Fédéralisme
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Voir aussi Souveraineté...
Clarté
référendaire: le NPD déposera son projet de loi
s'inspirant de la déclaration de Sherbrooke
Déclaration
de sherbrooke du NPD
Se pourrait-il donc qu'il soit
un peu difficile
d'être Québécois sans être aussi Canadien ?...
Jour
du Drapeau: le Canada, une identité confisquée
Les aléas du fédéralisme...
Greek crisis offers lessons for Quebec sovereignists
Une
Europe fédérale ?
Europe’s lesson for Quebec secessionists - Jeffrey Simpson
Et s'il n'y avait finalement rien d'impossible au fait de
manifester son appartenance à deux nations plutôt qu'une ?
Quebecers proud to be Canadians, too: poll
Y aurait-il donc quelque chose qui cloche dans le "plus beau
pays du monde" ?...
The parochialism of Little Canada is killing us - Jeffrey
Simpson
Pauvre...
Canada
Alberta and Quebec,
the axis of provincialism - Jeffrey Simpson
Et par ailleurs, comment cela aurait-il donc pu être mieux
prouvé que par l'échec de l'Accord du Lac Meech ?...
Accord du lac Meech: les acteurs se souviennent
L'échec de Meech, le triomphe du statu quo - Vincent Marissal
Vingt
ans après Meech - Le long hiver politique québécois
Les
vingt ans de Meech - L'impossible paix des braves
Le
noyau de l'accord
Déclaration
de Robert Bourassa - Désormais, des négociations à deux
Déclaration
de Brian Mulroney
Le vrai pays - Chronique de
Lucien Bouchard
Une
confédération belge?
... ou le dossier constitutionnel dans son ensemble ?
Les
30 ans d’un renvoi historique
Et s'il y avait plus d'un domaine à l'égard duquel une
petite révision de la Constitution pouvait ne pas faire de
tort, finalement ?
Top court opts against a national market - GLOBE EDITORIAL
Et si l'actualité ne faisait que confirmer toujours
davantage la pertinence d'une plus grande décentralisation
du pouvoir au Canada ?...
Lettres
- Nonobstant
Nothing to see here - Adam Radwanski
Et comme premier pas en cette direction, pourquoi ne pas
commencer par respecter les champs de compétence des
provinces ?
... Car après tout, comment pourrait-on donc ne pas tous y
trouver notre compte ?
By attaching no strings, Flaherty binds irate provinces to
health plan - John Ibbitson
Ottawa's offer and the provinces' health challenge -
JEFFREY SIMPSON
Comment repenser le Canada ?... Et plus précisément...
Et pourquoi au juste les provinces ne pourraient-elles se
comporter comme de véritables États ?...
Fleur-de-lis
and
wild
rose
–
together
at
last?
-
Neil
Reynolds
Ottawa
grabs
the
attention,
but
the
provinces
face
the
heavy
lifting
Une
tendance
lourde
Pour
un Ontario fort
Les
États fédérés ont un rôle à jouer, plaide Jean
Charest - Richard Hétu
La Bavière rappelle Jean Charest à la
réalité
L’affirmation tranquille
Et quelle devrait donc être la place du Québec au sein de
cette chère fédération ?...
L’indifférence-association - ANDRÉ
PRATTE
TOUS QUÉBÉCOIS ! - Thomas Courchesnes
Quelle surenchère ? - Benoît Pelletier
Voir aussi Québec
et Canada : La fin de la surenchère -
Brian Lee Crowley
Et quelle place reste-t-il donc au Québec au sein de la
fédération ?
LA
VOIX
DU QUÉBEC S’ÉTEINT
Quebec’s
profound
isolation
Et d'ailleurs, peut-on encore espérer que le Québec puisse
jamais retrouver une place digne de ce nom au sein du Canada
?...
La place du Québec
Le
Québec n'intéresse pas les partis fédéraux
Y a-t-il encore moyen, par exemple, de repenser le
pouvoir fédéral de dépenser ?...
Un
raccourci
simpliste
Monsieur Bernier et les autres
Sus
au
pouvoir
fédéral
de
dépenser
... ou encore la péréquation ?...
Plutôt 1200$ à chacun!
Et surtout, peut-on encore rêver d'une réconciliation
nationale ?...
Le défi reste entier
Le fruit est mort
The
Bloc’s
silent partner
Duceppe
may
find
a
changed
Canada
-
Norman
Spector
The
mythical
country
of
Quénada
-
Stéphane
Gobeil
Y a-t-il toujours une voix pour la conciliation et le
dialogue, dans ce pays ?...
An unworthy slur
Et peut-on encore rêver d'un authentique nationalisme
canadien ?...
O Canada, we love you just the way you are
Et le "Québec bashing" aurait-il vraiment libre cours dans
le "Rest of Canada" ?...
Comme un courant anti-Québec - Vincent Marissal
Ou se pourrait-il donc qu'à tout le moins, il subsiste en
effet une sorte de manque d'ouverture envers le Québec à
travers le Canada anglais ?...
The NDP’s reckless referendum proposal
Or, les provinces n'auraient-elles pas surtout intérêt à
travailler ensemble plutôt qu'à faire exactement le
contraire ?...
Ottawa should underwrite the Lower Churchill project
Ideas
for
a
rational
electricity
policy
platform
A
partnership made out West
Power
to
the
(other)
provinces
Peut-on encore rêver d'une quelconque refonte du modèle de
la fédération canadienne ?...
We
need
a
Grand
Bargain
to
save
our
public
services
Le dossier énergétique ne rappelle-t-il pas que
notre fédération aura sûrement déjà vécu des jours
meilleurs ?...
Sur le dos de Terre- Neuve
Des
chèques en blanc
L’ENTENTE
MANQUÉE
Le
Bloc
et
Charest
coincés
entre
l’arbre
et
l’écorce
Élections
fédérales - S'occuper de ses affaires
Une
bonne
et
une
mauvaise
nouvelle
Plus
que
du
pétrole
-
ÉRIC BOYKO
Comprendre
l'Alberta
-
André Pratte
Prentice
versus
Charest:
Round
2?
L'Ontario
en colère contre le règlement québécois sur la pollution
automobile - L'Ontario était avertie, dit Québec
Règlement
de Québec sur les GES: un coup d'épée dans l'eau, selon
l'Ontario
Green
criticism
has
Quebeckers
seeing
red
Vive
tension sur le climat entre Ottawa et Québec
«Sottise»: Charest réplique sèchement à Prentice
L'Alberta
se choque - André Pratte
Non,
rien
de
rien...
-
Alain
Dubuc
Charest
critique
Harper
en
sa
présence
Charest persiste et signe contre Harper
Feux
croisés contre Jean Charest
Harper n'a pas apprécié les propos de Charest à Copenhague
Péréquation:
Québec «oublie» la contribution de l'Alberta
Les
provinces ont-elles le dernier mot?
CHAREST
C. HARPER
Charest
et Prentice à couteaux tirés - Rémi Nadeau
Chicane
provinciale-fédérale à Copenhague
GES:
des cibles trop contraignantes nuiraient à l'unité
nationale
Le
Québec et Copenhague - Alain Dubuc
Et surtout, la question environnementale ne fait-elle pas
ressortir le fait que nous retrouvons tous dans le même
bateau, et notamment en ce qui concerne les sables
bitumineux ?...
Dans
le même bateau canadien
Notre pétrole - André Pratte
Le Québec serait-il donc devenu pratiquement dépendant du
financement fédéral ?...
La solution 6-1-3
Oui,
la
Saskatchewan
existe!
-
Stéphane Laporte
L'idée
fédérale...
Vers une réconciliation nationale
- GROUPE AVENIR QUÉBEC
RETISSER
LES LIENS - JOCELYIN COULON
Fêter le Canada? ANDRÉ PRATTE
L’idée fédérale - ANDRÉ PRATTE
L'ambiguïté : un ingrédient central de la confédération
- Herman Bakvis
Une majorité de Canadiens pour
l’abolition de la monarchie
De fierté et de poutine ANDRÉ PRATTE
Voir aussi Pour
un pays normal
LES
ACTIVITÉS
DE
LA
FÊTE
DU
CANADA
Un déferlement rouge et blanc
Canadian please... - Nathalie Petrowski
Et si le Canada s'avérait tout de même loin d'être "si pire
que ça", après tout ?...
Just another vote for dysfunctional polarization
Open
Canada
to
the
world’s
new
ways
-
Edward
Greenspon
Dare to be an optimist!
Le Canada n'est-il pas un pays surprenant ?...
Le Canada n'est-il pas supposé être le "plus beau pays du
monde", ou du moins un des meilleurs, après tout ?...
Are Canadians happy?
We say we are - Jeffrey Simpson
Le
Canada glisse au 8e rang des pays selon l’Indice de
développement humain
Norway
best, Canada No. 8 to live
Le
Canada, 7e «plus meilleur pays du monde»
Les
meilleurs pays du monde
Well-educated,
older
immigrants
prefer
Canada
to
U.S.,
poll
finds
Le
Canada ouvert et accueillant
Le
Canada riche et enviable
Qu'il
fait bon vivre au Canada
Indice du
développement humain : Le
Canada toujours au quatrième rang
Voir aussi Pauvreté
:
Le
mauvais
élève
canadien
-
ALAIN
DUBUC
Une
bonne
idée - BILL CLINTON
Une
expansion phénoménale - Georges Anderson
Le poids politique du Québec menacé
Pas
de majorité pour Harper avant 2014, prédit Tom Flanagan
La
disparition du fédéral
- André Pratte
Et si la question de l'harmonisation de la TVQ ne faisait
que fournir un exemple de plus de notre incapacité de faire
preuve de ne serait-ce qu'un minimum de bonne foi du moment
que nous avons quelque compte que ce soit à régler avec le
gouvernement fédéral ?...
Ignatieff
donnerait
les
rênes
au
Québec
Taxer
dans
l’harmonie?
Notre
identité
fiscale
Charest
ne
doit
pas
compter
sur
Ottawa
Harmonisation des taxes: Québec doit céder, affirme Harper
Harmonisation TVQ-TPS: le dossier progresse selon Flaherty
Commission
des valeurs mobilières : Ottawa s'en remettra à la Cour
suprême
Un
compromis gagnant-gagnant - François
Vaillancourt & Mathieu Laberge
Commission des valeurs mobilières : Des valeurs
québécoises - André Pratte
Commission nationale des valeurs mobilières : Une
vraie ouverture ANDRÉ PRATTE
Et si la question de la Commission des valeurs mobilières se
trouvait surtout à nous offrir une chance, voire une ultime
chance d'illustrer notre capacité à travailler ensemble dans
le plus grand intérêt de tous ?...
Securities reform goes back to the drawing board
Commission
nationale des valeurs mobilières - L'Alberta est prête à
collaborer avec Ottawa
The big winner at Kananaskis: Little Canada
Commission
fédérale des valeurs mobilières - Un exemple de souplesse
et de coopération, plaide Ottawa
Marchés
financiers: vive Toronto!
Valeurs
mobilières - Une nouvelle étude contredit Flaherty
Projet
de
commission
unique
des
valeurs mobilières - L'argumentaire fédéral manque
singulièrement de rigueur
Le projet fédéral critiqué en Cour suprême
Projet
fédéral de commission de valeurs mobilières - L'avis de la
Cour suprême sera déterminant
Valeurs
mobilières - Gare au cheval de Troie, dit un expert
Incompétence dans sa compétence ? - Éric
Duhaime
COMMISSION UNIQUE DES VALEURS MOBILIÈRES
Ottawa passe aux actes
Le
pari risqué de Québec - Sophie Cousineau
Québec a raison -
Benoît Pelletier
VEILLONS AU GRAIN - Daniel Paillé
Harmonisation de la TPS : Une étude contredit les
propos de Harper
Et concernant la santé...
Ottawa et la santé
Référendum en Irlande, prise deux
Affamer le Bloc? -
ANDRÉ PRATTE
Trudeau, le meilleur... et l'un des pires
Qu'est-ce
qu'un Canadien?
Le
complexe
canadien
Le Canada ne serait-il donc qu'un régime autoritaire, après
tout ?
Mirror,
mirror on the wall, who’s most powerful of all? - NEIL REYNOLDS
Est-il toujours acceptable que le Canada soit ultimement
gouverné par le monarque d'un autre pays ?...
La colère et l’indifférence
Sovereignists,
federalists
alike
can
delight
in
royal
visit
Being
governed
by
Alfred’s
heirs
Why the monarchy (sigh) still survives in Canada - Jeffrey
Simpson
Visite
royale au royaume des indifférents
Comment se débarrasser de la monarchie?
Now
that
Canada's
Tory
blue,
Stephen
Harper's
rekindling
old
alliances
Un
thé
avec
Lord
Thomas
La fin d'un règne - Alain
Dubuc
Le
modèle allemand au lieu de la reine
La
pertinence de la monarchie au coeur des débats à Ottawa
Diminishing the Crown
La reine au Canada le 1er juillet ? - Hugo de
GrandPré
Une majorité de Canadiens souhaitent que la monarchie
disparaisse après la mort de la reine
En finir avec la monarchie
Où
sont les républicains canadiens? - Yves Boisvert
Une
foule bigarrée accueille le prince
La
binette du prince - Alain Dubuc
Un
comité d'accueil réclamera des excuses du Prince Charles
Le
Canada
adoptera-t-il le prince Charles ? - Judith
LaChapelle
Le
prince Charles en campagne de charme
The royal visit is no
mere celebrity event - Globe editorial
L'héritage
contesté de Michaëlle Jean
We
need
elected
referees
Le PLC plaide pour prolonger le mandat de Michaëlle Jean
Keep
the
Queen
and
choose
another
head
of
state
-
Globe
Essay
There
is
life
after
Rideau
Hall
-
Globe
Editorial
Michaëlle
Jean will be tough act to follow
The great GG debate
Y a-t-il donc un quelconque espoir pour ce qui est de
réformer le Sénat ?
Majority backs Harper’s plan for Senate elections and term
limits, poll finds
Being
governed
by
Alfred’s
heirs
Senate
reform
is
a
dumb
idea
past
its
time
If
Harper
can’t
hobble
or
kill
it,
NDP
hopes
to
bleed
the
Senate dry
Réforme
bancale
Electing
the
Senate:
worst
idea
in
the
history
of
the
planet
-
GERALD
CAPLAN
Real Senate reform? Don’t hold your breath - Jeffrey
Simpson
Et en passant, que ce passe-t-il donc dans le Rest Of Canada
?...
Photo
de famille canadienne - Chantal
Hébert
NDP’s
‘renewal’
is
going
nowhere
in
this
leadership
race
Le
Lévesque
de
Terre-
Neuve
Danny Williams: A proud Newfoundlander, walking the talk
Le
populiste
contre
l’ex-ministre
A
petition in need of inspection - Globe Editorial
The
Best
Place
on
Earth
includes
a
few
of
Canada’s
worst
Deux
Canadiens en lice pour le prix Nobel de la paix
...et notamment en Ontario ?
For
Dwight Duncan, grim warning is a blessing in disguise
McGuinty proves father knows best
Hudak
Conservatives lose as progressives take Ontario - Gerald
Caplan
Mcguinty survit, Harper échoue
Un troisième mandat inespéré
L’Ontario
et
ses
budgets
d’horreur
McGuinty’s
got
some
more
explaining
to
do
Le
maire
de
Toronto
propose
un
programme
pragmatique
Great
news
in
Ontario
health
care
It's
inevitable:
Ontario
will
have
to
follow
Quebec's
lead
-
Jeffrey
Simpson
Ontario
lifted
Canada
up.
Now
it'll
drag
it
down
-
Jeffrey
Simpson
Ontario's
budget
will
just
delay
the
pain
-
Jeffrey
Simpson
Budget ontarien - L'autre modèle
... ou du côté de la riche Alberta ?...
Le déclin des rednecks
Fellow Albertans, there’s no ‘Get out of jail free’ card
L’Alberta,
machine
à
fabriquer
des
conservateurs
Touche
pas
à
mon
pétrole
Truck,
mon
ami
le
redneck
Le
professeur
What
does
Alberta
want
?
Terre-Neuve
La province « riche » veut rapatrier ses enfants
UNE
NATION
EN
QUÊTE
DE
RESPECT
La
révolution
violette
de
Naheed
Nenshi
Le
créationnisme, une affaire d'Américains... et d'Albertains
Plus
que
du
pétrole
-
ÉRIC BOYKO
Stelmach's
royalty reversal gives the opposition a boost
Alberta's
change
of
heart-
Editorial
The
Alberta
royalty
backtrack
Can
Albertans
redesign
their
own
economy?
Mass
resignations
deepen
Tory
riding
rift
En
bref - Déficit historique en Alberta
Et d'ailleurs, notre relative stagnation n'est-elle pas
d'autant plus mise en évidence, du moment que l'on se
compare à d'autres provinces qui semblent avoir quand même
plus de vent dans leurs voiles ?...
Secteur
spatial: le Québec loin derrière l'Ontario
Le Canada serait-il donc en train de virer à droite ?...
Tide of change about to roll through provinces
À quoi le gouvernement fédéral sert-il donc, déjà ?...
Five reasons Ottawa is turning you off
|
LE DEVOIR
La
gifle
THE GAZETTE
Proud
Canadian: no longer an oxymoron
Nationalist
narcissism on a disgraceful scale
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
Meech, fondement d’un nouveau fédéralisme
La petite histoire de la « clause nonobstant » (3)
Charte
des droits et libertés de la personne du Québec
FEDERAL TRANSFER PAYMENTS
Programme
de péréquation
|
|
CHAREST C. HARPER
La validité de l’engagement canadien au traité de Copenhague
pourra être contestée parce qu’il n’a pas obtenu l’aval des
provinces, prévient Jean Charest après deux jours de bras de fer
avec le gouvernement Harper. Le premier ministre du Québec estime
que la signature du Canada sur l’éventuel accord international de
réduction des émissions de gaz à effet de serre vaudra peu de
choses, puisque le gouvernement Harper a choisi d’ignorer la voix
des provinces réclamant une cible nationale plus ambitieuse. « À
Copenhague, le gouvernement fédéral a le pouvoir de signer des
traités, mais il n’a pas le pouvoir d’engager nos gouvernements
provinciaux dans nos domaines de compétences. Ça, c’est la réalité
canadienne, et c’est la dure réalité », a dit le premier ministre,
en prenant la parole devant des membres du Réseau action climat
Canada. Dans une sortie en règle contre le gouvernement Harper, M.
Charest a soutenu que le respect des compétences constitue le
point de départ à toute négociation du Canada sur la scène
internationale. « Le gouvernement fédéral ne peut faire fi de
cette réalité. Il doit savoir qu’en élaborant sa position (sur les
GES), il doit tenir compte de ce que le Québec veut, et qu’à
défaut de le faire, il va se trouver bloqué dans la mise en oeuvre
de ses engagements. »
Charest et Prentice à couteaux tirés - Rémi
Nadeau
COPENHAGUE —
La tension a monté, hier, entre le premier ministre du Québec,
Jean Charest, et le ministre fédéral de l’Environnement, Jim
Prentice.
Jean
Charest, qui prenait la parole hier à Copenhague, constate
que le Canada se retrouve de plus en plus isolé sur la
question des GES.
Jean Charest a qualifié d’inacceptable le fait que le
gouvernement Harper n’écarte pas la possibilité de fixer des
objectifs environnementaux moins contraignants au secteur
pétrolier et gazier. M. Prentice a contre-attaqué en laissant
entendre que Jean Charest était mal placé pour lui faire la
leçon.
À la fin d’une j ournée mouvementée à Copenhague, M. Prentice
n’a pas nié que son gouvernement envisage la possibilité de
revoir à la baisse les efforts de réduction d’émissions de gaz
à effet de serre imposés à l’industrie du pétrole et du gaz,
comme le soutient le réseau anglais de Radio-Canada.
