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de francophones ? Vraiment ?
FINI LE DÉNI
Hockey
fighting: too rough, too tough, too much
Breaking the suicide chain
Wade Belak and the end
of fighters - Globe editorial
La
culture sportive évolue ( oui, oui)
Lettres
- Le hockey et le manque de vocabulaire
Hockey has been slow
to learn about concussion - Globe editorial
Une course de 21 000 km
Roy sur Carbonneau
The
Jackie
Robinson
Montreal
story
Un
Super Bowl chargé d'histoire
Hockey
is about having fun, Bobby Orr tells kids
La
«canadienite» aiguë
L’indignation des athlètes, le désespoir des
expropriés
Le
défi olympien de Sotchi
Canadiens at centre of duelling sports: Playing hockey and
playing politics
La «dénationalisation» du Canadien
Le
Canadien «sert» le fédéralisme
Et jusqu'à quel point le sport devrait-il se voir
financé par l'argent public ?...
L’amphithéâtre de Québec plus cher que
le Centre Bell
L’aubaine de Winnipeg
Winnipeg ne devait pas revenir dans la LNH, selon un
rapport de SNC- Lavalin
Aux frontières de la légalité
Profiter de l’été
La
bêtise
consommée
Les
moutons
Baisser
ses
culottes
Québec
doute
de
la
légalité
de
l’entente
avec Quebecor
Le maire- roi
Illégal,
l’amphithéâtre
Quebecor
?
Les
méthodes du maire Drapeau
Nouveau
colisée
-
La
légalité
de
l'entente
avec
Quebecor
est
mise
en
doute
L’offre
de Quebecor en deçà de la moyenne de la LNH
Quebecor
devient le partenaire privé du futur
amphithéâtre de Québec
An
NHL
arena
for
Quebec
City?
Absurd
-
Jeffrey
Simpson
Et
pourquoi
pas
?
L’eau
d’abord,
le
gaz
ensuite
Le plan B est mieux que le plan A
Amphithéâtre
à Québec - La vie en rose
Labeaume
et
Charest
:
un
pari
à
l’américaine
Le
Colisée
Quebecor
Sport
professionnel
et
gaspillage
Peu
d'arénas financés à 100% par les
gouvernements
Pierre Simard : les
charlatans des retombées
Sondage
sur le nouveau Colisée à Québec -
Labeaume n'est guère ébranlé
Non
au financement public d'un nouveau Colisée
Amphithéâtre
de Québec - Charest s'est engagé vite, dit
Labeaume
Amphithéâtre
à Québec: pourquoi pas un plan B?
De
quêtes et de quêteux
Colisée
de Québec: Harper pose ses conditions
En
bref - Quebecor n'investira pas
Don’t
ask
taxpayers
to
pay
for
Péladeau’s
arena
-
Jeffrey
Simpson
Amphithéâtre
de Québec - La charrue devant les boeufs
«Un
modèle d'affaires optimal»
Risques
publics, profits privés
Un Colisée de quêteux
Et si, malgré tout, il y avait toujours de l'espoir
pour les Nordiques ?...
Québec
- Péladeau dépose une offre de plusieurs
millions pour un amphithéâtre
Et y a-t-il toujours y avoir un avenir pour le Stade ?...
Boucher le trou à jamais?
Se
rétracter à propos du Stade
Le
stade: du rêve au projet
Remplacement du toit du stade: Dessau pourrait brouiller
les cartes
Toit fixe du Stade: une erreur historique
Parc olympique: vers une nouvelle vie?
Il faut tuer le toit fixe - Yves Boisvert
RAMENER
LE SOLEIL DANS LE STADE - Yves Boisvert
Décoincer
la ville - MARIE-CLAUDE LORTIE
L’Afrique du Sud tire un bilan en demi- teinte
Avec
la FIFA, la politique n'est jamais loin
Le hockey d'élite et l'école - Yves Boisvert
Le plan Price - Stéphane
Laporte
Des
équipes arc-en-ciel?
Grand
Prix: le retour des bonnes affaires
Retour
des Nordiques: Péladeau a séduit la LNH
Yes,
we've still got game
Quand le hockey devient politique
Petite histoire de la fièvre du hockey
Le colis - Yves
Boisvert
La métaphore de notre sort - Nathalie Petrowski
Gagner pour vrai - Patrick
Lagacé
Wait 'til next year
Le
CH a du coeur au ventre
Faits
saillants
Le
Canadien se fait blanchir 6-0 sur un air connu
Les
admirables
«bucheux»
-
Mario Roy
Un
cadeau à sept millions de Québécois
Dans la bulle du Canadien - Nathalie Petrowski
Le
Canadien détrône les champions de la coupe
Stanley
Canadien-Penguins: l'analyse du match
Les faits saillants
du match
Qui oserait parier contre eux?
Ça
sent la coupe!
Le
Canadien gagne 4-3 et pousse la série à la
limite
La
randonnée miraculeuse
Rôles inversés
La stratégie de désespoir du CH - Réjean Tremblay
Ça
sent la Coupe?
Le
Canadien élimine les Capitals!
Canadien-Capitals: l'analyse du match
Go, Habs,
go!
Je
m'avoue vaincu
When it comes to sports, Toronto is a city of losers -
Jeffrey Simpson
Darche, Metropolit et Moore valent leur poids en or
Canadien: le bulletin de la semaine
Théodore:
retour inattendu au sommet
Les
Jeux de tous les records ! - Michel Marois
Pluie d'or et de records
Les
éloges ont chassé les «Jeux des
pépins»
Ottawa
doublera sa mise olympique
What
price
do
we
put
on
sporting
pride?
-
Jeffrey
Simpson
Ottawa
exhorté
à
sauver
À nous le podium
How do we want to fund elite sports?
Inukshuk
- Jean-François Bégin
Exploits, ambiance, émotions - Réjean
Tremblay
Alexandre Bilodeau se couvre d'or
Mort
d'un lugeur aux JO: qui blâmer?
Toujours plus vite, toujours plus risqué -
Jean-François Bégin
Les lemmings - Yves Boisvert
It was time for Gainey to go
Gainey: «J'ai fait de mon mieux»
Les
années Bob Gainey: un héritage incertain
Le
Canadien sans passion et... sans but
NHL brass does the right thing - at last
No
more immunity for violence on ice
Roy:
«Price n'est pas prêt à chausser de
grands patins»
Des Jeux sûrs, sûrs, sûrs... - Yves
Boisvert
Des Jeux verts, verts, verts... - Yves Boisvert
Vancouver,
une ville adolescente - Yves Boisvert
La
maudite nostalgie du CH - Yves Boisvert
Tiger dans la fosse aux lions - Réjean Tremblay
La mort d’un robot - Paul Journet
Tiger
Woods: «J'ai laissé tomber ma famille»
Après le 18e trou - Lysiane Gagnon
Voici
ce que Tiger devrait dire... - Patrick Lagacé
Assoiffés
de champions - Jean-Pascal Beaupré
JEUX OLYMPIQUES Au Canada de se
démarquer, dit Marcel Aubut
UN
CHOIX HISTORIQUE ET AUDACIEUX - Daphné
Cameron
Aujourd’hui Rio, demain l’Afrique? -
JEAN-FRANÇOIS BÉGIN
Jeux
Olympiques : Obama et Lula en pleine
surenchère - Jean-François
Bégin
Dernier
tour de piste pour NASCAR
Grand Prix Enfin, c'est officiel!
Feu
vert au Grand Prix
Bernie
Ecclestone : « En 2010, on retournera au Canada
» - Éric Clément
Pour
l’ambiance, pas pour vendre des voitures -
Éric LeFrançois
Les
constructeurs
aussi souhaitent le retour duGrand Prix du Canada
Ottawa, Québec et Montréal vont faire une
offre à Bernie Ecclestone - Éric
Clément
Des
retombées économiques de 74 à 100
millions - Vincent Brousseau-Pouliot
CRISE DANS LA F1 Les espoirs pour le Grand Prix
ravivés
Régis Labeaume attise
l’espoir - Frédéric
Denoncourt
La
rivalité entre Montréal et Québec
renaîtra-t-elle ?
Voir aussi... La
nostalgie à TVA, c’est vrai! - Hugo
Dumas
Prêt au Canadien : Une opération
« payante », dit Bachand
Vente du Canadien : Québec allongera 75
millions - Denis Lessard
GO HABS GO! - Geoff Molson
Les années Gillett, entre ombre et lumière
- Jean-François Bégin
Le patrimoine des Molson - Sophie
Cousineau
Un club
plus francophone, croit Guy Lafleur
L’enracinement
- YVES BOISVERT
Le grand retour des Molson -
Jean-Pasca l Beaupré
LE
CANADIEN
VENDU : UNE TRANSACTION D’AU MOINS 500 MILLIONS
Minuit
moins
cinq pour le CH - Jean-François Bégin
Que
le meilleur gagne! - RÉJEAN TREMBLAY
Votre
confiance se mérite
L’art
de détourner l’attention
Une
bien triste histoire - PIERRE FOGLIA
Le
visage
du bleu-blanc-rouge - JEAN-PASCAL BEAUPRÉ
Des
patins sans l’âme - OLIVIER PIERSON
Amer
dénouement
Gainey doit partir
La
symphonie pathétique
L’impuissance
de Bob Gainey
Carbonneau
- Faire le vide pour mieux rebondir
Koivu : Victime du débat
linguistique - Caroline Morgan
Give
your head a shake: Concussions demand action
Bobby Nadeau, militant malgré lui -
Yves Boisvert
Mea-culpa et absolution pour Jonathan Roy -
Caroline Touzin
Violence au hockey : Une «culture», ça
se change - YVES BOISVERT
LA
VIOLENCE
AU BANC DES ACCUSÉS - Caroline
Touzin
« Les bagarres font partie de la game »
Amateurs, pourquoi ne faites-vous pas le ménage
vous-mêmes? - Marie - Claude Lortie
Les grands débats de
société - Pierre Foglia
La nostalgie à TVA, c’est vrai! -
Hugo Dumas
|
LE DEVOIR
Hors-Jeux
- On ne voit rien - Jean Dion
Et
puis
euh
-
C'est
dingue,
la
vie
-
Jean
Dion
Et
puis euh - Métabolisme fou
THE GAZETTE
Proud
Canadian: no longer an oxymoron
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
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|
Les Jeux de tous les records ! - Michel Marois
de tous les temps. Pas même les grandes équipes de
l’URSS en 1976 ou de la Norvège en 2002 n’avaient
remporté autant d’épreuves. le Canada a les moyens
pour dominer encore longtemps.
Si, bien sûr, les politiciens ne sabrent pas les programmes
qui ont permis d’arriver à ces résultats. Ce serait
pathétique de compromettre les succès de nos
athlètes au moment où ils obtiennent enfin la
consécration. À la suite de ces Jeux, des milliers
de jeunes vont trouver l’inspiration pour amorcer une
carrière, des centaines vont d’établir une
série de « records » grâce à la
réussite de notre couverture en direct des
compétitions sur Cyberpresse. Chaque jour, une moyenne de
25 000 internautes se sont joints à nous. Parfois des
spécialistes, souvent des néophytes, mais tous
passionnés par les sports olympiques, ils ont formé
pendant 16 jours une communauté virtuelle où les
Jeux étaient instantanément décrits,
analysés, commentés, critiqués ou applaudis.
Si le hockey était très populaire, ce sont d’autres
compétitions qui ont été les plus suivies. Le
patinage artistique, bien sûr, mais aussi le patinage de
vitesse courte piste et le ski de fond.
Certains « mariages » étaient étonnants.
Comme lorsque le Canada a battu la Suisse en fusillade… en
même temps que le programme libre des hommes en patinage
artistique.
Deux publics fort différents ont réussi à
cohabiter ce soir-là en s’étonnant des goûts
et des préférences des autres, tout en se rejoignant
dans l’appréciation des performances de tous les
athlètes.
Et vendredi soir, quand les premiers mordus de hockey sont
arrivés pour préparer la demi-finale
Canada-Slovaquie, ils sont tombés dans un débat sur
le… curling féminin, dont on jouait la finale. Le
croirezvous, plusieurs y sont allés d’un commentaire.
Soyez assurés que nous préparons déjà
notre couverture en direct des Jeux de Londres ! > 4,5 millions
de pages vues
dans notre section olympique > 330 000 personnes ont
participé
au clavardage pendant les Jeux > 14 564 commentaires
d’internautes ont été publiés sur le
clavardage
La mort d’un robot - Paul Journet
Notre
journaliste s’est rendu au Augusta National, au cours des deux
dernières années, dans le but d’assurer la
couverture du Tournoi des Maîtres pour La Presse.
Le Tigergate, c’est la mort d’un robot. Ou plutôt la
mort d’une image de robot, construite minutieusement depuis
plus d’une décennie par une armée de
relationnistes. Il n’aura fallu qu’un message
téléphonique de 31 secondes pour la
détruire.
Potinage de vedette? Évidemment. Si on en parle tant,
c’est bien sûr parce que Tiger est l’athlète le
plus médiatisé et le plus riche du monde. Mais
c’est aussi à cause du décalage. Car Tiger
donnait l’illusion d’être parfait. Pour comprendre
pourquoi, il faut comprendre son sport.
Le golfeur peut tricher à chaque trou. Mais il ne le
fait presque jamais. La plupart du temps, il se décerne
luimême une pénalité. Si le footballeur
Thierry Henry jouait au golf, il aurait lui-même
demandé à l’arbitre d’annuler son but. Ajoutons
à cela le respect d’autrui. Au lieu de sortir le genou,
le golfeur sort la main pour complimenter son adversaire. Et
ce, parfois même au milieu d’un match.
C’est la mythologie du golf. Et les commanditaires y
carburent. Habituellement, les annonceurs s’associent à
la fougue et l’irrévérence d’un athlète
(voir Georges Laraque et Octane). Au golf, ils s’associent
plutôt à leur prestige et à leur vertu.
Quels logos portent les pros de la PGA? Des logos de fonds
communs de placement, de banques et de montres suisses. Pas
très rock’n’ roll...
Un symbole de perfection
Tiger
baignait déjà dans cette culture sportive avant
même de pouvoir épeler g-o-l-f. Et depuis ses
débuts professionnels, il en est devenu
l’emblème. On a cimenté son image dans ce moule
candide. Résultat : Tiger = « rêve
mouillé » de commanditaire.
Il symbolise la perfection. Autant sur le parcours qu’à
l’extérieur. Au golf, sa domination était et
reste totale. Les performances fascinent, la méthode
pour y arriver aussi. Un mélange inouï de talent
et de sueur, avec son entraînement spartiate qui
commence chaque matin à 5h.
Et sa vie privée? Il y a Tiger le philanthrope, dont la
fondation amasse des millions chaque année pour les
oeuvres de charité. Il y a Tiger le patriote
apolitique, aussi à l’aise avec les républicains
que les démocrates. Et il y a Tiger l’homme de famille.
Avec une femme iconique – Elin, Suédoise et ancienne
babysitter de ses amis. On imaginait ainsi sa journée
typique : suer au gym, manger ses protéines, embrasser
ses deux enfants et faire l’amour à sa femme,
tendrement.
Mais c’était la façade. Tiger a toujours
affiché une discrétion maniaque. Comme d’autres
collègues, dans les conférences de presse, je
n’avais jamais l’impression de savoir ce qui se cachait
derrière la façade. Comme diraient les
béhavioristes, sa tête ressemblait à une
boîte noire. Impossible d’en connaître le contenu.
Impossible jusqu’à cet accident de voiture survenu
à 2h25 du matin vendredi dernier. Depuis, on
découvre un peu le contenu de la boîte noire.
Surprise: c’est un homme.
En août dernier au Championnat de la PGA, la renversante
victoire de Y.E. Yang avait détruit l’image du golfeur
infaillible. Ses aventures détruisent maintenant
l’image du citoyen parfait.
Dans trois semaines, Tiger n’aura plus l’âge de
Jésus. À l’aube de ses 34 ans, il prouve que
contrairement à ce que lui répétait son
père, il n’est pas un deuxième messie.
Quelqu’un, quelque part, s’en étonne peut-être.
JEUX OLYMPIQUES Au Canada de se démarquer, dit
Marcel Aubut
QUÉBEC
d’abord démontrer qu’il peut se démarquer avec
succès dans des grands événements de
deuxième catégorie avant de plonger une nouvelle
fois dans l’aventure olympique estivale. « À mon
avis, si nous sommes gagnants lorsqu’on organise des
activités comme ce soir, des Coupes du monde, des grands
événements, ils (les autorités olympiques)
vont dire: voilà une population qui livre», a-t-il
estimé.
PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA
PRESSE CANADIENNE
Le président du Comité
olympique canadien, Marcel Aubut, a parcouru hier les
300mètres du relais de la flamme olympique sur la
Grande-Allée, à Québec.
En ce sens, les Jeux panaméricains qui seront tenus
à Toronto en 2015 pourraient servir de carte de visite
pour la suite des choses. « Je pense qu’après, on
va mettre la main à la tâche pour 2022 », a
dit M. Aubut, faisant allusion à la volonté de la
ville de Québec d’accueillir, cette
année-là, les Jeux olympiques d’hiver.
Les Jeux de Vancouver en 2010 seront les troisièmes de
l’histoire à être présentés en sol
canadien après ceux de Montréal et ceux de Calgary
en 1988. Les deux derniers auront été des
rendez-vous hivernaux, nettement moins ambitieux que ceux
d’été.
Mais que ce
soit pour les Jeux d’hiver ou pour les Jeux
d’été, la concurrence mondiale est de plus en
plus féroce, a indiqué M. Aubut.
« Les Jeux olympiques sont devenus tellement gros. Les
anneaux sont la marque de commerce la plus connue dans le
monde et tous les pays désirent les afficher. Avec la
fin du communisme, plusieurs pays sont devenus des
compétiteurs pour se vendre au monde entier »,
a-t-il analysé.
Pour nombre de nations, surtout émergentes, les Jeux
sont aujourd’hui la seule façon de « se mettre
sur la map » ou de se présenter sous un jour plus
favorable, a poursuivi le président du Comité
olympique canadien.
« C’est le seul moyen qui existe pour dire au monde
entier qu’on existe Pourquoi la Chine a-t-elle fait tant
d’efforts ? Pourquoi Rio veut dire au monde entier qu’il est
faux de prétendre qu’il y a autant de
criminalité et de pauvreté qu’on le croit?
» a-t-il lancé.
UN CHOIX HISTORIQUE ET AUDACIEUX - Daphné
Cameron
Le suspense a
pris fin hier : c’est Rio de Janeiro qui accueillera les Jeux
olympiques de 2016, devenant ainsi le premier pays
d’Amérique du Sud à organiser la grand-messe
mondiale du sport. Le déplacement de Barack Obama
à Copenhague n’aura pas suffi à faire pencher la
balance en faveur de Chicago, où la déception se
lisait sur les visages, hier. Un choix qui a surtout
été un jeu de coulisses et une affaire de gros
sous, explique Jean-François Bégin. Et qui met
maintenant le Brésil face à d’immenses
défis à relever.
La flamme olympique brillera sous le soleil brésilien
en 2016. Rio de Janeiro a remporté hier le titre de
ville hôtesse des 31es Jeux olympiques
d’été, devant Chicago, Madrid et Tokyo. Une
décision historique et audacieuse en faveur de la
métropole en proie à de graves problèmes
de pauvreté et de criminalité.
PHOTO VANDERLEI ALMEIDA,
AGENCE FRANCE-PRESSE
Réunis à Copenhague, les
délégués du Comité international
olympique (CIO) ont préféré la capitale
de la samba et du carnaval à la ville de Madrid, en
votant à 66 voix en sa faveur contre 32 pour la
cité espagnole au troisième tour du scrutin. Ce
sera la première fois dans l’histoire qu’une ville de
l’Amérique du Sud accueillera les olympiades.
L a v ic toi re du Brési l a retenti jusque sur la
plage de Copacabana hier après-midi, où
près de 50 000 personnes ont explosé de joie
lors de l’annonce de la ville gagnante. Les habitants de la
ville «maravilhosa» se sont
trémoussés sous une pluie de confettis et dans
une ambiance de carnaval. Une immense banderole avec une image
de l’emblématique statue du Christ rédempteur et
les mots «Rio loves you» a été
déployée par les manifestants.
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da
Silva, peinait à retenir ses larmes de joie
après l’annonce du verdict.
« J’ai 63 ans, j’ai vu beaucoup de choses dans ma vie et
je pensais que je ne pourrais jamais devenir émotif,
mais là, j e pleure plus que toute autre personne
présente. C’est le jour le plus émouvant de ma
vie », a-t-il confié en essuyant ses larmes lors
de la conférence de presse qui a suivi l’annonce de la
victoire à Copenhague.
«Je voudrais dire à mon ami le premier ministre
espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, à Barack Obama,
en qui je fonde de grands espoirs, et au premier ministre
japonais que je suis désolé d’être heureux
quand ils sont tristes, mais qu’ils ont été par
le passé si souvent heureux lorsque nous étions
tristes», a poursuivi le chef d’État.
Le président du Comité i nter nat iona l oly
mpique (CIO), Jacques Rogge, a quant à lui avoué
que l’idée d’allouer au Brésil les premiers Jeux
olympiques sud-américains avait fait pencher la balance
en faveur de Rio.
« Le CIO a choisi une candidature très forte avec
la superbe valeur ajoutée apportée par le fait
de donner les Jeux pour la première fois à un
continent. »
Défi de taille
L’organisation
des Jeux olympiques dans la métropole de 13 millions
d’habitants risque toutefois d’être un pari ambitieux.
Selon le plan présenté par les dirigeants
brésiliens, plus du tiers du budget de Rio, soit
environ 5 milliards de dollars, sera consacré à
améliorer le système de transport,
réputé chaotique. Au cours des sept prochaines
années, environ 14 milliards de dollars seront
dégagés pour améliorer la vie quotidienne
des citadins et Rio doublera sa capacité
hôtelière.
« Avec la Coupe du monde de soccer qui s’en vient en
2014 et les Jeux olympiques en 2016, j’ai du mal à
imaginer comment une mégapole comme Rio de Janeiro, qui
possède des problèmes inhérents de
démographie, d’urbanisme et de criminalité, va
être en mesure de faire le doublé et d’injecter
autant d’argent en si peu de temps », a noté
l’auteur et spécialiste des questions olympiques Paul
Ohl.
«De 10% à 15% de la population vit dans les
favelas. Il va devoir y avoir une réorganisation
complète de l’espace urbain, un nettoyage monstre de
cette cité. C’est un choix très audacieux
», a-t-il poursuivi.
Malgré sa grande joie, le président
brésilien a reconnu les nouvelles
responsabilités qui incombent à son pays.
« Je n’ai pas peur des responsabilités. Je pense
que tous les jours, les êtres humains devraient
affronter de nouveaux défis. »
« C’est une belle occasion pour le CIO de montrer que
les Jeux sont universels », croit pour sa part le
directeur du Centre de recherche sur le sport dans la
société canadienne de l’Université
d’Ottawa, Jean Harvey.
« Dans les 10 ou 15 dernières années, il a
souvent été accusé du fait que seules les
grandes puissances pouvaient s’offrir des Jeu x, à
cause du coût inhérent et des risques financiers
qui y sont liés. Dans le contexte actuel, le c hoi x d
’u ne pu issa nce émergente comme le Brésil
devient intéressant. »
À la surprise de plusieurs, la candidature de Chicago a
été éliminée dès le premier
tour, et ce, malgré le fait que le président
Barack Obama se soit rendu à Copenhague pour
défendre sa candidature.
« Je pense que cela démont re, ma lg ré le
c a pit a l de sympathie envers Obama, à quel point les
États-Unis sont impopulaires en ce moment »,
affirme Paul Ohl.
«C’est une nation en guerre. Les
délégués qui représentent les pays
moyen-orientaux et les pays arabes ont probablement
voté en bloc contre la candidature de Chicago. Par
ailleurs, le vote latino-américain, qui
représentait quand même neuf voix, est
évidemment allé à Rio et l’on croit
entendre un peu partout dans les milieux politiques que da
Silva est parvenu à convaincre les 15 membres
représentant les pays africains. Je pense que le CIO
voulait marquer l’histoire, et il l’a fait. C’est un risque,
mais un beau risque.»
Une douche froide tombe sur Chicago
- Éric Clément
CHICAGO — L’a
n nonce à Copenhague de l’élimination de la ca
ndidatu re de Chicago dès le premier tour de scrutin a
été accueillie dans la consternation, hier
matin, dans la métropole de l’ Illinois.
Les
mines étaient basses, hier, à Chicago,
après que le président du CIO eut
annoncé que la ville était la première
des quatre finalistes à être
éliminée.
Plusieu rs cent a i nes de personnes s’étaient
réunies dès 9 h près du Daley Plaza
Center, au coi n des r ues Washington et LaSalle, dans le
centre-ville. Sur la petite place où des écrans
géants ava ient été i n st a l lés
, des drapeaux, des oriflammes et des t-shirts « I Back
The Bid, Chicago 2016 » donnaient aux lieux une ambiance
bon enfant.
Mais à 10 h 25, une véritable douche froide est
tombée su r l’a ssist a nce qua nd le président
du Comité international olympique, Jacques Rogge, est
appa ru sur les écrans et a annoncé
qu’après un premier tour de scrutin, la v i l le de C h
ic ago ava it obtenu le moins de suffrages et était
donc éliminée.
On au ra it entendu u ne mouche voler sous les écrans
de télévision. Les personnes rassemblées
ont commencé lentement à quitter les lieux ; d
’au t r e s s o n t d e m e u r é e s im mobiles face
à l ’é c r a n , consternées.
« C’est sûr qu’on est déçus, a dit
Diana, vêtue d’orange, la couleur de la candidature de
Chicago. On ne pensait pas être éliminés
si tôt. »
« Je
suis abasourdi, a dit de son côté le pasteur
Joseph C. Kyles, qui avait eu accès à la zone
VIP. Chicago avait travaillé très fort pour
cette candidature. Je pense que les gens de Chicago peuvent
être fiers des efforts qu’ils ont faits. Je ne sais pas
si on aurait pu faire mieux. »
Pou r l ’ h o m m e d ’a f f a i - res Scott Bru ner, Chicago
ne dev ra it pa s se décourager et penser à
poser sa candidature pour les Jeux de 2020. «
C’était une première ex périence pou r
notre comité, a-t-il dit. Si le maire Richard Daley
peut prend re la mesu re de cet échec et rebondir,
pourquoi pas ? Ca r je pense que la ville de Chicago a tous
les atouts pour accueillir cette manifestation. »
C ’est aussi l’av is d ’A ndrew Baskin, qui retournait
à son travail, ses pancartes « C h ic ago 2 016
» sou s le bras. « C’était une
première pour Chicago, a-t-il dit. Cela nous donne de
l’expérience e t ce n ’e st pa s la fi n du monde.
»
Quelques Québécois en vacances à Chicago
étaient au ssi su r les l ieu x . P ou r l’avocate
Françoise Provost, cet échec de Chicago peut
être aussi perçu comme celui du président
Barak Obama, qui s’était fortement engagé
(« peut-être un peu trop », selon elle) en
faveur de la candidature de Chicago, se rendant même
à Copenhague avec sa femme.
Des républica i ns ont d’ailleurs critiqué le
président quant à cet engagement, remetta nt en
question ses priorités, peut-on lire dans la livraison
d’hier du Chicago Tribune.
Dans le même quotidien, on a fait remarquer que la
candidature de Chicago comportait des aspects négatifs
propres à lui nuire : le fait que les garanties
financières avaient créé une controverse
pendant des mois; le soutien très modéré
de la population; le fait que les ÉtatsUnis ont
déjà accueilli huit fois les Jeux olympiques, et
même le fait que la Ville de Chicago a un lourd bilan de
« corruption publique ».
Aujourd’hui Rio, demain l’Afrique? - JEAN-FRANÇOIS
BÉGIN
Loi n de moi
l’idée de diminuer la valeur de la belle et
réjouissante victoire de Rio de Janeiro. Mais se
pourrait-il que derrière le triomphe brésilien,
et surtout l’étonnante défaite au premier tour
de Chicago, se cache une banale affaire d’argent ?
Les voies du Comité international olympique, c’est bien
connu, sont impénétrables. Ses membres
choisissent les villes olympiques par vote secret, au terme
d’un processus censé refléter une
évaluation objective des candidates à
l’obtention des Jeux olympiques.
Mais dans les faits, le résultat dépend bien
davantage de complexes jeux de coulisses que de la valeur
intrinsèque de chaque dossier. D’autant plus qu’au
fond, toutes les villes qui atteignent la phase finale de
sélection sont techniquement capables d’organiser les
Jeux.
Impossible, donc, de dire avec certitude ce qui s’est
passé dans la tête des membres du CIO qui se sont
exprimés hier à Copenhague. Mais il est
difficile d’échapper à l’impression que Chicago,
pourtant forte de l’appui du couple présidentiel
américain, a payé le prix du contentieux
économique qui oppose depuis plusieurs années le
CIO et le Comité olympique américain (USOC).
En vertu d’accords conclus il y a une vingtaine
d’années, l’USOC reçoit à lui seul 20%
des revenus de commandite engrangés par le CIO et
12,75% des droits de télévision – ce qui
représente des centaines de millions de dollars. Les
204 autres pays membres du mouvement olympique se partagent le
reste.
