Société
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
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How Puerto Rico stepped
back from an economic abyss - neil reynolds
Governments can't spend people back to work - NEIL
REYNOLDS
Believe
it or not: Less educated legislators do a better job -
NEIL REYNOLDS
How
declining cities can reverse their fortunes - NEIL
REYNOLDS
The
alarming
truth
about
waste
at
City Hall - Margaret Wente
In
a
world
without
‘socialism’
-
Margaret
Wente
Humpty Dumpty’s great fall - Preston Manning
With government spending, virtue hath its own rewards -
Neil Reynolds
Reflections
on the narrative of liberal
Mensonge
et utopie
La philosophie interventionniste classique est-elle
vraiment toujours d'actualité ?
Un
livre
très
rouge
The
stealthy return of economic nationalism
Pour faire fonctionner une économie, ne serait-ce qu'à la
base, pourrait-on vraiment trouver mieux que le libre
marché ?...
Party platforms offer a clear policy choice for a change
Harper
is
indeed
a
conservative
(by
a
bit)
Un
ancien directeur de Google s'adresse à Barack Obama -
«Pouvez-vous augmenter mes impôts, s.v.p.»
Bataille autour d’un symbole
Perspectives
- Sa part
Taxing the super-rich
Et si notre société démontrait encore un certain
problème avec tout ce qui concerne la répartition de la
richesse ?...
Les
85 plus grandes fortunes possèdent autant que la
moitié de la population mondiale
Avec des règles commerciales faussées, la croissance
économique ne peut bénéficier qu’à une élite fortunée
Les
gênantes inégalités canadiennes
De plus en plus inégalitaire
Un
monde de moins en moins égalitaire
Libre
opinion - Troublantes inégalités sociales
Who wants to talk about income inequality? - Jeffrey
Simpson
Jeunes et 47 fois plus pauvres
L'iniquité
érigée en système
Why
aren’t we talking about income inequality? - Jeffrey
Simpson
Inégalités
de revenus - Le grand écart
Les
inégalités de revenus s'accroissent aux États-Unis
Un
confort croissant, mais mal partagé dans les pays de
l'OCDE
Le
fossé s’élargit plus vite au Canada qu’aux États- Unis
Do we care that Canada is an unequal society? - Jeffrey
Simpson
Écart
entre
riches
et
pauvres:
le
fossé
se
creuse
Le
fossé
sans
fond
Socialism
in
America
demands
Super
Bowl
solidarity
-
Gerald
Caplan
Les
devoirs
de
Davos
Redirecting
our
rage
at
the
real
gravy
train
Does
inequality
matter?
Money
really
can
buy
anything
–
even
at
the
University
of
Toronto
-
Gerald
Caplan
Some
pigs
are
more
equal
than
others
-
Gerard
Caplan
Is
it
good
to
be
good?
La
mauvaise vache à lait
Françoise
David espère que le budget reflètera les «valeurschères»
au Québec
Sur
une autre planète
Caviar et pâté chinois - JEAN-MARC LORD
L'incompétence et l'inaction serait-elles donc des
propriétés caractéristiques de la fonction publique en
général ?...
What
makes
the
one-trick
Tea
Party
tick?
Financement
du Dr Julien - Les normes
Sociétés
d'État - Osons en parler
Postes Canada: la modernisation se fait attendre
Rénovation des édifices du Parlement: trop de joueurs
impliqués
De socialisme...
State capitalists are having their day
Les
dégâts du capitalisme - John
R. MacArthur
La
crise pourrait rétablir la justice redistributive
Le
capitalisme, «cancer» incurable?
Government
and
the
good
life
As
they say in Kerala, there's more to life than GDP
... et de capitalisme !...
Was the boom worth it?
Why
the market makes us better off
Leacock’s investment strategy is nothing to laugh about
Et se pourrait-il donc que même ceux qui cherchent à
trouver une solution de rechange au capitalisme en
viennent à se demander comment on pourrait pourtant
trouver un autre point de départ à l'économie ?...
Les oligarques
Opportunity
knocks
for
the
next
economics
idol
Le
capitalisme, «cancer» incurable?
Le communisme ne serait-il donc qu'une utopie ?...
Fin
d'un modèle
Another
aging tyrant admits failure
Or, cela ne l'empêche-t-il pour autant d'avoir laissé des
traces on ne peut plus concrètes ?...
Chavez and the good old days of Marxist misadventure
Stalin’s
world is still with us
Et pourtant, peut-on vraiment se contenter de laisser à
elles-mêmes les forces du marché sans rien faire d'autre,
et penser sérieusement que tout puisse alors moindrement
bien fonctionner ?
Un
État ratatiné
Économie
néolibérale - De l'État et du marché
Lettres
- L'affaiblissement de la fonction publique
Les
ratés du néolibéralisme
Et s'il y avait bel et bien une place pour les sociétés
d'État dans une économie de marché, et donc dans une
économie où de telles sociétés seraient justement exposées
à une concurrence digne de ce nom ?...
Pétrole
et gaz - Le Québec doit reprendre le contrôle de ses
ressources
Et si le modèle coopératif représentait justement la
solution de rechange que l'on se trouve à rechercher ?...
Conférence
internationale du mouvement coopératif et mutualiste
québécois - Une économie solide repose sur la diversité
Alliance
coopérative internationale - «La finalité sociale plutôt
que le seul profit!»
L'identité
et le développement du Québec - Hors du capitalisme est
le salut!
SOCODEVI
- Tout est fait pour briser le cercle vicieux de la
dépendance
Dynamiser
des régions - Il y a un avenir pour le monde forestier
ou agricole
Quand les mesures sociales ne semblent réussir qu'à
entraîner et maintenir une dépendance...
Changing New Brunswick’s culture of dependence - Neil
Reynolds
Et si la concurrence ne pouvait après tout s'avérer
qu'un avantage, sinon l'un des éléments les plus
fondamentaux dont on puisse avoir besoin pour faire
fonctionner quelque système que ce soit ?...
In garbage collection, competition is rarely
wasted
Et cette institution qu'on appelle l'État se
trouverait-elle donc elle-même à être entrée dans une
phase de pure et simple déliquescence ?..
The world’s problems are so big, and our politicians are
so small - MARGARET WENTE
L'impuissance
des politiques - François
Brousseau
If Alberta can't cut its deficit quickly, who can? -
Jeffrey Simpson
Un test de crédibilité
The
withering
of
the
state
Se pourrait-il donc qu'il s'avère parfois difficile pour
les syndicats de passer pour autre chose que des
"empêcheurs de tourner en rond" ?...
(Se pourrait-il donc qu'il arrive au syndicalisme de
parfois occasionner certains abus, pour le moins qu'on
puisse dire ?...)
Teachers who don’t deserve union protection
Rien
de
grave
New
meters
for
Hydro are the smart choice
Nouveaux compteurs: les syndiqués d'Hydro veulent
bloquer le projet
It might be time to rethink the construction holiday
Union’s ludicrous wish list does its members no favours
Et pourtant, peut-on vraiment prétendre que l'ère du
"capitalisme sauvage" soit complètement révolue ?...
Licenciements collectifs: du travail à faire
Et s'il y avait tout de même une place pour la fonction
publique, ou du moins pour les dépenses publiques, après
tout ?...
Passage
on
an
urban graveyard train
Le
Québec
anti-
intellectuel
Gen Y's pampered losers are just a myth
Génération
ras- le- bol
Liban:
le cauchemar des aides domestiques
Des
pères gais et gagas
Féminisme... et machisme !...
C’est
peut-
être
moi
le
mononcle
Dur
printemps
pour
les
femmes
Editorial:
Quebec a bright light for Canadian women
Un
siècle en pantalon
Le gouvernement Harper serait-il carrément sexiste
?...
Here's
where it pays to get tough on crime
Violence
against women: an international epidemic
India is no exception: The subjection of women is its
own religion - Doug Saunders
Saudi women’s activism accelerates
Les
Saoudiennes aussi veulent leur révolution
Les
justicières
en
rose
L'école
des Africaines (3) - La classe, un répit pour les
vidomegons
L'école
des Africaines (1) - «Un jour, le Burkina s'en sortira»
Leur «crime»: être femme
Le secret de Polichinelle du Liban
Vendue pour 5000$ à l'âge de 13 ans
Les taxis pour femmes font fureur au Liban
Les
Adelitas
n’ont
jamais
repris
les
armes
Agressions
sexuelles: les plaintes aboutissent moins
Polygamie
Polygamie
- La liberté de religion comporte des limites
We all have a stake in the polygamy case
Les amis de la polygamie
Is
monogamy
overrated?
-
Margaret
Wente
Polygamie
- Clairement contre
UN
«
ESCLAVAGE
MODERNE
»
?
Le dilemme de la polygamie
Women
at
work:
still
behind
on
the
bottom
line
Ceci
n’est
pas
un
politicien
en
jupe
Une
commission
à
reculons
-
Marie-Claude Lortie
Nouvelle
carte électorale - Comment combler le fossé entre le
peuple et le Parlement ?
La
fin
de
la
femme
artificielle?
-
Nathalie Petrowski
Les
avantages de la participation des femmes aux C.A.
Nouvelles
mamans: les congédiements abusifs se multiplient
Félicitations,
vous
êtes
renvoyée
-
Rima Elkouri
Violence
conjugale: quand injure rime avec crime
Un
métier excitant - Patrick Lagacé
LES FUNAMBULES - Mélanie Dugré
Conciliation
famille-famille - Ariane Krol
La
fée du logis - Marie-Claude Lortie
LE QUÉBEC, MATRIARCAL? - Émilie
Goulet & Julie Robillard
Comme
une odeur de misogynie - Nathalie Petrowski
Les
femmes
plus
vulnérables
face
aux
maladies
Équité
salariale: Québec sort le bâton
Femmes et indépendance - Marie-Claude Lortie
Plus de femmes que d’hommes décrochent leur diplôme
En guerre contre les talons hauts - Mali Ilse
Paquin
LA NOUVELLE MICHELLE -
Marie-Claude Lortie
Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland
Cohen
Inspirante Michelle - NATHALIE COLLARD
L’amour au temps de Lola - Louise Leduc
Milieu des arts : L’égalité hommes femmes n’est pas
pour demain
À la défense des potiches -
SOPHIE COUSINEAU
Un meilleur rendement -
ANNE -MARIE HÉBERT
Manifeste pour une fête des Mères heureuse
- Sylvia Galipeau
Fermes en péril -
L'UPA proteste contre le rapport St-Pierre
La pilule fête ses 50 ans
La révolution des sexes bénéfique pour
les hommes
Et en ce qui concerne le plafond de verre...
What glass ceiling? It's the mommy track - MARGARET WENTE
Sorry,
professor,
but
women
do
still
face
hiring
discrimination
Les
femmes
à
la
rescousse
-
Claude Picher
Travailler, c’est trop dur...
Le plafond de verre existe-t-il encore ?
Carrière ou famille, pourquoi choisir ?
Les mères québécoises plus actives que
les françaises - Sylvia Galipeau
Maman danse la salsa - Sylvia Galipeau
Net recul pour les femmes - La
série télé d’Anne-Marie Losique perpétue la banalisation
et la glorification du commerce du sexe
Super Souris - Marie-Claude Lortie
Les
frencheuses
Et que dire de ces messieurs ?...
La
petite
noirceur
-
Mario Roy
AÏE! VOUS VOULEZ VOUS MARIER? - Marc Tison
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de
nos propres économies ?...
Et comment au juste pourrait-on repenser la retraite
?...
BMO
veut une réforme complète du système des retraites
Retraites
- Le REER insuffisant
Est-il jamais trop tôt pour planifier sa retraite ?...
Après les enfants, la retraite - Marc Tison
REFAIRE SA VIE ET SA RETRAITE
Quand l’heure de la retraite approche
- Caroline Rodgers
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de
nos propres économies ?...
Repas et réconfort pour 4,50$
Un Canadien sur cinq s’occupe d’un parent âgé malade
- Katia Gagnon
Bénévolat : Un projet pilote sera lancé à
l’automne
Québec mise sur le bénévolat : Lise Thériault
Et si l'on revoyait quelque peu le traitement que l'on peut
réserver à nos aînés, en commençant notamment par peut-être
revoir un peu notre système de pension à cet effet ?...
Widening the options for an aging population
Let’s take the CPP – and be creative
Les
conservateurs veulent gâter les électeurs de l'âge d'or
Pour
stimuler l'épargne des Québécois - Québec songe à créer un
REER public
Flaherty se penche sur le Régime de pensions du Canada
Can Canada own the pension podium?
Les boomers, jeunes de coeur et d'esprit
Être vieux sans être gâteux
DIVERSITÉ GÉNÉRATIONNELLE Tasse-toi pas, mon’oncle!
Des préjugés tenaces
QUAND ÂGE RIME AVEC BONHEUR
Éloge de la vieillesse -
Benoît Voyer
« Passée date »
Vieillir
au
féminin
-
Nathalie Collard
Québec dévoile un plan contre la maltraitance envers les
aînés
Et si l'avenir des aînés passait d'abord par les soins à
domicile ?
Soins
à domicile - Passons de la parole aux actes
Les Danois, les vieux et nous
Et par ailleurs, aurions-nous carrément laissé de côté nos
aînés ?...
LE PARADIS EST AU DANEMARK
Les Danois, les vieux et nous
Les
vieux,
ce
n’est
pas
sexy
Peut-être
qu’on
se
fiche
des
vieux
DES
MILIEUX
CRÉÉS
DANS
L’URGENCE
Le
public
offre
de
meilleurs
soins
For-profit facilities leave seniors vulnerable
TUEZ-MOI AVANT!
Quebec's
elderly deserve much better
Résidences
pour aînés: les zones grises de la certification
Sécurité
incendie: des critères moins sévères
Qui
veille sur le réseau privé?
Résidences
pour aînés... mais pas dans ma cour!
Décès
d'un aîné dans une résidence: le coroner ouvre une enquête
Les
urgences, un milieu «hostile» aux aînés
Résidences
privées non certifiées: des retraités s'inquiètent de la
situation
72%
des contrats attribués à des résidences non certifiées
Résidences
privées: les aînés restent à risque
Voir aussi Le gouvernement Charest ferait-il carrément
preuve de négligence envers les aînés du Québec ?...
Plus pauvres, plus isolés -
Daniel Boiteau
De
nombreuses résidences privées pour aînés toujours pas
certifiées
Reportages sur les personnes âgées : Un
accablement injustifié - Guylaine Martin
« Les personnes âgées ne voient aucune différence dans
leur plateau »
Les vieux abandonnés
Des résidants traités comme des numéros -
Ariane Lacoursière
Des fermetures de lits inacceptables
Caser les vieux ANDRÉ PRATTE
De nombreux aînés meurent de « négligence » Un sociologue
québécois dénonce l’« âgisme meurtrier »
Sous-financement d'entreprises prenant soin des aînés -
Ariane Lacoursière
Les aînés accaparent la période
de questions à l’Assemblée nationale
L’opposition devance la ministre
Blais
Manque de formation des préposés aux bénéficiaires
: Québec savait depuis un an
LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI -
Ariane Lacoursière
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS SES AÎNÉS
Une question de gros sous
RESSOURCES INTERMÉDIAIRES, LA PANACÉE?
Préposés aux bénéficiaires :
EXPÉRIENCE NON REQUISE - Ariane
Lacoursière
Aucune règle n’encadre la formation des
préposés
ÉTABLISSEMENTS POUR PERSONNES ÂGÉES 39% des
résidences privées n’ont pas encore été certifiées
La ministre Blais enverra des clowns
distraire les personnes âgées
Riez, riez… - Marie-Claude Lortie
Les établissements auront des étoiles
LE BONHEUR EST
ÀOUTREMONT - Ariane Lacoursière
voir aussi OPÉRATION
NEZ ROUGES - Sylvie St-Jacques
HISTOIRES DE Clowns
Chambre avec vue - Rima
Elkouri
Le taux d'incapacité global au Canada a grimpé entre 2001
et 2006
Loterie
vidéo: les règles du jeu remises en question
Des diverses drogues... et de leur légalisation !...
Safe-injection
sites in Montreal? Plan carefully
Les tunnels de la drogue se multiplient
Drug
cases comprised 72 per cent of federal prosecution
caseload last year: report
DES VENDEURS DE DROGUE EN BLOUSE BLANCHE
GÉANT DE L’OR VERT
En
bref
-
Washington
s'attaque
aux mafias du monde
Getting
medical
marijuana
to
the
people who need it
Flesh
Eating Drugs
L'illusion
d'un monde sans drogue
Milliardaire,
philanthrope
et
militant
Constat
d'échec - A-t-on trouvé mieux que la «guerre contre la
drogue»?
Une
commission recommande de légaliser le cannabis
LA GUERRE CONTRE LA DROGUE A ÉCHOUÉ
The
arguments
for
and
against
Vancouver’s
supervised
injection
site
Supervised injection
for the sake of public health - Globe editorial
Sites
d'injection supervisée - Question d'éthique
Une
dose
de
réalité
Dying
for
a
change
on
safe-injection
site
Canadian
goodwill
will
not
stop
drug
crime
-
Globe
Editorial
Bras
de fer sur les sites d'injection supervisée
Pariah
products
will
always
find
their
way
Les
obstacles aux sites d'injection sont plus politiques que
juridiques
At
the
bottom
of
a
bong
is
the
paradox
of
conservatism
Des
milliardaires
pour
la
légalisation
LES
VIEUX
POTEUX
WASHINGTON
RETIENT
SON
SOUFFLE
Les Québécois divisés
Sorry
to
harsh
your
mellow,
California,
but
…
Guns
and
grow-ops:
Conservatives
should
be
consistent
-
Tom
Flanagan
Mexique:
débat sur la légalisation des drogues
Mexique
- Débat sur la légalisation des drogues
France:
controverse sur les centres d'injection
Légalisation
du cannabis en Californie: buzz légal
LA CALIFORNIE SE PRONONCE - Nicolas Bérubé
« LES MENTALITÉSONTCHANGÉ » - Nicolas Bérubé
Coherence needed on marijuana laws
Controverse autour d'un club compassion à Lachine
Lutte contre les narcotrafiquants: réprimer ou légaliser?
At war over the war on drugs - MARGARET WENTE
Legalizing
drugs isn’t the answer - Margaret Wente
Quand
punir a des limites
Keep
Insite open, top court rules
Supreme Court ruling opens doors to drug injection clinics
across Canada
Dutch classify high-potency marijuana as hard drug
De la prostitution... et de sa légalisation !...
Des travailleuses du sexe dénoncent la violence
A
little legalizing, a big peace dividend - Neil Reynolds
Décriminalisation de la drogue: une question de santé au
Portugal
Amsterdam
cracks down on prostitution, cannabis: lessons
for Victoria?
Amsterdam Cuts Prostitute Displays
South Africa:
Legalising Prostitution
Dutch find that going legal has not stopped criminals
We
must
punish
prostitution's
buyers
Sexe,
malaise
et
vérités
Decriminalization
could protect sex workers from predators, lawyer argues
Prostitutes, like everyone else, deserve safety
Why
the
courts
must
decriminalize
prostitution
Liberalize
prostitution
laws
to
protect
women
-
Globe
Editorial
Prostitution:
travail ou prison?
POUR
EN
FINIR
AVEC
LA
PROSTITUTION
Sex,
sin
and
Craigslist
Femme
cherche prostitué
Les bons sentiments
Le
plus vieux dilemme du monde
Ottawa
appeals
prostitution
ruling
MPs need to tackle the prostitution issue
Mais bonne chance pour faire entendre ceci à nos
gouvernements !...
Clients, not prostitutes, should risk criminal charges,
court hears
LA
PROSTITUTION
N’EST
PAS
UN
DROIT
CONSTITUTIONNEL,
PLAIDE
OTTAWA
Un
manifeste pour sauver le patrimoine religieux
Saving Quebec's religious heritage
Les
leçons
de
la
Grande
Bibliothèque
-
Alain Dubuc
Grande
Bibliothèque : Pari gagné
Patrimoine
- Une autre défaite
J’ai besoin de mes quotidiens
La chaleur urbaine - Charles Côté
DES ACTIONS CONTRE LA CHALEUR URBAINE
Les jours torrides se prolongent
- Martin Croteau
Voir aussi... La canicule se poursuit à Montréal
- Catherine Handfield
DES CITOYENS EN ONT MARRE DU BRUIT -
Éric Clément
Bruyant… à la campagne!
- Francine Bastien
Lettres - Agressions sonores
Les prévisions « alarmistes » irritent les
entreprises de loisirs - Martin Croteau
Voir aussi.... Comme en Irlande -
Marie-Claude Lortie
Le décrochage - Pierre Foglia
Les élus européens veulent mettre les riches à
contribution
Lettres
- L'individualisme triomphe
Le
déficit fédéral payé par la classe moyenne et pas par
les privilégiés
Les
salaires exorbitants des banquiers
|
Perspectives
- Faisons payer les riches!
Lettres
- Quelle richesse ?
Les
femmes
citoyennes
-
Lise Payette
Déficit
d'équité
S'intégrer ou pas
A
welcome first for the Oscars - at last
It's
loco
to
only
buy
local
|
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LES FUNAMBULES - Mélanie Dugré
Les femmes
doivent assumer leur liberté de choix en recherchant
l’équilibre entre le travail et la famille
L’auteure est avocate et mère de deux garçons.
Était-il empoisonné, le cadeau que nous ont fait les
pionnières du féminisme ? N’est-il au fond qu’une utopie,
reflet d’un insatiable appétit de tout avoir dans la vie?
Le documentaire Bébé ou CV a provoqué chez moi un mélange de
confusion, de réflexion et d’émotion. Il m’a confrontée aux
côtés nutritif et givré de celle que je suis. Le premier,
résultat d’années de labeur et de sueur sur les bancs
d’université et le deuxième, né de ma bouleversante expérience
de la maternité.
Je pourrais vous raconter qu’un jour dans mon ancienne vie
d’avocate de grand bureau de pratique privée, j’ai frappé
unmur. Unsoir, je me suis retrouvée assise sur le plancher de
mon salon à faire un casse-tête avec mon fils de 15 mois,
l’oeil sur le BlackBerry, l’oreille sur le téléphone et la
voix qui encourageait: « Allez ti-Lou, mets la vache dans
l’étable et le cochon dans la porcherie. » J’ai croisé son
regard interrogateur, l’air de dire: « Ma foi, cette femme est
complètement folle… ». Je me suis surtout projetée dans
l’avenir, tentant d’enseigner à cette progéniture qu’il faut
remplir une tâche à la fois et s’appliquer à bien terminer les
projets entamés. J’ai réalisé quel pitoyable modèle j’étais.
Je pourrais aussi vous raconter que dans ma vie de mère à la
maison en congé de maternité, j’ai frôlé la dépression bien
qu’investie du rôle le plus noble, mais ô combien ingrat, qui
existe, celui d’élever mes enfants.
Quelle douleur de devoir admettre que je n’étais faite ni pour
la grande carrière qui suscite l’admiration des pairs ni pour
le rôle de maman à la maison qui impose le respect. Je n’étais
qu’une avocate-maman qui, malgré un amour profond pour ses
petits anges cornus et un sincère désir de présence et
d’implication, ressentait un viscéral besoin de s’accomplir
professionnellement.
Conte de fées
ou réalité, la conciliation de ces idéaux? Une belle et
possible réalité en ce qui me concerne. Concrétisée grâce à
une identification claire de mes attentes et priorités, une
recherche minutieuse des occasions d’emploi y répondant, une
inébranlable franchise quant à ma situation familiale et un
employeur ouvert à la flexibilité et aux compromis en retour
de la compétence, de la loyauté et du travail bien fait.
Non, il n’était pas empoisonné le fruit d’années de batailles
et de revendications. Nous y avons gagné une liberté de choix
dont trop peu de femmes dans le monde peuvent jouir. Le plus
grand défi associé à cette liberté est de faire nos choix, de
trouver notre zone de confort, d’atteindre l’équilibre qui
nous permettra de nous épanouir, professionnellement et
personnellement, tout en acceptant qu’il y ait de perpétuels
impondérables qui mettront ce fragile équilibre en péril et
remettront nos choix en question.
Notre plus grand ennemi, quant à lui, est le manque de respect
dont nous, les femmes, sommes susceptibles de faire preuve les
unes envers les autres. Il est si facile de juger le
comportement de l’une, de condamner la décision d’une autre et
d’émettre des opinions à l’emporte-pièce. Quellequesoit la
façondontnous choisissons d’exercer notre liberté de choix,
c’est unies et solidaires que nous devrions la défendre. C’est
ainsi que nous permettrons aux mamans qui souhaitent rester à
la maison de le faire tout en brisant leur isolement et en
améliorant les conditions de celles qui concilient travail et
famille par, notamment, l’accès au travail à temps partiel,
aux horaires flexibles et aux journées «famille».
Dans le tourbi l lon de la vie moderne, nous sommes toutes des
funambules en quête de l’équilibre parfait qui rendra la
traversée douce et paisible. Cette quête est noble et juste
mais au passage, il ne faudrait pas oublier que la liberté de
choix dont nous disposons, toute précieuse et délicieuse
qu’elle soit, a un prix: celui, comme mère, comme
professionnelle et comme femme d’assumer ces choix. En
définitive, il faut apprendre à faire la paix avec soi, à
célébrer l’imperfection et à se répéter qu’à l’impossible, nul
n’est tenu… erreurs du protocole deKyoto. Les objectifs de
Kyoto ont tenté d’être réalisés par la mise en place de deux
grandes catégories de moyens: l’adoption de normes
environnementales dans la réglementation et les campagnes de
sensibilisation misant sur des mesures volontaires. Ces deux
moyens proposent une réponse parfois efficace, mais toujours
partielle en l’absence de l’internalisation des coûts de la
pollution dans le système de production.

Les mécanismes de compensation des émissions de gaz carbonique
en sont une bonne illustration. Ceux-ci permettent de payer
pour financer des initiatives de réduction des gaz à effet de
serre et ainsi rendre certaines activités polluantes «
carboneutres ». Leur caractère volontaire montre toutefois
leurs limites. Plusieurs organismes proposent des services de
compensation pour l’utilisation des voitures, des vols en
avion et des systèmes de chauffage au mazout. Pourtant,
combien d’automobilistes, de voyageurs et de propriétaires de
maisons chauffées au mazout utilisent ces services?
LE QUÉBEC, MATRIARCAL? - Émilie
Goulet & Julie Robillard
Malgré leur
plus grande autonomie, les femmes accèdent encore aux postes
de pouvoir à un rythme très lent
Pour plusieurs, le Québec serait une société matriarcale,
c’est-à-dire une société dominée par les femmes, où les
hommes, victimes, seraient en manque de repères et en train
d’y perdre leur place.
L’entrée
des
femmes sur le marché du travail les a rendues plus autonomes
et indépendantes qu’avant. Toutefois, à un niveau
d’éducation égal, elles gagnent environ 70% du salaire de
leurs homologues masculins.
Ce discours récurrent est très présent, surtout cet automne
dans la populaire émission Tout le monde en parle, où on y a
fait régulièrement référence. Il y a effectivement eu des
acquis majeurs pour la condition féminine durant les dernières
décennies. Toutefois, est-ce suffisant pour qualifier la
société québécoise de matriarcale?
Il est vrai qu’il y a maintenant plus de femmes en politique
et que le gouvernement Charest peut se vanter d’avoir instauré
la première parité ministérielle (qui n’est plus depuis le
départ de Monique Jérôme-Forget) en 2007. Néanmoins, à peine
28,8% des députés sont des femmes. Doit-on rappeler que la
notion de parité implique un équilibre dans la
représentativité des femmes et des hommes au pouvoir et
qu’elle a été introduite justement pour remédier à cette
situation désavantageuse pour les femmes?
Malgré cet effort de parité au Québec, on retrouve encore
majoritairement des hommes à la tête de l’État (provincial et
fédéral), des partis politiques et des villes. Ce sont encore
eux qui occupent majoritairement les fonctions ministérielles
les plus influentes et prestigieuses (finances, commerce,
relations internationales, justice).
Dans la fonction publique, environ un tiers des postes de
haute direction (sous-ministres en titre ou associées et
présidentes ou adjointes d’organismes gouvernementaux) sont
occupés par des femmes.
Même son de cloche dans les municipalités québécoises où, en
2009, la proportion de femmes se limite à 13,9% dans les
postes à la mairie et à 26,7% dans ceux de conseiller. En
réalité, la faible proportion de femmes dans des postes
politiques importants prouve qu’elles sont loin d’être en
position de domination politique au Québec et au Canada.
La sphère
économique, autre lieu incontestable de pouvoir, doit aussi
être examinée avant de taxer le Québec de société matriarcale.
Effectivement, l’entrée des femmes sur le marché du travail
les a rendues plus autonomes et indépendantes qu’avant.
Toutefois, leurs conditions de travail et salariales sont
généralement plus difficiles que celles des hommes, car elles
occupent des emplois atypiques, précaires, à temps partiel et
au salaire minimum en plus grande proportion que ces derniers.
À un niveau d’éducation égal, elles gagnent environ 70% du
salaire de leurs homologues masculins.
Même si plusieurs justifient la « domination » féminine dans
la société québécoise par le fait que les jeunes femmes
réussissent mieux sur le plan académique et qu’elles
obtiennent maintenant plus de la moitié des diplômes
universitaires, la réalité du marché du travail montre que
leur présence dans les postes de pouvoir augmente à un rythme
extrêmement lent. Il s’agit de la théorie du plafond de verre,
qui explique que les femmes, et autres groupes minorisés,
restent structurellement coincés à des paliers hiérarchiques
subalternes.
À titre d’exemple, entre 2002 et 2008, l’augmentation du
nombre de femmes aux postes de haute direction et à la tête
des plus grandes entreprises canadiennes a oscillé entre 0,2%
et 1,8% aux deux ans, pour atteindre respectivement un taux de
16,9% et 6% en 2008. De plus, elles occupent seulement 13% des
sièges sur les conseils d’administration, et ce, même si elles
représentent 47,1% de la force de travail au Canada. La
situation est plus positive dans les sociétés d’État
québécoises, où la proportion de femmes sur les conseils
d’administration atteignait 44,8% en mars 2009.
La situation du plafond de verre se reproduit aussi dans le
domaine de l’éducation au Québec et au Canada. Si les hommes
ne représentent que le tiers du personnel enseignant total au
Canada, ils occupent environ 60% des postes au niveau
universitaire, alors que plus de 71% des femmes sont
professeures aux niveaux primaire et secondaire.
Les hommes gagnent encore plus d’argent que les femmes pour un
niveau d’éducation identique. Ce sont encore les femmes qui
consacrent plus de temps aux tâches parentales et domestiques
non rémunérées et ce sont elles qui mettent généralement leur
carrière de côté pour s’y consacrer. De plus, les problèmes de
discrimination, de violence et les stéréotypes sont encore
bien présents.
Alors, comment peut-on clamer haut et fort que le Québec est
une société matriarcale dominée par les femmes alors que les
sphères de pouvoir réel sont encore majoritairement occupées
par des hommes? Le discours affirmant que l’égalité des sexes
serait atteinte et que les femmes se retrouveraient
aujourd’hui en situation de domination, semble être accepté
par une grande partie de la population. Cependant, les faits
réels nous prouvent inéluctablement le contraire.
Rassurez-vous, la gynocratie au Québec n’est définitivement
pas pour demain matin…
QU’EN PENSEZ-VOUS? [email protected]
Femmes et indépendance - Marie-Claude Lortie
Ce devrait
être la semaine de la Fédération des fem mes du Q uébec (FFQ).
Celle où l’on parle de sa nouvelle présidente, élue samedi,
Alexa Conradi. Celle où l’on rappelle le rôle joué par cet
organisme, qui regroupe les associations féminines de la
province et qui a déjà été un grand porte-parole des
Québécoises dans tous les dossiers touchant les femmes.
Ce devrait être la semaine de la FFQ, mais plus je pense à la
Fédération, plus j’ai envie, en fait, de parler de la
présidente d’un autre organisme pas mal plus officiel, le
Conseil du statut de la femme, nommé par le gouvernement du
Québec pour le conseiller sur les questions qui concernent les
femmes.
Pourquoi ? Parce que, au début du mois, Christiane Pelchat a
dénoncé publiquement les coupes dans les pensions des veuves
envisagées par la Régie des rentes du Québec.
Parce que, en août, elle est descendue dans l’arène pour
parler haut et fort contre la décision du ministre libéral de
la Santé de rendre la vie presque impossible aux cliniques
privées offrant des avortements.
Parce que, en fait, depuis qu’elle a été nommée à la
présidence du Conseil, en 2006, elle ne fait que foncer, tête
première, dans les dossiers épineux, quitte à déranger au
passage le gouvernement qui l’a nommée. De
l’hypersexualisation des jeunes filles au port du voile dans
la fonction publique en passant par la modification de la
Charte québécoise des droits pour reconnaître l’égalité comme
valeur québécoise fondamentale, la présidente n’a pas chômé et
a brassé bien des cages.
En fait, depuis quelques années, j’ai l’impression de la voir
houspiller le gouvernement libéral bien plus souvent que tout
autre organisme féministe, alors qu’elle a été associée à ce
parti politique comme députée et chef de cabinet.
Qu’on soit d’accord ou pas avec Mme Pelchat – et je fais
partie de celles qui ne sont pas toujours du même avis que
cette avocate féministe qui a longtemps travaillé au Sénégal
avant d’être recrutée pour son CV étoffé –, on ne peut que
s’incliner devant son front et son indépendance d’esprit.
Et c’est ici qu’il est intéressant de commencer à parler de la
Fédération des femmes du Québec, qui vient d’élire à sa
présidence une organisatrice communautaire féministe reconnue.
Une femme qui était, j usqu’en j uin dernier, présidente de
Québec solidaire (QS), parti fondé par une ancienne présidente
de la FFQ, Françoise David.
Je rêve ou QS et la FFQ sont décidément proches ? Trop proches
?
J’ai parlé hier à Mme Conradi et je lui ai posé la question. «
Seriez-vous capable de critiquer Québec solidaire ? »
« Tout à fait
», m’a-t-elle répondu, précisa nt qu’elle n’avait « aucun
problème » avec l’idée de devoir un jour prendre ses distances
par rapport au parti. « Je n’ai aucune hésitation à dire que
je le ferai si nécessaire », affirme-t-elle.
Est-elle même prête à prendre du recul par rapport à l’accent
très, très fort qu’a mis la Fédération sur la lutte contre la
pauvreté des femmes en général et des immigrées en
particulier, dossier très QS s’il en est un?
« J’ai envie qu’on ait une j u st ice é c onom ique pou r
l’ensemble des fe m mes », répond-elle, en prenant soin de
préciser qu’il n’y a pas que les femmes au bas de l’échelle
qui sont victimes d’inégalités et que la précarité, notamment,
touche aussi les femmes des classes moyennes. « J’ai envie
qu’on crée des ponts entre toutes les femmes visées par
l’incertitude financière », dit-elle.
En discutant, elle prend aussi la peine de parler du suicide
de Nelly Arcan, en faisant un lien entre cette mort tragique
et la dictature de la beauté encouragée par la société de
consommation qui finit par affecter toutes les femmes, peu
importe leur statut social.
Bref, Mme Conradi semble vouloir ouvrir les préoccupations de
la FFQ à des dossiers plus larges que celui de la pauvreté,
aussi louable et important soit-il.
En 1995, durant la campagne référendaire, quand la Fédération
des femmes du Québec a décidé de se joindre au camp
indépendantiste, son image a changé. Lorsque j’ai exprimé
cette observation récemment, Françoise David, qui était
présidente de la FFQ à l’époque, m’a rappelé que cette
décision avait été prise tout à fait démocratiquement au sein
de l’organisme, ce dont je ne doute pas une seconde.
Toutefois, cette prise de position, je le répète, a transformé
l’i mage de la F édération . Soudainement, la FFQ ne se
préoccupait plus seulement des femmes et prenait des positions
politiques sur d’autres enjeux qui n’étaient plus féministes
et féminins en soi.
Depuis, rien n’a jamais été fait, à la FFQ, pour redéfinir l’i
ndépenda nce de l ’orga - nisme. Et aucune position n’a jamais
été prise pour le différencier, clairement, de Québec
solidaire, parti de gauche et souverainiste fondé par son
ancienne présidente.
Bref, quelque part, on a l’impression que l’ombre de Mme
David, avec ses causes bien à elle (aussi louables
soient-elles), plane toujours sur la FFQ.
Et samedi, voilà que les militantes élisent l’ancienne
présidente de QS à la tête de la FFQ…
Le fém i n isme, com me le montre la présidente du Conseil du
statut de la femme à chacune de ses sorties publiques contre
le gouvernement libéral, est une cause qui vit mal en
conjonction avec l’esprit partisan. Régulièrement, Mme Pelchat
critique le parti dont elle a déjà été députée, car ses
responsabilités, pour défendre l’ensemble des femmes du
Québec, l’obligent à s’élever au-dessus de ces considérations.
Espérons
que la nouvelle présidente de la FFQ montrera rapidement que
l’organisme fém i n iste est de nouveau capable d’une pareille
indépendance d’esprit et est prêt à aller au front pour toutes
les femmes, toutes classes confondues, et non pas uniquement
pour l’électorat potentiel de Québec solidaire.
Plus de femmes que d’hommes décrochent leur diplôme
- Louise Leduc
Pou r la prem
ière foi s au Québec, les femmes (51,6 %) sont plus nombreuses
que les hommes à être diplômées universitaires. Et, si la
tendance se maintient, on n’a rien vu encore : chez les 25 à
34 ans, pas moins de 58,4 % des titulaires d’un diplôme
universitaire sont des femmes.
C’est entre autres ce qui ressort d’un document sur les
diplômés universitaires rendu public hier par l’Institut de la
statistique du Québec.