Réagissant aux informations révélées par CBC, M. Charest avait
sommé plus tôt le gouvernement Harper de fournir des
explications.
«Je ne vois pas comment un citoyen canadien pourrait accepter
un scénario comme celui-là», a lancé le premier ministre, qui
craint que des avantages consentis pour l’exploitation des
sables bitumineux ne forcent les autres économies canadiennes
à de plus grands sacrifices.
« On s’attend à ce que tout le monde fasse sa part pour
réduire les gaz à effet de serre. Ce serait absurde de créer
un système où nous, en faisant des efforts supplémentaires, on
se trouve à donner une permission à d’autres de continuer à
produire des GES. »
Visiblement
agacé par les critiques répétées du premier ministre, M.
Prentice a répliqué en affirmant que la cible canadienne de
réduction des émissions de gaz à effet de serre est aussi
ambitieuse que celle du Québec.
« Franchement, notre cible est aussi ambitieuse que ce que
n’importe qui d’autre a mis de l’avant. La cible canadienne
est la même que celle de la province », a-t-il déclaré hier.
L’objectif de réduction des émissions de GES du Canada est de
20% sous les niveaux de 2006 en 2020, alors que le Québec vise
toujours l’objectif fixé par le protocole de Kyoto, soit 20%
de moins qu’en 1990.
Le ministre fédéral estime que cela revient au même puisque,
selon le dernier relevé publié par Environnement Canada, le
Québec émettait autant et même plus de carbone en 2007 qu’en
1990, à 85 mégatonnes.
«Alors, au Québec, que l’on réduise les émissions de 20% par
rapport aux émissions d’aujourd’hui ou de 20% par rapport à
1990, on parle exactement de la même cible, du même degré
d’ambition», a-t-il argué.
M. Charest soutient pour sa part que le Canada se retrouve de
plus en plus isolé sur la question des GES en défendant une
cible équivalant à une réduction de 3% sous les taux de 1990.
« Le gouvernement fédéral se trouve dans une position où, même
à l’intérieur du Canada, il est minoritaire dans sa
perspective », a affirmé M. Charest, répétant que le Canada
devait « aller plus loin » et « cesser de suivre la politique
des Américains ».
Vers une réconciliation nationale -
GROUPE AVENIR QUÉBEC
Il faut cesser
de menacer le reste du pays d’un référendum sans issue
Ce texte est extrait du rapport de Groupe Avenir Québec,
publié la semaine dernière par plusieurs personnalités, dont
le cofondateur de l’Action démocratique du Québec, Jean
Allaire, et l’ancien président du Mouvement Desjardins, Claude
Béland. On peut trouver le texte intégral du rapport à
l’adresse
PHOTO DAVID BOILY, ARCHVES LA
PRESSE
Le cofondateur de l’ADQ, Jean
Dallaire, du Groupe Avenir Québec.
. À la l u m ière de tous les éléments qui u nissent les Q
uébécois au x aut res Canadiens, il faut ajouter l’importance
de protéger l’intégrité territoriale non seulement du Canada,
mais de l’ensemble nord-américain, ce qui renforce encore plus
la théorie de la réconciliation nationale proposée par le
Groupe Avenir Québec.
Pour des raisons économiques et stratégiques, ce qui nous unit
doit primer sur ce qui nous divise pour le bien de notre mode
de vie, de nos valeurs et surtout de notre puissance
économique liée à notre proximité avec les ÉtatsUnis. Nulle
part ailleurs dans le monde n’existe-t-il un tel avantage nous
permettant de bénéficier de la puissance économique et
stratégique des États-Unis, de son marché inépuisable, mais
aussi d’une réputation de social-démoc rate extrêmement enviée
de par le monde et même prisée pa r les A méricains eux-mêmes.
En réglant une fois pour toutes nos différends
constitutionnels et en cessant de nous voir comme une entité
isolée dans sa bulle, nous pourrons enfin profiter de nos
avantages stratégiques et, qui plus est, nous réaliser comme
nation en offrant au monde la seule vraie alternative
bilingue, stable, sociale-démocrate possédant le plus grand
potentiel énergétique en Amérique du Nord grâce à un
écosystème et une géographie unique qui peut assurer la
prospérité économique de n’importe quel projet
d’investissement et de développement.
Quant à la Constitution de 1982, qui inclut la Charte
canadienne des droits et libertés, beaucoup de penseurs et de
commentateurs politiques sont d’avis que certains de ses
articles constituent une menace pour la survie du Québec, de
sa culture, en particulier le multiculturalisme et ses
articles sur la langue.
Un bon nombre de jugements de la Cour Suprême du Canada sont
venus d’ailleurs confirmer une telle opinion.
De tout ce qui
est mentionné ci-haut, nous tirons les conclusions suivantes :
1-Les discussions et querelles sur le fédéralisme et la
souveraineté ne sont plus d’actualité pour un avenir
prévisible; 2-Il est à peu près impossible d’amender la
Constitution canadienne; 3-Nous allons donc continuer à vivre
ensemble, les Québécois étant soumis à une constitution
refusée par tous les partis politiques représentés à
l’Assemblée nationale, mais ladite Constitution canadienne
s’applique quand même au Québec et a préséance sur toutes ses
lois; 4-S’il en est ainsi, il faut trouver des moyens
pragmatiques et légaux de vivre ensemble paisiblement et
démocratiquement. Nous sommes d’opinion qu’en ce moment,
seules des ententes administratives sont envisageables entre
Ottawa et Québec, mais pourraient, par leur réussite, prouver
à tous qu’il est possible d’amender la Constitution en se
basant sur ces ententes administratives; 5-Il faudra cependant
que des concessions soient faites de part et d’autre, et la
signature d’ententes ad ministratives n’empêchera pas le
Québec de revendiquer vigoureusement les pouvoirs qui lui sont
nécessaires pour son développement et sa survie.
Refaire les ponts
Signer des ententes administratives avec Ottawa ne fera pas en
sorte que le Québec ait de meilleures relations avec les
autres provinces du Canada si nous ne trouvons pas le moyen de
développer des relations plus amicales.
À cet effet, le gouvernement du Québec, les partis politiques,
les associations de gens d’affaires, les chambres de commerce
et les citoyens, à titre individuel, devront adopter des
mesures appropriées pour que jamais la théorie de la chaise
vide dans les organisations canadiennes ne soit appliquée. En
d’autres termes, il faut être partout, dans toutes les
organisations du pays, et tisser ou retisser les liens avec
tous les centres de décisions canadiens.
I l faud ra ex pliquer que l’autonomie du Québec, telle que
soutenue par tous les premiers ministres du Québec sans
exception jusqu’à ce jour, n’est pas une menace pour les
autres provinces, mais qu’au contraire, elle peut également
les servir.
Il faudra cesser de menacer le reste du pays d’un référendum
sans issue.
D’ailleurs, il est significatif de constater que plusieurs
autres provinces canadiennes parlent de plus en plus
d’autonomie comme le Québec à mesure que les revenus provenant
de leurs richesses naturelles augmentent (TerreN e uve , N
ouvel le - É c o s s e , Saskatchewa n , A lberta et
Colombie-Britannique). (...)
Respecter la volonté de la population
(...) Il
faudra que nos démarches ne puissent jamais être
interprétées comme une marche vers l’autonomie complète ou
la sécession.
Il faudra aussi expliquer que ce que les Québécois entendent
par société « distincte » ou « unique » ne veut rien enlever
aux autres provinces. Au contraire. Si un pouvoir nécessaire
à la survie du Québec lui est redonné, il devrait être
offert également au x autres provinces, qui
l’administreraient par ellesmêmes, ou confieraient cette
administration au gouvernement fédéral.
En fait, ceci expliciterait que les provinces sont toutes
égales dans le traitement qu’elles reçoivent.
Si le peuple
québécois veut prendre des décisions différentes dans le
futur, il le fera savoir par ses réactions et ses demandes
dans ce sens.
L e mot démocratie, qui vient des mots grecs « demos » et «
kratein », qui signifient « peuple » et « commander »,
prendra tout son sens. Il faut aussi respecter la population
dans ses opinions et ses désirs.
D’une façon très résumée, mais très juste, le professeur Guy
Laforest de l’Université Laval a résumé la situation en ces
termes : « Il faut… trouver un cheminement intelligent parmi
plusieurs options partisanes vers la réconciliation des
projets nationaux québécois et canadien » …
« Si le Québec est dans le Canada pour y rester, alors
beaucoup de Québécois devront réapprendre aussi à être des
Canadiens, et donc à dire « nous » avec les autres
Canadiens, tout en continuant à dire « nous » avec tous les
autres Québécois. »
RETISSER LES LIENS - JOCELYIN COULON
Le fédéralisme
est perçu de manière favorable par les Québécois, mais il
suscite toujours des craintes
Il est temps de parler du fédéralisme comme d’une manière de
vivre, de cohabiter, de grandir et de se développer avec
d’autres sans perdre pour autant son identité propre.
D ans un beau livre publié il y a quelques années et intitulé
Que veulent vraiment les Québécois ?, l’historien Jocelyn
Létourneau écrit que « le projet politique qui a la vie la plus
dure au Québec n’est pas celui de la souveraineté, mais plutôt
celui qui promet ou qui promeut un accommodement honorable de la
cause québécoise à l’intérieur de la fédération canadienne ».
Si, comme je le crois, cette thèse a toujours été vraie, alors
le moment est venu pour les fédéralistes québécois d’occuper
leur place dans le débat public sur notre gouvernance politique,
débat essentiellement défini et balisé par les indépendantistes
depuis plus d’une décennie.
PHOTO: DAVID BOILY, ARCHIVES LA
PRESSE
Le moment est venu pour les fédéralistes
d’occuper leur place dans le débat public sur la gouvernance
politique, débat essentiellement défini et balisé par les
indépendantistes depuis plus d’une décennie.
Je n’ignore pas la difficulté de l’entreprise. Le fédéralisme
canadien a mauvaise presse et pas seulement à cause du scandale
des commandites. L’offensive du fédéral pour s’accaparer de
parcelles de pouvoir afin de construire ou de solidifier une
identité nationale au détriment des régions ou des provinces a
fini par fractionner le pays et donner naissance à de puissants
partis régionaux dont l’existence s’explique davantage par le
ressentiment qu’ils cultivent que par le projet qu’ils portent.
À Québec, le feu a été Directeur d’un centre de recherche à
l’Université de Montréal, l’auteur est membre fondateur de
L’Idée fédérale, le Réseau québécois de réflexion sur le
fédéralisme. entretenu, parfois sciemment. Inutile toutefois de
s’appesantir sur cette histoire et de la raconter une énième
fois. Elle a son credo, ses apôtres et ses exégètes dans les
deux camps.
Il est plutôt
temps de parler du fédéralisme comme d’une manière de vivre, de
cohabiter, de grandir et de se développer avec d’autres sans
perdre pour autant son identité propre. À cet égard, le
fédéralisme canadien sert bien les Québécois. Peuple mature,
debout, les yeux ouverts et prenant sa place ici comme ailleurs,
les Québécois l’ont compris depuis longtemps : contre vents et
marées, dans les grandeurs comme dans les misères, ils font de
leur attachement au Canada une affaire, d’abord et avant tout,
de raison. Le coeur y est aussi, mais il ne battra jamais aussi
rapidement que pour le Québec. Il faut vivre avec cette donne.
Retisser le lien entre le fédéralisme et les Québécois, avec les
francophones en fait, n’a rien d’une cause perdue, comme
l’indique le sondage publié vendredi par L’Idée fédérale. Le
fédéralisme est perçu de manière favorable, mais il suscite
toujours des craintes. En effet, sur le plan politique, c’est un
système en constante évolution, donc, à cet égard, un projet
inachevé, un mouvement perpétuel nécessa i rement i nstable ,
frustrant et intimidant. Sur le plan identitaire, il appelle à
des allégeances multiples, à des références culturelles
plurielles.
Ce caractère remuant et insaisissable est un véritable défi :
certains craignent d’y perdre leur âme, d’autres, au contraire,
ne sont pas loin de penser qu’il favorise indûment le local au
détriment du national, qu’il donne des ailes aux forces
centrifuges. C’est un risque. Il vaut la peine d’être pris.
C’est pour cela qu’il faut l’expliquer, sans cesse, dans un
travail quotidien, mille fois recommencé.
Fêter le Canada? ANDRÉ PRATTE
Ici, l’adhésion
au projet canadien est plus rationnelle qu’émotive.
Dans le texte que nous publions ci-contre, le ministre
fédéralChristian Paradis souligne que « le 1er juillet est une
journée où les Québécois et les Canadiens de toutes origines
peuvent se rassembler pour souligner le grand pays que nos
ancêtres nous ont légué ». Nous partageons cet enthousiasme. Il
ne doit toutefois pas nous aveugler. En réalité, relativement
peu de Québécois francophones célébreront la fête du Canada.
Un sondage Léger Marketing publié par le Journal de Montréal
indique que 32% des Québécois (24% des francophones) fêteront le
Canada demain. Cela fait certes deux millions de personnes. Mais
c’est beaucoup moins que les 48% de Québécois (56% chez les
francophones) qui ont marqué d’une manière ou d’une autre la
Fête nationale la semaine dernière. À quoi attribuer cette
indifférence relative à la fête du Canada? Les gens qui se
préoccupent de l’avenir du pays devraient-ils s’en inquiéter?
Il faut
d’abord noter que le phénomène n’est pas nouveau. Un sondage
réalisé par CROP en 1992 arrivait aux mêmes résultats. Les
Québécois francophones sont depuis toujours plus attachés à
leur province, à leur nation qu’à l’ensemble canadien. Les
Canadiens français qui ont défendu le projet confédératif au
XIXe siècle ne s’attendaient pas à autre chose, même s’ils
parlaient de créer une « nouvelle nationalité politique ».
Écoutons Sir HectorLouis Langevin, un des Pères de la
Confédération: « Ce que nous souhaitons, c’est défendre les
intérêts généraux d’un grand pays et d’une puissante nation,
au moyen d’un pouvoir central. D’un autre côté, nous ne
voulons pas faire disparaître nos différentes coutumes, nos
moeurs, nos lois; au contraire, c’est là précisément ce que
nous désirons le plus protéger par la confédération. »
Il est vrai qu’au fil des décennies, la nouvelle nationalité a
creusé des racines plus profondes dans les provinces à
majorité anglophone. Les Québécois se sentent bel et bien
Canadiens ; selon un sondage CROP réalisé pour le réseau
L’Idée fédérale, seulement 13% des Québécois ne s’identifient
pas du tout comme Canadiens. Cependant, pour la majorité des
francophones, l’attachement au Québec est bien plus fort que
leur sentiment d’appartenance au Canada. Ici, l’adhésion au
projet canadien est plus rationnelle qu’émotive. Aux yeux de
certains fédéralistes, cela rend cette adhésion plus fragile.
Sans doute. Toutefois, les tentatives passées de stimuler le
patriotisme canadien de la population québécoise ont échoué,
quand elles n’ont pas eu des effets néfastes (voir les
commandites...). L’émotion nationale ne se commande pas. Il
n’est pas certain qu’elle puisse se gagner.
Il reste que la Confédération aura 142 ans demain et que les
Québécois pensent, encore aujourd’hui, y trouver leur compte.
La raison ne fait peut-être pas une fête forte, mais elle peut
faire un pays solide.
L’idée fédérale - ANDRÉ PRATTE
Si une majorité
des Québécois s’opposent à l’indépendance, leur adhésion à la
fédération paraît fragile.
Au Québec, le mot « fédéralisme » a une connotation négative.
Même si, selon les sondages, 60% des Québécois voteraient non à
un référendum sur la souveraineté, peu d’entre eux se
définissent ouvertement comme « fédéralistes ». Le fédéralisme
est associé par plusieurs à un gouvernement fédéral
centralisateur, à la déception engendrée par de pénibles
épisodes de notre histoire politique, au scandale des
commandites, etc.
On a fini par oublier que le fédéralisme est fondé sur des
valeurs et des principes nobles. Tout comme l’indépendance, le
fédéralisme est un idéal. Sa réalisation concrète est évidemment
pleine d’imperfections. Il arrive que le fédéralisme échoue dans
son oeuvre de coexistence de communautés distinctes (pensons à
la Belgique) ; le projet n’est pas disqualifié pour autant. Et
il continue de séduire: le Royaume-Uni et l’Italie ont adopté
plusieurs caractéristiques d’une gouvernance fédérale au cours
des dernières années.
C’est avec cet idéal à l’esprit qu’une cinquantaine de personnes
se sont réunies hier matin à Montréal pour fonder L’Idée
fédérale, un réseau québécois de réflexion sur le fédéralisme.
(L’auteur de ces lignes est parmi les initiateurs du projet.)
L’Idée fédérale est un réseau non partisan regroupant des gens
de divers milieux et allégeances qui croient aux principes du
fédéralisme, notamment comme système de gouvernement au Canada.
Le groupe cherchera à stimuler la réflexion et les échanges
entre ces personnes, par exemple en publiant des études et en
organisant des conférences.
Le réseau a dévoilé les résultats d’un sondage CROP sur la
perception qu’ont les Québécois du fédéralisme. Réalisée en
avril, l’enquête révèle que les Québécois perçoivent
favorablement certains aspects du principe fédéral et de sa mise
en oeuvre au Canada. Par exemple:
› 60% des répondants sont d’accord avec l’énoncé suivant lequel
« dans une fédération, l’existence de deux paliers de
gouvernement – fédéral et provincial – permet aux citoyens (...)
de profiter de la concurrence entre les deux paliers » ;
› 67% des Québécois interrogés estiment que « le fédéralisme
permet aux Québécois de bénéficier des avantages de l’appartenance
à un plus grand ensemble tout en préservant leur spécificité
culturelle ».
Par contre, à certains égards, leur vision du système fédéral
s’apparente à celle des indépendantistes. Ainsi:
› Les trois quarts des participants pensent que « dans une
fédération, l’existence de deux paliers de gouvernement provoque
des inefficacités et des dédoublements » ;
› 48% des Québécois sont convaincus que le gouvernement du Canada
est « surtout au service des Canadiens anglais ».
Ceux qui croient que le Québec est mieux à même de se développer
au sein de la fédération canadienne ne peuvent donc pas se reposer
sur leurs lauriers. Si aujourd’hui une majorité des Québécois
s’oppose à l’indépendance, son adhésion à la fédération canadienne
paraît fragile.
Le débat se poursuivra bien sûr au niveau politique; le réseau
L’Idée fédérale se tiendra loin de ces luttes partisanes.
Toutefois, il espère faire oeuvre utile en offrant aux
fédéralistes québécois un lieu de discussion sur les principes,
l’évolution et les défis du fédéralisme, au Canada et dans le
monde.
L'ambiguïté : un ingrédient central de la confédération
- Herman Bakvis
Un ingrédient important - Herman Bakvis
L’ambiguïté
assure la stabilité à la fédération canadienne, mais des
règles de décision plus claires sont souhaitables
L’auteur enseigne l’administration publique à l’Université de
Victoria. Avec Gerald Baier et Douglas Brown, il est coauteur
du livre « Contested Federalism: Certainty and Ambiguity in
the Canadian Federation », publié récemment aux éditions
Oxford University Press.
Un des débats les plus intéressants au sujet de l’avenir de la
fédération canadienne concerne la place relative qu’y tiennent
l’ambiguïté et la clarté.
Certains politicologues se désolent, quand ils comparent notre
pays à d’autres fédérations, de la nature changeante de nos
institutions intergouvernementales et de l’absence relative de
règles de décision officielles pour résoudre les désaccords
entre les différents gouvernements. On cite souvent en exemple
l’Union européenne et l’Australie où il existe une procédure
régularisée ainsi que des organismes intergouvernementaux bien
implantés.
