrutin iranien, le président
américain s’était bien gardé d’exprimer une préférence pour
un des quatre candidats . Mais , en commentant l
’enthousiasme observé dans les derniers jours de la campagne
iranienne, il avait déclaré que les citoyens de la
République islamique, tout comme ceux du Liban, semblaient
ouverts à de « nouvelles possibilités ».
Or les résultats du scrutin iranien représentent un réveil
brutal pour Barack Obama. Sa politique de la main tendue
vis-à-vis de l’Iran se complique non seulement à cause de la
réélection d’un critique implacable des États-Unis et
d’Israël, mais également en raison des questions soulevées
quant à légitimité du vote iranien de vendredi.
La première réaction de la Maison-Blanche, contenue dans
deux phrases brèves, illustre la situation délicate dans
laquelle se retrouve le président américain.
« Comme le reste du monde, nous sommes impressionnés par le
débat vigoureux et par l’enthousiasme que cette élection a
générés, en particulier chez les jeunes », a dit le
porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, dans un
communiqué.
« Nous continuons à suivre de près la situation dans son
intégralité, y compris les informations faisant état
d’irrégularités », a-t-il ajouté.
Prudence à l’étranger
De son côté, la secrétaire d’État américaine, Hillary
Clinton, a exprimé le souhait que les résultats reflètent «
la volonté et le désir véritables » des électeurs.
La F rance
et la GrandeBretagne ont fait preuve de la même
circonspection alors que le Canada, par la voix de son
ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s’est
dit « extrêmement préoccupé » par les informations faisant
état d’« irrégularités » ainsi que d’actes «
d’intimidation ».
La réaction d’Israël a été beaucoup moins mesurée.
« S’il y avait encore un espoir de changement en Iran, la
réélection d’Ahmadinejad montre que la menace iranienne
est d’autant plus grave », a déclaré le vice-ministre
israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon, appelant
la communauté internationale « à stopper le programme
nucléaire iranien et le terrorisme iranien ».
La victoire d’Ahmadinejad a été saluée par les alliés de
l’Iran, dont la Syrie, le Venezuela et le Hezbollah. La
Russie a souhaité, de son côté, que le président réélu
fasse preuve de « davantage de compréhension et de sagesse
à l’égard de la communauté internationale » et qu’il « se
démarque de la politique unilatérale fondée sur la force
militaire et la mise sur pied d’un programme nucléaire ».
Pro-Moussavi
L’élection d’un candidat « réformateur » ou « modéré »
commeMir Hossein Moussavi n’aurait pas garanti un
changement dans les ambitions nucléaires de l’Iran ou dans
sa politique étrangère. Elle aurait cependant permis à
l’administration Obama de poursuivre ses manoeuvres de
rapprochement sans avoir à composer avec un président qui
maudit les États-Unis, nie la réalité de l’Holocauste et
tient des discours menaçants visà-vis d’Israël.
« Il y avait à Washington un désir féroce de voir Moussavi
triompher », a commenté Trita Parsi, président du Conseil
national iranien-américain. Sur le plan symbolique, il
aurait été beaucoup plus facile de traiter avec lui
qu’avec Ahmadinejad. »

Mais la réélection du président iranien ne fait pas que
des malheureux à Washington. Certains intellectuels
néo-conservateurs, dont Daniel Pipes, directeur du
Washington s’est donné jusqu’à la fin
de l’année pour juger de la réussite ou de l’échec de ses
démarches de dialogue avec Téhéran.
Middle East
Forum, ont souhaité publiquement la victoire
d’Ahmadinejad, de peur que sa défaite soit i nterprétée
faussement comme un signe d’ouverture de la part de
l’Iran.
À la veille du scrutin, Michael Rubin, de l’American
Enterprise Institute, a exprimé une idée semblable. « Si
une personne à la voix douce et au comportement moins
combatif – une personne comme l’ancien premier ministre
Mir Hossein Moussavi – devait l’emporter, ce serait plus
facile pour Obama de croire que l’Iran desserre le poing
quand, en fait, son autre main, cachée sous son manteau,
empoigne un poignard », a-t-il dit lors d’une discussion
organisée par l’Heritage Foundation. L’administration
Obama s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour juger de
la réussite ou de l’échec de ses tentatives de dialogue
avec Téhéran.
« Je ne
veux pas fixer de date artificielle », avait déclaré le
président américain à l’issue de son premier face-à-face
avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. «
Mais je pense effectivement qu’il n’est pas nécessaire de
discuter indéfiniment. »
Reste à savoir si les résultats de la
présidentielle iranienne lui permettront, d’ici à la fin de
l’année, d’entamer ce dialogue avec Téhéran.
Peu d’espoir au Pakistan et auMoyen-Orient
Allocution
de Madeleine Albright à la Conférence de Montréal
« Il existe, tant en Israël qu’en Palestine, des gens qui
n’ont aucun intérêt à ce que la paix s’installe, qui
profitent de l’absence de paix. »
Le Pakistan, avec son mélange de djihadisme et de bombes
nucléaires, est l’endroit le plus inquiétant sur la planète.
Feu Yasser Arafat avait les mains liées et était donc
incapable de faire la paix avec Israël. Ses successeurs, le
Fatas et le Hamas, ont encore moins de pouvoir décisionnel.
Tel est le constat dévastateur de Madeleine Albright,
secrétaire d’État sous la présidence de Bill Clinton, qui
visitait hier la Conférence de Montréal. Mme Albright, qui
enseigne maintenant à l’Université Georgetown, qui s’est
décrite comme une « optimistequi s’inquiète » quant à
l’avenir géopolitique des points chauds de la planète. Mais
ses analyses étaient souvent pessimistes.
« Je pense que tous les éléments de la solution au problème
(de la Palestine et d’Israël) se trouvent dans le plan
élaboré à la fin de la présidence Clinton », a-t-elle
affirmé en conférence de presse. « Mais le président Arafat
ne pouvait pas prendre de décision. Maintenant c’est encore
pire. » En d’autres mots, malgré sa popularité auprès des
Palestiniens, M. Arafat ne pouvait pas s’engager à ce qu’une
solution négociée soit respectée par ses compatriotes. Et
maintenant qu’une guerre civile larvée entre le Hamas et le
Fatas fondé par M. Arafat mine la politique palestinienne,
l’absence d’interlocuteur pour Israël est encore plus
criante. dit encouragée par les récents succès de l’armée
pakistanaise contre les talibans dans la vallée de Swat,
mais prédit qu’il faudra d’énormes investissements en
infrastructures et en services sociaux pour sécuriser la
région. Elle juge par contre qu’un « plan Marshall » pour le
Pakistan n’est pas approprié, parce qu’il faut que le pays
décide par lui-même de ses priorités, qui ne sont pas
Cela dit, «
il existe, tant en Israël qu’en Palestine, des gens qui
n’ont aucun intérêt à ce que la paix s’installe, qui
profitent de l’absence de paix » , a dit Mme Albright.
L’ex-secrétaire d’État a prévenu qu’il ne fallait pas
s’attendre à des progrès rapides au Pakistan, un pays qui
l’inquiète encore plus que l’Afghanistan. Elle se forcément
liées au marché et à l’économie. « Le président Obama ne
promet pas une démocratie jeffersonienne en Afghanistan, et
c’est très bien ainsi. »
Mme Albright est revenue sur une déclaration faite en 2006,
où elle avait affirmé que l’Irak serait « pire que le
Vietnam » pour les États-Unis. « Je ne parlais pas en termes
de morts américains ou irakiens. C’est simplement un recul
de la réputation et de l’autorité morale américaines, à
cause de l’imposition de la démocratie, à cause de
Guantánamo, d’Abou Ghraib. Et l’Iran a beaucoup bénéficié »
de la chute du régime de Saddam Hussein.
La politologue de 72 ans a entamé son discours à la
Conférence avec un appel passionné à la réforme sans peur de
l’économie, à la faveur de la crise. «
Nousdevonsnoussouvenir des leçons des années 30 », a tonné
Mme Albrigth, dont les parents juifs, diplomates
tchécoslovaques, ont échappé à l’ Holocauste. « Nous devons
nous concentrer sur les faits, pas sur les peurs. La
tentation du protectionnisme est grande. On peut penser que
la concurrence à l’échelle mondiale fait autant de gagnants
que de perdants (et donc qu’il vaut mieux être
protectionniste). Si on cède à cette tentation, ce sera
l’apocalypse économique. Le marché n’a pas de conscience
sociale, mais il peut être encadré. »
Il ne marche pas sur l’eau -
Lysianne Gagnon
Après le
lyrisme, la réalité est revenue, dure et incontournable.
C’est
sur le plan domestique que les choses sont le mieux engagées
pour Barack Obama. Relance financière, transformation de
l’industrie automobile, politiques environnementales
novatrices…
C’est sur le terrain de la lutte contre le terrorisme que le
revirement est le plus marqué. Obama promettait de fermer
Guantánamo cette année, mais il s’est heurté à l’opposition
vigoureuse du Congrès. Même les démocrates l’ont laissé
tomber, parce que l’opinion publique se rebelle à l’idée de
voir de présumés terroristes (dont l’un serait le chef des
attentats du 9-11) transférés dans des prisons en sol
américain.
Au grand dam des militants des libertés civiles, le président
Obama a aussi dû se rallier à l’idée de mettre sur pied des
tribunaux militaires d’exception – l’une des raisons étant que
les preuves contre les détenus de Guantánamo reposent sur des
témoignages obtenus sous la torture (notamment le «
water-boarding » ou la simulation de noyade), preuves qui
seraient inadmissibles devant un tribunal ordinaire. Seule
différence avec les tribunaux envisagés par l’administration
Bush, ceux-là accorderaient un peu plus de droits à la
défense.
Obama s’est engagé à ce qu’aucun détenu sur qui pèsent des
accusations de terrorisme ne soit libéré sans que la preuve
ait été faite de son innocence, ce qui laisse entrevoir que
des hommes seront emprisonnés indéfiniment sans jamais avoir
été jugés – un accroc de taille aux principes démocratiques…
mais que faire d’autre? Relâcher dans la nature des gens dont
aucun pays ne veut et qui, s’ils n’étaient pas des terroristes
au moment de leur capture, le sont probablement devenus après
des années à Guantánamo?
Autre
volte-face, Obama refuse d’autoriser la publication de photos
illustrant des sévices commis par des militaires américains.
On le comprend de refuser d’alimenter la propagande
antiaméricaine en affichant des gestes commis par une minorité
de militaires. Ce serait du masochisme pur. Mais pourquoi
s’était-il engagé à le faire?
Reality kicks in… Les Européens étaient éperdument en amour
avec Barack Obama – à condition que cela ne leur coûte rien.
Le jeune président n’a rien obtenu de ce qu’il leur demandait.
Aucun gouvernement européen ne lèvera le petit doigt pour
l’aider à régler le problème de Guantánamo en accueillant un
ou deux détenus. Il n’est pas davantage question que les
puissances militaires européennes accroissent leur effort dans
les zones dangereuses de l’Afghanistan – une guerre qu’Obama a
imprudemment faite sienne et dans laquelle il risque de
s’enliser comme ses prédécesseurs au Vietnam.
Reality kicks in… Malgré ses messages conciliants, Obama n’a
rien changé à l’attitude belliqueuse du président iranien
Ahmadinedjad. Rien changé non plus, malgré ses messages forts
en faveur de la création d’un État palestinien, à
l’intransigeance du gouvernement Nétanyahou. Les Israéliens ne
se laisseront pas dicter leur conduite par le président
américain, lequel, pour des raisons politiques et morales, ne
pourra jamais par ailleurs laisser tomber l’État d’Israël.
Tout au plus Obama a-t-il réussi à activer la lutte contre les
talibans au Pakistan, mais ce sursaut de vigueur, de la part
du gouvernement pakistanais, tient peut-être surtout au fait
que pour la première fois, Islamabad a vu les talibans se
rapprocher de la capitale.
C’est finalement sur le plan domestique que les choses sont le
mieux engagées. Relance financière, transformation de
l’industrie automobile, politiques environnementales
novatrices… Reste le gros morceau: la réforme de l’assurance
maladie, une opération qui n’ira pas de soi, mais qu’Obama
doit absolument réussir. ureur chez les démocrates de gauche,
déception chez ceux qui croyaient que la victoire de Barack
Obama allait changer le monde. Non seulement le nouveau
président n’a-t-il rien révolutionné, mais il marche à
certains égards dans les traces de Bush…
Comme disent les Anglais, « reality kicked in ». Après le
lyrisme, la réalité est revenue, dure et incontournable. Il
n’y aura pas de miracle. Cet homme ne marche pas sur l’eau.
Obama tente de regagner l’appui
des gais
Le président accorde de nouveaux avantages aux partenaires
homosexuels des employés de l’État
COLLABORATION SPÉCIALE
PHOTO MARIO ANZUONI,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Des manifestants pour
les droits des homosexuels à Beverly Hills en mai
dernier.
— Après huit années d’une administrationrépublicaine qui
les a combattus sur tous les fronts, les défenseurs des
droits des homosexuels croyaient avoir trouvé un solide
allié en Barack Obama, dont ils ont favorisé l’élection à
la Maison-Blanche.
Mais, près de cinq mois après l’investiture du président
démocrate, ces mêmes militants ne cachent pas leur
mécontentement face à son inaction dans les dossiers qui
leur tiennent à coeur, et au sujet desquels il avait pris
des engagements fermes lors de la campagne présidentielle.
C’est donc en partie pour tenter de regagner leurs faveurs
que Barack Obama a promulgué hier sa première initiative
dans le domaine des droits des homosexuels.
Ainsi, d’un seul trait de plume, il a étendu aux
partenaires homosexuels des employés de l’État certains
avantages accordés aux autres couples. Ces avantages
n’incluront cependant pas une couverture médicale
complète.
« Nous devons tous reconnaître que cela n’est qu’un pas »,
a déclaré Barack Obama.
Certains
défenseurs des droits des homosexuels ont réagi
favorablement à l’initiative du président. « C’est un pas
en avant bienvenu et attendu depuis trop longtemps », a
déclaré Joe Solmonese, président de la Human Rights
Campaign, la plus importante organisation américaine de
défense des droits des homosexuels.
Mais Solmonese a ajouté que le président Obama se devait
de passer à l’action sur ses principaux engagements
électoraux en matière de droits des homosexuels. Le
candidat démocrate avait notamment promis d’abroger le
Defense of Marriage Act (loi fédérale de 1996 autorisant
les États à ne pas reconnaître les mariages contractés
dans d’autres États favorables aux unions entre conjoints
du même sexe), ainsi que l’interdiction faite aux citoyens
ouvertement homosexuels d’intégrer l’armée.
Or, le chef de la MaisonBla nche n’a donné aucune
indication de son intention de remplir ces promesses à
court ou à moyen terme. De toute évidence, il craint le
tollé que pourrait soulever une telle démarche chez les
conservateurs.
Mais la grogne des défenseurs des droits des homosexuels
ne tient pas seulement à cette inaction. La semaine
dernière, ceux-ci ont été indignés par la façon dont le
ministère de la Justice a défendu la loi sur la défense du
mariage dans une cause en Californie. Le ministère a
notamment fait valoir que les États ne sont pas tenus de
reconnaître les mariages homosexuels, tout comme ils ne
sont pas tenus de reconnaître les mariages entre cousins
ou entre un oncle et sa nièce.
Comme plusieur s aut res défenseurs des droits des
homosexuels, John Aravosis a été insulté par la
comparaison entre les mariages gais et les unions
incestueuses. Et il en tient responsable le président
Obama.
« Quand un président vous dit qu’il sera différent, vous
le croyez, a-t-il dit. Ce n’est pas qu’il n’a pas tenu ses
promesses, il nous a poignardés dans le dos. »
Tim Pawlenty déjà en piste pour 2012 -
Richard Hétu
Encore
méconnu, le républicain vise la Maison-Blanche
NEW YORK — Il n’a ni le sexappeal de Sarah Palin, ni
l’argent de Mitt Romney, ni le bagout de Mike
Huckabee, mais il semble croire en ses chances de
devenir le républicain qui affrontera Barack Obama à
l’occasion de l’élection présidentielle de 2012. Son
nom? Tim Pawlenty. Tim qui?
PHOTO ARCHIVES AP
Tim
Pawlenty
exerce son troisième et dernier mandat au poste de
gouverneur du Minnesota. Républicaines, les
ambitions présidentielles de ce grand amateur de
hockey semblent aujourd’hui ne plus faire de doute.
Le gouverneur du Minnesota, qui exercee son troisième
et dernier mandat à ce poste, n’aurait pas aujourd’hui
à répondre à cette question si les conseillers de John
McCain avaient eu le dernier mot dans la sélection du
candidat républicain à la vice-présidence en 2008.
C’est lui, et non la gouverneure d’Alaska, qu’ils
avaient préféré comme colistier du sénateur d’Arizona,
selon The Battle for America, 2008, le livre des
journalistes Dan Balz et Haynes Johnson sur la
dernière course à la Maison-Blanche.
N’ayant pas été choisi par McCain, Pawlenty est donc
encore peu connu en dehors de son État, où cet avocat
de formation, amateur de hockey et de pêche, a vu le
jour il y a 48 ans au sein d’une famille modeste – son
père était routier et sa mère, ménagère, est morte du
cancer alors qu’il avait 15 ans.
Mais ses ambitions présidentielles ne semblent plus
faire de doute. Après tout, le gouverneur n’a-t-il pas
accepté hier une invitation de prononcer un discours
le 7 novembre devant les membres du Parti républicain
d’Iowa, l’État rural du Midwest où aura lieu le
premier rendez-vous électoral de la campagne
présidentielle de 2012? C’était le dernier signe d’une
longue liste témoignant de ses intentions.
« Il est entendu que Tim Pawlenty fait campagne pour
la présidence des États-Unis. Je ne pense pas qu’aucun
doute ne subsiste à ce sujet au Minnesota», dit Larry
Jacobs, politologue à l’Université du Minnesota.
M a
is a - t-i l la moi nd re chance?
«Il fait face à des obstacles importants, répond
Jacobs. Non seulement il n’a pas une fortune
personnelle comme Mitt Romney, mais il vient aussi
d’un État où il est difficile de trouver des bailleurs
de fonds pour financer une campagne présidentielle.»
Tim Pawlenty a également des atouts. À un peu plus
d’un an de la fin de son troisième mandat comme
gouverneur, il jouit d’un taux de popularité supérieur
à la plupart de ses homologues américains. Il aura
réussi à faire accepter à un État plutôt démocrate un
programme résolument conservateur reposant sur des
coupes budgétaires et le refus des hausses d’impôts.
Il aura également instauré une période de réflexion
obligatoire de 24 heures avant de procéder à un
avortement dans son État et fait voter une loi
exigeant que le serment d’allégeance aux États-Unis
soit récité dans les écoles publiques.
«Il a déjà commencé à utiliser sa feuille de route
comme conservateur fiscal pour critiquer Barack Obama
sur la question du déficit, dit Steven Schier,
politologue au Carleton College. Je suis persuadé
qu’il continuera à marteler ce thème au cours des
prochaines années.»
Comme d’autres observateurs de la scène politique au
Minnesota, Schier décrit le gouverneur Pawlenty comme
un homme sympathique et affable, avec lequel on
aimerait jouer au hockey ou aller à la pêche.
« Mais il n’excite pas les foules comme Barack Obama
et Sarah Palin, dit-il. Or, c’est important dans une
campagne. Il ne suffit pas d’être sympathique,
intelligent et compétent. »
Qui a peur de Glenn Beck ? - RICHARD
HÉTU
Du
temps où il gagnait sa vie comme trublion de la radio
matinale, Glenn Beck, nouvelle star de la chaîne de
télévision Fox News, ne reculait devant rien pour
faire grimper ses cotes d’écoute. Ceux qui ont suivi
sa carrière depuis le début se souviennent notamment
d’un épisode au cours duquel il a téléphoné à la femme
d’un concurrent pour se moquer en ondes de sa fausse
couche, survenue deux jours plus tôt.
PHOTO NICHOLAS
ROBERTS, THE NEW YORK TIMES
Pourfendeur
de « l’État vampire », l’animateur de Fox News Glenn
Beck s’est fait un des promoteurs les plus
enthousiastes de la manifestation antigouvernement
du 12 septembre à Washington.
L’alcool, la marijuana et la cocaïne, dont Beck a
abusé jusqu’au milieu des années 90, ont sans doute
contribué à ses gags les plus cruels. Mais ni sa
sobriété ni sa conversion au mormonisme n’ont étanché
sa soif de controverse. Au cours des dernières
semaines, l’animateur, auteur et entrepreneur de 45
ans a, notamment, accusé Barack Obama de racisme,
associé sa réforme de la santé au nazisme et dénoncé
l’emprise des communistes sur son gouvernement.
Or, si ses écarts de jeunesse ont failli lui coûter sa
carrière, ses outrances de l’âge adulte lui permettent
non seulement de s’enrichir – le magazine Forbes
estime à 23 millions de dollars ses revenus annuels –,
mais également d’exercer une influence dans les débats
politiques aux États-Unis, où une partie de la
population, habitée par la colère ou la peur, trouve
refuge dans son humour, son pathos et ses théories de
la conspiration.
« Glenn Beck à la présidence », pouvait-on lire sur
des pancartes brandies par des participants à la
manifestation antigouvernement du 12 septembre à
Washington, dont l ’a n i m a te u r de F ox News,
pourfendeur de «l’État vampire», s’était fait un des
promoteurs les plus enthousiastes.
Néfaste ?
Le natif de Mount Vernon, dans l’État de Washington,
est-il pour autant néfaste à son pays, comme le
laissait entendre l’hebdomadaire Time dans son
avant-dernier numéro, dont la couverture était ornée
d’une photo de l’animateur tirant la langue ?
La question a fait tiquer plu sieu r s con ser vateu r
s , dont Tim Graham, directeur de l’analyse des médias
au Media Resea rch Center à Washington.
« Chaque fois que quelqu’un de la droite se bâtit un
auditoire fervent, nos élites l ibéra les s
’empressent de nous expliquer que chacun de ses fans
est un demeuré qui crache le feu », dit Graham à La
Presse. « Le magazine Time avait employé exactement la
même approche au milieu des années 90 pour traiter de
la montée de Rush Limbaugh. »
Limbaugh demeure le roi incontesté des animateurs de
radio, devançant largement ses deux plus proches
rivaux, Sean Hannity et Beck, qui ont leur propre
émission radiophonique en plus de celle qu’ils animent
à la télévision sur la chaîne Fox News. Mais Beck, qui
a fait ses premiers pas à télévision sur la chaîne
Headline News, petite soeur de CNN, a un style qui le
distingue de ses concurrents de la droite.
« À
côté de lui, Bill O’Reilly a l’air fade », dit Graham
en faisant allusion à l’animateur qui demeure le
champion des cotes d’écoute sur Fox News.
Graham estime d’ailleurs que Beck va parfois trop
loin, com me l orsqu’il a acc usé le président Obama
d’être « raciste » et d’avoi r « u ne haine profonde
des Blancs ou de la culture blanche ».
Boycottage
Cette déclaration de Glenn Beck lui a valu d’être
boycotté pa r u ne soixa nta ine de sociétés, dont
Wal-Mart, P roctor & Ga mble et K ra ft Foods, qui
ont retiré leurs publicités de son émission après
avoir subi les pressions d’u n groupe appelé
ColorOfChange.org.
Mais cette campagne de boycottage n’a encore servi
qu’à alimenter la controverse dont Glenn Beck est
friand et à faire grimper ses cotes d’écoute, qui sont
supérieures à celles de toutes les émissions de MSNBC
et CNN, les chaînes rivales de Fox News, en dépit de
l’heure ingrate de la diffusion de son émission, qui a
vu le jour au début de l’année. Glenn Beck commence à
17h.
Glenn Beck est-il néfaste à son pays ? Greg Mitchell,
rédacteur en chef de la revue Editor & P ublisher,
reproc he au Time de ne pas avoir eu le courage de
répondre à sa propre question.
« Plutôt que de le traiter comme le démagogue
paranoïaque qu’il est, ils l’ont dépeint comme une
figure médiatique comme les autres, un Keith Olbermann
de la droite », dit Mitchell en faisant allusion au
plus populaire des animateurs de la chaîne
d’information MSNBC. «Or si on met côte à côte ce qui
peut être considéré comme les pires moments
d’Olbermann et de Beck, on voit que la comparaison ne
tient pas.»
La liste des pires moments de Beck doit sans doute
inclure son accusation selon laquelle Barack Obama
veut créer une « force de sécurité nationale civile
semblable aux SS d’Adolf Hitler ». Il faisait allusion
à AmeriCorps, programme gouvernemental visant à
encourager le bénévolat, dont le financement a triplé
sous l’administration démocrate.
Et
qu’en est-il de sa théorie voulant que Barack Obama
soit entouré par des communistes? Beck soutient
qu’elle a été confirmée par la démission récente de
Van Jones, conseiller spécial de la Maison-Blanche
pour les «emplois verts», qui a déjà été associé à des
groupes radicaux. «Ce n’est que la pointe de
l’iceberg», a déclaré Glenn Beck à son auditoire sur
un ton qui faisait penser à celui du sénateur Joseph
McCarthy, célèbre pour sa chasse aux communistes dans
les années 50.
Qu’est-ce qui fait courir Michael Bloomberg ? -
RICHARD HÉTU
Il y a
près d’un an, en pleine tourmente à Wall Street, le
maire de New York, Michael Bloomberg, se posait en
sauveur de la ville et demandait au conseil municipal de
changer les règles du jeu afin de lui permettre de
briguer un troisième mandat, alors que la loi limitait à
huit ans la durée de sa charge.
« La crise actuelle ne doit pas être sous-esti mée, et
nous allons faire face à des défis sans précédent »,
avait décla ré le millia rda ire de 67 ans, fondateur de
l’agence d’information financière qui porte son nom et
huitième fortune des États-Unis avec 16 milliards de
dollars selon le magazine Forbes.
« Nous pourrions être au bord d’un effondrement »,
avait-il ajouté.
Un an plus tard, Michael Bloomberg admet volontiers que
sa ville a évité le pire. Mais il n’est pas moins
déterminé à conserver son poste, ayant réussi à
convaincre le conseil municipal d’exaucer sa demande. Et
il est prêt à investir 10 0 millions de dollars – il en
a déjà dépensé 40 – pour triompher à l’occasion des
élections municipales du 3 novembre.
À moins d’une surprise monumentale, Bloomberg, un
indépendant soutenu par les républicains, gagnera son
pari face à son principal adversaire, Bill Thompson,
contrôleur général de la Ville, qui a été désigné mardi
dernier par les démocrates pour défier le maire sortant.
Mais qu’est-ce qui fait donc courir Michael Bloomberg ?
Dans Mike Bloomberg : Money, Po w e r, Po l i t i c s ,
un l iv re à pa ra ître cette sema i ne, la jou rna
liste du Ne w York Times Joyce Purnick fournit la
réponse d’un autre milliardaire new-yorkais, Mort
Zuckerman, qui met en doute la ra ison pou r laquelle le
maire a réclamé un troisième mandat : « Non, ce n’était
pas la crise économique. Quelle autre chose peut-il
faire ? »
Michael Bloomberg a certainement été tenté par la
présidence des États-Unis. Com me le laisse entend re P
u rnick da ns sa bio - graphie, le maire de New York au
rait probablement annoncé sa candidature à la
Maison-Blanche en 2008 si un candidat plus conservateur
que John McCain – un Mike Huckabee, par exemple – avait
remporté l’investiture du Parti républicain. Il aurait
pu, à titre d’indépendant, courtiser l’électorat
centriste.
C hose
cer ta i ne, i l ét a it persuadé d’être plus qualifié
que McCain ou Barack Oba ma , deu x pol itic ien s
auxquels il voue une certaine admiration.
Rêve de jeunesse
« Mais que diable connaissent-ils à la gestion et à la
façon de mener les gens ? Rien, a-t-il dit à Purnick
avant le scrutin présidentiel. Si vous rega rdez mon
ent repr ise, pourquoi, après tout le succès que nous
avons eu avant que je me lance en politique,
pensez-vous que je ne pourrais pas diriger le
gouvernement ? Que diable dois-je accomplir pour faire
mes preuves ? Pourquoi pensez-vous que je ne serais
pas qualifié pour être président des États-Unis après
tout le succès que j’ai connu avec ma société et notre
administration ? Pour l’amour de Dieu, je ne brigue
pas la Maison-Blanche, mais ce n’est pas différent. »
Si le t on de Bloomberg trahissait une certaine
frustration, c’est peut-être qu’il réalisait que son
rêve de jeunesse – devenir le premier président juif –
venait de passer.
Com me ma ire, M ichael Bloomberg peut se vanter
d’avoir contribué au sauvetage financier de la ville
après le choc du 11 septembre 2001, à la baisse de la
criminalité et à l’amélioration des performances des
écoles publiques. Il s’est aussi donné la réputation
d’un croisé de la santé et de l’environnement en
interdisant la cigarette dans les lieux publics et les
graisses industrielles dans l’alimentation, ainsi
qu’en plantant un million d’arbres dans la ville.
Après deux mandats à la mairie de New York, il aurait
très bien pu quitter la politique et poursuivre ses
activités philanthropiques ou sportives (il est devenu
maniaque de golf au cours des dernières années). Mais
il a décidé que sa ville ne pouvait se passer de sa
compétence et de son indépendance.
« Je me fous de ce que les groupes de pression
veulent. Je ne reçois pas un sou d’eux. Je travaille
pour 1 $ par année et je travaille pour vous, et pou r
vous seu lement », a déclaré le maire mardi soir lors
du lancement officieux de sa campagne.
Son principal adversaire, Bill Thompson, tentera de
convaincre les New-Yorkais que Michael Bloomberg
travaille en fait depuis huit ans pour « les riches et
les puissants», comme le laisse entendre sa première
pub télévisée. Il lui reprochera également de vouloir
devenir «maire à vie».
Tiens, c’est peut-être une idée à laquelle Michael
Bloomberg n’avait pas pensé…
Carter dénonce le racisme de la droite -
RICHARD HÉTU
NEW
YORK — Jimmy Carter a soulevé une vive polémique aux
États-Unis en attribuant à la couleur de la peau de Ba
rack Oba ma « une pa rt considérable des
démonstrations intenses d’a nimosité contre » lui, y
compris la sortie du représentant républicain de
Caroline-du-Sud, Joe Wilson, qui a crié « Vous mentez
! » en plein discours du président devant le Congrès
la semaine dernière.
PHOTO NICHOLAS KAMM,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Ce
couple
a manifesté, avec des milliers d’autres Américains,
devant la Maison-Blanche samedi. Ils en ont contre
le plan de réforme de la santé du président Obama,
et peut-être contre Obama lui-même, comme le laisse
croire leur pancarte.
« Je vis dans le Sud (des États-Unis) et j’ai vu le
Sud faire un grand chemin contre le racisme et j’ai vu
le reste du pays qui partageait l’attitude du Sud face
aux minorités faire aussi un long chemin. Mais le
racisme existe toujours et je pense qu’il remonte à la
surface parce que beaucoup de Blancs croient – pas
seulement dans le Sud mais dans tout le pays – que les
Afro-Américains ne sont pas qualifiés pour diriger
cette grande nation. C’est une attitude abominable et
cela me peine et me préoccupe beaucoup », a déclaré
l’ancien président, qui vit en Géorgie, lors d’une
entrevue diffusée lundi soir sur la chaîne de
télévision NBC.
L’ancien président faisait nota m ment référence à la
colère exprimée contre Barack Oba ma l ors des réu
nions publiques sur la réforme du système de sa nté et
de la manifestation anti-gouvernement de samedi
dernier à Washington. Il n’était pas le premier
démocrate à relier au racisme une partie de
l’opposition au premier président noir des États-Unis.
Certains élus de son parti ont d’ailleurs tenu le même
discours lundi lors du débat à la Chambre des
représentants qui a précédé l’adoption d’une
résolution de « désapprobation », par 240 voix contre
179, pour sanctionner Joe (« Vous mentez ! ») Wilson.
Ma is Jim my Ca rter est de loin le démocrate le plus
important à exprimer une tel le opi n ion . L es c r
itiques de Barack Obama ont dénoncé avec vigueur son
commentaire.
« C’est une diversion pathét ique orc he st rée pa r
les démocrates pour faire oublier l’impopularité des
propositions du président en matière de santé », a
déclaré Michael Steele, le premier président noir du
Pa rti républicain. « Dire que l’opposition des
Américains à l’égard des politiques du président Obama
est reliée à la couleur de sa peau constitue un
outrage et démontre de façon troublante jusqu’où les
démocrates sont prêts à aller pour dénigrer tous ceux
qui ne sont pas d’accord avec eux. »
La
Maison-Blanche s’est gardée d’appuyer les dires de
Jimmy Carter.
« Le président ne croit pas que la critique à son
endroit soit reliée à la couleur de sa peau», a
déclaré le porte-parole de la présidence, Robert
Gibbs.
Larry Sabato, politologue à l’ Université de Virginie,
espère, de son côté, que le commentaire de Jimmy
Carter servira de point de départ à une réflexion sur
la critique au temps de Barack Obama.
« Carter a partiellement raison », a-t-il déclaré au
cours d’un entretien téléphonique. « Des millions
d’Américains fondent en partie leur jugement du
président Obama sur la couleur de sa peau. C’était
évident durant la campagne de 2008. Mais il a gagné.
Il n’y a pas beaucoup de sociétés qui élisent à la
présidence un membre d’un groupe minoritaire qui a été
longtemps opprimé.
« Cela d it , nous devons trouver un terrain d’entente
sur la façon dont nous allons procéder pendant la
présidence d’Obama. Nous devons être capables de
critiquer le président. C’est notre sport national. Le
compromis évident est d’éviter les caricatures
grossières et les stéréotypes. Mais nous devons
permettre une critique libre et vigoureuse des
politiques d’Obama. Agir autrement serait également
raciste.»
LE «MENTEUR AFRICAIN»
Mark Williams, un des organisateurs du mouvement de
contestation Tea Party, ne cache pas son animosité à
l’égard de Barack Obama, qu’il décrit sur son blogue comme
un « musulman indonésien converti en truand de l’aide
sociale ». Le mouvement Tea Party a joué un rôle important
dans la perturbation des réunions publiques de cet été sur
la réforme du système de santé et dans l’organisation de
la manifestation anti-gouvernement de samedi dernier à
Washington, où Barack Obama était décrit sur une affiche
comme le « menteur africain dans la MaisonBlanche » et
dépeint sur une autre comme un sorcier vaudou. Des
exemples parmi d’autres d’un phénomène familier aux yeux
de plusieurs Noirs. « Jimmy Carter a raison de dire que
les gens du mouvement Tea Party sont malheureusement les
héritiers de groupes qui ont cherché à nous diviser depuis
le tout début de l’histoire de ce pays », a déclaré hier
Benjamin Jealous, président de la NAACP, l’organisation de
défense des droits civiques.
Quand Bush dénigrait Palin, Obama et cie
- Richard Hétu
Barack
Obama, Hillary Clinton et Joseph Biden peuvent se
consoler. Si George W. Bush les a dénigrés en privé au
cours de son séjour à la Maison-Blanche, il n’a pas
été plus élogieux à l’endroit de John McCain et Sarah
Palin.
PHOTO ARCHIVES AFP
L’ancien
président George W. Bush, photographié en 2008.
En fait, selon l’auteur d’un livre à paraître, le 43e
président était peutêtre le républicain le moins
enthousiasmé par la décision du sénateur de l’Arizona
de choisir la gouverneure de l’Alaska comme colistière
lors de la campagne présidentielle de 2008.
« J’essaie de me souvenir où l’ai déjà rencontrée »,
aurait-il dit à un groupe de conseillers quelques
jours après la sélection de Sa ra h Palin. «
N’est-elle pas gouverneure de Guam ? » aurait-il
demandé, l’oeil moqueur, en faisant référence l’île du
Pacifique.
Matt Latimer, ex-rédacteur de discours pour George W.
Bush, lui attribue ces propos dans Speech-Less : Tales
of a White House Survivor, un ouvrage qui sera en
librairie le 22 septembre.
L’auteur se décrit comme un conservateur convaincu qui
a perdu plusieurs de ses illusions après avoir
travaillé au Congrès, au Pentagone et à la
Maison-Blanche.
Il reconnaît cependant à l’ex-président républicain un
flair politique certain au sujet de Sarah Palin.
«
Elle est intéressante, mais attendez que la rose perde
de sa fraîcheur », a déclaré George W. Bush à ses
conseillers, selon des extraits du livre de Latimer
publiés dans le numéro courant du magazine GQ. «Cette
femme a été mise dans une situation pour laquelle elle
n’a aucunement été préparée.»
Selon Latimer, le 43e président a tenu des propos
semblables au sujet de Barack Obama, après que celuici
l’eut critiqué sévèrement dans un discours.
Un monde dangereux
«On vit dans un monde dangereux et ce type n’est
aucunement qualifié pour le diriger. Il ne comprend
rien à rien, je vous le garantis », aurait-il déclaré
devant ses conseillers.
Pour critiquer Joseph Biden, George W. Bush aurait
adopté un ton plus humoristique : « Si raconter des
âneries était payant, Joe Biden serait milliardaire. »
Le commentaire grivois sur Hillary Clinton, que
l’auteur de Speech-Less attribue à l’ancien président
reflète l’opinion que celui-ci a longtemps entretenue
sur les chances de l’expremière dame de lui succéder à
la Maison-Blanche : « Attendez qu’elle pose ses
grosses fesses derrière ce bureau. »
Lors
des élections générales, cependant, George W. Bush a
vu juste en prédisant la défaite de John McCain, après
avoir appris que celui-ci avait du mal à remplir un
amphithéâtre à Phoenix, la plus grande ville de
l’Arizona. « Il ne peut pas attirer 500 personnes dans
sa propre ville ? Même pas 500 personnes ? Je pouvais
attirer ce nombre à Crawford. L’avion descend en
vrille, les gars », aurait-il dit à ses conseillers.
La nature de la grogne anti-Obama -
RICHARD HÉTU
N E W
YO R K — Vladimir L én i ne. Joseph Sta li ne. Adolf
Hitler. Fidel Castro. Qu’obtient-on si l’on additionne
ces quatre personnages ? Si l’on se fie à l’une des
pancartes brandies lors de la manifestation qui a
attiré des dizaines de milliers de personnes samedi à
Washington, la bonne réponse est : Barack Obama.
PHOTO HARAZ N.
GHANBARI, AP
Barack
Obama
fait les frais d’une campagne de dénigrement depuis
plusieurs mois.
« Si vous n’avez pas peur, c’est que vous ne faites
pas attention à ce qui se passe », pouvait-on
également lire sur cette affiche ornée des photos du
président américain et des quatre chefs d’État
totalitaire.
Tous les manifestants de Washington ne partageaient
pas cette hantise de Barack Obama. En scandant «
assez, assez » da ns Pennsylva nia Avenue, plusieu rs
d’entre eux voulaient exprimer leur opposition à
l’expansion du pouvoir fédéral, qui aurait commencé
avant l’arrivée du démocrate à la présidence. À leurs
yeux, George W. Bush et les républicains du Congrès
ont eux-mêmes abandonné la lutte des conservateurs et
des libertaires contre le « trop d’État ».
Mais la manifestation de Washington était aussi le
point culminant d’une campagne de dénigrement dont
Barack Obama fait les frais depuis plusieurs mois. En
traitant le président de socialiste, de communiste, de
fasciste et même de raciste, plusieurs protestataires
reprenaient les accusations lancées par un des
promoteurs de la manifestation, Glenn Beck, à son
émission de télévision diffusée sur la chaîne Fox
News.
Et c’est ainsi que la réforme de la sa nté proposée pa
r Obama peut être associée selon eux aux idéologies
les plus meurtrières de l’histoire. Que son projet de
s’adresser aux élèves des écoles publiques peut être
comparé à de l’endoctrinement à la Saddam Hussein ou à
la Kim Jong-Il. Ou qu’un représentant républicain peut
accuser le chef de la Maison-Blanche de mentir au
cours d’un discours solennel devant le Congrès des
États-Unis.
Obama n’est évidemment pas le premier président à
susciter de vives réactions. Son prédécesseur, George
W. Bush , a été f ra nchement détesté par une bonne
partie de la population. Mais il n’a pas suscité un
tel vitriol au cours de sa première année à la
Maison-Blanche. Et si des tena nts de la gauc he l’ont
compa ré à H itler ou à l’antéchrist, ils n’ont pas
été encouragés à le faire par les commentateurs les
plus popu la i res de la rad io et de la télévision,
dont Rush Limbaugh et Beck.
Normal ou pas ?
D’où la question : quelle est la véritable natu re de
la campagne anti-Obama ? Certains observateurs, dont
quelques con sei l ler s du président, n’y voient rien
d’anormal, estimant que la plupart des présidents
démocrates soulèvent des réactions exce ssive s au sei
n d ’u ne cer ta i ne d roite. Cer ta i ns c ritiques
de Bill Cli nton , rappellent-ils, étaient prêts à
croire le pire à son sujet, à savoi r qu’il s’éta it
liv ré au trafic de la cocaïne, qu’il avait été mêlé à
la mort d’un de ses con sei l ler s , V i nce Foster,
qu’il était un violeur en série, etc.
L a légiti m ité des présidents démocrates Franklin
Roosevelt et Harry Truman avait également été remise
en question par des ultraconservateurs, qui les
accusaient de socialisme ou de complicité avec les
communistes.
Mais au moins une des commentatrices américaines les
plus en vue, Maureen Dowd, du New York Times, a
abandonné ce point de vue à la su ite de la sortie du
représentant républicain de Caroline du Sud, Joe
Wilson, qui a créé un précédent la semaine dernière en
traitant u n président de menteu r lors d’u n discou
rs deva nt le Congrès.
« J ’a i hésité à ad met t re que la folie stridente
de l’été – les efforts désespérés pour dépeindre notre
premier président noir comme l’Autre, u n ét ra nger,
soc ia liste, marxiste, raciste, nazi ; un sans-coeur
qui débrancherait les personnes âgées ; un serpent qui
endoctrinerait les enfants – était liée à la race, a
écrit Dowd dans sa chronique d’hier.
« J ’éta is plutôt d ’accord avec quelques-u n s des
conseillers d’Obama, selon lesquels les présidents
démocrates ont toujou rs provoqué une réaction écuma
nte chez les pa ra nos – du père Coughlin contre FDR à
Joe McCarthy contre Truman, en passant par les John
Birchers contre JFK et le vaste complot de la droite
contre Bill Cli nton . M a is l’i n solence c hoqua
nte de Wilson à l’égard de la fonction du président –
aucu n démocrate n’a ja ma is c rié "menteu r" à W.
qua nd il utilisait de fau x prétextes pour j ustifier
la guerre en Irak – m’a convaincue : certaines
personnes ne peuvent pas croire qu’un homme noir soit
président et ne l’accepteront jamais. »
Voilà
un débat dont on n’a pas entendu le dernier mot.
Rentrée périlleuse pour Obama - RICHARD
HÉTU
NEW
YORK — Vérification faite, le discours que Barack
Obama prononcera aujou rd’hu i à l’adresse des
écoliers américains ne contient aucune propagande
socialiste, contrairement aux prévisions de ses
détracteurs.
PHOTO JIM WATSON,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Le
succès
ou l’échec de la réforme du système de santé
pourrait définir la présidence de Barack Obama. Tout
comme la guerre en Afghanistan, qui s’enlise et est
de moins en moins populaire auprès des Américains.
«Et peu importe ce que vous voulez faire de votre vie
– je vous garantis que vous aurez besoin d’instruction
pour le faire », dira le président américain devant
des élèves de Virginie, dans une allocution que
pourront diffuser en direct – ce n’est pas une
obligation – les écoles publiques des États-Unis.
Il ajoutera : « Et ce n’est pas seulement important
pour votre propre vie et votre propre avenir. Ce que
vous ferez de votre scolarité décidera rien de moins
que de l’avenir de ce pays. »
La Maison-Blanche a cru bon de publier à l’avance le
discours du président pour apaiser les commentateurs
et les parents conservateurs qui craignent que Ba rack
Obama ne transmette aux petits Américains des idées
socialistes.
Controverse surréaliste ? Ce ne serait pas la seule à
avoir vu le jour au cours des dernières semaines. Mais
la réaction défensive de la Maison-Blanche illustre à
quel point les critiques conservateurs les plus
féroces, voire outranciers, réussissent à imposer
leurs points de vue dans les débats politiques
actuels.
Un autre exemple a été donné dans la nuit de samedi à
dimanche lorsque le conseiller spécial de la
Maison-Blanche pour les « emplois verts », Van Jones,
a démissionné. Désigné par l’hebdomadaire Time comme
l’une des 100 personnalités les plus influentes au
monde, Jones était depuis plusieurs jours dans le
collimateur de l’animateur de la chaîne Fox News Glenn
Beck, qui l’avait notamment qualifié de « communiste
». De leur côté, des élus républicains avaient réclamé
son départ vendredi, après qu’un site conservateur eut
découvert son nom au bas d’une pétition datant de 2004
et réclamant une enquête pour déterminer si
l’administration Bush « n’avait pas volontairement
permis que les attaques du 11 septembre aient lieu,
peut-être comme prétexte pour déclarer la guerre ».
