Fort

LA PRESSE & COMPAGNIE




Shrewd tactics not the same as good health policy


Le dictateur et le démocrate


Delusions of optimism have their uses - Margaret Wente


The poor are doing better than you think - MARGARET WENTE

La conciliation entreprise- famille

Welcome to the age of the boring and the bland

Automne 2011: trois instantanés -  Chantal Hébert 

L’inculture des lettrés


Élargir la vision


Les cannibales -  Michel David

L’apocalypse paye

Yueyue’s death is China’s shame, but we have our own

Healthy is good, but it won’t save health care dollars

Vie et mort d’un génie

Steve Jobs, warts and all - MARGARET WENTE

Occupy Laval

A dash of honesty and civility could mend politics


La guérilla du comptoir à saucisses

Le bien ou le mal -  Denise Bombardier

Both Harper and opposition sell fear under darkening economic skies

Lettre à Nathalie Normandeau


La peur des autres

Taxing the super-rich

Mission impossible ?

On s’y fait


La société- viaduc


Travaux routiers - Ouvert à tout
What was said, and what was not


L'été de la peur - François Brousseau

L’ivresse des mots

Cynisme inquiétant

The unknown unknowns of wartime – and peacetime - Neil Reynolds

Projet de loi 14 - Non à la gestion paroissiale de nos ressources naturelles

A bas le socialisme francais!-GERALD CAPLAN

Tout est dans tout -  François Brousseau


Les moutons


Perspectives - Le cheval qui ne voulait pas parler

Quand la vérité devient « dégoûtante »


What if Stephen Harper’s previous views were used against him? - Jeffrey Simpson


Une petite semaine

Lost in the fog of misinformation - Jeffrey Simpson

Le bâton de pèlerin

Méfiez-vous des absents

What Obama and the Republicans can do for Canada - Tom Flanagan

Les dissidents

Hargne et grossièreté

Parlons des vraies choses, M. Bolduc


Le sexe à l'école
- Stéphane Laporte

Rob Ford and the loss of hope

Le simplisme des médias


Ingrid Betancourt: l'enfer, c'est les autres

Je change de commission - Lise Payette

Fins de règne... -  Chantal Hébert

La prochaine peste - Pierre Foglia

Accessibilité aux soins de santé - Les lacunes font l'unanimité, mais les solutions divisent

La vitesse tue... la démocratie - André Pratte



Curieux sens des priorités - François Cardinal


La colère de Raymond Bachand - Claude Picher

Monde qui rit, monde qui pleure

Harper's summits are a great success

Open Canada to the world’s new ways - Edward Greenspon

The age of the big blow-up
Who has the power?

Larguer son «rainmaker»

Government and the good life

CHOI, tapettes et fifis - Patrick Lagacé

Le crépuscule américain - Mario Roy

DÉMOCRATIE EN PÉRIL  -  NORMAND PERRY

Une soirée à Berlin - Pierre Foglia

 
La peste  -  MARIO ROY
 

La chasse à Vandal  -  ANDRÉ PRATTE


Les erreurs de jeunesse  -  André Pratte

SOS service à la clientèle  -  Hugo Dumas


LE VIRAGE SANTÉ -  Pierre Lavoie
Benoît qui s’ignorait  -  YVES BOISVERT

Se regarder dans les yeux - Stéphane Laporte

La présence amoureuse - Stéphane Laporte

Tout le monde tout nu! - Stéphane Laporte

Le frère André et Tiger Woods - Stéphane Laporte

Les gens gentils - Stéphane Laporte
Pour en finir avec les élections  -  Stéphane Laporte
L'amour au temps du cellulaire - Stéphane Laporte








