Conflits
humains divers...
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AUTRES MÉDIAS |
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Kosovo
and Rwanda: Selective Interventionism?
After
the Rwandan genocide 20 years ago, we said 'Never
Again'. Did we mean it?
Egypt/Sudan: Traffickers Who Torture
Human trafficking in the Sinai: to fight it we need to
know it
Rights group: Egypt turns blind eye to human trafficking
in Sinai
Review
of Human Trafficking in the Sinai: Refugees Between Life
and Death
Ransom,
Collaborators, Corruption: Sinai Trafficking and
Transnational Networks : A Case Study of the Eritrean
Migration System from Eritrea to Israel
Syrian violence reaches Assad's doorstep
Syrie
- Un attentat frappe Damas
L'armée
d'al-Assad est prise comme cible à Deraa - Syrie: Moscou
propose une résolution au Conseil de sécurité
Death
toll in Syria exceeds 5,000, including 300 children
L'Union
européenne sévit de nouveau - La Syrie dénonce les
sanctions arabes
L'ONU
accuse Damas
Syria's
crimes against humanity include sexual torture, electric
shock: UN report
Arab League sanctions against Syria are welcome - Globe
Editorial
L'ONU
rapporte des «crimes contre l’humanité» par les forces
syriennes
Syrie
- La Ligue arabe adopte des sanctions contre Damas
Damas
reste inflexible
Prêt à
mourir
Syrie
- Riyad presse Damas d'appliquer le plan arabe
Crise
syrienne - Assad préfère la mort au départ
La
Syrie est au bord de la «guerre civile»
‘Untouchable’ Assad ruled by duty to family
Répression
en Syrie - L'abandon
Menace
de sanctions économiques - La Ligue arabe donne trois
jours à la Syrie pour stopper la violence
Damas
s'indigne - Le printemps de la Ligue arabe
The Arab League awakening
Le
régime libère 1000 prisonniers - Les pressions sur Damas
augmentent
Options dwindling for
Assad regime as Arab League suspends Syria
Only two powers can stop Syria’s brutality - Globe
Editorial
La Turquie n’a plus confiance dans le régime syrien
Le
roi de Jordanie appelle le président Assad à quitter le
pouvoir - Damas dénonce un «complot»
La
Ligue arabe lâche la Syrie
King of Jordan says
Assad should step down
Arab League to Syria: Stop violence or face suspension
Le
Conseil national syrien exhorte les pays arabes à le
soutenir
En
bref - Syrie: l'opposition veut une protection de l'ONU
Une
bouée de sauvetage du régime?
Syrie:
20 morts malgré le plan arabe
Sincère, Assad ?
3 reasons why the Libyan war model won't work in Syria
La
Turquie s'invite en Syrie - L'abandon
En
cas d'action des Occidentaux - Assad parle de «séisme» au
Proche-Orient
Syrie
: la Ligue arabe se pose en médiateur
The
tactics of intervention: Why Syria will never be Libya
LES
TENTACULES DU RÉGIME SYRIEN
Massacre à huis clos
Votre
silence nous tue
L'ONU
craint
une
guerre civile en Syrie
Syria’s bizarre and
brutal plot to silence protests comes to the U.S.
Conflit
libyen - Syrte est «presque» conquise
Le
régime de Damas met en garde contre toute reconnaissance
de l'opposition
Washington
est outré - L'Occident dénonce le veto sino-russe sur la
Syrie à l'ONU
Death toll in Syria up to 2,900, UN says
Syrian repression knows no bounds
Libya-style warfare is no solution for Syria, activists
say
Les
affrontements entre militaires et déserteurs se
multiplient en Syrie
La
pression internationale s'accentue sur la Syrie
Damas
accusé de « crimes contre l'humanité » - Dix-sept
personnes périssent à Homs
L'Union
impose un embargo au pétrole syrien
Les bouchers de Damas
Syrie
: la répression persiste
L'armée
encercle Rastan - Syrie : les défections augmentent
Al-Assad: backed himself into a corner - Globe editorial
Thousands of Syrians march against Assad, 3 killed
Rapport
de l'ONU - Les Syriens ont un besoin «urgent» d'être
protégéss
Syrie:
encore des dizaines de milliers de manifestants
Syrie
- Faire taire le caricaturiste
Déjà
2200 morts en Syrie, selon L’ONU
Un
recours à la force en Syrie est voué à l'échec, dit Assad
Répression
en Syrie - Les Prussiens d'Orient
Syria’s security forces face a moral choice
Quand la sauvagerie va trop loin
Le régime Assad isolé
L'Occident
demande
le départ d'Al-Assad
Syrie:
le
président
Barack Obama pousse Bachar al-Assad à quitter le pouvoir
Syrie
:
à
la Pinochet !
Des
menaces
de
mort
Syrians
‘will
not
kneel’
before
the Assad regime
Syrie:
au
tour
de
la
marine
d'ouvrir le feu sur les civils
Harper
veut
des
sanctions
plus
sévères
contre la Syrie
There's no happy ending to Syria’s power struggle
25
morts en Syrie
Syria defies global reproach; launches new military raids
Crackdown intensifies in Syria amid calls to end bloodshed
Syrian tanks pound city, Saudi king condemns violence
Nouvelle vague de répression
Crise
en
Syrie
-
Obama,
Sarkozy
et
Merkel
«condamnent»
la
violence
Massacre
en Syrie - De la mollesse
At the UN, democracies forget Syria’s democrats - Globe
Editorial
Crise
en Syrie - L'ONU condamne la répression
Crackdown in Syria continues as death toll rises
Crise
en Syrie - Le Conseil de sécurité en conclave
Crise
syrienne - L'ONU se réunit d'urgence, toujours divisée
Les
pressions internationales sur le régime syrien se
multiplient
La répression s’intensifie en Syrie
La
troupe fait feu sur la foule à Damas
Photos
from the raid in #Banyas, #Syria
Machine à torture
Syrian forces in violent crackdown as thousands protest
Crise
en Syrie - Plus d'un million de Syriens manifestent
La
vraie nature du régime syrien
Soulèvement
en Syrie - Dieu s'invite
Syrie
- La répression s'intensifie
Syrie
- Damas manie la carotte et le bâton
«
Bachar al- Assad est ton seul Dieu »
Syrie
- Assiégée, Hama ne se rend pas
La
révolution démocratique s'intensifie en Syrie - Plus de
500 000 protestataires dans la seule ville de Hama
Analyse
- Damas ou la stratégie de la diversion
Le
petit
salopard
« Des hommes coupés vivants »
The EU must target Syria's merchant class
Syrie
- Le silence du monde arabe
« Notre espoir est plus grand que notre peur »
Des
hélicoptères d'al-Assad tirent sur la foule
L’horreur,
encore
Où est la blogueuse Amina?
Crise
en Syrie - L'armée se serait mutinée dans le nord
Hamza, le visage de la révolution
Le boucher de Damas
SILENCE, ON TUE
Syrie
- Damas est sous pression
Washington
sévit contre Al-Assad, qui bombarde l'ouest de la Syrie
Sanctions américaines contre Assad
Les
pressions de l'étranger augmentent - Syrie : l'opposition
appelle à la grève générale
A hard road to Damascus
Massacres
en Syrie - Le Pinochet syrien
Offensive
contre al-Assad à l'ONU
Pas si simple, la Syrie
Abandonnés en pleinemer
La nouvelle arme de Kadhafi
Why
Intervention in Libya was Justified
Gaddafi's last stand: Embattled leader threatens to
'burn all of Libya' if protesters do not cease in their
bid to overthrow him
Libya
is a disaster we helped create. The west must take
responsibility
The
Top Ten Myths in the War Against Libya
"Lessons from Libya: How Not to Intervene"
NATO’s War on Libya – Not a Humanitarian Intervention
Bombarder d’abord, poser des questions ensuite
Les
rebelles adoptent une position défensive près de Tripoli
L'OTAN
refuse de parler d'enlisement en Libye
Arrest warrant for Gadhafi a new complication for NATO
Cracks showing in NATO’s Libya strategy
The Libyan adventure is making action on Syria harder -
Globe editorial
Why Elizabeth May refuses to be a rubber stamp in the
Commons
NATO’s
Libya
'hope'
strategy
is
bombing
As
Libyan
hostilities
escalate,
some
contradictions
take
shape
De la responsabilité de protéger
(Et si la communauté internationale se décidait à ne tout
simplement pas laisser libre cours à la barbarie ?...)
This
may be peace for Canada – it won’t be a lasting calm
Flag-waving aside, Libya mission merits celebration
Obama sends U.S. troops to capture Lord’s Resistance Army
chief
... et de ses limites !
Entrevue
avec Rory Stewart - Leçons de réalisme
Libye
- Le défi de la paix
La dure responsabilité de protéger
On Libya, Harper – and the West – have played their cards
well - John Ibbitson
L'après-Kadhafi
Libye
- Des manifestants dénoncent l'opacité du CNT
Les
Amazighs dans la rue
La
paix libyenne sous la menace des violences tribales -
«J'ai vu beaucoup de révolutions. Ceci n'en est pas une»
Shariah law declaration raises concerns in new Libya
Mission incomplète
Mort
de Kadhafi - Le fardeau de la démocratie
Libye
: et maintenant?
La mort d’un dictateur
«Kadhafi
a rencontré son destin»
«Ça,
c'est Misrata, chien!»
'Moammar
Gadhafi has been killed,' Libyan PM says
With Gadhafi's death, Libyans face an unknown rebirth
Moammar Gadhafi killed as Libyan rebels rejoice
Gadhafi’s
four-decade descent from revolutionary to crazed tyrant
In
quotes: the words of Libya's dictator
Mouammar
Kadhafi, un dictateur sanguinaire, imprévisible et
incontrôlable
Kadhafi
tué dans la chute de Syrte
Les
combats sont intenses à Syrte - Voyage éclair de Clinton à
Tripoli
Le
dernier
carré
des fidèles de Kadhafi - Chute imminente de Syrte
Lettres
-
La
prostitution légalisée, un bienfait?
Syrte
: les derniers pro-Kadhafi sont encerclés
Les
combats se poursuivent autour de Syrte - Kadhafi se
cacherait non loin de l'Algérie
L'intégration
juive, question délicate de l'après-Kadhafi
Une bonne nouvelle
Le
CNT veut que l'islam inspire les lois en Libye
Peu
de femmes au sein du nouveau pouvoir
La
gestion de l'après-Kadhafi - La crédibilité du CNT
L’après- Kadhafi s’organise
Libye
- Qui dirige les forces insurgées?
Les périls de l’après- Kadhafi
Many
challenges still remain in post-war Libya
L'unité
du pays se fera autour du pétrole
Le
robinet de l'Europe
Rebel miscommunications incite fear of chaos in Libya
Libyan spring? Not so fast - MARGARET WENTE
Conflit
libyen - Les scissions
L’après-
Kadhafi
China
offered Gadhafi huge stockpiles of arms: Libyan memos
Libye
- La crise inquiète les pays voisins
Le
contentieux libyen - Algérie honnie
Derrière
l'aveu d'Alger
L’Algérie plus embarrassée que jamais
Libye
- Sarkozy et Cameron sont accueillis en héros à Benghazi
et à Tripoli
Libye:
les rebelles entrent à Bani Walid et s’approchent du coeur
de la ville
Libye
- La bataille de Bani Walid a commencé
Libyan rebels converge on Gadhafi stronghold
Libye
– Échec des négociations pour la reddition de Bani Walid
Les
rebelles libyens se rapprochent de Syrte; l’ONU envoie 600
tonnes de vivres
Dégel
de 15 milliards pour la Libye
Le dirigeant libyen veut lancer une guérilla
'We
won't surrender,' Gadhafi says: reports
La
traque aux Kadhafi - « Le chef va bien » -- Saïf al-Islam
Libye
: les rebelles veulent en finir et lancent un ultimatum -
L'ONU autorise Londres à débloquer les avoirs libyens
gelés
Les
sympathisants kadhafistes forcés de se faire oublier
Gadhafi’s sons take two very different tacks with rebels
Le
chef du Haut Commissariat des Nations unies pour les
réfugiés se rend à Doolow - Sécheresse : l'aide doit
parvenir en Somalie même
Les
rebelles se préparent pour la bataille de Syrte
In
Tripoli, the ugly truth about Gadhafi emerges
Le
verrou libyen
Conflit
en Libye - Syrte est prise en étau
Gadhafi in hiding as wife flees to Algeria: Reports
Des
membres de la famille Kadhafi sont en Algérie
Vision
d’horreur à Tripoli
Misrata tente de panser ses plaies
Crise
ouverte entre Damas et la Ligue arabe
SCÈNES D’HORREUR DANS UN HÔPITAL
Dans le coeur sécuritaire du régime
Libyan rebels fight for major supply road; seize Tunisian
border crossing
Layton’s death shows Canada’s hunger for politicians who
inspire
Les
raisons d’espérer
Doors open on terrible secrets of a crumbling police state
in Tripoli
Kadhafi appelle à la résistance
L'OTAN
frappe un bunker de Kadhafi
L'OTAN
frappe la ville natale de Kadhafi, Syrte
Rebels
surround apartment block 'hiding' Gadhafi
Libyan leadership base moving from Benghazi to Tripoli
Les
combats se poursuivent à Tripoli, Kadhafi reste
introuvable
Dans
les ruines du fief de kadhafi
Entre euphorie et soulagement
Kadhafi
chassé de son fief
Une
Libye libre ?
In Libya, we move toward a more humane world - LLOYD
AXWORTHY
Les
insurgés sont entrés dans le quartier général de Kadhafi à
Tripoli
La bataille de Tripoli
Libye
- La bataille de Tripoli fait toujours rage
Gadhafi retreated from Tripoli compound: Libyan TV says
Saïf al Islam, fils de Kadhafi, est toujours en liberté
CHUTE IMMINENTE
Rebels control most of Tripoli; three of Gadhafi's sons
arrested
Les
heures du régime Kadhafi sont comptées
Éviter
un procès à la Saddam Hussein
Quel avenir pour la Libye?
Obama,
Harper say Gadhafi era is over
Conflit
en Libye - Tripoli est coupée du reste du monde
Libyan rebels storm capital Tripoli with NATO’s aid
Libye
:
les
rebelles, aux portes de Tripoli
Libye
-
L'optimisme
gagne
les rangs des rebelles
Libye
-
Kadhafi
défie
les rebelles qui cherchent à isoler Tripoli
Révolutionnaire
et
rappeur
Selon
Paris et Washington - Kadhafi pourrait rester en Libye
s'il abandonnait le pouvoir
Conflit
en Libye - La rébellion affirme avoir pris Brega, le
régime dément
NATO
forces
struggle
to
find
an
endgame
in
Libya
The
morning
after
will
be
the
measure
of
Libya’s
freedom-
Doug
Saunders
Libye
- Des ouvertures politiques après quatre mois de guerre
La
France
tend
une
perche
à
Kadhafi
Crise
libyenne - Paris adoucit le ton à l'égard de Kadhafi
Libye
- La rébellion se prépare à une offensive
La
France
arme
les
rebelles
libyens
For
NATO,
failure
is
not
an
option
Mauvais
moment
pour
un
départ
Apprendre
à protéger
Canada
to recognize Libyan rebels
Fin
de partie pour Kadhafi? - Un milliard pour les rebelles
libyens
Le
temps
risque
demanquer
aux
alliés
Moscou
lâche Kadhafi
Libye
: les insurgés veulent avancer vers l'ouest
Gadhafi likely injured and no longer in Tripoli: Italy
Libye
- La contestation aurait gagné Tripoli
« Partie terminée » pour Kadhafi, estime le chef de l’OTAN
Libye
- Le groupe de contact va se pencher sur l'aide à apporter
aux rebelles
Libye
- Misrata résiste toujours
Les
troupes gouvernementales chassées de Misrata
Misrata,
tournant
du
conflit
libyen?
Conflit
libyen - Prise 2
Plus
divisée
que
jamais
Conflit
libyen - Les insurgés reculent ... et tiennent bon
Military
realities
bind
NATO
in
continuing
Gadhafi
fight
Conflit
libyen - La chute de Khadafi est l'objectif avoué de
l'OTAN
Bombardements
des pro-Kadhafi sur Misrata - Les insurgés libyens
rejettent le plan de paix africain
Rebels,
NATO
reject
cease-fire
proposal;
to
continue
air
strikes
Libya
stalemate
emerging,
U.S.
general
says
Transformer
des
rebelles
en
soldats
Libye
- Kadhafi semble chercher une issue
Un
émissaire de Kadhafi prône l'arrêt des combats
Misrata appelle au secours
Libyan wounded describe Misrata 'massacre'
Quelle
«
doctrine
Obama
»
?
Kadhafi
perd un ministre clé - Les rebelles, malgré l'aide
probable de la CIA, continuent de reculer dans l'est de la
Libye
Confusion et déprime à Benghazi
Rencontre
de Londres sur la Libye - La coalition accentue la
pression sur Kadhafi
Un
pays
en
attente
Libye
- La percée des insurgés vers Syrte est stoppée par les
forces de Kadhafi
Obama défend l’opération en Libye
Libya says woman who told reporters of rape by armed
forces will face charges
World powers keep up pressure as Gadhafi beats back rebels
«
Cette fois, c’est pour de bon »
Les
rebelles libyens engrangent les victoires
REPRENDRE
AJDABIYA
Benghazi
residents
waiting
for
their
endgame:
Gadhafi’s
demise
Crise
libyenne - La poire en deux
L'OTAN
prendra les commandes
Le temps s’est arrêté
Les
pro-
Kadhafi
bombardent
un
hôpital
La
coalition change de cible - Les forces de Kadhafi
bombardent un hôpital
Air
strikes
force
Gadhafi
to
fall
back
from
key
Libyan
city
La coalition trouve un rôle pour l’OTAN
Opération
Aube de l'Odyssée en Libye - Entente sur le rôle de l'OTAN
La
responsabilité
de
protéger
Un
objectif
simple…
et
vaste
'Gadhafi is killing civilians,' residents say, as attacks
escalate
Les
forces loyales au colonel Mouammar Kadhafi bombardent
Misrata
Fighting rages as coalition jets pound Libya
Where
was
Teddy
Roosevelt
when
we
needed
him?
-
Neil
Reynolds
Une guerre différente?
KADHAFI ATTAQUÉ
Le ciel libyen
Rebels want Gadhafi ousted, not dead
Objectif Kadhafi
Return
of
the
global
policeman
French
military jets patrolling skies over Libya
Gadhafi vows Libya will defend itself as U.S., allies,
launch air attacks
How to hold the line on Gadhafi - Globe Editorial
La
Libye est bombardée
Kadhafi
bluffe-
t-
il
?
Obama
warns Gaddafi U.S. will act to stop violence
Feu vert à des frappes aériennes
Explainer: What is Libya’s ‘responsibility to protect’ its
citizens?
Gadhafi ceasefire likely halts no-fly first strikes, for
now: analysis
La
Libye annonce un cessez-le-feu après la résolution des
Nations unies
Libye:
l'ONU vote pour un recours à la force
Gadhafi’s fate
No-fly zone over Libya gets scant support at UN as time
grows short
Kadhafi
écarte toute possibilité de réformes - L'armée libyenne
sert un ultimatum aux habitants de Benghazi
Les pro- Kadhafi en route vers Benghazi
Souhaitant
le départ de Kadhafi - Clinton veut un vote à l'ONU
aujourd'hui
Soldiers
without
borders
in
the
Arab
world
Les
insurgés
libyens
en
déroute
?
Pendant
ce
temps,
en
Libye...
Pas fini, le colonel !
États-Unis
- Des sénateurs veulent qu'Obama reconnaisse l'opposition
libyenne
L’armée
libyenne
veut
«
purger
»
le
pays
A
no-fly zone could prevent a Libyan bloodbath
Arab League asks UN to impose no-fly zone over Libya
Crise
libyenne - Le mobilisme
«
La victoire est en vue » , dit Saïf al- IslamKadhafi
La
maison
londonienne
de
Saïf
Al-
Islam
squattée
Les
combats
se
poursuivent,
la
diplomatie
s’active
Quelle suite pour l’insurrection libyenne?
COUPÉE
EN
DEUX
Libya
no-fly zone calls mount as air force strikes again
Le régime libyen contre- attaque
Intervenir
- François Brousseau
Libye:
la pression monte sur Obama
Le
devoir
de
protéger
Le
grand dilemme américain
Libye
: faut-il intervenir?
How to intervene in Libya?
Le défi de l’exclusion aérienne
Les
Occidentaux discutent d'une zone d'exclusion aérienne en
Libye
La
Marine canadienne se prépare à envoyer une frégate au
large de la Libye
Deter Gadhafi, but keep boots off the ground
Why
the
Gadhafi
case
had
to
go
to
The
Hague
L’OTAN
se réunit d’urgence pour discuter de la situation libyenne
Voir aussi Lybie
Et les critiques qu'on peut entendre à ce niveau
peuvent-elles vraiment s'avérer constructives ?...
Canada
went
into
Libya
with
lofty
ideals
and
little
knowledge
LA
COALITION
DIVISÉE
L'opération
«Aube de l'Odyssée» en Libye - Tiraillements au sein de la
coalition
Why are we at war in Libya?
Une guerre surréaliste
Russia,
China, India and Turkey condemn Libya strikes
Force
of
international
military
transforms
Libya’s
Arab
Spring
into
civil
war
Intervention
à hauts risques
Le
feu s'abat sur la Libye
Afghanistan
and
the
limits
of
Responsibility
to
Protect
-
Gerald
Caplan
Intervenir en Libye?
Limited
military
options
in
Libya
loaded
with
risks
Mais cela devrait-il pour autant justifier qu'une mission en
vienne à s'écarter de son objectif originel ?...
Ending the ad-hockery over Libya’s skies - Globe Editorial
Don’t
give
in
to
mission
creep
Concern about mission creep grows as more bombs fall on
Libya
La communauté internationale serait-elle donc en mesure de
réellement influer le cours des choses, du moment qu'elle
réussit à parler d'une seule voix, et agir comme une seule
entité ?...
Côte
d'Ivoire - Ouattara prend la tête d'un pays à la dérive
Côte
d'Ivoire - L'après-Gbagbo commence
C’est la fin pour Gbagbo
Vingt
ans
de
lutte
pour
le
pouvoir
Forces
capture
Ivory
Coast
strongman
Gbagbo
in
bunker
Gbagbo held after French troops move in
L'UE
lève les sanctions contre Abidjan
Situation
humanitaire dramatique
Côte
d'Ivoire - Gbagbo est cerné
Côte
d'Ivoire - Les combattants d'Ouattara se heurtent au
bunker de Gbagbo
Côte
d'Ivoire - Gbagbo négocierait sa sortie
Gbagbo
refuse
de
reconnaître
la
défaite
Côte
d’Ivoire: le président déchu Laurent Gbagbo négocierait sa
reddition
Ivory
Coast’s
Gbagbo
denies
surrender
talk
L’ONU et la France s’attaquent aux derniers bastions de
Gbagbo
Ivory Coast president calls for cease-fire, negotiates
surrender
Fin
de partie en Côte d'Ivoire
Gbagbo
«
n’abdiquera
pas
»
Côte
d'Ivoire - Les fidèles de Gbagbo résistent à Abidjan
Conflit
ivoirien - La fin de Gbagbo
«
Ça ressemble à l’assaut final »
Autopsie d’une chute
Les
pro-
Ouattara
avancent
Côte
d'Ivoire - Ouattara donne une dernière chance à Gbagbo
La
médiation
africaine
se
donne
du
temps
La
crise politique s'enlise - La Côte d'Ivoire est asphyxiée
par les sanctions économiques
To
punish
dictators,
protect
their
informers
Le
symbole
africain
How
Canada
can
help
end
the
Ivory
Coast
standoff
Côte
d'Ivoire - Ouattara est prêt à travailler avec les
partisans de Gbagbo
Gbagbo
agrees to negotiate end to I Coast crisis: Mediators
Nouvelle
médiation
africaine
Crise
ivoirienne - Eux contre nous
Côte
d'Ivoire: l'ONU lance un appel au calme aux sympathisants
de Gbagbo
Put
the
screws
on
Europe’s
last
dictator
L’historien
face
à
l’Histoire
Côte
d'Ivoire - Ultimatum à Gbagbo
UN
cites
possible
mass
grave
in
Ivory
Coast
Côte
d'Ivoire - Le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU
condamne Gbagbo
BIENTÔT
LA
GUERRE?
Pressure
mounts
on
Gbagbo
to
concede
disputed
Ivory
Coast
election
L’ONU augmente la pression sur Gbagbo
Côte
d'Ivoire - L'étau se resserre sur Gbagbo
Mais pourquoi l'ONU semble-t-elle donc aussi incapable de
faire autrement que de se traîner les pieds ?...
UN resolution seeks sanctions against Ivory Coast
Côte
d'Ivoire - Tirs à l'arme lourde malgré les avertissements
de Paris
Les
voisins de la Côte- d'Ivoire veulent renforcer le mandat
des Casques bleus
Les
armes
lourdes
du
camp
Gbagbo
inquiètent
l’ONU
Cacao
amer
Abidjan
se vide
Gbagbo
prêt
à
un
dialogue
Et pour avoir ne serait-ce que le moindre impact, ne
devrait-elle pas surtout s'assurer de pouvoir mener ses
démarches jusqu'au bout ?...
Le
statu
quo
dévastateur
The unfulfilled promise of UN protection
L'administration
Obama suit les conseils de chercheurs de Concordia
Et si la montée de l'extrême-droite, et surtout de la
xénophobie qui l'accompagne, représentait une réelle menace
?...
Norway's terror, the world's problem - GERALD CAPLAN
Norway
shows
we
must
expose
dangerous fictions - Doug Saunders
L’extrême
droite
approuve
les
idéaux
de
Breivik
It’s
time
to
confront
the
‘counterjihadists’
Un
avertissement
Les influences américaines de Breivik
Des liens obscurs entre la Norvège et l’angleterre
Printemps
arabe,
hiver
européen
Suède:
des antimusulmans font leur entrée au Parlement
Une
percée dimanche en Suède - La montée de l'extrême droite
se confirme en Europe
Islamophobie
Pays-Bas:
des islamophobes au pouvoir?
Fascisme
en Hongrie - La peste
Et cela pourrait-il être rendu plus clair que dans le cas
des Roms ?...
Grubb
: les Roms tels qu'ils sont
GRUBB
EN
ROUTE
VERS
LA
DIGNITÉ
« ICI, CE N'EST PAS UNE VIE »
Et d'ailleurs, la ''douce France'' serait-elle donc en train
d'adopter une ligne un peu trop dure ?...
Deporting the Roma: an act of populist barbarism
Roma
persecution disgraces France
Le
sommet de l'UE vire au clash sur les Roms
Roms
- Bruxelles menace d'ouvrir une procédure contre Paris
Democracies
can
be
as
racist
as
any
other
state
Des
Roms
expulsés
franchissent
volontairement
la
frontière
et
font
demi-tour
Le
parlement européen exige la fin des expulsions de Roms
France:
manifestations contre la «mécanique raciste»
Roms
expulsés: les troupes de Sarkozy divisées
France
-
Le
gouvernement
intensifiera
sa
politique
à
l'égard
des
Roms
Expulsion
des Roms - La France de nouveau critiquée par l'ONU
Roms:
Sarkozy tente de calmer les critiques
Le
président stagne dans les sondages
Expulsion
de Roms en France - Des hommes d'Église joignent leurs
voix à la gauche
Intraitable,
la France continue d'expulser les Roms
Les Roms chassés de France: partir... pour mieux
revenir
Expulsions
de Roms - Paris sous la surveillance de Bruxelles et
Bucarest
Surenchère
sécuritaire en France - L'expulsion
Paris
entame les expulsions de Roms
La
politique de Sarkozy à l'endroit des Roms décriée même à
droite
Sécurité
maximum en Sarkozie
France:
punir les parents pour les bévues de leurs enfants
Sarkozy à l'assaut des camps roms
Le
racisme en France inquiète l'ONU
Traitement
des Roms - Un comité de l'ONU dénonce la France
Et par ailleurs, la France serait-elle donc hypocrite ?...
Dossier
arménien - Erdogan accuse la France de «génocide» en
Algérie
La France barre la route aux réfugiés tunisiens
Harnachement
de la rivière Romaine - Chercher le courant met à mal
Hydro-Québec
La
France
secouée
par
la
«
révolution
du
jasmin
»
Tunisie
- La France lâche Ben Ali
Et au fait, les autres nations peuvent-elles vraiment
prétendre faire mieux à ce chapitre ?...
Toronto welcomes Henry Kissinger, accused war criminal -
GERALD CAPLAN
De
Kadhafi
à
Téflon
Gerry
Les liaisons dangereuses de Saïf al- Islam
The
business
of
doing
business
in
Gadhafi’s
oil
kingdom
Paris empêtré dans le « printemps arabe »
Un pacte qui revient hanter Londres
What
lesson
is
Washington
giving
its
Arab
allies?
Les
ficelles cassées de l'Occident
Washington
dépassé par le peuple égyptien
La
grande désillusion
We’re
okay
with
dictators
–
until
they’re
toppled
Le
Maroc
est
aussi
une
dictature
Mauvaise
note pour les démocraties
Arabs
want
change,
not
Islamism
Et pense-t-on vraiment arriver à quoi que ce soit en
imposant notre volonté à celle des autres peuples, de toute
façon ?...
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?
Et si la communauté internationale se faisait tout
simplement unanime dans son refus de la dictature ?...
Les
États-Unis veulent des réformes
Et si nous commencions par cesser de cautionner une culture
d'impunité envers les anciens dictateurs ?...
When justice stands in the way of a dictator’s departure
Unwanted,
but not easily removed
Et pourtant, la punition pure et simple des ex-dictateurs ne
risque-t-elle pas surtout de prouver aux dictateurs toujours
au pouvoir qu'il n'est d'autre espoir pour eux qu'en
continuant à justement s'accrocher d'autant plus à ce
dernier ?...
In Egypt, unintended consequences
Comment faire face à la dictature et à la répression qui
vient avec ?
The EU must target Syria's merchant class
De la kleptocratie...
Kleptocrats:
The
dictators'
guide
to
amassing
wealth
Perspectives
- Kleptocrates
De la dictature...
The China model’s inherent flaw
De
Kadhafi
à
Téflon
Gerry
QUAND
L’HABIT FAIT LE DICTATEUR
Dans
la
tête
des
dictateurs
The
staying
power
of
sub-Saharan
strongmen
UN
MONDE
DE
DICTATEURS
La
fragilité
des
dictatures
La
gestion
des
déchets
dictatoriaux
Voleurs
tous azimuts
... et des génocides...
Serions-nous carrément en train de laisser un nouveau
génocide nous filer sous les yeux ?...
LES CAMIONS DE LA MORT
L’ultime recours des victimes de Kilwa
Nobel laureates gather in Quebec to campaign against rape
Le
projet de loi C-300 défait par six voix
Le témoin décrit les
enfants soldats de la milice de M. Bemba
Urgence
d’agir : Appuyez une loi qui tiendra les sociétés minières
canadiennes responsables des abus commis à l’étranger
Avis de convocation - Activités des compagnies minières
canadiennes à l'étranger - 140 000 signataires demandent
l'adoption des mécanismes légaux
Solidarité
avec le peuple du Congo
1100
viols par jour en RDC
Part
6
of
6:
Canada
and
the
call
of
the
Congo
L’armée
congolaise
commet
des
viols
et
des
meurtres,
selon
l’ONU
Marche
mondiale des femmes - Une violence infernale dans l'est du
Congo
En
mission
pour
les
femmes
Repères
- Au coeur des ténèbres
UNE
FUITE
ÉPERDUE
L'ONU
évoque un «possible génocide» en RDC
The
unfulfilled
promise
of
UN
protection
Plus
de 240 femmes victimes de viols en RDC
Congo:
pour en finir avec l'impunité
Entrevue
avec un enquêteur québécois du TPIR - Des crimes sur le
«modèle» du génocide rwandais
Huit
pays seraient incriminés - Un rapport de l'ONU parlerait
de génocide en RDC
RDC
- Les viols collectifs recommencent
Stephen
Harper,
the
Security
Council
and
the
Congo
-
Gerald
Caplan
Of Blood and Gold: How Canadian Mining Companies Loot the
Congo
Canadian Companies Accused of Pillaging Congo — United
Nations Report
RDC
: les bandes armées contaminent la vie du pays
En
bref - L'ONU réduit ses effectifs en RDC
From the Afghan mountains to the jungles of DRC - Gerald
Caplan
Hausse
des violences d'une «brutalité inimaginable» commises par
la LRA
Le Canada ne dirigera pas la mission de l'ONU au Congo
La
guerre oubliée en République démocratique du Congo - L'ONU
enquête sur un nouveau massacre
Cauchemar dans un décor de rêve
Michaelle
Jean qualifie les viols de «crimes contre l'humanité» en
RDCongo
Un
militaire canadien plaide pour le maintien de la MONUC
Michaëlle
Jean aborde le droit des femmes au Congo
Des
employés du CICR ont été enlevés en RDC
Une ONG révèle l'existence d'un massacre au Congo
Defining
Canada's
role
in
Congo
Congo is a quagmire Canada should avoid
Un
esclavage près de chez vous - Ariane Krol
Dallaire plaide la cause des droits de l’homme
- Laura-Julie Perrault
Louise Arbour : Dans les platebandes des États
- YVES BOISVERT
LOUISE ARBOUR LA PAIX, SA NOUVELLE
BATAILLE - Laura-Julie Perrault
Et qui se préoccupe encore de la Somalie ?
Engagé pour « protéger l’islam »
« Dieu ne permettra pas aux shebabs de revenir »
Repères
- La « feuille de route » somalienne
En
bref - Une feuille de route pour la Somalie
Somaliland, an oasis of stability, deserves its
independence
The
toxic
politics
of
famine
-
Tom
Flanagan
Somalie:
la famine ravive les combats
Une
tâche
titanesque
Somali
piracy:
The
solution
is
on
land,
not
at
sea
Somalia: The horror of famine in a failed state
Cruel dilemme somalien
Sortir
la
Somalie
de
l’oubli
The
dry-land
remedy
for
piracy
Somalie:
les shebab fourbissent leurs armes
«La
piraterie, symptôme d'un vaste problème»
Somalia, 1992 – Libya, 2011: Are they really as different
as we imagine?
SOMALIE Les navires de guerre ne
règlent pas tout - Daphné Dions-Viens
La piraterie
communautaire - Daphné Dions-Viens
Corruption : La Somalie, premier
de la liste
Et si, encore une fois, c'était d'abord l'impérialisme
américain qui s'avérait le premier responsable des maux
inqualifiables qui puissent affliger la Somalie, tout comme
tant d'autres endroits sur la planète ?..
Global
players jockey for power in war-ravaged Somalia
Après l’amnistie aux shebabs, une meilleure distribution
de l’aide?
Somalia,
1992
–
Libya,
2011:
Are
they
really as different as we imagine?
Le douloureux souvenir de 1992 - Daphné Dions-Viens
Les shebabs, alliés d’Al-Qaeda -
Judith LaChapelle
SOMALIE Clinton hausse le ton
Somalie : Dans l’enfer de sable - Simon Coutu
& Alexandra Arbour
Une évasion à la 007 en Somalie ?
GÉNOCIDES
L'ONU dénonce un crime contre l'humanité en Guinée
Alerte au «gendericide»
Et le génocide qui continue toujours au Rwanda...
Offensive
majeure dans le sud afghan
RWANDA
Un réchauffement qui crée un froid
Six
proches
de
Kagame
inculpés
Rwanda
- Kigali arrête une chef de l'opposition
Amnesty
critique les abus de la loi sur l'idéologie du génocide
Le
français, un luxe inutile au Rwanda
Paul
Kagame demonstrates that power still corrupts
Élections
présidentielles lundi au Rwanda - Kagame ou le complexe du
sauveur
La
paix
par
les
ondes
-
Agnès Gruda
Le
pays qui court plus vite que ses fantômes
Rwanda: un climat politique tendu
Un
pays
sans
histoire
-
Agnès Gruda
«Le
Rwanda a omis de tirer les leçons de l'histoire»
Michaëlle
Jean plaide pour une presse libre
Michaëlle
Jean au Rwanda: des excuses et une arrestation
Rwanda:
le sénateur Dallaire se réjouit des excuses de Michaëlle
Jean
Génocide
au Rwanda: le Canada s'excuse pour son inaction
Enfin,
France does the right thing
De la responsabilité de la France
Génocide
au Rwanda: la veuve du président Habyarimana arrêtée
Le
Rwanda rentre au Commonwealth et renoue avec Paris
Rwanda : CONDAMNATION HISTORIQUE - André
Noël
Le sang, l’histoire, la justice - Yves Boisvert
La petite histoire du génocide
rwandais - MICHÈLE OUIMET
Khieu
Samphan, chef de l'Etat khmer rouge, inculpé de génocide
BOSNIE
Serbian
moderates
set
to
seize
the
moment
A
calm surrender and hordes of angry Mladic supporters
Justice
sera
rendue...
Le « boucher des Balkans » arrêté
Bosnie: commémorations à
Srebrenica, 15 ans après le massacre
Le
Parlement serbe condamne le massacre de Srebrenica
La Serbie dépose sa candidature d'entrée dans l'UE
Radovan Karadzic se
défile à son procès pour génocide
Le procès d'un «rouage» de l'Holocauste
LE REJET DE L’OCCIDENT
- Jocely Coulon
Et que dire des "excès" de l'impérialisme américain ?...