C’est dans ce contexte délétère que le président Obama
se présentera demain soir devant le Congrès pour
tenter à nouveau d’imposer sa vision dans le débat sur
la réforme du système de santé, un chantier dont le
succès ou l’échec pourrait définir sa présidence.
Des
démocrates sceptiques
Durant toute la pause parlementaire d’août, ce débat
aura été dominé par des voix conservatrices et
républicaines qui se sont exprimées dans les médias ou
les réunions publiques d’un bout à l’autre du pays.
Leurs objections, légitimes ou tendancieuses –
certains commentateurs ont associé la réforme au
nazisme – se sont ajoutées à celles des démocrates
modérés du Sénat et de la Chambre des représentants.
À ce stade-ci du débat, le défi de Barack Obama
consiste moins à convaincre des élus républica ins
d’appuyer sa réforme qu’à obtenir un compromis entre
les différentes factions démocrates. Il devrait ainsi
définir de façon plus explicite les paramètres d’un
projet qui inclurait notamment un système controversé
d’assurance santé publique à créer en parallèle aux
assurances privées existantes.
«Le Congrès et le pays sont engagés depuis plusieurs
mois dans un débat vigoureux », a déclaré le président
hier à Cincinnati lors d’un piquenique organisé par
l’organisation syndicale AFL-CIO. «Et ce débat est une
bonne chose, car nous devons faire les choses comme il
faut. Mais vient un moment dans chaque débat où il
faut décider, où il faut agir. Et ce moment est
arrivé. »
La controverse autour de la réforme du système de
santé a coïncidé avec une chute de la cote de
popularité de Barack Obama, qui était supérieure à 60%
au printemps dernier. Celle-ci est tombée à 52,8 %
selon la moyenne des sondages compilés par le site
RealClearPolitics.
Mais la santé n’est pas le seul dossier controversé
que doit gérer Ba rack Oba ma en cet te rent rée. Celu
i-c i devra notamment décider s’il enverra des
renforts militaires en Afghanistan, où les Américains
sont engagés dans un conflit de plus en plus meurtrier
et de moins en moins populaire. Selon un sondage
publié la semaine dernière, six Américains sur 10 sont
désormais opposés à cette guerre.
L’ironie veut que le président ait sans doute besoin
de l’aide des républicains s’il veut continuer le
combat contre les taliba ns en Afghanistan. Un tel
scénario ne manquerait pas d’ajouter à la déception de
ses partisans progressistes, qui le soupçonnent déjà
d’être prêt à des compromis qu’ils jugent
inacceptables en matière de santé.
« Oui, nous pouvons », scandaient les partisans de
Barack Obama il y a un an. Et l’écho de répondre : «
Peut-être pas. »
Rentrée controversée - ARIANE KROL
«É
coutez votre prof et faites vos devoirs. » En ce j our
de rentrée des classes américaine, le message ne
devrait surprendre personne. Mais dans la bouche de
Barack Obama – ou, plutôt dans l’esprit tordu de
certains de ses détracteurs – un discours est
forcément une tentative de manipulation. Et ce, même
si l’auditoire n’est pas en âge de voter.
Le président Obama, qui s ’e s t pr ê té au jeu de l’i
nterv iew ave c u n écolier floridien le mois dernier,
s’adressera aux jeunes de tout le pays ce midi. En
direct d’une école secondaire de la Virginie, il leu r
pa rlera de l’importance d’avoir des rêves et
d’étudier pour les réaliser. I l insistera su r
l’effort, la persévérance et la responsabilité de
chacun dans l’atteinte de ses objectifs. La
quintessence des valeurs traditionnelles. Pourtant,
l’idée que ce discours puisse être présenté en classe
a déclenc hé u ne controverse sa ns précédent.
Des parents ont exigé que leur école le boycotte ou, à
défaut, que leurs enfants en soient exemptés. Certains
les ont même gardés à la maison pour plus de sûreté.
Des critiques de droite en ont rajouté, accusant Obama
de vouloir endoctriner les enfants et de profiter de
l’occasion pour vendre son programme politique. On
croit rêver.
Pou r
ca lmer le jeu, le département de l’Éducation a
modifié la feuille d’exercices accompagnant le
discours, él i m i na nt la question où l’on demandait
aux écoliers d’écrire une lettre indiquant « comment
ils pouvaient aider le président ». La MaisonBlanche a
aussi accepté de dévoiler le texte de l’allocution
hier, afin que les parents puissent en prendre
connaissance.
Le discours, qui s’adresse aux écoliers de la première
à la 12e année, est un peu long et contient des
passages sans doute trop abstraits pour les plus
jeunes du primaire. Mais le président leur parle aussi
de c hoses d rôle - ment concrètes, comme la
difficulté de vivre avec une mère seule et de manquer
d’argent. S’il cite son parcours, c’est plus pa r
souci de crédibilité que pour se donner le beau rôle –
il évoque un élève un peu dissipé, qui a fait des
mauvais coups et a eu de la chance.
Dans la plupa rt des pays, un tel discours susciterait
au mieux de l’indifférence, au pire des critiques sur
la futilité de l’exercice. Un chef d’État qui vante
les vertus de l’école ? Où est la nouvelle ? Ma is de
toute év idence, beaucoup d’Américains ont encore du
mal à accepter que Barack Obama soit leur président.
Ils voient des intentions politiques dans le plus
banal de ses discours, comme s’il était en pleine
campagne électorale et, donc, n’avait pas encore été
élu. Après plus de 200 jours de mandat, c’est une
forme de déni assez inquiétante.
La double vie de Sarah Palin ? -
Alexandre Sirois
Si
Sarah Palin rêve encore d’accéder à la Maison-Blanche,
elle n’est pas au bout de ses peines.
PHOTO SCOTT
APPLEWHITE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
L’ex-copain
de la fille de Sarah Palin dresse un portrait
dévastateur de l’ex-candidate républicaine à la
vice-présidence.
Une nouvelle tuile vient de s’abattre sur l’ancienne
candidate républicaine à la vice-présidence. Levi
Johnston, l’ex de sa fille Bristol, a décidé de laver
son linge sale... en public.
Bristol, rappelons-le, avait soulevé la controverse en
pleine convention républicaine en 2008, forcée
d’admettre qu’elle attendait un bébé alors qu’elle
n’avait que 17 ans.
Levi Johnston, père du bébé, brosse aujourd’hui un
portrait dévastateur de la grand-mère de son fils. Il
a offert ses révélations croustillantes au magazine
Vanity Fair moyennant une rémunération dont la teneur
n’a pas été révélée.
Les confidences du j eune homme laissent croire que
l’image publique de Sarah Palin ne correspond pas à la
réalité. Adepte de chasse et de pêche, hockey mom,
mère exemplaire de cinq enfants...tout ça serait de la
frime.
«Je ne l’ai jamais vue toucher à une canne à pêche.
Elle avait une arme à feu dans sa chambre et elle m’a
demandé un jour de lui montrer comment s’en servir»,
raconte Levi Johnston.
Gênée par le bébé
«On ne s’occupait pas beaucoup d’élever les enfants
dans cette maison», ajoute-t-il. Selon lui, Sarah
Palin et son mari – au bord du divorce – n’étaient
jamais aux fourneaux et ne s’occ upa ient pas plus des
tâches ménagères. Les enfants devaient à la fois «
cuisiner, faire le ménage, faire le lavage et se
préparer pour l’école».
Le
jeune homme soutient que l’ex-politicienne n’a presque
pas vu jouer son plus vieux fils au hockey. Il va même
jusqu’à affirmer qu’elle souhaitait adopter
secrètement le bébé que Bristol et lui attendaient.
«Elle ne voulait pas que les gens sachent que sa fille
de 17 ans allait avoir un bébé.»
Sarah Palin a annoncé sa démission de son poste de
gouverneure de l’Alaska le 26 juillet dernier. Depuis,
les spéculations vont bon train quant à la façon dont
elle souhaite poursuivre sa carrière politique. Les
confessions de Levi Johnston pourraient lui nuire.
« Qu’un personnage ne se révèle pas aussi propre et
net que son image publique ne va pas en étonner
beaucoup. Les gens de la droite vont prendre sa
défense et les gens plus à gauche vont en profiter
pour en remettre», souligne le directeur de la chaire
d’études politiques et économiques américaines à
l’Université de Montréal, Pierre Martin.
«Il reste que ses perspectives d’accéder à la
présidence, qui me semblaient déjà faibles sinon
inexistantes, relèvent, avec ça, encore plus du rêve»,
estime-t-il.
Obama l’écraserait
Ces révélations surviennent quelques semaines après la
publication d’un sondage selon lequel Barack Obama
écraserait Sarah Palin si elle se lançait dans la
course à la Maison-Blanche.
Selon le Marist Institute for Public Opinion, l’actuel
président l’emporterait avec 56% des voix. Sarah Palin
devrait se contenter de 33% des intentions de vote.
«Si elle n’a pas fait le poids en 2009, comment
imaginer qu’elle soit à ce point meilleure devant un
président qui sera mieux aguerri en 2012?» a indiqué
le coprésident de l’Observatoire sur les États-Unis de
l’UQAM, Charles-Philippe David, joint par courriel en
Russie.
« Mais tout demeure possible. . . Pensons à Rona ld
Reagan, qui s’y est pris à deux reprises avant de
finalement ravir la Maison-Blanche. »
Avis de tempête pour les vacances d’Obama
Entre
autres soucis, un ouragan pourrait rendre visite au
président américain en congé sur la côte Est
WASHINGTON — Ba r a c k Obama a entamé hier la
première semaine de vacances de sa présidence, mais
les d i f ficultés économiques, les violences en Irak
et en Afghanistan, les soucis liés à sa réforme de la
santé et même la météo pourraient gâcher son séjour à
la plage.
PHOTO PARTH SANYAL,
REUTERS
Malmené
dans les sondages, Barack Obama va devoir jouer
quelques coups de maître à partir d’une position
délicate, comme sur cette toile dans une galerie de
New Delhi en Inde.
Le président américain, qui fait aussi face à une
chute de confiance de ses concitoyens sur sa politique
pour l’emploi, s’est envolé hier pour la résidence
présidentielle de Camp David d’où il doit rejoindre
demain l’île huppée de Martha’s Vineyard au
Massachusetts.
Dernier invité-surprise du week-end présidentiel: le
premier ouragan de la saison dans l’Atlantique, Bill,
et sa « forte houle potentiellement extrêmement
dangereuse pour les personnes ». L’ouragan devrait
frôler demain la côte Est des États-Unis, selon le
Centre national des ouragans, à Miami.
Comme pour souligner que les présidents américains ne
sont jamais vraiment en vacances, la Maison-Blanche a
ajouté une ligne à l’agenda de M. Obama : une
déclaration sur les élections afghanes de jeudi. Juste
avant son départ hier, il a déjà qualifié le scrutin
d’« important pas en avant ». Seuls 49 % d’Américains
disent dorénavant avoi r conf i ance dans l e f a i t
que M. Obama prendra l es bonnes décisions pour l e
pays.
Le porte-parole Robert Gibbs n’a pas caché par
ailleurs que Barack Obama sait pertinemment qu’il ne
peut pas rester complètement silencieux s’il veut
sauver sa réforme du système de santé américain, un
test majeur pour sa présidence.
«
Nous allons mettre à jour l’agenda durant tout le
weekend. Il se peut que nous ajoutions certains
événements relatifs à la réforme de la couverture
santé », a dit M. Gibbs mardi.
Mais « arrivé à un certain point, le président voudra
profiter pleinement de ses vacances », dans une villa
ultrasécurisée appelée la Ferme du héron bleu, « tout
comme vont le faire, je l’espère, des millions
d’Américains », a ajouté le porte-parole.
Le séjour de Barack Obama avec sa femme Michelle et
ses filles Malia et Sasha respecte la tradition. En
général, les présidents fuient la MaisonBlanche et la
moiteur de l’été à Washington en août.
Mais ils échappent rarement à l’attention des médias
et aux critiques d’hommes politiques désireux de
montrer que le président n’assume pas ses fonctions
présidentielles.
En 2001, George W. Bush avait essuyé un feu nourri
pour avoir passé la plupart de son mois d’août à
Crawford, au Texas, à débroussailler dans sa résidence
de 850 hectares. En 2005, le même Bush avait subi un
nouveau coup de chaud quand on lui avait reproché
d’être resté longtemps dans sa résidence alors que le
très meurtrier ouragan Katrina dévastait une partie
des côtes américaines.
Cette fois, une association conservatrice s’est
violemment opposée à la réforme de la couverture santé
du président avec une publicité qui se moque de ses
vacances et des plages idylliques de Martha’s
Vineyard.
Un Anglais charme la droite américaine -
Mali Ilse Paquin
Les
républicains n’auraient pu mieux demander pour
attaquer Barack Obama et sa réforme de la santé: un
politicien anglais qui dénonce son propre système de
santé « socialiste ». L’américanophile Daniel Hannan a
réussi le double exploit de diaboliser le projet
d’Obama et de se mettre à dos toute la
Grande-Bretagne, y compris son parti.
LONDRES — La droite américaine a recruté un
alliésurprise dans sa campagne contre la réforme du
système de santé de Barack Obama. Il est polyglotte,
est diplômé de l’Université d’Oxford et siège au
Parlement européen à Strasbourg. Et il possède une
éloquence qui rappelle cel le d’un cer t a i n Tony
Blair.
Daniel Hannan, député européen conservateur, est la
nouvelle coqueluche du réseau d’information Fox News
et consor ts depuis quelques semaines . Son message ?
Les Américains ne doivent pas imiter le système de
santé « socialiste » de la Grande-Bretagne, le NHS (
National Health Service).
À l ’ émission Fr e e d om Watch, sur Fox News, il a
affirmé le 5 août à l’animateur Andrew Napolitano : «
Je ne souhaiterais le NHS à personne… Les listes
d’attente sont interminables et le taux de survie est
faible. Il vaut mieux tomber malade aux États-Unis
qu’en Grande-Bretagne. »
Une semaine plus tard, il déclarait à un Sean Hannity
mielleux, encore sur Fox News : « Je trouve incroyable
que vos citoyens veuillent placer le droit de vie et
de mort entre les mains d’un État bureaucratique ! »
Opinions excentriques
Daniel Hannan a répété plusieurs fois que le NHS était
une « antiquité ». « C’est le t r oi s i ème employeu
r en importance au monde. Électoralement, c’est
impossible de s’en débarrasser. »
Ses déclarations ont donné des munitions aux
pourfendeurs de Barack Obama. Et elles ont fait
l’effet d’une bombe en Grande-Bretagne, où la
population s’est spontanément ralliée derrière le NHS
dans une campagne sur Twitter.
Le
député, fervent thatchériste, a forcé le chef de son
parti, le conservateur David Cameron, à interrompre
ses vacances pour rétablir le tir. « M. Hannan a des
opinions excentriques… Nous appuyons ent ièrement le
NHS », a affirmé M. Cameron à des journalistes devant
sa maison.
Le ministre de la Santé, Andy Burnham, a accusé Daniel
Hannan d’être antipatriotique et a demandé à David
Cameron hier de l’expulser de son parti.
Un franc-tireur
Élu au Parlement européen en 1999, Daniel Hannan agit
comme un franc-tireur dans son parti. L’eurosceptique
de 37 ans est l’auteur d’un essai proposant un système
de « comptes d’épargne santé », comme à Singapour.
Toutefois, c’est sa fougueuse harangue cont re Gordon
Brown qui a soufflé la droite américaine. Lors de la
visite du premier ministre britannique au Parlement
européen en mars dernier, M. Hannan avait vilipendé
ses programmes de dépenses contre la récession.
« Les électeurs voient ce que les marchés boursiers
ont déjà vu: vous êtes le premier ministre défait d’un
gouvernement défait », avaitil conclu. Son discours a
été vu 2,5 millions de fois sur YouTube.
À cette époque, les républ icains ét a ient à cour t
d’arguments contre le plan de sauvetage onéreux de
Barack Obama pour sortir les États-Unis de la crise
économique.
Le lendemain de la sortie de Hannan, le républicain
Rush Limbaugh déclarait à son émission de radio: « Les
républicains à Washington devraient apprendre une
leçon de courage de cet homme. »
Désormais, Daniel Hannan est le politicien britannique
le plus aimé de la droite américaine depuis Tony
Blair.
Après les « Truthers », les « Birthers »... MARIO
ROY
Barack
Obama ne serait pas né aux États-Unis, mais plutôt au
Kenya, ce qui rend illégal son séjour à la
Maison-Blanche. Ce sombre complot est tenu pour vérifié
par une quantité non négligeable de conservateurs
américains. Il a été soutenu devant des tribunaux par
certains, notamment pour se soustraire à des missions de
combat, car on ne saurait obéir à un commandant en chef
qui n’est qu’un usurpateur. Il a même été (presque)
cautionné par un commentateur de CNN, Lou Dobbs...
Ces adeptes du complot sont désignés sous le vocable de
Birthers, à la fois par association et par opposition
aux Truthers qui, eux, défendent diverses théories
ésotériques sur le 11 septembre 2001.
Il y a cependant une grosse différence.
La plupart des conspiracy buffs que l’on a connus depuis
un demi-siècle, dont ceux du 11 septembre, viennent de
la gauche. En particulier de ce segment de la gauche que
l’on regarde toujours avec inquiétude, redoutant
l’apparition chez elle de nouvelles lubies
potentiellement plus dangereuses.
Les Birthers, eux, viennent de l’autre extrémité du
spectre politique, ce qui est un phénomène nouveau. Plus
précisément, ce sont des partisans, des militants, des
ténors ou même des élus du Parti républicain. La voix
officieuse des franges extrêmes du parti, Rush Limbaugh,
entretient cette polémique ; 28% des électeurs
républicains croient qu’Obama est né à l’étranger et 30%
ont des doutes...
De
sorte que cette affaire est en train d’enfoncer
davantage encore le Grand Old Party, déjà en piètre
état, dans les sables mouvants de la pitrerie
idéologique et de la marginalité politique.
Certes, on peut en rire. Toutes ces simagrées nuiront
bien davantage, en effet, aux républicains eux-mêmes
qu’à Barack Obama. Et qui a encore la moindre
sympathie pour les républicains, en particulier après
le calvaire des années Bush fils ? Cependant, pour la
démocratie américaine fonctionnant sur le mode
bipartite, le naufrage du GOP est une catastrophe. Il
ne s’agit pas tant de son naufrage électoral que de sa
décomposition intellectuelle – c’est bien pire – que
l’on a vraiment commencé à noter lors de l’irruption
de Sarah Palin dans la dernière campagne
présidentielle.
Après l’élection, David Frum, l’une des voix
républicaines les plus respectées et qui a travaillé
avec deux présidents, disait : « Notre parti semble
aspirer à gouverner un pays qui n’existe plus. » Dans
le même temps, Karl Rove, principal stratège politique
de George W. Bush, ajoutait que l’avenir du parti
devrait s’abreuver au « marché des idées ». Cet été,
l’ex-secrétaire d’État Colin Powell (qui a appuyé
Obama à la présidentielle) a demandé au parti de
cesser de se tasser à l’extrême droite et de rouvrir
un véritable débat.
Or, pour l’instant, ces gens ne semblent avoir aucune
influence. Powell a été traité de « démocrate »,
insulte suprême. Palin erre toujours dans le décor.
Limbaugh demeure par défaut le maître à penser des
républicains. Et leur dernière trouvaille
intellectuelle est une théorie du complot...
Abraham Lincoln doit faire des doubles saltos arrière
dans sa tombe.
Obama, Joker socialiste -
Nicolas Bérubé
— Une
étrange affiche présentant Barack Obama maquillé en
Joker, le personnage du film Batman incarné par Heath
Ledger, a fait son apparition aux États-Unis. D’abord
distribuée sur le site Flickr, l’image a été aperçue
récemment dans les rues de Los Angeles et d’Atlanta.
Mais c’est surtout sur l’internet que les détracteurs
d’Obama l’ont fait circuler.
L’affiche, où le mot « socialiste » est accolé au nom
d’Obama, a été décrite comme raciste et provocatrice.
Sur le site collectif Associated Content, Robert
Dougherty se questionne sur l’intention de l’auteur, qui
reste anonyme.
« Le Joker (dans le film) est bien des choses, mais il
n’est certainement pas socialiste, écrit-il. Tous ceux
qui ont vu The Dark Knight le savent, le Joker est un
partisan de l’anarchie. »
Quoi qu’il en soit, l’affiche n’est que la dernière
manifestation d’une vague d’images et de commentaires
qui visent à dépeindre Barack Obama sous un jour
menaçant. Les adversaires d’Obama jouent depuis quelques
semaines sur la peur, un thème qui avait largement
disparu du discours public depuis l’arrivée au pouvoir
du président.
Ainsi, les birthers, un groupuscule d’extrême droite qui
doute qu’Obama soit né à Hawaii, ont reçu des heures de
temps d’antenne aux périodes de grande écoute, même
après qu’il eut été établi que leurs prétentions étaient
sans fondement.
Parallèlement, le président a été accusé de racisme pour
avoir pris la défense de son ami, l’universitaire noir
Henry Louis Gates, arrêté dans sa propre maison par un
policier qui croyait avoir affaire à un cambrioleur.
Bien des
critiques d’Obama se réclament d’Ayn Rand, auteure et
philosophe qui a popularisé les théories économiques du
laisser-faire et des responsabilités individuelles dans
les années 40 et 50.
Or, la droite américaine d’aujourd’hui semble davantage
intéressée à marquer des points politiques qu’à
combattre l’ingérence de l’État dans la vie économique
du pays.
Aucun leader républicain, par exemple, ne remet en
question l’existence du Medicare, un programme fédéral
de 440 milliards qui offre l’assurance maladie aux
personnes de 65 ans et plus. Le programmeest extrêmement
populaire, notamment auprès des compagnies d’assurances
privées, qui n’ont pas à payer les soins de millions
d’aînés susceptibles d’avoir besoin de traitements
médicaux coûteux.
Cet été, les adversaires d’Obama semblent appliquer à la
lettre les enseignements de Karl Rove, stratège
politique de George W. Bush, selon qui la meilleure
façon de battre l’autre camp est d’attaquer ses points
forts. En 2004, Rove avait attaqué sans relâche les
triomphes militaires de John Kerry, faisant oublier à la
nation que Bush n’avait jamais mis les pieds au Vietnam.
Selon les sondages, le point fort du parti démocrate est
Barack Obama, et c’est lui que les conservateurs visent.
Pour le chroniqueur Frank Rich, cette paranoïa est la
manifestation d’un mouvement démographique inéluctable:
l’élite blanche n’est plus la seule à tirer les leviers
du pouvoir en Amérique. Dans 30 ans, note-t-il, les
Blancs seront minoritaires aux États-Unis, selon les
statistiques.

« La leçon que nous devons tirer des récents événements
est celle-ci: l’Amérique n’est pas postraciale, écrit-il
dans le New York Times. Nous ne sommes qu’au début d’un
combat qui pourrait bien durer 30 ans. Et ce n’est pas
une bière froide qui apaisera la colère de ceux qui ne
peuvent accepter que le visage de l’Amérique ne
ressemble plus au leur. »
OBAMA MENACÉ 30 FOIS PAR JOUR
Barack
Obama est un président menacé. Depuis son arrivée à la
Maison-Blanche, le nombre d’attentats fomentés contre le
chef d’État américain a bondi de 400% comparativement au
nombre recensé pendant le règne de George W. Bush.
Barack Obama serait ainsi la cible d’une trentaine de
menaces potentiellement mortelles chaque jour, révèle
Ronald Kessler, dans son livre In the President’s Secret
Service.
L’étrange obsession des birthers
- Richard Hétu
« Ces
gens sont fondamentalement soit racistes, soit d’extrême
droite. Ils ne supportent pas de voir Barack Obama
président largement parce qu’il est noir, mais aussi
parce qu’il est progressiste. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Les théoriciens de la
conspiration ne mettent pas en doute la date de
naissance de Barack Obama, qui pourra célébrer demain
son 48e anniversaire l’esprit en paix. Mais l’endroit où
le président américain a vu le jour soulève aux
États-Unis une polémique dont l’ampleur menace de
redéfinir le Parti républicain.
PHOTO THE HONOLULU
ADVERTISER
Une
reproduction
de l’annonce que la mère et le père d’Obama avaient
fait paraître dans un journal d’Honolulu, le 13 août
1961, pour faire part de la naissance de leur fils.
La controverse ne date pas d’hier. Durant la campagne
présidentielle de 2008, des rumeurs ont circulé selon
lesquelles le candidat démocrate est né au Kenya, la
patrie de son père. Or, la Constitution des États-Unis
stipule expressément que « nul ne pourra être élu
président s’il n’est pas citoyen de naissance ».
L’équipe du sénateur de l’Illinois a tenté de combattre
ces rumeurs en publiant sur l’internet le certificat de
naissance de Barack Hussein Obama, qui dit qu’il est bel
et bien né le 4 août 1961 à Honolulu, dans l’État
d’Hawaii.
Peine perdue. Pas moins de 58% des républicains doutent
que le président démocrate soit né aux États-Unis (28%
d’entre eux refusent carrément d’y croire), selon un
sondage de la maison Research 2000 diffusé vendredi. Les
personnes âgées et les gens des États du Sud sont les
plus susceptibles de sympathiser avec les birthers, nom
donné aux promoteurs de cette théorie du complot selon
laquelle les États-Unis sont représentés à la
Maison-Blanche par un imposteur né en Afrique.
De là à taxer de racisme ou d’extrémisme les birthers,
il y a un pas que n’ont pas hésité à franchir certains
observateurs, dont Mark Potok, du Southern Poverty Law
Center, un organisme qui étudie les regroupements
extrémistes : « Ces gens sont fondamentalement soit
racistes, soit d’extrême droite. Ils ne supportent pas
de voir Barack Obama président largement parce qu’il est
noir, mais aussi parce qu’il est progressiste. »
Orly Taitz est l’une des pionnières du mouvement des
birthers. Originaire de la Moldavie¸ cette avocate de
Californie multiplie depuis un an les actions en justice
pour prouver l’inégibilité de Barack Obama, dont elle
compare la politique à celles de Staline et Hitler. Elle
a pu défendre sa théorie de la conspiration à l’émission
radiophonique de l’animateur Lou Dobbs, qui a également
traité du sujet à son émission télévisée sur CNN, une
chaîne d’information sérieuse.
Plusieurs autres vedettes des médias, dont les
animateurs radiophoniques Michael Reagan et Rush
Limbaugh, ont aussi exprimé en ondes de la sympathie
pour les birthers. « Barack Obama a une chose en commun
avec Dieu. Vous savez ce que c’est? Dieu non plus n’a
pas de certificat de naissance », a ironisé Limbaugh
lors d’une émission diffusée en juin.
Les birthers peuvent également compter sur des alliés à
la Chambre des représentants, où neuf élus républicains
ont proposé un texte de loi qui exigerait que les
candidats à la présidence produisent leur certificat de
naissance. Certains de leurs collègues, qui semblent
avoir peur de se mettre à dos les « conspirationnistes
», emploient des formules évasives lorsqu’ils sont
interrogés sur la citoyenneté du président démocrate. «
Il y a des questions », dira l’un. « Je n’ai pas vu le
document original », dira l’autre. « Je ne pourrais pas
le jurer sur la Bible », dira un autre encore.
Ces élus entretiennent le doute malgré la conclusion
catégorique à laquelle le groupement non partisan
FactCheck.org, qui relève de l’Université de la
Pennsylvanie, est arrivé après avoir examiné l’original
de l’acte de naissance d’Obama: « Nous confirmons qu’il
est absolument conforme à tout ce que requiert le
département d’État pour prouver que l’on est citoyen
américain. Notre conclusion: Obama est né aux
États-Unis, comme il l’a toujours dit. »
FactCheck. org a également trouvé une annonce que la
mère et le père d’Obama avaient fait paraître dans un
journal d’Honolulu, le 13 août 1961, pour faire part de
la naissance de leur fils.
Mais ces preuves irréfutables n’ont pas encore eu raison
des birthers, dont l’influence risque de ternir l’image
du Parti républicain, si l’on se fie au sondage Research
2000. Ce ne serait pas la première fois que les
théoriciens du complot auraient une certaine emprise sur
le Grand Old Party. Dans les années 50 et 60, les
Birchers, membres de l’organisation d’extrême droite
John Birch Society, voyaient des communistes partout, y
compris dans le Bureau ovale, à l’époque du président
républicain Dwight Eisenhower.
William Buckley, fondateur de la revue conservatrice
National Review, avait tenu à dissocier le Parti
républicain des Birchers en condamnant les «
diffamations idiotes et paranoïaques » des membres de ce
mouvement. Aucun républicain de sa stature ne s’est
encore levé pour fournir pareil verdict sur les
birthers.
Obama et les médias accusés de « partager le
même lit » - Richard Hétu
« Aucune
équipe de la Maison-Blanche depuis celle de John Kennedy n’a
été meilleure que l’administration Obama dans la
manipulation du moyen de communication qu’est la télévision.
»
COLLABORATION SPÉCIALE
— « Est-ce qu’un président récent a joui d’une couverture
médiatique plus favorable? » Robert Samuelsson, chroniqueur
économique au Washington Post, a soulevé cette question au
début du mois, s’inquiétant de l’« engouement » de la presse
américaine pour Barack Obama, dont les projets ambitieux
devraient, à son avis, inspirer aux journalistes du
scepticisme, d’abord et avant tout.
Samuelsson a répondu à sa propre question ainsi : « Eh bien,
peut-être John Kennedy durant un moment, mais aucun depuis.
» DavidZarawik, critique desmédias au Baltimore Sun, a, lui
aussi, évoqué l’ancien président, la semaine dernière, en
analysant les rapports entre Obama et la presse: « Aucune
équipe de la Maison-Blanche depuis celle de John Kennedy n’a
été meilleure que l’administration Obama dans la
manipulation du moyen de communication qu’est la télévision
», a-t-il écrit.
Zarawik faisait notamment référence à la décision de la
chaîne ABC de diffuser depuis le salon Bleu de la
Maison-Blanche son journal télévisé du 24 juin, ainsi qu’une
émission spéciale à heure de grande écoute, le même jour,
sur la réforme de la santé, un des grands chantiers de
l’administration démocrate, depuis le salon Est.
Républicains et commentateurs conservateurs n’ont pas manqué
de critiquer vigoureusement cette exclusivité accordée à ABC
à un moment-clé du débat sur la santé.
« Les émissions ne devraient pas être diffusées depuis le
salon Est et le salon Bleu. Elles devraient plutôt être
diffusées depuis la chambre à coucher d’Obama puisque ABC
(et une bonne partie des médias asservis) partagent le même
lit », a écrit le chroniqueur Cal Thomas.
Le Parti républicain, de son côté, s’est plaint de ne pas
avoir été invité à participer à l’émission spéciale d’ABC,
qui durera une heure. « Faute d’opposition, je crains que
l’émission ne se transforme en publicité à la gloire du
programme démocrate », a écrit Ken McKay, un des cadres de
la formation politique, dans une lettre au président d’ABC
News.
ABC News a répondu à McKay en l’assurant que les
participants à son émission spéciale représenteront un large
éventail d’opinions sur le système de santé américain. Ces
participants – experts, citoyenset journalistes – seront
invités à poser des questions au président Obama.
N’empêche:
si la chaîne ABC finit par présenter Barack Obama et sa
réforme de la santé sous un jour positif, elle ne sera pas
la première à faire ainsi le jeu de l’administration
démocrate. Au début du mois de juin, la Maison-Blanche a
ouvert toutes grandes ses portes à Brian Williams et à la
chaîne dont il est le chef d’antenne, NBC. Ceux-ci ont tiré
de cet accueil exclusif deux émissions spéciales, intitulées
Inside The Obama White House, qui brossaient un portrait
franchement sympathique du président, de sa femme et de son
équipe.
Certains commentateurs ont critiqué Williams et NBC, les
accusant de complaisance envers le président. Si
complaisance il y a eu, elle aura été payante pour la chaîne
de télévision, dont les cotes d’écoute ont augmenté les deux
soirs où elle a diffusé ses émissions spéciales sur la
Maison-Blanche.
Et si manipulation il y a eu de la part de la
Maison-Blanche, elle vient de cette certitude que les médias
ne peuvent résister à l’attrait commercial des Obama. Ce
n’est pas seulement vrai pour les chaînes de télévision,
mais également pour les magazines, dont les ventes
augmentent chaque fois que le visage de Barack Obama ou,
encore mieux, celui de sa femme Michelle, apparaît sur leur
couverture.
Comme elle le fait avec les chaînes de télévision, la
MaisonBlanche négocie ferme avec les magazines pour
s’assurer que leurs reportages « exclusifs » soient
positifs, un peu comme le font Brad Pitt et Angelina Jolie
avant de poser pour les photographes et de répondre aux
questions des journalistes.
Michael Wolff, critique des médias aumensuel Vanity Fair,
n’en revient pas. « Ces gens à la Maison-Blanche exercent un
plus grand contrôle sur les médias qu’aucune autre
administration avant eux », a-t-il écrit dans le numéro
courant de son magazine.
Ma i s Ba r a ck Obama n’est pas entièrement satisfait.
Mercredi dernier, lors d’une entrevue à la chaîne CNBC, il
s’est plaint, sans la nommer, de la chaîne d’information Fox
News, qui tend à favoriser le point de vue républicain. «
Vous auriez du mal, si vous regardiez cette chaîne pendant
toute la journée, à trouver une histoire positive à mon
sujet », a-t-il déploré.
Le
jour où le président démocrate s’estimera satisfait du
travail de Fox News, il faudra vraiment faire son deuil de
l’indépendance du journalisme américain.
Dick Cheney est accusé d’avoir caché un
programme antiterroriste au Congrès
—
L’ancien viceprésident américain Dick Cheney était hier
sous le feu des critiques de parlementaires démocrates
après des révélations dans la presse selon lesquelles il
aurait ordonné à la CIA de cacher au Congrès pendant
huit ans un programme antiterroriste.
Selon le New York Times, l’actuel patron de l’agence de
renseignement américaine, Leon Panetta, a informé des
parlementaires que la CIA avait « caché au Congrès
pendant huit ans des informations sur un programme
antiterroriste sur ordre direct de l’ancien
vice-président Dick Cheney ».
M. Cheney, ardent défenseur des méthodes controversées
de l’administration Bush dans la « guerre contre le
terrorisme », passe également pour un adepte du secret.
Nommé à la tête de la CIApar le président américain
Barack Obama au début de l’année, M. Panetta a mis un
terme à ce programme après en avoir eu connaissance, le
23 juin, ajoute le quotidien.
La nature exacte de ce dispositif restait incertaine.
Deux anciens responsables de la CIA ont expliqué au
Washington Post qu’il consistait à doter l’agence de
renseignement de « moyens nécessaires », sans plus de
précision, mais qu’il n’avait trait ni aux
interrogatoires de suspects de terrorisme ni aux écoutes
téléphoniques, des méthodes largement critiquées aux
États-Unis.
La loi
américaine, explique le New York Times, stipule que les
commissions du renseignement du Congrès doivent être
informées des pratiques des services secrets, sauf dans
certains cas.
En l’occurrence, les parlementaires démocrates
interrogés par le journal ont estimé que ces
informations auraient dû être portées à la connaissance
des commissions.
« La question est de savoir si l’ancien vice-président
des ÉtatsUnis a refusé de donner certaines informations
sensibles aux parlementaires. Ce n’est pas acceptable »,
a dit sur CNN l’influent sénateur démocrate Kent Conrad.
L’obligation de fournir ce type d’information est «
requis par loi », a-t-il rappelé.
La représentante Anna Eshoo, membre de la commission du
renseignement de la Chambre, s’est prononcée en faveur
d’une enquête indépendante sur la question. « Nous
devons savoir qui a donné les ordres », a-t-elle dit au
Washington Post, ajoutant que la commission dont elle
est membre pourrait le cas échéant utiliser son pouvoir
de citation pour interroger des responsables.
Le démocrate Patrick Leahy, qui préside la puissante
commission des Affaires judiciaires du Sénat, s’est
également prononcé en faveur d’une enquête: « Je crois
qu’on ne peut pas faire comme si de rien n’était »,
a-til dit sur CBS. « Personne n’est au-dessus des lois,
a-t-il ajouté. On ne peut pas dire: vous êtes le
vice-président, vous n’êtes pas obligé de respecter la
loi. »
Un sénateur du propre camp de M. Cheney, le républicain
Judd Gregg, a admis que si ordre avait été donné à la
CIAde ne pas informer les membres du Congrès, il
s’agissait d’« une erreur ».
La démission de Sarah Palin suscite des
interrogations
Surprenante colistière de John McCain lors de la
présidentielle américaine, la très conservatrice
Sarah Palin a officiellement démissionné hier de son
poste de gouverneure de l’Alaska. Un départ
anticipé, après un bref mandat de deux ans et demi,
qui alimente les spéculations.
PHOTO AL GRILLO, AP
Sarah Palin a officiellement
démissionné hier de son poste de gouverneure de
l’Alaska. On la voit ici avec sa fille Piper
vendredi dernier lors de l’un des trois
pique-niques auxquels elle a pris part avant de
quitter ses fonctions.
Le 3 juillet, prenantaudépourvu même ses amis les
plus proches, Sarah Palin, 45 ans, a annoncé qu’elle
démissionnerait le 26 juillet, soit un an avant la
fin de son mandat de quatre ans, et passerait le
relais au gouverneur adjoint, Sean Parnell, 46 ans.
Cette passation de pouvoir a eu lieu hier après-midi
à Fairbanks.
Depuis, les raisons de ce départ alimentent les
spéculations : s’agit-il d’aspirations en vue de la
prochaine présidentielle ou d’une éventuelle
implication dans des détournements de fonds alors
qu’elle est l’objet d’une vingtaine de plaintes pour
violation de l’éthique ?
Assaillie de questions, Sarah Palin n’a rien
expliqué. Tout en suggérant qu’elle pensait à un
rôle plus important, à l’échelle nationale. « Je
suis tournée vers l’avenir maintenant pour voir
comment nous pouvons faire avancer ce pays ensemble
avec nos valeurs – moins d’intervention du
gouvernement, une sécurité nationale plus forte et
une fiscalité bridée », a-t-elle écrit début juillet
sur Facebook.
« Il n’y a pas de projet après le 26 juillet. Il n’y
a absolument pas de projet, je ne peux pas le
répéter assez », a martelé à l’envi sa porte-parole,
Meghan Stapleton, balayant les rumeurs sur une
ambition présidentielle pour 2012 comme sur un
contrat télévisuel.
Sarah Palin est en tout cas annoncée comme oratrice
le 8 août à la bibliothèque présidentielle
Ronald-Reagan, en Californie. Elle a raconté
envisager d’écrire un livre et de partir en campagne
auprès de divers candidats dans le pays pour bâtir
une coalition conservatrice.
Et
surtout, elle compte continuer à dire ce qu’elle
pense, notamment sur le réseau de microblogage
Twitter. Elle y décroche un franc succès avec des
formules de 140 mots souvent à l’emporte-pièce,
strophes de chansons country à l’appui... Elle y a
plus de 100 000 lecteurs assidus.
Ce qui est loin de faire un mouvement populaire,
notent les analystes. « Il faut faire plus que
tweeter pour avoir une présence nationale permanente
» , note Jerry McBeath, directeur du département de
sciences politiques de l’Université d’Alaska, à
Fairbanks.
« Je crois qu’elle estime avoir quelque chose à dire
qui est important pour les électeurs partageant ses
vues, et qu’il faut qu’elle continue à s’exprimer.
Je crois qu’elle se cherche : au départ , elle
voulait être gouverneure, puis viceprésidente, et
maintenant, qui sait ? » ajoute-t-il.
Son éventuel avenir politique est également assombri
par une popularité en baisse : selon un sondage
Washington Post-ABC, sa cote est dans le rouge, avec
53% de mauvaises opinions. L’été dernier, près de
six Américains sur 10 pensaient du bien d’elle...
En 2008, le choix de Sarah Palin comme colistière de
John McCain s’était avéré détonant : jusque là
inconnue sur la scène nationale, la télégénique
première femme gouverneur de l’Alaska était
atypique, énergique, populaire et mère d’une famille
nombreuse.
Séduisant l’électorat conservateur, elle a aussi
attiré moqueries et critiques avec ses gaffes, son
ignorance des dossiers ou ses libertés avec les
fonds de campagne... Sans compter les soupçons
d’abus de pouvoir qui planent sur elle.
Sarah Palin démissionne
—
Plébiscitée par la base du parti républicain, stigmatisée
par d’autres, Sarah Palin, qui a renoncé hier à son poste
de gouverneure de l’Alaska, se définit comme un « pitbull
» et ne cache pas ses ambitions politiques.
À 45 ans, l’ancienne candidate à la vice-présidence
américaine, qui avait enthousiasmé les foules, mais
s’était aussi fait reprocher de jouer les « divas » et
d’avoir causé la défaite du candidat John McCain, reste
populaire auprès des plus conservateurs qui la verraient
bien chef de file pour de futures échéances.
« Je ne fais pas cela pour rien », avait-elle confié peu
avant l’élection présidentielle comme on lui demandait si
elle envisageait de poursuivre une carrière nationale en
cas de défaite républicaine.
Fervente
chrétienne, elle avait aussi déclaré espérer que Dieu lui
« montrerait la voie » si elle devait se lancer dans la
course à la Maison-Blanche.
Depuis, les spéculations n’ont cessé sur son éventuelle
candidature à l’élection de 2012.
Pendant la campagne, Mme Palin, qui s’était comparée à «
un pitbull avec du rouge à lèvres », avait été la caution
conservatrice du ticket républicain. Elle avait mobilisé
la base populaire de ses électeurs en assénant les coups
les plus durs au candidat démocrate Barack Obama, au
risque d’aliéner l’électorat centriste.
Lunettes couture, tailleurs bien coupés et coiffure rétro,
cette excellente basketteuse et chasseuse de caribous,
membre de la National Rifle Association qui défend le
droit au port d’armes, se veut proche de l’Américain
moyen,
notamment dans sa façon de s’exprimer.
MINISTRE DE LA JUSTICE DÉCHU SOUS BUSH Alberto
Gonzales provoque la controverse dans une université du
Texas - Nicolas Bérubé
Interrogé
durant quatre heures par un comité d’enquête du Sénat,
Alberto Gonzales avait fait l’histoire en répétant 64 fois
« Je ne m’en souviens pas ».
Alberto
Gonzales a annoncé sa démission comme ministre de la
Justice de George W. Bush le 27 août 2007.
Survenue en 2007, la séance avait signé l’arrêt de mort de
la carrière du ministre de la Justice, incapable
d’expliquer pourquoi huit procureurs fédéraux avaient été
renvoyés sous sa houlette.
Même les républicains s’étaient retournés contre lui. «
Les licenciements ont été menés avec incompétence, a dit
le sénateur républicain Tom Coburn à Gonzales. Vous
devriez goûter à la même médecine et mettre tout cela
dernière vous en démissionnant. »
Quelques mois plus ta rd, Gonzales, aussi dans l’embarras
pour avoir autorisé le gouvernement à torturer les
prisonniers faits durant la guerre contre le terrorisme, a
donné sa démission.
Aujourd’hui, Alberto Gonzales, grand ami de GeorgeW. Bush,
fait un retour controversé dans l’actualité. L’Université
Texas Tech vient d’annoncer son embauche à titre de
professeur de droit. M. Gonzales sera chargé d’expliquer
les rouages du pouvoir exécutif à une quinzaine
d’étudiants de première année. Il commencera à travailler
le 1er août, pour un salaire annuel de 100 000$.
Dès l’annonce de l’embauche, des étudiants et des
universitaires texans ont dénoncé la décision de Texas
Tech. Des opposants ont lancé des groupes Facebook contre
la nomination d’Alberto Gonzales. Le journal étudiant de
Texas Tech, The Daily Toreador, réputé pour ses opinions
de droite, a publié un éditorial condamnant l’embauche de
l’exministre de la Justice.
« En quittant Washington dans le déshonneur, M. Gonzales
n’a pas rempli ses fonctions de ministre de la Justice et
n’est donc pas une figure qui peut servir de modèle. Alors
pourquoi l’embaucher ? »
Ses opposants font aujourd’hui circuler une affiche sur
laquelle figure la photo d’AlbertoGonzales et celle,
tristement célèbre, d’un détenu de la prison d’Abou
Ghraib, le corps recouvert d’une toile et les mains liées
par des fils électriques.
« Vous ne connaissez peutêtre pas Alberto Gonzales, mais
nous sommes certains que vous connaissez son travail »,
peuton y lire.
Selon
Steven G. Kellman, professeur de littérature comparative
à l’Université du Texas à San Antonio, l’embauche de
Gonzales est un exemple de favoritisme.