La peste  -  MARIO ROY
Des ressorts psychologiques puissa nts : le doute, la peur, la haine. e s évé nement s dé c le n - cheurs énormes et tragiques. Un gigantesque amplificateur incontrôlé : l’internet... Ces éléments forment le socle sur lequel s’érigent les théories du complot. Certes, le sujet est rebattu et consternant. Le débat est inutile, les convertis ne pouvant être ébranlés par les faits. En parler ne concourt qu’à répandre l’épidémie. Pourtant, il le faut bien. Parce que les théories du complot s’immiscent maintenant dans des couches de la société – chez des politiciens ayant une audience et des artistes adulés, par exemple – qui possèdent un énorme pouvoir de nuisance. Et parce que, de divertissantes qu’elles étaient, ces élucubrations deviennent dangereuses.
Depuis quelques semaines, en effet, sont apparus dans l’espace public plusieurs bijoux.
D’abord, deux nouvelles oeuvres majeures (et d’autres, moins importantes) sur le 11 septembre 2001. Le journaliste français Éric Raynaud signe 11 septembre, les vérités cachées, dans le droit fil des thèses de Thierry Meyssan, le plus célèbre « conspirationniste » dans ce dossier. Ainsi qu’une nouvelle version de Loose Change, le documentaire de l’Américain Dylan Avery devenu le premier blockbuster de l’histoire du web.
Est également apparu un complot inédit qui a un bel avenir devant lui : celui ourdi par l’Organisation mondiale de la santé et les compagnies pharmaceutiques pour engranger des profits – et peut-être tuer des gens par millions ! – en les vaccinant contre la grippe A(H1N1). On voit le danger de telles divagations.
Il est inutile d’aborder l’argumentation soutenant ces théories : elle est sans intérêt.
Tout juste faut-il noter que leurs propagandistes sont souvent des « polyconspirationnistes » (comme on dit : des polytoxicomanes). L’auteur Jean-Jacques Crèvecoeur, qui vend le complot du vaccin, parle aussi de « fait exprès » au sujet du 11 septembre et soutient que Barack Obama « n’a pas la nationalité américaine ». Quant à la plus récente oeuvre de Meyssan, elle fait du président Nicolas Sarkozy une créature de la CIA !
Il y a deux raisons à cet éclectisme. Un, la clientèle cible de cette industrie est elle aussi largement « polyconspirationniste ». Deux, les médias traditionnels, poussés par la concurrence de l’internet à diffuser à leur tour ces théories, en redemandent.
Encore tout cela n’effleuret-il que la surface des choses. Car la véritable question est de savoir : pourquoi cette gigantesque business marche-t-elle autant ?
Réponse à un mélange de croyances, d’ignorances et de phobies, selon les mots de Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, qui ont pourfendu Meyssan dans L’Ef froyable Mensonge? Révolte de l’esprit à l’idée que des acteurs insignifiants puissent provoquer de gigantesques tragédies, comme l’a analysé G erald Posner dans Case Closed (sur l’affaire Kennedy) ? Incapacité de s’accommoder d’une part inévitable de chaos ? Plaisir que procure une confortable « délinquance » ? Témoignage de haine de l’Occident envers lui-même ?...
Tout ça à la fois , s a n s doute.
Et on soupçonne alors que, non seulement le complot construit autour de la grippe A(H1N1), mais tous les autres qui viendront seront également promis à un bel avenir.
Une peste, en somme.