Les professeurs Martin Papillon et Richard Simeon soutiennent
qu’au Canada, les relations intergouvernementales ne sont pas
assez institutionnalisées et que l’improvisation y a une trop
grande part. Ils constatent qu’ici, le principal organisme
responsable de régler les différends, la Conférence des
premiers ministres qui regroupe les premiers ministres
provinciaux, les chefs des territoires et le premier ministre
du pays, constitue le « maillon faible » : ses rencontres sont
rares, n’ont pas lieu sur une base régulière et ne bénéficient
d’aucun soutien institutionnel, ce qui les rend inaptes à
rendre des décisions officielles.
D’autres spécialistes, par contre, considèrent que cette
ambiguïté et l’absence de règles de décision explicites
pourraient avoir un effet bénéfique. Ainsi, les accords
intergouvernementaux et les règles qui régissent les
institutions fédérales sont souvent rédigés de façon ambiguë
afin d’éviter d’alimenter les conflits quand vient le temps de
traiter de sujets délicats.
Un bon exemple
de cette situation, c’est la motion adoptée en 2006
reconnaissant que les Québécois forment « une nation au sein
d’un Canada uni ». On peut interpréter de toutes sortes de
façons les termes « nation » et « Québécois ». Pour les
nationalistes québécois, le terme « nation » peut signifier un
État reconnu par les lois internationales alors que d’autres
verront plutôt ce terme d’un point de vue sociologique.
Même le Renvoi relatif à la sécession du Québec de la Cour
suprême et la Loi sur la clarté référendaire, que les
fédéralistes considèrent comme d’excellentes mesures qui
imposent des règles au débat sur la séparation, sont en fait
délicieusement absurdes. La Cour suprême n’a pas pris la peine
de spécifier ce qu’elle entendait par majorité « claire » et
question référendaire « claire ». Quel pourcentage serait
suffisant? Est-ce qu’on demande 53%, 60%?
Grâce à l’ambiguïté, des sujets explosifs ne sont pas discutés
sur la place publique. Elle permet la conclusion d’ententes
complexes qui peuvent donner lieu à toutes sortes
d’interprétations. Lorsque utilisée de façon créative, elle
permet au système fédéral de naviguer sur des eaux
relativement stables.
Et pourtant, cette façon de recourir à l’ambiguïté n’est pas
sans conséquences. Par exemple, dans de nombreux domaines, la
règle de décision par défaut est le consensus ou l’unanimité.
Il en résulte souvent des impasses qui finissent par créer un
vide décisionnel. Si Ottawa considère une situation comme
suffisamment sérieuse, le système, auparavant décentralisé,
devient du jour au lendemain très centralisé. Ce sont alors
des décisions unilatérales du gouvernement fédéral qui
remplissent le vide. Dans certains cas, ces décisions
unilatérales sont le reflet d’un consensus tacite entre les
différents gouvernements, même si personne ne voudrait
l’admettre. Dans d’autres cas, toutefois, elles peuvent
avantager nettement une partie du pays. De tels gestes de la
part du gouvernement central sont alors considérés comme
arbitraires, et les gouvernements des provinces ou territoires
qui se sentent brimés les déclarent illégitimes. À plus long
terme, l’immobilisme et les actions unilatérales du
gouvernement central qui en découlent vont exacerber le
conflit fédéralprovincial et mener vers une centralisation du
pouvoir.
L’ambiguïté a un rôle à jouer, plus particulièrement quand des
questions d’ordre constitutionnel sont en jeu. Il y a peu de
chance qu’on trouve un jour une solution qui puisse remplacer
l’unanimité de fait pour tout changement important à la
Constitution. Cependant, dans d’autres domaines – le commerce
interprovincial, la mobilité de la main-d’oeuvre, la
réglementation des valeurs mobilières ou le réchauffement de
la planète, entre autres –, des règles de décision officielles
seraient souhaitables.
En
bref, si l’ambiguïté est un ingrédient important du
fédéralisme canadien, il serait peut-être temps de transformer
le système de façon à ce que la clarté y tienne une plus
grande place.
Une majorité de Canadiens pour l’abolition de la
monarchie
— Soixante-cinq
pour cent des Canadiens souhaitent que le Canada cesse d’être
une monarchie constitutionnel le après le règne d’Élisabeth II,
indique un sondage publié hier à l’occasion du 142e anniversaire
du Canada.
« Nous avons été surpris par l’ampleur du désir de couper les
liens avec la monarchie », a déclaré Peter Donolo de l’institut
Strategic Counsel, qui a réalisé l’étude pour le quotidien Globe
and Mail et la chaîne de télévision CTV.
C’est au Québec que l’opposition à la monarchie est la plus
élevée (86%), tandis que la province voisine de l’Ontario affiche
le plus faible taux d’opposition, avec 58%.
Le Canada est une démocratie parlementaire, mais aussi une
monarchie constitutionnelle. La reine Élisabeth II est le chef
d’État en titre du Canada.
Le sondage révèle également que pour 90% des personnes
interrogées, le Canada est « le meilleur pays au monde ». Et elles
sont 85% à penser que les Canadiens sont « fondamentalement
différents des Américains ».
De fierté et de poutine ANDRÉ PRATTE
Pas moins de 78%
des Québécois estiment que le Canada est le meilleur pays du
monde.
Le Globe and Mail et CTV ont publié hier les résultats d’un
imposant sondage réalisé par la firme Strategic Counsel. Ceuxqui
souhaitent la poursuite du projet canadien y trouveront matière
à se rassurer, mais aussi quelques motifs d’inquiétude.
La donnée la plus frappante est celle-ci: quand on demande aux
Canadiens s’ils approuvent ou non l’énoncé « Le Canada est le
meilleur pays du monde », neuf sur 10 se disent d’accord. Pas
moins de 78% des Québécois sont tout à fait d’accord (30%) ou
plutôt d’accord (48%) pour dire que le Canada est le meilleur
pays du monde. Dans une province où l’on ne cesse de dénigrer le
fédéralisme, Ottawa et les Canadiens anglais, c’est une
statistique franchement étonnante. Ce pourcentage élevé révèle
un paradoxe: bon nombre d’indépendantistes croient que le Canada
est le meilleur pays sur Terre.
Dans les autres provinces, la fierté est à son comble: 93% des
Canadiens hors-Québec affirment que leur pays est le meilleur du
monde. Une telle attitude frise l’arrogance; or, l’arrogance
nationaliste n’est pas sans risques. Que le Canada soit un pays
où il fait très bon vivre et que la Confédération soit fondée
sur des principes nobles, certes. Mais le meilleur pays du
monde? Cette fierté exacerbée explique sans doute que 62% des
Canadiens hors-Québec affichent un unifolié sur leurs bagages
lorsqu’ils voyagent (seulement 22% des Québécois font de même).
SixCanadienssur10sontconvaincus que le Québec ne se séparera
jamais du reste du pays; c’est ce que pensent aussi 61% des
Québécois. Comme leurs concitoyens des autres provinces, les
Québécois pensent majoritairement qu’au-delà de leur diversité,
les Canadiens partagent les mêmes valeurs.
Par contre,
la plupart des répondants (61%) estiment que la fédération est
moins unie aujourd’hui que dans le temps de leurs parents.
Toute cette fierté cache donc un malaise, et ce malaise est
présent dans toutes les régions du pays.
On constate aussi que la barrière linguistique ne s’est pas
estompée. La moitié des Québécois estiment maîtriser plus ou
moins les deux langues officielles du pays; c’est le cas d’à
peine un Canadien hors-Québec sur 10. Presque huit Québécois
sur 10 jugent important que les Canadiens parlent anglais et
français tandis qu’ailleurs au pays, la proportion est deux
fois moindre. Difficile de mieux connaître l’autre quand on ne
parle pas ni même souhaite parler sa langue...
L’enquête Globe and Mail-CVTStrategic Counsel montre aussi que
si 67% des autres Canadiens ont déjà visité le Québec, les
Québécois, eux, n’ont rien vu de leur pays sauf les deux
provinces voisines, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick.
Seulement 16% des Québécois interrogés se sont déjà rendus en
Alberta, et seulement 18% ont vu la Colombie-Britannique.
Difficile de mieux connaître l’autre quand on ne va pas à sa
rencontre...
Cela dit, si les Québécois et les autres Canadiens se
connaissent peu, ils partagent plusieurs expériences communes.
Notamment, les trois quarts d’entre eux, quelle que soit leur
province de résidence, ont déjà... mangé de la poutine.
Cependant, on ignore s’ils ont aimé ou pas.
LES ACTIVITÉS DE LA FÊTE DU CANADA Un
déferlement rouge et blanc
De la
Colombie-Britannique à Terre-Neuve, les Canadiens de partout au
pays ont souligné hier le 142e anniversaire de la Confédération.
Tandis que le gratin politique était réuni sur la colline
parlementaire, à Ottawa, le
« Pour nous, souligner le 1er juillet est un devoir, a dit Ahmed
Fellahi, originaire du Maroc. Et en plus, c’est un devoir
agréable ! »
« Le Canada nous a accueillis. Et aujourd’hui, c’est notre
devoir de lui rendre hommage pour le service qu’il nous a rendu.
»
En plus
des activités dans le Vieux-Port, où le rouge et blanc était
omniprésent, les Montréalais ont eu droit en matinée au
traditionnel défilé de la fête du Canada au centre-ville.
Rencontrée hier après-midi au Vieux-Port de Montréal, Mouna
Riblaoui prenait part aux festivités entourant la fête du
Canada. La mère de famille célèbre le 1er juillet chaque année
depuis 1995, année où elle a quitté le Maroc pour s’installer à
Montréal.
« En plus d’être agréable, cette cérémonie, tout comme la
SaintJean-Baptiste, permet à mes enfants de mieux connaître leur
pays », a ajouté Mme Riblaoui, qui aidait son fils de 20 mois à
sautiller sur les jeux gonflables.
Comme Mouna Riblaou i , des milliers de Québécois ont convergé
hier sur le quai du Vieux-Port pour participer aux festivités du
142e anniversaire de la Confédération. La foule était composée
en grande partie de nouveaux arrivants, fiers de célébrer leur
pays d’adoption. Et heureux d’assister au défilé militaire, aux
coups de canon, aux compétitions sportives et aux diverses
activités organisées toute la journée.
« Pour nous, soul igner le 1er juillet est un devoir, a dit
Ahmed Fellahi, également originaire du Maroc. Et en plus, c’est
un devoir agréable! » Avec sa femme et ses trois enfants, il
regardait d’un air amusé une compétition de wakeboard sur des
immenses piscines aménagées sur le quai.
Un peu plus loin, Mama Bokoum, originaire de la Guinée, portait
un foulard et une tunique africaine rouge et blanc en l’honneur
du drapeau canadien. Tout sourire, la dame exprimait son amour
pour sa terre d’accueil. « C’est un pays calme, prospère, où les
enfants peuvent recevoir une bonne éducation et où l’on peut
s’exprimer librement », a-t-elle dit.
En plus des activités dans le Vieux-Port, les Montréalais ont eu
droit en matinée au défilé de la fête du Canada au centre-ville.
Vingt-cinq chars allégoriques et cinq corps de musique ont
participé au défilé, qui a pris fin à la Place du Canada.
En fin de soirée, une foule principalement composée de
jeunes s’est massée devant le marché Bonsecours pour assister à un
spectacle audiovisuel sur deux scènes sur le bassin duVieux-Port.
Feux d’artifice à basse altitude, jeux d’eau et de lumière,
musique de Lulu Hughes; les fêtards ont dansé jusqu’en fin de
soirée.
Pendant ce temps à Ottawa...
La cérémonie officielle de la fête du Canada a eu lieu à Ottawa en
présence du premier ministre, Stephen Harper, et de la gouverneure
générale, Michaëlle Jean.
La capitale avait des airs de fourmilière alors que plus de 350
000 personnes ont investi les rues d’Ottawa et de Gatineau. La
météo incertaine n’a pas découragé la foule, en grande partie
habillée, coiffée ou encore tatouée de rouge et de blanc,
d’envahir les rues.
Les festivités ont été lancées dès 9h par le défilé. On a ensuite
hissé le drapeau et la traditionnelle relève de la garde a suivi,
devant le parlement. Michaëlle Jean et Stephen Harper se sont
adressés à la foule, avant le passage spectaculaire d’escadrons de
Snowbirds et de pilotes de CF-18.
« L’année prochaine sera spéciale pour les Canadiens. Les yeux du
monde seront tournés vers nous au moment où nous accueillerons les
Jeux olympiques et paralympiques de Vancouver et présenterons au
monde ce que le Canada a de mieux à offrir », a déclaré le premier
ministre sous les applaudissements de dizaines de milliers de
personnes.

Les Jeux olympiques de Vancouver, qui se déroulent du 12 au 28
février prochains étaient au centre des célébrations de la Fête du
Canada cette année dans la capitale. Sarah McLachlan, Marie-Mai et
Les Respectables ont entre autres interprété quelques chansons
pour la foule.
Une bonne idée - BILL CLINTON
Extrait du
discours prononcé par le président Bill Clinton, le 8 octobre
1999, lors de la conférence internationale sur le fédéralisme,
à Mont-Tremblant. Je crois personnellement que vous verrez de
plus en plus de fédéralisme au cours des prochaines années.
J’en veux pour exemple l’Union européenne. C’est vraiment là
une nouvelle forme de fédéralisme, où les États – les pays
d’Europe – demeurent de loin plus importants et plus forts que
le gouvernement fédéral, mais donnent à ce dernier
suffisamment de pouvoirs pour qu’il renforce leurs intérêts
mutuels dans une économie intégrée et, dans certaines
circonstances, dans des politiques intégrées.
(...) Cela ne veut pas dire que ceux qui ont voté pour
l’indépendance du Timor oriental ont commis une erreur. Si
vous regardez ce qu’ont dû subir les habitants du Timor
oriental; si vous regardez l’héritage colonial qui existe
là-bas; si vous regardez le fait que les Indonésiens leur ont
donné la chance de voter, qu’ils ont accepté de le faire, et
que presque 80% d’entre eux ont voté pour l’indépendance, cela
me semble correspondre à une bonne décision.
Mais ne soyons pas naïfs au point de croire que la route sera
facile pour ce peuple en particulier. Même si nous parvenons à
les soutenir économiquement, comme certains d’entre nous
tentent de le faire; même si nous parvenons à empêcher les
milices intégrationnistes d’opprimer les gens et même si nous
réussissons à rapatrier sains et saufs tous les habitants du
Timor oriental, le fait est qu’ils totalisent moins d’un
million d’âmes avec un revenu par habitant parmi les plus
pauvres de la Terre, luttant pour faire survivre leurs enfants
dans un environnement qui n’est pas exactement hospitalier.
Ont-ils eu tort, par conséquent? Non. Dans les circonstances
auxquelles ils faisaient face, c’était probablement la seule
issue possible. Mais ne pensez-vous pas qu’il aurait été mieux
pour eux de pouvoir fonder leur autonomie au plan religieux,
culturel, ethnique et économique ainsi qu’un véritable
gouvernement dans le cadre d’une plus grande entité qui les
aurait soutenus économiquement? Et renforcer leur sécurité au
lieu de la miner constamment? Cela ne s’est malheureusement
pas produit; c’est triste.
(...) Or,
j’estime qu’au cours du XXe siècle, nous avons gaspillé
énormément d’énergie à minimiser les perspectives du
fédéralisme. Nous avons été si souvent traumatisés par des
attaques sur des individus en raison de leurs caractéristiques
tribales, raciales ou religieuses, que nous tendons
immédiatement à penser que la seule réponse est de leur
accorder l’indépendance.
Mais il faut penser à long terme, à la façon dont nous
cohabiterons quand les canons se tairont, quand la fumée se
dissipera. En conclusion, je ne puis dire que ceci : je pense
que les ÉtatsUnis et le Canada sont parmi les pays les plus
chanceux du monde parce que nous bénéficions d’une grande
diversité dans notre population, laquelle est parfois
concentrée, comme les Inuits du Grand Nord, parfois largement
dispersée dans un même secteur, comme l’est Vancouver.
Nous avons de la chance parce que la vie est plus intéressante
et amusante quand il y a des personnes différentes qui voient
les choses différemment et pensent différemment, et trouvent
leur chemin vers Dieu différemment. Oui, nous vivons à une
époque des plus intéressantes. Et parce que nous grandissons
et apprenons chaque fois que nous rencontrons des personnes
qui sont différentes de nous, et qu’au lieu de les regarder
avec crainte, haine ou manque d’humanité, nous les regardons
et voyons en elles un miroir de nousmêmes et de notre humanité
commune.
Je pense que si nous recherchons sincèrement ce qui est le
plus susceptible de faire avancer notre humanité commune dans
un monde qui rapetisse et ce qui constitue un type de
gouvernement capable de nous donner le meilleur des mondes,
l’intégrité dont nous avons besoin, l’autonomie que nous
recherchons, la réalisation de nous-mêmes (sans prétendre que
nous pouvons couper notre cordon ombilical avec le reste de
l’humanité), je pense que de plus en plus et plus de personnes
admettront que ce fédéralisme dont nous parlons n’est pas,
après tout, une si mauvaise idée.
Une expansion phénoménale - Georges Anderson
La
démocratisation a contribué à la naissance de fédérations
Il y a 10 ans cette semaine que des délégués de quelque 50
pays se sont réunis à Mont-Tremblant dans le cadre de la
première conférence internationale sur le fédéralisme. À cette
occasion, nous avons demandé à George Anderson, président du
Forum des fédérations, une organisation appuyée par neuf pays
fédéraux, de faire le point sur l’évolution du fédéralisme
dans le monde. Nous reproduisons aussi dans cette page un
extrait du discours qu’avait prononcé à Mont-Tremblant le
président des États-Unis, Bill Clinton.
La conférence de MontTremblant sur le fédéralisme (octobre
1999) est surtout connue pour le discours remarquable de Bill
Clinton. Plusieurs ont été aussi étonnés que tant d’intérêt
soit porté au fédéralisme, n’étant pas conscients que 40% des
peuples du monde résident dans plus de 25 fédérations.
Il n’existait que quatre fédérations fonctionnelles à la fin
de la Seconde Guerre mondiale : les États-Unis, la Suisse, le
Canada et l’Australie. Au nombre des pays fédéraux ou quasi
fédéraux s’ajoutent aujourd’hui, en Europe, l’Allemagne,
l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la Russie et même
l’Italie; le Mexique, le Brésil et l’Argentine en Amérique
latine ; l’Inde, la Malaisie et le Pakistan en Asie ; et le
Nigeria, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud en Afrique. Des États
sortant d’un conflit comme l’Irak, la BosnieHerzégovine,
l’Éthiopie et le Soudan ont également adopté des constitutions
fédérales, et le Népal est déterminé à le faire. Certains
préconisent en outre le fédéralisme pour Chypre, le Sri Lanka,
la Bolivie, l’Indonésie, les Philippines et plusieurs autres
pays.
La démocratisation s’est révélée le plus important facteur à
l’origine de la formation de nouveaux régimes fédéraux. Dans
l’Espagne d’après Franco, les Catalans et les Basques se sont
servis de la démocratie pour obtenir plus d’autonomie, comme
l’ont fait d’autres régions. La démocratie a aussi transformé
le Mexique, le Brésil et l’Argentine vers un fédéralisme
beaucoup plus authentique.
La démocratisation a jeté la Russie dans un fédéralisme plutôt
chaotique sous Eltsine, mais depuis, son caractère fédéral est
demeuré notable, même sous Poutine. L’Afrique du Sud a adopté
une architecture fédérale afin de rassurer certaines minorités
lorsqu’elle s’est démocratisée après l’apartheid, tout comme
l’Éthiopie après le renversement du dictateur militaire
Mengistu Haile Mariam. La Belgique et l’Italie ont opté pour
des arrangements fédéraux ou quasi fédéraux en réponse à des
pressions démocratiques pour la décentralisation.