« Dans la plupart des universités, les nouveaux
professeurs sont choisis à la suite d’un appel de
candidatures et après avoir été passés en revue par
leurs pairs, écrit-il. L’embauche unilatérale de
Gonzales constitue une forme d’assistance académique à
un fonctionnaire déchu. »
M. Kellman compare l’embauche de Gonzales à « l’embauche
de Bernard Madoff pour enseigner l’éthique des affaires
».
Ami du recteur
Alberto Gonzales, compagnon de longue date de M. Bush,
le servait déjà quand il était gouverneur du Texas. Il a
été à ses côtés dès les premières heures de sa
présidence.
À titre de conseiller à la MaisonBlanche, puis de
ministre à partir de 2005, Gonzalez avait la réputation
d’être l’un des conseillers les plus empressés à
préparer, à mettre en oeuvre ou à justifier les
décisions de l’administration, y compris les plus
controversées, comme les méthodes d’interrogatoire des
prisonniers de la « guerre contre le terrorisme »,
considérées comme des actes de torture par leurs
détracteurs.
C’est aussi Gonzales qui a établi les modalités de
détention des prisonniers à Guantánamo et leur jugement
par des tribunaux d’exception, et lui encore qui a
autorisé les écoutes secrètes de citoyens américains, un
dossier encore controversé.
C’est le recteur de l’Université Texas Tech, Kent Hance,
qui lui a offert l’emploi de professeur cet été. M.
Hance a récemment dit que Gonzales et lui étaient « de
bons amis, depuis les années 80 ». Le recteur est
également proche de George W. Bush.
La vague de commentaires négatifs n’influence pas sa
décision, a dit le recteur, « car ils ne proviennent pas
des fidèles donateurs » qui financent l’université.
Intéressante critique
des Républicains...
La nouvelle reine de l’opinion sur le web
- ENTREVUE AVEC ARIANNA HUFFINGTON - LOS ANGELES
En2005, l’auteure
et chroniqueuse gréco-américaineAriannaHuffington a lancé
TheHuffington Post, un site web de nouvelles et de commentaires
à saveurprogressiste, qui était destiné à faire un contrepoids
au populaire site conservateur Drudge Report. Quatre ans plus
tard, son rêve est devenu réalité: en février, The Huffington
Post a reçu 8,9 millions de visiteurs uniques, contre 3,4
millions pour le Drudge Report, selon la firme Nielsen
NetRatings. Ce succès a attiré l’attention: Mme Huffington
commente régulièrementl’actualité àCNN, CBSet surPolitico.com.
La Presse l’a récemment interviewée. QVotre
Arianna
Huffington a lancé saveur progressiste. The Huffington Post en
2005, un site web de nouvelles et de commentaires à
site, The Huffington Post, célébrera son quatrième anniversaire
en mai. Quel était votre objectif lorsque vous l’avez fondé et
avez-vous l’impression de l’avoir atteint ? R Je voulais
rassembler des gens de différentes périodes de ma vie et
permettre des discussions intéressantes. Les discussions animées
ont toujours fait partie demes intérêts – ça doit être à cause
de mon ADN grec et la façon dont j’ai été élevée. Ces
conversations ont eu lieu autour de la table, lors de lancements
littéraires, durant les randonnées en montagne avec des amis...
Avec The Huffington Post, l’idée était de prendre ces
discussions – à propos de la politique, des livres, des arts, de
la musique, de la nourriture, du sexe – et de les emmener dans
le cyberespace, en créant un point de ralliement pour les
nouvelles, de l’opinion et des idées provocatrices, en temps
réel. Je considère que nous avons atteint ces objectifs, mais
nous en avons fixé de nouveaux en cours de route. Le meilleur
reste à venir. Q Les gens d’allégeance progressiste sont
généralement heureux qu’Obama soit à la MaisonBlanche. En tant
que média progressiste, votre rôle est-il de critiquer Obama, de
critiquer ses critiques ou les deux? R Aucun des deux. D’abord
et avant tout, notre rôle est de chercher la vérité – peu
importe où cela peut nous mener. QVotre
site est très
critique à l’égard des républicains et des conservateurs.
Était-ce plus facile à faire quand le parti était au pouvoir ? R
En fait, non. Aujourd’hui, le Parti républicain est en train
d’imploser. Les républicains s’obstinent à traiter Obama de
socialiste et sont incapables d’offrir des solutions aux crises
que traversent les États-Unis. Ils ne font que proposer les
mêmes idées qui nous ont menés dans le pétrin en premier lieu.
C’est le vrai dilemme pour le Parti républicain: ses idées
maîtresses ont été appliquées durant huit longues années – et
elles nous ont menés au désastre. Ce n’est pas comme si nous
n’avions fait qu’un bref essai routier avec les théories
conservatrices : nous avons carrément acheté la voiture. Et elle
s’est révélée être un citron. Alors, tant que les conservateurs
n’inventent pas un nouveau modèle – et pas seulement une
nouvelle couleur ou une option de vitres teintées – nous ne
sommes pas au bout de nos peines. Q Les journaux dépensent de
plus en plus de temps et d’argent à tenter d’améliorer leur site
internet, qui bien souvent est déficitaire. Quel conseil
donneriez-vous à l’éditeur d’un journal ? R La question clé à
laquelle font face tous les gens qui travaillent dans les médias
aujourd’hui est la suivante: est-ce que l’on décide d’exploiter
et d’accepter les changements provoqués par l’arrivée de
l’internet ou bien prétend-on pouvoir sauter à bord d’une
machine à voyager dans le temps et retourner vers un passé qui
n’existe plus et qui ne peut être ramené à la vie. Il est
certain que, à mesure que nous progressons et que nous
découvrons les nouvelles règles de la route, il va y avoir – et
c’est une bonne chose – beaucoup d’expérimentations avec
différentes formes de revenus. Or, ce qui ne marchera pas – ce
qui ne peut pas marcher – c’est de prétendre que les 15
dernières années n’ont pas existé et que la survie de
l’industrie passe par la dissimulation du contenu derrière de
grandes palissades. Les habitudes des consommateurs ont changé.
Les gens sont habitués à avoir leurs nouvelles quand ils le
veulent, dans le format qu’ils veulent, comment ils le veulent,
où ils le veulent. Et ce changement est là pour rester. Alors,
au lieu d’essayer d’endiguer le flot de nouveautés et
d’innovations, les grands médias doivent naviguer dans les
rapides et tenter de tirer parti des nouvelles possibilités.
Que pensez-vous des réseaux sociaux comme Twitter et Facebook ?
Vont-ils un jour jouer un rôle majeur dans la façon dont les
gens consomment les nouvelles ? Vont-ils bousculer les médias
traditionnels ? R Twitter et Facebook sont des exemples
fascinants de réseau sociaux qui fonctionnent. Nous avons vu des
exemples frappants du rôle de Twitter lors de récents événements
d’actualité, comme le tremblement de terre en Chine ou lors de
l’assaut terroriste à Bombay. Cela dit, l’élément clé pour
comprendre l’avenir des médias n’est pas de prévoir le prochain
type de plateforme en vogue, ou la façon dont l’information sera
livrée – les technologies changent trop rapidement pour qu’on
puisse faire des prédictions. L’idée est d’avoir du contenu et
de le livrer d’une façon qui plaise aux gens. L’internet a
permis aux consommateurs de nouvelles d’avoir beaucoup de
latitude et de liberté – et cela va se poursuivre, sur plusieurs
types de plateformes. Je crois que les gens engagés, qui veulent
s’informer, ne constituent pas une espèce en voie de
disparition.
Un républicain
passe aux démocrates - Richard Hétu
Un cadeau à
Barack Obama pour ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche
À la veille de son 100e jour à la présidence des États-Unis,
Barack Obama ne pouvait guère rêver à un plus beau cadeau:
prenant le Tout-Washington de court, le sénateur républicain
de Pennsylvanie, Arlen Specter, a annoncé qu’il passait dans
le camp démocrate, une décision susceptible de faciliter
l’adoption des réformes ambitieuses du chef de la
Maison-Blanche.
«
Depuis mon élection en 1980 comme membre de la grande
coalition menée par Ronald Reagan, le Parti républicain a
dérivé loin vers la droite », a déclaré le sénateur Arlen
Specter pour justifier sa décision de passer chez les
démocrates.
Avec la défection de Specter, les démocrates ne sont désormais
plus qu’à un sénateur de la majorité qualifiée de 60 sur 100
dont ils ont besoin pour empêcher l’opposition d’utiliser le
filibuster, une forme d’obstruction parlementaire qui permet à
la minorité du Sénat de repousser indéfiniment l’adoption d’un
texte de loi, ou la confirmation d’un juge, entre autres. Ils
pourraient contrôler un 60e siège si Al Franken obtenait gain
de cause contre le sénateur sortant du Minnesota, le
républicain Norm Coleman, qui en appelle actuellement des
résultats de l’élection de novembre 2008 devant la Cour
suprême de son État.
La défection d’Arlen Specter inf lige un nouveau coup dur aux
républicains, dont la radicalisation semble s’accompagner par
une diminution d’influence au sein de la population
américaine. Âgé de 79 ans, le sénateur faisait partie de
l’aile modérée du Grand Old Party (GOP), une appartenance qui
compromettait ses chances de victoire en 2010 à l’occasion de
la course à l’investiture républicaine pour le siège qu’il
occupe depuis 1981. Il avait notamment été condamné par les
éléments purs et durs du GOP de son État après avoir voté en
faveur du plan de relance économique du président Obama.
« Je ne suis pas prêt à laisser l’électorat des primaires du
Parti républicain de Pennsylvanie décider de ma carrière de 29
ans au Sénat des États-Unis, pas prêt à laisser ce jury juger
cette feuille de route », a déclaré l’ancien procureur lors
d’une conférence de presse tenue hier après-midi à Washington.
Dans une
déclaration publiée vers midi, le sénateur Specter avait déjà
annoncé son intention de se présenter pour les élections de
2010 aux primaires du Parti démocrate, dénonçant du même coup
la radicalisation des républicains.
« Depuis mon élection en 1980 comme membre de la grande
coalition menée par Ronald Reagan, le Parti républicain a
dérivé loin vers la droite, a-t-il indiqué. L’année dernière,
plus de 200 000 républicains de Pennsylvanie ont changé leur
affiliation pour devenir démocrates. Je constate aujourd’hui
que ma philosophie politique s’accorde davantage avec celle
des démocrates qu’avec celle des républicains. »
Au cours de sa longue carrière au Sénat, Arlen Specter s’est
fait connaître pour son indépendance et son expertise dans les
dossiers touchant à la justice, le renseignement et les
anciens combattants. Il est présentement vice-président de la
commission des Affaires judiciaires. Il y a un an, il a
annoncé qu’il était atteint de la maladie de Hodgkin, une
forme de cancer du système lymphatique dont il était en
rémission après six mois de chimiothérapie en 2005.
Évidemment, les démocrates ont jubilé en apprenant sa
défection. « Vous avez mon appui total, a déclaré le président
Obama à son ancien collègue du Sénat lors d’une conversion
téléphonique en matinée. Je suis ravi de vous avoir. » « Nous
l’accueillerons à bras ouverts », a déclaré de son côté la
sénatrice démocrate du Michigan, Debbie Stabenow. La majorité
de 60 votes au Sénat ne garantirait pas au président Obama le
passage automatique de ses réformes. Elle inclurait un certain
nombre de démocrates conservateurs et deux sénateurs
indépendants, dont Joseph Lieberman, du Connecticut, qui
pourraient choisir de participer à un filibuster avec les
républicains un projet de loi particulier à la fois.
Mais il ne fait pas de doute que les chances du président
démocrate de faire adopter ses réformes prioritaires en santé,
éducation et énergie viennent d’augmenter.
Le Parti républicain doit changer, estime Colin
Powell
— L’ancien
secrétaire d’État Colin Powell a affirmé hier qu’il était
toujours républicain, mais il estime que son parti a besoin de
changements et doit être plus accueillant.
M. Powell, un
républicain modéré, a appuyé le démocrate Barack Obama lors de
la dernière élection présidentielle. L’ancien vice-président
de GeorgeW. Bush, Dick Cheney, et le commentateur Rush
Limbaugh se sont souvent moqués des tendances politiques de M.
Powell, se demandant s’il était toujours membre du Parti
républicain.
M. Powell a affirmé, au cours d’une émission diffusée sur les
ondes de CBS, que si le Parti républicainn’essayaitpasde
s’intéresser à plus de gens, celui-ci ne pourrait compter que
sur une faible base de partisans. En se déplaçant vers la
droite de l’échiquier politique, le parti risque de perdre les
républicains et les démocrates modérés ainsi que les électeurs
indépendants, a ajouté l’ancien secrétaire d’État. Au sujet de
ses choix lors de l’élection présidentielle, M. Powell a
assuré avoir voté souvent pour le candidat républicain, mais
il a reconnu avoir appuyé les démocrates John Kennedy, Lyndon
Johnson et Jimmy Carter.
Ci-gît le parti des valeurs familiales
- RICHARD HÉTU
« Je pense
qu’il serait préférable qu’il démissionne », avait déclaré
Sanford au cours du débat sur le rôle de l’ancien
président Bill Clinton dans l’affaire Lewinsky. Onze ans
plus tard, le gouverneur adultère de Caroline-du-Sud n’a
pas l’intention de démissionner de son poste, même si des
éditorialistes de son État et des membres de son propre
parti le réclament.
COLLABORATION SPÉCIALE
— Bien entendu, le Parti républicain n’a pas le monopole
des scandales, comme l’ont notamment démontré les anciens
gouverneurs démocrates de New York et d’Illinois, Eliot
Spitzer et Rod Blagojevich, dont la chute a été précipitée
par le goût des prostituées ou la soif d’argent.
Mais les élus républicains se surpassent ces jours-ci,
offrant un enterrement de première classe à leur
réputation de défenseurs des valeurs familiales. En
l’espace de huit jours, deux d’entre eux, et non les
moindres, ont admis un adultère, ajoutant à l’embarras de
leur famille celui des chrétiens évangéliques qui
constituent la base électorale de leur parti.
« Je ne donnerai aucun nom mais la femme avec laquelle
j’ai eu une liaison et son mari étaient des amis proches
et tous deux ont travaillé pour moi », a déclaré le
sénateur du Nevada John Ensign, 51 ans, le 16 juin.
Le 24 juin, le gouverneur de la Caroline-du-Sud Mark
Sanford, 49 ans, y est allé de sa propre confession lors
d’une conférence de presse : « La vérité, c’est que j’ai
trompé ma femme. »
Ces aveux ne pouvaient guère tomber plus mal pour le Parti
républicain, dont l’impopularité surpasse même celle de
l’ancien vice-président Dick Cheney, selon le plus récent
sondage NBC/ Wall Street Journal. Considérés comme des
étoiles montantes du Parti républicain, Ensign et Sanford
caressaient tous les deux des ambitions nationales qui
auraient pu les inciter à briguer la MaisonBlanche en
2012. liaison sexuelle avec Monica Lewinsky.
« Je pense qu’il serait préférable qu’il démissionne »,
avait déclaré Sanford au cours du débat sur le rôle de
l’ancien président dans l’affaire Lewinsky. « Je viens du
monde des affaires. Si le président d’une compagnie
faisait face aux mêmes accusations, il serait parti. »
Onze ans
plus tard, le gouverneur adultère de Caroline-du-Sud n’a
pas l’intention de démissionner de son poste, même si des
éditorialistes de son État et des était parti faire de la
randonnée pédestre dans les Appalaches.
Mémorable à plus d’un titre, l’histoire de Mark Sanford
n’est que la plus récente d’une série mettant en relief
l’hypocrisie de certains républicains. Le sénateur Ensign
du Nevada ne s’était pas davantage gêné pour donner des
leçons de morale. En plus d’avoir voté pour l’impeachment
de Bill Clinton, il avait mené en 2007 une campagne
appelant à la démission de son collègue républicain de
l’Idaho, Larry Craig, impliqué dans un scandale sexuel
dans les
Ces ambitions appartiennent désormais au passé. Mais leurs
positions intransigeantes sur les questions d’ordre moral
ne sont pas oubliées. À l’époque où ils siégeaient à la
Chambre des représentants, Ensign et Sanford ont tous deux
voté en faveur de la destitution de Bill Clinton pour
avoir menti sous serment à propos de sa membres de son
propre parti le réclament. Ceux-ci ne lui reprochent pas
seulement son infidélité mais également son recours à des
fonds publics pour financer ses visites en Argentine, où
se trouve son amante. D’autres encore lui reprochent
d’avoir tenté de camoufler son voyage de la semaine
dernière à Buenos Aires en faisant notamment dire à son
équipe qu’il toilettes publiques d’un aéroport.
Sanford, Ensign, Craig. À ces noms, il faut également
ajouter celui du sénateur républicain de Louisiane, David
Vitter, qui a admis en 2007 avoir trompé sa femme avec des
prostituées de Washington, ainsi que celui de l’ex-membre
de la Chambre des représentants, Mark Foley, qui a
abandonné son siège en 2006 après la révélation d’une
correspondance électronique compromettante avec un
stagiaire de 16 ans.
Après cette série noire, les républicains n’enfourcheront
pas de sitôt les valeurs familiales comme cheval de
bataille électoral.
« Je pense qu’ils tenteront de régler le problème en
fuyant cette question », a déploré Tony Perkins, président
du Family Research Council, une organisation qui considère
le mariage et la famille comme les piliers de la
civilisation. « Ils ne veulent plus parler de valeurs
familiales. »
Avec un président démocrate dont le mariage et la famille
font figure de modèle, il faut s’attendre à ce que les
républicains se rabattent sur un autre thème qui leur a
déjà été cher, la responsabilité fiscale. Les plus récents
sondages indiquent d’ailleurs que les Américains sont
préoccupés par le déficit de l’État, qui doit s’élever à
plus de 1000 milliards de dollars pour l’exercice
budgétaire de 2009.




Les républicains seront évidemment accusés d’hypocrisie,
ayant eux-mêmes contribué à l’accumulation des déficits
sous George W. Bush. Mais ont-ils le choix de se battre
sur ce terrain-là ?
Les
républicains peuvent-ils rebondir ? - Nicolas Bérubé
Cent jours
après l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, les républicains
semblent moins influents que jamais. Leur refus de collaborer
avec un président populaire déplaît aux Américains. La
défection-surprise du sénateur vétéran Arlen Specter vient
s’ajout
Le Parti républicain est dans un creux historique : il est
moins populaire aujourd’hui qu’à n’importe quel moment depuis
25 ans. À peine 31% de l’électorat dit avoir une opinion
favorable du parti.
Le
président Barack Obama, tout sourire, pose fièrement avec la
casquette officielle du FBI que vient de lui remettre son
directeur, Robert Mueller. M. Obama en était hier à sa
première visite au quartier général de la police fédérale
depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le 20 janvier
dernier.
La raison de cette impopularité est simple : huit Américains
sur dix estiment que les républicains portent le blâme de la
crise économique, selon un récent sondage commandé par le Wall
Street Journal.
La crise de leadership chez les républicains ne semble pas
déplaire à l’administration Obama. Plusieurs responsables ont
pris plaisir, le mois dernier, à affirmer que l’animateur de
radio conservateur Rush Limbaugh était devenu « le chef
idéologique » des républicains, déclenchant une chicane
publique au sein du parti.
À plus long terme, les choses s’annoncent difficiles pour le
parti. Le succès de Barack Obama aux dernières élections a été
particulièrement retentissant chez les jeunes adultes. Chez
les électeurs âgés de 18 à 29 ans, 58% disent être
d’allégeance démocrate, contre 33% pour les républicains. Il y
a 15 ans, les deux partis étaient à égalité pour ce groupe
d’âge.
Or, il est naïf de croire que le Parti républicain est
condamné à une longue agonie, a récemment rappelé le
chroniqueur du New York Times, Paul Krugman.
Les républicains, dit-il, étaient en aussi mauvaise posture il
y a 10 ou 15 ans et cela ne les a pas empêchés de reprendre le
contrôle à la fois du Congrès et de la Maison-Blanche.
« Pour
l’heure, l’administration Obama a les coudées franches,
notamment parce qu’elle ne fait pas face à un parti de
l’opposition crédible, surtout sur la question des politiques
économiques. Or, le Parti républicain demeure l’un des deux
partis nationaux et il pourrait très bien reprendre le pouvoir
s’il devait changer de leadership. »
Débats intéressants
La crise d’identité du Parti républicain promet de donner lieu
à des débats intéressants. Récemment, Steve Schmidt, ancien
directeur de la campagne présidentielle de John McCain, a fait
les manchettes après avoir suggéré que les républicains
devraient appuyer... le mariage gai.
Les jeunes électeurs sont majoritairement en faveur du mariage
gai et les positions du Parti républicain pourraient devenir
intenables à long terme, calcule-t-il.
« Les républicains devraient réexaminer leurs positions sur
des enjeux qui ne font pas partie à mon avis de leurs valeurs
fondamentales, a dit Schmidt. Le danger est que, au fil du
temps, les républicains se retrouvent coupés de l’opinion de
la majorité des électeurs. »
L’un des républicains les plus populaires du moment, le
gouverneur de l’Utah, Jon Huntsman Jr, est d’ailleurs en
faveur de l’union civile. M. Huntsman a été réélu en novembre
dernier avec 77% des voies, dans un État socialement
conservateur.
Le
Grand Old Party (GOP) réussira-t-il à renaître de ses cendres?
Si le passé est garant de l’avenir, le parti a de beaux jours
devant lui.
Qu’est-ce
qui fait courir Dick Cheney ? - RICHARD HÉTU
L’ancien vice-président
est omniprésent dans les médias ces jours-ci
NEW YORK
L’ancien
vice-président
Dick Cheney est de toutes les tribunes ces jours-ci pour
critiquer Barack Obama et pour défendre les politiques les
plus controversées de l’administration Bush.
L’homme i nvi sible es t devenu l’homme incontournable.
Après avoir préféré les coulisses à l’avant-scène durant ses
années à la vice-présidence des ÉtatsUnis, Dick Cheney se
retrouve ces jours-ci sur toutes les tribunes, d’où il
étrille Barack Obama, défend les politiques les plus
controversées de l’administration Bush et met en garde le
Parti républicain contre la modération.
Le voici donc, mardi, sur la chaîne économique Fox Business,
critiquant sévèrement la décision du nouveau président
américain de fermer le camp de détention de Guantánamo d’ici
un an: « Je pense que c’est une idée affreuse. Si l’on fait
venir ces gens aux États-Unis, je ne connais pas un seul
membre du Congrès qui va se lever pour dire : ‘‘Mon Dieu,
envoyez-moi quelques terroristes. J’aimerais bien avoir
quelques gars d’Al-Qaeda dans ma circonscription.’’ »
Deux jours plus tôt, lors d’une entrevue sur la chaîne CBS,
il accusait le chef de la MaisonBlanche de mettre la
sécurité des États-Unis en danger par sa décision de
renoncer aux techniques d’interrogatoire, assimilées à la
torture, qui ont été autorisées par l’administration Bush
pour faire parler les suspects de terrorisme. Il retenait
également l’attention en accordant sa préférence à
l’animateur de radio Rush Limbaugh, conservateur pur et dur,
sur l’ex-secrétaire d’État Colin Powell, comme républicain
modèle.
Et, dans une semaine, il prononcera un discours sur la
sécurité nationale devant l’American Entreprise Institute,
un laboratoire d’idées néoconservatrices.
L’ubiquité de Dick Cheney ne tranche pas seulement avec la
prédilection de l’homme pour le secret. Elle rompt également
avec la tradition américaine.
« Ce comportement est très inhabituel, dit Joel Goldstein,
professeur à la faculté de droit de l’Université de
Saint-Louis et spécialiste de la vice-présidence américaine.
D’ordinaire, une fois qu’ils quittent leurs fonctions, les
anciens vice-présidents entrent dans une période
d’hibernation pour donner à la nouvelle administration la
chance de faire ses preuves. Ce n’est que plus tard qu’ils
refont surface pour lancer leur campagne à la présidence ou
formuler des critiques. »
Sauf erreur, Dick Cheney, un des vice-présidents les plus
impopulaires de l’histoire américaine, n’a pas l’intention
de briguer la Maison-Blanche. Dans une certaine mesure,
cette renonciation le libère et lui permet notamment de
tenter d’influencer le débat sur la torture, à un moment où
plusieurs démocrates et représentants de groupes de défense
des libertés réclament des enquêtes parlementaires ou des
poursuites judiciaires contre les architectes du programme
d’interrogatoire de la CIA.
Si la
Maison-Blanche s’inquiète des interventions de Dick
Cheney, elle le cache bien. Lundi, le porte-parole du 1600
Pennsylvania Avenue, Robert Gibbs, a adopté un ton
philosophique pour accuser l’ancien vice-président de
vouloir rejouer l’élection présidentielle de 2008 avec ses
critiques.
« Je pense qu’il s’agit d’une série d’idées et de pensées
qui étaient en grande partie le thème des dernières
élections, et qui ont été rejetées », a-t-il dit.
Et Robert Gibbs d’ajouter : « Ils (les républicains)
avancent en regardant en arrière. Si le vice-président (
Dick Cheney) pense que c’est la façon de renforcer le
Parti républicain, nous le laissons volontiers à ces
pratiques. »
Conscients de l’impopularité de Dick Cheney, certains
républicains souhaiteraient le voir suivre l’exemple de
George W. Bush, qui a choisi de rester discret sur la
politique menée par son successeur.
« Il est en train de détruire ce qui reste du Parti
républicain, a déclaré Lawrence Wilkerson, ex-directeur de
cabinet de Colin Powell au secrétariat d’État, lors d’une
interview sur la chaîne MSNBC. Il devrait rentrer chez lui
et se la fermer. »
Mais l’ancien vice-président n’a pas dit son dernier mot.
« Je suis convaincu, absolument convaincu, que nous avons
sauvé des milliers, peut-être des centaines de milliers de
vies », a-t-il dit dimanche sur CBS en défendant les
techniques d’interrogatoire de la CIA.
Bien sûr, le même homme s’était aussi dit absolument
certain que Saddam Hussein possédait des armes de
destruction massive.
Rumsfeld évite de s’exprimer sur l’Irak
- Nicolas Bérubé
Biographie de l’ancien secrétaire à la Défense de
l’administration Bush
« La malhonnêteté intellectuelle de la presse est un
problème sérieux. Les journalistes veulent être
dramatiques, et ça influence leur couverture. »
LOSANGELES— DonaldRumsfeld n’aime pas parler de l’Irak.
Du moins pas en public.
Dans
une
biographie rédigée par Brasley Graham et intitulée By
His Own Rule ( Selon ses propres règles), Donald
Rumsfeld (à gauche), ancien secrétaire à la Défenses
des États-Unis, retrace sa longue carrière.
C’est ce que révèle une nouvelle biographie de l’ancien
secrétaire à la Défense des États-Unis, qui sort en
librairie cette semaine.
Rédigé par Bradley Graham, ancien militaire et
journaliste au Washington Post, le livre intitulé By His
Own Rule ( Selon ses propres règles) retrace la longue
carrière de celui qui a été l’un des principaux
défenseurs de la doctrine des frappes préventives dans
l’administration de George W. Bush.
M. Graham raconte que Donald Rumsfeld lui a posé une
condition lorsqu’il s’est assis pour lui accorder une
série d’entretiens : l’Irak ne ferait pas partie de la
discussion.
« Au départ, le sujet de l’Irak était hors limite,
écrit-il. Il a finalement accepté de parler de cer
tains aspects de la guerre. »
Ses règles personnelles
Dans
son ouvrage, l’auteur rapporte un certain nombre de
règles personnelles établies par Rumsfeld lorsque
celui-ci travaillait comme chef de cabinet, puis comme
secrétaire à la Défense dans l’administration de Gerald
Ford, dans les années 70.
Pa rmi ses règles, on trouve: « Ne dis pas de mal des
autres membres de l’administration », « Ne garde pas un
emploi trop longtemps », et « Garde tes collègues
informés, car sinon les décisions seront mauvaises ou
malavisées ».
Force est de constater que M. Rumsfeld n’a pas suivi ses
propres règles lorsqu’il a atteint le poste de
secrétaire à la Défense sous George W. Bush. Depuis sa
démission, en novembre 2006, plusieurs de ses anciens
collègues l’ont décrit comme ayant une personnalité
bornée, incapable de tenir compte des opinions
divergentes, et sujet à des colères intempestives.
L’ancien vice-président Dick Cheney demeure l’un de ses
plus fidèles alliés, et le considère comme « le meilleur
secrétaire à la Défense de l’histoire de la nation ».
Ces jours-ci, Donald Rumsfeld affirme que ce sont les
médias qui sont responsables de son impopularité, de
même que celle de l’administration Bush.
« La malhonnêteté intellectuelle de la presse est un
problème sérieux, confie-t-il ce mois-ci au magazine
Time. Les journalistes veulent être dramatiques, et ça
influence leur couverture. Cela fait gagner des
Pulitzer, cela fait la première page des journaux, cela
est bon pour être reconnu. »
George W. Bush cherche lui aussi à se dissocier de la
guerre en Irak ces jours-ci. À titre d’exemple, sa page
biographique sur le site de la bibliothèque
présidentielle qu’il veut faire construire mentionne
abondamment les attaques du 11 septembre, mais ne fait
aucune référence à l’Irak.
La voix de la droite : « La réponse à la
crise, c’est plus de liberté »...
En 2004,
au lendemain des attentats de Madrid qui ont fait près de
200 morts, José Maria Aznar, premier ministre de droite,
s’est fait montrer la porte après huit ans à la tête du
pays. Les Espagnols n’avaient digéré ni sa célérité à
faire porter le blâme des attentats à l’ETA, le mouvement
séparatiste basque, ni sa décision d’impliquer son pays
dans la guerre en Irak. Depuis sa défaite électorale,
l’ex-politicien, grand allié de George W. Bush, a rebondi.
Il siège aujourd’hui au conseil d’administration de News
Corporation, la multinationale médiatique de Rupert
Murdoch, propriétaire de Fox News et du Wall Street
Journal. Il enseigne à l’Université de Georgetown et
dirige un institut de recherche conservateur, la Fondation
pour les études sociales et l’analyse. Il était de passage
à Montréal hier pour prononcer un discours sur l’avenir de
l’Europe dans le cadre de la série de conférences 357C,
chapeauté par l’homme d’affaires Daniel Langlois. La
Presse en a profité pour interroger (en français !) M.
Aznar sur l’avenir de la droite à l’ère de la crise
économique et du président Obama. QVous
PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA
PRESSE
José Maria Aznar a été
premier ministre de l’Espagne de 1996 à 2004. Il dirige
aujourd’hui un institut de recherche conservateur et
siège au conseil d’administration de News Corporation.
êtes l’un des plus grands défenseurs du libéralisme.
Est-ce devenu mission impossible avec la crise économique
actuelle ? R Au contraire. Je ne crois pas que la crise
soit la faute de l’économie libre. C’est le prétexte qui a
été trouvé pour mettre les mains de l’État sur l’économie.
La réponse à la crise, c’est plus de liberté. Ce n’est pas
plus de dépenses, plus de déficit, plus de dettes et plus
d’interventionnisme. Pas plus de réglementation, mais une
meilleure réglementation. Les pays qui prennent le chemin
de la libéralisation, de l’innovation et de l’ouverture à
l’extérieur seront les premiers à s’en sortir.
Malheureusement, au G20, 17 des 20 pays ont adopté des
mesures protectionnistes. QQue
pensez-vous des remèdes proposés par Barack Obama pour
traverser la crise actuelle ? R Barack Obama a une grande
occasion devant lui. Sa capacité de leadership est
indéniable. Mais ses décisions sont difficiles à juger
pour le moment, c’est le temps qui le dira. Je lui
souhaite du succès. QPourtant,
quand il
a été élu, vous avez soulevé un certain tollé en disant
que l’élection d’un premier président noir était de l’«
exotisme historique ». Vous avez changé d’idée depuis ? R
J’ai été mal cité. J’ai dit que ça prenait des
circonstances exceptionnelles pour qu’il soit élu. C’est
arrivé après une grande bataille au sein des partis
démocrate et républicain. Et à un moment où il y a
beaucoup de grands problèmes dans le monde à régler. QVous
avez dit à maintes reprises que la droite européenne doit
imiter la droite américaine qui, je vous cite, a « gagné
la bataille des idées ». Après sa déconfiture aux
dernières élections américaines, comment la droite
peut-elle renaître de ses cendres ? R Le Parti républicain
américain a besoin d’une transformation. Il a besoin de
temps pour trouver un nouveau leader et de réorganiser ses
idées. Il a l’occasion de se poser des questions
importantes sur l’économie, la présence de l’État dans
l’économie et au point de vue de la sécurité
internationale. En Europe, la droite est majoritaire et ça
semble être une tendance : en Allemagne, en Italie, en
France. J’espère que l’Espagne fera la même chose aux
prochaines élections. Mais je ne serai pas de la course.
QVotre
décision d’impliquer l’Espagne dans la guerre en Irak a eu
un immense impact sur votre carrière politique. Vous êtes
présentement poursuivi par le Parti communiste espagnol
pour cette décision. Feriezvous les choses différemment
aujourd’hui ? Bush a-t-il eu tort de partir en guerre ? R
Je crois que les choses se sont améliorées depuis la
guerre en I rak. Le monde est plus sûr depuis le départ de
Saddam Hussein. Je ne regrette pas d’avoir envoyé l’armée
espagnole en Irak : 18 des 35 pays européens ont fait la
même chose ! Avec ce qui se passe ailleurs en Iran, au
Pakistan et en Afghanistan, on voit que maintenant les
États-Unis se retirent et je pense que c’est une décision
correcte.
DIJONGATE
: La moutarde monte au nez des conservateurs -
Richard Hétu
Le
président Obama a fait couler beaucoup d’encre en
choisissant de garnir son hamburger de moutarde de
Dijon.
— La chaîne d’information MSNBC et l’animatrice Andrea
Mitchell ont-elles conspiré pour cacher au public
américain la prédilection de Barack Obama pour la moutarde
de Dijon, ce condiment supposément élitiste ?
La question semble pour le moins saugrenue à une époque où
les États-Unis font face à plusieurs crises. Mais elle
constitue le point de départ du « Dijongate », un
pseudo-scandale qui a troublé plusieurs commentateurs
conservateurs cette semaine.
Rappelons les faits. Mardi midi, le président américain et
son bras droit, Joseph Biden, décident d’aller manger des
hamburgers chez Ray’s Hell Burger, un restaurant
d’Arlington, en Virginie. Une reporter et un caméraman de
la chaîne NBC font partie du petit contingent de
journalistes qui accompagnent le tandem de la
MaisonBlanche afin d’immortaliser le moment où l’homme le
plus puissant du monde passera sa commande au comptoir
comme M. Tout-le-Monde.
« Je voudrais un hamburger avec du fromage cheddar et de
la moutarde, pas de ketchup. Avezvous de la moutarde
épicée, de la moutarde de Dijon ou quelque chose du genre?
» a demandé Barack Obama.
Peu après, MSNBC, la chaîne soeur de NBC, a diffusé des
images de cette scène historique. Dans son énervement,
l’animatrice Andrea Mitchell a couvert la voix du
président en commentant à chaud ce qu’elle voyait. Il n’en
fallait pas plus pour qu’un blogueur l’accuse de «
camouflage » et donne à cette affaire le nom de «
Dijongate », sous prétexte que les téléspectateurs n’ont
pas entendu le chef de la MaisonBlanche demander de la
moutarde de Dijon.
« Obama a
commandé un hamburger avec de la MOUTARDE DE DIJON! Je
parie qu’il a dû demander conseil à John Kerry à ce sujet
» , a écrit William Jacobson, professeur de droit à
l’Université de Cornell, sur son blogue.
L’idée selon laquelle la moutarde de Dijon est un
condiment élitiste s’est répandue comme une traînée de
poudre chez les commentateurs de droite. Sean Hannity,
animateur de Fox News, a ironisé en affirmant que le
président avait commandé un « condiment très spécial »
pour son « hamburger de fantaisie ».
« Quelle sorte d’homme commande un hamburger sans ketchup
mais avec de la moutarde de Dijon? » s’est pour sa part
scandalisée l’animatrice de radio Laura Ingraham.
« Il est incroyable, Obama », a déclaré de son côté Mark
Steyn dans le cadre de l’émission radiophonique de Rush
Limbaugh. « Il mange un hamburger avec de la moutarde de
Dijon. De la moutarde de Dijon! »
Le Dijongate ne devrait pas étonner Barack Obama. Dans son
livre L’audace d’espérer, il évoque la réaction paniquée
d’un de ses conseillers politiques après qu’il eut demandé
à une serveuse de restaurant si elle avait de la moutarde
de Dijon pour accompagner son hamburger au fromage.
Pour rassurer son conseiller, le futur président lui dit :
« Je ne crois pas qu’il y ait des photographes dans le
coin. »
Palin irrite certains républicains
- Richard Hétu
« Il y
a au Sénat des gens qui travaillent depuis 25 ans pour
arriver là où, presque du jour au lendemain, Sarah
Palin se retrouve. Cela crée de l’envie. »
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Le plus récent
passage de Sarah Palin à New York et à Washington a
démontré au moins une chose: malgré les moqueries dont
elle fait encore l’objet, la gouverneure d’Alaska
demeure une star médiatique et une des personnalités
préférées de la base républicaine.
Dimanche dernier, Sarah Palin,
ex-candidate à la vice-présidence des ÉtatsUnis, a
assisté au match de baseball des Yankees de New York
contre les Rays de Tampa Bay au Yankee Stadium de
New York.
Le hic, c’est qu’elle se fait aussi des ennemis au
sein de l’establishment de son parti, comme
l’indiquait lundi cette manchette du quotidien The
Hill, dont le sujet de prédilection est le Congrès des
États-Unis : « Palin commence à irriter certains
sénateurs républicains. »
Selon The Hill, ces parlementaires trouvent que
l’ex-candidate à la vice-présidence « prend trop au
sérieux ses propres ambitions présidentielles ». Il
faut évidemment préciser que quelques-uns des nouveaux
ennemis de Sarah Palin lorgnent eux-mêmes la
Maison-Blanche en 2012 ou ont des amis qui rêvent de
briguer la présidence.
« Je mets ces commentaires anonymes sur le compte de
la jalousie », a dit à La Presse Bill Lacy, directeur
de la campagne présidentielle de l’ex-sénateur
républicain Fred Thompson. « Il y a au Sénat des gens
qui travaillent depuis 25 ans pour arriver là où,
presque du jour au lendemain, Sarah Palin se retrouve.
Cela crée de l’envie. »
Certains bonzes républicains en veulent à Sarah Palin
pour une autre raison. En mars dernier, ils l’ont
invitée à prononcer le discours principal d’une
importante soirée de collecte de fonds qui a eu lieu
lundi à Washington. La gouverneure d’Alaska a d’abord
refusé avant de se raviser. Mais il était trop tard:
l’ancien président de la Chambre des représentants,
Newt Gingrich, avait accepté de remplacer la star
montante du Parti républicain.
Puis
une autre controverse a éclaté à quelques jours de
cette soirée. La gouverneure d’Alaska allait-elle au
moins daigner y assister? Après avoir semé le doute et
la confusion à ce sujet, elle a décidé d’y aller,
finissant par monopoliser l’attention des invités et
des médias. Fait à souligner : au même moment où Newt
Gingrich s’adressait à l’auditoire d’environ 2000
personnes, la chaîne Fox News diffusait une entrevue
enregistrée avec Sarah Palin qui a été vue par les
millions de téléspectateurs réguliers de l’émission de
l’animateur Sean Hannity.
« Nous vous l’avions dit », a déclaré la gouverneure
lors de cette entrevue, rappelant qu’elle et John
McCain avaient prévenu les Américains que Barack Obama
engagerait les États-Unis « sur la voie du socialisme
».
Si Sarah Palin a perdu des amis au sein de
l’establishment républicain, elle demeure, en
revanche, très populaire auprès d’un certain public,
comme elle l’a démontré samedi à Auburn, une petite
ville de l’État de New York. Ce jour-là, pas moins de
20 000 personnes se sont déplacées pour la voir
participer à un défilé en l’honneur de William Seward,
le secrétaire d’État responsable de l’acquisition de
l’Alaska au XIXe siècle.
Bien sûr, la gouverneure républicaine n’a pas encore
annoncé son intention de briguer la présidence en
2012.
« Je ne crois pas que sa candidature soit un fait
acquis », a dit Bill Lacy, qui dirige aujourd’hui un
laboratoire d’idées à l’Université duKansas. « Il est
clair, cependant, qu’elle ne ferme aucune porte. Cela
dit, elle ne doit pas donner l’impression d’être déjà
en campagne, comme le fait Mitt Romney. »
Un élu républicain, introuvable
pendant des jours... était avec son amante
Le
gouverneur conservateur de Caroline-du-Sud, Mark
Sanford, qui s’était volatilisé pendant plusieurs
jours la semaine dernière entraînant les
spéculations des médias américains, a reconnu hier
avoir eu une relation extraconjugale.
Le gouverneur républicain
de la Caroline-du-Sud, Mark Sanford, et sa femme
Jenny, ont connu des jours plus heureux, comme
lors de ce dîner organisé par Barack Obama pour
l’association nationale des gouverneurs, à
Washington.
« La vérité, c’est que j’ai trompé ma femme »,
a-t-il admis au cours d’une étrange conférence de
presse qu’il avait organisée pour s’expliquer sur
ses déplacements pendant la semaine dernière,
alors que ni sa femme, ni ses collaborateurs ne
pouvaient dire où il se trouvait.
M. Sanford, 49 ans, un temps pressenti pour
représenter le camp républicain à l’élection
présidentielle de 2012, a admis qu’il avait eu une
liaison de plusieurs mois avec une femme en
Argentine.
S’excusant longuement auprès de son épouse, Jenny,
de ses quatre enfants et des ses électeurs, il a
annoncé qu’il allait renoncer à diriger
l’Association des gouverneurs républicains, mais a
refusé d’indiquer s’il allait quitter son poste de
gouverneur. Versant des larmes, il a dit qu’il a
passé les cinq derniers jours à « pleurer en
Argentine ». Sa famille n’était pas présente à la
conférence de presse.
Pendant près d’une semaine, l’élu s’était
volatilisé. Ses collaborateurs avaient d’abord
indiqué qu’il faisait de la randonnée dans la
chaîne de montagne des Appalaches, avant de se
rétracter, ce qui avait suscité la curiosité de la
presse.
L’élu, qui défend les valeurs familiales et
religieuses, se trouvait en réalité en Argentine
auprès d’une femme rencontrée huit ans auparavant
avec laquelle il avait au départ une amitié « très
innocente ».
Lorsqu’il siégeait au Congrès américain, Sanford
avait appuyé la destitution du président démocrate
Bill Clinton, citant la nécessité d’une «
légitimité morale ».
Cet
aveu s’ajoute à une liste grandissante de
mauvaises nouvelles pour les républicains, qui
cherchent à regagner des appuis face au populai re
président Barack Obama et ses troupes démocrates.
Des extraits de la correspondance par courriel
entre le gouverneur et sa maîtresse ont été
publiés hier par The State, un quotidien de la
Caroline-du-Sud. Le bureau du gouverneur n’a pas
voulu commenter le contenu de ces courriels, mais
n’a pas non plus mis en doute leur authenticité.
L’une des missives envoyées par le gouverneur à
son amante pouvait se lire ainsi: « Je pourrais
digresser et te dire que tu as la capacité de
donner de sublimes baisers doux, ou que j’aime les
démarcations de ton bronzage, ou alors que j’aime
la courbe de tes hanches, ta beauté érotique
lorsque tu te tiens (ou que tu tiens deux superbes
parties de ton corps) dans la lueur diffuse de la
nuit – mais en disant cela, je m’aventurerais dans
des détails sexuels. »
Sanford n’a pas dévoilé l’identité de la femme
avec qui il entretenait cette relation.
Des critiques disent qu’il a négligé ses
obligations de gouverneur et a mis l’État en
danger en quittant le pays sans transférer
officiellement ses pouvoirs. Sanford a révélé hier
matin qu’il avait passé sept jours en Argentine.
Sa femme a indiqué dans un communiqué qu’elle lui
avait demandé de quitter temporairement le
domicile conjugal.
La semaine dernière, une autre étoile montante du
Parti républicain, connue pour ses positions
conservatrices, avait reconnu avoir eu une
relation extraconjugale. Le sénateur du Nevada,
John Ensign, 51 ans, avait admis avoir eu une
liaison avec l’une de ses employées.
Des protestations éloquentes -
Laura-Julie Perrault
SLOGANS ANTI-BUSH ET LANCERS DE SOULIERS
Ovationné par les centaines de gens d’affaires qui
ont payé jusqu’à 400 $ pour l’entendre parler,
l’ex-président américain George W. Bush a reçu un
tout autre accueil dans les rues de Montréal,
hier. Des centaines de personnes se sont massées
devant l’hôtel Reine Elizabeth afin de dénoncer, à
coups de slogans et de lancers de souliers, la
première visite de l’ancien chef d’État.