Cette répartition, qualifiée l’an dernier
d’« immorale » pa r le Néerla nda is Hei n
Verbruggen, président de l’Association des
fédérations de sports d’été et
membre influent du CIO, a été
négociée à l’époque où la
quasi-totalité des revenus commerciaux du CIO
provenaient des États-Unis. Ce n’est plus le cas
aujourd’hui.
Jusqu’ici, l’USOC, dont le leadership a changé à
plusieurs reprises ces dernières années, est
resté sourd aux demandes du CIO. Une trêve a
toutefois été décrétée plus
tôt cette année et les négociations entre
les deux camps ne reprendront pas avant 2013, tandis que les
Américains ont mis sur la glace un projet de
chaîne télévisée olympique qui
irritait au plus haut point les bonzes du CIO.
Mais,
à l’évidence, cette trêve n’a pas
empêché le CIO de profiter du choix de la ville
hôtesse des Jeux de 2016 pour passer un message clair
aux États-Unis : « Vous voulez vraiment les
Jeux ? Alors commencez donc par négocier
sérieusement avec nous. »
Au CIO peut-être encore plus qu’ailleurs, l’argent est
le nerf de la guerre. Et tant pis si ça se traduit
par un pied de nez à Barack Obama, qui avait fait un
allerretour éclair au-dessus de l’Atlantique à
bord d’Air Force One pour s’adresser aux
délégués – et qui devra maintenant
encaisser son lot de critiques pour un échec qui
n’est pas le sien.
Il ne fait par ailleurs aucun doute que les efforts du
comité de candidature brésilien et du
président Luiz Inacio Lula da Silva pour
séduire les membres du CIO originaires de pays en
voie de développement, et notamment le bloc de 15
délégués africains, ont porté
des fruits.
Le choix de Rio, qui sera la première ville du
continent sudaméricain à accueillir la
grandmesse olympique, permet au CIO d’être
fidèle à sa volonté affichée
d’universalisme. Il lance un signal d’ouverture à un
continent de 180 millions d’habitants et à un pays,
le Brésil, qui s’est hissé parmi les 10 plus
grandes puissances économiques de la planète
(la seule à ne pas encore avoir
présenté les Jeux, a bien pris soin de
rappeler le président Lula dans son discours au CIO,
hier).
Rio de Janeiro a organisé avec succès les Jeux
panaméricains, en 2007. Et le Brésil a
convaincu la FIFA de lui confier la présentation de
la Coupe du monde de soccer en 2014. Le CIO
commençait donc à manquer d’excuses pour
continuer à snober le pays de Pelé.
Rio devra bien sûr relever d’énormes
défis, à commencer par celui de la
sécurité, difficile à garantir avec
certitude dans une ville où de 10 à 15% des 13
millions d’habitants vivent dans des favelas dominées
par les gangs. Les transports entre les quatre sites
olympiques envisagés par le comité de
candidature soulèvent aussi des interrogations dans
une ville à la topographie aussi particulière
que celle de Rio.
Mais il est difficile de ne pas être d’accord avec
Lula quand il dit que le moment était venu de «
mettre fin au déséquilibre » qui a
historiquement favorisé l’Europe, l’Amérique
du Nord et l’Asie et «d’allumer la vasque olympique
dans un pays tropical ».
L’A
frique devient maintenant l’ultime frontière du CIO.
À en juger par le résultat d’hier, il n’en
tient sans doute qu’à l’Afrique du Sud de faire un
succès de la Coupe du monde de soccer, qu’elle
présentera l’été prochain, pour avoir
sa chance à son tour.
Obama et Lula en pleine surenchère
- Jean-François Bégin
Tony Blair ne
pouvait pas s’en douter à l’époque, mais il a
ouvert la porte à une surenchère politique de
dimension proprement... olympique.
PHOTO ODD ANDERSEN,
ASSOCIATED PRESS
Le scrutin d’aujourd’hui oppose les
villes de Chicago, Rio de Janeiro, Tokyo et Madrid. Et il
promet d’être serré.
Il y a quatre ans, l’ancien premier ministre britannique a
joué un rôle crucial dans la victoire à
l’arraché de Londres aux dépens de Paris dans la
course aux Jeux d’été de 2012.
L’espace de 48 heures frénétiques, dans une
suite d’un hôtel chic de Singapour, sa femme Cherie et
lui avaient rencontré individuellement des dizaines de
membres du Comité international olympique, dans un
ultime effort de séduction au profit de la candidature
londonienne.
Au même moment, le président français
Jacques Chirac, resté en Europe, se moquait des
Britanniques. « On ne peut pas faire confiance à
des gens qui cuisinent aussi mal », avait-il dit.
Quand Chirac s’était finalement pointé à
Singapour, le jour du vote, il était trop tard. Le
travail de sape de Blair avait fait son oeuvre: Londres l’a
emporté au quatrième tour de scrutin,
récoltant 54 votes contre 50 pour Paris, pourtant
grande favorite.
Les chefs d’État ont tiré les leçons qui
s’imposent. Deux ans plus tard, la ville russe de Sochi – une
station balnéaire de la mer Noire où poussent
les palmiers! – a obtenu les Jeux d’hiver de 2014 en grande
partie grâce au lobbyisme intensif de Vladimir Poutine.
C’est ce qui explique la présence de Barack Obama
à Copenhague, où le CIO choisit aujourd’hui la
ville hôtesse des Jeux d’été de 2016.
Faisant fi d’un horaire déjà très
chargé – la réforme de l’assurance santé
et les négociations sur le programme nucléaire
iranien, notamment –, le président américain
doit arriver ce matin dans la capitale danoise, deux jours
après sa femme Michelle, afin de participer à la
présentation de la candidature de Chicago devant les
106 membres du CIO.
Le vote oppose
Chicago à Rio de Janeiro, Tokyo et Madrid. Et il promet
d’être ser ré. L’éloquence d’Obama ne sera
pas de trop pour la délégation
américaine. «Le fait qu’Obama se rende à
Copenhague va beaucoup a ider C h ic ago, pense le chef de la
direction du Comité olympique canadien (COC), Chris
Rudge. La candidature aurait souffert de son absence. Cela
aurait donné l’impression que les dirigeants
américains tenaient la victoire pour acquise.»
L’ancien aspirant républicain à la
présidence Mitt Romney, chargé de l’organisation
des Jeux d’hiver de Salt Lake City, en 2002, estime pour sa
part que « la présence (d’Obama) rend presque
certaine la victoire de Chicago ».
R i e n n ’e s t m o i n s s û r . Certes, la
présence du roi Juan Carlos d’Espagne et du premier
ministre japonais Yukio H atoya ma ne dev ra it pas
empêcher Madrid et Tokyo d’être rapidement
écartées de la course, victimes notamment du
principe officieux de la rotation continentale et de la
proximité dans le temps des Jeux de Pékin (2008)
et de Londres (2012). Mais Rio, par contre, promet
d’être un adversaire de taille.
La ville du célèbre Carnaval profite elle aussi
du soutien d’un politicien charismatique: le président
Luiz Inacio Lula da Silva est à Copenhague depuis
mercredi et a rencontré personnellement plusieurs
membres du CIO. «Organiser les Jeux ne devrait pas
être le privilège exclusif des pays riches, a dit
le leader brésilien lors de son passage aux Nations
unies, la semaine dernière. Pour les autres pays, ce
sont des Jeux olympiques comme tant d’autres. Pour le
Brésil, c’est l’occasion de réaffirmer notre
identité comme peuple et comme pays.»
Évidemment, les lobbyistes de ses trois rivales ne
manquent pas de souligner les problèmes de
sécurité de Rio (plus de 2000 meurtres par
année). Ce à quoi les Brésiliens
rétorquent, à juste titre, qu’aucun pépin
n’y a entaché les Jeux panaméricains, en 2007,
et que la FIFA n’a pas hésité à leur
confier l’organisation de la Coupe du monde de soccer de 2014.
Vieux routier du COC et des coulisses du sport international,
le Montréalais Walter Sieber croit que Rio va
l’emporter. « Une bonne partie des membres du CIO seront
portés à choisir Rio pour ainsi mondialiser les
Jeux d’été en les offrant à
l’Amérique du Sud, le seul continent avec l’Afrique qui
ne les a jamais reçus », dit-il. Ce n’est pas
pour rien que Lula a courtisé activement les votes des
15 membres africains du CIO – qui pourraient, cela dit,
être sensibles au plaidoyer d’Obama, premier
président noir des États-Unis.
Chicago a plusieurs atouts dans son jeu, dont le fait que les
revenus de droits de télé et de commandite
engrangés par le CIO seront nettement plus
élevés si les Jeux ont lieu aux
États-Unis. Mais l’histoire pourrait jouer contre la
candidature américaine. « Ni Los Angeles (1984)
ni Atlanta (1996) ne resteront dans les annales comme des Jeux
bien organisés, rappelle M. Sieber. À cela il
faut ajouter le scandale (d’achat de votes) des Jeux de Salt
Lake City. Beaucoup de membres n’ont pas oublié ces
heures très sombres pour le CIO.» Sans parler que
certains délégués ne digèrent pas
la répartition des droits de télé du CIO,
qu’ils jugent exagérément favorable aux
États-Unis.
D’où l’i mpor ta nce pou r Chicago de la
présence d’un orateur aussi redoutable qu’Obama. Mais
le charisme ne suffit pas toujours, quoi que puisse
suggérer l’exemple de Tony Blair. Souvenons-nous qu’il
y a 12 ans, un politicien au faîte de sa
popularité avait échoué dans sa tentative
d’attirer les Jeux de 2004 dans son pays. Il s’appelait Nelson
Mandela...
LES DIRIGEANTS DES PAYS EN LICE JOUENT LE TOUT POUR LE TOUT
- Catherine Handfield
CHICAGO, RIO
DE JANEIRO, MADRID, TOKYO. UNE DE CES MÉTROPOLES
ACCUEILLERA LES JEUX OLYMPIQUES DE 2016. À LA VEILLE
DE L’ÉLECTION DE LA VILLE HÔTESSE, LES
DIRIGEANTS DES QUATRE PAYS EN LICE ONT SORTI LES GRANDS
MOYENS, HIER, POUR ARRIVER À LEURS FINS.
Le suspense s’achève. C’est aujourd’hui que les 106
membres du Comité international olympique (CIO)
choisiront la ville organisatrice des Jeux
d’été de 2016. Ils sont tous réunis
à Copenhague, au Danemark, pour voter après
avoir entendu les présentations des quatre
candidates.
Si Rio de Janeiro et Chicago sont considérées
par plusieurs comme les favorites aux dépens de
Madrid et Tokyo, rien n’est encore joué, estime le
vice-président du CIO, Chiharu Igaya, qui a
confié cette semaine que les quatre villes
étaient à égalité.
L’élection sera « l’une des plus serrées
de l’histoire », selon le président du CIO,
Jacques Rogge.
Plusieurs membres du CIO ont affirmé ces jours-ci ne
pas avoir encore arrêté leur choix. Les heures
précédant le vote seront donc cruciales. Et
les hauts dirigeants américain, brésilien,
espagnol et japonais en sont bien conscients.
Le président des États-Unis, Barack Obama, a
pris le chemin de Copenhague hier soir pour tâcher en
quelques heures d’emporter l’adhésion du CIO. M.Obama
sera à pied d’oeuvre juste à temps pour
plaider la cause de sa ville d’adoption devant les membres
électeurs.
Il sera aux côtés de son épouse
Michelle, arrivée dès mercredi pour mener un
lobbying intensif en faveur de Chicago, la ville où
elle est née. La première dame, qui est
accompagnée de la célèbre animatrice
Oprah Winfrey, a reçu des membres du CIO dans sa
suite hôtelière, hier.
Mme Obama devait initialement faire le voyage en solo, mais
puisque le vote s’annonce serré, le président
a bousculé son emploi du temps pour faire un
aller-retour express. Les Obama doivent quand même
rencontrer la reine Marghrete et le prince consort Henrik,
et le premier ministre Lars Loekke Rasmussen.
Le
président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva,
arrivé à Copenhague mercredi, a lui
aussi rencontré des membres du CIO. Hier, pendant son
discours, il a clamé un «Oui, nous
pouvons» en portugais, en écho au
célèbre « Yes we can» de Barack
Obama. Lula base son argumentaire sur la
légitimité de son pays à organiser les
premiers Jeux olympiques de l’histoire en Amérique du
Sud. «J’ai 63 ans et jamais je n’ai vécu un
moment où le Brésil était dans une
telle santé économique, où les
Brésiliens avaient autant confiance en eux. Nous
allons changer les bidonvilles en banlieues, changer nos
mentalités, donner une chance à la jeunesse et
les Jeux seront un accélérateur», a
déclaré le président brésilien,
hier. Le premier ministre espagnol, José Luis
Zapatero, s’est dit «confiant» que la
candidature de Madrid soit retenue, bien que ses chances
soient plus minces. Lui aussi à Copenhague, il a
discuté avec une cinquantaine de votants pour «
connaître leurs préoccupations».
Après avoir été longtemps favorite,
Tokyo a une nouvelle fois fourbi ses meilleures armes:
«Nous pouvons garantir une sécurité fina
ncière totale dans des temps financièrement
difficiles et nous avons déjà 4 milliards de
dollars en banque », a rappelé Ichiro Kono,
patron de la candidature. «Nos Jeux seront un
spectacle montrant au monde comment résoudre ses
problèmes », at-il ajouté, rappelant que
le « solide » projet nippon était le
« plus respectueux en ce qui concerne
l’environnement».
Le déroulement du vote
Apogée de plusieurs années de campagne, dont
18 mois intensifs depuis la publication par le CIO de la
liste des finalistes, la journée de l’élection
de la ville organisatrice des Jeux olympiques de 2016 sera
ouverte par l’arrivée de Barack Obama.
Les délégations de Chicago, Tokyo, Rio de
Janeiro et Madrid feront tour à tour une
présentation de 45 minutes devant les 106 membres du
CIO réunis à Copenhague. Le vote a lieu
à huis clos et à bulletins secrets grâce
à des boîtiers électroniques. Si,
après le premier tour, aucune ville n’obtient la
majorité absolue, celle qui recueille le plus faible
nombre de voix est éliminée. On
procédera à un deuxième tour et, si
nécessaire, à un troisième.
Le nom de la grande élue sera annoncé en
soirée par le président du CIO, Jacques Rogge,
qui aura pu auparavant décider de voter en cas
d’égalité au dernier tour. Le résultat
sera connu entre 18h30 et 19h, heure locale (12h30 et 13h
à Montréal).
Ecclestone exige de ne pas payer d’impôt
- Denis Lessard
Retour
possible du Grand Prix du Canada
l’an prochain
Le fameux «problème technique»
qu’évoquent sans vouloir le préciser les
élus à Montréal et à
Québec, l’embûche qui empêche encore
d’officialiser le retour du Grand Prix l’an prochain est bien
simple, mais politiquement embarrassante, a-t-on
indiqué à La Presse.
M.
Ecclestone exige que Revenu Canada précise par
écrit les dispositions qui l’exempteront de
l’impôt fédéral. Voilà le fameux
« problème technique »
évoqué par des élus à
Montréal et à Québec et qui
empêche encore d’annoncer officiellement le retour du
Grand Prix l’an prochain.
Revenu Canada ne veut pas donner par écrit au promoteur
britannique les assurances qu’il exige. Le pépin a
déclenché un voyant rouge la semaine
dernière au cabinet de Jacques Paradis, le lieutenant
québécois de Stephen Harper. On a frappé
à la porte du cabinet de Jean-Pierre Blackburn,
responsable de Revenu Canada qui a l’épineux dossier
entre les mains – une rencontre avec les fonctionnaires doit
avoir lieu aujourd’hui ou demain. La politique devra sauter
sur le terrain miné des règles fiscales pour que
le Grand Prix ait lieu.
Selon nos informations, M. Ecclestone exige que Revenu Canada
précise par écrit les dispositions qui
l’exempteront de l’impôt fédéral – un peu
moins de 10%. Jusqu’ici, les manifestations sportives ne
payaient pas d’impôt sur ces transferts gouvernementaux,
mais ces règles n’étaient pas
édictées noir sur blanc, comme l’exige le grand
manitou de la F1. Il tient surtout à ce que ces
principes soient établis pour tenir compte du fait que
sa firme n’est pas canadienne – Formula One Management est une
société britannique.
La structure de la transaction est importante pour Ecclestone,
qui agira à titre de promoteur du Grand Prix. «La
structure d’accueil pour recevoir les sommes des trois
gouvernements nécessite encore du travail, a
résumé une source proche de ces tractations.
Ecclestone cherche une façon "optimale" pour lui de
recevoir ces subventions au Canada.»
«Optimale» signifie qu’il ne veut pas payer de
l’impôt ici, confirme-t-on, «il QUÉBEC — Le
grand patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone, veut
être certain de ne pas payer un sous d’impôt au
Canada, même si Québec, Ottawa et Montréal
lui verseront 75 millions en subventions sur une
période de cinq ans. doit payer de l’impôt de
toute façon en Grande-Bretagne». La somme de la
subvention des trois ordres de gouvernement n’est plus un
problème – il s’agit de 75 millions de fonds publics
sur cinq ans –, c’est son traitement fiscal, à Revenu
Canada, qui reste à définir.
Le temps commence à presser pour l’administration
Tremblay, qui tient à ce que la confirmation de la
tenue du Grand Prix puisse se faire avant les élections
du 1er novembre.
Vendredi dernier, le ministre Bachand a souligné
à La Presse qu’il «y a toujours des
éléments compliqués entre une entente de
principe, qui est faite avec M. Ecclestone, quand les avocats
mettent ça sur papier… Il y a des problèmes qui
parfois surgissent», a-t-il dit.
La semaine
dernière, Bernie Ecclestone avait poussé
l’audace jusqu’à menacer Montréal, du Japon
où il se trouvait, avec un ultimatum transmis haut et
fort, mais sans explication. Le baron de la F1 avait
simplement soutenu que «quand je reviendrai du Japon
(cette semaine), j’aurai besoin des réponses finales
à toutes nos questions. Si je ne les ai pas, il n’y
aura pas de Grand Prix à Montréal ».
Vendredi, M. Bachand s’est dit malgré tout
«confiant que la course aurait lieu à
Montréal ».
M. Ecclestone avait mis fin à l’entente pour le Grand
Prix du Canada à l’automne 2008,
préférant miser sur des épreuves dans
d’autres parties du globe, en Turquie notamment, des courses
qui se sont révélées des fiascos. Il
tente de réparer les pots cassés avec le Canada
depuis le printemps dernier : un Grand Prix à
Montréal est tout à coup réapparu au
calendrier de 2010, pour le 13 juin.
L e s gouver ne ment s du Québec et du Canada ainsi que
la Ville de Montréal ont repris les discussions depuis.
Une des premières étapes franchies par les
gouvernements aura été de faire une revue
majeure des études sur les retombées de cette
manifestation annuelle pour le Québec et la
métropole; l’augmentation des recettes
anticipées justifiera la décision des
élus de plonger la main dans les fonds publics pour
accommoder M. Ecclestone.
Il s’agit d’un gain évident pour les trois ordres de
gouvernement. Il faut signaler qu’ils ont obtenu
qu’Ecclestone, ou le promoteur qu’il mettra sur pied, assume
le risque financier lié à la tenue du Grand
Prix. Si les recettes ne sont pas au rendezvous, le
Britannique aura à essuyer l’ardoise.
Selon nos sources, l’entente avec Bernie Ecclestone
prévoit des subventions totales de 75 millions sur cinq
ans. À eux trois, Québec, Ottawa et
Montréal investiront chaque année un peu plus de
10 millions – Tourisme Montréal fournira la
différence pour atteindre les 75 millions. La
contribution de Montréal sera faite, en partie, en
services – les coûts de sécurité, de
gestion de la circulation sur les voies d’accès au
circuit Gilles Villeneuve, par exemple.
Ainsi, on atténue l’impression que le Grand Prix
coûte cher au trésor public – mais, en fait,
Tourisme Montréal fonctionne aussi avec des fonds
publics alloués par les trois ordres de gouvernement.
Il y aura un mécanisme de redevances sur les places
vendues, de sorte que les gouvernements n’auront pas à
payer des sommes aussi importantes que les subventions
annoncées.
Bernie Ecclestone : « En 2010, on retournera au Canada
» - Éric Clément
PHOTOJASON REED, ARCHIVES REUTERS
Au dire du
gourou de la Formule 1, l’annonce officielle d’une entente
pourrait même se produire « d’ici à
quelques semaines ».
Le gourou britannique de la Formule 1, Bernie Ecclestone, a
claironné hier dans un magazine suisse que le Grand
Prix du Canada reviendra au circuit GillesVilleneuve en 2010.
De leur côté, Montréal, Québec et
Ottawa tempèrent ces propos.
Un fait est toutefois acquis : on est vraiment dans la
dernière ligne droite des négociations, à
quelques mètres d’un drapeau à damier qui
annoncerait le grand retour de la Formule 1 à
Montréal. « En 2010, on retournera au Canada, je
sais que tout le monde dans le milieu de la F1 aime ce Grand
Prix », a dit Bernie Ecclestone, un peu repentant, au
magazine suisse Motorsport Aktuell.
Le 23 juillet, La Presse a annoncé que le ministre
fédéral des Travaux publics, Christian Paradis,
le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, et
le maire de Montréal, Gérald Tremblay,
s’apprêtaient à faire une offre à Bernie
Ecclestone pour récupérer la course,
rayée du calendrier 2009-2010 en octobre dernier.
L’offre ressemble à celle du mois de novembre : c’est
moins que les ambitions de M. Ecclestone à ce
moment-là, mais assez bien ficelé pour qu’il
soit alléché par le nouveau montage financier,
compte tenu de circonstances qui ont changé en neuf
mois.
Si l ’ on en c roit le maga z i ne suisse, le président
de Formula One Administration Limited a bien accueilli
l’offre. M. Ecclestone a dit à Radio-Canada, hier, que
l’annonce officielle d’une entente pourrait même se
produire « d’ici à quelques semaines »
alors que Montréal sera en pleine campagne
électorale. M. Ecclestone a ajouté que le trio
et lui-même se sont « entendus
financièrement ». « L’entente de principe
prévoit que nous allons avoir un Grand Prix du Canada
pour les sept prochaines années », a-t-il dit.
Faut-il se réjouir ?
L’enthousiasme n’est pas au menu de ce côté-ci de
l’Atlantique. « Nous discutons avec nos partenaires et
M. Ecclestone, a dit à La Presse Bernard Larin,
attaché de presse du maire Tremblay. Il n’y a pas
d’entente. Nos discussions se font sur la base de notre
proposition de l’automne dernier, qui est une bonne
proposition pour Montréal et qui respecte la
capacité de payer des contribuables. »
L’administration Tremblay est donc prudente. « Nous
tenons à avoir le Grand Prix, mais pas à
n’importe quel prix, a dit le conseiller Marcel Tremblay,
responsable du parc JeanDrapeau. Trois ordres de gouvernement
discutent pour arriver à trouver la meilleure solution
pour ramener le Grand Prix à Montréal. »
Dans les mêmes mots, Ottawa cherche à
réduire les attentes. « La réalité,
c’est qu’aucune entente n’a été conclue, a dit
Mark Quinlan, porte-parole du ministre Christian Paradis,
responsable fédéral de la région de
Montréal. Des discussions sérieuses ont lieu.
Mais le ministre Paradis a toujours été
très clair dans ce dossier. Il a toujours dit qu’il
souhaitait que le Grand Prix soit à Montréal,
mais pas à n’importe quel prix. »
Le gouvernement Charest ne sable pas non plus le champagne.
« Les discussions se poursuivent et vont bon train.
Ça se présente bien, mais ce n’est pas
bouclé », dit Catherine Poulin, attachée
de presse de Raymond Bachand.
Mme Poulin
confirme que, au cours des dernières semaines, Ottawa,
Québec et Montréal ont soumis au patron de la F1
une proposition de 15 millions par an pour cinq ans, comme La
Presse l’a indiqué le 23 juillet. Cela dit, les
chiffres pourraient avoir changé au cours des
négociations.
Catherine Poulin refuse de commenter l’hypothèse selon
laquelle Bernie Ecclestone a fait ces déclarations afin
de gonfler les attentes des Montréalais et d’augmenter
un peu la pression sur les trois ordres de gouvernement.
Une saison insatisfaisante
Selon nos sources, l’ex-ministre Michael Fortier, qui
représente le trio canadien, négocie
serré avec Bernie Ecclestone. C’est son mandat :
convaincre M. Ecclestone d’être raisonnable et de
reconnaître que Montréal est une vraie ville de
Formule 1. Aux plans de la popularité, de la
visibilité et des ressources financières, la
saison 2009-2010 n’a pas satisfait à 100% Bernie
Ecclestone. Ni les constructeurs. Le marché
nord-américain représente beaucoup d’argent pour
les BMW, Honda ou Toyota. La Ville et les gouvernements ont
donc de bonnes cartes en main contre un joueur qui sait qu’il
a gaffé en supprimant l’épreuve de 2009.
Dans cette partie de poker, Michael Fortier fait donc une
offre diversifiée dont les éléments ont
franchement de quoi apaiser l’appétit d’un Bernie
Ecclestone finalement revenu sur Terre.
M. Ecclestone réclamait plus du double des 15 millions
qui sont actuellement sur la table. Mais, comme dans toute
entente financière, ce sont les annexes qui font la
différence. Les retombées économiques de
l’événement (75 millions) sont revues à
la hausse : les gouvernements, intéressés par
les revenus fiscaux, pourraient donc lâcher un peu de
lest et ajouter aux 15 millions les pleins revenus du Grand
Prix, soit sûrement autour de 30 millions en 2010.
Cela fait donc un total assuré de 45 millions par an
dans la besace d’Ecclestone. Ce n’est pas un gain net. Il y a,
bien sûr, les coûts d’organisation,
énormes. Mais comme Bernie Ecclestone sera le promoteur
de la course, il pourrait même être admissible
à une subvention pour créer l’organisation
locale de l’épreuve.
Par ailleurs, même le différend qui oppose
Ecclestone à l’ancien promoteur Normand Legault,
à l’origine de l’annulation du Grand Prix 2009 – le
Britannique réclame 12 millions à M. Legault –
pourrait se régler à l’amiable.
Et puis Montréal a des bonbons pour M. Ecclestone :
tous les services municipaux nécessaires à une
manifestation bien encadrée seront fournis
gratuitement, policiers et pompiers compris. Tout comme les l
ieux, d’ailleurs.
Les milieux d’affaires montréalais pourraient aussi
devoir faire leur part. Le maire Tremblay sera-t-il
tenté de recourir à une taxe sur les chambres
d’hôtel pour financer une partie du Grand Prix? La loi
22 le lui permet. Même dans une année
électorale. Il pourra y penser l’an prochain... si,
bien sûr, il est réélu le 1er novembre.
Mais si Bernie Ecclestone met assez d’eau dans son vin, ce ne
sera même pas nécessaire. Un bras de fer est en
cours.
Une lueur d’espoir pour les commerçants -
Louise Leduc
Le retour
probable du Grand Prix à Montréal vient
adoucir le méchant coup de blues qui déprime
le ToutMontréal touristique, f rappé de plein
fouet par la récession, la grippe A(H1N1), le temps
de chien, les visas imposés aux Mexicains, alouette.
Vivement le retour du Grand Prix, et en juin, autant que
possible!
PHOTO PATRICK
SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Le Grand Prix attire à
Montréal une clientèle fortunée, ne
serait-ce que si l’on considère les coureurs, comme
Rubens Barrichello et Jenson Button (notre photo).
Il est facile de voir l’impact de l’absence du Grand Prix
cette année, illustre Michel Archambault, titulaire
de la chaire de tourisme de l’École des sciences de
la gestion de l’UQAM. « Le revenu moyen par chambre
d’hôtel a diminué de 21% en juin 2009 par
rapport à juin 2008. Bien sûr, la
récession n’est pas étrangère à
tout cela, mais si l’on compare les mois de mai 2008 et
2009, la chute est beaucoup moins dramatique : la
différence est d’à peine 5%. »
Ce que cela veut dire, c’est que, lorsque le cirque de la F1
est en ville, les chambres à 400$ s’envolent
facilement, ce qui n’est pas le cas autrement.
« C’est vrai pour les hôtels et pour tous les
restaurants haut de gamme, mais pas uniquement, fait valoir
Alain Creton, propriétaire du restaurant Chez
Alexandre. Le Grand Prix fait déferler à
Montréal des gens très fortunés qui
achètent ici des montres à 15 000$ et des
oeuvres d’art dans des boutiques de luxe du
VieuxMontréal. Et c’est sans compter toute la
publicité achetée durant cette
semaine-là dans le métro et dans les
différents médias. »
La seule étude québécoise
réalisée sur les impacts économiques
duGrandPrix, à la demande de Tourisme
Montréal, remonte à 2001. À la
lumière de cette étude, Tourisme
Montréal estime que 60% des spectateurs du Grand Prix
viennent de l’extérieur de Montréal. Pas moins
de 90% d’entre eux viennent pour le week-end et, quand ils
viennent de l’extérieur de l’Amérique, ces
touristes passent en moyenne 7,3 jours ici. Des gens pas
pauvres du tout, ne serait-ce que si l’on considère
les 300 coureurs (qui participent aux différentes
épreuves au programme) et les 1000 employés
des écuries qui les accompagnent. Ensemble, tout ce
beau monde dépense de 75 à 100 millions
à Montréal et entraîne des
retombées fiscales « de 20 à 25 millions
», ajoute M. Archambault, de l’UQAM.