Les
arrangements fédéraux au sein des pays sortant d’un conflit,
où de profonds clivages rendent toute forme de démocratie
fragile, représentent un défi beaucoup plus substantiel.
Divers régimes fédéraux ont aussi fait long feu, notamment des
régimes façonnés par des pouvoirs coloniaux pliant bagage ou
qui ont vu le jour après la chute du communisme.
Le fédéralisme a donc connu une expansion phénoménale au cours
des 60 dernières années. Il n’a pas toujours été couronné de
succès, mais de toute évidence a représenté une importante
option convenant à un nombre croissant de pays. Si la
démocratie poursuit son expansion au cours de ce siècle, le
fédéralisme fera sans doute de même. Si, par exemple, la
Chine, l’Iran ou le Myanmar se démocratisent, la nature de
leurs sociétés les amènera peut-être à opter pour des
arrangements fédéraux. De la même façon, un certain nombre de
petits pays multiethniques, particulièrement en Afrique,
pourraient adopter le fédéralisme comme moyen de gérer leur
diversité.
Évidemment, lorsque la politique identitaire déchire une
société, comme en ex-Yougoslavie par exemple, le nonrespect de
la démocratie peut aussi miner le fédéralisme. Le fédéralisme
requiert des dirigeants favorisant le dialogue, la tolérance
et la conciliation.
L’une des plus grandes questions concernant l’avenir du
fédéralisme a trait à l’Union européenne, où des points de vue
fortement divergents opposent, d’une part, ceux qui anticipent
une évolution logique vers le fédéralisme et, d’autre part,
ceux qui estiment que la diversité, les intérêts et les acquis
locaux au sein de l’UE feront toujours obstacle à l’élection
directe d’un gouvernement européen. Je tends à être en accord
avec le premier point de vue. Au fil du temps, le besoin d’une
entité centrale ayant plus de poids sur le plan financier, des
politiques de défense et étrangère communes et de régler le
«déficit démocratique», tout comme la croissance d’une
identité commune européenne, pousseront probablement l’Europe
dans une direction plus fédérale.
Donc, les expériences fédérales se révéleront
vraisemblablement encore plus pertinentes qu’auparavant au
cours de ce siècle. Un intérêt accru sera ainsi porté au
dialogue et au partage de connaissances sur le fédéralisme à
l’échelle internationale. Le Canada, fort de son long et
parfois difficile parcours, représente un chef de file de ce
dialogue.
Indice du développement humain : Le Canada
toujours au quatrième rang
Le Canada
demeure cette a nnée au quatrième ra ng mondial de l’indice du
développement humain publié hier par le Programme des Nations
unies pour le développement (PNUD). Il s’agit du même rang que
l’an dernier.
L’indice du développement humain (IDH) repose sur des éléments
comme l’espérance de vie à la naissance, le degré
d’alphabétisation, la scolarisation et le produit intérieur brut
(PIB) par habitant. L’ONU compare les données de 182 pays dans
son classement annuel.
L a Norvège j
ou it de la meilleure qualité de vie au monde, à l’opposé du
Niger, où elle est la plus mauvaise, selon le classement publié
hier à Bangkok.
Le Canada occupe le 11e rang – avant la Norvège, mais après
l’Espagne et Israël – en ce qui a trait à l’espérance de vie à
la naissance ; le septième, toujours devant la Norvège, mais
cette fois après Cuba, en ce qui touche le degré de
scolarisation ; et le 18e, devant l’Islande et après le
Danemark, pour ce qui est du PIB par habitant.
Ces résultats illustrent une fois de plus l’étendue du fossé
entre les pays riches et les pays pauvres. À titre d’exemple, à
sa naissance, un enfant du Niger peut espérer vivre à peine plus
de 50 ans, alors qu’en Norvège, l’espérance de vie est de 80
ans.
Semaine du climat à New York
Les États fédérés ont un rôle à jouer, plaide Jean Charest
- Richard Hétu
NEW YORK — À la
veille d’un sommet de l’ONU sur le climat, et à moins de trois
mois de la conférence de Copenhague, le premier ministre Jean
Charest a plaidé hier à New York en faveur de la reconnaissance
du rôle des États fédérés, des provinces et des régions du monde
dans ce dossier, où le pessimisme semble être à l’ordre du jour.
« Nous devons engager non seulement tous les gouvernements mais
également tous les ordres de gouvernement si nous voulons mettre
en oeuvre avec succès les mesures de réduction des gaz à effet
de serre. Nous devons reconnaître cela à Copenhague », a déclaré
M. Charest dans u ne brève i nter vent ion à l’occasion du
lancement de la Semaine du climat à New York, dont le point
culminant aura lieu aujourd’hui avec la conférence mondiale sur
le changement climatique convoquée par le secrétaire général de
l’ONU, Ban Ki-moon, à la veille de la traditionnelle ouverture
de l’Assemblée générale.
Le secrétaire général de l’ONU et l’ex-premier ministre
britannique Tony Blair ont également pris la parole hier. Ils
ont tous deux souhaité le succès du sommet de Copenhague, qui,
du 7 au 18 décembre, visera à conclure un accord devant entrer
en vigueur à l’expiration de la première phase du protocole de
Kyoto, en janvier 2013.
« La volonté est là, la question est de trouver les moyens de la
mettre en oeuvre», a déclaré M. Blair, en allusion notamment aux
désaccords persistants entre les États industrialisés et les
pays en développement sur les objectifs de réduction des gaz à
effet de serre.
Le premier ministre Charest s’exprimait à New York à titre de
porte-parole des États fédérés, des provinces et des régions
auprès du secrétaire général de l’ONU. Il sera également à
Copenhague, où il veillera notamment à ce que le rôle du groupe
qu’il représente soit reconnu dans le texte officiel de la
conférence.
Il ne s’attend
pas, en revanche, à ce que le gouvernement de Stephen Harper
défende à Copenhague des positions similaires à celle du
Québec.
Pas les mêmes objectifs
« Il faut être très lucide, je ne vois pas à ce moment-ci
comment il serait possible que le gouvernement canadien
présente des objectifs similaires à ceux du gouvernement du
Québec, a dit Jean Charest. Remarquez que nous avons encore à
formuler nos objectifs. Mais je peux confirmer que nous allons
respecter les objectifs fixés par Kyoto. Et ça, il n’y a pas
beaucoup d’endroits dans le monde qui peuvent vous l’affirmer.
Nous allons réduire de 6% nos émissions par rapport à 1990
d’ici à 2012.»
Comme d’autres observateurs et responsables, le premier
ministre Charest exprime un certain scepticisme quant au
succès éventuel de la conférence de Copenhague.
« C’est un point d’interrogation pour tout le monde, a-t-il
déclaré. De toute évidence, le gouvernement américain et
l’administration Obama sont très pris par le débat sur la
santé. Combien de temps le président Obama accordera-til au
gouvernement américain pour arriver à Copenhague aussi bien
préparé que nous le sou ha iterions ? C ’est la question que
tout le monde se pose, ici. »
La Bavière rappelle Jean Charest à la
réalité
La région allemande n’a pas la compétence de conclure une entente
sur la mobilité de la main-d’oeuvre
Le premier
ministre québécois a profité de l’occasion pour louer le
fédéralisme canadien.
MUNICH— L’autonomie des États non souverains a vite montré ses
limites mardi lors de la visite du premier ministre Jean
Charest dans la région allemande de Bavière.
Au terme d’une rencontre en tête-à-tête avec M. Charest, le
ministre-président bavarois a confié qu’il lui était
impossible de conclure une entente sur la reconnaissance
mutuelle des compétences avec le Québec.
« Sur le plan juridique, on ne peut pas signer un traité avec
le Québec sur la mobilité de la main-d’oeuvre, de la
main-d’oeuvre avec la France et fait la promotion de ce modèle
de partenariat auprès de ses intercela relève de la compétence
fédérale », a fait savoir Horst Seehofer.
Le gouvernement Charest a déjà conclu une entente sur la
mobilité locuteurs depuis son arrivée en Europe la semaine
dernière.
La Bavière ne
peut joindre sa signature à une entente semblable, a fait
comprendre M. Seehofer, en conférence de presse à la
chancellerie de l’État à Munich.
« Mais lorsqu’il s’agit des questions culturelles ou de
collaboration économique, nous sommes tout à fait libres de
nous engager », a précisé le ministre-président.
Le premier mini s t re Charest a saisi la balle au bond pour
se lancer à la défense du fédéralisme canadien, l’un des plus
décentralisés de la planète, a-t-il insisté.
« L’Europe aussi accepte de partager les souverainetés. Nous
ne sommes pas les seuls. C’est tellement vrai que le Québec a
plus de pouvoirs que certains pays souverains ou supposés
souverains », a évoqué le premier ministre.
Pour M. Charest, la participation du Québec dans la
négociation sur l’Accord de partenariat Canada-Europe illustre
combien une province peut s’épanouir outre-Atlantique sans
aspirer à la souveraineté politique.
L’affirmation tranquille
Jean Charest
est le meilleur ambassadeur que le Québec ait jamais eu sur
la scène internationale
LL’auteure est directrice Marchés internationaux, Alliance
canadienne des technologies avancées (CATA) et directrice du
Forum Femmes et Technologie e voyage du premier ministre
Jean Charest en Europe ouvre une nouvelle ère pour le Québec
– celle d’une présence qui « parle vrai » et qui négocie sur
la scène internationale. Jamais dans l’histoire du Québec,
un premier ministre n’aura ouvert autant de portes et se
sera donné autant de mal pour sortir son coin de pays de sa
provincialité et l’inscrire sur la mappemonde du siècle qui
sera vert et durable.
Au-delà des traditionnels (même si nécessaires) accords
commerciaux, Jean Charest a mis les échanges professionnels
à l’ordre du jour. En octobre dernier, lors du Sommet de la
francophonie, il a conclu avec le président français Nicolas
Sarkozy un accord sur la reconnaissance des qualifications
professionnelles qui, à terme, permettront aux médecins,
pharmaciens, sages-femmes, avocats, experts-comptables,
architectes, géomètres et vétérinaires français de
bénéficier d’une « liberté totale d’installation » au Québec
et réciproquement.
En
Belgique, en Allemagne et en France, Jean Charest a fait la
promotion de l’Accord d’un partenariat élargi Canada-Europe.
Non seulement remplit-il le rôle de premier ministre du
Québec, mais il apporte sa contribution à la politique
étrangère du Canada. Jamais le Québec n’a aussi bien rempli
son rôle international que sous la houlette de Jean Charest.
Il a trouvé le ton juste. Il négocie à pas feutrés à
Matignon puis quelques heures plus tard rugit tel un lion
devant Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature, qui
dans les pages du journal Le Monde qualifie le projet
hydroélectrique de la Romaine de « monstrueux ».
Les années Charest auront des conséquences incalculables
puisqu’il est maintenant dit que le Québec est non seulement
prêt à brasser des affaires, mais aussi à mettre en jeu les
échanges humains qui sont à la base des grands mouvements de
civilisation. Ce sont des années d’affirmation tranquille
d’une souveraineté québécoise qui va de soi. Jean Charest
est le meilleur ambassadeur que le Québec ait jamais eu sur
la scène internationale.
L’indifférence-association - ANDRÉ PRATTE
Si l’on en
croit les plus récents sondages, des élections fédérales
tenues cet automne reporteraient au pouvoir le Parti
conservateur, apparemmement avec une majorité de sièges. Et
cette majorité serait acquise sans gains substantiels au
Québec. Ce serait la première fois depuis 1917 qu’un parti
fédéral obtient la majorité des sièges à la Chambre des
communes en ne comptant qu’une poignée de députés venant du
Québec.
On pourrait refuser d’envisager un tel scénario sous prétexte
qu’il ne s’agit pour l’instant que de politique-fiction. On
ferait là une grande erreur. Car si les choses se passent
ainsi, ce sera l’équivalent d’un tremblement de terre dans le
monde politique canadien.
Depuis la fondation de la Fédération, le Québec a toujours
joui d’une influence déterminante sur la politique fédérale.
Les libéraux ont longtemps dominé grâce à leurs forts appuis
au Québec. Lorsque les conservateurs ont pris le pouvoir,
c’est parce qu’ils avaient réussi à séduire, temporairement,
l’électorat québécois.
S’il s’avérait qu’un parti fédéral puisse l’emporter sans
assises solides dans la province distincte, certains
politiciens et stratèges canadiens-anglais concluront qu’un
des principaux axiomes de la politique fédérale est bon pour
la poubelle. Ce pourrait être le début d’une marginalisation
nuisible au Québec et, quoi qu’en pensent ces personnes,
néfaste pour le Canada tout entier.
Aux yeux des indépendantistes, il s’agirait d’un scénario de
rêve. La diminution du poids politique du Québec, qu’ils
annoncent comme inexorable, se verrait confirmée. Les
souverainistes pourraient désormais affirmer, preuve à
l’appui, que le gouvernement du Canada n’est pas celui des
Québécois.
Il y aurait
là une bonne dose de fumisterie. Le Bloc québécois n’a-t-il
pas, depuis le début de son existence, soutenu que le « vrai
pouvoir » se trouvait dans l’opposition ? Pourquoi M. Duceppe
déplorerait-il tout à coup la faiblesse de la représentation
du Québec autour de la table du cabinet?
Quoi qu’il en soit, l’élection d’un gouvernement majoritaire
sans appuis significatifs au Québec constituerait une étape de
plus dans l’évolution de la relation Québec-Canada vers une
sorte d’indifférence-association. La structure fédérale serait
maintenue, mais elle serait vidée de son esprit, de son idéal.
Elle s’en trouverait plus fragile que jamais.
Plus que tout autre courant, ce sont les fédéralistes
québécois qui devraient se pencher sur les conséquences d’un
tel scénario. Malgré les sondages qui lui sont pour l’instant
favorables, c’est un courant politique moralement et
intellectuellement affaibli; pensons seulement au nombre de
fédéralistes qui n’osent plus s’affirmer comme tels...
C’est sur leurs épaules que reposerait la responsabilité de
convaincre les partis fédéraux de ne pas ignorer le Québec. Et
dès maintenant, il leur faut persuader les Québécois qu’il
vaut mieux réinvestir le niveau fédéral plutôt que pousser à
son paroxysme la politique de la chaise vide.
Et
il y en a pour croire que le débat sur l’avenir politique du
Québec est chose dépassée !
TOUS QUÉBÉCOIS ! - Thomas Courchesnes
Le Québec a eu
une influence très positive dans l’évolution du Canada
Le mois dernier, l’économiste Brian Lee Crowley a publié un
livre qui a eu beaucoup de retentissement au Canada anglais,
Fearful Symmetry – The Fall and Rise of Canada’s Founding
Values. M. Crowley a résumé sa thèse dans nos pages, le 22
septembre. Cette thèse a suscité les deux répliques suivantes.
Le Québec a été le bastion des droits collectifs qui
distinguent le Canada des États-Unis.
L’auteur est professeur d’économie à l’Université Queen’s et
chercheur principal à l’Institut de recherche en politiques
publiques.
Le
Québec a innové en matière de politiques sociales, notamment
en congés parentaux, sur la question de
l’assurance-médicaments, mais aussi en ce qui concerne les
garderies.
La parution du nouveau livre de Brian Lee Crowley, Fearful
Symmetry, a récemment suscité énormément d’intérêt dans le
reste du Canada, mais trop peu au Québec, qui est pourtant
directement concerné par cet ouvrage dans lequel l’auteur
annonce le déclin de l’influence et des valeurs du Québec dans
l’évolution de la société canadienne.
Suivant sa principale thèse, une variante de l’idée selon
laquelle la démographie détermine le destin des sociétés,
l’accroissement de la population des provinces situées à
l’ouest du Québec (notamment l’Ontario, l’Alberta et la
Colombie-Britannique) amoindrira le pouvoir qu’il détient dans
la fédération et réduira du même coup sa capacité de « gagner
» au niveau fédéral de nouveaux avantages pour ses citoyens.
Certes, on peut convenir du fait que certains de ces gains (le
traitement favorable dans les programmes d’assurance emploi et
de péréquation) ont pu créer un faux sentiment de prospérité
et favoriser l’adoption de politiques qui allaient à
l’encontre de ses intérêts économiques à long terme.
Mais la conclusion de M. Crowley, qui soutient qu’Ottawa et
Québec ont ainsi transformé la province en une société
incapable de couvrir ses frais ou de se reproduire, fortement
dépendante des transferts du reste du pays et dont l’influence
politique est en perte de vitesse, déforme tout simplement la
réalité.
Pour s’en convaincre, il suffit d’envisager la thèse de M.
Crowley du point de vue opposé, c’est-à-dire en examinant
plutôt ce que le Québec a fait «gagner » au Canada.
En premier lieu, il a suscité un pluralisme j uridique,
linguistique et institutionnel dont les nombreux bénéficiaires
incluent notamment les peuples autochtones.
Deuxièmement, comme le Québec, en tant que nation fondatrice,
était aussi une province moins nantie, le rôle des transferts
interpersonnels et interrégionaux (y compris la péréquation,
qui n’existe pas aux ÉtatsUnis) a progressivement gagné en
importance.
Troisièmement,
le Québec en est aussi venu à jouer le rôle de province
innovante en matière de politiques sociales (garderies, congés
parentaux, assurance-médicaments, etc.), un rôle auparavant
tenu par la Saskatchewan.
Quatrièmement, le Québec était et demeure un leader de la
décentralisation de la fédération, ce qui est aujourd’hui fort
apprécié des provinces productrices d’énergie fossile.
Cinquièmement, le multiculturalisme canadien n’aurait pu se
développer autant sans le biculturalisme et le bilinguisme
officiel.
Enfin, et pour clore une liste qui n’a rien d’exhaustive, le
Québec a été le bastion de ces droits collectifs qui
distinguent le Canada des États-Unis. On pourrait même
soutenir que ce sont précisément ces caractéristiques ou
valeurs qui ont permis au Canada et aux Canadiens de profiter
en quelque sorte du meilleur de deux mondes, soit le modèle
économique anglo-américain et le modèle social de l’Europe
continentale. De ce point de vue, nous sommes tous aujourd’hui
Québécois!
M. Crowley a-t-il raison d’affirmer que le rôle du Québec au
sein du Canada est en régression? C’est l’évidence même à la
Chambre des communes. Ce l’est beaucoup moins au Sénat.
De plus, si les politiques canadiennes en viennent un jour à
mal tourner du point de vue du Québec, je crois pour ma part
que le Bloc québécois cessera d’exister et que les Québécois
renoueront avec la tradition en s’assurant d’une forte
représentation au sein du parti au pouvoir.
Sur le double front économique et international, rien
n’indique non plus que le rôle du Québec ira forcément en
diminuant. Il est et restera le plus fervent partisan de la
lutte contre les changements climatiques, notamment parce
qu’il a déjà atteint ses cibles de Kyoto (grâce à
Hydro-Québec) et que le nord-est des États-Unis deviendra un
acheteur d’hydro-électricité de plus en plus important.
Rappelons aussi que le Québec s’est beaucoup mieux tiré de la
crise financière que l’Ontario, même s’il partait d’un moindre
niveau. De surcroît, le potentiel du marché américain s’est
sensiblement accru depuis l’effondrement de
l’impartition/délocalisation, et la province est bien placée
pour tirer profit du prochain élargissement des marchés du
nord-est des États-Unis.
Plus
ça
change...
Quelle surenchère ? - Benoît Pelletier
Le Québec
n’a pas développé son État en réaction à Ottawa
L’intérêt du fédéral pour les questions sociales n’avait
rien à voir avec le Québec en général, ni avec le contexte
qui y prévalait à la fin des années 60 en particulier.