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, LA PRESSE
Le périmètre de sécurité
autour du Reine Elizabeth n’a pas empêché les
manifestants de lancer de vieilles chaussures,
un clin d’oeil au journaliste iranien emprisonné
pour avoir lancé ses chaussures au visage de M.
Bush.
« Bush terroriste, chambre de commerce complice »,
ont crié à répétition les manifestants, qui se
sont massés dès 11 h hier devant le chic hôtel où
devait avoir lieu le discours de George W. Bush,
une conférence organisée par la firme Paiements
optimal en collaboration avec la chambre de
commerce de Montréal.
« À mes yeu x , Bush est un has been. Pourquoi les
gens de la chambre de commerce veulent-ils
l’entendre ? Pensent-ils vraiment qu’il a quelque
chose à leur apprendre ? Sont-ils d’accord avec
lui ? » s’est indignée Françoise David,
porte-parole de Québec solidaire.
Cette dernière a participé à la manifestation aux
côtés de plusieurs autres organismes, dont la
Ligue des droits et libertés, le collectif Échec à
la guerre et la Fédération des femmes du Québec.
Tous ont dénoncé hier la guerre en Irak et
l’utilisation de la torture par les autorités
américaines, deux i nitiatives de George W. Bush.
Un imposant dispositif de sécurité a été déployé
pour f a i r e f ace à l a manifestation. Des
policiers montés à cheval ou à bicyclette ainsi
qu’une escouade antiémeute ont obligé les
manifestants à s’éloigner de l’hôtel du boulevard
René-Lévesque. Deux d’entre eux, qui ont refusé de
se déplacer, ont été arrêtés manu militari. « De
la police montée sur des chevaux, si ce n’est pas
de la provocation, je ne sais pas ce que c’est »,
a tonné Charles Lemieux, du collectif Échec à la
guerre.
Le périmètre de sécurité n’a pas empêché les
manifestants de lancer de vieilles chaussures en
direction des policiers et du Reine Elizabeth, un
clin d’oeil au journaliste irakien Mountazer
al-Zaidi, qui a passé plus de six mois en prison
pour avoir lancé ses chaussures au visage de M.
Bush.
Non, rien de rien… - Agnès Gruda
«
Vous êtes président et vous pensez a u x menaces
qu i guettent votre pays. Une des leçons que j’ai
apprises, c’est que vous devez frapper avant
d’être frappé. »
C’est avec cette formule lapidaire que l’ancien
président George W. Bush a justifié hier sa
décision d’attaquer Bagdad, en mars 2003.
Interviewé par le prochain délégué du Québec à New
York, John Parisella , l ’exprésident Bush a
esquivé toutes les tentatives de lui faire porter
un regard critique sur certaines décisions de sa
présidence.
À un moment, l’animateur lui a rappelé que
Washington avait le monde derrière lui lorsqu’il
avait lancé une offensive contre l’Afghanistan au
lendemain des attentats du 11 septembre, mais que
ses appuis se sont effrités après le déclenchement
de la guerre contre l’Irak.
«
Mais à l’époque, tous les services de
renseignement de la planète disaient que Saddam
Hussein possédait des armes de destruction massive
», a répliqué l’ex-président.
Mais l’ Histoire a démontré le contraire, lui a
rappelé l’animateur. « De toute façon, le monde
est bien mieux sans Saddam Hussein », a tranché
George W. Bush, selon qui sans cette guerre, le
monde serait aujourd’hui en proie à une course
nucléaire entre l’Iran et l’Irak.
Oui, mais si M. Bush avait su à l’époque ce qu’il
a fini par savoir au sujet de l’absence d’armes de
destruction massive en Irak, aurait-il quand même
tenté de renverser Saddam Hussein ? Réponse : « Je
crois que j’ai pris les décisions que je devais
prendre. »
George W. Bush cite les progrès de l a d é moc r a
-
Bush critique son successeur
—
L’ancien président George W. Bush a critiqué les
décisions de son successeur Barack Obama en matière
économique et de sécurité nationale, selon des
propos rapportés par un quotidien américain qui ont
immédiatement entraîné une contre-attaque de la
Maison-Blanche.
Lors d’une visite à Erie (Pennsylvanie), l’ancien
président s’est défendu de vouloir critiquer son
successeur tout en lui réservant quelques piques, a
rapporté hier le Washington Times.
« Je sais que c’est le secteur privé qui va faire
sortir le pays de la période économique que nous
vivons », a-t-il dit devant un groupe
d’entrepreneurs, dans une critique voilée de
l’interventionnisme de l’administration Obama dans
la sphère économique. « Vous pouvez dépenser votre
argent d’une meilleure manière que le gouvernement
ne le fait », a-t-il ajouté.
M.
Bush a également évoqué le camp de détention de Gua
nt á namo, que Ba r a c k Obama a promis de fermer
d’ici janvier prochain. « Je ne vais pas critiquer
mon successeur, at-il affirmé. Je tiens juste à vous
dire qu’il y a des gens à Gitmo qui tueraient des
Américains sans hésitation. »
Le porte-parole de la MaisonBlanche, Robert Gibbs,
sans répondre directement aux propos de M. Bush, a
rétorqué hier par une critique cinglante de son
propre bilan. « Je pense qu’il y a déjà eu un débat
» sur les positions des uns et des autres, a-t-il
dit. « Nous avons compté les points en novembre et
nous avons gagné ».
« Le président Obama a hérité d’une catastrophe
économique, d’un chômage de masse, d’un énorme
déficit, de banques insolvables, de constructeurs
automobiles qui ont reçu des milliards de dollars et
ont maintenu une stratégie qui les a obligés à
revenir tous les trois mois demander plus », a-t-il
énuméré.
M. Bush s’était montré jusqu’à présent réticent à
critiquer M. Obama en public, laissant cette tâche à
son ancien vice-président Dick Cheney, qui s’est
montré particulièrement féroce.
MARIAGE
GAI AUX ÉTATS-UNIS : Le vent tourne - RICHARD HÉTU
« Nous avons le devoir de nous assurer que
l’égalité existe pour tout le monde. »
Quel sera le prochain État américain à reconnaître aux
homosexuels le droit de se marier ? Le New Hampshire? Le
New Jersey? New York?
Quelle que soit la réponse, la tendance est claire : le
mariage gai gagne du terrain aux ÉtatsUnis. Entre le 3
avril et le 6 mai, trois nouveaux États – l’Iowa, le
Vermont et le Maine – l’ont légalisé, emboîtant le pas
au Massachusetts et au Connecticut.
« Il ne s’agit pas seulement de victoires tactiques », a
déclaré à La Presse Scott Davenport, de l’association
Freedom to Marry, au lendemain de la promulgation par le
gouverneur démocrate du Maine d’un texte de loi
définissant le mariage comme une union entre deux
personnes et non plus entre un homme et une femme.
« Nous assistons à un changement progressif qui
s’étendra à tous les États-Unis. Cela ne se produira pas
du jour au lendemain, mais nous y arriverons. »
L’optimisme de Scott Davenport repose sur plusieurs
facteurs, dont l’évolution marquée de l’opinion à
l’égard du mariage gai. Les Américains sont désormais
49% à l’approuver, selon le plus récent sondage
Washington Post/ ABC News, comparativement à 32% en mars
2004.
La même étude, publiée à la fin du mois d’avril,
indiquait que 66% des Américains âgés de 30 ans et moins
sont en faveur du mariage homosexuel. Cette donnée a
convaincu au moins un stratège républicain de mettre son
parti en garde contre la tentation de continuer à
enfourcher ce thème comme cheval de bataille.
« Les républicains devraient réexaminer jusqu’à quel
point nous sommes définis par des positions qui, à mon
avis, ne correspondent pas à nos valeurs fondamentales,
et qui nous mettent en porte-à-faux avec ce qui
deviendra un jour l’opinion d’une majorité substantielle
d’électeurs », a déclaré Steve Schmidt, stratège de la
campagne présidentielle du sénateur républicain de
l’Arizona, John McCain, lors d’un discours récent.
« Quelque chose a changé »
Bien qu’ils promettent de continuer leur combat, les
adversaires du mariage homosexuel reconnaissent que le
vent a tourné depuis 2004, l’année où 11 États ont
approuvé par voie référendaire un amendement à leur
Constitution qui définit le mariage comme l’union entre
un homme et une femme.
Même
la victoire qu’ils ont remportée lors du référendum de
novembre 2008 en Californie semble lointaine.
« C’est palpable, quelque chose a changé, et les gens
doivent réagir », a déclaré Brian Brown, de
l’association NOM ( National Organization for Marriage),
qui vient de lancer une campagne publicitaire de deux
millions de dollars pour « mettre de l’avant le fait que
le mariage entre personnes du même sexe sape les droits
civils de ceux qui croient en la simple vérité selon
laquelle le mariage est l’union d’un homme et d’une
femme ».
Un des faits marquants de la lutte en faveur du mariage
homosexuel est peut-être survenu le 3 avril. Ce jourlà,
la Cour suprême de l’Iowa a jugé dans une décision
unanime que l’interdiction du mariage homosexuel était
inconstitutionnelle et que les couples de même sexe
devaient avoir « plein accès » à l’institution du
mariage civil. Ce verdict n’était pas rendu par un
tribunal de San Francisco ou de Boston, mais par un État
rural situé en plein coeur des États-Unis.
Trois j ours plus t a rd, le Vermont a créé un précédent
en devenant le premier État à légaliser le mariage
homosexuel par voie législative, et non judiciaire. Le
Maine a emprunté la même voie, et les États du New
Hampshire, du New Jersey et de New York, entre autres,
suivent également cet exemple, privant les adversaires
du mariage homosexuel de leur argument préféré contre
les « juges activistes ».
ÀNewYork, c’est le gouverneur démocrate David Paterson,
le premier Noir à occuper ce poste, qui mène le combat
en faveur de la légalisation des mariages entre
personnes de même sexe. À la mi-avril, en présentant un
texte de loi sur ce sujet, il a comparé sa lutte au
mouvement en faveur de l’abolition de l’esclavage au
XIXe siècle.
« Nous avons le devoir de nous assurer que l’égalité
existe pour tout le monde », a-t-il déclaré lors d’une
conférence de presse.
Le texte de loi devrait être adopté facilement par
l’Assemblée de l’État de New York. Son passage par le
Sénat demeure cependant incertain.
Sur le plan national, Barack Obama maintient son
opposition au mariage homosexuel, tout en se disant «
ouvert à la possibilité » que son opinion sur le sujet
soit erronée. Cette position lui a valu d’être critiqué
par des militants des droits des homosexuels. Scott
Davenport, de l’association Freedom to Marry, lui donne
cependant le bénéfice du doute.
«
Je crois que le président Obama f i n i ra pa r changer
d’avis », a-t-il dit
La fin de l’ère Schwarzenegger ? - NICOLAS
BÉRUBÉ
Arrivé
au pouvoir en 2003, Arnold Schwarzenegger promettait
d’imposer son gros bon sens à la bureaucratie de l’État
le plus populeux des États-Unis. Aujourd’hui, le
gouverneur républicain est impopulaire, et la Californie
est au bord de la faillite. Schwa
Il devait faire le ménage, passer le balai, chasser les
bureaucrates incompétents et injecter une dose de gros
bon sens dans un État endetté et paralysé par les
querelles partisanes.
Le
gouverneur
de la Californie, Arnold Schwarzenegger, connaît une
fin de règne difficile. On le voit ici au début du
mois alors qu’il réconforte des personnes évacuées à
la suite des incendies de Santa Barbara. L’acteur Rob
Lowe l’observait derrière.
Aujourd’hui, Schwarzenegger est incapable de combler le
déficit de 21,3 milliards qui frappe la Californie. Le
gouverneur songe à supprimer l’assurance maladie à plus
d’un million d’enfants pauvres, éliminer l’assistance
sociale, libérer des prisonniers un an avant la fin de
leur peine, et fermer 80% des 279 parcs de l’État.
Près de six ans après avoir pris le pouvoir,
Schwarzenegger se trouve au point mort. Ses gestes
d’ouverture envers les progressistes lui ont coûté
l’appui des républicains. Ses prises de position
pro-entreprise l’ont mis en froid avec les démocrates.
Avec un taux de popularité de 32%, Schwarzenegger est
isolé, incapable de changer la trajectoire de l’État le
plus endetté des ÉtatsUnis, et la huitième économie
mondiale.
Les images du politicien macho, aimant fumer le cigare
et terroriser ses adversaires en les invitant à discuter
dans son bureau, font désormais partie du folklore de la
politique californienne.
« Durant sa c a mpagne, Schwarzenegger promettait de
dégraisser l’État, de réformer le système politique et
de restaurer un sens des responsabilités », note Jaime
A. Regalado, directeur de l’Institut d’études politiques
Edmund G. Brown à l’Université de Californie à Los
Angeles.
« Aujourd’hui , on se rend compte qu’il n’a rien
accompli de tout cela. Rien. »
La semaine dernière, les électeurs ont rejeté à deux
contre un les hausses de taxes et les mesures d’emprunts
demandées par Schwarzenegger pour boucler le budget. Le
gouverneur se battait depuis des mois pour faire passer
ces mesures impopulaires.
Un
contraste avec ses performances des premiers temps, où
la population l’appuyait avec enthousiasme. « À son
arrivée au pouvoir, Schwarzenegger était un meilleur
acteur que lorsqu’il était à Hollywood, dit M. Regalado.
Dans le fond, il ne savait pas comment gouverner. À la
longue, les chiffres du budget vous rattrapent. »
Pour Ethan Rarick, directeur du centre Robert T. Matsui
de l’ Université de Berkeley, Schwarzenegger a hérité
d’une tâche quasi insurmontable : gouverner la
Californie.
« Les électeurs ont une
énorme part de responsabilité dans les problèmes
budgétaires, a-t-il noté récemment. Ils profitent de
services publics de haute qualité sans payer les
impôts équivalents, et ils ont créé un système où le
gouverneur et les législateurs ont les mains liées
en matière fiscale. »
Bons points pour l’environnement
Schwa rzenegger demeure populaire à
l’extérieur de la Californie, où les gens ont
surtout entendu parler de ses initiatives
progressistes, sur l’environnement et le mariage
homosexuel, souligne M. Regalado.
« L’héritage de Schwarzenegger se
trouve dans ses mesures environnementales. Il
n’avait pas fait campagne là-dessus, mais sa
ténacité a été remarquée. Il est en faveur des
énergies propres et des voitures moins polluantes,
et c’est ce dont les gens vont se souvenir. »
Le mandat de Schwarzenegger prendra fin à l’automne
2010. Le gouverneur ne peut présenter sa candidature une
troisième fois. Il y a quelques années, les gens le
voyaient déjà à Washington. Une perspective difficile à
imaginer, note M. Regalado.
« Quand vous êtes gouverneur, c’est vous le patron.
Quand vous êtes sénateur, vous avez 99 collègues. C’est
difficile de voir cela comme une promotion. Je pense que
la carrière publique de Schwarzenegger est derrière lui.
»
Un Somalien comparaît pour piraterie à New York
Une première
en plus de 100 ans
NEW YORK— Un jeune Somalien capturé par l’ US Navy dans
l’océan Indien a été déféré, hier, devant un tribunal de New
York, qui a décidé de le juger comme un adulte notamment pour
piraterie, un chef d’inculpation pour lequel le procureur va
requérir la prison à vie.
Abdi
Wali Muse est arrivé de Somalie dans la nuit de lundi à hier
à New York.
Abdi Wali Muse était le premier pirate présumé à comparaître
devant la justice américaine depuis plus d’un siècle. Il a été
inculpé de « piraterie selon la loi des nations », un chef
d’inculpation qui est « nécessairement » puni par la détention
à vie, a indiqué le procureur, Lev Dassin, en fin
d’après-midi.
Le jeune Somalien est inculpé par ailleurs de complot pour
s’emparer d’un navire par la force, d’utilisation d’armes à
feu durant une attaque visant à s’emparer d’un navire, de
complot visant à une prise d’otages et d’utilisation d’armes à
feu dans le but de s’emparer d’otages.
La date du procès n’a pas encore été fixée, mais une prochaine
audience plénière se tiendra le 21 mai.
Le tribunal du district sud de Manhattan avait d’abord déclaré
le huis clos dans l’attente de la détermination de l’âge
d’Abdi Wali Muse, l’avocat commis d’office, Phil Weinstein,
ayant déclaré avoir parlé au père du pirate, qui affirmait
qu’il n’était âgé que de 15 ans. « Il dit qu’il est né le 20
novembre 1993 », avait déclaré le juriste.
Peu après, le juge Andrew Peck a rouvert la séance à la presse
en déclarant que le jeune homme serait jugé comme un adulte et
que les arguments de son père n’étaient pas crédibles.
Vêtu d’un
T-shirt bleu et la tête baissée, la main gauche bandée, le
jeune Somalien, arrivé dans la nuit de lundi à hier à NewYork,
a suivi l’audience par le truchement d’un interprète.
Abdi Wali Muse est le seul survivant des quatre auteurs de la
prise d’otages à bord du cargo Maersk Alabama. Il avait été
blessé à la main gauche à la suite d’un coup de couteau
infligé par un membre de l’équipage lors de la lutte pour le
contrôle du porteconteneurs américain, le 8 avril au large de
la Somalie.
Une partie de l’équipage avait finalement repris le contrôle
du cargo, mais les pirates s’étaient enfuis en prenant en
otage le capitaine Richard Phillips sur un canot de sauvetage.
Ce dernier a été libéré au bout de cinq jours par une
opération commando de la marine américaine, au cours de
laquelle le jeune pirate s’est rendu, tandis que les trois
autres pirates étaient tués.
C’est « quelqu’un qui n’a pas connu la faim chez lui, qui
connaît la religion », a dit son père sur les ondes de la
radio Voice of America. À propos de « ce qui l’a conduit à
prendre la mer (...), la seule explication que j’aie c’est
qu’en raison de son jeune âge, il a été entraîné dans des
mauvaises actions », a-t-il ajouté, assurant que son fils
n’était « pas un garçon à problème ».
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a annoncé
lundi que le groupe de contact de l’ONU sur la piraterie au
large de la Somalie (CGPCS) se réunirait début mai à New York
pour tenter de faciliter les poursuites en justice contre les
pirates interpellés.
Le CGPCS, créé en janvier dernier par le Conseil de sécurité
de l’ONU, regroupe plus de 20 pays, ainsi que l’Union
africaine, l’Union européenne, l’OTAN, le secrétariat de l’ONU
et l’Organisation maritime internationale.
ÉTATS-UNIS Résolution
historique
Barack Obama a qualifié hier d’« historique » la résolution
adoptée la veille par le Sénat présentant formellement des
excuses, au nom du peuple américain, pour « l’esclavage et la
ségrégation raciale » envers les Noirs américains. Le président
américain pourrait assister au début du mois de juillet à une
cérémonie au Capitole pour célébrer l’événement.
ÉTATS-UNIS Une enquête met en évidence
d’importants manquements à la sécurité - Nicolas Bérubé
Des bombes introduites dans 10 édifices fédéraux à haut
risque
— Les agents
fédéraux américains ont la réputation d’être tatillons et pas
spécialement sympathiques. Une enquête révèle qu’ils sont
aussi dangereusement inefficaces.
Le
rapport précise, sans les nommer, que les édifices visés par
l’enquête sont considérés comme étant à « haut risque »
d’être la cible d’une attaque. Ci-dessus, des pompiers
mènent une inspection au Lincoln Memorial, à Washington,
après une alerte au bacille du charbon, en novembre 2006.
En mai et juin derniers, des enquêteurs ont pu entrer dans 10
édifices fédéraux américains en ayant sur eux le matériel
nécessaire pour fabriquer une bombe.
Une fois à l’intérieur, les enquêteurs ont pu trouver un
endroit tranquille pour assembler la bombe et la dissimuler
dans une valise, pour ensuite marcher librement à divers
étages de l’édifice.
La liste des bâtiments visités lors de l’enquête n’a pas été
rendue publique. Le rapport précise qu’il s’agit d’édifices de
« niveau de sécurité IV », soit des endroits considérés comme
étant à « haut risque » d’être la cible d’une attaque.
Le responsable du Comité sur la Sécurité intérieure et les
Affaires gouvernementales, le sénateur Joe Lieberman, s’est
dit « révolté » par les conclusions du rapport, qui a filtré
dans les médias hier.
« Franchement, il est inacceptable que des millions de
personnes qui visitent les édifices fédéraux ou y travaillent
soient potentiellement exposés à une attaque terroriste. »
M. Lieberman a noté que deux attaques sur des immeubles
fédéraux avaient eu lieu ces dernières années : l’attaque
terroriste contre le Pentagone le 11 septembre 2001, qui avait
fait 184 victimes, et l’explosion qui a soufflé le Murrah
Federal Building, à Oklahoma City, en 1995, où 168 personnes
ont perdu la vie.
Les
manquements qu’ont observés les enquêteurs habillés en civil
sont importants. Dans un cas, un garde a été filmé en train de
dormir, assis sur sa chaise. Un autre agent a révélé avoir pu
franchir le contrôle de sécurité en 27 secondes, alors qu’il
avait sur lui toutes les composantes nécessaires à la
fabrication d’une bombe.
Un enquêteur a aussi vu un nouveau-né passer avec son landau
dans une machine à rayons X, un incident potentiellement
dangereux pour l’enfant, et qui est dû à la négligence de
l’agent en service.
Des problèmes « fondamentaux »
Hier, la sénatrice du Maine, Susan Collins, a qualifié «
d’inacceptables » les résultats de l’enquête, dont le réseau
ABC a diffusé les conclusions, et aussi certaines images
vidéo.
« Ce qui me choque, c’est que les problèmes sont fondamentaux.
Si les enquêteurs avaient réussi à faire entrer des
composantes pour une bombe dans un ou deux édifices, ça aurait
été troublant, surtout qu’il s’agit d’édifices à haut risque.
Mais le fait qu’ils ont réussi chaque fois démontre que le
problème est particulièrement répandu. »
De passage devant un comité sénatorial, hier, le directeur du
Federal Protective Service, Gary Schenkel, a dit prendre
l’entière responsabilité des manquements de son organisation.
« Je suis le responsable, je suis le directeur. Nous avons des
problèmes sur le plan de la supervision et nous allons y
remédier. »
L’enquête a été menée par le Government Accountability Office,
une organisation qui surveille les activités du gouvernement.
Le document note que plusieurs édi f ices sont protégés par
des agents privés, qui sont souvent mal entraînés ou dont la
formation remonte à plusieurs années.
LE CANADA, C’EST OÙ? C’EST QUOI ? -
Louise Leduc
Aujourd’hui,
les États-Unis célèbrent leur fête nationale sur fond de
crise économique. Le sondage Angus Reid révèle que leurs
connaissances de leur voisin du Nord semblent encore très
limitées : seulement 7% des Américains savent que le Canada
est leur p
Les Américains ignorent que le Canada est le principal
partenaire commercial des États-Unis, ils ne comptent pas du
tout sur leur voisin pour les aider dans la lutte contre le
terrorisme et ils ne sont qu’un tiers à pouvoir situer
correctement sur une carte le Québec, l’Ontario et la
ColombieBritannique, révèle un sondage Angus Reid mené en
juin sur l’internet.
Aux yeux de 50% des Américains, la Chine est le premier
partenaire commercial de leur pays, tandis que 11% croient
que la bonne réponse est le Japon. Seulement 7% ont
correctement choisi le Canada.
Ce tiers de répondants capables de situer géographiquement
des provinces canadiennes étonne particulièrement
Charles-Philippe David, coprésident de l’Observatoire sur
les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, à l’UQAM. Pas
parce que c’est peu, mais parce que c’est beaucoup, dit-il,
quand on compare ce résultat à des études semblables sur
l’état des connaissances des Américains. « Quand
j’enseignais aux États-Unis il y a 15 ans, les gens
pensaient souvent que le Québec était une province du
Mexique. »
Chez Angus Reid, on ne nie pas que certains répondants ont
peut-être fait une petite recherche sur Google avant de
répondre au questionnaire électronique.
Guy Lachapelle, professeur de science politique à
l’Université Concordia, est lui aussi surpris qu’un tiers
des répondants soient quand même capables de situer
correctement les trois provinces canadiennes sur une carte,
mais il est convaincu que les Américains connaissent de
mieux en mieux le Canada en général et le Québec en
particulier. Le Canada, ne serait-ce qu’en raison de tous
ces débats reliés au libre-échange et des mérites comparés
des systèmes de santé (un enjeu d’importance lors de la
dernière campagne électorale canadienne) et le Québec, en
raison de sa forte percée culturelle. « Tout le monde sait
que Céline Dion est canadienne et que sa première langue,
c’est le français. Le Cirque du Soleil, Guy Laliberté en
tête, s’est beaucoup publicisé comme une institution
québécoise. Le Canada et le Québec font aussi beaucoup plus
parler d’eux qu’on ne le croirait. Moi-même, il
m’est déjà
arrivé d’être interviewé par un obscur journal de Floride!
Et Montréal a également beaucoup fait parler de lui en
raison de son opposition à la guerre en Irak: les médias
américains ont relevé que c’est chez nous et à Barcelone
qu’il y a eu le plus de manifestants dans les rues. »
Le vice-président aux affaires publiques d’Angus Reid,
Jaideep Mukerji, pense que « les Américains sont de plus en
plus curieux du Canada ». Il souligne que près d’un
Américain sur cinq a visité le Canada au cours des cinq
dernières années. Et que « près des trois quarts de ceux qui
ne sont pas venus ont dit que ça les intéressait ».
Les Américains qui souhaitent venir au Canada aimeraient
surtout (à 22%) visiter la Colombie-Britannique, l’Ontario
(20%) et le Québec (14%). Pourquoi ces provinces en
particulier? Là encore, la force culturelle du Québec
ressort. Les Américains attirés par le Québec le sont pour
ses festivals et ses concerts (24%) de même qu’en raison de
sa culture unique (24%), alors qu’ils ont surtout envie
d’aller en Ontario parce que c’est tout près (20%) et en
ColombieBritannique pour profiter des beaux paysages (41%).
Même si elles sont toujours insuffisantes, les connaissances
des Américains sur le Canada s’améliorent, croit Charles
Doran, directeur du Centre d’études canadiennes à
l’Université Johns Hopkins, à Washington. On parle tellement
de la montée de la Chine que ce n’est peut-être pas si
surprenant, dit-il, que la moitié (50%) des Américains
définissent à tort ce pays comme leur premier partenaire
commercial.
Pour ce qui est de la géographie, « pas sûr non plus que
beaucoup d’Américains sauraient situer le Texas avec
exactitude ! » lance-t-il. « Par ailleurs, bon nombre
d’Américains ont des liens familiaux avec le Canada –
beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs un patronyme francophone
–, sans compter que plusieurs ont maintenant des liens
d’affaires avec des Canadiens et qu’ils sont nombreux à
voyager. »
Enfin, s’ils décident de mettre le cap vers le Nord, ce ne
sont pas trop les nouvelles exigences aux frontières qui
empêcheront les Américains de le faire: 74% des répondants
ont indiqué que le fait de devoir présenter un passeport
américain ne changera rien à leur souhait de se rendre au
Canada.
La crise obsède les Américains
« La crise
économique actuelle est d’une ampleur sans précédent
depuis la Grande Dépression. »
Malgré le changement de cap opéré par le président Barack
Obama ces derniers mois, le calvaire des Américains n’est
pas terminé.
À en croire le sondage Angus Reid, ils demeurent obsédés
par la crise économique et convaincus que leur pays va
dans la mauvaise direction.
Preuve que la crise affecte leur moral: 41% des Américains
pensent que les États-Unis sont sur « la mauvaise voie ».
Moins du tiers, soit 31%, estiment au contraire que le
pays va dans la bonne direction. Les autres Américains
interrogés se disent incertains.
Selon le
directeur de la chaire d’études politiques et économiques
américaines à l’Université de Montréal, Pierre Martin, une
partie des Américains qui parlent d’une « mauvaise voie »
sont probablement en accord avec les politiques mises de
l’avant par Barack Obama, mais estiment que les
améliorations ne sont pas encore notables.
L’autre partie des Américains qui tient le même discours
est probablement formée de conservateurs d’allégeance
républicaine, estime M. Martin. Leur opinion serait donc «
un refus très partisan de considérer quoi que ce soit de
positif », dit-il.
À la base des inquiétudes en sol américain: l’économie.
C’est la réponse donnée par 53% des Américains lorsqu’on
leur a demandé: « Quelle est la question la plus
importante à laquelle les États-Unis doivent se confronter
aujourd’hui ? »
Les autres enjeux ne font pas le poids. La santé arrive en
deuxième position, à 9%. Le terrorisme, véritable bête
noire des Américains sous George W. Bush, glisse en
cinquième position, à 3%. Et seuls 2% des Américains
placent en tête de liste les guerres en Irak et en
Afghanistan. « Il n’y a rien d’étonnant à ce que
l’économie prenne une telle place dans les préoccupations
des Américains. C’est une crise d’une ampleur sans
précédent depuis la Grande Dépression », fait remarquer M.
Martin. Il précise que l’enjeu de la santé est intimement
lié aux problèmes économiques actuels.
Par ailleurs, si le désengagement américain semble
rassurer la population, l’expert estime que si
l’Afghanistan et le Pakistan les préoccupent moins, c’est
surtout parce que les Américains perçoivent mal l’ampleur
des défis dans ces deux pays. « C’est clair que n’importe
quel observateur objectif va se rendre compte qu’on n’est
pas sorti du bois dans ce dossier! »
OBAMA TOUJOURS POPULAIRE AU CANADA
Les
Canadiens continuent d’admirer Barack Obama: voilà ce que
laisse croire un sondage publié à la veille de la fête
nationale des États-Unis, et qui suggère que le président
américain est plus populaire que les politiciens
canadiens. Selon ce sondage Harris-Décima - La Presse
Canadienne, les trois quarts des Canadiens croient que M.
Obama accomplit de « l’excellent » ou du « bon » travail.
Une proportion de 16% des répondants ont qualifié «
d’adéquate » la performance du président américain, tandis
que 4% disent que son rendement est de piètre qualité. La
popularité de M. Obama au Canada s’étend à toutes les
régions du pays. Le leader américain est plus populaire
parmi les Québécois, les Ontariens et les résidants des
provinces de l’Atlantique, mais à peine moins à l’ouest de
l’Ontario. Le vice-président de Harris-Décima, Jeff
Walker, a noté que la popularité de M. Obama au Canada n’a
jamais diminué depuis sa prestation de serment et il
profite encore de l’appui de la population, du moins celle
du Canada.
Neutres face à la souveraineté
« Dans cinq
ou dix ans, j’ai l’impression que les Américains seront
moins inquiets d’un point de vue identitaire. »
Si un autre référendum sur la souveraineté avait lieu au
Québec, le gouvernement des États-Unis devrait rester
neutre, croient 68% des répondants américains à un sondage
Angus Reid réalisé en juin.
« Et c’est exactement ce que souhaitait le Parti québécois
lors du référendum de 1995: que le gouvernement reste neutre
», dit Guy Lachapelle, professeur de science politique à
l’Université Concordia.
À l’époque, Bill Clinton s’était très peu avancé. Invité aux
Communes, il avait parlé d’un Canada « fort et uni » et de
la belle relation commerciale entre les ÉtatsUnis et le
Canada, refusant catégoriquement de s’engager davantage et
d’évoquer l’hypothétique séparation du Québec.
Quand on
indique par ailleurs aux Américains qu’il y a au Québec des
lois sur l’affichage et quand on leur demande ce qu’ils
penseraient du fait qu’on vote sur ce sujet dans leur propre
État, 67% des répondants s’y montrent favorables.
Facileàdirequandonn’est pas concerné? Guy Lachapelle,
secrétaire général de l’Association internationale de
science politique, observe que « pas moins de 26 États ont
voté jusqu’ici des lois linguistiques ».
Vrai, la montée de l’espagnol fait peur, relève pour sa part
CharlesPhilippe David, coprésident de l’Observatoire sur les
États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand. « À mon avis, on
est d’ailleurs au plus fort de cette inquiétude, inquiétude
que Barack Obama saura sûrement calmer si l’on se fie déjà
au rapprochement entre les démocrates et les hispaniques.
Dans cinq ou dix ans, j’ai l’impression que les Américains
seront plus inclusifs, moins inquiets d’un point de vue
identitaire. » Actuellement, pour 64% des répondants, pas
question que l’espagnol devienne la deuxième langue
officielle des États-Unis. Même la pertinence de l’enseigner
à l’école est matière à débat : 50% des répondants n’y sont
pas favorables.
Charles Doran, directeur du Centre d’études canadiennes à
l’Université Johns Hopkins à Washington, croit que tout
parallèle entre le français au Québec et l’espagnol aux
États-Unis est hasardeux. « Les deux situations ne se
comparent pas. Au Canada, le français est la langue de l’un
des deux peuples fondateurs. Aux États-Unis, l’espagnol est
au contraire le fait d’une immigration encore très récente.
»
Les mauvais voisins - Alain Dubuc
Le
resserrement de la frontière canado-américaine nous replonge
100 ans en arrière.
Ce sera le premier été où les familles devront être munies
de passeports pour passer quelques jours sur le bord de la
mer en Nouvelle-Angleterre. Au-delà de l’agacement pour les
voyageurs et des effets négatifs sur le tourisme des deux
côtés de la frontière, cette nouvelle mesure de contrôle
douanier soulève des questions bien plus profondes sur la
nature de nos rapports avec les États-Unis et sur la
dynamique du bloc continental que nous formons.
L’Europe s’agrandit et a réussi à pratiquement éliminer les
frontières sur un vaste territoire. Malgré l’hétérogénéité
de ses populations, elle a favorisé une véritable mobilité
des personnes. Par comparaison, le resserrement de la
frontière canado-américaine nous replonge 100 ans en
arrière, et cette logique est absolument à contre-courant
dans un monde de plus en plus ouvert.
Le paradoxe est d’autant plus grand que nous partageons la
plus grande frontière, que le niveau d’échanges entre nos
deux pays est le plus important au monde, que nos modes de
vie sont similaires et que les deux sociétés sont
interreliées comme nulle part ailleurs.
Ce qui sera décevant pour bien des gens, c’est que l’arrivée
du président Obama n’a rien changé à la situation, bien au
contraire. Le renforcement des frontières, amorcé par
l’administration Bush, s’est poursuivi avec la même
intensité. En plus, le Canada doit faire face au plus
sérieux sursaut protectionniste américain depuis longtemps,
avec les clauses d’achat américain des grands projets de
relance économique.
La dynamique
qui a amené les États-Unis à renforcer les contrôles
frontaliers repose sur deux fondements, qui tous deux
reflètent un mélange d’indifférence et d’incompréhension à
l’égard du Canada, pourtant leur plus important partenaire
commercial.
Le premier fondement, c’est la lutte contre l’immigration
illégale, de Mexicains et de Latino-Américains qui pénètrent
aux ÉtatsUnis par ses frontières sud. Cela a mené à un
important déploiement, clôtures, patrouilles et
vérifications serrées des identités. Dans une logique
mécanique, on a étendu au Nord des mesures conçues pour le
Sud. Heureusement, l’arsenal de protection n’est pas le
même. Mais la loi est la même, sans tenir compte du fait que
le Canada est une économie avancée, en symbiose avec les
États-Unis, et que le Mexique est une économie émergente
avec les problèmes que cela comporte.
Le second fondement, c’est la sécurité, surtout après le 11
septembre. Les Américains, à juste titre, ont voulu mieux
protéger leur territoire. Leur argument massue étant le fait
que la frontière canado-américaine soit une passoire par
laquelle sont passés les terroristes du 11 septembre.
C’était faux. Mais la légende urbaine est si persistante que
la secrétaire du département de la Sécurité intérieure,
Janet Napolitano, l’a répétée il y a quelques mois, pour
ensuite s’excuser. Mais quelqu’un l’avait « briefée », ce
qui en dit long sur la culture qui préside aux prises de
décision.
Ces contrôles sont-ils nécessaires ? Les Européens, qui ont
bien plus souffert du terrorisme que les Américains, ont
manifestement jugé que ce n’était pas la meilleure façon de
gérer les problèmes. Je soupçonne que, là comme ailleurs,
les États-Unis ont déployé des mesures de sécurité qui
servent plus à frapper l’imagination qu’à donner des
résultats tangibles.
Mais il n’y a pas que la sécurité. Les douaniers américains
ne font pas que vérifier les identités, ils contrôlent le
contenu des paniers de pique-niques, ils rendent la vie
difficile aux camionneurs. Et tout cela illustre le réflexe
de repli sur soi des Américains en période de crise, qu’elle
soit provoquée par le terrorisme ou la récession. Et nous en
sommes les victimes, en sachant que, pour des raisons
géographiques évidentes, nous ne pouvons pas choisir nos
voisins.
Un mythe très ancré
Les Américains
persistent à croire que des terroristes passent régulièrement
par la frontière canadienne pour rentrer aux États-Unis
Le gouvernement canadien devra renforcer
sa campagne de sensibilisation auprès des Américains pour
changer
leur perception.
L’auteur est chercheur associé à l’International Center for
Terrorism Studies, à Washington, et à la chaire de recherche
du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes à
l’Université du Québec à Montréal.
La déclaration de la secrétaire américaine à la Sécurité
intérieure, Janet Napolitano, cette semaine, au fait que des
terroristes passent régulièrement par la frontière canadienne
vers les États-Unis est un mythe qui se perpétue chez nos
voisins du Sud, et ce, malgré un nombre considérable
d’initiatives entreprises par le gouvernement du Canada depuis
septembre 2001.
Que l’on pense à la déclaration sur la frontière commune en
décembre 2001 entre le Canada et les États-Unis, à la mise en
place d’un cadre législatif plus strict sur le terrorisme
(considéré trop strict pour certains), à l’augmentation
significative des budgets des agences de renseignement, à la
création d’une liste d’entités terroristes similaire à celle
en place auxÉtatsUnis et j’en passe. L’idée d’un voisin mou
sur l’enjeu du terrorisme est toujours présent, tant dans la
classe politique américaine que dans la population générale.
Cette situation prouve deux faits. De l’un, les États-Unis ne
sont toujours pas à 100% satisfaits de la façon dont le Canada
traite la menace terroriste et souhaite voir la mise en place
d’une position encore plus dure sur le sujet. Avec les récents
événements qui se produisent au Mexique, les Américains n’ont
jamais été aussi sensibles quand vient le temps de parler de
frontières depuis 2001. Les États-Unis s’assurent d’ailleurs
d’afficher occasionnellement leur mécontentement sur le
système de réfugiés implanté au Canada, jugé par plusieurs
politiciens américains comme étant une potentielle menace à la
sécurité du continent.
Deuxièmement,
ce récent épisode démontre également que cette inquiétude
était présente pendant l’administration Bush et s’est
perpétuée chez la nouvelle administration démocrate du
président Obama ou, du moins, chez certains membres de son
cabinet . Ainsi , on se rend compte que cet état d’esprit est
répandu autant chez les républicains que les démocrates, sans
oublier la population qui ne manque rarement de souligner le
fait que son voisin du nord prend à la légère la menace
terroriste, et ce, à tort ou à raison.
La réaction de l’ambassadeur du Canada à Washington, Michael
Wilson, est un pas ferme dans la bonne direction. Le Canada se
doit d’une manière ou d’une autre de se détacher de ce mythe,
qui continue à ternir l’image du Canada sur la scène
internationale, mais surtout aux États-Unis.
Cependant, ce mythe est tellement ancré que le gouvernement du
Canada devra prendre de bien plus grands moyens pour arriver à
ses fins. Il est sans doute plus difficile de changer la
perception au sein de la population américaine, mais une
sérieuse campagne de sensibilisation se doit d’être renforcée.
Le Canada s’est déjà mis à l’oeuvre par le passé à démontrer
comment le pays prenait au sérieux la menace terroriste. Force
est de constater qu’il y a encore un important chemin à faire
quand on apprend que la chef de la sécurité intérieure aux
États-Unis croit toujours que le Canada est un transit pour
des terroristes qui veulent sévir chez nos voisins.
Si l’on décide de se choquer, aussi bien le faire pour de vrai
et être crédible dans ses démarches.
Déclarations
sur
les terroristes du 11 septembre et le Canada Janet
Napolitano clarifie ses propos
La secrétaire américaine de la Sécurité intérieure a
déclaré que sa visite à Ottawa était une tentative
d’aplanir ses relations avec le Canada.
OTTAWA— La secrétaire du département américain de la
Sécurité intérieure, Janet Napolitano, a dû une nouvelle
fois clarifier ses déclarations sur les terroristes du 11
septembre2001, lors de sa visite à Ottawa, hier.
Il y a quelques semaines, dans une entrevue à CBC, Mme
Napolitano avait soulevé l’indignation de ce côté-ci de la
frontière en affirmant à tort que les responsables des
attentats du 11 septembre étaient venus du Canada.
Elle est depuis revenue sur ses paroles. Mais elle a été
appelée à le faire à nouveau, hier, lors d’une conférence
de presse au parlement, à l’occasion de sa première visite
officielle dans la capitale canadienne. « Laissezmoi le
dire encore une fois : nous savons et je sais que les ter
roristes du 11 septembre n’ont pas traversé la frontière
canadienne. Je regrette que les médias canadiens ne
semblent entendre que cela, une déclaration inexacte de ma
part à ce sujet », a-t-elle dit.
Ce n’était pas la première fois que la secrétaire faisait
sursauter les médias canadiens depuis sa nomination par le
président américain Barack Obama. Elle a notamment soulevé
des inquiétudes en commandant une étude des points faibles
de la frontière canado-américaine, peu après son arrivée
en poste.
Dans une entrevue accordée au Christian Science Monitor,
la semaine dernière, cette ancienne gouverneure de
l’Arizona a déclaré que sa visite à Ottawa se voulait une
tentative d’aplanir des relations devenues cahoteuses avec
les Canadiens, tout en se penchant sur des enjeux
d’intérêt mutuel.
Nouvelle
ère de collaboration
Le ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, lui a
facilité la tâche en faisant deux conférences de presse à
ses côtés, au cours desquelles il a décrété une « nouvelle
ère de collaboration » avec les États-Unis en matière de
sécurité aux frontières et d’échanges commerciaux.
Le ministre et la secrétaire ont annoncé mardi à Detroit
qu’ils comptaient rendre permanent le projet pilote
Shiprider. Ce projet consiste en des patrouilles sur un
même bateau d’agents canadiens et américains dans des eaux
frontalières, comme certaines portions du fleuve
Saint-Laurent, ce qui permet d’arrêter des malfaiteurs des
deux côtés de la frontière.
Les deux politiciens sont toutefois restés vagues sur
certaines de leurs intentions, comme la création d’un
nouveau processus d’évaluation de la menace et des risques
ainsi que de l’échange d’information entre les deux pays
concernant la circulation des biens et des personnes.
Par ailleurs, le ministre Van Loan a désigné la
cybersécurité comme une nouvelle forme de course aux
armements pour le Canada comme pour les ÉtatsUnis, une
image que Janet Napolitano n’a pas réfutée. Il a convenu
que la Chine et la Russie, mais aussi des individus ou
groupes d’intérêts étaient particulièrement actifs dans le
domaine.
« Nous continuons à élaborer des systèmes de défense, et
nous continuons à avoir du succès, mais c’est comme une
course aux armements, nous nous améliorons, et ils
s’améliorent », a-t-il dit.
UNE BRÈCHE DANS LE MUR - Nicolas Bérubé
Inauguré il y
a 35 ans, Friendship Park est le seul
pointderencontrelelongdes3169 kmdelafrontière
américano-mexicaine. Les gens des deux pays ont pris
l’habitude de fréquenter le parc, divisé par une grande
grille, pour voir des proches dont ils sont sépa
Des hélicoptères de l’armée américaine bourdonnaient audessus
de sa tête. D’immenses VUS blanc et vert des Border Patrol,
les agents frontaliers, circulaient sur les routes de terre
battue, donnant à l’endroit l’ambiance d’une zone militaire.
Les
Mexicains disent être humiliés par le mur, symbole pour eux
de l’arrogance et du sentiment de supériorité qui animent
les Américains.
Dans un stationnement isolé, Dan Watman a rejoint un groupe
qui a marché durant une demi-heure sur un sentier à travers un
champmarécageux pour atteindre sa destination: Friendship
Park, sans doute le parc le plus difficile d’accès en
Amérique.
« Le parc était méconnaissable, dit M. Watman, qui est
professeur d’espagnol dans un collège de San Diego.
D’habitude, c’est un endroit paisible. Ce jour-là, il y avait
des bulldozers et des camions partout. »
M. Watman est passé à l’action. Il s’est planté au centre du
parc, à l’endroit où des grues et des bulldozers érigeaient
trois murs parallèles hauts de 5 mètres sur la frontière
mexicaine.
M. Watman tenait une affiche de carton sur laquelle il avait
écrit « MAKE FRIENDS ».
Les travaux ont stoppé. Des agents sont arrivés et lui ont
ordonné de quitter les lieux. M. Watman a refusé.