Chili 129 agents de Pinochet visés par un
mandat d’arrêt
DARFOUR
Is there enough political will to stop Sudan atrocities? -
GERALD CAPLAN
Darfour
- Pékin s'oppose à un rapport de l'ONU
Peindre
le Darfour pour s'en libérer
En
bref - Le Kenya aurait dû arrêter el-Béchir
Omar
el-Béchir réélu à la tête du Soudan
Soudan:
le principal opposant de Béchir boycotte la présidentielle
Espoir
de paix au Darfour
Le Sud-Soudan dans l'ombre du Darfour
Robert Fowler aurait été vendu à ses ravisseurs
- Catherine Handfield
DARFOUR Mandat renouvelé
Darfour : La paix par le partage du
pétrole - Laura-Julie Perrault
Darfour : « J’AI EU PEURDE
MOURIR » - Agnès Gruda
La menace a changé de visage
DARFOUR Négociations de paix sur fond de
combat
ARMÉNIE
Can
Erdogan
slay
Turkey’s
zombies?
Ankara
menace d'expulsion 100 000 Arméniens
La diplomatie du ballon rond - Laura-Julie
Perrault
Les nuages se dissipent sur le mont Ararat : La Turquie
et l’Arménie sur la route (sinueuse) de la réconciliation
CONFLITS ETHNIQUES (ET POLITIQUES...)
Voir Conflit Israélo-palestinien
URUMQI — L’histoire, l’économie
et la culture opposent Ouïgours et Hans - Robert Saiget
Rassemblements interdits à Urumqi - Dan
Martin
La grand-mère qui fait trembler le régime
chinois - Laura-Julie Perrault
La différence ouïgoure... -
Stéphanie Bérubé
SRI LANKA
En
bref - Possibles crimes de guerre au Sri Lanka
Dérive
autoritaire au Sri Lanka
Tamouls
canadiens: une communauté tissée serré
Blessures
de l'âme au Sri Lanka - Guerre et tsunami ont laissé une
lourde empreinte psychologique
Le
Sri Lanka défie l'ONU - Ban Ki-moon ferme les bureaux et
le centre régional de l'organisation
Le
Sri Lanka suivi à la trace par l'ONU
Sri
Lanka: le général Fonseka en grève de la faim
Two
war
heroes
square
off
in
Sri
Lankan
presidential
vote
Sri
Lanka - Des coffres bancaires de proches de Fonseka sont
saisis
Exécutions
sommairs au Sri Lanka - Colombo accuse l'ONU de faire
«croisade»
Sri Lanka - L'ONU met
Colombo sur la sellette
Après
les Tigres, la présidence?
Un rapport Goldstone pour le Sri Lanka
? - Laura-Julie Perrault
Sri Lanka : Des camps aux allures de
prisons - Laura-Julie Perrault
SRI LANKA : LES RACINES
DUCONFLIT DEMEURENT
SRI LANKA Enquête refusée
La mort des Tigres - MARIO
ROY
SRI LANKA Ni caméras ni bain de
sang ?
L’avenir incertain des Tigres
tamouls - Laura- Julie
Perrault
Prabhakaran, chef suprême
d’une armée rebelle déterminée
LES TIGRES TAMOULS SONT VAINCUS
PLUS DE 25 ANNÉES DE CONFLIT
« C’est un moment émotif et très
difficile »
La cause tamoule - MARIO ROY
Ulcéré par l’Occident, Colombo
mise sur l’Orient
GUERRE AU SRI LANKA - Les opérations lourdes
sont finies, mais les combats se poursuivent
Colombo rejette la trêve des Tigres
Sri Lanka - Après la guerre, le déluge
SRI LANKA Pas de paix, pas de prêt,
selon Clinton
Les Tigres tamouls au pied du mur
Les Tigres seraient vaincus
Congo: criants besoins pour les 107 000 réfugiés
DICTATURES ET OPRESSIONS DIVERSES
Myanmar-Birmanie
Birmanie
- Dégel véritable ou cosmétique ?
Birmanie
- Clinton tend la main à Rangoon
Birmanie
- Aung San Suu Kyi sera candidate à la prochaine élection
partielle
Hors
d'Europe et du printemps arabe - François
Brousseau
Calculs
birmans
Dégel en Birmanie
Is Myanmar finally changing – or are we being fooled?
En
bref - Birmanie : un pouvoir civil ?
Myanmar:
Where
the
generals
play
and
the
people
pay
Perspectives
- Le « pragmatisme » indien
Libération
de Suu Kyi - Écran de fumée
«
Je suis pour la réconciliation nationale »
Une dame sur le fil de fer
Aung
San Suu Kyi est enfin libre - «Ne perdons pas espoir!»
Myanmar
frees democracy icon Suu Kyi
Aung
San Suu Kyi est libre
Birmanie
- « Nous avons toujours su que cette élection ne faisait
que légitimer le pouvoir militaire »
Can
Aung
San
Suu
Kyi
live
up
to
Myanmar's
expectations?
«
La peur est partout »
Élections
demain en Birmanie - Les richesses birmanes font taire les
pays voisins
La
liberté...
pour
combien
de
temps
?
L'armée
se réorganise en prévision des élections - La junte
birmane veut consolider son pouvoir politique
Ottawa examine
la possibité d'une enquête de l'ONU sur la Birmanie
L'opposition
birmane en désarroi - Le parti de la junte devrait
remporter les élections
La
Birmanie ne délivre plus de visas aux touristes
Des
élections très contestées
La
Birmanie
a
mis
en
route
un
programme
nucléaire
avec
l'aide
de
la
Corée
du
Nord
Aide
humanitaire entravée en Birmanie, selon HRW
Birmanie:
le parti d'Aung San Suu Kyi boycotte les élections
Suu
Kyi dénonce son exclusion des élections
Birmanie:
la cour suprême confirme la détention d'Aung San Suu Kyi
Birmanie:
Aung San Suu Kyi entendue par la Cour suprême
Aung
San Suu Kyi rencontre des cadres de son parti
Aung
San Suu Kyi rencontre la junte birmane
Les
Birmans parlent aux Birmans
Obama
demande la libération d'Aung San Suu Kyi
Le cauchemar quotidien des Birmans
- Judith LaChapelle
BIRMANIE Les
États-Unis veulent engager un dialogue
ONU et Birmanie : Déclaration édulcorée
Aung San Suu Kyi va faire a
LA BIRMANIE SANS MERCI POUR LE NOBEL DE LAPAIX
Condamner, et après? - Agnès Gruda
Tibet
Leaving
Fear Behind
The West must unite to resist Chinese bullying against
those who meet Tibet’s leaders
Le panchen-lama, version chinoise
Le
dalaï lama accuse Pékin de vouloir «éradiquer le
bouddhisme»
Tchétchénie
L'«Émirat du Caucase» revendique les attentats de Moscou
Attentat
à Moscou: la piste des islamistes du Caucase privilégiée
Contester le pouvoir dans le sang - FRÉDÉRICK LAVOIE
Un
réveil
brutal
-
Agnès Gruda
Attentats
à Moscou - L'expansion
Zimbabwe
Sanctions
prolongées contre le Zimbabwe
Zimbabwe Tsvangirai boycotte le
gouvernement d’union
AUTRES CONFLITS
Massacre
aux Philippines: la loi martiale décrétée
Philippines
Un carnage politique qui défie toutes les règles
La Guinée compte ses morts -
Judith LaChapelle
Algérie Acte terroriste près d’un chantier de
SNC - Hugo Fontaine
Comme prévu, Charles Taylor se prétent innocent
Charles Taylor se défend d’avoir été « un
Napoléon africain »
CONFLITS HISTORIQUES
CONFLITS PARTIELLEMENT RÉSOLUS
AFRIQUE DU SUD
Les
démons
du
racisme
-
Mario Roy
Les
raisins du changement
Afrique
du Sud - Le pouvoir est sur la défensive
Afrique
du Sud: porter l'étiquette afrikaner
Les
familles mixtes restent l'exception au pays de Mandela
Retour
au District 6
Afrique
du Sud - Desmond Tutu se retire
Afrique du Sud - Il y a 20 ans, Mandela était libéré
Le « trésor » de Mandela est en vente - Judith
LaChapelle
Il y a vingt ans, la liberté
Mandela
en 20 mots
CAMBODGE
Procès
des Khmers rouges - Farce abjecte
CUBA
The Issue of
Genocide and Cuba.
Minor Atrocities of the Twentieth Century
CONFLITS EN VOIE DE RÉSOLUTION
Irlande
The
Meaning Behind the Nursery Rhyme This Old Man
A quiet atonement for Britain’s role in years of violence
in Ireland
Le
rapport
sur
le
Bloody Sunday achevé après 12 ans
Accord
historique entre catholiques et protestants d'Irlande du
Nord
Un
pas de plus vers l'autonomie de l'Irlande
IRLANDE DUNORD : LES MURS DE LA HAINE -
Isabelle Hachey
Voir aussi Dossier MURS
IRLANDE DU NORD Les milices loyalistes
annoncent leur désarmement
ETA basque : Cinquante ans et toujours
armée - Pierre Ausseil
ET QUE DIRE DES CRIMES ET DRAMES DU PASSÉ ?...
DEUXIÈME GUERRE MONDIALE
Un
portrait de Pétain sème la controverse
CANADA...
Duceppe dénonce le «dogmatisme borné» d'Ottawa
Enfants déportés au Commonwealth: Londres se repent
Londres
s'excuse auprès de milliers d'enfants envoyés au Canada
Burning cross ignites racial tension in Nova Scotia
Canada and Mandela: the story behind the myth
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THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
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L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
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Les dictatures du XXIe siècle
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Dallaire plaide la cause des droits de l’homme -
Laura-Julie Perrault
Le général à
la retraite suggère la création d’un superministère de la
Sécurité internationale
Il y a 15 ans, le général Roméo Dallaire a regardé,
impuissant, le génocide rwandais se dérouler sous ses yeux
alors qu’il dirigeait la mission de paix des Nations unies.
Pour que l’histoire ne se repète pas, il a proposé hier un
plan d’action que les gouvernements canadien et américain
devraient adopter au plus vite, croit-il.
Dans un rapport de 184 pages qu’il a cosigné avec le
professeur Frank Chalk, de l’Université Concordia, l’ancien
officier de haut rang de l’armée canadienne, devenu depuis
sénateur libéral, suggère notamment au Canada de créer un «
super » ministre de la Sécurité internationale qui aurait
comme mandat de sonner l’alarme en cas de signes précurseurs
de génocide et de superviser la réponse du gouvernement
canadien.
Selon les auteurs, ce nouveau poste, combiné avec une
diplomatie plus musclée et une meilleure coordination des
forces vives de divers ministères canadiens, permettrait
d’éviter les pires violations des droits de l’homme.
« L’idée, ce n’est pas d’envoyer notre armée dans un pays en
conf lit pour tout détruire, mais bien de développer des
outils qui nous permettraient d’agir dès qu’on voit des points
de friction pour les désamorcer », explique Roméo Dallaire,
estimant qu’à ce jour les gouvernements canadien et américain
n’ont pas réussi à s’acquitter de cette mission. Idem pour les
organisations internationales qui sont dépendantes des
décisions prises dans les capitales d’États souverains.
C’est
d’ailleurs pour comprendre la faible réaction des
gouvernements au génocide du Rwanda, qui a fait 800 000 morts,
ainsi que la réponse tardive de la communauté internationale
aux massacres du Kosovo, que MM. Dallaire et Chalk se sont
lancés dans un projet de recherche qu’ils ont intitulé « La
volonté d’intervenir ». En un an et demi, ils ont interrogé 80
individus qui tenaient des rôles-clés lors de ces deux crises
qui ont marqué les années 90.
« Nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de bons
renseignements qui étaient fournis par les gens sur le
terrain, mais que cette information était enterrée sous une
pile et n’était pas acheminée dans les machines
gouvernementales canadienne et américaine », a dit Frank
Chalk, qui dirige l’Institut montréalais d’études sur les
génocides et les droits humains.
Les deux auteurs du rapport croient qu’il est de l’intérêt
national du Canada et des États-Unis de se lancer dans la
lutte contre le génocide, en ayant d’abord recours au
développement et à la diplomatie, puis à l’intervention mi l
itaire en cas d’échecs des mesures persuasives. Ils notent que
les zones de conflit sont souvent des terreaux fertiles pour
la création de groupes terroristes, la propagation de maladies
infectieuses ou la déstabilisation d’économies régionales qui
peuvent affecter le Canada.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont
approuvé le rapport de MM. Dallaire et Chalk, qui espèrent que
les autres partis politiques, dont le Parti conservateur au
pouvoir, leur emboîteront le pas.
« La prévention du génocide n’est pas une question de
partisanerie » , a dit à ce sujet M. Chalk lors du lancement
du rapport, hier, à Ottawa. Parmi les partisans du rapport, on
retrouve aussi Robert Fowler, l’ancien diplomate canadien fait
captif par un groupe d’insurgés au Niger, l’hiver dernier et
relâché en avril.
Louise Arbour : Dans les platebandes des États
- YVES BOISVERT
Notre
temps était compté et déjà Louise Arbour s’était levée.
Une dernière question, Mme Arbour… Vous dites que la
guerre ellemême a changé depuis qu’on a créé des tribunaux
pénaux i nternationaux. Vous voulez dire qu’on ne fait
plus la guerre comme avant, qu’elle est moins barbare en
somme ?
« La méthodologie de l a guerre elle-même a changé, parce
que les militaires et les dirigeants politiques sont
conscients qu’ils engagent leur responsabilité personnelle
; ils peuvent être poursuivis pour crimes de guerre. Je
peux vous dire qu’avant 1993 (création du Tribunal pénal i
nternational sur l’ex-Yougoslavie), aucun général ne
partait à la guerre avec la Convention de Genève.
Aujourd’hui, ils ont tous un conseiller juridique à leurs
côtés. Quand on pense à l’obligation de proportionnalité,
par exemple… »
Justement, le juge Richard Goldstone vient de déposer un
rapport accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre.
Le Hamas pour les roquettes lancées sur les civils
israéliens, Israël pour avoir attaqué de manière
disproportionnée la population dans la bande de Gaza. Où
voyez-vous une grande avancée ?
Elle était rendue à la porte, où l’attendaient
impatiemment les gens du Centre d’étude et de recherche i
nternationale de l’ Université de Montréal (CERIUM), pour
un atelier avec une trentaine d’experts et de chercheurs.
Elle m’a regardé avec un sourire.
« Malheureusement, l’entrevue est terminée ! »
Après ce qu’on lui a fait subir quand elle était
hautcommissaire de l’ON U aux droits de l’homme, elle
était manifestement contente de reporter cette discussion.
Quand Israël a riposté aux tirs de roquettes du Hezbollah
et à l’enlèvement de deux de ses soldats en bombardant le
Liban, en 2006, Louise Arbour a envoyé un communiqué
blâmant les deux parties. Soudainement, plusieurs amis
d’Israël l’ont accusée d’avoir un parti pris
anti-israélien. Au Canada, le criminaliste Eddie Greenspan
s’est fendu d’un long commentaire part i c u l i èr ement
mécha nt et gratuit, allant j usqu’à dire qu’elle devrait
retourner à la faculté de droit. Elle l’a dit souvent
depuis : elle récrirait le même communiqué. Mais on a fait
comme si elle n’avait blâmé qu’Israël, ce qui est
totalement faux.
Qu’importe, le dénigrement a porté ses fruits amers et
quand, l’an dernier, elle a quitté son poste de
haut-commissaire, les États membres l’ont tous saluée, y
compris les États-Unis, qui avaient eu quelques acc r oc
hages . Le Canada n’a rien dit. Le ministre Vic Toews, à
la Chambre des communes, est allé jusqu’à dire qu’elle
était une « honte pour le Canada », sans jamais
s’expliquer, sans jamais s’excuser.
C ’ é t a i t p r o f o n d é me n t injuste, mais tout ça
est passé, et Louise Arbour est tenue en assez haute
estime dans la communauté i nternationale pour avoir été
nommée présidente de l’ International Crisis Group
(crisisgroup.org), l’été dernier.
Son conseil d’administration comprend d’anciens diplomates
prestigieux de nombreux pays, de Kofi Annan à Wesley Clark
et Zbigniew Brzezinski, en passant par l’ancien président
du Parlement européen et des anciens ministres russe,
israélien, allemand, chilien, etc.
Cette
organisation privée jouit d’un budget de 16 millions et
emploie 130 personnes partout dans le monde. Ces gens sont
sur le terrain pour documenter les conflits et les
analyser. Souvent, ses représentants sont présents là où
la presse, les diplomates et l’ONU ne peuvent pas se
rendre.
« Quand j’étais employée des Nations unies, j’étais
soumise aux règles de sécurité de l’ONU. Vous débarquez
avec toute votre équipe dans un Land Rover aux vitres
teintées et vous n’êtes pas nécessairement bienvenus. Si
l’ONU vous dit non, vous n’y allez pas. Nous ne sommes pas
soumis à cela. Et c’est très rafraîchissant. »
En même temps, la juriste se trouve maintenant dans un job
essentiellement politique. Le Crisis Group ne se contente
pas de produire des rapports (tenus en haute estime) et de
faire des recommandations pour résoudre des conflits. Il
faut tenter de convaincre les forces en présence de les
appliquer. Cela veut dire rencontrer les chefs d’État
régulièrement.
« Nous sommes la première organisation privée qui
s’attaque à la chasse gardée des États : la paix et la
sécurité. »
Le Crisis Group est par exemple à documenter les élections
en Afghanistan. « Va-t-on avoir un président très affaibli
politiquement ou très renforcé, mais par une élection
inadéquate ? Dans les deux cas, ce n’est pas fameux. Pour
nous, il est clair qu’il faut des efforts de
reconstruction plus importants. »
Le groupe se prononce de manière concise, dans des
rapports brefs et très pragmatiques. « Nous tentons d’être
très ciblés. Nous sommes guidés par un concept assez
nébuleux que j’appellerais l’intérêt public international.
Nous ne sommes pas liés par les intérêts nationaux
particuliers. Je peux vous dire que nous avons des
discussions extrêmement robustes, pas mal plus que ce que
j’ai connu dans la magistrature! Nous sommes en train de
nous demander si nous ne devons pas intervenir dans le
débat public plus rapidement, mais nous voulons préserver
notre réputation, basée sur une documentation impeccable
des situations sur le terrain. »
Dans sa conférence mercredi à l ’ Un iver sité de Montréal
, L ouise Arbour a pris le contre-pied de la c r o y a n c
e p o pu l a i r e : les conflits armés dans le monde ont
eu tendance à diminuer et à faire moins de victimes depuis
la f i n de la guerre froide. Par contre, le nombre de
victimes civiles et indirectes (les réfugiés) a augmenté
dramatiquement.
Elle explique la diminution du nombre de conflits au mi l
i t a nt i s me i nter nat ional pour l a paix et les
droits de la personne. Elle a déploré une sorte
d’incohérence des missions de paix, qui paraissent parfois
une fin en soi.
Son rôle maintenant est d’aider à construire une paix
durable. I l semble toujours plus facile de dégager des
budgets militaires que les budgets humanitaires dans les
missions de paix.
La voici donc dans une prolongation de son travail de
haut-commissaire, mais dans une perspective totalement
différente. Ça tombe bien : elle n’aime rien ta nt qu’être
déstabilisée. « J’aime ça quand j e ne comprends pas
encore tout… Sinon, je perds de l’intérêt. »
LOUISE ARBOUR LA PAIX, SA NOUVELLE
BATAILLE - Laura-Julie Perrault
SÉRIE
/ FEMMES DE COMBAT/ 3. Elles ont un passé et des
horizons différents, mais leur envie de faire bouger les
choses est la même. La Presse vous présente trois femmes de
combat. Aujourd’hui, rencontre avec la Québécoise Louise
Arbour qui,
Louise Arbour a l’habitude des grandes batailles et des champs
minés. Tour à tour juge à la Cour suprême du Canada,
procureure dans divers tribunaux pénaux internationaux et
haute commissaire des Nations unies aux droits de l’homme – un
mandat secoué par la controverse –, laMontréalaise de
naissance a longtemps fait de la justice son fer de lance.
PHOTOMOHAMMED SALEM, ARCHIVES
REUTERS
Louise Arbour a pris les rênes de
l’International Crisis Group la semaine dernière.
À 62 ans, celle dont la carrière internationale a été reconnue
par une panoplie de décorations aurait pu se la couler douce.
Mais au lieu de contempler ses lauriers, elle a décidé de
repartir à la guerre: cette fois, pour la paix.
La semaine dernière, elle a pris les rênes de l’International
Crisis Group ( ICG), un prestigieux groupe de recherche au
conseil d’administration duquel siègent des vedettes de la
diplomatie et de la politique internationale, dont l’ancien
secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, le
milliardaire George Soros et l’ex-général américain Wesley
Clark.
L’International Crisis Group, qui possède des bureaux partout
dans le nonde, rédige des rapports sur diverses situations de
conflits et émet des recommandations. Le but: éteindre les
étincelles avant qu’elles ne mettent le feu aux poudres.
Jointe par La
Presse dans les bureaux de Bruxelles qu’elle
occupedepuisàpeineune semaine, la nouvelle présidente explique
que l’une de ses priorités sera de s’assurer que les rapports,
largement utilisés par les médias du monde, ne restent pas
lettre morte du côté politique. « Notre organisation fait
d’excellents rapports, mais on doit les prendre en main et
aller voir les personnes concernées pour que les choses
changent », dit-elle.
Louise Arbour sait d’ores et déjà que ce travail ne sera pas
de tout repos. Comme haute commissaire des Nations unies aux
droits de l’homme, ses rapports ne passaient pas comme lettre
à la poste. Lorsque, en 2008, elle a décidé de ne pas briguer
de second mandat, elle a admis dans des entrevues médiatiques
que plusieurs pays, dont la Chine et la Russie, lui avaient
donné du fil à retordre.
« Les gens ont souvent l’impression que les Nations unies ont
énormément de pouvoir et que l’organisation peut aller là où
elle veut, mais il y a beaucoup de contraintes politiques,
administratives et de sécurité. Comme haute commissaire, il y
a plusieurs pays où je ne pouvais pas me rendre, alors que
l’ICG était présent sur le terrain », se rappelle-t-elle.
Louise Arbour profitera-t-elle de ce qu’elle appelle son «
nouveau champ de liberté » pour reprendre d’anciens dossiers
laissés en suspens lors de son mandat onusien? « Pas vraiment.
Ça va être important pour moi de couper les ponts. Je ne vais
pas renoncer à mes opinions en matière des droits de l’homme,
mais la mission première de l’ICG est différente. Il y a des
conflits où la priorité absolue n’est pas les droits de
l’homme, mais plutôt la gestion politique des conflits. »
Quand on l’interroge sur les conflits qui la préoccupent le
plus, on comprend vite que son coeur est toujours du côté de
la population civile. La situation de la minorité tamoule du
Sri Lanka après la victoire militaire, en mai, de l’armée
contre les Tigres tamouls l’inquiète. « Ce n’est pas tout
(pour le gouvernement sri-lankais) de gagner la guerre, il
faut aussi gagner la paix. La communauté internationale doit
rester très vigilante pour s’assurer que les droits
fondamentaux des minorités soient respectés. Il y a encore
beaucoup de réfugiés dans des camps pour lesquels le
gouvernement n’accorde pas suffisamment d’accès aux
organisations humanitaires », expose la nouvelle présidente de
l’ICG, fidèle à ses anciennes batailles.
SOMALIE Les navires de guerre ne règlent pas tout
- Daphné Dions-Viens
La mission
menée par les navires de l’OTAN ne donnera des résultats que
si les puissances étrangères s’en prennent à la racine du
mal, estiment plusieurs experts.
Roland Marchal est reconnu comme étant l’un des meilleurs
spécialistes de la Somalie. En entrevue téléphonique de
Paris, il affirme que les navires de guerre présents dans le
secteur ont contribué à une escalade de la violence. «Plus
la réponse militaire est forte, plus les pirates somaliens
se conduisent violemment. On assiste à une militarisation
croissante de la piraterie», dit-il.
Sans aller jusqu’à affirmer que l’envoi d’une force maritime
est inutile, M. Marchal estime qu’elle doit plutôt servir de
complément à des actions plus structurées en sol somalien,
ce qui passe par l’amélioration de la gouvernance du pays.
Les investisseurs, ceux qui profitent des millions de
dollars obtenus en rançon, doivent aussi être pourchassés,
qu’ils soient au Yémen, à Dubaï ou à Nairobi, ajoute-t-il.
«L’intervention militaire maritime ne doit pas être l’épine
dorsale de l’approche.»
M.
Marchal est loin d’être le seul à partager ce point de
vue. Éric Frécon, auteur du livre Histoire d’une
résurgence de la piraterie maritime, est du même avis.
«C’est en remettant l’État somalien en marche qu’on y
arrivera. Il faut travailler sur la mise sur pied d’un
système de police et d’un système de justice. Pour
l’instant, l’OTAN n’a pas les outils juridiques pour
traîner les pirates en justice », a-t-il expliqué au
Soleil, en entrevue téléphonique de Singapour.
Même l’OTAN commence à reconnaître la nécessité d’une
action plus globale, peut-on lire sur son site internet.
En novembre, plusieurs intervenants ont plaidé en ce sens
à l’Assemblée parlementaire, affirmant que «toute
initiative durable et efficace contre les pirates du golfe
d’Aden passe par l’amélioration de la gouvernance en
Somalie», peut-on lire dans un communiqué de presse de
l’OTAN.
Des pirates à la solde des islamistes ?
Au cours de la même rencontre, un haut responsable du
commandement maritime de l’OTAN a rappelé que l’existence
d’un lien entre les pirates somaliens et Al-Qaeda n’avait
pas été démontrée. Des enquêtes sont toujours en cours
afin de savoir si les actes de piraterie servent à
financer directement des groupes terroristes, comme le
mouvement Al-Shabab. Mais, selon Roland Marchal, il n’y a
aucun lien direct entre les pirates et les mouvements
islamistes. « Les pirates sont des laïcs, ils n’ont rien à
foutre de l’islam. Ce sont des bandits qui veulent faire
de l’argent. Ils n’ont pas de liens structurels » avec les
mouvements islamistes. Pendant les deux prochaines
semaines, Le Soleil sera à bord du NCSM Fredericton, une
frégate de la marine canadienne qui patrouille le golfe
d’Aden et l’océan Indien pour sécuriser les lieux, tout
comme d’autres navires de guerre de l’OTAN.
La piraterie communautaire - Daphné
Dions-Viens
Dans la
petite ville côtière de Haradheere, en Somalie, la
population peut « investir » dans une coopérative qui
finance les activités des pirates au large des côtes.
C’est du moins ce que rapporte l’agence de presse Reuters
dans une dépêche publiée au début décembre. Un riche
pirate y explique comment la piraterie est devenue une
activité à laquelle collabore toute la communauté. Tout le
monde peut y contribuer, en participant directement à des
attaques en mer ou en donnant de l’argent, des armes ou
tout autre matériel utile.
Une jeune
femme de 22 ans, qui faisait la file pour obtenir sa part
de la rançon après que les pirates eurent libéré un navire
de pêche espagnol, a expliqué à Reuters qu’elle allait
récolter 75 000$ après avoir fourni aux pirates des armes
qu’elle s’était procurées grâce à son ancien mari.
Le district reçoit même un pourcentage sur chaque rançon
obtenue. L’argent est ainsi réinvesti dans les
infrastructures publiques, comme l’hôpital et les écoles,
explique un élu municipal. « La piraterie est devenue la
principale activité économique dans notre région », a
expliqué Mohamed Adam à l’agence de presse.
Les pirates somal i ens détiendraient actuellement j
usqu’à 250 otages . Avec autant de bouches à nourrir, pas
étonnant que toute la communauté soit mobilisée, souligne
Éric Frécon, spécialiste de la piraterie maritime, en
entrevue au Soleil. « Les pirates peuvent aussi compter
sur un réseau d’informateurs dans les ports des pays
voisins, qui leur permettent d’en savoir plus sur le
trafic maritime », explique-t-il.
Le douloureux souvenir de 1992 - Daphné Dions-Viens
En 1992,
plus d’un millier de soldats canadiens sont dépêchés en
Somalie dans le cadre d’une mission de maintien de la paix
des Nations Unies. Quelques mois plus tard, le scandale
éclate.
En mars 1993, des militaires battent à mort un garçon de
16 ans qui s’était introduit dans le campement des Forces
canadiennes. Le gouvernement ordonne la mise sur pied
d’une commission d’enquête sur la Somalie, qui documente
d’autres actes de brutalité perpétrés contre des civils
somaliens. « La population canadienne a été profondément
choquée par cette "affaire somalienne", considérée comme
la période la plus sombre de l’histoire militaire du
Canada depuis la Seconde Guerre mondiale », écrit le
professeur David J. Bercuson, directeur du Centre des
études militaires et stratégiques de l’Université de
Calgary, dans la Revue militaire canadienne.
Dans les années qui ont suivi, les Forces canadiennes ont
déployé plusieurs effor ts pour redorer leur image aux
yeux de la population canadienne, souligne Thierry
Giasson, spécialiste de l’image au département de
communication de l’Université Laval. Depuis le début de la
mission en Afghanistan, en 2001, un nombre croissant de
journalistes ont été intégrés aux opérations de l’armée. «
L’armée a toujours été perçue comme un bras plus ou moins
opaque de l’appareil étatique. En intégrant des
journalistes, on veut laisser croire qu’on est plus
transparent », ajoute M. Giasson.
Dans la
marine canadienne, le programme d’intégration de
journalistes, auquel participe
Le Soleil, existe officiellement depuis 2006. Mais l’armée
a toujours facilité l’intégration des journalistes à ses
opérations, affirme-t-on au quartier général, à Ottawa.
« L’armée est probablement en train de préparer
l’aprèsAfghanistan », indique de son côté Thierry Giasson,
rappelant que le Canada s’est engagé à retirer ses troupes
en 2011.
Des Canadiens traquent les pirates
Au large
de la Somalie, les pirates multiplient les attaques. Au
cours de la dernière année, ils se sont emparés de
dizaines de bateaux et ont capturé des centaines d’otages.
La journaliste Daphné DionViens, du Soleil, est à bord de
la frégate canadienne
Le
navire canadien NCSM Fredericton, qui compte 250 marins,
patrouille dans les dangereuses eaux somaliennes.
NCSM Fredericton, qui patrouille le golfe d’Aden et
l’océan Indien pour sécuriser ces eaux dangereuses.
SALALAH, OMAN — À partir du centre-ville de Salalah, on se
rend au port par une route poussiéreuse, sous un soleil de
plomb. À l’entrée, des gardiens de sécurité contrôlent
rigoureusement les allées et venues. Ne circule pas qui
veut derrière les barbelés. Près de la guérite, des hommes
au teint basané lavent leurs vêtements dans une petite
cuve.
« Le port de Salalah ressemble à tous les autres. Mêmes
grues, mêmes conteneurs, mêmes i nstal lations. Peu
importe les ports, ils se ressemblent tous », lance
l’officier d’affaires publiques Brian Owens. Au loin, on
aperçoit le
NCSM Fredericton à l’un des quais, son drapeau canadien
flottant au vent. Après presque un mois en mer, l’équipage
s’est arrêté à Salalah pour procéder au ravitaillement du
navire. Avec 250 marins à nourrir, les réserves faites
lors du précédent arrêt, le 19 novembre au port de Haïfa,
en Israël, ont diminué rapidement. Depuis le début
décembre, il était impossible de mettre la main sur des
légumes ou des fruits frais à bord, où la consommation de
lait peut atteindre jusqu’à... 120 litres par jour.
« Nous essayons de faire escale toutes les deux ou trois
semaines, c’est mieux pour le moral des troupes, explique
l’officier Owens. Mais ce n’est pas toujours possible. »
Sur le
pont, l’ambiance est décontractée. Pour la majorité des
marins, c’est jour de repos. Plusieurs en profitent pour
découvrir la ville ou aller à la plage. D’autres préfèrent
rester sur le navire. Dans le mess des officiers, les
marins font la file pour essayer la console Wii qui vient
d’être installée.
Une collaboration unique
Le NCSM Fredericton est loin d’être le seul navire de
guerre au port de Salalah. On y aperçoit aussi des navires
battant pavillon chinois, indien et yéménite. « C’est une
collaboration unique, affirme l’officier Owen. Il y a 25
nations qui travaillent ensemble dans un même objectif :
sécuriser le couloir maritime du golfe d’Aden. Ça s’était
rarement vu avant. » En plus de l’OTAN et de l’Union
européenne, la Malaisie, l’Iran et la Russie envoient des
bateaux dans le secteur, souvent pour protéger leurs
propres cargos.
L’autre jour, poursuit l’officier, le NCSM Fredericton
était en contact à la fois avec un hélicoptère japonais et
un navire indien. « On n’a pas le choix de se parler.
Chacun surveille sa propre zone et il faut coordonner le
tout », ajoute-t-il.
Ces efforts semblent porter leurs fruits puisque les
pirates somaliens n’ont commis aucune attaque depuis
l’arrivée de la frégate canadienne. Mais les pirates, bien
au fait de la présence de ces navires de guerre, ne font
qu’étendre leur zone de prédilection et frappent encore
plus loin, dans l’océan Indien.
Dans quelques heures, les militaires canadiens reprendront
la mer. Le soleil descend tranquillement sur le port de
Salalah. Mais sur les ponts inférieurs du navire, il n’y a
ni hublots ni lumière du jour. Que des couloirs
métalliques éclairés au néon qui font rapidement oublier
que, dehors, il fait 31°C.
Corruption : La Somalie, premier de la liste
BERLIN —
L’Irak et l’Afghanistan font partie des cinq pays les plus
corrompus de la planète, selon le classement publié hier par
l’organisation Transparency International.
«Les résultats montrent que les pays perçus comme étant les
plus corrompus sont aussi ceux qui sont meurtris par de
longs conflits qui ont détruit leurs institutions», peut-on
lire dans le rapport.
Transparency International a mené des études auprès
d’entreprises et d’experts dans 180 pays afin d’y mesurer la
corruption du secteur public.
La Somalie
arrive en dernière position, avec une note de confiance de
1,1, tandis que la Nouvelle-Zélande se place en tête du
classement avec 9,4.
Parmi les mauvais élèves, l’Irak se classe 176e avec une
note de 1,5, le Soudan 177e (1,5), la Birmanie 178e (1,4) et
l’Afghanistan 179e (1,3).
Parmi les bons élèves, le Danemark arrive 2e (9,3),
Singapour 3e (9,2), la Suède 4e (9,2) et la Suisse 5e (9,0).
En ce qui concerne les pays francophones, après la Suisse au
5e rang, on trouve le Canada au 9e (8,7), le Luxembourg au
13e (8,2), la Belgique au 21e (7,1) et la France au 24e rang
(6,9).
Les shebabs, alliés d’Al-Qaeda - Judith
LaChapelle
Dans le pays
le plus dangereux du monde, les shebabs imposent leur
islamisme radical jusqu’aux portes de la capitale. Malgré un
raid américain réussi lundi pour tuer l’un des terroristes
les plus recherchés en Somalie, toute intervention étrangère
doit être minutieusement dosée, pour éviter que les shebabs
ne prennent du galon.
PHOTO AFP
Un
soldat gouvernemental, qui patrouille dans les rues de la
capitale Mogadiscio, montre à des enfants somaliens
comment fonctionne sa kalachnikov.
Le kényan Saleh Ali Saleh Nabhan a été tué lundi avec
d’autres combattants shebabs dans le sud de la Somalie, da n
s u ne zone cont rôlée par ces militants islamistes
ouvertement liés à Al-Qaeda. L’attaque ciblée – des
hélicoptères américains ont attaqué le convoi – aurait été
préparée pour limiter les pertes civiles et éviter
d’alimenter la colère de la population.
Car Al-Shebab, la « jeunesse », a su se nourrir du
nationalisme somalien contre l’envahisseur. Pour sortir le
pays du chaos dans lequel il était plongé à la fin des
années 90 – après le départ des Américains et des soldats de
l’ON U –, des organisations islamistes se sont unies autour
de l’Union des tribunaux islamiques, qui allait plus tard
donner naissance à Al-Shebab.
« L’Union n’avait pas d’ambition politique », dit Ahmed
Hussei n , le président du Congrès Somalie-Ca nada. « Elle
ne visait qu’à instaurer partout la loi et l’ordre pour que
les gens soient en sécurité. »
Popularité
L’Union est
devenue « très populaire » à Mogadiscio et dans les régions
du Sud, où elle était présente. Les Américains, inquiets de
ce pouvoir islamiste, ont alors financé des seigneu rs de
guer re pou r combattre l’Union. Mal leur en a pris : la
population s’est rangée du côté de l’Union, qui en est
sortie plus forte. En juin 2006, elle prenait le pouvoir à
Mogadiscio. Pendant les six mois suivant, la capitale allait
connaître un calme relatif.
À ce moment, Al-Shebab n ’ét a it qu ’u ne fac tion de
l’Union, précise M. Hussein. Des combattants radicaux, mais
pas encore les « fous » qu ’i ls a l la ient deven i r. «
Plusieurs combattants ont alors commencé à se sentir trop
confiants, invincibles, idéalistes », explique Grant Dawson,
auteur d’un livre sur l’engagement canadien en Somalie,
aujourd’hui rattaché à l’Université Aberystwyth, au
Royaume-Uni.
Encore plus radicaux
En 2007, l’Éthiopie, appuyée par les États-Unis, envahit la
Somalie pour y chasser l’Union des tribunaux islamiques.
L’Union ne fait pas le poids face à l’armée éthiopienne. «
Al-Shabab se disperse, mais ne disparaît pas, dit M. Dawson.