 
Les drôles d’amigos  -  ALAIN DUBUC
La rencontre annuelle des dirigeants des trois pays signataires de l’ALENA, baptisé le sommet des « Tres Amigos », n’a pas été très jojo. Le président mexicain, Felipe Calderon, était fâché contre Stephen Harper parce que le Canada exige des visas des visiteurs mexicains. Et ces deux leaders reprochaient au président Obama le caractère protectionniste des clauses « Buy American » de son plan de relance.
Ce n’est pas le fait que les trois pays aient eu des désaccords lors de leur réunion de cette semaine à Guadalajara qui pose problème. Il est inévitable que des pays, même proches partenaires, aient des différends. Ce qui est troublant, c’est la nature des chicanes, et ce qu’elles révèlent. Elles montrent que l’Accord de libre-échange nord-américain est loin de tenir toutes ses promesses. Et elles suggèrent que le continent est à contrecourant de l’histoire.
La comparaison avec l’Europe est toujours gênante. L’Europe, en plus d’être un marché commun et une union monétaire, est également un projet politique. Malgré tous ses problèmes de croissance, l’Europe est devenue une force internationale, un bloc économique redoutable et un fascinant creuset social et culturel. Pendant ce temps, l’Amérique du Nord a du mal à trouver une cohérence. Ne parlons même pas de l’intégration des deux Amériques; la ZLEA n’aura été qu’un bref rêve. Un traité de libre-échange entre le Canada et le Panama n’y changera pas grand-chose.
C’est la mobilité des personnes qui illustre mieux cette différence. Les frontières ont disparu en Europe. Pendant ce temps, elles se renforcent de ce côté-ci de l’Atlantique, d’abord avec la décision des Américains d’exiger un passeport des visiteurs de leurs deux pays voisins. J’ai critiqué cette mesure imposée aux Canadiens, notamment parce que le prétexte, la sécurité, répondait davantage à un réflexe de repli sur soi qu’à une stratégie efficace de lutte contre le terrorisme.
La décision du Canada d’exiger des visas de tous les visiteurs mexicains s’inscrit, hélas, dans la même logique. Un bazooka pour tuer un maringouin. Pour régler un problème réel, mais mineur, l’existence de circuits organisés de faux réfugiés mexicains, facilitée par la lourdeur de notre système de filtrage des réfugiés, on a choisi la manière forte. Le gouvernement Harper aurait pu réduire la pression par des campagnes d’information au Mexique, par des efforts pour démanteler les réseaux.
On a plutôt choisi une approche humiliante pour les Mexicains, qui compromet la qualité de nos relations avec ce pays, tout en ayant un impact mesurable sur notre industrie touristique. Cette insensibilité trahit également une absence de vision continentale, troublante pour un pays qui devrait diversifier ses relations.
Il est vrai que les comparaisons avec l’Europe ont leurs limites. L’ALENA n’a jamais été le point de départ de la construction d’une entité politique. C’est une entente commerciale. En outre, les différences énormes entre les trois pays signataires, à cause de la taille des États-Unis et du développement incomplet du Mexique, limitent le potentiel d’intégration.
Mais même cette fonction purement commerciale est mise à mal par les sursauts protectionnistes américains. Lors de ce sommet, le président Obama a tenté de minimiser l’impact des dispositions «Buy American». Et sa suggestion de laisser les provinces, les États et les municipalités discuter entre eux pour aplanir les obstacles ressemble à une façon de s’en laver les mains qui n’a rien de rassurant.