Au bout d’une heure, les autorités fédérales lui ont passé les
menottes et l’ont emmené de force à bord d’un camion blindé.
Des agents ont également confisqué la carte mémoire de la
caméra vidéo d’un supporter qui filmait la scène.
Les bulldozers ont repris leur travail. M. Watman a été accusé
d’avoir fait intrusion dans une zone contrôlée par le
gouvernement fédéral.
« Mon geste était symbolique, mais je voulais envoyer un
message, dit-il. Je dois bientôt aller en cour, mais ça m’est
égal. Je ne pouvais pas me taire devant ce qu’ils sont en
train de faire au parc. »
Endroit unique
Friendship Park comprend plusieurs tables de piquenique,
quelques vieux chênes qui font de l’ombre, et offre une vue
saisissante de l’océan Pacifique. Mais ce qui rend l’endroit
unique n’est pas son emplacement bucolique : le parc, de forme
circulaire, est coupé en son centre par la frontière avec le
Mexique.
Depuis des décennies, des familles séparées par les lois sur
l’immigration viennent passer du temps le long de la grille
haute de quatre mètres qui sépare les deux pays. Des vendeurs
de tamales et de tacos font des affaires au Mexique comme aux
États-Unis, passant leurs mets entre les larges barreaux
d’acier.
Dan Watman, lui, a lancé un projet peu orthodoxe: organiser
des activés culturelles pour les gens des deux côtés dumur. Au
fil des années, il y a donné des cours d’espagnol et
d’anglais, des séances de lecture et même des leçons de surf,
les participants dévalant les vagues de chaque côté de la
frontière, qui s’étend sur 3169 km à travers le continent.
« Les activités sont très suivies, dit-il. On peut avoir entre
20 et 150 personnes des deux côtés de la clôture.
Le Friendship Park a été inauguré en 1971 par la femme du
président Nixon, Patricia, qui l’a décrit comme un symbole de
paix et de fraternité entre les peuples. Ce jour-là, Mme Nixon
avait demandé que des employés coupent le fil de fer qui
marquait la frontière, afin qu’elle puisse aller embrasser des
bébés du côté mexicain. « Je souhaite de tout mon coeur que
cette clôture soit un jour démantelée, a-t-elle dit, et que
nous puissions vivre dans l’harmonie. »
Dan Watman a quant à lui commencé à fréquenter le parc il y a
cinq ans. Il avait l’habitude d’emmener ses élèves en visite à
Tijuana, à quelques minutes de route de San Diego. En 2004,
les agents frontaliers ont exigé qu’il remplisse tous les
formulaires de douane nécessaires pour faire cette visite, qui
auparavant était organisée spontanément.
« C’était
interminable. Ces formulaires étaient complexes. Tout ça pour
une simple visite d’une journée. »
C’est à ce moment qu’il a eu l’idée de d’emmener ses élèves au
Friendship Park, une activité qui a été appréciée, dit-il. «
La rencontre a été extraordinaire. Les élèves ont aimé cela.
Ils posaient toutes sortes de questions sur la vie auMexique
aux gens de l’autre côté. C’était touchant de voir autant
d’interactions, et aussi de voir à quel point les jeunes
Américains connaissent peu de choses sur la vie au Mexique. »
Au bout de quelques visites, M. Watman a formé un groupe,
Border Meetup, et se rendait une douzaine de fois par été à la
frontière, avec des bénévoles et des gens intéressés. Il y a
organisé plusieurs activités d’échange, comme des lectures de
poésie, des cours de yoga, des séances de salsa, suivies des
deux côtés de la clôture.
Des activités banales, mais qui poussent souvent les
participants à faire des découvertes étonnantes, dit-il.
« Bien des Américains sont surpris d’entendre un Mexicain dire
qu’il aime vivre au Mexique, avec sa famille, et qu’il ne
cherche pas à immigrer aux États-Unis. LesAméricains sont
aussi souvent étonnés de parler à des Mexicains qui sont en
vacances et qui visitent la région frontalière. Pour eux,
c’est difficile de concevoir que des Mexicains peuvent avoir
le luxe de faire du tourisme. »
Les Mexicains, eux, disent être humiliés par le mur, symbole
pour eux de l’arrogance et du sentiment de supériorité qui
anime les Américains. « Dans nos discussions à travers la
clôture, plusieurs Américains témoignent de leur dégoût pour
le mur. Ça surprend toujours les Mexicains. Pour eux, tous les
Américains sont racistes et arrogants. Ça leur donne tout un
choc que voir que des Américains sont gentils avec eux et
intéressés à leur parler. »
Surveillance accrue
Aujourd’hui, le parc est fermé au public et surveillé par des
agents frontaliers qui passent la journée à l’air climatisé,
dans leurs véhicules garés entre les tables de piquenique.
Tout contact avec les gens de l’autre côté du mur est
interdit.
John Fanestil, un prêtre méthodiste qui habite San Diego, a
pris l’habitude d’aller célébrer la messe en plein air chaque
dimanche au Friendship Park. Ce printemps, son groupe et lui
se sont heurtés à un groupe d’agents frontaliers armés qui
leur ont ordonné de rebrousser chemin.
« J’ai célébré la messe quand même, à l’extérieur du parc.
Quand j’ai voulu m’approcher de la clôture pour donner
l’Eucharistie, ils m’ont arrêté et passé les menottes. »
M. Fanestil a été relâché plus tard, et aucune accusation n’a
été portée contre lui. Aujourd’hui, il craint de retourner au
parc. « Le parc a été construit sur le lieu de la première
rencontre entre les Américains et les Mexicains après la
guerre, au milieu du XIXe siècle. C’est le point de naissance
de la frontière, c’est un endroit qui symbolise notre relation
avec nos voisins. C’est inacceptable de voir cet endroit violé
et dénaturé. Il faut trouver un compromis. »
Ces jours-ci , le groupe de défense de Friendship Park récolte
des signatures d’élus et de citoyens de la région afin
d’envoyer une lettre ouverte au président Obama. Le nouveau
grand patron de la frontière, Alan Bersin, nommé par Obama, a
déjà parlé de Friendship Park comme d’un endroit symbolique
important.
« C’est un parc qui a une longue histoire. Je ne suis pas
fermé à l’idée qu’un endroit puisse symboliser une plus grande
ouverture entre nos deux pays », a-t-il récemment confié.
Depuis l’arrivée des démocrates au pouvoir, toutefois, la
construction du mur s’est poursuivie, et rien ne semble
indiquer qu’une révision de cette mesure soit en cours. Barack
Obama ne s’est pas exprimé publiquement au sujet du mur. Son
attention semble plutôt accaparée par la réforme des lois sur
l’immigration, une question à laquelle il a promis de
s’attaquer cette année.
Coûte que coûte, M. Watman et ses compagnons continuent de
visiter les environs du parc. Cet été, ils ont même organisé
une conversation silencieuse avec les gens du côté mexicain:
séparés par plusieurs centaines de mètres, les deux groupes
ont communiqué en langue des signes grâce à deux interprètes
qui suivaient leurs gestes respectifs à l’aide de jumelles.

« Le parc est important pour les gens, et c’est un problème
qui ne partira pas en fumée, dit M. Watman. Les gens ici sont
engagés et sentent qu’ils sont en train de perdre une chose
précieuse et rare. Nous allons nous battre jusqu’à ce que le
parc redevienne un lieu d’échange et de rencontre. C’est notre
objectif. »
STOPPER L’IMMIGRATION ILLÉGALE
À la fin des
années 90, l’administration Clinton a durci les mesures à la
frontière pour stopper le problème grandissant de
l’immigration illégale. La région a été inondée de caméras
de surveillance, de détecteurs infrarouges, de projecteurs
et de voitures de patrouille. La barrière du Friendship Park
été remplacée par une haute clôture.
Les mesures de sécurité ont
fait chuter l’immigration illégale en Californie. Pour ne
pas se faire prendre, les immigrants clandestins passaient
désormais la frontière dans le désert de l’Arizona et du
Texas, des endroits difficilement accessibles, au relief
brutal, que les stratèges anti-immigration américains
avaient cru impossibles à franchir et sans ressources.
Vague de répression
L’augmentation
de l’immigration illégale durant l’ère Bush a mené à une
autre vague de répression à la frontière. Cette fois, le mur
allait être construit en divers endroits stratégiques. Et
les barrières existantes allaient être renforcées.
Dans les quelques mois qui ont précédé le départ de George
W. Bush, les travaux ont pris de l’ampleur, note Dan Watman.
« Le chantier tournait constamment, jour et nuit. On aurait
dit que les travailleurs avaient reçu l’ordre de tout faire
pour finir la clôture le plus vite possible, coûte que
coûte. »
Depuis le début de l’année, des agents armés tiennent les
visiteurs à l’écart du parc. Le gouvernement affirme que les
lieux servaient de point d’échange pour la drogue et les
armes. Les autorités américaines sont en train de construire
un mur triple qui empêchera toute interaction avec les gens
de l’autre côté. Le parc deviendra une simple section du mur
qui sépare les deux pays.
Chasse virtuelle à l’immigrant
NOUVELLE
INITIATIVE DU TEXAS Toujours rêvé de jouer au garde-frontière
? Un nouveau programme de la Coalition des shérifs de la
frontière du Texas permet à quiconque possédant une connexion
internet haute vitesse de surveiller la frontière entre le
Texas
COLLABORATION SPÉCIALE
Les
gardes-frontières entre le Mexique et le Texas ont renforcé
leur surveillance visuelle grâce à l’installation de caméras
et une connexion internet haute vitesse. Des bénévoles du
monde entier, inscrits sur un site internet, prêtent alors
leurs yeux pour surveiller et alerter sur tout mouvement
suspect retransmis par la caméra.
— La frontière entre le Mexique et le Texas n’a sans doute
jamais été autant scrutée. Depuis novembre dernier, plus de
100 000 personnes se sont inscrites pour surveiller
virtuellement et bénévolement une partie des 2500 km qui
séparent les deux États.
Provenant des quatre coins du monde, ces douaniers du XXIe
siècle comptent dans leurs rangs aussi bien des mères au
foyer, des policiers à la retraite que des buveurs dans des
pubs australiens. N’importe qui peut s’inscrire pourvu de
posséder du temps libre et une connexion internet haute
vitesse permettant d’observer en temps réel les images
retransmises par un réseau de caméras.
Selon le responsable du programme pour la Coalition des
shérifs de la frontière du Texas, Don Reay, cette armée de
gardes-frontières virtuels a permis « cinq saisies de drogue
totalisant plus de 1100 kg de marijuana » et d’empêcher une
quarantaine de trafiquants potentiels de traverser la
frontière en cinq mois.
La tâche des Virtual Texas Deputies est relativement simple:
armés de patience, ils doivent scruter les images fixes
retransmises par un réseau de caméras. Si une embarcation se
met à traverser le Rio Grande ou si des silhouettes se
faufilent entre les buissons, ils n’ont qu’à appuyer sur le
bouton rouge Report Suspicious Activities de leur écran. Cela
envoie immédiatement un courriel aux responsables du site qui
font ensuite suivre le message au poste de police le plus
près.
En cinq mois,
les employés de la compagnie privée BlueServo qui gère le site
web ont reçu 30 000 messages rapportant des activités
suspicieuses. « Aucun message n’est considéré comme une fausse
alerte parce que nous ne savons pas ce que les gens ont vu »,
précise Don Reay.
Financé par une subvention de 2 millions US du gouverneur
républicain de l’État, Rick Perry, ce réseau ne compte pour
l’instant que 15 caméras. À l’avenir, la Coalition des shérifs
souhaiterait installer au moins 200 caméras le long de la
frontière.
Ancien garde-frontière luimême et ayant travaillé dans la
lutte contre le trafic de drogues, Don Reay est convaincu de
l’efficacité du programme. « Nous avons plus de 100 000
personnes qui se sont enregistrées. C’est un nombre
significatif d’yeux supplémentaires qui sont ajoutés pour
regarder la frontière », soutient le Texan.
Évidemment, tout le monde ne partage pas son enthousiasme. Le
sénateur Eliot Shapleigh, d’El Paso, croit que « le programme
de caméras a été conçu plus pour des raisons politiques que de
sûreté. » Ce sénateur démocrate dénonce notamment que des
citoyens ordinaires soient invités à surveiller la frontière.
Ce programme « fait appel à des volontaires pour faire des
chasses à l’immigrant virtuelles », critique-t-il.
S’il ne s’oppose pas à l’emploi de caméras pour soutenir les
efforts des autorités responsables de la sécurité frontalière,
il considère que ce projet est trop onéreux et pas
suffisamment efficace. Le programme « n’a mené qu’à une
poignée d’arrestations au cours de ses premiers six mois
d’existence », déplore-t-il.
Le responsable du projet, Don Reay, devrait quant à lui savoir
d’ici le mois de juin si le programme sera poursuivi, voire
étendu.
Madame la juge - Nicolas Bérubé
La
nomination de Sonia Sotomayor à la Cour suprême des
États-Unis est confirmée
Le président a félicité la juge pour son courage et sa
ténacité.
La nomination de la juge Sonia Sotomayor à la Cour suprême
des États-Unis a été approuvée, hier, par un vote de 68-31
au Sénat américain.
PHOTO DOUG MILLS, THE NEW
YORK TIMES
Partisans
et détracteurs de la juge Sonia Sotomayor rassemblés
devant le Capitole, à Washington, peu avant le vote qui
a confirmé sa nomination à la Cour suprême, hier.
Mme Sotomayor, 55 ans, devient ainsi la troisième femme et
la première hispanique à siéger à la Cour suprême, une
institution fondée il y a 220 ans.
Sa confirmation a déclenché une vague de sympathie, hier,
aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
Mme Sotomayor était dans un palais de justice de New York,
hier, où elle suivait en direct avec des amis et des
partisans le dépouillement des votes sur un écran géant.
Des témoins ont dit que la juge avait les yeux humides
après le vote. Elle a reçu un appel de sa mère, avec qui
elle a eu une brève conversation en espagnol.
Dans le corridor, des journalistes ont tenté de lui poser
des questions, mais la juge a refusé de répondre. « Je
m’en vais avec mes amis », a-t-elle dit.
Candidate choisie par Barack Obama, Sonia Sotomayor
prêtera serment d’al légeance à Washington, demain. Hier,
le président a félicité la juge pour son courage et sa
ténacité.
Vote historique
« Dans ce vote historique, le Sénat a affirmé que la juge
Sotomayor a l’intelligence, le tempérament, l’intégrité et
l’indépendance d’esprit pour servir avec distinction à la
plus haute Cour de la nation », a dit le président.
Dianne Feinstein, sénatrice de la Californie, a salué la
confirmation de la nomination de la juge. « Je crois que
c’est une journée de réjouissance pour toutes les jeunes
femmes de la nation. Cela envoie un message: "Oui, je peux
y arriver si je travaille fort." »
Le
président de la commission judiciaire du Sénat, Patrick
Leahy, a lui aussi félicité Mme Sotomayor. « C’est le rêve
américain. C’est le rêve dont nous parlons tous lorsque
nous sommes en campagne électorale. Aujourd’hui, nous
l’avons rendu possible. »
À Los Angeles, l’auteure et activiste Nancy De Los Santos
portait un chandail « Wise Latinas Rule » en référence au
commentaire de Sotomayor, scruté ad nauseam durant les
audiences sur sa confirmation. « C’est fantastique de voir
qu’une hispanique a pu être admise dans le club sélect de
la Cour suprême », a-t-elle dit.
Les réseaux sociaux Twitter et Facebook ont été inondés de
messages d’encouragement et de célébration.
Née en 1954, Sonia Sotomayor a été élevée dans les
habitations à loyer modique du Bronx. Sa mère travaillait
six jours par semaine à titre d’infirmière et a pu envoyer
ses deux enfants dans des écoles réputées. Sonia Sotomayor
a par la suite obtenu des diplômes de Princeton et de
Yale, où elle a dirigé la Yale Law Review.
Le poste de juge à la Cour suprême est l’une des positions
les plus inf luentes aux États-Unis. Les juges y sont
nommés à vie, et continuent de façonner les aspects les
plus importants de la société américaine bien après que le
président qui les a choisis eut quitté la Maison-Blanche.
D’allégeance progressiste, la juge risque de prendre des
décisions qui s’apparentent à celles de son prédécesseur,
David Souter, qui prend sa retraite.
Trente et un républicains disent non
Hier, neuf élus républicains ont voté en faveur de
Sotomayor, alors que 31 ont voté contre. Les 59 démocrates
présents pour le vote ont appuyé la juge.
L’opposition de la majorité des sénateurs républicains à
la nomination de Sotomayor n’attirera sans doute pas la
sympathie des électeurs latinos. Aux dernières élections,
deux hispaniques sur trois ont appuyé les démocrates.
Hier, la présidente de la Ligue des citoyens hispaniques,
Rosa Rosales, a dit être « très déçue » du vote des
républicains.
« Lorsque le temps viendra, nous pourrons bien choisir de
ne pas vous appuyer, car vous avez choisi de ne pas
soutenir une personne qui est parfaitement qualifiée »,
a-t-elle dit.
Les hispaniques représentent 15% de la population
américaine, et leur poids démographique est en croissance.
En Californie, 36% des résidants sont d’origine
hispanique.
Sotomayor survit à son interrogatoire
- Richard Hétu
CANDIDATE
À LACOUR SUPRÊMEDES ÉTATS-UNIS
Après quatre jours d’un feu roulant de questions, la juge
d’origine portoricaine est d’ores et déjà assurée de
devenir la première Hispanique à siéger à la plus haute
instance américaine.
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK — Ses critiques
républicains auraient bien voulu freiner ou bloquer son
ascension à la Cour suprême des ÉtatsUnis, mais Sonia
Sotomayor ne leur aura laissé aucun espoir, démontrant non
seulement son sang-froid, mais également son expertise
durant tout son passage sur le gril. Aussi, après quatre
jours d’un feu roulant de questions, la juge d’origine
portoricaine est d’ores et déjà assurée de devenir la
première Hispanique à siéger à la plus haute instance
américaine.
Après
la
conclusion de son témoignage hier à Washington, la juge
Sonia Sotomayor pose sa main sur le bras blessé du
président du comité judiciaire du Sénat américain, le
démocrate Patrick Leahy ( Vermont). S’étant fracturé la
cheville le mois dernier, Mme Sotomayor portait elle
aussi une attelle durant toute la durée de son
témoignage.
« Je pense que vous avez un brillant avenir », lui a dit
le sénateur républicain de Carolinedu-Sud Lindsey Graham,
au quatrième et dernier jour de son audition devant la
commission judiciaire du Sénat en vue de sa confirmation.
Bien que crit ique de certaines déclarations de la juge
Sotomayor, le sénateur Graham a laissé entendre qu’il
pourrait voter en faveur de sa confirmation à la Cour
suprême, où Barack Obama l’a choisie pour remplacer le
juge David Souter qui s’est retiré. Le sénateur d’Alabama
Jeff Sessions, numéro un des républicains au sein de la
commission judiciaire, a pour sa part indiqué qu’il
n’entendait pas recourir à des manoeuvres parlementaires
pour bloquer la confirmation de la magistrate.
Le Sénat, où les démocrates détiennent 60 sièges sur 100,
devrait confirmer la nomination de la juge Sotomayor avant
la pause estivale du mois d’août.
Même si elle obtient l’appui de Lindsey Graham et de
quelques autres républicains, Sonia Sotomayor n’aura pas
réussi à gagner à sa cause la majorité des sénateurs de ce
parti au sein de la commission judiciaire du Sénat, qui
ont mis en cause son impartialité. Durant toutes les
auditions, ceux-ci sont revenus sur une phrase qu’elle a
prononcée en 2001: « J’espère qu’une femme hispanique
avisée et forte d’une expérience riche prendrait, plus
souvent qu’à l’inverse, une meilleure décision » qu’un
juge blanc.
Lors de la
première journée d’audition, la juge Sotomayor a assuré ne
pas croire « que l’appartenance à un groupe ethnique ou
racial ou à un genre soit un avantage pour un jugement
sain ».
C’était « une rhétorique théâtrale qui est tombée à plat
», a-telle ajouté au sujet de sa fameuse phrase, sans
toutefois convaincre ses interrogateurs, qui se sont dits
troublés par cette déclaration.
Du début à la fin des auditions, la juge Sotomayor a
également dû s’expliquer sur sa décision de rejeter en
appel une plainte pour discrimination raciale portée par
des pompiers blancs de New Haven, au Connecticut. Cette
plainte a récemment été jugée recevable par la Cour
suprême.
La magistrate s’est défendue en faisant valoir qu’elle
avait fondé sa décision sur la jurisprudence en la
matière. Elle a été interrogée sur plusieurs autres
questions, et notamment sur la lutte antiterroriste, les
armes à feu et l’avortement. Même si elle n’a pas
convaincu tous les républicains, elle a répondu à leurs
questions avec aplombpendant toute la durée de son
interrogatoire.
Sonia Sotomayor comptait évidemment sur plusieurs
défenseurs parmi les sénateurs démocrates de la commission
judiciaire, qui ont vanté le parcours de cette fille du
Bronx ainsi que son expérience. La magistrate a été
désignée juge fédérale par George Bush père en 1991 puis
juge à la Cour d’appel fédérale de New York en 1997 par
Bill Clinton.
La candidate à la Cour suprême fait la leçon
aux républicains
DEVANT LA
COMMISSION JUDICIAIRE DU SÉNAT
Il serait inconcevable aujourd’hui qu’une décision soit
considérée comme opportune alors qu’elle autorise
l’arrestation et la détention de personnes sur la seule base
de leur origine ethnique.
— Sonia Sotomayor, quasiment assurée de devenir la première
juge hispanique à la Cour suprême de l’histoire américaine,
s’est défendue, hier, face aux critiques des conservateurs.
Elle s’est même attelée à critiquer implicitement la «
guerre contre le terrorisme » de George W. Bush.
« Je veux dire devant vous, sans équivoque ni doute, que je
ne crois pas que l’appartenance à un groupe ethnique ou
racial ou à un genre soit un avantage pour un jugement sain
», a-t-elle déclaré, au deuxième jour de son grand oral
devant la commission judiciaire du Sénat en vue de sa
confirmation.
La candidate du président Barack Obama était pressée de
s’expliquer sur une phrase prononcée en 2001 : « J’espère
qu’une femme hispanique avisée et forte d’une expérience
riche prendrait, plus souvent que l’inverse, une meilleure
décision qu’un mâle blanc » . C’était « une rhétorique
théâtrale qui est tombée à plat », s’est défendue Mme
Sotomayor.
Les critiques les plus conservateurs avaient uti l isé cet
te remarque pour mettre en cause la partialité de Mme
Sotomayor, d’origine portoricaine, qui a grandi dans le
Bronx, un quartier populaire de New York.
Le sénateur républicain de l’Alabama, Jeff Sessions, a dit
hier être toujours « très troublé » par ce parti pris
racial, selon lui, qui pourrait s’épanouir « pleinement » si
le Sénat confirmait la nomination de Mme Sotomayor à la Cour
suprême. Les neuf juges de la plus haute cour des ÉtatsUnis
sont nommés à vie.
Dans l’après-midi, dans une allusion à peine voilée à la «
guerre contre le terrorisme » décrétée par l’ancien
président George W. Bush, la magistrate s’est lancée dans
une comparaison avec l’internement d’Américains d’origine
japonaise durant la Seconde Guerre mondiale, dans l’ouest
des États-Unis, à partir de 1942.
Alors que la
Cour suprême avait estimé, en 1944, que cette pratique était
bel et bien constitutionnelle, Mme Sotomayor a expliqué
qu’il lui paraissait « i nconcevable aujourd’hui qu’une
décision soit considérée comme opportune par notre
gouvernement alors qu’elle autorise l’arrestation et la
détention de personnes sur la seule base de leur origine
ethnique ».
Bien que Mme Sotomayor n’ait pas étendu son parallèle,
l’allusion à la détention de personnes d’origine arabe lors
de la présidence de George W. Bush, que certains démocrates
jugeaient arbitraires, n’a pas échappé à la salle
d’audience.
Durant les quatre jours d’audition, la commission doit
entendre 31 personnes, dont l’ancien directeur du FBI Louis
Freeh, mentor de Mme Sotomayor, et Linda Chavez, une
militante conservatrice.
Les républicains auront 14 intervenants, dont un
représentant des pompiers blancs, dont la plainte pour
discrimination raciale rejetée en appel par Mme Sotomayor
avait finalement été jugée recevable pa r l a Cour suprême
fin juin.
Si Sonia Sotomayor était confirmée par les sénateurs, elle
deviendrait la troisième femme à occuper un tel poste et la
première d’origine hispanique. Elle succèderait à David
Souter qui s’est retiré en juin.
L’opposition républicaine a peu de chances de lui faire
barrage. Les démocrates détiennent 60 sièges au Sénat, soit
la majorité pour lui donner le feu vert.
L’interrogatoire de Sonia Sotomayor
- Richard Hétu
Cour suprême
des États-Unis Nomination de la première Hispano-Américaine
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— Depuis le jour de sa
nomination historique à la Cour suprême des États-Unis, il y a
un mois et demi, Sonia Sotomayor a observé un silence complet
en public, laissant à d’autres le soin de répondre à ses
critiques, parmi lesquels certains l’ont accusée de racisme.
La
juge Sonia Sotomayor comparaît ce matin devant la commission
judiciaire du Sénat américain. Le président Barack Obama a
annoncé le 26mai dernier qu’il la choisissait pour combler
un siège vacant à la Cour suprême des États-Unis.
Mais le mutisme de la magistrate d’origine portoricaine
prendra fin ce matin, un peu après 10h. Débutera alors sa
première audition devant la commission judiciaire du Sénat
américain, dont les membres démocrates et républicains la
soumettront à un interrogatoire en règle sur son expérience,
sa philosophie judiciaire, son tempérament et ses déclarations
passées, afin de déterminer son aptitude à remplacer le juge
David Souter, qui s’est retiré.
Retransmise en direct par les chaînes d’information continue,
l’audition de Sonia Sotomayor s’inscrira dans un rituel cher à
Washington qui a déjà engendré des affrontements mémorables.
En 1987, par exemple, le Sénat a refusé de confirmer la
nomination du juge Robert Bork après 12 longues journées
d’auditions. Quatre ans plus tard, le juge Clarence Thomas a
échappé de justesse au même sort après qu’une de ses anciennes
employées, Anita Hill, l’eut accusé, devant la commission
judiciaire du Sénat, de harcèlement sexuel.
À moins d’une surprise, l’interrogatoire de Sonia Sotomayor ne
devrait pas donner lieu à des moments aussi explosifs. En
fait, à peu près tout le monde s’attend à ce que la nomination
de la juge âgée de 55 ans soit confirmée par le Sénat, où les
démocrates peuvent compter sur au moins 58 votes (en excluant
ceux de Robert Byrd et d’Edward Kennedy, tous les deux
malades) sur 100.
Mais le caractère historique du premier choix de Barack Obama
à la Cour suprême – Sotomayor est en passe d’entrer dans
l’histoire à titre de première hispanique à la plus haute
instance américaine – et la nature même des critiques dont
fait l’objet la magistrate conféreront à son passage sur le
gril un intérêt particulier.
Les auditions dureront au moins quatre jours et verront
défiler, outre Sotomayor, une trentaine de témoins qui
exprimeront leur appui ou leur opposition à la confirmation de
la candidate d’Obama, qui a été désignée juge fédérale par
George Bush père en 1991 puis juge à la Cour d’appel de
NewYork par Bill Clinton en 1997. Le maire de New York,
Michael Bloomberg, et l’ancien joueur de baseball David Cone
feront partie des témoins de la défense.
Bloomberg
saluera le parcours exceptionnel de Sotomayor, qui a grandi
dans un quartier modeste du Bronx avant de fréquenter les plus
prestigieuses universités américaines. Il soulignera également
son centrisme et sa modération en tant que juge. Quant à Cone,
il vantera la décision de la magistrate de mettre fin en 1995
à une grève de 232 jours du baseball professionnel en
invalidant le contrat collectif que voulaient imposer les
propriétaires d’équipes aux joueurs.
Deux noms sont à retenir parmi les témoins qui ont été invités
par les républicains à prendre la parole devant la commission
judiciaire du Sénat : Frank Ricci et Linda Chavez. Ricci est
ce pompier blanc dyslexique à qui la Cour suprême vient de
donner raison, par cinq voix contre quatre, dans une cause
l’opposant à la municipalité de New Haven, au Connecticut. Il
s’était vu refuser une promotion après avoir passé un test que
la Ville et le service des pompiers avaient invalidé, car
aucun des 19 candidats noirs ne l’avait réussi.
Dans une décision ultérieure, la juge Sotomayor avait donné
raison à la municipalité de New Haven. Elle devra expliquer sa
décision aux sénateurs républicains, qui voient dans son
verdict son incapacité à appliquer la loi de façon impartiale
en raison de ses convictions personnelles et politiques.
De son côté, Linda Chavez, ex-membre de l’administration
Reagan, ne devrait pas manquer de revenir, comme le feront
plusieurs sénateurs républicains, sur la déclaration de Sonia
Sotomayor qui lui a valu d’être traitée de raciste par
certains conservateurs, dont l’ancien président de la Chambre
des représentants Newt Gingrich.
« J’ose espérer qu’une femme Latina avisée, riche de ses
expériences, parviendrait plus souvent qu’à l’inverse à une
meilleure conclusion qu’un homme blanc qui n’a pas vécu cette
même vie », a-t-elle déclaré lors d’un discours en 2001.
Selon Chavez, ce commentaire n’était « pas qu’une simple
gaffe, mais une description fidèle de ses opinions sur
l’importance de la race et de l’ethnicité dans son rôle en
tant que juge ».
On verra dès aujourd’hui si les républicains parviendront à
faire trébucher Sotomayor sur cette question délicate, qui
éclipse pour le moment d’autres sujets importants à leurs
yeux, dont l’avortement et les armes à feu.
Cour suprême des
États-Unis Nomination de Barack Obama - Accusations
de racisme contre la juge Sotomayor
RICHARD HÉTU
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— « J’ose espérer
qu’une sage Latino-Américaine pourvue d’une riche expérience
arriverait la plupart du temps à une meilleure conclusion qu’un
homme blanc qui n’a pas vécu cette vie-là. »
La
nomination par Obama de la première Hispano-Américaine à la
Cour suprême est critiquée par certains républicains.
Ainsi parlait Sonia Sotomayor lors d’un discours prononcé en
octobre 2001 devant la faculté de droit de l’Université de
Californie à Berkeley. Ces jours-ci, la même déclaration lui
vaut d’être qualifiée de raciste par plusieurs commentateurs
conservateurs et quelques politiciens républicains.
Née dans une famille d’immigrants portoricains du Bronx, la
magistrate de 54 ans a été choisie mardi par Barack Obama pour
succéder à David Souter à la Cour suprême des États-Unis.
« Imaginez si un candidat au poste de juge avait dit: " Mon
expérience en tant qu’homme blanc me rend meilleur qu’une
Latino-Américaine". Le nouveau racisme n’est pas mieux que le
vieux racisme », a écrit mercredi l’ancien président de la
Chambre des représentants, Newt Gingrich, sur Twitter.
Et l’ex-parlementaire de Géorgie d’ajouter: « Un raciste blanc
serait forcé à retirer sa candidature. Une Latino-Américaine
raciste devrait également se retirer. »
L’animateur de radio Rush Limbaugh a pour sa part sonné la
charge chez les commentateurs conservateurs en traitant la juge
hispanophone de « raciste inversée ».
Les défenseurs
de Sonia Sotomayor ont reproché à ses critiques d’avoir extrait
la déclaration de la magistrate de son contexte. Ils ont fait
valoir que celle-ci parlait des cas de discrimination fondée sur
le sexe ou la race que doivent trancher les juges.
Quoi qu’il en soit, les politiciens républicains n’ont pas tous
crié au racisme. « Non, je ne suis pas d’accord avec ça », a
déclaré le sénateur républicain de l’Utah Orrin Hatch lors d’une
entrevue sur CNN, tout en qualifiant de « très troublants »
certains commentaires de la juge Sotomayor. Plusieurs
organisations conservatrices ont préféré les expressions «
radicale » ou « activiste » pour décrire la magistrate de New
York. Elles l’ont notamment critiquée pour avoir déjà dit que «
la Cour d’appel est le lieu où se fait la politique ».
Cet te i nsistance sur certains commentaires de Sonia Sotomayor
donne à penser que ses critiques conservateurs n’ont pas trouvé
grand-chose à lui reprocher parmi les nombreuses décisions
qu’elle a rendues en tant que juge. Elle devra quand même
expliquer sa prise de position en faveur de la Ville de New
Haven, qui avait refusé de promouvoir 18 pompiers blancs à la
suite d’un examen qu’aucun candidat noir n’avait pu passer avec
succès.
La magistrate comparaîtra dans les prochaines semaines devant la
commission judiciaire du Sénat, qui doit approuver ou rejeter sa
nomination à la Cour suprême. D’ici le vote final de
confirmation par l’ensemble des sénateurs, les républicains
devront décider de leur stratégie. Leur défi est délicat :
satisfaire la base conservatrice du parti, qui s’oppose au choix
du président Obama, sans s’aliéner l’électorat hispanophone,
dont le poids politique s’accroît.
En attendant, le sénateur républicain de Floride Mel Martinez a
invité ses collègues à être « justes » à l’égard de la juge
Sotomayor.
« En tant qu’Américain d’origine hispanique, je tire une grande
fierté de la nomination d’une personne d’origine hispanique à la
Cour suprême », a-t-il déclaré mardi.
LOS ANGELES - Une première hispanophone à la Cour suprême-
NICOLAS BÉRUBÉ
: Un piège tendu par Obama aux
républicains?
« J’ai décidé de sélectionner une femme inspirante, avec
une profonde expérience et une vaste perspective qui, je
crois, fera une excellente juge », a dit l e président Obama.
Le président Barack Obama a nommé, hier, Sonia Sotomayor au
poste de juge à la Cour suprême des États-Unis. Si sa
candidature devait être confirmée par le Congrès, Mme
Sotomayor deviendrait la première hispanophone et la troisième
femme à occuper ce poste prestigieux.
« J’ai décidé de sélectionner une femme inspirante, avec une
profonde expérience et une vaste perspective qui, je crois,
fera une excellente juge », a dit le président Obama.
Le choix de Mme Sotomayor a été perçu par plusieurs analystes
comme un piège tendu aux républicains. Comment pourront-ils
s’opposer à la nomination historique d’une self-made woman
sans avoir l’air de snober la communauté hispanophone, un bloc
important de l’électorat qui a fui le Parti républicain aux
dernières élections?
« À mon avis, cette nomination comporte bien plus de risques
pour les républicains que pour la Maison-Blanche, a analysé
hier le journaliste Ben Smith sur le site Politico.
Les républicains, dit-il, ont pour priorité de renouer les
liens avec les hispanophones, qui ont voté aux deux tiers en
faveur d’Obama aux dernières élections.
« Les républicains doivent marcher sur des oeufs s’ils veulent
critiquer Mme Sotomayor. Une opposition féroce de la droite
pourrait être très mal reçue en Floride et dans l’Ouest
américain. »
L’opposition de la droite s’est mise en branle, hier, quelques
minutes après l’annonce. Si les commentateurs des réseaux
câblés ont sorti le vitriol pour attaquer « les aptitudes
intellectuelles » de Mme Sotomayor, les élus ont été plus
réservés.
« Nous allons examiner ses décisions, afin d’être certains que
ses jugements ne sont pas teintés par ses préférences
politiques ou ses sentiments personnels », a dit le sénateur
républicain Mitch McConnell.
Interviewé à
CNN, l’ancien ministre de la Justice sous Bush, Alberto
Gonzales, a affirmé que Mme Sotomayor était « bien qualifiée »
pour occuper le poste.
Une femme du Bronx
Consciemment ou non, le président Obama a choisi une femme
dont les origines modestes et les accomplissements subséquents
s’apparentent à sa propre histoire.
Sonia Sotomayor vient d’un milieu modeste. Née en 1954, elle a
été élevée dans les habitations à loyer modique du Bronx. Sa
mère travaillait six jours par semaine en tant qu’infirmière
et a pu envoyer ses deux enfants dans des écoles réputées.
« La mère de Mme Sotomayor a acheté la seule encyclopédie
complète du quartier pour ses enfants », a noté hier le
président Obama
Sonia Sotomayor a par la suite obtenu des diplômes de
Princeton et de Yale, où elle a dirigé le Yale Law Review.
Elle a travaillé pour le procureur en chef de New York avant
d’être nommée juge à la U.S. District Court en 1991 par le
président George Bush père. Son successeur, Bill Clinton, l’a
nommée juge à la Cour d’appel en 1997.
Les républicains, minoritaires au Sénat, ont peu de chances de
faire dérailler la nomination de Mme Sotomayor. D’allégeance
progressiste, la juge risque de prendre des décisions qui
s’apparentent à celles de son prédécesseur, David Souter, qui
prend sa retraite.
Le poste de juge à la Cour suprême est l’une des positions les
plus influentes aux États-Unis.
Les juges y sont nommés à vie et continuent de façonner les
aspects les plus importants de la société américaine bien
après que le président qui les a sélectionnés a quitté la
Maison-Blanche.
CINQ CHOSES À SAVOIR sur la Cour suprême
> La Cour suprême, créée par les pères fondateurs des
États-Unis à l’article III de la Constitution, est la plus haute
juridiction du pays, appelée à se prononcer sur des questions
fondamentales de société. > Elle est formée de neuf juges,
dont son président. Ils sont nommés à vie. Ils peuvent quitter
leurs fonctions quand ils le souhaitent, . comme le sortant
David Souter, 69 ans, ou mourir en fonction, comme William
Rehnquist en 2005. > Depuis la création de l’institution, les
juges sont restés en moyenne 15 ans en fonction, avec un nouveau
juge arrivant tous les deux ans environ. > Pour saisir la
Cour suprême, un plaignant doit déposer une requête mettant en
cause la constitutionnalité d’une décision émanant des cours
d’appel fédérales ou, dans certains cas, des tribunaux des
États, d’un arrêt rendu par une Cour suprême d’État ou d’un
traité. Sur plus de 10 000 requêtes déposées l’année dernière,
la Cour s’est saisie seulement d’une centaine d’affaires. >
Adoptés à la majorité, les arrêts de la Cour sont rédigés par un
juge, les autres décidant de se joindre à celui-ci ou au
contraire de rédiger leur propre argumentaire, ce qui donne une
idée assez précise de la position de chaque juge. – AFP
IRAN -
Journaliste irano-américaine libérée
— La journaliste iranoaméricaine Roxana Saberi a été
libérée hier à Téhéran après la réduction en appel à deux ans
avec sursis de sa peine de huit ans de prison pour espionnage au
profit des États-Unis.
« Je vais bien, je ne veux pas faire de commentaires, mais je
vais bien », a dit MmeSaberi en sortant de la prison d’Evine,
avant de quitter les lieux en voiture en compagnie de son père
Reza Saberi.
« Sa peine a été réduite à deux ans avec sursis », a dit son
avocat Salahe Nikbakht, alors que son deuxième avocat,
Abdolsamad Khoramshahi, a expliqué que « cela dépend d’elle si
elle veut quitter le pays ou pas ».
Le président
Barack Obama s’est dit « soulagé » par le geste « humanitaire »
de l’Iran, mais rejette les accusations d’espionnage au profit
des États-Unis, selon son porte-parole.
La secrétaire d’État, Hillary Clinton, a dit auparavant qu’elle
était « très encouragée » par cette libération, saluée également
par Reporters sans frontières et Amnistie internationale pour
qui Mme Saberi « n’aurait jamais dû être emprisonnée ».
« Il s’agit d’une excellente nouvelle. Cette décision peut faire
jurisprudence pour d’autres journalistes détenus en Iran », a
estimé RSF.
La journaliste avait été condamnée le 13 avril par le tribunal
révolutionnaire à huit ans de prison pour espionnage au profit
des États-Unis.
Journaliste
américaine
détenue en Iran : bien triste journée de la liberté de la presse
La journaliste
Roxana Saberi, prisonnière de l’Iran, poursuit sa grève de la
faim L’éclaircie dans les relations entre l’Iran et les
États-Unis, lancée par Barack Obama lui-même, aura été de
courte durée : le sort d’une jeune journaliste pigiste
américain
Il y a 10 ans, rien ne prédisait à la journaliste américaine
Roxana Saberi un avenir politique. En 1998, la jeune femme du
Dakota-du-Nord, couronnée reine de beauté de son État, était
finaliste au concours Miss USA. Aujourd’hui, elle est la
prisonnière la plus célèbre de l’Iran.
Arrêtée en janvier 2009, puis condamnée à huit ans de prison
pour « espionnage », la journaliste, qui a travaillé en Iran
pendant six ans pour le compte de la BBC, de Fox News et de
NPR avant d’être interpellée, est le sujet de manchettes des
grands quotidiens américains depuis des semaines.
Ces jours-ci, la santé de la pigiste de 32 ans inquiète autant
Hillary Clinton que le ministre des Affaires étrangères du
Japon, qui a soulevé la question, hier, lors d’une rencontre
avec son homologue iranien.
Pour contester sa détention dans la prison d’Evine, Roxana
Saberi a entamé une grève de la faim le 21 avril, soit trois
jours après l’annonce du verdict de la Cour. Lorsqu’elle a
appris que les autorités iraniennes niaient le sérieux de sa
démarche, elle a arrêté de boire. Vendredi, elle a dû être
hospitalisée quelques heures dans la clinique de cette prison
au lourd passé.
Réservée aux prisonniers politiques, la prison d’Evine a une
réputation qui la précède: dans les années 80, des milliers de
jeunes dissidents y ont été exécutés. En 2003, la photographe
montréalaise Zahra Kazemi y est morte après avoir été battue.
Malgré les dénégations des autorités iraniennes, le geste de
résistance de la journaliste n’est pas passé inaperçu.
Dimanche, journée internationale de la liberté de la presse,
une cinquantaine de personnes, éparpillées aux États-Unis, en
Europe et au Moyen-Orient, ont décidé d’entamer à leur tour
une grève de la faim pour demander sa libération. Parmi eux,
des membres de l’organisation Reporters sans frontières et des
journalistes d’un peu partout dans le monde.
Sur le site web Free Roxana (Libérez Roxana), plusieurs
d’entre eux expliquent leurs motivations. « Roxana est une
personne remarquable. Elle est une véritable inspiration pour
les jeunes journalistes féminines du monde entier. Même si
j’allaite, je jeûne par intermittence par solidarité et je
vais continuer jusqu’à sa libération », écrit Jamila Bey, une
collègue de Mme Saberi à la National Public Radio (NPR).
Ingérence ?
Le gouvernement iranien est peu attendri par l’élan de
solidarité international. « Le pouvoir judiciaire (iranien)
est une entité indépendante et toute forme d’ingérence dans le
processus judiciaire est contraire aux normes internationales
», a dit hier le porte-parole de la diplomatie iranienne,
Hassan Ghashghavi. Il a rappelé que la décision de la cour
révolutionnaire, rendue le 18 avril, sera bientôt entendue en
appel. La lauréate du prix Nobel de la paix, l’avocate Chirine
Ebadi a déjà fait savoir qu’elle représentera Mme Saberi au
cours de cet appel.
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a créé une surprise
le mois dernier en demandant un procès transparent pour la
reporter qui, de père iranien et de mère japonaise, détient la
double citoyenneté américaine et iranienne. La secrétaire
d’État des États-Unis, Hillary Clinton, qui a maintes fois
décrié l’arrestation et la condamnation de la jeune femme, lui
a alors demandé de joindre la parole au geste en facilitant sa
mise en liberté.
La voix de l’amoureux
Le sort de la journaliste risque de bientôt rebondir au
Festival de Cannes, qui débutera à la mi-mai en France. Le
réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi, dont les films ont
été couronnés sur la Croisette et à la Berlinale, y présentera
son dernier opus, coscénarisé avec sa fiancée.. . Roxana
Saberi !
Dans une longue lettre publiée récemment dans les médias de
son pays, le cinéaste raconte que son amoureuse voulait
quitter l’Iran depuis un certain temps et retourner aux
États-Unis, le pays où elle a grandi, mais qu’elle était
restée pour être à ses côtés.
« Ma copine iranienne, avec des yeux japonais et des pièces
d’identité américaines, est en prison. Honte à moi! Honte à
nous! » écrit le réalisateur d’Un temps pour l’ivresse des
chevaux.
Un juge de Louisiane refuse de célébrer un
mariage mixte
CHICAGO —
Un juge de paix a refusé de marier un Noir et une Blanche
en Louisiane sous prétexte que leurs enfants seraient
rejetés par leurs communautés respectives, a rapporté hier
la presse locale.
« Je ne suis pas raciste », a assuré Keith Bardwell, juge
de paix à Tangipahoa Parish, au j ou r na l Hammond St ar.
« J’organise des cérémonies pour des couples noirs ici
même, dans ma maison. Je pense d’abord aux enfants »,
a-t-il ajouté.