En un coup d’oeil – mais en plusieurs chiffres! –, toutes les
tendances sont là. Ainsi, l’étude démontre bien que même si la
lutte contre le décrochage est sur toutes les lèvres, les
Québécois sont de plus en plus nombreux à se rendre quand même
jusqu’à l’université.
« Au Québec, en 2006, on dénombre 880 670 personnes de 25 à 64
ans titulaires d’un grade universitaire, cette population
s’étant accrue de 23,6 % depuis 2001 », peut-on lire dans le
document.
Fait à noter, à eux seuls, les immigrants récents (arrivés
entre 2001 et 2006) comptent pour 38,1 % de l’augmentation des
titulaires d’un diplôme universitaire de 2001 à 2006. Les
immigrants les plus scolarisés sont ceux qui sont nés en
Afrique.
Les maîtrises
et les doctorats gagnent-ils en popularité au Québec? Au cours
de la décennie 1996-2006, apprend-on, ce sont les titulaires
d’une maîtrise dont le nombre s’est le plus accru – une
augmentation de 58,6% au Québec, ce qui est cependant moindre
que la hausse de 68% dans l’ensemble du Canada et de 72,5% en
Ontario.
Un choix différencié
Comme le signale l’enquête de l’Institut de la statistique, le
domaine d’études choisi demeure fortement différencié selon le
sexe. Chez les hommes universitaires, en 2006, les deux
domaines d’études les plus populaires sont ceux qui se
rapportent à la gestion et au génie.
Chez les femmes, l’éducation demeure le domaine d’études le
plus choisi (22 %).
Cependant, cela pourrait vite changer. Ainsi, par rapport à
leurs aînés, les titulaires d’un grade universitaire de 25 à
34 ans ont tendance à délaisser le domaine de l’éducation et,
dans une moindre mesure, celui des sciences humaines. Plus
encore, dit l’étude, «cette désaffection est plus importante
chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes». C’est,
entre autres, parce que les jeunes femmes sont plus attirées
que leurs aînées par l’administration et le droit.
En guerre contre les talons hauts - Mali Ilse
Paquin
Les syndicats
britanniques réclament des chaussures confortables
Souffrir pour être belle, d’accord, mais souffrir pour
travailler ? Les femmes ne devraient plus être forcées à
porter des talons hauts au travail, disent les syndicats
britanniques.
LONDRES — Les syndicalistes britanniques ont un nouvel en nemi
: les chaussu res à talons hauts. Ils ont signifié aux patrons
du pays cette sema ine que les fe m mes pouva ient re f u ser
de les porter au travail. Cette position a aussitôt provoqué
une levée de boucliers… chez des adeptes des talons hauts.
PHOTO ARCHIVES AFP
Une centrale syndicale britannique
s’insurge contre le port obligatoire des talons hauts,
particulièrement dans le commerce de détail. Peu reconnues
pour leur confort, ces chaussures n’étaient pas moins
prisées par les participantes à une course inusitée, à
Berlin, en juillet dernier (ci-dessus).
Plusieurs dossiers chauds ont été abordés à la conférence
annuelle de la centrale syndicale TUC (Trades Union Congress),
qui s’est terminée hier à Liverpool. Toutefois, la motion
demandant aux employeurs de réévaluer leur code vestimentaire
a fait couler plus d’encre que la perte de 10 000 emplois
mardi dernier.
« Le congrès demande aux employeurs qui exigent le port des
talons hauts de s’assurer qu’ils ne nuisent pas à la santé de
leur personnel. Si c’est le cas, les chaussures confortables
devraient être permises », disait l’énoncé.
Plus de 90 % de l’assemblée a approuvé cette mesure introduite
par le syndicat des podiatres.
E l le ava it pou r t a nt été ridiculisée pa r la députée
conservatrice Nadine Dorries. « Mon emploi est dominé par les
hommes et mes collègues ont des instincts meurtriers,
avait-elle écrit dans son blogue au mois d’août. Je dois leur
tenir tête et je mesure 1m60. Je n’ai pas le choix de porter
mes Ch ristia n Louboutin. »
D e s c h ron iqueu se s de droite ont marché dans son sillon,
avertissant les syndicats de ne pas toucher à leurs Manolo
Blahnik.
Même une
syndicaliste universitaire a accusé le TUC de paternalisme et
de sexisme. « Pou rquoi visons-nous seulement les femmes ? » a
demandé Loraine Monk, juste avant le vote.
Discrimination ?
Ce sont plutôt cer t a i n s milieux de travail qui sont
discriminatoires, répliquent les défenseurs de la motion.
«Nous ne disons pas aux femmes quoi porter, affirme à La
Presse Mary Turner, présidente du syndicat GMB. Nous disons
simplement que les femmes devraient avoir le choix de se
chausser confortablement. Nous sommes leur allié.»
Le secteur du commerce de détail est montré du doigt. L es
maga si ns H a r rods et Selfridges, deux temples de la mode à
Londres, ont des règles très strictes sur le type de
chaussures de leurs vendeuses, soutient une podiatre qui
désire conserver l’anonymat.
Résultat, plusieurs de ses patientes souffrent le martyre :
oignons, nerf coincé et inflammation de l’avant-pied.
« Une de mes clientes s’est fait avertir que ses talons
n’étaient pas assez hauts, dit de son côté Emma Supple, une
sommité en podiatrie. Elle risque de perdre son emploi. »
Les opérations aux pieds coûtent 29 millions de livres
sterling (50 millions $ CAN) par année au système de santé,
rappelle l’experte.
L’amour au temps de Lola - Louise Leduc
Aussi atypique
que soit la situation de Lola – combien de Québécoises vivent
avec des milliardaires ? –, cette affaire a mis en lumière
comme jamais les risques auxquels s’exposent les conjoints de
fait, pour le meilleur ou pour le pire. Cette histoire fe
Alors que des générations de femmes ont rêvé d’un voile blanc,
Myriam*, elle, n’est pas princesse pour deux sous. Si un jour,
comme dans d’autres provinces canadiennes, les conjoints de
fait risquaient de se devoir une pension alimentaire et tout
le tralala, elle ne serait plus concubine, mais voisine. « Je
m’achèterais quelque chose pas loin de chez mon chum, mais je
ne vivrais plus en permanence sous le même toit qu’un homme. »
Vérification faite, cela ne serait d’aucune utilité : devant
les tribunaux, c’est la présence ou pas d’un projet de vie
commun, et non d’un toit commun, qui détermine la nature d’une
union.
Myriam s’en étonne. Elle va creuser cela, comme elle s’est
assurée jusqu’ici de protéger ses arrières afin de ne rien,
rien, rien devoir à son homme en cas de rupture.
C’est que Myriam, qui a étudié et qui a gravi un à un les
échelons d’une entreprise dont elle est aujourd’hui cadre
supérieure, s’est trouvé un prince charmant qui, à son grand
désespoir, a gardé un côté très grenouille. Moins il décroche
de contrats de déneigement, mieux il se porte, car il préfère
se consacrer à ses passions personnelles. Quinze mille
dollars, annuellement, lui suffisent amplement. Le couple n’a
pas d’enfant. Myriam joue à contrecoeur les pourvoyeuses et
son homme trouve cela parfait. Myriam, non.
Au rythme où les filles décrochent des diplômes et où les
garçons décrochent tout court, Myriam risque d’être un cas de
moins en moins isolé.
Pour Sylvie aussi, il y a « inversion des rôles traditionnels
» mais, dans son cas, sans acrimonie aucune. Médecin, Sylvie a
eu la possibilité de pousser plus encore sa formation à
l’étranger pendant deux ans. Son amoureux, avec lequel elle a
un enfant, a obtenu un congé sabbatique pendant la première
année, mais il devra vraisemblablement démissionner après.
Avant le départ – avant l’affaire Lola, aussi –, ils se sont
mariés civilement. Pour faciliter l’obtention des visas, mais
aussi, dit Sylvie, parce qu’elle voulait prouver son
engagement à l’heure où son amoureux s’apprêtait à faire de
grands sacrifices pour le bien de la famille. Et,
ajoute-t-elle, « je ne souhaite pas qu’il parte de rien si un
jour les choses tournent mal ».
Il reste que pour l’heure, au Québec, les situations comme
celle de Christiane demeurent plus répandues. Christiane se
décrit comme une « conjointe de fait en deuil de mariage ». «
Moi, j ’ai toujours voulu me marier, dit-elle. Pour mon
conjoint, pas question. Comme il était matériellement mieux
pourvu quemoi lorsque nous nous sommes rencontrés – il avait
déjà sa maison qu’il achevait de payer – et comme son salaire
est beaucoup plus élevé que le mien, je ne pourrai jamais
acheter 50% de la maison que nous habitons et je ne pourrai
jamais payer 50% des dépenses relatives à la maison. De toute
façon, si j’achetais 10% de la maison, que me reviendrait-il
en cas de séparation? Dix pour cent. »
Christiane, elle, paie l’épicerie, la femme de ménage, les
cours des enfants, son auto. « Je dépense. Lui, il investit. »
« Vous direz que s’il n’était pas là, je ne mènerais pas la
vie que je mène présentement. Vrai. Par contre, je ne suis pas
non plus nécessairement dans la ouate. Je paie 50% des frais
reliés aux vacances et à la fin du mois, après la garderie,
l’épicerie, les coûts liés à l’auto, il ne me reste pas une
énorme somme à mettre de côté.
« Je m’occupe
également des enfants, poursuit-elle. C’est un très bon père,
mais il est parfois absent. Dans moins de 10 ans, il sera
plusieurs fois millionnaire. Mais si je n’étais pas là,
pourrait-il se permettre autant de rencontres en dehors des
heures de bureau?
« Si on se sépare, j’aurai une pension pour les enfants, mais
je n’aurai pour moi que mon salaire annuel de 38 000$. La loi
doit changer. En attendant, j’espère simplement que l’amour ne
nous lâchera pas. »
Mélanie, pour sa part, a obtenu gain de cause auprès de son
amoureux. Mère de trois enfants et conjointe de fait depuis 12
ans, elle voyait sa propre mère, inquiète, lui refiler à
répétition des dépliants de la Chambre des notaires sur
l’absence d’obligation mutuelle entre conjoints.
Le sujet revenait souvent dans le couple, mais sans suite.
Jusqu’à l’affaire Lola. « Çaaprécipité les choses, dit
Mélanie. Je ne lui ai pas tordu le bras, mais je lui ai fait
comprendre que ma situation m’inquiétait. »
Mariage il y a eu, pour des raisons toutes juridiques.
N’empêche, « au palais de justice, on avait le choix
d’échanger ou pas des anneaux. Nous avons choisi de le faire,
et nous ne sommes pas faits en bois. Au moment du geste
symbolique, nous étions pas mal remués! »
De son côté, Josianne raconte à la blague qu’elle a fait du
père de ses quatre enfants un « marié obligé ». « Puisque la
maison est au nom de mon conjoint seulement, je me sens plus
rassurée maintenant. »
Pour quelquesmariages « obligés » depuis l’affaire Lola,
combien de disputes conjugales?
En tout cas, un appel lancé sur Cyberpresse a suscité des
réponses très variées. Certains de nos correspondants ont
défilé devant l’autel, incités à cela par l’affaire Lola.
D’autres, plus nombreux, envisagent une entente notariée. Plus
nombreux encore sont ceux qui disent qu’en cas de victoire de
Lola – une victoire loin d’être impossible, selon plusieurs
avocats qui suivent la cause de près –, ils ne s’engageront
tout simplement plus. Les droits et devoirs mutuels? Niet. «
Après un divorce qui m’a coûté un bras, si les règles changent
entre conjoints de fait, je redeviens aussitôt célibataire. »
« On peut vouloir partager sa maison et son lit sans vouloir
partager sa fortune, non? »
Et cecourriel, deGuy, intitulé: « Moi si j’étais une femme… »
Il y explique que lui, il se trouverait un Éric (l’ex de Lola)
ou un Paul McCartney. Bref, s’il était une femme, écrit-il, il
serait « la Earl Jones du mariage ».
En filigrane de ces missives, de la peur et de l’aigreur.
Quarante ans d’accès au divorce – et à ses solutions
intrinsèquement imparfaites – y sont pour quelque chose. Le
Québec est peu « marieux ». « Beaucoup ont souffert du divorce
de leurs parents ou de leur propre divorce, fait observer le
psychologue François St-Père. Les gens ont peur d’être trahis
ou de se retrouver devant un juge qui les obligera à partager
leurs biens avec quelqu’un qui les aura blessés. On est plus
conscient aussi que l’amour, de nos jours, ce n’est plus
nécessairement à la vie, à la mort. »
Milieu des arts : L’égalité hommes femmes n’est pas pour
demain - Nathaëlle Morissette
Les nombreuses
luttes féministes n’auront visiblement pas suffi. Les
inégalités entre les hommes et les femmes qui travaillent dans
le milieu des arts persistent toujours, révèlent deux études
menées par l’Association québécoise des auteurs dramatiques (A
Les textes dramatiques écrits par les femmes sont moins joués
dans les théâtres d’ici que les oeuvres de leurs collègues
masculins. Et du côté des artistes qui se retrouvent sur les
planches ou devant la caméra, la situation n’est pas plus
rose: l’écart entre le salaire annuel moyen des comédiens et
celui de leurs consoeurs s’est agrandi en 2008 par rapport à
2007.
Les chiffres révélés dans les deux études sont éloquents. Par
exemple, bien que 40% des auteurs dramatiques soient des
femmes, seulement 29% des oeuvres j ouées au théâtre
proviennent d’une plume féminine, révèle un document
établissant le portrait de la condition socio-économique des
auteurs dramatiques québécois, intitulé Rideau de verre.
L’étude, publiée à la fin août et menée par Marie-Ève Gagnon,
présidente de l’AQAD, a tenu compte de sept saisons théâtrales
entre 2000 et 2007. Quelque 1600 productions ont été
répertoriées pour effectuer ce travail colossal qui a duré
deux ans.
Autre inégalité soulevée par l’auteure: l’accès à la scène.
Environ 35,9% des hommes comptent trois productions ou plus à
leur actif au cours de ces sept années, ce qui est le cas de
18% des femmes. «Il est donc plus difficile à une femme de
légitimer sa pratique et de soutenir sa carrière par un accès
régulier à la scène», révèle l’étude.
Et la présence de femmes à la direction artistique «ne se
traduit pas par des gains pour les
auteures».«Parexemple,chezThéâtres associés inc., où 40% des
directions artistiques sont féminines, on a vu que les oeuvres
de femmes ne représentaient que 24,1% des textes choisis.»
Les chiffres obtenus ne surprennent guère Marie-Ève Gagnon
qui, avant même d’entamer son étude, se doutait que la scène
n’accordait pas la même place aux hommes et aux femmes.
La présidente
de l’AQAD a tout de même fait des découvertes inattendues. «La
plus grande surprise, c’était plutôt de voir à quel point les
gens étaient mal à l’aise (d’aborder la question des
inégalités), mentionne-t-elle. C’est comme si c’était un sujet
révolu pour la plupart des gens et qu’il fallait passer à
autre chose, ajoute-telle. Souvent l’héritage féministe est
perçu comme négatif par plusieurs personnes.»
Pendant ce temps à l’UDA
La situation n’est guère plus reluisante du côté des femmes
membres de l’UDA. La Presse a révélé au cours de l’été qu’en
2008, les femmes artistes ont gagné 77,4% du revenu moyen des
hommes, contrairement à 81,5% pour 2007. À partir de ces
chiffres, le comité des femmes de l’Union des artistes – dont
font notamment partie les comédiennes Nathalie Gascon et
Geneviève Rioux – a déposé un rapport samedi dernier au
conseil d’administration de l’UDA.
Selon le texte de cette étude, le revenu moyen des femmes en
2008 était de 17 995$ (par rapport à 17 662$ en 2007) alors
qu’il atteignait 23 101$ (par rapport à 21 622 $ en 2007) pour
leurs confrères masculins. L’inégalité se traduit aussi en
nombre de cachets versés. Si les femmes en ont obtenu 54 683$
l’an dernier, la part des hommes s’élève à 76 934$.
Afin de renverser la vapeur, le comité a notamment l’intention
d’intensifier ses efforts pour «offrir aux artistes des
modèles de réussite féminine», lit-on dans le rapport rédigé
par la présidente du groupe, Denyse Marleau. Le comité veut
stimuler l’entrepreneurship et encourager les femmes à donner
un second souffle à leur carrière en se lançant dans la
rédaction de textes ou encore en montant des spectacles,
explique Mme Marleau. Il offrira des formations pour expliquer
comment faire une demande de subvention ou encore vers quel
organisme se tourner.
De son côté, la ministre de la Culture et de la Condition
féminine, Christine St-Pierre, veut faire une analyse
approfondie des deux études avant de se prononcer sur la
question. Son cabinet tient toutefois à souligner que Mme
St-Pierre ne prend pas ce dossier à la légère puisqu’elle a
notamment formé en avril un comité de travail qui se penche
sur la place qu’occupent les femmes dans les professions liées
à la culture.
À la défense des potiches - SOPHIE
COUSINEAU
En prenant
connaissance des critiques de Stephen Jarislowsky sur la loi
québécoise qui vise à atteindre la parité hommes-femmes sur
les conseils des sociétés d’État, je suis restée interloquée.
Il faut reconnaître cela à ce grand financier de Montréal. Peu
de gens osent dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas devant
un parterre du Cercle de la finance internationale de Montréal
!
Pour ceux qui ont raté ce moment d’anthologie, Stephen
Jarislowsky a affirmé lors de sa causerie jeudi que cette loi
adoptée en 2006 est électoraliste. Ainsi donc, cette mesure de
discrimination positive servira mal les sociétés visées, qui
devront se résoudre à recruter des potiches d’ici 2011.
On aime généralement le francparler de Stephen Jarislowsky.
Mais en livrant sa pensée de façon provocatrice – ce que je
soupçonne l’amuse beaucoup–, ce gestionnaire de fonds a
dérapé.
Stephen Jarislowsky a évoqué une « petite femme » qui n’aurait
ni la force de caractère, ni l’expertise pour remettre en
question la stratégie d’affaires d’un PDG. Puisant dans sa
mémoire ou son imaginaire, on ne sait trop, il a ensuite
décrit l’archétype de la femme des années 50 qui passerait sa
journée à récurer des chaudrons ou à essuyer les fesses de ses
marmots aux couches, totalement déconnectée du monde des
affaires.
« Parce qu’elles élèvent des enfants, c’est beaucoup plus
difficile (de devenir de bonnes administratrices), a dit ce
gestionnaire de fonds.
« Elles n’ont pas vécu toute leur vie dans cette sorte de
culture, elles viennent de l’extérieur. Il y a quelque chose
qui manque, c’est cette compétence industrielle. Il faut
connaître la concurrence. Il faut connaître la culture. Il
faut connaître toutes sortes de choses économiques, les
finances. »
Ainsi donc, à cause de cette maudite loi 53, on en viendrait à
offrir à une femme au foyer un poste d’administratrice à la
Société des alcools du Québec, faute d’avoir trouvé une
meilleure candidate? Bien voyons!
À la limite, ces commentaires maladroits sont risibles. Ils ne
font que trahir les 83 ans du vénérable Stephen Jarislowsky. I
ls ne col lent évidemment pas à la réalité d’aujourd’hui.
Promenez-vous un midi dans la rue Sainte-Catherine, sur le
boulevard René-Lévesque, sur l’avenue McGill-College. Vous
allez croiser des tonnes de professionnelles bardées de
diplômes, avec des années d’expérience, qui marchent d’un pas
pressé entre deux rendez-vous. Des avocates d’affaires, des
banquières, des actuaires, des consultantes… Révélation-choc :
en 2009, des femmes occupent des postes de haute direction!
Stephen
Jarislowsky a bien pris soin de préciser qu’il était en faveur
de la nomination d’administratrices qui seraient curieuses,
courageuses et compétentes. Ce qui est sous-entendu dans son
discours, c’est que le Québec et le Canada n’en comptent pas
assez pour peupler la moitié des conseils d’administration des
sociétés d’État québécoises.
Au-delà des stéréotypes, c’est ce qui est le plus choquant
dans les propos de Stephen Jarislowsky.
Non seulement c’est faux, mais en plus, ce mythe est savamment
entretenu dans certains cercles d’affaires. Dans ma vieille
édition du répertoire publié par Women in the Lead/Femmes de
tête se trouvent 565 noms de femmes d’affaires ou
d’entrepreneures du Canada qui ont les compétences et
l’expérience pour être membres de conseils d’administration.
Des Jacynthe Côté ( Rio Tinto Alcan), Monique Leroux (
Desjardins), Liliane Colpron ( Première Moisson), Christiane
Germain ( Hôtels Germain). Entre autres.
Même sous la torture, je parie qu’aucune de ces 565 femmes ne
réclamerait publiquement une mesure de discrimination positive
pour décrocher un poste d’administratrice. Mais le plafond de
verre, pour traduire une expression anglaise, n’en est pas
moins étanche. Et c’est parce que la situation semble engluée
de façon si indécrottable que le gouvernement du Québec a
cherché à donner l’exemple.
Voyez les dernières statistiques de Catalyst Canada, une
association à but non lucratif qui enquête tous les deux ans
sur les « avancées » des femmes sur les conseils
d’administration des 500 plus grandes entreprises du pays.
En 2007, les femmes occupaient seulement 13% des sièges
d’administrateurs des entreprises du palmarès Financial Post
500. En 2005, leur poids s’établissait à 12%. En 2003,
11,2%... Bref, au rythme où progressent les choses, il faudra
atteindre l’an 2046 avant atteindre la parité!
Certaines entreprises font des ef for ts notables. Après avoir
résisté aux pressions du Mouvement d’éducat ion et de défense
des actionnaires (MEDAC), la Banque Nationale du Canada a
adopté, à sa dernière assemblée annuelle, une politique pour
que son conseil soit un jour composé d’autant de femmes que
d’hommes. Mais pas toutes. En 2007, 40% des entreprises du FP
500 n’avaient aucune femme à leur conseil d’administration,
selon l’enquête de Catalyst Canada. C’est injustifiable. Mais
cela s’explique par le fait que les entreprises recrutent
rarement en dehors du petit cercle des administrateurs
professionnels, des hommes (et de rares femmes) qui se
retrouvent d’un conseil à l’autre. Le petit club privé, quoi.
Bref, tout le monde s’entend pour dire que les sociétés d’État
doivent être pilotées par des administrateurs compétents. Mais
ce n’est pas parce que le Québec insiste sur l’importance de
recruter des femmes que les conseils seront peuplés de
greluches.
Un constat qui, à l’évidence, échappe à Stephen Jarislowsky,
encore prisonnier du XXe siècle.
Un meilleur rendement - ANNE -MARIE
HÉBERT
Les conseils
d’administration gagnent à y faire siéger un plus grand nombre
de femmes
LL’auteure est associée directrice des services consultatifs
pour le Canada chez Ernst & Young. ors de son a l l oc ut
i on devant le Cerc le de la finance internationale de
Montréal, Stephen Jarislowsky a dénoncé la loi québécoise qui
impose graduellement la parité hommes-femmes dans les conseils
d’administration des sociétés d’État.
Stephen
Jarislowsky
a dénoncé jeudi à Montréal la loi québécoise qui impose
graduellement la parité hommes-femmes dans les conseils
d’administration des sociétés d’État.
Il a cependant assuré qu’il était en faveur de la parité
pourvu que les membres des conseils d’administration fassent
preuve de curiosité, de courage et de compétence, les trois
qualités essentielles pour accomplir ce travail, selon lui.
Sur ce point, toutes les femmes sont sans doute d’accord avec
M. Jarislowsky.
Pour ce qui est de son point de vue sur la parité cependant,
permettez-moi de ne pas le partager pour les raisons suivantes
:
• en avril 2006, il y avait 60 femmes et 158 hommes qui
siégeaient au conseil d’administration des 24 sociétés d’État
et organismes visés. Je suis convaincue qu’il est possible de
trouver au Québec 49 femmes avec les qualités requises pour
accomplir un travail de qualité ;
• on a besoin de membres de conseil qui amènent de nouvelles
façons de se pencher sur des problèmes familiers et rejettent
la pensée de groupe ayant pu contribuer aux défis financiers
mondiaux auxquels l’univers est confronté;
• des données provenant d’un rapport Catalyst de 2007
démontrent qu’en moyenne, les entreprises figurant au palmarès
des 500 sociétés du magazine Fortune dont le conseil
d’administration est composé d’un plus grand nombre de femmes
affichaient un meilleur rendement financier que celles où
moins de femmes siégeaient au conseil d’administration ;
• les
entreprises québécoises réussissent bien à recruter des
femmes, mais n’ont pas un bulletin très reluisant en ce qui a
trait à leur capacité de les retenir, les développer et les
promouvoir. Encore une fois, selon Catalyst, le Québec est en
queue de peloton au pays en matière de représentation des
femmes au sein des équipes de direction et des conseils
d’administration ;
• on anticipe que dès 2011, notre population active sera en
décroissance avec 12 personnes qui sortent du marché du
travail pour 10 personnes qui y feront leur entrée.
Actuellement, on a trois travailleurs par retraité au Québec,
mais on prévoit en avoir deux pour un dans 20 ans.
Dans ce contexte, i l es t essentiel d’encourager tous les
Québécois, hommes ou femmes, à contribuer à l’essor de la
société québécoise. Nos gouvernements ont les moyens d’agir en
faisant un geste concret pour faire évoluer la situation en
exigeant la sélection de femmes de haut calibre pour siéger au
conseil d’administration des sociétés d’État. Cette loi doit
être valorisée pour sa contribution à l’évolution de la place
des femmes pour améliorer notre compétitivité.
En donnant l’occasion aux hommes qui occupent la major ité de
ces positions d’être témoins de l’apport des femmes et en
ajoutant des femmes de calibre aux réseaux des hommes, ces
derniers seront mieux à même de capitaliser sur le talent de
l’autre moitié de la population pour contribuer au succès
d’autres organisations.
En participant au conseil de sociétés d’État, les femmes
sélectionnées deviendront des sources d’inspiration pour
d’autres femmes et contribueront à nourrir l’ambition d’autres
femmes.
M. Jarislowsky, mon père a vécu à une époque où les attentes
de la société envers lui étaient qu’il travaille et fasse
vivre sa famille alors que ma mère s’occupait des enfants.
J’apprécie le fait de vivre à une époque où mes fils et ma
fille pourront se réaliser dans tous les aspects de leur vie
et contribuer pleinement à notre société.
Nous avons besoin de tous les talents et d’une plus grande
diversité de pensée pour assurer une croissance économique
soutenue au Québec. Les femmes ont besoin que les hommes de
votre calibre reconnaissent et valorisent la contribution
qu’elles peuvent apporter à notre économie et non le contraire
pour avoir l’ambition et le goût d’y faire leur part.
Manifeste pour
une fête des Mères heureuse - Sylvia Galipeau
Il a fait
l’Éloge de la lenteur. Puis rédigé un Manifeste pour une
enfance heureuse. Fête des Mères oblige, nous avons demandé à
l’auteur Carl Honoré, qui vit à Londres et qui est de passage
à Montréal cette semaine, de nous livrer quelques conseils
maternels pour une vie de famille heureuse.
Généreux, il nous a proposé 12 réflexions. À laisser mijoter,
mesdames, et à savourer en temps voulu. 1 Faites-en moins. On
ne peut pas tout faire, dit-il, c’est impossible. Les
magazines féminins nous mentent. Alors établissons des
priorités, tant dans notre vie personnelle que dans celle de
nos enfants. 2 Débranchez. De temps en temps, éteignons les
ordinateurs, les vidéos, histoire de trouver un autre rythme,
« un nouvel espace pour la solitude et l’ennui ». 3 Célébrez
l’ennui. « L’ennui est devenu le grand péché de notre société,
déplore-til. S’ennuyer, c’est échouer. » Or les enfants, tout
comme les parents, ont besoin de s’ennuyer de temps en temps.
Pour créer. 4 Passez une semaine sans consulter un seul manuel
de parentalité. Pas un livre, pas une chronique, pas un site
internet. Délivrez-vous du bombardement de conseils et
faites-vous confiance. 5 Entourez-vous de parents qui, comme
vous, cherchent un autre chemin. Vous vous sentez seuls, dans
votre quête de lenteur, de temps libre, et de résistance à
performance à outrance? Erreur, dit-il. D’autres parents
s’interrogent comme vous. Trouvez-les. 6 Célébrez la
diversité. Observez autour de vous les personnes que vous
admirez. Demandez-leur comment elles ont grandi: avec le même
et unique parcours parascolaire archi-chargé? Probablement
pas. 7 Programmez du temps non programmé. Oui, c’est
paradoxal. Mais nous en sommes là, dit-il. Tous les jours, nos
enfants devraient avoir environ une heure de temps libre. (Ne
paniquez pas, le temps passé au service de garde, s’il est non
planifié, compte...) 8 Retrouvez votre équilibre. N’oubliez
jamais que vos enfants vous regardent, vous imitent,
apprennent de vous. Si vous voulez élever des enfants « en
équilibre », commencez pas retrouvez le vôtre. Comment ? En
établissant des priorités (voir point 1). 9 Conduisez votre
enfant à son entraînement de soccer (hockey, danse, gym,
etc.), puis... partez. Votre (omni) présence a tendance à
devenir claustrophobe, dit-il. « Donnez-lui un espace pour
jouer, avoir du plaisir, sans toujours avoir un oeil qui le
surveille derrière son épaule. » 10 Faites les choses pour
votre enfant, et non pour la galerie. « Posez-vous toujours la
question: pourquoi est-ce que je fais ça? conseille-t-il.
Est-ce vraiment un bon moment pour ajouter le violon à
l’emploi du temps de mon enfant? » 11 Percer la bulle de
surprotection qui entoure votre enfant. Vous n’osez pas le
laisser se promener seul dans le quartier? Promenez-vous à
pied et vous verrez: il n’y a pas de pédophile tous les 10
mètres. « La rue n’est pas un champ de bataille ! » 12 Ne
faites pas les devoirs de votre enfant. Dans unmonde idéal,
peutêtre n’existeraient-ils pas. En attendant, ils sont
obligatoires. Mais c’est à votre enfant de les faire. Pas à
vous. « Résistez à la tentation de trop faire. »
Fermes en péril
- L'UPA proteste contre le rapport St-Pierre
L’application
des propositions du rapport Saint-Pierre serait fatale pour de
nombreuses entreprises agricoles au Québec
Le principe de stabiliser le revenu des entreprises agricoles
est toujours aussi pertinent aujourd’hui, et même davantage
dans le contexte de
la mondialisation.
L’auteur est président général de l’Union des producteurs
agricoles (UPA).
Le rapport sur l’aide
de l’État en agriculture laisse entendre que l’agriculture
québécoise se traînerait les pieds, alors qu’elle se hisse
au rang des plus performantes d’Amérique du Nord, soutient
Christian Lacasse de l’UPA.
Ave c son récent r a
pp o r t sur le soutien de l’État en agriculture, Michel R.
Saint-Pierre avoue sans détour avoir voulu provoquer un «
électrochoc ». Disant vouloir se garder de la langue de bois,
il a effectivement franchi plusieurs pas, allant jusqu’à
blesser les agriculteurs dans leur fierté.
La mienne a été profondément offensée en lisant son document,
à l’instar de nombreux producteurs agricoles que j’ai
rencontrés. Plusieurs jugements de valeur parsèment son texte,
dont l’idée que les agriculteurs ont cessé « d’être des
entrepreneurs en se considérant comme des employés de l’État
». Voilà qui nous fait une belle réputation! Comment ajouter
foi à un tel travail, à plus forte raison que son analyse est
truffée de biais sur le plan méthodologique?
Le document laisse par ailleurs entendre que notre agriculture
se traînerait les pieds, alors qu’elle se hisse au rang des
plus performantes d’Amérique du Nord! Et ce, même si elle doit
composer avec sa nordicité, ce qui la désavantage largement
par rapport à nos voisins du Sud. Qui plus est, elle contribue
à offrir à nos concitoyens un des paniers d’épicerie les moins
chers parmi les pays industrialisés. Pas mal pour des gens
prétendument si peu entrepreneurs...
M. Saint-Pierre veut démontrer que le soutien de l’État à
l’agriculture est devenu un gouffre. C’est sa thèse, sinon la
commande qu’il a reçue... Nous ne sommes pas dupes. Il affirme
aussi que notre agriculture est soutenue davantage
qu’ailleurs, ce qui n’est pas le cas quand on s’en remet aux
chiffres de l’OCDE et à des indicateurs complets, ce qu’il n’a
pas fait, bien sûr. Il s’en prend particulièrement à
l’Assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA),
limitant son analyse à des paramètres qui appuient ses
conclusions.
Il s’est
gardé évidemment de remettre les choses en perspective.
Notamment de rappeler que l’agriculture a dû composer, ces
dernières années, avec une succession de crises sans
précédent: crise de la vache folle, qui a provoqué des pertes
de centaines de millions de dollars au Canada et dont nous ne
sommes pas encore relevés; sub-
Le principe derrière l’ASRA, créée il y a plus de 30 ans, est
de stabiliser le revenu des entreprises agricoles. Ce principe
est toujours aussi pertinent aujourd’hui, et même davantage
dans le contexte de la mondialisation. Il se base sur une
notion fondamentale que veut évacuer Michel Saint-Pierre: les
coûts de production, ce qu’il en coûte pour produire un filet
de porc, une douzaine d’épis de maïs ou un rôti de palette.
Ces coûts sont bien différents chez nous de ce qu’ils sont
dans des pays compétiteurs, tels le Mexique ou le Brésil, où
le climat peut permettre jusqu’à quatre ou cinq récoltes par
année, doit-on rappeler à ceux qui ont la comparaison
facile...
À ces coûts s’ajoutent également les attentes sociétales
envers notre agriculture, notamment en matière ventions
déloyales des Américains à leurs producteurs de céréales, qui
ont maintenu les prix au plancher des années durant;
dépréciation du dollar, dévastatrice pour nos exportations,
etc.
Ces crises se sont ajoutées à l’incertitude chronique des
marchés agricoles. Ceux-ci, faut-il savoir, ne suivent pas les
règles des autres marchés. Ils sont, par nature, volatiles et
incapables de rémunérer adéquatement les agriculteurs et leurs
coûts de production. Les programmes de sécurité du revenu
visent à contrebalancer ce phénomène. C’est la même chose dans
tous les pays industrialisés, où le soutien à l’agriculture
est considéré comme une fonction vitale. d’innocuité,
d’environnement, de méthodes de production, d’occupation et
d’entretien du territoire.
« Son testament », voilà comment M. Saint-Pierre qualifie le
rapport qu’il a produit, à l’aube de sa retraite. Sauf qu’en
proposant, comme il le fait, d’abolir le plus important
programme de soutien à l’agriculture québécoise (l’ASRA), ce
n’est pas son testament de fin de carrière qu’a signé M.
Saint-Pierre, c’est l’arrêt de mort, à plus ou moins brève
échéance, de nombreuses fermes dans nos régions rurales ainsi
que des emplois qui en dépendent... si jamais le gouvernement
décidait d’emboîter le pas à ses propositions.
La révolution des sexes bénéfique pour les hommes
Depuis 20 ans,
l’indice de bonheur des hommes augmente plus vite que celui
des femmes
On évoque souvent les affres que vivent les hommes roses
snobés par des femmes avides de virilité. Mais quand les
économistes se penchent sur la question, les résultats sont
clairs : les hommes ont beaucoup mieux vécu les chambardements
des rôles sexuels traditionnels.
Depuis deux décennies, l’indice de bonheur des hommes augmente
plus vite que celui des femmes. « Traditionnellement, les
femmes étaient plus heureuses que les hommes », explique
Betsey Stevenson, du Bureau national de recherche économique
des États-Unis, qui vient de publier une étude basée sur 40
ans d’études sur le bonheur aux États-Unis et en Europe. «
Mais cela a récemment changé. Aux États-Unis, l’indice de
bonheur des femmes baisse régulièrement depuis les années 90,
alors que celui des hommes reste inchangé. En Europe, les
indices des deux sexes augmentent, mais celui des hommes
grimpe plus vite, et il est passé devant celui des femmes. »
Toutes catégories
La tendance
touche toutes les catégories socioéconomiques : couples mariés
ou non, riches et pauvres, décrocheurs et détenteurs d’un
diplôme universitaire. « Il est très difficile de déterminer
exactement quel est le problème, mais il est clair que la
transformation des rôles traditionnels est plus difficile pour
les femmes que pour les hommes, même si ces derniers semblent
être ceux qui ont le plus à perdre. »
L’économiste, qui enseigne à l’Université de Pennsylvanie,
propose cinq hypothèses. « On sait qu’auparavant, le bonheur
des femmes était très étroitement lié au bonheur conjugal. Ce
n’est plus le cas. Peut-être y a-t-il des facteurs de stress
dans les couples qui affectent davantage les femmes que les
hommes. Deuxièmement, on voit très clairement, dans les
sondages sur les jeunes adultes, que les femmes se plaignent
de ne pas avoir de temps libre, de temps pour s’amuser, mais
qu’en même temps elles veulent être des exemples à la fois en
tant qu’épouse, mère et travailleuse. Troisièmement, il se
pourrait que la baisse de la cohésion sociale, l’éclatement
des réseaux sociaux traditionnels affecte plus les femmes que
les hommes. Enfin, il est possible que les femmes soient moins
tolérantes de ce qui reste en matière de discrimination
sexuelle, ou tout simplement qu’elles soient plus à l’aise de
parler de leur insatisfaction. En d’autres mots, que le
malaise silencieux de la banlieue dont parlait Betty Friedman
est maintenant sur la place publique. »
Les hommes tirent-ils une satisfaction quelconque de leur
bonheur quand ils voient les femmes de plus en plus
insatisfaites? « C’est certain que les hommes doivent s’en
rendre compte, au moins inconsciemment, dit Mme Stevenson. Ça
peut renforcer leurs sentiments positifs. Mais c’est une
relation impossible à calculer, les deux tendances sont
inextricables. »
Travailler,
c’est trop dur...