Ses combattants deviennent encore plus radicaux. »
Aujourd’hui, l’actuel gouver nement soma l ien , qu i a
conclu une alliance avec l’Union des tribunaux islamiques, «
ne contrôle plus rien », ajoute M. Dawson, si ce n’est une
enclave de la capitale gardée par des soldats des forces de
l’ Union africaine. Par ailleurs, une intervention étra
ngère en sol somalien risque de renforcer l’appui aux
shebabs, précise Grant Dawson. « Cela pourrait les pousser
vers le terrorisme, les convaincre qu’il s’agit de la
solution. »
Plus inquiétant encore est l’a ff lu x d’étra ngers, venus
d’Afghanistan, du Pakistan et même de Grande-Bretagne, sou l
ig na it The Independent dimanche dernier, qui viennent
combattre aux côtés des shebabs somaliens. « Les shebabs
sont liés à Al-Qaeda », dit Ahmed Hussein, et promettent de
se battre jusqu’au bout pour avoir une Somalie islamiste. Et
la population ? « Lorsque les shebabs arrivent, la
population est soulagée parce qu’ils mettent de l’ordre,
ajoute-t-il, mais rapidement, on se met à les haïr quand ils
imposent leur vision. »
UN COUPEGORGE
Plus que l’Afghanistan ou l’Irak, la Somalie est
aujourd’hui réputée être l’endroit le plus dangereux du
monde. Repaire de bandits, de pirates, d’islamistes
fanatiques, le pays est peu fréquenté par les journalistes —
la Canadienne Amanda Lindhout et l’Australien Nigel Brennan
y sont retenus en otages depuis plus d’un an.
SOMALIE Clinton hausse le ton
Hillary Clinton
a appelé, hier à Nairobi, l’Érythrée à cesser de soutenir les
insurgés islamistes radicaux somaliens des shebab, les
qualifiant d’organisation terroriste menaçant la sécurité
internationale. La secrétaire d’État a ensuite quitté le Kenya
pour Johannesburg, deuxième étape de sa première tournée
africaine. Elle doit notamment rencontrer Nelson Mandela.

Somalie : Dans l’enfer de sable - Simon Coutu
& Alexandra Arbour
Depuis
l’effondrement du gouvernement central, en 1991, la Somalie
connaît une violence inouïe. Après plusieurs tentatives de
reconstitution du gouvernement, les espoirs des habitants
s’amenuisent. Attentats, bombardements, décapitations et
lapidations gu
« Tant qu’à crever ici, je veux retourner en Somalie pour
mourir de faim avec mes enfants. Je veux entendre siffler les
balles et les bombes avec eux. »
Lorsque
les
éléments se déchaînent dans cette région du Kenya, les
réfugiés somaliens du camp de Dadaab sont livrés à eux-mêmes
et à la poussière.
— À Dadaab, seuls les marabouts, d’immenses oiseaux
charognards, mangent à leur faim. La misère est si grande dans
cet immense camp du Kenya que certains réfugiés somaliens, qui
ont tout risqué pour fuir leur pays, décident de le regagner
par leurs propres moyens.
En Somalie, un des endroits les plus dangereux sur terre, le
sang coule depuis 1991. Le pays est toujours en proie à une
guerre qui oppose les milices islamiques et les forces
gouvernementales. Plus de 250 civils y sont morts le mois
dernier dans les combats.
Plus de 280 000 personnes sont donc venues chercher la paix au
Kenya. Les réfugiés s’empilent dans un amas d’abris de
fortune, à une centaine de kilomètres à l’ouest de la
frontière de la Somalie. C’est plus de trois fois la capacité
initiale du camp.
Plutôt « mourir de faim »
Le soleil plombe et le mercure peut monter jusqu’à 50°C.
Lorsqu’il pleut, le territoire se transforme en mer de boue.
Pour Dahabo Youssouf Ali, la situation dans le camp de Dadaab
est devenue insoutenable. Il y a un an, son voisin lui a payé
le voyage de Mogadiscio jusqu’au Kenya pour sauver un de ses
fils, blessé par une balle perdue. Plusieurs de ses enfants
sont restés derrière elle en Somalie, faute d’argent.
« Je ne reçois pas d’aide et la vie est mauvaise,
accuse-t-elle. Tant qu’à crever ici, je veux retourner en
Somalie pour mourir de faim avec mes enfants. Je veux entendre
siffler les balles et les bombes avec eux. »
La frontière kényane est officiellement fermée depuis 2008.
Pourtant, plus de 5000 réfugiés arrivent chaque mois dans cet
environnement hostile où l’eau, la nourriture et l’espace font
défaut.
Raha Abdi Aden a fui la ville de Kismayo au mois de mai. La
jeune femme de 20 ans au long voile noir a marché 10 jours
dans le désert pour atteindre la frontière kényane. Elle vit
maintenant dans une tente construite à l’aide de branches, de
sacs de plastique et de guenilles.
« Mes parents et mes grandsparents sont morts en Somalie,
dit-elle. Ils ne pouvaient pas courir. Les milices
d’Al-Shabaab sont ar r ivées chez moi . I ls tuent ceux qui
refusent de les appuyer. »
Trois fois
trop de monde
Dadaab est const i t ué de trois énormes camps érigés par
l’Agence des Nations unies pour les réfugiés ( HCR) en 1991,
après la chute du gouvernement de Siad Bar re. Depuis, une
génération a vu le jour dans ces fournaises, qui avaient été
conçues pour recevoir 90 000 personnes.
« La terre, l’eau, la nourriture, tout était prévu pour ce
nombre, affirme le porte-parole du HCR, Andy Needham. Il est
urgent que le gouvernement kényan nous accorde de nouvelles
terres pour ouvrir un quatrième camp. »
À un comptoir de distribution, les réfugiés se bousculent pour
obtenir leur ration de farine, d’huile, de petits pois et de
savon. Des policiers calment la foule à coups de bâton. « Il y
a la paix ici, mais il n’y a pas assez de nourriture ! »
s’exclame Hassen Mohamed I ndaya r, venue rejoindre ses
enfants à Dadaab en 2008.
Au mois d’avril, des pirates somaliens ont pillé un bateau du
Programme alimentaire mondial destiné au camp. Lorsque la
nourriture arrive à bon port, les distributions sont
explosives.
À quelques mètres, deux enfants traînent d’immenses bidons
jaunes remplis d’eau. L’or bleu est aussi une source de
conflit. Le HCR estime que chaque réfugié a accès à environ 15
litres d’eau par jour. Toutefois, cette quantité s’évapore à
mesure que les nouveaux arrivants prennent le camp d’assaut.
« Les nouveaux réfugiés se battent avec les anciens pour avoir
de l’eau, affirme Sofia Sheik Ali, qui habite à Dadaab depuis
moins d’un mois. Étant donné que les anciens se privent déjà,
les nouveaux, eux, se retrouvent avec un galon d’eau par
famille ! »
« Emprisonnés »
Depuis août dernier, le HCR n’a tout simplement plus de terre
à offrir à ceux qui arrivent à Dadaab. « Nous leur demandons
d’habiter avec des amis ou des membres de leur famille, dit
Andy Needham. Mais certains s’installent n’importe où sur des
terres aux extrémités du camp qui ne nous sont pas désignées.
»

Dans ces camps informels, il n’y a pas de services. Les
réfugiés n’ont droit qu’à leur carte de ration. « Nous sommes
emprisonnés, proteste Mohammed Farah Ahmoud, qui habite ce no
man’s land depuis août dernier. Impossible d’avoir une place
dans le camp. La Somalie est trop dangereuse et le Kenya ne
veut pas de nous. Nous avons fui notre pays pour aboutir dans
cette prison. »
Une évasion à la 007 en Somalie ?
Un agent
secret français raconte avoir échappé à ses geôliers
L’histoire est digne de James Bond. Un agent secret français,
enlevé par des insurgés islamistes radicaux le 14 juillet,
aurait profité de la fatigue de ses geôliers, affaiblis par le
ramadan, pour s’échapper.
L’agent
secret
français Marc Aubrière, enlevé à Mogadiscio en Somalie en
juillet, dit avoir faussé compagnie pendant la nuit à ses
ravisseurs et avoir marché pendant cinq heures pour
atteindre la sûreté. Il est ici soutenu par des agents
somaliens alors qu’il descend d’une ambulance pour prendre
un avion.
C ’est du moins ce qu’a raconté hier à la BBC et à Radio
France Internationale ( R F I) l’otage en question, Ma rc
Aubrière. Ava nt de se retrouver à l’abri dans le palais
présidentiel somalien, l’homme dit avoir marché pendant cinq
heures dans la capitale somalienne qui a la triste réputation
d’être une des villes les plus dangereuses au monde.
« Mardi soir, aux environs de minuit, j’ai profité du sommeil
de mes geôliers fatigués par le ramadan. J’ai vu que ma
cellule était mal fermée, alors je me suis fait la belle sans
violence. De toute façon, si j’avais tiré un coup de feu,
d’autres gardes m’auraient descendu », a-t-il dit selon les
propos rapportés par un journaliste de RFI entré en contact
avec lui alors que l’agent se trouvait à Mogadiscio sur la
base de la force de paix de l’Union africaine en Somalie
(AMISOM).
« Puis j’ai marché dans la nuit pendant près de cinq heures en
me guidant avec les étoiles pour rejoindre la zone que
j’espérais atteindre. Mogadiscio la nuit est déserte et les
seuls hommes que l’on croise sont armés. On m’a tiré dessus,
j’ai couru, je me suis caché et par chance on m’a raté »,
a-t-il raconté.
Tout héroïque soit-elle, la version fournie par l’otage
français a été niée par ses ravisseurs. Un porte-parole de
l’organisation islamiste Hezb al-Islam a affirmé hier avoir
libéré l’otage après avoir reçu une importante rançon.
L’organisation aurait remis l’otage aux autorités somaliennes
à 4h du matin. M. Aubrière aurait alors été amené au palais
présidentiel, selon des sources somaliennes de l’AFP.
Pour sa part,
le ministère français des Affaires étrangères a assuré que
l’agent s’était échappé par ses propres moyens, sans qu’un sou
n’ait été versé.
Marc Aubrière avait été enlevé avec un de ses collègues par
des miliciens à son hôtel, en plein centre de Mogadiscio.
Les deu x hom mes relevant du ministère français de la Défense
étaient depuis détenus sépa rément , l’u n aux mains des
combattants islamistes shebab, et l’autre, de miliciens du
parti Hezb alIslam, un groupe plus politique dirigé par cheikh
Hassan Dahir Aweys.
Des étrangers sont régulièrement enlevés en Somalie, en guerre
civile depuis 1991, et des rançons sont demandées.
Hezb al-Islam et les Shebab ont lancé au début du mois de mai
une offensive sans précédent contre le gouvernement du
président islamiste modéré Sharif Cheikh Ahmed, soutenu par la
communauté internationale.
De la responsabilité de la France
L’organisation Survie, qui critique depuis des années le rôle de
la France dans le génocide au Rwanda, affirme que le rapprochement
en cours vise d’abord à replacer Paris au coeur des partenariats
économiques se développant dans la région. Et qu’il ne saurait
faire oublier la responsabilité du pays dans les massacres. « Le
soutien politique, militaire et financier de la France à un
gouvernement génocidaire ne peut se dissoudre dans de quelconques
excuses », soulignent les dirigeants de Survie.
CONDAMNATION HISTORIQUE - André Noël
Pour
la première fois dans l’histoire du Canada, une personne est
condamnée en vertu de la Loi sur les crimes contre l’humanité et
les crimes de guerre. Le verdict est tombé hier: Désiré Munyaneza
est coupable.
Le juge André
Denis a commencé le résumé de son jugement en citant un
survivant du génocide qui est venu témoigner à Montréal et qui a
déclaré ceci : « Même si je me taisais, l’air, la terre et le
vent hurleraient ce qui s’est passé au Rwanda. »
Dans une décision historique, hier, le juge André Denis a
déclaré le Rwandais Désiré Munyaneza coupable de crime de
génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre.
C’est la première fois qu’une personne est condamnée au Canada
en vertu de la Loi sur les crimes contre l’humanité et les
crimes de guerre, entrée en vigueur en 2000.
Le juge Denis, de la Cour supérieure du Québec, a commencé
le résumé de son jugement en citant un survivant du génocide qui
est venu témoigner à Montréal et qui a déclaré ceci: « Même si
je me taisais, l’air, la terre et le vent hurleraient ce qui
s’est passé au Rwanda. »
Ce même témoin, un jeune Tutsi nommé « C-18 » par la Cour
pour le protéger contre d’éventuelles représailles, a identifié
Munyaneza, 42 ans, comme un dirigeant local des Interahamwe, une
milice génocidaire formée par le parti gouvernemental hutu.
D’avril à juillet 1994, 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été
massacrés dans ce petit pays d’Afrique centrale.
« La preuve montre qu’aucun Rwandais n’est sorti indemne
des événements du printemps de 1994, a dit M. Denis, devant une
salle tellement bondée qu’une autre salle du Palais de justice
de Montréal a dû être ouverte pour une transmission vidéo. Près
de 15 ans après le génocide, les Rwandais ont peur… Leurblessure
est immense, actuelle, insupportable et indélébile. »
Reconnaître l’existence du génocide est une chose. Établir
hors de tout doute raisonnable la culpabilité de Munyaneza dans
les massacres qui se sont déroulés à Butare, une ville située au
sud du pays, en était une autre. Munyaneza a déménagé au Canada
après le génocide. Il a été reconnu par des survivants du
génocide, qui ont alerté la police.
Arrêté chez lui le 19 octobre 2005, en banlieue de Toronto,
il a comparu devant le juge Denis le lendemain et se trouve
détenu depuis. Sept chefs d’accusation ont été portés contre
lui. Son procès a commencé en mars 2007. Soixantesix témoins ont
été entendus, non seulement à Montréal, mais aussi en France, au
Rwanda et en Tanzanie.
Le défi le plus important auquel faisait face le juge était
de jauger la crédibilité des témoins, dont la plupart parlaient
seulement le kinyarwanda et qui relataient des événements
survenus il y a 15 ans. Le principal avocat de la défense, Me
Richard Perras, a tenté de montrer que plusieurs témoins de la
poursuite se contredisaient, et ne pouvaient avoir vu ce qu’ils
prétendaient avoir vu. Il a lui-même fait témoigner 36
personnes.
Mais d’entrée de jeu, le juge Denis a déclaré ceci: « La
plupart des témoins de la poursuite parlent de ce qu’ils ont vu
et vécu. Ils parlent aussi de l’accusé. Leur crédibilité et la
pertinence de leurs propos sont supérieures à celles des témoins
de la défense. La plupart des témoins de la défense n’ont pas vu
l’accusé pendant le génocide. À en croire plusieurs, il n’y a eu
ni viols, ni meurtres, ni cadavres à Butare. De fait, il n’y a
pas eu de génocide. »
Puis le juge a résumé les témoignages de 22 Rwandais,
hommes et femmes, qui ont déclaré à la Cour avoir vu Munyaneza,
fils d’un riche commerçant et membre de la bourgeoisie hutue de
Butare, participer aux massacres et aux viols des Tutsis. À
quelques reprises, Munyaneza, vêtu d’une chemise rose et d’un
complet gris, à demi dissimulé derrière un panneau de verre en
partie opaque, s’est pris la tête entre les deux mains.
« Je crois RCW-2 (la Cour a donné des noms de code à
presque tous les témoins rwandais) quand il dit qu’il a vu
l’accusé distribuer des uniformes et des armes aux Interahamwe.
Je crois RCW-3 (une femme âgée) qui affirme que l’accusé est
venu à la tête d’un groupe à trois reprises à sa maison pour la
piller et tenter de trouver ses filles. L’accusé l’a frappée en
lui reprochant d’être tutsie et l’a dénudée. Il portait arme et
grenades.
« Je crois RCW-8 (Un Hutu) qui affirme que l’accusé a
distribué aux Interahamwe les armes nécessaires aux tueries des
Tutsis. L’accusé lui a remis personnellement une grenade et de
l’essence avec laquelle il incendie les maisons tutsies. Les
Tutsis capturés aux barrages sont remis à l’accusé et conduits à
la mort. Je crois RCW-10 qui affirme que l’accusé était
responsable de la barrière où les Tutsis sont tués... Il était
l’un des dirigeants de la chasse aux Tutsis à Butare.
« Je crois C-17 qui affirme que des groupes d’Interahamwe
dont fait partie l’accusé viennent chercher des réfugiés tutsis
à la préfecture, les chargent dans des camionnettes et les
amènent à la mort. L’accusé et son groupe violent à répétition
les femmes tutsies réfugiées à la préfecture. Armé, l’accusé
viole C-17 à plusieurs reprises. Elle voit l’accusé tuer deux
hommes avec une machette pendant un transport de réfugiés. Je
crois C-20 qui affirme (que) l’accusé tue des enfants enfermés
dans des sacs.
« La preuve montre hors de tout doute raisonnable que
l’accusé a participé à la traque des Tutsis, a conclu le juge.
Fils instruit d’une des grandes familles bourgeoises de Butare,
Désiré Munyaneza a été à l’avant-scène dumouvement génocidaire…
Il a distribué des armes et des uniformes aux Interahamwe pour
qu’ils s’attaquent aux Tutsis… Il a fait partie des assaillants
qui ont tué des centaines de réfugiés tutsis à l’église de
Ngoma. Il a violé et participé à l’agression sexuelle de
dizaines de femmes tutsies…
« Il a existé au Rwanda dès le 7 avril 1994 un projet
prévu de détruire l’ethnie tutsie. Ce projet a été supporté par
le président, les membres du gouvernement, l’armée, les
Interahamwe et une partie de la population civile. L’accusé, de
par son statut social et de par sa volonté, a participé de façon
active à ce projet comme dirigeant Interahamwe et comme membre
de l’élite locale qui a mis en oeuvre les éléments de ce qui
allait devenir un génocide. »
Levant les yeux, M. Denis a regardé Munyaneza. «
Levezvous! lui a-t-il ordonné. Désiré Munyaneza, je vous trouve
coupable des sept chefs d’accusation qui pèsent contre vous. »
Les représentations sur la sentence se feront en septembre.
Munyaneza est passible de la condamnation à vie pour chacun des
crimes.
Désemparé, il a tenté de parler avec sa femme et les autres
membres de sa famille, en larmes, présents dans la salle. Le
gardien lui a mis les menottes et l’a dirigé vers la sortie. Son
avocat, Me Perras, a annoncé qu’il allait porter le jugement en
appel. Il a dit qu’il ne comprenait pas comment le juge avait pu
accorder foi à plusieurs témoins.
Un jugement qui fait date - Agnès Gruda
Le verdict de culpabilité rendu hier contre Désiré Munyaneza, ce
Rwandais accusé d’avoir participé au génocide de 1994, ouvre la
porte à d’autres procès de ce genre au Canada, estiment des
juristes spécialisés en droit international
Un survivant du génocide visite le
mémorial de Gisozi à Kigali, la capitale du Rwanda. D’avril à
juillet 1994, 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été
massacrés dans ce pays d’Afrique centrale.
Désiré Munyaneza est le premier criminel de guerre
poursuivi au Canada en vertu d’une loi sur les crimes contre
l’humanité, adoptée il y a neuf ans.
« Nous avons de bonnes raisons de croire qu’il n’est pas le
dernier », dit Bruce Broomhall, professeur de droit pénal
international à l’UQAM.
Ces procès ne viendront pas par dizaines, ne serait-ce que
parce qu’ils coûteraient une fortune, avertit René Provost,
directeur du Centre sur les droits de la personne de
l’Université McGill.
N’empêche: la condamnation de Désiré Munyaneza était loin
d’être acquise, croit René Provost. Et ce verdict montre que
malgré les difficultés inhérentes à de tels procès, des
criminels de guerre peuvent être jugés au Canada.
« C’est une décision extrêmement importante, qui montre le
sérieux des engagements du Canada en matière de justice
internationale », souligne René Provost.
Pendant longtemps, seuls les criminels de guerre nazis
pouvaient être jugés au Canada. Mais la Deuxième Guerre mondiale
est loin, et les nazis en fuite au Canada se font de plus en
plus rares.
C’est en 2000 que le gouvernement a adopté une loi ouvrant
la porte des tribunaux canadiens à tous les suspects de crimes
de guerre et de crimes contre l’humanité, peu importe l’endroit
et le moment où ils ont sévi.
Ces procès ne sont pas faciles: les enquêteurs doivent se
déplacer à l’étranger, convaincre des témoins qui ont peur,
tenir compte des différences culturelles. Mais ces embûches
rendent le verdict d’hier d’autant plus significatif, croit René
Provost.
Quelque 1500 criminels de guerre vivent au Canada, selon
le Centre canadien pour la justice internationale. Jusqu’à
maintenant, le ministère de la Justice consacrait l’essentiel de
ses efforts à les sortir du pays. Maintenant, il pourra aussi
les traduire en justice, se réjouit Jayne Stoyle, porte-parole
du Centre.
Dans lecasdegénocidaires rwandais, c’est d’autant plus
important que les processus judiciaires en cours sont en train
de s’essouffler. Le Tribunal pénal international sur le Rwanda
(TPIR) est en train de boucler ses dossiers. Quant aux tribunaux
rwandais, ils débordent. D’où l’importance pour « un système
judiciaire global » de prendre le relais, note Mme Stoyle.
Au ministère de la Justice, on hésitait à confirmer que le
verdict d’hier allait changer l’approche canadienne face aux
criminels de guerre qui se terrent au pays. « Nous avons une
soixantaine de causes qui font l’objet d’une enquête et
n’importe laquelle de ces causes peut donner lieu à des
poursuites », s’est contenté de dire Terry Beitner, directeur de
la Section canadienne sur les crimes contre l’humanité et les
crimes de guerre.
Il se réjouit néanmoins du jugement d’hier. « Il envoie
clairement le message que le Canada n’est pas un refuge pour des
gens impliqués dans des génocides ou des crimes de guerre. »
Un verdict accueilli avec soulagement
COMMUNAUTÉ
RWANDAISE
« La nouvelle s’est rendue très, très vite au Rwanda.
Là-bas aussi, les gens attendaient le verdict avec impatience.
»
La communauté rwandaise du Canada a accueilli le verdict
de culpabilité rendu contre Désiré Munyaneza avec soulagement,
hier, après des mois d’attente où elle craignait que l’homme
accusé de crimes de guerre ne soit acquitté.
La
femme de Désiré Munyaneza, Solange, est sortie hier du
palais de justice accompagnée d’un ami qui l’a dérobée aux
regards des médias.
« Si le jugement avait été en faveur de l’accusé, les
victimes n’y auraient pas survécu. Elles ont été violées une
première fois durant le génocide. Elles ont revécu le pire
cauchemar de leur vie en témoignant contre lui.
L’acquittement, ça aurait été comme un troisième viol », a
décrit le président de la diaspora rwandaise du Canada, le Dr
Jean Kamanzi.
Le Dr Kamanzi venait de terminer une entrevue
téléphonique avec un animateur d’une station de radio de
Kigali quand il a parlé à La Presse, hier aprèsmidi. « La
nouvelle s’est rendue très, très vite au Rwanda. Là-bas aussi,
les gens attendaient le verdict avec impatience », a-t-il dit.
Pour la communauté rwandaise, le Canada envoie un message
d’une importance capitale au reste du monde. « Le Canada ne
peut servir de terre d’asile aux criminels de guerre. C’est
arrivé dans le passé que des victimes du génocide réfugiées
ici se retrouvent face à face avec leurs bourreaux », raconte
le président de la diaspora rwandaise du Canada qui représente
quelque 10 000 personnes.
« I l y en a d’autres ( Munyaneza) au Canada. J’espère
que les recherches sont très avancées et que d’autres procès
se feront », a dit pour sa part César Gashabizi de
Page-Rwanda, une association de survivants du génocide de
1994, au cours duquel près de 800 000 Tutsis et Hutus modérés
ont été tués.
Le Congrès jui f québécois s’est aussi réjoui du verdict
du juge André Denis, rendu après six mois de délibérations. «
Il est important de se souvenir des victimes du génocide au
Rwanda, ce qui inclut les familles dont il n’existe aucun
témoin du jugement rendu aujourd’hui (hier) », a affirmé le
président du Congrès, Adam Atlas.
Le sang, l’histoire, la justice - Yves Boisvert
Désormais, d’où
que vienne l’accusé et quel que soit le lieu de son crime, il
peut être jugé au Canada.
Des enfants décapités, des chiens qui dévorent des cadavres
empilés, des femmes violées, des hommes traqués, torturés,
mutilés, tués… Des rivières de sang, la haine et la peur
partout, la fureur à un degré qu’on n’imagine pas.
Avant d’être la conclusion du procès Munyaneza, avant
d’être un jugement historique, la décision d’André Denis est le
récit désespérant du massacre de 800 000 êtres humains en quatre
petits mois.
C’était le Rwanda et le génocide de l’ethnie minoritaire
tutsie, ainsi que de Hutus modérés. C’était aussi un test raté
pour la communauté internationale, incapable de faire cesser les
massacres, malgré les appels à l’aide désespérés.
À défaut de se mobiliser pour sauver des vies, la
communauté internationale s’est mobilisée pour punir les
responsables. Un tribunal pénal international spécial a été créé
(il achève son travail). D’autres allaient suivre, pour ensuite
créer une Cour pénale internationale permanente qui peut juger
les criminels de guerre et auteurs de tion au principe qu’un
pays ne juge que les crimes commis sur son territoire, ou ceux
commis par ses citoyens en territoire étranger. Désormais, d’où
que vienne l’accusé et quel que soit le lieu de son crime (de
cette catégorie), il peut être jugé au Canada.
Ce n’était pas une première. En 1986, une commission
présidée par le juge Jules Deschênes concluait qu’il y avait 774
criminels de guerre réfugiés au Canada. Essentiellement, des
criminels de guerre nazis de la Seconde Guerre mondiale. On a
modifié le Code criminel pour permettre de les juger au Canada.
crimes contre l’humanité – des pays signataires.
C’est dans ce mouvement que le Canada, comme plusieurs
autres pays, a adopté une loi permettant de juger chez lui les
auteurs de tels crimes.
Il faut voir à quel point cette loi défie les mentalités
juridiques traditionnelles. C’est une excep-
Un Imre Finta, accusé d’avoir participé aux camps de la
mort en Hongrie, a été le premier – et le dernier – accusé selon
ces dispositions. Il a été acquitté à Toronto par un jury, plus
de 40 ans après les faits. La Cour suprême a confirmé cet
acquittement.
Après cette déconvenue, plus aucun criminel de guerre n’a
été accusé en vertu de cette loi. Les coûts sont immenses, la
preuve difficile à faire, les acquittements trop risqués. Par la
suite, on a plutôt révoqué la nationalité de certains criminels
de guerre présumés ou facilité leur extradition.
On voit donc pourquoi le jugement Denis est historique. Un
échec du ministère public risquait de condamner ce genre de
procès. Il aurait été facile, en effet, de conclure que de juger
des gens parlant une langue étrangère pour des crimes commis il
y a 15 ans à 10 000 kmd’ici est une entreprise vouée à l’échec,
malgré le bel idéalisme qui l’anime.
Au contraire, ce jugement inaugure une nouvelle ère. Il
n’y aura pas 15 procès de ce genre chaque année au Canada. Mais
cet outil contre l’impunité vient de gagner en crédibilité. Il
est possible de faire condamner des criminels de guerre au
Canada, avis en soit donné.
C’est un signal envoyé aussi bien aux tyrans et aux
bourreaux qu’aux autres pays. Il n’y a plus d’excuse, d’une
certaine manière, pour ne pas mettre en oeuvre des mesures
semblables, même si elles sont coûteuses.
Ce n’est pas un « bon jugement » parce qu’il conclut à la
culpabilité. C’est un bon jugement, je dirais même un grand
jugement parce qu’il est bien fait et convaincant. Chaque
conclusion est appuyée par une analyse factuelle détaillée et
une appréciation des témoignages. Le propos est clair,
pédagogique même (on voit que le juge a conscience de s’adresser
à un auditoire international). Le juge Denis était à la hauteur
de cette tâche colossale – encore une fois.
Le tout reposant essentiellement sur l’appréciation des
faits, je serais étonné que la Cour d’appel casse ce verdict.
La suite ? La suite sera multiple. On pourrait mettre sur
la liste le présumé génocidaire Léon Mugesera (il en est
question dans le jugement), qui fait face à un jugement
d’extradition depuis quatre ans, mais qui est encore au Canada
vu les dangers que lui ferait courir un retour au Rwanda – on
n’envoie pas des gens qui risquent la torture dans leur pays.
Ce serait la suite logique des choses.
La petite histoire du génocide rwandais -
MICHÈLE OUIMET
« Quinze ans
après le génocide, conclut le juge Denis, les Rwandais ont
peur. Les Rwandais se méfient les uns des autres. Ils se
taisent et la plupart ne veulent ou ne peuvent parler du
génocide. Leur blessure est immense, actuelle, insupportable
et indélébile. Victimes et bourreaux confondus. »
Je ne peux penser au Rwanda sans avoir le coeur à l’envers.
J’ai vu les premières images du génocide à la télévision:
des centaines de cadavres flottaient dans les eaux agitées
d’une rivière qui traversait le pays.
Je suis arrivée au Rwanda à la fin d’avril 1994, trois
semaines après le début des massacres, qui se sont étirés
jusqu’à la mi-juillet. Pour entrer au pays, je suis passée
par l’Ouganda. À la frontière, j’ai croisé deux journalistes
étrangers. Ils m’ont prévenue: « Il y a de cadavres partout,
on se croirait au Cambodge à l’époque de Pol Pot. »
Je savais qu’ils me disaient la vérité, car je pouvais lire
l’horreur dans leurs yeux.
À la fin du mois d’avril, on parlait de 100 000 morts, 200
000 peut-être. Certains commençaient à parler de génocide,
mais le mot semblait énorme, obscène. Personne ne voulait y
croire.
Je suis partie sur les routes défoncées du Rwanda à bord
d’une jeep de l’ONU. Il était 17h. Nous nous sommes perdus.
Nous avons tourné en rond pendant des heures, paniqués à
l’idée de tomber sur des miliciens, les Interahamwe, qui
massacraient les Tutsis et les Hutus modérés.
Plus rien ne fonctionnait dans le pays, il n’y avait pas
d’électricité, pratiquement plus d’eau potable. À une
quinzaine de kilomètres de la capitale, Kigali, nous sommes
tombés sur un hôpital qui a accepté de nous héberger. J’ai
dormi sur un vieux matelas jeté dans un coin.
C’est là que j ’ai rencontré Jérôme, un enfant de 3 ans que
l’armée tutsie avait trouvé sous une pile de cadavres. Il
avait survécu pendant deux jours, accroché au cadavre de sa
mère. Jérôme vivait à l’hôpital depuis une semaine. Ombre
silencieuse, il refusait de parler et luttait contre le
sommeil, ses yeux immenses fixés dans le vide. La peur des
cauchemars.
Des soldats de l’armée tutsie m’ont emmenée à Rukara, un
village où la population avait été massacrée. Comment vous
décrire les dizaines de cadavres alignés côte à côte au bord
de la route, hommes, femmes, enfants, tués, massacrés ? Des
cadavres qui gisaient là depuis deux semaines, à moitié
décomposés. L’odeur âcre qui donnait des hauts le coeur. Le
silence assourdissant. Et les mouches, grosses, d’un noir
bleuté.
Dans l’église, des centaines de cadavres étaient empilés.
Même massacre, même odeur insupportable, mêmes corps
emmêlés, démembrés.
J’ai compris qu’il n’y avait pas de hasard et que les gens
avaient été assassinés selon un plan précis. Et, pour la
première fois, l’hypothèse du génocide m’a semblé crédible.
Quinze ans
plus tard, le juge André Denis, de la Cour supérieure du
Québec, a confirmé le génocide. En mai, il a conclu que
Désiré Munyaneza, un Rwandais qui s’était réfugié au Canada,
était coupable de génocide, de crimes contre l’humanité et
de crimes de guerre.
La plainte contre Munyaneza a été déposée en 1997 par un
citoyen. Il a fallu 12 ans pour arriver à un verdict de
culpabilité. Douze longues années de travail entre le dépôt
de la plainte et la décision du juge Denis.
Tout a commencé par une longue et méticuleuse enquête de la
GRC – l’enquêteur a dû se rendre au Rwanda une quinzaine de
fois –, suivie par quatre ans de procédure, dont deux ans de
procès où ont témoigné 66 personnes éparpillées entre
Montréal, l’Afrique et la France, le tout consigné dans 16
000 pages de notes sténographiées.
Une affaire extrêmement complexe. « Toute la preuve était à
l’extérieur du pays », explique Pascale Ledoux, la
procureure qui a tenu à bout de bras le dossier de Désiré
Munyaneza. Elle était épaulée par deux collègues.
Je l’ai rencontrée cette semaine à son bureau, juché au
neuvième étage du complexe Guy-Favreau. Une pluie forte
fouettait les fenêtres qui donnent sur le centre-ville. Son
bureau est petit, encombré. Les tablettes de sa bibliothèque
craquent sous le poids des dossiers. Un peu partout, des
photos de ses enfants. Accroché au mur, son diplôme de
l’Université de Montréal: baccalauréat en droit obtenu en
1985.
Cheveux courts légèrement bouclés, petites lunettes posées
sur le nez, collier africain au cou. Pascale Ledoux ne
s’enfarge pas dans les détails et va droit au but. La
poursuite contre Désiré Munyaneza représentait un défi
colossal. Avocate au ministère fédéral de la Justice depuis
1995, elle était habituée à des dossiers costauds qui
touchaient le crime organisé, les stupéfiants ou la
contrebande. Mais un génocide? Jamais.
Elle est allée trois fois au Rwanda, des séjours qui
variaient entre trois semaines et deux mois. Du temps passé
loin de ses jeunes enfants. Elle n’avait jamais mis les
pieds dans un pays du tiers-monde, encore moins en Afrique.
« Le Rwanda est un pays magnifique, dit-elle, mais j’y ai
entendu les pires choses de ma vie. C’est nécessairement
bouleversant. Je faisais un travail cartésien avec un
objectif précis, je devais garder mon objectivité. »
Les témoignages étaient crève-coeur: viols, meurtres, hommes
et femmes massacrés à la machette, maisons pillées,
incendiées; l’humiliation, la peur.
Les plaies sont encore vives. « Quinze ans après le
génocide, conclut le juge Denis, les Rwandais ont peur. Les
Rwandais se méfient les uns des autres. Ils se taisent et la
plupart ne veulent ou ne peuvent parler du génocide. Leur
blessure est immense, actuelle, insupportable et indélébile.
Victimes et bourreaux confondus. »
L’avocat de Désiré Munyaneza a déjà déclaré qu’il
interjetterait appel. Pascale Ledoux n’en a pas fini avec le
Rwanda.
Radovan Karadzic se défile à son procès pour
génocide
TRIBUNAL
PÉNAL INTERNATIONAL
LA HAYE — Le procès pour génocide de l’ex-chef politique des
Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a pris hier un faux
départ en raison de l’absence de l’accusé, qui a contraint
les juges du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye à
le reporter à aujourd’hui.
Radovan Karadzic, qui se défend seul, « ne comparaîtra pas »
non plus à cette nouvelle audience, a déclaré Marco
Sladojevic, l’un de ses avocats, après avoir rencontré
l’accusé. « Il demande plus de temps pour se préparer »,
a-t-il précisé.
Le juge sud-coréen O-Gon Kwon a ajourné le procès un quart
d’heure après son ouverture, en constatant « l’absence de
l’accusé et d’un avocat pour le représenter ».
I l a appelé M. Karadzic, qui avait en vain réclamé en
septembre 10 mois supplémentaires pour se préparer, à « être
là » aujourd’hui, sans préciser ce qui se passerait s’il
était toujours absent. Le procès doit reprendre en
après-midi aux Pays-Bas avec la présentation par le
procureur Alan Tieger des charges de génocide, crimes contre
l’humanité et crimes de guerre commis durant la guerre de
Bosnie (1992-1995).
Actes d’accusation
Radovan
Karadzic, 64 ans, est notamment accusé du massacre de
Srebrenica, au cours duquel plus de 7000 hommes et garçons
musulmans ont été tués en juillet 1995, ainsi que du
bombardement de Sarajevo, qui a fait 10 000 morts civils en
44 mois. Il plaide non coupable.
L’accusé risque la prison à vie pour avoir, selon
l’accusation, voulu « chasser à jamais » des millions de
Musulmans et Croates des territoires de Bosnie convoités par
les Serbes, en orchestrant une campagne de « nettoyage »
ethnique.
L’acte d’accusation détaille deux charges de génocide, lors
des premiers mois de la guerre, et pour le massacre de
Srebrenica, le plus sanglant commis en Europe depuis la
Seconde Guerre mondiale.
L’ajournement du procès a provoqué la colère de mères de
victimes venues de Bosnie à La Haye. « C’est comme si on
était tués une seconde fois », a lancé Munira Subasic, 62
ans, qui a perdu des proches lors du massacre de Srebrenica.
Lors de la guerre, Radovan Karadzic, alors président de la
République autoproclamée des Serbes de Bosnie, voulait, avec
l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, une « Grande
Serbie » comprenant 60 % de la Bosnie.
M. Karadzic, arrêté en juillet 2008 à Belgrade, est le plus
haut responsable du conflit bosniaque à être jugé par le
TPI. M. Milosevic est mort à La Haye en 2006 avant la fin de
son procès et le chef militaire des Serbes de Bosnie, le
général Ratko Mladic, est toujours en fuite.
LE REJET DE L’OCCIDENT -
Jocely Coulon
Le Sri Lanka, le Soudan et la Birmanie résistent très bien aux
sanctions et pressions diplomatiques occidentales
Cessons de
nous écouter parler et trouvons une avenue de dialogue avec
le reste du monde.