M. Bardwell a précisé au journal qu’il pensait que les
mariages mixtes ne duraient pas l ongtemps et que l es
enfants issus de telles unions n’étaient acceptés ni par
la communauté noire ni par la communauté blanche.
« Je ne célèbre pas de mariages mixtes parce que je ne
veux pas imposer aux enfants une situation qu’ils n’ont
pas voulue eux-mêmes, a ajouté le juge. Dans mon coeur, je
sens que les enfants vont souffrir plus tard. »
Beth
Humphrey, qui est blanche, et Terence McKay, qui est noir,
ont finalement été mariés par un juge de paix dans une
localité voisine.
« Je ne peux toujours pas croire qu’il ait fait ça. C’est
un cas de discrimination flagrante », a déclaré Mme
Humphrey.
L e c o uple e nv i s a ge de porter plainte pour
discriminat i on e t l a puissa nte Association a
méricaine de défense des libertés civiles (ACLU) a appelé
à une sanction rapide du juge de paix.
« Je maintiens ma décision et c’est mon droit de ne pas
marier des couples mixtes », a déclaré M. Bardwell dans un
communiqué adressé à la télévision locale.
UNE BIÈRE POUR L’AMÉRIQUE -
Nicolas Bérubé
ANALYSE
LOS ANGELES — Le « sommet de la bière » à la
Maison-Blanche a attiré tellement d’attention cette
semaine aux États-Unis qu’il est impossible de ne pas y
voir la manifestation d’un phénomène plus large. En
vérité, le pays entier a besoin d’une bière. La crise
économique fait les manchettes depuis plus d’un an. La
réforme de l’assurance santé irrite à peu près tout le
monde. La guerre en Afghanistan s’éternise. Les banques
font des milliards en profits au moment où des millions de
travailleurs ramassent leurs effets personnels et quittent
leur bureau pour la dernière fois.
Cette dose de réalité frappe tous les Américains. Or, le
choc est particulièrement brutal en Californie, qui se
débat avec un déficit record de 26 milliards.
La bonne nouvelle : l’État le plus populeux des États-Unis
vient d’adopter son budget cette semaine.
La mauvaise: le document ratifié par Arnold Schwarzenegger
autorise des coupes de 9 milliards dans le système
d’éducation, de 2 milliards dans les soins de santé
offerts aux personnes pauvres, et de 1,2 milliard dans le
salaire des employés de l’État. Avec un taux de chômage de
11,6%, la Californie est l’un des États les plus touchés
par la crise économique.
« Les négociations sur le budget avaient lieu à huis clos,
mais nous entendions toujours dire que le filet de
sécurité pour les plus démunis serait préservé, note Linda
Wanner, directrice du California Catholic Conference.
« Or, en fin de compte, le budget est rempli de coupes
draconiennes qui concernent nos enfants et les gens les
plus vulnérables. »
Jamais un
gouverneur de la Californie n’avait laissé les finances
publiques s’embourber à ce point. Jeudi, le jour de son
62e anniversaire, Schwarzenegger a reçu les résultats du
dernier sondage d’opinion mené sur sa cote de popularité.
À peine 28% des électeurs sont satisfaits de son travail,
tandis que 59% le désapprouvent.
Le ciel n’est encore tombé sur la tête de personne en
Californie. Les touristes ont envahi les plages. Les
autoroutes sont bondées. Des travailleurs de partout sur
la planète proposent leur candidature pour venir
travailler chez Google, Pixar ou Apple.
Mais une simple conversation avec un voisin ou un collègue
laisse apparaître l’étendue du problème. Bien des
commerçants paient le loyer avec leurs économies (ou leur
carte de crédit), en espérant que les clients recommencent
bientôt à dépenser. Plusieurs travailleurs craignent de
perdre leur emploi et, du même coup, l’assurance santé
fournie par leur employeur.
Il y a quelques mois, les États-Unis semblaient voguer sur
une vague d’optimisme et de bons sentiments. Plus
maintenant. Aujourd’hui, l’extrême droite scrute l’acte de
naissance de Barack Obama, et l’arrestation d’un
universitaire noir dans sa propre maison monopolise les
conversations.
Des idées pas très reluisantes commencent à faire leur
chemin. Ces jours-ci, le gouvernement californien jongle
avec la possibilité d’autoriser l’extraction de pétrole
dans des réserves situées sous l’océan Pacifique, à cinq
kilomètres des côtes de Santa Barbara, du jamais vu en 40
ans. Des revenus de 1,8 milliard pour l’État s’y
trouveraient.
Les écologistes sont contre, bien sûr. Mais ce ne sont pas
eux qui paient la bière.
Le « sommet de la bière » vole la
vedette - Nicolas Bérubé
Obama
tente de noyer dans le houblon la première controverse
raciale de son mandat
LOS ANGELES — Une bière froide peut-elle calmer les
esprits ?
PHOTO JIM YOUNG, REUTERS
Le
professeur Henry Louis Gates Jr, le vice-président Joe
Biden, le policier James Crowley et le président des
ÉtatsUnis Barack Obama ont discuté hier à bonne distance
du regard des médias, derrière la Maison-Blanche.
Barack Obama et Joe Biden ont fait le pari que oui. À la
MaisonBlanche, hier soir, le président et le
vice-président ont rencontré le policier et le professeur
au centre de la querelle raciale qui balaie les États-Unis
depuis une semaine.
Les quatre hommes se sont réunis autour d’une table de
patio sur laquelle trônaient les quatre verres de bière
les plus célèbres d’Amérique. La rencontre, dont les
médias ont été tenus à distance, a eu lieu derrière la
Maison-Blanche.
MM. Obama et Biden, en chemise, ont discuté avec
l’universitaire noir Henry Louis Gates Jr et le sergent
James Crowley, le policier blanc qui l’a arrêté le 16
juillet.
En soirée, le président a dit dans un communiqué avoir
apprécié la rencontre, qui a été cordiale. « Même avant
que nous prenions une bière, j’ai appris que les deux
hommes avaient passé du temps ensemble, histoire de
discuter de leur expérience. J’ai toujours cru que ce qui
nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. Je
crois que nous pouvons tous tirer des leçons de cet
épisode. »
Le policier Crowley a dit que la rencontre avait permis
aux participants de « regarder vers l’avenir, et non vers
le passé ».
Le professeur Gates a fait savoir que toute cette affaire
était le résultat « d’un accident ». Il s’est dit «
heureux de vivre dans un pays où les policiers mettent
leur vie en danger pour nous protéger. J’apprécie plus que
jamais les sacrifices qu’ils font pour notre bien ».
La
rencontre a pris des allures de question nationale aux
ÉtatsUnis, où les nouvelles au sujet des enjeux cruciaux –
comme la guerre en Afghanistan, la réforme de l’assurance
maladie et la crise économique – ne manquent pourtant pas
cet été.
Durant la journée, CNN et MSNBC ont même diffusé une
petite horloge dans un coin de l’écran, qui marquait le
décompte avant le « beer summit ». On pouvait aussi voir
des images de la table vide à laquelleon servirait plus
tard de la Bud Light (pour M. Obama), de la Blue Moon
(pour le sergent Crowley), de la Red Stripe (pour M. Gates
Jr) et de la Buckler (pour M. Biden). En soirée, NBC, ABC
et CBS ont tous ouvert leur bulletin télévisé avec
l’histoire.
Fasciné par la fascination
Le président a admis être « fasciné par la fascination »
qui s’est formée autour de cette rencontre. Durant la
journée, Obama a dit ne pas apprécier le terme « beer
summit », répété par les médias. « C’est un terme
accrocheur, mais cela n’est pas un sommet. C’est
simplement des gars qui prennent une bière à la fin de la
journée, une occasion pour écouter le point de vue de
l’autre. »
Barack Obama a souvent fait part de son exaspération
envers le cycle des nouvelles 24h, qui force la télé à
remplir du temps d’antenne coûte que coûte. Or, le
président semble encore apprendre les rouages du métier.
C’est par sa faute qu’il se trouve aujourd’hui mêlé à
cette histoire.
La semaine dernière, Obama a dit que la police a agi «
stupidement » dans le dossier de l’arrestation d’Henry
Louis Gates Jr, spécialiste des études afro-américaines à
l’Université Harvard, arrêté chez lui le 16 juillet par la
police, qui croyait à un cambriolage. M. Gates a dit qu’il
n’aurait jamais été traité de la sorte s’il avait été
Blanc. Le sergent Crowley a nié avoir agi par racisme,
soutenant que M. Gates était agité et non coopératif
durant l’incident.
Quoi qu’il en soit, les commentaires du président avaient
jeté de l’huile sur le feu. Plusieurs policiers noirs
présents lors de l’arrestation à Cambridge, au
Massachusetts, ont appuyé leur collègue blanc, affirmant
que la question de la race n’était pas en jeu.
Devant la passion provoquée par ses déclarations, M. Obama
a reconnu deux jours après son intervention qu’il avait
mal choisi ses mots et n’avait fait que causer « davantage
de frénésie médiatique ». Il a appelé les deux hommes, et
l’idée d’une rencontre a été lancée.
L’illusion d’une Amérique « post-raciale »
- Richard Hétu
Le président,
qui choisit toujours ses mots avec soin, a-t-il commis une
simple erreur ou a-t-il plutôt voulu profiter de l’arrestation
de Gates pour lancer un débat qui a dégénéré ?
Cette
photo prise par un voisin montre l’arrestation le 16 juillet
dernier d’un ami du président Obama, le professeur Henry Louis
Gates, après qu’il eut enfoncé la porte de son domicile parce
qu’il avait égaré ses clés à son retour d’un voyage.
Barack Obama a toujours refusé d’être le porteétendard d’une
Amérique « post-raciale », celle qui aurait surmonté les
clivages raciaux en élisant un président issu du mariage d’un
Noir et d’une Blanche.
« Si des gens pensent qu’il n’y a plus de racisme parce que j’ai
été élu, ils se trompent », a-t-il déclaré récemment à sept
journalistes noirs qui l’accompagnaient à bord de l’avion
présidentiel.
Mais l’illusion perdure et explique peut-être la décision du
chef de la Maison-Blanche de plonger dans la controverse
entourant l’arrestation d’un ami noir, éminent universitaire de
Harvard. Lors d’une conférence de presse mercredi dernier, Obama
a qualifié de « stupide » l’attitude de la police de Cambridge
dans cette affaire, une déclaration qui a soulevé une « tempête
raciale » aux États-Unis, pour reprendre l’expression d’un
tabloïd new-yorkais.
Rappelons brièvement les faits : Henry Louis Gates, spécialiste
des questions africaines et afro-américaines à l’université
Harvard, est arrêté le 16 juillet après avoir enfoncé la porte
de son domicile parce qu’il avait égaré ses clés à son retour
d’un voyage en Chine. Le sergent James Crowley, un policier
blanc, est dépêché sur les lieux à la suite de l’appel d’une
voisine qui croyait à un cambriolage. S’ensuit une altercation
entre Gates et Crowley à l’issue de laquelle le sergent arrête
le professeur âgé de 58 ans pour trouble à l’ordre public,
charge abandonnée mardi dernier.
« Je ne connais pas tous les faits, a dit Barack Obama mercredi
dernier, mais la police de Cambridge s’est conduite de manière
stupide en arrêtant quelqu’un alors que la preuve était faite
qu’il était chez lui. »
Il a ajouté que l’arrestation de Gates illustre la réalité à
laquelle plusieurs Noirs et Latinos font encore face aux
États-Unis.
Deux jours plus
tard, face au tollé soulevé par sa critique de la police de
Cambridge – des syndicats policiers du Massachusetts ont
notamment réclamé des excuses –, Barack Obama a fait amende
honorable en expliquant qu’il aurait pu mieux choisir ses mots,
et il a invité le professeur Gates et le sergent Crowley à
prendre une bière à la Maison-Blanche.
Mais le président, qui choisit toujours ses mots avec soin,
a-til commis une simple erreur ou a-t-il plutôt voulu profiter
de l’arrestation de Gates pour lancer un débat qui a dégénéré?
La réponse à cette question n’est peut-être pas étrangère à sa
déception face à la couverture médiatique de son discours devant
la NAACP, célèbre organisation de défense des droits des Noirs,
qui fêtait son centenaire à New York le 16 juillet, le jour même
de l’arrestation de Gates.
Dans une bonne partie de ce discours, il a décrit les «
barrières » qui se dressent encore aujourd’hui devant les Noirs.
Ceux-ci ont « plus de risques de souffrir de maladies mais moins
de chances d’avoir une couverture santé », a-til dit. Les jeunes
Noirs ont « cinq fois plus de risques que les enfants blancs de
voir l’intérieur d’une prison » tandis que le chômage et virus
du sida font « des ravages dans la communauté afro-américaine
avec une force disproportionnée ». Le gouvernement a toujours un
rôle à jouer pour abattre ces barrières, a ajouté le président.
Mais les médias américains ont occulté cette partie de son
discours pour mettre l’accent sur l’autre, où il reprenait le
mantra de la responsabilité individuelle. « Nous avons besoin
d’une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il dit.
L’un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de
la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le
sens des limites, la manière dont tant d’entre nous en sont
venus à attendre si peu. »
Au lendemain de son discours, Barack Obama s’est plaint à un
chroniqueur du Washington Post de ce que les médias n’en avaient
couvert qu’une partie. « Quand je parle de la responsabilité du
gouvernement, cela ne fait pas les manchettes », a-t-il déploré.
Pour comprendre sa f rustration, il faut savoir que les
associations noires critiquent souvent le président, à qui elles
reprochent de ne pas aborder de façon assez spécifique les
problèmes de leur communauté.
Le premier président noir avait peut-être en tête ces critiques
lorsqu’il a répondu à la question sur l’arrestation de Gates,
qui met à son avis en relief le problème du profilage racial.
Même en s’excusant vendredi pour son mauvais choix de mots, il a
souligné que la « frénésie médiatique » autour de sa déclaration
prouvait que « ces questions sont encore très délicates en
Amérique ».
Personne ne
le contredira là-dessus.
Obama est-il en danger ? - Alexandre Sirois
Entrevue
avec l’historien américain James T. Patterson
donc pas quelque chose de nouveau. Q Cette
PHOTO DOUG MILLS, THE NEW
YORK TIMES
Barack
Obama durant une séance de jogging sous haute
surveillance, il y a une dizaine de jours à New York.
semaine, un site web conservateur a parlé d’un éventuel coup
d’ État pour se débarrasser de l’administration Obama... R
Vous avez des personnes qui disent qu’on doit s’en
débarrasser, mais il n’y a pas quelque chose de sérieux qui
se trame. Il y a simplement beaucoup de gens très fâchés. Et
c’est surprenant parce que le plan de réforme de la santé de
Barack Obama, qui a mis la plupart de ces gens en colère,
est loin d’être radical. En fait, il est très modeste si on
le compare à ce que vous avez au Canada. Q On
parle aussi de menaces de mort. Selon l’essayiste Un sondage
sur Facebook où l’on demande si Barack Obama doit être tué,
un site web conservateur qui défend l’idée d’un coup d’État
pour se débarrasser du président américain... Aux
États-Unis, la grogne anti-Obama a grimpé d’un cran la
semaine dernière. Même le renommé chroniqueur du New York
Times Thomas Friedman craint dorénavant pour la vie de son
président. Il a écrit mercredi que le « climat » actuel en
sol américain est le même « que celui qui existait en Israël
» à la veille de l’assassinat du premier ministre Yitzhak
Rabin. La Presse a joint James T. Patterson1, historien
américain réputé, pour en discuter. Q La
Presse : Y
a-t-il d’autres exemples, dans l ’ histoire américaine
récente, où un président américain a été aussi rudement
attaqué par ses adversaires ? R Ja mes T. Patterson : Je
pense que oui. Nous avons vu ce genre de choses à plusieurs
reprises dans l’histoire américaine. En particulier sous (le
président démocrate) Franklin D. Roosevelt et dans les
années 50 avec Joseph McCarthy (le sénateur républicain qui
disait pourfendre les communistes). Et, plus récemment,
quand les républicains ont tenté de destituer Bill Clinton,
en 1998. Des propos excessifs ont alors été tenus par
beaucoup d’Américains. Au sujet de Roosevelt, par exemple.
On affirmait, parfois publiquement, mais plus souvent en
privé, qu’il était un juif, un communiste, un socialiste. Ou
qu’il voulait être un dictateur. De nombreux conservateurs
le détestaient et ont fait tout ce qu’ils ont pu pour le
chasser de son poste. Et à partir de la fin des années 40,
McCarthy et ses alliés, y compris Richard Nixon, ont affirmé
que le département d’État était bourré de communistes et
d’espions. Ce n’est Ronald Kessler, Barack Obama est la
cible de 30 menaces potentielles par jour. Historiquement,
est-ce quelque chose d’unique ? R Il y a toujours la
possibilité (d’un assassinat) et c’est pourquoi les services
secrets sont si prudents. Le président William McKinley a
été tué en 1901. Et bien sûr, en l’espace de quelques
années, John Kennedy, Bobby Kennedy et Martin Luther King
ont été tués. On a tenté de tuer le président Gerald Ford à
deux reprises. On a tiré sur Ronald Reagan et il a presque
été tué en 1981. Et il y a eu, j’en suis sûr, beaucoup de
menaces de mort proférées contre nos présidents. Q Pensez-
vous, comme l’ancien président démocrate Jimmy Carter, que
le racisme est à la source d’une partie des attaques
personnelles contre Obama ? R Oui. J’en suis sûr. Le racisme
est v ra iment moins virulent aujourd’hui. Les États-Unis
ont fait énormément de chemin au cours des 50 dernières
années. Mais il y en a encore. QL e
climat, les menaces... Êtes-vous inquie t, vous aussi ? R
Certainement. Ça m’inqu iétera it même si je n’aimais pas le
président. Mais je n’ai pas atteint le stade où je pense que
c’est sans précédent. Je pense qu’il y a un nombre
relativement petit de gens qui font vraiment beaucoup de
bruit et qui ont attiré l’attention parce que des
rassemblements publics ont été organisés. Un petit
pourcentage de ces gens dit des choses très stupides. Et
certains, en privé, envoient des menaces de mort. Mais je ne
me réveille pas chaque matin en pensant que le président va
être tué. 1. James T. Patterson a enseigné l’histoire à la
prestigieuse Université Brown dans le Rhode Island, de 1972
à 2002. Au cours des dernières années, il a notamment publié
deux essais sur l’histoire américaine contemporaine (de 1945
à l’élection de George W. Bush) qui ont été salués par la
critique. Il s’apprête à publier un livre au sujet d’un
célèbre rapport sur les Noirs aux ÉtatsUnis, intitulé The
Negro Family, qui a fait grand bruit lorsqu’il a été rendu
public en 1965, sous le président Lyndon B. Johnson.
Une douzaine de manifestants armés dans la foule
- Nicolas Bérubé
DISCOURS
D’OBAMA DEVANT 5500 VÉTÉRANS À PHOENIX
Le président a rappelé que la mission en Afghanistan est une
mission « fondamentale »
LOS ANGELES — Des images saisissantes ont circulé hier sur les
écrans des grandes chaînes américaines. Elles montraient des
manifestants armés de fusils d’assaut et de revolvers, debout
dans la foule de citoyens venus dénoncer un discours de Barack
Obama à Phoenix, en Arizona.
PHOTO JACK KURTZ, ASSOCIATED
PRESS
Au total , 12 personnes armées ont été observées dans la
foule, selon la station locale KTAR. Plusieurs centaines de
personnes étaient venues manifester pour ou contre la réforme
de l’assurance maladie proposée par le président Obama.
L’un des hommes, qui a dit s’appeler Chris, a expliqué
simplement qu’il portait ses armes sur lui parce qu’il avait «
le droit de le faire ». Des images diffusées à CNN montraient
qu’il portait un fusil d’assaut AR-15 en bandoulière et un
revolver à la ceinture.
Selon CNN, un autre homme non identifié avait un fusil
d’assaut AR-15. La police locale et les agents fédérauxont dit
garder un oeil sur les deux hommes.
« Si nous avons besoin d’intervenir, nous allons intervenir, a
affirmé le détective J. Oliver au quotidien Arizona Republic.
Le fait que des armes soient visibles alors que le président
est en ville a déclenché beaucoup d’émotion. Nous nous
occupons de maintenir l’ordre sur les deux fronts. » Personne
n’a été arrêté.
En Arizona, les titulaires d’un permis de possession d’arme
ont le doit de porter leur arme sur eux en public pourvu
qu’elle soit visible. Hier, les manifestants n’ont pas été en
contact avec le président, qui donnait un discours devant 5500
membres des Veterans of Foreign Wars (VFW) à l’intérieur du
Phoenix Convention Center.
C’est la troisième fois cet été que des hommes armés prennent
part aux manifestations autour d’activités officielles du
président. La semaine dernière, à Portsmouth, au New
Hampshire, deux hommes armés ont manifesté à l’extérieur d’une
école secondaire où Barack Obama discutait avec les citoyens.
Les agents des services secrets ont également arrêté un homme
qui avait un couteau sur lui. Un fusil a été saisi dans sa
voiture.
Selon le porte-parole des services secrets, Ed Donovan, le
fait que des hommes armés manifestent dans des États
permissifs au sujet du port d’arme, comme l’Arizona et le New
Hampshire, n’a pas d’impact sur le programme de sécurité du
président.
« Dans les deux cas, le sujet n’est pas entré à l’intérieur de
nos sites ou n’a pas essayé de le faire. Ils se tenaient dans
des lieux réservés au public. L’élément important ici, c’est
que ces individus n’auraient pas pu entrer à l’intérieur avec
une arme. »
L’Arizona,
représenté au Sénat par John McCain, avait voté en faveur du
candidat républicain aux élections présidentielles de novembre
dernier. Barack Obama et le vice-président Joe Biden n’ont pas
visité l’État durant la campagne.
Mission « longue et complexe »
À l’intérieur du Phoenix Convention Center, le président a
rappelé que les Américains et leurs alliés sont en Afghanistan
pour une mission « fondamentale » qui sera « longue et
complexe ».
« L e s p r o b l è mes en Afghanistan ne sont pas survenus du
jour au lendemain, a dit M. Obama. Et nous ne serons pas
victorieux du jour au lendemain. Ce ne sera pas rapide. Ce ne
sera pas facile. Mais nous ne devons jamais oublier. Ce n’est
pas une guerre de choix. C’est une guerre de nécessité. Ceux
qui nous ont attaqués le 11 septembre veulent nous attaquer à
nouveau. »
Le président Obama poursuivait sa tournée dans l’Ouest
américain. Ce week-end, la famille Obama a pu visiter le Grand
Canyon.
M. Obama a aussi ironisé sur son intention d’appliquer à
lui-même la rigueur budgétaire du gouvernement en indiquant
qu’il était exclu que la MaisonBlanche acquière un nouvel
hélicoptère présidentiel équipé d’une cuisine résistante à une
frappe nucléaire, comme le voulait le Congrès.
« Laissez-moi vous dire que si les États-Unis étaient attaqués
à l’arme nucléaire, la dernière chose qui me viendrait à
l’esprit serait de me faire un lunch », a dit le président.
Selon des observateurs, les vétérans ont réservé un accueil «
poli » à M. Obama.
Selon une journaliste du New York Times: « Les discours de
George W. Bush étaient reçus avec beaucoup d’enthousiasme par
les militaires. M. Obama a reçu un accueil plus réservé ici.
Son discours a été interrompu occasionnellement par des
applaudissements polis. »
DE LA
HAINE D’OBAMA À LAVIOLENCE PHYSIQUE - RICHARD HÉTU
Dans un
rapport confidentiel, le ministère américain de la Sécurité
intérieure estime que la crise économique et l’élection de
Barack Obama favorisent une résurgence possible de la violence
associée à l’extrême droite aux États-Unis. La polémique
autour d
«Nous avons, nous aussi, constaté une résurgence des activités
des groupes d’extrême droite, particulièrement sur l’internet.
(...) Ces sites alimentent la haine et la paranoïa, et
certains individus y trouvent la motivation pour agir. »
— Ils avaient en commun la haine de Barack Obama, la passion
des armes à feu et une frustration face à leur situation
financière. Dans un élan de rage, ils ont semé la peur et la
mort autour d’eux, abattant un total de sept personnes, dont
cinq policiers, et en blessant plusieurs autres. Le cas de ces
trois hommes devrait sonner l’alarme. Or, plusieurs Américains
préfèrent ne pas entendre parler de la menace des extrémistes
de droite qui vivent parmi eux.
Joshua Cartwright, 28 ans, est le dernier parano armé à avoir
pété les plombs. Samedi dernier, au lendemain d’une violente
dispute avec sa femme, ce réserviste de l’armée américaine a
tué deux policiers venus l’arrêter dans le stationnement d’un
club de tir de Crestview, en Floride. Il est mort peu après
dans la ville voisine de DeFuniak Springs, à l’issue d’un
échange de coups de feu avec des policiers de cette
municipalité.
Cartwright avait des armes à feu et des couteaux cachés dans
tous les recoins de sa maison, indique un rapport de police
rédigé après sa mort. « Il croyait que le gouvernement
américain conspirait contre lui » et « il était profondément
troublé par l’élection de Barack Obama à la présidence »,
peut-on lire dans le document, qui cite la femme du disparu,
Elizabeth Cartwright, 21 ans.
Deux jours avant sa mort, Joshua Cartwright avait perdu son
emploi dans un magasin de téléphones.
Son histoire rappelle celle de Richard Poplawski. Le 4 avril
dernier, ce chômeur de 22 ans, équipé de plusieurs armes, dont
un fusil d’assaut AK-47, a ouvert le feu sur trois policiers
qui s’étaient présentés à son domicile de Pittsburgh, en
Pennsylvanie, pour répondre à un appel au sujet d’une dispute
familiale. Après le drame, un de ses amis a confié à des
journalistes que Poplawski n’était pas seulement furieux
d’avoir été licencié; il était également inquiet face à la
possibilité que l’administration Obama « empiète » sur les
droits des citoyens et interdise les armes à feu.
Cette possibilité n’existait que dans sa tête.
La menace de l’extrême droite
Jim Adkisson, un chômeur de 58 ans, est probablement le
premier extrémiste à avoir tué des gens après avoir exprimé,
en juillet dernier, sa hantise des liberals, des démocrates et
de leur candidat à la présidence, qu’il appelait «
OussamaHusseinObama ». Dans un manifeste de quatre pages, il
incitait ceux qui partagent ses vues à assassiner ces
progressistes qui « tentent de transformer notre pays en État
communiste ».
Après avoir rédigé son manifeste, Adkisson s’est rendu dans
une église progressiste de Knoxville, dans le Tennessee, un
fusil de chasse caché dans un étui de guitare. Il a tué deux
personnes et en a blessé sept.
Des cas isolés? Il serait sans doute rassurant de le croire,
mais le contexte économique et politique aux États-Unis
favorise la « violence associée à une résurgence de l’extrême
droite », selon un nouveau rapport du ministère américain de
la Sécurité intérieure, qui cite le cas de Richard Poplawski,
le tueur de Pittsburgh.
Distribué aux
forces de l’ordre américaines, le document n’appelle pas
seulement à la vigilance contre « les loups solitaires » à la
Timothy McVeigh, auteur de l’attentat contre le siège du
gouvernement fédéral d’Oklahoma City, en 1995, mais également
contre les groupes d’extrême droite qui profitent du «
ralentissement économique » et de « l’élection du premier
président noir » pour recruter de nouveaux membres.
Selon ce rapport daté du 7 avril, le ministère de la Sécurité
intérieure « n’a aucune information précise selon laquelle des
terroristes américains seraient en train de préparer des actes
de violence », mais les extrémistes de droite « pourraient
attirer de nouvelles recrues en jouant sur les peurs liées à
plusieurs questions nouvelles », dont l’immigration
clandestine et le contrôle des armes à feu.
Le rapport , qui a fait l’objet d’une fuite, précise que les
groupes extrémistes pourraient également miser sur la
difficile réintégration des soldats qui reviennent d’Irak et
d’Afghanistan pour trouver de nouveaux membres.
Cette dernière mention a fait bondir plusieurs conservateurs,
dont le chef de file de la minorité républicaine à la Chambre
des représentants, John Boehner, qui a reproché au ministère
de la Sécurité intérieure d’avoir qualifié les vétérans d’Irak
et d’Afghanistan de « terroristes potentiels ». Des
associations d’anciens combattants ont également exigé et
obtenu des excuses de la ministre
Janet Napolitano, qui a défendu les conclusions du rapport
avant de déplorer la façon dont elles avaient été présentées.
Au bout du compte, la polémique autour du document aura
éclipsé l’appel à la vigilance qu’il contenait, une tournure
qui a déçu les spécialistes de l’extrémisme aux États-Unis.
« Nous avons été consternés de voir le rapport faire l’objet
d’autant de critiques, car nous croyons qu’il visait juste »,
dit Deborah Lauter, directrice des droits civiques à la Ligue
anti-diffamation. « Nous avons, nous aussi, constaté une
résurgence des activités des groupes d’extrême droite,
particulièrement sur l’internet. Cela nous inquiète parce que
leurs sites influencent des gens qui ne sont pas
nécessairement des membres. Ces sites alimentent la haine et
la paranoïa, et certains individus y trouvent la motivation
pour agir. »
RichardPoplawski, qui fréquentait des sites racistes et
antisémites, fait peut-être partie de cette catégorie. Jim
Adkisson, lui, semblait se fier davantage à des vedettes
médiatiques qui s’offusqueraient d’être associées à l’extrême
droite. Dans sa voiture, les policiers ont notamment trouvé
des livres de Bill O’Reilly et de Sean Hannity, deux
animateurs de la chaîne d’information Fox News qui, chaque
soir de la semaine, mettent en garde les téléspectateurs
contre les dangers et les méfaits de Barack Obama et de ses
alliés « socialistes ». Glenn Beck, un de leurs collègues, va
plus loin en accusant le président de « marxisme » ou de «
fascisme ».
Peut-on également les accuser d’alimenter la haine et la
paranoïa?
« Nous avons déjà remarqué, dans le débat sur l’immigration,
une rhétorique extrémiste dans certains médias de masse,
répond Deborah Lauter. Je pense que nous assistons au même
phénomène depuis l’élection d’Obama. »
Rhétorique extrémiste
« Notre
gouvernement ne nous mène pas sur la voie du socialisme ou du
communisme. (...) Il nous mène vers une forme non violente de
fascisme. Qu’on le veuille ou non, le fascisme connaît une
résurgence. » – Glenn Beck, animateur de Fox News « Nous avons
pour président un tout-nu de marxiste. » – Michael Savage,
animateur de radio « Soyons sérieux : toutes l es supputations
selon lesquelles Obama est le véritable antéchrist seront
confirmées ou infirmées le jour où quelqu’un réussira à
abattre ce fils de pute. » – Le site Free Republic « Ces fous
au Montana qui disent : " Nous allons tuer des agents fédéraux
parce que l’ONU est sur le point de conquérir le monde", eh
bien ! ils commencent à avoir raison. » – Dick Morris,
commentateur de Fox News
Les exorcistes américains - FRÉDÉRICK
GAGNON
L’assassinat du
Dr Tiller ravive la guerre entre pro-vie et pro-choix
Le président Obama aura plus de difficulté à prôner avec succès
son discours rassembleur.
L’L’auteur est professeur de science politique à l’Université du
Québec à Montréal et directeur adjoint de l’Observatoire sur les
ÉtatsUnis de la chaire Raoul-Dandurand. assassinat du médecin
George Tiller, survenu dimanche, n’était pas le premier, ni le
dernier épisode de la guerre que se livrent les militants
pro-vie et pro-choix aux ÉtatsUnis. Barack Obama a certes été
élu à la présidence, mais la société américaine n’a pas autant
changé qu’on pourrait le croire et n’est pas soudainement
devenue un « paradis progressiste ». La guerre culturelle
américaine continuera effectivement à battre son plein et les
acteurs de cette guerre, les « exorcistes américains »,
poursuivront leur lutte au grand dam d’Obama.
Victoria
Pay se recueille devant la Clinique de santé pour femmes de
Wichita, au Kansas, propriété du Dr George Tiller. Le médecin,
spécialisé dans les avortements tardifs, a été assassiné
dimanche dernier.
L’objecti f des « exorcistes américains » est simple : protéger
les valeurs traditionalistes de la société américaine sur des
enjeux aussi divers que l’avortement, le mariage gai,
l’enseignement de la théorie de l’évolution dans les écoles et
l’euthanasie. Répondant à l’appel lancé par l’ultraconservateur
Pat Buchanan en 1992, ils mènent une guerre religieuse visant à
expurger la société américaine de ses « démons » progressistes
et séculiers – par exemple, les médecins qui pratiquent
l’avortement, les féministes, les militants pour le mariage gai
ou encore les réalisateurs hollywoodiens qui « banalisent » la
consommation de drogues au cinéma.
Les « exorcistes » sont ainsi de plusieurs types et brandissent
le crucifix pour diverses raisons. Il s’agit parfois du
président lui-même, comme l’a démontré George W. Bush en
proposant l’adoption d’un amendement constitutionnel interdisant
le mariage gai. Mais on compte aussi parmi eux des juges qui, à
l’instar d’Ashley McKathan, insistent pour afficher les 10
commandements sur leur robe de magistrat; des pasteurs qui,
comme Becky Fischer, invitent les chrétiens préadolescents à
rejeter l’homosexualité ; ou encore des blogueurs qui, comme
Kevin McCullough, s’insurgent contre la nudité dans les jeux
vidéo comme Mass Effect. Pour les « exorcistes » , les élites
laïques et libérales se sont emparées du pouvoir et sont en
train de détruire les fondements spirituels de la société.
C’est du moins l’avis de celui qui peut être qualifié «
d’exorciste américain par excellence », c’est-à-dire Bill
O’Reilly, l’animateur de The O’Reilly Factor, une émission
d’affaires publiques que plus de trois millions d’Américains
regardent quotidiennement sur Fox News. Dans un livre intitulé
Culture Warrior, O’Rei l ly expl ique que les « t radit ional
istes » comme lui doivent lutter contre les « progressistes
sécul iers » . Il méprise ainsi ceux qu’il appelle les «
extrémistes de gauche » de la ville de San Francisco, esquinte
les artistes rock comme Marylin Manson d’inciter les jeunes à
adopter un style de vie dévergondé et accuse les médecins
pratiquant l’avortement de s’adonner à des « pratiques barbares
».
George Tiller
était d’ailleurs l’une des cibles préférées d’O’Reilly, qui
l’avait surnommé « Tiller le tueur de bébés » et qui n’hésitait
pas à affirmer que le médecin « détruisait des foetus pour 5000
dollars » et était « l’équivalent moral d’al-Qaeda ».
Il serait certes exagéré d’affirmer que la rhétorique –
incendiaire et haineuse – d’O’Reilly a eu une influence directe
sur l’assassin de Tiller. Mais i l ne fa i t aucun doute que The
O’Reilly Factor incite les Américains à radical iser leurs posit
ions sur les enjeux de la guerre culturelle. En effet, comment
demander à un amateur de cette émission de faire preuve de
modération à l’égard d’un Américain pro-choix quand on lui
répète soir après soir que les groupes pour l’avortement «
exécutent des bébés » et sont l’équivalent de Hitler ?
À l’inverse, le meurtre de Tiller incitera aussi les individus
et groupes de gauche à croire que tous les militants pro-vie
sont des êtres « jusqu’au-boutistes » et « dérangés ». Barack
Obama aura ainsi plus de difficulté à prôner avec succès son
discours rassembleur.
Mais les républicains subiront aussi les contrecoups des
événements de dimanche. Il sera effectivement ardu de faire
campagne contre l’avortement en 2010 et en 2012 sans raviver le
triste souvenir de l’assassinat. Voilà une bien mauvaise
nouvelle pour un parti déjà en déroute qui souhaitait utiliser
la rhétorique de la guerre culturelle pour enregistrer des gains
électoraux.
Vives réactions aux États-Unis
Assassinat
d’un médecin spécialisé en avortements tardifs - NICOLAS
BÉRUBÉ
LOS ANGELES
L’assassinat d’un médecin pratiquant des avortements tardifs
dans une clinique du Kansas, dimanche, a déclenché les
passions aux États-Unis. Hier, des témoignages de sympathie
ont été émis dans tout le pays.
La
Kansas Coalition for Life respecte la vie de tous les êtres
humains, même celle du Dr Tiller, abattu d’une balle à la
tête, dimanche. C’est pourquoi ses membres vont prier pour
sa rédemption, mais non pour celle de son meurtrier explique
l’affiche déposée aux abords de la clinique.
Le président Obama a vivement condamné le crime haineux. « Je
suis choqué et dégoûté par le meurtre du Dr George Tiller,
survenu alors qu’il était à l’église, dimanche matin. Peu
importe les différences au sujet de l’avortement, on ne peut
rien résoudre en ayant recours à des actes de violence. »
Les groupes anti-avortement ont dénoncé le meurtre, mais ont
appelé du même souffle les militants pro-vie à ne pas cesser
de dénoncer les médecins qui pratiquent les avortements.
Le fondateur du groupe Operation Rescue, Randall Terry, a dit
que le tueur avait commis un « acte lâche et déplorable ». Il
a ajouté que le Dr Tiller était « un meurtrier en série qui a
récolté ce qu’il avait semé ».
Le Dr Tiller distribuait des feuillets paroissiaux dans le
hall de son église, dimanche matin, quand un homme a fait
irruption et lui a tiré une balle dans la tête, avant de
prendre la fuite.
Peu après, la police a arrêté Scott Roeder, 51 ans, qui sera
accusé du meurtre de George Tiller. Roeder avait une attitude
« oeil pour oeil, dent pour dent » envers les médecins qui
pratiquent des avortements. Son frère a affirmé que le suspect
avait de « profondes opinions anti-avortement et
anti-gouvernement » et qu’il avait souffert de diverses
maladies mentales dans sa vie.
Le docteur George Tiller était l’une des cibles favorites des
militants pro-vie, qui se réunissaient quotidiennement devant
sa clinique, au centre-ville de Wichita, au Kansas. En 1993,
il a été atteint par balles aux deux bras devant sa clinique.
Le Dr Tiller,
67 ans, était propriétaire de l’une des trois cliniques aux
États-Unis qui pratiquent des avortements sur des patientes
enceintes de 20 semaines ou plus. Il se spécialisait dans
l’interruption de la grossesse des femmes enceintes d’un bébé
affreusement déformé ou ayant des incapacités cérébrales
majeures.
Menaces de Fox News
Le travail du Dr Tiller a été dénoncé fréquemment sur le
réseau conservateur Fox News, où l’animateur et commentateur
Bill O’Reilly avait lancé une véritable croisade contre lui,
le traitant de « nazi » et de « tueur de bébés » sur les
ondes.
En 2005, M. O’Reilly a dit que quiconque ne travaillait pas
activement à stopper le Dr Tiller « avait du sang sur les
mains ».
La clinique du Dr Tiller était gardée 24 heures par jour par
une voiture de patrouille. Des gardes armés se tenaient à
l’entrée et chaque visiteur devait franchir un détecteur de
métal. Au fil des ans, plusieurs patientes ont rapporté s’être
fait harceler violemment par des militants pro-vie devant le
terrain de la clinique.
Le procureur en chef des ÉtatsUnis, Eric Holder, a donné le
mandat aux policiers fédéraux d’augmenter la sécurité de
certaines cliniques d’avortement et des médecins qui y
travaillent.
Hier, un médecin du Nebraska, qui pratiquait quelques jours
par semaine à la clinique du Dr Tiller, a dit avoir
l’intention de poursuivre le travail de son collègue. La
clinique devrait rouvrir ses portes lundi prochain, a-t-il
assuré.
ATTENTATS ANTIAVORTEMENT AUX ÉTATS-UNIS
> 1993: Le docteur David Gunn est tué d’une balle dans le
dos alors qu’il se rend à sa clinique, en Floride. > 1994:
Quatre personnes sont tuées dans deux fusillades dans des
cliniques d’avortement, en Floride et au Massachusetts. > 1998:
Barnett Slepian, obstétricien de New York, est tué par un tireur
embusqué alors qu’il se trouve chez lui avec sa famille. Source:
National Abortion Federation
Fusillade au musée de l’Holocauste
WASHINGTON
— Un homme présenté par les médias américains comme un
octogénaire prônant la supériorité de la race blanche a ouvert
le feu au musée de l’Holocauste de Washington, provoquant la
mort d’un agent de sécurité et semant la panique dans le coeur
touristique de la capitale.
« Il est mort », a déclaré un porte-parole de la police au
sujet de l’agent de sécurité, précisant que le tireur
également hospitalisé après avoir été atteint par balle lors
de la fusillade se trouvait « toujours dans un état critique
».
Selon les premiers éléments recueillis sur place auprès de
témoins et des autorités, l’homme est entré dans le musée de
l’Holocauste armé d’un fusil et a tiré, blessant l’agent de
sécurité et provoquant la riposte des autres gardiens tandis
que les visiteurs paniqués se mettaient à couvert.
Selon trois télévisions américaines, le tireur est un homme de
88 ans, identifié comme étant James Von Brunn. Connu pour
avoir des liens avec des milieux prônant la supériorité de la
race blanche et des organisations antigouvernementales, il a
fait de la prison pour être entré muni d’un revolver à la
banque centrale américaine en 1981.
Ni le FBI ,
ni la police, ni le maire de Washington n’ont cependant
confirmé ces informations ni donné le moindre détail sur le
suspect.
Selon Mark Potok, spécialiste des groupes d’extrême droite
américains interrogé sur CNN, Von Brunn est une figure de ces
milieux et défend dans ses écrits la thèse selon laquelle «
les juifs contrôlent tous les autres groupes déplaisants, les
Noirs, les basanés, les Jaunes, les gais (...) dans le but de
détruire l’Amérique blanche et chrétienne au profit des juifs
». Ces groupes « sont très actifs depuis quelques mois », et
notamment depuis l’élection de Barack Obama, le premier
président noir des États-Unis, a souligné M. Potok.
Cette fusillade intervient quelques jours seulement après une
visite du président américain au Moyen-Orient et en Europe, où
il a rendu hommage aux victimes de l’Holocauste en visitant le
camp d’extermination de Buchenwald en Allemagne.
Plus de 30 millions de personnes ont visité le musée de
l’Holocauste depuis son ouverture en 1993, dont 85 chefs
d’État.
L’amba s s ade d’ I s r a ë l à Washington a condamné la
fusillade dans un communiqué, se disant « choquée et attristée
» et indiquant « suivre la situation de près ».
SLAB CITY -
La « dernière ville libre d’Amérique » - Nicolas
Bérubé
À la fin
des années 40, des ex-militaires ont monté un campement sur le
terrain d’une ancienne base de l’armée américaine dans le
désert de la Californie. Au fil du temps, « Slab City » a
grossi, pour devenir une communauté formée de voyageurs,
« Il n’y a rien ici, ça n’a pas de valeur financière, alors
l’État nous laisse faire. »
SLAB CITY, Californie — On arrive à Slab City par la
California State Route 111, une autoroute à deux voies qui
semble venir de nulle part et ne mener nulle part.
Perdue
au milieu de nulle part en Californie, Slab City ressemble à
un terrain de camping qui tente de se relever au lendemain
d’une guerre nucléaire.
Près de cette route se trouve un campement composé de dizaines
de roulottes munies de panneaux solaires faits maison. De
Westfalia tapissés de coquillages et montés sur quatre blocs
de ciment. De clôtures faites avec de vieux fuselages d’avions
de chasse et surmontées d’enjoliveurs qui brillent au soleil.
On ne trouve pas de poteaux électriques. Pas d’eau courante.
Pas de routes asphaltées. Pas de commerces. Pas de bureau
d’accueil.
Le thermomètre de la voiture indique 44 degrés à l’ombre, et
il n’y a pas beaucoup d’ombre.
Au détour de la route poussiéreuse s’élève une habitation
faite de plusieurs roulottes mises bout à bout. La sonnette
d’entrée consiste en une vieille cloche de métal et un marteau
rouillé.
Une femme dans la cinquantaine répondauson strident. Elle dit
s’appeler Carol et habiter à Slab City depuis huit ans.
« C’est un bel endroit, dit-elle, un endroit calme. Les gens
laissent leurs voisins tranquilles et vice versa. »
Devant sa maison se trouve un petit puits décoratif dont les
parois sont recouvertes de pierres taillées avec soin. Le
puits est profond d’environ 60 cm. Il est aussi sec que les
milliers de kilomètres carrés de désert qui l’entourent.
« On espère le finir un jour, lance Carol, pince-sans-rire.
Pour l’instant, on l’appelle notre puits à souhaits. »
Vision post-nucléaire
Slab City ressemble à un terrain de camping qui tente de se
relever au lendemain d’une guerre nucléaire. À part quelques
arbres et buissons, il n’y a pratiquement pas de verdure.
Au centre du campement, une salle de spectacles en plein air
est meublée avec des sièges d’autobus et des sofas défoncés.
Une petite bibliothèque libre-service dans une caravane
possède des centaines de livres et de magazines, dont tous les
numéros du National Geographic publiés entre juillet 1977 et
mai 2003.