Vous avez
l’impression de vous défoncer à l’ouvrage, que les semaines de
travail sont de plus en plus longues, que vous n’arrivez plus à
« fournir » ? Eh Bien! vous n’avez pas tort. Une étude de la
sociologue Katherine Marshall, parue hier dans L’Emploi et le
revenu en perspective, une publication spécialisée de
Statistique Canada, montre qu’en 30 ans, le nombre moyen
d’heures travaillées des couples est passé de 58 à 65 heures par
semaine. Cela représente une hausse de 13% ou, si vous voulez,
l’équivalent d’une journée entière (un peu plus de sept heures)
de travail. Nous parlons ici de travail rémunéré.
Et dire que, justement dans les années 70, les futurologues nous
prédisaient la « civilisation des loisirs » dans les années
2000...
Les chiffres que nous venons de voir cachent toutefois en bonne
partie les bouleversements qui ont secoué le marché du travail
depuis trois décennies.
En 1976, les
familles où les deux conjoints travaillaient à l’extérieur ne
représentaient que 4 ménages sur 10, contre 7 sur 10 maintenant.
Évidemment, c’est l’arrivée massive des femmes sur le marché du
travail qui a tout changé. En 1976, dans 53% des ménages, seul
l’homme occupait un emploi. Aujourd’hui, cette proportion est
tombée à 21%.
Lorsque les deux conjoints travaillent, cela fait forcément
augmenter le nombre d’heures travaillées des familles.
Un des points les plus intéressants de l’étude concerne la
semaine de travail chez les familles où les deux conjoints
travaillent. En 1976, nous avons vu que ces ménages formaient
une minorité. Ensemble, les deux conjoints travaillaient à
l’extérieur, à cette époque, 77,2 heures en moyenne par semaine
(33,8 heures pour les femmes et 43,3 heures pour les hommes). En
2008, la semaine de travail des conjoints se situait à 76,7
heures (34,7 heures pour les femmes et 42 heures pour les
hommes).
Les résultats de
l’enquête montrent que, dans l’ensemble, 46% des hommes, mais
seulement 33% des femmes, supportent un niveau de stress
tolérable. À l’inverse, seulement 19% des répondants masculins
vivent un niveau de stress élevé, contre 30% chez les femmes.
C’est dire qu’en ce qui concerne les ménages à deux revenus, le
nombre d’heures de travail n’a pratiquement pas bougé en 30 ans.
On peut noter une très légère augmentation des heures
travaillées chez les femmes, et une très légère diminution chez
les hommes. Pourquoi alors a-t-on l’impression de courir comme
des fous à longueur de journée ?
Parce qu’il y a plus de ménages à deux revenus, c’est aussi
simple que cela.
Dans les années 70, lorsqu’un seul conjoint occupait un emploi,
la deuxième ( je l’écris au féminin pour des raisons évidentes)
s’occupait généralement des courses, du ménage, des travaux
domestiques, des enfants. Lorsque cette deuxième conjointe est
entrée à son tour sur le marché du travail, comme cela s’est
produit massivement, le couple doit se partager les travaux
domestiques, et la charge globale de travail augmente pour les
deux conjoints, surtout quand il y a des enfants. Même si la
participation des hommes aux tâches domestiques tend à
augmenter, les femmes continuent d’y consacrer plus d’heures.
L’étude s’étend longuement sur le stress lié au manque de temps.
Pour mesurer l e niveau de stress relié à des horaires
surchargés, on recueille des renseignements auprès d’un
échantillonnage représentatif de répondants.
Ceux-ci sont
invités à répondre par oui ou par non à dix propositions comme «
Je sens que je n’ai plus le temps de m’amuser », « Je crains de
ne pas passer assez de temps avec ma famille ou mes amis » ou «
À la fin de la journée, j’ai souvent l’impression que je n’ai
pas accompli ce que je voulais accomplir ».
Un score de zéro à trois réponses positives indique un niveau de
stress tolérable. À plus de sept réponses posit ives, on
considère que le niveau de stress lié aux horaires surchargés
est extrême.
Les résultats de l’enquête montrent que, dans l’ensemble, 46%
des hommes, mais seulement 33% des femmes, supportent un niveau
de stress tolérable. À l ’ i nverse, seulement 19 % des
répondants masculins vivent un niveau de stress élevé, contre
30% chez les femmes.
Chez les couples à deux revenus comptant au moins un enfant de
moins de six ans, le niveau de stress extrême grimpe à 24% chez
les hommes et 38% chez les femmes.
Enfin, l’étude établit qu’il existe toujours un écart salarial
important entre les hommes et les femmes, mais que celui-ci tend
à s’amenuiser. En 2008, les gains hebdomadai res moyens des
hommes (avant impôts) se situaient à 1040$, contre 74 0 $ pour
les femmes, un écart de 41%. Dix ans plus tôt, cet écart
atteignait 52%. Comme les femmes diplômées universitaires sont
maintenant plus nombreuses que les hommes sur le marché du
travail, leurs salaires augmentent plus rapidement. Ainsi, entre
1997 et 2008, l’augmentation a été en moyenne de 6,7% chez les
hommes et de 15,4% chez les femmes.
D’autre part, l’écart de 41% ne tient pas compte de la longueur
de la semaine de travail, plus longue chez les hommes que chez
les femmes. Heure pour heure travaillée, l’écart fond à 19%.
Le
plafond de verre existe-t-il encore ?
L’ascension
des femmes au travail est plus facile qu’avant, selon une
spécialiste
VIE AUTRAVAIL
Le fameux plafond de verre, cette entrave invisible qui
empêcherait les femmes d’accéder aux plus hauts niveaux
décisionnels dans les organisations, est une idée du passé.
PHOTOALAIN ROBERGE, ARCHIVES
LA PRESSE
Si certaines femmes ont les
mêmes ambitions de carrière que le modèle masculin standard,
un grand nombre d’entre elles ont d’autres priorités, selon
la psychologue Susan Pinker.
C’est ce que soutient Susan Pinker, psychologue montréalaise,
chroniqueuse et auteure du livre Le sexe fort n’est pas celui
qu’on croit, qui vient de paraître.
Une telle déclaration pourrait faire grincer des dents à
certaines féministes. Mais ce n’est pas l’objectif de Mme
Pinker, qui a passé deux ans à faire des recherches sur les
différences entre hommes et femmes dans le monde du travail
pour écrire son livre.
« À mon avis, maintenant, les entreprises veulent bien avoir
des femmes aux plus hauts niveaux, dit-elle. Le problème,
c’est qu’elles ont de la difficulté à retenir les femmes pour
ces postes, à cause d’une combinaison de facteurs. »
Ces facteurs ne sont pas uniquement reliés à l’éducation des
enfants et à la famille, ni une question de culture ou de
sexisme. Ils sont davantage reliés aux préférences des femmes.
On ne peut pas généraliser, souligne la psychologue, mais il
reste que si certaines femmes ont les mêmes ambitions de
carrière que le modèle masculin standard, un grand nombre
d’entre elles ont d’autres priorités.
Pour la plupart, l’important n’est pas de grimper les échelons
le plus vite possible et de gagner beaucoup d’argent, croit
Mme Pinker. Elles cherchent avant tout un travail valorisant,
une meilleure qualité de vie et une carrière qui leur permet
de contribuer positivement à la société en interagissant avec
les autres.
« Traditionnellement, on a pensé que pour accéder aux mêmes
avantages que les hommes, il fallait être exactement comme
eux, et que toutes les différences entre les sexes étaient
construites culturellement, dit-elle. On pensait que si on
détruisait ces raisons culturelles, tout le reste allait
suivre. Mais ce n’est pas ce qui se passe. »
T ravai l ler 80 heures par semaine pour devenir associé dans
un bureau d’avocats ou PDG intéresse moins les femmes en
général, parce qu’elles ne sont pas les clones des hommes,
selon elle. C’est pourquoi plusieurs décrochent avant
d’atteindre les sommets.
Égalité des chances
« On croyait que si on donnait aux femmes les mêmes
possibilités, elles allaient réagir comme les hommes, en
choisissant les mêmes professions, les mêmes cheminements de
carrière et les mêmes horaires, mais ce n’est pas le cas »,
constate la psychologue.
On a beau faire la promotion des professions en sciences pures
et en génie auprès des jeunes femmes, les plus douées
choisissent majoritairement les domaines reliés à la santé,
comme la médecine.
En fait, cette
possibilité de choisir a un effet paradoxal: plus les femmes
ont de choix, et plus elles choisissent des parcours
différents des hommes. L’égalité des chances est essentielle,
mais ne garantit pas l’égalité des résultats. Et c’est tant
mieux, affirme l’auteure.
« Le message principal de mon livre, c’est que ce n’est pas
vrai que les hommes sont plus forts parce qu’ils suivent un
modèle de réussite où le travail prime sur tout, dit-elle. Ce
n’est pas une vie nécessairement désirable. Il faut remettre
en question ces valeurs. »
Une question de pouvoir
Pour Élaine Émond, codirectrice du Centre de développement
femmes et gouvernance de l’ENAP (École nationale
d’administration publique), le plafond de verre existe encore,
et il faut lutter contre lui.
« Mais il ne faut pas mettre tout ça sur le dos des hommes,
dit-elle. C’est plutôt une question de mentalité masculine
qu’on a développée comme société pour ce qui concerne le monde
du pouvoir. Même s’il y a plus de femmes qu’avant à des postes
élevés, le modèle du leadership demeure masculin. »
Selon elle, les dirigeants masculins vont chercher les gens
qu’ils connaissent pour combler les postes importants, et se
renvoient l’ascenseur entre eux. « Pour l’instant, il faut
admettre qu’il n’est pas évident qu’on vienne chercher des
femmes pour des postes d’influence. »
Et si les femmes veulent influencer la société, elles doivent
accéder à des postes de pouvoir, en proportion du nombre de
femmes dans la population, selon elle.
Repenser le modèle du travail
Si les entreprises veulent garder les femmes douées et
qualifiées, elles devront reconnaître les différences entre
les sexes et faire preuve de souplesse dans l’organisation du
travail, selon Susan Pinker. Et ce, autant pour les hommes que
pour les femmes.
D’ailleurs, ces changements pourraient bien se faire grâce à
la générationmontante, croitÉlisabeth Deschênes, PDG de
l’agence de publicité Zoum Armada.
« Les jeunes de la génération Y ont des caractéristiques
communes allant au-delà des sexes, dit-elle. J’ai des jeunes
hommes dans mes équipes de création, où, historiquement, on
travaillait jusqu’à 10h le soir. À 17h30, ils s’en vont, parce
que leur vie familiale et personnelle est très importante. »
Selon elle, les choses vont changer car à l’avenir, hommes et
femmes partageront de plus en plus la même vision de la
qualité de vie.
Carrière ou
famille, pourquoi choisir ?
Est-ce
possible? S’il faut en croire une récente enquête américaine,
les jeunes femmes ne se posent plus cette existentielle
question: elles ont vu leurs mères travailler, et elles
comptent bien en faire autant. Mieux: elles veulent une
carrière, une vraie. Même (surtout?), si elles ont des
enfants.
C’est ce qui ressort d’une étude longitudinale rendue publique
le mois dernier par le Families and Work Institute américain,
un groupe d’experts à but non lucratif de recherche sur les
tendances en matière de travail et de vie de famille.
Surprise: alors qu’en 2002, moins d’une fille sur deux (48%)
de moins de 30 ans pensait poursuivre sa carrière après avoir
fondé une famille (c’était l’époque, souvenez-vous, de la
fameuse tendance du opting out), elles sont aujourd’hui
largement majoritaires (69% des femmes avec enfants, 66% des
femmes sans), à vouloir continuer de gravir les échelons.
C’est l’une des premières fois qu’hommes et femmes témoignent
d’une semblable ambition professionnelle, souligne
l’organisme, qui a sondé 3500 jeunes travailleurs (salariés ou
autonomes) de moins de 30 ans.
C’est aussi l’une des premières fois que les jeunes hommes
affirment passer autant de temps avec leurs enfants: de 2,4
heures par jour en 1977, ils disent passer aujourd’hui plus de
quatre heures par jours en famille (comparativement à cinq
heures pour les mères). Conséquence: les jeunes pères sont
aussi plus nombreux que les mères à trouver difficile (à 45%,
contre 39% des mères) la conciliation famille-travail.
À noter : les
jeunes ne sont toutefois pas tous convaincus que ces mères qui
travaillent soient pour autant de très bonnes mères. Un homme
sur trois, et deux femmes sur 10 continuent de les voir d’un
mauvais oeil.
Entre autres données intéressantes, soulignons que de plus en
plus de femmes (26%) commencent à gagner autant, sinon plus,
que leurs conjoints.
Ces chiffres confirment une tendance observée dans plusieurs
pays occidentaux, notamment au Québec, commente Jacques Hamel,
professeur de sociologie à l’université de Montréal. « Ce sont
des enfants des baby-boomers. C’est une génération qui a connu
le double revenu des parents. C’est devenu une norme de
compter sur le double revenu dans le ménage », dit-il.
Dans le cadre d’une enquête réalisée pour l’Observatoire
Jeunes et Société de l’INRS, le sociologue a interrogé plus de
6000 jeunes cégépiens et universitaires pour sonder leurs
valeurs. Verdict? « Aujourd’hui, les filles sont majoritaires
dans des domaines jadis réservés aux garçons. En médecine, par
exemple. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elles envisagent une
carrière. » Mais pas à n’importe quel prix, nuance-til. «
C’est très net : ce ne sera pas une carrière au sens
traditionnel du terme. Elles ne veulent pas travailler 60
heures par semaine, se défoncer au travail, ou ne miser que
sur ça. »
Quant au temps passé en famille par les pères, Jacques Hamel
doute qu’il soit si important. Un rapport récent du Conseil de
la famille a en effet révélé que les pères s’engageaient
certes au sein de la famille, mais consacraient aussi moins de
temps qu’avant aux enfants, perdant davantage de temps en
déplacements. D’où, peut-être, cette plus difficile
conciliation entre boulot, métro, et dodo.
Les mères québécoises plus actives que les
françaises - Sylvia Galipeau
Vrai, les
Françaises ont un taux de fécondité quasi inégalé dans le
monde occidental, avec 1,94 enfant par femme. Vrai, elles
ont aussi un taux d’activité très élevé, à 80%. Mais,
surprise, les Québécoises sont désormais encore plus
actives qu’elles, tout particulièrement quand elles ont de
jeunes enfants.
C’est ce qui ressort d’un nouvel ouvrage comparatif entre
les deux pays, Concilier travail et famille, le rôle des
acteurs France-Québec, publié aux Presses de l’Université
du Québec.
Premier constat: le taux d’activité des Françaises ayant
de jeunes enfants de moins de 3 ans était de 60% en 2003,
par rapport à 73% au Québec. Les enfants grandissant,
l’écart se réduit, mais les Québécoises demeurent malgré
tout plus actives: ainsi, le taux d’activité des
Françaises ayant des enfants de 3 à 6 ans passe à 74%, par
rapport à 77% au Québec. En fait, le taux d’activité des
Françaises baisse fortement (chutant de 20 points),
lorsqu’elles passent de un à deux, puis de deux à trois
enfants.
Diane-Gabrielle
Tremblay,
codirectrice de la publication, et professeure d’économie
et de gestion à la Téluq de l’UQAM, s’est dite surprise de
constater à quel point en France, la garde des jeunes
enfants reposait sur le dos des mères. Si les enfants
entrent à l’école à 3 ans, faute de « crèches » en nombre
suffisant, « entre 0 et 3 ans, c’est beaucoup plus souvent
les parents, typiquement les femmes, ou encore la famille
élargie, qui s’occupent des enfants, ditelle. Au Québec,
le rôle très important des services de garde fait que le
taux d’activité des femmes est assez élevé. »
Le taux d’activité des mères françaises augmente avec leur
taux d’obtention d’un diplôme. Si elles travaillent dans
une proportion de 78% quand elles n’ont aucundiplôme (quel
que soit l’âge de leur enfant), ce chiffre grimpe à 94% si
elles ont un diplôme d’études supérieures.
Autre constat: le travail dit « domestique », demeure, en
France comme ici, encore du ressort des femmes, qui y
consacrent près de deux fois plus de temps que les hommes
(à 69% en France, et 61% ici). Si la répartition est plus
égalitaire ici, les auteurs confirment que c’est parce que
les pères assument une part plus importante des tâches,
mais aussi parce que les mères québécoises travaillent
davantage. En clair: le partage des tâches est plus
équitable lorsque les deux parents travaillent à temps
plein.
La popularité du congé de paternité pourrait changer la
donne et pousser vers encore plus d’équité. L’apparition
du congé paternel (de trois à cinq semaines ici, et de
deux semaines en France) a déjà un succès incontestable,
confirme l’ouvrage: en 2006, 40% des pères québécois ont
pris les semaines qui leur étaient réservées. L’année
suivante, 60% s’en sont prévalus (alors que seuls 14% des
pères canadiens prennent une partie du congé parental
prévu au régime canadien). En France, entre 2003 et 2004,
les deux tiers des pères concernés en ont bénéficié. « On
sait que cela a ensuite un impact sur la participation des
pères, souligne Diane-Gabrielle Tremblay. Ce sont des
pères qui vont s’occuper davantage des enfants. » À
suivre.
Maman danse la salsa - Sylvia Galipeau
C’est
l’histoire d’un gars, prof de salsa, qui a du flair. Après
la danse pour enfants, voilà qu’il vient de lancer un cours
réservé à un marché en pleine expansion: les nouvelles
mamans.
Lundi matin, 10h30. Nous sommes dans le sous-sol d’un
complexe sportif à Laval, dans une grande salle pleine de
miroirs, avec, debout, une bonne dizaine de mamans en rang.
On se croirait en plein tournage d’une pub pour porte-bébés.
C’est que chacune des mamans porte son bébé sur le ventre,
symétriquement, suivant religieusement les instructions de
l’enseignant. On tourne à gauche: « Un, deux trois, pause,
cinq, six, sept, pause. » Toutes les mères tournent en
choeur, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Certaines
tiennent la tête de leur enfant, d’autres son dos, ou encore
ses mains. Plusieurs petits coquins suivent le rythme avec
leurs pieds. Le spectacle est de toute beauté.
Quelques minutes à peine après le début du cours, un premier
poupon s’endort, au rythme de la musique et du déhanchement
de sa maman. Ici, un enfant crie, là, une mère rit.
L’ambiance, c’est clair, est à la fête.
À
Montréal, deux cafés pour mamans proposent déjà des cours
de salsa du genre. On pense ici à Kavaloo, avenue Van
Horne, et Maman, bébé et café, rue Sherbrooke. Mais la
différence, ici, c’est que l’activité n’émane pas d’un
centre destiné aux mamans, mais d’une vraie de vraie école
de danse latine, Baila Productions, à Laval, qui, flairant
un bon filon, vient tout juste d’ajouter un nouveau cours
à son programme. Un peu comme si l’Académie culinaire
offrait tout à coup un cours pour les mamans, ou la SAQ,
une activité de dégustation pour jeunes mères.
Il faut dire qu’un grand nombre de nouvelles mamans
prennent congé un an, passant du jour au lendemain du
stade de femme occupée à mère au foyer, et se retrouvent
du coup souvent isolées. D’où l’intérêt des activités
variées du genre. Chose que les cardio-poussettes de ce
monde ont compris depuis quelques temps. Visiblement,
donc, l’offre « maman » s’élargit tranquillement. «
J’adore, c’est vraiment le fun comme activité avec mon
bébé! Parce que oui, à longueur de semaine à la maison, je
m’ennuie un peu », confirme Mireille Gauthier, rencontrée
cette semaine, après son premier cours de salsa avec bébé.
« J’ai fait beaucoup d’activités avec mon enfant, et c’est
ce que j’ai trouvé de mieux », enchaîne Catherine Baril,
avec sa petite Flavie tout endormie. Mieux que le
cardio-poussette « où c’est juste la maman qui fait
l’exercice, pendant que bébé reste dans la poussette » ;
mieux, aussi, que l’aquapoussette, « où bébé gèle ». «
Ici, ce n’est pas juste pour la maman, c’est vraiment pour
les deux », résume-t-elle.
« C’est un de mes meilleurs cours, indique par ailleurs
Ilias Benz, le professeur et co-fondateur de l’école Baila
productions. C’est le plus facile à donner. Je ne sais pas
pourquoi, mais ce sont elles mes clientes qui manifestent
le plus leur joie, dit-il. Je pense qu’elles sont vraiment
contentes de faire une activité comme ça, parce qu’à la
maison, elles en ont plein les bras. »
Net
recul pour les femmes- La série télé d’Anne-Marie Losique perpétue
la banalisation et la glorification du commerce du sexe
Les propriétaires
de bar accroîtront leur notoriété et leur « respectabilité »,
tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce « métier »,
présenté
comme étant glamour et lucratif.
L’auteure est membre fondatrice de la Concertation des luttes
contre l’exploitation sexuelle (CLES).
L’émission
d’Anne-Marie Losique, Pole position Québec, servira à la
promotion des bars de danseuses nues pour le plus grand
bénéfice de leurs propriétaires.
L’annonce d’une série télévisée, intitulée Pole position Québec,
produite et animée par Anne-Marie Losique, mettant en
compétition des danseuses nues et des vedettes du porno, est une
bien triste nouvelle.
La diffusion de cette série par la télévision, la rendant ainsi
accessible au grand public même s’il s’agit de la télé payante,
s’inscrit dans la banalisation accélérée et la glorification du
commerce du sexe observées au cours de la dernière décennie.
S’il est vrai que le Québec est en train d’acquérir une
réputation internationale pour ses bars de danseuses nues, cela
n’a rien de réjouissant. Cette tendance devrait nous inquiéter,
non d’un point de vue puritain, mais parce qu’elle constitue un
net recul pour la lutte des femmes pour l’égalité et le respect
de leurs droits.
Il ne s’agit pas ici uniquement d’exposer des femmes nues ou
légèrement vêtues dansant autour d’un poteau, mais d’une
incitation directe à la consommation de tels spectacles qui
poussent les hommes à acheter des « services sexuels »,
autrement dit à devenir des clients prostitueurs.
Pour ceux qui croient qu’il s’agit d’une prestation artistique
sans conséquence, rappelons que, à la suite du jugement de la
Cour suprême du Canada d’autoriser la dansecontact (en décembre
1999), impliquant des attouchements sexuels entre danseuses nues
et clients dans les isoloirs, cette pratique, dénoncée par un
certain nombre de danseuses nues de Toronto comme étant de la
prostitution, s’est rapidement généralisée dans les bars de
danseuses au Québec.
À présent, dans la plupart des bars de danseuses, au lieu d’être
rémunérées par les propriétaires de bars pour leur prestation,
ce sont les danseuses qui doivent payer un droit au propriétaire
pour avoir accès aux clients qu’elles doivent satisfaire dans
des isoloirs pour obtenir rémunération.
Dans ce
contexte, on comprend que l’émission de Mme Losique servira à
la promotion de cette pratique pour le plus grand bénéfice des
propriétaires de bar. Ces derniers accroîtront ainsi leur
notoriété et leur « respectabilité », tout en attirant
davantage de jeunes femmes vers ce « métier », présenté comme
étant glamour et lucratif. La décision de diffuser ce genre
d’émission à la télévision relève donc d’un choix politique
très discutable.
Bien entendu, la prolifération de bars de danseuses nues
s’inscrit dans un contexte plus large où la culture
pornographique envahit de plus en plus notre espace et pénètre
tous les foyers (via internet et la télé). Des études montrent
que la consommation accrue de la pornographie et de la
prostitution influence en profondeur les relations entre les
hommes et les femmes. Cela reproduit et propage une
représentation des rapports sexuels calqués sur le rapport
entre client et prostituée, qui rend plus difficile de
concevoir des rapports sexuels réciproques, non commerciaux,
entre êtres humains.
À Montréal comme ailleurs au pays, la multiplication
d’établissements qui encouragent et tirent profit de diverses
formes de prostitution est devenue très visible. Bars de
danseuses nues, salons demassages érotiques, agences
d’escortes, et autres commerces annoncent impunément des «
services sexuels » dans les médias, malgré les lois
canadiennes qui interdisent la tenue de « maison de débauche »
et le proxénétisme.
Il est affligeant de constater le laxisme des autorités qui
ferment les yeux sur ce type de commerce, n’intervenant que
lorsqu’on soupçonne l’implication de mineures. Autrement,
c’est la politique de l’autruche qui prime.
Soyons clairs. La prostitution n’est pas une question de
liberté sexuelle et son acceptation sociale ne la rend pas
inoffensive pour autant. Elle ne peut être réduite à une
question de santé publique, comme l’affirment certains milieux
qui préconisent la décriminalisation totale, sous prétexte de
mieux lutter contre le VIH/sida. Les impacts sociaux
désastreux de la prostitution sur les femmes et les enfants
qui s’y laissent prendre sont multiples et bien documentés. Il
faut tirer les leçons des pays qui ont choisi de légaliser la
prostitution (tels les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Australie et
la Nouvelle-Zélande), voulant ainsi tirer profit de cette
industrie, et qui en subissent aujourd’hui les graves
conséquences.
Il est urgent de susciter un vaste débat public pour réfléchir
aux enjeux sociaux de l’exploitation sexuelle commercialisée.
Veut-on faire du Québec une nouvelle destination du tourisme
sexuel pour lutter contre la crise économique? Le plus grand
obstacle à la lutte contre la prostitution, c’est de croire
qu’elle est inévitable.
Dans le contexte de grave crise économique comme celle que
nous traversons, il est urgent de se doter d’une véritable
politique en matière de prostitution qui tienne compte de
l’intérêt commun à long terme.
Pour cela, il faut suspendre immédiatement toute répression à
l’endroit des personnes qui y sont contraintes pour survivre
et cesser de banaliser la prostitution.
AÏE! VOUS
VOULEZ VOUS MARIER? - Marc Tison
Injustes
noces… Désunion de fait… Quelques précautions financières
préalables vous éviteront des déconvenues postérieures.
Pas de mariage en rouge
Première mise en garde de Lise Morin, conseillère budgétaire
à l’ACEF de l’Est de Montréal: c’est une mauvaise idée –
voire un mauvais présage – de s’endetter pour se marier.
« Il y a de nombreuses possibilités de faire des cérémonies
qui ont du sens sur le plan symbolique sans que ce soit très
coûteux », assure-t-elle.
Voilà, c’est dit.
Discuter tôt entre égaux
Au début d’une relation entre jeunes adultes, les revenus
sont souvent équivalents. Mais l’écart se creuse après
l’arrivée d’un premier enfant – généralement en faveur des
hommes, observe Hélène Belleau, professeure à I NRS
Urbanisation Culture Société. « C’est pourquoi je suggère
aux jeunes mariées de discuter des questions financières dès
que possible, au début de la relation, recommande-t-elle. Il
est plus facile de le faire quand les salaires des deux sont
égaux que lorsque l’on a un salaire nettement moindre. Quand
on discute des questions financières et qu’on a un salaire
inférieur, on craint généralement de passer pour intéressé…
et de défendre ses petits intérêts personnels, ce qui va à
l’encontre de l’idéal amoureux. »
Inventaire
« Dès le départ, il faudrait dresser la liste des biens et
de la valeur des biens qui nous appartiennent », propose la
planificatrice financière et fiscaliste Josée Jeffrey. Au
départ, on sait très bien quel est l’apport de chacun. Mais
le temps estompe les souvenirs et exacerbe les différends. «
Ce sont des choses ennuyeuses, mais quand il y a des
règlements de comptes, c’est plus simple. »
Prudence avec le compte commun
« Si l’union ne dure pas depuis un certain nombre d’années,
il ne faut pas tout mettre en commun, prévient Lise Morin.
Une union sur deux ne tient pas la route. »
En effet, nos experts sont unanimes. Chacun doit conserver
son compte personnel et n’ouvrir un compte commun que pour
les dépenses communes. « Tant qu’on n’a pas acheté de maison
ou qu’on n’a pas d’enfant, je ne vois pourquoi il y aurait
un compte commun », soutient la planificatrice financière
Lison Chèvrefils.
LanotaireDeniseArchambault résume les risques d’un seul
compte pour le couple. « Décès et inaptitude: le compte est
gelé. Faillite : le compte peut y passer. Malhonnêteté d’un
conjoint : le compte VA y passer. »
Les revenus sont-ils inégaux ?
Une femme, dont la vie était bien organisée et
financièrement équilibrée, a quitté un appartement en
coopérative pour vivre avec un homme qui gagnait beaucoup
plus qu’elle. Elle a tenté d’ajuster son rythme de vie au
sien. « Elle avait des dettes depuis que cet homme était
dans sa vie », observe Lise Morin. La solution la plus
équitable consiste à partager les dépenses communes au
prorata des revenus. Celui qui apporte 40% des revenus du
ménage paie 40% des dépenses communes. Un arrangement
similaire peut se faire à la pièce. « Si une des deux
personnes se sert beaucoup plus que l’autre de la voiture
familiale, les dépenses peuvent être partagées au prorata de
l’utilisation », suggère Lison Chèvrefils.
Un minimum de discrétion
Si l ’écart des revenus est important, le conjoint (souvent
la conjointe) moins riche peut n’avoir que très peu d’argent
discrétionnaire, malgré le partage des dépenses au prorata
des revenus. Hélène Bel leau suggère des arrangements
compensatoires, en donnant l’exemple de revenus de 20 000$
et 100 000$. « Les conjoints peuvent convenir que le calcul
ne tiendra pas compte des premiers 15 000 $ que chaque
conjoint touchera, propose-t-elle. Ainsi, une personne qui
gagne 20 000$ aura tout de même 15 000 $ pour ses dépenses
personnelles. »
Si les conjoints gèrent plutôt en mettant leurs revenus en
commun, les surplus budgétaires « peuvent être redistribués
à parts égales dans les comptes personnels de chacun »,
suggère la chercheuse.
Le grand principe est que chacun ait une somme minimale dont
il pourra disposer à sa guise, sans en rendre compte à son
conjoint.
Carte de crédit et marge de crédit communes
Lison Chèvrefils met vigoureusement en garde contre les
marges de crédit et cartes de crédit communes. Sans doute
est-il plus facile d’obtenir un prêt en commun, surtout
quand un des deux conjoints possède un dossier de crédit peu
reluisant. C’est justement là que réside le risque : une
séparation survient et la fourmi se retrouve avec les dettes
de la cigale. « Je l’ai encore vu il y a deux semaines »,
raconte la planificatrice. Une femme s’était portée garante
de la marge de crédit de son conjoint, qui l’a quittée
ensuite. Si elle retirait sa caution, l’homme risquait la
faillite. « Elle a décidé de laisser les choses en l’état,
mais elle était coincée et il s’agissait d’une grosse somme.
»
Chacun sa carte et sa marge personnelle, donc. « Mais que
chacun connaisse les dettes de l’autre, s’ils veulent que ce
soit clair, précise Josée Jeffrey. Plus c’est transparent,
mieux c’est. »
Meubler trop vite
Nouveau couple? Il faut absolument un téléviseur à grand
écran et une laveuse à chargement frontal. « On part
ensemble à neuf ; on meuble de la cave au grenier en
achetant maintenant et en payant dans trois ans, dénonce
Denise Archambault. D’un coup sec, la télé n’est plus bonne
et la laveuse ne lave plus blanc. »
Rien n’oblige à tout avoir en même temps. « Il sera toujours
temps dans cinq ans, si on épargne, de se procurer ce dont
on rêve, soutient Lise Morin, conseillère budgétaire à
l’ACEF de l’Est de Montréal. Ce n’est pas la période la plus
riche de la vie, et on ne veut pas déjà se mettre dans une
situation de perte de pouvoir d’achat, où tout coûte plus
cher parce qu’on paie des intérêts. »
Partager à deux les dettes (d’un seul...)
On s’installe, on cohabite, et on offre de partager le
remboursement des prêts contractés par l’être aimé et
endetté.
Sur le même principe, un conjoint ajoute les dettes de sa
petite entreprise autonome au prêt de la maison achetée en
commun. Myopie amoureuse…
Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des arrangements qui
augmenteront l’acrimonie en cas de séparation. « Tu m’as
fait payer la moitié de tes dettes! » entendra-t-on 10 ans
plus tard, prévient Denise Archambault.
Lise Morin, de l’ACEF de l’Est, en a vu un exemple récent. «
Une dame est venue dans mon bureau aujourd’hui et toutes ses
dettes avaient été causées par son conjoint, narre-t-elle.
Il ne pouvait pas avoir de crédit à la suite d’une faillite,
et sa vieille voiture a demandé beaucoup de réparations.
Elle a tout mis sur ses propres cartes de crédit. Ils se
sont séparés au bout de deux ans et elle reste avec ses
dettes à lui. »
Chacun
pour soi, donc.
REER
Simplifiez-vous la vie. La veille du mariage – le
surlendemain peut faire l’affaire aussi –, ouvrez un nouveau
compte REER distinct de celui que vous détenez déjà, où
seront versées vos nouvelles cotisations. « Le REER fait
partie du patrimoine familial, rappelle Josée Jeffrey. Il
sera dif-
ficile de déterminer la valeur du REER avant et après le
mariage.
Soutien pour enfants
L’un des nouveaux mariés a des enfants? « Au Québec, le
calcul du soutien pour enfants sur la base du nouveau revenu
familial se fait dès le mois suivant, explique Josée
Jeffrey. Il faut informer la Régie des rentes du changement
dans le mois suivant le mariage. »
« Du côté de la prestation fiscale fédérale pour enfants, le
calcul est basé sur la situation familiale au 31 décembre,
ou sur la nouvelle situation familiale, selon la plus
avantageuse des deux, ajoutet-elle. La plupart du temps, la
situation familiale au 31 décembre est plus avantageuse. La
prestation ne change que le 1er juillet de l’année suivante.
»
Dans le cas des nouveaux conjoints de fait, le nouveau
ménage n’est reconnu qu’après 12 mois de vie commune.
Une assurance vie ?
Quand doit-on songer à souscrire une assurance vie? Dès
qu’il y a vie commune et responsabilités communes, répond la
planificatrice financière Lison Chèvrefils. « Si on est en
logement et que l’un décède, l’autre se retrouve avec un
loyer à payer seul, et peut-être y a-t-il des meubles qui ne
sont pas entièrement payés. »
Le principe est le suivant : dès lors que notre décès
mettrait un proche en difficulté financière, il y a lieu de
contracter une assurance vie.
« On prend une petite assurance symbolique, avec un avenant
de garantie d’assurabilité pour le futur – le futur étant la
maison qu’on va acheter, les enfants qu’on va avoir, indique
Lison Chèvrefils. Il n’est pas nécessaire de prendre une
protection de 250 000$ tout de suite. » Lors d’un futur
renouvellement, on n’aura pas à faire la preuve de son bon
état de santé.
Mariés ou conjoints de fait?
La nuance est importante. Les couples mariés ou unis
civilement sont soumis à la Loi sur le patrimoine familial.
Les conjoints de fait en sont exclus. La Loi sur le
patrimoine a préséance sur le régime matrimonial ou le
testament. Elle touche la résidence principale, la résidence
secondaire, les meubles, les voitures servant aux
déplacements de la famille, les sommes et droits accumulés
pour la retraite. La valeur que ces biens ont acquise durant
le mariage est partageable en deux à la fin de l’union.
Faut-il un contrat de mariage?
Le contrat de mariage est-il indispensable? « La réponse est
non, mais il est très recommandable, insiste la notaire
Denise Archambault. Les gens font l’erreur de penser que
depuis la Loi sur le patrimoine, le contrat de mariage n’est
plus bon. »
Ce document est plus court qu’autrefois, mais il est encore
indispensable si on choisit un autre régime matrimonial que
la société d’acquêts, imposée par défaut par le Code civil.
Selon ce régime, la valeur de tous les biens acquis durant
le mariage ( patrimoine familial exclus) est partageable
pour moitié à la fin du régime – que cette conclusion soit
un décès ou une séparation.
Plusieurs juristes, dont Denise Archambault, lui préfèrent
le régime de séparation de biens. Il sépare les biens acquis
par chacun en dehors du patrimoine familial, mais son grand
avantage est surtout de séparer les dettes. Sous ce régime,
un conjoint ne sera pas responsable des dettes de l’autre.
Fort utile lorsqu’un conjoint possède une petite entreprise
en voie de faillite.
Sous ce régime, si l’un des conjoints a une situation
financière plus stable, le couple marié aura avantage à
inscrire la maison au nom de celui-ci, suggère Me
Archambault. En cas de faillite de l’autre conjoint, la
maison ne sera pas entraînée dans le naufrage. Et en cas de
séparation, la Loi sur le patrimoine viendra tout de même en
faire le partage égal.
Pour les conjoints de fait, la question se pose autrement :
ils ne sont pas reconnus par le Code civil. Une convention
de conjoints de fait décrira comment s’effectuera le partage
des biens et des responsabilités.
Faut-il un testament?
Le testament est-il nécessaire si on se marie ou que l’on
vit en commun? « Un testament est nécessaire dès l’âge de 18
ans si on ne veut pas laisser le Code civil déterminer qui
seront nos héritiers », rappelle Me Denise Archambault.
S’il n’y a pas d’enfants, le Code civil attribue les biens
du défunt en partie à son conjoint marié et en partie aux
héritiers légaux, mais il n’attribue rien au conjoint de
fait. Urgence testament.
Vous avez déjà accumulé quelques épargnes REER ? Vous voulez
vous assurer que votre conjoint en sera bénéficiaire si vous
décédez, de telle sorte que le paiement de l’impôt soit
reporté? Dans le jargon, c’est ce qu’on appelle le roulement
fiscal au conjoint. Seul un testament permet de le garantir.