Au-delà de la libéralisation des échanges, l’ALENA comportait une promesse, celle d’une ouverture sur le monde, la création d’une conscience continentale qui permettrait de dépasser la logique nationale stricte, une façon d’élargir ses horizons qui incarne la mondialisation dans ce qu’elle a de noble. Et c’est cela que les querelles mesquines risquent de compromettre.




Les erreurs de jeunesse  -  André Pratte

L’information selon laquelle A nd ré L ava llée, haut gradé de l’administration Tremblay, a participé en 1971 aux activités du FLQ est-elle d’intérêt public? Certainement.
Bien sûr, M. Lavallée n’avait que 19 ans à l’époque. Bien sûr, il a suivi depuis un parcours sans tache et, à plusieurs égards, méritoire. Mais l’erreur de jeunesse est là et ceux dont M. Lavallée sollicite la confiance ont le droit d’en être informés.
Toute personnalité publique doit accepter que son passé soit scruté à la loupe. Ce n’est pas de la curiosité malsaine. Les gens veulent savoir à qui ils ont affaire, de même qu’un employeur voudra prendre connaissance du curriculum vitae de tout aspirant employé.
Les politiciens le savent fort bien, eux qui n’hésitent pas à embellir leur parcours personnel pour se rendre plus séduisants. C’est ainsi que Pierre Elliott Trudeau a laissé ses biographes le montrer, dans sa jeunesse, allant déjà à contrecourant de la pensée nationaliste conservatrice de l’époque. Dans les archives personnelles de l’ancien premier ministre, Max et Monique Nemni ont découvert avec consternation qu’au contraire, l’étudia nt T rudeau « défend avec un enthousiasme et une conviction à toute épreuve des positions idéologiques pour lesquelles le Trudeau post-1950 va acquérir beaucoup de mépris».
C’est ainsi que pour certains, quelques cours universitaires se transformeront en baccalauréat. Pour d’autres, un emploi d’été sur un chantier suffira à fournir de commodes origines ouvrières.
Il va de soi que si un politicien peut embellir son passé afin d’améliorer ses chances d’avenir, il est de la responsabilité des médias d’informer la population de tout décalage entre le mythe et les faits. Il en est de même si un candidat préfère taire une partie moins glorieuse de son passé.
C’est pourquoi – les exemples foisonnent – il est préférable qu’un politicien fasse preuve à cet égard d’une transparence irréprochable. Si M. Lavallée avait fait état de son «erreur de jeunesse» au moment où il s’est lancé en politique municipale dans les années 80, l’affaire n’aurait pas pris de telles proportions aujourd’hui. Si André Boisclair avait fait le point sur sa consommation de cocaïne bien avant la course à la direction de son parti en 2005, il aurait vécu une campagne moins mouvementée.
Barack Obama ayant parlé de sa consommation de drogues dans son autobiographie Dreams From My Father, ses adversaires n’ont pu le mettre dans l’embarras quand, plusieurs années plus tard, il s’est lancé dans la course à la présidence. «Ma vie est maintenant un livre ouvert, a expliqué Obama. Les électeurs peuvent décider si les bêtises que j’ai commises quand j’étais adolescent pèsent davantage que le travail que j’ai fait depuis. »
Et de fait, les électeurs se révèlent généralement très i ndu lgents à l ’é g a r d d e s erreurs de jeunesse. Ce qu’ils ne tolèrent pas, c’est le mensonge et les cachotteries.