Juin, le
mois idéal
Ces gens ne font pas qu’acheter des objets de luxe et
fréquenter les établissements chic du
centre-ville... Selon Peter Sergakis, propriétaire de
deux bars de danseuses, juin a été pas mal
plus tranquille que d’habitude de ce
côté-là.
« À Montréal, quand on réussit
à recevoir 1500 congressistes, on est content, dit
à son tour Paul Arsenault, lui aussi de la chaire de
tourisme de l’UQAM. Le Grand Prix, c’était comme
recevoir 15 000 congressistes de l’extérieur du
Québec au bon moment. C’est d’ailleurs la grande
question à se poser maintenant: si le Grand Prix
revient, à quel moment reviendra-t-il? Juin, c’est
vraiment idéal. Il n’y a plus trop de congrès
à Montréal et l’été n’est pas
commencé. En septembre et en octobre, le tourisme
d’affaires bat son plein à Montréal. »
Pour M. Arsenault, hormis les Jeux olympiques ou la Coupe du
monde de soccer, rien ne vaut le Grand Prix. Mais n’est-il
pas un peu désolant de devoir s’en remettre toujours
aux mêmes « vieux »
événements ?
« Quand on lance une nouvelle manifestation, comme
Montréal en lumière, on n’est jamais sûr
qu’elle va survivre à ses cinq premières
années. Ensuite, il lui faut au moins 15 ans pour
atteindre une certaine notoriété. Alors
l’idée de faire disparaître des
activités comme le Grand Prix, ça ne tient pas
la route. »
Bien sûr, ça pollue, un Grand Prix; bien
sûr, ça fait du bruit. « Mais on a
nettement minimisé l’impact de sa disparition, croit
François Meunier, vice-président, affaires
publiques et gouvernementales de l’Association des
restaurateurs du Québec. Le Festival de jazz, c’est
bien, mais le Grand Prix amène à
Montréal un tout autre type de clients qui ne
viendrait pas autrement. »
Pour l’ambiance, pas pour vendre des
voitures - Éric LeFrançois
COLLABORATION
SPÉCIALE Il y a quelque chose d’assez ironique avec le
retour – hypothétique – de la Formule 1 à
Montréal. Cette annonce survient moins d’une semaine
après le retrait de l’écurie BMW, la seule qui a
publiquement souhaité (à Shanghai, en 2008) que
l’épreuve canadienne soit remise au calendrier pour
« assurer une présence en Amérique du Nord
». Les autres écuries regretteraient tout juste
l’absence de cette épreuve « toujours enlevante
où régnait une atmosphère festive
».
PHOTO MARWAN NAAMANI,
ARCHIVES AFP
Les constructeurs semblent
reconnaître implicitement qu’il est difficile, voire
impossible de quantifier les retombées commerciales
de leur engagement en F1.
Hormi s BMW, donc , les constructeurs reconnaissent ainsi
implicitement qu’il est difficile, voire impossible de
quantifier les retombées commerciales de leur
engagement en F1, d’autant plus que le transfert de
technologies est à peu près inexistant de nos
jours. Une victoire est sans conteste profitable à
l’image de marque, mais le vieil adage Win on Sunday, sell on
Monday ne tient plus. D’ailleurs, en F1, on parle de
performance, de vitesse. Or, le client veut entendre
plutôt parler de confort, de sécurité et
d’environnement. Il reste donc l’image. Si le client ne peut
établir de comparaison directe entre les performances
de sa voiture et celles d’une Formule 1, il est en droit de
penser que si un constructeur est capable de fabriquer la
meilleure monoplace, il est en mesure de réaliser la
voiture de série la plus performante et la plus fiable
qui soit. Et c’est là le meilleur transfert
d’idées que puissent aujourd’hui souhaiter les
constructeurs qui investissent en F1.
Les États-Unis, la véritable cible ?
L’objectif
qu’ont poursuivi Ecclestone et consorts dans les
dernières années était de se faire
remarquer sur les marchés à fortes perspectives
de croissance. D’où l’intérêt de Grands
Prix comme ceux de Bahreïn, de Turquie ou de Chine. Or,
si le Grand Prix du Canada revient au calendrier, Bernie
Ecclestone redonnera ainsi à la F1 une véritable
exposition internationale et la perspective de se produire
à guichets fermés.
Quant aux retombées directes pour les constructeurs,
elles sont à peu près nulles, les positions des
uns et des autres sont assez figées. Le marché
américain n’offre, lui non plus, aucune perspective de
réelle croissance. Cependant, il a plus d’attrait pour
un constructeur, avec quelque 15 millions de véhicules
neufs vendus, par rapport à 1,5 million au Canada.
Dès lors, Ecclestone préférerait faire
tourner ses F1 à New York plutôt qu’à
Montréal. D’autant plus que l’année prochaine
marque l’arrivée d’une écurie entièrement
américaine sur la grille de départ : USF1. Mais
d’ici à ce que ce projet se concrétise et que
les gradins se remplissent, à Montréal (et
à ses dollars) d’assurer le spectacle !
Les constructeurs aussi souhaitent le retour
duGrand Prix du Canada
Les
constructeurs automobiles associés à la Formule
1 souhaitent le retour du Grand Prix à Montréal
en 2010.
« La F1 n’est pas seulement une compétition
sportive, c’est un véhicule de marketing pour nos
produits. Nous aimerions utiliser ce véhicule de
marketing en Amérique du Nord, un marché
très important pour nous et probablement aussi pour nos
concurrents qui sont en F1 », dit Jochen Frey,
porteparole de BMW Canada, dont l’écurie BMW Sauber a
réalisé un doublé au dernier Grand Prix
du Canada en 2008. BMW Canada souhaite la présentation
de trois courses de F1 en Amérique du Nord, deux aux
ÉtatsUnis et une à Montréal.
Mercedes-Benz aimerait aussi que le grand cirque de la F1
revienne à Montréal l’an prochain. Hier, La
Presse a révélé que les trois ordres de
gouvernement (Montréal, Québec et Ottawa) feront
une offre d’aide financière de 15 millions de dollars
par année à Bernie Ecclestone – qui pourrait
empocher jusqu’à 30 millions de plus par année
à titre de promoteur de la course – afin de
présenter le Grand Prix du Canada à
Montréal de 2009 à 2013. « Le Canada et le
Québec sont des marchés-clés pour nous,
l’atmosphère est unique et nous avons gagné
trois fois à Montréal depuis 1999 », dit
Marcus Breitschwerdt, PDG de MercedesBenzCanada, qui fournit
des moteurs à trois des 10 écuries du
championnat de F1 cette année, dont l’écurie en
tête du championnat des constructeurs, Brawn-Mercedes.
Marchés
traditionnels délaissés
Plusieurs constructeurs s’inquiètent de voir la F1
délaisser les marchés traditionnels comme le
Canada, les États-Unis et la France au profit des
marchés émergents comme la Chine et Singapour et
des marchés de pétrodollars comme Bahreïn
et Abou Dhabi.
« Bernie Ecclestone obtient des droits de
présentation d’un Grand Prix plus élevés
dans ces pays, mais les constructeurs font des pressions afin
de revenir en Amérique du Nord et en Europe.
L’intérêt y est plus grand. Cette année,
les gradins étaient vides en Chine et en Turquie
», dit Caroline Reid, auteure de Formula Money, revue
britannique spécialisée sur les enjeux
économiques de la F1 publiée annuellement.
Ferrari et Toyota, qui participent à titre de
motoristes ou de propriétaires dans quatre
écuries de F1, n’ont pas rappelé La Presse.
Renault, BMW et Mercedes-Benz sont les autres constructeurs
automobiles associés à la F1.
Ottawa, Québec et Montréal vont faire une
offre à Bernie Ecclestone - Éric
Clément
Les trois
ordres de gouvernement reviennent à la charge dans le
dossier du Grand Prix du Canada. En tablant sur la
volonté de plusieurs constructeurs de revenir en
Amérique du Nord, ils proposeront un montage financier
de 15 millions par année pour cinq a
« La Ville peut offrir tous les services municipaux
nécessaires à l’organisation du Grand Prix. Le
maire veut que ce soit rentable pour toutes les parties
», a dit une source proche de l’administration Tremblay.
Le gouvernement canadien, le gouvernement duQuébec et
la Ville de Montréal vont bientôt annoncer une
nouvelle proposition financière au grand manitou de la
Formule 1, Bernie Ecclestone, afin de permettre le retour du
Grand Prix du Canada à Montréal pour un minimum
de cinq ans, voire de façon permanente.
PHOTO BERNARD BRAULT,
ARCHIVES LA PRESSE
a appris que les discussions entre les trois ordres de
La Presse gouvernement, en cours depuis huit mois en vue de
récupérer la course de Formule 1, ont beaucoup
progressé et qu’une annonce sera faite prochainement.
Ces échanges ont lieu à un très haut
niveau.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, le
ministre des Finances et ministre responsable de la
métropole, Raymond Bachand, et le ministre
fédéral des Travaux publics et responsable de la
région de Montréal, Christian Paradis, y
participent directement. Un homme d’affaires
québécois sert de lien privilégié
avec Bernie Ecclestone. Selon plusieurs sources, cet homme
d’affaires est l’ex-ministre conservateur Michael Fortier, que
La Presse n’a pu joindre.
L’entente entre les trois ordres de gouvernement est
pratiquement ficelée. Elle tient compte de nouvelles
considérations financières mais aussi de la
capacité de payer des trois gouvernements. Bernie
Ecclestone avait demandé plus de 30 millions par
année pour inscrire Montréal dans le calendrier
de la Formule 1.
« Irréaliste »
Le contrat qu’il proposait l’an dernier, accompagné
d’une double garantie gouvernementale et bancaire,
prévoyait que le Grand Prix du Canada fournirait 173,5
millions à l’entreprise de M. Ecclestone, Formula One
Administration Limited ( FOA), pour les années 2009
à 2013.
Cela revenait à demander 34,7 millions par an à
Montréal. Mais il ne s’agissait que des frais de
plateau fixes, une dépense centrale de l’organisation
d’un Grand Prix de Formule 1, puisqu’il s’agit du coût
d’invitation des écuries. À côté,
M. Ecclestone demandait à bénéficier des
revenus liés à la visibilité sur le
circuit GillesVilleneuve et aux loges privées
d’entreprises des paddocks, soit des revenus
supplémentaires de 16 à 20 millions.
Les trois ordres de gouvernement avaient rejeté cette
proposition, jugée « irréaliste ».
Ils avaient plutôt offert le 4 novembre 2008 que le
total des frais de plateau soit de 110,5 millions de 2009
à 2013, soit 22,1 millions par année en moyenne.
S’ajoutait une participation aux profits qui correspondait
à un minimum de 10 millions. Ecclestone
réclamait par ailleurs à Normand Legault 12
millions que le promoteur du Grand Prix montréalais
devait, selon lui, à sa compagnie responsable de la
commercialisation des droits de la Formule 1. M. Legault a
répondu ce printemps par la bouche de ses avocats… et
le dossier n’est toujours pas réglé. Selon nos
sources, le maire Tremblay, qui sollicitera un
troisième mandat aux élections du 1er novembre
prochain, veut régler rapidement ce dossier afin de ne
pas être perçu comme celui qui était maire
de Montréal quand le Grand Prix du Canada a disparu.
L’objectif est
donc de faire en sorte que Bernie Ecclestone, qui deviendrait
le seul promoteur du Grand Prix de Montréal, soit
satisfait de la proposition financière et qu’en
même temps, il comprenne que Montréal est une
étape marquante dans le milieu sélect de la
Formule 1 et importante tant pour les constructeurs
automobiles que pour sa propre entreprise.
M. Ecclestone a eu écho de pressions de la part de
plusieurs écuries de Formule 1 qui sont en faveur d’un
retour de ce circuit automobile en Amérique du Nord,
une vitrine majeure pour leur marché. De plus, les
courses disputées la saison dernière dans de
nouveaux pays ne semblent pas avoir toujours connu le
succès financier et populaire escompté.
Impact sur l’économie montréalaise
La proposition qui sera annoncée sous peu tient compte
du fait que l’impact du Grand Prix sur
l’économiemontréalaise est très
important. LaVille estimait l’an dernier que les
retombées économiques du Grand Prix
étaient de 75millions, avec des revenus fiscaux de 20
à 25millions pour Ottawa et Québec. Or, selon
nos informations, l’ampleur des retombées
économiques aurait été revue à la
hausse, ce qui dégagera un peu d’argent pour bonifier
la proposition financière.
Québec, Ottawa, la Ville de Montréal et Tourisme
Montréal pourraient ainsi offrir l’équivalent de
15 millions par année pendant cinqans. Decettesomme, 5
millions proviendraient des gouvernements, 5 millions de
Tourisme Montréal, 3 millions d’une enveloppe
fédérale pour les manifestations de grande
portée internationale et le reste de la
métropole, sous forme surtout de services et
d’amélioration des équipements.
« La Ville n’a pas les moyens de donner une grosse somme
d’argent, nous dit une source proche de l’administration
Tremblay. Mais on peut offrir gratuitement tous les services
municipaux nécessaires à l’organisation du Grand
Prix, comme le service incendie, les services de police, la
location des installations, l’accès à tout le
territoire nécessaire, etc. Le maire Tremblay veut que
ce soit une offre rentable pour toutes les parties. »
Montréal a ainsi récemment décidé
d’acheter l’équipement qui appartenait au Groupe
Motorisé International (GMI), de Normand Legault, soit
des plateformes, des écrans géants et des
barrières pour le circuit Gilles-Villeneuve, un
investissement de 1,5 million.
Avec la proposition financière de 15 millions
s’ajouteraient les revenus des trois jours du Grand Prix,
sûrement aux alentours de 30 millions en 2010, donc un
total de 45 millions par année directement dans les
goussets de Bernie Ecclestone. De plus, devenu le promoteur de
la course, il va pouvoir se tourner vers un organisateur local
pour gérer la manifestation. François Dumontier,
président d’Octane Management, est actuellement le
grand favori pour remplir ce rôle.
« Les trois ordres de gouvernement veulent une solution
à long terme, nous dit notre source. Une entente avec
la FOA devra se faire sur 5 à 10 ans. Ce sera une
proposition réaliste qui tiendra compte de la
capacité de payer des contribuables et du fait que les
dépenses de la Ville sont gelées. »
Des retombées économiques de 74 à 100
millions - Vincent Brousseau-Pouliot
Une
étude de la banque ING évalue les
retombées économiques du Grand Prix du Canada
à 74 millionsCAN. Un chiffre trop bas au goût
de Tourisme Montréal, qui estime plutôt son
impact à 100 millions.
PHOTO BERNARD BRAULT,
ARCHIVES LA PRESSE
Selon Tourisme Montréal, les
touristes dépensent près de 100 millions de
dollars durant le week-end du Grand Prix du Canada. En
2008, la course a attiré 319 000 spectateurs, dont
60% provenaient de l’extérieur de Montréal.
L’étude de la banque néerlandaise ING,
réalisée en collaboration avec la revue
spécialisée britannique Formula Money et
publiée en septembre dernier, compile les
retombées économiques de chacun des 17 Grands
Prix de Formule 1 en 2007. Le Grand Prix du Canada arrive au
11e rang au chapitre des retombées
économiques, ex-æquo avec celui du Japon. Les
retombées économiques du Grand Prix du Canada
sont évaluées à 70 millionsUS (74
millionsCAN avec le taux de change de l’époque),
comparativement à la moyenne de 89 millionsUS par
Grand Prix. ING et Formula Money se targuent d’avoir
réalisé la première étude
indépendante sur les retombées
économiques de la F1.
Selon l’étude ING– Formula Money, les divers ordres
de gouvernement ont versé 20 millions pour la
présentation du Grand Prix du Canada en 2007. En
tenant compte des retombées économiques, ils
ont obtenu un rendement de 350% sur leur investissement. Le
rendement moyen des investissements publics en F1 est de
553%.
Encore plus
?
Tourisme Montréal évalue que l’impact
économique du Grand Prix du Canada est encore plus
important. Selon l’organisme, les touristes dépensent
près de 100 millions de dollars durant le week-end du
Grand Prix. En 2008, le Grand Prix du Canada a attiré
319 000 spectateurs, dont 60% provenaient de
l’extérieur de Montréal, 18% des
États-Unis et 7% de l’Europe. « Il n’y a pas
d’autre événement à Montréal qui
attire autant de gens de l’extérieur », dit
Jean Gosselin, vice-président en marketing sportif
à la firme de relations publiques National.
Hier, Tourisme Montréal était incapable de
préciser la méthodologie ayant mené
à la conclusion des dépenses touristiques de
100 millions durant le Grand Prix du Canada.
Selon des sources au courant du dossier, tant la Ville de
Montréal que les milieux d’affaires
montréalais ont toujours considéré que
les retombées économiques du Grand Prix
étaient de 75 millions. Cette somme inclut les 30
millions de dollars dépensés par les
spectateurs de l’extérieur du Québec et les
membres des écuries de F1 durant leur séjour
à Montréal.
CRISE DANS LA F1 Les espoirs pour le Grand Prix
ravivés
« Si Bernie
Ecclestone règle son différend, je pense que pour
2010, les chances du retour du Grand Prix à
Montréal sont très bonnes. »
Le grand schisme qui menace la Formule 1 pourrait bien
être évité, a affirmé son principal
dirigeant, hier, relançant de plus belle les espoirs de
revoir le Grand Prix à Montréal, selon le maire
Gérald Tremblay.
« Si Bernie Ecclestone règle son différend,
je pense que pour 2010, les chances du retour du Grand Prix
à Montréal sont très bonnes », a-t-il
indiqué, hier.
La Ville, Québec et Ottawa négocient depuis
décembre le retour de la F1 à Montréal,
à l’instigation d’Ecclestone, le responsable de la
commercialisation du circuit. Or, ces pourparlers n’aboutiront
à rien si la F1 ne parvient pas à régler la
crise, a martelé le maire.
« Je veux rassurer les gens de Montréal , du
Québec et du Canada: on ne fera aucune entente si nous
n’avons pas des garanties légales, des documents
signés qui certifient qu’on a les écuries, les
pilotes et les manufacturiers », a-t-il
déclaré.
Huit écuries, dont Ferrari, McLaren et Renault, ont
formé une organisation parallèle, la Formula One
Teams Association (FOTA), et menacent de quitter le giron de la
Formule 1 pour former leur propre circuit. Les dirigeants de la
F1 ont répliqué en brandissant la menace de
milliards en poursuites. La situation s’est envenimée au
point où l’on semblait près du point de rupture
avant le Grand Prix de Silverstone, hier.
Mais le grand patron de la FIA, Max Mosley, s’est fait rassurant
au terme de la course. Il affirme qu’une entente est beaucoup
plus proche qu’il n’y paraît.
« Nous préférons la négociation au
recours aux tribunaux », a-t-il indiqué à
l’Associated Press.
La veille, le
patron de l’écurie McLaren avait déclaré
qu’il fallait à tout prix conclure un pacte pour
régler le différend avant la fin juillet.
Selon une source bien informée, l’entente pourrait
survenir bientôt. Car les dirigeants du circuit automobile
ont tout intérêt à régler le litige
pour protéger leurs investissements.
« Bernie Ecclestone a investi assez d’argent dans cette
entreprise qu’il ne va pas la laisser partir comme ça
», a résumé cette source.
Tout cela sourit à Gérald Tremblay, qui assure que
les gouvernements n’ont rien changé à l’offre
qu’ils avaient faite à Ecclestone l’automne dernier dans
un effort ultime pour le convaincre de garder la lucrative
course dans la métropole.
Même son de cloche du côté du ministre des
Finances, Raymond Bachand, qui se dit « très
confiant » de pouvoir ramener le Grand Prix au Canada. Il
fait valoir que l’effort en vaut la chandelle, puisqu’il
s’agirait du plus important événement touristique
au pays.
« Il faut d’abord s’entendre sur l’aspect
économique, a-t-il prévenu. Mais bien sûr,
c’est aussi conditionnel à ce qu’il (Ecclestone) soit
toujours le gestionnaire global de la Formule 1 dans le monde.
»
Selon le dernier scénario envisagé, c’est
Ecclestone lui-même qui agirait comme promoteur de la
course. Les gouvernements lui verseraient une aide
financière de 75 millions.
La rondelle ne roule pas pour Québec -
Mathieu Perrault
Au cours des
derniers jours, on a beaucoup discuté de la
volonté du maire de Québec, Régis
Labeaume, de ramener une équipe de hockey de la LNH
dans la Vieille Capitale. La Presse a discuté de la
faisabilité du projet avec Philippe Merrigan,
professeur d’économie à l’UQAM et auteur de
Dernière minute de jeu, un livre sur l’économie
de notre sport national.
QY
Sur
cette photo de 1980, le Canadien de Montréal jouait
contre les Nordiques de Québec.
a-t-il une réelle possibilité que la LNH
revienne à Québec? R Si le projet de construire
u n a mph i t h é â t r e s e concrétise,
ça augmente les possibilités. C’est une
condition nécessaire. Mais il ne faut pas oublier que
les autres villes candidates, entre autres Winnipeg, peuvent
faire la même chose. Et dans les villes où les
équipes de la LNH vont moins bien, des rivales munies
d’un amphithéâtre rendent la menace de
départ plus crédible. La LNH a tout
intérêt à mousser ces candidatures tout en
sachant qu’il est possible qu’il n’y ait pas de
déménagement. C’est une vieille tactique. Q Le
Québec est-il un marché viable pour deux
équipes ? R I l faut souligner qu’en plus, il y a
Ottawa qui est à peu près dans le même
marché. Mais je crois que l’engouement est tellement
extraordinaire au Québec qu’on peut penser qu’il y a de
la place. Le problème, c’est qu’à Québec,
les revenus générés par les loges de luxe
seront passablement inférieurs. Le prix des billets
sera donc plus élevé que la moyenne de la Ligue,
qui est de 55$. Pour des bons billets, on parlera de 130
à 140$ par match, de 6000 à 7000$ pour un billet
de saison. Les premières années, simplement
l’excitation d’avoir une nouvelle équipe, ça
irait bien. Mais il y a des périodes longues où
ça ne marche pas. Chicago a eu une très longue
disette, mais c’est Chicago, les contrats de
télévision sont suffisants pour garder
l’équipe à flot. On peut penser qu’une
équipe à Québec devrait toujours garder
les salaires près du plancher de 40 millions, ce qui
fait qu’elle ne serait pas concurrentielle. C’est clair que
c’est un investissement à haut risque. Q Au-
delà de l ’ i ntérêt des amateurs, quel
est l ’avantage d’une équipe de la LNH pour
Québec? R Les études scientifiques faites sur
l’impact économique des amphithéâtres en
termes de rendement pour le contribuable montrent que c’est
décevant. Sur une somme de 400 millions, on peut penser
que l’investissement public serait de 300 à 350
millions, en vendant le nom de l’amphithéâtre.
Les revenus générés par les
équipes professionnelles sont en grande partie
accaparés par les joueurs et les propriétaires.
La majorité des villes n’ont même pas de frais de
location pour l’équipe et une grande partie des revenus
des concessions sont aussi redonnés aux équipes.
Pour ce qui est des taxes de vente, c’est seulement un
déplacement de la consommation, et non pas de nouveaux
revenus. Même si on a des revenus en louant à
d’autres équipes sportives, à des foires et
à des congrès, dans le meilleur des cas, on
parle d’un rendement de 2% à 3% par année et,
dans la majorité des cas, le rendement est
négatif. C’est sûr que les gens de
l’extérieur apprennent que la ville existe, c’est de la
publicité gratuite pour le tourisme, mais Québec
est assez bien connu. À Montréal, certains fans
des Bruins et avant cela des Red Sox font le voyage, mais je
doute qu’ils se rendent jusqu’à Québec. QY
a-t-il d’autres avantages ? R Du côté social,
c’est une autre histoire. Ça resserre l’esprit
communautaire, les gens se parlent de hockey. QY
a-t-il d’autres désavantages? R Le principal
problème, c’est la bataille politique. John Manley
avait offert de l’aide aux équipes canadiennes quand le
dollar valait 65 cents et il avait dû retirer son offre
devant les critiques.
. Labeaume a
bien raison de dire que Québec a besoin d’un
amphithéâtre, pour les foires, les sports et
éventuellement une équipe de hockey – il en
parle en dernier. Si on n’est pas capable de construire le
CHUM à Montréal, je doute qu’on accepte de
dépenser 400 millions en fonds publics pour la LNH. Q
Un
partenariat public-privé serait-il la solution ? R Les
f r a i s de l o c a t i on devraient être garantis
pendant plusieurs a nnées, disons 40 ans. Comme les
équipes ne veulent pas payer de loyer, le gouvernement
devra les payer lui-même. Qu’arrive-t-il si
l’équipe déménage après 15 ans? Et
en plus, chaque année, il y aurait une ligne au budget
provincial qui dirait « location de
l’amphithéâtre pour l’équipe de la LNH
». C’est politiquement insoutenable. D’ailleurs, M.
Labeaume n’en a pas parlé parce que ce n’est pas
faisable. Q La
récession augmente-telle les chances de Québec?
R Je pense qu’il y aura au contraire davantage d’opposition
à un f i nancement public. Q Ne
pourrait-on pas voir l ’amphithéâtre comme un
stimulus fiscal ? R Au Québec, dès que le
gouvernement décide de construire quelque chose, il y a
une levée de boucliers. Alors l’investissement
arriverait probablement bien après la récession.
Q La
récession diminue-t-elle la valeur des équipes ?
R Ça va aider l’investisseur qui va vouloir a mener
l’équipe. Le prix sera probablement abaissé de
10 % à 30 %. Quebecor pourrait être
intéressée parce qu’elle aime acheter à
bas prix. Mais il faudra payer une compensation pour entrer
dans le marché du Canadien. Pour la Caroline,
c’était de l’ordre de 10 à 15 millions
payés à Washington, mais pour Hamilton, on a
parlé de 100 millions payés à Toronto. Q
Quel
s erait l ’ i mpact du retour d’une équipe de la LNH
à Québec pour le Canadien ? R Ce n’est ja mais
bon de perdre un monopole. Les acheteurs de publicité
et les contrats de télé seraient plus
concurrentiels. Le marché du nord du Québec est
intéressant, on l’a vu avec la guerre des brasseries
à l’époque. Q La
disparition des Nordiques avait donc été
bénéfique pour le Canadien. R C’est di f f i c i
l e à di r e , parce qu’il y a eu le lockout et la
baisse de la valeur du dollar.
Régis Labeaume attise l’espoir
- Frédéric Denoncourt
Retour des
Nordiques à Québec
Le maire Régis Labeaume a continué d’alimenter
la machine à rumeurs hier en arborant fièrement
le chandail des Nordiques lors d’une entrevue avec
Jean-René Dufort.
PHOTO YAN DOUBLET, LE SOLEIL
Le maire de Québec Régis
Labeaume a accordé une entrevue à
Jean-René Dufort de l’émission Infoman
vêtu d’un chandail au logo des Nordiques.
« Vous n’allez pas nous ramener ça, les
Nordiques? On était tannés!» a
lancé Infoman au maire de Québec, qui lui
accordait une entrevue sur la Grande-Allée, où
il était venu présenter une candidate.
« C’est pas vrai ! Vous avez le goût de
recommencer à nous haïr! a répliqué
M. Labeaume. Tout le monde a hâte à ça.
»
Quelques minutes avant l’arrivée de Jean-René
Dufort, Régis Labeaume s’était
éclipsé pour aller revêtir un chandail des
Nordiques acheté à New York il y a quelques
jours, après sa rencontre avec le commissaire de la
Ligue nationale de hockey, Gary Bettman.
«C’est
pour quand, le premier match ? » a poursuivi Infoman.
« Ça, c’est pas clair encore! La date n’est pas
encore déterminée. Venez nous revoir la semaine
prochaine », a répondu le maire.
Le maire de Québec ne cesse depuis quelques jours
d’apporter de l’eau au moulin de tous ceux qui croient que le
retour d’une équipe de la LNH est une réelle
possibilité. M. Labeaume a-t-il déjà
obtenu certaines ga ra nties de M. Bettman ? Ce serait
très surprenant. Chose certaine, Régis Labeaume
fera une annonce importante jeudi ou vendredi dans ce dossier.
« Il nous reste du travail à faire d’ici
là. »
Interrogé pour savoir s’il attendrait le retour
d’Espagne de Mario Bédard, qui a déployé
d’importants efforts depu is u n a n pou r fa i re construire
un nouvel amphithéâtre, le maire a répondu
par la négative. « M. Bédard a
été mis au courant de ce qu’on faisait et de
notre rencontre avec M. Bettman. Alors ce qu’on attend, ce
sont des rapports. Il y aura les plans et les montages
financiers et peut-être des chiffres nouveaux, mais pas
de surprise pour personne. »
«Ce qu’on va vous dire dans les prochains jours va
être très exact, on va savoir exactement
où on s’en va. Il y a un itinéraire dans tout
ça. Ça ne se fera pas du jour au
lendemain», a enchaîné M. Labeaume.
Depuis son retour de New York, le maire continue de faire
avancer le dossier. Il s’est par contre défendu de
vouloir récolter tous les mérites d’un
éventuel retour du hockey de la LNH à
Québec en faisant une grosse annonce en pleine campagne
électorale.