On pouvait autrefois désigner un conjoint bénéficiaire lors
de l’ouverture du compte, mais un jugement a invalidé cette
procédure.
Quel est le plus fort: le contrat de mariage ou le
testament?
Question d’un lecteur : « J’ai toujours entendu dire que le
contrat de mariage prime le testament. Donc, si un contrat
de mariage stipulait "au dernier vivant les biens", cela
primerait ce qui pourrait être écrit dans un testament
subséquent? »
La réponse est non, indique Me Denise Archambault. Cette
clause désuète était formulée ainsi : « Je lègue de façon
irrévocable… » Elle primait alors tout testament subséquent.
« Mais je n’en ai pas vu en 30 ans de notariat »,
ajoute-t-elle.
La chaîne de prépondérance se déroule ainsi: la Loi sur le
patrimoine, le régime matrimonial, et enfin le testament. «
On commence par partager le patrimoine familial, résumeMe
Archambault. Si je suis en société d’acquêts, on partage
ensuite les acquêts. Et si j’ai fait un testament qui
donnait tous mes biens à ma cousine Gertrude, Gertrude aura
tout ce qui reste. »
Le testament peut défaire une clause testamentaire inscrite
dans le contrat de mariage. Mais il ne peut aller à
l’encontre des droits accordés par le régime matrimonial,
que celui-ci ait été choisi par contrat de mariage ou imposé
par défaut par le Code civil.
Après les enfants, la retraite - Marc Tison
Âgés de 55
et 54 ans, Édouard et Micheline ont désormais la retraite
dans leur l i gne de mire. J usqu’à ma i ntena nt , ils
avaient d’autres priorités.
« Nous avons accompagné trois enfants qui sont aujourd’hui
adultes et qui ont fait des études supérieures, décrit
Édouard. C’est là l’oeuvre de notre vie. Cependant, je
réalise que ces dépenses, que nous ne regrettons en aucune
façon, ont handicapé notre potentiel de retraite. »
Ils sont tous deux travailleurs autonomes, donc sans
régime complémentaire de retraite. Édouard gagne 88 000 $
et Micheline 28 000$. « J’ai versé des cotisations à nos
REER respectifs dans une proportion égale depuis de
nombreuses années, tant et si bien que nous possédons
aujourd’hui chacun 160 000$ dans ces comptes, poursuit
Édouard. C’est là tout notre avoir de retraite. »
Ils sont propriétaires d’une maison d’u ne va l e u r de
200 000$, libre d’hypothèque, qu’ils espèrent pouvoir
conserver durant leur retraite.
Ils sont inquiets…
Des objectifs trop modestes?
La planificatrice financière Sophie Labonne, de la Banque
Scotia, félicite le couple pour sa patiente discipline de
contribution au REER du conjoint, qui facilitera
grandement le fractionnement des revenus de retraite. Elle
fait toutefois une mise en garde. On ne peut faire de
retrait d’un REER de conjoint cotisant avant qu’un délai
couvrant trois 31 décembre consécutifs se soit écoulé
depuis la dernière cotisation.
« I l sera i mportant pour Édouard de cesser de cotiser au
régime de conjoint de Micheline au moins trois ans avant
sa conversion en FERR », avise donc notre planificatrice.
Rien n’empêchera par ailleurs Micheline de convertir son
propre REER au moment de sa retraite.
La
planificatrice observe que le couple, outre les études des
enfants, a consacré ses ressources au remboursement de son
hypothèque. La valeur que représente la maison peutelle
être mise à profit ? Mme Labonne en a fait l’objet d’une
des trois hypothèses de retraite qu’elle a tracées pour le
couple.
Le premier scénario répond aux objectifs d’Édouard et
Micheline, qui souhaitent toucher à la retraite un revenu
brut de 52 000$, soit 45% de leurs revenus combinés
actuels.
Notre planificatrice a supposé une indexation des revenus
et dépenses de 3 % par année, et un rendement sur les
investissements de 5,5%. Ses calculs montrent que si le
couple continue de verser 10 600$ dans les REER de chacun,
l’un et l’autre pourront toucher à 65 ans un revenu brut
de 28 000$, indexé de 3% jusqu’à 90 ans. L’objectif de 52
000$ est donc atteint, et même légèrement dépassé.
Cependant, Mme Labonne est réticente à l’idée de planifier
une retraite avec moins de 60% des revenus actuels. « Les
gens pensent qu’ils pourront s’en tirer avec moins,
dit-elle, mais l’expérience me démontre le contraire,
surtout quand la piqûre des voyages les prend et quand la
santé vacille... »
Pour leur donner un peu plus de marge de manoeuvre
budgétaire, elle a fait le calcul des mesures nécessaires
pour atteindre un revenu de retraite équivalent à 60% des
revenus actuels, soit 69 600 $. Pour y parvenir, le
rendement sur les investissements devra être haussé à 6,5
%, et chaque conjoint devra verser 5000 $ par année dans
son CELI. Cette épargne supplémentaire serait pour
l’essentiel t i rée des remboursements d’i mpôts e n
provena nce des cotisations REER.
Dans un troisième scénario, Mme Labonne fait entrer en
action l’actif accumulé sur la maison, pour tenter
d’atteindre un revenu de retraite équivalent à 70% de
leurs revenus actuels – une proportion fréquemment citée
en planification financière.
Notre conseillère utilise un emprunt pour investissement
de 100 0 0 0 $, garanti par leur propriété. Elle maintient
les cotisations au CELI et le rendement du précédent
scénario. Dans ces conditions, le couple ne pourra
soutenir jusqu’à 90 ans qu’un revenu combiné de 76 000$,
inférieur de 5000$ aux 81 200$ visés. « Je ne crois pas
que pareil scénario corresponde à la personnalité du
couple », observe notre planificatrice.
Par contre, elle croit que le deuxième scénario est
parfaitement réalisable. « Pour le peu de différence que
ce scénario représente pour le couple, souligne la
planificatrice, il leur permet enfin d’atteindre le
minimum souhaitable de 60% des revenus à la retraite. Peu
de sacrifices pour une différence majeure! »
REFAIRE SA VIE ET SA RETRAITE
C’est un
séminaire de planification de retraite offert par son
employeur qui a déclenché l’alarme. « Je sors de cet
exercice avec le sentiment qu’il mefaut consulter un
conseiller en planification financière », s’inquiète
Suzanne.
Âgée de 50 ans, notre correspondante prévoit prendre sa
retraite dans six ans. Après 24 ans de service dans une
société du secteur public, elle toucherait alors une rente
équivalant à 48% de son revenu brut, sans pénalité. Elle
gagne actuellement 74 500$ par année.
C’est déjà une aventure. Mais pour compliquer les choses,
elle est présentement en instance de séparation. Elle devra
donc quitter la maison qu’elle détenait avec son conjoint.
D’une valeur de 649 000$, la propriété est encore grevée
d’une hypothèque de 180 000$.
« Dans le meilleur scénario, explique Suzanne, j’évalue
qu’il me reviendra 100 000$ de la vente de la maison,
puisque la mise de fonds de mon conjoint de fait était
beaucoup plus importante que la mienne. »
Elle compte quitter la banlieue et revenir à Montréal afin
de faciliter les études collégiales de son fils de 19 ans.
Dans ce contexte, elle songe à remplacer sa Volvo vieille de
11 ans par une sous-compacte ou une voiture d’occasion.
« Il me faudra sans doute réduire mon train de vie, mais de
combien? demandet-elle. Serait-il plus judicieux d’acheter
un appartement ou d’en louer un, une fois la maison vendue?
»
D’abord la retraite
La plani ficatrice Josée Laframboise, de BMO Groupe
financier, a d’abord vérifié si les projets de retraite
prochaine de Suzanne étaient réalistes. Mauvaise nouvelle.
Avec une rente équivalant à 48% de son revenu d’emploi, elle
ne pourra prendre sa retraite à 56 ans. Une des difficultés
de la projection résidait dans la situation instable de
Suzanne. « Elle n’a pas de budget et ne sait pas combien
elle dépense par mois » , constate Mme Laframboise.
« En prenant l’hypothèse qu’elle devrait viser 70% de ses
revenus pour maintenir son niveau de vie actuel, on constate
un manque à gagner de près de 30%, même en considérant la
rente de la RRQ qu’elle retirera à 60 ans et la pension du
Canada, à 65 ans », observe la planificatrice.
Les 46 000$
qu’elle détient en REER, les 17 000$ investis en placements
non enregistrés et les 100 000$ qui représentent sa part sur
la maison familiale ne suffisent pas à combler le déficit.
Il vaudrait mieux qu’elle retarde sa retraite à 60 ans. Elle
ajouterait ainsi quatre années de service, ce qui porterait
sa rente de retraite à 56% de son salaire brut. Elle aurait
eu le temps d’accumuler davantage d’épargnes, tant en REER
que hors REER. Une partie proviendrait de la réduction des
dépenses liées à la propriété actuelle – hypothèques, impôts
fonciers, entretien, etc.
Josée La f ramboise et Suzanne ont évalué que son coût de la
vie pourrait se maintenir à 34 800 $. Suzanne serait ainsi
en mesure d’épargner 1200 $ par mois, répar t is dans son
REER et dans des placements non enregistrés. En comblant ses
droits de cotisation annuels, avec un rendement de 6%, elle
porterait son REER de 46 000$ à 104 000$ en 2018.
La planificatrice suggère d’utiliser une partie du fruit de
la vente de la maison pour payer comptant une nouvelle
voiture de prix raisonnable. Les actifs non enregistrés de
Suzanne totaliseraient ensuite environ 100 000 $. Avec une
épargne annuelle de près de 10 000$, ils atteindraient 258
000$ en 2018.
Ces mesu res permettraient ensuite à Suzanne de maintenir un
revenu de retraite de 50 400$ en dollars d’aujourd’hui. À ce
régime, elle détiendrait encore à 90 ans des actifs de 110
000$.
Josée Laframboise recommande au passage de revoir la
composition du portefeuille de Suzanne, trop concentré en
actions.
Ensuite le logement
Le retour à Montréal sera coûteux. Le coût moyen d’un
appartement gravite autour de 275 000$, rappelle la
planificatrice. Avec un taux de 3,95% et un amortissement
sur 25 ans, la mensualité serait de 1300$. Il faut encore
compter avec les charges de copropriété, l’impôt foncier,
les dépenses d’entretien et les autres frais d’acquisition
et d’aménagement. Suzanne doit en outre se procurer de
nouveaux électroménagers et son fils viendra habiter avec
elle pendant quelques années encore.
« À la suite de la séparation, elle fera face seule à toutes
ses obligations financières, observe Mme Laframboise. Dans
ce contexte, la solution la plus abordable serait la
location d’un appartement. Dans l’île de Montréal, le coût
moyen d’un 4 1/2 est de 850$ par mois. »
Programme strict. Mais dans deux ou trois ans, avec des
données rafraîchies et plus précises, une nouvelle
projection montrera peut-être que la retraite approche.
Quand l’heure de la retraite approche -
Caroline Rodgers
Pour bien
gérer son patrimoine, il faut utiliser les bons outils. Ce
dernier texte d’une série de 12 porte sur la retraite.
Vous devez planifier vos besoins longtemps à l’avance pour
maintenir un train de vie acceptable.
Si la retraite n’est plus un rêve lointain, mais une réalité
qui se concrétisera d’ici quelques années, il vous faut un
plan d’action pour retirer les économies accumulées pendant
toute votre vie
Comme futur retraité, vous faites face à trois risques,
selon Hélène Gagné, gestionnaire de
« Si on a des sources de revenus ailleurs, comme un régime
de retraite de l’employeur ou de l’immobilier, on peut
laisser l’argent croître à l’intérieur d’un portefeuille
équilibré avec des actions et des obligations, dit Dominique
Vincent, gestionnaire de portefeuille chez MacDougall,
MacDougall et MacTier. Mais si vos placements sont la source
principale de vos revenus, il faut d’autant plus faire
preuve de vigilance. »
Mais at tention ! Être trop prudent risque de vous exposer
au second risque : celui de la longévité.
« Il arrive que des investisseurs ne veuillent plus
connaître des reculs et transfèrent toute leur épargne dans
des titres défensifs, dit Hélène Gagné. Ils risquent alors
de perdre des rendements. Or, l’espérance de vie augmente.
Il y a donc un risque que ces individus survivent à leur
épargne. » portefeuille associée de PWL Capital, et
conseillère en sécurité financière. Il faut en tenir compte
dans votre stratégie.
D’abord, il y a le risque des marchés financiers. Quand il
reste peu d’années devant soi, il faut diminuer ces risques
en modifiant la composition du portefeuille, en misant
davantage sur des titres défensifs de qualité. Votre
situation financière générale doit aussi être prise en
compte.
Le troisième risque est l’inflation. Celle-ci a
graduellement diminué depuis 25 ans, après avoir été élevée
dans les années 80. Mais il ne faut pas tenir pour acquis
qu’elle restera faible pendant toute votre retraite.
Des études ont démontré que les retraités subissent
l’inflation de façon plus marquée que le reste de la
population, car les biens et services dont ils ont besoin
connaissent un taux d’inflation plus élevé que d’autres
biens. Si l’inf lation que vous subissez est supérieure à
vos rendements, ceux-ci deviennent alors négatifs !
Payer
l’épicerie, et plus !
Quelle que soit la taille de votre bas de laine, il vous
faudra régulièrement des liquidités pour répondre à vos
besoins. Vous devez donc planifier ceux-ci longtemps à
l’avance pour maintenir un train de vie acceptable.
Vous avez des contributions non utilisées dans votre REER?
Établissez un plan d’action pour combler celles-ci pendant
les dernières années précédant votre retraite, en étalant ce
rattrapage sur plus d’une année pour maximiser vos retours
d’impôt, souligne Dominique Vincent.
Vous devez prévoir la façon dont vous effectuerez les
retraits, de façon à minimiser l’impôt à payer et avoir des
liquidités disponibles en tout temps sans faire fondre trop
vite votre capital. Pour ce faire, privilégiez les titres
qui paient des dividendes pour générer des revenus.
Et du point de vue fiscal, il est plus avantageux d’utiliser
votre épargne non enregistrée avant de toucher au REER.
Selon plusieurs études, pour éviter d’épuiser votre capital
trop vite, à 65 ans, vous devriez puiser au maximum 4% par
année de vos économies, à condition de maintenir un
portefeuille investi à 50% en actions, selon Hélène Gagné.
Si vous constatez un manque à gagner entre vos besoins et
vos revenus à la retraite, quelques possibilités s’offrent
encore à vous, selon Patrice Delisle, directeur principal,
stratégies retraite à la Banque Nationale.
« On peut soit réduire son train de vie et ses attentes, ou
travailler plus longtemps, ou à temps partiel, dit-il. Ou
encore, regarder comment l’épargne est investie et se
demander si on est capable d’accepter un niveau de risque
plus élevé dans l’espoir d’obtenir un rendement supérieur. »
Un Canadien sur cinq s’occupe d’un parent âgé malade
- Katia Gagnon
Pas moins
d’un Canadien sur cinq prend soin, pendant parfois plus de
10 heures par sema ine, d’u n pa rent âgé malade. Ces
données, qui proviennent d’un vaste sondage réalisé par la
firme Ekos pour le compte du Conseil national des aînés,
donnent la mesure du travail accompli par les aidants
naturels des personnes âgées.
Quelque 6% des 3 0 0 0 Ca nad iens interrogés par Ekos –
et 10 % des Québécois – hébergent chez eux une personne
âgée en perte d’autonomie. Dans plus de la moitié des
situations, il s’agit d’un de leurs parents ou de celui de
leur partenaire de vie.
Près de la moitié des gens qui hébergent ainsi un aîné
consacrent plus de 11 heures par semaine aux soins qu’ils
lui prodiguent et 39 % d’entre eux y consacrent entre cinq
et dix heures.
Une proportion de 14 % de Canadiens, sans héberger la
personne âgée chez eux, consacrent eux aussi de longues
heures chaque semaine aux soins d’un parent âgé. C’est
également le cas de 10 % des Québécois. Le tiers de ces
répondants y consacrent entre cinq et dix heures par
semaine et 51 % y consacrent cinq heures ou moins par
semaine.
En plus
du sondage, le Conseil national des aînés a mandaté la
firme Strategic Counsel pour former 15 groupes témoins
partout au pays, qui rassemblaient au total 150 personnes
qu’on a interrogées sur des sujets divers touchant les
aînés.
On leu r a nota m ment demandé quelle était leur pr i nc
ipa le préocc upation concer na nt les person nes âgées.
La réponse a été la même dans tous les groupes : pour
l’ensemble des participants, l’isolement des aînés est un
enjeu social majeur.
« Plusieurs étaient d’avis que la société canadienne, tout
comme les autres sociétés occidentales, a collectivement
marginalisé les aînés, peuton lire dans le rapport de
Strategic Counsel. Les aînés sont considérés comme étant
inutiles ou sont dévalués par la société. »
Or, cet isolement, déplorent les participants aux groupes
témoi ns , ouv re pa r fois la porte aux abus. « De l’avis
des participants, les personnes souffrant de solitude sont
plus susceptibles de tolérer les mauvais traitements si,
en échange, elles peuvent avoir des contacts humains et
recevoir une forme quelconque d’aide. »
Bénévolat : Un projet pilote sera lancé à
l’automne
« Ce sont
des causes qui touchent le coeur des gens. On parle des
aînés, de pauvreté... Si les gens savaient, ils se
trouveraient une cause et donneraient du temps. »
La minist re déléguée aux Services sociaux, Lise
Thériault, veut amener les Québécois à faire plus de
bénévolat. À l’automne, elle lancera un projet pilote pour
inciter les citoyens à donner de leur temps.
Les
familles
doivent prendre soin de leurs proches qui vieillissent,
soutient la ministre déléguée aux Services sociaux, Mme
Lise Thériault. « Mais il n’y a pas seulement la
famille. D’autres personnes peuvent aussi aider en
donnant du temps », ajoute-t-elle.
« Actuellement, les gens ne s’impliquent pas parce qu’ils
ne savent pas où aller et parce qu’ils ne sont pas
sollicités. Il faut trouver un moyen pour que les gens
s’engagent », a dit la ministre lors d’une entrevue
exclusive.
Alors qu’elle réagissait à la série d’articles de La
Presse sur les conditions de vie des aînés en résidences
privées, Mme Thériault a déclaré que les familles doivent
prendre soin de leurs proches qui vieillissent. « Mais il
n’y a pas seulement la famille. D’autres personnes peuvent
aussi aider en donnant du temps », a-t-elle dit.
Selon Mme Thér iault , les citoyens connaissent peu les
problèmes touchant les services sociaux. « Pourtant, ce
sont des causes qui touchent le coeur des gens. On parle
des aînés, de pauvreté... Si les gens savaient , ils se
trouveraient une cause et donneraient du temps. »
En
sensibilisant la population à l’importance du bénévolat,
Mme Thériault veut aider les organismes communautaires à
renouveler leurs banques de ressources bénévoles. « El le
veut amener de nouveaux visages dans les organismes d’aide
» , a dit l’attaché de presse de la ministre, Harold
Fortin.
Mme Thériault veut également s’adresser aux entreprises et
aux sociétés privées. « Elle les incitera à mettre sur
pied des programmes pour encourager leurs employés à
donner du temps, a expliqué M. Fortin. La ministre va les
sensibiliser à l’importance d’avoir une responsabilité
sociale. »
Mme Thér i aul t avoue s’inspirer des États-Unis et de
l’Ontario, où la culture d’entraide est beaucoup plus
répandue et ancrée dans les traditions. « Je pense qu’on
doit inciter les gens d’ici à faire de même. À s’engager.
À redonner », a-t-elle dit. Les di f férents organismes
communautaires joints hier ont salué l’initiative de la
ministre, mais n’ont pas voulu la commenter avant d’en
savoir plus.
Mme Thériault affirme qu’elle est déjà à la tâche et que
son projet sera lancé au début de l’automne.
Québec mise sur le bénévolat : Lise Thériault
Ministre
déléguée aux Services sociaux Les derniers jours ont été
mouvementés pour la ministre déléguée aux Services
sociaux, Lise Thériault. La publication d’une série de La
Presse sur les résidences privées pour aînés a remis en
question
Q Notre dossier publié la semaine dernière a révélé que la
qualité des résidences privées varie grandement au Québec.
Qu’avez-vous fait depuis pour corriger la situation ? R
Dans le réseau privé, la certification va bon train. On
continue pour pouvoir s’assurer que les résidences soient
certifiées le plus possible pour la fin du mois de juin.
Parallèlement, il y a déjà un bilan préliminaire qui se
fait sur la certification des résidences, pour savoir si
ce qu’on a mis en place tient la route et de quelle
manière on peut le bonifier. Il faut s’attarder à la
question pour s’assurer que le personnel en place réponde
aux besoins des gens. QIl
s’agit donc d’une révision du processus de certification?
R Oui. On va le réviser. Pour nous, ça a toujours été la
première étape. Donc, on va pouvoir passer à la phase
deux. QLe
Québec
traite-t-il bien ses aînés ? R On a fait de grandes
avancées. On a une ministre des Aînés. En tant que
gouvernement, on envoie un signal qui démontre
l’importance qu’on leur accorde. On prend conscience que
la population est vieillissante. C’est un des grands défis
du Québec. Est-ce qu’on traite bien nos aînés? Oui.
Peut-on les traiter mieux? Oui. Il y a une responsabilité
du gouvernement. Mais il y a aussi une responsabilité des
familles. Q Vous êtes députée d’Anjou depuis 2002. Vous
avez été ministre de l’Immigration de 2005 à 2007 et
nommée ministre déléguée aux Services sociaux le 18
décembre 2008. Pourquoi avoir décidé de scinder en deux le
ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ? R
C’est une décision du premier ministre. Le MSSS est le
plus gros ministère. Il y a tellement de dossiers que
l’idéal, c’est d’avoir deux ministres, parce qu’il s’agit
vraiment des personnes les plus vulnérables de notre
société. Q Vous devez vous occuper de plusieurs dossiers,
notamment la protection de la jeunesse, les aînés, les
sans-abri, l’adoption internationale... Quelles sont vos
priorités ? R Mon premier dossier, à court terme, est
l’itinérance. Il y a eu une commission là-dessus qui
déposera son rapport avant la fin du mois de juin. On veut
concevoir un plan d’action pour l’automne. Je vais aussi
coprésider les consultations qui seront lancées à la
mi-juin par mon collègue Sam Hamad (ministre de l’Emploi
et de la Solidarité sociale) pour que le Québec puisse se
doter d’un deuxième plan de lutte contre la pauvreté. Q
Vous êtes en politique depuis huit ans mais on a peu
entendu parler de vous. Quel genre de politicienne
êtes-vous ? R Je suis quelqu’un de terrain. Je vais voir
la réalité des gens. De par mon côté femme d’affaires,
l’obligation de résultat importe plus qu’un style f
lamboyant. Les dossiers des services sociaux sont souvent
délicats, aussi. Vous ne me verrez jamais sur la place
publique avec un dossier de protection de la jeunesse, par
exemple. Parce qu’il y a beaucoup de renseignements
confidentiels. Ce ne sont pas des dossiers qu’on peut
afficher sur la place publique. Je ne pense pas qu’avoir
de la visibilité est garant de résultats. QCroyez-
vous à l’engagement social ? R Je c rois au bénévolat.
C’est important de redonner à la société. Nous avons un
contexte économique un peu plus difficile. Je voudrais
qu’on soit solidaire en tant que société. Quand on regarde
ce qui se passe ailleurs... Prenez les États-Unis . Le
sénateur Kennedy a déposé un projet de loi de 5 milliards
pour favoriser l’engagement communautaire des gens. Je
pense qu’on doit inciter les gens d’ici à faire de même. À
s’investir. À redonner. Je planche sur un programme pour
inciter les gens à donner du temps à titre de bénévoles.
D’ici cinq ans, beaucoup de gens prendront leur retraite.
C’est le temps d’ i mplanter quelque chose comme ç a .
Pour que les gens qui iront à la retraite puissent se
trouver une cause et donner de leur temps. On sera prêts
pour lancer un projet pilote à l’automne. Ac t uel lement,
les gens ne s’engagent pas parce qu’ils ne savent pas où
aller et parce qu’ils ne sont pas sollicités. Il faut
trouver un moyen pour que les gens s’investissent.
DIVERSITÉ GÉNÉRATIONNELLE Tasse-toi pas,
mon’oncle! - Caroline Rodgers
Avec les
besoins importants en main-d’oeuvre des prochaines
années, ce sera tentant pour les retraités de revenir
sur le marché du travail, car on leur offrira des
conditions alléchantes.
Et ceux qui atteindront l’âge de la retraite pourraient
bien décider de rester au bureau à temps partiel. Du
moins, c’est ce que leurs employeurs souhaitent, dans
bien des cas.
De plus en plus, on verra des gens continuer à
travailler passé l’âge habituel de la retraite.
Cela posera divers défis aux employeurs. Le choc
générationnel en est un.
Bien sûr, les baby-boomers ont des valeurs et des
attentes communes avec les générations suivantes.
Plusieurs différences les séparent aussi, notamment dans
leur attitude au travail.
Par exemple, selon Cécile Cournoyer, directrice de la
gestion des talents à la Banque de développement du
Canada (BDC), les boomers sont, de façon générale, plus
attachés et plus loyaux envers les organisations pour
lesquelles ils travaillent.
Les représentants de la génération X (nés entre 1965 et
1979) ont vu leurs parents perdre leur emploi, et ils
sont plus loyaux envers eux-mêmes qu’envers leur
employeur.
« Le X a besoin d’autonomie, dit Alain Samson,
conférencier et auteur. Faites-lui confiance, donnez-lui
un mandat et laissezle faire. Vous pouvez même lui
confier plusieurs mandats à la fois. Il sera plus
productif, car il se lasse de travailler sur un même
mandat. Tandis que le boomer préfère terminer un mandat
avant qu’on lui en confie un autre. »
Quant aux membres de la génération Y, ils font beaucoup
parler d’eux depuis leur arrivée au travail. Parfois
parce que leurs prédécesseurs les trouvent trop gâtés!
Ils
aiment être consultés, et veulent que leur opinion
soit prise en compte. Ils sont indépendants et veulent
savoir le pourquoi des choses. Quand ils font un
travail, il faut leur expliquer ses objectifs. Et être
fidèle à une organisation n’est pas la chose la plus
importante à leurs yeux.
« Avec eux, il faut être positif, dit Alain Samson.
Pour les garder, il faut créer un milieu de travail où
ils pourront développer des amitiés et avoir du
plaisir. Cela les dérange moins de quitter un emploi
que de quitter un milieu où ils ont des amis. »
Des avantages sociaux adaptés
Pour Mme Cournoyer, de la BDC, la diversité
générationnelle ne devrait pas être vue comme un
problème. C’est une réalité avec laquelle les
gestionnaires ont toujours dû composer.
« Elle a toujours existé, mais aujourd’hui on en parle
davantage, dit-elle. C’est en partie parce que
l’explosion technologique des dernières années a amené
de nouvelles façons d’apprendre. Cela accentue parfois
les différences. Du moins, ça rend la gestion de ces
différences un peu plus complexe. »
Aujourd’hui, un employeur devrait prendre en
considération les besoins variés des générations qui
sont au sein de son entreprise en même temps.
Notamment au chapitre des avantages sociaux.
« Quand les effectifs étaient plus homogènes, les
avantages sociaux étaient les mêmes pour tous, dit
Cécile Cournoyer. On a maintenant dépassé ce stade.
Les avantages sociaux sont flexibles, car on reconnaît
que les employés ont des besoins différents selon leur
âge. »
Les organisations, qui décidaient ce qui était le
mieux pour tout le monde, deviennent moins
paternalistes. Au-delà d’un certain menu de base
commun, on laisse aux employés la responsabilité de
gérer leur régime en fonction de leurs priorités.
On assouplit également les horaires pour permettre aux
semiretraités de continuer à contribuer à
l’organisation, ou aux plus jeunes de consacrer du
temps aux activités personnelles et à la famille.
Plus pauvres, plus isolés - Daniel
Boiteau
L’auteur est un Montréalais qui agit comme bénévole
auprès des personnes âgées seules. Marguerite Blais,
la ministre responsable des Aînés, souligne toute son
admiration devant le dévouement de centaines de
bénévoles qui s’activent particulièrement auprès des
personnes âgées, malades, seules ou pauvres.
J’aimerais faire remarquer à la ministre que malgré
toute leur bonne volonté, ces personnes ne pourront
pas combler le manque d’implication et encore moins le
désengagement du gouvernement du Québec envers ces
gens, de plus en plus pauvres et isolés.
Quand je lis que des milliards de dollars sont
dépensés dans des travaux routiers souvent mal faits
et qu’en plus nous payons 35% plus cher que nos
voisins, je me questionne. Du même souffle, quand vous
coupez 3,5 millions en subventions à un organisme
d’économie sociale en aide domestique ( EESDA),
l’indignation m’envahit.
En plus de procurer de l’aide à ces personnes âgées et
souvent seules, ces organismes sont souvent une
occasion de leur permettre de voir et de parler avec
du vrai monde.
Ce
virage à droite, où on se fie à la charité pour
combler la pauvreté (modèle privilégié par votre
gouvernement), les ministres qui se pavanent avec leur
chéquier dans le temps des Fêtes pour distribuer des
250 000$ aux organismes de charité, tout ça, ce sont
des peanuts comparativement à leurs besoins.
Les apparitions de ces mêmes ministres sur les
planchers de danse devant les caméras de télévision
lors de fêtes organisées pour se faire voir ne les
rendent même pas mal à l’aise. La pauvreté et la
solitude, c’est malheureusement à l’année, pas
seulement dans le temps des Fêtes.
Augmentation de tarifs, coupes dans les services et
baisse d’impôts des plus riches, toutes ces politiques
qui frappent les plus démunis, faut que ça cesse.
Et nous, citoyens et citoyennes, que faisons-nous à
part « checker » le score au hockey ? César a endormi
son peuple avec du pain et des jeux, allons-nous un
jour nous réveiller ou continuer de nous endormir sur
l’air de « Na na na, hey hey hey, good bye... Go Habs
Go » ?
Éloge de la vieillesse - Benoît Voyer
Notre
société – qui souffre de « jeunisme » – aurait intérêt à
regarder de plus près le charme et la richesse des
personnes âgées.
L’auteur réside à Saint-Jérôme.
«
J’apprécie au plus haut point l’intelligence des aînés,
affirme Benoit Voyer (au centre de la photo). Ils ont
acquis une expérience inestimable que la société devrait
mettre davantage à son service. »
La vieillesse est une belle période de l’existence
humaine. Je ne suis pas encore rendu à cette étape de ma
vie mais, chaque j our, ma situation professionnelle me
permet de côtoyer des dizaines et des dizaines d’aînés. Il
m’est donc permis de m’inspirer de ce que je vois: c’est
beau et bon d’être vieux !
Notre société – qui souffre de « jeunisme » – aurait
intérêt à regarder de plus près le charme et la richesse
de ceux et celles qui sont rendus au troisième et au
quatrième âge de leur humanité.
J ’ apprécie au plus haut point l’intelligence des aînés :
ils ont acquis une expérience inestimable que la société
devrait mettre davantage à son service.
Vous me
direz qu’ils sont conservateurs. J’avoue que c’est parfois
vrai, mais il ne faut pas généraliser. Je connais des
personnes âgées qui sont pas mal plus ouvertes que les «
p’tits jeunes » qu’on dit très libéraux. Ce n’est pas une
question d’âge, mais plutôt une attitude qui habite
l’intériorité de l’humain. Je connais de jeunes vieux et
de vieux jeunes.
Il me semble que les jeunes générations devraient profiter
de l’expérience qu’ils ont acquise au fil des ans.
Jacques Ménard, président du conseil d’administration de
BMO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier
(Québec), abonde dans la même voie que moi dans son livre
: « Quand on montre la porte à des milliers de personnes
en pleine possession de leurs moyens dans le secteur de la
santé et de l’éducation, comme cela a été le cas il y a
quelques années, on rate une belle occasion de transmettre
du savoir et quelques expériences de vie. On constate ce
que ça coûte aujourd’hui ! Plusieurs d’entre nous avons
acquis des acti fs qui nous permettront de bien vivre et
de continuer à contribuer à l’effort collectif. » (
Jacques Ménard et Denis Bouchard)
N’est-ce pas un peu ce qu’écrivait, en d’autres mots,
Simone Weil, dans l’Enracinement : « Il serait vain de se
détourner du passé pour ne penser qu’à l’avenir. C’est une
illusion dangereuse de croire qu’il y ait même là une
possibilité. L’opposition entre l’avenir et le passé est
absurde. L’aveni r ne nous apporte rien, ne nous donne
rien; c’est nous qui, pour le construire, devons tout lui
donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner,
il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie,
d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés,
assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme
humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé. »
Il est temps de favoriser une collaboration entre les
personnes âgées et ceux et celles qui prennent leur
relève. Un jour, le vieux dicton pourra s’exprimer avec
élégance : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. »
L’auteur de la lettre de la semaine, Benoit Voyer, recevra
une copie laminée de cette page.
« Passée date »
Devrons-nous rapidement prendre la décision
d’arrêter de vieillir pour recevoir des soins ?
L’auteure habite à Montréal.
Àla lecture de la lettre de la Dre Gill, mon café est
passé de travers. Il m’a fallu relire sa conclusion trois
fois plutôt qu’une pour comprendre que j’étais « passée
date » aux yeux de la société en devenant une retraitée.
Selon vous, Mme Gill, il faudrait cesser de mettre tout
l’argent de l’État dans les soins de santé pour « cette
race de monde » que sont les retraités, car ils ne
travaillent pas. Vous oubliez sans doute que nous sommes
passés sur le marché du travail avant vous (44 ans dans
mon cas), que nous avons contribué à vos frais de
scolarité indirectement par le biais des subventions aux
universités pour vos longues études de médecine, que nous
avons payé des impôts, etc.
J’espère
ne jamais tomber malade dans votre région, de peur de
devoir solliciter vos services comme médecin traitant. «
Ah non, pas encore une personne sous un châtain clair!
Astucieuse, hein, la petite vieille!
Le vieillissement, ce n’est pas une maladie, mais une
étape de la vie. Vous y arriverez un jour vous aussi,
croyez-moi sur parole. Devrons-nous rapidement prendre la
décision d’arrêter de vieillir âgée! Il y en a déjà 12 sur
14 dans ma salle d’attente. Qu’est-ce que je vais faire? »
Je n’ose penser que votre serment de donner des soins aux
malades soit relié à la couleur des cheveux de vos
patients. Ça doit être pour ça que je camoufle
soigneusement ma crinière grise pour satisfaire votre
raisonnement? Non, désolée pour vous, mais moi, je
continue ma route en pensant que je suis chanceuse d’avoir
des médecins dans ma ville qui croient encore que je suis
importante pour eux en me donnant des soins de qualité
sans égard à mes 65 ans bien sonnés.
Reportages sur les personnes âgées : Un
accablement injustifié - Guylaine Martin
Les
reportages provoquent désengagement et découragement
chez les intervenants qui soignent les personnes âgées
L’auteure est directrice générale de Baluchon
Alzheimer. Depuis quelques mois, les personnes âgées
ou celles qui en prennent soin sont saisies de crainte
quant à ce qui les attend advenant qu’elles doivent
quitter leur domicile pour aller en centre
d’hébergement ou de soins de longue durée, privé ou
public.
PHOTO FRANÇOIS ROY,
ARCHIVES LA PRESSE
Un
tout
petit nombre d’aînés terminent leurs jours en centre
d’hébergement. Selon l’Institut de la statistique du
Québec, en 2001, c’est 90 % des personnes âgées qui
vivaient chez elles. Les aidants naturels dispensent
80 % des soins requis par leur proche, contrairement
à une légende voulant que les familles cherchent à
se « débarrasser de leurs vieux ».
Les médias dénoncent la pénurie d’employés en CHSLD,
leur manque de formation, les transferts fréquents
d’un établissement à l’autre – documentés à partir de
cas individuels et non à partir d’enquêtes sur la
qualité générale des soins donnés en établissement.
Ce battage médiatique a des réperc ussions i mpor ta
ntes . Peut-êt re incite-il les administrateurs de la
santé à revoir leurs priorités, à s’enquérir des
conditions qui prévalent dans les CHSLD, ou à mieux
expliquer au public la cause des incidents déplorés :
c’est ce que nous espérons.
Mais nous observons aussi l’effet d’accablement et la
stigmatisation qui s’installent chez les intervenants,
dont la majorité est généreuse et compatissante, comme
s’ils portaient une tare : celle d’accompagner une
part de la population en perte grave d’autonomie.
Nous croyons que le résultat des dénonciations à
partir de cas isolés entraîne plutôt l’effet contraire
de celui qui est recherché : un désengagement, un
découragement, et le sentiment d’être mal vu lorsqu’on
travaille dans ces milieux qui sont loin d’être aussi
négligents que ce que l’on cherche à faire croire.
Seule une enquête bien menée sur la satisfaction de la
clientèle révélerait l’état des soins et services.
Notre expérience dans ces milieux nous a démontré que
la majorité des soignants manifestent un souci des
personnes âgées que révèlent de nombreux gestes
d’attention que ne requiert pas leur description de
tâches.
Rappelons
qu’un tout petit nombre d’aînés terminent leurs jours
en centre d’hébergement. Selon l’Institut de la
statistique du Québec, en 2001, c’est 90 % des
personnes âgées qui vivaient chez elles. Nous savons
également que les aidants naturels dispensent 80 % des
soins requis par leur proche, contrairement à une
légende voulant que les familles cherchent à se «
débarrasser de leurs vieux ».