QL’auteur ( j.coulon@ cerium.ca) est directeur du Réseau
francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié
au CERIUM. Il a séjourné au Sri Lanka en janvier dernier.
u’ont en commun le Sri Lanka, le Soudan et la Birmanie? Ces
trois pays, comme d’autres d’ailleurs, défient de plus en
plus les appels de la « communauté internationale », de
l’Occident en fait, à faire cesser les crimes commis chez
eux. Et ils résistent très bien aux sanctions et aux
pressions diplomatiques occidentales grâce à leurs amis. Il
est temps que l’Occident revoie sa méthode.
Aux
Occidentaux qui croient pouvoir convaincre le Sri Lanka de
cesser les combats contre la rébellion, la réponse du
président Mahinda Rajapakse se fait virulente : « Allez
voir ce qu’ils font en Irak et en Afghanistan. »
Le Soudan et la Birmanie sont des États voyous qui se sont
placés au ban des nations depuis plusieurs années, le
premier en raison de son horrible guerre au Darfour et le
deuxième en raison de la sanglante répression qu’il exerce
contre les forces démocratiques et de l’emprisonnement de la
charismatique Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix.
Le Sri Lanka quant à lui n’est pas considéré comme un État
voyou. Héritier d’une solide tradition démocratique,
champion de la décolonisation et du non-alignement, il lutte
toutefois contre une rébellion aux aspirations que certains
considèrent légitimes, mais qui est devenue avec le temps un
mouvement terroriste banni dans le monde. Cette guerre de 30
ans sert malheureusement aujourd’hui de prétexte pour
justifier une dérive autoritaire du gouvernement sri
lankais: opposants et journalistes assassinés ou en fuite,
restriction de la liberté d’expression et, maintenant,
bombardements sans merci des zones rebelles où se trouvent
pris en otages des milliers de civils.
Des sanctions économiques sont imposées aux régimes birman
et soudanais, mais elles n’ébranlent pas les gens au
pouvoir. Les interventions diplomatiques restent elles aussi
sans effet. Ces régimes résistent d’autant plus aux
pressions occidentales qu’ils comptent dorénavant sur une
aide généreuse d’amis comme le Japon, l’Inde, la Chine, le
monde arabe, etc.
Au Sri
Lanka, les Occidentaux croient pouvoir convaincre le régime
de cesser les combats avec la rébellion. Mal leur enprend.
La réponse du gouvernement est virulente. Le président
Mahinda Rajapakse fustige ceux qui font la leçon à son pays
sur le sauvetage des civils en leur demandant « d’aller voir
ce qu’ils font en Irak et enAfghanistan». Et les exemples
sont bien choisis. L’invasion de l’Irak par les forces
américano-britanniques a entraîné la mort de 300000 civils
irakiens et les «bavures» en Afghanistan et au Pakistan
tuent régulièrement des dizaines, sinon des centaines de
civils au nomde la lutte contre le terrorisme.
Les Africains, les Arabes, les Asiatiques estiment que les
exactions commises ou tolérées par les Occidentaux leur
enlèvent la crédibilité nécessaire pour chapitrer le reste
du monde sur le respect des droits les plus fondamentaux.
En fait, lorsqu’un leader occidental déclare que « la
communauté internationale est indignée » face à telle
question, il provoque la plupart du temps la moquerie sinon
le rejet généralisé partout dans le monde.
Comment interpréter autrement la solidarité unanime de la
Ligue arabe et de l’Union africaine envers le président
soudanais depuis son inculpation pour crimes contre
l’humanité au Darfour? Ou les applaudissements de plus d’une
centaine de délégations aux déclarations anti-Israël du
président iranien lors de la réunion de la Commission des
droits de l’homme de l’ONU? Ces attitudes sont répugnantes,
mais elles sont la réalité.
Je suis actuellement au Burkina Faso où j’ai rencontré le
médiateur africain sur le Darfour, le ministre burkinabé
Djibill Bassolé. Il n’y a pas de solution miracle à ce
conflit, dit-il. Il tient simplement à souligner la
nécessité pour toutes les parties de reconnaître leurs torts
et de dialoguer de bonne foi. Et si, en Occident, on
changeait de méthode ? Notre impératif moral n’est-il pas de
nous demander pourquoi nous n’arrivons plus à convaincre du
bien-fondé de nos idéaux et de nos actions plutôt que
d’imposer notre loi? Cessons de nous écouter parler et
trouvons une avenue de dialogue avec le reste du monde afin
que les droits les plus fondamentaux deviennent un bien
universel.
Chili 129 agents de Pinochet visés par un mandat
d’arrêt
Violations
des droits de la personne sous le régime militaire
La dictature d’Augusto Pinochet a peut-être pris fin en
1990, mais les traces qu’elle a laissées sur la société
chilienne n’ont pas toutes été effacées. Dans le plus
grand coup de filet de la justice chilienne à ce jour, un
juge a délivré hier 129 mandats d’arrêt contre des anciens
agents de la junte militaire pour de graves violations des
droits de la personne commises il y a près de 30 ans.
Tantôt officiers de l’armée chilienne, tantôt chauffeurs
ou policiers, les individus visés par le juge Victor
Montiglio dans ses mandats d’arrêt appartenaient tous à la
police secrète du régime militaire, la direction nationale
du renseignement, connue sous le nom de DINA par les
Chiliens qui l’ont redoutée pendant les 17 années du
régime Pinochet.
Les accusations qui pèsent su r les agents de la ju nte
incluent plusieurs cas d’enlèvement, d’assassinat et de
torture. L’enquête qu’a menée le juge Montiglio visait
particulièrement l’opération Condor, au cours de laquelle
des agents de la DINA ont collaboré avec le Paraguay, le
Brésil, la Bolivie et l’Uruguay pour éliminer des
dissidents politiques, les pourchassant parfois jusqu’aux
États-Unis.
D’autres mandats d’arrêt sont aussi liés à l’opération
Colombo, lancée en 1975 et au cours de laquelle 119
opposants chiliens furent portés disparus ou assassinés.
«C’estunevagued’arrestations très significative. Elle
démontre qu’aucun individu, peu importe ses contacts,
n’est à l’abri de la justice», a dit hier à La Presse Jose
Miguel Vivanco, directeur de l’organisation Human Rights
Watch en Amérique latine, joint au Mexique.
P
rofesseu r d’histoire de l’Amérique latine à
l’Université du Québec à Montréal, José Del Pozo
rappelle pour sa part que le coup de théâtre du juge
Montiglio s’inscrit dans une longue croisade du Chili
pour faire la lumière sur le lourd héritage de l’ère
Pinochet, un processus entamé au lendemain de la chute
du régime militaire.
Depuis 19 91, la justice chilienne tente tant bien que
mal de faire la lumière sur des violations des droits de
l’homme qui ont entraîné la mort ou la disparition de
plus de 3300 personnes, dont un grand nombre d’opposants
politiques. À ce jour, plus de 505 personnes ont été
formellement accusées. De ce nombre, 277 ont été
reconnues coupables, dont 42 généraux. À la fin du mois
de juillet, 53 d’entre eux étaient toujours derrière les
barreaux.
Lui-même arrivé au Québec pendant la répression
Pinochet, M. Del Pozo déplore cependant que plusieurs
sentences imposées aux tortionnaires chiliens reconnus
coupables de crimes abominables ont maintes fois été
commuées par des cours d’appel. «Ça transforme le
processus judiciaire en farce. De longues peines
d’emprisonnement pour des crimes horribles se
transforment en peines à servir à la maison»,
dénonce-t-il.
Autre accroc à la crédibilité de la justice chilienne,
le journal Nacion a révélé le week-end dernier que
certains des militaires emprisonnés reçoivent toujours
un salaire de l’armée chilienne.
« Malgré quelques scandales, on peut facilement dire que
le Chili est le pays d’Amérique latine qui a fait le
plus de progrès pour punir des violations passées des
droits de l’homme. Ça ne veut pas dire qu’il ne reste
pas de travail à faire », soutient Jose Miguel Vivanco.
Les familles de 1000 disparus espèrent comprendre un
jour ce qui est arrivé aux leurs.
Robert Fowler aurait été vendu à ses ravisseurs
- Catherine Handfield
Enlèvement de deux Canadiens au Niger
L’ancien diplomate canadien Robert Fowler, enlevé par
Al-Qaeda et retenu en otage pendant plus de quatre mois
au Niger, croit que ses ravisseurs ont un informateur à
l’ONU ou au gouvernement nigérien. Selon Robert Fowler,
sa présence irritait les autorités nigériennes, qui «
haïssaient » sa mission. Le président Mamdou Tandja
semblait « offensé, ennuyé et embarrassé » par la
décision de l’ONU d’envoyer un émissaire dans son pays.
« Je sais que quelqu’un m’a vendu », a-t-il déclaré lors
d’une entrevue diffusée hier soir au réseau CBC, la
première qu’il accorde depuis sa libération, en avril.
PHOTO ARCHIVES AGENCE
FRANCE-PRESSE
Robert
Fowler
(à droite), son assistant Louis Guay (à gauche) et
leur chauffeur ont été enlevés en décembre 2008 dans
l’ouest du Niger. Ils retournaient à la capitale,
Niamey, après avoir visité une mine d’or exploitée par
une entreprise canadienne.
Robert Fowler, son assistant Louis Guay et leur
chauffeur ont été enlevés en décembre dans l’ouest du
Niger. Ils retournaient à la capitale, Niamey, après
avoir visité une mine d’or exploitée pa r une entreprise
canadienne.
Les trois hommes ont été enlevés sur l’autoroute, dans
un coin que l’ONU considère pourtant comme sûr, selon M.
Fowler.
Le rapt a été d’abord revendiqué par des groupes
rebelles, puis par l’organisation « Al-Qaeda au Maghreb
islamique ».
Robert Fowler croit que ses ravisseurs ont été prévenus
de ses déplacements. Le personnel de l’ONU et le
gouvernement du Niger, qui était chargé d’assurer sa
sécurité, connaissaient son itinéraire de voyage,
dit-il.
« De qui pourrait-il s’agir ? a-t-il demandé. Ce
pourrait être le gouvernement du Niger. Ce pourrait être
un sympathisant d’Al-Qaeda au bureau de l’ON U au Niger,
au bureau de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest ou à la
tour du secrétariat à New York. »
Un porte-parole des Nations unies s’est distancié des
spéculations de Robert Fowler, répliquant que, à ce
stade-ci, rien ne laisse croire à une fuite du côté de
l’ONU.
« Nous n’avons aucune information solide qui nous
permettrait de mener une enquête interne », a dit à La
Presse Farhan Haq, soulignant que M. Fowler n’émet que
des hypothèses dans l’entrevue qu’il a accordée à
l’émission The National. La deuxième partie sera
diffusée ce soir.
« M a is c ’est cer t a i nement u ne source de
préoccupation pour nous, a ajouté M. Haq. Nous aimerions
recevoir toute information pertinente en lien avec cela.
»
Selon Robert Fowler, sa présence irritait les
autorités nigériennes, qui « haïssaient » sa
mission.
Le président Mamdou Tandja semblait « offensé, ennuyé et
embarrassé » par la décision de l’ONU d’envoyer un
émissaire dans son pays. Le Canadien était chargé
d’aider le gouvernement à faire la paix avec les
rebelles touaregs du nord du pays, qui exigent une plus
grande part des revenus d’extraction de l’uranium.
Autre indice qui laisse croire à l’implication d’un
informateur : les membres du groupe qui le séquestraient
– une vingtaine d’hommes et d’enfants – semblaient
savoir qui il était, a ajouté M. Fowler. Ils n’étaient «
pas surpris » quand l’ex-diplomate leur a confirmé son
identité.
Une captivité de 130 jours
Robert Fowler a cru qu’il ne sortirait pas vivant de sa
captivité de 130 jours.
Il se souvient qu’une camionnette leur a barré la route
et que deux hommes à bord les ont visés avec leurs
AK-47. À l’intérieur du camion, les trois otages ont été
couverts d’une « couverture huileuse et malodorante »,
et deux hommes se sont assis sur eux pour les maintenir
en place.
Le voyage qui les a menés dans un camp au nord du Mali a
duré 56 heures. Robert Fowler s’est fracturé une
vertèbre, tandis que Louis Guay a été frappé au visage
avec un fusil.
Les ravisseurs ont forcé M. Fowler à en registrer quatre
vidéos, bien qu’aucune n’ait été rendue publique. Dans
l’une d’elles, on lui avait bandé les yeux et attaché
les mains dans le dos, tandis que l’un de ses bourreaux
parlait lentement en arabe en faisant référence au
djihad et à Al-Qaeda.
L’ex-diplomate ca nadien devait également assister à des
« soirées vidéo » au cours desquelles ses ravisseurs se
rassemblaient autour d’un ordinateur pour regarder des
soldats de la coalition se faire abattre en Irak et en
Afghanistan.
Joint par courriel par La Presse, Robert Fowler a
signifié qu’il n’accorderait plus d’entrevue jusqu’à
nouvel ordre.
DARFOUR Mandat renouvelé
Le Conseil de
sécurité de l’ONU a décidé hier à l’unanimité de prolonger
d’un an le mandat de la mission de la force de maintien de la
paix ONU-Union africaine au Darfour (MINUAD), région du Soudan
en proie à la guerre civile. Le Conseil a adopté une
résolution rédigée par les Britanniques qui décide « d’étendre
le mandat de la MINUAD (...) pour encore 12 mois jusqu’au 31
juillet 2010 » et incite la force à faire le plein usage de
ses capacités pour protéger les civils au Darfour et garantir
« un accès humanitaire sûr, en temps adéquat et sans entraves
».
La paix par le partage du pétrole -
Laura-Julie Perrault
Une cour
d’arbitrage redessine les frontières du « Cachemire
soudanais »
Lorsque, en 2005, au Soudan, le gouvernement de Khartoum et
le plus puissant groupe de rebelles du Sud-Soudan ont signé
un accord mettant fin à 22 ans d’un conflit meurtrier, plus
d’un litige est resté en suspens. Au coeur des questions non
réglées se trouvait le sort d’Abyei, le « Cachemire
soudanais ». Hier, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye
a tenté de mettre fin à la dispute en redessinant les
frontières de cette région riche en pétrole. Survol des
enjeux en quatre questions. QQu’a
PHOTO TIM MCKULKA, REUTERS
Des
Soudanais sont sortis dans les rues hier, pour célébrer la
décision de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui
a déplacé la frontière orientale de la région d’Abyei,
accordant, somme toute, la majorité des gisements
pétroliers au gouvernement fédéral du Soudan.
décidé la Cour permanente d’arbitrage de La Haye? R Dans un
arrêt de 286 pages, la Cour permanente d’arbitrage de La
Haye a redessiné les frontières de la région d’Abyei. Les
arbitres ont déplacé la frontière orientale de la région,
accordant du coup la majorité des gisements pétroliers, dont
celui de Heglig, au gouvernement fédéral du Soudan, à
Khartoum, dans le nord du pays. Ils ont aussi accordé
quelques gisements au Sud-Soudan en plus de terres
ancestrales réclamées par la tribu Ngok Dinka, proche du
Mouvement de libération du sud du Soudan (SPLM), l’ancien
groupe de rebelles qui représentent le Sud-Soudan à la table
des négociations de paix. En d’autres termes, la Cour a
coupé la poire en deux. QComment
les deux
anciens belligérants ont-ils réagi ? R Même si la décision
est surtout à l’avantage du gouvernement de Khartoum, les
deux parties au litige ont affirmé qu’elles respecteront la
décision de la Cour d’arbitrage. Cette dernière devrait être
en vigueur jusqu’à la tenue d’un référendum en 2011. Selon
les ententes entre les anciens belligérants, la population
d’Abyei devra alors décider si la région sera rattachée au
Nord ou au Sud-Soudan. Le même jour, la population du
Sud-Soudan choisira si elle désire créer un État
indépendant. QQuel
est l’impact de la décision sur les populations civiles ? R
C’est en quelque sorte la grande inconnue de cette décision.
La région abrite plus de 50 tribus. Certains nomades arabes
craignent que la redéfinition de la frontière leur nuise en
coupant leur accès à d’importantes terres de pâturage.
QPourquoi
la région d’Abyei revêt-elle une telle importance pour les
deux groupes ? R Premièrement, cette région compte plus de
60% des ressources pétrolières soudanaises. Cependant, selon
Fabienne Hara, de l’International Crisis Group, le pétrole
n’explique pas tout. « La question d’Abyei cristallise
d’autres problèmes qui existent entre le nord et le sud du
pays », expose l’experte de la question soudanaise.
Chevauchant les deux parties du Soudan, on y trouve à la
fois des Arabes du nord du pays, principalement musulmans,
et des Africains du Sud, chrétiens ou animistes. L’ascendant
des Arabes du Nord sur la population du Sud a été à la base
du conflit soudanais, et cette région ne fait pas exception
à la règle. Cette guerre civile, la plus longue que
l’Afrique ait connue, a fait plus d’un million de morts. Par
ailleurs, l’an dernier, l’Abyei a été le théâtre
d’importantes violences. À la suite des affrontements, qui
ont fait plus de 100 morts, le gouvernement de Khartoum et
le SPLM ont décidé de s’adresser à la Cour permanente
d’arbitrage de La Haye.
Darfour : « J’AI EU PEURDE MOURIR » -
Agnès Gruda
ENLEVÉE LE 4
AVRIL DERNIER DANS UN VILLAGE DU DARFOUR, LA TRAVAILLEUSE
HUMANITAIRE STÉPHANIE JODOIN A PASSÉ 25 JOURS DANS LE DÉSERT,
SOUS LA GARDE D’UNE DOUZAINE D’HOMMES ARMÉS. ELLE A PARLÉ AVEC
EUX, A PARTAGÉ LEURS PLATS DE MANIOC ET PARFOIS MÊME QUELQU
Que faisaient les deux femmes de leurs journées interminables
? Elles se racontaient leurs vies, de A à Z.
Parler la langue de vos ravisseurs procure certains avantages.
Mais ça peut aussi représenter une malédiction. Car il y a des
conversations qu’il vaut mieux ne pas entendre. Surtout quand
on parle de vous. Et de votre éventuel assassinat…
«
N’oublie pas que chacun de ces hommes peut nous tuer s’il le
faut », a souvent répété Stéphanie Jodoin, 31 ans, à sa
compagne d’infortune. Mais jamais la menace ne lui avait
paru aussi concrète que le jour où elle a entendu ses
ravisseurs évoquer l’hypothèse de sa propre mort.
Pendant une journée entière, Stéphanie Jodoin a entendu ses
gardiens soudanais discuter, en arabe, de l’opportunité de
tuer « la Canadienne ».
« Je crois qu’à ce moment-là, les négociations étaient
bloquées et qu’ils imaginaient différents scénarios », suppose
la jeune femme, qui a été enlevée le 4 avril avec sa collègue
française, Claire Dubois, à Ed el Fursan, un village dans le
sud du Darfour.
« N’oublie pas que chacun de ces hommes peut nous tuer s’il le
faut », a souvent répété la Québécoise de 31 ans à sa compagne
d’infortune. Mais jamais la menace ne lui avait paru aussi
concrète que le jour où elle a entendu ses ravisseurs évoquer
l’hypothèse de sa propre mort.
À son arrivée au Soudan au printemps, Stéphanie Jodoin avait
patienté pendant plusieurs jours à Nyala, la capitale du
SudDarfour, en attendant les permis nécessaires pour se rendre
dans les villages où son ONG, Aide médicale internationale,
tenait une poignée de dispensaires.
Depui s l ’ en l èvement de quatre employés de Médecins sans
frontières, capturés puis relâchés à la mi-mars, le travail de
coopérant au Darfour est devenu un métier à haut risque.
Mais le village d’Ed el Fursan sembla i t épa rgné , « c ’ éta
i t une poche de sécurité », selon Stéphanie Jodoin. Le soir
du 4 avril, les deux jeunes femmes discutaient donc
tranquillement avant d’aller se coucher quand un homme armé
est entré dans leur maison. Il les a conduites vers un camion
où elles ont passé plus de deux jours couchées par terre, sous
des couvertures.
Qui étaient leurs ravisseurs? Où les conduisaient-ils ?
Pourquoi ? Elles n’en savaient rien. « Ce n’était pas
rassurant du tout. »
Conversations dans le désert
Le camion s’est finalement arrêté dans un wadi, vallée creusée
par une rivière desséchée où les deux travailleuses
humanitaires ont dormi pendant plus de 20 nuits. Le jour,
elles s’installaient sous un arbre couvert de lianes qui
formaient un abri de fortune autour d’elles.
Leurs ravisseurs les nourrissaient avec le plat traditionnel
soudanais: une pâte à base de farine de manioc trempée dans
une sauce. Parfois, du riz au lait. Elles n’ont pas été
maltraitées et n’ont pas souffert de la faim. L’eau était plus
problématique : le plus souvent, elles devaient se contenter
d’un liquide brunâtre peu inspirant. « Nous avons été
chanceuses, nous n’avons pas été malades » , se réjouit
Stéphanie Jodoin.
C’est elle, pourtant, qui avait annoncé que sa compagne Claire
Dubois était gravement malade lors d’un de ses appels
téléphoniques supervisés par les ravisseurs. C’était faux mais
elle n’avait pas le choix: ils voulaient faire monter les
enchères.
Que faisaient les deux femmes de leurs journées interminables?
Elles se sont raconté leurs vies, de A à Z. Et elles ont tué
l’ennui comme elles le pouvaient. En vérifiant la température
sur leur briquet-thermomètre, par exemple. « Une fois, il
faisait 48 degrés au soleil », se souvient Stéphanie Jodoin.
Elles parlaient aussi avec leurs ravisseurs. « De nos
sociétés, de religion, de politique. » Évidemment, les deux
jeunes femmes filaient doux : quand votre interlocuteur est
armé d’une kalachnikov, on n’argumente pas trop. Même quand il
finit par vous appeler par votre prénom.
Il y a eu
quelques échanges surréalistes. Un jour, l’un des gardiens a
reproché à Stéphanie Jodoin ses cheveux courts. « Il
m’accusait de ne pas vouloir être belle et féminine, et en
déduisait que j’étais une espionne de la CIA. » Elle en a
profité pour lui expliquer qu’au Canada, tous les enfants,
même les plus pauvres, peuvent espérer devenir médecins s’ils
travaillent bien à l’école. « Wow, c’est un bon pays » , a
répondu le ravisseur…
Les bourreaux
Elles ont pu avoir de tels échanges avec tous leurs gardiens…
sauf un. Celui-là leur a été présenté sous le nom de
zaganiotek – Stéphanie Jodoin n’a jamais su exactement ce que
cela signifiait, mais elle a bien compris son rôle. C’était le
bourreau, qui ne communiquait d’aucune façon avec les otages.
Il détournait même les yeux pour ne pas croiser leur regard.
« On nous a dit que si ça devait tourner mal, le zaganiotek
allait nous tuer », raconte Stéphanie Jodoin.
Âgé d’une quarantaine d’années, vêtu d’un habit militaire, le
bourreau cultivait un sens de l’humour particulier... Quelques
heures avant l’expiration d’un des ultimatums des ravisseurs,
il s’est pointé dans leur prison à ciel ouvert en demandant,
en arabe : « Claire n’est donc pas encore morte ? »
Tous les autres gars se sont mis à rire. « Pourquoi ils se
marrent ? » a demandé Claire, qui ne comprend pas l’arabe.
Stéphanie a attendu deux jours avant de lui traduire la
blague…
Une autre fois, les jeunes femmes discutaient de l’incidence
du suicide chez les ex-otages. « Ne te suicide pas, on va
t’envoyer zaganiotek tout de suite, tu vas éviter d’aller en
enfer! » ont suggéré les ravisseurs, dans un nouvel éclat
d’humour noir.
La libération
Un jour, après une longue conversation téléphonique, « le
patron » a dit aux deux otages: « Mabrouk, félicitations,
demain vous partez ! » Mais ce n’est qu’après avoir été
remises à des représentants soudanais que Stéphanie Jodoin et
Claire Dubois ont vraiment cru à leur libération.
Ré t r o s p e c t i ve m e n t , Stéphanie Jodoin affirme
n’avoir jamais remis en question sa décision d’aller
travailler au Darfour. Si c’était à refaire, elle ferait la
même chose.
Mais pour l’avenir, elle se montre plus prudente. Car ce qui a
été le plus difficile à vivre, pour elle, c’est l’idée de ses
parents angoissés, à l’autre bout du monde. Quatre fois,
Stéphanie Jodoin a pu leur parler au téléphone. Ils ont passé
les trois semaines à attendre d’autres signes de vie de leur
fille.
« C’est sûr que je ne me vois pas t ravai l ler au Québec » ,
confie la jeune femme, dont le contrat avec Aide médicale
internationale est échu depuis la fin du mois d’avril. Mais
peut-être qu’à l’avenir, elle va choisir des destinations
moins risquées. Madagascar plutôt que le Darfour, par exemple…
Stéphanie Jodoin ignore toujours qui étaient vraiment ses
ravisseurs. Elle ne connaît pas les conditions de sa
libération. Ce qu’elle sait, cependant, c’est qu’elle a laissé
derrière elle des gens qui l’avaient accueillie comme si elle
était une des leurs.
« Au village, il était impossible de se rendre à la clinique
sans qu’un voisin ne nous invite à prendre le thé. Au marché,
les gens nous donnaient des tomates et des melons d’eau. »
Ce sont eux, ces villageois généreux, qui paient aujourd’hui
le prix de cet enlèvement qui a forcé Aide médicale
internationale à suspendre ses activités au Darfour.
La menace a changé de visage
Quand des gens
lui demandent ce qui lui cause des insomnies, Kevin McCourt
répond sans réfléchir : « C’est la sécurité de mon personnel.
»
Kevin McCourt dirige la section canadienne de l’organisation
humanitaire CARE. « Nous sommes partout où ça va mal »,
résume-t-il.
Au fil des ans, CARE Canada a perdu des dizaines d’employés.
En Somalie, au début des années 90. Au Rwanda, pendant le
génocide.
Mais depuis quelque temps, la menace a changé de visage. « Il
y a 20 ans, les employés risquaient leur vie parce qu’ils se
trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Aujourd’hui,
ils sont directement ciblés par les belligérants. »
Encor e r écem ment , de s employés de CARE Canada ont été
menacés en Somalie. L’organisation humanitaire a fini par
suspendre plusieurs projets dans ce pays. Elle ne pouvait plus
garantir la sécurité de son personnel.
CARE n’est pas la seule. Avec 122 coopérants tués et 62
enlevés, les organisations humanitaires ont payé, en 2008, un
lourd tribut à la violence.
C’était de loin la pire année pour les coopérants, affirme le
Centre sur la coopération internationale, qui documente le
phénomène depuis 13 ans.
En 1998, ce centre de recherche ne recensait que 27 attaques
contre des humanitaires. L’an dernier, il y en eu plus de 155.
Le risque d’enlèvement a augmenté de 350% depuis trois ans. Et
les coopérants risquent désormais davantage de se faire tuer
que… les soldats de l’ONU.
De plus en plus, ces attaques visent spécifiquement les
organisations internationales et leurs employés étrangers,
constate le Centre de coopération internationale. Pourquoi ?
En partie pour des raisons politiques. Et en partie par appât
du gain.
Perte d’immunité
« Autrefois,
les véhicules blancs avaient une certaine immunité. Plus
maintenant », note Marion Turmine, directrice de projets pour
Oxfam-Québec.
Cette immunité a été tellement écorchée que plusieurs ONG ont
décidé de repeindre leurs véhicules en rouge ou en vert.
Question de passer inaperçues...
Pourquoi donc ceu x qui apportent de l’aide aux civils se
trouvent-ils, désormais, dans la mire des groupes armés? En
partie parce que les organisations humanitaires se livrent
de plus en plus à une sorte de mélange de genres, en
s’associant de trop près à des forces militaires, déplore
Jerry Barr, du Conseil canadien pour la coopération
internationale.
Du coup, les t ravai l leurs humanitaires sont identi fiés aux
armées combattantes, déplore-t-il.
La forme même des conflits a changé, augmentant le risque pour
les coopérants, dit Frédéric Sanchez, de la section canadienne
de Médecins sans frontières. « Quand j ’étais en Bosnie,
pendant les guerres des Balkans, c’était plus simple: il y
avait deux ou trois armées qui se battaient entre elles, et
nous avions des interlocuteurs avec qui négocier »,
rappelle-t-il.
Aujourd’hu i , les fact ions se multiplient, les conf lits se
fragmentent : un chef peut bien signer des accords de paix, il
n’est pas certain qu’ils seront respectés au prochain poste de
contrôle…
« Les yeux de l’Occident »
Au Darfour, la situation s’est détériorée abruptement le jour
où la Cour pénale internationale a émis son mandat d’arrêt
contre le président soudanais Omar Béchir. Ce dernier savait
bien que les enquêteurs de La Haye s’étaient basés sur des
rapports d’ONG qui documentent la situation sur le terrain.
Pas étonnant que ces organisations soient désormais perçues
comme « les yeux de l’Occident », dit Fabienne Hara, de
l’International Crisis Group.
Mais souvent, les agresseurs sont aussi motivés par le simple
appât du gain. « Le gouvernement soudanais a expulsé les ONG
occidentales pour des raisons politiques. Peut-être vont-elles
pouvoir retourner un jour au Darfour. Mais en attendant,
qu’est-il arrivé à leur équipement et à leurs ordinateurs? Ils
ont été volés, dit Mme Hara.
Résultat combiné de tous ces facteurs de risque: les
organisations humanitaires se replient. Ces derniers temps, 12
projets majeurs ont dû être fermés dans six pays où la
situation est devenue intenable pour les coopérants. Pour le
grand malheur des civils.
DARFOUR Négociations de paix sur fond de combat -
Laura-Julie Perrault
Inquiets de la
reprise récente des combats au Darfour, des représentants des
Nations unies et de cinq gouvernements influents, dont la
Chine et les États-Unis, se rencontreront à Doha, auQatar,
aujourd’hui. Leur objectif : obtenir un cessez-le-feu entre le
gouvernement soudanais et les rebelles du Mouvement justice et
égalité ( JEM). Une mission qui ne s’annonce pas de tout
repos.
Les
membres du JEM, plus puissant groupe rebelle, ont des visées
pour le Darfour, mais aussi pour le reste du pays.
Ravageant la province occidentale du Soudan depuis 2003, le
conflit armé a connu une accalmie, cet hiver, après que les
deux belligérants eurent signé un « accord de bonne volonté ».
Mais la trêve aura été de courte durée. Accusant le
gouvernement d’avoir violé l’entente conclue à Doha en février
en refusant notamment de procéder à un échange de prisonniers,
le JEM a lancé des offensives contre deux bases militaires du
Nord-Soudan dans les derniers jours.
Les rebelles islamistes clament qu’ils veulent « libérer une
zone » à la frontière du Tchad, pour permettre à l’aide
humanitaire d’entrer au Darfour, où 4 millions de personnes
dépendent de l’assistance internationale pour survivre. Le
gouvernement soudanais a rétorqué en bombardant les rebelles,
dans le désert. Hier, Khartoum a affirmé que 43 rebelles et 20
soldats ont péri au cours des derniers jours.
Néanmoins, des représentants des deux parties au conflit sont
arrivés à Doha pour la reprise des pourparlers de paix. Pour
le moment, aucune rencontre officielle n’est prévue entre les
deux belligérants. Ce matin, ce sont plutôt les tiers pays,
engagés dans le processus de réconciliation au Darfour, qui
tenteront de trouver des solutions à l’impasse. Autour de la
table, les Nations unies, l’Union européenne, la France, la
Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et les États-Unis
tenteront de s’entendre sur l’approche à privilégier pour
convaincre l’armée et les rebelles de faire taire leurs
fusils.
« Les
objectifs des négociations ne sont pas très clairs. De plus,
le JEM ne croit pas à la solution politique, mais plutôt à
la situation militaire », explique Fabienne Hara,
vice-présidente aux affaires multilatérales à
l’International Crisis Group, un prestigieux institut de
recherche qui se penche sur les conflits mondiaux. Le JEM,
plus puissant groupe rebelle, a des visées non seulement
pour le Darfour, mais pour le reste du pays, note l’experte
du Soudan qui était de passage à Montréal cette semaine pour
prononcer une conférence.
Les planètes s’alignent
Malgré le scepticisme entourant la reprise du processus de
Doha aujourd’hui, Fabienne Hara croit néanmoins que d’autres
planètes s’alignent en faveur d’un règlement au Darfour. Les
États-Unis, remarque-t-elle, font preuve d’une nouvelle
volonté politique à l’égard du Soudan et déploient des
efforts diplomatiques majeurs. Cette semaine, le nouvel
envoyé spécial du président Obama au Darfour, Scott Gration,
s’est rendu en Chine et en Europe pour préparer le terrain.
« Les Américains ont un levier important : le gouvernement
soudanais veut une normalisation de ses relations avec les
États-Unis », soutient Mme Hara.
Cette normalisation prendra tout son sens aux élections
soudanaises prévues pour 2010 et au référendum sur le sort
du Sud-Soudan, qui devrait avoir lieu en 2011. Elle pourrait
aussi avoir un impact sur le mandat d’arrêt qu’a émis la
Cour pénale internationale contre le président Omar Béchir,
plus tôt ce printemps. Ce dernier est accusé de crimes
contre l’humanité. « Si le gouvernement de Khartoum joue
bien ses cartes, il peut redevenir l’interlocuteur principal
», conclut Mme Hara.
« La Shoah recommence », dit la mère de la victime
France
: LA CONCLUSION DU PROCÈS DU « GANG DES BARBARES » FAIT
POLÉMIQUE - Marc Thibodeau
« La politique a repris ses droits sur la justice en
permettant aux familles de victimes de peser démesurément
sur le travail des tribunaux. »
La conclusion du procès du « gang des barbares », dans
lequel une vingtaine de jeunes de la banlieue parisienne
étaient jugés pour l’enlèvement, la séquestration et
l’assassinat d’un jeune Français de confession juive, Ilan
Halimi, soulève la controverse.
Plusieurs associations juives, à l’instar de la famille de
la victime, ont dénoncé avec virulence les peines imposées
vendredi dernier à plusieurs des accusés, les jugeant trop
clémentes par rapport à la gravité du crime et de son
caractère antisémite, dénoncé par d’importantes
manifestations en 2006.
Seule la condamnation à perpétuité du chef du gang, Youssouf
Fofana, qui ne pourra recouvrer la liberté avant moins de 22
ans, a été accueillie favorablement.
Sur les ondes d’Europe 1, la mère de la victime, Ruth
Halimi, s’est dite « effarée », hier, que certains accusés
aient reçu des peines inférieures à celles qui étaient
demandées par l’avocat général, Philippe Bilger.
Une jeune femme ayant servi « d’appât » pour enlever Ilan
Halimi, laissé pour mort près d’un chemin de fer après 24
jours de séquestration et de torture, a notamment écopé de
neuf ans, alors que 10 à 12 ans étaient demandés.
Mme Halimi a aussi déploré que les procédures se soient
déroulées à huis clos parce que deux accusés étaient mineurs
au moment des faits.
Dans le cas cont rai re, la France « aurait pris conscience
qu’aujourd’hui, la Shoah recomsident de l’organisation,
Sammy Ghozlan.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France
(CRIF) avait dénoncé le réquisitoire de l’avocat général
comme trop clément avant même que les jurés ne se
prononcent.
Youssouf
Fofana, qui se présente comme un martyr de l’islam, n’a rien
fait pour apaiser les esprits durant le procès, multipliant
les provocations. Il a notamment dit à la Cour que sa date
de naissance était celle de la mort d’Ilan Halimi et lancé
ses mence », a déclaré la mère, qui réclame des peines « à
la hauteur de ce qu’Ilan a subi ».
Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme
(BNVCA), qui recense les actes antisémites commis sur le
territoire français, a dénoncé un jugement « indulgent pour
les meurtriers antisémites ».
« C’est la première fois depuis la Shoah, l’occupation
nazie, la collaboration, la déportation, qu’un juif est
assassiné en France parce que juif », a déclaré le
présouliers dans la direction de la partie civile.
L’avocat général a défendu, dans les médias, le verdict des
jurés en soulignant qu’il respectait « la hiérarchie des
responsabilités que j’avais proposée ». Mais il a été
contredit par la ministre de la Justice, Michèle
Alliot-Marie, hier. Elle a demandé au parquet général d’en
appeler des décisions ciblant tous les accusés qui ont reçu
une peine moindre que demandée, ce qui touche 14 d’entre
d’eux.
Une décision saluée par M. Ghozlan, joint en Israël. « Elle
nous redonne confiance dans les institutions et ceux qui
gouvernement le pays », a-t-il déclaré.
L’Union syndicale des magistrats ( USM) a décrié de son côté
cette intervention « inquiétante ». Selon son président,
Christophe Régnard, elle démontre que « la politique a
repris ses droits sur la justice en permettant aux familles
de victimes de peser démesurément sur le travail des
tribunaux ». L’avocat Michel Konitz, qui représente l’un des
accusés ayant joué un rôle secondaire dans l’affaire, a dit
sentir un « grand sentiment de malaise » face à l’appel.
Il soupçonne le gouvernement, et plus particulièrement le
président Nicolas Sarkozy, de céder à « l’énorme battage »
fait autour du verdict de vendredi dernier.
« Vous savez, nous ne sommes pas dans un pays où la justice
a les mains libres. Le système est à la botte de Sarkozy,
qui ne réagit que par utilité électorale », a critiqué
l’avocat.
M. Gohzlan fait peu de cas de cette analyse. « Les avocats
peuvent penser ce qu’ils veulent. Ce que nous recherchons,
c’est que justice soit faite sur un meurtre anti-juif commis
en sol français », a-t-il dit.
La diplomatie du ballon rond - Laura-Julie
Perrault
Le traité
entre la Turquie et l’Arménie a passé l’épreuve du feu : un
match de soccer
Le match éliminatoire de la Coupe du monde a eu lieu dans un
stade comble. Les équipes nationales de la Turquie et de
l’Arménie étaient au rendezvous. Cependant, les athlètes
savaient pertinemment que l’enjeu du match auquel ils
prenaient pa r t n’éta i t pas sportif, mais politique. Et
que l’essentiel du match se déroulait loin du terrain, dans
les gradins.