SOS service à la clientèle  -  Hugo Dumas
Levez la main si vous avez déjà a) enguirla ndé u ne incompétente préposée au service à la clientèle d’une grande compag n ie de téléphone, b) hu rlé d’impatience pendant qu’une voix pseudo rassurante roucoulait que « ce délai est bien involontaire », ou c) crié que vous alliez dénoncer (nom de cette même boîte de télécommunications) à l’Office de la protection du consom mateu r tellement elle traitait ses clients comme du bétail.
Moi, je coche toutes ces réponses . S ér ieu sement . L’exé c r able s e r v i c e a pr è s -ve n t e q u ’o f f r e n t t rop d ’ent re pr i s e s québé c oi s e s est une vraie plaie. Parler à un être humain, dans ce dédale téléphonique kafkaïen, s’avère aussi compliqué que le texte sous-jacent de Destinées. Et quand une « vraie » person ne déc roc he en fi n , zap ! elle nous catapulte vers un autre département, doté d’un autre système de reconnaissance vocale, où il faut tout reprendre du début. Au secours.
Dans un reportage fort éclairant diffusé hier soir, et que vous pouvez visionner en ligne au www. radio - ca nada.ca , l’équipe de La facture de Radio-Canada a révélé que le service à la clientèle de certains géants des télécommunications sert aussi à vendre des produits dérivés et d’autres cossins. Le but ? Faire gonfler votre facture et amortir les coûts liés au maintien d’un coûteux centre d’appels.
En entrevue avec Pierre Craig, trois ex-employés de Bell et Vidéotron témoignent à visage découvert de ce qui grésille au bout de la ligne. «C’est juste vendre qui est important», dit l’un d’eux. Ils engagent des vendeurs, renchérit l’autre. La meilleure citation du document de La facture? «C’est pas payant, en tant qu’employé, un client qui chiale, puis qui est trop compliqué à comprendre.»
Chez Bell, des agents du service à la clientèle empochent même des commissions quand il réussissent à hausser le montant total de votre état de compte mensuel. Vous appelez pour signaler un problème technique ou réclamer de l’aide ? Oubliez ça. L’agent vous propose une panoplie de nouveaux services – non sollicités, bien sûr – dans une conversation ne devant surtout pas dépasser 15 minutes. Sinon, toujours selon La facture, une lumière rouge clignote et le préposé se prépare à vous couper le sifflet. Quand ça devient compliqué, le but, « c’est de se débarrasser de vous », souffle un de ces ex-employés au soutien technique.
Heureusement, les choses s’améliorent. Dans sa plus récente pub télé, en ondes depuis le 28 septembre, Vidéotron martèle son nouveau slogan : « le pouvoir de parler à un humain rapidement ».
C’est la pub où un babyboomer, planté devant son ordi, manque de s’étouffer en entendant une voix humaine lui répondre au téléphone. Très drôle, très efficace, très bien tournée.
Chez Bell, le porte-parole qui a parlé à La facture, Jacques Bouchard, a quitté l’entreprise. Sa remplaçante, Claire Fiset, disait hier que dans le rapport annuel de 2008, le grand patron de Bell Canada, George Cope, souhaite faire du « service à la clientèle sa priorité numéro un». On verra bien.
Toujours dans le milieu du travail, mais à Télé-Québec cette fois-ci, ne ratez pas la série documentaire Un monde sans pitié, dont la première tranche d’une série de trois a été diffusée lundi à 21 h. Oui, en même temps que La galère et Lance et compte. Une case horaire un peu suicidaire, mais bon.
Ce documentaire, imaginé par Marie-Josée Cardinal et réalisé par Marie-Julie Dallaire, pose la question qui tue: pourquoi le travail gruge-t-il autant d’espace dans notre vie personnelle?
Sommes-nous vraiment plus libres alors que nous trimballons nos bureaux à la maison et que nos cellulaires vibrent à toute heure du jour ? Pourquoi la construction de notre identité se forge-t-elle uniquement autour de notre boulot ?
Après avoir goûté à ce Monde sans pitié, on a le goût de savourer notre lunch partout sauf devant l’ordinateur, on songe à tirer le BlackBerry par la fenêtre de la voiture et on pense à fermer notre compte Twitter pour de bon. Libérez-nous de la techno!
La télé en chiffres
Gros jeudi de télévision pour TVA. À 20h, Dieu merci! a intéressé 1 461 000 téléspectateurs et les débuts du Gentleman ont rivé 1 194 000 fans devant leur poste. À Radio-Canada, Enquête (412 000) et 3600 secondes d’extase (375 000) n’ont pas fait le poids.
Vendredi, l’émission spéciale de Paquet voleur, où des vedettes s’amusaient avec Véronique Cloutier, a récolté une audience de 749 000 amateurs. Kampaï a attiré 516 000 curieux.
Dimanche soir, pas de gros bouleversements dans l’ordre télévisuel mondial, malgré les correctifs apportés par TVA. Le banquier de Julie Snyder a glissé sous la barre des 2 millions, mais demeure l’émission la plus populaire avec ses 1 990 000 fans. Occupation double 6 a réuni 1 618 000 personnes devant leur télé, tandis que 1 267 000 autres fréquentaient Tout le monde en parle. Tout de suite avant, Découverte a rallié 682 000 téléspectateurs et Et dieu créa Laflaque est monté à 703 000 personnes.