L orsqu’i ls sont attei nts de la maladie d’A
lzheimer, la plupa rt sont pris en charge par un
proche aidant. Nous sommes témoins, à Baluchon
Alzheimer, de la générosité des familles et de
l’imagination déployée afin d’entourer d’affection la
personne atteinte.
Notre organisme, créé il y a 10 ans dans le but de
donner du répit au x fa m illes qui pren nent soin
d’un parent atteint de la maladie d’Alzheimer, survit
grâce à la contribution du Ministère de la santé et
des services sociaux.
Ce service est subventionné et répond à un besoin
criant maintes fois exprimés par les organismes qui
représentent les aidants. De nombreux témoignages nous
parviennent régulièrement, attestant de la qualité des
services des « baluchonneuses » et des bienfaits
éprouvés grâce à leur présence et à leurs conseils.
S’il est principalement un service de répit, Baluchon
Alzheimer offre aussi un accompagnement de qualité par
des professionnels.
Les travailleurs sociaux trouvent en Baluchon
Alzheimer des partenaires efficaces, les familles
bénéficient d’un soutien personnalisé, les
baluchonneuses trouvent sens à leur vie et à leur
dévouement, des réseaux se tissent, des gens sont
constamment formés, et l’espoir renaît souvent là où
on ne savait plus où donner de la tête.
Nous sommes convaincus que les responsables des
dossiers des aînés, autant la ministre Marguerite
Blais que la ministre déléguée aux services sociaux,
Lise Thériault, sont sensibles aux immenses besoins de
répit des aidants et cherchent à mettre en place des
services adéquats.
Nous ne pouvons que leur demander de faire avancer ces
dossiers avec diligence, en soutenant sans tarder les
programmes de maintien à domicile, car c’est à eux
qu’il incombe de trouver des solutions à la croissance
en nombre des personnes dépendantes.
« Les personnes âgées ne voient aucune différence
dans leur plateau » - Ariane Lacoursière
EXCLUSIF Jour après jour, les centres d’hébergement et
de soins de longue durée (CHSLD) du Québec ne
reçoivent que 5,23 $ par jour en subventions pour
nourrir chacun de leurs aînés. Afin d’améliorer
l’alimentation des personnes âgées en institution, le
gouvernement de Jean Charest a décidé d’injecter 3
millions de plus pa r année en 2008. Mais aujourd’hui,
plusieurs intervenants estiment que cet investissement
est de la poudre aux yeux.
Les mesures adoptées par le
gouvernement Charest pour améliorer l’alimentation
des personnes âgées qui vivent en institution sont
nettement insuffisantes.
« Ces 3 millions, c ’est du gaspillage ! C’est encore
une façon de faire semblant de s’occuper des personnes
âgées ! Sur le terrain, on ne voit aucune amélioration
», dénonce la présidente du Syndicat professionnel des
diététistes et nutritionnistes du Q uébec , C laudet
te P éloqu i n Antoun.
« Les personnes âgées ne voient aucune différence dans
leur plateau. Car les 3 millions ne peuvent pas servir
à faire des améliorations récurrentes. On ne peut donc
pas hausser le budget des aliments dans l’assiette. On
doit se contenter de faire des projets spéciaux
ponctuels », renchérit le président de l’Ordre
professionnel des diététistes du Québec (OPDQ), Michel
Sanscartier.
La ministre déléguée aux Services sociaux, Lise
Thériault, explique que les améliorations dans
l’alimentation en CHSLD ne sont pas encore visibles,
car le gouvernement devait d’abord publier son cadre
de référence, publié en j uin 20 09, avant de lancer
des projets. « Dans quelques semaines, on pourra
lancer des appels d’offres pour des projets », dit
l’attaché de presse de la ministre Thériault, Harold
Fortin.
Quand il a présenté son investissement récurrent de 3
millions, le gouvernement a mentionné que l’argent
devait surtout servir à offrir de la formation aux
employés en CHSLD et à rehausser la nutrition
clinique. « Même si on donne des cours aux cuisiniers,
ils doivent quand même préparer 3 repas et deux
collations par jour avec 5,23 $ par personne ! Avec
cette somme, même si on mettait le meilleur chef en
ville, il aurait de la difficulté à faire autre chose
que du pâté chinois ! » note M. Sanscartier.
Quand on sait qu’une petite portion de yogou rt
individuel coûte 0,75 $, on comprend que plusieurs
CHSLD préfèrent les éviter, affirme M. Sanscartier. «
À cause des sommes offertes actuellement pour la
nourriture, c’est impossible de répondre à 100 % des
besoins de 100 % des nutriments », dit-il.
Normes
plus sévères
P rofesseure au dépa rtement de nut r ition de l ’ U n
ive r s it é L ava l , Denise Ouellet ajoute
qu’espérer rehausser la nutrition clinique avec seu
lement 3 m illions de dolla rs est « utopique ». Selon
elle, on voit encore une fois que la nutrition des
personnes âgées « n’est pas une priorité du
gouvernement ».
Mme Ouellet affirme depuis longtemps que le Québec
devrait se doter de normes plus sévères. « Aux
ÉtatsUnis, le gouvernement doit mesurer l’état
nutritionnel des aînés en institution et s’assurer de
leur maintien. Pour ce faire, il y a des
nutritionnistes dans les établissements ! Ici, on n’a
rien de ce genre », dit-elle.
M. Fortin réplique que bientôt, « un CHSLD pourra
décider d’engager une diététiste pour évaluer les
besoins nutritionnels de ses patients », dit-il. M.
Fortin reconnaît que les 3 millions « ne régleront pas
tous les problèmes tout de suite », mais il ajoute
qu’« avant qu’on intervienne, il n’y avait rien pour
améliorer l’alimentation en CHSLD ».
Perte d’autonomie
Mme Péloquin Antoun croit quant à elle qu’il est temps
que le Québec accorde plus d’importance à la nutrition
des aînés. Le 10 août, elle a d’ailleurs envoyé une
lettre au ministre de la Santé, Yves Bolduc, à ce
sujet. Mme Péloquin Antoun explique que la
malnutrition des personnes âgées accélère leur perte
d’autonomie. « Plusieurs études ont démontré qu’une
personne bien nourrie pourra, par exemple, guérir plus
vite des plaies de lit, dit-elle. Pour pouvoir offrir
des diètes efficaces, il devrait y avoir plus de
nutritionnistes dans les CHSLD.»
« Actuellement, il y a environ 65 postes de
diététistes à temps complet pour 4 4 000 patients
hébergés en CHSLD au Québec. On veut établir un ratio
qui pourrait tourner autour d’un poste à temps complet
pour 180 lits », dit M. Sanscartier.
Les vieux abandonnés
Mon
père, Mario, se retrouve dans un véritable mouroir
Horreur ou erreur ? C’est dix fois pire qu’à
l’hôpital. Un véritable mouroir, comme le dit ma mère.
L’auteure habite Repentigny. Ma r i o, c ’ es t mon
père depuis 49 ans. Il s’est pas mal magané avec les
années, mais c’est un bon diable.
Depuis déjà une dizaine d’années, il fait des séjours
à l’hôpital pour différents problèmes qui, hélas ! ne
s’amél iorent pas avec le temps. Sa conjointe, ma
mère, s’en occupe du mieux qu’elle peut depuis toutes
ces années. On appelle ça une aidante naturel le…
Évidemment, on tient pour acquis que c ’est naturel de
s’occuper d’un conjoint malade. Quand ça commence à
moins bien aller pour l’aidant, c’est à ce moment que
les problèmes commencent.
Mario est à l ’ hôpital depuis t rois mois. C’est
certain qu’il ne reviendra plus à la maison, sinon ma
mère va y passer. Alors, on enclenche le processus de
placement : la paperasse, le certificat d’inaptitude,
la demande d’exonération – parce qu’ils ne sont pas
riches, ils n’ont que les pensions de p’tits vieux
comme on les appelle.
Et voilà, qu’en plus de dire à l’homme de ta vie,
après 56 ans de vie commune, que vous ne vivrez plus
jamais avec lui, vous devez lui payer un loyer de
1400$ par mois à l’hôpital. Et à ce prix, la
télévision n’est pas incluse. Comme c ’est son seul
loisi r, on doit alors ajouter un beau 300$, ce qui
constitue selon moi une arnaque! Et, si vous oubliez
de payer une journée, on vous coupe le câble !
On lui a donc promis que très bientôt, il vivra dans
un autre endroit où il pourra apporter sa propre télé
et manger mieux. À l’hôpital, une assiette doit coûter
56 cents, alors imaginez ce qu’il y a dedans! Le
préposé nous a même carrément dit de lui apporter ses
repas et de les mettre dans le frigo; il offrait de
les réchauffer.
L’appel tant attendu est arrivé: « Monsieur, on a une
place pour vous au Pavillon Rosemont, vous allez être
bien mieux. »
Horreur ou erreur ? C’est dix fois pire qu’à
l’hôpital. Un véritable mouroir, comme le dit ma mère.
Mon père a un fantasme depuis hier : monter sur le
toit et voler comme un oiseau! Il a encore toute sa
tête, mais le coeur n’y est plus. Peut-on le blâmer ?
À qui s’adresser pour régler la situat ion ? Les
infirmiers et infirmières en ont plein les bras ! Les
médecins font probablement de leur mieux. Les t
ravailleurs sociaux ? En trois mois, on en a passé
quatre. Le premier ministre ? J. E. ? Barack Obama?
Dites-le-moi, je vous en prie, pour que je puisse
sauver mon Mario !
Je prie, papa, pour qu’on v i en ne t e c he r c he r
de là-haut.
Des résidants traités comme des numéros
- Ariane Lacoursière
Alice
Lacoursière* et son mari, Pierre, ont vécu ensemble
pendant plus de 40 ans. Mais aujourd’hui, ils risquent
d’être séparés. Alice ne peut plus prendre soin de
Pierre, qui est aphasique. L’Agence de la santé de
Montréal recommande de placer Pierre dan
Alice Lacoursière refuse de transférer son mari dans
le quartier Ahuntsic. En attendant de trouver une
résidence qui lui convienne, elle doit endurer le fait
que Pierre est constamment déménagé d’un centre
d’hébergement à un autre. Une situation éprouvante
pour le couple, qui dit être « épuisé ».
PHOTO DAVID BOILY, LA
PRESSE
Le
mari
d’Alice Lacoursière, Pierre, a été transféré au
CHSLD Émilie-Gamelin jeudi dernier, en attendant
qu’une place se libère dans une « ressource
intermédiaire » près du domicile du couple.
Depuis 1991, année où son mari a subi une importante
hémorragie au cerveau, Alice prenait soin de lui à la
maison. Tout a basculé le 7 février dernier. Ce
jour-là, Mme Lacoursière est tombée sur la glace et
s’est fracturé une cheville. Elle a dû être
hospitalisée d’urgence.
Pierre a dû être placé dans un « lit d’urgence sociale
» au centre d’hébergement et de soins de longue durée
(CHSLD) Jean-De La Lande.
Pendant ce temps, Mme Lacoursière a entrepris une
longue réadaptation. « Je me suis rendu compte que je
ne pourrais plus reprendre mon mari à la maison,
racontet-elle. J’ai demandé une place permanente pour
lui au CHSLD Jean-De La Lande. »
Mais parce qu’il nécessite un peu moins de trois
heures de soins par jour, Pierre n’est pas admissible
dans un CHSLD. « Les personnes qui demandent moins de
trois heures de soins sont dirigées vers des
ressources intermédiaires », confirme la directrice
générale adjointe de l’Agence de la santé et des
services sociaux (ASSS) de Montréal, Lise Massicotte.
En mai, l’Agence a donc suggéré à Mme Lacoursière de
placer son mari dans la ressource intermédiaire Les
Tournesols, à Ahuntsic. « L’endroit est très beau.
Mais c’est difficilement accessible de chez moi. Je ne
me déplace plus à ma guise », explique Mme
Lacoursière, qui a refusé d’y envoyer son mari.
L’ASSS a accepté de prolonger l ’ hébergement de
Pierre dans son « lit d’urgence sociale » , le temps
que sa femme lui trouve une résidence. « Ces lits
peuvent être utilisés pour un maximum de trois
semaines. Si la situation est compliquée, on peut
prolonger le délai, mais une seule fois. Il faut
donner la place aux autres », explique Mme Massicotte.
Incapable de trouver une place convenable pour son
mari, Mme Lacoursière a reçu une lettre le 28 juillet
l’informant que Pierre devait quitter le CHSLD Jean-De
La Lande au plus tard le 7 août.
On lui a écrit qu’il serait déménagé dans un « lit de
transition » au CHSLD ÉmilieGamelin. Mme Lacoursière a
protesté, sans succès.
La semaine dernière, La Presse a assisté au
déménagement de Pierre. À notre arrivée, à 9h, sa
chambre au CHSLD Jean-De La Lande avait déjà été
vidée. Pierre était dans un état de panique et ne
comprenait pas ce qui se passait. « Ils ont tout pris.
Pif! Paf! » a-t-il crié en se lançant dans les bras de
sa femme.
Lecoeurgros, MmeLacoursière et son mari ont dit au
revoir à « l’équipe de soins hors pair » du CHSLD
Jean-De La Lande. À leur arrivée au CHSLD
Émilie-Gamelin, Pierre semblait confus. Pendant de
longues minutes, il a examiné ses nouveaux meubles. Il
s’est ensuite mis à arpenter le couloir, silencieux,
la mine basse.
« Pierre prend du temps à s’adapter à un nouveau
milieu. Il avait enfin un équilibre. Maintenant, tout
est à recommencer. Et j’aurai encore tout à
recommencer d’ici quelques mois, s’attristeMme
Lacoursière. On traite les personnes âgées comme des
numéros. J’ai l’impression d’être prise dans le
système… »
La situation que vivent Mme Lacoursière et son mari
n’est pas exceptionnelle, selon Francis Collins, de
l’Association du personnel professionnel et technique
de la santé et des services sociaux.
« Des centaines de personnes âgées vivent des
situations semblables chaque année dans les CHSLD,
dit-il. À chaque déménagement, on constate la
dégradation de leur état. Malgré ça, on déménage
constamment les aînés tant qu’on ne leur trouve pas
une place permanente. Les CHSLD manquent de places
pour accueillir tout le monde. »
Le président de la Fédération des préposés aux
bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin, est du même
avis. « Ça montre que le système est mal conçu. Ça
montre aussi qu’il manque de places en CHSLD. »
Des fermetures de lits inacceptables
L’Agence de la santé et des services sociaux de
Montréal persiste dans son intention de fermer 792
lits de longue durée dans les hôpitaux montréalais,
alors que 3700 personnes sont en attente d’une place
en CHSLD (un peu moins de la moitié d’entre elles sont
cependant déjà dans un CHSLD mais pas dans celui de
leur choix). L’Agence prétend que de nouvelles places
vont être créées en « ressources intermédiaires »,
mais tout indique que cette option ne sera pas
disponible au moment opportun. Quel est donc l’agenda
caché de l’Agence? Que devront faire les familles?
Elles devront « placer » leurs aînés dans un centre
privé qui leur coûtera très cher. La fermeture de lits
en CHSLD s’intègre aux politiques de privatisation du
gouvernement Charest. L’Agence indique qu’elle
hébergera les personnes concernées d’abord en lits
d’évaluation, puis en lits de transition et enfin dans
des lits définitifs. Trois déménagements. C’est
inacceptable au plan humain. L’Agence est sûre d’avoir
raison dans son plan de « réingénierie » (oups! il
faut dire « modernisation ») alors que sur le terrain,
pratiquement tous les intervenants (médecins,
travailleurs sociaux, infirmières) trouvent que ces
fermetures n’ont pas d’allure. Jacques Fournier Membre
de l’Association pour la défense des droits des
retraités (AQDR)
D’ici trois ans, la totalité
des 792 lits de longue durée seront fermés dans les
hôpitaux montréalais.
Une
mort accélérée
La décision de l’Agence de la santé et des services
sociaux de fermer d’ici trois ans la totalité des 792
lits de longue durée dans les hôpitaux de Montréal
pose une fondamentale question de société : « A-ton le
droit de vieillir ? » Les démarches proposées par son
PDG, David Levine, empruntent des couloirs obscurs qui
s’apparentent d’une façon aux couloirs d’une mort en
accéléré. Séjour de trois mois d’évaluation dans les
CHSLD, puis séjour dans des lits de transition, enfin,
si la vie se maintient, l’individu concerné irait dans
l’établissement de son choix, si tant est qu’il puisse
choisir. Nous en sommes donc arrivés là. Nos sociétés
vieillissantes semblent de plus en plus ingérables.
Ceux qui vieillissent s’accrochent tant bien que mal à
quelques fragments d’espoir. Jacques Léger Montréal
Caser les vieux ANDRÉ PRATTE
N’y
a-t-il pas un risque qu’on bouscule les personnes âgées
pour satisfaire à tout prix la norme des 72 heures?
L’annonce d’une réorganisation des soins offerts aux
personnes âgées à Montréal a suscité une inquiétude
palpable dans la population. Cette inquiétude, nous la
partageons.
Lundi dernier, sous la plume de Katia Gagnon, La Presse
relatait les grandes lignes de cette « transformation de
l’offre de services » mise en oeuvre par l’Agence de la
santé et des services sociaux de Montréal.
Cette réorganisation comporte deux volets. En premier
lieu, les 792 lits de soins de longue durée que comptent
actuellement les hôpitaux de Montréal seront fermés
d’ici trois ans. Tout le monde s’entend sur le fait que
l’hôpital n’est pas un milieu de vie approprié pour une
personne âgée n’ayant pas constamment besoin de soins
médicaux.
En second lieu, on va faire en sorte que les lits de
courte durée présentement occupés par des personnes
âgées, dont l’état de santé a été stabilisé, soient
libérés en 72 heures au plus. Encore là, on ne
contestera pas l’objectif : il s’agit de réserver tous
les lits des centres hospitaliers aux personnes qui ont
besoin de soins à court terme.
Si les objectifs sont incontestables, pourquoi cette
inquiétude? Parce que, ayant le virage ambulatoire à
l’esprit, bien des gens se demandent où on va envoyer
les personnes âgées concernées, d’autant que les CHSLD
affichent toujours complet. Dans le cas des lits de
longue durée, l’Agence assure qu’aucun ne sera fermé si
on n’a pas trouvé d’endroit approprié pour loger la
personne déplacée. Il faut dire que la coordination
entre les établissements du réseau est bien meilleure
depuis la mise sur pied des Centres de santé et de
services sociaux (CSSS).
Pour
ce qui est des vieux occupants des lits de courte
durée, même s’ils n’ont plus besoin de soins actifs,
ils seront d’abord envoyés dans un « lit d’évaluation
», c’est-à-dire dans un CHSLD où le personnel
spécialisé déterminera le type d’hébergement qui leur
convient. Si, au bout de trois mois, on a été
incapable de trouver une place dans un lieu souhaité
par le patient, celui-ci sera transféré dans un « lit
de transition ».
C’est l’aspect de la réorganisation qui suscite le
plus de scepticisme. La réaction de M. Jacques
Fournier, reproduite ci-contre, est représentative: «
Trois déménagements, c’est inacceptable au plan
humain. »
À l’Agence, on explique que les « lits de transition »
seront le plus proche possible des services souhaités
par chaque patient. Autrement dit, à défaut
d’accommoder le premier choix de la personne âgée, on
lui offrira ce qui s’en rapproche le plus, tant au
plan géographique qu’à celui du type d’hébergement.
N’y a-t-il pas un risque qu’on bouscule les personnes
âgées pour satisfaire à tout prix la norme des 72
heures? Qu’on accroisse l’angoisse de ces personnes
fragiles en les déplaçant de case en case?
Les gestionnaires devront garder à l’esprit qu’il ne
s’agit pas seulement d’exécuter un plan, qu’ils ne
déplacent pas des pions, mais des personnes
vulnérables. Il faudra aussi que la famille, si elle
est présente, soit vigilante. Comme devront l’être les
médias, le Protecteur du citoyen et la Commmission des
droits de la personne.
De nombreux aînés meurent de « négligence » Un sociologue
québécois dénonce l’« âgisme meurtrier »
EXCLUSIF
« Le taux de suicide des aînés est plus élevé que chez
les jeunes et, pourtant, on en entend peu parler. Il
faut faire quelque chose. »
Des centaines de personnes âgées meurent chaque année au
Québec parce que la société ne prend pas soin d’elles
correctement, affirme le sociologue Louis Plamondon.
Et comme il n’y a aucune mesure de contrôle, cet «
âgismemeurtrier » fait possiblement des centaines
d’autres victimes, mais personne ne le sait, dénonce le
chercheur associé à l’Institut universitaire de
gériatrie de Montréal.
Dans une recherche publiée aujourd’hui dans la revue Vie
et vieillissement, M. Plamondon montre que le Québec
traite ses aînés avec indifférence.
De 2005 à 2007, le Bureau du coroner de la province a
enquêté sur la mort violente de 2370 personnes de plus
de 65 ans. M. Plamondon a analysé ces dossiers et a
découvert que, dans 33% des cas, l’âgisme a pu
contribuer au décès. « Dans ces dossiers, on peut penser
que la négligence passive ou active de différents
acteurs a causé ces décès, note M. Plamondon. C’est ce
que j’entends par âgisme. »
Le chercheur a par exemple répertorié 394 cas de
suicide. « On sait que la dépression est sous-traitée
chez les aînés. Les personnes âgées se font souvent
dire: “C’est normal que vous soyez déprimé, vous êtes
vieux!” On peut parler ici de négligence et d’âgisme »,
commente M. Plamondon. La douleur chronique et la
solitude peuvent aussi mener des aînés à se suicider, et
M. Plamondon croit que la société doit faire quelque
chose pour freiner le phénomène.
«
C’est un fort taux de suicide. C’est plus élevé que
chez les jeunes et, pourtant, on en entend peu parler.
Il faut faire quelque chose », dit la présidente de
l’Association québécoise de gérontologie, Catherine
Geoffroy.
M. Plamondon a aussi répertorié 101 cas de chutes d’un
lit, d’un fauteuil ou d’un escalier chez des aînés qui
étaient portés ou soutenus par un tiers. « On parle
ici de négligence de membres du personnel dans les
lieux de résidence et les hôpitaux, et ce personnel
est parfois mal formé », note M. Plamondon.
Ce dernier a aussi enregistré 30 homicides, 91 cas de
piétons heurtés par un véhicule à moteur et 22 cas de
noyade dans une baignoire ou dans une piscine
supervisée. Des expositions soutenues au feu, au froid
ou à la fumée ont fait 32 victimes, et 27 autres
personnes sont mortes après avoir été intoxiquées ou
avoir consommé des médicaments. « Ces morts sont
toutes causées par une certaine négligence, soutient
M. Plamondon. Dans certains cas, des personnes âgées
sont oubliées hors de leur résidence et meurent de
froid. Certaines histoires donnent réellement froid
dans le dos. »
Déjà troublé par ces premières conclusions, M.
Plamondon ajoute que la situation pourrait être bien
pire qu’elle n’y paraît. De l’aveu même du Bureau du
coroner, une infime partie des décès de personnes
âgées font l’objet d’enquêtes au Québec. Dans un
colloque sur les abus envers les aînés, en avril
dernier, la coroner Catherine Rudel-Tessier a affirmé
que plus de 750 décès de personnes âgées font l’objet
d’une enquête chaque année mais que de nombreux cas de
morts violentes passent inaperçus parce qu’ils ne sont
pas dénoncés.
« Seuls les décès signalés au coroner font parfois
l’objet d’une enquête. On devrait changer la loi pour
avoir un portrait plus juste de la situation et
obliger la déclaration de toute mort de personne âgée
en centre privé ou public », croit M. Plamondon.
La loi oblige déjà les centres de réadaptation, les
centres jeunesse, les garderies et les prisons à
déclarer automatiquement tout décès. « On le fait pour
les prisonniers et les enfants, mais pas pour les
personnes âgées. On devrait répandre cette obligation
aux résidences privées et publiques pour aînés »,
commente M. Plamondon.
Sous-financement d'entreprises prenant soin des aînés
- Ariane Lacoursière
Des milliers d’aînés condamnés à la
solitude - Ariane Lacoursière
«
Le gouvernement dit que les aînés sont sa
priorité. Mais finalement, concrètement, ça ne
paraît pas beaucoup. »
Au Québec, 101 entreprises d’économie sociale
aident chaque année plusde75 000personnes âgéesen
faisant leur ménage, en préparant leurs repas et
en les accompagnant chez le médecin. Mais depuis
leur création en 1998, ces entreprises ont vu
leurs subventions stagner. Si bien qu’aujourd’hui,
des milliers de personnes âgées doivent se passer
de ces services.
PHOTO ANDRÉ
TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Faute de pouvoir se payer
des services à domicile à un coût raisonnable,
plusieurs personnes âgées n’ont à peu près plus
de contact avec l’extérieur et doivent se
résigner à la solitude.
Et alors que Québec avait promis de corriger la
situation dès ce printemps, l’argent se fait
toujours attendre, dénonce la présidente de la
Coalition des entreprises d’économie sociale en
aide domestique, Marie-Claude Gasse.
« On joue un rôle crucial dans le maintien à
domicile des personnes âgées. Mais puisque nos
subventions sont gelées depuis 1998, on a dû
augmenter nos tarifs. Et plusieurs aînés démunis
ne peuvent plus s’offrir nos services », explique
Mme Gasse.
L’a ide f i na ncière di rec te offerte par Québec
aux entreprises d’économie sociale est de 4$ à 10$
l’heure, selon le niveau de richesse du client.
Cette aide est la même depuis 10 ans. « Parce que
le salaire minimum a augmenté et que d’autres
coûts ont augmenté, on a dû hausser nos tarifs »,
dit Mme Gasse.
De 2$ à 10$ l’heure
Des aînés qui payaient autrefois 2 $ l’heure pour
recevoir de l’aide domestique doivent maintenant
payer 10$. « C’est trop cher, commente Mme Gasse.
Plusieurs ne nous appellent plus. Où se
retrouvent-ils peu de temps après? Dans le système
de santé. »
Mme
Gasse explique que les entreprises d’économie
sociale j ouent un rôle i mpor t ant , notamment
dans l’alimentation des aînés. « Plusieurs
personnes âgées sont mal nourries, dit-elle. Nous
allons chez elles et nous préparons leurs repas.
On fait énormément de prévention. »
Les entreprises d’économie sociale sont toujours
en lien avec les CLSC et peuvent au besoin
orienter une personne âgée qui commence à éprouver
des troubles vers les ressources. « On connaît les
aînés. Ils nous font confiance. On est leur lien
avec l’extérieur », dit Mme Gasse.
Selon elle, le gouvernement dit depuis longtemps
que le dossier des entreprises d’économie sociale
est « prioritaire ». « Mais il ne fait rien. La
ministre des Services sociaux, Lise Thériault,
nous avait promis que des subventions arriveraient
au début du mois de mai. On les attend toujours,
affirme Mme Gasse. Le gouvernement dit que les
aînés sont sa priorité. Mais finalement,
concrètement, ça ne paraît pas beaucoup. »
Mme Gasse aimerait que les 6000 employés des
entreprises d’économie sociale du Québec,
majoritairement des femmes, puissent gagner un peu
plus que le salaire minimum. « Mais dans les
conditions actuelles, les entreprises doivent
garder leurs coûts le plus bas possible », dit Mme
Gasse.
L’attaché de presse de la minist re Thér iault ,
Ha rold Fortin, confirme que la ministre a
rencontré les entreprises d’économie sociale en
mars pour discuter de leur situation.
« On privilégie le soutien à domicile et Mme
Thériault est très sensible à leur réalité,
dit-il. Les entreprises d’économie sociale font
partie de la solution pour le maintien à domicile
des personnes âgées. D’ici quelques semaines, on
pourra leur montrer le travail qu’on a fait pour
régler le problème. On va leur apporter l’aide
dont elles ont besoin. »
Les aînés accaparent la période de
questions à l’Assemblée nationale
La
ministre des Aînés, Marguerite Blais, a encore dû
essuyer les critiques sur sa gestion envahissante du
Conseil des aînés.
Les aînés ont accaparé une bonne part de la dernière
période de questions de la session parlementaire,
hier, à l’Assemblée nationale. La ministre déléguée
aux Services sociaux, Lise Thériault, a dû se
défendre de n’avoir rien fait depuis un an pour
corriger le manque de formation des préposés aux
bénéficiaires travaillant dans les résidences
privées pour personnes âgées. Laministre des Aînés,
Marguerite Blais, a quant à elle encore dû essuyer
les critiques sur sa gestion envahissante du Conseil
des aînés.
La chef de l’opposition, Pauline Marois, a ouvert le
bal en accusant la ministre Thériault de ne pas
avoir réglé le manque de formation des préposés dans
les résidences privées, alors qu’un rapport
soulevait la problématique en mai 2008, comme l’a
rapporté La Presse, hier. « Encore une fois, le
gouvernement savait, mais il n’a rien fait », a dit
Mme Marois. Selon elle, « si les ministres avaient
fait leur travail correctement », ils « auraient lu
» le rapport.
Mme Thériault s’est défendue en disant avoir créé
une mutuelle de formation récemment. « Nous n’avons
pas attendu d’avoir des questions en Chambre pour
agir, nous avons agi », a-t-elle soutenu.
La
critique officielle en matière de personnes âgées,
Lisette Lapointe, a ensuite dirigé les attaques vers
la ministre Blais en lui reprochant encore une fois
de s’être « ingérée dans les affaires du Conseil des
aînés et de faire la guerre à son président ».
L’ancien président du Conseil des aînés, Georges
Lalande, a démissionné la semaine dernière en
affirmant que la ministre Blais voulait contrôler
son organisme. Cette démission a fait beaucoup de
bruit. À un point tel que M. Lalande a été invité à
participer à l’émission Maisonneuve en direct de
RadioCanada, hier midi. Mais M. Lalande ne s’est
finalement pas présenté. Il a reçu un appel du
Secrétariat du Conseil exécutif aux emplois
supérieurs du Québec lui demandant de ne pas
participer à l’émission. « On m’a dit que je ne
respecterais pas mon devoir de réserve si je le
faisais. Selon moi, je n’ai pas ce devoir. Mais
puisque je veux continuer ma carrière dans le
gouvernement, je me suis abstenu. De toute façon,
j’ai dit ce que j’avais à dire sur la ministre
Blais. Je maintiens qu’elle a fait preuve d’abus de
pouvoir envers le Conseil des aînés », mentionne M.
Lalande.
Choquée par cette situation, Mme Lapointe a accusé
la ministre Blais d’avoir, « par le biais du
Secrétariat aux emplois supérieurs (...), empêché M.
Lalande de participer à Maisonneuve en direct ».
En fin de journée, l’attaché de presse de Mme Blais,
Renaud Dugas, a assuré « n’avoir jamais empêché M.
Lalande de parler à qui que ce soit ».
L’opposition devance la ministre Blais
Dépôt
du rapport 2007-2008 du Conseil des aînés
Pour dénoncer le fait que la ministre des Aînés,
Marguerite Blais, ait attendu « trop longtemps » avant
de déposer le rapport annuel 2007-2008 du Conseil des
aînés, l’opposition officielle a déposé le document,
hier matin à l’Assemblée nationale. Un geste inusité,
qui prouve que la ministre Blais a mal géré ce
dossier, selon la critique péquiste en matière de
personnes âgées, Lisette Lapointe.
« Le Conseil des aînés a déposé son rapport annuel en
août 2008. À partir de ce moment, la ministre avait 30
jours pour le déposer. Elle ne l’a pas fait. Elle a
dit qu’il n’était pas conforme et a fait changer des
détails. Mais quand je regarde, je ne vois vraiment
pas ce qui n’était pas correct, commente Mme Lapointe.
C’est museler un conseil que de refuser de déposer un
rapport annuel ! »
Même son de cloche du côté du président démissionnaire
du Conseil des aînés, Georges Lalande. « La ministre
nous a fait changer des virgules. Pourtant, nos
rapports annuels utilisent le même squelette depuis 15
ans et tout a toujours été correct! » dénonce M.
Lalande, qui voit le geste de Mme Blais comme une «
ingérence dans le Conseil des aînés ».
Le même sort a été réservé au Plan stratégique du
Conseil des aînés, selon Mme Lapointe, qui a aussi
déposé le document, hier. « C’est assez particulier
que l’opposition dépose ces documents avant le
gouvernement ! » note Mme Lapointe.
La
ministre Blais affirme que lorsqu’elle a reçu le
rapport annuel du Conseil des aînés en août 2008,
certains détails « n’étaient pas conformes à la loi ».
« Dans le document, le Conseil se donnait le mandat de
défendre les droits des aînés, alors que leur rôle est
de les promouvoir, remarque Mme Blais. Ce n’est pas
grand-chose, mais c’est important. »
« Nous avons accepté ce changement. Mais après, la
ministre a demandé une série d’autres modifications.
Elle a voulu soumettre le Conseil à ses volontés »,
répond M. Lalande, qui a annoncé sa démission la
semaine dernière.
De son côté, Mme Blais se défend d’avoir voulu
retarder le dépôt du rapport annuel en s’ingérant dans
les décisions du Conseil des aînés. Elle ajoute
n’avoir reçu le document final avec les modifications
« que vendredi dernier ». « J’allais le déposer cette
semaine », dit-elle.
Pour Mme Blais, le fait qu’une ministre se consacre
maintenant aux aînés amène plus de surveillance. « On
est un ministère en devenir. On est plus nombreux à
s’occuper des dossiers. Et moi, je pose des questions
», dit Mme Blais.
Manque de formation des préposés aux bénéficiaires
: Québec savait depuis un an
EXCLUSIF
Une forte proportion de préposés aux bénéficiaires
travaillant dans des résidences privées pour personnes
âgées n’ont pas de formation, a révélé récemment La
Presse dans une enquête-choc. La ministre des Services
sociaux du Québec, Lise Thériault, s’était dite «
surprise » par la situation et avait promis de corriger
le tir. Mais aujourd’hui, La Presse apprend que le
gouvernement savait depuis au moins un an que la
formation des employés des résidences privées pour aînés
est déficiente.
En mai 2008, la Table de concertation sur la formation
du personnel oeuvrant en CHSLD privés et en résidences
pour personnes âgées a publié un rapport troublant.
Après avoir interrogé les employés et les propriétaires
de 146 résidences privées pour aînés de la province, la
Table concluait que « seulement 41% des résidences
exigent une formation de préposé au moment de l’embauche
».
La Table interpellait même directement le gouvernement :
« La responsabilité de l’État auprès des aînés exige que
la réalité de cette situation soit reconnue et que des
moyens exceptionnels soient déployés pour que cette
clientèle soit desservie adéquatement. »
Mais un an après la sortie de ce rapport, les lacunes
sont toujours importantes dans les résidences privées,
comme l’a rapporté La Presse le mois dernier. Sans
formation, une journaliste a été engagée dans des
résidences privées pour personnes âgées.
Dans son rapport, la Table notait que les préposés aux
bénéficiaires sont de plus en plus appelés à prodiguer
des soins poussés. Dans 46% des résidences sondées, les
préposés procèdent à des injections d’insuline. Et dans
15% des résidences, les préposés injectent de la
morphine. « Ces données sont pour le moins troublantes
quand on sait que la plupart de ces gestes ne doivent
être posés que par des membres d’un ordre professionnel
», dénonçait le rapport.
La Table rapportait aussi que les employés de résidences
privées « ne considèrent pas avoir les compétences pour
effectuer les tâches qu’on leur demande ».
Le rapport de la Table a été subventionné en partie par
EmploiQuébec. Une copie du document a été transmise le 3
juin 2008 à la Commission des partenaires du marché du
travail, un organisme qui conseille le ministre de
l’Emploi, Sam Hamad. Mais il semble que le rapport soit
passé à travers les mailles du filet.
Selon l’attaché de presse du ministre Hamad, Alexandre
Boucher, le cabinet n’a reçu le rapport qu’en février
2009. « À partir de ce moment, on n’a pas chômé. On
travaille à l’élaboration d’une mutuelle de formation
pour les préposés aux bénéficiaires », dit M. Boucher.
Le
président de la Fédération des préposés aux
bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin, a participé à
l’élaboration du rapport. Il assure que le gouvernement
connaît le problème depuis plus d’un an. « Le rapport a
été déposé à Emploi-Québec, au ministère de la Santé et
des Services sociaux. Je crois même que le ministère des
Aînés l’a eu. Et l’Office des professions. Mais rien n’a
été fait depuis un an », déplore M. Lemelin.
La critique péquiste en matière de personnes âgées,
Lisette Lapointe, attaque elle aussi le gouvernement. «
Il ne peut pas dire qu’il ne savait pas! Mais rien n’a
été fait depuis. C’est épouvantable », dit-elle.
Certification
Dans son rapport, la Table explique que le gouvernement
a instauré, en février 2007, un processus de
certification des résidences privées pour aînés. Parmi
les critères de certification, on oblige les résidences
à avoir en poste, 24 heures sur 24, au moins une
personne majeure qui détient une formation en
réanimation cardio-respiratoire, en secourisme et en
déplacement sécuritaire de personnes âgées.
Mais ce critère n’est pas suffisant, dénonce le rapport,
qui suggère d’obliger tous les employés et les
propriétaires de résidences privées à avoir suivi une
formation.
À la suite des révélations de La Presse le mois dernier,
la ministre Thériault avait promis de resserrer les
critères de certification. Elle disait notamment vouloir
s’attaquer à la formation des employés. « Mais le
gouvernement savait depuis un an qu’une telle mesure
était nécessaire », mentionne M. Lemelin.
Au cabinet de la ministre Thériault, on se défend
d’avoir fermé les yeux sur la crise. « La première phase
du processus de certification se termine fin juin. Même
si le gouvernement savait déjà qu’il fallait modifier
les critères, on ne pouvait pas les changer en cours de
route. On attend la fin de la première phase de
certification et on changera les critères », assure
l’attaché de presse de la ministre Thériault, Harold
Fortin.