PHOTO MUSTAFA OZER, AFP
Malgré
quelques accrocs, la plupart des observateurs ont jugé que
le match entre les équipes nationales de la Turquie et de
l’Arménie avait été un franc succès.
Le match de soccer de mercredi, qui a eu lieu dans la ville
turque de Bursa, était en quelque sorte le test populaire
d’un traité de réconciliation signé par les chefs d’État des
deux gouvernements à Zurich samedi dernier.
Ennemis jurés depuis près d’un siècle, l’Arménie et la
Turquie veulent remettre sur les rails leurs relations
diplomatiques et rouvrir leur frontière, cadenassée depuis
1993.
Conséquemment, la plupart des médias qui ont couvert le
match de mercredi soir qui avait lieu dans la ville turque
de Bursa se sont peu i ntéressés au score. La Turquie a
gagné 2 à 0, mais cette victoire n’avait aucun impact, les
deux pays étant déjà éliminés dans le cadre des
qualifications de la Coupe du monde.
Les journalistes ont plutôt gardé les yeux sur les spect
ateurs. « Une minorité de spectateurs ont sifflé lors de
l’hymne national arménien », a rapporté l’un d’eux. « Des
pierres ont été la ncées sur l’autobus des joueurs arméniens
», a rapporté un autre. « Les athlètes arméniens ont été
hués lors de la présentation dans le stade », a ajouté un
troisième.
Malgré ces accrocs, la plupart des observateurs ont jugé que
le match avait été un franc succès. « La paix a gagné », a
titré hier en une le populaire journal turc Milliyet.
Les
autorités avaient craint le pire. Des groupes nationalistes
turcs qui s’opposent à l’entente entre les deux pays avaient
promis de perturber la manifestation sportive à laquelle ont
assisté les présidents des deux pays, Abdullah Gül et Serge
Sarkissian.
Ne voulant pas laisser de c hance aux protestataires, l’
État avait déployé plus de 3000 gardes de sécurité à
l’entrée du stade. Selon une correspondante de la télévision
française, près de la moitié des 18 000 sièges du stade
avaient été cédés à des policiers et à des militaires en
civil.
Ce dispositif de sécurité illustre à lui seul l’importance
qu’accordent au nouveau traité les deux pays qui ont mis
neuf ans à s’entendre. « Nous n’écrivons pas l’histoire,
nous la bâtissons » ont été les mots du président turc lors
de la signature du document le week-end dernier.
Après la signature
Les deux chefs d’État doivent maintenant mener une autre
bataille : faire accepter l’accord par leur population et
leur parlement respectif.
« Ça ne sera pas facile. Il risque d’y avoir des pas en
arrière, mais en même temps, i l y a de fortes i ncitations
pour les deux pays. I l y a aussi une forte pression des
États-Unis et de la Russie, qui soutiennent l’entente »,
explique Hugh Pope, expert de la Turquie et du Caucase à l’
International Crisis Group. Si l ’ a c c ord e s t r a t i f
i é , la Turquie gagnera des points auprès de l’ Union
européenne. L’Arménie, quant à elle, sera désenclavée et
gagnera sur le plan commercial.
Parmi les points de litige qui pourraient freiner la
ratification se trouvent toujours les deux principales
pommes de discorde qui sont à l’origine du conflit
turco-arménien, écartées du protocole de réconciliation.
D’une part, la reconnaissance par la Turquie du génocide a r
ménien. De l’autre, l’occupation illégale par l’Arménie de
territoires de l’Azerbaïdjan, un allié de la Turquie, depuis
la guerre du Haut-Karabakh. L’accord de réconciliation met
sur pied des comités qui traiteront de ces questions. «
C’est un grand pas en avant. L’approche hostile n’a rien
donné à ce jour », estime Hugh Pope.
Les nuages se dissipent sur le mont Ararat : La Turquie et
l’Arménie sur la route (sinueuse) de la réconciliation
ANALYSE
Du centre-ville d’Erevan, capitale de l’Arménie, le mont
Ararat et sa cime enneigée semblent être à un jet de pierre.
Pourtant, depuis 1993, date de la fermeture de la frontière
avec la Turquie, les Arméniens doivent se contenter d’admirer
de loin la montagne qui a vu naître leur culture. Mais
peut-être pas pour longtemps.
La
reconnaissance du génocide arménien est toujours le
principal point de litige entre l’Arménie et la Turquie. Ces
manifestants sont descendus dans les rues d’Erevan le 24
avril pour souligner le 94e anniversaire des événements de
1915. La veille, les deux pays ont annoncé qu’ils se sont
entendus sur une carte de route qui permettra de normaliser
leurs relations.
Après des années de relations glaciales, la Turquie et
l’Arménie sont en voie de se réconcilier. Le 23 avril, à la
fin de deux ans de négociation, les dirigeants des deux pays
frontaliers ont convenu d’une « carte de route » pour assainir
leurs liens.
Négocié en Suisse, le contenu de cette carte de route est pour
le moment maintenu secret . Cependant, la Turquie a déjà
annoncé qu’elle songe ouvrir sa frontière avec l’Arménie,
fermée il y a 15 ans au milieu de la guerre du Haut-Karabakh
qui s’est soldée par l’annexion de 20% du territoire de
l’Azerbaïdjan, important allié de la Turquie, par l’Arménie.
Ce premier geste n’est pas passé inaperçu. Les États-Unis et
l’Europe voient d’un très bon oeil cette initiative, mais
l’Azerbaïdjan, de son côté, rage. Des médias du pays ont
suggéré au gouvernement de fermer le robinet qui alimente en
gaz naturel la Turquie.
Hier, pour rassurer son allié sur ses intentions, le premier
ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu à Bakou. Il y
a fait un exposé enflammé sur le lien fraternel qui unit les
deux pays turcophones. « Il y a un lien de cause à effet ici.
L’occupation du Karabakh est la cause et la fermeture de la
frontière, l’effet. Il est impossible pour nous d’ouvrir cette
frontière sans la fin de l’occupation », a dit hier en
conférence de presse M. Erdogan.
La Turquie pourra-t-elle à la fois ménager ses relations
avec son allié et améliorer celles avec la Turquie? Expert de la
région, Hugh Pope, analyste à l’International Crisis Group,
croit que oui. « Pour le moment, la réaction de l’Azerbaïdjan
est émotive. Mais la Turquie peut l’apaiser par d’autre moyens,
en l’assurant notamment qu’elle est toujours de son côté et en
payant un meilleur prix pour le gaz qu’il reçoit ». Ce dernier
sujet était d’ailleurs à l’agenda de la visite du premier
ministre turc hier.
Et que pense l’Arménie de tout ça ? Dans une récente entrevue au
Wall Street Journal, le président arménien, Serge Sarkissian, a
noté que la « balle est dans le camp » de la Turquie. La formule
n’est pas fortuite. L’an dernier, M. Sarkissian a fait un
premier pas vers la Turquie en invitant son homologue turc à
assister à un match de soccer entre les deux pays.
L’ouverture de la frontière aurait un effet immédiat pour
l’Arménie, quasi enclavée entre l’Azerbaïdjan et la Turquie.
Cette situation est devenue plus qu’évidente l’été dernier
pendant le conflit russo-géorgien alors que l’Arménie a vu son
unique porte vers la mer Noire et l’Europe compromise.
Néanmoins, le principal point de litige entre les deux pays
demeure la reconnaissance du génocide arménien de 1915. À cette
époque, sous l’Empire ottoman, plus d’un million d’Arméniens ont
péri. Des millions d’autres ont dû fuir ou se convertir à
l’islam.
La Turquie conteste cette version de l’histoire et soutient que
des vies ont été perdues des deux côtés pendant cette période
mouvementée. Depuis décembre dernier, cependant, des failles
apparaissent dans le discours turc. Un groupe de 200
intellectuels de renom ont ébranlé les certitudes du pays en
envoyant aux Arméniens une lettre d’excuse pour la « Grande
Catastrophe » de 1915.
Depuis, la Turquie a suggéré d’ouvrir les archives de l’Empire
ottoman à des historiens des deux pays afin de rétablir les
faits. Selon Hugh Pope, cette approche est prometteuse. « Les
experts devront identifier les événements sur lesquels ils
s’entendent ». Un terrain commun qui se bâtira un pouce à la
fois.
URUMQI — L’histoire, l’économie et la culture
opposent Ouïgours et Hans - Robert Saiget
Des fruits de
la croissance mal répartis, des incompréhensions culturelles,
un ressentiment historique: l’amertume des Ouïgours du
Xinjiang est profonde, même si certains n’aspirent qu’à vivre
en harmonie avec les Hans, l’ethnie majoritaire en Chine.
Cette région, islamisée au VIIIe siècle avec la formation d’un
royaume de Turcs ouïgours au Gansu occidental (province
voisine selon les divisions administratives actuelles), était
un creuset de civilisations et de peuples, y compris hans,
depuis l’Antiquité.
Après une brève République du Turkestan oriental, les
communistes chinois la libérèrent « pacifiquement » à leur
arrivée au pouvoir à Pékin, en 1949.
De quelque 6% alors, la proportion des Hans est passée à
environ 40% aujourd’hui, faisant presque jeu égal avec les
Ouïgours, effondrés de devenir minoritaires sur leur propre
terre.
« Les
Chinois hans ne nous aiment pas, ils nous méprisent et nous
font subir des discriminations », dit Abdullah, Ouïgour.
« La plupart des entreprises chinoises ne veulent pas
embaucher d’Ouïgours et quand elles nous embauchent, elles
nous traitent mal », explique cet homme de 28 ans qui vit à
Urumqi, la capitale provinciale secouée par des émeutes
meurtrières le 5 juillet.
Zhang Xuesheng, un Han de 52 ans ayant pratiquement toujours
vécu au Xinjiang, met l’accent sur les problèmes
linguistiques.
« La communication ne passe pas, cela conduit à beaucoup
d’incompréhension. Bon nombre d’Ouïgours savent qu’ils ne
s’en sortiront pas s’ils ne parlent pas le chinois. En même
temps il serait bien que les Chinois (hans) ici apprennent
l’ouïgour », ditil. « J’adore cet endroit, j’adore les
Ouïgours. On va dépasser tout ça. »
Certains Ouïgours, appartenant à la nouvelle génération
éduquée, tempèrent aussi : « Ces dernières années, les
minorités se sont bien entendues avec les Chinois hans et
nos vies se sont améliorées », dit Akbar, dans un parfait
mandarin.
« Ils disent que les émeutes n’étaient pas liées à des
problèmes religieux, mais depuis, nous n’avons pas eu le
droit d’aller à la mosquée », relève Zabuti, un Ouïgour,
devant une mosquée, fermée, proche du marché oriental
d’Urumqi.
Rassemblements interdits à Urumqi - Dan
Martin
Une semaine après les émeutes dans le Xinjiang, en Chine
— Les
rassemblements publics ont été interdits à Urumqi hier, jour
de deuil des Hans, et la tension restait vive, une semaine
exactement après les émeutes ethniques qui ont fait au moins
184 morts et 1 680 blessés, selon un nouveau bilan.
PHOTO PETER PARKS, AFP
Des policiers paramilitaires chinois
montaient la garde hier devant le grand bazar, à Urumqi, la
capitale du Xinjiang.
La police d’Urumqi a annoncé que tout rassemblement, défilé ou
manifestation était interdit dans la capitale du Xinjiang,
région autonome du nord-ouest de la Chine.
Les autorités, tout en affirmant qu’elles « maîtrisent la
situation », ont annoncé que « les réunions, marches (de
protestation) ou manifestations dans les rues ou en plein air
ne sont pas autorisées sans permis de la pol ice » , a annoncé
l’agence Chine Nouvelle.
La police a averti qu’elle « dispersera les rassemblements
illégaux conformément à la loi et est habilitée à prendre les
mesures nécessaires si la foule refuse de se disperser ».
Une semaine précisément après les émeutes, hier était le
septième jour de deuil pour les Hans, journée pendant laquelle
cette communauté doit traditionnellement honorer la mémoire
d’un défunt en organisant une cérémonie.
Généralement, il s’agit de brûler dans la rue, près de
l’endroit où la personne est décédée, de l’encens et du
papier-monnaie, notamment près des carrefours, afin de
permettre à l’âme du mort de retrouver plus facilement le
chemin de son domicile, selon la croyance.
Les violences de dimanche dernier ont fait, d’après le dernier
bilan publié par les autorités régionales, 184 morts, dont 137
Hans, l’ethnie majoritaire en Chine, 46 Ouïgours, l’ethnie
majoritaire au Xinjiang, musulmane et turcophone, et un Hui,
autre minorité musulmane.
Révisant très nettement à la hausse le chiffre des blessés
lors du 5 juillet, Nur Bekri, président du gouvernement
régional du Xinjiang, a annoncé que celui-ci était passé de 1
080 à 1 680.
Sur ce total, 939 blessés sont hospitalisés, a-t-il précisé
dans un discours télévisé, dont 216 dans un état grave et,
parmi ces derniers, 74 dans un état critique.
Les
Ouïgours en exil ont fait état de leur côté de milliers de
morts.
La place du Peuple, qui avait été le centre névralgique des
protestations des deux côtés, était toujours fermée hier, et
de nombreux policiers antiémeute y étaient en faction, a
constaté un correspondant de l’AFP.
Plusieurs accès au principal quartier ouïgour étaient de
nouveau fermés alors qu’ils avaient été rouverts les jours
précédents.
Si beaucoup de commerces avaient rouvert, une très forte
défiance régnait entre les communautés ethniques d’Urumqi.
« Ça reste toujours dangereux », a déclaré le propriétaire
d’un supermarché, un Han nommé Lin, à qui l’AFP a demandé
s’il se risquerait en quartier ouïgour.
« J’ai des amis qui y sont allés hier (samedi) et ont été
menacés par des Ouïgours, ils ont dû partir en courant »,
a-t-il dit.
Les forces de sécurité quadrillaient toujours les rues
d’Urumqi, armées de fusils et de matraques.
Un Ouïgour, qui préférait ne pas donner son identité, a lui
aussi exprimé sa crainte : « On a peur nous aussi, on ne
veut pas aller vers la gare ferroviaire ou d’autres endroits
où il y a beaucoup de Hans. »
Des habitants d’autres localités du Xinjiang, région peu
peuplée qui constitue un sixième du territoire chinois, ont
aussi fait état de vives tensions.
La grand-mère qui fait trembler le régime
chinois - Laura-Julie Perrault
Violences
ethniques dans la province de Xinjiang Le régime communiste
chinois ne cache plus que les épisodes de violences ethniques
qui ont fait au moins 156 morts depuis dimanche dans la
province de Xinjiang l’inquiètent. Hier, le chef d’État
chinois, Hu
« Elle se bat pour les droits humains de notre peuple et pour
son autodétermination. Elle prône la non-violence. »
Dans un passé pas si lointain, Rebiya Kadeer était
l’illustration même du succès à la chinoise : femme d’affaires
aguerrie, née dans une famille sans le sou, elle était appelée
avec respect « la millionnaire » et faisait partie
d’importants comités communistes. Une décennie plus tard,
cette même femme est la bête noire du régime de Pékin, qui
l’accuse d’être à l’origine des émeutes ethniques qui secouent
le Xinjiang.
PHOTO PABLO MARTINEZ
MONSIVAIS, ASSOCIATED PRESS
Rebiya Kadeer, dirigeante du Congrès
mondial ouïgour, est considérée comme le « dalaï-lama des
Ouïgours » par ses partisans.
L’allégation selon laquelle Mme Kadeer aurait incité ses
partisans à se soulever contre l’ethnie majoritaire chinoise,
les Hans, est la dernière d’une longue liste. Le gouvernement
communiste soutient aussi que Mme Kadeer, qui appartient à la
minorité ouïgoure – musulmane et turcophone –, entretient des
liens avec le Mouvement islamique du Turkestan oriental, un
groupe qui figure sur la liste des organisations terroristes
du département d’État américain.
Pékin avance par ailleurs que l’ancienne femme d’affaires,
exilée aux États-Unis d’où elle dirige le Congrès mondial
ouïgour, une organisation de la diaspora, prône le «
séparatisme » du Xinjiang et, par le fait même, l’éclatement
de l’empire du Milieu.
Les partisans de Mme Kadeer ont une tout autre opinion de la
mère de 11 enfants (et grandmère à maintes reprises), qui a
passé 6 ans dans une prison chinoise avant d’être expulsée de
force vers les États-Unis.
« Elle est le dalaï-lama des Ouïgours, a dit hier à La Presse
Kayum Masimov, de l’Association ouïgoure du Canada. Elle se
bat pour les droits humains de notre peuple et pour son
autodétermination. Elle prône la non-violence », a-t-il
soutenu, faisant écho aux propos qu’a tenus cette semaine la
principale intéressée devant un groupe de journalistes à
Washington.
Du tailleur à
la
Pour beaucoup d’Ouïgours dispersés dans le monde, Rebiya
Kadeer est devenue une icône de leur identité. Née en1942,
elle a d’abord été blanchisseuse. À l’époque, les lois ne
permettaient pas aux Ouïgours de faire des affaires. Dès que
cette règle a été assouplie, Rebiya Kadeer s’est lancée dans
le commerce et a fait fortune. « Longtemps, le gouvernement
chinois a fait d’elle un symbole, l’affichant partout pour
montrer comment la Chine traitait bien ses minorités », se
souvient Kayum Masimov.
Mais tout cela a changé en 1996. Cette année-là, le mari de
Mme Kadeer, militant des droits humains au Xinjiang, s’est
exilé aux États-Unis. Quelques mois plus tard, les autorités
ont confisqué le passeport de Mme Kadeer. Ce durcissement de
l’État n’a pas empêché la « millionnaire » de fonder, en 1997,
le projet des « 1000 mères » pour aider d’autres femmes de son
ethnie à devenir entrepreneuses.
Deux ans plus tard, Rebiya Kadeer a été arrêtée puis
incarcérée pour avoir « transmis des informations » qui
mettaient la « sécurité nationale en danger ». Selon les notes
de cour, l’État chinois lui reprochait d’avoir fait parvenir à
son mari des articles de journaux chinois. Pour ce crime, elle
a été condamnée à sept ans de prison.
Libérée le 14 avril 2005, elle a été expulsée du pays trois
jours plus tard. Depuis, la sexagénaire, qui a troqué ses
tailleurs BCBG contre le vêtement ouïgour, la toppa, dénonce
sur toutes les tribunes les injustices auxquelles les Ouïgours
sont soumis. Elle décrie notamment la présence de 100 000
d’entre eux dans les prisons chinoises où, selon elle, ils
sont soumis à des traitements inhumains. Parmi les
interlocuteurs avait qui elle a discuté figurent George W.
Bush et Stephen Harper.
Son bras de fer avec l’État chinois, qui vient de monter d’un
cran cette semaine, fait des victimes collatérales. Au moins
deux de ses fils croupissent actuellement dans des prisons
chinoises.
La différence ouïgoure... - Stéphanie
Bérubé
Quatre
habitants sur dix sont des Ouïgours dans la région autonome du
Xinjiang, qui est actuellement sous haute tension. Notre
journaliste y a séjourné. Elle nous parle aujourd’hui du
peuple ouïgour, turcophone et musulman. De sa différence et de
sa cohab
La différence ouïgoure saute aux yeux, pour quiconque arrive
au Xinjiang. Le visage souriant des habitants et leur aplomb à
discuter avec les étrangers de passage; leurs yeux pâles
immanquables contre leur teint foncé. Les accents turcophones.
L’odeur de grillades des étals de brochettes épicées qui est
soufflée dans l’air poussiéreux.
PHOTONGHANGUAN, AP
Ce Han est descendu armé dans les
rues, comme des milliers de ses compatriotes, pour se venger
des violences sanglantes commises dimanche par les Ouïgours.
Rien à voir avec Pékin, Shanghai ou même le sud de la Chine si
souvent visité par les touristes. Cette province de l’extrême
ouest de l’empire du Milieu ne figure d’ailleurs pas souvent
sur les itinéraires touristiques.
D’abord, elle est difficile d’accès. Plus de deux éreintantes
journées de train de Pékin, dans des conditions pas souvent
idéales. En avion, les liaisons à partir de la capitale sont
fréquemment coupées, pour cause de tempêtes de sable. Car le
Xinjiang est une province de déserts. Turfan, par exemple,
ressemble à un mirage.
Dans le mythique désert de Taklamakan, cette petite ville est
frappante de verdure, fruit d’un ingénieux système
d’irrigation. Si efficace, ce système, qu’à Turfan, on fait
pousser la vigne et on produit un vin rouge, pour consommation
locale. Les habitants en sont néanmoins très fiers et
l’offrent volontiers aux visiteurs.
Mosquées et temples
Au premier regard, rien ne laisserait deviner que Turfan se
trouve sur un territoire explosif. Dans les rues, les mosquées
voisinent les temples. La vie paraît paisible. Mais au marché,
on vend des tapis et des ragoûts de mouton qui nous rappellent
que la province a bien plus à voir avec le Pakistan voisin
qu’avec la métropole chinoise.
L’affichage y
est bilingue, puisque contrairement à d’autres Chinois de
confession musulmane, les Ouïgours ne parlent pas le mandarin,
traditionnellement. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser
dans les rues d’Urumqi, la capitale provinciale où se sont
déroulés les sanglants affrontements de la fin de semaine
dernière, des vieux qui ne comprennent toujours pas un mot de
mandarin.
En 1949, au moment où Mao Zedong et les communistes ont pris
le contrôle à Pékin, il y avait une écrasante majorité
ouïgoure dans le Xinjiang qui était une province autonome, le
Turkestan oriental. Trois Chinois sur quatre étaient ouïgours,
alors que les Hans ne représentaient à peine plus de 6% de la
population. Ces Chinois « de souche » comptent maintenant pour
40% de la population du Xinjiang, grâce à la politique
d’immigration incitative de Pékin qui favorise leur
établissement dans des provinces où les minorités sont
particulièrement visibles. Les Ouïgours sont toujours
majoritaires au Xinjiang, mais on estime qu’ils ne
représentent plus que 45% de la population.
Assimilation forcée
La capitale, Urumqi, où se prennent les décisions politiques,
est le seul endroit où les Hans sont majoritaires. Le
mouvement nationaliste ouïgour se nourrit de cette
assimilation forcée. Les enfants issus de mariages mixtes sont
de facto des Hans. Ils ne peuvent pas aller à la mosquée, tout
comme les officiels du Parti communiste, à qui l’entrée à la
mosquée est aussi interdite.
Sous cette couverture d’interdiction, les mouvements
indépendantistes s’activent, en organisant des manifestations,
bien qu’elles soient défendues et sévèrement maîtrisées.
Depuis 10 ans, l’internet a toutefois donné du souffle aux
groupes indépendantistes, surtout à l’extérieur de la Chine.
Le Xinjiang, qui signifie littéralement « nouvelle frontière
», a toujours obtenu beaucoup moins d’attention internationale
que son voisin, le Tibet.
Un rapport Goldstone pour le Sri Lanka ? -
Laura-Julie Perrault
Soupçonné
d’avoir commis des crimes de guerre lors de l’offensive finale
contre les Tigres tamouls, le gouvernement du Sri Lanka promet
de répondre aux inquiétudes internationales en mettant sur
pied sa propre enquête. Cette suggestion a fait sortir de ses
gonds l’organisation Human Rights Watch, qui récla me une
version sri-lankaise du rapport Goldstone.
« L e gouver nement ( du Sri Lanka) crée un écran de f umée
pour ne pas avoir à répondre de ses actes. Seule une enquête i
nternationale i ndépendante permettra de déterrer la vérité au
sujet de cette guerre brutale et de rendre justice aux
victimes », a tonné hier Brad Adams, directeur de HRW en Asie.
Il donne en exemple l’enquête qu’a menée l’avocat sudafricain
Richard Goldstone dans la bande de Gaza à la demande de l’ONU.
Dans son rapport final, le juriste blâme à la fois Israël et
le Hamas pour les violations des droits humains commis pendant
l’offensive de janvier, tuant 1387 Palestiniens et 13
Israéliens.
Décrié par Israël, le rapport qui a émané de la commission
d’enquête sera bientôt débattu devant l’Assemblée générale des
Nations unies.
Lourd rapport
Dans un
document rendu public jeudi dernier, le département d’État
américain a fait l’examen de plusieurs allégations de
violations du droit de la guerre commises au Sri Lanka entre
ja nvier et mai 2009. À la fin de l’offensive, le gouvernement
sri-lankais a a nnoncé avoi r remporté la guerre contre les
Tigres tamouls, qui, depuis 25 ans, se battaient pour obtenir
un État souverain pour la minorité tamoule du pays. Selon
l’ONU, plus de 7000 civils ont été tués pendant cette fin de
conflit sans merci.
Dans son rapport, le département d’État fait à la fois peser
les allégations sur la guérilla armée tamoule et le
gouvernement sri-lankais, contrôlé par la majorité ethnique
cinghalaise. Exécutions arbitraires, bombardements de c iv i l
s , échec à fournir eau, nourriture et médicaments aux
déplacés de guerre font partie des actes reprochés au
gouvernement. Les Tigres tamouls sont pour leur part
soupçonnés d’avoir enrôlé des enfants-soldats et utilisé des
civils comme boucliers humains.
Concluant que son rapport n’est pas un acte d’accusation en
bonne et due forme, le département d’État a demandé une
enquête plus approfondie.
Une enquête « maison »
Lundi, le gouvernement de Colombo a répondu au rapport
américain en annonçant qu’il nommera un comité d’experts «
maison » pour faire la lumière sur toute l’affaire. Depuis les
événements du printemps, le président Mahinda Rajapakse
soutient que l’a rmée a tout fait pour protéger les victimes
et affirme que les allégations de c r i mes de guerre s ont l
’ i nvention de la diaspora tamoule, enragée de voir les
Tigres défaits. La Russie, un des principaux alliés du pays de
l’Asie du Sud, a applaudi l’initiative de Rajapakse.
Cependant, t out comme Human Rights Watch, le hautcommissaire
aux droits de l’homme de l’ONU croit que ce serait une erreur
monumentale de laisser une partie au conf lit enquêter sur ses
propres actes. À ce jour, toutefois, le secrétaire général de
l’ONU, souvent critiqué pour son inaction dans le dossier
sri-lankais, n’a pas ordonné la mise sur pied d’une commission
à la Goldstone.
Des camps aux allures de prisons - Laura-Julie
Perrault
L’ONU
s’impatiente au Sri Lanka, quatre mois après la fin de la
guerre civile
Le gouvernement sri lankais a promis de faire des pieds et des
mains pour que les choses rentrent dans l’ordre pour les
milliers de déplacés du conflit. Quatre mois plus tard, le
secrétaire général de l’ONU s’impatiente. Son bras droit est
au Sri Lanka aujourd’hui pour demander des comptes.
Habituellement, pour une famille qui fuit la guerre, la vue
d’un camp de réfugiés et ses tentes alignées n’est pas
synonyme de confort, mais au moins d’un moment de répit, loin
des bombes. Au Sri Lanka, les camps de réfugiés, où
s’entassent quelque 290 000 personnes malgré la fin du conflit
armé il y a quatre mois, évoquent une tout autre réalité: la
prison.
PHOTO ERANGA JAYAWARDENA,
ASSOCIATED PRESS
Quatre mois après la fin du conflit au
Sri Lanka, ces femmes cherchent encore des parents disparus.
Elles se sont réunies hier dans la capitale, Colombo, pour
réclamer des comptes du gouvernement.
Affirmant que des membres des Tigres de libération de l’Eelam
tamoul (LTTE) se cachent parmi les civils presque
exclusivement issus de la minorité tamoule, les autorités sri
lankaises ont bouclé les camps de réfugiés.
Le gouvernement du pays, contrôlé par la majorité cinghalaise
bouddhiste, dit y mener une opération de triage pour
distinguer les véritables déplacés de la guerre des anciens
combattants de l ’or ga n i s a t ion s é pa r a t i s te
armée que l’armée sri lankaise a défait sur les champs de bat
a i l le après 2 5 a n s de confrontation.
Les déplacés ne peuvent quitter les camps, où l’on rapporte
des problèmes de ravitaillement en eau, en nourriture et en
soins médicaux. Ils se sont vu confisquer leurs téléphones.
Les visites d’organismes humanitaires ou des rares proches qui
réussissent à entrer dans les camps de réfugiés, se font sous
la supervision d’hommes armés, déplorent plusieurs
organisations, dont Amnistie internationale, qui a récemment
publié un rapport intitulé Débarrez les camps au Sri Lanka.
« Ils n’ont
pas la permission de quitter. Dans les faits, ils sont détenus
sans avoir été accusés ou avoir subi un procès. Ceci est une
violation par le Sri Lanka du droit international, qui
interdit la détention arbitraire », peut-on lire dans les
commentaires d’introduction.
Cette semaine, c’était au tour du secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-moon de sonner l’alarme. Le no 1 de
l’ONU a appelé le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse,
pour lui faire part de son inquiétude à l’égard des conditions
sanitaires dans les camps et de la lenteur du processus de
réintégration des déplacés.
Le bras droit politique de M. Ban, Lynn Pascoe, doit arriver
au Sri Lanka ce matin pour y visiter les camps. « Il y a tout
un éventail de questions en matière de droits humains qui
doivent aussi être discutées », a dit M. Pascoe lors d’une
conférence de presse. Plusieurs demandent la tenue d’une
enquête de l’ONU sur les crimes de guerre perpétrés par les
forces sri lankaises et les Tigres tamouls au cours du conflit
qui vient de se terminer et qui a fait près de 100 000 morts,
dont 7000 entre janvier et mai 2009. À ce jour, 2000 personnes
sont toujours portées disparues.
Chantage et marchandage
Malgré
les efforts du gouvernement sri lankais pour garder les
déplacés tamouls incommunicado au cours des derniers mois,
plusieurs histoires ont réussi à traverser l’océan pour
atterrir à Montréal, où vivent près de 10 000 Tamouls. «Ceux
qui viennent nous voir racontent qu’ils peuvent faire sortir
des membres de leur famille des camps en donnant des
pots-de-vin de 2000 à 5000$ aux gardes armés. On entend aussi
que les gardes vendent la nourriture fournie par les pays
occidentaux aux déplacés, a relaté hier Ramani Balendra du
Centre communautaire des femmes sudasiatiques de Montréal. Les
familles ici sont extrêmement inquiètes, surtout que c’est la
saison des inondations.»
SRI LANKA : LES RACINES DUCONFLIT DEMEURENT
Le Sri Lanka est en passe de gagner sa guerre longue de 37 ans
contre les séparatistes tamouls, mais les racines de ce conflit
ethnique plongent bien plus profondément dans l’histoire de
l’ex-Ceylan. « Certes, la phase militaire s’achève, mais le conflit
continuera » si le régime ne trouve pas de « solution politique »
pour la minorité tamoule, résume Jayadeva Uyangoda, politologue de
l’Université de Colombo. Car d’après des historiens, la guerre dans
cette île de 20 millions d’âmes s’explique en partie par le
ressentiment de la majorité cinghalaise ( 74%) à l’égard de la
minorité sri-lankaise tamoule ( 12,5%) soupçonnée d’avoir été
favorisée par le colonisateur britannique jusqu’à l’indépendance du
4 février 1948, notamment pour l’éducation et l’emploi. Une fois les
Britanniques partis, la volonté du pouvoir cinghalais de reprendre
les emplois occupés par des Tamouls, censés être mieux éduqués,
alimente les tensions interethniques. En 1972, un Tamoul radical de
Jaffna (Nord), Velupillaï Prabhakaran, fonde l’organisation des
Nouveaux Tigres tamouls, devenue les Tigres de libération de l’Eelam
tamoul (LTTE) en mai 1976, dont l’emblème est un tigre feulant, pour
s’opposer au lion rugissant de la République socialiste et
démocratique du Sri Lanka proclamée en 1972. La guerre à grande
échelle éclate en 1983 après des émeutes contre des Tamouls qui font
des centaines de morts. Jusqu’à leur débâcle actuelle, les Tigres se
battaient pour l’indépendance du nord et de l’est du pays. — AFP
SRI LANKA Enquête refusée
Le gouvernement du Sri Lanka a rejeté hier les appels à
l’ouverture d’une enquête indépendante sur des violations des
droits de l’homme après la divulgation d’informations selon
lesquelles un grand nombre de civils ont été tués au cours des
dernières semaines de la guerre civile. Colombo serait en train
d’établir un bilan des victimes civiles, sans donner de chiffres.
SRI LANKA - Un
nombre inacceptable de civils tués, selon l’ONU
— Un nombre « inacceptable » de civils ont été tués au Sri
Lanka ces derniers mois pendant les combats entre les forces
armées et les rebelles tamouls, a déclaré l’ONU hier, des
informations faisant état de 20 000 morts civils.
Le quotidien The Times a écrit qu’aux évaluations
confidentielles faisant état de 7000 civils tués jusqu’à la fin
du mois d’avril, il convenait d’ajouter sur la base de sources
onusiennes 1000 civils tués chaque jour jusqu’au 19 mai, le
lendemain de la mort du chef de la rébellion des Tigres de
libération de l’Eelam tamoul (LTTE).
Le bilan
s’élèverait donc selon le journal à 20 000 morts dans l’ultime
phase du conflit, au cours de laquelle les troupes
gouvernementales ont vaincu les rebelles sur une étroite zone
renfermant des milliers de civils.
« La majorité ont péri sous les canons du gouvernement » visant
les rebelles qui utilisaient les camps de réfugiés en tant que
boucliers humains, selon le Times.
Un porte-parole de la représentation du Sri Lanka à Londres a
rejeté « toutes ces accusations ». « Pas le moindre civil n’a
été tué par des bombardements du gouvernement », selon lui.
La mort des Tigres - MARIO ROY
C’est forcément
dans l’extrême violence qu’a ( probablement) été décapité et
démembré le mouvement de libération nationale le plus violent,
le mieux organisé et le plus étrange que l’époque ait connu.
Selon le gouvernement srilankais, les Tigres tamouls n’existent
plus, en effet. Et leur chef iconique, Velupillai Prabhakaran, a
été tué dans des circonstances peu claires – peut-être en fuyant
le dernier bastion de résistance, grand comme un pâté de
maisons, à bord d’une ambulance.
Prabhakaran était un personnage considérable, sorte de micro-Pol
Pot ayant créé une mic rosoc iété totalitaire. Et il arrive que
de tels personnages connaissent une fin assez peu glorieuse...
Hier, le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, a déclaré
son pays « libéré » du terrorisme tamoul.
Mais cela survient après une campagne d’annihilation,
littéralement, qui aurait tué 7000 civils et en aurait déplacé
250 000. Ceux-ci sont réduits à l’extrême précarité, parqués
dans des camps se situant à mi-chemin entre l’humanitaire et le
concentrationnaire... Des 25 000 soldats partis se battre dans
le nord de l’île, on ne sait pas combien ne reviendront pas:
l’État ne le dit pas. Les rebelles ne le font pas non plus, de
sorte qu’on sait seulement que, sous Prabhakaran, la deuxième
ligne de commandement a elle aussi été éliminée; sans doute, la
piétaille de la révolution a-t-elle été décimée.
Parlant en
langue tamoule, le président Rajapaksa a en outre déclaré que «
nous devons tous désormais vivre ensemble dans l’égalité dans ce
pays libre ». Or, comment recommencer à vivre après cela ?
Personne ne le sait. Cependant, il se peut qu’une bonne partie
de la population tamoule el le-même ressente un certain
soulagement, elle qui était à la fois la protégée et l’otage des
Tigres.
On ne refera pas l’histoire des Tigres de libération de l’Eelam
tamoul. Ni de l’emprise qu’ils ont à certains moments exercée
sur le Sri Lanka. Entrés en mode guerrier il y a un quart de
siècle, ils ont contrôlé jusqu’à 25% du territoire avec une
organisation comptant sur une petite flotte aérienne et une
marine (ils auraient eu en leur possession un sous-marin!), ce
qui est inédit.
Qu’i l su ffise de rappeler qu’ils sont réputés avoi r « inventé
» l’attentat suicide, promis à beaucoup de succès; qu’ils
faisaient g r and usage d’enfants-soldats; qu’ils se finançaient
largement par la diaspora (dont la canadienne: près de 300 000
âmes, dont 10 000 à Montréal), convaincue parfois assez peu
subtilement de collaborer... Maintenant. Le
Sri Lanka, protégé par la Chine, ne pourra probablement pas
être contraint de livrer des informations sur ce qui s’est
réellement passé sur le champ de bataille depuis quatre
mois. Par exemple: laquelle des deux parties
s’est le plus scandaleusement servie des civils comme boucliers?
La question demeurera ouverte.
Mais la communauté internationale doit certainement persuader
Colombo de s’ouvrir à l’aide humanitaire. Et voir à ce que, par
la suite, une terreur ne succède pas à une autre.
SRI LANKA Ni caméras ni bain de sang ?
Hier, les
Tigres tamouls ont accusé les forces armées du Sri Lanka
d’avoir tué 45 civils en bombardant un hôpital de fortune.
Impossible de vérifier ces allégations : le gouvernement sri
lankais a érigé une véritable forteresse autour de la zone
Membre de l’équipe d’urgence pour Human Rights Watch, Anna
Neistat travaille depuis des années dans des zones de conflit
: Tchétchénie, Ouzbékistan, Liban. Chaque fois, elle a dû se
battre pour que les autorités l’autorisent à faire son travail
: rendre compte de la situation sur le terrain. Mais au Sri
Lanka, elle a frappé un mur.