L’auteur est professeur à la faculté de droit de
l’Université d’Ottawa, ex-ministre du gouvernement du Québec
et membre de L’Idée fédérale. Brian Lee Crowley défend la
thèse que les provinces riches du Canada (Onta r io, A lber
ta et ColombieBritannique) sont de plus en plus opposées à
l’idée d’avoir à financer l’État-providence du Québec.
L’image qu’il utilise pour décrire un Canada cassé en deux,
soit celle du Making Canada (les provinces riches) versus le
Taking Canada (les provinces moins riches), est certes un
peu simpliste, mais elle traduit néanmoins une réalité :
certaines provinces sont beaucoup plus prospères que
d’autres et le déséquilibre qui en résulte n’est pas sans
avoir un impact sur les perceptions qui se dégagent du
fédéralisme canadien, voire sur l’évolution même de notre
régime fédératif.
M. Crowley a tort lorsqu’il affirme que le gouvernement du
Canada a investi le secteur des affaires sociales
principalement pour calmer les indépendantistes, séduire les
baby-boomers francophones et rendre les Québécois davantage
dépendants du Canada sur le plan financier. C’est là oublier
que le gouvernement fédéral a créé toute une gamme de
programmes sociaux dès après la Deuxième Guerre mondiale et
non pas seulement à compter des années 60, et qu’il l’a fait
dans le but de se rendre plus visible aux yeux de tous les
Canadiens et pas seulement des Québécois.
D’ailleurs, cet intérêt du fédéral pour les questions
sociales n’avait rien à voir avec le Québec en général, ni
avec le contexte qui y prévalait à la fin des années 60, en
particulier. J’en veux pour preuve le fait que, dès 1940, le
fédéral s’est fait transférer par les provinces, à sa
demande, la compétence à Ottawa. Il l’a fait parce qu’il y
voyait la meilleure façon de consolider, voire de renforcer
la solidarité sociale en son sein, d’assurer l’essor de son
identité propre et d’assumer pleinement les compétences que
lui octroyait la Constitution.
Si on peut,
entre gens sensés, discuter de la pertinence actuelle de ce
«modèle» hérité de la Révolution tranquille et se demander
si les objectifs qui en motivaient l’existence au départ ont
bel et bien été rencontrés, on ne peut toutefois pas
prétendre que l’État du Québec a été construit dans le seul
but de damer le pion à Ottawa dans une course vertigineuse
pour gagner le coeur des Québécois. Cette thèse de la grande
séduction ne me paraît pas fidèle à la réalité.
Les provinces ne sont pas un accident de parcours. Elles
font bel et bien partie de notre système fédéral. À
l’intérieur du Conseil de la fédération, elles s’activent
depuis un certain temps à renforcer le commerce intérieur,
notamment en réduisant les barrières d’un océan à l’autre et
en favorisant la mobilité de la main-d’oeuvre. Or, les
provinces se exclusive en matière d’assurancechômage. En
1951 et 1964, il s’est vu octroyer, toujours à sa demande,
des pouvoirs législatifs en ce qui a trait aux pensions de
vieillesse et aux prestations additionnelles à ces pensions.
La théorie de la surenchère que défend Brian Lee Crowley
n’a, me semble-t-il, aucun fondement. Le Québec n’a pas
développé son État en réaction sont engagées dans une telle
démarche essentiellement sur l’initiative du gouvernement du
Québec.
Je pourrais donner plusieurs autres exemples de la
contribution positive du Québec à la construction du Canada.
Brian Lee Crowley dit du Québec qu’il fait partie du Taking
Canada. Pour ma part, je préfère dire qu’il fait partie du
Building Canada.
Un compromis gagnant-gagnant
- François Vaillancourt & Mathieu
Laberge
En
échange d’une commission nationale des valeurs
mobilières, le Québec devrait négocier de nouveaux
pouvoirs avec le fédéral
Le Québec devrait chercher à accroître ses pouvoirs
dans les domaines de compétence pour lesquels la
langue joue un rôle crucial.
Les auteurs sont respectivement professeur au
département d’économie de l’Université de Montréal
et fellow au CIRANO, et économiste et directeur de
projet au CIRANO.
Les ministres Claude Béchard
(à gauche) et Raymond Bachand ont tenu une
conférence de presse, le 8 juillet dernier, pour
faire part de leur opposition au projet fédéral
d’une commission de valeurs mobilières unique.
L’affaire sera éventuellement entendue en Cour
d’appel du Québec.
Le gouvernement fédéral continue à progresser dans
la mise sur pied d’une commission nationale des
valeurs mobilières. Fort de l’appui unanime des
parlementaires à l ’Assemblée nationale, le
gouvernement du Québec va demander à la Cour d’appel
du Québec de se prononcer sur la constitutionnalité
d’une telle mesure.
Ce recours du Québec n’étonnerait pas si le parti au
pouvoir était souverainiste ou même autonomiste.
Cette réaction est plus surprenante venant d’un
gouvernement fédéraliste, même si elle constitue le
seul moyen d’éviter la marginalisation de la
Commission des valeurs mobilières du Québec advenant
la création d’un organisme national. Mais est-ce la
stratégie la plus appropriée pour défendre les
intérêts du Québec dans le cadre fédéral? Pourquoi
ne pas profiter de ce débat pour fonder un nouveau
fédéralisme du bon sens économique ?
Étant donné le contexte changeant dans lequel évolue
le pays, il n’y a pas de raison pour qu’un pouvoir,
provincial ou fédéral, le demeure irrémédiablement.
Une révision périodique de nos façons de faire,
question de savoir si des pratiques valides lors de
leur adoption le sont toujours en 2009, s’avèrerait
même être un exercice bénéf ique. Après tout, c’est
un tel réexamen qui a donné plus de pouvoirs au
Québec en matière d’immigration, de formation de la
maind’oeuvre et de congé parental au cours des
dernières années.
Deux principes devraient diriger cet examen.
D’abord, il semble raisonnable que le gouvernement
le plus proche des citoyens offre les services
publics, sauf lorsque des économies d’échelle ou des
débordements entre juridictions rendent cette
pratique inefficace. Il s’agit du principe de
subsidia rité, bien connu dans le domaine du
fédéralisme et qui est largement accepté.
Le
second principe est moins courant, mais il nous
apparaît essentiel pour trouver un compromis à ce
différend. C’est celui selon lequel le Québec
devrait chercher à accroître ses pouvoirs dans les
domaines de compétence pour lesquels la langue joue
un rôle crucial. En contrepartie de ce gain, le
Québec devrait accepter de céder des pouvoirs dans
les domaines où la langue joue un rôle moins
décisif. Appelons cela le principe de l’adéquation
linguistique des pouvoirs.
Dans le cas précis qui nous intéresse, le système
financier canadien et mondial a beaucoup changé
depuis 1867. Alors qu’une réglementation provinciale
des capitalistes locaux investissant dans des
entreprises locales était appropriée en 1959, elle
ne l’est plus aujourd’hui. Les investisseurs et
leurs capitaux traversent désormais les frontières
des États.
Par conséquent, et suivant les principes que nous
avons élaborés plus haut, le gouvernement du Québec
pourrait participer à la création d’une commission
des valeurs mobilières unique au pays. Il céderait
ainsi des pouvoirs dans ce champ de compétence. En
contrepartie de cette concession, Ottawa
transférerait au gouvernement du Québec des pouvoirs
dans des champs de compétence où la spécificité
francophone est importante.
Par exemple, le gouvernement fédéral pourrait
accepter de voir s’appliquer la Loi 101 aux employés
québécois oeuvrant dans des secteurs sous
juridiction fédérale (banques, transports,
télécommunications). Alternativement, il pourrait
transférer au Québec des responsabilités dans le
domaine de la réglementation de la dimension
culturelle des télécommunications. Ainsi, les deux
ordres de gouvernements sortiraient gagnants et
éviteraient de camper sur leurs positions : Ottawa
obtiendrait la création d’une commission des valeurs
mobilières nationale et Québec gagnerait des
pouvoirs supplémentaires là où il peut réellement
faire une différence. En prime, cette solution
amènerait le débat sur le plancher des vaches plutôt
que de se perdre dans les méandres des débats
constitutionnels.
Nous croyons que ce genre d’ar rangement concerté
sur la base de principes clai rs, plutôt qu’en
fonction de pouvoirs partagés entre ordres de
gouvernement il y a 142 ans, est plus respectueux de
l’environnement évolutif propre à une fédération.
Reste à voir si chacune des parties en cause saura
mettre de l’eau dans son vin pour en arriver à
solution véritablement profitable pour les Québécois
et pour l’ensemble des Canadiens.
Montréal serait affaibli - Doris Juergens
Le
milieu
des affaires de la métropole s’oppose à une
commission fédérale des valeurs mobilières
L’auteure est associée et directrice de la recherche
au Cabinet de relations publiques NATIONAL
Que faut-il penser de la création d’une commission
fédérale des valeurs mobilières? Jusqu’ici, le débat a
surtout porté sur la bataille juridique que Québec
s’apprête à livrer à Ottawa afin de contester la
compétence de l’État central en matière de valeurs
mobilières. Or, ce dossier comporte aussi un enjeu
important pour Montréal, et c’est celui de l’avenir de
son industrie des services professionnels reliés à ce
secteur.
Au cours des derniers mois, nous avons consulté un
groupe de 25 gens d’affaires montréalais provenant de
cabinets d’avocats, de firmes de comptables, de
grandes entreprises et de regroupements d’affaires.
Les répondants ont accepté de nous parler avec
l’assurance que leur identité et leurs propos
demeureraient confidentiels.
Le sujet nous intéressait parce que nous offrons
nous-mêmes des services-conseils en communication aux
entreprises et organismes dans le secteur financier, y
compris l’Autorité des marchés financiers. Informée de
notre projet, cette dernière nous a exprimé son
intérêt pour notre initiative et nous a procuré un
soutien financier pour élargir la portée de cette
recherche, que nous avons complétée en toute
objectivité.
Les résultats de cette recherche qualitative
démontrent que la création d’une commission fédérale
des valeurs mobilières affaiblirait encore davantage
la place de Montréal comme centre financier. Pour
Montréal, cela se traduirait par une diminution
d’influence, une perte d’expertise, en plus de ternir
son image.
La majorité des personnes interrogées, surtout les
avocats, se disent peu ou pas du tout favorables à la
création d’une commission fédérale et craignent un
affaiblissement des compétences professionnelles dans
le secteur des valeurs mobilières à Montréal. On
appréhende particuannoncés se réaliseront et ils
estiment que le gouvernement fédéral n’a pas fait la
preuve de la nécessité d’un tel organisme.
Parmi les répondants, les grands émetteurs sont
presque les seuls à être plus favorables à la création
d’une commission fédérale, dans l’espoir d’une plus
grande efficacité.
Beaucoup appréhendent aussi la disparition de la
proximité avec l’organisme et le fait de ne plus voir
les expertises et les spécificités locales reflétées
au sein d’une commission fédérale. Ces expertises – et
donc des professionnels hautement qualifiés –
migreraient vers la commission fédérale, privant ainsi
les régions de leur savoir-faire.
Les
répondants estiment également que les PME québécoises
seraient affectées. On voit difficilement comment les
petits émetteurs trouveraient leur compte avec une
commission fédérale à Toronto.
La question de la langue a été soulevée par plusieurs
intervenants qui s’inquiètent du glissement vers
l’anglais et de la perte éventuelle d’une expertise
chez les professionnels capables de travailler dans
les deux langues. Mais certains font valoir qu’un
organisme fédéral aura des obligations liées à la Loi
sur les langues officielles que n’ont pas les
organismes provinciaux. Actuellement, seuls les «
prospectus » d’un émetteur qui vise le marché du
Québec doivent être traduits en français.
Il nous intéressait de savoir comment les autres
firmes de services et les entreprises voyaient
l’instauration d’une commission fédérale des valeurs
mobilières. Nous savons maintenant que certains
pensent que c’est une bataille que Montréal devrait
livrer, car il en va de l’avenir de l’industrie des
services reliés aux valeurs mobilières au Québec.
Plusieurs avocats croient qu’il s’agit d’une
juridiction partagée entre les deux paliers de
gouvernement et, étant donné l’issue incertaine d’une
démarche en Cour suprême, ils pensent que Québec
devrait négocier avec le fédéral pour préserver le
maximum d’acquis pour Montréal. lièrement une perte
d’influence et un exode de cerveaux au bénéfice de
Toronto, où l’on s’attend que sera établie la
Commission fédérale.
Nécessité non démontrée
À peu près tous les intervenants, peu importe leur
secteur, estiment que cette commission ne contribuera
pas à mieux protéger les investisseurs. À ce sujet,
tous déplorent le peu de succès du gouvernement
fédéral en matière d’enquêtes criminelles liées aux
valeurs mobilières.
Les leaders interrogés sont très majoritairement
d’avis que le système de passeport est suffisamment
efficace et ne voient pas la nécessité de créer une
commission fédérale. Ils croient même que cette
question ne se poserait plus si l’Ontario acceptait
d’adhérer au système de passeport. De plus, ils ne
sont pas convaincus que les bénéfices.
Commission des valeurs mobilières : Des valeurs
québécoises - André Pratte
S’il existe
une volonté forte dans le reste du pays en faveur d’une
commission nationale, pourquoi Ottawa devrait-il en faire
fi?
Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a franchi un
pas de plus hier vers la mise en place d’une commission
nationale des valeurs mobilières. Le ministre a annoncé la
création d’un Bureau de transition qui aura un an pour
préparer un plan de passage des régimes provinciaux actuels
au nouveau système de réglementation pancanadien.
Des quatre provinces jouant un rôle important dans ce
domaine, deux sont toujours opposées au transfert du
commerce des valeurs mobilières sous l’aile fédérale, le
Québec et l’Alberta. L’Ontario est depuis toujours le
principal partisan de cette approche, tandis que la
Colombie-Britannique s’y est récemment convertie. Il est
d’ailleurs consternant de retrouver Doug Hyndman à la tête
du Bureau de transition. Comme président de la British
Columbia Securities Commission, M. Hyndman combat depuis 20
ans les velléités centralisatrices d’Ottawa dans ce secteur.
Aussitôt terminée la conférence de presse de M. Flaherty, le
député péquiste Jean-Martin Aussant a publié un communiqué
de presse pour dénoncer « un autre manque de respect à
l’endroit du Québec ». On se demande où il y a « manque de
respect ». Le ministre Christian Paradis a répété hier que
les provinces seront libres de participer ou non au nouveau
système. Québec pourra donc garder son Autorité des marchés
financiers, ce qui est dans l’intérêt des émetteurs et des
investisseurs québécois. S’il existe une volonté forte dans
le reste du pays en faveur d’une commission nationale,
pourquoi le gouvernement canadien devraitil en faire fi?
L’important, c’est qu’il n’impose pas cette approche aux
provinces récalcitrantes. Le Québec aura, dans ce domaine
comme dans bien d’autres, le statut particulier qu’il
désire.
À cet égard
toutefois, la garantie donnée par M. Paradis ne suffit pas.
Ottawa doit aussi assurer qu’il ne permettra pas aux
émetteurs et aux courtiers de court-circuiter leur
commission provinciale pour se soumettre plutôt à la loi
nationale. Cette possibilité, évoquée l’an dernier par le
comité Hockin, aurait pour effet de miner lentement mais
sûrement l’autorité et la portée des organismes provinciaux.
Au bureau de M. Flaherty hier, on a remis cette patate
chaude entre les mains du Bureau de transition. S’il est
fidèle aux idées qu’il a défendues dans le passé, M. Hyndman
rejettera du revers de la main une approche aussi sournoise.
Les gouvernements du Québec et de l’Alberta vont
probablement contester devant les tribunaux le droit du
fédéral de réglementer les valeurs mobilières. Cette avenue
n’est pas exempte de risques. La voie judiciaire prendra
surtout beaucoup de temps. D’ici au jugement final, le
Québec devrait travailler de près avec le groupe de M.
Hyndman. Il s’agit de faire en sorte que, si la compétence
fédérale est confirmée, on aura mis en place un mécanisme
efficace de collaboration entre l’AMF et le nouvel organisme
national.
Quant au reste, c’est en s’acquittant de ses responsabilités
de manière irréprochable que l’AMF protégera le plus
efficacement sa crédibilité et sa pertinence dans le domaine
des valeurs mobilières.
Comission nationale des valeurs mobilières : Une vraie
ouverture ANDRÉ PRATTE
Stephen
Harper a annoncé le mois dernier que le fédéral va céder
au gouvernement du Québec les terrains jouxtant les
édifices de l’Assemblée nationale. Les Québécois lui
sauront gré de corriger cette anomalie. C’est toutefois
dans un dossier plus substantiel qu’on jugera si le
gouvernement conservateur croit toujours au « fédéralisme
d’ouverture ». En ce qui a trait à la réglementation des
valeurs mobil ières, Ot t awa a plutôt fait preuve
jusqu’ici de fédéralisme d’entêtement.
La volonté du gouvernement canadien d’expul s e r les
provinces d’un domaine qui est le leur depuis la
Confédération ne date pas de l’arrivée de Jim Flaherty aux
Finances. Le projet de créer une commission nationale des
valeurs mobilières remonte à au moins 30 ans. Sous M.
Flaherty toutefois, il a beaucoup avancé, de sorte que la
création du nouvel organisme semble maintenant
inéluctable. Un bureau de transition a été créé et la
plupart des provinces ont appuyé le projet. Seuls le
Québec, l’Alberta et le Manitoba se montrent
récalcitrants.
Les conservateurs soulignent que les provinces seront
libres de se joindre à l’organisme pancanadien; ils voient
là une preuve d’ouverture. C’est un trompel’oeil. Une fois
l’autorité nationale créée, il sera très tentant pour les
émetteurs et les courtiers de s’inscrire auprès d’elle
plutôt qu’auprès des organismes régionaux restants. C’est
désormais à Toronto que toutes les décisions seront
prises. La concentration des services financiers sur Bay
Street sera encore accentuée, au détriment de Montréal et
de Calgary. Et c’est vers la Ville reine (et vers la
langue anglaise) que devront s’expatrier les Québécois
désireux de faire carrière dans ce domaine.
MM.
Harper et Flaherty doivent savoir que leur projet inquiète
non seulement le Bloc québécois, non seulement l’Assemblée
nationale au grand complet; la majorité des gens
d’affaires et des professionnels de la métropole
québécoise s’y oppose. Cela ressort notamment de l’étude
qualitative réalisée par le Cabinet de relations publiques
National dont nous publiions les constats jeudi.
Québec vient de demander l’avis de la Cour d’appel. Au
bout du compte, c’est la Cour suprême qui tranchera à
savoir si le gouvernement fédéral peut intervenir dans ce
secteur, s’il s’agit d’une compétence partagée ou
exclusivement provinciale. Toutefois, peut-on se permettre
d’attendre les quatre ou cinq années qu’il faudra aux
juges pour arriver à une conclusion?
La majorité des provinces souhaitant la création d’une
commission nationale, le Québec serait mal venu de
l’empêcher. Les gouvernements du Canada et des provinces
dissidentes devront donc un jour en venir à une entente.
Comme c’est lui qui bouscule le statu quo, l’initiative
doit venir du fédéral. Le ministre Flaherty doit sans
tarder confier au bureau de transition le mandat
spécifique de proposer un modèle de collaboration étroite
entre les commissions provinciales restantes et
l’organisme fédéral. Ce modèle devrait garantir que l’AMF
conserve sa pleine compétence au Québec et jouisse d’une
influence appropriée sur la réglementation nationale.
Voilà qui démontrerait une véritable ouverture.
Incompétence dans sa compétence ?
- Éric Duhaime
À au moins
trois reprises, le gouvernement du Québec s’est fait
complice de Vincent Lacroix, volontairement ou non
Alors que Vi n c e n t Lacroi x , principal auteur de la
plus importante fraude financière de l’histoire du Québec,
sort de prison moins d’un an et demi après sa condamnation
à huit ans et demi de prison, le gouvernement du Québec
part en croisade contre la volonté centralisatrice du
gouvernement fédéral d’imposer une agence pancanadienne
des valeurs mobilières.