La rivalité entre Montréal et
Québec renaîtra-t-elle ?
Des
investisseurs pourraient avoir envie de ressusciter les
Nordiques
La vente du Canadien à la famille Molson ravive le
rêve de plusieurs amateurs de hockey à l’autre
bout de l’autoroute 20. Des promoteurs espèrent que
l’effervescence qui a entouré la vente du Tricolore
incitera des investisseurs à ramener les Nordiques
à Québec.
PHOTO BERNARD BRAULT,
ARCHIVES LA PRESSE
Le dernier match des Nordiques
à Québec, le 14 mai 1995.
Au cours des dernières années, plusieurs groupes
ont affiché le désir de construire un nouvel
amphithéâtre dans la Vieille Capitale pour y
ramener une franchise de la Ligue nationale de hockey (LNH).
Or, si trois consortiums québécois et deux
investisseurs étrangers étaient
intéressés à acquérir le Canadien,
il est bien possible que des gens d’affaires soient
intéressés à investir dans le retour des
Nordiques, croient d’éventuels promoteurs.
« Si ces gens sont intéressés à
acheter le Canadien, pourquoi est-ce qu’il n’y aurait pas de
l’intérêt pour ramener le hockey à
Québec ? demande Mario Bédard, qui pilote le
projet J’ai ma place. Et peut-être à coût
moindre que ce que ça coûtait pour acheter le
Canadien. »
Nouvel amphithéâtre
M. Bédard ne milite pas pour un retour des Nordiques
comme tel. Il souhaite plutôt construire un
amphithéâtre pour remplacer le défunt
Colisée. Son objectif : y tenir des spectacles
d’envergure. Mais il convient que son projet gagnerait
beaucoup de l’arrivée d’un promoteur qui souhaiterait
ramener le hockey professionnel à Québec.
Mark Charest, qui dirige LNH Québec, estime que la
stratégie de la Ligue, qui consiste à
établir plusieurs équipes dans le Sud des
États-Unis, est un échec. Il a bon espoir que
des propriétaires seront prêts à
déménager leur club dans un marché
où le hockey est déjà plus populaire.
À condition qu’il y ait un auditorium qui puisse
l’accueillir.
Son groupe
souhaite donc bâtir un amphithéâtre
à SaintAugustin-de-Desmaures, une banlieue à
l’ouest de Québec. La facture de base serait de 320
millions. C’est une pente abrupte, mais la vente du CH change
la donne, croit M. Charest.
« Que la propriété du Canadien revienne
à un investisseur québécois, pour nous,
ça crée un engouement additionnel, a-t-il
indiqué. On voit qu’il y a un engouement pour le hockey
au Québec. »
Les groupesquébécois quin’ont pu mettre la main
sur le CH, celui mené par Quebecor Média ou
celui de Charles Bronfman, pourraient bien être
tentés d’investir dans le retour des Nordiques.
Le gouvernement québécois aidera
Chose certaine, l’argent offert par Québec pour
faciliter l’achat de la Sainte Flanelle sera sur la table si
des investisseurs souhaitent le retour de leurs anciens
rivaux. Le gouvernement avait offert des prêts de 100
millions par le biais d’ Investissement Québec ou de la
Société générale de financement
(SGF) pour encourager des investisseurs locaux. Mais tout
indique que les Molson n’en auront finalement pas besoin.
« Il faut que le plan d’affaires soit bon, il faut que
le projet soit rentable, il faut qu’il y ait des capitaux
derrière, affirme le ministre des Finances du
Québec, Raymond Bachand. Si ces conditions sont
remplies, je ne vois pas pourquoi, si les gens ont de la
difficulté à se financer, on ne pourrait pas
avancer un prêt de 100 millions, avec
intérêts, dans des conditions similaires. »
La porte-parole de Quebecor Média, Isabelle
Dessureault, n’a pas rappelé La Presse, hier.
L’entreprise a fait savoir par le biais de sa filiale TVA
qu’elle n’étudie aucun projet pour ramener la LNH
à Québec.
Le Fonds de solidarité, lui, n’a pas fermé la
porte à la possibilité de s’impliquer
financièrement dans un deuxième club au
Québec. « Nous étudierons toutes les
demandes qui nous seront soumises, comme le veut notre
politique interne », a indiqué Josée
Lagacé.
Initiation au soccer - Stéphane
Laporte
C’est
l’heure du cours d’éducation physique pour la
classe de quatrième année C de
l’école primaire Notre-Dame-de-Grâce. On a
hâte. Le mardi matin, on joue au hockey cosom. Je
plie la palette jaune de mon bâton en plastique pour
la courber au max. Je suis prêt. Monsieur Thibault
arrive enfin. Il a dans ses mains un ballon. Pas la petite
balle trouée du cosom. Un gros ballon rond.
« Aujourd’hui, on va jouer au soccer. — Au sucker???
— Non O’Brien, au soccer! En Europe, ils diraient au
football!
— Au football! Mais on est en culottes courtes...
— Pas le football américain, le football tout
court, comme tes culottes!
Le prof nous explique rapidement les rudiments de ce
nouveau sport. On le connaît déjà un
peu. On a déjà vu des gens jouer à
ça dans des films français. À moins
que ce soit la pétanque?
— Écoutez, la gang ! Vous n’avez pas le droit de
toucher au ballon avec vos mains, mais vous pouvez le
cogner avec votre tête. — Sauf Allard? — Pourquoi? —
P a r c e q u ’ i l n ’a p a s de tête... »
Pauvre monsieur Thibault ! Il n’a pas devant lui des
athlètes très ouverts d’esprit. On n’a pas
envie d’assimiler toutes les subtilités du soccer.
Nous, on voulait jouer au hockey, alors on va jouer au
soccer comme on joue au hockey. Trois attaquants, deux
défenseurs et un gardien. Je laisse mon bâton
de côté. Et j ’y vais avec les pieds. Pas
facile, surtout lorsque l’on a les pieds croches. Quoique
pour confondre la défensive adverse, c’est presque
un avantage.
On ne sait pas trop quoi faire de nos mains. Les plus
fringants se poussent à qui mieux mieux. Les plus
amorphes se jouent dans le nez. Y’a même Allard qui
mange son lunch en même temps qu’il doit garder les
buts. Ça fait 30 minutes que l’on joue, toujours
zéro à zéro. On a beau se forcer, on
a beau essayer, ça ne fonctionne pas, y’a toujours
un mur dans le chemin. Et le ballon n’est jamais du
même côté que nous. Comme s’il nous
snobait. Comme si on ne le méritait pas. Parce que
trop incultes. On dirait qu’il veut rebondir jusqu’en
Europe.
Soudain le petit Éric David se choque. Il crie,
avec son accent pointu. Son père est
français, un vrai, de France:
«
Mais c’est pas ça du tout, le foot! D’abord,
ça ne se joue pas à 6, ça se joue
à 11. Et puis le filet, ça va pas ! Comment
voulezvous que l’on fasse un goal dans des filets de
hockey? Ça prend un filet beaucoup plus grand. Au
moins six fois plus grand! »
Le prof se sent un peu remis en question. Il répond
sur la défensive: « Écoute,
Éric, je le sais que les filets de soccer sont plus
grands, mais on n’en a pas des filets grands de même
dans le gymnase. Tout ce qu’on a, ce sont des filets de
hockey... »
« Alors jouons au hockey! » lance Garant. Tout
le monde l’applaudit. Monsieur Thibault hausse les
épaules: « Vous voulez jouer au hockey, ben
jouez au hockey! » Et il s’en va! Yeah! On reprend
nos bâtons, on se trouve une balle, et go Habs go!
Le temps de le dire, et c’est déjà 5
à 2 pour nous.
La cloche sonne, c’est l’heure du dîner. On sort
dehors. Éric David a ramassé le ballon de
soccer. Il se met à dribbler. Son amie Johanne
s’est mise devant la grosse clôture qui borde la
cour d’école. Ils s’en servent comme filet. Il faut
viser entre deux des poteaux. On s’invite dans leur jeu.
Et bien vite on est 22 à courir après le
ballon. La clôture de l’autre côté est
devenue le filet de l’équipe adverse. Ça
crie, ça rit, ça s’amuse. Autant en dedans
le soccer, c’était plate, autant dehors, le soccer,
c’est rond. C’est bon.
Quarante ans plus tard, rien n’a changé. Le hockey,
c’est notre sport maison. Le soccer, c’est notre sport de
récréation. Le hockey, c’est en dedans. Le
soccer, c’est dehors. Le hockey est en nous. Le soccer est
devant nous.
Aujourd’hui, il y a la grande finale de soccer au stade
Saputo. L’Impact peut gagner le championnat. Et au Centre
Bell, il y a le septième match d’une très
longue saison de hockey. Le Canadien ne peut pas gagner
grand-chose. Il peut plutôt perdre la face devant
Kovalev et les Sénateurs. Pourtant pour la plupart
des Montréalais, le match de la journée,
c’est celui-là.
Le soccer est un sport qu’on nous a appris. Le hockey est
un sport que l’on a toujours connu. Vous me direz que,
maintenant, il y a plus de gamins qui jouent au foot que
de gamins qui jouent au hockey, ça ne change rien.
Le hockey fait partie de leur code génétique
quand même. Le foot, ici, n’a pas encore de
mythologie. Il n’a pas de Richard, Béliveau,
Lafleur, Roy qui ont écrit l’Histoire. Le Manic n’a
pas laissé de légendes. Peut-être que
les joueurs de l’Impact commencent tranquillement à
écrire celle du football au Québec, mais le
Canadien a tellement d’avance qu’il ne faut pas
s’étonner que ce soit le CH qui arrive premier dans
nos coeurs, même avant que la première neige
soit tombée.
Hal Gill n’y est pour rien. Mais Émile Bouchard y
est pour beaucoup.
Bonne
chance
à l’ I mpact, bonne chance au Canadien... et
à Kovalev!
Une opération « payante », dit
Bachand - Tommy Chouinard
QUÉBEC — Québec fera une bonne affaire en
attribuant un prêt de 75 à 100 millions de
dollars à la famille Molson pour l’achat du
Canadien de Montréal, estime Raymond Bachand,
ministre des Finances. Cette opération lui
rapportera de 7 à 9 millions de dollars par
année.
Les Molson ont décidé de cogner à la
porte du gouvernement Charest après que la banque
américaine CIT, qui devait leur prêter 275
millions de dollars, se fut retirée du financement
de la vente en raison d’ennuis financiers.
Le
gouvernement avait déjà proposé un
prêt d’Investissement Québec pouvant aller
jusqu’à 100 millions à tout acheteur
québécois. Les Molson avaient
décliné cette offre au départ.
Le ministre a souligné que «si le taux est
entre 7% et 9%» – les chiffres qui circulent
à l’heure actuelle –, Québec empochera
«de 7 à 9 millions de dollars par
année» dans l’éventualité
où le prêt s’élève à 100
millions. «C’est payant!» a lancé M.
Bachand.
Le transfert du CH et du Centre Bell,
propriété de George Gillett n’est toujours
pas conclu.
Vente du Canadien : Québec allongera 75
millions - Denis Lessard
QUÉBEC — Le gouvernement Charest allongera
jusqu’à 75 millions – un prêt
d’Investissement Québec – pour assurer la
conclusion de la transaction de la vente duCanadien
à la famille Molson.
Annoncé le 20 j uin, le transfert du club et du
Centre Bell de George Gillett à un groupe
d’actionnaires où la famille Molson sera
majoritaire n’est pas encore conclu, à deux
semaines du début des camps d’entraînement et
à un mois du début de la saison
régulière.
Bien que Gillett souhaitait que la transaction soit
réglée fin août, les discussions
doivent se poursuivre entre les Molson et le gouvernement
du Québec, a appris La Presse. Pas de panique
toutefois, de part et d’autre de la table, on comprend que
ces dates butoirs restent amovibles. En mai dernier, le
groupe Gillett avait multiplié les
échéances, autant d’ultimatums inutiles.
Pour le patron de la Banque de Montréal, Jacques
Ménard, ces délais ne doivent pas semer le
doute sur l’issue des discussions. « Pour moi il y a
une entente, il n’y a pas de doutes, et cela devrait
être annoncé dans le détail quelque
part en septembre », explique celui qui avait
été mandaté par George Gillett pour
l’opération de vente du Canadien.
Pour Luc Beauregard, porteparole des Molson, « il
n’y a pas d’embûches majeures ». Ces
discussions juridiques à plusieurs partenaires sont
parfois longues. Une annonce aura d’ailleurs lieu
dès cette semaine, qui précisera le poids
relatif des principaux actionnaires.
On sait déjà que l’on trouvera, avec les
Molson, BCE, le Fonds de solidarité FTQ et la
famille Thomson par l’entremise de sa
société d’investissement Woodbridge Company,
a confirmé M. Beauregard hier.
L’ensemble du portrait de famille sera
dévoilé plus tard, a-t-il expliqué.
Volte-face
Conf ident iel lement , a appris La Presse, le Conseil des
ministres à Québec a donné, au
début de l’été, le mandat à
Investissement Québec de négocier les
conditions d’un prêt selon des conditions
précises. C’était une volte-face par rapport
à juin – le ministre Raymond Bachand, alors
responsable du Développement économique,
avait d’abord indiqué que Québec
était disposé à prêter 100
millions de dollars aux acheteurs. Mais tout de suite
après l’annonce de la transaction, le ministre
avait indiqué que les acheteurs n’auraient pas
besoin de cette intervention.
La
volte-face de Québec s ’ explique. Durant l ’
été, le banquier habituel du Canadien depuis
trois ans, la banque américaine CIT, a
frôlé la faillite et s’est subitement
retiré du financement de la vente. Originellement,
la banque devait prêter les quelque 250 millions
nécessaires aux acquéreurs sans qu’il y ait
besoin d’intervenir pour le gouvernement Charest.
Avec une créance de second rang, le gouvernement
devra demander un taux d’intérêt
légèrement supérieur au marché
– on parle de 7 à 9%. La Ligue nationale exige que
tout acheteur de franchise ait au moins 50% de capital
à investir – le reste peut se financer par emprunt.
La transaction pour l’achat du Canadien, du Centre Bell,
de la compagnie de spectacles et de l’aréna de
Brossard – lieu des entraînements – tourne autour de
500 millions de dollars canadiens.
C’est la Banque Nationale qui va jouer le rôle de
banquier principal, bien qu’elle compte partager cette
créance avec d’autres institutions
financières.
Propriété québécoise…
Une des condit ions de Québec demeure intouchable.
La propriété du club doit rester à
majorité québécoise. Or, c’est
là que le bât blesse. En dehors des deux ou
trois principaux actionnaires – avec les Molson en
tête –, on trouve une poignée
d’investisseurs, une demi-douzaine, confie-t-on, dont le
niveau de participation prévisible fluctue encore
au fil des semaines. Certains se sont même
désistés en cours de route et d’autres sont
apparus. C’est ce qui fait que la transaction n’est pas
encore confirmée.
Car Québec ne signera pas de chèque tant que
tout le monde n’aura pas fait son lit, explique-t-on.
Parmi les act ionnai res minoritaires, quelques surprises
; Luc Bertrand, par exemple, qui serait prêt
à injecter quelques millions dans le CH. Il joue un
rôle de négociateur pour les Molson. Joint
hier, l’ancien président de la Bourse de
Montréal n’a pas nié, mais a souligné
que c’était Luc Beauregard – l’ancien patron de
National – qui était seul porte-parole pour cette
transaction. D’autres personnalités connues dans
les cercles d’affaires montréalais seront du nombre
des « actionnaires » du club, indique-t-on.
Le changement de propriété risque aussi
d’être la fin de la carrière de Pierre Boivin
à titre de président du Canadien. Ce dernier
n’a pas fait mystère de son départ à
des proches. Il s’était rapproché d’un des
acheteurs potentiels qui n’a pas été retenu.
Au surplus, l’un des frères Molson, Geoffrey, a
l’oeil sur la présidence du club, indiquent des
sources proches de ces tractations.
Selon d’autres rumeurs, Québec tient aussi à
ce que la qualité du club soit
préservée. Une équipe professionnelle
n’a guère d’autre valeur que son succès.
Pour s’assurer qu’un nouveau propriétaire, avide de
profit, ne se contente pas de recruter des joueurs de
second plan, l’acquéreur pourrait devoir s’engager
à consentir en rémunération au moins
75, voire 80% du plafond salarial chaque année,
semble-t-il.
GO HABS GO! - Geoff Molson
D’ici
à la clôture de la transaction, les
décisions au sujet du Canadien relèvent de
l’équipe en place
Notre intention est d’être propriétaires pour
longtemps et de nous efforcer de ramener la Coupe Stanley
à Montréal.
L’auteur est le leader du groupe de gens d’affaires qui a
conclu une entente de principe avec George Gillett pour
l’achat du club de hockey Canadien.
Avec mes frères Andrew et Justin, je tiens à
exprimer notre grande reconnaissance à la population
de Montréal et de l’ensemble du Québec, ainsi
qu’aux partisans du Canadien partout ailleurs, pour l’appui
formidable qui nous a été
témoigné depuis que nous avons annoncé
notre offre d’achat.
Le Canadien et le hockey sont une passion pour nous, tout
comme le Tricolore est un élément important de
la culture et de la vie quotidienne de Montréal – la
ville dans laquelle notre famille est établie depuis
très longtemps.
Nous avons décidé de déposer une offre
d’achat pour le Canadien maintenant parce que la chance
d’acquérir une équipe comme celle-là
est l’occasion d’une vie. Nous sommes à une
étape de notre vie où nous sommes prêts
à relever ce type de défi. C’est une occasion
que nous ne pouvions pas laisser passer.
Il y a eu beaucoup d’interrogations dans les médias
et parmi les partisans concernant les différents
aspects de la transaction visant à acquérir
les 80,1% de l’équipe ainsi que le Groupe Spectacle
Gillett et le Centre Bell. Il faut comprendre que la
transaction a fait l’objet d’une entente de principe, mais
qu’elle n’a pas encore été conclue et on ne
prévoit pas qu’elle le soit avant la fin de
l’été.
On sait que Molson Coors Brewing Company détient
déjà une participation de 19,9% dans
l’équipe et le Groupe Spectacle Gillett. Le Fonds de
solidarité des travailleurs du Québec et BCE
ont confirmé qu’ils seraient nos partenaires dans la
transaction visant à acquérir les
intérêts restants. Ajoutons que la compagnie
Woodbridge sera avec eux dans le capital de l’entreprise.
Woodbridge contrôle CTVglobemedia, qui possède
RDS, la chaîne de télévision diffusant
les parties du Canadien en français. Nous avons
également plusieurs autres partenaires
montréalais dont les noms seront divulgués en
temps opportun.
Plusieurs
s’interrogent sur nos intentions et nos vues sur un certain
nombre d’enjeux, tant en ce qui concerne ce qui se
déroule sur la patinoire que sur d’autres aspects.
Comme nous ne sommes pas encore propriétaires de
l’équipe, il est difficile pour nous de faire des
commentaires sur plusieurs des questions que se posent les
médias et les partisans.
George Gillett est propriétaire de l ’ équipe
jusqu’à la clôture de la transaction. George
Gillett et Pierre Boivin ont été très
aimables et nous ont informés de leurs plans actuels.
Nous connaissons George Gillett et sa famille depuis
plusieurs années et nous avons confiance en leur bon
jugement quant aux décisions sur l’avenir de
l’équipe qui devront être prises pendant la
transition.
En ce qui concerne la performance de l’équipe
à court terme et à long terme, nous sommes des
partisans et nous réagissons aux succès et aux
déboires du Canadien de la même manière
que l e s aut r e s pa r t i s a ns . Comme eux, nous
aimerions voir une équipe gagnante sur la glace
chaque année.
Tout le monde sait que c’est un gros défi. La LNH est
aujourd’hui une ligue extrêmement compétitive
avec des plafonds salariaux et un haut degré de
parité entre les équipes. Il est plus
difficile que jamais de bâtir un prétendant
à la Coupe. Nous sommes motivés à
relever le défi et à nous assurer que
l’équipe soit compétitive chaque saison. Notre
intention est d’être propriétaires pour
longtemps et de nous efforcer de ramener la Coupe Stanley
à Montréal.
En tant que membres d’une famille établie à
Montréal depuis plus de deux siècles et qui a
longtemps été associée aux Canadiens de
Montréal, nous sommes extrêmement fiers de
pouvoir redevenir les propriétaires de cette
équipe légendaire, lorsque sera conclue la
transaction.
Nous remercions tous ceux qui nous communiqué leur
appui au cours des derniers jours. Comme on dit au Centre
Bell : Go Habs Go !
Les années Gillett, entre ombre et lumière
- Jean-François Bégin
Le défi
des Molson est de redonner enfin aux partisans du Canadien une
équipe dont ils puissent être fiers autrement que
par réflexe conditionné par le marketing, une
équipe capable d’éviter la
répétition des déboires de la saison qui
vient de s’achever.
Quand il est venu se promener autour du ring au combat
PascalDiaconu, vendredi soir, George Gillett affichait la mine
satisfaite de l’homme qui sait qu’il va gagner le gros lot. On
comprend maintenant pourquoi.
Cinq cents millions de dollars, ce n’est pas rien. Surtout
quand on se souvient que Gillett a payé moitié
moins, il y a huit ans, pour mettre la main sur le joyau du
patrimoine sportif québécois, son
amphithéâtre et la division spectacles de Molson.
Cette plus-value remarquable est à la mesure du
rétablissement spectaculaire opéré par le
Canadien et ses compagnies soeurs sous la houlette de la
famille Gillett. L’équipe tristounette dont presque
personne ne voulait quand l’homme d’affaires du Colorado en a
fait l’acquisition avec l’aide de la Caisse de
dépôt et placement du Québec est devenue
au fil des ans une véritable planche à billets.
La remontée du dollar canadien y a été
pour quelque chose. Le principal poste de dépenses du
Canadien, le salaire des joueurs, est en dollars
américains, alors que les revenus – billetterie,
commandites, droits de télé, produits
dérivés – sont presque tous en dollars
canadiens. C’est une évidence: le Canadien, comme les
cinq autres équipes canadiennes, se porte mieux quand
le huard plane autour de 90¢ US que lorsqu’il fait du
rase-mottes à 60¢, comme c’était le cas
à l’époque où Gillett est arrivé
à Montréal.
Mais le succès financier du club, qui aurait
généré des profits de 45 millions en
2007-2008, est surtout attribuable au travail colossal de
l’équipe de direction du Canadien. Grâce entre
autres à un lucratif contrat avec le Réseau des
Sports, le club est devenu omniprésent dans le paysage
médiatique. Les matchs du Canadien sont disputés
à guichets fermés depuis 2005 et la liste
d’attente pour les abonnements de saison compte des milliers
de noms. Les initiatives de marketing – retraits des chandails
des grands joueurs de l’histoire du Tricolore, soirées
rétro, présentations d’avant-match
jazzées, etc. – se sont multipliées à un
rythme fou.
Au travers de tout ça, on a réussi à
rajeunir le public de l’équipe et à rendre le
Canadien désirable pour une génération
qui a pourtant peu ou pas connu les heures de gloire de ce
club centenaire. La 24e et dernière conquête de
la Coupe Stanley, faut-il le rappeler, remonte à 1993.
Seize ans, c’est long.
C’est
d’ailleurs là le principal reproche qu’on peut adresser
à George Gillett au moment où son règne
s’achève. Même si son engagement envers le club
ne s’est jamais démenti, le remarquable succès
financier du Canadien, qui se situe année après
année parmi les trois clubs les plus lucratifs de la
LNH, a eu très peu d’échos sur la patinoire.
Le bilan comptable est étincelant, mais le
palmarès sportif est bien peu étoffé,
malgré l’embauche, il y six ans déjà, de
Bob Gainey à titre de directeur général.
Un des rares faits saillants aura été la
première place dans l’Association de l’Est, tions de
certains joueurs et élimination en quatre coups de
cuiller à pot par les Bruins en première ronde
des séries.
Il faudra que les Molson trouvent le moyen de refaire du
Canadien de Montréal une équipe gagnante,
à la hauteur de la belle histoire de son premier
siècle d’existence, qu’on nous a servie à toutes
les sauces depuis un an. Une équipe qui fait plus
d’efforts pour recruter des joueurs québécois,
aussi. Et une équipe qui rêve vraiment à
la Coupe Stanley, au lieu d’être satisfaite de se
qualifier pour les séries.
Il va se passer beaucoup de choses au cours des 10 prochains
jours. Le repêchage amateur aura lieu vendredi à
Montréal et pourrait être le théâtre
de transactions majeures – y compris, rêvons un peu,
l’échange qui amènerait finalement Vincent
Lecavalier à Montréal. Le CH aura aussi
l’occasion de frapper un grand coup le 1er juillet, date
à laquelle les joueurs admissibles obtiennent leur
autonomie.
Pour le Canadien, l’avenir commence maintenant. Avant que la
vente de l’équipe ne soit finalisée et avant,
donc, que les Molsonneprennent les commandes, comme l’a
rappelé avec insistance leur porte-parole, hier.
Façon de se dédouaner au cas où les
choses ne tourneraient pas comme la direction du CH
l’espère? Je l’ignore. Mais il me semble que si j’avais
en poche une entente de principe pour une transaction de plus
d’un demi-milliard, j’aurais l’impression d’avoir gagné
le droit d’être consulté sur les prochains gestes
que fera l’équipe. en 2007-2008. Mais en sept saisons,
l’équipe n’a remporté que trois séries
éliminatoires, sans jamais parvenir à franchir
le second tour. Même dans une ligue à 30
équipes où règne la parité, ce
n’est pas assez. Pas à Montréal, en tout cas.
Le défi des Molson est de redonner enfin aux partisans
du Canadien une équipe dont ils puissent être
fiers autrement que par réflexe conditionné par
le marketing, une équipe capable d’éviter la
répétition des déboires de la saison qui
vient de s’achever : congédiement de
l’entraîneur, manchettes tapageuses sur les
fréquenta-
Le patrimoine des Molson - Sophie
Cousineau
Les
Québécois méconnaissent les Molson.
Surtout, ils mésestiment leur attachement à
Montréal. Pourtant, aucune autre famille n’a autant
marqué la ville.
C’ e s t a s sez i ronique, quand on y repense. Lorsque le
Canadien de Montréal a été mis en
vente, à la fin mars, la famille Molson ne figurait
même sur les listes de prétendants ! Il n’y
en avait que pour Guy Laliberté, Serge Savard,
René Angélil, Pierre Karl Péladeau et
autres multimillionnaires exubérants.
PHOTOALAIN ROBERGE,
ARCHIVES LA PRESSE
John Molson était un
formidable entrepreneur. Il a notamment ouvert une
banque qui comptait 125 succursales lorsque la Banque de
Montréal l’a acquise, en 1925. Ci-dessus, un
billet de 20$ de la BanqueMolson daté de 1904.
Personne n’a songé aux Molson, une famille qui
semblait s’effacer depuis que la fusion avec Coors a
entraîné le déménagement du
centre décisionnel de la brasserie
montréalaise au Colorado. à sa naissance,
à son mariage et à son décès.
Eric Molson, le père d’Andrew, de Geoff et de
Justin, les frères qui ont conclu un accord pour
racheter le Canadien, a toujours adhéré
à cette maxime. Les entrevues de ce chimiste
réservé se comptent sur les doigts des deux
mains.
Ses fils Andrew et Geoff sont plus visibles, toutes
proportions gardées. Andrew, l’aîné de
41 ans, travaille en relations publiques ! Cet
ex-porte-parole de la Bourse de Montréal est l’un
des dirigeants du cabinet National. Quant à son
frère Geoff, 38 ans,
En fait, n’eût été de la
présence d’Andrew et de Geoffrey Molson au conseil
d’administration de la Molson Coors Brewing Co., le
partenaire de George Gillett avec une participation de
19,9%, les frères Molson n’auraient jamais
montré leur jeu. C’est ce conflit
d’intérêts qui les a forcés à
mettre cartes sur table et à se retirer des
délibérations.
Cette discrétion est à l’image de la famille
Molson depuis des décennies. Un vieux dicton
raconte que le nom d’un Molson ne doit paraître dans
les journaux que trois fois sa vie durant : il fait
mousser les ventes de bière chez Molson Canada.
Malgré cette présence timide, les Molson
passent encore inaperçus lors des matchs
auCentreBell. Les Québécois
méconnaissent les Molson. Surtout, ils
mésestiment leur attachement à
Montréal. Pourtant, aucune autre famille n’a autant
marqué la ville.
On se souvient de John Molson comme du fondateur d’un
empire brassicole. Mais on ignore à quel point cet
orphelin qui a émigré d’Angleterre en 1782,
à l’âge de 18 ans, était un formidable
entrepreneur.
John Molson a fait construire le premier bateau à
vapeur qui sillonnera le Saint-Laurent , début
d’une flotte qui fera de ce brasseur le plus grand
armateur d’Amérique du Nord. Il a financé la
construction du premier chemin de fer au pays, le
Champlain & St . Lawrence Railroad.
John Molson a exploité une cour à bois et un
luxueux hôtel. Tout comme il a ouvert une banque qui
comptait 125 succursales lorsque la Banque de
Montréal l’a acquise, en 1925. Il a fait construire
le premier théâtre et le deuxième
hôpital de la métropole, l’Hôtel-Dieu
ne suffisant plus à la demande.