Pas question de se rendre dans le Vanni, la petite région du
nordest du pays où l’armée sri lankaise mène une intense
opération militaire contre les Tigres tamouls malgré la
présence de 50 000 civils.
Hormis la Croix-Rouge, qui est astreinte à la neutralité,
aucun journaliste ou observateur indépendant n’a pu y pénétrer
depuis l’an dernier. Ce « verrouillage » de l’information
pendant une opération militaire, s’il est dénoncé par les
défenseurs des droits de l’homme et de la liberté de la
presse, n’est pas inédit. Les exemples récents sont nombreux.
La Russie, qui avait accepté la présence des journalistes lors
de la première guerre de Tchétchénie (de 1994 à 1996) a
littéralement mis la clé sous la porte au début de la deuxième
guerre, en 1999. Sur ordres de Vladimir Poutine, seuls les
observateurs escortés par l’armée russe étaient autorisés à y
travailler. Mais plusieurs journalistes, dont Anna
Politkovskaïa, assassinée en 2006, s’y rendaient par leurs
propres moyens.
Plus récemment, lors de sa dernière opération militaire dans
la bande de Gaza, Israël a interdit l’accès aux journalistes
étrangers. Néanmoins, ces derniers pouvaient communiquer avec
des Palestiniens se trouvant à l’intérieur de la zone de
conflit.
Au Sri Lanka, le trou noir est total. Les civils, pris en étau
dans la zone de conflit qui rétrécit sans cesse, n’ont aucun
accès au monde extérieur. Les réfugiés, maintenant estimés à
193 000, sont confinés à des camps gardés par l’armée sri
lankaise comme s’il s’agissait de prisons.
Ceux qui
réussissent à s’y faufiler deviennent vite persona non grata.
C’est le cas d’Anna Neistat. Depuis la publication d’un
rapport sur des mauvais traitements infligés aux réfugiés en
février dernier, la représentante de HRWest interdite de
territoire. Dimanche, trois journalistes de la chaîne
britannique Channel 4 ont été arrêtés et expulsés du pays
parce qu’ils ont diffusé un reportage sur le même sujet.
« Il n’y a qu’une seule question à poser. Qu’est-ce qui se
cache derrière les efforts immenses que le gouvernement sri
lankais déploie pour contrôler l’information. Si tout va bien,
pourquoi le faire? » demande Anna Neistat, jointe à New York
hier. Elle a sa propre réponse.
« En général, quand un gouvernement a ce comportement, c’est
qu’il n’y a rien de bon qui se passe derrière les portes
fermées. La bonne nouvelle, c’est que la vérité finit toujours
par émerger. »
Déjà, on a quelques certitudes sur la situation au Sri Lanka.
Grâce à des images satellites des Nations unies, on sait que
l’armée sri lankaise bombarde toujours des zones où se
trouvent des civils et ce, même si elle prétend le contraire.
On sait aussi que près de 7000 civils ont été tués depuis
janvier.
On ignore le rôle exact de l’armée et des Tigres tamouls dans
ce bain de sang. Et qu’en est-il des allégations de génocide,
formulées par la diaspora tamoule de Toronto, Montréal et
Paris? La plupart des experts du génocide refusent de se
prononcer.
À la fin du conflit, la vérité éclatera certainement au grand
jour. Malheureusement, il sera peutêtre trop tard.
L’avenir incertain des Tigres tamouls -
Laura- Julie Perrault
Hier,
après des mois d’intenses combats, le gouvernement du Sri
Lanka a annoncé formellement sa victoire dans la guerre
qui l’oppose depuis plus de 25 ans aux Tigres de
libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Simultanément,
l’armée sri-lankaise a publié des
« Ils viennent de vivre la pire défaite de leur histoire.
C’est la première fois en 25 ans que le gouvernement
sri-lankais a le contrôle de 100% de son territoire. »
Une moustache emblématique au milieu d’un visage tuméfié,
sans vie. Un foulard bleu pour cacher une grave blessure
ouverte à la tête. Un habit militaire et une plaque
marquée du numéro O.O1.
L’armée
sri-lankaise
a diffusé, hier, des photos de la dépouille de
Vellupiali Prabhakaran, 54 ans, chef des Tigres tamouls.
Sur celle-ci, on voit l’homme, sans vie, entouré de
soldats sri-lankais. Le leader des Tigres aurait été tué
lundi, lors de l’assaut final de l’armée sri-lankaise.
Les Tigres tamouls refusent d’authentifier la dépouille
et persistent à dire que leur chef se porte bien.
Ces images sont la preuve qu’a donnée, hier, l’armée
sri-lankaise de la mort de Vellupiali Prabhakaran, le chef
suprême des Tigres tamouls. Pour les militaires, cette
photo constitue aussi la principale preuve de sa victoire
contre le mouvement d’insurrection du nord-est du pays :
Prabhakaran ne cachait pas son ascendance complète et
entière sur son organisation et sur la minorité tamoule,
principalement hindoue, du Sri Lanka.
« L’organisation des Tigres de la libération de l’Eelam
tamoul ( LTTE) avait une structure dictatoriale, basée sur
le culte de la personnalité de Prabhakaran », a expliqué
David Cameron, doyen du département de sciences politiques
à l’Université de Toronto.
Le leader, que ses fidèles surnommaient le « dieu soleil
», ne supportait aucune dissidence. « Il faut se rappeler
la création des Tigres tamouls. Prabhakaran a éliminé tous
ses opposants », a rappellé Michael Shaikh, spécialiste de
l’Asie du Sud au International Crisis Group.
Un tigre sans tête
Sa mort – pour le moment contestée par ses fidèles –
signifie-t-elle la fin de ce redoutable groupe
indépendantiste ? À cette question, les experts ne
s’entendent pas.
Selon David Cameron, les Tigres ne peuvent survivre avec
la tête coupée. « La présence de Prabhakaran était
centrale. Il était celui qui attirait une loyauté
fanatique chez ses supporteurs. S’il avait réussi à
survivre à l’assaut des derniers mois, il aurait pu
remettre l’organisation sur pied. Sans lui, il y aura
peut-être encore un peu de violence, mais le mouvement,
privé de sa structure d’autorité, est mort », croit-il.
Expert du fédéralisme comme solution possible au conflits
ethniques, le politologue canadien était au Sri Lanka
quand le gouvernement a conclu un cessez-lefeu avec le
groupe armé en 2002.
« À
l’époque, les Tigres tamouls avaient la configuration d’un
État. Ils avaient leur propre système de santé,
d’éducation et leur propre police. Mais leur emprise sur
la société était basée sur la peur. Si vous enlevez la
peur, que reste-til de cette emprise ? » se demande M.
Cameron.
Un combat à finir
Michael Shaikh voit les choses d’un autre oeil. Selon lui,
il est trop tôt pour vendre la peau des Tigres tamouls.
« Ils viennent de vivre la pire défaite de leur histoire.
C’est la première fois en 25 ans que le gouvernement
sri-lankais a le contrôle de 100% de son territoire, mais
je ne pense pas que les Tigres soient éteints pour autant.
Beaucoup de gens veulent encore un État tamoul indépendant
et ils vont continuer à se battre », a noté hier M.
Shaikh, joint à New York.
« Ce qui reste des Tigres sera incapable de mener une
campagne militaire de grande envergure, mais on risque de
voir des attaques terroristes urbaines. »
L’ardeur avec laquelle la diaspora tamoule soutient la
rébellion armée depuis des mois et ce, malgré les rapports
de violations des droits de l’homme commises par les
troupes de Prabhakaran, est, selon lui symptomatique d’une
certaine radicalisation.
Les manifestants tamouls à Montréal, Toronto, Paris et
Londres accusent le gouvernement sri-lankais de génocide,
mais refusent de critiquer ouvertement les méthodes
utilisées par la guérilla armée.
« Tout ça est plus grand que Prabhakaran », a conclu
Michael Shaikh.
Prabhakaran, chef suprême d’une armée rebelle
déterminée
Velupillai
Prabhakaran, chef suprême des Tigres tamouls, a réussi à
mettre sur pied une des armées rebelles les plus sophistiquées
et déterminées du monde, avant de faire une série d’erreurs
qui l’a conduit à la défaite.
Velupillai
Prabhakaran,
chef suprême des Tigres tamouls, dont la mort symbolise la
défaite de l’armée rebelle.
L’armée sri lankaise a annoncé hier avoir tué le chef suprême
des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), âgé de 54
ans, et ses principaux adjoints.
Pour ses partisans, Prabhakaran était le coeur tenace de la
guerre destinée à établir un État tamoul indépendant du Sri
Lanka. Mais pour ses nombreux détracteurs, il était surtout un
dirigeant brutal qui, à plusieurs reprises, a saboté des
accords de paix dans sa quête de pouvoir.
Le corpulent et moustachu chef de la rébellion, le pistolet
Browning toujours à la ceinture, a dirigé en dictateur virtuel
un État de facto dans la région de la péninsule de Jaffna
(nord du Sri Lanka), avec plusieurs centaines de milliers
d’habitants, un drapeau, une police et un système judiciaire.
Ses troupes étaient armées d’artillerie lourde et disposaient
d’une aviation rudimentaire, qui a tout de même bombardé
l’aéroport international de Colombo, et d’unités commando
spécialisées dans les attaques suicide, les Tigres noirs. Sa
marine de guerre était composée de vedettes d’attaque rapides,
de bateaux suicide remplis d’explosifs, de sous-marins
rudimentaires et de grands navires de contrebande parcourant
l’océan Indien.
Les LTTE auraient gagné jusqu’à 300 millions de dollars en un
an grâce à leurs actions armées, au trafic de drogue, à la
diaspora tamoule et aux oeuvres de charité.
Mais Prabhakaran était aussi une figure de l’ombre qui appa-
raissait rarement en public, préférant communiquer par
déclaration radiodiffusée chaque année en novembre, véritable
« discours à la nation ».
Les soldats tamouls – parfois recrutés de force lorsqu’ils
étaient enfants – considéraientPrabhakaran comme leur chef
incontesté.
Ce dernier
leur ordonnait de s’abstenir de relations sexuelles, de couper
tout lien avec leur entourage et de porter des fioles de
cyanure autour du cou pour pouvoir se suicider en cas de
capture.
« Il est leur cerveau. Il est leur coeur. Il est leur dieu. Il
est leur âme. Et toute l’organisation tourne autour de lui »,
déclarait ainsi le journaliste indien Narayan Swamy, auteur
d’une biographie sur Prabhakaran.
Le chef séparatiste a orchestré des attaques sur des bases
militaires sri lankaises, tuant des centaines de soldats, et a
réussi des contre-offensives dévastatrices pour l’armée
régulière.
Le recours régulier aux attaques suicide – dont l’attentat de
1998 au temple de la Dent du Bouddha, principal sanctuaire
bouddhiste du pays – a conduit les États-Unis, l’Union
européenne et l’Inde à classer la LTTE parmi les organisations
terroristes. Le groupe a aussi assassiné plusieurs hommes
politiques sri lankais, dont l’ancien président Ranasinghe
Premadasa.
Mais alors qu’il a parfois été salué comme un maître de la
stratégie, Prabhakaran a commis une série d’erreurs qui l’ont
finalement conduit à sa chute.
Il s’est mis à dos son plus important allié, l’Inde, en
envoyant une kamikaze tuer le premier ministre indien Rajiv
Ghandi en 1991, en représailles contre une mission indienne de
maintien de la paix qui a mal tourné.
Lors des négociations qui ont suivi le cessez-le-feu de 2002,
il a rejeté un accord qui aurait donné aux LTTE une large
autonomie dans le nord et l’est du pays. Mais Prabhakaran a
affirmé ne pas pouvoir accepter moins qu’un État tamoul,
baptisé Eelam.
Prabhakaran a aussi appelé au boycottage de l’élection
présidentielle de 2005, ce qui a contribué à la victoire du «
faucon » Mahinda Rajapaksa.
Après l’échec des négociations de paix, les rebelles tamouls
ont coupé l’approvisionnement en eau de plus de 60 000
personnes dans l’Est, déclenchant une riposte militaire sans
précédent, offensive qui s’est poursuivie jusqu’à la défaite
des Tigres tamouls.
LES TIGRES TAMOULS SONT VAINCUS
COLOMBO, Sri
Lanka — La mort du chef suprême des Tigres tamouls, Velupillai
Prabhakaran, a scellé hier la défaite de la rébellion face à
l’armée régulière sri lankaise, qui affirme contrôler
désormais l’ensemble de la zone de guerre du nord-est du pays.
L’Union européenne a appelé à une enquête indépendante sur
d’éventuels crimes de guerre commis à l’encontre des
populations civiles.
La mort de Prabhakaran, annoncée par la télévision publique, a
été confirmée par des messages SMS envoyés par les services
d’information du gouvernement sur les téléphones portables du
pays. Deux de ses plus proches lieutenants, Soosai, le chef de
la marine tamoule, et Pottu Amman, le commandant des services
de renseignements, ont été tués à ses côtés.
Cette annonce a suscité des rassemblements festifs dans le
pays, la foule envahissant les rues de la capitale, Colombo,
en chantant et en dansant.
La mort de Prabhakaran est le dernier symbole de la défaite de
l’armée des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE),
après plus de 25 ans de guerre civile. Héros pour ses hommes,
il était le dirigeant d’un groupe classé parmi les
organisations terroristes par les États-Unis et l’Union
européenne.
Le chef de l’armée sri-lankaise, le général Sareth Fonseka, a
annoncé hier qu’il n’y avait plus aucun rebelle tamoul dans la
zone de guerre. Il a précisé que ses soldats avaient nettoyé
les dernières poches de résistance dans le nord.
« Nous pouvons annoncer que nous avons libéré le pays tout
entier du terrorisme », a-t-il déclaré à la télévision
publique.
Le président sri lankaisMahinda Rajapaksa a confirmé la mort
de Prabhakaran lors d’une conversation téléphonique avec le
ministre indien des Affaires étrangères Pranab Mukherjee, a
déclaré dans un communiqué le porte-parole de ce dernier,
Vishnu Prakash.
Le chef des Tigres tamouls et ses lieutenants se trouvaient à
bord d’un camion blindé suivi par un autocar transportant des
rebelles, et circulant en direction des forces régulières sri
lankaises, hier matin, ont expliqué des responsables, sous le
couvert de l’anonymat. Un violent échange de tirs de deux
heures a éclaté avant qu’une roquette de l’armée régulière
n’atteigne le camion blindé, selon les mêmes sources.
Le fils aîné
de Prabhakaran, Charles Anthony, chef présumé de l’aviation
des LTTE, a aussi été tué, selon l’armée. Par ailleurs, les
forces spéciales ont trouvé les corps de trois autres hauts
responsables de l’organisation rebelle.
La communauté t amoule était désespérée, selon Suren
Surendiran, porte-parole du Forum britannique des Tamouls,
plus grande organisation d’expatriés en Grande-Bretagne. « Les
gens sont très sombres et très tristes. Mais nous sommes
toujours déterminés et désireux de continuer notre lutte pour
l’Eelam », a-t-il déclaré, utilisant le nom donné par les
Tamouls à un État indépendant.
Les pays de l’Union européenne (UE) ont appelé hier à une
enquête indépendante sur d’éventuels crimes de guerre commis à
l’encontre des populations civiles, sans pré-
ciser à quelle autorité devait être confiée cette mission.
« Les responsables doivent être traduits en justice », ont
déclaré les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis
à Bruxelles, dans un communiqué commun. Le Britannique David
Miliband a précisé qu’il y avait des « accusations très graves
» de crimes de guerre des deux côtés et qu’ils devaient être «
soumis à une enquête correcte ».
« Désormais nous faisons face (...) à une situation
humanitaire extrêmement difficile », a souligné la commissaire
chargée des Relations extérieures, Benita FerreroWaldner. « Ce
que nous demandons, c’est que les Nations unies aient accès
aux civils », a-t-elle ajouté, assurant que la commission
européenne était prête à accorder une aide supplémentaire,
après les 3 millions d’euros versés à la CroixRouge
internationale en avril.
Les ministres européens ont appelé les autorités sri lankaises
à chercher la réconciliation avec la minorité tamoule.
Toujours vivant ?
Toutefois, tard hier soir, la rébellion a affirmé que
Velupillai Prabhakaran est vivant. « Notre dirigeant bien-aimé
est vivant et en sécurité. Il continuera de conduire la quête
de dignité et de liberté pour le peuple tamoul », a déclaré le
chef des relations internationales des Tigres, Selvarasa
Pathmanathan, dans un communiqué publié par le site internet
Tamilnet.com.
PLUS DE 25 ANNÉES DE
CONFLIT
> 1975:
création des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE),
qui réclament un État séparé pour la minorité tamoule dans le
nord et l’est du pays. > 1983: début de la guerre civile.
> 1991: un Tigre tamoul assassine dans un attentat suicide
l’ancien premier ministre indien Rajiv Gandhi, en représailles
à l’envoi de troupes indiennes participant aux combats contre
les rebelles au Sri Lanka. > 1993: un kamikaze tamoul tue
le président sri lankais Ranasinghe Premadasa après l’échec
d’une tentative de pourparlers de paix. > février 2002:
Colombo signe un accord de cessez-le-feu avec les Tigres
tamouls. > juin 2005: les relations entre le gouvernement
et les rebelles se dégradent sur la question du partage de
l’aide internationale destinée aux victimes du tsunami. >
août 2005: le ministre des Affaires étrangères Lakshman
Kadirgamar, Tamoul opposé à la création d’un État indépendant
pour sa minorité, est assassiné, action imputée aux LTTE. >
décembre 2005: les rebelles lancent leur première grande
attaque depuis le début de la trêve, tuant au moins 12 membres
de la marine sri lankaise. Cette offensive est suivie d’une
série d’attaques. > 22 février 2006: des représentants du
gouvernement et des rebelles se rencontrent en Suisse pour des
pourparlers de paix. Une deuxième série de négociations est
reportée quelques mois plus tard en raison de désaccords entre
les deux parties. > 8 juin 2006: échec de négociations en
Norvège destinées à restaurer la paix. > 20 juillet 2006:
les Tigres tamouls ferment les vannes d’un réservoir dans
l’est de l’île, privant d’eau plus de 60 000 personnes, et
conduisant le gouvernement à lancer sa première grande
offensive en territoire rebelle depuis le cessez-le-feu de
2002. > 11 juillet 2007: le gouvernement annonce avoir
chassé les rebelles de l’est de l’île. > 2 novembre2007: le
chef de l’aile politique des Tigres tamouls, S.P.
Thamilselvan, considéré comme le no2 du LTTE, est tué dans un
raid aérien de l’armée. > 2 janvier 2008: après avoir
décidé la veille de se retirer d’un cessez-le-feu négocié sous
médiation internationale, le gouvernement annonce que les
Tigres doivent désarmer avant toute nouvelle négociation de
paix. > 2 août 2008: l’armée annonce que ses troupes
entrent dans le district de Kilinochchi, la capitale de facto
des Tigres, pour la première fois depuis 11 ans. > 2
janvier 2009: l’armée s’empare de
Kilinochchi.
> 25 janvier 2009: l’armée enlève le dernier grand bastion
des rebelles, Mullaittivu. > 17mai2009: les rebelles
assiégés dans un minuscule réduit côtier proposent de déposer
les armes. > 18mai2009: le gouvernement annonce la prise de
cette ultime zone de guerre et la mort du chef des rebelles,
Velupillai Prabhakaran.
« C’est unmoment émotif et très difficile »
Manifestation de la communauté tamoule à Montréal
La capitulation des Tigres tamouls dimanche au Sri Lanka a
eu l’effet d’une bombe au sein de la communauté tamoule de
Montréal. Plusieurs centaines de manifestants ont
accueilli avec tristesse et colère la fin du conflit civil
qui a fait plus de 70 000 morts et 250 000 réfugiés depuis
1983.
Les
membres
de la communauté tamoule de Montréal ont manifesté leur
tristesse et leur colère, hier, après la capitulation
des Tigres tamouls.
L’émotion était à son comble hier après-midi sur le
boulevard René-Lévesque. Des centaines de membres de la
diaspora tamoule se sont rassemblés devant le consulat
américain pour dénoncer le fait que la Croix-Rouge et les
médias étrangers n’avaient pas encore eu accès aux zones
de combat.
Noyés dans une marée rouge et jaune de drapeaux des Tigres
de libération de l’Eelam tamoul, plusieurs ont versé des
larmes. D’autres ont crié au génocide.
« C’est un moment émotif et très difficile pour nous », a
expliqué Kalasitty Sittampalam, avant d’éclater en
sanglots. « La famille de mon époux est dans la zone la
plus durement touchée et nous sommes sans nouvelles depuis
plusieurs jours. Je ne parviens plus à me concentrer au
travail. Je passe tout mon temps sur l’internet pour
connaître les derniers développements. »
Il y a environ 10 700 Québécois d’origine sri lankaise à
Montréal. De ce nombre, environ 10 000 sont des Tamouls.
Les autres sont des Cinghalais de confession bouddhiste.
Plusieurs Tamouls de la métropole appuient ouvertement
l’armée des Tigres tamouls, un mouvement séparatiste armé
qui milite pour l’établissement d’un État indépendant dans
le nord du pays.
La
formation qui figure sur la liste canadienne des
organisations terroristes a été renversée dimanche par
l’armée du gouvernement qui représente la majorité
cinghalaise.
« Les Tigres tamouls étaient notre seule voix » , explique
Gaya Kathiresu, membre du Comité Ac t ion t amoule de
Montréal. « Après 60 ans d’abus et d’oppression, nous ne
pourrons jamais faire confiance au gouvernement. »
Alors que l’armée du gouvernement proclamait l’assassinat
de tous les dirigeants du mouvement rebelle, les Tamouls
de Montréal s’inquiétaient d’abord et avant tout du sort
de leurs proches. Depuis le mois d’avril, environ 35 000
civils ont fui le nord du pays. Au moins 7000 personnes
seraient mortes dans les récents affrontements.
« Pleurer un nouveau mort chaque jour est devenu chose
commune dans les familles tamoules de Montréal », déplore
Komala Nadarasa, qui a perdu son neveu de 20 ans. « Je
m’inquiète surtout pour ma soeur, poursuit-elle. La
dernière fois que j’ai eu des nouvelles il y a trois
semaines, elle m’a dit qu’il n’y avait plus d’eau ni de
nourriture. Je suis indignée que la situation n’ait pas
changé. Si la guerre est terminée, pourquoi la population
n’a-telle pas accès à des soins médicaux et des vivres? »
La majorité des personnes interrogées ont affirmé qu’elles
préféraient maintenant que la voie politique soit
privilégiée pour sortir de l’impasse la minorité tamoule
au Sri Lanka.
« La guerre entre l’armée sri lankaise et l’armée des
Tigres a beau être terminée, celle pour ravoir nos droits
doit continuer », a conclu Gaya Kathiresu.
La cause tamoule
- MARIO ROY
Quand une
manifestation visant à appuyer une cause que l’on peut estimer
juste devientelle contreproductive en retournant l’opinion
publique contre elle? Jusqu’à quel point peut-on « importer »
des conflits étrangers pour les projeter dans l’arène
politique canadienne? Et que peut faire le Canada dans des
régions du monde où son influence est égale à zéro... alors
que même l’ONU s’y révèle impuissante?
Ces questions surgissent après la manifestation qui a eu lieu,
dimanche soir, dans le centre-ville de Toronto. Elle
regroupait plus de 3000 personnes de la communauté tamoule,
qui compte 250 000 ressortissants dans cette ville. Cette
foule a, sans avertissement, bloqué pendant six heures
l’autoroute Gardiner, l’une des plus achalandées au pays.
Depuis plusieurs semaines, les Tamouls ont organisé plusieurs
marches et démonstrations, à Ottawa, Montréal et Toronto,
comme ailleurs dans le monde. Hier encore, l’agitation se
poursuivait dans la ville-reine.
La communauté tamoule veut pousser Ottawa à exercer d’autres
pressions sur Colombo afin que le gouvernement sri-lankais
cesse ses opérations militaires contre les Tigres tamouls,
opérations dont les civils coincés dans la zone d’affrontement
font les frais. L’ONU parle d’un véritable « bain de sang »,
point culminant d’une guerre d’indépendance qui dure depuis
plus de 30 ans et a fait 60 000 morts.
Quoi qu’il en soit, dimanche soir, une situation délicate et
même dangereuse s’est créée à Toronto, en raison de l’endroit
utilisé et de la présence de nombreux enfants dans les rangs
des manifestants. Les Torontois, qui sont en général fiers
d’habiter la métropole multiculturelle du pays, ont répliqué
par des commentaires empreints de colère sur le site web des
quotidiens et diffuseurs locaux.
Hier, la
ministre canadienne de la Coopération internationale, Bev
Oda, a réclamé des militaires sri-lankais et des rebelles
qu’ils acceptent un cessez-le-feu et laissent les
travailleurs humanitaires faire leur travail dans la zone de
conflit. La ministre s’était déjà rendue au Sri Lanka afin
de plaider la cause de la paix et offrir de l’aide.
Le Canada peut-il faire beaucoup plus ? C’est douteux.
Au surplus, l’affaire est politiquement délicate à manier.
À Toronto, plusieurs drapeaux des Tigres de libération de
l’Eelam tamoul flottaient au-dessus des manifestants. Or, il
s’agit d ’ un mouvement terroriste qui a historiquement fait
une utilisation à grande échelle d’enfantssoldats et
d’attentats suicide. Bref, ces drapeaux ont provoqué le même
malaise que ceux du Hezbollah brandis dans des
manifestations « en faveur de la paix »
israélo-palestinienne... En conséquence, les personnalités
politiques qui sont intervenues dans le dossier, du premier
ministre ontarien Dalton McGuinty au chef libéral Michael
Ignatieff, ont dû s’adonner à un délicat jeu d’équilibre,
hier, en condamnant la situation au Sri Lanka sans appuyer
la manifestation torontoise en tant que telle.
Au total, c’est peut-être déplaisant à entendre pour les
paisibles Canadiens d’origine tamoule qui craignent
légitimement pour leurs proches restés au pays, mais ce
n’est pas sur une autoroute torontoise que ce conflit
horrible (y en a-t-il d’autres sortes?) va se régler.
Ulcéré par l’Occident, Colombo mise sur
l’Orient
CONFLIT AU SRI
LANKA Tandis que le Sri Lanka envisage d’accorder l’amnistie
aux rebelles tamouls qui déposeraient les armes – à
l’exclusion des chefs du mouvement–, les Tigres ont annoncé
hier avoir demandé à la France et à la Grande-Bretagne
d’oeuvrer à
COLOMBO— Excédé par les pays occidentaux qui lui réclament un
cessez-le-feu humanitaire avec la rébellion tamoule, le régime
nationaliste du Sri Lanka mise sur ses alliés chinois et
japonais, voire sur l’Iran ou la Libye.
Convaincu d’avoir gagné la guerre et sourcilleux sur sa
souveraineté, Colombo est ulcéré par les exhortations de
l’ONU, des ÉtatsUnis et de l’Union européenne, qui lui
demandent d’épargner les 50 000 civils retenus par les
insurgés dans le Nord-Est.
« Jamais l’histoire n’a révélé autant d’hypocrisie et de
fauxsemblant des puissances occidentales à l’égard du Sri
Lanka », a lancé hier le ministère de la Défense.
Jeudi, le président Mahinda Rajapakse avait fustigé ceux qui
font la leçon à son pays sur le sauvetage de civils. « Je leur
réponds d’aller voir ce qu’ils font en Irak et en Afghanistan.
»
Marqué par 443 ans de colonisations portugaise, hollandaise et
britannique jusqu’à son indépendance en 1948, « le Sri Lanka a
eu les relations les plus étroites avec l’Occident », soutient
Nanda Godage, ancien secrétaire adjoint aux Affaires
étrangères. « Mais nous sommes déçus par l’hostilité de
l’Occident, même si nous comprenons sa compassion à l’égard de
la minorité tamoule – vu les 1,5 million de Tamouls en Europe
ou Amérique du Nord. »
Élu en 2005, M. Rajapakse et son frère, Gotabhaya, secrétaire
à la Défense, sont les artisans d’une guerre à outrance et
populaire contre les Tigres.
Avouant que « le régime est un peu paranoïaque », M. Godage
explique que Colombo était furieux que les chefs de la
diplomatie britannique et française, David Miliband et Bernard
Kouchner, réclament mercredi « un cessez-le-feu et non la
reddition des Tigres ».
La communauté internationale somme régulièrement le LTTE –
groupe « terroriste » selon Washington et l’UE– de déposer les
armes.
I r r ité par l’Occident, « le peuple
sri-lankais est reconnaissant du soutien de l’Inde, du Pakistan,
de la Chine, de la Russie, du Japon, de l’Iran, de la Libye et
du Proche-Orient, de l’Afrique et de l’Asie du SudEst »,
souligne le ministère de la Défense.
Le Japon fournit plus de 50% de l’aide bilatérale étrangère au
Sri Lanka et détient les deux tiers de sa dette extérieure,
selon la banque centrale. « Certes, la mauvaise politique des
dirigeants entrave la paix, mais pourquoi pénaliser le peuple? »
a déclaré samedi l’émissaire Yasushi Akashi, alors que des
organisations des droits de l’homme pressent Tokyo de limiter
son assistance.
Pékin et Téhéran
La Chine prête beaucoup à l’île, lui vend des armes et construit
un port en eau profonde dans l’extrême Sud, à Hambantota, la
circonscription du chef de l’État.
« L’ancrage du Sri Lanka à l’Asie est une tendance profonde »,
rappelle à l’AFP l’historien Éric Meyer, de l’Institut national
des langues et civilisations orientales.
« La Chine a empêché que l’affaire soit internationalisée » en
bloquant fin avril une résolution au Conseil de sécurité de
l’ONU, note-t-il.
Fort du soutien des Asiatiques, Colombo « regarde même vers
l’Iran », selon le diplomate Godage. Téhéran s’est engagé en
2008 à lui prêter un milliard de dollars pour une centrale
hydroélectrique et la rénovation d’une raffinerie.
Le Sri Lanka discute aussi, dans un climat tendu, d’un prêt du
Fonds monétaire international de 1,9 milliard de dollars. « Si
nous ne l’obtenons pas, nous survirons », a assuré M. Godage.
D’autant plus que « les négociations pour un prêt de 500
millions de dollars du gouvernement libyen sont aussi à un stade
avancé », a opportunément annoncé fin avril la banque centrale.
Colombo
rejette la trêve des Tigres
SRI LANKA
COLOMBO— Le Sri Lanka a rejeté hier le cessez-le-feu proclamé
par les rebelles tamouls acculés dans le Nord-Est et a résisté
aux pressions de l’ONU exigeant une trêve pour sauver des
dizaines de milliers de civils.Selon l’ONU, plus
de 100 000 Tamouls ont quitté la zone de guerre depuis une
semaine et il en reste 50 000 retenus par les insurgés.
Ci-dessus, des déplacés arrivent dans un village du nord du Sri
Lanka.
Convaincu d’être en passe de gagner un conflit séparatiste vieux
de 37 ans, l’influent secrétaire à la Défense, Gotabhaya
Rajapakse, a balayé l’annonce par les Tigres tamouls d’un arrêt
de leur offensive dans leur dernière poche de résistance.
« Cela ne peut être qu’une blague! À quoi servirait un
cessezle-feu alors qu’ils sont en pleine débâcle ? Ils doivent
d’abord déposer les armes et laisser partir les civils », a
déclaré à l’AFP le frère cadet du président Mahinda Rakapakse.
Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), coincés sur
une bande côtière de 10 km2, avaient « annoncé un cessez-le-feu
unilatéral (...) et immédiat (...) face à une crise humanitaire
sans précédent et en réponse aux appels des Nations unies, de
l’Union européenne et des États-Unis ».
« Ce cessez-le-feu revêt un objectif purement humanitaire et
(sa) durée dépend de la réponse du gouvernement », a indiqué un
porte-parole du LTTE, S. Puleethevan, dans un appel téléphonique
reçu par l’AFP en provenance de l’enclave rebelle.
Cette passe d’armes entre les belligérants a éclaté en pleine
visite du responsable des Affaires humanitaires à l’ONU, John
Holmes, venu justement réclamer à Colombo une « pause
humanitaire pour (...) faire entrer des travailleurs
humanitaires dans la zone du conflit ». M. Holmes a « appelé le
LTTE à laisser partir le reste des civils et à déposer les armes
et (...) le gouvernement à exercer la plus grande retenue,
notamment en n’utilisant aucune arme lourde ».
Selon l’ONU, plus de 6500 civils ont probablement été tués et 14
000 blessés depuis que l’armée a lancé en janvier son offensive
« finale » dans un Nord-Est aujourd’hui dévasté.
M. Holmes doit voir le président Rajapakse aujourd’hui, mais il
a d’ores et déjà exigé auprès du ministre aux Droits de l’homme,
Mahinda Samarasinghe, « un accès à tous les déplacés à
l’intérieur du pays (les réfugiés, ndlr), où qu’ils soient, y
compris dans la zone du conflit ».
Le ministre a
donné son accord « de principe » pour que deux employés
étrangers de l’ONU se rendent en territoire rebelle. Mais,
a-t-il vite précisé, « pour une telle visite, les combats
doivent cesser au moins une journée ».
Une perspective improbable puisque Colombo a poursuivi hier ses
opérations militaires en tuant 12 Tigres et en « libérant 500
civils » de la zone du conflit, selon le ministère de la
Défense.
« Près de 98% des civils pris au piège en territoire rebelle se
sont réfugiés en zones gouvernementales et les opérations
humanitaires de l’armée pour (les) libérer demeurent la priorité
numéro un », a insisté le secrétaire à la Défense.
Exode massif
Depuis le début, le 20 avril, d’un exode massif de Tamouls,
l’ONU pense que plus de 100 000 personnes ont quitté la zone de
guerre et qu’il en reste 50 000 retenus par les insurgés.
Colombo les évalue à 15 000, servant de « boucliers humains »
aux Tigres et affirme en avoir « sauvé » 110 000, grâce à « la
plus grande opération de libération d’otages dans l’histoire ».
Malgré les exhortations tout le week-end de l’ONU, des ÉtatsUnis
et du G8 pour un arrêt des hostilités, le Sri Lanka – ex-colonie
britannique, très jalouse de sa souveraineté – reste sourd aux
pressions de l’étranger.
Mercredi, le ministre britannique des Affaires étrangères, David
Miliband, serendraàColomboavec ses homologues français et
suédois, Bernard Kouchner et Carl Bildt, a annoncé la
Grande-Bretagne.
GUERRE AU SRI LANKA - Les opérations lourdes sont finies,
mais les combats se poursuivent
Se disant hier
certaines de la victoire contre les Tigres tamouls, les
autorités du Sri Lanka ont annoncé la fin des opérations lourdes
de combat dans le Vanni, la région du nord-est du pays, où le
conflit fait rage. De son côté, le mo
Les réfugiés ayant fui les zones de
combats ont été entassés dans des camps de tentes de l’ONU.
Victimes de la guerre civile, ils n’ont rien pu emporter.
Pourquoi ne sait-on pas
exactement ce qu’il se passe dans la région du Vanni ? R Sur
ordre du gouvernement sri-lankais, depuis 2008, les journalistes
locaux et étrangers, ainsi que la plupart des organisations
humanitaires n’ont plus accès à la zone où se déroule le conflit
entre l’armée sri-lankaise et les Tigres de libération de
l’Eelam tamoul ( LTTE). Hier, c’était au tour de l’envoyé
spécial du secrétaire général de l’ONU de se voir refuser
l’entrée sous prétexte que « les conditions de sécurité
n’étaient pas réunies ». Les témoignages les plus fiables pour
le moment sont ceux des quelque 140 000 réfugiés qui ont réussi
à fuir la zone de combat au cours de la dernière semaine ou des
quelques 2000 blessés qui ont été évacués. QQue
disent ces réfugiés ? R Selon différents rapports, plus de 50
000 civils se trouvent toujours dans la zone de combat, qui est
maintenant plus petite que la périphérie de Central Park, à New
York. Ces civils appartiennent tous à la minorité tamoule.
Plusieurs réfugiés ont dit avoir été retenus de force par les
Tigres tamouls. D’autres ont dit avoir été pris en étau entre
l’armée sri-lankaise et les Tigres, craignant d’aller d’un côté
ou de l’autre, de peur d’être abattus. Des blessés de l ’
hôpital de Vavunya, où opère Médecins sans frontières, ont des
blessures liées à des bombardements de l’armée sri-lankaise ou à
l’explosion de mines. Des photos de femmes et d’enfants tués
lors de bombardements circulent sur le web. En tout, plus de
6500 personnes auraient perdu la vie depuis le début de
l’escalade de la violence en janvier. Plusieurs organisations
défendant les droits de l’homme, dont Human Rights Watch,
suspectent les deux parties d’avoir commis des crimes contre
l’humanité et des crimes de guerre. QQue
dit la
communauté internationale de tout ça ? R Depuis des mois, des
organisations humanitaires demandent aux deux belligérants de
faire une trêve pour permettre aux civils de quitter la zone
de combat. La semaine dernière, la secrétaire d’État des
ÉtatsUnis, Hillary Clinton, a dit que Washington était déçu de
l’attitude du gouvernement sri-lankais qui, pour « terminer
une guerre qui dure depuis plus de 25 ans, cause une
souffrance inédite ». Le lendemain, le Conseil de sécurité de
l’ONU demandait aux Tigres tamouls de se rendre et aux
autorités sri-lankaises de respecter les droits des civils.