Le timing fait parfois drôlement les choses en politique
et disons que le scandale Norbourg ne pouvait trouver pire
moment pour faire les manchettes et venir ainsi
discréditer le gouvernement de Jean Charest dans sa
bataille contre l’intention d’Ottawa de réglementer le
commerce des valeurs mobilières.
Avant de donner au gouvernement du Québec le chèque en
blanc qu’il réclame, il importe de rappeler le rôle qu’il
a joué dans l’affaire Norbourg afin d’évaluer s’il est
digne de confiance en matière de protection des
investisseurs. À au moins trois reprises, le gouvernement
du Québec s’est par le passé fait complice, volontairement
ou non, de Vincent Lacroix.
Le 28 mars 2001, la Commission des valeurs mobilières du
Québec autorise la création de six fonds communs de
placement Norbourg. Ces fonds seront autorisés par un
certain Éric Asselin, alors enquêteur attitré de la CVMQ
qui deviendra par la suite, comme par hasard,
vice-président finances de Norbourg. Pourtant, le
directeur des inscriptions et de la conformité de la CVMQ,
Jean Lorrain, s’opposait à cette autorisation et
souhaitait même fermer Norbourg. Pour des raisons encore
obscures, c’est la recommandation de l’employé junior qui
sera approuvée.
Le 9 novembre 2001, le ministère des Finances, alors que
Pauline Marois est ministre en titre, envoie un généreux
chèque de 991 628$ à Norbourg. Vincent Lacroix avouera
candidement à son procès avoir versé un pot-de-vin de 100
000$ au fonctionnaire Jean Renaud pour obtenir le plus
important chèque jamais octroyé dans le cadre de ce
programme. Sans ce chèque, Norbourg aurait probablement
été acculé à la faillite. Après avoir rempli tous les
formulaires pour obtenir ce chèque et transmis la demande
à ses supérieurs aux Finances, Jean Renaud prendra un
congé sans solde du ministère pour travailler comme
consultant de Norbourg et obtenir 460 000$ pour ses
services.
Le 13
janvier 2004, la Caisse de dépôt et placements duQuébec
vend les fonds Évolution à Norbourg. Normalement, une
telle transaction est gelée pour 60 jours.
Exceptionnellement, l’Autorité des marchés financiers
ramène ce gel à 35 jours, ce qui donne moins de temps aux
investisseurs pour prendre une décision éclairée et se
délester de leurs fonds. Norbourg mettait ainsi la main
sur 132 millions de liquidités.
Parce qu’il s’entête encore aujourd’hui à refuser la mise
sur pied d’une commission d’enquête publique sur le
scandale Norbourg, le gouvernement Charest donne
malheureusement raison au gouvernement fédéral de vouloir
venir protéger les petits épargnants québécois avec une
agence pancanadienne.
Si la crise économique mondiale a, selon certains, fait
ressortir la nécessité de resserrer la réglementation en
matière de valeurs mobilières, la libération de Vincent
Lacroix met bien en lumière la potentielle incapacité du
gouvernement du Québec à assumer cette responsabilité.
Neuf mille deux cents petits épargnants floués par
Norbourg veulent et doivent savoir si Vincent Lacroix
jouissait de la complicité du gouvernement du Québec.
Avant de demander à la population, au nom du nationalisme
québécois, de l’aider à freiner les volontés
centralisatrices d’Ottawa en matière de réglementation des
marchés financiers, le gouvernement Charest devrait
montrer qu’il n’a rien à se reprocher dans ce détournement
de 130 millions.

Ce ne sont pas des compétences du gouvernement du Québec
en matière constitutionnelle dont les petits épargnants
veulent entendre parler, mais plutôt la compétence de ce
même gouvernement à réglementer les marchés financiers
pour nous protéger des escrocs comme Vincent Lacroix.
COMMISSION UNIQUE DES VALEURS MOBILIÈRES Ottawa
passe aux actes
— Le
gouvernement Harper a jeté hier les premières bases d’une
commission unique des valeurs mobilières malgré la vive
opposition de certaines provinces, dont le Québec.
« Nous
n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce soit à
quiconque. Les provinces et territoires qui veulent
participer sur une base volontaire pourront se joindre à la
Commission nationale des valeurs mobilières », a dit hier
Jim Flaherty, ministre des Finances.
Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a annoncé la création
d’un bureau de transition qui aura comme mandat de diriger les
efforts visant à créer un tel organisme, en particulier les
pourparlers avec les provinces.
Ce bureau de transition sera dirigé par Doug Hyndman, qui
occupe les fonctions de président de la Commission des valeurs
mobi l ières de la ColombieBritannique depuis 1987. Il sera
secondé par Bryan Davies, qui est président du conseil
d’administration de la Société d’assurance dépôts du Canada
depuis 2006. Auparavant, il était directeur général et
surintendant de la Commission des services financiers de
l’Ontario.
Le bureau de transition entreprendra ses travaux le 13
juillet. Après avoir consulté les provinces, il devra rédiger
un projet de loi créant le nouvel organisme de réglementation
de concert avec les fonctionnaires du ministère des Finances
et celui de la Justice. Il devra aussi produire un plan de
transition dans un délai d’un an, lequel devra être approuvé
par les provinces qui accepteront de se joindre à la
commission nationale.
En conférence de presse hier, le ministre Flaherty a répété
que les provinces auront le choix de participer ou non à la
création d’une cette nouvelle commission.
Mais il a dit souhaiter que toutes les provinces embarquent
dans ce projet qui permettra, selon lui, d’intervenir plus
rapidement selon l’évolution du secteur financier. Une
commission nationale permettra aussi au Canada de parler d’une
seule voix sur la scène internationale, de mieux répondre aux
besoins des investisseurs et d’éliminer des barrières à
l’intérieur des frontières canadiennes.
« Nous n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce soit à
quiconque. Les provinces et territoires qui veulent participer
sur une base volontaire pourront se joindre à la Commission
nationale des valeurs mobilières », a dit M. Flaherty.
Dans le passé, plusieurs provinces s’opposaient à ce qu’Ottawa
crée une commission nationale, estimant qu’il s’agissait d’un
domaine de compétence des provinces. L’Alberta, le Manitoba,
la Colombie-Britannique et le Québec avaient vivement
manifesté leur désaccord. Mais certaines de ces provinces,
dont la Colombie-Britannique et l’Alberta, ont changé leur
fusil d’épaule. Le Québec, toutefois, continue à maintenir que
le gouvernement fédéral tente de s’immiscer d’une compétence
qui est la sienne.
Le gouvernement Charest a d’ailleurs brandi la menace de
porter l’affaire devant la Cour suprême s’il le faut pour
empêcher Ottawa d’aller de l’avant.
La semaine dernière, le critique libéral en matière de
Finances, John McCallum, a indiqué qu’un gouvernement libéral
dirigé par Michael Ignatieff demanderait à la Cour suprême du
Canada de statuer si la réglementation des valeurs mobilières
relève de la compétence d’Ottawa ou des provinces.
Selon M.
McCallum, cette démarche devant le plus haut tribunal du
pays permettrait de régler une fois pour toutes le litige
qui persiste entre le gouvernement fédéral et le Québec au
sujet de la création d’une commission nationale des valeurs
mobilières
Changement de cap
Pour le Parti libéral du Canada, il s’agit d’un changement
de cap dans ce dossier. Dans le passé, les principaux ténors
libéraux, dont John McCallum, ancien ministre du Revenu, et
Ralph Goodale, ancien ministre des Finances, se sont
prononcés en faveur de la création d’une commission unique.
Hier, le ministre Flaherty a indiqué que ces éventuelles
démarches devant les tribunaux ne contrecarreront pas les
plans du gouvernement fédéral. Il a indiqué avoir en main
des avis juridiques confirmant qu’Ottawa a un rôle à jouer
dans la réglementation des valeurs mobilières.
« La crise financière mondiale a montré que la
réglementation est une responsabilité que les pays
partagent. Nous devons continuer à éliminer à cet objectif
commun, y compris ceux présents dans notre pays », a dit M.
Flaherty, ajoutant que projet d’Ottawa respecte les
compétences des provinces et les intérêts des différentes
régions.
Le Bloc québécois et le NPD ont réagi avec colère à
l’annonce du ministre des Finances.
« C’est de la provocation pure et simple. Les conservateurs
savent très bien que l’Assemblée nationale s’est prononcée à
plusieurs reprises et unanimement contre cette initiative.
Le ministre l’annonce la première journée où les Communes ne
siègent pas. C’est pourtant quelque chose qui est très clair
au plan constitutionnel. Cela relève des compétences de
provinces », a affirmé le député bloquiste Pierre Paquette.
Le député néo-démoc rate Thomas Mulcair s’est pour sa part
dit « outré » de voir que le ministre Flaherty ait attendu
la fin de la session parlementaire pour annoncer ses plans.
« Quel courage du ministre Flaherty de faire cela le premier
jour où le Parlement ne siège pas. Qui plus est, il le fait
à 15h, le jour des élections partielles (pour l’Assemblée
nationale) au Québec pour s’assurer que cela ne fasse pas
partie du débat pendant la campagne », a dit M. Mulcair.
Il a ajouté que cette décision d’Ottawa entraînera la mort
lente de l’Autorité des marchés financiers du Québec puisque
les entreprises vont préférer s’inscrire auprès d’une
commission nationale lorsqu’elle verra le jour.
COMMISSION
DE VALEURS MOBILIÈRES QUÉBEC BATAILLERA EN COUR -
Martin Vallières
En s’adressant à la Cour d’appel, le gouvernement
du Québec ouvre un front juridique dans son opposition
au projet fédéral d’une commission de valeurs mobilières
(CVM) unique.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA
PRESSE
Claude Béchard,
ministre québécois des Affaires intergouvernementales
canadiennes, et Raymond Bachand, ministre des
Finances, en conférence de presse hier à Montréal.
« Depuis l’annonce du projet fédéral, le 22 juin, le
Québec n’a plus d’autres choix que de prendre la voie
juridique pour contester ce projet et affirmer sa
compétence », a indiqué le ministre des Finances,
Raymond Bachand, en conférence de presse hier à
Montréal.
« Aussi,
la réglementation des valeurs mobilières et sa proximité
des entreprises québécoises sont importantes pour le
développement économique. Il y a des emplois de pointe
en valeurs mobilières à Montréal et ce n’est pas vrai
qu’on les laissera filer vers Toronto. »
Et en cas d’échec en Cour d’appel du Québec, « nous
irons ensuite en Cour suprême », a soutenu le ministre
Bachand, après avoir admis que ce processus pourrait
durer plusieurs mois.
Mais déjà, hier, le défi juridique de Québec trouvait un
écho favorable dans la capitale de l’Alberta, la seule
autre province encore opposée aux ambitions fédérales.
« Nous
évaluons aussi la pertinence d’un recours en justice
pour affirmer notre compétence. Entretemps, nous
demeurons tout aussi opposés que le Québec au projet
fédéral de CVM unique », a indiqué Bart Johnson,
porte-parole de la ministre albertaine des Finances,
Iris Evans.
« Comme le Québec, nous estimons que ce projet fédéral
est non seulement une menace à notre juridiction, mais
aussi un risque pour une gestion adéquate de notre
économie. En particulier tout notre important secteur
des PME du pétrole et du gaz », a indiqué M. Johnson,
en entretien d’Edmonton.
« Si nous laissons passer ce projet fédéral, ça risque
d’être un précédent qui servirait ensuite de prétexte
à Ottawa de défier la juridiction provinciale dans
d’autres secteurs financiers, comme les régimes de
retraite ou les caisses populaires. »
Pourtant, s’ils parviennent à s’allier en justice, les
gouvernements du Québec et de l’Alberta risquent
encore d’être bousculés par les ambitions fédérales.
Déjà, les deux autres provinces qui étaient réticentes
à une CVM unique, la Colombie-Britannique et le
Manitoba, ont abdiqué en faveur du projet dit de «
transition » annoncé à la fin de juin par le ministre
fédéral des Finances.
De plus, le ministre Flaherty a confié la direction de
ce projet à nul autre que le président de la CVM de
Colombie-Britannique, Doug Hyndman, qui fut naguère un
vif critique des ambitions fédérales.
En fin de journée hier, en réaction au défi juridique
lancé par Québec, on réaffirmait au cabinet du
ministre Flaherty que le fédéral détient « les
pouvoirs nécessaires » pour implanter une CVM unique.
« Le
gouvernement du Canada a obtenu de nombreux avis
constitutionnels sur lesquels s’appuyer », a soutenu
l’attaché de presse du ministre, Chisholm Pothier, par
courriel.
Entre-temps, a-t-il précisé, le projet de CVM unique
est « une initiative à participation volontaire.
Aucune province ne sera forcée de s’y joindre. Toute
province pourra conserver son mode de fonctionnement
actuel si telle est sa volonté ».
Pas de temps à perdre
Mais pour le ministre québécois des Affaires i
ntergouvernementales canadiennes, Claude Béchard, il
importe pour Québec de recourir sans tarder à la
justice pour bloquer « un projet fédéral qui tente de
faire indirectement ce que la constitution ne lui
permet pas de faire directement ».
« Nous avons déjà un système (entre les CVM
provinciales) qui fonctionne bien tout en respectant
les compétences et les particularités de chaque
province. Nous voulons continuer avec ce système au
lieu de sauter par-dessus comme veut le faire le
fédéral », a indiqué le ministre Béchard, en
conférence de presse hier.
Quant aux arguments en faveur d’une CVM unique,
notamment les gains de capacité et d’efficacité
espérés par de nombreux intervenants boursiers, le
ministre des Finances, Raymond Bachand, les a encore
écartés du revers de la main.
« L’intérêt national ne rime pas avec la
centralisation en matière de réglementation
financière. Aux États-Unis, par exemple, l’affaire
Madoff a duré une quinzaine d’années malgré
l’existence de grands organismes centralisés », a
souligné M. Bachand.
Québec a raison - Benoît
Pelletier
Le
gouvernement doit absolument protéger sa compétence en
matière de valeurs mobilières
LProfesseur titulaire à la faculté de droit de
l’Université d’Ottawa, l’auteur a été ministre québécois
des Affaires intergouvernementales canadiennes de 2003 à
2008. e gouvernement québécois vient d’annoncer son
intention de soumettre un renvoi à la Cour d’appel
duQuébec sur la constitutionnalité ou non du projet
d’Ottawa visant à créer une commission pancanadienne des
valeurs mobilières. Il a raison.
Les ministres québécois Claude
Béchard et Raymond Bachand ont annoncé conjointement
la semaine dernière leur intention de contester le
projet d’une commission des valeurs mobilières
fédérale.
Bien que certains aspects de la réglementation des
valeurs mobilières relèvent de la compétence fédérale en
matière de droit criminel, il n’en reste pas moins que,
dans son caractère véritable, le contrôle du commerce de
produits financiers à l’intérieur d’une province est de
compétence provinciale, notamment en ce qui a trait à la
propriété et les droits civils.
Le fait que le Canada soit, en ce moment, le seul pays
industrialisé à ne pas avoir un organisme unique de
réglementation des valeurs mobilières ne rend pas moins
important le respect de l’autonomie des provinces en la
matière. Il en est de même pour l’argument voulant que
l’actuelle récession rende nécessaire la création d’un
tel organisme pancanadien, ce qui est d’ailleurs loin
d’être prouvé, même sur le plan purement économique. Le
fait qu’un grand nombre de provinces consentent aux
visées fédérales n’est pas davantage une raison valable
pour éclipser le partage des pouvoirs entre le fédéral
et les provinces.
Le
gouvernement canadien soutient que la participation des
provinces au nouveau régime qu’il se propose de mettre
en place sera volontaire, ce qui démontre, selon lui,
que leur autonomie sera respectée. Mais il ne faut pas
être naïf. En effet, la pression de la part du milieu
financier sur les provinces qui ne se joindront pas à ce
nouveau régime sera telle que celles-ci n’auront d’autre
choix que d’y adhérer éventuellement, au risque d’être
laissées pour compte ou de voir leur propre système être
contourné.
On aurait tort de penser que, a priori, les provinces
sont incapables de réglementer efficacement le secteur
des valeurs mobilières à l’échelle du Canada. Au
contraire, elles peuvent très bien instaurer un système
d’harmonisation réglementaire et de passeports de portée
pancanadienne. Elles avaient d’ailleurs amorcé des
discussions très fructueuses en ce sens. Ce système
interprovincial permettrait d’atteindre les mêmes
objectifs que ceux poursuivis actuellement par le
gouvernement canadien avec son projet de commission
unique.
Pour légitime qu’elle soit, la bataille juridique dans
laquelle s’engage le Québec n’en constitue pas moins un
pari risqué, étant donné que les tribunaux – et surtout
la Cour suprême du Canada où l’affaire sera
éventuellement portée – sont souvent imprévisibles,
sinon étonnamment conciliants à l’égard des ambitions
fédérales, et cela, en particulier dans les secteurs du
commerce et de l’économie.
Peu importe le risque, le gouvernement du Québec n’a pas
le choix en l’occurrence. Il ne peut se permettre d’être
passif devant une atteinte potentielle à son autonomie
dans le cadre fédératif canadien.
VEILLONS AU GRAIN - Daniel Paillé
Le
gouvernement du Québec doit faire plus pour protéger sa
compétence dans le domaine des valeurs mobilières
La dernière chose dont le milieu des affaires canadien a
besoin, c’est d’une bataille de structures.
L’auteur est professeur associé à HEC Montréal.
Le ministre des Finances Jim
Flaherty, le 22 juin dernier à Ottawa, annonçant la
création d’un bureau de transition pour la mise en
place d’une commission unique des valeurs mobilières.
Presque en catimini, a pr è s la clôture estivale des
législatures, le ministre des Finances du Canada,
JimFlaherty, a poussé plus loin son obstination à
vouloir créer sa commission fédérale des valeurs
mobilières. C’est faire preuve de beaucoup d’acharnement
à vouloir réparer ce qui n’est pas brisé.
La crise financière actuelle a au moins eu le mérite de
démontrer que le système financier canadien est robuste
et que chacune des juridictions veille au grain. Il y
aura toujours des améliorations à effectuer, nul n’est
parfait, mais la dernière chose dont le milieu des
affaires canadien a besoin, c’est d’une bataille de
structures. Le geste est mauvais, le timing est affreux!
En plus
de plaider studieusement sa compétence constitutionnelle
(ce qui, ces temps-ci n’est pas un sujet pour faire
lever les foules), le gouvernement du Québec doit voir
plus loin et faire plus pour protéger non seulement sa
compétence dans un secteur de forte influence pour sa
croissance, mais pour garantir aux nombreuses personnes
qui oeuvrent autour et alentour de l’Autorité des
marchés financiers du Québec (AMF) et de la Bourse de
Montréal qu’ils pourront continuer d’exercer leur
compétence professionnelle au Québec. La vigilance ne
sera jamais assez grande en ces matières, il faut éviter
d’être trop clément…
Prenons l’exemple récent de la prise de contrôle de la
Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto (TMX).
Malgré certaines recommandations de prudence qui lui ont
été prodiguées, l’AMF autorisait l’an dernier cette
transaction sans protéger adéquatement les pouvoirs du
président de la Bourse de Montréal. Or, à partir de
demain, ces pouvoirs seront grandement diminués. En
effet, avec le remplacement de Luc Bertrand par Alain
Miquelon, il faut constater que ce dernier n’aurait plus
les pouvoirs de son prédécesseur. À moins d’avis
contraire, le président de la Bourse de Montréal ne sera
plus le numéro 2 de TMX, ni même l’un de ses
administrateurs. Rien n’indique s’il sera ou non le
président du conseil de la Bourse climatique de
Montréal, ni le vice-président du conseil de la Bourse
d’option de Boston. Bref, il sera probablement président
d’une filiale ordinaire.