Le terrain appartient à l’État de la Californie, et a servi de
base militaire pour l’entraînement des soldats durant la
Seconde Guerre mondiale. Après la fermeture et la démolition
de la base, l’endroit a été abandonné. D’ex-soldats ont décidé
d’y vivre. Le campement évolue depuis. Il n’y a pas de taxes à
payer, pas d’impôts. La population atteint 500 âmes en hiver
et tombe à 150 l’été, quand la chaleur paralyse tout. Le
désert semble appartenir à tout le monde et à personne à la
fois.
« Il n’y a
rien ici, ça n’a pas de valeur financière, alors l’État nous
laisse faire », lance Danny Cook, homme aux yeux bleus
perçants qui a le regard triste et la poignée de main ferme.
Âgé de 56 ans, M. Cook a été machiniste, homme à tout faire,
barbier. Il y a trois ans, il a appris qu’il était atteint
d’un cancer du foie inopérable. Il a déménagé de San Diego à
Slab City parce qu’il ne pouvait plus travailler et avait
besoin d’un endroit où poser sa roulotte.
Depuis, il s’est installé des panneaux solaires pour faire
fonctionner son ventilateur et recharger son rasoir. Il a
accroché une douche dans un arbre derrière chez lui. M. Cook
remplit ses citernes d’eau à la station-service du village de
Niland, à 10 minutes de route, et donne 10$ au pompiste pour
qu’il le laisse faire.
L’an dernier, il a acheté de la terre et des mottes de gazon
pour faire un jardin, protégé du soleil par un toit en bois
peint. Il lui a fallu creuser un mètre dans le sol sec du
désert avant de mettre la terre. Ces jours-ci, M. Cook récolte
des courgettes, des asperges, des tomates, de la coriandre et
plusieurs variétés de fleurs.
Son médecin lui a dit que les métastases sur son foie sont
maintenant grosses comme des balles de golf. Il pense que
l’année 2009 sera la dernière de sa vie.
« Mon degré d’énergie diminue, dit-il. Je suis heureux d’être
ici et d’avoir mon jardin. Je me dis que réussir à faire un
jardin au milieu du désert, c’est quand même un
accomplissement. »
La fête au village
Chaque samedi soir, les habitants de Slab City font la fête.
Ils se réunissent dans un endroit appelé The Range, une sorte
de scène extérieure. Il y a des spectacles et des jeux. Une
pancarte délavée par le soleil indique qu’il est préférable
d’être « habillé chic » pour l’occasion.
« Les femmes qui ne possèdent pas de robe chic peuvent en
emprunter une en appelant Bob The Builder », note l’affiche.
Bob The Builder est un ex-militaire dans la soixantaine qui
parle fort et aime sa bière bien froide. Il habite à Slab City
« depuis des années » et offre ses services de réparateur en
tout genre aux habitants.
L’été, le mercure dépasse les 45 degrés à Slab City. Une
température que la plupart des gens ne peuvent tolérer,
dit-il. « L’été, les saisonniers repartent, et il n’y a que
nous qui restons. L’endroit redevient plus calme. Cette année,
avec la crise économique, les gens sont plus nombreux à
rester. Le fait de ne pas payer de loyer est très attirant. »
Cette semaine, Bob a passé son temps à apprendre une chanson
de Neil Young à la guitare. Il espère pouvoir la jouer à la
fête, samedi soir.
Slab City, dit-il, est le dernier territoire libre d’Amérique.
« J’aime penser qu’on est libres et que nous vivons une belle
vie. Ma copine dit plutôt qu’il s’agit de la fin du rouleau.
Dans la vie, voyez-vous, tout est relatif. C’est une question
de point de vue. »
LeNew Jersey éclaboussé par un nouveau scandale -
Richard Hétu
Quarante-quatre personnes, dont trois maires et cinq
rabbins, arrêtées dans un coup de filet spectaculaire
NEW YORK
S’il y a un État américain dont il est difficile de ternir
encore plus la réputation, c’est bien leNewJersey, qui a
produit au fil des ans quantité de politiciens corrompus,
d’avocats véreux et de mafieux impénitents.
Parmi
les
44 personnes arrêtées, 15 ont été accusées d’avoir
participé à un réseau de blanchiment d’argent qui a des
ramifications jusqu’en Israël et en Suisse. L’argent
blanchi provenait notamment de la vente d’organes et de
faux sacs à main Gucci et Prada, selon le procureur
fédéral Ralph Marra.
Et pourtant, depuis hier matin, l’État de Tony Soprano est
éclaboussé par un scandale qui ferait probablement honte
au mafioso de la série télévisée de HBO. Dans un coup de
filet spectaculaire qui a commencé à l’aube, le FBI a
arrêté pas moins de 44 personnes pour corruption,
blanchiment d’argent ou trafic d’organes, dont les maires
d’Hoboken, de Secaucus et de Ridgefield, ainsi que cinq
rabbins.
Le maire d’Hoboken, Peter Cammarano, âgé de 31 ans, a été
interpellé 23 jours seulement après son investiture. Il
est accusé d’avoir accepté un pot-de-vin de 25 000$, dont
10 000$ lui ont été versés jeudi dernier, selon le
procureur fédéral du New Jersey. Sa ville, qui a vu naître
Frank Sinatra, est située sur la rive opposée à celle de
Manhattan.
Au total, 19 élus et responsables locaux ont été arrêtés
pour corruption.
« Ces personnalités politiques se sont vendues », a
déclaré Ralph Marra, le procureur fédéral. « Elles
vivaient dans un monde où l’éthique était inexistante. »
« Le problème de corruption dans l’État du New Jersey est
l’un des pires, voire le pire dans la nation », a déclaré,
de son côté, Ed Kahrer, un des responsables de l’enquête
au sein du FBI. « La corruption est un cancer qui détruit
les valeurs fondamentales de l’État. »
Les 15 autres personnes arrêtées ont été accusées d’avoir
participé à un réseau de blanchiment d’argent qui des
ramifications jusqu’en Israël et en Suisse. Au cours des
10 dernières années, ce réseau aurait recyclé des dizaines
de millions de dollars par l’entremise d’oeuvres
caritatives contrôlées par des rabbins du New Jersey et de
Brooklyn, dans l’État de New York. L’argent blanchi
provenait notamment de la vente d’organes et de faux sacs
à main Gucci et Prada, selon Ralph Marra.
Ces religieux juifs « ont dissimulé leurs vastes activités
criminelles derrière une façade de respectabilité », a
déclaré le procureur fédéral.
Un homme de Brooklyn, Levy Izhak Rosenbaum, a été accusé
de trafic d’organes pour avoir convaincu des donneurs
israéliens de lui vendre pour 10 000$ des reins qu’il
revendait 160 000$.
Un «
témoin coopératif »
Le FBI enquêtait depuis 10 ans sur le réseau de
blanchiment d’argent lorsqu’il s’est assuré l’aide d’un «
témoin coopératif », il y a deux ans. Celui-ci aurait
réussi à berner des membres de la communauté juive
syrienne du New Jersey et de NewYork en se faisait passer
pour un homme d’affaires ayant de l’argent sale à
recycler.
Ce même témoin coopératif a également aidé le FBI en
piégeant les élus et les responsables du New Jersey qui ne
demandaient pas mieux que de recevoir des pots-de-vin pour
faire avancer ses dossiers, selon les autorités. Il se
faisait passer pour un promoteur immobilier auprès d’eux.
Le procureur fédéral n’a pas identifié le témoin
coopératif, mais tout indique qu’il s’agit de Solomon
Dwek, fils d’un rabbin qui dirige la synagogue de Deal,
dans le New Jersey. Dwek, âgé de 36 ans, est lui-même à la
tête d’une école religieuse. Il fait face depuis 2006 à
des accusations de fraude bancaire pour avoir tenté
d’encaisser un faux chèque de 25 millions de dollars.
Le scandale ne touche pas seulement des édiles municipaux.
Joseph Doria, membre de l’administration du gouverneur
démocrate du New Jersey Jon Corzine, a démissionné de son
poste hier après que la police eut perquisitionné à son
domicile. Doria luimême n’a pas été arrêté dans le coup de
filet.
Cette affaire tombe mal pour le gouverneur Corzine, qui
fera face au jugement de l’électorat en novembre prochain.
« Toute corruption est inacceptable », a-t-il déclaré dans
un communiqué. « L’ampleur de la corruption dont nous
sommes témoins est tout simplement révoltante et ne peut
pas être tolérée. »
Durant toute la journée, les chaînes de télévision
new-yorkaises ont montré les images des élus du New
Jersey, menottes au poignet, montant à bord d’un autobus
qui devait les conduire vers Newark, leur lieu de
détention, aux côtés de rabbins en habit traditionnel.
L’un des religieux arrêtés, Saul Kassin, est le grand
rabbin de la communauté juive syrienne des États-Unis. Il
dirige une synagogue à Brooklyn.
Nancy Reagan dit « parler à son mari » - Nicolas Bérubé
L’ex-première
dame des ÉtatsUnis, Nancy Reagan, soutient voir apparaître son
mari certaines nuits dans sa demeure de Bel Air, dans l’ouest
de Los Angeles.
L’ancien
président
Ronald Reagan et son épouse Nancy, dans la limousine
présidentielle. La photo a été prise le 6 février 1984. M.
Reagan est mort en 2004. Il avait 93 ans.
« Cela peut sembler étrange, mais des fois, je me réveille et
Ronnie est là... Je commence à lui parler et je peux le voir.
»
C’est là une des confidences surprenantes que fait Mme Reagan
dans une entrevue à paraître dans le numéro de juillet du
magazine Vanity Fair et dont des extraits ont été rendus
publics. Très lucide malgré ses 87 ans, l’ex-première dame y
exprime son opinion sur Barack Obama et parle du coup de fil
que lui a passé la nouvelle première dame du pays.
Mme Reagan, qui n’aime pas voyager, dit qu’elle aurait aimé
être invitée à la Maison-Blanche quand le président Obama a
annoncé la levée de l’embargo sur le financement de la
recherche sur les cellules souches, au mois de mars. Nancy
Reagan mi l ite depuis longtemps en faveur de ce type de
recherche, qui pourrait permettre de guérir la maladie
d’Alzheimer, dont souffrait son mari.
« Je serais allée à Washington et vous savez que je n’aime pas
me déplacer. Sur le plan politique, il aurait été bien que le
président m’invite. Mais bon. Personne n’est parfait. Il m’a
téléphoné pour me remercier, mais il aurait pu faire plus de
kilométrage avec la nouvelle si j’avais été là. »
Nancy Reagan s’est rendue hier à la Maison-Blanche, où le
président Obama a annoncé la mise sur pied d’un comité chargé
de commémorer le 100e anniversaire de la naissance de Ronald
Reagan, en 2011.
Impressionnée
par Obama
Dans son entrevue à Vanity Fair, Mme Reagan dit avoir été
impressionnée par la campagne d’Obama l’an dernier. « Je pense
qu’il a mené la meilleure campagne présidentielle que j’aie
vue de ma vie. Disciplinée, organisée, une très, très bonne
campagne. »
Mme Reagan a toutefois voté pour John McCain, ce qui a dû être
difficile : sa famille a coupé les ponts avec McCain quand ce
dernier a divorcé de sa première femme, Carol, très proche des
Reagan.
Nancy Reagan occupe une place importante dans l’imaginaire des
Américains. Elle est en quelque sorte la « première grand-mère
» du pays. Les politiciens, démocrates comme républicains,
prennent soin de la traiter avec révérence.
Michelle Obama lui a téléphoné après les élections et les deux
femmes ont eu une conversation de 45 minutes.
« Elle voulait des conseils, des suggestions, a dit Mme
Reagan. J’étais heureuse de lui parler. Je lui ai suggéré de
faire des soupers d’État. C’est agréable. Vous avez des
serviteurs, alors il n’y a rien à faire. Et l’on a du bon
temps. On peut faire des affaires. C’est comme ça que
Washington fonctionne. »
Mme Reagan a eu des propos touchants pour son mari, décédé en
2004. « Je m’ennuie beaucoup de Ronnie... Les gens disent que
ça s’améliore avec le temps. Non, ça ne s’améliore pas. »
Retour sur une campagne mémorable -
Richard Hétu
Le livre
de Wolffe ne contient pas de grandes révélations mais
foisonne d’anecdotes inédites, comme ce face-à-face entre
Obama et son pasteur, Jeremiah Wright.
Le 13 décembre 2007: à quelques heures d’un débat télévisé
en Iowa, où aura lieu le premier rendez-vous électoral de
la campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton croise
Barack Obama sur le tarmac de l’aéroport RonaldReagan,
près de Washington.
La sénatrice de New York demande à parler à son rival afin
de s’excuser auprès de lui pour les propos de Bill
Shaheen, un conseiller de sa campagne au New Hampshire.
Celui-ci a déclaré la veille que, si Obama devient
candidat démocrate à l’élection présidentielle, le camp
républicain va certainement exploiter ses anciennes
expérimentations avec la drogue.
Au lieu d’accepter ces excuses, Obama profite de
l’occasion pour se plaindre à l’ex-First Lady de la
campagne de dénigrement dont il croit faire l’objet. Une
campagne qui inclurait un courriel transmis par un des
bénévoles de sa rivale en Iowa, dans lequel on le décrit
comme un musulman.
L’accusation fait bondir Hillary Clinton, qui se met à
gesticuler et à critiquer les coups bas de son adversaire
et de son entourage. Obama tente alors de la calmer en
plaçant une main sur son bras. Elle a un mouvement de
recul, comme si elle trouvait ce geste condescendant ou
envahissant, ou les deux à la fois.
En montant dans son avion, quelques instants plus tard, le
sénateur de l’Illinois est envahi par un sentiment
d’émerveillement. « Je n’avais jamais vu cette inquiétude
dans son regard auparavant », dit-il à ses principaux
conseillers en s’installant dans son siège. « Je pense que
nous pouvons gagner cette course. »
Flair et ambition
L’anecdote est tirée de Renegade : The Making of a
President, le premier livre sur la campagne présidentielle
de 2008, l’une des plus passionnantes de l’histoire
américaine. L’auteur, Richard Wolffe, ancien journaliste à
l’hebdomadaire Newsweek, a devancé de nombreux concurrents
en le faisant paraître mardi. Son récit de la rencontre
impromptue entre les deux grands rivaux démocrates tend à
démontrer que le tact et le charme de Barack Obama ne sont
peut-être pas aussi infaillibles ou redoutables que son
flair et son ambition politiques.
Le titre de l’ouvrage de Wolffe – Renegade – fait
référence au nom de code qu’utilisent les agents des
Services secrets pour désigner le sénateur de l’Illinois.
En anglais, l’expression peut s’appliquer à quelqu’un qui
rejette les conventions. Comme l’explique l’auteur, cette
acception convient bien à Obama, obscur politicien de
Chicago au nom et aux origines exotiques qui a bâti une
redoutable machine électorale en mettant en pratique les
leçons tirées de son expérience de travailleur
communautaire.
Le
sous-titre du livre – The Making of a President – est une
allusion évidente à la série d’ouvrages de Theodore White
consacrés aux élections présidentielles de 1960 à 1972.
C’est d’ailleurs Obama lui-même qui a conseillé à Wolffe
d’écrire ce livre après son fameux discours sur la
question raciale à Philadelphie, en mars 2008.
« Pourquoi n’écris-tu pas un livre sur la campagne ? Comme
Theodore White. Ce sont des livres extraordinaires », a
déclaré le futur président, qui allait accorder une
douzaine d’entrevues exclusives à Wolffe au cours des mois
suivants.
Renegade n’est pas aussi complet que les livres de White.
L’auteur ne passe pas beaucoup de temps avec les rivaux
d’Obama, y compris le républicain John McCain, et escamote
des étapes importantes de la course à l’investiture
démocrate, dont les primaires de Pennsylvanie, de
Caroline-duNord et du Missouri. Mais Wolffe écrit bien et
n’a pas de mal à accrocher le lecteur en racontant
l’étonnante ascension de Barack Obama.
Pasteur Wright
Son livre ne contient pas de grandes révélations mais
foisonne d’anecdotes inédites, comme ce face-à-face entre
le candidat et son pasteur, Jeremiah Wright. Les deux
hommes se sont en effet rencontrés à Chicago avant la
conférence de presse catastrophique de Wright au National
Press Club de Washington en avril 2008.
Obama avait déjà prononcé son discours sur la question
raciale et craignait que la résurgence de son pasteur ne
ramène sur le tapis une controverse qu’il croyait avoir
enterrée.
« Écoutez, vous êtes un pasteur, vous avez votre propre
rôle à jouer, a déclaré Obama à Wright. Mais je peux vous
dire comment fonctionne la politique au temps des blogues
et des chaînes d’info continue. Vous devez vous attendre à
ce que cela se transforme en cirque médiatique. »
Et Wright s’est assuré qu’il en soit ainsi en répétant ses
propos les plus controversés. Le lendemain, Barack Obama
rompait avec lui une bonne fois pour toutes.
Le
reste, comme on dit, fait désormais partie de l’histoire.
La vie après la Maison-Blanche -
Richard Hétu
Si Jimmy
Carter est considéré par certains comme le meilleur
ex-président, il n’est pas le premier, en revanche, à tenter
de racheter une présidence plus ou moins réussie par son
action après son départ de la Maison-Blanche.
COLLABORATION SPÉCIALE NEW YORK— En 1787, Alexander Hamilton,
un des pères fondateurs des États-Unis, prédit que les anciens
présidents allaient errer « comme des âmes en peine ». John
Quincy Adams, qui fut élu à la Maison-Blanche en 1824, lui
donna raison en affirmant qu’il n’y avait « rien de plus
pathétique dans la vie qu’un ancien président ».
PHOTO ARCHIVES REUTERS
L’ancien président Bill Clinton était
de passage en Haïti en juillet dernier à titre d’envoyé
spécial de l’ONU dans ce pays. Pour certains analystes, Bill
Clinton pourrait bien rivaliser avec Jimmy Carter, voire le
surpasser, en tant qu’exprésident de première valeur.
De toute évidence, Hamilton et Adams ne croyaient pas à la vie
après la présidence américainepour ceux qui y avaient goûté.
Pourtant, comme Adams allait lui-même le prouver en siégeant
pendant 18 ans à la Chambre des représentants, où il lutta
notamment contre l’esclavage, plusieurs anciens présidents ont
mené des existences remarquables après leurs années au 1600,
Pennsylvania Avenue.
Et Bill Clinton, qui a retenu l’attention cette semaine en
obtenant la libération de deux journalistes américaines
détenues en Corée du Nord, entre dans cette catégorie, selon
Max Skidmore, auteur de After the White House, un ouvrage
publié en 2004 sur la vie des anciens présidents en tant que «
citoyens privés ».
« S’il continue dans la même direction avec sa Clinton Global
Initiative, il rivalisera certainement avec Jimmy Carter, s’il
ne le surpasse pas, en tant qu’ex-président de première
valeur. Pour le moment, je dirais que Carter mène la carrière
d’ex-président la plus remarquable depuis John Quincy Adams et
William Howard Taft », a déclaré Skidmore, qui est également
politologue à l’Université du Missouri, lors d’un entretien
téléphonique.
Huit ans après son départ de la Maison-Blanche, Taft fut nommé
président de la Cour suprême, poste qu’il occupa pendant neuf
ans et qu’il préféra de beaucoup à la présidence. Il est l’un
des 33 présidents qui ont terminé leur mandat avant d’entrer
dans ce que l’un d’eux, Herbert Hoover, a appelé « le syndicat
le plus exclusif du monde ».
Plusieurs membres du club des ex ont certes préféré se retirer
de la vie publique. Lyndon Johnson et Ronald Reagan ont fait
partie de cette catégorie. George Bush père, de son côté, a
prononcé quelques discours bien rémunérés, collaboré à deux
livres et lancé avec Bill Clinton un fonds pour aider les pays
d’Asie touchés par le tsunami de 2004. Mais il mène la vie
d’un retraité typique, exception faite de ses sauts
occasionnels en parachute.
Son fils a envoyé des messages contradictoires à propos de sa
vie d’ex-président. D’un côté, il entend rester actif, s’étant
engagé à écrire ses mémoires et à créer à Dallas un musée
dédié à sa présidence ainsi qu’un « Institut de la liberté »
pour promouvoir la démocratie. Il a également indiqué son
intention de prononcer des conférences pour regarnir son
compte en banque.
Mais il a également avoué sa préférence pour une retraite
discrète.
« Quand je
sortirai d’ici, je quitterai la scène. Je pense qu’il doit n’y
avoir qu’une personne à la fois sous les projecteurs. J’ai eu
mon temps sous les projecteurs », a déclaré George W. Bush
lors de sa dernière conférence de presse en tant que président
des États-Unis.
Jimmy Carter et Bill Clinton ne partagent évidemment pas ce
sentiment. Le premier a réinventé le rôle d’ancien président
en menant un combat inlassable en faveur de la résolution
pacifique des conflits, de l’aide au développement et de la
prévention des maladies contagieuses. Il a également mis sur
pied le programme Habitat pour l’humanité, qui a construit
plus de 15 000 maisons aux États-Unis et dans le monde.
Selon Max Skidmore, « certains des traits qui ont nui à Carter
en tant que président l’aident en tant qu’ancien président ».
« Il est très têtu, il peut tomber dans le pharisaïsme, mais
il est très déterminé. Ses qualités le servent très bien en
tant que réformateur », a déclaré le politologue.
Racheter sa présidence
Si Jimmy Carter est considéré par certains comme le meilleur
ex-président, il n’est pas le premier, en revanche, à tenter
de racheter une présidence plus ou moins réussie par son
action après son départ de la MaisonBlanche. Richard Nixon
tombe évidemment dans cette catégorie, ayant passé les
dernières années de sa vie à écrire des livres pour faire
oublier son rôle dans le scandale du Watergate.
Herbert Hoover, chassé du pouvoir en plein coeur de la Grande
Dépression, est un autre exemple. À la demande du président
Harry Truman, il a piloté plusieurs projets gouvernementaux,
dont l’aide alimentaire à une Europe affamée après la Seconde
Guerre mondiale, une mission qui a contribué à son regain de
popularité.
Franklin Roosevelt n’avait pas été aussi magnanime à l’endroit
d’Hoover. À ses conseillers qui l’exhortaient à faire appel
aux services de l’ancien président républicain, le démocrate
avait répondu: « Je ne suis pas Jésus-Christ, je ne ressuscite
pas les morts. »
CES RETRAITÉS CÉLÈBRES - Tristan
Péloquin
L’histoire
politique récente nous a donné quelques exemples de
politiciens qui, comme Bill Clinton l’a fait cette semaine en
volant au secours de deux journalistes américaines détenues en
Corée du Nord, continuent de jouer des rôles importants même
après
JIMMY CARTER
P resque i mmédi atement après son unique mandat à la
Maison-Blanche, le 39e président américain a créé, avec sa
femme Rosalynn, le Carter Center. L’organisme sans but
lucratif d’Atlanta, qui lutte contre la pauvreté mondiale et
milite en faveur de la démocratie, est aujourd’hui actif dans
plus de 70 pays. Son oeuvre a valu à Jimmy Carter le prix
Nobel de la paix en 2002. Jimmy Carter s’illustre aussi en
1994 en négociant, à titre de simple citoyen américain, une
entente de principe avec Kim Il-sung en vue de suspendre le
programme nucléaire de la Corée du Nord.
GEORGE H.W. BUSH
Relativement discret dans les premières années de sa retraite
politique et durant le règne de son fils, George Bush père met
sa grande notoriété à profit après l’ouragan qui a dévasté la
Louisiane et La Nouvelle-Orléans en août 2005. Conjointement
avec son successeur Bill Clinton, il crée le Bush-Clinton
Katrina Fund, dont les recettes de plus de 130 millions sont
versées pour l’effort de reconstruction. MM. Bush et Clinton
avaient lancé quelques mois plus tôt une initiative semblable
destinée à aider les victimes du tsunami qui a frappé l’Asie
en 2004.
Katrina,
TONY BLAIR
À peine son mandat à la tête du gouvernement britannique
terminé, Tony Blair est nommé envoyé spécial du « Quartet »
(groupe composé des Nations unies, de l’Union européenne, des
États-Unis et de la Russie) au Proche-Orient. Il a pour mandat
de trouver des solutions de paix entre Israéliens et
Palestiniens. Sa carrière de diplomate est pour l’instant
incertaine, puisque l’expremier ministre occupe un poste au
sein de la banque J.P. Morgan. Depuis janvier 2008, M. Blair
s’occupe aussi d’une fondation visant à financer des activités
sportives pour les jeunes.
MIKHAÏL GORBATCHEV
Contrairement à son successeur, l’ancien homme fort de l’URSS
n’a jamais posé torse nu pour les médias russes. Mais Mikhaïl
Gorbatchev a tout de même eu une modeste carrière « d’artiste
» après sa retraite, apparaissant notamment dans le film
Faraway
(en 1993) et enregistrant un disque de balades romantiques
russes. Il ne s’est cependant pas contenté de jouer les
vedettes et a continué à s’exprimer publiquement sur des
sujets politiques (contre la guerre en Irak de 2003, par
exemple). Il a aussi fondé une organisation dont la mission
est de rendre l’eau potable accessible dans les pays en
développement.



So Close!
Le dernier des Kennedy - MARIO ROY
Des trois «
gra nds » Kennedy, le plus jeune sera-t-il celui qui
laissera l’héritage réel le plus substantiel et le plus
solide? C’est probable. Il est vrai qu’Edward M. Kennedy, le
sénateur, le vieux lion, l’oncle Ted, aura pu jouir de ce
dont les deux aînés, John et Robert, ont été tragiquement
privés: la longévité.
Ted Kennedy est mort à l’âge de 77 ans.
C’était le cadet des neuf enfants de Joseph et Rose Kennedy,
fondateurs d’une dynastie politique nationale après en avoir
consolidé une de la finance et de la politique locale. Dans
la seconde moitié du XXe siècle, le clan Kennedy deviendra
ainsi pour l’Amérique ce qui se rapproche le plus d’une
famille royale à l’européenne.
Peut-être toutes les nations ressentent-elles le besoin de
se projeter dans cette sorte d’imagerie?
En ce cas, les Américains n’ont plus ce qu’il faut sous la
main. Les «dynasties» Bush ou Clinton ne font pas vraiment
l’affaire. Et, Edward disparu, on ne voit pas bien lequel ou
laquelle des Kennedy de la génération qui suit pourrait
régénérer le sang bleu de la famille.
Dans ce
portrait, Ted Kennedy aura toujours occupé la place du
prince héritier relégué en bout de ligne de la succession;
la place du benjamin a priori peutêtre moins talentueux,
moins prudent, qui hérita par accident du devoir d’accéder
au trône présidentiel… dont il ne voulait pas. D’ailleurs,
il échoua. Par manque de conviction, justement, et en raison
d’une vie privée lestée de faiblesses publiques.
Sa place était au Congrès, où il travailla pendant 47 ans
pour devenir le législateur sans doute le plus important de
sa génération.
Il est d’une cruelle ironie qu’il disparaisse au moment où
Barack Obama, à qui il a passé le flambeau, lutte pour
réformer le système de santé. Ce fut en effet pour Edward
Kennedy le projet d’une vie, «la grande tâche inachevée à
l’agenda du Parti démocrate», disait-il déjà en 1980. De
fait, parmi ses victoires au Sénat, figurent de nombreuses
législations sur l’accès aux soins pour les personnes âgées
ou nécessiteuses, sur les cliniques de quartier, sur la
lutte au sida.
Beaucoup de ces victoires furent le résultat de sa capacité
de charmer et de négocier, de «traverser l’allée» et
d’enrôler ses adversaires. Ce qui mène à ceci. Le dernier
des Kennedy possédait bel et bien le talent et la prudence.
Inébranlablement progressiste, il cultivait l’utopie de
façon réaliste, pour ainsi dire. Conscient que la politique
est l’art du possible. Conscient qu’aller de l’avant est une
affaire de mouvement et de compromis, pas d’immobilisme et
de rigidité.
Edward M. Kennedy savait être humble dans la défense des
grandes causes, qu’il n’écrasait jamais – contrairement à
tant de progressistes autoproclamés – sous le poids de sa
grandeur.
Ce fut sa façon à lui d’être noble.
LE LION DU SÉNAT REND L’ÂME - Mathieu Perrault
Le dernier
Kennedy à marquer la politique américaine, le sénateur Ted
Kennedy, du Massachusetts, a succombé hier à 77 ans à un
cancer du cerveau. Avec la mort du « lion du Sénat », c’est
une page de l’histoire des États-Unis qui se tourne. Moins
charismatique que ses frères aînés John et Robert, assassinés
en pleine gloire, Ted Kennedy a finalement eu un impact
beaucoup plus profond qu’eux, avec près de 50 ans de travail
législatif infatigable.
Le sénateur Ted Kennedy a succombé tard mardi soir à un cancer
du cerveau à l’âge de 77 ans. La mort du « lion du Sénat »,
frère cadet du président John F. Kennedy et de Robert Kennedy,
assassinés respectivement en 1963 et en 1968, survient deux
semaines après celle de sa soeur Eunice Kennedy Schriver, qui
avait aussi suscité beaucoup d’attention médiatique.
PHOTO KEITH BEDFORD,
BLOOMBERG NEWS
Le président Barack Obama a interrompu ses vacances à Martha’s
Vineyard pour rendre hommage au sénateur Kennedy. « Pour sa
famille, il était un gardien. Pour les États-Unis, il était le
défenseur d’un rêve. Il a été l’un des Américains les plus
accomplis à servir notre démocratie. Ses idées et idéaux sont
imprimés dans plusieurs lois et reflétés dans des millions de
vies.» Le président Obama a personnellement offert ses
condoléances à la veuve du sénateur à 2h25 du matin.
Cette déclaration du président, qui s’exprimera aussi aux
funérailles, tranche avec son retrait de la scène publique
depuis le début de ses vacances, alors même que fait rage un
débat crucial pour sa présidence sur la réforme du système de
santé. Il s’agissait d’ailleurs d’une question qui importait
au plus haut point au sénateur Kennedy, qui rêvait depuis
plusieurs décennies d’un système universel comme l’assurance
maladie canadienne.
L’ancien premier ministre Brian Mulroney, en entrevue avec La
Presse Canadienne, a d’ailleurs souligné que le sénateur
Kennedy partageait beaucoup de points de vue avec le Canada,
du système public de santé à l’opposition à la guerre en Irak.
Le premier ministre Stephen Harper s’est pour sa part limité à
offrir ses condoléances à la famille Kennedy.
Ted Kennedy
(son prénom était Edward mais il était mieux connu par son
surnom) est né dans une famille privilégiée et passionnée par
la politique. À sa naissance, sa mère a reçu un télégramme de
félicitations du président américain Herbert Hoover. Quand son
frère John a été élu président en 1960, la famille a d’abord
offert son siège au Sénat à son frère Robert, qui a préféré
devenir ministre de la Justice. Les Kennedy se sont alors
arrangés pour que le siège de sénateur soit occupé par un ami
pendant deux ans, jusqu’à ce que le fils cadet, Ted, ait 30
ans, l’âge minimum pour siéger au Sénat.
Ted Kennedy a eu du mal à se faire élire en 1962, notamment
parce que son opposant démocrate lui reprochait d’avoir été
expulsé de l’université pour avoir triché en demandant à un
ami de prendre sa place à un examen d’espagnol. Il a ensuite
remporté toutes ses élections, à l’exception de la primaire
présidentielle de 1980, pour laquelle l’affaire Chappaquiddick
(voir texte ci-bas) et des déboires conjugaux ont miné ses
efforts.
Les commentateurs notent que sa longue carrière législative a
fait de lui le plus grand des Kennedy, avec des lois sur les
handicapés, sur l’immigration, sur l’abaissement de l’âge du
vote à 18 ans et des sanctions contre l’Afrique du Sud. Il a
aussi aidé à négocier l’accord de paix en Irlande du Nord.
Ses mémoires paraîtront le 14 septembre prochain aux
États-Unis. Ted Ken nedy, explique l’éditeur à Associated
Press, «a travaillé vaillamment pour finir le livre et
l’amener au meilleur. Comme toujours, il a été fidèle à sa
parole».
La cause d’une vie - RICHARD HÉTU
Im m ig
ration . P auv reté. Éducation. Droits civiques. Nommez un
sujet et vous pouvez être assuré qu’ Edward Kennedy y a la
issé son empreinte au cours de sa longue carrière politique,
comme l’attestent les quelque 25 0 0 mesu res lé g i slat
ive s dont il a été l’auteur en tant que sénateur des
États-Unis.
PHOTO SAUL LOEB, ARCHIVES
AFP
Le
frère cadet du président John F. Kennedy meurt à un moment
crucial du débat sur le système de santé dans lequel le
président Obama est engagé actuellement. Cette lutte a
d’ailleurs été au coeur de l’engagement politique du
sénateur Ted Kennedy.
Mais, de son propre aveu, u n combat a su r passé en
importance tous les autres, celui qu’il a livré pour assurer
à tous les Américains une couverture médicale.
«C’est la cause de ma vie», a-t-il écrit le mois dernier
dans l’hebdomada i re Newsweek . «C’est la raison principale
pour laquelle j’ai défié la maladie l’été dernier pour
prendre la parole à la convention démocrate de Denver – pour
apporter mon soutien à Barack Obama, mais aussi pour
m’assurer, comme je l’ai dit, que "nous mettrons fin à la
paralysie et garantirons à chaque Américain des soins de
santé de qualité".»
Le hasard a voulu que le cancer emporte le sénateur du
Massachusetts en plein débat sur une réforme du système de
santé dont l’objectif principal est de fournir une assurance
maladie à tous les Américains. Alors qu’ils font face à une
opposition féroce de la part des républicains, les
démocrates ont donné l’impression hier de tabler sur la
disparition de Ted Kennedy pour donner un nouveau souffle à
leurs efforts.
« En son honneur et en guise d’hommage à son engagement
envers ses idéaux, arrêtons les cris et les invectives et
ayons un débat civilisé sur la réforme du système de santé
qui, je l’espère, débouchera sur une loi qui portera son nom
», a déclaré le sénateur démocrate de VirginieOccidentale,
Robert Byrd, dans un communiqué.
«Le rêve de Ted Kennedy d’un système de santé de qualité
pour tous les Américains s’accomplira cette année grâce à
son rôle d’entraînement et à l’inspiration qu’il a
suscitée», a promis, de son côté, la présidente de la
Chambre des représentants, Nancy Pelosi.
Edward
Kennedy n’aura pas été le premier politicien de sa famille à
mourir avant de voir se réaliser un de ses objectifs en
matière de santé. Durant les premières années de son mandat
présidentiel, son frère John s’était battu pour la mise en
place du programme Medicare, l’assurance maladie pour les
personnes âgées. Le cadet des Kennedy allait avoir
l’occasion, sous Lyndon Johnson, de contribuer à la
réalisation de ce projet.
Mais le programme Medicare n’était qu’un début aux yeux du
sénateur du Massachusetts. Après avoir jeté en 1966 les
fondements d’un réseau national de centres de santé
communautaires, il s’était attaqué en 1970 au grand chantier
de sa vie, sur lequel les présidents Theodore Roosevelt et
Harry Truman s’étaient déjà cassé les dents. Tout
républicain qu’il était, le président de l’époque, Richard
Nixon, s’était montré ouvert au projet de loi du démocrate
qui prônait une couverture médicale universelle. Mais
l’affaire du Watergate devait l’empêcher de concrétiser le
rêve du sénateur.
Ted Kennedy allait plus tard j ustifier sa campagne
présidentielle de 1980 par le refus du président démocrate
Jimmy Carter de prendre le relais de Nixon dans le dossier
de la santé.
En 1994, le sénateur du Massachusetts a pu revenir à la
charge en défendant au Congrès la réforme du système de
santé proposée par Bill Clinton. L’échec de cette campagne
ne devait cependant pas le décourager. À une époque où les
démocrates étaient minoritaires, il s’est associé avec la
sénatrice républicaine du Kansas, Nancy Kassebaum, afin de
permettre à un plus grand nombre d’Américains de conserver
leur assurance maladie après un changement d’emploi ou un
licenciement. Avec l’aide du sénateur républicain de l’Utah,
Orrin Hatch, il a également étendu la couverture médicale à
plus de sept millions d’enfants issus de familles à revenus
modestes.
Mais la politique des petits pas ne lui semblait plus
acceptable à une époque où le nombre d’Américains non
assurés est passé à 48 millions et où les coûts du système
continuent à grimper en flèche.
«Nous devons réussir là où Teddy Roosevelt et tous les
autres depuis ont échoué, a-t-il soutenu dans l’hebdomadaire
Newsweek. Les conditions sont meilleures que jamais.»
Après l’assassinat de ses frères, il avait pensé quitter la
politique - AGNÈS GRUDA
Le
journaliste Adam Clymer, ancien chef du bureau du New York
Times à Washington, a publié en 1999 l’une des biographies
les plus étoffées d’Edward Kennedy. La Presse l’a joint dans
la capitale américaine, hier.
Q En
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED
PRESS
Le
sénateur Edward M. Kennedy, au centre, avec ses frères,
Robert F. Kennedy, procureur général des États-Unis (à
gauche), et le président John F. Kennedy, à droite, à la
Maison-Blanche, en 1962.
quoi Edward Kennedy se distinguait-il de ses frères, en tant
que politicien ? R Un de ses frères est devenu président, et
pas lui, c’est déjà une différence. Cela dit, Edward Kennedy
adorait faire de la politique. Il aimait les tapes dans le
dos, ça ne le dérangeait pas que des gens le touchent. Un
jour, en 1962, il a croisé un boulanger qui lui a demandé :
« Il paraît que vous n’avez pas eu besoin de travailler un
seul jour de votre vie ? » Ted Kennedy a commencé à
balbutier une réponse, mais le boulanger a dit : « Ben, vous
n’avez rien raté. » Edward Kennedy adorait cette histoire et
il l’a racontée pendant 40 ans. Il prenait plaisir au rituel
politique, au contact avec les gens, bien plus que ses
frères. Q De
quelle façon la mort de ses frères a-t-elle eu un impact sur
sa carrière politique ? R Il a été très ébranlé, surtout par
la mort de Robert, dont il était devenu très proche pendant
leurs trois ans et demi au Sénat. Après l’assassinat, il a
envisagé de quitter la politique. Il avait peur. Quand il a
fait campagne pour l’investiture démocrate, en 1980, il
avait encore peur d’être tué. Mais en même temps, c’est la
mort de Robert qui lui a ouvert la porte de la présidence,
de la même manière que la mort de John a ouvert la voie à
Robert. Q Est-
ce que le
fait de reprendre le flambeau familial a été un fardeau pour
lui ? R Oui. Mais personne ne l’a forcé à tenter sa chance
pour la présidence, il l’a décidé lui-même. Il n’a pas mené
une très bonne campagne, et après avoir perdu contre Jimmy
Carter, il a décidé de se concentrer sur le travail au
Sénat. Et il est devenu un très bon sénateur. QE dward
Kennedy a longtemps été perçu comme un buveur et un noceur,
et non comme un sénateur sérieux. Surtout après le fameux
accident de Chappaquiddick. Comment a-t-il fait pour refaire
son image ? R Selon moi, Chappaquiddick lui a coûté la
présidence. Mais il faut dire que pendant les années 80, Ted
Kennedy a été à la fois un noceur ET un sénateur très
sérieux. Seulement, la télévision et les tabloïds ne
parlaient pas de ça, les détails d’un projet de loi, ça ne
les intéressait pas. En revanche, au Sénat, le travail
politique compte plus que la vie personnelle. Et il y a fait
sa marque. Puis il est devenu amoureux de Vicki et il a fait
le ménage dans sa vie personnelle. Avec le temps, il a
rebâti son image. Peut-être que mon livre y a un peu
contribué. Q Quell e
place Edward Kennedy occupe-t-il dans l ’ histoire des
États-Unis ? R Il aura été le meilleur sénateur du XXe et du
début du XXIe siècle. Dans toute l’histoire du pays, seul
Henry Clay, qui a réussi à obtenir deux compromis qui ont
sauvé l’Union, au XIXe siècle, a été plus important que lui.
Ted Kennedy avait un talent incroyable pour tisser des
alliances. Et il était prêt à faire des compromis. S’il ne
pouvait pas obtenir toute une miche, il acceptait la moitié,
ou même le quart, juste pour s’assurer que ses idées
progressent, et pour revenir à l’attaque l’année suivante.
QQ uelle
a été sa plus grande réalisation ? R Parlons d’abord de son
plus grand échec. Il avait fait de l’assurance médicale
universelle la cause de sa vie, et il n’a pas pu voir ça de
son vivant. Mais en même temps, de nombreux Américains ont
une meilleure couverture médicale grâce aux cliniques
communautaires, ou aux programmes d’assurance pour enfants.
Et Ted Kennedy a joué un rôle central dans tout ça.
Chute et rédemption de Ted Kennedy - AGNÈS
GRUDA
La scène
se passe au Madison Square Garden de New York , le 12
août 1980. Les délégués à la convention démocrate qui
oppose Ted Kennedy à Jimmy Carter sont sur le point de
mettre un point final aux aspirations présidentielles du
sénateur du Massachusetts.
PHOTO ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
À
quelques instants de la défaite qui allait mettre un
point final à ses aspirations présidentielles, Ted
Kennedy a prononcé un discours mémorable au Madison
Square Garden, provoquant une ovation de 20 minutes.
Ce dernier a mené une campagne unanimement qualifiée de
médiocre. Il a dérapé dès le premier tour de piste quand
le journaliste Roger Mudd, grand ami du clan Kennedy,
lui a gentiment demandé lors d’une entrevue télévisée
pourquoi il voulait devenir président.
Ted Kennedy n’a jamais été capable de répondre à cette
question. « Euh, eh bien, en fait… » a-t-il balbutié.
Pourtant, à quelques instants de sa défaite, Ted Kennedy
connaît l’un de ses plus grands moments de gloire. « Les
politiques peuvent parfois devenir obsolètes, mais
l’idée de justice demeure, clame-t-il devant des
milliers de délégués. Les circonstances peuvent changer,
mais le travail de compassion doit continuer. »
« C’étaitundiscoursbrillant, dans lequel il appelait le
parti à ramer à contre-courant et à ne pas abandonner
ses idéaux », se rappelle Sam Allis, journaliste au
Boston Globe, qui se trouvait au Madison Square Garden
ce jour-là.
« Ted Kennedy a parlé de son habituelle voix tonnante,
et il a rendu la quintessence des valeurs libérales.
Personne n’a fait ça mieux que lui depuis », dit le
journaliste. Même pas Barack Obama? « Non, même pas lui.
»
Exorciser ses démons
Ce jour où Ted Kennedy a eu droit à une ovation de 20
minutes a marqué un tournant dans sa carrière politique,
estime l’historien Gil Troy, spécialiste des présidents
américains et professeur à l’Université McGill.
« C’était un discours extrêmement puissant, qui lui a
permis d’enterrer les fantômes de ses deux frères,
d’exorciser ses démons et de faire la paix avec l’idée
qu’il ne deviendrait jamais président », croit Gil Troy.
À partir de là, souligne-til, Ted Kennedy a pu se
consacrer entièrement à devenir un grand sénateur.
Deux mots reviennent souvent dans les descriptions de la
carrière du benjamin des fils Kennedy: chute et
rédemption. « La chute et l’ascension de Ted Kennedy »,
affirme la page couverture d’une des plus récentes
biographies du super sénateur, écrite par un groupe de
journalistes du Boston Globe, dont Sam Allis.
Enfait,
en1980, TedKennedy a déjà 18 ans d’expérience au Sénat
derrière lui. Ce n’est plus le « bébé politicien » de
1962, et il a déjà plusieurs réalisations importantes à
son actif. Mais il est aussi la coqueluche de la presse
à sensation, à cause de ses frasques personnelles.
« Pendant longtemps, il a gardé cette image de gars qui
fréquente trop de fêtes, qui pourchasse trop de filles,
et qui prend trop souvent quelques verres de trop », dit
Gil Troy.
Ted Kennedy n’est pas devenu un sénateur sérieux par
défaut: il l’était déjà avant la campagne de 1980. Mais
c’est par la suite, sous les républicains de Ronald
Reagan qu’il a combattus de toutes ses forces, que le «
petit frère » est véritablement devenu la coqueluche de
l’Amérique progressiste, souligne l’Américain Graham
Dodds, qui enseigne les sciences politiques à
l’Université McGill.
« Beaucoup de Québécois ne comprennent pas à quel point
Ted Kennedy a été une figure importante aux États-Unis,
souligne-t-il. Il est devenu un des individus les plus
importants dans une institution où les individus ont du
poids. » « Pourtant, au départ, personne n’aurait pu
prévoir que parmi les frères Kennedy, il serait celui
qui aurait cette carrière fructueuse », dit Graham
Dodds.
Qualités humaines
« À une certaine époque, il y avait cette idée que Jack
Kennedy serait suivi à la présidence par Bob, puis par
Ted, mais personne ne prenait ça au sérieux, sauf leur
père, qui répandait cette rumeur », ironise le
journaliste et biographe Adam Clymer.