Benoît qui s’ignorait  -  YVES BOISVERT
On le voit le dimanche avant le lever du soleil, au plus noir de janvier, qui arrive à l’aréna municipal, sifflet au cou, bouteilles d’eau à la main, sourire aux lèvres. On le voit débouler les samedis de juin au terrain de soccer en rigolant, un filet de ballons à la main.
« O.K., les cocos, oubliez pas, on est là pour s’a-mu-ser! »
Benoît, c’est le type même de l’animateur modèle des loisirs municipaux. Gagne ou perd, ça se fait dans l’honneur et la rigolade.
Ça fait bien six ans que je le croise de parc en aréna, c’est à croire qu’il a 10 enfants, et pourtant il n’en a que deux, mais il est toujours à coacher ici et là.
Mais depuis un an, je ne le reconnais plus. Samedi dernier, nous étions à Ottawa en famille. Un type passe en courant. « Salut Yves! »
Qui c’est, ce type? Je fouille dans ma banque de données : aucune image correspondante. Je bredouille des excuses.
– Tu ne me reconnais pas, hein?
Il est content qu’on ne le reconnaisse pas, je crois. Il est habitué, en tout cas. Il a perdu 100lb en un an et demi.
Benoît était un gros qui s’ignorait.
Il s’ignorait ; je veux dire que, à passer sa vie à s’occuper des enfants des autres, il ne faisait pas trop attention à lui. Hot-dog, beigne, poutine, le menu d’aréna lui allait très bien. On le voyait gonfler à vue d’oeil, de match en match et de saison en saison.
Si bien que, sans trop s’en rendre compte, il avait atteint les 270lb. Pour un type de 5pi7po, ça fait beaucoup à placer. Mais ça aussi, il l’ignorait.
« C’est fou à dire, je savais que j’étais gros, mais pas tant que ça. Je veux dire que je ne me voyais pas gros. Et je pensais que les autres ne me voyaient pas gros. J’allais à l’aréna dire aux jeunes d’avoir un mode de vie sain et actif, et je ne me rendais pas compte qu’ils me voyaient comme j’étais, en bonhomme Michelin. »
Son médecin lui disait de perdre du poids, mais bof, tout allait bien, sauf peut-être l’été, à la plage. Il n’avait aucun problème qu’un grand t-shirt ne pouvait régler.
Et en 2007, à 41 ans, le matin d’un autre rendez-vous chez le médecin, avant d’aller se faire dire les mêmes choses qu’il n’écouterait que distraitement, il est monté sur le pèse-personne.
L’aiguille est sortie de l’écran.
« C’était comme dans les bandes dessinées. Il n’y avait plus de chiffres ! »
Une demi-heure plus tard, en colère, il est entré dans le bureau du médecin. « C’est aujourd’hui que ça se passe. Donne-le-moi, le numéro de ta nutritionniste. »
Il était temps; le médecin lui avait diagnostiqué une « obésité morbide grade 4 ». Ce que ça veut dire, c’est qu’il avait la pression au plafond et qu’il était une bombe humaine sur le point d’imploser.
Tout a commencé par l’alimentation. Puis il s’est mis au mouvement elliptique au gym pendant huit mois, trois, quatre fois par semaine. En mars 2008, il avait déjà fondu à en être méconnaissable. Il a commencé à suivre un programme de course. Juste pour voir.
Il a si bien vu qu’il a fini par faire le marathon de Montréal, l’an dernier.
Je l’ai vu peu de temps après. Il s’était surentraîné et avait couru en 4h45, à s’écoeurer à jamais de la course à pied.
Aussi, l’autre samedi, quand je l’ai vu en coureur, je ne l’ai doublement pas reconnu. « Je cours le marathon demain, je viens repérer le départ. »
Mes enfants ont vu passer leur ancien entraîneur le lendemain matin. Je ne sais pas s’il les a entendus, c’était dans le brouillard des derniers kilomètres. « Vas-y, Ben! Ouais ! »
Il a fini en 3h50, presque une heure de mieux qu’à Montréal huit mois plus tôt.
On le reconnaît de moins en moins.
Le soir, avant de se coucher, mon plus jeune a bondi dans son lit et m’a regardé avec des yeux ronds comme l’ancien Benoît. « Tu sais ce que ça veut dire, papa, l’histoire de Benoît ? » Qu’est-ce qu’il va me sortir? – Non. D’après toi? – Ça veut dire que, dans la vie, il y a toujours de l’espoir!
Et il s’est couché, fier d’avoir trouvé une morale à l’histoire.
Par fois , oui, par fois c ’est vrai, il y a toujours de l’espoir. L’impossible est une chose assez mouvante, quand on y pense.
Et puis c’est incroyable ce qu’un homme joyeusement en colère peut accomplir.