Bien évidemment dans ce cas, le transfert des pouvoirs
de Montréal vers Toronto est dorénavant hors de portée
des autorités québécoises, l’AMF n’ayant pas réclamé ces
protections, même si elle en avait la juridiction. Mais,
une chose est sûre, si cela avait relevé d’une autorité
canadienne, le Québec n’y aurait rien gagné, d’où
l’importance que l’autorité sur les marchés financiers
demeure québécoise.
On peut penser que la stratégie fédérale visant à glaner
ici et là des morceaux de compétence n’est pas à la
veille de cesser, alors conservons au moins les outils à
notre disposition pour veiller au grain et intervenir au
besoin.
Le pari risqué de Québec -
Sophie Cousineau
Si
Québec devait perdre de façon définitive devant le plus
haut tribunal du pays, cela porterait un coup très dur à
la communauté financière de Montréal, qui souffre déjà
de la vente de la Bourse de Montréal à la Bourse de
Toronto.
Que le gouvernement du Québec veuille t raîner Ottawa
devant les tribunaux pour avoir empiété sur un champ de
compétence provinciale avec son projet de commission des
valeurs mobilières nationale, personne ne s’en étonnera.
C’était dans l’air depuis quelques semaines.
Mais , que l e s mi n i s t r e s Raymond Bachand et
Claude Béchard aient choisi de déterrer la hache de
guerre hier, alors que Vincent Lacroix plaidait en
faveur de sa libération conditionnelle au palais de
justice de Montréal, à quelques rues de l’hôtel où se
tenait la conférence de presse du gouvernement, est
assez maladroit. Norbourg, c’est une longue cicatrice au
visage de l’Autorité des marchés financiers du Québec.
Chaque fois que de nouveaux détails filtrent sur la
façon dont l’Autorité a nonchalamment considéré les
nombreux indices de malversations – notamment cet
avertissement d’un enquêteur de la Banque Nationale qui
avait constaté que Vincent Lacroix puisait dans les
comptes de Norbourg – les boîtes de courriels et les
blogues débordent de courriels fielleux. Nombreux sont
les Québécois qui jugent qu’une commission nationale
pourrait faire mieux pour protéger les petits
investisseurs.
On a beau leur faire remarquer que la Securities &
Exchange Commission des États-Unis a eu Bernard Madoff
sous son nez pendant une quinzaine d’années ou que
l’Autorité des marchés financiers a changé depuis août
2005, rien n’y fait.
Québec aurait pu porter à exécution sa menace de
poursuite avant. Le ministre des Finances, Jim Flaherty,
a annoncé son projet de lancer une commission nationale
à son dernier budget, en janvier. Puis, il a annoncé la
création d’un « bureau de transition » le 22 juin, voilà
plus de deux semaines…
Mais c ’est seulement hier qu’est venue cette riposte
qui a du être longuement soupesée. Est-ce pourquoi les
ministres Bachand et Béchard n’avaient pas, à eux deux,
le cinquième de l’indignation courroucée de Monique J é
r ô me-F o r g e t ? Ray mond Bachand a d’ailleurs
refusé de faire sien le fameux « over my dead body » que
sa prédécesseur avait lancé. D’un ton dénué d’émotion,
le nouveau ministre des Finances a plutôt évoqué ce «
devoir de défendre les intérêts du Québec ».
En fait , Claude Béchard a même entrouvert la porte à un
règlement à l’amiable. Plus d’une fois, le nouveau
ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes
a évoqué les élections fédérales qui s’annoncent à
l’automne prochain. Si les conservateurs, qui prétendent
à un fédéralisme d’ouverture, ne veulent pas perdre
toute crédibilité, ils auraient intérêt à revoir leur
position, a-t-il suggéré. Mais penser que Jim Flaherty
va abandonner le morceau, c’est à peu près aussi
réaliste que d’espérer qu’un chien enragé lâche son os.
La seule chose qui freinera Jim Flaherty, c’est une
défaite des conservateurs aux prochaines élections.
Québec n’a peut-êt r e pas intérêt à ce que la Cour
d’appel du Québec et la Cour suprême du Canada se
prononcent de façon définitive sur la compétence
exclusive des provinces en matière de réglementation des
valeurs mobilières. Malgré tout ce que Québec avance en
citant un article de la Loi constitutionnelle de 1867,
l’affaire n’est pas dans le sac.
Le comité d’experts présidé par Tom Hockin affirme avoir
reçu des avis juridiques selon lesquels la
réglementation financière n’est pas l’apanage des
provinces, même si Ottawa leur a laissé le champ libre
dans le passé. Le ministre des Finances aussi.
Si
Québec devait perdre de façon définitive devant le plus
haut tribunal du pays, cela porterait un coup très dur à
la communauté financière de Montréal, qui souffre déjà
de la vente de la Bourse de Montréal à la Bourse de
Toronto. L’Autorité des marchés financiers ne s’est
d’ailleurs pas illustrée dans ce dossier puisque les
clauses qu’elle a négociées pour protéger le centre
décisionnel de Montréal résistent mal à l’épreuve du
temps…
Bref, le Québec joue très gros dans cette histoire.
Est-ce que le gouvernement Charest aurait dû troquer son
appui en faveur d’une commission nationale en échange
d’un organisme ayant son siège social et son centre de
décisions à Montréal ? Pour le meilleur ou pour le pire,
c’est la Cour suprême qui nous le dira.
De toute façon, au-delà de la légalité, il y a la
légitimité des commissions provinciales. Les i
nvestisseurs québécois, aussi nationalistes soient-ils,
ne défendront pas le Québec pour le Québec s’ils ont
l’impression que la province devient le terrain de jeu
de prédilection des arnaqueurs.
Le Québec et les autres provinces qui s’opposent à une
commission nationale doivent encore convaincre les
investisseurs petits et grands qu’ils sont bien protégés
et que le système collaboratif du passeport fonctionne.
En vertu de ce système, une entreprise qui veut émettre
des actions à la grandeur du pays n’a plus à cogner à
toutes les portes. Depuis que la réglementation a été
harmonisée, la commission de sa province fait office de
guichet unique
Ce système n’est pas plus coûteux pour les entreprises,
ont conclu les chercheurs Jean-Marc Suret et Céline
Carpentier dans une étude publiée en 2007. Le coût moyen
d’une émission au Canada, de 33 600$, est largement
inférieur à celui d’une émission aux États-Unis (324
000$) ou en Australie (123 000$).
Il reste qu’il est parfois difficile de faire évoluer la
réglementation en négociant à 13. Tout récemment, par
exemple, les autorités provinciales n’ont pu s’entendre
sur la pertinence d’imposer un vote consultatif sur la
rémunération des hauts dirigeants des entreprises en
Bourse, alors que l e Royaume-Uni et l’Australie
l’exigent et que les États-Unis sont sur le point de le
faire.
Mais, ce qui i ntéresse dava nt age monsieur e t madame
Tout-le-Monde, c’est de savoir si les investisseurs
seront mieux protégés contre les Vincent Lacroix et
autres filous de la finance. Or, la protection des
investisseurs a bien peu à voir avec la structure.
Cela dépend beaucoup plus des ressources qui sont
accordées aux inspections et aux enquêtes, de la
promptitude à réagir et surtout de la volonté manifeste
et à tous les échelons de ne rien laisser passer.
Régulateur national ou provincial, c’est lorsque les
autorités dorment au gaz que les petites arnaques
deviennent de grandes escroqueries.
Harmonisation de la TPS : Une étude contredit les
propos de Harper
EXCLUSIF
— Des documents émanant du bureau du Conseil privé
contredisent la version du gouvernement Harper dans le
dossier de l’harmonisation de la taxe de vente du Québec
avec la TPS.
« Cela veut dire qu’ils (les
conservateurs) nous mentaient en Chambre », a souligné
Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois.
Depuis quelques mois, le gouvernement Harper refuse de
verser une compensation financière de 2,6 milliards de
dollars au Québec pour avoir harmonisé sa taxe de vente
provinciale à la TPS dans les années 90, prétextant que
les deux taxes ne sont pas entièrement harmonisées.
Or, le bureau du Conseil privé soutient au contraire que
le Québec fait partie d’un groupe de quatre provinces
qui ont accepté d’harmoniser leur taxe de vente
provinciale avec la TPS, révèlent des documents datés
d’octobre 2008 obtenus par La Presse en vertu de la Loi
sur l’accès à l’information.
Les autres provinces sont le Nouveau-Brunswick, la
NouvelleÉcosse et Terre-Neuve, à qui le gouvernement
fédéral a déjà versé une compensation financière de plus
d’un milliard de dollars dans le milieu des années 90
pour avoir accepté une offre d’Ottawa d’harmoniser les
taxes de vente.
Les documents en question font partie des notes de
réunion préparés par les fonctionnaires du bureau du
Conseil privé à l’intention de la ministre des Affaires
intergouvernementales Josée Verner à la suite des
élections d’octobre 2008, soit bien avant qu’Ottawa ne
s’entende avec le gouvernement de l’Ontario.
Ces documents viennent donc contredire les affirmations
du ministre des Finances Jim Flaherty, qui a soutenu au
cours des derniers mois que le Québec n’a pas droit à
une compensation financière au même titre que l’Ontario
parce que sa taxe de vente n’est pas complètement
harmonisée avec la TPS.
« Bien que le Canada ait réussi à faire des progrès dans
l’harmonisation des taxes en vertu d’accords sur la
perception des taxes dans les domaines des impôts pour
les particuliers et les entreprises, il y a d’autres
secteurs où une plus grande harmonisation serait
avantageuse », peut-on lire dans les documents.
« Des taxes à la valeur ajoutée harmonisées ont été
mises en oeuvre dans quatre provinces (dont le Québec),
mais les taxes au détail continuent d’être perçues
séparément dans cinq provinces (Ontario,
Colombie-Britannique, Manitoba, Saskatchewan et
Îledu-Prince-Édouard), augmentant ainsi les coûts
d’administration à la fois pour les gouvernements et les
entreprises », ajoute-t-on.
Ce
dossier est redevenu un sujet d’actualité ce printemps
après que le gouvernement Harper eut accepté de verser
la somme de 4,3 milliards de dollars au gouvernement de
l’Ontario au cours des deux prochaines années en guise
de compensation pour harmoniser la TPS et la taxe de
vente de cette province.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, cachait mal
sa colère hier de voir que les fonctionnaires fédéraux
contredisaient la position du gouvernement Harper. «
Cela veut dire qu’ils nous mentaient en Chambre. Et les
conséquences sont énormes. Il y a une somme de 4,3
milliards qui est versée à l’Ontario en guise de
compensation. Le gouvernement de l’Ontario utilise cette
somme pour envoyer un chèque de 1000$ à chaque famille
ontarienne. Mais le Québec n’a pas vu la couleur des 2,3
milliards et il paie au moins 20% des 4,3 milliards
remis à l’Ontario, soit 900 millions de dollars », a
affirmé M. Duceppe.
Le chef bloquiste a soutenu que les documents en
question donnent de nouvelles munitions au gouvernement
du Québec.
Mais au bureau du ministre des Travaux publics,
Christian Paradis, qui a été le principal porte-parole
du gouvernement Harper dans ce dossier, on soutient que
le Québec obtiendra le même traitement que l’Ontario si
la province accepte le même accord que le gouvernement
McGuinty.
« On a toujours dit que si le Québec décidait de faire
comme l’Ontario, il serait traité exactement de la même
manière. Le Québec reçoit déjà une compensation pour la
perception de la TPS au nom du gouvernement fédéral
(1,77 milliard depuis 1992). Le gouvernement du Québec a
récemment indiqué qu’il souhaitait aller plus loin. Nous
sommes prêts à négocier de bonne foi dans ce dossier »,
a indiqué Mark Quinlan, porte-parole du ministre
Paradis.
Le gouvernement du Québec, qui perçoit et administre la
TPS depuis 1992 et remet les fruits de cette taxe au
gouvernement fédéral par la suite, soutient avoir
harmonisé sa taxe de vente dans les années 1990 et
réclame une compensation de 2,6 milliards depuis 1997.
Il y a quelques semaines, le ministre Flaherty a posé
ses conditions pour verser une compensation au Québec.
Le ministre exigeait que Québec cesse d’appliquer la TVQ
à la TPS lorsque les consommateurs achètent des biens ou
des services et que le gouvernement fédéral administre
cette taxe harmonisée sur le territoire québécois.
À l’heure actuelle, une TPS de 5% s’applique sur les
biens et services. Une TVQ de 7,5% est ensuite appliquée
sur le prix de ces biens et services avec TPS. Le Québec
est la seule province au pays avec
l’Île-du-Prince-Édouard à imposer une taxe de vente sur
la TPS.
Le gouvernement Charest a fait savoir qu’il était prêt à
faire quelques ajustements réclamés par Ottawa pour
obtenir une compensation. Entre autres choses, Québec
s’est dit prêt à instaurer un crédit pour les grandes
entreprises qui ont des revenus de plus de 10 millions
de dollars, comme le fait Ottawa. Toutefois, le
gouvernement du Québec tient mordicus à continuer à
percevoir et à administrer la TPS, comme il le fait
depuis 1992.
Indépendance du Québec : LE FRANÇAIS
ÉCOPERAIT - Mario Polèse
Advenant
l’indépendance du Québec, l’espace francophone en
Amérique s’en trouverait rétréci
Les Québécois ne pourront plus, par l’intermédiaire du
parlement fédéral, intervenir pour protéger le français
dans le reste du Canada.
L’auteur est professeur et chercheur au centre
Urbanisation Culture Société de l’INRS. L’an dernier, il
a publié le livre « Serionsnous plus libres au lendemain
d’un Oui? » aux Éditions Voix Parallèles.
S’affranchir des idées reçues à
propos de l’idéal de la souveraineté n’est pas chose
facile.
Je me permets, au lendemain de la Fête nationale, de
livrer quelques réflexions sur ce qu’il convient
d’appeler la question nationale. Mon souci : faire
avancer le Québec et, aussi, la cause du français en
Amérique.
Mon propos est simple. L’idéal de la souveraineté –
indéniablement l’un des moteurs de la construction du
Québec moderne – est devenu un frein. Je comprends la
séduction exercée par les mots liberté, indépendance et
souveraineté. L’adéquation entre « liberté » et « État
souverain » est ancrée dans les mentalités. S’affranchir
des idées reçues n’est pas chose facile.
En 1963, Raymond Barbeau écrivait : « La thèse que nous
soutenons est la suivante : l’infériorité économique des
Canadiens français est la conséquence fatale de leur
situation d’impuissance politique dans la Confédération.
» Nous savons aujourd’hui que Barbeau s’est trompé; moi
aussi d’ailleurs, car à l’époque je pensais aussi que
l’indépendance était nécessaire pour sortir les
Canadiens français de leur statut d’infériorité et pour
sauver la langue française.
Je ne raconterai pas ici l’historique du cheminement
parcouru depuis 50 ans, un renversement sans précédent
dans la condition d’un peuple et d’une langue. Il suffit
de constater que les Québécois forment il est probable
qu’il soit tout aussi contraignant pour l’État québécois
que la constitution fédérale actuelle, et tout autant
source potentielle de tensions entre Québec et Ottawa.
Les politiques commerciales et monétaires resteront
communes et l’obligation d’harmonisation fiscale ne sera
pas moindre.
La liberté des États n’est plus ce qu’elle était. Ce que
le Québec gagnerait en marge de manoeuvre serait assez
limité en toute probaaujourd’hui l’un des peuples les
plus prospères, les plus créateurs et, j’ose dire, les
plus libres de la planète ; nous faisons l’envie de bien
des nations.
Ceci étant dit, je propose un regard sur l’option
souverainiste sous trois angles : les pouvoirs du
Québec, la langue et le territoire.
Le
Québec est aujourd’hui loin de l’État chétif du temps de
Duplessis. Il a plus de pouvoirs et de ressources que
bien des États souverains. Après l’indépendance, je
tiens pour acquis que les Québécois voudraient garder
une monnaie commune et la pleine liberté de mouvement et
de commerce avec le Canada. Cela signifie une union
économique, encadrée par un traité.
I l est i mpossible de savoi r à l’avance le contenu
d’un tel traité, mais pour peu qu’on observe les
principes d’une union économique, bilité. Le principal
gain assuré sera sa personnalité internationale ; le
Québec aura son siège à l’ONU.
La souveraineté va dans les deux sens. Ottawa ne pourra
pas plus intervenir au Québec en matière linguistique.
Mais, l’inverse sera tout aussi vrai. Les Québécois ne
pourront plus ( par l’intermédiaire du parlement
fédéral) intervenir pour protéger le français dans le
reste du Canada. Les Acadiens et autres minorités
francophones ne pourront plus compter sur le poids
politique des Québécois.
Il y a 30 ans, on pouvait penser que les Acadiens
allaient de toute manière disparaître ; ils sont
toujours là. Il est peu probable, selon moi, que le
français restera comme langue officielle dans un Canada
sans Québec. À mes yeux, un projet qui rétrécit encore
plus l’espace du français en Amérique est un recul.
Le territoire est une question qu’on préfère éviter sous
peine d’être taxé d’alarmiste. Elle est réelle pourtant,
plus encore qu’il y a 30 ans. Je ne parle pas de la
menace partitionniste (anglophone), qu’on exagère. Je
parle des nations autochtones, surtout des Cris et des
Inuits, dont les territoires couvrent la moitié du
Québec.
Lors du référendum de 1995, elles ont massivement appuyé
le « Non », résultat reconfirmé par des référendums
internes. Ce sera sans doute pareil la prochaine fois.
Les nations autochtones ne sont plus les peuples
effacés, invisibles, d’aut refois . Dans une
contestation juridique (ou autre), il est fort à parier
que l’opinion internationale leur sera acquise.
S’ i ls choisissent de rester en dehors d’un Québec
souverain, je ne vois pas ce que Québec pourra faire
pour les retenir : envoyer l’armée ? Voyons ! Des
déclarations sur l’inviolabilité du territoire québécois
n’ont pas grande valeur en l’absence des moyens sur le
terrain pour l’imposer. Je n’ai aucune envie d’ouvrir
cette boîte de Pandore.
Le fédéralisme comporte aussi des avantages, précisément
parce qu’il laisse la place à des peuples dont les
identités et les géographies se chevauchent. Quelle
autre formule nous permet de réconcilier l’aspiration
(légitime) d’un État québécois fort et le désir, tout
aussi légitime, d’un grand espace économique et
politique ? Je n’en connais pas. Toute formule politique
( réaliste) devra s ’ accommoder de souverainetés
partagées.
Référendum en Irlande, prise deux
— A priori, on
pourrait comprendre que les Irlandais aient l’impression
d’avoir été ramenés en arrière par une mystérieuse faille
spatio-temporelle.
À peine un an après que la population du petit pays eut opposé
une fin de non-recevoir au traité de Lisbonne, censé réviser
substantiellement les structures décisionnelles de l’Union
européenne, le gouvernement annonce qu’il y aura un nouveau
référendum en octobre... sur le traité de Lisbonne.
« C’est beau, la démocratie, non? On vote non à une question
et ils nous reposent la question jusqu’à ce qu’on dise oui »,
s’énerve Anthony O’Rourke, un chauffeur de taxi de Dublin.
« Qu’ils votent oui ou non, au moins, les gens sauront
pourquoi ils votent, cette fois-ci », tempère Rose Murtheh,
qui tient un étal de fruits et légumes sur un trottoir du
centreville. « Je ne sais pas si je vais voter oui ou non. Il
me semble que tout ça ne change pas grand-chose pour moi »,
ajoute la femme de 60 ans.