QComment
réagissent les deux belligérants à ces demandes? R La plupart
des requêtes ont été repoussées d’un revers de main. Hier,
cependant, le gouvernement sri-lankais a annoncé avoir ordonné
aux forces armées de « cesser d’avoir recours aux armes de
gros calibre, avions de combats et bombardements aériens qui
pourraient provoquer des victimes civiles ». Or, le même
gouvernement niait que l’armée bombardait la région du Vanni
la semaine dernière. Les Tigres tamouls de leur côté refusent
de se rendre et disent avoir encore la capacité de faire
l’indépendance de l’ Eelam tamoul, leur principal but
politique. Ils ont déclaré une trêve unilatérale hier, tournée
en dérision par Colombo. QPourquoi
cette escalade de la violence depuis janvier 2008? R Le
conflit entre le gouvernement de Colombo, contrôlé par la
majorité cinghalaise bouddhiste du pays, et les Tigres, qui se
battent pour obtenir un État indépendant pour la minorité
tamoule ( majoritairement hindoue) dure depuis 1983, mais a
connu quelques éclaircies. Lors de son élection à titre de
président en 2005, Mahinda Rajapakse a promis de venir à bout
des LTTE. Moins d’un an plus tard, la violence commençait son
ascension. Elle a atteint un point culminant depuis que les
forces gouvernementales ont repris le contrôle de la
forteresse des Tigres tamouls, la ville de Kilinochi, en
janvier 2009.
Après la guerre, le
déluge
SRI LANKA Le
gouvernement sri-lankais n’a rien ménagé ces derniers mois
pour venir à bout du conflit qui l’oppose depuis 25 ans aux
Tigres tamouls. Selon toute vraisemblance, l’armée du pays
s’emparera dans les prochaines heures des derniers arpents
domin
On ignore pour le moment dans quel état se trouvent les 50 000
civils tamouls qui sont toujours prisonniers des combats.
Les manchettes québécoises d’urgences surchargées feraient
rire les médecins de l’hôpital de Vavunyia, situé près de la
zone où s’affrontent l’armée sri-lankaise et les Tigres
tamouls. L’hôpital, qui compte 400 lits, déborde. Plus de 1750
patients s’y trouvent entre la vie et la mort.
Un
soldat de l’armée gouvernementale sri-lankaise montre des
armes qui auraient été saisies aux rebelles séparatistes
tamouls. Quelque 6500 civils ont été tués depuis le mois de
janvier seulement dans le conflit qui fait rage dans le nord
de l’île.
L’organisation Médecins sans frontières, qui y coordonne les
soins, craint que ce taux d’occupation de 450% ne soit que le
début de ses maux de tête.
Tous les jours, de nouveaux patients arrivent. Leurs blessures
racontent ce qui se passe 85 km plus loin, dans la zone de
conflit où les journalistes et la plupart des organismes
humanitaires sont interdits de séjour.
« Ils arrivent avec des blessures encore fraîches. Près de 75%
d’entre eux ont subi des blessures causées par des balles ou
des éclats d’obus ou encore par des mines antipersonnel »,
explique au bout du fil le coordonnateur des opérations de MSF
au Sri Lanka, Laurent Surry. Difficile, dans ces
circonstances, de croire l’armée sri-lankaise, qui nie qu’elle
bombarde la région du Vanni.
Désastre humanitaire
Notant que la situation est intenable à l’hôpital, le
représentant de MSF remarque cependant que la crise humaine
est loin de se limiter à ses quatre murs.
On ignore notamment pour le moment dans quel état se trouvent
les 50 000 civils tamouls qui sont toujours prisonniers des
combats, pris en étau entre les Tigres tamouls ( LTTE) et les
soldats dans un territoire de la grandeur du Central Park de
Manhattan.
Et qu’en est-il des 140 000 autres personnes qui viennent tout
juste de fuir les affrontements et qui ont été redirigées vers
les camps de réfugiés dirigés par les autorités du pays, mais
où elles sont gardées incommunicado ?
Le
gouvernement distribue des tentes, mais la chaleur qui règne
dans les 13 camps archibondés est torride. Les réfugiés n’ont
nulle part où se cacher du soleil pendant la journée. La
nourriture manque.
Certains d’entre eux tentent déjà d’échapper à leur sort en
ayant recours à des embarcations de fortune. L’Inde, dont la
pointe septentrionale est à 31 km du Sri Lanka, s’inquiète de
l’arrivée massive de réfugiés tamouls. L’Australie est à 6000
kmde l’île de l’océan Indien, mais déjà, le ministre des
Affaires étrangères est sur un pied d’alerte.
Malgré la gravité du moment, les organisations humanitaires
peinent à faire venir du renfort. « Il y a beaucoup de
procédures gouvernementales à suivre pour faire venir des gens
et de l’équipement », déplore Laurent Surry.
Conscient de ces obstacles, le secrétaire général de l’ONU,
Ban Ki-moon, a décidé lundi d’envoyer une équipe d’urgence qui
fera pression sur les autorités pour avoir accès aux civils en
danger. La tâche ne sera pas facile. Pour le moment, les
politiciens de Colombo, qui représentent la majorité
cinghalaise bouddhiste de l’île, nient l’existence d’une crise
humaine frappant la minorité tamoule, majoritairement hindoue.
Vers une solution politique ?
L’attitude du président Mahinda Rajapaksa soulève l’ire de la
communauté internationale. Les Nations unies demandent un
cessez-le-feu immédiat, notant que 6500 civils ont été tués
depuis le mois de janvier. Le Conseil de sécurité a pour sa
part enjoint mercredi soir aux Tigres tamouls de se rendre.
Les deux parties au conflit ne veulent rien entendre.
Selon Marc Schneider, viceprésident de l’International Crisis
Group, il n’existe qu’une issue au bourbier humanitaire et
politique du Sri Lanka: un cessez-le-feu et une reddition des
Tigres tamouls, supervisée par les Nations unies et suivie
d’un dialogue politique visant à accorder une certaine
autonomie à la minorité tamoule. Car même si l’armée venait à
bout du mouvement séparatiste armé, le problème de
l’autodétermination tamoule, à la racine du conflit, ne sera
pas réglé.
De plus, l’International Crisis Group, tout comme Amnistie
internationale et Human Rights Watch, demandent la tenue d’une
enquête indépendante sur les crimes de guerre et les crimes
contre l’humanité commis tant par l’armée srilankaise que par
le LTTE au cours des derniers mois du conflit, voire au cours
des 30 dernières années.
En tout, plus de 80000 personnes ont laissé leur vie dans
cette confrontation sans merci entre l’État sri-lankais et le
mouvement séparatiste. La grande, grande majorité appartenait
à la minorité tamoule.
SRI LANKA Pas de paix, pas de prêt, selon Clinton
La secrétaire
d’État américaine, Hillary Clinton, s’est prononcée hier contre
l’attribution par le Fonds monétaire international d’un prêt au
Sri Lanka, estimant que « ce n’est pas le moment ». La chef de
la diplomatie américaine a ainsi joint sa voix aux critiques du
gouvernement sri-lankais qui craignent qu’un tel prêt n’alimente
le budget de l’armée qui mène un combat sans merci contre les
Tigres tamouls, refusant un cessez-le-feu pour permettre à
quelque 50 000 civils de fuir les combats. Hier, le responsable
de l’information du gouvernement, Anusha Palpita, a toutefois
assuré que les civils prisonniers des combats entre l’armée et
les rebelles seraient « libérés » d’ici 48 heures.
Les Tigres
tamouls au pied du mur
APRÈS L’EXODE DE
35 000 CIVILS
« J’ai dit à la communauté internationale qu’un cessez-le-feu ne
servirait à rien : dites juste aux Tigres de laisser partir les
civils. »
COLOMBO— LeSriLankaadonné hier aux rebelles tamouls jusqu’à la
mi-journée aujourd’hui pour se rendre, après que 35 000 civils
eurent fui la dernière zone encore aux mains de la guérilla
séparatiste dans le nord-est de l’île.
« Nous avertissons ( le chef suprême des Tigres tamouls)
Velupillaï Prabhakaran et ses lieutenants qu’ils ont 24 heures
pour se rendre », a déclaré le porte-parole du ministère de la
Défense, Keheliya Rambukwella.
De fait, la fin de la guerre au Sri Lanka – l’une des plus
longues en Asie – ne dépend plus que du sort du numéro 1 des
Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), Velupillaï
Prabhakaran, invisible depuis 18 mois.
« Prabhakaran n’a plus qu’à se rendre », avait auparavant
déclaré à l’AFP le président sri-lankais Mahinda Rajapakse. Le
LTTE est acculé sur une poche de 15 km2 et accusé de retenir «
comme boucliers humains » entre 70 000 et 100 000 habitants
tamouls. Mais le président Rajapakse a assuré hier que « plus de
35 000 (personnes) étaient passées depuis ce matin » en
territoire gouvernemental.
Il a montré des images vidéo aériennes où l’on voit des milliers
de gens quitter à pied ou à la nage la dernière zone de la
rébellion pour se réfugier dans une région contrôlée par
Colombo.
Exode
C’est apparemment le « sauvetage » par l’armée de 5000 Tamouls
ce week-end qui a provoqué l’exode soudain de 35 000 autres
débordant la dernière ligne de défense de l’insurrection.
Alors que ses troupes sont accusées
d’avoir bombardé des populations civiles, M. Rajapakse s’est
encore targué de « mener, non pas une opération militaire, mais la
plus grande opération mondiale de sauvetage d’otages ».
« C’est maintenant totalement fini pour les Tigres »,
a-t-ilmartelé, comme il le fait depuis des mois. Sur le terrain,
les insurgés ont effectivement perdu la guerre.
Jusqu’en 2007, l’une des guérillas les plus redoutables et les
mieux organisées au monde régnait sur 18 000 km2 de terres dans le
nord et l’est sur lesquelles elle voulait fonder un État tamoul
indépendant. Expulsé de ses fiefs, le LTTE a perdu 18 000 hommes
en trois ans, selon l’armée.
Leministèrede laDéfensea toutefois fait état de lamort de 17
réfugiés dans un attentat suicide perpétré par lesTigres, mais
aucunresponsable officiel n’a pu le confirmer.
Les informations sont invérifiables dans cette région coupée du
monde à laquelle seule la CroixRouge a accès. Celle-ci a dit avoir
évacué depuis février 10 000 personnes d’ex-régions rebelles
jusqu’à des hôpitaux gouvernementaux.
En revanche, au moins 2800 civils ont péri dans des violences
perpétrées par les belligérants depuis le 20 janvier, selon l’ONU.
Au terme de 37 ans de conflit et au prix de dizaines de milliers
de morts, le Sri Lanka rejette systématiquement les appels
internationaux et ceux du LTTE à une trêve durable.
« J’ai dit à la communauté internationale qu’un cessez-le-feu ne
servirait à rien: dites juste aux Tigres de laisser partir les
civils », a insisté M. Rajapakse, un nationaliste cinghalais
partisan depuis son élection fin 2005 de la poigne de fer contre
les « terroristes » des Tigres tamouls.
Les Tigres seraient vaincus
Encerclés et en
passe de perdre « dans quelques heures » leur minuscule poche de
3,5 kilomètres carrés au bord de l’océan Indien, les Tigres de
libération de l’Eelam tamoul (LTTE) s’apprêtent à se « suicider
en masse », a assuré le ministère de la Défense.
Selon
l’ONU, quelque 20 000 civils ont pu fuir la zone des combats
au cours des derniers jours, dans le nord-est du Sri Lanka.
Auparavant, les forces armées s’étaient emparées du dernier bout
de côte contrôlé par la rébellion.
« Mon gouvernement, avec l’engagement total de nos forces
armées, a finalement vaincu militairement le LTTE lors d’une
opération humanitaire sans précédent, a affirmé M. Rajapakse, en
déplacement en Jordanie. Je vais revenir dans un pays totalement
libéré des actes barbares du LTTE. »
Ce chef de l’État nationaliste, son influent frère Gotabhaya
Rajapakse, à la tête du puissant ministère de la Défense, et
l’armée de terre sont les architectes depuis trois ans de
l’écrasement de la plus redoutable guérilla au monde qui régnait
en 2007 sur 15 000 km2 dans le nord et l’est. Elle s’y battait
pour fonder un État tamoul indépendant.
L’armée a cependant signalé que les combats se poursuivaient
dans la zone du conflit. Selon le général Udaya Nanayakkara, les
rebelles faisaient sauter leurs stocks d’explosifs.
Le président sri-lankais avait assuré jeudi soir que l’offensive
gouvernementale prendrait fin d’ici à aujourd’hui, avec la
reconquête totale de l’étroit territoire encore contrôlé par les
séparatistes.
Deux divisions de l’armée progressant de part et d’autre de la
côte nord-est ont fait leur jonction tôt hier matin dans la
localité de Vellamullivaikka, a expliqué le général Nanayakkara.
On ignore si le chef tamoul Velupillai Prabhakaran et ses
principaux lieutenants se trouvent encore dans l’enclave cernée
par l’armée ou s’ils ont pu prendre la fuite.
Selvarasa Pathmanathan, un des porte-parole des séparatistes,
n’a pas commenté les informations de l’armée. Les Tigres
tamouls, a-t-il dit, saluent l’appel lancé mercredi par Barack
Obama en faveur d’un cessez-le-feu et feront « tout ce qui est
nécessaire » pour épargner les civils. Mais il n’a pas précisé
si les rebelles déposeraient les armes comme le demande le
président américain.
Les militaires
se disaient prêts depuis une semaine à donner le coup de grâce
en crevant la dernière poche de l’ennemi. Ils ont apparemment
continué de bombarder l’enclave à l’arme lourde, malgré leur
engagement fin avril à ne plus le faire, afin d’épargner les
civils « otages » des Tigres.
« Au bord du précipice »
D’ailleurs, Londres, l’ex-puissance coloniale, a averti Colombo
de « conséquences pour ses actions » destinées à en finir avec
l’insurrection.
« Le Sri Lanka est au bord du précipice. Nous avons réclamé à
plusieurs reprises la fin des violences », a lancé le premier
ministre britannique Gordon Brown, en exigeant que « les agences
humanitaires (aient) accès aux civils pris dans le feu croisé
d’un conflit épouvantable ».
« Le combat doit s’arrêter maintenant », a aussi exhorté l’Union
européenne, qui considère le LTTE comme une « organisation
terroriste ».
Ces derniers jours, les Tigres ont accusé l’armée d’avoir
massacré des milliers de civils. Colombo a rétorqué que la
guérilla tirait sur ces « boucliers humains ».
D’après des estimations de l’ONU, 7000 civils ont été tués et 16
700 autres blessés par les combats, pour la période du 20
janvier au 7 mai. Depuis, selon les médecins présents sur place,
plus de 1000 civils ont été tués en une semaine, pris entre deux
feux, même si le gouvernement sri-lankais nie avoir recours à
des armes lourdes.
Mais aucune information fiable ne filtre de cette région coupée
du monde, à laquelle seule la CroixRouge a accès. Celle-ci s’est
dite impuissante face à « une catastrophe humanitaire
inimaginable ».
Contester le pouvoir dans le sang - FRÉDÉRICK LAVOIE
MOSCOU — De
l’imam Chamil, qui combattit l’empire russe durant 30 ans au
XIXe siècle, aux islamistes des dernières années, en passant
par les indépendantistes tchétchènes de la décennie 90, le
Caucase du Nord a toujours contesté le pouvoir russe. Le
plus souvent dans le sang. Les attentats d’hier en sont le
dernier épisode.
Entre la ville de Moscou et la région du Caucase, il y a un
monde. La première est riche, instruite, relativement
libérale. La deuxième dépend des subsides fédéraux, a un
taux de chômage qui dépasse les 50% dans plusieurs localités
et est fortement traditionaliste et religieuse.
Après une accalmie durant l’ère soviétique, les hostilités
ont recommencé avec les velléités d’indépendance de l’élite
politique tchétchène dès la chute de l’empire. Les Russes
ont répondu par la bouche de leurs canons, craignant que la
sécession tchétchène n’entraîne celle d’autres peuples.
Indépendance
et religion
Militairement moins forts, des chefs de guerre tchétchènes
se sont tournés vers le terrorisme. Au fil de la lutte,
l’idée d’indépendance a pris une couleur religieuse. La mort
du président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, tué
par les forces russes en 2005, a signé la fin de la
modération et des possibilités de dialogue entre les
rebelles et Moscou.
Ses successeurs autoproclamés ont appelé à la guerre sainte
pour former un émirat dans tout le Caucase du Nord. Ils ont
exhorté leurs frères musulmans des républiques voisines
d’Ingouchie et du Daguestan à s’unir à leur lutte. Depuis
plusieurs années, autorités et experts estiment qu’il ne
resterait guère plus que de 500 à 1000 rebelles cachés dans
les forêts montagneuses de la région. Or, malgré les
opérations antiterroristes incessantes des forces russes,
qui éliminent régulièrement quelques dizaines d’insurgés, la
rébellion tient bon et se régénère.
IRLANDE DUNORD
: LES MURS DE LA HAINE - Isabelle Hachey
Onze ans
après les accords de paix en Irlande du Nord, les « murs de
paix » qui séparent les quartiers catholiques et protestants
deBelfast ne sont pas tombés. Au contraire, ils sont plus
nombreux, plus hauts et plus longs que jamais. Avant de
songer à le
PHOTO JOCKEL FINCK, AP
Malgré la paix, les barrières qui
divisent Belfast se multiplient.
IRLANDE DUNORD
La fenêtre du salon de Brian est griffée de rayures. « Ce sont
des marques de briques. Heureusement que j’ai des vitres
renforcées, sinon je devrais souvent les remplacer »,
raconte-t-il, l’air résigné. « Nous sommes habitués. Ça arrive
toutes les semaines. Chaque fois, il faut avertir les voisins de
déplacer leurs voitures. »
Devant sa porte, les touristes défilent en black cab pour
visiter un monument aux martyrs républicains, adossé à l’un des
sinistres « murs de paix » qui déchirent toujours les quartiers
ouvriers de Belfast. Une murale rappelle les violentes émeutes
de l’été 1969, au cours desquelles des loyalistes ont brûlé les
maisons de Bombay Street.
C’était il y a 40 ans. Ici, pourtant, c’est comme si c’était
hier.
En réponse aux émeutes, l’armée britannique a planté une clôture
de barbelés entre Bombay Street et Cupar Way, en zone
protestante. « C’est très, très temporaire. Nous n’aurons pas de
mur de Berlin dans cette ville », avait assuré le
lieutenant-général Ian Freeland, commandant de l’armée en
Irlande du Nord à l’époque.
Mais le conflit a duré. Et les barbelés se sont transformés en
mur de paix, toujours plus solide, toujours plus haut.
Aujourd’hui, la structure impressionne : cinq mètres de ciment,
surmonté de trois mètres de métal opaque, coiffé de six mètres
de grillage. Au total, donc, 14 mètres de béton et d’acier.
L’horizon bouché de Brian. Ce père de cinq enfants ne s’en
plaint pas: « Ce n’est pas le moment de démanteler le mur. Il y
a encore trop d’amertume. »
Guy Frame habite Cupar Way. C’est le voisin que Brian n’a jamais
rencontré. Il lui ressemble. Il a trois enfants, avec lesquels
ceux de Brian ne joueront jamais. Les deux familles habitent à
quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. Mais un mur les
sépare. Et il ne tombera pas de sitôt, prédit M. Frame. « Il y a
trop de haine. »
L’apartheid après la guerre
Onze ans après la signature des accords de paix, l’Irlande du
Nord a changé de visage. Les tours de surveillance de l’armée
britannique ont été démantelées. Les soldats sont rentrés dans
leurs casernes. L’anneau de fer qui entourait le centre-ville de
Belfast a disparu. Des politiciens autrefois ennemis partagent
le pouvoir à Stormont, le parlement de la province.
Restent les peace walls. Des douzaines de kilomètres de murs,
destinés à protéger les résidants des attaques sectaires, mais
qui cimentent surtout les divisions entre les communautés
catholique et protestante. Paradoxalement, malgré la paix, ces
imposantes structures se multiplient: on en compte deux fois
plus aujourd’hui qu’en 1998.
Le gouvernement britannique est officiellement responsable de 47
murs de paix en Irlande du Nord, dont la grande majorité (36)
dans les quartiers ouvriers de Belfast, durement frappés par la
violence, la pauvreté et le chômage. Mais il n’est pas le seul à
en construire. Il y a aussi la ville, divers organismes et des
promoteurs privés. Sur le terrain, Neil Jarman, directeur de
l’Institute for Conflict Research, a dénombré pas moins de 88
murs, cloisons et barrières entre les deux communautés.
Ces murs sont le plus grand symbole des profondes divisions qui
déchirent toujours la société nord-irlandaise.
La belle histoire racontée aux touristes ne dit pas tout. Les
bars branchés et les restaurants chic du centre-ville cachent
une autre réalité. « C’est un peu comme si l’Irlande du Nord
s’était payé une belle opération de chirurgie esthétique mais
n’avait jamais soigné la maladie qui couve », dénonce Lady May
Blood, qui travaille depuis 50 ans pour améliorer le sort de sa
communauté protestante de Shankill, dans l’ouest de Belfast.
Cette maladie, c’est la ségrégation. Au plus fort des troubles,
60 000 personnes ont été forcées de quitter leur maison dans les
quartiers mixtes de la ville. Ces quartiers se sont transformés
en ghettos, où catholiques et protestants ne se mélangent plus.
La haine, la méfiance et la peur se sont installées à demeure.
Sarah Gillett se souvient du temps où sa mère préparait des
sandwichs pour assister aux défilés orangistes de juillet. «
Aujourd’hui, on leur lancerait des pierres! » avoue cette
catholique de Falls Road, tout près de Shankill. Elle ne s’y
aventurerait plus pour tout l’or du monde. « J’ai trop peur. »
Les parades, surtout, l’angoissent. « On entend le bruit des
tambours et des injures contre le pape de l’autre côté du mur »,
raconte-t-elle en frissonnant.
Les barrières ne sont pas que dans les rues. Elles existent
aussi en politique, en éducation, dans les loisirs et les
sports. Protestants et catholiques ne se font plus la guerre,
mais ils mènent leur vie en parallèle. « Les murs ne sont pas
comme celui de Berlin, où l’on empêchait les gens de traverser,
dit Lady Blood. Ici, on peut facilement passer d’un côté à
l’autre. Les murs sont davantage dans l’esprit des gens. »
Et ils sont d’autant plus difficiles à faire tomber.
Toujours plus hauts
Pour le gouvernement, les murs sont encore le meilleur moyen de
prévenir la violence dans les multiples « interfaces » de
Belfast, ces zones de fracture entre les deux communautés. Les
forces de l’ordre sont convaincues qu’ils contribuent à réduire
le nombre d’attaques sectaires. Pour elles, un mur de paix vaut
100 policiers.
Mais les murs ne semblent jamais assez hauts. Dans Bombay
Street, la cour de Seaneen Murphy donne sur le mur de 14 mètres.
Elle est aussi entièrement recouverte d’un épais grillage
métallique qui bloque les tirs de briques et de bouteilles. Dans
cette cour triste et sans verdure, on a la nette impression de
vivre en cage.
« Les murs n’assurent pas la sécurité puisque les gens trouvent
le moyen de lancer des choses par-dessus, constate Neil Jarman.
Pire, les murs signifient que l’ennemi se trouve de l’autre
côté. » Les murs deviennent ainsi des « marqueurs » qui
permettent de cibler plus facilement la communauté rivale.
Résultat, il est plus dangereux de vivre près d’un mur de paix
que partout ailleurs en Irlande du Nord. Selon le démographe
Peter Shirlow, près de 70% des meurtres liés aux troubles sont
perpétrés à moins de 500 mètres des murs censés protéger les
résidants des attaques sectaires.
Mais les plus savantes analyses ne convaincront pas ceux qui
vivent dans les quartiers lézardés par ces murs – et qui ne
tiennent pas à les voir disparaître. Ici, la haine et la peur
sont si tenaces que peu de gens pensent voir tomber ces
sinistres structures de leur vivant. « La personne qui a appelé
ça des « murs de paix » devrait être abattue, tranche Lady
Blood. Ils n’ont jamais amené la paix; que des problèmes. »
À LA FOLIE DES HOMMES
Malgré les troubles, Frank Martin nourrit de beaux souvenirs
d’enfance. Dans les années 60, ses parents ont emménagé à
Springfield Park, une nouvelle rue de l’ouest de Belfast, où
catholiques et protestants se mêlaient volontiers. Ces jeunes
familles étaient prêtes à mettre leurs différences de côté
pour vivre leur rêve d’une première maison en banlieue, avec
petit jardin, air frais et vue sur les collines.
M. Martin se souvient aussi de ce matin d’août 1971, des coups
de feu, des magasins pillés, des maisons brûlées, de la fuite
éperdue. Springfield Park est devenue une zone interdite,
infestée de paramilitaires et de tireurs embusqués. Puis, en
1994, on y a érigé un énorme mur en briques rouges, à
l’endroit précis où s’élevaient les maisons. On l’appelle le «
mur d’un million de briques ».
Parfois, M. Martin retourne à Springfield Park. « Pour moi,
c’est comme aller au cimetière. Les troubles sont finis, mais
je pense qu’il faut se souvenir de l’histoire pour apprendre
d’elle. Si on balaie tout sous le tapis, on risque d’inviter
le conflit à revenir. »

M. Martin ne souhaite pas voir disparaître le mur
d’un million de briques. À ses yeux, c’est un « monument
»à la folie des hommes. « J’y vais pour me souvenir et
réfléchir. Parce que Springfield Park était la dernière
communauté à laquelle j’ai vraiment eu l’impression
d’appartenir. »
DE TERRORISTES ÀGUIDES
TOURISTIQUES
Ils ont un passé sanglant. Ils ont été ennemis jurés. À Lanark
Gate, le seul point de passage entre le bastion catholique de
Falls Road et celui, protestant, de Shankill Road, dans l’ouest
de Belfast, ces anciens paramilitaires s’échangent désormais des
étrangers tombés entre leurs mains. Pas des otages. Des
touristes.
PHOTO DYLAN MARTINEZ, REUTERS
D’anciens
ennemis jurés brassent désormais des affaires ensemble. En
exploitant les murs que leur propre lutte armée a
contribué à faire ériger.
« C’est notre Checkpoint Charlie », ironise Michael Colbert,
directeur de Coiste, un organisme de soutien aux 18 000
anciens prisonniers de l’IRA. Lui-même a passé 16 ans
derrière les barreaux, pour des « activités variées » au
sein du groupe paramilitaire républicain.
« C’est très difficile pour les anciens prisonniers de
trouver un emploi. Depuis quelques années, nous avons
constaté qu’il y avait de plus en plus de touristes sur
Falls Road. Nous avons décidé d’exploiter ce marché. »
M. Colbert était adolescent quand sa maison de Bombay Street
a été brûlée, en 1969, au début des troubles. Quarante ans
plus tard, l’imposant mur qui s’élève dans cette rue est
devenu l’une des plus grandes attractions touristiques de
Belfast. Un demi-million de personnes le visitent chaque
année. « Les touristes ne viennent pas ici pour pêcher. Ils
viennent pour voir les zones de conflit. »
Les ex-paramilitaires n’avaient aucune raison de ne pas
profiter de la manne. Du même coup, ils donnent leur version
du conflit aux visiteurs. « Ce n’est pas une belle histoire
neutre. C’est une histoire racontée d’un point de vue
républicain », admet M. Colbert.
La version des guides de Coiste est d’autant plus
unidimensionnelle qu’ils ne s’aventurent jamais en
territoire ennemi. Trop dangereux pour ces républicains
connus – et détestés – des protestants. Si les touristes
demandent à voir Shankill Road, on les confie à d’anciens
paramilitaires loyalistes, qui se chargent de jouer les
guides touristiques de leur côté du mur.
L’échange se fait à Lanark Gate. Côté protestant, des guides
comme William « Plum » Smith, ex-membre duRedHandCommando,
qui a purgé une peine de 10 ans pour tentative de meurtre,
attendent les « colis ».
Autrefois prêts à s’entretuer, ces hommes brassent désormais
des affaires ensemble en exploitant les murs que leur propre
lutte armée a contribué à faire ériger.
M. Smith n’est pas pressé de voir tomber ces murs. « Les
gens en sont venus à les accepter comme faisant partie de
leur vie quotidienne. Ceux qui ont moins de 40 ans ne se
souviennent pas du temps où il n’y en avait pas. Ils font
partie des meubles. Et il ne faut pas oublier que c’est la
plus grosse attraction de la ville. »
Pour cet ancien terroriste recyclé en guide touristique,
abattre les murs, ce serait tuer la poule aux oeufs d’or.
PEINDRE SON MESSAGE
Danny
Devenny, 56 ans, est l’un des muralistes républicains les
plus prolifiques de l’Irlande du Nord. Cet ancien membre
de l’IRA a appris à peindre derrière les barreaux d’une
sombre geôle de Belfast.
PHOTO KIERAN DOHERTY,
REUTERS
Danny
Devenny,
ancien membre de l’IRA, a appris à peindre en prison. Il
a tout d’abord mis son art au service de la propagande
républicaine (notre photo). Après être devenu ami avec
un muraliste du clan adverse, il peint désormais des
messages de paix.
Mark Ervine est le fils d’un ancien paramilitaire
loyaliste. Tous les jeudis de son enfance, ce muraliste de
36 ans a manqué l’école pour rendre visite en prison à son
père, arrêté en 1974 au volant d’une voiture bourrée
d’explosifs.
Les deux hommes habitent le même secteur ouvrier de l’est
de Belfast. Ils ne s’y sont jamais croisés : un « mur de
paix » sépare leurs maisons toutes proches. « Nous nous
sommes rencontrés par hasard, il y a trois ans, à une
exposition, raconte M. Ervine. Ç’a été un choc de
découvrir tout ce que nous avions en commun. »
Toute leur vie, ils avaient peint des murales
propagandistes à la gloire de leur clan, de chaque côté
des murs qui séparent catholiques et protestants de
Belfast. Mais en 2007, ils ont choisi de reproduire
Guernica, le célèbre tableau de Picasso. Ensemble.
« Guernica dénonce l’horreur et la futilité de la guerre.
Pour des artistes issus de deux communautés rivales,
peindre ce tableau était une sorte de déclaration. Notre
message, c’était : plus jamais. »
Bien vite, les deux hommes que tout séparait sont devenus
amis. Côte à côte, ils ont peint d’autres murales. « Notre
but, c’est d’établir un dialogue entre des gens qui n’ont
pas la chance de se rencontrer parce qu’il y a un mur
entre eux, explique M. Ervine. Nous voulons briser les
préjugés qu’ils entretiennent les uns envers les autres. »
Il faudra
encore bien des coups depinceaupour y arriver. Onze ans
après la signature des accords de paix en Irlande du Nord,
de nombreuses murales présentent toujours des scènes
ultraviolentes : hommes encagoulés, l’air menaçant,
brandissant leurs kalachnikovs vers le ciel ou les
pointant sur les passants.
Toutes ces murales se trouvent en zones protestantes,
souligne Bill Rolston, auteur de trois livres sur le
sujet. « Les loyalistes sont si habitués de peindre des
hommes armés qu’ils ne savent pas trop quoi faire d’autre.
Surtout, leur philosophie politique est tellement liée aux
armes qu’il leur est difficile de visualiser autre chose.
Ils craignent que si on la leur enlève, ils cesseront
d’exister. »
Les républicains ne partagent pas cette angoisse
existentielle. Ils ont toujours eu une idéologie politique
plus large, explique M. Rolston. Même pendant les
Troubles, leurs murales abordaient de nombreux thèmes, de
la mythologie irlandaise aux grèves de la faim des
prisonniers de l’IRA. « La paix retrouvée, en 1998, ils
étaient assez confiants pour retirer les armes des
murales, comme ils les avaient retirées des rues. »
Censure gouvernementale?
Le gouvernement nordirlandais aimerait faire disparaître
les hommes encagoulés des murs de la province. L’an
dernier, il a mis sur pied un programme de « réimagerie »
de 7 millions de dollars, destiné à remplacer ces murales
guerrières. En les couvrant de jolis paysages inoffensifs,
par exemple.
Pour avoir droit à un financement, les muralistes doivent
faire approuver leur projet par les autorités. Aux yeux de
M. Ervine, cela équivaut à de la censure. « Les murales
n’ont pas créé la situation, elles la reflètent,
souligne-t-il. Le geste du gouvernement est politique,
peut-être encore plus que les images qu’il tente de faire
disparaître. »
Plutôt que de « réimager », il vaudrait mieux « réimaginer
», dit M. Rolston. « Si les loyalistes acceptaient de
vivre avec des catholiques, s’ils pouvaient entrevoir un
avenir où tous travailleraient ensemble dans ce pays,
alors il s’agirait d’un véritable changement. Bien plus
que s’ils remplacent les hommes armés sur leurs murs par
des couples qui dansent – et qui n’évoquent rien pour
personne. »
IRLANDE DU NORD
Les milices loyalistes annoncent leur désarmement
Les
principales milices loyalistes d’Irlande du Nord ont
officiellement annoncé hier qu’elles avaient entamé, voire
achevé, leur désarmement, marquant une nouvelle avancée dans
le processus de pacification de la province britannique. Les
milices loyalistes protestantes, qui s’en prenaient
principalement à des catholiques séparatistes, avaient déjà
officiellement renoncé ces dernières années à la violence,
mais aucune n’avait jusqu’à présent accepté de se désarmer.
Leur ennemi juré, l’Armée républicaine irlandaise (IRA,
catholique), a achevé son désarmement en 2005.
ETA basque : Cinquante ans et toujours
armée - Pierre Ausseil
Organisation séparatiste basque ETA L’organisation
séparatiste basque ETA fêtait ses 50 ans d’existence
hier. Un anniversaire marqué par la violence, cette
semaine en Espagne, avec des attentats qui ont fait deux
morts et plusieurs blessés. Avec cette off
coopération policière francoespagnole à plein régime,
l’ETA s’est lancée dans une « fuite en avant sans issue
», selon les commentateurs.
Hier,
au
moment où l’ETA fêtait ses 50 ans, des gens se sont
recueillis devant l’hôtel de ville de Madrid, en
Espagne, en mémoire des victimes des attentats de
cette semaine.
Des fissures lézardent sa mouvance, divisée sur
l’utilité de poursuivre une « lutte armée » qui a fait
au moins 826 morts et des milliers de blessés, alors que
750 militants de l’ETA peuplent les prisons espagnoles
et françaises, pour un bénéfice politique nul.
« C’est le début de la fin », estiment les spécialistes.
Mais aucun ne s’aventure à pronostiquer une date.
Pour souffler ses 50 bougies et démentir ces pronostics,
l’ETA avait déjà fait exploser mercredi une fourgonnette
piégée devant la caserne de la garde civile de Burgos.
Bilan, presque miraculeux: 64 blessés légers.
Sympathie et prestige
— Le 31 juillet 1959, des étudiants nationalistes
basques marxistes-léninistes fondaient l’ETA en pleine
dictature. Cinquante ans plus tard, avec au moins 826
morts à son actif, l’organisation indépendantiste fait
figure de dernier dinosaure de la lutte armée en Europe
occidentale.
Affaiblie par la pression policière, l’ETA a encore
démontré sa capacité de nuisance: deux gardes civils ont
été tués jeudi à Palma de Majorque dans un attentat
semblant porter sa signature.
Née en tant que mouvement ant i-f ranquiste conjuguant
défense d’une « identité nationale » avec idéal
révolutionnaire, Euskadi Ta Askatasuna (« Patrie basque
et liberté ») est devenue au fil des ans un mouvement «
terroriste », sourd à l’évolution démocratique de
l’Espagne et aux grands changements survenus dans le
monde.
Très diminuée depuis le début des années 2000 à la suite
d’une
Le groupe clandestin ne tue pour la première fois – un
garde civil franquiste – qu’en 1968, 10 ans après sa
naissance. Son premier coup d’éclat, l’assassinat en
1973 de l’amiral Carrero Blanco, homme fort du régime
franquiste, lui vaut sympathie et prestige.
Paradoxalement, c’est après la mort de Francisco Franco
en 1975 et le retour à la démocratie que l’ETA met les
bouchées doubles. « Dans les années 80, ils tuaient
presque 100 personnes par an », se souvient M.
Landaburu.
Depuis son retour aux armes, en 2007, la plupart de ses
commandos ont été démantelés avant de passer à l’action.
Quatre de ses chefs ont été arrêtés en quelques mois,
mais elle est passée sous la coupe d’une jeune
génération ultra-radicale et jouit toujours d’un vivier
de sympathisants dans la province basque d’environ 100
000 électeurs.
« L’ETA n’a pas besoin de recruter des centaines de
jeunes chaque année. Quelques dizaines suffisent »,
explique le journaliste Florencio Dominguez.
Le cauchemar quotidien des Birmans -
Judith LaChapelle
Entrevue avec le militant Saw Kweh Say, de passage à
Montréal
Bien sûr, il y a Aung San Suu Kyi, la leader de
l’opposition birmane, récemment condamnée à 18 mois
supplémentaires d’assignation à résidence, mais il y
a aussi les Birmans ordinaires, notamment ceux des
minorités ethniques, pauvres, sous-instruits, qui
voient tous les jours leurs droits bafoués ou leurs
terres confisquées. Pour eux, il y a plus pressant
que la tenue d’élections.
PHOTO ARCHIVES
REUTERS
Des familles de Birmans
emprisonnés dans les prisons de la junte attendent
la libération improbable des leurs, devant les
grilles de leur geôle, à Rangoon, la capitale
économique de la Birmanie.
« Ava nt t oute c hose, le gouvernement doit retirer
ses troupes des territoires des minorités ethniques.
Ainsi, les gens pourront reprendre leurs droits. »
Saw Kweh Say, Birman d’origine karen, réfugié en
Thaïlande depuis 25 ans, dirige aujourd’hui
l’organisme Burma Issues. Il constate que Aung San
Suu Kyi et la libération de prisonniers politiques
monopolisent la plupart des nouvelles qui émergent
de cet État d’Asie du Sud-Est. La population, elle,
ne rêve pas que d’élections libres et du départ de
la junte militaire.