Mais pour Mme Lapointe, aucune excuse n’est valable. «
Ce qu’on voit, c’est que depuis un an, rien de concret
n’a été fait. Une mutuelle de formation existe. Mais
dans les faits, rien n’a bougé », dit-elle.
Mourir de rire
- NATHALIE COLLARD
Tout le monde espère terminer sa vie dans la dignité. Or les
nombreux reportages publiés au cours des dernières années
sur les conditions de vie des personnes âgées en résidence
montrent à quel point ce souhait est loin d‘être une réalité
pour tous.
L’éclatement des familles, la pauvreté, le manque de
ressources humaines en milieu hospitalier, entre autres,
font en sorte que de plus en plus de personnes âgées (celles
qui ne sont pas riches, en fait) vivent dans des conditions
inacceptables.
Les récents reportages de notre collègue Ariane Lacoursière
ne font pas exception. Ils brossent un portrait de la
vieillesse qui, très honnêtement, ne donne pas envie de
vivre vieux. Viv re ma l ade, oublié des siens, dans un
endroit déprimant, nourri de purées incolores et inodores…
Franchement, qui veut finir sa vie comme ça?
Dans ce contexte, la déclaration de la ministre responsable
des Aînés, Marguerite Blais, annonçant l’embauche prochaine
de clowns thérapeutiques, est complètement aberrante. «
C’est comme un rayon de soleil », a déclaré Mme Blais qui
doit faire une annonce officielle à ce sujet la semaine
prochaine.
Passons sur le côté absolument infantilisant de cette
approche. La clientèle des CHSLD n’est pas celle des
garderies, peut-on lui épargner les thérapies gnangnan?
Avant de
penser divertir les personnes âgées avec un clown, un furet
ou la dernière technique New Age en vogue, il faudrait
peutêtre s’assurer qu’elles reçoivent des soins adéquats.
Avant de se taper les cuisses devant les pitreries de Dr
Clown, ces gens arrivés au terme de leur vie ont peut-être
envie d’un traitement humain dispensé par un personnel
courtois, bien payé et relativement de bonne humeur.
Soyonsprosaïques: avant de subventionner un clown, aussi
drôle soit-il, peut-on investir dans l’amélioration des
conditions matérielles des résidences pour personnes âgées?
Revoir la décoration de ces mouroirs pour en faire des
milieux de vie minimalement agréables (par exemple, en
peignant les murs de couleurs vives, en s’assurant que les
gens dorment dans des draps propres). Surtout, peut-on leur
servir des repas appétissants servis à la bonne température?
Si on se soucie de la nourriture que mange bébé dans
certains CPE, on peut sûrement offrir un repas digne de ce
nom à mémé, non?
La ministre Blais n’ignore pourtant pas le triste sort des
personnes âgées. Le rapport de la consultation publique sur
les conditions de vie des aînés, déposé en mars 2008,
identifiait déjà de nombreux problèmes, parmi lesquels la
piètre qualité de la nourriture servie dans les résidences.
Un an auparavant, en juin 2007, la Protectrice du citoyen,
Raymonde Saint-Germain, émettait elle aussi une série de
recommandations visant à améliorer la situation des
personnes âgées vivant dans les CHSLD. Le ministère avait
réagi assez favorablement à ces recommandations mais
visiblement, il pourrait faire plus. Même le processus de
certification instauré il y a plus de deux ans n’est pas
suffisant pour éviter les abus.
Il est vrai que lorsque la clientèle n’en a plus pour très
longtemps et qu’elle a peu ou pas de moyens de se plaindre,
il est facile de laisser traîner les choses.
Des situations « inadmissibles » : Les Aînés auraient bien
besoins de l'argent versé pour les clowns afin de répondre à
leurs vrais besoins
RAPPORTDE LA PROTECTRICEDUCITOYEN SUR LES
AÎNÉS
— La Protectrice du citoyen, Raymonde SaintGermain, évaluera
la pertinence d’embaucher des clowns pour distraire les aînés,
elle qui juge « inadéquates » la qualité des soins, l’hygiène
et la salubrité dans plusieurs résidences.
Selon elle, le processus de certification des résidences
privées aurait bien besoin de 300 000$ supplémentaires, une
somme équivalente à ce que consacrera le gouvernement Charest
à l’embauche de clowns.
Dans son rapport annuel déposé hier à l’Assemblée nationale,
elle dénonce des « situations inadmissibles » concernant
l’hébergement des aînés. Dont le manque de formation du
personnel dans les établissements privés, problème relevé par
La Presse dans une série de reportages publiés la semaine
dernière. Le personnel n’est pas formé pour prodiguer les «
soins de base », traiter les plaies de lit, manipuler le
lève-personne et utiliser les bains spéciaux, démontrent des
plaintes traitées par la Protectrice du citoyen.
D’après Raymonde SaintGermain, moins du tiers des résidences
privées avaient obtenu une certification de l’État au 7 avril.
Des 2199 résidences privées du Québec, seulement 686 (31%)
avaient obtenu leur certification. Or, à la suite de
l’adoption d’une loi en 2006, le gouvernement s’était engagé à
ce que toutes les résidences soient certifiées en février
2009. Cet échéancier a été reporté au mois de juin.
Pourtant, 99,7% des propriétaires de résidence ont fait une
demande de certification au ministère de la Santé et des
Services sociaux. « C’est le Ministère qui est déficient, qui
tarde à aller faire les visites nécessaires pour leur donner
leur certification, a souligné Mme Saint-Germain. Ce qu’on
nous dit, c’est qu’il y a un manque de ressources. » Elle
déplore aussi que le ministère n’inspecte que 12% des CHSLD
par année – les résidences privées ne sont pas incluses dans
les inspections.
La ministre
responsable des Aînés, Marguerite Blais, a réagi à la série
de reportages de La Presse en indiquant que des « clowns
thérapeutiques » seront envoyés dans les établissements pour
distraire les aînés. Elle a renoncé depuis à tenir une
conférence de presse pour annoncer cet investissement de 300
000$.
Raymonde Saint-Germain entend « examiner » ce programme,
qui, selon elle, n’est « pas mauvais en soi. On pourra voir
s’il y a des suggestions à faire pour améliorer la
pertinence du programme. » Elle souligne que
l’investissement prévu de 300 000$ serait utile dans la
certification et l’inspection des résidences.
Selon la ministre déléguée aux Services sociaux, Lise
Thériault, « la certification des résidences va bon train ».
Quelque 2000 résidences obtiendront leur certification le 30
juin, a-t-elle assuré. Mais 33 établissements ont de «
grandes difficultés » à se conformer aux exigences, et 17
résidences ont été fermées par le Ministère ou ont changé de
vocation. La ministre a promis d’adopter des mesures pour
améliorer la formation du personnel.
SelonRaymonde Saint-Germain, il y a « urgence » de rendre
obligatoire la certification des résidences qui accueillent
des toxicomanes, des déficients intellectuels ou des
personnes qui ont des problèmes de santé mentale. « Sans
certification, il n’y a aucune assurance que ces personnes
seront traitées de façon adéquate », a-t-elle souligné.
La protectrice du citoyen a reçu 21 330 plaintes en 2008-09,
en hausse de 5,7% par rapport à l’année précédente. Les
Québécois se plaignent plus que jamais des soins de santé et
des services sociaux. Dans ce secteur, le nombre de plaintes
a bondi de 68%. Il est passé de 542 en 2007-08 à 912 l’an
dernier.
LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI - Ariane Lacoursière
« On dit
qu’il y a une supervision médicale. Mais aucun médecin ne
prend de nouveaux patients ici. »
Ce qui frappe en entrant à la résidence du Parc, c’est
l’obscurité et la vétusté des lieux. Des tapis usés et
sombres couvrent tous les planchers du rez-dechaussée. Des
toiles d’araignée pendent du plafond. Une odeur de cigarette
plane dans l’air.
La
résidence du Parc, à Saint-Lambert, héberge plus de 150
personnes. Certaines sont atteintes de la maladie
d’Alzheimer. Les autres sont à peine autonomes. Pendant
quelques jours, notre journaliste Ariane Lacoursière a
travaillé comme réceptionniste dans cet établissement. Ce
qu’elle a vu et entendu l’a stupéfiée. Malgré les sommes
déboursées, les aînés y côtoient l’ennui. Et la résidence
du Parc ne fait pas figure d’exception en ce sens.
« Les résidants qui le désirent peuvent fumer dans leur
chambre », dit la gérante de l’établissement, Jo-Ann
Grenier.
Aux étages, on se croirait à l’hôpital. Les chambres sont
blanches et désincarnées. Une forte odeur d’urine fait lever
le coeur.
Seul le troisième étage est plus accueillant. Il vient tout
juste d’être rénové. Les gens souffrant de la maladie
d’Alzheimer sont confinés à cet étage. Une dizaine d’entre
eux passent leurs journées en pyjama, assis dans le
corridor. Ils regardent le temps passer en laissant couler
de longues traînées de bave le long de leurs joues. « Ces
résidants n’ont pas le droit d’aller manger avec les autres
dans la salle à manger en bas. Ils ont leur salle à manger
ici à l’étage », dit Mme Grenier.
Il en coûte entre 1900 $ et 5000$ par mois pour habiter à la
résidence du Parc. Le coût varie en fonction du degré
d’autonomie des résidants. Pour cette somme, on assure que
des infirmières auxiliaires seront présentes en permanence.
« On dit aussi qu’il y a une supervision médicale. Mais
aucun médecin ne prend de nouveaux patients ici », confie
Mme Grenier.
La rotation du personnel est grande à la résidence du Parc.
Pour combler les manques, l’établissement fait souvent appel
à du personnel d’agence privée.
Par un beau samedi matin, une résidante vient se plaindre à
la réception. « Je n’ai pas mangé. Ma préposée ne m’a pas
apporté mon plateau », dit-elle.
On apprend plus tard que la préposée en question, embauchée
pour la journée dans une agence privée, ignorait que la
résidante prenait son déjeuner dans sa chambre. « Les
résidants viennent souvent se plaindre du personnel
d’agence. Ces employés ne connaissent pas les résidants et
font plus d’erreurs, dit la réceptionniste. Les résidants
payent cher pour habiter ici et ça les choque. »
Vente de chaussures
Le temps s’écoule lentement à la résidence du Parc. «
Presque tous les résidants passent leur journée dans leur
chambre, à ne rien faire », dit la réceptionniste. Les rares
activités qui ont lieu n’attirent pas les foules. Lors de
notre séjour, une vente de chaussures n’a réuni que cinq
résidants.
Et le grand salon, où les gens sont invités à se réunir pour
jouer aux cartes l’après-midi, est toujours vide. La
télévision de la salle projette des publireportages en
permanence.
« Avant, les gens participaient. Mais nos résidants sont de
plus en plus malades et en ont moins envie », note Mme
Grenier.
Les repas ne sont pas non plus très appétissants. Tout est
trop cuit ou sans saveur. Les côtelettes de porc sont dures.
Les pommes de terre bouillies, trop molles. Les employés
eux-mêmes préfèrent aller au restaurant plutôt que d’avaler
les mêmes repas que les résidants.
« C’est pas pire, j’ai seulement été malade une fois en
mangeant ici », raconte une préposée.
Plusieurs employés de la résidence du Parc confient qu’ils
ne veulent pas finir leur vie dans une maison comme celle où
ils travaillent.
Une certification facile à obtenir
La qualité
des résidences privées pour aînés varie grandement au
Québec. Pour mieux les encadrer, le gouvernement a mis en
place un programme de certification en 2007. Des inspecteurs
ont visité les résidences privées du Québec pour s’assurer
qu’elles respectent 26 critères d’évaluation. Mais le
processus comporte des lacunes.
Par exemple, aucun critère ne mesure le confort des usagers.
« Les grosses résidences laissent leurs aînés seuls à ne
rien faire, mais elles sont tout de même certifiées. C’est
dommage pour les aînés que le critère de qualité ne soit pas
considéré », déplore la propriétaire d’une résidence privée
de Montréal, qui préfère garder l’anonymat.
D’autres critères d’évaluation mentionnés dans le « Manuel
d’application du Règlement sur les conditions d’obtention
d’un certificat de conformité de résidences pour personnes
âgées » ne signifient pas grand-chose.
Par exemple, les résidences doivent « offrir des menus
variés conformes au Guide alimentaire canadien ». Mais,
comme La Presse l’a remarqué, il est possible de servir des
repas au goût douteux qui respectent le Guide alimentaire
canadien.
La directrice générale de l’Association des résidences et
CHSLD privés du Québec, Mariette Lanthier, reconnaît que les
critères d’évaluation du ministère de la Santé et des
Services sociaux ne sont pas très sévères. « Ce sont des
critères sociosanitaires minimaux. On demande par exemple
aux résidences d’avoir une trousse de premiers soins
accessible en tout temps », dit-elle.
Mais Mme Lanthier croit que les résidences qui se contentent
de répondre aux exigences minimales sont appelées à
disparaître. « Le milieu des résidences pour aînés est très
compétitif. Les gens n’iront pas habiter dans des endroits
de mauvaise qualité, estime-t-elle. Ceux qui y habitent déjà
ne partiront peut-être pas. Mais ceux qui magasinent leur
résidence ne choisiront pas les pires. »
Réplique de la résidence
La résidence du Parc n’a pas encore reçu sa certification du
gouvernement du Québec. « Nous sommes en attente d’une
réponse. Mais nous satisfaisons les critères de qualité
d’Agrément Canada », dit Marilène Béland, directrice de
l’établissement.
Réagissant au reportage de La Presse, Mme Béland confirme
que le recours aux agences de personnel privées est fréquent
à la résidence du Parc. « On le fait le moins possible. Mais
on est en pénurie de personnel et on doit quand même offrir
des soins aux résidants », dit-elle.
En ce qui concerne la nourriture, Mme Béland ne s’inquiète
pas du fait que les employés de la résidence n’en veulent
pas. « Nous n’avons qu’un seul menu qu’on doit adapter à
tout le monde. La nourriture ne doit pas avoir trop de sel
ni de gras. Certains doivent la manger en purée, d’autres
hachée... On ne peut pas plaire à tout le monde »,
souligne-t-elle.
Pour améliorer l’apparence de sa résidence, Mme Béland dit
qu’un « plan d’action pour la rénovation de la bâtisse » est
en branle. Elle ajoute qu’il est vrai que des médecins ne
sont pas toujours présents à sa résidence. « Mais nous avons
toujours des contacts avec eux », dit-elle.
Louise Forest est directrice d’une résidence privée de
SaintHubert . Avant Noël , le seul médecin qui venait
soigner ses résidants une fois par semaine a pris sa
retraite. Depuis, assurer les services médicaux dans sa
résidence est difficile. Une vingtaine de résidences dans la
seule région de la Montérégie seraient dans la même
situation, selon Mme Forest.
Sans services médicaux à domicile, Mme Forest doit trouver
du temps pour envoyer ses résidants chez le médecin. « Très
peu d’entre eux sont soutenus par leur famille. Nous devons
nous en occuper et les amener chez le médecin. Mais ça prend
du temps. Et nous manquons déjà de personnel », dit-elle.
Réjeanne St-Onge, Montréalaise de 83 ans, a subi les
contrecoups du manque de soins dans les résidences privées.
La Presse a rencontré cette dame au mois de décembre 2008.
Elle habitait alors dans une résidence privée de plus de 500
places dans l’est de Montréal.
Mme St-Onge voulait voir un médecin. Lorsqu’elle urinait,
elle éprouvait de vives douleurs. Elle devait se lever et se
tenir le ventre en grimaçant, tout en urinant dans sa
culotte d’incontinence. « Ça dure depuis des mois »,
disait-elle.
Mme St-Onge voulait aussi pouvoir lire. Mais elle souffrait
de cataractes. Veuve et sans enfant, elle n’avait pas de
famille. Et personne n’assurait son suivi médical.
Lors de notre rencontre, Mme StOnge sentait les excréments.
Elle avait les ongles sales. « On se fout de moi ici. Mais
je ne suis pas si mal. De toute façon, j’irais où? »
demandait-elle. Mme St-Onge est morte quelques semaines
après notre rencontre.
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS SES AÎNÉS
Aline Charles
est professeure d’histoire à l’Université Laval. Elle étudie
le traitement réservé aux aînés au cours des siècles. Selon
elle, le Québec a développé une perception négative de la
vieillesse à la fin du XIXe siècle. « Auparavant, la
vieillesse était valorisée, explique Mme Charles. Très peu de
gens devenaient vieux. Ceux qui le faisaient étaient vus comme
des gens exceptionnels, dit-elle. Les sociétés qui avaient
beaucoup d’aînés montraient qu’elles avaient le dessus sur la
mort. »
Ce n’est plus
le cas aujourd’hui. Dans la dizaine de résidences visitées par
La Presse au cours des derniers mois, tous les employés
s’entendaient pour dire qu’au moins 80% de leurs résidants ne
reçoivent jamais de visite et sont littéralement abandonnés. «
Les familles ne sont pas présentes. Les résidences doivent
offrir l’accompagnement et les soins », confirme la directrice
générale de l’Association des résidences et CHSLD privés du
Québec, Mariette Lanthier.
Une question de gros sous
Le
gouvernement du Québec verse 250$ par jour pour chaque
personne âgée hébergée dans un Centre d’hébergement et de
soins de longue durée (CHSLD). Quelques résidences privées
ne reçoivent quant à elles que 82$ par jour du
gouvernement.
La
majorité des résidences privées ne reçoivent pas de
subventions du gouvernement du Québec. Elles ne tirent
donc leurs profits que des frais facturés à leurs
clients.
« Mais ce n’est vraiment pas la majorité des résidences
privées qui reçoivent ces subventions. La majorité n’en a
tout simplement pas », dit la directrice générale de
l’Association des résidences et CHSLD privés du Québec,
Mariette Lanthier.
Les résidences privées ne tirent donc leurs profits que
des frais facturés à leurs clients.
Avec leur clientèle qui ne cesse de s’alourdir, les
résidences privées demandent souvent plus d’argent à leurs
pensionnaires pour être en mesure de leur offrir des
soins. D’autres réduisent leurs services. « Si on demande
au privé d’offrir plus de soins, qui va payer au bout du
compte? Les résidants » , dit Michèle Charpentier,
professeure à l’École de travail social de l’UQAM.
Diane est secrétaire depuis 10 ans dans une résidence
privée de Saint-Bruno qui demande 2000$ par mois à ses
clients. Elle dénonce le fait qu’en plus de ces frais «
exorbitants », la résidence exige 100$ de chaque résidant
pour ouvrir un dossier médical.
Diane raconte que l’automne dernier, une dame est tombée
sur le trottoir en face de l’établissement. « Elle
saignait. Une employée lui a fait un pansement,
raconte-telle. Mais parce que la résidante ne s’était pas
blessée dans la résidence, on lui a facturé 28$ pour le
pansement. C’est indécent! »
Aucune
règle n’encadre la facturation dans les résidences privées
pour aînés. Mme Lanthier croit que les établissements
privés ne peuvent pas abuser. « S’ils le font, ils vont
perdre leur clientèle », dit-elle.
Diane n’est pas de cet avis. « Les gens sont abandonnés
ici par leur famille. Ils sont vulnérables. Ils préfèrent
payer pour éviter les problèmes » , indique-t-elle.
Propriétaire d’une petite résidence privée de Montréal,
Line Vincelli est de cet avis. Elle ajoute que le
principal danger avec les résidences privées, « c’est la
taille de l’établissement ».
« Beaucoup de propriétaires de résidence privées sont en
fait des promoteurs immobiliers. Leur objectif, c’est de
faire de l’argent. La qualité des soins offerts et le
confort des usagers, ce n’est malheureusement pas leur
priorité », déplore-t-elle.
À la résidence du Parc, chaque dépense est étroitement
surveillée. « Il ne doit pas y avoir de gaspillage »,
explique la directrice de la résidence du Parc, Marilène
Béland.
Lors du passage de La Presse, certains résidants
déploraient que des produits alimentaires, comme le
fromage au déjeuner, disparaissaient « parce que ça coûte
trop cher aux propriétaires ».
Mme Béland assure que ce n’est pas le cas. « Il faut faire
attention. Les résidants croient souvent que des services
disparaissent pour des raisons financières. Mais il s’agit
souvent juste de changements », dit-elle.
RESSOURCES INTERMÉDIAIRES, LA PANACÉE?
Depuis
quelques années, le gouvernement encourage le développement
de ressources intermédiaires au Québec. Il s’agit de
résidences privées qui ont des contrats de soins avec des
centres de santé et de services sociaux (CSSS). Les CSSS ont
le mandat d’aller donner les soins dans la ressource
intermédiaire, qui offre pour sa part le gîte et le couvert.
Mais le développement des ressources intermédiaires se fait
au compte-gouttes. À Montréal, seulement huit de ces
établissements offrent en tout 250 places d’hébergement. «
Mais 23 projets sont en cours et on ouvrira 845 places d’ici
la fin de 2010 », dit le porte-parole de l’Agence de santé
et de services sociaux de Montréal, Mathieu Leroux. Si le
développement des ressources intermédiaires est si lent,
c’est que les CSSS manquent de main-d’oeuvre et ne peuvent
donc pas facilement assurer des soins en ressources
intermédiaires. « L’idée n’est pas bête, mais dans la
pratique, ça cause un problème. Les CSSS manquent de
ressources », dit la professeure à l’école de travail social
de l’UQAM, Michèle Charpentier.
Préposés aux bénéficiaires : EXPÉRIENCE NON REQUISE - Ariane
Lacoursière
Aucune
formation n’est nécessaire pour être embauché comme préposé
Alors que les résidences privées pour aînés sont en plein
essor au Québec, une enquête de La Presse révèle que la
qualité des soins qui y sont offerts laisse parfois à
désirer. Sans format
« Tu dois donner de la codéine ou de la morphine aux
patients des chambres 302 et 303 s’ils te le demandent. Ils
ont des maux chroniques. Les médicaments sont dans la
dépense de la cuisine », a expliqué une préposée à la
journaliste de La Presse.
On avait l ’ embarras du choix. Après une dizaine d’appels
téléphoniques dans des résidences privées pour personnes
âgées de la région montréalaise, sept d’entre elles
acceptaient de nous engager comme préposée aux
bénéficiaires, peu importe notre manque d’expérience. Notre
choix s’est porté sur la résidenceEnsoleillée, un
établissement situé au bord de la rivière Richelieu, à
Beloeil, et rénové il y a deux ans. Les 70 aînés qui y
résident déboursent jusqu’à 1600$ par mois en frais
d’hébergement.
Sans avoir été reçue en
entrevue, et sur seule présentation du prénom, nous avons
été engagée. Aucune personne citée en référence n’a été
appelée. Sur place, le gérant a tenté de retracer le CV
envoyé. « Je ne le trouve pas, mais tu peux revenir pour ta
formation samedi », nous a-t-on dit.
Les pa t rons de l a ré s i - dence savaient que la nouvelle
employée ne possédait aucune formation de préposée aux
bénéficiaires, ni aucune expérience dans le domaine. Malgré
tout, ils n’ont pas hésité à nous confier la responsabilité
d’une dizaine de personnes, dont plusieurs étaient
handicapées.
Un petit cours sur la manipulation du lève-personne a été
fourni à la journaliste. Mais jamais elle n’a été invitée à
manipuler elle-même l’appareil au cours de ce briefing.
Après avoir donné une séance de formation de six heures à
leur nouvelle employée, les patrons de la résidence Ensolei
l lée étaient prêts à la laisser travailler seule une nuit,
avec 10 personnes âgées vulnérables.
Distribution de médicaments
De 23h à 6h30, la préposée inexpérimentée devait transporter
certains résidants aux toilettes avec le lève-personne,
changer leur culotte d’incontinence, les déshabiller,
préparer leur déjeuner, faire leur lessive et même leur
donner des médicaments.
« Tu dois donner de la codéine ou de la morphine aux
patients des chambres 302 et 303 s’ils te le demandent. Ils
ont des maux chroniques. Les médicaments sont dans la
dépense de la cuisine », a expliqué une préposée de la
résidence Ensoleillée à la journaliste de La Presse.
Donner des médicaments n’est pas une tâche anodine. Selon la
loi, seuls les gens ayant reçu une formation spéciale
peuvent accomplir cette tâche.
À la résidence Ensoleillée, une autre préposée sans
formation travaillait la nuit avec les 60 autres résidants,
qui étaient semi-autonomes. La nuit, les 70 pensionnaires de
la résidence étaient donc confiés aux soins de deux filles
sans expérience.
En entrevue après notre séjour, la directrice de la
résidence, France Baron, a assuré que l’embauche d’employés
sans formation est « exceptionnelle ». « Quand on fait ça,
on met rapidement l’employé sur une liste pour qu’il suive
une formation le plus vite possible », dit-elle.
Mme Baron
reconnaît toutefois que le poste de préposé aux
bénéficiaires de nuit n’est pas facile à combler. « Mais on
essaie quand même d’avoir des employés formés, dit-elle.
Pour plus de sécurité, on a maintenant deux personnes la
nuit. Avant, on en avait juste une. »
Les patients de la résidence Ensoleillée, eux, ne se
souciaient guère de l’inexpérience de leur nouvelle
préposée. Ils dirigeaient même ses gestes hésitants.
Bernard, résidant de 65 ans, énumérait fièrement les gestes
à faire pour l’aider. « Baisse mes culottes. Donnemoi mon
urinoir et aide-moi à faire pipi… ».
Vers 2 h toutes les nuits, Jérôme, autre résidant, sonnait.
Parce qu’il souffrait de la varicelle, il fallait
soigneusement se couvrir avant de pénétrer dans sa chambre.
Jérôme ne regardait même pas qui entrait. Les yeux fermés,
il tendait la main pour prendre sa morphine, l’avalait d’un
trait et se rendormait.
Sept résidences privées de la région montréalaise ont
accepté d’engager la journal iste de La Presse au cours des
derniers mois. Chaque fois, son manque d’expérience n’était
pas pris en compte. « On te donnera la formation en cours de
route », lui a-t-on dit à plusieurs reprises.
Un phénomène répandu
L’expérience vécue par La Presse n’est pas rare. « Le privé
embauche beaucoup de préposés non formés. C’est un phénomène
très répandu », confirme le président de la Fédération des
préposés aux bénéficiaires du Québec ( FPBQ), Michel
Lemelin.
La jeune Isabelle, 19 ans, a elle aussi été engagée dans une
résidence privée pour aînés de MontSaint-Hilaire alors
qu’elle ne pos séda i t aucune formation.
Isabelle travaillait seule, comme préposée aux bénéficiaires
de nuit. Elle devait superviser 30 résidants.
« On ne m’a donné qu’une petite formation. Je devais servir
et desservir les repas, faire le ménage, le lavage. En plus,
je devais changer les culottes d’incontinence, changer des
sacs de sonde urinaire, distribuer des médicaments, préparer
de l’insuline, les aider à se coucher », énumère la jeune
fille.
La pression était énorme. « Je ne me sentais pas prête pour
faire tout ça. J’aurais pu me tromper dans les médicaments.
Et s’il y avait eu un feu? Je ne savais même pas comment
évacuer tout le monde » dit-elle.
Deux fois, Isabelle a dû appeler une ambulance pour obtenir
de l’aide. La jeune femme était payée 8,50 $ l’heure. Après
quatre mois de travail, elle a démissionné.
Un système à améliorer, reconnaît la ministre déléguée aux
Services sociaux
« Ce que
nous exigeons, c’est la base. Les résidences qui accueillent
des personnes en perte plus grave d’autonomie devraient
avoir des préposés avec des formations plus complètes. »
La minist re déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault,
a été ébranlée quand La Presse lui a annoncé que des
résidences privées pour aînés n’hésitent pas à engager des
préposés aux bénéficiaires sans formation.
« Dans les critères de certification, il est indiqué qu’au
moins une personne formée en réanimation cardiovasculaire,
en secourisme et en déplacement sécuritaire de personnes
doit en tout temps se trouver dans les résidences. Ces
formations sont données par la Croix-Rouge, par l’Ambulance
Saint-Jean et par d’autres organismes. Elles sont facilement
accessibles », a déclaré d’entrée de jeu Mme Thériault.
La ministre affirme que les évaluateurs qui se rendent dans
les résidences doivent s’assurer qu’au moins un employé
formé est présent en tout temps dans la résidence.
Certification
La ministre reconnaît toutefois que le processus de
certification n’est pas très exigeant. « Il amène les
propriétaires de résidences à respecter un minimumde normes,
dit-elle. Ce que nous exigeons, c’est la base. Les
résidences qui accueillent des personnes en perte plus grave
d’autonomie devraient avoir des préposés avec des formations
plus complètes », dit-elle, tout en reconnaissant que le
processus de certification n’impose pas une telle exigence.
Malgré le
constat de La Presse, Mme Thériault croit tout de même que
la population québécoise peut avoir confiance dans les
résidences privées et que le processus de certification est
efficace. « Avant, il n’y avait aucun système pour
superviser le privé. Maintenant, on a au moins des critères
», explique-t-elle.
« Avec la certification, on voulait s’assurer qu’il y ait un
minimum de normes. On partait de loin. On a fait un bon
premier pas », ajoute la ministre.
Mme Thériault reconnaît que la pénurie de préposés aux
bénéficiaires peut amener des résidences à engager des gens
sans formation. « La pénurie de main-d’oeuvre, c’est
partout. Les préposés ne font pas exception. Il faut essayer
de renverser la tendance. Mais plusieurs corps de métiers
tentent de s’arracher les candidats » , dit-elle.
Même si elle répète que la majorité des résidences privées
pour aînés sont de qual ité , Mme Thériault reconnaît qu’il
y a « place à l’amélioration » dans le processus de
certification. « On ne pourrait pas mettre des exigences
supplémentaires pour toutes les résidences. Mais on pourrait
adapter les critères en fonction du type de résidence »,
avance-t-elle.
Par exemple, les résidences qui accueillent des personnes
âgées en perte d’autonomie pourraient avoir l’obligation de
prouver que tous leurs employés ont reçu des formations
spécialisées.
Aucune
règle n’encadre la formation des préposés
« On
n’oserait pas laisser des enfants dans une classe avec un
professeur mal formé. Le fait qu’on accepte que nos aînés
soient traités par des professionnels non formés en dit long
sur notre société », remarque le directeur général de la
Fédération des préposés aux bénéficiaires public et privé du
Québec, Michel Lemelin.
Depuis quelques années, le gouvernement a freiné le
développement de lits en centre d’hébergement et de soins de
longue durée (CHSLD). Profitant de ce vide, les résidences
privées se sont multipliées.
Aujourd’hui, environ 104 500 places en hébergement sont dans
des centres privés, soit plus du double du nombre de places
en CHSLD.
Afin d’encadrer le développement des résidences privées, le
gouvernement a élaboré un processus de certification en
2007. Pour être accréditées, les résidences doivent
respecter 26 critères.
Le gouvernement exige, entre autres, qu’au moins « une
personne majeure soit présente en tout temps dans la
résidence », peut-on lire sur le site du ministère de la
Santé et des Services sociaux. « Cette personne doit
posséder une formation à jour dans les domaines suivants :
réanimation cardiorespiratoire, secourisme général,
déplacement sécuritaire des personnes. »
La résidence Ensoleillée, en attente d’accréditation, ne
respecte pas ce critère. « Mais elle sera sûrement
certifiée. Les inspecteurs viennent te demander si tes
employés sont formés, mais ils ne vérifient pas. Ils se
fient à ta parole », dit le directeur d’une résidence privée
deMontréal qui a reçu son accréditation.
Cette situation choque le directeur général de la Fédération
des préposés aux bénéficiaires public et privé du Québec,
Michel Lemelin. Selon lui, les préposés qui ne disposent pas
d’une formation suffisante sont « moins compétents » et sont
« incapables d’effectuer toutes les tâches ». Ils ne
devraient donc « pas être engagés ».
« On n’oserait pas laisser des enfants dans une classe avec
un professeur mal formé. Le fait qu’on accepte que nos aînés
soient traités par des professionnels non formés en dit long
sur notre société », remarque M. Lemelin. Selon lui, le
processus de certification du gouvernement « n’est pas assez
sévère » en ce qui concerne la formation des préposés aux
bénéficiaires.
Même si les critères étaient plus sévères, les préposés aux
bénéficiaires du Québec ont besoin de plus d’encadrement,
estime M. Lemelin. Car les formations offertes sont très
variables, dénonce M. Lemelin.
AuQuébec, aucune règle n’encadre la formation des préposés
aux bénéficiaires. Des cégeps offrent des cours de 750
heures permettant d’obtenir un diplôme d’études
professionnelles de préposé aux bénéficiaires. D’autres
écoles privées offrent des cours d’une durée variable, dont
le coût oscille entre 300$ et 900$. « Aucun organisme ne
s’assure que les formations de préposés soient toutes de
qualité. Il y a de graves lacunes dans la formation des
préposés », dit M. Lemelin.
Le secteur public refuse d’engager des préposés qui n’ont
pas reçu une formation de 750 heures. Mais les résidences
privées n’ont pas les mêmes exigences.
La FPBQ
souhaiterait que le ministère de l’Éducation encadre toutes
les formations de préposés aux bénéficiaires offerts dans la
province. « On voudrait éventuellement qu’un ordre
professionnel qui encadre la profession soit créé », annonce
M. Lemelin.
Une pénurie criante
Si certaines résidences privées sont prêtes à recruter du
personnel sous-qualifié, c’est que la pénurie d’employés est
forte dans le domaine de l’hébergement pour aînés.
Le président du Syndicat québécois des employés de service
de la FTQ, Daniel Boyer, reconnaît qu’il n’y a presque plus
de critères d’embauche au privé, car les candidats manquent
à l’appel.
Et la situation ne fera que s’aggraver. On estime qu’il
manque actuellement 2100 préposés dans toute la province.
Selon l’Association québécoise des établissements de santé
et de services sociaux (AQESSS), il en faudra 26 000 d’ici
2015.
Le secteur privé est plus touché par la pénurie de
personnel. « Le privé offre de moins bons salaires et pas
d’avantages sociaux. Dès qu’ils ont une chance, les préposés
vont au public », dit le vice-président de la Fédération de
la santé et des services sociaux, Jeff Beglay.
Le salaire horaire des préposés du privé est de 8,50$ à 15$
alors que dans le réseau public, il est de 14$ à 19$.
« C’est vrai que le taux de roulement au privé est plus
élevé. Le public n’engage pas de gens sans expérience. Les
préposés se forment donc au privé et vont ensuite au public
», dit la présidente de l’Association des résidences et
CHSLD privés du Québec, Mariette Lanthier.
Les résidences privées sont en même temps confrontées à un
alourdissement majeur de leur clientèle. « L’âge moyen des
pensionnaires est passé de 77 à 84 ans en cinq ans, dit Mme
Lanthier. Il y a moins de places en CHSLD. Donc de plus en
plus de résidences privées sont obligées de garder des
clientèles alourdies. » Le fardeau est énorme pour les
résidences qui possèdent du personnel sous-qualifié.
Professeure à l’école de travail social de l’UQAM, Michèle
Charpentier dénonce le fait que le gouvernement « passe le
relais des soins des aînés au privé » . « Ce réseau n’est
pas organisé ni soutenu et n’a pas le mandat de donner des
soins », dit-elle.
Dans un rapport publié en 2007, le Conseil des aînés du
Québec notait aussi que « le secteur privé n’est pas
nécessairement en mesure de s’adapter à l’évolution de la
perte d’autonomie jusqu’à la fin de la vie des résidants ».
ÉTABLISSEMENTS POUR PERSONNES ÂGÉES 39% des résidences
privées n’ont pas encore été certifiées
Plusieurs
résidences privées ne respectent pas encore les normes de
sécurité incendie.
Alors que le processus de certification des résidences
privées pour aînés devait se terminer au plus tard à la
fin juin, encore 39% des établissements n’ont pas reçu
leur accréditation. Plusieurs de ces établissements ne
respectent pas les exigences en termes de protection
contre les incendies et ne peuvent recevoir leur
certification.
Sur les 2201 résidences privées pour personnes âgées du
Québec, 850 ne respectent toujours pas l’ensemble des 26
critères de certification du gouvernement.
La ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault,
explique que plusieurs résidences tardent à répondre aux
critères de sécurité incendie. « Avant qu’un permis ne
soit donné, les services d’incendie doivent faire leur
inspection, dit-elle. Des résidences doivent ajouter des
gicleurs ou des extincteurs. Et elles doivent ensuite
attendre une deuxième visite des services d’incendie. Donc
il y a parfois des délais. »
L’assistant directeur au centre d’expertise et de
développement de la prévention au Service de sécurité
incendie de Montréal, Ronald Dubeau, confirme que
Malheureusement, on ne peut pas donner notre accord dans
ce temps-là. »
À Montréal, seulement le tiers des 330 résidences privées
pour aînés respectent jusqu’à maintenant la sécurité
incendie. Le directeur de la gestion du réseau de l’Agence
de la santé et des services sociaux de Montréal, plusieurs
résidences privées ne respectent pas encore les normes de
sécurité incendie. « Elles doivent prévoir des plans
d’évacuation pour sortir des gens souvent en lourde perte
d’autonomie, explique-t-il. Plusieurs établissements
manquent de personnel pour donner de l’assistance à tous
leurs résidants. Surtout la nuit. Normand Lauzon, confirme
la situation. « Nous avons plusieurs édifices de tous
genres ici. Certains sont plus vieux et d’autres hébergent
plus de 600 personnes. Dans les grands établissements,
l’inspection incendie est plus longue », dit-il.
En
attendant, les pompiers de Montréal tentent de pallier
le manque de sécurité dans certaines résidences. « On
envoie plus de pompiers sur place quand des alarmes se
déclenchent. Mais cette mesure ne peut pas rendre les
résidences privées conformes », dit M. Dubeau.