« Il y a beaucoup d’apathie à ce sujet. La dernière fois, les
gens ne savaient trop sur quoi ils votaient, et personne n’a
vraiment tenté de le savoir, » note Steve Browne, un vendeur
de 26 ans.
Bien que le référendum à venir suscite pour l’heure moins
d’émoi que les spectacles donnés par U2 ce week-end, nombre
d’Irlandais sont convaincus qu’il s’agit d’un vote de première
importance.
C’est le cas notamment de Richard Greene, porte-parole de
l’organisation Coir (Justice), qui avait mené une campagne
d’affichage remarquée contre le traité en 2008.
« Je suis
indigné de ce nouveau référendum... Les gens ont parlé l’année
dernière et les élus devraient leur obéir », indique M.
Greene, qui craint l’impact du traité sur la souveraineté
irlandaise.
« Notre Constitution n’existera plus. Nous serons englobés
dans un super-État dirigé par la France et l’Allemagne »,
dit-il.
Dans les faits, le traité de Lisbonne prévoit la
simplification des mécanismes décisionnels européens. Il
clarifie les champs de compétence des pays membres et des
institutions centrales et prévoit l’introduction d’une charte
des droits fondamentaux.
Des « garanties » formelles
En Irlande, les opposants au projet ont déclaré durant la
première campagne que ces réformes pourraient empêcher le
gouvernement irlandais de fixer de son propre chef les taux de
taxation, l’obliger à participer à des guerres lointaines ou
encore permettre l’avortement, un sujet très délicat dans un
pays profondément imprégné de catholicisme.
Le gouvernement du premier ministre Brian Cowen, dans le but
de rassurer la population, a obtenu des autorités européennes
des « garanties » formelles qu’il espère suffisantes pour
faire taire les critiques de 2008. M. Cowen mise aussi sur les
difficultés économiques du pays, en pleine récession, pour
renforcer ses liens avec l’Union européenne.
L’an dernier, la victoire du non avait perturbé la feuille de
route des autres chefs d’État européens, qui avaient choisi de
faire ratifier le traité par voie parlementaire, un exercice
beaucoup moins risqué. Un nouveau rejet pourrait signifier la
mort du traité puisqued’autrespays, comme la Pologne et la
République tchèque, ont d’importantes réserves et pourraient
évoquer le résultat d’octobre pour faire marche arrière.
Affamer le Bloc? - ANDRÉ
PRATTE
Le Bloc est
fort de la grande faiblesse des conservateurs et des
libéraux au Québec.
Dans une opinion publiée hier par le Globe and Mail, un
professeur de gestion de l’Université de Toronto suggère que
le gouvernement fédéral verse ses allocations trimestrielles
seulement aux partis politiques présentant des candidats
dans plus d’une région du pays. Andrew Stark présente en
faveur de son idée une argumentation philosophique
intéressante, mais l’objectif est simple et bête: priver le
Bloc québécois d’une source de financement.
Cette idée a souvent été évoquée dans le passé, sous une
forme ou une autre. Elle révèle la frustration de certains
Canadiens anglais et fédéralistes québécois devant les
succès continus du Bloc. Surtout, c’est une idée qui passe à
côté du vrai problème.
Les allocations trimestrielles sont versées aux partis
fédéraux depuis la réforme du financement politique en 2004.
Chaque parti reçoit tous les trois mois 44 cents par vote
obtenu lors du plus récent scrutin.
Contrairement à une impression répandue, ce système ne
confère pas au Bloc d’avantage indu parce qu’il n’a à faire
campagne qu’au Québec alors que les autres formations
doivent rejoindre les Canadiens d’un océan à l’autre. La
somme reçue dépendant du nombre de votes obtenus, le Bloc a
eu droit en 2008 à 5 millions, bien moins que les 10,4
millions versés aux conservateurs et les 8,7 millions
envoyés aux libéraux.
Dans son
texte, M. Stark estime que, dans un régime fédéral, le
gouvernement central ne devrait financer que des projets et
institutions dont peuvent profiter les Canadiens de toutes
les régions du pays. Suivant ce principe, un parti pour
lequel les électeurs d’une seule province peuvent voter ne
devrait pas obtenir l’appui financier d’Ottawa.
Une telle mesure serait toutefois antidémocratique. Les
électeurs québécois ont le droit de voter pour qui ils
veulent et ils sont en droit de s’attendre à ce que le
gouvernement fédéral accorde aux partis de leur choix le
même traitement qu’aux autres.
Il est assez curieux que des fédéralistes envisagent ce
genre de subterfuge alors qu’il existe un moyen bien plus
efficace d’affaiblir le Bloc québécois: les autres partis
n’ont qu’à faire élire plus de députés au Québec.
Outre ses propres mérites et ceux de son chef, le Bloc est
fort de la grande faiblesse des conservateurs et des
libéraux au Québec. Tant que cette faiblesse ne sera pas
comblée, le parti souverainiste obtiendra l’appui du plus
grand nombre des électeurs de la province. Le PLC et le PC
doivent s’implanter ici beaucoup plus profondément. Ils
doivent présenter de meilleurs candidats. Ils doivent aussi
comprendre que la multiplication des courbettes
nationalistes n’est pas une stratégie gagnante à long terme.
Le gouvernement fédéra l n’existe pas pour faire plaisir à
l’Assemblée nationale, mais pour gouverner le Canada. Le
parti fédéral qui présenterait un projet de gouvernement
solide et audacieux, portant sur les champs de compétence
fédérale (notamment affaires étrangères, commerce
international, économie, environnement, transport
interprovincial), aurait aujourd’hui de très bonnes chances
de remporter plusieurs circonscriptions au Québec.
La reine au Canada le 1er juillet ? - Hugo
de GrandPré
Les deux visites royales pourraient coûter 6 millions en
deux ans
PHOTO HANS DERYK,
REUTERS
La Presse. La reine Élisabeth II
pourrait venir au Canada du 28 juin au 8 juillet 2010,
selon les documents obtenus par
OT TAWA — La reine Élisabeth II pourrait être au Canada
pour célébrer la fête nationale de son ancien dominion,
le 1er juillet prochain.
C’est du moins le scénario qui était étudié en juin
dernier par Ottawa et Buckingham Palace, selon des
documents obtenus par La Presse auprès du ministère du
Patrimoine en vertu de la loi sur l’accès à
l’information.
Selon un budget prévisionnel inclus dans ces documents,
cette visite de la reine et de son mari, le duc
d’Édimbourg, pourrait coûter plus de 3,5 millions de
dollars aux contribuables canadiens, soit plus de 350
000$ pour chacun des neuf jours qu’elle passera au pays.
C’est près de trois fois plus que le 1,2 million dépensé
par Ottawa et des provinces lors de la dernière venue de
la chef de l’État canadien, en 2005, à l’occasion du
centenaire de l’adhésion de l’Alberta et de la
Saskatchewan à la confédération.
Selon le même budget prévisionnel, daté du 22 juin et
préparé en vue des deux visites royales, celle du prince
Charles et de sa femme Camilla, qui vient de se
terminer, pourrait coûter un peu plus de 2,5 millions
aux contribuables, quatre fois plus cher que les 600
000$ dépensés lors de son dernier voyage ici, en 2001.
On ignore pour l’instant à combien s’élève la facture
finale.
Les dépenses prévues dans ce budget incluent les frais
d’hôtels pour les visiteurs royaux (275 800$), des
cadeaux (350 000$) et des réceptions (près de 2,7
millions), dont une somme de 1 million de dollars pour
des célébrations de la prochaine fête du Canada, le 1er
juillet 2010.
28
juin au 8 juillet ?
Les dates pour la visite de reine n’ont pas été
arrêtées, a insisté hier un porte-parole du ministère du
Patrimoine. Celles évoquées dans les documents obtenus
pa r
La Presse sont celles du 28 juin au 8 juillet 2010. Une
source gouvernementale a toutefois indiqué qu’elles
pourraient avoir changé, depuis juin.
« Le gouvernement du Canada etle palais de Buckingham
ont commencé à planifier la visite afin de déterminer
les scénarios de visite qui reflètent le mieux les
intérêts et objectifs mutuels », peut-on lire dans une
note d’information envoyée en septembre dernier au
ministre du Patrimoine, James Moore.
« Le palais de Buckingham et Rideau Hall feront
l’annonce officielle de la visite dès qu’ils se seront
entendus sur tous les détails. »
On n’en est pas à une spéculation près quant aux dates
de la visite royale de 2010, depuis que sa représentante
au pays, la gouverneure générale, Michaëlle Jean, l’a
annoncée l’été dernier. Des médias ont déjà rapporté
qu’elle pourrait être présente lors de la cérémonie
d’ouverture des Jeux olympiques de Vancouver. Ce
scénario semble toutefois avoir été écarté. Les
documents obtenus par
La Presse montrent par ailleurs que cette visite n’est
peut-être pas la seule dans les cartons d’Ottawa à
l’heure actuelle. Un comité mis sur pied pour organiser
les célébrations canadiennes entourant le 60e
anniversaire du règne de la souveraine, en 2012, aurait
aussi reçu le mandat de « coordonner son travail avec
les plans pour des visites royales au Canada menant à,
et avec un accent spécial sur, l’année du jubilé ».
Une majorité de Canadiens souhaitent que la monarchie
disparaisse après la mort de la reine
Les Forces canadiennes mises en valeur
VISITE
DU PRINCE CHARLES
OTTAWA — C’est avec un dernier signe de la main, lancé
du seuil de la porte de leur Airbus hier, que le prince
Charles et sa femme Camilla ont conclu leur séjour de 11
jours au Canada, périple durant lequel les Forces armées
canadiennes ont été grandement mises en valeur.
Selon un sondage publié tout juste avant l’arrivée du
couple princier au pays, 41% des Canadiens préféreraient
que Charles cède le trône à son fils, William, plutôt
que de succéder à la reine. Seulement 31% des citoyens
du pays croient que Charles devrait être couronné roi.
Un autre sondage indiquait qu’une majorité de Canadiens
souhaitent que la monarchie disparaisse après la mort de
la reine.
Ce
voyage a réuni tous les éléments associés à une visite
royale – de jeunes enfants offrant des bouquets, des
haltes dans des centres communautaires, hôpitaux,
églises et maisons de la culture – mais le prince n’a
pas raté une seule occasion de parler des Forces armées
canadiennes, et de discuter avec certains de leurs
membres.
Il s’est rendu à Esquimalt, en Colombie-Britannique, où
se situe la plus imposante base navale du pays. Il a
présenté de nouvelles couleurs régimentaires au célèbre
régiment Black Watch, à Montréal, au Royal Regiment of
Canada et au Toronto Scottish. Il a également visité le
NCSM Haida, à Hamilton.
Cette importance accordée au volet militaire a été
particulièrement évidente lorsque le prince Charles a
revêtu l’uniforme d’un lieutenant-général canadien en
vue de la cérémonie commémorant le jour du Souvenir.
Le Canada adoptera-t-il le prince Charles ?
- Judith LaChapelle
VISITE
DU PREMIER HÉRITIER DU TRÔNE BRITANNIQUE Le prince de
Galles et la duchesse de Cornouailles arrivent au Canada
lundi. Ce sera l’occasion pour le premier héritier du
trône britannique de présenter officiellement son épouse
à ses sujets canadiens. Pe
Le soleil ne se couche j amais sur l’ Empire
britannique, mais à l’horizon, son ciel s’ennuage. À 83
ans, la reine Élisabeth ne régnera pas éternellement. Et
sa disparition soulèvera la même question, de l’Océanie
à l’Amérique du Nord : la monarchie britannique a-t-elle
encore sa place hors du Royaume-Uni ?
PHOTO DAVID CHESKIN,
ARCHIVES REUTERS
Le prince Charles, que l’on voit
ici lors d’une visite en Écosse en juin dernier, sera
au Canada à partir de lundi. Il fera également escale
au Québec pour la première fois en 33 ans.
« C’est une période très difficile pour la monarchie,
constate l’historien Michael D. Behiels, de l’
Université d’Ottawa. Dans les deux à trois prochaines
décennies, les Canadiens auront certainement des
décisions à prendre. » Et un avenir républicain pour le
Canada est à envisager sérieusement, croit l’historien.
« C’est une question de temps. Tout dépendra de la façon
dont le prince Charles régnera. »
Selon u n s ondage de la f i r me Strategic Counsel
publié l’été dernier, 65 % des Canadiens c roient qu’
Élisabeth I I devrait êt re leu r dernier monarque.
Robert Finch, directeur de la Ligue monarchiste du
Canada, ne s’en formalise pas. « L’idée d’une république
n’est pas très répandue », estime-t-il. Et son organisme
compte à l’avenir préparer les Canadiens à adopter le
prince Charles, futur roi du Canada.
Pas que décorative
Les monarchistes ne sont pas les seuls à préparer l
’après-Élisabeth I I . Pierre Vincent, des Citoyens et c
i t oyen nes pour u ne r épubl i que canadienne, se
considère lui aussi en campagne. « I l faut commencer à
prépa rer le t er r a i n maintenant pour que nous
puissions devenir un pays plei nement souverain le
moment venu. »
S’il y a une chose sur laquelle s’entendent étrangement
pro et antimonarchie, c ’est que la monarchie canadienne
n’est pas que décorative. Elle s’exprime partout, des
pièces de monnaie aux tribunaux (les avocats de la
poursuite plaident au nom de l a rei ne), j usqu’au x
ser ments d’allégeance des députés envers le souverain
et les nombreuses places publiques célébrant des
monarques.
« Le
problème n’est pas d’avoir une monarchie décorative qui
ne dérange personne, dit Marc Chevrier, professeur au
département de sciences politiques de l’ UQAM. Le
problème est qu’on pense le pouvoir à t ravers des
concepts monarchiques, sur l’idée que nous ne sommes pas
des citoyens mais des sujets, que le pouvoir vient d’en
haut, pas d’en bas. C’est très profond dans notre
culture politique. »
En démocratie, l e c hef d’ Ét a t incarne la stabilité
en cas de crise partisane. Le Canada n’est pas une
véritable monarchie constitutionnelle parce que ni son
monarque ni aucun membre de sa fa mille n’y réside,
estime Marc Chevrier. Le RoyaumeUni, l’ Espagne et la
Belgique, par exemple, ont un monarque aimé et respecté
du peuple qui dispose de l’autorité morale pour
traverser les crises politiques.
Mais pour Robert Finch, la reine reste un puissant
élément unificateur du pays. Même au Québec, où le
prince Charles mettra les pieds pour l a première fois
en 33 a ns. « Les Québécois doivent r éa l i s er que l
’a utonomie dont i l s j ou i s - s e nt auj ou r d ’ hu
i , leu r i dentité , leu r c ultu re, i l s les doivent
à l a monarchie. »
Souverain parfait ?
Si le débat sur la république n’est pas des plus actifs
au Canada, ce n’est pas le cas ailleurs. Lors d’un
référendum en 1999, les Australiens ont rejeté le modèle
de république proposé, mais n’ont pas dit oui pour
autant à la monarchie, ont noté les observateurs.
D’ailleurs, le gouvernement travailliste en place est
clairement en faveur d’une république. « Même le
gouverneur général en Australie a récemment déclaré que
la république n’était qu’une question de temps », dit
Marc Chevrier.
« L’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Barbade et la
Jamaïque sont carrément lancées dans la course vers la
république, dit Pierre Vincent. La semaine dernière, la
NouvelleZélande en a débattu au Parlement ! »
Robert Finch croit cependant que le prince de Galles
convaincra ses sujets de lui remettre la couronne c a
nadienne. Écolo ava nt l ’ heure, s ensible au x j eu
nes défavorisés , soucieux de j eter des ponts entre l ’
Occ i dent e t l e monde musulman, « Cha r l e s e s t l
e s ouvera i n parfait pour le XXIe siècle », croit M.
Finch.
Plus que du pétrole - ÉRIC
BOYKO
La
performance économique de l’Alberta contribue de
multiples façons à l’enrichissement des Québécois
L’auteur est président de Stingray Digital, une
entreprise québécoise qui se consacre aux médias
numériques. Pour des entrepreneurs comme moi, le
richemarché albertain est une mine d’or.
André Pratte écrivait récemment ( La Presse, 13 mars)
que nous devrions chercher à comprendre ce qui se passe
en Alberta pour éviter les malentendus survenus ces
derniers temps entre nos deux provinces.
Nous avons certainement de bonnes ra isons de le faire.
D’abord, parce que la richesse produite par l’industrie
gazière et pétrolière permet de financer une partie des
paiements de péréquation de plus de 8 milliards de
dollars que reçoit le Québec chaque année. Et quoi qu’on
pense des problèmes environnementaux que cela entraîne,
la plupa r t d’ent re nous consommons de l’essence et
espérons pouvoir continuer de le faire à un prix
raisonnable aussi longtemps que cette forme d’énergie
jouera un rôle crucial dans le maintien de notre niveau
de vie.
En plus des travailleurs québécois qui vont s’enrichir
pendant quelques années sur un chantier albertain, le
développement des sables bitumineux a des répercussions
ici même. Selon une récente étude, cette industrie
permettra en effet de créer des diza ines de mi l l iers
d’emplois au Québec au cours des prochaines années.
La mission commerciale du gouvernement du Québec en
Alberta, ces derniers jours, qui vise à permettre à des
entreprises québécoises d’explorer les occasions d’af
faires dans le secteur de l’énergie, est une bonne façon
de profiter de cette ressource au lieu de critiquer ceux
qui l’exploitent.
Mai s pour bien comprendre comment la réalité albertaine
nous touche, il faut aussi savoir que l’Alberta, c’est
bien plus que le pétrole. C’est une économie ext
rêmement dynamique grâce à des politiques qui favorisent
depuis plusieurs années l’entrepreneuriat et la création
de richesse.
Le taux
d’imposition des entreprises, fixé à 10% (3% pour les
PME), tout comme l’est le taux unique d’imposition des
particuliers, est le plus bas au Canada. Il n’y a pas de
taxe de vente provinciale, ni d’impôt sur le capital
comme au Québec. Les anges financiers y sont très
nombreux et le capital de risque abondant. Il est très
faci le de lancer une entreprise et de trouver du
financement.
Ce sont ces avantages, et pas uniquement la présence du
pétrole, qui expliquent pourquoi l ’Alberta att ire
chaque année des milliers d’immigrants. Même si sa
population est un peu moins de la moit ié de cel le du
Québec, l’Alberta a un PIB qui équivaut presque à celui
du Québec. Vous avez bien lu : le PIB per capita
albertain est plus du double de celui du Québec!
Pour des entrepreneurs comme moi, le riche marché
albertain est une mine d’or. La compagnie que je dirige
produit des applications pour diffuser du contenu
musical et vidéo sur différentes plateformes. Notre plus
gros client est Shaw, une firme albertaine de
télécommunications et de divertissement.
L’Alberta a bien sûr aussi ses problèmes. Les dépenses
du gouvernement en santé et dans d’autres domaines sont
beaucoup plus élevées que la moyenne canadienne. La
province enregistrera un second déf icit impor tant
cette année – mais c’est après avoir entièrement éliminé
sa dette il n’y a pas longtemps, alors que le Québec,
lui, est l’une des sociétés les plus endettées au monde.
La performance économique de l’Alberta contribue de
multiples façons à notre enrichissement, et pas
seulement à cause du pétrole et de la péréquation. Nos
compagnies qui y trouvent du financement et y font des
affaires créent de la richesse ici. La compétition
albertaine force aussi le Québec et les autres provinces
à contenir leur appétit fiscal, ce qui profite à tous.
La méfiance qu’entretiennent beaucoup de Québécois
envers l’Alberta est malsaine et va carrément à
l’encontre de nos intérêts économiques. Nous avons tout
intérêt à tisser des liens économiques plus serrés avec
une région aussi riche et dynamique, qui est déjà notre
deuxième partenaire commercial canadien après l’Ontario.