« Quand le gouvernement pa rle de développement , il
construit des routes, des ponts, mais pour les gens,
il ne s’agit pas de développement dont ils
profitent. Ce qu’ils veulent, c’est pouvoir vivre
librement, dans leur communautés, sur leurs terres.
C’est plus important pour eux que des élections. »
Les militants des droits de la personne de Burma
Issues se rendent dans les zones rurales pour
informer les paysans birmans de leurs droits et les
inviter à leur communiquer des informations sur les
violations des droits de la personne.
«
Quand on visite les villages en Birmanie, il n’y a
pas de jeunes. Ils sont tous partis en Thaïlande
pour gagner leur vie », dit Saw Kweh Say.
Le militant, de passage à Montréal à l’invitation de
l’organisme CUSO-VSO pour donner une conférence ce
soir au Palais des congrès, voit d’un bon oeil la
nouvelle approche américaine qui veut renouer le
dialogue avec la junte militaire au pouvoir.
Sanctions inefficaces
Les sanctions à l’égard de la Birmanie ne sont pas
levées, mais Washington a annoncé qu’il entreprendra
des discussions avec les dirigeants birmans. La
seule imposition de sanctions n’a pas suffi à
obtenir des réformes démocratiques en Birmanie, a
reconnu Washington.
L’été dernier, en vue des élections de 2010, l’armée
a repris l’offensive contre les t e r r i t oi r e s
e t h n iques des Karens et des Kokangs pour
préserver « la stabilité de l’ État ». Washington a
demandé, en août, au gouvernement birman de cesser
les combats et d’entamer un « véritable dialogue »
avec ses minorités ethniques.
« Si on veut vraiment changer le système, il faut
une discussion entre le régime militaire, les partis
politiques et les minorités ethniques », croit Saw
Kweh Say.
Les États-Unis veulent engager un
dialogue
NEW
YORK — Les États-Unis veulent engager un dialogue
avec la Birmanie, sans abandonner les sanctions
actuellement imposées à ce pays, a déclaré hier la
secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.
« Nous pensons que les sanctions restent un élément
important de notre politique, mais qu’elles n’ont
pas, en elles-mêmes, produit les résultats espérés
», a déclaré la chef de la diplomatie américaine à
l’issue d’une réunion organisée à l’ONU par le
secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.
« Opposer le dialogue et les sanctions est selon
nous un faux choix. À l’avenir, nous emploierons ces
deux outils da ns la pou rsu ite de nos objectifs
qui sont inchangés », a-t-elle dit.
Des
élections sont prévues l’an prochain en Birmanie,
les premières depuis 20 ans. L es États-Unis et l’
Union européenne ont imposé des sanctions au régime
birman en raison de son refus de reconnaître le
résultat des élections de 1990 et de la détention
prolongée de la dirigeante de l’opposition, Aung San
Suu Kyi.
L’administration Obama avait indiqué en février
qu’elle engagerait une révision de sa politique
envers la Birmanie.
Mme Clinton a souligné que les objectifs des
États-Unis n’avaient pas changé, citant des «
réformes démocratiques c réd ibles », « la l
ibération immédiate des prisonniers politiques » et
« un dialogue sérieux avec l’opposition et les
minorités ethniques ».
ONU et Birmanie : Déclaration édulcorée
NEW
YORK — Le Conseil de sécurité des Nations unies a
approuvé une déclaration édulcorée sur la Birmanie,
exprimant sa « grave préoccupation » après la
prolongation de l’assignation à résidence d’Aung San
Suu Kyi et appelant à la libération des prisonniers
politiques.
L’ambassadeur britannique à l’ONU, John Sawers, qui
préside le conseil ce mois-ci, a lu la déclaration
hier au nom de ses 15 membres, indiquant qu’il
s’agissait de l’« expression d’une grave préoccupation
concernant l’issue » du procès de la dirigeante de
l’opposition birmane.
Aung
San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, a été
condamnée mardi à trois ans de prison et de travaux
forcés, commués par le dirigeant de la junte, Than
Shwe, en 18 mois supplémentaires de résidence
surveillée. Elle avait, selon ses juges, violé les
termes de son assignation à résidence en hébergeant
brièvement chez elle en mai un Américain.
« Nous savons tous que les différents membres du
Conseil de sécurité ont des visions différentes de la
situation et que l’opinion tranchée de plusieurs
capitales occidentales n’est pas entièrement partagée
par d’autres pays », a déclaré M. Sawers afin
d’expliquer pourquoi le texte initial proposé par les
États-Unis a été édulcoré. La Chine, principal allié
du régime birman, avait appelé mercredi la communauté
internationale à respecter la souveraineté de la
justice birmane.
Aung San Suu Kyi va faire appel -
Laura-Julie Perrault
RANGOON
— L’opposante birmane Aung San Suu Kyi et l’Américain
John Yettaw qui s’était invité chez elle en mai vont
faire appel de leur condamnation, ont annoncé hier leurs
avocats, alors que les verdicts de Rangoon continuent de
susciter une vive indignation internationale.
La condamnation à une nouvelle période de résidence
surveillée, prononcée à l’encontre de la lauréate du
prix Nobel de la paix, alimente un déluge de critiques
acerbes contre le régime militaire birman. Mais la
Chine, principale alliée de la Birmanie, a appelé la
communauté internationale à « respecter totalement la
souveraineté de la justice birmane ».
L’assignation à résidence de Mme Suu Kyi a été prorogée
de 18 mois supplémentaires sur ordre du numéro un de la
junte, le généralissime Than Shwe, qui a atténué une
peine initiale de trois ans de réclusion et de travaux
forcés, annoncée plus tôt par un tribunal.
La figure de proue de l’opposition birmane a été
reconduite dans sa demeure et, hier, la police et
d’autres agents de sécurité bloquaient l’avenue menant à
cet endroit, selon des témoins.
Nyan Win, avocat de Mme Suu Kyi et porte-parole de la
Ligue nationale pour la démocratie ( LND), a déclaré à
l’AFP que l’équipe de défense de « La Dame » de Rangoon
n’ét a it « pas sat i sfa ite » du jugement.
« Nous
pensons que ce jugement est totalement contraire à la
loi », a dit Nyan Win qui, avec deux autres avocats, a
rencontré pendant une heure Mme Suu Kyi à sa résidence.
« Nous n’avons pas eu le temps de terminer la discussion
» sur la procédure d’appel, a-t-il déclaré, ajoutant que
l’équipe de défense de Mme Suu Kyi essaierait aussi
d’obtenir aujourd’hui une copie du jugement.
Dans l’après-midi également, la LND a diffusé une
déclaration dans laquelle elle « dénonce » la sentence
contre sa di rigeante, qui « n’est pas conforme à la loi
et va à l’encontre des droits de l’homme ».
Le texte appelle une nouvelle fois la junte à engager un
dialogue et à libérer Mme Suu Kyi et les 2100 autres
prisonniers politiques.
« Nous arrivons maintenant à un point critique », a
estimé hier le premier ministre britannique Gordon
Brown. « Devant une telle arrogance, ne rien faire
reviendrait à conforter les ignominies d’une junte
violente et répressive », a-t-il dit
En revanche, dans un commentaire, le quotidien officiel
de la junte, The New Light of Myanmar, s’est insurgé
contre les étrangers qui « s’ingèrent dans les affaires
intérieures d’autres pays ».
LA BIRMANIE SANS MERCI POUR LE NOBEL DE LAPAIX
- Laura-Julie Perrault
«Merci
pour le verd i c t . » C’es t le visage impassible, avec
une pointe de sarcasme dans la voix, que la plus célèbre
opposante à la junte militaire birmane, Aung San Suu
Kyi, a reçu hier le verdict de la cour birmane qui a
décidé de la priver de liberté pour la quatrième fois en
20 ans.
PHOTO CHRISTOPHE
ARCHAMBAULT, AGENCE FRANCE-PRESSE
À l’issue d’un procès qui a duré près de trois mois, le
juge a d’abord condamné à trois ans d’emprisonnement et
de travaux forcés la lauréate du prix Nobel de la paix,
pour avoir violé les conditions d’une peine
d’assignation à résidence en hébergeant pendant deux
nuits l’Américain John Yettaw.
Comme il l’a raconté en cour, ce vétéran de la guerre du
Vietnam, qui se sentait investi d’une « mission de Dieu
», s’était rendu à la nage à la résidence de Mme Suu Kyi
le 3 mai dernier sans en avoir reçu l’invitation.
L’incident a eu lieu deux semaines avant la date à
laquelle Mme Suu Kyi, retenue à son domicile depuis
2003, devait être libérée. Coup de théâtre de la junte
Cinq minutes après la lecture du verdict, hier, dans un
geste théâtral, le ministre de l’Intérieur du Myanmar
(le nom que donne le régime militaire à la Birmanie) a
fait irruption dans la salle du tribunal de la prison
d’Insein pour délivrer un message du leader suprême de
la junte militaire, le général Than Shwe.
Rappelant que la figure de proue de la Ligue nationale
pour la démocratie est la fille du héros de
l’indépendance bi rmane, Aung San, le général a commué
la peine d’emprisonnement en 18 mois d’assignation à
résidence. « Le gouvernement veut la paix et la
tranquillité de la nation », a expliqué le ministre.
La junte militaire ordonne à la leader démocrate de
retourner à sa villa du lac Inya, où elle a été gardée
en résidence surveillée pendant 14 des 20 dernières
années.
M S u u
Ky i n ’ a u r a pas accès au téléphone, à l’internet ou
aux médias de son choix, et les autorités liront toute
sa correspondance. Seuls son médecin et ses deux
assistantes, Kin Kin Whin et Win Ma Ma – aussi
condamnées à 18 mois d’assignation à résidence –
pourront la côtoyer. Les autres visites devront être
préalablement permises par la junte, qui a promis de
libérer plus tôt la prisonnière « si elle se comporte
bien ».
Selon des témoins qui ont assisté à la scène, Mme Suu
Kyi, 64 ans, est restée calme pendant les 90 minutes
qu’a duré la séance de la cour. Avant de quitter le
tribunal, elle a remercié les diplomates étrangers qui
avaient assisté au procès et leur a dit qu’elle espérait
travailler avec eux « pour la paix et la prospérité » de
son pays, dirigé par un régime militaire autoritaire
depuis 1962. Critiques internationales
Loin d’apaiser la communauté internationale, la
commutation de la peine d’emprisonnement de Mme Suu Kyi
en prolongation de l’assignation à résidence a entraîné
une levée de boucliers de par le monde hier. Le
secrétaire des Nations unies, Ban Ki-moon, ainsi que les
leaders de plusieurs gouvernements occidentaux, dont les
États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Canada,
ont dénoncé le procès et la sentence. Une pléiade
d’organisations des droits de la personne leur ont fait
écho, accusant le régime militaire de manoeuvrer pour
écarter la dissidente birmane à l’approche des élections
du printemps 2010.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a été saisi de
la question hier, mais les pays qui y siègent ont été
incapables de s’entendre sur un énoncé commun.
Un média indépendant qui a son siège en Norvège et
dispose de correspondants sur le terrain, Democratic
Voice of Burma, a rapporté que plus de 3000 personnes
avaient manifesté dans les rues de Rangoon à la suite du
verdict. Près de 70 d’entre elles ont été arrêtées, qui
s’ajoutent aux quelque 2200 prisonniers politiques du
Myanmar.
Par ailleurs, l’Américain John Yettaw a été condamné à
sept ans d’emprisonnement, dont quatre ans de travaux
forcés, pour son intrusion chez Mme Suu Kyi.
La « sorcière » bien-aimée
Même en
détention, Aung San Suu Kyi donne des cauchemars à la
junte militaire
Une sexagénaire frêle, à la voix douce, assignée à
résidence dans une maison qui tombe en ruines. De
l’extérieur, Aung San Suu Kyi a l’air inoffensive. Ce
n’est cependant pas l’avis de la junte militaire, qui
l’accuse d’ensorceler la population birmane et qui, pour
cette raison, la surnomme « la sorcière de la démocratie
».
PHOTO ARCHIVES REUTERS
L’histoire
d’Aung San Suu Kyi n’a rien d’un conte de fées.
L’histoire de la leader de l’opposition birmane, née à
Rangoon en juin 1945, n’a pourtant rien d’un conte de
fées.
Aung San Suu Kyi n’a que 2 ans quand son père, Aung San,
est assassiné après avoir joué un rôle central dans la
bataille pour arracher l’indépendance de la Birmanie à
la Grande-Bretagne.
Élevée dans la capitale birmane, la jeune femme quitte
son pays au milieu de l’adolescence pour accompagner sa
mère, nommée ambassadrice en Inde. Elle y étudie les
sciences politiques et se dit toujours inspirée
aujourd’hui par la pensée de Gandhi, à qui elle est
souvent comparée.
Dans les
années 60, elle termine ses études à la prestigieuse
université d’Oxford. C’est là qu’elle rencontre son
mari, Michael Aris, avec qui elle a eu deux enfants.
Dans les années qui suivent, elle travaille au sein de
plusieurs organismes internationaux, dont les Nations
unies. Peu engagée dans la politique de son pays à
l’époque, elle écrit néanmoins dans une lettre à son
mari qu’elle n’hésiterait pas à tout mettre de côté si
un jour le peuple birman l’appelait à l’aide.
Cet appel arrive en 1988. Rentrée au pays pour s’occuper
de sa mère malade, Aung San Suu Kyi assiste alors à des
soulèvements populaires contre la junte militaire. Elle
se lance dans la mêlée. Elle vient tout juste d’être
nommée à la tête de la Ligue nationale pour la
démocratie quand une vague de répression militaire fait
disparaître plus de 2000 personnes. Aung San Suu Kyi
devient alors le visage de la résistance birmane.
Quelques mois plus tard, la militante politique est
arrêtée pour la première fois et confinée entre quatre
murs chez sa mère. Elle est toujours détenue quand, en
1990, elle obtient 82% des voix lors d’une élection. La
junte ne lui concède jamais le pouvoir.
Depuis, celle qu’on appelle « la dame de Rangoon » a
continué à se battre pacifiquement pour la démocratie,
tantôt derrière les barreaux, tantôt en assignation à
résidence. Libérée pendant de courtes périodes, elle a
toujours refusé de quitter son pays, de peur de ne
jamais pouvoir y retourner. Quand son mari est mort du
cancer, en 1999, elle n’a pu être à son chevet. « Elle
sait que sa présence est une police d’assurance pour la
population birmane », explique Micheline Lévesque, de
l’organisation Droits et démocratie, qui s’est à
plusieurs reprises entretenue avec Aung San Suu Kyi. «
Sans elle, la junte militaire en profiterait pour
enterrer le mouvement en faveur de la démocratie. »
Condamner, et après? - Agnès Gruda
La
légende veut que le leader de la junte birmane, Than
Shwe, soit un homme superstitieux qui recourt
régulièrement aux services d’une poignée
d’astrologues. Il les consulte notamment pour savoir
ce que les astres réservent au prix Nobel de la paix
Aung San Suu Kyi, qu’il considère comme son ennemie
jurée.
Aucune carte du ciel n’était toutefois nécessaire,
hier, pour deviner le sort que la justice birmane
allait réserver à cette femme qui a passé 14 des 20
dernières années privée de liberté.
Tout dans le procès qui s’est conclu hier à Rangoon
relève d’une parodie de justice. Un exemple: l’accusée
n’a eu droit qu’à deux témoins, contre 14 pour les
avocats de l’État. Même sa condamnation théâtrale à
trois ans de prison, commuée aussitôt en 18 mois de
résidence surveillée – juste assez pour la mettre hors
d’état de nuire aux prochaines élections, en 2010 –
relevait de la plus pure mise en scène.
Jared Genser, avocat américain qui représente Aung San
Suu Kyi sur le plan international, n’était absolument
pas surpris du verdict d’hier. « Tout ce procès,
c’était du théâtre, le régime voulait donner une image
de magnanimité en réduisant la peine cinq minutes
après le prononcé de la sentence », s’indigne-t-il.
Mais personne n’a été dupe du stratagème et une pluie
de condamnations internationales s’est abattue sur le
régime birman dès l’annonce du verdict. De Paris à
Washington en passant par Ottawa, la condamnation de
cette femme dont le principal crime est d’avoir
remporté, en 1990, des élections annulées par la
junte, a été décriée sans ménagement.
« Dénoncer, c’est bien, mais maintenant il faut agir
», souligne toutefois Elaine Pearson, responsable du
dossier birman à Human Rights Watch.
De
nombreux pays ont resserré leurs sanctions contre
Rangoon après la « révolution de safran » écrasée dans
le sang à l’automne 2007. Le problème, selon Mme
Pearson, c’est qu’il s’agit d’actions disparates et
isolées. Ce qui manque, c’est une action universelle
qui ferait vraiment mal aux di rigeants birmans.
Même s’il s’intéresse officiellement au dossier birman
depuis quatre ans, le Conseil de sécurité n’a encore
adopté aucune résolution menaçant la junte de
sanctions si elle n’assouplit pas sa dictature.
Or, selon plusieurs rapports, la Birmanie pose
aujourd’hui une menace à la sécurité internationale.
Ainsi, depuis une décennie, l’armée birmane a réduit
en cendres 3000 villages dont plusieurs habitants ont
fui vers des pays voisins, ce qui cause de
l’instabilité aux frontières. Des informations plus
récentes indiquent que la Birmanie collabore au
programme nucléaire de la Corée du Nord.
Si les exactions de plus en plus documentées que le
régime birman inflige à sa propre population ne
convainquent pas le Conseil de sécurité à serrer la
vis à Rangoon, les ambitions nucléaires de la junte
lui donnent une bonne poignée pour agir.
La Chine est ici un acteur clé, souligne Mme Pearson,
et c’est sur elle que les leaders qui s’indignaient
unanimement hier doivent dorénavant faire pression
pour faire plier Rangoon. Ne serait-ce qu’en incitant
Pékin à voter en faveur d’un embargo sur la vente
d’armes à la Birmanie.
Pas besoin d’appeler un astrologue pour deviner que, à
défaut d’une action plus ferme à l’égard de Rangoon,
Aung San Suu Kyi risque de ne pas revoir la liberté
dans un avenir rapproché. Et ses compatriotes non
plus.
Zimbabwe Tsvangirai boycotte le
gouvernement d’union
Le
premier ministre veut ainsi dénoncer la «persécution»
dont serait victime son collaborateur
HARARE — Nouvelle c r i se politique au Zimbabwe. Le
premier ministre Morgan Tsvangirai, chef de l’opposition
au président Robert Mugabe, a annoncé hier qu’il
suspendait sa participation au gouvernement d’union
nationale en raison de la « persécution » visant l’un de
ses collaborateurs.
« Nous ne partons pas vraiment officiellement », a
précisé Morgan Tsvangirai lors d’une conférence de
presse. Mais son parti ne participera plus aux réunions
ministérielles et ne travaillera plus avec le parti
ZANU-PF du président Robert Mugabe.
Il continuera par contre ses activités au Parlement.
Morgan Tsvangirai a justifié le « gel » de la
participation de son pa r t i MDC ( Mouvement pour le
changement démocratique) par l a « persécution » dont
est victime Roy Bennett, ministre adjoint à
l’Agriculture et membre important de sa formation. « Roy
Bennett n’est pas poursuivi, il est persécuté », a-t-il
lancé.
M.
Bennett nie toute part i c i pat i on à u n prétendu
complot du MDC pour renverser le président Mugabe par la
force. Arrêté le jour de la prestation de serment du
gouver nement d’u nité nationale en février, inculpé
notamment de violation de la législation sur la
détention d’armes, ce fermier blanc a été remis en
liberté sous caution en mars mais a de nouveau été
emprisonné mercredi, en prévision de son procès qui doit
débuter lundi.
« Ta nt que l a c onfia nce n’aura pas été rétablie,
nous ne pouvons pas prétendre que tout va bien. C’est
notre droit de nous désengager de la ZANU-PF », a ajouté
le premier ministre.
« Si le MDC veut se désengager, nous n’avons pas de
problème avec ça », a rétorqué un porte-parole de la
ZANUPF, Ephraim Masawi. « Nous avons des difficultés à
travailler avec le MDC. Nous avons essayé, mais ce n’est
pas facile. »
MM. Tsvangirai et Mugabe ont formé un gouvernement
d’union nationale en février dernier après des élections
entachées de violences et d’irrégularités, qui ont
laissé le pays déjà ruiné dans une impasse politique.
Opposant de longue date au président z i mbabwéen,
Morgan Tsvangirai ne cesse de dénoncer des violations
des droits de la per s on ne da ns s on pays . Robert
Mugabe, qui dirige le Zimbabwe depuis son indépendance
en 1980, attend pour sa part de son ancien ennemi qu’il
obtienne une levée des sa nctions i nternationales qui
pèsent sur le pays. Ces sanctions qui visent des proches
conseillers du président Mugabe les empêchent de voyager
et d’utiliser leu r s comptes bancaires à l’étranger.
Algérie Acte terroriste près d’un chantier de
SNC - Hugo Fontaine
Un
attentat contre des agents d’une firme de sécurité qui
a le mandat de protéger un chantier de SNC-Lavalin a
fait six morts et un blessé hier, dans la région de
Kabylie, en Algérie.
PHOTO ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
Mentionnant
plusieurs actes terroristes, le ministère des
Affaires étrangères du Canada « recommande d’éviter
tout voyage non essentiel à l’extérieur des grands
centres urbains en Algérie ».
Les t ravailleurs, qui se rendaient en fourgon vers
leur lieu de travail, sont tombés vers 7h30, heure
locale, dans une « embuscade terroriste » entre
Maâtkas et Souk El Tnine, selon des sources policières
locales.
« Les travailleurs ont l’habitude de prendre cette
route pour se rendre à Ouadhias, où se trouve le
chantier des Canadiens » , a expliqué à l’agence
Associated Press le garde communal Saïd Kesri. Selon
lui, les assaillants avaient « certainement observé
leur itinéraire avant de les attaquer ».
L’attentat est survenu à environ 25 kilomètres du
chantier de SNC-Lavalin, sur une route publique. «
Nous ne savons pas si nous étions ciblés ou non », a
indiqué à La Presse Affaires la vice-présidente aux
relations publiques de la firme d’ingénierie, Leslie
Quinton.
La firme de sécurité pour laquelle travaillaient les
victimes n’est pas engagée par SNC-Lavalin, mais
plutôt par son client, l’Agence nationale des barrages
et t ransferts (ANBT). Il s’agit d’une société d’État.
En août 2008, une attaque contre un autobus, toujours
en Kabyl i e, avait t ué 12 employés algériens de
SNCLavalin qui se rendaient au travail. L’attentat
avait eu lieu alors que l’autobus était stationné
devant un hôtel, à une vingtaine de kilomètres du
chantier. « Là encore, aucune preuve n’a permis de
déterminer si nous étions directement visés », dit Mme
Quinton.
« C’est une région plein d’instabilité, ajoute-t-elle.
Il y a souvent des attaques dans cette région. On
prend toutes les mesures de sécurité nécessaires selon
la situation. »
Le contrat accordé à SNCLavalin par l’ANBT prévoit la
conception, la construction et l’entretien pour cinq
ans d’une usine de traitement des eaux et d’une
station de pompage.
I l s’agit d’un contrat de 750 millions de dollars. La
firme emploie environ 1000 employés pendant la
construction, dont les deux tiers sont algériens.
« Nous
avons u ne très bonne réputation parmi le peuple
algérien », assure Mme Quinton.
Région dangereuse
L’embuscade d’hier est une des plus meurtrières
enregistrées en Kabylie depuis des mois.
La semaine dernière, un policier avait été assassiné à
Aït Boumahdi, non loin du lieu de l’attaque d’hier. En
dépit d’un quadrillage et des ratissages à répétition
de la région par l’armée, les groupes islamistes, à
commencer par Al-Qaeda au Maghreb islamique,
continuent d’y perpétrer régulièrement des actes de
violence contre les représentants des forces de
sécurité.
Mentionnant plusieu r s actes terroristes, le
ministère des Affaires étrangères du Canada «
recommande d’éviter tout voyage non essentiel à
l’extérieur des grands centres urbains en Algérie,
tout particulièrement dans la région montagneuse de
Kabylie ».
P rofesseu r associé à l ’ UQA M e t membre du Centre
interuniversitaire de recherche en science et
technologie, Hocine Khelfaoui a expliqué à La Presse
Affaires le climat tendu qui règne dans son pays
d’origine, dans lequel il retourne deux fois par
année.
« I l y a une grave crise sociale et économique liée
en partie à l’existence d’un État de non-droit que les
gens considèrent comme i l légitime, soutient-il. Cela
contribue à alimenter le terrorisme de manière
générale. »
« Une bonne partie des jeunes sont au chômage et n’ont
aucune écoute auprès du pouvoir, ajoute-t-il. Cela
pousse certains d’entre eux, par désespoir, à
rejoindre le maquis. »
Selon M. Khelfaoui, c’est bien l’ État qui est la
cible des groupes terroristes. « Les entreprises étra
ngères ne sont pas visées en tant que telles, mais à
travers elles, le terrorisme touche l’État. Les
attentats contre les entreprises étrangères sont les
plus médiatisés et ça nuit à la crédibilité de l’État
à l’étranger. »
Comme prévu, Charles Taylor se prétend innocent
Charles Taylor clame son innoncence
« Il n’y a
pas un seul être humain qui pourrait croire qu’il est vrai
que j’ai fait des affaires avec le RUF. »
— L’ex-président du Liberia, Charles Taylor, a clamé hier
son innocence devant le Tribunal spécial pour la Sierra
Leone ( TSSL), à La Haye, et nié avoir reçu des diamants en
échange d’armes des rebelles sierra-léonais qu’il est accusé
d’avoir dirigés en sous-main.
« Il n’y a pas un seul être humain qui pourrait croire qu’il
est vrai que j’ai fait des affaires avec le RUF, recevant
des diamants en échange d’armes ou recevant des diamants en
échange de quoi que ce soit », a affirmé M. Taylor, qui a
commencé à témoigner, hier, à son procès.
Selon l’accusation, M. Taylor dirigeait en sous-main les
rebelles du Front révolutionnaire uni ( RUF) qui ont mis à
feu et à sang la Sierra Leone, leur fournissant armes et
munitions en échange d’un accès aux ressources, notamment
les diamants et les bois précieux, de ce pays voisin du
Liberia.
M. Taylor, élu président du Liberia en 1997, répond depuis
janvier 2008 de 11 crimes de guerre et crimes contre
l’humanité, notamment meurtre, viol et enrôlement d’enfants
soldats, commis durant la guerre civile en Sierra Leone, qui
a fait 120 000 morts et des milliers de mutilés entre 1991
et 2001.
« Je suis innocent de tous ces chefs d’accusation. Toute
cette affaire est une supercherie, une tromperie basée sur
des mensonges ! » a assuré en anglais l’accusé, qui portait
un costume gris et une cravate bleue à pois blancs.
Charles Taylor, qui plaide non coupable, est le premier
témoin cité par la défense, qui avait commencé lundi à
présenter ses arguments au tribunal. Le procès avait été
suspendu en février, après que l’accusation eut appelé le
dernier de ses témoins à charge.
L’ancien seigneur de guerre, premier chef d’État africain à
être jugé par un tribunal international, a quitté, en début
d’audience, le box des accusés pour s’asseoir à la place
réservée aux témoins, face aux juges.
Prêtant serment, il a juré de ne dire « que la vérité ». Il
devrait témoigner pendant plusieurs semaines.
« Ceci est
une occasion pour M. Taylor d’essayer de discréditer les
preuves apportées par les 91 témoins de l’accusation qui ont
témoigné contre lui », a réagi le procureur duTSSL,
StephenRapp, interrogé hier par l’AFP. « Quand il aura fini,
nous serons prêts pour le contre-interrogatoire. »
« Je n’ai apporté aucune aide militaire au RUF pour son
invasion de la Sierra Leone », a par ailleurs affirmé
l’accusé, assurant au contraire qu’il faisait tout pour
l’amener à « la table des négociations de paix ».
Interrogé sur les amputations à grande échelle de civils par
les rebelles du RUF, il a assuré: « Il est impossible que
j’aie ordonné cela. »
En tant que président du Liberia, « ma principale
préoccupation était de savoir comment allons-nous
reconstruire ce pays déchiré par la guerre ? » dont
l’économie était « en ruines », a-til rappelé.
« Je me suis battu toute ma vie pour faire ce que je pensais
être juste et dans l’intérêt de la justice », s’est-il
défendu.
Selon lui, les chefs d’État ouest-africains lui avaient
promis qu’il ne serait pas poursuivi s’il acceptait de
s’exiler au Nigeria, ce qu’il a fait en 2003. Mais il a été
arrêté en mars 2006 au Nigeria, puis transféré aux Pays-Bas,
où il est détenu depuis.
« Je n’arrive pas à comprendre toutes les intrigues qui ont
été tramées contre moi », a-t-il expliqué. « Je suis
sacrément en colère de ce qu’Obasanjo m’a fait », a-t-il dit
à propos de son ancien rival, le président nigérian Olusegun
Obansanjo.

Le procès de Charles Taylor avait été délocalisé de Freetown
à La Haye pour éviter tout risque de déstabilisation de la
région. Le jugement est attendu à la mi-2010.
Charles Taylor se défend d’avoir été « un
Napoléon africain »
PROCÈS DE
L’ANCIEN PRÉSIDENT DU LIBERIA
— L’ancien président du Liberia, Charles Taylor, n’était pas
« un Napoléon africain qui voulait prendre le contrôle de la
sous-région », a affirmé sa défense, hier, à la reprise de
son procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité
à La Haye.
Le
président déchu du Liberia, Charles Taylor, est accusé de
crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
« Nous sommes i ci pour défendre un homme dont nous disons
qu’il est innocent de tous les chefs d’accusation », a
déclaré Me Courtenay Griffiths, devant le Tribunal spécial
pour la Sierra Leone (TSSL), en affirmant que l’accusation «
manque de preuves » pour obtenir une condamnation.
Charles Taylor, 61 ans, plaide non coupable de 11 crimes,
notamment meurtre, viol et enrôlement d’enfants soldats. Il
est jugé depuis janvier 2008 pour son rôle dans la guerre
civile en Sierra Leone, qui a fait 120 000 morts et des
milliers d’amputés entre 1991 et 2001.
Élu président du Liberia en 1997, l’ancien chef de guerre «
avait un rôle de premier plan pour négocier la paix » en
Sierra Leone, a assuré Me Griffiths, qui a promis de le
prouver par « une documentat ion abondante » , notamment des
Nations unies.
Dernière chance
Vêtu d’un complet marron, les mains croisées devant lui, M.
Taylor, premier chef d’État africain jugé par un tribunal
international, a suivi l’exposé d’un air concentré. Il sera
le premier témoin appelé à la barre par la défense
aujourd’hui.
« Ce sera sa
première et peutêtre dernière chance de donner sa version
des faits, non pas parce qu’il doit le faire, mais parce
qu’il le veut. Il pense que c’est important de mettre au
clair le compte rendu historique » des guerres au Liberia et
en Sierra Leone, a souligné Me Griffiths. Selon
l’accusation, Charles Taylor dirigeait, en sous-main, les
rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF),
à qui il fournissait armes et munitions en échange d’un
accès aux ressources, notamment en diamants et bois
précieux, de ce pays voisin du Liberia.
« Il est faux de suggérer qu’il avait la capacité de fournir
des armes au RUF », a assuré Me Griffiths en rappelant
l’embargo sur les armes imposé au Liberia par la communauté
internationale.
« Les enfants soldats ne sont pas une invention de M. Taylor
», a affirmé par ailleurs l’avocat. Selon lui, « ce
phénomène terrible a existé en Afrique de l’Ouest bien avant
que Charles Taylor émerge sur la scène », à la fin de 1989,
en lançant une rébellion armée contre le régime libérien de
Samuel Doe, qui lui a valu une réputation de seigneur de
guerre impitoyable.
L’avocat, qui a déposé une liste de 249 témoins susceptibles
d’être entendus, a accusé le procureur de « corruption » par
des « paiements généreux » aux 91 témoins de l’accusation.
M. Taylor « s’efforçait de mettre fin aux souffrances du
peuple libérien », pour « reconstruire une démocratie
naissante » et une économie en ruine, selon son avocat. Sa
réputation d’« homme mauvais » est selon lui basée sur des «
idées préconçues ».
Le procès de M. Taylor, délocalisé de Freetown à La Haye
pour éviter de déstabiliser la région, avait débuté en
janvier 2008. Le jugement est attendu à la mi-2010.
La Guinée compte ses morts - Judith
LaChapelle
Une
semaine après des affrontements entre l’armée guinéenne
et des opposants à Conakry, de nouveaux témoignages
accablants émergent pour décrire les atrocités commises
par des soldats. Pendant ce temps, le président du
Burkina Faso se propose comme médiateur pour résoudre la
crise politique dans ce pays où la présence
d’investisseurs étrangers contribue au maintien d’un
pouvoir corrompu.
Dans son bureau de Lausanne, en Suisse, Adjidjatou Barry
Baud est inquiète. Les nouvelles que reçoit l’éditrice
de GuinéeActu en provenance de Conakry sont mauvaises. «
J’ai très peur. J’ai peur que la Guinée ne sombre dans
la guerre civile. »
Une semaine après des affrontements violents entre les
soldats de l’armée et des partisans de l’opposition qui
étaient réunis dans un stade de la capitale, le calme
semble être revenu à Conakry. Mais des témoignages
additionnels émergent sur les méthodes répressives
employées par l’armée – voir le texte ci-dessous – et
les leaders politiques de l’opposition n’oseraient plus
dormir chez eux.
Selon le s autor it é s , 5 6 personnes y ont perdu la
vie, mais l’ONU et des ONG soutiennent qu’il y aurait au
moins 100 victimes de plus, sa ns pa rler du millier de
blessés.
C’était le premier affrontement du genre depuis
l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en décembre
dernier. L’opposition veut empêcher l’actuel président
Moussa Dadis Camara de se présenter aux élections de
2010. Elle lui demande de quitter le pouvoir
immédiatement en faveur d’un gouvernement civil.
De bonnes affaires
Mais pour Bonnie Campbell, professeure à l’UQAM et
directrice du Groupe de recherche sur les activités
minières en Afrique, les événements de la dernière
semaine ne sont que la pointe de l’iceberg qui afflige
cette contrée d’Afrique de l’Ouest. « C’est un pays de
paradoxes, dit-elle. Il est extrêmement riche sur le
plan minier, mais son gouvernement manque de
transparence.»
Les
ressources minières de la Guinée en bauxite, alumine, or
et diamants sont faramineuses. La Guinée est le plus
important producteur de bauxite, principal minerai
d’aluminium, au monde avec des exportations de plus de
450 millions de dollars. Le Canada, comme bien d’autres
pays occidentaux, y brasse de bonnes affaires.
« La présence étrangère fait que tout le monde participe
à ce système de gouvernance peu transparent, rappelle
Mme Campbell. C’est une logique de reproduction du
pouvoir dans laquelle les affaires trouvent leur place.
»
Dans un système où les redevances minières enrichissent
l’État – et surtout ceux qui y sont à la tête – le
pouvoir exerce un grand attrait pour les candidats. «
Ceux qui accèdent au pouvoir accèdent aux fonds», résume
Mme Campbell.
Que penser des l eaders qu i es pèrent br ig uer les
élections présidentielles de 2010 ? Adjidjatou Barry
Baud est critique. Certains sont « bons », mais
disposent de peu de moyens. D’autres, plus fortunés,
sont d’anciens politiciens. « Il y en a un qui été là
pendant 11 ans, mais n’a rien fait pour le pays »,
déplore Adjidjatou Barry Baud.
L’éditrice entretient également peu d’espoir envers la
démarche de médiation du président burkinabè, Blaise
Compaoré. « Compaoré a tué son ancien président »,
rappelle Mme Barry Baud, en référence au coup d’État de
1987 au cours duquel Thomas Sankara a été tué. « Il a
fait deux mandats à la tête du Burkina Faso et est en
train de modifier la Constitution pour pouvoir en
obtenir un troisième. »

Hier, Compaoré a proposé à la junte au pouvoir et à
l’opposition de se rencontrer « très rapidement » à
Ouagadougou.
Sauvagement violées...
CONAKRY — Le visage encore tuméfié une semaine après
le massacre de manifestants à Conakry, une Guinéenne
soulève son boubou et dévoile ses bras et fesses
meurtris : « J’ai 57 ans et ils m’ont mise à nue !
J’ai vu les soldats mettre les fusils dans le sexe des
femmes quand ils me frappaient. »
Le président de l’Organisation guinéenne de défense
des droits de l’homme (OGDH), Thierno Maadjou Sow,
dispose déjà des témoignages « d’une trentaine de
femmes violées » par les militaires qui ont réprimé
dans le sang, le 28 septembre, une manifestation de
l’opposition.
La
foule s ’ét a it massée dans le plus grand stade de
Conakry contre la probable candidature à la
présidentielle du chef de la junte au pouvoir depuis
neuf mois, le capitaine Moussa Dadis Camara.
« J’étais au stade. Un soldat avait un couteau, il a
déchiré tous mes vêtements », dit la femme de 57 ans,
militante du Front uni pour la démocratie et le
changement, qu’un proche a convaincue de venir
témoigner devant des journalistes étrangers. « Je leur
ai dit : je suis votre maman. Ils m’ont piquée la
fesse avec un couteau, ils m’ont battue »,
poursuit-elle.
À son côté, une f emme de 47 ans témoigne : « Un
militaire m’a frappée, m’a déshabillée (...) Ils m’ont
fait tomber par terre. Quelqu’un est venu mettre la
main... Ils m’ont violée. Je suis sortie de là nue »,
confie cette mère de deux enfants.