Ce dernier souligne les qualités humaines du sénateur
Kennedy. Dans une conversation qu’il a tenue mercredi
avec les lecteurs du site web du New York Times, Adam
Clymer raconte comment Ted Kennedy lui a téléphoné
personnellement en apprenant qu’il venait de perdre sa
fille.
« En 1985, ma fille a été tuée par un chauffard ivre. À
cette époque, je n’avais pas vu Kennedy depuis quelques
années, parce que je vivais à New York. Il m’a retracé à
partir de Washington pour me transmettre ses
condoléances. Venant de quelqu’un qui a connu tant de
morts dans sa propre famille, ça m’a profondément
impressionné. »
Mais c’est son long passage au Sénat, et sa contribution
à de nombreuses lois progressistes, que le pays
retiendra du sénateur qui a succombé à un cancer du
cerveau mardi, à l’âge de 77 ans.
L’histoire de Ted Kennedy restera celle du benjamin
propulsé à l’avant-scène par les malheurs qui se sont
abattus sur sa famille. Et qui, à travers ses hauts et
ses bas, est devenu, selon les mots de Sam Allis, « le
maître incontesté du Sénat ».
Boston remercie son bienfaiteur - RICHARD HÉTU
Mort
mardi à l’âge de 77 ans, Ted Kennedy était sans
contredit la coqueluche de l’Amérique progressiste. Sa
carrière a été aussi remarquable que fructueuse. Mais
son ascension a été freinée par plusieurs dérapages. Nos
journalistes se penchent sur les hau
La photo, prise en mars 1963, montre deux jeunes hommes
en train de se serrer la main. L’un est blanc, riche et
célèbre, l’autre noir, infortuné et inconnu. Ils se sont
en quelque sorte retrouvés hier dans une vaste salle
vitrée de la bibliothèque présidentielle John Kennedy
donnant sur la baie de Dorchester, qui scintillait sous
le soleil matinal.
PHOTO EMMANUEL DUNAND,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Des
dizaines
de milliers d’admirateurs ont fait la queue au cours
des deux derniers jours pour rendre un dernier hommage
à Ted Kennedy, dont le cercueil était exposé dans la
bibliothèque dédiée à son frère assassiné.
« Je suis probablement un des premiers de ses
commettants à qui Ted Kennedy est venu en aide », a
raconté Arnold Howe après s’être recueilli devant le
cercueil du sénateur décédé à 77 ans des suites d’une
tumeur au cerveau. « J’avais fait des études en économie
à Harvard et je voulais travailler dans une banque, mais
ce secteur était fermé aux Noirs à l’époque. Grâce à
l’intervention de mon sénateur, j’ai eu un poste au
département du Trésor », a ajouté le Bostonien de 77 ans
en tenant dans ses mains la précieuse photo attestant de
sa première rencontre avec le dernier des frères
Kennedy.
Des dizaines de milliers d’admi rateurs ont fait la
queue au cours des deux derniers jours pour rendre un
dernier hommage à Ted Kennedy, dont le cercueil était
exposé dans la bibliothèque dédiée à son frère
assassiné. La foule n’était pas uniquement composée de
citoyens du Massachusetts. S’y trouvaient également des
touristes américains et étrangers venus honorer la
mémoire d’un sénateur légendaire dont l’action a
contribué à la transformation des États-Unis et dont
l’influence s’est fait sentir dans plusieurs pays et
régions du monde, dont l’Afrique du Sud et l’Irlande du
Nord.
Mais ses électeurs de Boston et des environs étaient de
loin les plus nombreux. Et plusieurs d’entre eux, à
l’instar d’Arnold Howe, pouvaient raconter une ou
plusieurs anecdotes illustrant la façon dont Ted Kennedy
était intervenu dans leur vie.
« Mon père était maçon et il a subi une grave blessure
au dos en tombant d’un échafaudage », a raconté Jeanne
MacIsaac, qui était accompagnée de sa mère Nellie, âgée
de 78 ans. « Ayant à subvenir aux besoins de six enfants
et ne pouvant travailler, il a pris du retard dans ses
paiements hypothécaires, si bien que la banquemenaçait
de saisir notre maison. Mon père a envoyé une lettre au
sénateur Kennedy lui expliquant notre situation et nous
n’avons plus jamais entendu parler de la banque par la
suite. »
La situation du fiancé de Joanne Smith n’était pas aussi
dramatique. Employé des postes dans l’Ohio, il voulait
être muté dans le Massachusetts afin de pouvoir vivre et
travailler dans le même État que sa future épouse. Deux
semaines après avoir envoyé une lettre au sénateur
Kennedy, son voeu a été exaucé.
« Quand
on lui demandait quelque chose, il le faisait », a
déclaré Joanne Smith, qui a donné à sa fille le prénom
de la fille unique de Ted Kennedy, Kara.
Le hasard a voulu hier que la Bostonienne de 69 ans
puisse serrer la main de Jean Kennedy Smith, la soeur de
Ted Kennedy et l’unique survivante parmi les neuf
enfants de Rose et Joseph Kennedy. Comme plusieurs aut
res membres du clan bostonien, celle-ci a tenu à saluer
et à remercier personnellement les gens qui faisaient la
queue sous un soleil de plomb. Elle avait notamment été
précédée par son fils William, dont le procès pour viol
au début des années 90 avait contribué à ternir l’image
des Kennedy (il avait été acquitté).
Mais la ville de Boston et une bonne partie du monde ont
choisi d’oublier les zones d’ombre dans le passé du clan
Kennedy, dont le sénateur défunt était devenu le
patriarche aimé et admiré. « Merci Ted », pouvait-on
lire hier sur plusieurs affiches et panneaux de
signalisation de Boston et des environs.
« Sa passion et son francparler éta ient fortement
appréciés à Boston », a déclaré Owen Cahill, 23 ans,
casquette des Red Sox vissée sur la tête, au sortir de
la bibliothèque John Kennedy. « Son attitude ne plaisait
pas à tout le monde aux États-Unis, mais les Bostoniens
se reconnaissaient en lui. »
Même si elle a vu le jour en Haïti, Marie Pierre, 60
ans, se reconnaissait également en cet homme « qui s’est
toujours battu pour les moins fortunés ».
«
I l éta i t l a voix du Massachusetts, a-t-elle ajouté.
Il ne sera jamais remplacé. »
Ted Kennedy : Le Massachusetts pleure son sénateur
—
L’Amérique a entamé hier avec ferveur un hommage
national de trois jours à Ted Kennedy, dont la dépouille
a rejoint sous les applaudissements de milliers
d’admirateurs la bibliothèque dédiée à son frère dans le
fief familial de Boston au Massachusetts.
PHOTO BRIAN SNYDER,
REUTERS
Une foule compacte a
défilé hier soir respectueusement devant le cercueil
qui contient la dépouille du sénateur Ted Kennedy à la
bibliothèque John F. Kennedy de Boston.
Le cercueil du sénateur a quitté la demeure familiale
dans la station balnéaire de Hyannis Port où le dernier
des frères Kennedy est mort mardi à l’âge de 77 ans des
suites d’une tumeur au cerveau.
Trois heures plus tard, le corbillard suivi d’une
quinzaine de voitures est arrivé devant la bibliothèque
John F. Kennedy à Boston, après avoir été suivi en
direct tout le parcours par plusieurs chaînes de
télévision.
Tout le
long du t rajet , tant sur la route qu’en ville, des
dizaines de personnes accouraient pour voir passer le
cortège, jetant une fleur ou essuyant une larme. Des
employés penchés aux fenêtres de leurs bureaux agitaient
des drapeaux, sous un soleil éclatant.
Près d’une centaine de proches du sénateur défunt, avec
en tête Victoria, sa veuve, et Jean, sa soeur de 81 ans,
sont entrés dans le bâtiment où huit militaires ont
porté le cercueil couvert de la bannière étoilée. On
pouvait également voir Caroline Kennedy, nièce de Ted et
fille du président assassiné John F. Kennedy,
accompagnée de ses trois enfants.
Avant d’être enterré demain au cimetière militaire
d’Arlington près de Washington aux côtés de ses deux
frères John et Robert, le cercueil de Ted Kennedy doit
être exposé au public jusqu’à aujourd’hui dans cette
bibliothèque. Une garde d’honneur militaire doit veiller
le sénateur.
Le président américain Barack Obama, qui prononcera une
oraison funèbre pendant la messe prévue demain matin, a
décidé de se rendre à Boston dès ce soir en raison de
l’arrivée prévue sur les côtes nord-est de la tempête
tropicale Danny.
Obama-Kennedy, destins croisés - Vincent
Marissal
Le
destin des Kennedy n’a jamais été banal. Celui de Barack
Obama non plus. Alors, forcément, lorsque les deux se
rencontrent, cela ne peut donner que de grands moments.
PHOTO EVAN VUCCI,
ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Les
mots
de Ted Kennedy allaient devenir une grande source
d’inspiration pour Barack Obama. Le ralliement du
sénateur à sa campagne, au début de 2008, allait
boucler la boucle.
De telles rencontres, il y en a eu plusieurs ces
dernières années, au point où on peut vraiment parler de
destins croisés. La mort, cette semaine, de Ted Kennedy
survient d’ailleurs au moment où le président Obama
éprouve de sérieuses difficultés à faire accepter sa
réforme de la santé, un projet que le défunt sénateur a
porté à bout de bras toute sa carrière.
Après l’assassinat de John F. Kennedy, puis de son frère
Bobby, le flambeau démocrate revenait naturellement au
cadet, Ted. Mais le rêve de pouvoir de celui-ci est mort
en même temps qu’une petite amie dans les eaux de la
rivière Chappaquiddick un soir de fête.
Plusieurs auteurs qui se sont penchés sur la carrière de
Ted Kennedy estiment aussi qu’il n’était pas vraiment
prêt à devenir président, qu’il assoyait en fait ses
ambitions bien plus sur son nom légendaire que sur un
véritable programme politique ou une vision pour son
pays.
Lorsqu’il a tenté de ravir l’investiture démocrate, en
1980, Ted Kennedy avait le même âge que Barack Obama
aujourd’hui. Il était toutefois moins studieux, et même
un brin nonchalant. À la question: « Pourquoi
voulez-vous devenir président des États-Unis? », le
jeune Ted n’avait pas vraiment de réponse, ce qui avait
fait mauvaise impression auprès de la presse américaine.
Le jeune Obama, lui, n’a jamais eu de mal à répondre à
cette question.
Ted Kennedy était l’extension naturelle du rêve inachevé
de ses deux frères. Ironiquement, le rêve présidentiel,
en se brisant, allait donner naissance à un des plus
grands sénateurs de l’histoire des États-Unis.
En se retirant de la course à l’investiture démocrate,
en 1980, Ted Kennedy avait en quelque sorte prédit la
venue, un quart de siècle plus tard, d’un autre jeune
challenger, comme Barack Obama.
Les mots de Ted Kennedy – « Notre cause perdure,
l’espoir est toujours vivant et le rêve ne doit jamais
mourir » – allaient devenir une grande source
d’inspiration pour Barack Obama. Son ralliement à la
campagne de Barack Obama, au début de 2008, allait
boucler la boucle.
« Il fut un temps où un autre jeune candidat s’est lancé
à la course à la présidence en mettant les États-Unis au
défi de traverser de nouvelles frontières », avait dit
Ted Kennedy en faisant référence à JFK.
« Harry
Truman disait que nous avions besoin de quelqu’un de
plus expérimenté et avait demandé à JFK d’être patient,
avait poursuivi Ted Kennedy devant une foule survoltée à
l’American University de Washington. John Kennedy avait
répondu : " Le monde change, la vieille façon de faire
ne convient plus, le moment est venu pour une nouvelle
génération de leaders."
« C’est la même chose avec Barack Obama: dans l’urgence
d’agir maintenant, il a allumé une étincelle d’espoir. »
Ce discours allait planter un clou mortel dans le
cercueil de la campagne d’Hillary Clinton et propulser
Barack Obama vers la victoire. Celuici avouait
d’ailleurs récemment au journaliste et auteur Richard
Wolffe qu’il est devenu très émotif au point de perdre
momentanément ses moyens, lui qui est toujours si calme,
le jour où Ted Kennedy a prononcé ce discours.
Curieux détour du destin lorsque l’on pense que Barack
Obama, à son entrée au Sénat en 2004, se voyait plutôt
jouer un rôle modeste de deuxième, troisième ou
peut-être même de quatrième violon derrière les ténors
Ted Kennedy et Hillary Clinton. « Comme jeune sénateur
recrue, je me voyais apporter mon soutien et mes idées
pour aider à élaborer nos politiques, en santé,
notamment », disait-il encore à Richard Wolffe.
Avec la disparition de Ted Kennedy, le président Obama
perd non seulement le champion de la réforme du système
de santé, mais aussi un rempart du libéralisme aux
États-Unis.
Autant Ted Kennedy était adulé dans les rangs
démocrates, autant il était détesté chez les
républicains. Les républicains maudissaient ses réformes
en santé, en immigration ou celles en faveur de la
discrimination positive pour les Noirs.
Symbole du progressisme pour les uns, Ted Kennedy était
devenu l’antéchrist pour les autres. En fait, pour les
organisateurs républicains et les groupes de pression
alliés, Ted Kennedy était devenu le meilleur ennemi.
En 2004, par exemple, la National Rifle Association
avait contribué à la défaite du sénateur Tom Daschle
(une star démocrate à l’époque et leader de son parti au
Sénat) en distribuant massivement des dépliants le
caricaturant en pantin contrôlé par Ted Kennedy et
Hillary Clinton.
Aujourd’hui, alors que la famille démocrate enterre Ted
Kennedy, c’est le président Obama qui hérite seul du
lourd fardeau de continuer le combat de la vie du défunt
sénateur.
Il se retrouve aussi seul dépositaire du « rêve », de
l’« espoir », de la « cause », des mots qui sont
devenus, avec les Kennedy, des marques déposées du Parti
démocrate.
Carburer à la haine de Ted Kennedy -
RICHARD HÉTU
Les
commentateurs ne se sont pas lassés de le répéter
après le décès de Ted Kennedy : tout démocrate qu’il
était, le sénateur du Massachusetts avait ce don de
tisser des alliances et des amitiés avec ses collègues
républicains du Sénat afin de faire progresser ses
causes politiques.
Les sénateurs John McCain et Orrin Hatch ont témoigné
de ce talent vendredi soir lors d’un service funèbre
privé donné pour la famille et les amis du défunt à la
bibliothèque présidentielle John F. Kennedy. « Mon ami
irlandais me manquera », a déclaré M. Hatch, un des
républicains les plus conservateurs du Sénat, en
essuyant ses yeux embués par l’émotion.
Mais le patriarche de la famille Kennedy était aussi
la bête noire de quantité de républicains et de
conservateurs qui ont profité de sa mort pour exprimer
une dernière fois leur haine à son égard. Le
chroniqueur du Washington Times Andrew Breitbart a
donné le ton peu après l’annonce de sa mort en
publiant une série de messages incendiaires sur sa
page Twitter à propos de ce « tas de merde », ce «
vaurien », ce « salaud » et autres descriptions de la
même eau.
« Je suis plus que prêt à laisser tomber la bienséance
pour m’assurer que CET HOMME ne soit pas béatifié, a
écrit M. Breitbart. Désolé, il a détruit des vies. Et
il le savait. »
Les diatribes de M. Breitbart et de ses semblables
étaient évidemment aux antipodes des témoignages
entendus à Boston au cours des derniers jours. Dans
l’oraison funèbre qu’il a prononcée samedi lors des
obsèques de Ted Kennedy, Barack Obama a salué en lui
le « champion » des démunis, « l’âme du Parti
démocrate » et « le lion du Sénat ».
« Il n’était pas parfait, loin de là, mais mon père
croyait en la rédemption et il ne s’est jamais rendu,
n’a jamais cessé de vouloir corriger les erreurs,
qu’il s’agisse des siennes ou des nôtres », a pour sa
part déclaré son fils Ted.
Le sénateur avait lui-même tenu des propos semblables
dans une lettre envoyée au pape et lue par le cardinal
Theodore Carrick, un ami des Kennedy, qui a présidé à
l’inhumation du dernier représentant d’une dynastie
qui a marqué l’histoire américaine : « Je sais que
j’ai été un être humain imparfait, mais avec l’aide de
ma foi, j’ai tenté de revenir dans le droit chemin. »
Affaire Chappaquiddick
Les
critiques les plus féroces de Ted Kennedy lui ont
cependant refusé toute possibilité de rédemption.
Plusieurs d’entre eux ont réduit l’existence du
sénateur à l’affaire de Chappaquiddick, l’accident de
la route qui avait coûté la vie à Mary Jo Kopechne, il
y a 40 ans, au retour d’une soirée bien arrosée. La
jeune femme se trouvait aux côtés de Ted lorsque
celui-ci a perdu la maîtrise de son véhicule qui est
tombé d’un pont.
Après avoir réussi à s’extirper de la voiture, le
sénateur s’était enfui des lieux et avait attendu près
de 10 heures avant d’avertir les autorités. Il avait
été condamné à deux ans de prison avec sursis pour
délit de fuite.
« Mary Jo apprécie probablement la chance de botter le
derrière à celui qui l’a laissée se noyer dans cette
eau froide et embrouillée », a écrit un commentateur
anonyme sur le site internet du Dallas Morning News. «
Mais elle est au paradis et Teddy ne s’approchera
jamais de cet endroit. »
D’autres pourfendeurs de Kennedy ne lui ont jamais
pardonné son rôle dans le torpillage en 1987 de la
nomination du j uge conservateur Robert Bork à la Cour
suprême des États-Unis. Dans un discours à
l’emporte-pièce, le sénateur avait non seulement
dépeint le magistrat comme un adversaire du droit des
femmes à l’avortement et des libertés civiles, mais
également comme un partisan de la ségrégation raciale
et du créationnisme.
« Même si ses mesures législatives avaient amélioré le
sort de l’humanité, elles ne peuvent faire oublier les
deux faits qui doivent marquer sa personnalité à
jamais : la mort de Mary Jo Kopechne et la diffamation
de Robert Bork », a écrit Hadley Arkes, professeur au
collège Amherst, sur le site internet de
l’hebdomadaire conservateur National Review.
De son côté, la journaliste Maureen Callahan a
reproché aux féministes d’avoir passé l’éponge sur la
façon dont Kennedy avait traité les femmes dans sa vie
personnelle. Dans un article publié hier dans le New
York Post, elle a notamment fait allusion au portrait
dévastateur que le mensuel GQ avait consacré en 1990
au sénateur et à son penchant pour la boisson et les
très jeunes femmes.
« Personne n’est parfait, n’est-ce pas ? Mais comment
se fait-il qu’autant de femmes lui vouent aujourd’hui
une admiration sans bornes ? » s’est interrogé Mme
Callahan.
C’est peut-être que l’amour, comme la haine, rend
aveugle.
Les hauts et les bas d'un président
- Richard Hétu
Les hauts et les bas du président
- Richard Hétu
Un
président des ÉtatsUnis peut s’attirer les foudres
des « séparatistes » québécois en disant « Vive le
Canada » sur un certain ton. En revanche, il peut
semer la consternation chez les fédéralistes s’il
ne précise pas : « le Canada uni ».
De retour à la MaisonBlanche après une visite à
Ottawa, au cours de laquelle il avait prononcé un
discours à la Chambre des communes, Bill Clinton
avait tiré cette conclusion, en souriant, au cours
de l’un de ses 79 entretiens avec l’historien
Taylor Branch, qui a fait paraître, hier, un
ouvrage de 707 pages intitulé The Clinton Tapes.
« Même s’il était allé plus loin que la plupart
des présidents américains pour soutenir l’unité
canadienne, il avait tenté d’éviter d’enflammer
les passions des séparatistes du Québec », écrit
Branch en paraphrasant les propos du 42e président
américain à la suite de son allocution de février
1995 devant les parlementaires canadiens.
Les sensibilités canadiennes ne sont évidemment
qu’un des sujets abordés par Bill Clinton dans ses
entret iens avec Branch, enregistrés durant les
huit années de sa présidence.
Les médias américains ont déjà fait état des
confidences inédites de l’ex-président sur son
homologue russe Boris Eltsine, qu’il avait dépeint
en train d’essayer de héler un taxi en caleçon,
complètement ivre, devant Blair House, la
résidence des invités de la Maison-Blanche, pour
aller s’acheter une pizza ; sur sa prise de bec
violente avec le vice-président Al Gore après
l’échec électoral de celui-ci contre George W.
Bush en 2000; ou sur l’affaire Monica Lewinsky.
Il
a mis sa relation avec la jeune stagiaire sur le
compte du stress provoqué par la mort de sa mère,
la défaite des démocrates aux élections de
mi-mandat de 1994 et le scandale immobilier
Whitewater. « J’ai craqué, j’ai craqué, j’ai
simplement craqué », a répété Bill Clinton à
Taylor Branch.
Le titre du livre de Branch est quelque peu
trompeur. L’historien, célèbre pour sa biographie
magistrale de Martin Luther King, n’a pas eu accès
aux fameuses cassettes évoquées dans le titre de
son livre. Celles-ci sont la propriété de Bill
Clinton, qui les a longtemps cachées dans un
tiroir à chaussettes à la Maison-Blanche, de peur
qu’elles ne soient réquisitionnées par un de ses
inquisiteurs. Elles lui ont servi lors de la
rédaction de ses mémoires et elles constitueront
un matériel inestimable pour les historiens.
Ouvrage composé
Le livre de Branch n’est donc pas une
transcription exacte de ses entretiens avec Bill
Clinton, qui en est l’instigateur. Il s’agit
plutôt d’un ouvrage composé à partir des notes que
l’historien a lui-même enregistrées après ses
rencontres avec le président, dont il est l’ami
depuis les années 70. Les citations directes sont
donc rares, mais The Clinton Tapes permet
néanmoins de revivre en temps réel les hauts et
les bas de la présidence d’un politicien haut en
couleur.
On y apprend notamment que le flair politique de
Bill Clinton n’était pas infaillible. Ainsi ,
contrai rement à sa femme Hillary et à Al Gore,
l’ancien président était persuadé que le général à
la retraite Colin Powell briguerait la
Maison-Blanche en 1996 sous la bannière
républicaine.
« Sa prédiction erronée à propos de Powell a
semblé le ronger », écrit Branch, tout en
précisant que Bill Clinton était soulagé de ne pas
avoir à affronter l’ancien militaire.
Ce que les États-Unis savaient sur le
complot d’Al-Qaeda
WASHINGTON — Les espions américains avaient
rassemblé ces derniers mois des indices sur la
préparation d’un attentat d’Al-Qaeda hors des
frontières du Yémen et se préparaient à agir pour
l’empêcher, mais des informations cruciales ont
passé au travers des mailles du filet.
Selondes responsablesdurenseignement, une série de
signes annonciateurs de l’attentat raté du 25
décembre contre un avion de ligne se sont succédé à
partir du mois d’août, date à laquelle l’Agence pour
la sécurité nationale (NSA) aurait intercepté des
conversations entre agents d’AlQaeda au Yémen.
La NSA, les «oreilles» des services de renseignement
américains, capte alors une discussion évoquant le
recrutement d’un Nigérian pour exécuter un attentat,
selon le New York Times.
Le même mois, Al-Qaeda fournit la preuve de sa
montée en puissance au Yémen, en envoyant un
kamikaze depuis ce pays vers l’Arabie Saoudite pour
tenter d’y tuer le responsable de la lutte
antiterroriste du royaume chérifien, le prince
Mohammed ben Nayef ben Abdel Aziz.
L’attentat échoue mais le gouvernement saoudien
aurait informé le principal conseiller en
contre-terrorisme du président américain Barack
Obama que l’homme avait dissimulé un puissant
explosif dans son slip, la même technique employée
par le jeune Nigérian le jour de Noël.
En septembre, Michael Leiter, le directeur du Centre
national de l’antiterrorisme (CNTC), prévient lors
d’une audition parlementaire que le réseau d’Oussama
ben Laden est désormais solidement implanté au
Yémen.
Quelques semaines plus tard, le père du Nigérian
accusé d’avoir tenté de faire exploser un avion à
destination des États-Unis à Noël, Umar Farouk
Abdulmutallab, alerte la diplomatie américaine sur
la radicalisation de son fils et ses liens avec des
extrémistes au Yémen.
Le nom du jeune musulman de 23 ans est alors
transmis aux agences américaines de renseignement,
dont le CNTC, et inscrit sur une vaste liste de
personnes suspectées de liens avec des terroristes,
selon des responsables.
Mais
son père n’ayant pas fait état d’un possible
attentat, son nom n’est pas ajouté à la liste des
personnes interdites de vol vers les États-Unis. Et
personne ne se rend compte qu’il possède un visa.
Pendant ce temps, l’inquiétude monte à Washington
visà-vis des menaces d’attentat provenant du Yémen.
À la mi-décembre, les États-Unis ordonnent deux
vagues de frappes de missiles contre des camps
d’entraînement d’AlQaeda dans le pays, selon des
informations de presse.
Mais les responsables américains ne sont pas au
courant des informations sur Umar Farouk
Abdulmutallab qui auraient permis de déjouer la
tentative d’attentat imminente.
À peu près au même moment, le suspect nigérian
achète son billet d’avion en argent liquide au
Ghana.
Le 25 décembre, il embarque à Amsterdam à bord du
vol 253 de Northwest, à destination de Detroit.
Alors qu’il a déjà décollé, la police américaine aux
Frontières repère son nom sur une base de données
des personnes suspectes, où figurent 500 000
personnes, d’après un responsable américain. Ils
prévoyaient l’interroger à son arrivée, selon la
procédure standard.
Pour la Maison-Blanche, le problème n’était pas un
manque d’information, mais l’incapacité à faire le
lien entre les projets d’Al-Qaeda et les inquiétudes
soulevées au sujet d’Abdulmutallab.
Le renseignement «n’est pas une science, c’est un
art», commente Bruce Riedel, ancien de la CIA et
expert en antiterrorisme à l’institut Brookings.
«Après coup, cela semble toujours logique. Les
indices convergent. Mais dans le monde réel, ce
n’est pas aussi simple», assure-t-il.
DES COMPTES À RENDRE
Barack Obama réunit aujourd’hui les responsables
des services de renseignement après avoir montré du
doigt les carences « inacceptables » qui ont permis à
Al-Qaeda de commettre un attentat – raté – contre un
avion de ligne américain. Plus de huit ans après les
attentats du 11 septembre et malgré des milliards de
dollars investis, les services américains ont subi un
grave revers lorsque Umar Farouk Abdulmutallab a réussi
à monter à bord d’un avion avec des explosifs. L’enquête
a montré que le père de ce musulman de 23 ans avait
alerté en novembre la diplomatie américaine au sujet de
son fils. Mais l’information transmise aux services de
renseignement n’a pas été recoupée ni partagée par les
différentes administrations.
Un complot d’Al-Qaeda à New York ? - Richard
Hétu
L’acte d’inculpation d’un Afghan de 24 ans soulève
plusieurs questions
Les autorités américaines ont-elles déjoué le
premier complot terroriste ourdi par une cellule
active d’AlQaeda aux États-Unis depuis les attentats
du 11 septembre 2001?
NEW YORK —
PHOTO CHRIS
SCHNEIDER, ASSOCIATED PRESS
Arrêté à Aurora, au
Colorado, samedi dernier par des agents du FBI,
Najibullah Zazi, un chauffeur de navette à
l’aéroport de Denver, a été inculpé hier par un
tribunal fédéral de New York.
C’est une des questions soulevées par l’inculpation
d’un Afghan de 24 ans vivant au Colorado pour avoir
« intentionnellement comploté avec d’autres pour
utiliser une ou plusieurs armes de destruction
massive » contre des cibles indéterminées sur le
territoire américain entre le 1er août 2008 et le 29
septembre 2009.
Najibullah Zazi, chauffeur de navette à l’aéroport
de Denver, a été inculpé hier par un tribunal
fédéral de New York. Selon les autorités
américaines, il a déjà reconnu devant le FBI avoir
séjourné dans un camp d’AlQaeda au Pakistan en 2008
avec des associés pour suivre une formation sur
l’utilisation d’armes et d’explosifs. Un tribunal
fédéral du Colorado ne l’avait pas moins déjà
inculpé samedi dernier pour avoir menti à des agents
fédéraux.
«Quel a été le rôle d’Al-Qaeda dans ce complot
présumé ? Nous ne le savons pas encore», a répondu
Steven Emerson, auteur de plusieurs livres sur la
menace terroriste aux ÉtatsUnis. «Mais nous savons
qu’un des suspects a reçu l’aide d’AlQaeda au
Pakistan. Reste à voir si Al-Qaeda a orchestré cette
opération.»
Depuis le 11 septembre 2001, les autorités
américaines ont déjoué aux États-Unis quantité de
complots terroristes dont les suspects n’avaient
utilisées dans les attentats contre le métro de
Londres en 2005. Le suspect se serait procuré
cerZazi à «un autre individu» à qui il aurait
demandé, sur un ton de plus en plus pressant, des
préSelon les autorités américaines, Najibullah Zazi
a déjà reconnu devant le FBI avoir séjourné dans un
camp d’Al-Qaeda au Pakistan en 2008 avec des
associés pour suivre une formation sur l’utilisation
d’armes et d’explosifs. aucun lien avec
l’organisation d’Oussama ben Laden.
Selon l’acte d’accusation, Zazi possédait sur son
ordinateur des instructions sur la manière
d’utiliser des produits chimiques ménagers pour
fabriquer une bombe semblable à celles tains des
ingrédients auprès de fournisseurs de salons de
beauté et aurait commencé à les mélanger le 6
septembre dans un hôtel muni d’une cuisine, à
Aurora, au Colorado.
Les autorités ont intercepté des appels
téléphoniques de cisions sur la façon de mélanger
les ingrédients nécessaires à la fabrication d’une
bombe.
« Le
gâteau de mariage est prêt », aurait écrit Zazi dans
un texto, faisant allusion à une bombe, selon les
autorités policières.
Mais le suspect n’avait pas terminé la fabrication
d’une première bombe lorsqu’il a loué une voiture
pour se rendre à New York, où il est arrivé le 9
septembre. La veille, selon l’acte d’accusation, il
avait fait une recherche sur l’internet pour trouver
un magasin de rénovation résidentielle dans Queens
où il voulait acheter de l’acide chlorydrique, un
autre ingrédient qui lui aurait permis de fabriquer
une bombe.
En arrivant à New York, Zazi a appris qu’il était
suivi par la police. Il est retourné au Colorado le
12 septembre.
La police de New York a arrêté samedi dernier un
imam new-yorkais, Ahmad Wais Afzali, 37 ans, dans la
même affaire. Tout informateur de police qu’il est,
Afzali est celui qui a mis au courant Zazi de
l’enquête policière dont il faisait l’objet. Il a
été inculpé pour avoir fait de fausses déclarations
à la police et mis en liberté moyennant une caution
de 1,5 million de dollars.
Le père du principal suspect dans cette affaire,
Mohammed Zazi, 57 ans, a également été inculpé pour
avoir menti à la police et mis en liberté contre
caution.
Najibullah Zazi, résidant légal, est soupçonné
d’avoir voulu faire sauter des bombes sur des trains
desservant New York.
L’acte d’accusation n’identifie pas les complices de
Zazi. Le document utilise l’expression « armes de
destruction massive » comme elle le fait dans toutes
les affaires impliquant des explosifs.
« Elvis », Al-Qaeda et Guantánamo -
Judith LaChapelle
1 Où
est Oussama ben Laden?
2 L’organisation Al-Qaeda représente-t-elle encore une
menace?
Le 11 septembre 2001, des kamikazes d’Al-Qaeda ont
détourné quatre avions de compagnies aériennes
américaines. Deux ont détruit les tours jumelles du
World Trade Center de New York, un troisième a frappé
le Pentagone à Washington, et un quatrième s’est
écrasé dans un champ, en Pennsylvanie. Huit ans plus
tard, La Presse fait le point en huit questions.
Surnommé « Elvis » par certains agents de la CIA, à
cause des nombreuses fausses pistes sur lesquelles ils
ont été lancés pour le retrouver, Oussama ben Laden
serait quelque part isolé au Pakistan. L’alliance
d’Al-Qaeda avec les talibans commencerait cependant à
s’effriter, ce qui donne espoir aux Occidentaux
d’attraper le chef fugitif. Ben Laden diffusera-t-il
encore un message à l’occasion de l’anniversaire des
attaques du 11 septembre? À suivre. Les experts sont
divisés. Concentrés dans le Waziristan pakistanais,
les dirigeants d’Al-Qaeda n’ont pas réussi, à part les
bombes qui ont explosé à Madrid en 2004 et Londres en
2005, à répéter une attaque aussi spectaculaire que
celle du 11 septembre. L’organisation peinerait à
recruter de nouveaux combattants et doit s’associer à
d’autres mouvements islamistes armés pour faire sa
promotion. Mais le réseau est « toujours très capable
» de s’attaquer aux États-Unis, selon le chef
d’état-major américain Michael Mullen.
3 Qu’est devenu le cerveau présumé, Khalid Sheikh
Mohammed?
Il était apparu hagard et hirsute sur les photos
diffusées après son arrestation en 2003. Le revoilà
avec une longue barbe poivre et sel, revêtu de
l’irham, un grand drap blanc rituel qui recouvre les
cheveux et le haut du corps, sur une photo prise en
juillet et diffusée récemment sur le web. L’homme
présente une ressemblance frappante avec certaines
images de propagande d’Oussama ben Laden, souligne
l’AFP. Khalid Sheikh Mohammed, toujours emprisonné à
la base navale américaine de Guantánamo, a reçu une
visite de la Croix-Rouge qui a pris le cliché destiné
à être remis à sa famille et non à être diffusé.
4 Que deviendront les détenus de Guantánamo?
Le président américain Barack Obama a annoncé la
fermeture de Guantánamo avant la fin de l’année, mais
le sort de ses détenus, dont Khalid Sheikh Mohammed,
n’est pas clair. La prison compte encore 226 détenus.
Selon l’AFP, la Maison-Blanche transférera entre 50 et
80 prisonniers vers d’autres pays. Quelques dizaines
de détenus seront inculpés, certains dirigés vers des
tribunaux de droit commun, d’autres vers des tribunaux
militaires d’exception. Mais il faudra avant tout
convaincre le Congrès...
5
Comment avancent l es travaux de reconstruction à
Ground Zero?
Plutôt lentement. Les travaux ont commencé pour
seulement deux des cinq gratte-ciel prévus et ne
seront assurément pas terminés avant plusieurs années.
L’an dernier, les autorités ont déclaré que le
mémorial, la « Freedom Tower » (qui doit atteindre 514
mètres) et le noeud souterrain de transports
ouvriraient entre 2011 et 2014. Les tours de bureaux
seront construites, quant à elles, lorsque la
conjoncture économique le permettra.
6 Où peut-on voir des images des attaques?
Le National September 11 Museum And Memorial n’a pas
encore pignon sur rue – il devrait ouvrir dans trois
ans – mais met déjà en ligne
(makehistory.national911memorial. org) des images des
attaques – souvent très dures – captées par des
citoyens.
7 Comment le 11 septembre est-il enseigné à l’école?
« Dans quelques années, nous enseignerons à des élèves
qui n’étaient pas encore nés au moment des attentats
», a expliqué à l’Associated Press Anthony Gardner, du
Fonds d’éducation du 11 s eptembre. Un programme
d’enseignement des événements sera d’ailleurs testé
cette année à New York et dans six États.
8 Comment va-t-on commémorer l’événement aujourd’hui ?
Le 11 septembre est désormais la « Journée nationale
du service et du souvenir », pour souligner
l’importance du bénévolat. Ce matin, à partir de 8h40
sur le site du WTC, des bénévoles liront publiquement
les noms des 2751 victimes des attaques.
ÉTATS-UNIS De plus en plus d’enfants ne
mangent pas à leur faim
WASHINGTON
— Plus d’une famille américaine sur sept, soit
49millions de personnes, a eu du mal à se nourrir
correctement en 2008, soit le taux le plus important
de sous-alimentation depuis que le ministère de
l’Agriculture a commencé à tenir les comptes de la
sécurité alimentaire aux États-Unis, en 1995.
Ce sont donc 14,6% des foyers américains qui peinent
à remplir les assiettes des leurs, comparativement à
11,1% de foyers en proie à l’«insécurité
alimentaire», selon le classement du ministère,
c’est à dire n’ayant pas suffisamment à manger pour
mener une vie saine et active.
Dans un communiqué, le président Barack Obama a
qualifié ces conclusions de «dérangeantes», notant
que d’autres indicateurs d’insécurité alimentaire
étaient à la hausse, dont le nombre de demandes pour
bénéficier des coupons de nourriture.
«La première tâche est de restaurer la croissance
de l’emploi, qui aidera à soulager les pressions
économiques qui rendent difficile pour les parents
le fait de mettre un vrai repas sur la table
chaque jour», a-t-il ajouté.
Et le secrétaire à l’Agriculture, Tom Vilsack, a
dit craindre que ces chiffres ne s’aggravent
encore en 2009 à cause du ralentissement
économique.
Selon ce même rapport, rendu public alors que
s’est ouverte à Rome la conférence de la FAO
(Organisation des Nations unies pour l’agriculture
et l’alimentation) consacrée à l’insécurité
alimentaire dans le monde, 16,7 millions d’enfants
n’ont pas eu assez à manger aux États-Unis en
2008, soit 4,3 millions de plus qu’en 2007.
Prisons californiennes : Surpopulation, émeutes
et chaos - Nicolas Bérubé
Le
système carcéral californien craque de partout.
Aujourd’hui, l’État le plus populeux des ÉtatsUnis
dépense plus d’argent pour détenir ses 168 000
prisonniers que pour faire fonctionner son réseau
d’universités. Un bourbier dont le gouverneur
semble inc
Les premiers signes du chaos qui a englouti le
centre correctionnel de Chino, le 8 août dernier,
sont d’abord apparus sur l’internet.
PHOTO AP
Les prisons débordent en
Californie, et la prison d’État à Los Angeles ne
fait pas exception. Au début des années 80,
l’État comptait 20 000 détenus. Aujourd’hui, ils
sont près de 170 000.
« Des prisonniers lancent des objets au x ga rdes
», a annoncé un usager du réseau Twitter peu après
20 h (heure locale).
« Des incendies sont allumés et ne sont pas
maîtrisés, a dit une seconde source. Les émeutes
ont lieu dans l’aile de sécurité maximale de la
prison. »
Ce soir-là, des images d’enregistrements vidéo
amateurs retransmises aux informations télévisées
montraient des flammes qui s’élevaient au-dessus
de cette prison surpeuplée, en banlieue de Los
Angeles.
Rob Wyatt, l’un des premiers pompiers arrivés sur
place, a été accueilli par une scène de chaos. «
Il y avait des choses éparpillées partout...
C’était stressant. Nous avions deux gardes armés
pour protéger le périmètre où nous travaillions. »
Un système en crise
L’émeute, la pire à survenir dans cet
établissement de 60 0 0 détenus, opposait les
Latino-Américains et les Noirs. Plus de 250
prisonniers ont été blessés, et 55 ont été
hospitalisés.
L e lendemain matin , la d i rec tion de la prison
a constaté l’étendue des dégâts. L’endroit
semblait avoir été frappé par une catastrophe
naturelle. Un gymnase transformé en dortoir a été
complètement saccagé. Les matelas éventrés et
brûlés gisaient par terre. Dans les toilettes, les
lavabos avaient été arrachés un par un. Ils
étaient en miettes, sur les planchers recouverts
d’eau boueuse et de sang.
Au centre cor rec tion nel de Chino, comme dans
les autres prisons californiennes, le problème de
surpopulation est criant. Ouvert dans les années
30, le pénitencier a été conçu pour 3000 détenus.
Aujourd’hui, ils sont plus du double dans
l’établissement, dont les gymnases ont été
transformés en dortoirs de fortune.
Un
rapport dévoilé ce moisc i pa r le Ca li for n ia
State Auditor montre que le système carcéral
californien est en crise.
« L’e x p l o s i o n d e s p r o - blèmes du
système correctionnel – la surpopulation, le v iei
l l issement des pr ison niers, les coûts du
person nel – est difficile à c i rconsc r i re en
ra ison du ma nque d ’i n for mation », peut-on y
lire.
Loi des trois prises
L’une des causes de l’engorgement du système
californien est la fameuse loi des « trois prises
» : après la troisième arrestation, les criminels
sont automatiquement condamnés à la prison à vie.
Cette mesure s’applique autant aux revendeurs de
drogue et aux tueurs qu’à ceux qui sont arrêtés
pour avoir volé une pinte de lait.
Résultat : près de 25 % des prisonniers en
Californie sont détenus en raison de la loi sur
les « trois prises ».
Selon l’analyste politique David Dayen, ce sont
des changements aux lois et l’attitude « dure à
cuire » des politiciens californiens qui ont
provoqué la crise.
«Les prisons californiennes faisaient autrefois
l’envie de tout le pays, note-t-il. Or, des
politiciens qui voulaient se bâtir une réputation
de "durs envers les criminels" ont pris les
leviers de l’État, adopté plus de 1000 nouvelles
lois entraînant des peines de plus de 30 ans, et
le système est rapidement devenu engorgé.»
Au début des années 80, l’État comptait 20 000
prisonniers. Aujourd’hui, il y en a près de 170
000.
« La surpopulation rend la réadaptation
impossible. Les petits criminels se radicalisent,
les droits des détenus sont bafoués, les soins
médicaux sont refusés, explique M. Dayen. Et les
coûts du système explosent à chaque détour.»
Schwarzenegger contre les juges -
Nicolas Bérubé
LOS ANGELES — Au début de l’été, Arnold
Schwarzenegger s’est mesuré aux législateurs de la
Californie, réticents à appuyer son budget rempli
de coupes. Aujourd’hui, les juges de l’État sont
les nouveaux adversaires du gouverneur.
Le gouverneur de la
Californie, Arnold Schwarzenegger, s’est rendu
au centre correctionnel de Chino peu de temps
après l’émeute qui a secoué la prison au mois
d’août. Le programme du gouverneur pour
désengorger les prisons de l’État ne fait pas
l’unanimité.
Schwarzenegger a déposé en septembre un programme
qui vise à désengorger les prisons. Or, ce plan ne
répond pas aux exigences déterminées par un comité
de trois juges de l’État, qui ont décidé que la
population carcérale devait être réduite de 40 000
prisonniers d’ici deux ans.
Dans leur rapport remis en août, les juges se sont
dits « estomaqués » par l’ampleur du désastre.
« Certains des plus éminents administrateurs de
prisons au pays n’avaient jamais été placés devant
des conditions d’inca rcération pa reilles »,
écrivent-ils.
«L’approche de tolérance zéro sur le crime et le
manque de volonté de débloquer les fonds
nécessaires pour soutenir l’augmentation de la
population carcérale ont mené la Californie au
bord de la catastrophe. Un nombre significatif de
détenus sont morts parce que l’État a failli dans
sa tâche d’offrir des traitements médicaux
adéquats.»
Réduire les peines
L e gouver neu r propose plutôt de réduire de 18
000 le nombre de prisonniers, en envoyant des
détenus purger leur peine dans d’autres États où
les prisons peuvent les accueillir. Schwarzenegger
propose aussi de bâtir de nouvelles prisons et de
changer les règles régissant les peines.
«
Nous devons trouver une façon de sabrer les coûts
et de réduire la surpopulation, mais sans
compromettre la sécurité publique », a-t-il dit.
L’ idé e de réduire les peines pou r les futurs
conda m nés et de relâcher les prisonniers avant
la fin de leur peine a été vivement critiquée cet
été par les élus républicains, qui s’opposent c
atégor iquement à toute mesure en ce sens.
Selon le leader de la m i nor ité républ ic a i ne
de l’assemblée de l’ État, Sam Bla ke sle e , de
nouvel le s dépenses seront nécessaires. « Or, je
crois que les solutions proposées par le
gouverneur seraient beaucoup plus coûteuses à long
terme pour la société. »
Devant la Cour suprême ?
C’est aux États-Unis que l’on trouve la plus
grande population carcérale du monde. En 2008,
plus de 2,3 millions de personnes étaient derrière
les barreaux, soit 1 adulte sur 100. La Californie
est l’État où il y en a le plus. L’État dépense
aujourd’hui 9,5 milliards annuellement dans le
système carcéral, soit plus que pour le
financement du réseau d’universités.
Plusieurs critiques notent que l’augmentation des
coûts coïncide également avec l’obtention
d’importants avantages par les employés des établ
issements ca rcérau x . Ceux-ci touchent de
substantielles primes d’heures supplémentaires, et
on a augmenté leurs salaires plusieurs fois au
cours des dernières années. Ils sont aujourd’hui
les mieux payés au pays.
En défiant l’ordre des juges de son État, le
gouverneur, qui entame sa dernière année au
pouvoir, pourrait bien déclencher une bataille
judiciaire dont l’issue sera déterminée devant la
Cour suprême du pays.