Cet
héritage est encore bien visible à
Montréal. Il y a la brasserie de la rue Notre-Dame,
dont les silos et l’horloge octogonale dominent le
panorama. Il y a le stade Percival-Molson qui vibre
à la clameur des partisans des Alouettes. Il y a
l’ancienne Banque Molson, un bijou de l’architecture du
Second Empire, rue Saint-Jacques…
Les Molson ont fait bien des choses, mais ils n’ont pas
fondé le Tricolore. C’est Ambrose O’Brien, un
amateur de hockey d’Ottawa, qui en a eu l’idée, en
1909. Toutefois, les Molson sont ce qui se rapproche le
plus des propriétaires patrimoniaux du club.
Acheté en 1957 par le sénateur Hartland de
Montarville Molson et son frère Thomas, le
Tricolore restera aux mains de l’entreprise familiale
jusqu’en 2001. Seule exception: un interlude de six ans,
dans les années 70. Les cousins David, William et
Peter, à qui la famille avait cédé le
Canadien à prix d’ami, revendront l’équipe
aux frères Peter et Edward Bronfman – ce qui a
provoqué une belle chicane de famille. La brasserie
rachètera l’équipe au prix fort, en 1978.
Les jeunes frères Molson sontils des acheteurs
sentimentaux ? Est-ce la raison qui explique pourquoi ils
ont allongé une somme formidable qui
dépasserait les 500 millions de dollars ?
Il y a des précédents. Lorsque Bombardier a
vendu sa filiale qui produit des motoneiges, jugeant que
cette activité ne cadrait plus avec le
matériel de transport, la famille
BeaudoinBombardier a réinvesti dans ce fabricant de
Valcourt. Il lui était inconcevable de se dissocier
de ce patrimoine familial.
Ou, est-ce parce que le Tricolore, son
amphithéâtre et la division spectacles sont
plus rentables que tous pensaient ? Peut-être,
encore, que les frères Molson croient au projet
immobilier de Cadillac Fairview qui s’esquisse autour du
Centre Bell, George Gillett étant de mèche
avec ce promoteur.
Chose certaine, les Molson n’ont apparemment eu aucun mal
à financer cette acquisition. Ils ont levé
le nez sur le prêt de 7% à 9% que
Québec leur offrait, un taux pourtant sympathique
en récession.
Ils ont trouvé en BCE et la fami l le Thomson des
al l iés dans le club du « anybody but
Quebecor ». BCE, surtout, avait tout à perdre
de la vente de l’équipe au câblodistributeur.
Quebecor aurait usé de son accès aux matchs
et aux spectacles pour promouvoir son service sans fil et
rivaliser avec Bell Mobilité. L’entreprise aurait
tout fait pour casser le contrat de commandite qui donne
son nom au Centre Bell jusqu’en 2022. Et elle aurait pris
le relais du Réseau des sports en 2013 pour la
diffusion des parties de hockey. Or, RDS appartient
à CTVglobemedia, dont BCE détient encore 15%
des actions.
Pour la même ra ison, la richissime famille Thomson,
qui détient 40% de CTVglobemedia par l’entremise de
son holding Woodbridge, aurait été tout
aussi mécontente.
Les ennemis de mes ennemis ne sont-ils pas mes meilleurs
amis ?
Un club plus francophone, croit Guy Lafleur
« Je
pense que ça va enlever la peur que certains
joueurs ressentent à l’idée de venir
à Montréal », a dit l’ancien
numéro 10 des Canadiens.
Les Molson imprimeront vite leur marque sur le Canadien de
Montréal, croit Guy Lafleur. Le légendaire
attaquant estime que les nouveaux propriétaires
devraient favoriser la venue de joueurs francophones au
sein de l’organisation.
« J’ai l’impression qu’ils
vont tout faire pour que cette équipe soit
représentative de la ville, autant au niveau de
la glace qu’en dehors, a dit Guy Lafleur en marge d’une
séance d’autographes, hier. Il pourrait y avoir
plus de francophones. »
L’ancien numéro 10 connaît bien les Molson,
qui étaient propriétaires du club lorsqu’il
s’y est joint au début des années 70. La
famille, enracinée à Montréal depuis
plus de 200 ans, voudra restaurer le caractère
francophone de l’équipe, à l’image de la
métropole.
« J’ai l’impression qu’ils vont tout faire pour que
cette équipe soit représentative de la
ville, autant au niveau de la glace qu’en dehors, a-t-il
affirmé en marge d’une séance d’autographes,
hier. Il pourrait y avoir plus de francophones. »
Le Tricolore pourrait changer de look dans les prochains
jours, puisque plusieurs de ses joueurs, dont Saku Koivu,
Alex Kovalev, Alex Tanguay et Mike Komisarek, deviendront
des agents libres le 1er juillet. Guy Lafleur a bon espoir
que l’arrivée des nouveaux propriétaires
incitera d’éventuels joueurs autonomes à se
joindre à la formation.
« Je pense que ça va enlever la peur que
certains joueurs ressentent à l’idée de
venir à Montréal, a-t-il indiqué.
Dans mon cas, quand j’ai évolué pour la
famille Molson, on a toujours été
traités aux petits oignons. C’était vraiment
le fun de jouer pour des propriétaires comme
ça. »
Dickie Moore, qui a porté l’uni forme
bleu-blanc-rouge pendant 12 saisons, est encore plus
optimiste. « Ils vont gagner la Coupe Stanley !
» s’est-il exclamé lorsque rencontré
à la Marche du courage, un rassemblement annuel
contre le cancer de la prostate.
Le maire heureux
Le maire
Gérald Tremblay a également bon espoir que
les nouveaux propriétaires mèneront
l’équipe aux grands honneurs. Il se dit ravi que la
Sainte Flanelle ait été achetée par
des investisseurs québécois.
« Ça nous soulage, a-t-i l confié.
Quand on voyait qu’il y avait des gens de
l’extérieur du Canada qui étaient
intéressés, on avait des doutes sur le genre
de partenariats qui pouvaient être formés.
»
Joey Saputo, qui prenait part à la Marche du
courage avec MM. Moore et Tremblay, avait affiché
son intérêt pour le Canadien au début
du processus de vente. Mais le président de
l’Impact s’était retiré de la course.
« Le processus ne se déroulait pas comme je
le souhaitais », a-t-il résumé.
Il a félicité Geoff Molson pour avoi r
remporté la mise, et s’est dit « heureux pour
lui ».
« Si je me projette 40 ans dans le futur, si
j’étais dans la même position, je serais
heureux que mes enfants puissent acheter mon club avec
l’appui de la ville », a-til affirmé. Les
frères sont devenus la troisième
génération de Molson à deveni r propr
iétai res du Canadien de Montréal, samedi.
Ils ont battu au fil d’arrivée des consortiums
menés par Quebecor Media, Charles Bronfman et deux
investisseurs étrangers.
Le Fonds de solidarité de la FTQ a annoncé
qu’il fait partie de l’équipe qui a acheté
le club, confirmant les informations de La Presse. BCE est
aussi associé aux Molson, de même que le
groupe Thomson, un géant des médias.
« Nos 575 000 actionnaires deviennent par le fait
même actionnaires du Canadien de Montréal,
c’est une belle fierté », a indiqué
Josée Lagacé, porteparole du Fonds.
L’enracinement - YVES BOISVERT
Cette
génération de Molson incarne à
merveille la nouvelle génération des gens
d’affaires anglophones montréalais: bilingues,
profondément attachés à leur ville,
soucieux de son succès.
Il y a encore des gens à Montréal prêts
à payer trop cher pour quelque chose de
montréalais. Juste pour ça, pour cet acte de
foi dans l’avenir économique de Montréal,
l’achat du Canadien par les frères Molson est une
belle nouvelle pour ceux qui aiment la ville.
Quand on regarde à qui on a affaire, il y a une autre
belle nouvelle cachée pour Montréal. Cette
génération de Molson incarne à
merveille la nouvelle génération des gens
d’affaires anglophones montréalais : bilingues,
profondément attachés à leur ville,
soucieux de son succès.
L e s Mol s on , pou r t a nt , auraient pu mille fois
refaire leur vie ailleurs, à Toronto ou à New
York. Ça s’est vu, sous différents couverts
politiques et financiers, dans la communauté
d’affaires montréalaise, n’est-ce pas ? Chez ceux qui
n’ont pas digéré la montée du
nationalisme québécois et la montée en
puissance de la classe d’affaires francophone.
Geoffrey Molson, 38 ans, est de la septième
génération de Molson à Montréal.
Il a étudié aux États-Unis, s’est
marié avec une Américaine, a travaillé
dans de grandes sociétés aux ÉtatsUnis.
C’est donc par choix qu’il est revenu vivre ici. Ses enfants
vont à l’école française et,
clairement, il est plus qu’ouvert au fait français.
Son frère Andrew, 41 ans, a fait son droit à
l’Université Laval.
Quelle que soit la valeur de leur raisonnement
économique, voilà
Le génie du baloney
Mais voyez comme les temps changent. En 2001, aucun homme
d’affaires, aucune entreprise québécoise
n’était intéressée à mettre un
sou pour acheter le Canadien.
C’était pourtant la même équipe pleine
d’histoire et de mythes. Ce grand rassembleur intermittent
des Montréalais de toutes langues, religions, convic
t ions . . . La dernière conquête de la Coupe
n’avait que huit ans. Maurice Richard venait de mourir et
nous étions des dizaines de milliers à faire
la queue pour passer devant son cercueil. Je veux dire : le
lien affectif était fort avec cette équipe.
Mais personne, ici, ne paraissait en vouloir.
George Gillet, lui, était prêt à mettre
un sou. Pas tellement plus, mais tout de même un sou.
Quand il a acheté, personne ne prenait Gillett trop
au sérieux. Il avait l’air d’un cowboy en mal de
divertissement, lui qui sortait d’une faillite et qui
faisait ses affaires dans une entreprise d’empaquetage de
viande transformée.
Ça sentait un peu le baloney, son histoire.
Avez-vous oublié ?
Eh bien, ce matin, c’est lui le génie.
La brasserie Molson a vendu au plus bas, en 2001. Et les
frères Molson viennent d’acheter au plus haut en
2009. Je pose une question du dimanche matin: les
frères Molson sont-ils optimistes ou
émotifs? Dans les deux cas, mieux vaut des
acheteurs locaux.
Sauf que… autant on ne pouvait pas prévoir en 2001
que le hockey ferait le grand ménage des gens
éminemment mobiles économiquement et
socialement… mais qui ont choisi Montréal, et qui
viennent de le choisir encore davantage. Ils disent
aujourd’hui à tout le monde qu’ils prévoient
y prospérer.
Message reçu.
On était tellement content qu’il a eu le club,
l’édifice (et les droits de construire en hauteur),
l’usine à spectacles en ne versant que quelques
millions de dollars. La brasserie Molson et la Caisse de
dépôt ont financé l’affaire en plus.
Huit ans plus tard, tout le monde et les frères
Molson veulent acheter le Canadien. Gillet reprend son sou
et beaucoup d’autres au passage. dans ses finances en
déclenchant un lock-out… autant il est
présomptueux de penser que les années qui
viennent seront un fleuve sportif tranquille.
Cer tes , Montréa l restera Montréal. Mais
voyez-vous tous ces sièges vides, ailleurs? Ces
équipes soutenues à bout de bras par la
ligue, donc les équipes qui font de l’argent, donc
Montréal ? La faillite de Phoenix, les autres qui
menacent… Tous ces contrats de huit, 10, 12 ans. Ils ne
sont pas fous, les agents de joueurs. Ils voient bien que
les plafonds salariaux vont baisser, ils savent que c’est
l’année ou jamais de signer pour longtemps, au plus
fort. Ce modèle économique est-il vraiment
prometteur, ou ne va-t-il pas encore foncer tout droit
dans le mur?
Leprojet dePierreKarlPéladeau avait une
cohérence économique assez évidente.
Un empire de médias, qui comprendra bientôt
une chaîne spécialisée. Le
câble, la téléphonie mobile
bientôt, le divertissement. Tout cela semblait
s’intégrer brillamment. Il pouvait se permettre de
payer « trop cher » parce qu’il allait
profiter davantage de cette équipe qu’un simple
entrepreneur en transformation des sous-produits de la
viande, disons, comme M. Gillett le fut.
Dans le cas des Molson, c’est beaucoup moins clair.
D’autant qu’il s’agit de la famille, certes
associée de près à la brasserie, mais
tout de même à part.
Comme il n’y a pas de lien nécessaire entre la
propriété locale et le succès futur
de l’équipe.
Il y a cependant ceci, qui n’est pas sans
intérêt : le lien entre les
propriétaires, l’équipe, son histoire, sa
ville, et l’histoire de sa ville. C’est un acte
d’enracinement économique éloquent.
Le grand retour des Molson -
Jean-Pasca l Beaupré
La
propriété du Canadien revient en terre
québécoise. La famille Molson
récupère ainsi le joyau qu’elle avait
cédé à George Gillett au début
des années 2000. Bien qu’il n’était pas
essentiel que le Tricolore et le Centre Bell soient vendus
à des intérêts de chez nous, il s’agit
indéniablement d’une excellente nouvelle pour les
partisans.
L’attachement sentimental des Molson au Canadien ne date
pas d’hier : ils ont été
propriétaires de l’équipe pendant quatre
décennies. Sous leur houlette, le Canadien a
engrangé les Coupes Stanley et est devenu une
véritable dynastie du sport professionnel. Molson
rime avec tradition : ils ont le CH tatoué sur le
coeur.
Pour remettre le grappin sur la concession, les
frères Geoffrey, Andrew et Justin Molson ont
dû ouvrir leurs goussets pour triompher au
photo-finish. Jusqu’au fil d’arrivée, le clan
Quebecor et Stephen Bronfman leur auront livré une
dure bataille. Molson Coors détenant 19,9 % des
actions du club, des membres de la famille faisaient
partie du conseil d’administration du Canadien. En dernier
ressort, les liens étroits qui les unissaient
à M. Gillett ont dû peser lourd dans la
balance.
M. Gillett a toutes les raisons de sourire à
pleines dents. Comme nous l’avions souligné dans
nos pages lorsqu’il s’était dit disposé
à vendre l’équipe, il existait un danger
réel que les nouveaux acquéreurs soient
contraints de payer une « prime
québécoise » si plusieurs joueurs
financiers d’ici devaient s’affronter plutôt que de
faire front commun.
C’est
exactement ce qui s’est produit : trois groupes du
Québec se sont engagés dans une
compétition féroce qui a fait monter les
enchères. Si bien que, en langage de hockey, M.
Gillett a réussi un tour du chapeau. À
presque 600 millions, estime-t-on, la somme de la
transaction sera la plus élevée qui aura
été versée pour une franchise de la
Ligue nationale de hockey.
Pour Pierre Karl Péladeau, c’est une occasion en or
qui vient de lui glisser entre les doigts. Nul doute que
l’acquisition du Canadien aurait cadré à
merveille avec la stratégie de convergence de
Quebecor. La direction de RDS, qui retransmet les matchs
du Canadien, doit respirer mieux ce matin.
À défaut d’une Coupe Stanley, George Gillett
aura réussi à faire doubler la valeur du
Canadien. Il récolte les fruits de ses efforts
judicieux en marketing pour renforcer le sentiment
d’appartenance des Québécois à la
sainte Flanelle. Pas mal pour un propriétaire
américain ! Cela dit, il aura besoin de ses profits
substantiels pour renflouer ses finances chaotiques que la
crise économique a malmenées.
Bien qu’il s’en défende pour l’instant, il ne
serait pas surprenant que Serge Savard revienne au bercail
chez le Canadien. Ça mettrait du baume au coeur de
l’ancien directeur général qui avait
été cavalièrement mis à la
porte par le président Ronald Corey dans les
années 90.
Les frères Molson héritent d’une franchise
beaucoup plus solide que celle dont la famille
s’était elle-même départie il y a huit
ans. Les partisans inconditionnels s’attendent maintenant
à ce qu’ils bâtissent une équipe
susceptible d’aspirer à la Coupe Stanley, qui n’a
pas paradé dans la rue Sainte-Catherine depuis
maintenant 16 ans.
La vente, qui inclut aussi le Centre Bell et le Groupe Spectacles
Gillett,
LE
CANADIEN VENDU : UNE TRANSACTION D’AU MOINS 500 MILLIONS
... et la plus importante de l’histoire
du hockey professionnel
Les Molson ont aussi un partenaire inattendu,
confie-t-on à La Presse : le groupe Thomson, qui a fait
fortune dans les médias. David Thomson, le
président du conseil du groupe Thomson Reuters, est le
Canadien le plus riche. Il figure au 24e rang du
palmarès mondial des fortunes avec 13 milliards US.
Après des semaines de négociations, l’homme d’a
f fai res amér icain George Gillett a
cédé le Canadien de Montréal à la
famille Molson. Une entente de principe a été
rendue officielle, hier soir, scellant une transaction d’au
moins 500 millions, la plus importante dans l’histoire du
hockey professionnel.
Le prix du Canadien n’a pas été annoncé,
pas plus que les partenaires de la famille Molson. Selon nos
informations, la vente, qui inclut aussi le Centre Bell et le
Groupe Spectacles Gillett, tourne autour de 500 millions.
BCE est associé au groupe Molson, quoique de
façon minoritaire. Le Fonds de solidarité de la
FTQ, qui avait affirmé que son appui au consortium
mené par Quebecor Media n’était pas «
exclusif », participe également au montage
financier.
Les Molson ont aussi un partenaire inattendu, confie-t-on
à La Presse: le groupe Thomson, qui a fait fortune dans
les médias. David Thomson, le président du
conseil du groupe Thomson Reuters, est le Canadien le plus
riche. Il figure au 24e rang du palmarès mondial des
fortunes avec 13 milliards US.
Ces éléments ne seront confirmés qu’une
fois l’entente finalisée. La vente devra aussi recevoir
l’aval du Bureau des gouverneurs de la Ligue nationale de
hockey ( LNH), vers la fin du mois d’août.
Selon des sources fiables, les Molson partaient avec une
longueur d’avance, parce que l’appréciation de la
valeur du club au terme de la transaction avait un effet
direct sur la valeur de la participation de 19,9%
détenue par Molson-Coors.
George Gillett, un homme d’affaires du Colorado, a acquis
80,1% des parts du Canadien, le Centre Bell et la division
spectacles de Molson pour 275 millions en 2001.
« Notre famille est très fière d’avoir
été associée au club de hockey Canadien
au cours des huit dernières années, et
particulièrement d’avoir vécu l’année
centenaire de l’organisation, a déclaré George
Gillett par voie de communiqué. Je suis assuré
que les frères Molson, qui font partie de
l’héritage du club, vont assurer la préservation
et le développement de cette grande institution.
»
Les Molson ne prendront pas les commandes de l’organisation
avant que la vente ne soit entièrement conclue, a
indiqué leur porte-parole, Luc Beauregard. M. Gillett
demeure donc l’actionnaire majoritaire d’ici là.
Membre du conseil d’administration de Molson Coors, qui
détient déjà 19,9% des actions du
Canadien, Geoffrey Molson fait aussi partie du conseil du
Canadien. Lorsque la famille a annoncé son désir
d’acquérir le club, à la fin du mois de mai, il
avait indiqué qu’il ne participerait pas aux
délibérations des deux conseils relatives
à la vente de l’équipe.
Par voie de
communiqué, M. Molson s’est dit très heureux du
dénouement de la vente du club, et a reconnu sa «
valeur patrimoniale pour la communauté
montréalaise ». Il s’est aussi engagé
à « maintenir la tradition glorieuse du club tout
en travaillant avec la direction pour bâtir une solide
équipe sur la patinoire et viser à ramener
à Montréal la Coupe Stanley ».
La nouvelle de la transaction a été accueillie
favorablement par le commissaire de la LNH, Gary Bettman.
« Dans la mesure où ils ont été
capables de trouver des acheteurs qui sont à
l’évidence passionnés par le sport et de
préparer une transaction qui convient à toutes
les parties, c’est un grand plus pour la franchise et pour les
partisans de Montréal », a-t-il
déclaré à Las Vegas.
Outre les Molson, un consortium formé par Quebecor
Media, les Productions Feeling de René Angélil
et le Fonds de solidarité de la FTQ avait
annoncé publiquement qu’il avait déposé
une offre pour les propriétés de George Gillett.
L’homme d’affaires Stephen Bronfman était aussi sur les
rangs. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a
révélé que deux groupes étrangers
ont aussi tenté de mettre la main sur le club de
hockey.
Le consor t ium mené par Quebecor Media a refusé
de commenter la transaction, hier.
« Nous souhaitons laisser toute la place aux
frères Molson », a indiqué Isabelle
Dessureault, porte-parole de Quebecor Media.
Une transaction record
Jamais une équipe de la LNH n’a été
vendue si cher. Le précédent record appartenait
au Wild du Minnesota, vendu 225 millions de dollars
américains en 2008. Mais cette transaction n’incluait
pas une division spectacles, comme c’est le cas à
Montréal.
Les problèmes financiers de George Gillett ont souvent
fait la manchette dans les derniers mois. L’homme d’affaires
et son partenaire Tom Hicks ont contracté une dette de
655 millions dans le cadre de l’acquisition du club de soccer
anglais de Liverpool en 2007. Et le prêt vient à
échéance en juillet.
Malgré d’excellentes performances sur le terrain,
Liverpool a perdu 42,6 millions de livres (76 millions CAN)
l’année dernière. Le poids des
intérêts sur la dette était la principale
cause de ce déficit.
C’est précisément l’inverse dans le cas du
Canadien de Montréal, qui célèbre cette
année son 100e anniversaire. L’équipe a
déçu sur la glace, elle qui a été
éliminée en première ronde des
séries éliminatoires par les Bruins de Boston.
En revanche, le club est considéré comme l’un
des plus riches de la LNH. La revue Forbes lui a
accordé une valeur de 334 millions, en octobre dernier,
ce qui le plaçait au troisième rang dans la
ligue.
PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES
LA PRESSE
Jamais
une
équipe de la LNH n’a été vendue si
cher. Le précédent record appartenait au Wild
du Minnesota, vendu 225 millions de dollars
américains en 2008. Mais cette transaction n’incluait
pas une division spectacles, comme c’est le cas à
Montréal.
Un
rafraîchissant retour aux sources - Réjean
Tremblay
Le Canadien a été vendu aux trois frères
Molson et c’est une très bonne nouvelle. Je ne sais pas
pour vous, mais je tenais à ce que cette grande
institution québécoise redevienne une
propriété québécoise.
Les frères Molson sont de Montréal, ils ont grandi
et ont vécu à Montréal, ils ont
adopté un mode de vie montréalais et ils se sont
intégrés avec respect à la majorité
en parlant français tout en préservant leur
culture et leur identité.
En plus, les gamins que je voyais s’amuser au Forumdans les
belles années du Canadien sont devenus des hommes
d’affaires et des citoyens respectés qui ont gardé
leur amour de l’équipe. Ils feront de bons
propriétaires et ils sauront ramener cette
présence québécoise qui manque tant
à l’équipe et à l’organisation. C’est
normal, ils ont grandi et appris dans une organisation pour
laquelle le lien avec les partisans dans tout le Québec
et le reste du Canada était sacré. Ils vont exiger
qu’on retisse ce lien, j’en suis convaincu.
L’ignorance et le mépris ont fait leur temps.
Je suis content pour les Molson, mais je l’aurais
été tout autant si Quebecor et René
Angélil avaient pu acheter l’équipe. C’est certain
que les relations de travail auraient été
compliquées dans l’entourage de l’organisation, mais on
ne pouvait souhaiter l’échec pour un groupe qui avait la
chance de rapatrier l’équipe qui avait été
fondée pour servir les Canadiens français, comme
on appelait les Québécois à
l’époque.
Par ailleurs, on aurait pu se réjouir de la même
façon si Steven Bronfman avait réussi à
remporter les enchères. Lui aussi est un
Montréalais modèle. Comme dirait Pauline, mon oui
est inclusif.
Et en passant, il ne faut pas oublier de souligner le travail
impeccable de Jacques Ménard et de la BMO dans cette
histoire. Quant à Pierre Boivin, inutile d’en ajouter, un
président qui met 300 millions dans les poches d’un
propriétaire n’a pas besoin qu’on souligne son
mérite. Les faits parlent.
Et que dire de mes confrères de La Presse ! Ces deux mois
entre la primeur que le Canadien était en vente en avril
et l’annonce d’hier ont été des mois stressants et
très difficiles sur le plan professionnel.
L’équipe a réussi à couvrir le processus
sans se tromper sur les grands enjeux.
Disons que Sophie Cousineau aura attaché le grelot en
décembre, qu’on aura eu la primeur du mandat de Jacques
Ménard de vendre l’équipe et le reste en avril et
que Jean-François Bégin a conclu le tour du
chapeau dans l’édition d’hier.
Je le souligne parce que parfois, on a trop tendance à se
flageller quand on commet une erreur ou qu’on manque une
nouvelle.
Quand même étrange, George Gillett aura
passé sa dernière soirée à titre de
propriétaire de son Centre Bell assis près de ma
blonde. Gillett a fait la navette entre ses bureaux et le
ringside une bonne partie de la soirée. Je suis
allé m’asseoir près de lui, nous avons
discuté de ce qui se passait mais il ne voulait pas
commenter. Quand j’ai posé une question précise,
il m’a offert une gorgée de vin blanc de son verre
à bière en plastique. À une autre question
plus précise d’un confrère à propos de la
vente à Molson, il a seulement répondu que
c’était de la boulechite.
Effectivement, à 10 heures vendredi soir, ce
n’était pas encore réglé. Mais ce
n’était quand même pas de la boulechite. Des
dizaines et des dizaines d’avocats, de comptables et de
fiscalistes enfermés avec les gens de BMO poursuivaient
une ronde infernale de négociations.
Sur le plancher, George Gillett était joyeux et souriant.
Assis près d’une belle blonde, ça doit aider. Mais
l’idée d’empocher bientôt plus de 500 millions
devait aussi le rendre de belle humeur. Il aurait les fonds
nécessaires pour tenter d’éviter la faillite de
son empire.
C’est dans la nuit que les poignées de main ont
été échangées. Dans la
journée, on a préparé un communiqué
de presse émis vers 18 h. Ça s’est fait tellement
vite que la conférence de presse n’aura pas lieu avant
une semaine ou deux. Le temps de bien préparer tout le
monde.
« Il fallait agir comme ils l’ont fait. Il devait y avoir
1000 avocats et comptables engagés dans toutes les
négociations », m’expliquait Serge Savard hier
aprèsmidi. « Une fois que tu as prévenu les
candidats malheureux qu’ils n’auront pas le marché, le
secret professionnel tombe. Ce fut une belle lutte. Dès
le début, on savait que ça grimperait
jusqu’à 500 millions. On était prêts et
curieusement, le financement a été assez facile
à mettre en place. On savait que BCE serait dans le
décor. Je suis très heureux que ce soit les jeunes
Molson. Ce sont de bons petits gars », de souligner le
Sénateur.
Je lui ai posé la question. Et non, il n’a pas le
goût d’être directeur général du
Canadien : « Je ne me cherche pas un job, j’ai ce qu’il
faut dans la vie. Quand j’ai appuyé la famille Molson, je
l’ai fait sans condition. Mais s’ils ont besoin de moi, s’ils
sont intéressés à ce que je m’engage, ils
vont me le faire savoir. Je les ai vus grandir », de dire
Savard, qui était fort serein.
En tous les cas, il n’avait pas l’air d’un gars qui venait de
perdre…
J’ai reçu des photos du party des Penguins à la
résidence de Mario Lemieux. Certains fans ont la peau
sensible. Ils invoquent le souvenir de Maurice Richard pour
mieux s’indigner. Primo, la Coupe dans la piscine est une copie.
Et deuzio, ce n’est quand même pas un calice sacré…
Une famille passionnée de hockey
Une bonne
nouvelle pour les partisans, estiment Carbonneau et Tremblay
« Ils étaient au courant de beaucoup de choses, a
expliqué Guy Carbonneau. Est-ce qu’ils vont changer
certaines choses parce qu’ils sont propriétaires
maintenant? Ils sont les seuls à le savoir. »
La vente du Canadien de Montréal aux Molson est une
bonne nouvelle pour les partisans, estime l’ancien
entraîneur Guy Carbonneau, qui a vanté
l’engagement de la famille montréalaise à
l’endroit du club de hockey.
« On voulait avoir un propriétaire
québécois et qui a le Canadien de
Montréal à coeur. Je crois qu’on a les deux
», a résumé l’ex-entraîneur, joint
par La Presse.
Eric Molson était à la tête du T r i
colore l o r sque Guy Carbonneau a débuté sa
carrière au début des années 80. L’ancien
joueur de centre se dit certain que ses fils Andrew, Geoffrey
et Justin feront tout en leur possible pour offrir une
équipe gagnante aux partisans.
« Ils ont toujours été des gens
extraordinaires et ils ont toujours appuyé le Canadien
pour les bonnes raisons, a-t-il indiqué. Et je pense
que c’est ce que les garçons veulent essayer de
continuer. »
La t ransaction aura-t-elle un impact sur les
opérations hockey du Canadien? L’ancien
entraîneur l’ignore. Chose certaine, les
acquéreurs possédaient déjà 19,9%
du club avant la transaction.