Pour en finir avec les élections  -  Stéphane Laporte
Quatre élections fédérales en cinq ans : les 28 juin 2004, 23 janvier 2006, 14 octobre 2008 et X novembre 2009. Et après on se demande pourquoi le plus meilleur pays au monde n’a pas le vent dans les voiles ? Pourquoi tout stagne ? Avant, les élections, c’était les Olympiques. Ça arrivait tous les quatre ans, ça soulevait les passions. Maintenant, les élections, c’est Virginie. Ça fait partie de notre quotidien. Des élections ? Ah bon, quel jour ? N’oubliez pas de me le rappeler la veille...
Si on se fie aux élections passées, environ 14 millions de Canadiens vont retourner voter une fois de plus. Il y en a presque toujours 1 million et demi qui votent pour le Bloc et 2 millions et demi qui votent pour le NPD. Il reste donc 10 m illions de Canadiens à partager entre les deu x g ros pa r tis . O n peut dire sans se tromper qu’il y a environ 4 millions de libérau x pu rs et du rs. Scandale des commandites ou pas, Chrétien, Ma rtin, Dion, Ignatieff ou Coderre à titre de chef, ils vont voter rouge. C’est dans leur ADN. Et on peut dire aussi qu’en ce moment, il y a environ 4 millions de conservateurs conva i nc us . Que la seu le culture qui intéresse Harper soit la culture du T-bone, ils s’en balancent, ils vont voter bleu. Hee Haw ! Il reste donc 2 millions de Canadiens aux deux. Ils peuvent voter tantôt pour les libéraux, tantôt pour les conservateurs. Ce sont eux qui font la différence.
Parmi eux, il y en a au moins la moitié dont l’idée est déjà faite. Ils sont déçus par Harper ou Ignatieff ne les inspire pas. Il reste donc 1 million de votes fluctuants. Le tiers de ces gens votent pour le gagnant. Ils écoutent les prédictions et votent du bon bord. Un autre tiers de ces gens votent pour l’underdog . Ils écoutent les prédictions et votent du mauvais bord. Il reste donc le dernier tiers. Un total de 333 000 Canadiens qui n’ont vraiment aucune idée pour qui ils vont voter en novembre.
Puisque la campagne électorale ne concerne au fond que cette partie de la population, on devrait les réunir dans un même endroit. Un peu comme un conclave. Ce serait écologique. On les loge tous à Ottawa pendant toute la campagne. Au lieu de parcourir le Canada d’un bout à l’autre, et de polluer nos Rocheuses, nos Prairies et nos Maritimes, les chefs iraient rencontrer les électeurs dans le stade des Rough Riders. I ls les bomba rderaient de discours, de brochures et de promesses. Nous, on aurait la paix. Et on serait en sécurité. À l’abri des maladies. Non, mais pensez-vous que c’est brillant de déclencher des élections en pleine pandémie de grippe H1N1 ! ? Tous ces conservateurs, libéraux, bloquistes, néo-démocrates qui vont vouloir nous serrer la main. Ça va tousser plus que ça va mentir, ce qui n’est pas peu dire.
De toute façon , on est ta n nés de devoir toujou rs choisir entre le même monde qui dit les mêmes affaires. Je sais que les libéraux ont u n nouveau leader, ma is Ignatieff, c’est Stéphane Dion avec des sourcils foncés. Un i ntel lec t uel , réf léc h i , au x idées libérales. Bon d’accord, il parle mieux anglais que Dion, et mieux le français que Chrétien, mais il tient le même discours.
Ha r per, c ’est Ha r per, le J.R. canadian. Sauf que son chapeau de cowboy vient de Calgary au lieu de Dallas. Jack Layton, c’est le bon Jack et Gilles Duceppe, c’est l’indépendantiste qui passe son temps à Ottawa. En un an, ils n’ont pas changé personne. C’est de la torture mentale de nous obliger de se les taper encore durant toute une campagne électorale. Comment faire pour sortir du jour de la marmotte parlementaire ? Comment régler le cul-de-sac de la politique canadienne ?
Êtes-vous conscients que le prochain gouvernement canadien a toutes les chances d’être encore m i norita i re. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire cinq élections fédérales en six ans. Il y a comme un problème quand un jeune de 24 ans a déjà voté cinq fois au fédéral.
Il faut c ha nger le système. J’ai une idée. Chaque Canadien ne devrait avoir le droit de voter au fédéral qu’une seule fois en quatre a ns. T u as voté en 2 0 0 8 , désolé, tu ne peux pas voter en 2009, tu vas devoir attendre en 2012. Comme ça, ce ne serait pas toujours les mêmes gens qui votent, et ce ne serait pas toujours les mêmes résultats. À défaut d’avoir de nouveaux candidats, on aurait de nouveaux votants. Il y a 24 millions d’électeurs inscrits, si 14 millions se sont prévalus de leur droit de vote en 2008, il en reste toujours bien 10 millions qui sont restés chez eux. Ce serait leur tour cette année. Ils ne peuvent pas faire pire. Les électeurs qui votent tout le temps sont tellement divisés que le pays est devenu ingouvernable. Les électeurs recrues sont peut-être plus solidaires. Tout nouveau, tout beau, peut-être réussiront-ils à donner une direction au Canada. On va à gauche, on va à droite, mais on va quelque part !
Il y a donc deux proposition s su r la t a ble : s oit qu’on achale seulement les 333 0 0 0 i ndéc is , soit que ce sont ceux qui s’abstiennent qui se prononcent. Les autres sont usés. On n’est plus capable. On est sur le bord du burn-out politique. La seule pensée de voir les grosses faces de t ou s les candidats sur des pancartes me rend dépressif. Je vais envoyer cette chronique au sénateu r Jacques Demers. Je suis certain qu’il va faire ava ncer le dossier. I l sa it bien qu’il y a des choses plus importantes que les maudites élections fédérales. Ce que l’on veut vraiment savoir, ce n’est pas qui sera le prochain PM du Ca nada , c ’est qui sera le prochain capitaine du Canadien.