Malgré ce contretemps, la ministre Thériault se dit
satisfaite de l’efficacité du processus de
certification. « Il n’y avait que 400 résidences
certifiées en février. On en a maintenant 900 de plus,
et ce, même si certaines résidences se sont inscrites
tardivement, ditelle. Et il ne faut pas oublier que le
Québec est la seule province canadienne à certifier ses
résidences privées. »
Le gouvernement a adopté le programme de certification
des résidences privées pour aînés il y a deux ans. Pour
obtenir un permis, les établissements doivent respecter
26 critères. Mais étant donné la lenteur du processus,
la ministre Thériault a dû accorder un délai
supplémentaire de quatre mois aux établissements cet
hiver.
Encore aujourd’hu i , plus de 850 établissements n’ont
pas de permis. Mais selon la ministre Thériault, la
majorité sont en voie d’être certifiés. « La très grande
majorité collabore. C’est pourquoi nous allons leur
permettre de terminer le processus dans les plus brefs
délais », dit la ministre.
Environ 2% des résidences privées pour aînés – soit 46
établissements – refusent carrément de participer au
processus de certification. Ces établissements recevront
sous peu un préavis, puis un avis de non-certification.
Elles pourraient devoir éventuellement cesser leurs
activités si aucune amélioration n’est apportée. En
tout, 1638 personnes âgées partout au Québec pourraient
donc devoir être déplacées. « Les Agences ont toutes des
plans de relocalisation », assure Mme Thériault.
La ministre ajoute que son gouvernement est aussi en
train de revoir le processus de certification pour
durcir certains critères. À la suite d’un reportage de
La Presse cet hiver, le gouvernement avait entre autres
décidé d’obliger les résidences à engager des préposés
aux bénéficiaires ayant reçu une formation.
La ministre Blais enverra des clowns
distraire les personnes âgées
(NDE
:
Ne peut-on trouver mieux à faire que de les distraire de
leur triste réalité, pour ne les faire que mieux oublier à
quel point elle est inacceptable, justement ?...)
L’Office des professions ne créera pas d’ordre pour les
préposés aux bénéficiaires
« Nous avons donné du financement pour des clowns
thérapeutiques, a dit la ministre. Ce sera bon pour les
aînés et les intervenants. »
La ministre des aînés, Marguerite Blais, est ébranlée par
les reportages de La Presse sur les résidences privées pour
aînés. Réagissant d’avance au dossier d’aujourd’hui,
MmeBlais a annoncé qu’elle lancera sous peu un programme de
divertissementpour lespersonnes âgées. Pour briser leur
solitude, elleenverra des clowns dans les résidences.
« Lundi, nous annoncerons que nous avons signé une entente
avec Dr Clown. Nous avons donné du financement pour des
clowns thérapeutiques, a dit la ministre. Ce sera bon pour
les aînés et les intervenants. »
Mme Blais a également financé l’Association des loisirs
thérapeutiques « pour développer des outils pour mieux
stimuler les aînés ».
Selon Mme Blais, les familles ont également le devoir de
s’intéresser à leurs aînés. « Trop de gens ne vont pas
visiter leurs proches qui sont en centre d’hébergement. Il
faut prendre le temps de le faire », a-t-elle souligné.
La ministre a également déploré le fait que des résidences
privées pour aînés engagent des préposés sans formation,
comme l’a rapporté La Presse, hier. « Nous présenterons un
plan d’action gouvernementale pour contrer la maltraitance
cet automne. La question de la négligence sera abordée »,
a-t-elle dit. Les résidences privées pour aînés pourraient
aussi avoir l’obligation de mettre sur pied des comités
d’usagers, comme c’est le cas dans les CHSLD.
Ordre professionnel demandé
Pour éviter
que des préposés aux bénéficiaires sans formation ne
travaillent dans les résidences privées pour aînés, un ordre
professionnel encadrant cette profession devrait être créé,
demande la Fédération des préposés aux bénéficiaires du
Québec (FPBQ).
« L’enjeu est majeur, a soutenu le président de la FPBQ,
Michel Lemelin. C’est la seule façon d’assurer la protection
des aînés. »
Mais cette demande de M. Lemelin restera lettre morte.
L’Office des professions du Québec a confirmé, hier, qu’un
ordre ne sera pas créé. « Nous avons discuté longuement avec
les gens de la Fédération. Mais la question est maintenant
fermée », a déclaré le conseiller spécial au bureau du
président de l’Office des professions, Michel Sparer.
Ce dernier se défend d’avoir fait la sourde oreille. «
L’Office est actuellement en train de préparer un projet de
règlement qui encadrera mieux le travail des préposés aux
bénéficiaires », a annoncé M. Sparer. Le projet de règlement
pourra, par exemple, spécifier dans quel contexte un préposé
peut donner des médicaments à des résidants.
De son côté, le Syndicat québécois des employées et employés
de service (SQEES-FTQ) souhaite qu’une formation uniforme
soit imposée aux employés des résidences privées.
« Les employeurs du privé savent que leurs préposés manquent
de formation. Les administrateurs eux-mêmes n’ont pas
toujours les compétences qu’il faut. Nous aimerions que tous
les employés du privé aient des formations uniformes », a
déclaré la vice-présidente du SQEES, Danielle Legault.
À ce sujet, une mutuelle de format ion débutera ses t ravaux
la semaine prochaine. Les employés des résidences privées,
les employeurs, les syndicats et Emploi Québec se réuniront
afin de tenter de trouver une solution au manque de
formation des préposés du réseau privé.
Riez, riez… - Marie-Claude Lortie
Ces crises
de conscience périodiques – parce que ce thème revient à
intervalles dans l’actualité depuis des années – ne nous
empêchent pas de continuer à parquer nos vieux dans ces
résidences. Cela demeure une solution que l’on choisit.
Le monsieur marchait seul dans un couloi r beige comme sa
chemise, l’air f âché , grognon. Vous savez, cet air figé
dans la grosse mauvaise humeur qu’ont certains vieux
alcooliques confits dans leur amertume? Qui fait un peu
peur parfois aussi. Eh bien voilà. C’était lui. Un vieux
monsieur comme ça, muet. Le genre de gars à qui personne
n’a envie de parler, de peur que toute gentillesse soit
reçue par du fiel.
Et puis les deux clowns spécialisées que j’accompagnais à
l’Institut gériatrique, un grand CHSLD associé à
l’Université de Montréal, sont arrivées. Le monsieur
bougon n’a même pas bougé la tête pour les regarder, trop
occupé à fixer le plancher comme s’il était en train
d’engueuler mentalement son passé. Et son présent.
Une des deux clowns s’est mise à délirer avec la
distributrice de liquide antibactérien dont elle
s’aspergeait. L’autre lui disait qu’elle puait et d’en
rajouter. Moimême j’ai fini par rire parce que leur petit
numéro était franchement rigolo.
Le monsieur ? J’étais convaincue que jamais il ne
sortirait de son mutisme. Trop en maudit contre tout.
Sauf que, à force de se ridiculiser, de faire la folle, de
laisser tomber tous les morceaux de l’ordre établi entre
malades et personnes en santé dans cet hôpital glauque,
l’auguste a fini par faire craquer l’homme à la colère
sourde. Il s’est mis à sourire. Puis à rire.
En le regardant, je me suis étonnée qu’il sache encore
comment.
Cette semaine, j’ai souvent repensé à cette scène et je me
suis demandé combien de fois le personnel de l’hôpital,
sans clown, avait réussi à faire rire ce monsieur. Et sa
famille, s’il lui en reste une.
Toute la semaine, je me suis aussi demandé si tous ces
gens qui ont ri et ridiculisé les clowns thérapeutiques et
leur travail savent exactement ce qu’ils font et où ils
font leurs interventions.
Car ce dont a parlé ma collègue Ariane Lacoursière la
semaine dernière, ces centres où on embauche des préposés
sans formation, ce sont des résidences privées. Des lieux
où on paie pour envoyer des personnes âgées en perte
d’autonomie qui ont besoin de soins de base mais non de
suivi médical pointu en permanence. Les clowns ne sont pas
pour ces gens, qui peuvent être tout à fait lucides et qui
sont capables de lire, de placoter et de s’amuser, fut-ce
en jouant au bingo ou à la Wii – très populaire, surtout
l’application bowling. Sans blague, ça aussi je l’ai vu.
Un centre d’hébergement et de soins de longue durée, un
CHSLD, là où on envoie des Dr Clown, c’est autre chose.
On parle de sortes d’hôpitaux – l’Institut de gériatrie,
par exemple – financés par l’État, où restent à long terme
des gens qui ont des problèmes de santé beaucoup plus
sérieux. Alzheimer, démence, séquelles d’AVC et autres
maladies dégénératives ou incapacitantes assez graves pour
qu’ils aient besoin d’être dans un hôpital tout le temps.
C’est bien différent.
Je ne dis
pas que tous ces gens sont trop handicapés
intellectuellement pour apprécier autre chose que des
clowns comme divertissement dans leur quotidien gris.
Certains seraient peut-être plus émus par un quatuor à
cordes.
Mais les cas des CHSLD sont particulièrement lourds.
Souvent, ce sont des gens à qui on ne sait plus comment
parler et dont on se décourage. L’intervention des clowns
thérapeutiques est conçue pour eux. Ils sont là pour créer
des contacts, amadouer, faire sourire, allumer la pensée
de cas difficiles. Et ils sont là aussi pour tous les
proches de ces huîtres affectives que sont ces vieux
malades. Ils sont là pour trouver autrement des pistes
vers des instants de légèreté dans des univers d’une
lourdeur et d’une obscurité désespérantes.
J’avoue que cette semaine, la cible était facile.
Une ministre poids léger qui parle de clowns pour aider
les personnes âgées alors que des reportages nous
rappellent pour l’énième fois la qualité très
problématique des soins offerts dans certaines résidences
pour les aînés.
C’était tellement facile – et tellement malhabile de la
part du gouvernement à Québec – que tout le monde ou à peu
près est tombé dans le panneau, avec les mêmes blagues,
les mêmes jeux de mots, mélangeant pommes et poires
allégrement… Les clowns, ce sont vous, les hommes et
femmes politiques, qui pensez régler ainsi les problèmes
des personnes âgées et blablabla… Et le scandale, c’est la
qualité des soins et blablabla…
Toute l a s emaine cette logorrhée.
Toute la semaine les mêmes hauts cris, comme si les gens
qui hurlaient voulaient se réveiller eux-mêmes, se sortir
de leur propre léthargie face au sort réservé à leurs
propres parents, grands-parents…
« Quoi? On fait ça à nos vieux? Mais c’est épou-van-table
! »
Oui, les conditions de vie dans les résidences pour
personnes âgées pourraient être grandement améliorées.
J’en suis convaincue.
Ma i s ces c r i s e s de conscience périodiques – parce
que ce thème revient à intervalles dans l’actualité depuis
des années – ne nous empêchent pas de continuer à parquer
nos vieux dans ces résidences. Cela demeure une solution
que l’on choisit.
Ce qui me fait croire que tous ces hauts cris sont en fait
nourris, d’abord et avant tout, par une réaction au
quotidien de la vieillesse, peu importe où elle se passe.
Couches, manger mou… N’est-ce pas d’abord et avant tout
l’idée que nous aussi serons là un jour qui nous fait
bondir? Ou tout simplement la peur d’être tellement seul
qu’un humble clown puisse devenir un nouvel ami?
Les établissements auront des étoiles
Tout comme
les hôtels de qualité se voient attribuer quatre ou cinq
étoiles, les résidences privées pour
personnesâgéesduQuébecauront bientôt un processus
d’évaluation semblable. La FADOQ lancera
l’hiverprochainsanouvelleaccréditation ROSES D’OR. Seule
ombre au tableau: la participation à ce programme sera
facultative.
La
ministre des Aînés, Marguerite Blais, a défendu
l’initiative du gouvernement d’envoyer des clowns
divertir les personnes âgées dans les résidences. Une
mesure qui les aidera à briser l’isolement, selon elle.
« Ce sera un sceau de qualité de vie et de bien-être. On
évaluera différents critères qui ne sont pas considérés
dans le processus de certification actuel des résidences
privées. Par exemple, la nourriture est-elle bonne ? Les
loisirs sont-ils intéressants ? » explique le directeur
général de la FADOQ, Danis Prud’homme. La FADOQ recevra un
million de dollars sur quatre ans du gouvernement pour
mener à terme ce projet.
Le programme ROSES D’OR existe déjà au Québec. Mais depuis
que le gouvernement a obligé les résidences privées pour
aînés à se certifier, la FADOQ a dû revoir ses critères
d’évaluation. « On est en train de les réviser. Tout
devrait être prêt pour l’hiver 2010, annonce M.
Prud’homme. Au départ, le nouveau programme sera
volontaire. Mais on espère que ça devienne obligatoire
d’ici peu. »
M. Prud’homme ne comprend pas pourquoi la ministre des
Aînés, Marguerite Blais, n’a pas profité de la publication
du dossier de La Presse sur les résidences privées pour
aînés pour rappeler que le nouveau programme ROSES D’OR de
la FADOQ est en branle. La ministre Blais a préféré
annoncer que son gouvernement financera l’embauche de
clowns dans les centres d’hébergement et de soins de
longue durée (CHSLD). Le gouvernement déboursera 293 000$
en quatre ans pour cette initiative.
Cette
annonce a dérangé plusieurs intervenants. Marc Morin est
préposé aux bénéficiaires depuis 27 ans. Selon lui, le
gouvernement se moque des aînés. « Mme Blais décide
d’envoyer des clowns dans les résidences pour aînés. Sur
quelle planète vit-elle ? Les aînés ont besoin de soins et
d’écoute. Le réseau d’hébergement pour aînés ne cesse de
se dégrader au Québec », dit-il.
La ministre Blais a défendu, hier, sa décision. Selon
elle, les clowns permettront de briser l’isolement et la
solitude dont souffrent plusieurs bénéficiaires. « Ce
n’est pas du tout infantilisant de mettre un rayon de
soleil dans la vie des gens », a-t-elle argué.
Par ailleurs, La Presse a appris que la Confédération des
syndicats nationaux (CSN) diffusera l’été prochain une
nouvelle « Plateforme de revendications pour une vision
sociale et positive du vieillissement ». Ce document
contiendra une série d’exigences qui pourraient mener à
des moyens de pression.
Dans le document, la CSN dénonce le « manque de volonté »
du gouvernement de « répondre aux besoins des personnes
aînés par une offre suffisante de services publics ». La
CSN réclame un « renforcement des critères de
certification des résidences pour personnes âgées » et
demande au ministère de la Santé « d’uniformiser les
exigences de formation du personnel oeuvrant auprès des
personnes vulnérables ».
LE BONHEUR EST ÀOUTREMONT - Ariane Lacoursière
Tout n’est
pas sombre dans l’univers des résidences pour aînés. Dans le
troisième et dernier volet de sa série, La Presse a visité
une résidence privée à Outremont qui traite aux petits
oignons la trentaine de personnes qui y vivent. Portrait
d’une possib
« L’avantage de n’avoir pas beaucoup de résidants c’est
qu’on les connaît. »
« On nous traite avec dignité ici. On a de bonnes
discussions, C’est valorisant. »
Thérèse est nue. Debout au milieu de sa salle de bains. Sa
peau pend de partout. Ses joues touchent son cou. Son dos
est si voûté qu’elle semble pliée en deux.
Dans sa jeunesse, Thérèse était
pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Aujourd’hui,
elle se traîne péniblement dans sa chambre de la résidence
Outremont, un établissement privé de Montréal.
La résidence qu’elle habite la traite avec attention. Les
préposés aux bénéficiaires connaissent les habitudes de leur
trentaine de résidants par coeur.
« Je sais qui préfère son steak saignant et qui déteste le
bingo. Une résidante veut du Cheez Whiz tous les matins et
deux Whippets avant de se coucher. Un autre ne veut pas être
dérangé la nuit et dort longtemps le matin. L’avantage de
n’avoir pas beaucoup de résidants c’est qu’on les connaît »,
dit Claudine, l’une des préposées aux bénéficiaires de la
résidence Outremont.
Tout comme ses deux autres collègues, Claudine possède une
formation en règle de préposée aux bénéficiaires. « C’est
important. Ça permet de bien traiter les aînés », dit-elle.
Chaque mat i n, Claudine entame sa tournée des résidants
vers 8h. Aujourd’hui, elle supervise Thérèse dans sa
toilette sommaire. Elle l’aide à enlever sa chemise de nuit,
sa couche et à se laver les fesses.
Elle lui donne ensuite un coup de main pour s’habiller.
L’opération est complexe. Thérèse est à bout de souffle. «
Je suis plus capable », râle-t-elle. Sa respiration est
difficile. Ses yeux roulent vers l’arrière.
Claudine assoit Thérèse et lui frotte le dos. La résidante
se calme. « Merci Claudine. Tu es un ange », souffle la
résidante.
La préposée poursuit sa tournée. Elle effectue un petit
arrêt dans la chambre de Marcelle, une aînée trisomique.
Marcelle parle fort. Elle semble paniquée. Claudine finit
par comprendre que la résidante veut laver la cage de son
oiseau. « C’est correct Marcelle, c’est correct, chhhhh, dit
Claudine en lui caressant les cheveux. Tu peux laver la cage
tranquillement. Ça ne dérange pas. » Marcelle se calme
instantanément.
On visite ensuite Monique, qui doit prendre son bain.
Surveillée par Claudine, la dame entre dans l’eau. Les deux
femmes discutent en riant.
Claudine caresse la joue de la résidante. « C’est ma grande
amie », dit-elle.
« C’est vrai ! Claudine est tellement fine », enchaîne
Monique.
La résidante s’asperge d’eau en poussant un soupir de
bonheur. On la laisse ensuite prendre son bain
tranquillement. «Cette résidante aime rester longtemps dans
son bain, dit Claudine. On va revenir plus tard. »
Après avoir
visité plusieurs autres personnes, on termine la tournée
chez Jacqueline. Il est 11h passées. Jacqueline se lève tout
juste. Très corpulente, la dame est couverte de croûtes.
Parce qu’elle est très nerveuse, elle se gratte au sang la
nuit. Patiemment, Claudine étend une crème spéciale sur
toutes ses plaies.
Jacqueline adore Claudine. Elle l’appelle sa beauté. Durant
de longues minutes, elles discutent ensemble, assises au
bord du lit.
C’est l’heure du dîner. Tous les résidants affluent vers la
cafétéria de la résidence Outremont. La pièce intime offre
une belle vue sur le mont Royal.
La salle à manger est calme. L’épaisse neige qui tombe
dehors donne une ambiance feutrée. Le repas est somptueux.
Potage à la courge musquée, à la patate douce et au
gingembre, buffet de salades, tilapia poché au vin,
religieuse au chocolat… Les résidants qui le veulent peuvent
aussi prendre du vin.
« On fait tout maison ici. Ça goûte comme au restaurant.
C’est sûr que si j’avais 100 pensionnaires, je ne pourrais
pas leur offrir ça. Je devrais leur donner de la sauce en
poudre », remarque Diane, la cuisinière.
Autre avantage de n’avoir que peu de résidants, la
cuisinière adapte son menu au goût de chacun. « Je ne mets
jamais de pâtes à Mme Tremblay. Je fais des repas
végétariens à une autre… » énumère la cuisinière.
Durant le repas, les employés prennent le temps de s’asseoir
avec les résidants pour bavarder. « On nous traite avec
dignité ici. On a de bonnes discussions, C’est valorisant »,
dit Marie-Ange, une résidante de 86 ans.
« Ce qui fait la différence, c’est les petites attentions »
, dit la directrice de la résidence Outremont, Line
Vincelli.
L’après-midi, une boutique ambulante de bijoux vient
présenter ses produits aux résidants. Chaque jour, des
activités originales sont organisées à la résidence
Outremont. Durant notre visite d’une semaine, une rencontre
avec des élèves du primaire, des séances quotidiennes
d’exercices, des métamorphoses, l’installation d’une console
Wii et des ateliers littéraires ont été organisés.
On planifiait aussi la soirée spéciale du jour de l’An. « Il
va y avoir un souper de fondue. Toute ma famille va venir.
C’est vraiment populaire », dit Marie-Ange.
L’hiver dernier, les employés de la résidence Outremont ont
eu l’idée de faire voyager leurs résidants. Ils ont créé une
mise en scène pour transporter virtuellement leurs résidants
au Mexique.
Toutes les chaises de la cafétéria ont été alignées dans le
couloir. « On était déguisées en hôtesses de l’air. On a
fait semblant de faire embarquer les résidants dans un
avion. On a donné les consignes de sécurité. On a joué un
petit film. C’était très réel », dit Mme Vincelli.
Après le « vol d’avion », les résidants sont revenus dans la
salle à manger, qui avait été transformée pour l’occasion. «
On avait mis des faux palmiers. Il y avait des mariachis qui
jouaient de la musique du Mexique. Il y avait des cocktails
et de la nourriture du Mexique », raconte fièrement la
directrice.
« Les résidants ne s’ennuient pas ici. Quand ils deviennent
trop malades et qu’il faut les envoyer dans un CHSLD, c’est
un crève-coeur. Parce que les personnes meurent souvent dans
les six mois suivant leur déménagement, dit Claudine. Moi je
pense qu’ils meurent d’ennui. »
LA CALIFORNIE SE PRONONCE - Nicolas
Bérubé
Six
plants de marijuana poussent dans le placard de Shawn
Wright. L’homme de 27 ans agit en toute légalité: il
possède une carte remise par l’État de la Californie
autorisant les gens malades à fumer du cannabis.
M. Wright est en pleine santé. Il profite simplement
d’une application très libérale de la loi sur la
marijuana médicale en Californie.
Un petit tour de passe-passe, répandu dans l’État, qui
pourrait devenir désuet le 2 novembre prochain, quand
les électeurs se prononceront sur la légalisation
complète et la taxation de la marijuana – premier effort
sérieux sur la question aux États-Unis.
M. Wright (nom fictif), graphiste qui habite Los
Angeles, estime qu’il est grand temps que l’État cesse
de « jouer à l’autruche » au sujet du cannabis.
« Je ne dis pas que le cannabis est bon pour la santé.
Mais ce n’est pas pire que l’alcool. Je crois que le
produit devrait être vendu et taxé. L’État a besoin de
revenus. »
Les militants en faveur de la légalisation ont récolté
plus de 680 000 signatures l’an dernier pour appuyer la
tenue du vote. Maintenant, ils lancent une campagne de
sensibilisation qui mise sur le thème de l’heure: la
crise économique.
Dale Clare, porte-parole de la campagne « Contrôler et
taxer le cannabis », note que l’État ferait des
économies en cessant d’arrêter et de détenir les
consommateurs de marijuana.
« Le cannabis est déjà la plante la plus lucrative
cultivée en Californie. Nous voulons que l’État puisse
toucher sa part. »
Une
étude du Board of Equalization, instance chargée de
percevoir les impôts en Californie, montre que l’État
toucherait 1,4 milliard de dollars annuellement en taxes
sur la marijuana. La Californie se dirige vers un
déficit de 20 milliards en 2010.
La nouvelle loi autoriserait les personnes de 21 ans et
plus à posséder une once de marijuana et à en faire la
culture pour leur consommation personnelle. La
consommation en public serait interdite. Le cannabis
serait essentiellement traité comme l’alcool.
L’initiative prévoit un durcissement des peines pour les
adultes qui vendraient de la marijuana aux mineurs, ou
qui consommeraient la drogue près des écoles. La
proposition offre aussi la possibilité à certaines
villes de choisir d’interdire la vente de cannabis sur
leur territoire.
Ouvrir la voie
La légalisation du cannabis nuirait aux groupes qui
gèrent l’entrée massive des drogues aux États-Unis.
Récemment, un représentant mexicain a confié au Wall
Street Journal que la marijuana était « Je ne dis pas
que le cannabis est bon pour la santé. Mais ce n’est pas
pire que l’alcool. Je crois que le produit devrait être
vendu et taxé. L’État a besoin de revenus. » responsable
de 50% des revenus des groupes criminels, qui oscillent
entre 30 et 40 milliards annuellement.
Plusieurs groupes représentant les forces de l’ordre
comptent faire campagne contre la légalisation. Le
groupe Parents contre les vendeurs de drogue s’oppose
aussi à la légalisation de la marijuana. « Les déficits
budgétaires ne justifient pas la légalisation du
cannabis, note le groupe. L’avenir de nos enfants est
plus important que cela », souligne le groupe.
Le dernier sondage sur la question, réalisé par la firme
Pew en avril 2009, montre que 56% des Californiens sont
en faveur de la légalisation.
C’est le cas du politologue conservateur John J. DiIulio
fils, ex-directeur du programme de la foi mis sur pied
par George W. Bush. Dans une récente lettre ouverte, M.
DiIulio appelle les électeurs à légaliser le cannabis.




« L’an dernier, 800 000 personnes ont été arrêtées au
pays pour possession simple de marijuana, ce qui a eu un
impact à peu près nul sur la sécurité du public. Il n’y
a aucune preuve convaincante voulant que le cannabis
soit plus dangereux que l’alcool », conclut-il.
« LESMENTALITÉSONTCHANGÉ » - Nicolas Bérubé
Ethan
Nadelmann est le fondateur de la Drug Policy Alliance,
organisation que finance le milliardaire George Soros et
qui propose une réforme sur la prohibition des drogues.
La Presse l’a interviewé.
QComment percevez-vous le référendum sur la légalisation
de la marijuana en Californie, qui aura lieu à
l’automne? R C’est une excellente nouvelle. Mon équipe a
d’ailleurs participé à la rédaction de certains
documents du projet. Le fait que cette question sera
posée aux électeurs de l’État le plus populeux des
États-Unis montre bien que les gens sont de plus en plus
à l’aise avec l’idée de taxer et de contrôler la vente
du cannabis, plutôt que de laisser les groupes criminels
faire des profits.
PHOTO
JUSTIN SULLIVAN GETTY IMAGES
QPensez-vous que le projet a des chances d’être approuvé
par l’électorat ? R Difficile à dire. Les derniers
sondages placent le vote en faveur de la légalisation à
environ 50 ou 55%. C’est beaucoup plus que dans les
dernières années, mais je ne sais pas si ce sera assez.
Bien des gens seront nerveux avant le vote, et
décideront de voter non. Je crois que ça va être serré.
QVous
étudiez la prohibition des drogues depuis plus de 20
ans. Quel regard portez-vous sur l’évolution du débat au
fil des ans? R J’ai commencé à m’engager à la fin des
années 80, au point culminant de la « guerre contre les
drogues » menée par la Maison-Blanche. Depuis ce temps,
les mentalités ont changé. Les gens réalisent que la
prohibition coûte extrêmement cher, et que les drogues
sont toujours aussi disponibles. Il y a un effet de
lassitude. Bien des gens sont prêts à essayer une autre
approche. Je crois que la légalisation de la marijuana à
des fins médicales en Californie et ailleurs a changé la
donne. Avant, les consommateurs étaient des jeunes aux
cheveux longs. Maintenant, des adultes fument pour
diverses raisons. Le cannabis n’est plus vu comme un
trip de jeunesse. Enfin, la crise économique a aussi un
impact. Le marché du cannabis rapporte des milliards
chaque année, mais le gouvernement ne touche pas un sou.
Au moment où les villes et les États font des déficits
records, la question devient d’actualité.
QAux yeux du gouvernement fédéral, la marijuana est
illégale. Comment réagirait Washington si la Californie
devait en légaliser la consommation? R L’administration
Obama aurait à prendre une décision. Le département de
la Justice devrait prendre position. Je crois qu’il
pourrait choisir de ne pas intervenir. L’an dernier, le
ministre de la Justice a dit qu’il n’interviendrait pas
pour faire appliquer les lois fédérales sur la marijuana
médicale. Dans les faits, ça envoie un message clair :
Washington laisse les États tracer leur propre voie. Au
début des années 30, ce sont les États qui ont commencé
à légaliser la vente d’alcool. Une fois cette porte
enfoncée, Washington a mis fin à la prohibition, en
1933. Il ne faut pas oublier que le gouvernement fédéral
n’a pas les ressources pour être partout à la fois. Les
policiers municipaux et de l’État représentent 90% des
forces sur le terrain.
QCertaines personnalités publiques, comme Arnold
Schwarzenegger, encouragent à mots couverts le débat sur
la légalisation. Est-ce que cela vous étonne? R En
privé, bien des policiers et des politiciens me disent
qu’ils sont en faveur de la légalisation et de la
taxation. Mais en public, ils tiennent un discours
différent. Ils ne veulent pas être associés à la
tolérance. Je crois que nous avons fait bien du chemin
dans les dernières années, mais nous ne sommes pas
encore rendus au bout. La légalisation est encore une
idée qui fait peur, même si la marijuana n’a jamais été
aussi présente.
La chaleur urbaine -
Charles Côté
La
multiplication des centres commerciaux en banlieue, au
détriment de la végétation, accentue l’effet de la
canicule dans ces zones. Ces véritables « îlots de
chaleur » aggravent les problèmes de santé qui
surviennent durant les jours les plus torrides. Certains
quartiers de Montréal, où règnent le béton et
l’asphalte, ne sont pas à l’abri de ce phénomène
grandissant.
Les centres commerciaux et les parcs industriels qui se
multiplient en banlieue créent de plus en plus d’îlots
de chaleur urbains, selon les plus récentes images
réalisées par le département de géographie de l’UQAM.
Selon les relevés satellitaires effectués par l’équipe
de l’UQAM, que La Presse a obtenus en primeur, il peut y
avoir des écarts de plus de 15°C entre une zone «
fraîche » et un îlot de chaleur voisin.
Les îlots de chaleur urbains sont un problème de santé
publique grandissant . I ls surviennent quand la
végétation est remplacée par des constructions ou de
l’asphalte. Ils aggravent les problèmes de santé qui
surgissent lors des vagues de chaleur.
« Si on vit près d’une telle zone, on sent son
influence, affirme James A. Voogt, professeur à
l’Université Western Ontario. La chaleur se transmet à
l’air qui se déplace. »
De 2005 à 2008, des nouvelles zones de chaleur intense
ont apparu à quatre intersections d’autoroutes : celle
de la 640 et de la 25, à Terrebonne et Mascouche; celle
de la 640 et de la 15, à Boisbriand; celle de la 30 et
de la 15, à Candiac, et bien sûr celle de la 10 et de la
30 à Brossard, où est installé le centre commercial
DIX30.
Cependant, dans la région métropolitaine, c’est l’usine
de Bombardier, dans SaintLaurent, qui s’illustre comme l
’ î lot le plus chaud. Au moment du relevé de 2008,
réalisé le 5 juillet à 10h25, il faisait 41,9°C sur les
terrains de Bombardier, comparativement à 21,7°C non
loin de là; c’est un écart de plus de 20°C.
Mal conçus, des quartiers résidentiels en apparence
verts peuvent aussi donner chaud à leurs habitants, ce
qui entraîne des dépenses supplémentaires de
climatisation.
Pourtant, quelques détails dans la planification et les
plantations d’arbres peuvent faire toute la différence,
selon le professeur de géographie Yves Baudouin, qui a
réalisé l’étude de l’UQAM avec ses étudiants. « On a
observé deux quartiers à peu près du même âge, un à
Ahuntsic et l’autre à Pointe-Claire, où il y a de
grandes différences de température. À Pointe-Claire, les
rues sont beaucoup trop larges et il n’y a pas
suffisamment d’arbres. »
Vaste problème
La carte
montréalaise des îlots de chaleur urbains donne
l’impression que le problème est trop grand pour s’y
attaquer.
Une équipe d’étudiants en urbanisme de l’Université
McGill a voulu trouver une façon de cibler les
priorités. Ils ont croisé les relevés satellitaires de
l’UQAM avec les données sur l’âge et le revenu des
habitants. Ils ont constaté que les coups de chaleur
frappent plus durement les enfants et les personnes
âgées, d’autant plus s’ils sont à faible revenu.
« La Ville devrait se préoccuper du problème là où il
touche vraiment des gens exposés à des problèmes de
santé, dit l’une des étudiantes, Julia Lebeveda. S’il y
a des personnes seules et âgées, par exemple. »
Dans un rapport remis en 2007 à la Ville de Montréal,
l’équipe de McGill a dessiné une carte de la
vulnérabilité aux îlots de chaleur urbains. Deux
quartiers ressortent comme particulièrement vulnérables:
ParcExtension et Saint-Michel.
En regardant de plus près un secteur de Saint-Michel,
l’équipe de McGill a trouvé des rues comme la 12e et la
13e entre les rues ÉmileJournault et Robert, où le
risque lié à l’effet des îlots de chaleur urbains est
extrême. Il n’y a pratiquement pas d’arbres et le béton,
l’asphalte et les toits goudronnés sont omniprésents. Le
fait que de nombreuses personnes âgées à faible revenu y
vivent en fait une zone où une intervention serait
prioritaire, selon eux. Comme casser l’asphalte et
planter des arbres.
Nécessaire verdissement
« Nous recomma ndons d’augmenter la végétation et de
réduire les surfaces noires, dit Chen F. Chan, étudiant
à McGill. Les rues à SaintMichel sont trop larges. En
réduisant les surfaces, on peut en plus économiser en
déneigement l’hiver. »
Clément Charrette, conseiller en aménagement de
l’arrondissement de Saint-Michel, affirme que le pouvoir
d’intervention de la Ville « est limité pour ce qui est
déjà construit ». « Cependant, dans nos projets, on
s’assure qu’on a un plan d’intégration et d’implantation
architecturale qui intègre des éléments pour contrer la
chaleur. » Cela vaut aussi pour l’ancienne carrière
Francon, où un autre centre commercial doit être
construit. « Ils ont l’obligation de présenter un projet
de développement durable et d’augmenter le verdissement
», dit-il.
La Ville de Montréal travaille à un Plan de verdissement
et continue ses plantations d’arbres : il y en a eu 10
000 en 2008. La Soverdi, organisme qui collabore avec la
Ville, en a cependant planté beaucoup moins en 2008: 600
au lieu de 6000. « On n’a pas eu de grands espaces pour
planter, dit Pierre Bélec, de la Soverdi. Par contre, le
programme de verdissement des ruelles a vraiment pris
son envol. On en a fait une quinzaine et on devrait
atteindre la trentaine. »
Les actions de la Ville de Montréal, bien que
nombreuses, manquent d’envergure, dit Coralie Deny, du
Conseil régional de l’environnement de Montréal. « À
Montréal, on doit mettre l’accent sur les stationnements
"frais", dit-elle. Il faudrait un règlement pour les
nouveaux stationnements. Pour les existants, c’est déjà
plus compliqué, mais il y a des choses à faire. »
Le cardiologue qui plante des arbres
Les
problèmes de santé causés par les coups de chaleur
sont loin d’être anodins, soutient le Dr François
Reeves, cardiologue à la Cité de la santé, à Laval
Le Dr Reeves est resté marqué par les décès causés par
la vague de chaleur en Europe en 2003. « Il y a eu 15
000 morts juste dans la région parisienne, dit-il.
J’étais sur place à ce moment là. Et 72% de ces morts
étaient d’origine cardiovasculaires. Je me suis dit :
ce sont mes patients qui meurent ! »
Il explique qu’un coup de chaleur induit un état
inflammatoire généralisé. « Il y a des protéines
néfastes qui se mettent à circuler et ça déclenche des
arythmies et des infarctus », dit-il.
Il
ajoute que des recherches récentes ont prouvé que, de
plus, la chaleur rend la pollution plus toxique. « Les
particules ultrafines de pollution causent plus de
dommages au coeur quand la température augmente »,
dit-il. Les gaz d’échappement sont la principale
source de cette pollution.
« Quand on commence à avoir des données aussi
brutales, on ne peut plus détourner le regard, dit le
Dr Reeves. Il faut faire de la prévention. »
Au cours des dernières années, il a pris ce dossier à
coeur, d’abord en y consacrant plusieurs pages dans
son livre Prévenir l’infarctus ou y survivre, puis en
agissant directement dans son milieu. « En septembre
2008, on a organisé notre première journée de l’arbre,
dans le cadre de la Semaine de la santé, dit-il. On a
planté 400 arbres, dont 200 sur les terrains de
l’hôpital. Les arbres sont nos meilleurs alliés pour
combattre la pollution et réduire la chaleur. »
Il travaille maintenant à la création d’une chaire de
cardiologie environnementale à la faculté de médecine
de l’Université de Montréal.
QUARTIERS CHAUDS ET NUITS CHAUDES
La
vague de chaleur qui a fait 700 morts à Chicago en
1995 a fait ressortir un phénomène étonnant: le
risque de mourir d’un coup de chaleur est plus
grand dans les quartiers « chauds », au sens
criminel du terme. Dans ces quartiers, où se
concentrent des personnes pauvres privées de
climatisation, on a peur d’ouvrir ses fenêtres la
nuit. À Montréal, tous ces facteurs sont réunis
dans Saint-Michel, un quartier où se trouvent des
zones à « risque extrême » d’effets néfastes des
îlots de chaleur urbains, selon une étude de la
faculté d’urbanisme de l’Université McGill. Selon
Fernand Landreville, responsable du plan d’urgence
de l’arrondissement de Saint-Michel, les îlots de
chaleur ont été repérés. « On a produit une carte
en grand format. Les services sociaux ont le nom
des gens qui sont susceptibles d’être sensibles
aux vagues de chaleur. »
LE VERDISSEMENT DE BALTIMORE
Doubler la surface forestière en 30 ans, pour
la faire passer à 40%, c’est l’objectif que s’est
fixé en 2003 Baltimore, au Maryland, une ville de
630 000 habitants au sein d’une agglomération qui en
compte 2,6 millions. Pour ce faire, toutes sortes
d’initiatives ont été lancées, dont un site web qui
permet de calculer la valeur de chaque service rendu
par un arbre. Ainsi, à Baltimore, un chêne rouge de
30 centimètres rapporterait 133$ à son propriétaire.