« Ils étaient au courant de beaucoup de choses, a
expliqué Guy Carbonneau. Est-ce qu’ils vont changer
certaines choses parce qu’ils sont propriétaires
maintenant? Ils sont les seuls à le savoir. »
Questionné à savoir si la vente de
l’équipe relance le débat sur son statut au sein
de l’organisation, Guy Carbonneau a répondu: « Je
n’ai aucune idée, ce n’est pas à moi à
décider. »
Son ancien coéquipier, Mario Tremblay, jubile. «
Quelle belle nouvelle ! » s’est-il exclamé
lorsque joint par Progrès-Dimanche.
Le natif d’Alma était très proche d’Eric Molson,
le père des acquéreurs. Il décrit les
trois fils comme des « maniaques de hockey ».
Il souligne aussi que deux des frères Molson ont
déjà travaillé à Chicoutimi.
« Je ne peux dire les années exactes, mais ils
travaillaient pour Jean-Hugues Tremblay, à
l’époque, a-t-i l relaté. Ils ont appris le
français. Je les ai connus tout jeunes et aujourd’hui,
ils sont propriétaires du Canadien. Je suis tellement
heureux pour eux. »
Gestion courante
L’ancien directeur général Serge Savard, quant
à lui, croit que les Molson s’engageront dans la
gestion courante de l’équipe de hockey. Celui qui a
retiré une offre d’achat au profit du consortium
gagnant souligne que la famille a toujours été
passionnée par le sport.
« Le sénateur ( Hartland) Molson est venu
s’asseoir derrière le banc de l’équipe
jusqu’à sa mort, a-t-il indiqué. Les Molson ont
un grand passé dans le hockey et ils sont synonymes de
hockey. Ils achètent l’équipe pour le hockey.
»
Les Molson n’auront pas besoin d’un coup de pouce de
Québec
Québec n’aura pas à intervenir pour faciliter
la vente du Canadien à la famille Molson. Les
acheteurs ont réussi à se financer sans
recourir au coup de pouce proposé par le gouvernement
Charest, a indiqué hier le ministre des Finances,
Raymond Bachand.
Dans l’espoir d’encourager des Québécois
à acquérir le légendaire club de
hockey, Québec avait offert de consentir un
prêt pouvant aller jusqu’à 100 millions par
l’entremise d’Investissement Québec ou de la
Société générale de financement
(SGF).
Le prêt offert par le gouvernement portait un
intérêt de 7% à 9%. Mais tout indique
que les Molson n’en auront pas besoin, a dit M. Bachand. Ils
auraient obtenu des condit ions plus avantageuses
auprès d’un autre prêteur.
« On a fait l’offre, elle a été
très appréciée, et elle a même
aidé les négociations du consortium », a
affirmé le ministre, hier.
Le ministre
se réjouit
Grand amateur de hockey, Raymond Bachand s’est par ai l
leurs réjoui de voi r des Québécois
mettre l a main sur la sainte Flanelle, même s ’ i l
considère que George Gillet t éta it un
« excel lent propriétaire ».
Attachés à Montréal et au Canadien
Il fait valoir que la famille Molson, enracinée
à Montréal depuis 223 ans, a maintes fois
prouvé son attachement pour le Canadien et pour le
hockey. C’est d’ailleurs la troisième
génération de Molson à devenir
propriétaire de la franchise.
« Quand vous vivez dans la ville de l’entreprise dont
vous êtes propriétai re, vous êtes
très sensible à tout ce qui se passe autour
», estime Raymond Bachand.
Qui sont les trois frères Molson?
Qui sont
les trois frères Molson, issus de la
septième génération d’une puissante
dynastie...
Andrew Molson, aux
côtés de son père Eric, en mai
dernier.
Geoffrey E. Molson, 38 ans, vient d’être
nommé au conseil d’administration de Molson Coors.
Il a déjà admis qu’il était moins
réservé que son père, Eric H. Molson,
celui-là même qui vient de prendre sa
retraite de la présidence du CA de Molson Coors.
Geoffrey, qui est vice-président marketing de
Molson Canada depuis 2006, rêve d’occuper un jour le
poste que son père vient de céder à
Peter Coors. Mais, pour l’heure, ses aspirations sont
ailleurs. Lui et ses frères viennent de remettre le
Canadien entre les mains des Molson pour la
troisième fois.
Leur grand-père Thomas, de concert avec son
frère Hartland, a acheté le Tricolore en
1957. Et leur père Eric était parmi les
hauts dirigeants de la brasserie Molson quand elle a
racheté l’équipe des frères Bronfman,
en 1978.
Aujourd’hui, Geoff rey est membre du conseil
d’administration du Club de hockey Canadien, dont Molson
Coors détient toujours 19,9% des parts.
Grand amateur de hockey, Geoffrey Molson a fait ses
études universitaires à l’Université
St. Lawrence, dans l’État de New York, entre autres
parce qu’elle offrait un bon programme de hockey. C’est
d’ailleurs à St. Lawrence qu’il a rencontré
sa femme, originaire de Boston. « La seule condition
inscrite dans notre contrat de mariage est qu’elle ne peut
plus appuyer les Bruins », a-t-il déjà
raconté au magazine Les Affaires.
Titulaire
d’un MBA du Babson Col lege, Geof frey Molson a
travaillé pendant six ans dans diverses entreprises
américaines, dont Coca-Cola, avant de devenir
employé de Molson en 1999. Il a ensuite
lancé la filiale américaine de Molson
à Denver – avant la fusion avec Coors –, puis il
est revenu à Montréal, il y a trois ans.
Depuis, il suit de près les activités du
Tricolore, assistant chaque année à une
vingtaine de matchs de son équipe favorite.
Les enfants de Geoffrey Molson fréquentent
l’école française. « Je parle
français à mes enfants et je travaille
toujours en français à Montréal,
a-t-il raconté au magazine Les Affaires. Ça
a toujours été important pour ma famille
d’être bilingue. »
Ils connaissent bien Boivin
Andrew Molson est quant à lui vice-président
du conseil d’administration de Molson Coors. Mais il est
également vice-président du groupe-conseil
RES PUBLICA, la société mère de
National, le cabinet de relations publiques auquel il
s’est joint en 1997.
L’homme de 41 ans a étudié le droit à
l’Université Laval avant de devenir membre du
Barreau en 1994. Il a également un
baccalauréat en arts de l’Université
Princeton ainsi qu’une maîtrise en gouvernance
d’entreprise et en éthique des affaires de
l’Université de Londres.
Andrew Molson s’engage dans les activités du
musée McCord, de l’Université Concordia et
de la Fondation de l’hôpital SainteJustine. C’est
à ce dernier titre qu’il est appelé à
côtoyer Pierre Boivin, l’actuel président du
Canadien. Tandis que c’est au sein du conseil
d’administration du club que son frère Geoffrey
s’est familiarisé avec M. Boivin.
On sait peu de choses du cadet de la famille, Justin
Molson. Il est architecte paysagiste au Vermont, où
il vit en compagnie de sa famille.
George
Gillett
mi-figue, mi-raisin
L’homme d’affaires est plus riche de plusieurs
millions, mais déçu de perdre
l’équipe
George Gillett venait de descendre d’avion à
Denver lorsqu’il a retourné l’appel de La
Presse à la suite de la confirmation de
l’entente de principe reliée à la vente
du Canadien à la famille Molson.
George Gillett a
souligné qu’il était triste de savoir
que ses jours à titre de propriétaire
du Canadien sont maintenant officiellement
comptés, lui qui a acheté
l’équipe en 2001 (notre photo).
Enc o r e pr o pr i é t a i r e du Tricolore,
M. Gillett a indiqué que ses sentiments
étaient partagés entre la joie d’avoir
conclu un grand coup sur le plan des affaires, mais
d’avoir perdu une équipe qu’il aimait.
S’il a échappé un petit fou rire
lorsqu’on lui a demandé de confirmer la valeur
de la transaction, M. Gillett a aussi mentionné
qu’il était triste de savoir que ses jours
à titre de propriétaire du Canadien sont
maintenant officiellement comptés.
« Oui, c’est beaucoup d’argent », a-t-il
d’abord souligné, avant de couper court aux
réponses officielles.
« Je ne peux parler officiellement pour
l’instant . Nous avons une entente, c’est vrai. Mais
il faudra encore quelques semaines – peut-être
plus d’un mois – avant que toutes les facettes de
l’entente aient été véri
fiées et contre-véri fiées. C’est
à ce moment que la vente sera confirmée.
Et j ’attendrai ce moment pour répondre aux
quest ions. Je suis rentré à Denver pour
passer un peu de temps à la maison avec mon
épouse et je serai de retour à
Montréa l plus ta rd cette semaine pour la
réunion des gouverneurs et le repêchage.
Je vais continuer de m’occuper de l’équipe,
mais je resterai à distance des journalistes,
car je ne peux rien dire de plus tant que la
transaction ne sera pas conclue », a
ajouté celui qui a acquis, en 2001, le Canadien
et l e Cent r e Mol son pou r 275 millions.
« Les derniers mois ont été
difficiles. Particulièrement les derniers jours
alors que nous avons travaillé très fort
pour conclure la transaction. Nous avons
travaillé toute la soirée vendredi et
c’est au cours de la nuit que nous nous sommes
entendus sur les paramètres de l’entente de
principe. Je veux prendre un peu de recul maintenant,
laisser le dossier se régler avant de
rencontrer la presse dans quelques semaines » ,
a conclu M. Gillett.
Et le FC Liverpool ?
Il sera maintenant intéressant de voir si la
vente confirmée du Canadien et l’importance de
la transaction permettront à George Gillett de
prolonger son aventure à la tête du FC
Liverpool en Grande-Bretagne.
C’est à cause d’ennuis importants de
liquidités, encourus après l’acquisition
du mythique club de soccer anglais avec son
associé et propriétaire des Stars de
Dallas dans la LNH, Tom Hicks, que M. Gillett a
été contraint de vendre le Canadien.
Cette transaction devrait lui permettre de rembourser
ou de refinancer l’emprunt réalisé pour
acquérir les Reds de Liverpool.
L’incapacité de rembourser cette dette, dont
l’échéance tombera dans tout juste un
mois, aurait pu entraîner la perte pure et
simple de l’équipe de soccer.
LES MOLSONN’ONT PAS PAYÉ TROP CHER
- Vincent Brousseau-Pouliot
Des
experts ne sont pas surpris de la somme de 500millions
US déboursée
pour l’achat du Canadien
Cinq cents millions US. C’est beaucoup d’argent pour
une équipe de hockey, mais cette transaction
record n’étonne pas Michael Rapkoch, un
évaluateur financier qui a travaillé
pour George Gillett lors de l’achat du Canadien en
2001.
« À 300 millions, j’aurais
été surpris. À 600 millions,
j’aurais été surpris. Mais à 500
millions, je ne suis pas surpris », dit le
président de Sports Value Consulting, une firme
du Texas qui a évalué des équipes
sportives professionnelles pour une soixantaine de
clients au cours des 10 dernières
années.
Bien sûr, son ancien client, qui a acheté
80,1% du Canadien et du Centre Bell pour 275
millionsCAN en 2001, fera un profit
considérable à la clôture de la
transaction, à la fin août. Mais Michael
Rapkoch estime tout de même que la famille
Molson n’a pas payé trop cher pour l’empire
montréalais de George Gillett. « La
famille Molson n’a pas payé trop cher, dit-il.
Elle a une bonne idée de valeur de
l’équipe puisqu’elle s’y est impliquée
depuis longtemps et qu’elle connaît bien les
dirigeants, des gens de qualité comme le
président Pierre Boivin et son bras droit aux
finances, Fred Steer. »
L’évaluation financière d’une
équipe sportive professionnelle n’est pas une
mince tâche, prévient Michael Rapkoch.
« C’est plus un art qu’une science »,
dit-il. Un art qui dépend davantage des revenus
et de la capacité d’emprunt de l’équipe
que de la simple multiplication des profits comme
n’importe quelle société inscrite en
Bourse. « Les profits sont importants, mais les
acheteurs se basent davantage sur les revenus pour
déterminer la valeur d’une équipe, dit
Michael Rapkoch. On évalue plusieurs c r
itères, dont la durée des contrats des
loges, la demande pour les abonnements, les
données économiques
générales du marché de
l’équipe. »
« Au hockey et au basket, les profits varient
trop d’année en année selon la
participation de l’équipe aux séries
», ajoute Marc Ganis, président de
SportsCorp, une firme de Chicago
spécialisée dans la consultation
sportive.
Selon les deux experts, le meilleur indicateur de la
valeur d’une équipe reste sa capacité
d’emprunt. Il s’agit en quelque sorte de la valeur
attribuée à l’équipe par les
institutions financières. « Bien des
équipes qui perdaient de l’argent ont
été vendues à des prix
intéressants parce qu’elles avaient des actifs
qui leur permettaient d’emprunter », explique
Marc Ganis.
Dans
le cas du Canadien, la LNH lui permet
d’hypothéquer la moitié de sa valeur
(édifice compris). Selon nos informations, le
Canadien et le Centre Bell sont
hypothéqués à hauteur d’environ
250 millions. Selon ce calcul, George Gillett pouvait
espérer obtenir jusqu’à 500 millionsCAN
pour son équipe de hockey.
Plus-value
Plusieurs facteurs ont contribué à faire
monter les enchères pour le Canadien, qui
aurait été vendu pour environ 575
millionsCAN (500 millions US). « Des
équipes comme le Canadien de Montréal,
qui transcendent leur sport, ne se retrouvent pas
souvent sur le marché, dit Marc Ganis. Il y a
donc forcément une plus-value pour
acquérir une équipe de la trempe du
Canadien. »
La concurrence féroce entre BCE et Quebecor
dans le secteur des télécommunications a
aussi joué un rôle dans les
négociations. « Il y a un prix
supplémentaire à payer pour
empêcher un concurrent d’acheter », dit
l’économiste montréalais Pierre Emmanuel
Paradis, de la firme Groupe d’analyse.
George Gillett aurait pu obtenir encore plus d’argent
pour son équipe de hockey si le marché
du crédit ne s’était pas resserré
depuis l’été 2007. « Dans un
meilleur environnement économique,
l’équipe aurait pu être vendue plus cher,
dit Marc Ganis. Peut-être même 100
millions plus cher. »
Paradoxalement, l’accessibilité réduite
au crédit a été l’une des raisons
qui ont forcé George Gillett à se
départir du Canadien de Montréal.
L’homme d’affaires américain éprouve des
problèmes de liquidités avec le
Liverpool FC, son équipe de soccer en
Angleterre. M. Gillett et son partenaire Tom Hicks
doivent renégocier une dette de 350 millions de
livres sterling (660 millionsCAN) en juillet.
VENTE DU CANADIEN Le clan Molson doit verser
beaucoup moins que 633 millions - Francis Vailles
En
achetant le Canadien, le clan Molson accepte de
prendre à sa charge la dette du Canadien et
du Groupe spectacles Gillett, de même que
l’hypothèque du Centre Bell.
Question piège : combien doivent verser les
frères Molson et leurs partenaires pour
mettre la main sur le Canadien et le Centre Bell
dans cette transaction évaluée
à 633 millions ? Réponse : 283
millions.
En apparence, i l y a une contradiction entre la
valeur de la transaction et cette réponse,
mais dans les faits, il n’en est rien. C’est que le
prix payé par le clan Molson englobe la dette
de l’organisation du Canadien, évaluée
à environ 350 millions de dollars, selon nos
sources.
Autrement dit, en achetant le Canadien, le clan
Molson accepte de prendre à sa charge la
dette du Canadien et du Groupe spectacles Gillett,
de même que l’hypothèque du Centre
Bell. Pour combler les attentes de George Gillett et
battre les autres offrants pour les Glorieux, les
Molson et leurs partenaires ont donc mis environ 283
millions sur la table, nous explique-t-on.
Vue sous cet angle, l’acquisition du club de hockey
apparaît moins hors de portée pour la
famille Molson. D’autant plus que les Molson se sont
adjoint de solides partenaires en Bell Canada et la
riche famille Thompson, copartenaires de
CTVglobemedia, qui possède le Réseau
des sports (RDS), diffuseur des matchs du Canadien.
Dans le milieu des affaires, cette façon de
présenter une transaction n’est pas
exceptionnelle. Lorsque la caisse de retraite
ontarienne Teachers’ a gagné la mise pour
Bell en 2008, tous parlaient d’une transaction de
51,7 milliards de dollars. Or, cette somme
comprenait la prise en charge de la dette de 16,9
milliards de l’entreprise de
téléphonie. La transaction a
finalement avorté, comme chacun sait.
Cela dit , d’où vient cette énorme
dette de 350 millions de dollars contractée
par George Gillett ? Essentiellement, elle vient
de trois sources. D’abord, le Centre Bell serait
hypothéqué à hauteur de 200
millions et le club de hockey lui-même,
à 50 millions, a écrit La Presse au
début mai sur la foi de deux informateurs
fiables.
D’ailleurs, en 2006, l’hebdomadaire
américain SportsBusiness Journal affirmait
qu’un consortium bancaire dirigé par CIT
Financial avait accepté d’octroyer 240
millions US à Gillett pour refinancer le
club, la division Sports et spectacles et le
Centre Bell. Ces 240 millions US
équivalaient à environ 275 mill ions
CAN à l ’époque, mais George Gillett
s’était alors versé un dividende
important, selon l’hebdomadaire.
La dernière portion de la dette origine
d’une entente avec le financier américain
JP Morgan Chase concernant les versements que Bell
fait pour voir son nom accolé à
l’amphithéâtre. Depuis 2003, les
versements annuels de Bell, d’environ 5 millions,
vont dans les coffres de la banque
américaine plutôt que dans ceux du
Canadien. Cette entente de 20 ans et 100 millions
court jusqu’en 2023.
Encontrepartie, JPMorgan a accepté de
verser entre 50 et 70 millions au Canadien
dès 2003. Cette somme correspond à
une dette, puisqu’en cas de défaut de
paiement de Bell, c’est le Canadien qui sera tenu
de rembourser les millions empruntés
à JP Morgan.
Bref, les frères Molson et leurs
partenaires verseront environ 283 millions, nous
explique-t-on, en plus d’assumer les dettes de
quelque 350 millions. Un informateur soutient que
cette somme peut varier en fonction des
résultats du litige avec la Ville de
Montréal concernant le compte
d’impôts fonciers.
Il semble que ces 283 millions serviront à
rembourser la Royal Bank of Scotland concernant
l’emprunt pour le club de soccer Liverpool FC, au
Royaume-Uni. En janvier, le tandem George Gillett
et Tom Hicks devait 313 millions de livres
sterling à la Royal Bank, ce qui
équivalait à environ 560 millions de
dollars canadiens. La part de Gillett serait de
280 millions.
LES ACTIVITÉS DU BRASSEUR AU BEAU FIXE À
MONTRÉAL - Maxime Bergeron
La
fusion avec Coors n’a pas ébranlé les
fondations de l’entreprise
Les frères Molson ont atterri au centre de
l’actualité le week-end dernier en rachetant
le club de hockey Canadien. Mais comment se porte le
brasseur fondé en 1786 par leurs
ancêtres, cinq ans après sa «
fusion d’égaux » avec
l’américain Coors?
Assez bien, s’il faut en croire la direction, les
syndiqués et les analystes. Molson Canada –
la division canadienne de la nouvelle entité
Molson Coors – compte toujours autant
d’employés et de vice-présidents
qu’avant la fusion annoncée en juillet 2004,
affirme Marieke Tremblay, vice-présidente aux
affaires corporatives.
« Les postes de vice-présidents de
Molson inc. basés à Montréal
avant la fusion sont pratiquement tous encore
existants : soit ils ont été
transférés en postes au sein de Molson
Canada ou de Molson Coors, soit il y en a de
nouveaux », a-t-elle indiqué dans un
courriel à La Presse Affaires.
Molson Canada emploie au total 3000 personnes, dont
1800 à 2000 travaillent au Québec
selon la saison. Un nombre inchangé depuis la
f usion, soutient l’entreprise.
Stéphane Lacroix, porte-parole de la section
locale 1999 des Teamsters, qui représente les
employés d’usine de Montréal, confirme
que la transaction n’a « pas changé
grand-chose ».
« On n’a rien à dire contre et rien
à dire pour, dans la mesure où il n’y
a eu aucun impact négatif à l’usine de
Montréal, a dit M. Lacroix. De façon
générale, on produit encore toutes les
mêmes bières, sauf la Blue Moon.
»
La production de la Blue Moon, vendue seulement aux
ÉtatsUnis, a été
transférée au sud de la
frontière à la fin de l’an dernier. En
conséquence, Molson Canada a dû
licencier 120 personnes à Montréal par
des départs à la retraite, mais
l’entreprise a en parallèle
créé 100 postes permanents pour ses
plus jeunes travailleurs.
Plus de Coors, moins de Molson
Du côté des livreurs, les conditions de
travail sont demeurées les mêmes...
même si les marques de bières vendues
ont bien changé. L’entreprise mise plus sur
la bannière Coors que sur les produits Molson
depuis la fusion, selon Pierre Gingras,
président de la section locale 501 des
Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation
et du commerce.
« C’est Coors Light, autrement dit, qui est
dorénavant le véhicule au
Québec pour Molson », a affirmé
M. Gingras, qui représente quelque 200
livreurs et employés de laboratoires au
Québec.
Dans
l ’ensemble, la transaction finalisée en 2005
a été bénéfique tant
pour Molson que pour Coors, selon l’analyste Pat
Palozzi, de la firme Beutel Goodman& Company,
qui suit de près la société.
« La fusion a été positive dans
son ensemble selon moi: elle a permis de livrer les
économies d’échelle prévues et
la transition entre les deux équipes de
direction s’est faite tout en douceur », a dit
M. Palozzi, joint à Toronto.
Et qu’en est-il du siège social «
double » partagé entre Montréal
et Denver au Colorado ? Rien n’a bougé depuis
la conclusion de l’alliance en 2005, affirme la
porte-parole de Molson Coors.
Bureaux à Montréal
Eric Molson, président émérite,
Andrew Molson, vice-président du conseil, et
Geoff Molson, ont toujours leurs bureaux dans la
métropole québécoise. «
Les autres dirigeants de Molson Coors travaillent
majoritairement de Denver mais sont
régulièrement à Montréal
», a dit Marieke Tremblay.
Les assemblées annuelles sont toujours tenues
en alternance à Montréal et Denver,
a-t-elle ajouté.
La plupa r t des décisions importantes qui
touchent Molson Canada sont encore prises au pays,
d’après Pat Palozzi. « La division
canadienne continue d’être celle qui
génère le plus de profits. Le Canada
sera toujours très important pour cette
société. »
Par ailleurs, la fusion récente entre Molson
Coors et le brasseur Miller au sud de la
frontière viendra accroître de beaucoup
la présence du groupe dans le marché
américain, a ajouté l’analyste.
M. Palozzi prévoit une croissance nulle ou
légèrement positive des ventes de
bière de Molson Coors cette année,
dans le marché « mature mais
très stable » de l’Amérique du
Nord.
Le volume mondial de bière vendu par
l’entreprise a reculé de 2,7% au premier
trimestre de 2009. Il avait déjà
baissé de 4,2% l’an dernier.
Les profits de Molson Coors ont fléchi de 22%
en 2008, à 388 millions de dollars US. Le
titre de l’entreprise a clôturé
à 42,01$ hier à la Bourse de New York,
en baisse de 2,4%. L’action a reculé de 14%
depuis le début de l’année.
Le banquier du Canadien
n’écarte pas la faillite - Vincent
Brousseau-Pouliot
Il n’y aurait aucun impact immédiat sur les
activités de l’équipe
CIT
Le Canadien est un débiteur de CIT, pas un
créditeur. La seule différence en cas de
faillite, c’est d’envoyer le chèque mensuel au
syndic et non à CIT. »
Malgré un sauvetage in extremis de 3 milliards
US, le banquier du Canadien de Montréal et du
Centre Bell n’écarte pas la possibilité
de déclarer faillite. Un scénario qui ne
compliquera pas et qui ne retardera pas la vente de l
’équipe, assure la famille Molson.
« Ça ne change pas les horizons de la
transaction », dit Luc Beauregard, porte-parole
de la famille Molson, qui a conclu une entente de
principe pour l’achat du Canadien de Montréal,
du Centre Bell et du Groupe Spectacles Gillett. La
transaction, dont la valeur est estimée entre
575 et 633 millions $ CAN selon nos sources, doit
être officialisée au cours de
l’été.
L’institution financière américaine CIT,
qui détient une hypothèque de 350
millions sur le Centre Bell et le Canadien de
Montréal depuis 2006 selon nos sources,
éprouve de graves problèmes de
liquidités depuis plusieurs mois. Lundi, elle a
obtenu 3 milliards US grâce à une
émission d’obligations. Hier, le banquier du
Canadien de Montréal a admis que ce financement
ne sera peut-être pas suffisant et que
l’entreprise pourrait être forcée de
déclarer faillite prochainement.
L’institution financière, qui se
spécialiste dans les prêts aux PME,
aurait aimé être sauvée par le
gouvernement fédéral, mais Washington a
refusé.
La faillite de CIT n’aurait aucun i mpact i
mmédiat sur les activités du Canadien de
Montréal, selon un avocat montréalais
spécialisé dans les questions de
financement bancaire. « Comme l’argent a
déjà été versé par
CIT au Canadien, il n’y a pas de problème. Le
Canadien est un débiteur de CIT, pas un
créditeur. La seule différence en cas de
faillite, c’est d’envoyer le chèque mensuel au
syndic et non à CIT », dit cet avocat
sous le couvert de l’anonymat.
La
Royale
De toute façon, CIT pourrait bien en être
à ses dernières semaines comme banquier
du Canadien de Montréal. Plusieurs experts
consultés par La Presse Affaires estiment que
les frères Andrew, Geoff et Justin Molson et
leurs partenaires (BCE, David Thompson et le Fonds de
solidarité de la FTQ) emprunteront à des
banques canadiennes. Le cas échéant, ils
rembourseraient la balance du prêt de 350
millions octroyé par CIT à George
Gillett en 2006.
« Habituellement, la banque qui finance les
acheteurs rembourse l’ancien prêteur et fait
elle-même le nouveau prêt. Les banques
canadiennes ne sont pas habituées de faire des
prêts dans le milieu du sport professionnel,
mais on a vu dans ce dossier que le Canadien n’est pas
une équipe de sport professionnel comme les
autres. Une banque canadienne ne prêtera pas aux
Padres de San Diego, mais au Canadien de
Montréal oui », dit l’évaluateur
financier Michael Rapkoch, président de Sports
Value Consulting, une firme du Texas qui a notamment
travaillé pour George Gillett lors de l’achat
du Canadien en 2001. Plusieurs banques canadiennes
pourraient se partager le titre de banquier du
Canadien en raison des sommes en jeu, mais la Banque
Royale part favorite pour assurer le rôle du
banquier principal en raison de ses liens avec la
famille Molson, selon un avocat montréalais
spécialisé dans les questions de
financement bancaire. « La Banque Royale est
réputée comme la banque des Molson.
Avant la fusion avec Coors, Molson faisait la plupart
de ses grosses transactions avec la Royale »,
dit-il sous le couvert de l’anonymat.
Le consortium dirigé par la fa mille Molson
pourra aussi négocier un nouveau prêt
avec CIT, qui a financé d’autres équipes
de la LNH comme les Oilers d’Edmonton, les Devils du
New Jersey, les Predators de Nashville et les
Sénateurs d’Ottawa, selon le quotidien
torontois The Globe and Mail.
Le directeur de la division du financement sportif de
CIT, Gordon St-Denis, n’a pu répondre aux
questions de La Presse Affaires hier. M. St-Denis est
diplômé de l’Université Concordia
et travaille au bureau new-yorkais de CIT.
Le titre du Groupe CIT a gagné 9,6 % (12 cents)
hier afin de clôturer la séance à
1,37 $ à la Bourse de New York. Le titre avait
clôturé à 41 cents jeudi dernier.
Le Canadien aura un nouveau banquier
- Vincent Brousseau-Pouliot
Le Canadien de
Montréal sera méconnaissable la saison prochaine.
Nouveaux joueurs vedettes. Nouvel entraîneur. Nouveaux
propriétaires. Même les banquiers seront
remplacés.
L’institution
financière américaine CIT, qui agit à titre
de banquier du Canadien depuis 2006, ne sera pas le
prêteur de la famille Molson. « Nous avons des
arrangements avec d’autres institutions financières, mais
nous préférons ne pas commenter à ce
moment-ci », dit Luc Beauregard, porte-parole de la
famille Molson. La transaction, dont la valeur varie entre 575
et 633 millions de dollars selon nos sources, doit être
conclue avant le 31 août.
Citant des sources bien informées dans le milieu du
hockey et de la finance, le Sports Business Journal a
avancé lundi que CIT aurait promis de financer les Molson
avant de se retirer du dossier. La volte-face de CIT, qui est au
bord de la faillite, ne compromettrait pas la vente du Canadien
aux frères Andrew, Geoff et Justin Molson et à
leurs partenaires minoritaires ( BCE, le Fonds de
solidarité FTQ et la famille Thomson par l’entremise de
sa société d’investissement Woodbridge
Company).
Selon le Sports
Business Journal, l’un des banquiers de la famille Molson
serait l a Banque de Montréal, qui avancerait 250
millions, mais celle-ci dément la nouvelle. «
Ce n’est pas BMO qui financera les Molson », a dit
Ronald Monet, porte-parole de la banque.