À consulter au
www.trees.maryland.gov/calculator.asp
DES ACTIONS CONTRE LACHALEUR URBAINE
Selon Coralie Deny, du Conseil régional de
l’environnement de Montréal, on peut faire plusieurs
choses pour lutter contre les effets néfastes des
îlots de chaleur.
ARRACHER L’ASPHALTE «
Si
les gens veulent aller plus loin, dans les quartiers
plus denses, ils peuvent enlever l’asphalte entre le
trottoir et la résidence, par exemple, et faire des
plantations.
PLANTER DES ARBRES
C’est le meilleur outil contre les îlots de chaleur.
Et en plus, ils réduisent la pollution de l’air.
CHANGER LES TOITURES
On doit
favoriser les toits blancs, soit une membrane blanche ou
du gravier blanc. Ça coûte un peu plus cher, mais ça dure
plus longtemps, selon les fabricants.

LES PLANTES GRIMPANTES
C’est un
mythe qu’elles abîment les murs. Au contraire, elles les
protègent des rayons du soleil et cela réduit les écarts
de température que le mur doit subir.

Les jours torrides se prolongent
- Martin Croteau
Après
s’être fait attendre pendant des semaines, le premier
épisode de chaleur de l’été se prolonge. La température
a oscillé autour de 30° C durant tout le week-end et le
temps chaud se poursuivra aujourd’hui.
PHOTO BERNARD BRAULT,
LA PRESSE
Environnement
Canada a prolongé l’avertissement de smog en vigueur
depuis vendredi et mis en garde les personnes
souffrant de problèmes respiratoires. L’organisme
recommande de limiter l’exercice à l’extérieur
Pendant qu’un soleil de plomb tombait sur la métropole,
hier après-midi , le complexe aquatique du parc
Jean-Drapeau vivait l’une des ses plus grosses journées
de l’année. Pas moins de 5000 personnes ont franchi ses
tourniquets dans la seule j ournée d’hier. Samedi , 5500
baigneurs y avaient fait trempette.
« Si vous ne nous montrez pas votre maillot de bain,
vous n’entrez pas », a scandé un employé de la piscine
aux dizaines de personnes qui faisaient la queue à
l’extérieur du complexe.
La raison: l’administration voulait éviter que des
parents accompagnent leurs enfants à la piscine sans se
baigner. Elle souhaitait permettre à un maximum de
baigneurs d’entrer dans le complexe. D’ai l leurs, a
indiqué un employé, certains parents se sont déjà jetés
à l’eau tout habillés dans le passé.
Chaleur bienvenue
Les passants rencontrés hier n’étaient absolument pas
incommodés par la grande chaleur, bien au contraire.
« Je suis arrivé à Montréal fin juin et c’est vrai que
le début de l’été n’a pas été l’extase, a indiqué Adrien
Dedeyan, un étudiant français qui vient de terminer un
stage d’été. Je repars mercredi et je vais avoir un bon
souvenir de Montréal. »
N’empêche, les parcs et les terrasses étaient moins
fréquentés qu’à l’habitude, comme c’était le cas samedi.
Au St-Ciboire, rue SaintDenis, quelques clients
profitaient d’une bière au soleil, mais sans plus.
La température ressentie par les Montréalais a atteint
36° avec le facteur humidex, selon Environnement Canada.
La météorologue Michèle Fleury s’attend à des
températures encore plus torrides aujourd’hui. Tellement
que son organisme a lancé un avertissement de chaleur et
d’humidité accablantes pour le Grand Montréal et pour
Laval.
Smog
« Les températures vont être encore plus chaudes et ça
va rester humide, explique la météorologue. On a un
maximum prévu de 32° à Montréal, mais la sensation
devrait être de 40° avec l’humidité. »
Environnement Canada a en outre prolongé l’avertissement
de smog en vigueur depuis vendredi et mis en garde les
personnes souffrant de problèmes respiratoires.
L’organisme recommande de limiter l’exercice à
l’extérieur.
La raison de ce nouvel avertissement : la masse d’air
chaud stagne et les vents du sud-ouest transportent chez
nous des polluants venus de l’Ontario et des États-Unis.
Pour la troisième journée de suite, l’indice de la
qualité de l’air était d’ailleurs considéré comme «
mauvais » au centre de Montréal, selon le Réseau de
surveillance de la qualité de l’air.
Les températures resteront élevées jusqu’à demain en fin
de journée, lorsqu’une masse d’air froid souff lera sur
le sud-ouest du Québec. Elle sera accompagnée de
quelques averses, mais sans plus. Le beau temps devrait
durer encore quelques jours, selon Environnement Canada.
DES CITOYENS EN ONT MARRE DU BRUIT - Éric
Clément
Festivals à répétition, concerts en plein air, feux
d’artifice hebdomadaires, courses automobiles, défilés,
zone piétonne avec bars, clubs et terrasses. Montréal
l’épicurienne s’amuse… bruyamment. Tellement, que des
citoyens s’en plaignent jusque sur la R
« Ce n’est plus une, mais deux longues fins de semaine
de festivités gaies qu’il nous faut endurer. Durant ce
temps, ma maison est inhabitable. On peut mesurer le
bruit dans mes murs sur l’échelle de Richter. »
Les citoyens de Montréal sont habitués aux bruits de la
ville, mais pour ceux qui vivent à proximité des
spectacles extérieurs ou des bars, la fête des autres
peut devenir un enfer.
Dans le
secteur du Quartier des spectacles, les résidants en ont
pris leur parti. Ils sont conscients qu’ils résident
dans une zone où le bruit fait partie du paysage. Et à
partir du quartier de la Place des Arts, avec ses grands
immeubles, le son se propage moins loin que pour une
aire ouverte, comme au parc Jean-Drapeau, par exemple.
Chez Spectra, la porte-parole Marie-Ève Boisvert dit que
le système de son du Festival international de jazz ou
des FrancoFolies commence à ba i sser après 100 pieds.
De plus, si les hautparleurs sont plus puissants qu’il y
a 20 ans, leur grosseur et leur nombre ont été réduits.
Du coup, les spectacles ne sont pas plus bruyants
qu’avant, selon elle, et le son est mieux dispersé.
Mais dans le quartier gai, la situation est différente.
Des citoyens ont même formé un comité pour se plaindre
du bruit des bars de la rue SainteCatherine et des
spectacles du parc Émilie-Gamelin. « Ce n’est plus une,
mais deu x l ongues f i ns de semaine de festivités
gaies qu’il nous faut endurer, dit pa r exemple Pier re
Wroblewski, résidant de la rue Panet. Durant ce temps,
ma maison est inhabitable. Je dis bien INHABITABLE! On
peut mesurer le bruit dans mes murs sur l’échelle de
Richter. Depuis quatre ans, j ’appelle
des
amis et je vis chez eux pendant six jours, le temps
que ça passe. »
« C’est un problème de santé publique dans le quartier
», ajoute Geneviève Rollin, une autre résidante.
Depuis l’an dernier, un règlement sur le bruit a été
adopté par Ville-Marie. « On essaie de faire appliquer
le règlement sans grand succès, dit Gérard Paquette,
citoyen de l’arrondissement. Le commandant Gagnon du
PDQ 22 refuse d’appliquer ce règlement car il est
favorable à une certaine tolérance. » Invité à
commenter, le Service de police n’a pas rappelé.
Patrick Leclerc a fondé le Regroupement québécois
contre le bruit il y a trois ans. Plus de 1000
personnes en sont membres. Selon lui, les citoyens
sont plus irrités qu’avant par le bruit. « Il a
augmenté partout, dit-il. Dans les rues et dans les
commerces. Dans les cinémas, le bruit atteint 100
décibels. C’est beaucoup trop fort. »
Le
bruit a des effets sur la santé, dit Patrick Leclerc.
« Les gens deviennent pratiquement sourds et on
augmente le volume. Si on faisait un sondage sur le
nombre de personnes dérangées par la pollution sonore,
on serait surpris du résultat. Il faut une
réglementation sur la quantité de décibels permis
pendant les spectacles. Il y a un problème de
calibrage des aigus et des basses extrêmes. Il faut
que Québec légifère là-dessus. »
Politique du bruit
Une politique sur le bruit pourrait voir le jour.
Réagissant à l’inquiétude des citoyens et des membres
du corps médical, l’exministre de la Santé, Philippe
Couillard, a demandé, il y a trois ans, un avis à
l’Institut national de la santé publique. L’avis sera
transmis au nouveau ministre cet automne, dit le Dr
Maurice Poulin, responsable de l’unité santé au
travail à l’Institut national de santé publique.
« L’avis dira s’il est pertinent d’avoir une politique
sur le bruit, dit le Dr Poulin. On est en train de
développer ça. On a des difficultés car, sur le bruit,
il n’y a pas beaucoup de ressources au Québec. L’avis
aura plusieurs chapitres sur la définition du bruit,
les mesures, ses effets sur la santé et le portrait
législatif. On regarde également si on peut chiffrer
les coûts engendrés par la pollution sonore. Des
recommandations seront faites au ministre. »
Des sons qui voyagent loin
« Il
y a un nombre d’événements trop important au parc
Jean-Drapeau. Il faudrait qu’il y ait une rotation
des lieux. »
Des citoyens de la Rive-Sud sont excédés par le
bruit en provenance du parc Jean-Drapeau et de ses
nombreux spectacles de musique. Martin Lafond
coordonne le mouvement de protestation à
Saint-Lambert. « J’habite rue Merton depuis 2007 et
les spectacles du parc Jean-Drapeau, toutes les fins
de semaine, entre sept et neuf heures de musique par
jour, jusqu’à 23h, c’est insupportable. Depuis mai,
c’est infernal. Et ça dure jusqu’en octobre. »
Selon Patrick Leclerc, du Regroupement québécois
contre le bruit, « il y a un nombre d’événements
trop important au parc Jean-Drapeau ». « Il faudrait
qu’il y ait une rotation des lieux », dit-il.
M. Lafond dit qu’en six mois, c’est 376 heures de
bruit, l’équivalent de 250 spectacles de 1h30. «
Notre sommeil est troublé, celui des enfants aussi.
Impossible de profiter de nos congés en paix, de
dormir la fenêtre ouverte, et même fermée ! »
écrit-il dans un tract distribué à Saint-Lambert.
Un site internet, silencestlambert. ca, a été créé.
M. Lafond réclame moins de spectacles à Jean-Drapeau
ou la création d’un « mur du son » aux frais de la
Ville de Montréal. Mais les demandes d’aide qu’il a
présentées aux administrations de SaintLambert et de
Montréal n’ont rien donné. Du coup, il a déposé une
plainte à l’ombudsman de Montréal, Me Johanne
Savard, qui a demandé à la Société du parc
Jean-Drapeau d’effectuer des tests de bruit.
Certains ont eu lieu la fin de semaine dernière
durant les spectacles d’Osheaga. D’autres auront
lieu dans quelques jours.
Aller au Stade?
Une possibilité serait de déménager des spectacles
hors de l’île. Le Stade olympique est évoqué. La
Régie des installations olympiques est ouverte à
accueillir les spectacles les plus bruyants. Mais
c’est le choix des promoteurs, dit Sylvie Bastien,
porte-parole de la RIO. Myriam Vallée, du Groupe
Spectacles Gillett, qui organisait Osheaga, dit que
ces spectacles s’adressent à une clientèle qui aime
être à l’extérieur.
À la Société du parc JeanDrapeau, le directeur
général, ChristianOuellet, est conscient que le
voisinage du parc « est exposé », mais le mandat de
la société est d’animer ce parc et de générer des
profits, dit-il. Il a une entente de cinq ans avec
des promoteurs et compte bien l’honorer. « On essaie
de bien diriger nos systèmes de son », dit-il. Mais
il n’y a pas de limite de décibels dans le parc. «
C’est l’ombudsman qui va nous dire si c’est
acceptable ou pas, ditil. Si la Ville de Montréal
décide de modifier la programmation, on le fera,
mais on n’en est pas là. »
« S’il y a une trop grande concentration au parc
JeanDrapeau, il faut regarder ça, dit le maire de
Ville-Marie, Benoit Labonté. Les citoyens sont
capables de vivre avec des événements ponctuels,
mais si c’est récurrent au mépris des droits des
citoyens, il faudrait réévaluer ça. S’il y a
d’autres options, comme le Stade olympique, ça
mérite d’être étudié. »
Le conseiller municipal Marcel Tremblay, responsable
du parc Jean-Drapeau, n’a pas rappelé La Pres se.
Son porte-parole, Darren Becker, dit que « la Ville
n’a pas l’intention de déménager les spectacles du
parc ».
LES IMPACTS SUR LA SANTÉ
Le coeur
Selon une méta-analyse allemande, le risque
d’hypertension augmente généralement à partir de
60 décibels dans le cas du bruit des avions, et
de 65 ou 70 décibels pour celui des autoroutes.
Le risque d’infarctus augmente de 10% à 20%
entre 70 et 75 décibels, et de 50% à 75% entre
75 et 80 décibels, selon le nombre d’années de
vie près d’une autoroute, dit une étude
berlinoise.
Le sommeil
Le bruit retarde le sommeil, le rend plus léger,
augmente les mouvements nocturnes et le nombre
d’éveils et donne généralement une impression
d’avoir mal dormi qui affecte l’humeur, selon
une métaanalyse hollandaise ayant recensé une
demi-douzaine d’études. Le Conseil sur la santé
des Pays-Bas a calculé que le nombre d’éveils
moyens passait d’une dizaine à plus de 300 par
année quand le niveau de bruit passait de 40 à
55 décibels.
L’école
Les enfants qui vont à l’école près d’un
aéroport peuvent accumuler un an de retard dans
l’apprentissage de la lecture, selon une étude
européenne. Les auteurs recommandent que les
salles de classe situées près des aéroports
reçoivent un isolement acoustique et ils
suggèrent qu’on évite de construire d’autres
écoles dans ces endroits.
Le stress
Le bruit du trafic aérien est plus dérangeant
que celui des voitures, et celui des trains est
le moins stressant, selon une étude des
Pays-Bas. À 70 décibels, le niveau de bruit d’un
grand boulevard, entre 30% et 55% des gens sont
très stressés par le bruit d’un avion, contre
20% à 30% par le bruit des voitures et 13 à 17%
par le bruit du train.
INFRACTION AUX DÉCIBELS
Règlements
Les arrondissements montréalais ont des
règlements sur le bruit. Ville-Marie a donné
des dents au sien, l’an dernier. Des amendes
de 1000$ à 12 000$ sont prévues pour chaque
infraction. Un an après son entrée en vigueur,
15 constats d’infraction à ce règlement ont
été émis: 14 pour des entreprises, 1 pour un
particulier. L’ombudsman de Montréal considère
que le « modèle de Ville-Marie est à suivre en
matière de gestion de bruit ».
Outremont
Outremont a défini le niveau maximum de bruit
toléré pour des soirées privées dans un local
: 98 décibels. Et de 70 décibels pour un
commerce.
Inspecteurs
Il y a seulement deux inspecteurs de la ville
centre sur le bruit pour la Ville de Montréal.
Ils relèvent du PlateauMont-Roya l . Ma i s l
’arrondissement de Ville-Marie a pris
l’initiative d’engager son propre technicien
sur le bruit l’an dernier.
Ombudsman

L’ombudsman de Montréal a reçu 32 demandes
d’enquêtes sur le bruit en 2006, 42 en 2007 et
54 en 2008. En 2008, 12 demandes concernaient
le bruit dans le PlateauMont-Royal et 10 dans
Ville-Marie. Victor Hugo disait que « la
musique, c’est du bruit qui pense ». Mais la
musique a changé depuis le XIXe siècle…
Prendre la mesure sonore d’un événement
C’est lafirmeDécibelsConsultants qui a mesuré en
fin de semaine l’impact sonore des concerts
d’Osheaga pour un citoyen de Longueuil.
Pour mesurer le bruit à un
endroit donné, les spécialistes utilisent un
sonomètre.
Gilles Leroux, directeur technique de Décibels
Consultants, explique comment il procède. « On
installe un sonomètre intégrateur le plus près
possible du spectacle, pour avoir un point de
référence, dit-il. L’appareil a une horloge
interne qui permet de comparer minute par minute
le bruit généré sur place et le bruit enregistré à
la résidence du plaignant. On saura donc si ce qui
est reçu est le même bruit que celui du site. »
La mesure a duré deux jours afin d’enregistrer
aussi tous les bruits ambiants près de la
résidence du citoyen de Longueuil, que ce soit le
bruit de la route 132, celui provenant du pont
Jacques-Cartier ou du boulevard Taschereau.
À
la demande de l’ombudsman, la firme va se rendre à
Saint-Lambert demain pendant le pique-nique
électronique du parc Jean-Drapeau, de 14h et 23h.
Elle remettra ensuite son rapport à l’ombudsman. «
On conclura si ça s’entend et on dira de combien
», dit M. Leroux.
« Le bruit peut atteindre 140 décibels en milieu
industriel, dit-il. C’est quasiment le bruit en
arrière d’un 747. Les bruits de voisinage, c’est
autour de 50 décibels. Face aux haut-parleurs, sur
la scène, ça peut être 110-115 et le bruit
s’atténue de 6 décibels chaque fois qu’on double
la distance de mesure. Par exemple, si à 300 m, je
mesure 100 décibels, à 600 m, ça va être 94
décibels, etc. »
M. Leroux dit que l’irritant est souvent dû aux
basses fréquences des spectacles qui se propagent
facilement et ne sont pas bloquées par la
fenestration. « Ça peut même vibrer à l’intérieur
des maisons », dit M. Leroux.
Dimanche silencieux à Granby
La Ville
de Granby doit bientôt adopter un règlement qui
interdira tout bruit excessif le dimanche, une mesure
qui vise surtout les activités de construction.
« On veut donner au moins une journée de quiétude aux
citoyens », affirme le maire Richard Goulet.
Le règlement actuel interdit les travaux bruyants la
nuit, tous les jours de la semaine. L’avis de motion
déposé le 10 juillet proscrira aussi « d’exécuter des t
ravaux susceptibles de faire du bruit de façon à nuire à
la paix, à la tranquillité et au bien-être [...] du
voisinage » en tout temps le dimanche.
La motion doit être adoptée à la prochaine séance du
conseil, le 24 août.
« Ce
qu’on veut surtout empêcher, c’est la construction, les
scies à chaîne et les marteaux-piqueurs le dimanche,
précise M. Goulet. La construction du matin au soir, le
week-end, il faut y mettre un frein. »
Fendre le bois, tondre le gazon, faire de la soudure et
des travaux de menuiserie et de débosselage resteront
des activités permises durant le jour, même le dimanche.
La modification apportée au règlement découle de
plaintes de citoyens. Le dépôt d’une plainte par un
voisin sera aussi nécessaire pour qu’il y ait amende ou
avertissement.
La mesure ne fait pas que des heureux. Entrepreneur en
excavation, le Granbyen Sébastien Ouellet juge que le
projet de règlement est « ridicule » et qu’il « va trop
loin ».
« Ça ne tient pas debout, il y a des gens qui
travaillent le week-end ! dit M. Ouellet. Et s’il pleut
le samedi, ils devront tout remettre à la semaine
suivante. Déjà que l’été ne dure pas longtemps au
Québec... »
Bruyant… à la campagne! -
Francine Bastien
J’ai
lu avec intérêt le dossier sur le bruit du
journaliste Éric Clément dans La Presse de samedi
dernier. J’ai beaucoup de sympathie pour les
résidants qui doivent renoncer à vivre chez eux dans
un minimum de sérénité une fois l’été venu.
Évidemment, les festivals bruyants, ça rapporte et
ça passe en premier. Les citoyens et leur droit à la
paix? Qu’estce que c’est que ça?
Je me permets de porter à votre attention une
situation qui, quoique différente, pose les mêmes
questions de respect du droit à la quiétude.
J’habite à la campagne, un endroit isolé, que j’ai
choisi précisément parce que le silence en est une
composante essentielle. Or, depuis quelques mois,
une compagnie de chemin de fer a décidé que ses
trains, qui ont toujours circulé le jour, devaient
circuler la nuit question d’augmenter le chiffre
d’affaires. Si bien que vers 1h et 4h la nuit, deux
trains passent à proximité en s’assurant de siffler
au moins trois fois à chaque passage à niveau. Il y
a quatre passages à niveau dans mon village!
Le train circule dans plusieurs municipal ités des
Cantons-de-l’Est entre Farnham et la frontière
américaine. Des milliers de personnes ne dorment
plus la nuit. Et que font les municipalités?
Certaines adoptent des résolutions qui, aumoins,
tiennent compte des centaines de plaintes de
citoyens dont la vie est sérieusement perturbée par
le bruit. Que fait la compagnie de chemin de fer?
Elle continue de faire circuler ses trains la nuit
comme si de rien n’était.
Il semble donc qu’il soit de plus en plus difficile,
sinon impossible, d’échapper à la pollution sonore
pourtant tout aussi délétère que la pollution de
l’air. Le simple fait qu’aucune présomption ne pèse
contre le pollueur et qu’il appartienne au citoyen,
qui ne dérange personne par son silence, de prouver
par maintes expertises, souvent coûteuses, que le
bruit existe, en dit long sur les priorités de notre
société. Et que dire encore de ces enfants qui
apprennent en bas âge à crier plus fort que les
autres et à qui les parents répondent en criant
encore plus fort à leur tour… Le chemin vers le
respect du silence sera long!
Les prévisions « alarmistes » irritent
les entreprises de loisirs - Martin Croteau
es
entreprises touristiques n’attribuent plus seulement
à la météo la baisse d’achalandage qu’elles
subissent depuis le début de l’été : elles montrent
aussi du doigt les météorologues, dont elles
dénoncent les prévisions trop « alarmistes ».
PHOTO ALAIN DION,
LA VOIX DE L’EST
Jour demétéo clémente (une
fois n’est pas coutume) au parc aquatique de
Bromont.
Christian Dufour sait fort bien que les
météorologues ne font pas la pluie et le beau temps,
qu’ils ne font que l’annoncer. Seulement, le
directeur de l’expérience client à Mont
Saint-Sauveur et à MontAvila constate que sa
clientèle fond comme neige au soleil chaque fois que
les bulletins prévoient de la pluie. Et ce, même
s’il ne pleut pas.
« Une journée où ils annoncent des averses et qu’il
fait soleil, les gens se sont déjà mis dans la tête
qu’il allait pleuvoir, dit-il. On perd beaucoup de
clientèle en raison de prévisions qui sont souvent
imprécises. »
Le mois dernier, M. Dufour a compté quatre journées
consécutives où les bulletins météo prévoyaient des
averses, et durant lesquelles le parc aquatique de
Mont Saint-Sauveur n’a pas reçu une goutte de pluie.
Il calcule que ces prévisions erronées ont coûté une
fortune à son établissement.
« Une journée comme celle-là, on perd au moins 1000
visiteurs, a-t-il déploré. Les gens se réveillent,
ils apprennent que le temps est incertain, alors ils
décident d’annuler leur sortie. »
Le Mont Saint-Sauveur n’est pas seul à grogner. Le
parc aquatique de Bromont et le Village Vacances
Valcartier se disent aussi pénalisés par des
prévisions météo trop pessimistes. Si bien que ces
entreprises, avec la Société des attractions
touristiques du Québec (SATQ), ont entrepris l’an
dernier des démarches pour inciter les diffuseurs à
être moins « alarmistes ».
« Le gros problème, c’est l’imprécision des
prévisions météorologiques, constate Pierre-Paul
Leduc, directeur de la SATQ. Bien souvent, ce qui
est annoncé par la météo, ce n’est pas vraiment ce
qu’on a. »
Or, poursuit-il, les Québécois sont très sensibles
aux prédictions des météorologues. Plusieurs
choisiront d’annuler une sortie à l’extérieur s’ils
aperçoivent un pictogramme montrant un nuage gris à
la télévision.
« Ça
influence beaucoup leur comportement, affirme M.
Leduc. On se rend compte que les stationnements des
parcs aquatiques sont vides même si la météo est
beaucoup plus belle que ce qui était annoncé. »
« On ne veut pas faire croire aux gens qu’il fait
beau alors qu’il pleut à boire debout, renchérit
Christian Dufour. Mais au moins, s’ils n’annoncent
que 40% de probabilités d’averses, ils devraient
plutôt annoncer qu’il y a 60% de chances qu’il ne
pleuvra pas. »
Tirer sur le messager ?
Après un mois de juillet exécrable, pendant lequel
Montréal a établi un record pour le plus bas nombre
d’heures d’ensoleillement, les entreprises ont
toutes les raisons de râler contre la météo. Mais
tirent-elles sur le messager en montrant du doigt
les météorologues ?
Le chefduservicedes opérations météo au réseau
MétéoMédia, Martin Bélanger, concède que les
prévisions sont beaucoup plus difficiles à établir
en été.
« Dans le cas des précipitations de neige, on a
affaire à des zones de précipitations élargies,
a-t-il indiqué. C’est plus facile de faire le suivi.
En été, la nature des précipitations est différente.
Au lieu d’avoir des bandes de précipitations très
vastes, on a des cellules d’averses et des orages
isolés. »
C’est pourquoi M. Bélanger suggère aux vacanciers de
consulter les sites et bulletins météo aussi souvent
que possible pour connaître les prévisions les plus
récentes, donc les plus précises. Les météorologues,
ajoute-t-il, ne font qu’annoncer le fruit de leurs
calculs.
« Notre travail, c’est d’informer la population, a
souligné M. Bélanger. On laisse aux gens le soin de
choisir leurs activités. »
Sale temps, auditoires records - Louise
Leduc
Ce n
’ e st pa s un s a l e temps pour tout le monde.
MétéoMédia, en tout cas, obtient des auditoires
records. Le mois dernier, le trafic a explosé sur
son site internet. Pas moins de 14 millions de pages
de plus qu’en juillet 2008 ont été lues.
« Les gens voient bien que la météo est très
instable et ils regardent manifestement le site
plusieurs fois par jour, a expliqué Bertrand Leduc,
directeur des ventes chez MétéoMédia. Ce n’est pas
parce que je travaille là, mais, moi-même, quand
j’étais en vacances, j’allais sur le site à tout
bout de champ avant de planifier une activité. »
M.
Leduc se dit très au fait du débat en cours. Oui,
les propriétaires de terrains de golf ou de
glissades d’eau voient d’un mauvais oeil les
mentions de probabilités de précipitations. M. Leduc
fait valoir que les gens doivent vraiment s’arrêter
afin de mieux interpréter tout cela.
À la télévision, les gens ont les prévisions pour
leur région. S’ils vont quelque part, c’est au site
internet qu’ils doivent se référer. « Nous couvrons
quelque 200 localités et, franchement, on ne se
trompe pas beaucoup. »
J’ai besoin de mes quotidiens
Tous mes sens
sont interpellés lors de la lecture, je suis imprégnée de leur
odeur, de leurs idées
L’auteure réside à Jonquière.
Les
journaux et revues sont des produits culturels
indispensables. Devrons-nous les sacrifier sur l’autel de
l’information rapide ? s’interroge Marthe Vaillancourt,
adepte de l’information papier.
Il y a des nuits où le sommeil est plus difficile, alors je me
tourne vers la radio, ma compagne d’insomnie. Il y a quelques
semaines, j ’ai entendu un animateur, dont j’oublie le nom,
discuter avec grandiloquence de la fin de l’information
papier. À tel point, dit-il, qu’à Detroit, un certain journal
ne sera publié dorénavant que trois jours par semaine. Même la
France est touchée, et on entend M. Sarkozy proposer toutes
sortes de mesures pour rattacher les jeunes aux activités
culturelles et à la lecture des journaux.
J’ai ressenti cette onde de choc comme une autre catastrophe,
une autre partie de la crise qui bouleverse tout. Chaque
matin, je lis régulièrement trois quotidiens, j’y ajoute, au
cours du mois, six revues d’information. Quarante-cinq ans
d’engagement communautaire m’ont démontré le besoin
fondamental de lire les éditoriaux, les articles de fond pour
alimenter mes réflexions sur différents sujets.
Chaque jour, je découpe, j’empile les aide-mémoire et je ne
suis jamais prise de court lorsque j’ai à prendre la parole.
Je peux toujours citer l’un ou l’autre quotidien. Leurs textes
permettent de réfléchir, de structurer ma pensée. Tous mes
sens sont interpellés lors de la lecture, je suis imprégnée de
leur odeur, de leurs idées, j’ai besoin de les tenir dans mes
mains, de les garder près de mon lieu de travail, de vibrer
aux émotions qu’ils soulèvent, de digérer l’information. De
plus, ils me ramènent à un devoir de mémoire et de
transmission de toute l’information reçue. Les textes lus et
relus permettent de construire mes propres références et de
partager avec des amis à qui je refile journaux et revues.
Comment retrouverais-je autant de bénéfices enm’assoyant
devant l’internet ou en me contentant des clips de
l’information continue? Par exemple, je m’intéresse depuis des
années à l’aménagement urbain. J’entends dans un média un
expert se prononcer sur la question, je n’ai pas eu le temps
de prendre des notes, alors je ne peux le citer
convenablement.
J’ai tenté de
savoir si l’on partagemesappréhensions. Réponses plutôt
vagues: chez les baby-boomers, une certaine indifférence. Ils
achètent les journaux, mais on les remplacera advenant leur
départ. Chez les plus jeunes, on ne jure que par les nouvelles
des réseaux d’information continue et les technologies, on lit
parfois. Chez les aînés, on aime bien lire l’information
papier.
Les journaux et revues sont des produits culturels
indispensables. Devrons-nous les sacrifier sur l’autel de
l’information rapide, les consommer en deux temps, trois
mouvements, comme on agit dans le monde de l’éphémère, de
l’ici et maintenant, sans approfondissement, sans analyse,
vite passons à autre chose, nous n’avons plus le temps,
l’ineffable quête de la rapidité conditionne notre vie,
pourquoi prendre le temps d’ouvrir un journal? Nous sommes
dans le monde de l’immédiat, de la vacuité, du paraître, de la
glorification du dieu internet.
Même si je ne peux pas concevoir d’être privée de la section
livres, des éditoriaux, des articles de fond, je peux être
facilement critique, surtout si je me réfère à la dernière
année. De quels sujets a-t-il été question? Politique, sport,
économie. Est-il nécessaire de noircir tant de pages sur les
aventures de Julie Couillard ou sur la violence de Jonathan
Roy? Ah! J’oubliais le côté économique, ça fait vendre le
journal!
Tout ce remue-méninges m’a fait constater que je consacre plus
de 3000$ par année à l’achat de magazines et de journaux. Tout
un bail! Mais j’ai une pensée pour tous ces jeunes qui
étudient en écriture journalistique. Quel sera leur avenir? Et
tous ceux qui écrivent déjà, pourront-ils se recycler dans un
autre média?
Dans une société, tout se tient. Pas d’enseignement de
l’histoire, diminution du financement de la culture, retrait
annoncé des journaux. Et quoi encore? Jen’osealler au bout de
ma pensée, je vais choquer les internautes, les consommateurs
iPod et autres utilisateurs de ces nouvelles technologies.
L’auteure de la lettre de la semaine, Marthe Vaillancourt,
recevra une copie laminée de cette page.
Le décrochage II
- Pierre Foglia
L’autre jour,
j’ai écrit une chronique sur le décrochage – c’était le même
titre : « Le décrochage ». J’ai reçu des millions de courriels
comme chaque fois qu’il est question d’éducation. Beaucoup de
profs qui me font promettre l’anonymat. Si vous saviez! me
disent-ils. Si vous saviez! Ceuxlà avaient mis des zéros à des
copies nulles et même blanches, on les a obligés – sous la
menace de sanctions administratives – à changer ces zéros pour
des NE – Non évalué! Ou encore cellelà qui s’est fait dire
qu’il ne fallait plus écrire E (échec) dans le bulletin.
Que dois-je écrire alors ? À l’avenir vous écrirez: RR. Ce qui
signifie? Réussite reportée!
Vous riez, m’écrit-elle dans son courriel, pas moi.
Et encore cet employé d’une multinationale qui a investi 105
000$ en 2007 et en 2008 dans un programme contre le décrochage
dans une école de l’Est où le taux dépasse les 50%, et qui
n’en peut plus des faux-fuyants du « plan-cadre de
persévérance » et du charabia des conseillers pédagogiques.
Bref, je reviens sur le sujet. Trois angles différents, trois
let tres dont j ’ai masqué les signatures.
Qu’avez-vous tous à vous imaginer que le décrochage scolaire
augmente ? Il était bien plus élevé dans votre temps... Juste
comme j’allais effacer cette ineptie, la phrase suivante m’a
titillé... la différence c’est que dans votre temps, un
décrocheur ça s’appelait un ouvrier, ajoute plaisamment mon
correspondant. Tout le contraire, monsieur. Je l’ai déjà
raconté, je suis journaliste – ou presque – par accident
technologique. Je viens du « professionnel ». Je suis entré à
13 ans dans un centre d’apprentissage pour y apprendre un
métier. J’y ai fait trois ans. Dans ce centre d’apprentissage,
on formait des mécaniciens, des menuisiers, des peintres en
bâtiment, des plombiers, des typographes, même des
selliers-bourreliers (qui travaillaient le cuir). Rigoureuses
études à mi-temps, ateliers pour l’autre moitié du temps,
l’humeur n’était pas du tout au décrochage. Ce furent-là mes
seules études, et mon seul diplôme dans la vie : un CAP –
certificat d’aptitude professionnelle. Je n’en ai aucune
honte, ce qui n’exclut pas le regret de n’avoir pas fait
d’études supérieures.
Pourrait-on suivre le même parcours aujourd’hui? Pourquoi
ai-je l’impression que devenir un ouvrier, aujourd’hui, n’est
plus une option, juste un pis-aller ?
Tout le monde y veut aller à l’université. Tout le monde y
veut être docteur, avocat, professeur, cinéaste, à la rigueur
policier. Personne y veut être coiffeuse, ou préposé aux
bénéficiaires, cuisinier dans une cantine.
On a parfois l’impression que pour devenir électricien, il
faut d’abord décrocher et après quelque mois (ou années)
d’errance, se dire bon, faudrait quand même que je fasse
quelque chose, pourquoi pas apprendre un métier, pourquoi pas
l’électricité ?
Je reviens à
mon correspondant qui est docteur en quelque chose, il ne
m’étonnerait pas que ce soit en pédagogie. N’avez-vous pas
remarqué comment le discours sur le décrochage commence à
ressembler à de l’intégrisme. Il y a eux, les décrocheurs, et
il y a nous, les instruits. Ils sont les hérétiques des temps
modernes.
Je ne sais pas si ce sont des hérétiques, monsieur, ou des
victimes et je m’en crisse. Il n’en tiendrait qu’à nous qu’ils
soient instruits. Des peintres en bâtiment, des mécaniciens,
des plombiers, des coiffeuses, des ouvriers agricoles, des
réparateurs de fournaises instruits, cela n’est pas du tout
impossible, je le sais puisque cela m’est arrivé.
Et cela devrait être l’objectif numéro un de l’école plutôt
que de former d’autres docteurs en pédagogie de merde. Le
docteur en pédagogie pullule, comme le chroniqueur d’a i l leu
r s , mais essayez donc de trouver un menuisier pour refaire
vos armoires de cuisine ou le plancher du salon.
J’ai été un décrocheur. Ma mère, au désespoir, me traîne
devant l’orienteur. Peut-il reprendre sa dixième année ?
L’orienteur lui a ri au nez. Il a dit que je ne pourrai s même
pas êt re menui s ier. Alors quoi ? a demandé ma mère.
Journalier, a dit l’orienteur.
J’ai 49 ans. Ingénieur civil. J’ai fait Poly. Aujourd’hui
cadre supérieur responsable de l’international dans une très
grande entreprise. Je parle allemand, italien, français,
anglais. Voilà, c’est mon histoire. Si elle peut aider
quelques décrocheurs à. . . rac crocher, j’ajouterai que seuls
ma femme et quelques amis savent que je n’ai pas terminé mon
secondaire.
Votre histoire aidera peut-être des décrocheurs à raccrocher –
j’en doute quand même un peu – ce que j’y trouve, moi,
d’exemplaire c’est l’orienteur : même pas menuisier, MÊME PAS!
Dans ce mépris de la menuiserie, l’outrecuidance d’une société
qui croit racheter son insondable inculture en envoyant ses
enfants à l’université.
Dans votre chronique sur le décrochage, vous parlez de la
nullité de ces parents qui n’arrivent pas à fixer des règles à
la maison et à les faire respecter. Je crois être un de ces
parents. Je suis le père d’un ado de 18 ans. Je suis prof de
statistiques dans une université, pouvez vérifier mais ne
publiez pas mon nom.
Mon fils rentre de l’école furieux, j’ignore pourquoi. Il
bardasse, et il bardasse et il bardasse. Je lui demande de se
calmer. Il crisse son poing dans le mur et défonce le gyproc.
OK, pas de char cette semaine. Va chier ! OK, pas de char pour
tout le mois. Fin de l’épisode. Dans les heures qui suivent,
il pique du fric dans le sac de sa mère pour aller faire la
foire avec les copains. Je supprime son allocation
hebdomadaire pour rembourser le vol.
Explication tumultueuse. J’essaie de le raisonner. Je lui
propose qu’on efface tout et qu’on recommence, sauf la dette,
il faudra qu’il rembourse. Y pète un câble. Y m’explose les
lunettes et la cloison nasale d’un coup de poing. J’appelle la
police. Les jours suivants, il décide que le lycée c’est fini.
Je relis votre chronique celle où vous dites : tu vas à
l’école Chose, as-tu compris? Tu-vas-à-l’é-cole. Je le lui dis
exactement comme ça. Il me projette dans le mur d’une très
violente poussée (il est plus grand et plus lourd que moi). Je
rappelle la police. Et je vous écris : je fais quoi
maintenant?