Dans les milieux financiers montréalais, le nom de la
Banque Royale circule comme futur banquier du Canadien de
Montréal en raison de ses liens de longue date avec
la famille Molson. « La Banque Royale n’a pas
l’habitude de financer des transactions sportives, mais elle
est réputée comme la banque des Molson. Avant
la fusion avec Coors, Molson faisait la plupart de ses
grosses transactions avec la Royale », a dit, sous le
couvert de l’anonymat, un avocat montréalais
spécialisé en financement bancaire.
La Banque
Royale n’a pas indiqué si elle était dans les
rangs afin de devenir le prochain banquier du Canadien de
Montréal. « Nous ne ferons pas de commentaires
à ce sujet », dit Raymond Chouinard,
porte-parole de la Banque Royale.
Pour l’instant, une seule certitude : CIT ne sera pas le
banquier du Canadien au début de la prochaine saison.
Au cours des dernières années, CIT est devenue
l’un des banquiers les plus influents du hockey
professionnel. Il finance notamment les Devils du New
Jersey, les Sénateurs d’Ottawa, les Predators de
Nashville et les Oilers d’Edmonton. CIT est devenu le
banquier du Canadien de Montréal en 2006,
succédant à la Caisse de dépôt et
placement du Québec.
Spécialiste des prêts aux PME, CIT est
aujourd’hui au bord de la faillite. L’institution vieille de
101 ans a vu sa demande de plan de sauvetage rejetée
par l’administration Obama, mais elle a été
sauvée in extremis la semaine dernière
grâce à une émission d’obligations de 3
milliards US. Le titre de CIT, qui a perdu 91% de sa valeur
depuis un an, a clôturé la séance d’hier
à 78 cents US, en baisse quotidienne de 2,5 % (2
cents US), à la Bourse de New York.
Minuit moins cinq pour le CH -
Jean-François Bégin
Un
dénouement semble imminent dans le romanfeuilleton de
la vente du Canadien. Selon des informations obtenues hier de
source bien informée, les tractations entre la famille
Gillett et les acheteurs potentiels en sont à la phase
« des ultimes marchandages ». « C’est en ce
moment que ça se passe. On en est aux derniers
échanges, comme dans toute négociation du genre.
On est dans les derniers soubresauts de la fin, dans la
dernière ligne droite », a assuré à
La Presse une source proche du dossier.
Dans son numéro à paraître lundi, le
SportsBusiness Journal ( SBJ), une publication
américaine spécialisée, rapporte de son
côté qu’un accord de vente du Canadien et du
Centre Bell, pour une somme de 506 à 537 millions US
(574 à 610 millions CAN), pourrait être
annoncé dès le week-end prochain.
L’intention de George Gillett serait de conclure la
transaction avant le repêchage de la Ligue nationale,
qui a lieu le vendredi 26 à Montréal. La
séance de sélection sera
précédée mercredi d’une réunion du
conseil des gouverneurs de la Ligue.
Il n’a pas été possible de savoir lesquels des
acheteurs potentiels sont toujours dans la course, mais une de
mes sources et une autre de mon collègue William
Leclerc, de notre bureau d’Ottawa, affirment que la famille
Molson est toujours dans le coup. Outre les Molson, un
consortium formé de Quebecor Media, des Productions
Feeling de René Angélil et du Fonds de
solidarité de la FTQ a annoncé publiquement
qu’il avait déposé une offre, la semaine
dernière. L’homme d’affaires montréalais Stephen
Bronfman est également sur les rangs et des groupes
américains se seraient aussi montrés
intéressés.
Si la somme
avancée par le SBJ est conforme à la
réalité, elle établirait un nouveau
record pour une transaction concernant une équipe de la
LNH. George Gillett obtiendrait une spectaculaire
rentabilité de l’investissement qu’il a fait en
achetant le Canadien, son amphithéâtre et la
division spectacles de Molson pour 275 millions CAN, en 2001.
Jusqu’ici, les estimations les plus optimistes faisaient
plutôt état d’une valeur globale d’un
demi-milliard de dollars canadiens.
Il semble cependant évident que Gillett n’empochera pas
tout cet argent, car le Canadien et le Centre Bell
traînent une lourde dette qui devrait normalement
être assumée par l’acheteur. Le mois dernier, La
Presse Affaires a rapporté que cette dette se chiffrait
à 250 millions, dont une hypothèque de 200
millions liée au Centre Bell.
Quoi qu’il en soit, et même si une source citée
par le SBJ n’écarte pas la possibilité que
Gillett, 70 ans, ne vende qu’une part minoritaire de ses
actifs montréalais, la fin du règne de l’homme
d’affaires américain semble plus que probable. Avec
plusieurs acheteurs potentiels dans le coup, le marché
est idéal pour un vendeur – a fortiori pour un vendeur
qui affirme, comme l’a fait M. Gillett, qu’il a l’intention de
laisser ses finances en règle à ses fils.
En effet, rien ne garantit que Gillett trouvera autant
d’intéressés s’il décide de conserver le
Canadien, le Groupe spectacles Gillett et le Centre Bell
encore quelques années. De plus, grâce au
remarquable travail de mise en marché fait par son
groupe au cours des huit dernières années, la
valeur de ses propriétés n’est probablement pas
loin de son sommet: tous les matchs du Canadien sont
déjà disputés à guichets
fermés et les spectacles se succèdent à
un rythme fou. Difficile de faire mieux.
Enfin, la froide réalité financière
pourrait le forcer à se départir d’une
équipe pour laquelle son affection et son enthousiasme
n’ont jamais été mis en doute. Un prêt de
655 millions consenti par la Royal Bank of Scotland à
Gillett et à son partenaire Tom Hicks pour
l’acquisition du club de football de Liverpool est exigible
à la fin du mois de juillet. L’horloge tourne.
Que le meilleur gagne! - RÉJEAN
TREMBLAY
C’est le
capitalisme qui s’exprime dans son essence », s’est
exclamé hier un des acteurs principaux de la grande
bataille que se livrent les grandes corporations pour mettre la
main sur le Canadien.
Il faisait allusion à la guerre de tranchées entre
Quebecor et BCE, deux grandes entreprises qui ont leur
siège social à Montréal. Les deux
entreprises de communications ont des intérêts
énormes à défendre et des retombées
tout aussi importantes à aller chercher dans cette
guerre. Sans parler des profits du joyau de Gillett.
Bell a
racheté le nom du Centre Molson il y a quelques
années. À l’origine, c’était un contrat de
100 millions pour 20 ans. On sait que George Gillett a
escompté le contrat à New York pour une somme au
comptant d’environ 70 millions. La meilleure façon pour
BCEde protéger son acquis est évidemment de mettre
la main sur le Canadien, le Centre Bell et le Groupe Gillett.
Comme c’est la meilleure façon de protéger
l’investissement de la compagnie dans RDS. Hier, un autre acteur
dans le feuilleton a été limpide : «
Penses-tu que Pierre Karl Péladeau va endurer RDS dans
ses platebandes s’il achète le Canadien? » a
demandé mon interlocuteur.
Il se peut toujours qu’un groupe américain ou
étranger mette la main sur le Canadien. On connaît
au moins un troisième acteur qui est
représenté à Montréal par l’avocat
et banquier Michael Fortier. Et il est tout aussi actif. Mais
pour l’instant, BCE-Savard et Quebecor semblent en bonne
posture. C’est quand même rassurant de voir que deux
groupes québécois et canadiens sont en mesure de
rapatrier une institution aussi vitale que le Canadien. «
Il y a 10 ans, aucune entreprise n’avait été en
mesure d’acheter le Canadien. On l’a laissé partir
à un prix d’aubaine. Cette fois, malgré les
circonstances financières difficiles, on a deux
compagnies qui sont au plus fort de la lutte. Pour moi, c’est
déjà valorisant. Il faut juste espérer que
la meilleure entreprise réussisse », a dit un
personnage engagé dans le dossier.
Les informations circulent au compte-gouttes. Pour obtenir une
certitude, il faut souvent joindre trois ou quatre sources et
garantir l’anonymat absolu. Juste dans la journée d’hier,
j’ai pu valider des infos auprès de trois acteurs
importants dans la vente.
C’est le 25
juillet que George Gillett doit rembourser certains de ses
prêts.
suite de la page 1
Même en promettant le « off the record » le
plus crédible, on récolte des
généralités. Et ces acteurs contredisent
souvent ce que des sources périphériques ont
laissé couler. C’est encore arrivé hier.
Il y a aussi des leçons à tirer de la vente du
Canadien à Gillett il y a une dizaine d’années.
À l’époque, tous les projecteurs étaient
braqués sur BCE et sur Stephan Bronfman. Et sur
René Angélil, que Dan O’Neil, président
de Molson, avait sondé en évoquant un prix de
vente dépassant les 400 millions. Angélil n’a
reçu l’offre de 250 millions faite à Gillett
qu’une fois sa décision prise de ne pas poursuivre ses
démarches pour acquérir le Canadien. Mais qu’on
se rappelle comment tout le monde avait été
surpris par l’entrée de Gillett lors de la
conférence de presse. Il était un pur inconnu
que personne n’avait vu venir. Il faut se méfier, rien
ne dit qu’on n’assistera pas encore une fois à un
scénario semblable.
Dernier point.
On craint comme la peste, chez les parties mêlées
à la vente du Canadien, que George Gillett ne soit en
train de se servir des offres d’achat et de ces
négociations pour sauver son empire en le
refinançant. Un autre de nos acteurs : « On
craint queM. Gillett ne retourne voir ses banquiers en leur
montrant les offres d’achat obtenues pour le Canadien et le
reste. Il pourrait les rassurer sur la valeur de
l’équipe et du Centre Bell, et ainsi obtenir un autre
de ces prêts dont il a eu le secret au cours de sa
carrière. S’il a une offre d’au moins 400 millions,
c’est beaucoup plus facile d’établir une valeur encore
plus élevée pour garantir un emprunt. Ce n’est
pas pour rien que Gillett n’a toujours pas
déclaré publiquement que le Canadien
était à vendre. Il faut se méfier de
cette option. »
Évidemment, il peut être frustrant de lire tous
ces textes où on ne peut donner le nom des sources.
Mais c’est le prix à payer pour avoir un minimum de
données et d’infos, puisque tous ceux qui sont
mêlés aux négociations ont signé
des ententes de confidentialité.
Si la vente a lieu en juin, on estime que le « closing
» pourrait avoir lieu avant la fin de juillet. Hasard
sans doute, c’est le 25 juillet que M. Gillett doit rembourser
certains de ses prêts. DANS LE CALEPIN — Guy Carbonneau
a passé quelques jours à Sept-Îles, sa
ville natale. Partout où il est allé, il a
été accueilli comme un héros… qu’on se
permet de saluer et d’approcher avec une belle
familiarité.
Votre confiance
se mérite
J’ai dit hier
dans le journal ce que j’avais à dire sur le travail de
Bob Gainey. Personnellement, j’estime que les partisans
auraient plus de chances d’encourager une grande équipe
avec un autre directeur général. Mais il est
évident que Gainey a décidé de rester
à son poste de directeur général et
peut-être d’entraîneur, et ce sera maintenant
à Pierre Boivin et George Gillett de prendre la
décision finale sur sa situation dans l’organisation.
BobGainey
s’est
assuré que les manchettes des journaux et des
bulletins de nouvelles sportives mettent l’accent sur le
bris de confidentialité dont se serait rendu coupable
sonhomologueduLightningdeTampaBay.
C’est d’ailleurs la première fois depuis qu’il s’est
offert pour prendre le poste de directeur
général d’André Savard que Gainey met un
bémol dans une réponse. Il a affirmé hier
qu’il ne pouvait confirmer son retour tant que ses patrons
n’auraient pas pris leur décision à son sujet.
Auparavant, Gainey ne se préoccupait absolument pas des
états d’âme de Pierre Boivin, son patron direct
selon l’organigramme.
Par contre, je sais que Pierre Boivin ne donnera plus jamais
carte blanche à Gainey. Il va falloir que ces
deux-là s’expliquent et que M. Boivin fasse
connaître ce qu’il attend exactement de son
employé. Va-t-il exiger davantage de respect envers les
fans et les gens de hockey issus de la société
québécoise ?
Par ailleurs, dans sa façon de ne pas répondre,
Gainey a confirmé qu’il avait promis yeux dans les
yeux, deux semaines avant de crucifier Guy Carbonneau, qu’il
démissionnerait plutôt que de le
congédier. C’est lui qui doit maintenant vivre avec sa
trahison.
Et il a confirmé un scoop de Mathias Brunet à
propos de Vincent Lecavalier. Malheureusement , je serais
surpris que Lecavalier accepte de venir s’enterrer dans une
organisation qui ne sait même pas quels joueurs elle
mettra sur la glace la saison prochaine.
Ce fut une conférence de presse teintée de rose.
Tout va bien et tout s’explique. Tant mieux pour les
partisans, qui devront sans doute vivre une autre saison de
misère l’an prochain.
Rien n’est réglé. Le Canadien est toujours
à vendre, le processus progresse, mais en attendant
qu’on y voie plus clair, personne ne se retrouve vraiment dans
une situation pour prendre des décisions vitales pour
l’organisation. Rien ne garantit que Pierre Boivin et Bob
Gainey seront encore des dirigeants du Canadien dans six
semaines. Ça complique le travail de Pierre Boivin, nul
ne peut le nier.
Cela dit, si
je faisais confiance à l’équipe de direction
hockey, je pourrais espérer une bonne tournure des
événements. Le directeur général
du Canadien va sans doute perdre Lang, Schneider, Dandenault,
Koivu et quelques autres. Mais en même temps, il va se
retrouver avec une vingtaine de millions pour attirer quelques
bons joueurs. Le problème, c’est que Mats Sundin,
Daniel Brière, Brendan Shanahan l’ont montré :
les vrais joueurs autonomes de qualité ne veulent rien
savoir de cette organisation et de Montréal.
Ça veut dire que Trevor Timmins va repêcher
d’autres joueurs moyens et médiocres en Sibérie,
que de rares joueurs moyens vont accepter une offre de Gainey
s’il est encore en poste, et que le Canadien va rester une
équipe moyenne et parfois médiocre. Et que les
Québécois vont continuer à se faire
bouchonner par l’organisation de leur ville et de leur
province. Mais c’est sans doute ce que vous voulez puisque
vous avez une si grande capacité de tolérance.
Quelques mots sur Carey Price. Je sais qu’il n’a que 21 ans et
qu’il subit une pression énorme. Mais il peut compter
sur la confiance totale et absolue de son entraîneur et
de son directeur général. Combien
d’athlètes ont pu se sentir autant supportés que
Carey Price ?
Je sais aussi que c’est un jeune de la nouvelle
génération de la casquette. Mais hier, j ’aurais
apprécié qu’on puisse voir ses yeux quand il est
venu rencontrer les journalistes. Si on enlève ses
lunettes fumées quand on s’adresse à un douanier
par politesse, il me semble que les centaines de milliers de
fans qui ont suivi le point de presse à la
télé auraient mérité de jauger la
sincérité de ses réponses en voyant son
regard.
Pensez-vous que Patrick Roy n’aurait pas regardé ses
interlocuteurs droit dans les yeux à 21 ans ?
Il ne faudrait pas que la seule imitation de Casseau que
puisse faire Carey Price soit de lever les bras en l’air pour
envoyer promener la foule. On devrait avoir droit à
quelques jours de tranquillité mais, dans une semaine
à peine, la saga va reprendre.
Si Bob Gainey reste à son poste, il faudra cependant
faire comme Pierre Boivin. Lui retirer sa carte blanche. Votre
confiance, ça se mérite!
L’art de détourner l’attention
Les blessures
et la grande gueule de Brian Lawton. Voilà pourquoi,
selon Bob Gainey, la saison du centenaire du Canadien a
tourné au cauchemar. L’explication est
séduisante, mais elle est un peu courte.
«
Les
gars se demandent si jouer à Montréal vaut
tous les tracas que ça cause, s’ils ont envie de
répondre à des questions tous les jours,
souligne Mathieu Dandenault. Certains joueurs vont
préférer aller voir ailleurs. »
En qualifiant de « honteuse » la conduite du
directeur général du Lightning de Tampa Bay,
Gainey s’est trouvé un coupable bien commode, à
des milliers de kilomètres du vestiaire de son
équipe.
Gainey s’est assuré que les manchettes des journaux et
des bulletins de nouvelles sportives mettent l’accent sur le
bris de confidentialité dont se serait rendu coupable
Lawton, plutôt que sur plusieurs problèmes bien
réels auxquels son équipe a été
confrontée à compter de la mi-saison.
Que Chris Higgins et Tomas Plekanec, qui ont connu une saison
misérable, aient été affectés par
les rumeurs qui les mêlaient à une transaction
impliquant Vincent Lecavalier, ça se conçoit.
Les deux ont tendance à se mettre
énormément de pression sur les épaules.
Suffisait pour s’en convaincre de voir l’air de chien battu de
Plekanec, hier, pendant qu’il battait sa coulpe. Si un joueur
du Canadien a un urgent besoin d’un rendez-vous chez le
psychologue sportif, c’est bien lui.
Mais Brian Lawton n’a rien à voir avec la baisse de
régime et les fréquentations douteuses des
frères Kostitsyn, à propos desquelles Gainey,
faut-il le rappeler, s’était déclaré
« très préoccupé » en
février. Lawton n’est pas celui qui a
empêché Alex Kovalev de passer à la
vitesse supérieure avant le dernier mois de la saison.
Il n’est pas la cause des déboires de Carey Price
après le match des Étoiles. Il n’est pas
responsable du fait que plusieurs joueurs de l’équipe
ne pouvaient tout simplement plus sentir Guy Carbonneau, au
point où Bob Gainey s’est senti obligé de
congédier son vieil ami, le 9 mars. Et puisqu’on y est,
ce n’est pas Lawton qui s’est arrangé pour que
près de la moitié des joueurs du Canadien
obtiennent leur autonomie en même temps, une situation
qui « n’est pas optimale », comme Gainey l’a admis
avec un sens bien aiguisé de la litote, hier.
Je n’ai pas de raison de mettre en doute les
allégations de Gainey au sujet de Lawton, qui aurait
coulé les nomsdes joueurs duCanadiendans le but de
faire monter les enchères pour Lecavalier. Mais en s’en
prenant aussi durement à son homologue de Tampa, il
détourne, par calcul ou non, l’attention du public des
problèmes internes de son club.
Cela dit, il
est vrai que les blessures ont fait mal au Canadien. On ne
peut être privé pendant de longues
périodes de joueurs aussi importants que Robert Lang,
Andrei Markov, Alex Tanguay, Mathieu Schneider, Mike Komisarek
et quelques autres – comme le Canadien l’a été
à un moment ou l’autre cette année – sans que
les performances de l’équipe ne finissent par s’en
ressentir. Mais le mal du Canadien était beaucoup plus
profond que celui infligé par les blessures, si
nombreuses qu’elles aient été.
IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII La bonne nouvelle, c’est que le
Canadien jouira cet été d’une rare
flexibilité. Avec des engagements financiers d’environ
23 millions seulement en vue de la prochaine saison,
l’équipe a toute la marge de manoeuvre
nécessaire pour être très active sur le
marché des joueurs autonomes sans compensation et
pourrait même tester pour la première fois le
marché des joueurs autonomes avec restriction.
La moins bonne nouvelle, c’est qu’avec les
péripéties rocambolesques de la saison qui vient
de se terminer, il risque d’être plus difficile que
jamais d’attirer chez le Canadien des joueurs autonomes dignes
de ce nom. « Les gars se demandent si jouer à
Montréal vaut tous les tracas que ça cause,
s’ils ont envie de répondre à des questions tous
les jours, souligne Mathieu Dandenault. Certains joueurs vont
préférer aller voir ailleurs. »
La chance de jouer pour une équipe gagnante peut bien
sûr venir à bout de certaines réticences.
Mais avec la fin en queue de poisson de sa saison 2008-2009,
le CH n’a pas des arguments de vente très
éloquents.
C’est pourquoi il est important pour le Canadien de marquer un
grand coup avant le 1er juillet, date à laquelle
s’ouvrira le marché des joueurs autonomes. Il faut que
Bob Gainey – ou son successeur, si le Canadien est vendu et
que le nouveau propriétaire décide d’installer
quelqu’un d’autre dans le fauteuil de directeur
général – complète une transaction qui
frappe l’imagination. Il faut qu’il envoie le signal que le
Canadien n’est pas reparti pour un autre interminable plan
quinquennal, mais qu’il entend plutôt rebondir
dès la saison prochaine.
Et quand on pense transaction, quel est le premier nom qui
nous vient en tête? Vincent Lecavalier,
évidemment. Sauf que je ne suis pas sûr que
Lawton va maintenant avoir envie de reprendre avec Gainey le
tango interrompu en janvier…
Une bien
triste histoire - PIERRE FOGLIA
Permettez
que je revienne sur la fin de saison du Canadien. D’abord
sur cette hâtive conférence de presse
où il ne s’est rien dit, sauf quand Bob Gainey a
mis un partie des déboires de son équipe sur
le dos du... Lightning de Tampa Bay! L’extraordinaire,
c’est que personne n’a éclaté de rire, ni
rien.
Et les blessures bien sûr. Presque tout serait la
faute des blessures.
L’histoire de cette série serait l’histoire d’une
équipe en santé qui affrontait des
éclopés. Moi je dis que c’est surtout
l’histoire d’une équipe inspirée qui en
affrontait une qui ne l’était pas du tout. Pourquoi
le Canadien était-il si peu inspiré ?
Là-dessus, allez lire les commentaires de mes
collègues des sports qui vont tous dans le
même sens : les affaires qui ont miné la
saison, les clans qui divisent cette équipe, des
joueurs autonomes qui étaient peut-être plus
préoccupés de leur prochaine destination que
de la présente fin de saison, etc.
J’ajouterais une autre raison que n’approuveront pas mes
collègues : Carey Price. Il a été
mauvais. Pas très mauvais. Un peu mauvais. Dany
Dubé, sans doute un des plus fins analystes de la
scène de hockey chez nous, voit en Carey Price un
gardien d’avenir, un gardien d’exception, un très
grand talent, opinion visiblement partagée par Bob
Gainey... et par Carey Price lui-même.
J’ai détesté la surréaliste
apparition du jeune gardien à cette
conférence de presse. Sa mâchée de
gomme. Sa casquette sur les yeux, ses lunettes
fumées. S’il ne voulait pas qu’on le voie, il
n’avait qu’à pas venir. J’avais trouvé
amusant qu’il réplique à la foule, j’ai
trouvé lamentables ses demiexcuses
mâchouillées dédaigneusement. Il se
prend déjà pour Barry Bonds, ce petit con?
Je vous entends : il n’a que 21 ans. Le même Dany
Dubé nous a même arraché une larme en
ajoutant : c’est un enfant. L’enfant nous a dit qu’il
allait trouver l’été bien long: «
franchement je ne sais pas ce que vais faire de mon
été! » Pauvre petit bonhomme. What
about a trip autour du monde pour voir un peu le monde La
Chine, l’Inde, le Moyen-Orient, l’Afrique. Tu vois le
garçon là-bas avec une lumière sur le
devant de son casque? Il s’apprête à
descendre dans la mine. Il y travaille depuis deux ans. Il
a 16 ans. Lui c’est un enfant, lui.
Je ne retire rien de ce que j’ai déjà dit
ici de Bob Gainey. Je continue d’apprécier l’homme,
sa rugueuse sobriété, son humour, mais je
comprends tout à coup ce qui l’a amené
à se séparer de Guy Carbonneau. Leur point
de rupture, le point sur lequel ils devaient s’engueuler
sans arrêt, je suis sûr que ce n’était
pas sur le plan de match qu’ils s’engueulaient:
c’était sur la façon d’être avec les
joueurs.
Arrête de les baver, devait dire Gainey.
Qu’ils mangent d’la marde, devait répondre Carbo.
Devaient s’engueuler aussi sur Price. Carbo y serait
allé avec Halak.
Finalement, ils se sont formidablement plantés tous
les deux.
Une bien
triste histoire.
VACANCES –
Quand t’es vieux, tu peux prendre des vacances si tu veux,
mais tu ne pourras pas empêcher les gens de penser
que c’est parce que t’es malade. Qu’est-ce que vous avez,
M. Foglia?
OK, je vais vous le dire, mais chut... J’ai le bohu-bohu.
C’est une dent qui me pousse dans le cul, il a fallu que
je change ma selle de vélo, j’ai maintenant une
selle avec un trou au milieu: autrement je ne pourrais pas
m’asseoir. Va savoir, j’ai peut-être bien aussi, en
route, trois ou quatre cancers, je vous en reparlerai
quand j’irai voir mon médecin, mais ce n’est pas
demain. Il est malade, mon médecin. Il a la
scarlatine. Il l’a attrapée d’un patient.
Le patient en question avait le cancer du poumon avec des
métastases au foie. Le médecin, mon
médecin, lui donnait trois mois, paf le patient
attrape la scarlatine! C’est elle qui l’a tué en
une semaine. Il est mort avec plein de petits boutons
partout. Peut-être que mon médecin va mourir
aussi. La grippe porcine, dites-vous? Quand t’es vieux, tu
peux prendre des vacances si tu veux. Quand t’es jeune
aussi. Mais sachez-le, la mort n’en prend jamais. Tadam.
PREMIÈRE LONGUE SORTIE –
De chez moi tous les chemins ou presque mènent
à Burlington. Croiriez-vous qu’après toutes
ces années il en est encore (des chemins) que je
n’ai pas pédalés ? Celui du bord du lac,
tiens. Pas celui des îles au milieu du lac Champlain
que je trouve sans intérêt – bien entendu,
c’est celui que vous préférez – mais celui
qui, côté Vermont, longe la rive sur
près de 40 kilomètres avant de devenir en
terre battue pour aller se perdre dans des collines
oubliées du progrès où les vaches
n’ont jamais vu de cycliste, je le jurerais à leur
effarement. Ou peut-être est-ce mon accoutrement ?
Mes varices ? Mon allure générale de monstre
préhistorique à pédales ?
Après quelques kilomètres de purgatoire, on
reconnecte avec le lac Champlain à Malletts Bay,
où, à quelques palmiers près, on
pourrait se croire au bord d’un lac italien. Les
Adirondacks, en face, valent bien les Apennins. Il y avait
un parc désert avec un banc, j’y ai lu quelques
pages d’un livre minuscule d’Antonio Tabucchi – c’est la
condition absolue que je pose aux livres pour les mettre
dans ma sacoche de vélo : d’être minuscules.
De Malletts Bay la piste cyclable m’a déposé
au Waterfront juste comme arrivait le ferry de Port Kent,
en face, dans l’État de New York.
Première soirée de printemps à
Burlington, une des villes les plus agréables
à vivre en Amérique. Je ne lance pas
ça comme ça, j ’en ai la preuve : l’unique
McDo a fermé faute de clients. Rue Church, les gens
ont dîné fort tard aux terrasses, une jeune
femme blonde jouait de l’accordéon, il était
écrit « merci » en français dans
son chapeau où j’ai jeté un billet.
Je suis rentré le lendemain par un autre chemin
magnifique, mais beaucoup trop long et montagneux pour un
vieux monsieur qui a le bohu-bohu.
Le
visage du bleu-blanc-rouge - JEAN-PASCAL BEAUPRÉ
Si George Gillett
décide de vendre le Canadien, il doit agir rapidement.
Quand les joueurs du Canadien se retrouveront au camp
d’entraînement en septembre, le visage de l’organisation
pourrait être méconnaissable.
Maintenant que l’équipe a pris le chemin des vacances
après son élimination expéditive, beaucoup
d’action est à prévoir en dehors de la patinoire.
Si George Gillett se résigne à se départir
du Tricolore, la vente doit se faire rapidement pour donner la
chance au nouveau propriétaire d’imprimer sa marque sur
la prochaine saison du bleu-blancrouge. De nombreux points
d’interrogation subsistent au terme de ce long chemin de croix
qu’on a fait subir aux partisans depuis le match des
Étoiles. Un centenaire qu’ils vont s’empresser d’oublier.
Du côté des opérations hockey, plusieurs
décisions cruciales devront être prises en cascade
d’ici l’été. À commencer par le cas Bob
Gainey: doit-il demeurer en selle même s’il souhaite
rester en poste? Le directeur général a perdu
beaucoup de plumes récemment, de nombreux amateurs ne lui
ont pas pardonné le congédiement de Guy
Carbonneau.
Qu’il s’en aille
ou non, Bob Gainey a signifié qu’il ne retournerait pas
derrière le banc. Il faudra donc dénicher un
nouvel entraîneur-chef. Le choix ne revient pas au
propriétaire, mais l’ancien no 23 voudra sûrement
attendre de recevoir un vote de confiance de son grand patron
avant de procéder à cette embauche. Or, il serait
bizarre que le nouveau coach ne soit pas nommé avant le
repêchage de la Ligue nationale à la fin juin.
La moitié des joueurs réguliers de l’équipe
deviendront libres comme l’air le 1er juillet, dont le capitaine
Saku Koivu et Alex Kovalev. Lesquels voudra-t-on retenir? Qui
cherchera-t-on à aller cueillir sur le marché des
joueurs autonomes ? Difficile également de progresser
dans ce dossier sans savoir quelle sera la masse salariale
disponible. Ce sera au nouveau propriétaire de trancher.
La juxtaposition de la sévère récession et
de la déconfiture du Canadien aura-t-elle un impact sur
la campagne de vente des billets dans quelques semaines ? Le
Centre Bell fait salle comble depuis plusieurs années,
mais le passé n’est pas garant de l’avenir. Surtout quand
on ignore qui prendra les rênes de l’équipe.
M. Gillett a mentionné qu’il prendrait le soin de bien
examiner ses options et les propositions sur la table. Vend ou
vend pas? Trouvera-t-il plutôt un partenaire minoritaire
qui acceptera d’investir 400 millions dans son holding sportif
tout en lui laissant le contrôle? Le temps commence
à presser pour le propriétaire américain
qui doit vite dégoter du financement pour renflouer ses
coffres. En juillet, il doit renégocier l’emprunt de 450
millions qui lui a permis d’acquérir le LC Liverpool et
qui ne sera pas prolongé de nouveau par la Royal Bank of
Scotland. Sans compter un autre prêt personnel de 75
millions, également à refinancer prochainement,
sur lequel il doit payer des intérêts de 19%.
Malgré des finances saines, on sent que le vaisseau du
Canadien tangue. Ce serait la moindre des choses que le nouveau
propriétaire dispose d’un peu de temps pour donner un
coup de gouvernail. C’est aussi une question de respect pour les
centaines de milliers de partisans inconditionnels qui appuient
et vénèrent la sainte Flanelle.
Des
patins sans l’âme - OLIVIER PIERSON
L’auteur réside à Montréal.
Le congédiement de Carbo a fait planer un mirage et la
qualification in extremis du Canadien en séries fut un
écran de fumée
Amer dénouement
La saison du
centenaire devait être faste. Dirigé par le
finaliste au trophéeJack-Adams, championentitre
del’Associationdel’Est, avecRobert Lang,
GeorgesLaraqueetAlexTanguay en renfort, le Canadien était
promis à de grandes choses.
La
défaite du Canadien a été saluée
par des huées, des ovations offertes en guise de
dérision à l’endroit de Carey Price pour le
moindre arrêt de routine, ovations qui ont poussé
Price à imiter Patrick Roy en levant les bras au
ciel...
Cette saison du centenaire s’est terminée sur une tout
autre note: par une défaite cinglante de 4-1.
Une défaite qui a été saluée par des
huées, des ovations offertes en guise de dérision
à l’endroit de Carey Price pour le moindre arrêt de
routine, ovations qui ont poussé Price à imiter
Patrick Roy en levant les bras au ciel et des appels
répétés à Guy Carbonneau.
Loin de condamner Carey Price pour son geste à l’endroit
des partisans, un geste en tous points semblables à celui
posé par Roy le 2 décembre 1995 après un
arrêt de routine devant Sergei Fedorov des Red Wings de
Detroit, Bob Gainey l’a défendu avec vigueur.
« Les partisans ont été impolis et injustes.
J’imagine que Carey aurait pu garder son calme. Mais quand tu te
fais ainsi attaquer, qui te défendra si tu ne le fais pas
toi-même? » a d’abord lancé Bob Gainey et
faisant ensuite référence à des incidents
semblables survenus à Los Angeles.
« Les partisans des Kings, des odieux trous-du-cul ont
chassé Darryl Sydor en le huant. Nous avons
hérité de ce très bon jeune
défenseur à Dallas et ils nous ont aidé
à gagner. Nos partisans devraient y penser à deux
fois avant de faire des gestes semblables. Car ils pourraient
chasser de très bons joueurs qui viendront ensuite battre
le Canadien avec d’autres formations. »
Bouteilles plutôt que confettis
Le Canadien s’incline donc en quatre rapides parties aux mains
des Bruins de Boston. C’était la sixième fois
depuis l’expansion de 1967 que le Canadien était ainsi
balayé d’une série.
Depuis 1a dernière conquête de la Coupe Stanley, le
Tricolore n’a offert que quatre victoires en séries et
encore, elles sont toutes survenues en première ronde.
Des circonstances qui ont contribué à une fin de
match tumultueuse au Centre Bell.
Car au lieu de célébrer une 25e Coupe Stanley
sous une pluie de confettis, les joueurs du Canadien ont dû
se protéger d’une averse de bouteilles d’eau tirées
par des partisans frustrés lorsque la sirène
à mis un terme à la rencontre, aux séries,
à la saison. « J’appréhendais ce genre de
réaction et mes craintes se sont
concrétisées. Je tiens toutefois à remercier
tous les amateurs qui nous ont malgré applaudis
après le match, mais certainement pas ceux qui nous ont
envoyé des bouteilles par la tête », a
lancé un Christopher Higgins, aux larmes après la
défaite.
Bon début, mauvaise fin
Comme ils l’avaient fait lundi, les joueurs du Canadien ont bien
amorcé la rencontre. Andrei Kostitsyn a donné les
devants 10 au Tricolore. Mais les Bruins, avec deux buts rapides
en fin de première marqué par Michael Ryder et David
Krejci, ont vite démontré leur
supériorité.
Toujour s pr ivé d’Andrei Markov, Robert Lang et Francis
Bouillon, le Canadien devait aussi se passer d’Alex Tanguay,
Mathieu Schneider et Patrice Brisebois, le Canadien ne s’est pas
remis de ces deux filets.
Phil Kessel et Michael Ryder une fois encore, avec son
quatrième contre son ancienne équipe, ont
scellé l’issue du match. « Personne n’aime perdre,
surtout en quatre matchs. On a été battus par une
meilleure équipe, mais nous l’avons parfois aidée.
Comme ce fut le cas ce soir », a lancé Bob Gainey,
qui tirera un trait sur la saison cet après-midi à
Brossard.
« Nous avons connu une année difficile avec les
blessures, un changement d’entraîneur. Mais nous nous sommes
rendus en séries, ce qui était notre objectif. Mais
il faut reconnaître que dans les circonstances, il nous
était difficile de rivaliser avec les Bruins qui formaient
une meilleure équipe que la nôtre », a
ajouté Gainey.
Dans le vestiaire, Chris Higgins ne pouvait se consoler avec les
propos de son coach.
« Certainement pas ce soir et au cours des prochains jours.
Tu n’atteins par la Ligue nationale avec une attitude de perdant.
Tu cherches toujours une façon de gagner et non une
façon de perdre. »
Obligé de déclarer forfait avant le match, Alex
Tanguay vociférait contre ceux qui mettaient son courage en
doute.
« Je vais me faire opérer à l’épaule
droite au cours des prochains jours et je ne suis pas capable de
lever mon bras gauche. J’ai fait l’échauffement et j’ai
tout tenté, mais c’était impossible. Je n’ai
joué que 50 matchs cette année. Je me bats pour un
contrat. Je voulais jouer le plus de matchs possible en
séries et connaître le plus de succès possible
en séries pour m’aider à obtenir ce contrat. Je suis
vraiment choqué des commentaires que j’ai entendus »,
a conclu Tanguay.
Gainey doit partir
Gainey
s’était engagé à ce que l’équipe
qu’il bâtissait soit en mesure de lutter pour la Coupe
Stanley ce printemps, le printemps du centenaire. C’est une
faillite totale.
Malgré tout le respect que j’éprouve pour Bob
Gainey, je pense qu’il devrait préparer son
départ. Je sais que ce n’est jamais le bon moment pour
quitter une organisation comme le Canadien, surtout avec la
vente de l’équipe dans le décor, mais le bilan des
cinq dernières années de Gainey ne pèse pas
assez lourd pour qu’on lui fasse confiance pour un nouveau plan
quinquennal.
Bob Gainey a eu du mal à faire
face à celui qu’il avait congédié en
janvier 2006. Jamais il n’a regardé Claude Julien dans
les yeux quand ce dernier est venu le saluer après le
match.
Je refuse de faire le procès d’un homme qui a
certainement travaillé avec honnêteté et
entêtement. Mais le directeur général, lui,
doit rendre des comptes.
Il a sacrifié un coach qui avait mené le
Canadien à la première position de l’Association
de l’Est, l’an dernier, qui, le 17 janvier, complétait la
meilleure première moitié de saison des 25
dernières années et qui, au moment de se faire
congédier, venait de gagner cinq des sept derniers matchs
de l’équipe.
Gainey l’a remplacé comme il l’avait fait avec
Claude Julien, et le résultat a été
désastreux. Désastreux à tous les plans.
Gainey a réussi quelques bonnes transactions. Alex
Tanguay est son meilleur coup. Il a fait signer un
contratàRobertLangcommejoueur autonome et Lang en a
donné pour l’argent dépensé. Même
chose pour Matthieu Schneider.
Mais il a commis des erreurs épouvantables avec Mike
Ribeiro et Cristobal Huet, sans parler des joueurs qu’il a
négligé de garder à Montréal. De
plus, il a brisé un lien sacré entre les
hockeyeurs québécois et l’organisation. tout est
bouché. Et l’ineffable Trevor Timmins, le patron du
dépistage, qui trouve toujours le moyen de pisser dans
les oreilles de certains chroniqueurs, a complété
le travail de bouchonnage. Juste à regarder où
sont assis les rares dépisteurs responsables du
Québec à la table du Canadien au repêchage.
Sont au bout, là où ils ne seront entendus par
personne.
Hier, Claude Julien, congédié en janvier 2006
par Bob Gainey, a donné une autre leçon de hockey
à celui qui l’a congédié pour prendre sa
place et terminer la saison. Une maudite à part
ça. Comme ses Bruins en avaient donné une plus
grosse encore lundi soir. Comme ils en avaient donné une
plus énorme samedi. Comme ils l’avaient fait lors du
premier match.
D’ailleurs, les deux coachs qui ont gagné leur
série en quatre matchs sont Claude Julien et Alain
Vigneault. Quelle ironie!
Bob Gainey va tenter de convaincre les naïfs en disant
que son plan de ne pas faire signer de contrat aux joueurs
autonomes lui donne une marge de manoeuvre importante pour
améliorer l’équipe. À cela je
réponds que c’est de la boulechite.
La vérité, c’est que les partisans vont
recevoir en mai leur facture de 12 000$ pour acheter leurs
abonnements de saison sans avoir la moindre petite idée
des corps qui vont remplir les chandails tricolores. Et vous
pensez que Vincent Lecavalier va venir à Montréal
sans savoir avec qui il va jouer? Y avez-vous pensé, 10
joueurs autonomes? Et ceux qui Jamais depuis 50 ans le Canadien
n’a-t-il été aussi pauvre en joueurs
québécois. Encore pire, Gainey a fermé la
porte aux espoirs des entraîneurs francophones de monter
dans la Ligue nationale. À part Sergio Momesso, adjoint
à Hamilton, il n’y a pas un seul coach
québécois dans toute l’organisation. Les Alain
Vigneault, Michel Therrien, Claude Julien (Ontarien
francophone), Jacques Lemaire, Mario Tremblay et les autres
n’auraient jamais eu la chance de faire carrière dans la
Ligue nationale sans le Canadien. D’autres, comme Jacques Martin
et Bob Hartley, sont passés par les Nordiques.
Aujourd’hui , après cinq ans de l’ère Gainey, vont
rester sont plus des pommes pourries que des actifs. Les
Kostitsyn, ça vous allume?
Dans une compagnie ordinaire, c’est le président
lui-même qui prendrait la responsabilité de
demander des comptes. Et une fois le bilan étudié,
le verdict serait sans pitié. Gainey s’était
engagé à ce que l’équipe qu’il
bâtissait soit en mesure de lutter pour la Coupe Stanley
ce printemps, le printemps du centenaire. C’est une faillite
totale.
Pierre Boivin se retrouve malheureusement avec une
autorité morale diminuée. La vente du Canadien et
l’incertitude qui règne au Centre Bell vont sans doute
l’empêcher de prendre des mesures draconiennes. Il se
retrouve dans une situation ne lui permettant pas d’exiger la
démission de Gainey ou de le congédier. Mais au
bout du compte, s’il ne fait rien, c’est lui qui va finir par
payer le prix et se faire mettre dehors. Parce que lui aussi a
failli, lui non plus n’a pas rempli ses engagements. Il a
donné carte blanche à Gainey, avec le
résultat qu’on connaît. Ça n’arrivera pas.
Je parle d’André Savard. L’orgueil a trop souvent le
dessus sur la raison. Mais le meilleur directeur
général que le Canadien ait eu depuis le
départ de Serge Savard aura été
André Savard. Et par une bonne marge. On l’a
humilié en l’obligeant à jouer la comédie
du gars heureux de céder son poste à Gainey mais
il s’est toujours comporté avec dignité,
même si Gainey ne l’a jamais écouté une
seconde.
Ça n’arrivera pas, mais ce qui pourrait arriver de
mieux à cette organisation serait qu’on rappelle Savard
en s’excusant et en lui redonnant son poste. Tant qu’à
reconstruire, aussi bien le faire avec quelqu’un qui a la
compétence et qui est capable d’écouter.
J’écris ces lignes et ça me fait de la
peine. Je connais Bob Gainey depuis 34 ans. Je l’ai vu payer de
sa personne, je l’ai vu se donner corps et âme pour son
équipe, je l’ai vu prendre soin des jeunes hommes qu’il
tentait de diriger.
Mais je suis payé pour donner mon opinion à
la lumière de mon expérience et dans les limites
de mon jugement. Et moi, Bob Gainey directeur
général, je n’ai pas confiance. DANS LE CALEPIN –
Carey Price a au moins retenu une chose de Patrick Roy. Quand il
a été hué en deuxième, il a
levé les bras en signe de dérision envers la
foule. Mais il a tout l’été pour se faire oublier.
Et pour noyer ses déceptions avec vous savez quoi. Rien
de mieux qu’une douzaine de bières pour apaiser son
angoisse, c’est bien connu. Par contre, il n’est pas responsable
de l’élimination du Canadien.
J’avais choisi le Canadien en six. Ça veut dire que
je pensais que Markov pourrait revenir au jeu et que Bob Gainey
saurait préparer ses joueurs. Je me suis trompé
sur les deux points.
La foule du Centre Bell a été dure hier
envers ses favoris. Elle a hué les joueurs et a
scandé « Carbo » et « Guy » comme
jamais cette saison. Par contre, elle les a applaudis à
la toute fin quand ils ont salué leurs partisans.
Mais faut pas s’inquiéter, ils vont être 21
350 au premier match la saison prochaine. C’est ce qui compte,
les profits.
La symphonie
pathétique
Il
était vraiment temps que finisse cette foutue saison.
Qui est maintenant officiellement une saison foutue. Cette
ultime défaite a été laide. Laide comme
la foule qui a tourné Carey Price en dérision
sur un arrêt de routine, en deuxième
période. Et laide comme la réaction de Price,
qui a répondu en levant les deux bras dans les airs,
comme Patrick Roy un certain soir de décembre 1995.
Price ne méritait pas ça. Il a fait preuve
d’immaturité hors de la patinoire cette saison, ce
n’est un secret pour personne. Il a été souvent
ordinaire et franchement mauvais par moments. Mais pas hier
soir. Il n’était absolument pas responsable des quatre
buts marqués jusque-là par les Bruins.
Même qu’il avait stoppé coup sur coup deux
échappées plus tôt en deuxième!
Si les fans voulaient démolir pour de bon la confiance
d’un jeune athlète, ils n’auraient pu mieux s’y
prendre. J’ignore quelle est la pire insulte entre «
trou de cul » (comme Bob Gainey a qualifié hier
les partisans de Los Angeles qui huèrent jadis Darryl
Sydor) et « bâtard »
(l’épithète qu’il avait réservée
aux tortionnaires de Patrice Brisebois). Mais Gainey avait
raison de trouver les partisans injustes. Reste que Price a
mal réagi. À ce jeu-là, un athlète
ne sortira jamais gagnant. Jamais. Après la saison
qu’il vient de connaître, le jeune gardien n’avait
qu’une seule option: encaisser sans mot dire. Sa
réaction, même spontanée, a une
portée symbolique trop grande pour ne pas laisser des
cicatrices qui mettront du temps à s’estomper…
Ce geste de Price a marqué le point le plus bas d’une
saison qui n’en manque pourtant pas. La dégringolade de
la première à la huitième place dans
l’Association de l’Est. La régression marquée de
plusieurs joueurs, de Price à Sergei et Andrei
Kostitsyn en passant par Chris Higgins, Mike Komisarek et
Tomas Plekanec. L’épidémie de blessures qui a
dévasté le vestiaire. Les manchettes-chocs sur
la vente possible de l’équipe et les
fréquentations douteuses des frères K. Les
vacances forcées d’Alex Kovalev. Le congédiement
de Guy Carbonneau. Et ainsi de suite, comme autant de
mouvements dans la symphonie pathétique qu’aura
été la saison du Centenaire. Jusqu’au couac
final, cette élimination en quatre coups de cuiller
à pot face à des Bruins désormais sans
complexes.
Annus horribilis, vous dites ? Mettons que si on était
dans Dallas, ce vieux soap américain, ce serait le
moment pour Bobby Ewing de sortir de la douche et de nous dire
: toute cette saison n’était qu’un (mauvais)
rêve.
La déception exprimée hier soir par les
partisans, qui s’est aussi manifestée par des «
Carbo, Carbo » bien sentis, est à la mesure des
attentes énormes créées par
l’organisation. Rarement un club aura investi autant
d’énergie que le Canadien dans
l’autocélébration et l’exaltation de sa gloire
passée. Le marketing a été fabuleux. Le
retrait du chandail de saint Patrick, les chandails
d’époque (on va charitablement oublier le pyjama
rayé), les briques personnalisées à la
place du Centenaire, les plaques commémoratives, les
pièces de monnaie, les DVD, les montages vidéo
léchés au Centre Bell – rien n’avait
été laissé au hasard pour rendre encore
plus folles de leur équipe une ville et une province
déjà assez dingues, merci.
Mais on ne
gagne pas des matchs avec des cérémonies
spectaculaires, même sur des airs de U2. ( En passant,
peuton espérer entendre autre chose au Centre Bell que
l’estimable quatuor irlandais à l’occasion du
deuxième siècle qui s’annonce ? Merci.) Si le
grand manitou du marketing Ray Lalonde peut dire mission
accomplie, Bob Gainey doit maintenant se prêter à
un sérieux examen de conscience.´
Le Canadien deMontréal devait faire mieux cette
année. Peut-être pas aussi bien que ce que les
«experts» aux lunettes teintées de rose
(moi le premier) prévoyaient en début de saison.
Mais quand même mieux que cette huitième position
arrachée par la peau des fesses et ce balayage en
première ronde. Il n’est pas normal que l’équipe
se soit désintégrée de la sorte en
deuxième moitié de saison. Car c’est de cela
qu’il s’agit. Une désintégration.
À mi-parcours, le CH avait une fiche de 25-10-6. La
deuxième moitié a été l’inverse de
la première : 16-20-5. Comme si les dieux du hockey
avaient voulu punir les partisans du Canadien d’avoir eu
l’impudence d’envoyer quatre joueurs au match des
Étoiles, alors qu’un seul, Andrei Markov, le
méritait.
Coïncidence? En tout cas, la saison du Canadien a
tourné en eau de vaisselle autour de la classique
annuelle, qui avait lieu à Montréal. Entre le 21
janvier et le 19 février, le CH a
présenté un dossier atroce de 3-11-1. Guy
Carbonneau a commencé à jouer à la
roulette avec ses trios, les blessures se sont
accumulées et puis voilà, Bob Gainey est
descendu derrière le banc pas longtemps après.
Quand Carbonneau a été congédié, j
’ai écrit que Bob Gainey jouait quitte ou double. Il a
perdu son pari. Les blessures à Andrei Markov, Alex
Tanguay, Mathieu Schneider, sans parler de celles à
Robert Lang, Francis Bouillon et Patrice Brisebois, ont fait
très mal, c’est l’évidence. Le Canadien ne
luttait pas à armes égales avec les Bruins. Mais
même avant, on n’a jamais senti que Gainey avait
réussi à remettre son équipe sur les
rails.
Le plan de cinq ans a échoué. La moitié
des joueurs de l’équipe obtiennent leur autonomie cet
été. L’avenir du gardien d’avenir de
l’équipe est plus nébuleux que jamais. Et la
saison qui devait être la plus belle s’achève
dans l’ignominie la plus totale.
Bob Gainey, s’il décide de rester – et si on lui permet
de le faire – n’aura pas assez d’un nouveau plan quinquennal
pour mettre de l’ordre dans tout ça.
L’impuissance
de Bob Gainey
Est-ce que ces joueurs qui
dénonçaient haut et fort le manque de
communication de Guy Carbonneau prouvent maintenant qu’ils sont
incapables d’en donner plus, même avec celui qui les paye
derrière le banc ?
Muter Georges Laraque et Alex Tanguay. Éca r
ter Tomas Plekanec et Mat t D’Agostini. Donner une chance
à Sergei Kostitsyn et à Yannick Weber.
Espérer un miracle de Francis Bouillon au
détriment de l’expérience de Patrice Brisebois...
Tout cela était bien beau. Mais on attend
encore les résultats. Et quand Bob Gainey se regarde dans
le miroir, l’entraîneur-chef qui se trouve d’un
côté de la glace doit faire des gros yeux au
directeur général qui se cache de l’autre
côté. Pourquoi? Parce que les deux premiers matchs
de la série ont fait la preuve par quatre que le Canadien
ne peut rivaliser avec les Bruins.
Lorsqu’il a mis Guy Carbonneau à la porte,
deux semaines seulement après lui avoir garanti son
poste, Bob Gainey assurait qu’il était temps de donner de
la stabilité à cette équipe, qui en
manquait cruellement. Qu’a fait Gainey depuis le début de
la série? Il a imité Carbo en multipliant les
changements afin de camoufler les lacunes de son équipe.
Une équipe que Bob Gainey, le directeur
général, croyait capable de gagner. Une
équipe que Bob Gainey, l’entraîneur-chef, n’arrive
pas à faire gagner.
Pourquoi? Parce que les changements qu’il apporte
ne l’améliorent pas... ou pas assez.
Bob Gainey pensait-il vraiment que Georges Laraque
pourrait nuire ne serait-ce qu’un peu à Zdeno Chara?
Le seul joueur du Canadien qui soit arrivé
à déconcentrer le géant Chara au cours des
dernières années est Steve Bégin. Il y est
arrivé en le frappant, en lui tournant autour comme une
mouche tourne autour de vous savez quoi !
Le gros Georges n’a rien fait de mal. Il s’est
même attiré quelques compliments après le
premier match. Mais a-t-il vraiment dérangé Chara?
Jamais !
On ne peut reprocher à Gainey de tenter de
fouetter son équipe. Mais après deux matchs, on
doit conclure qu’il a amputé son premier trio de
l’élément qui avait permis au Tricolore de compter
sur un premier trio digne de ce nom en fin de saison.
Un premier trio dont le Canadien et ses partisans
s’ennuient depuis le début des séries.
Et s’il est vrai qu’Alex Tanguay a donné des
ailes à Glen Metropolit et à Christopher Higgins,
il n’arrivera jamais à les transformer en Koivu ou
Kovalev.
Continuons: Plekanec et D’Agostini
méritaient peut-être leur retrait de la formation.
Mais on les a remplacés par qui? Par Sergei
Kostitsyn. Par un joueur indiscipliné sur et hors de la
patinoire, par un égoïste qui a permis aux Bruins de
prendre le contrôle du match en marquant sur une
pénalité dont il a écopé.
Par Weber, qui a un beau talent et un bel avenir,
mais aucune expérience. Voyons donc!
EtFrancisBouillon: commentdiable a-t-onpuprendre
pareil risque avec un joueur qui n’avait pas subi le test d’un
vrai entraînement depuis deux mois? Tout cela
témoigne d’une certaine panique. Ou si cela faisait
partie d’un beau plan, ce plan n’était pas bon. Pas bon
parce que le Canadien a remplacé quatre trente sous par
une piastre.
Quand tout était facile en début de
saison, quand le Canadien gagnait contre des petites
équipes en dépit des blessures, on louangeait sa
« belle » profondeur. Elle est passée
où, cette profondeur, depuis que plus rien n’est facile?
Depuis que c’est rendu très difficile alors qu’on est en
séries privé d’Andrei Markov.
Guy Carbonneau a payé de son poste ce
manque de profondeur, qui l’a obligé à jongler
avec ses joueurs au point de les échapper.
Et voilà que comme Carbo l’a fait trop
souvent avant lui, Bob Gainey hisse le drapeau blanc.
À la question: « Que doivent faire vos
joueurs pour retrouver le chemin de la victoire », Bob
Gainey a répondu après le match de samedi: «
Écouter leur coach! » Quoi? Les joueurs
n’écoutent pas plus Gainey qu’ils n’écoutaient
Carbo! Est-ce que la vérité commencerait à
sortir ? Est-ce que ces joueurs qui dénonçaient
haut et fort le manque de communication de Carbo prouvent
maintenant qu’ils sont incapables d’en donner plus, même
avec celui qui les paye derrière le banc?
Ils ont encore le match de ce soir pour nous faire
mentir. Car s’ils perdent ce soir, pas sûr qu’on aura
besoin d’un cinquième match pour déterminer le
gagnant de cette série.
Carbonneau
- Faire le vide pour mieux rebondir
GUY CARBONNEAU
TRICOLORE DANS L’ÂME
« J’aimerais être de retour derrière un
banc la saison prochaine. J’ai aimé mon
expérience comme entraîneur, et je veux
continuer. »
Amer, Guy Carbonneau? Non, pas vraiment. Déçu,
alors ? Oui. Déçu de constater que le Canadien,
son Canadien, ne joue plus au hockey cette saison.
Congédié
par le directeur général Bob Gainey
début mars, Guy Carbonneau s’est fait plutôt
discret au cours des dernières semaines. Mais les
partisans de l’équipe montréalaise ne l’ont
visiblement pas oublié.
En entrevue
téléphonique avec La Presse, hier, l’ancien
entraîneur du CH a confié qu’il n’a pas
passé beaucoup de temps à regarder les matchs de
la formation montréalaise à la
télé en séries. Ce qui ne l’a pas
empêché de ressentir un brin de tristesse quand
le club est tombé en quatre parties face aux Bruins de
Boston, la semaine dernière.
« Es t-ce que j ’ a i rega rdé les matchs du
Canadien en séries? Pas beaucoup, a répondu
Carbonneau hier. J’ai regardé deux ou trois minutes ici
et là, un peu des autres matchs des séries
aussi. Mais j’ai surtout essayé de faire autre chose.
Aller au cinéma, par exemple. Je n’ai pas voulu forcer
la note avec le hockey. Pour moi, c’est important de
m’éloigner un peu, de faire le vide… »
Congédié par BobGainey début mars, Guy
Carbonneau s’est fait plutôt discret au cours des
dernières semaines. Mis à part sa
présence remarquée au gala Artis dimanche soir –
« J’ai trouvé que la réaction des gens
était extraordinaire et réconfortante »,
a-t-il dit –, l’ancien entraîneur du CH n’a pas
cherché à faire parler de lui… mais a fini par
faire parler de lui malgré tout. savoir ça. Mais
j’ai été déçu quand le Canadien a
été éliminé. C’est toujours
décevant de voir ça. J’ai fait partie de cette
famillelà pendant des années, je suis un
Canadien dans l’âme… Une élimination rapide comme
ça, ce n’est pas plaisant, ni pour la ville, ni pour
les partisans. »
Et comment expliquer cette élimination rapide, au juste
? « Ça n’a pas fonctionné cette
année, mais ce n’est pas à moi de dire ce qui
s’est passé », s’est-il limité à
répondre. différent? Pas quand j’étais
là. J’ai commis des erreurs au début. Mais je ne
pense en avoir commis une quand j’ai dit publiquement que
j’étais à court de réponses. Ça,
c’était plus de la frustration, parce que je devais
répondre aux mêmes questions des journalistes
trois fois par jour. Ce que je voulais dire, c’est qu’à
ce moment-là, je n’avais plus rien de neuf à
dire. »
Quant aux rumeurs sur l’identité véritable du
responsable de son congédiement, Carbo jure qu’il ne
pense pas à ça. « Je ne
C’est que les
partisans ne l’ont pas oublié. Ils n’ont surtout pas
oublié ce congédiement-surprise survenu en fin
de saison, au point de scander son nom au Centre Bell alors
que le Canadien en était à son dernier soupir
face aux Bruins.
Bien sûr, Guy Carbonneau est au courant. « Oui,
j’ai entendu parler des partisans qui criaient mon nom au
Centre Bell... C’est réconfortant, c’est plaisant de
À la suite de son congédiement, Guy Carbonneau a
dû encaisser quelques critiques de la part de ses
anciens soldats. Parmi ceux qui lui ont adressé des
reproches, il y a Alex Kovalev, qui a déclaré
que les joueurs avaient trop souvent du mal à
comprendre les décisions de leur entraîneur.
Malgré tout, le principal intéressé n’a
aucun regret. « Est-ce que j’aurais fait quelque chose
de veux pas embarquer là-dedans. Je ne sais pas ce qui
est arrivé, je vais peut-être chercher à
le savoir un jour, mais pas maintenant. Pour le moment, je
veux seulement faire le vide. »
Mais ce n’est pas si facile de faire le vide. Pas quand on
s’appelle Guy Carbonneau. Pas quand l’histoire de cette fin
abrupte continue d’alimenter les discussions dans cette ville
folle de hockey. Pas quand les moindres déclarations
sont analysées pendant des jours.
Pas quand on sait que la vérité va finir par
sortir un jour… Au bout du fil, Guy Carbonneau pouffe de rire.
« J’ai dit ça juste de même. Je ne
m’attendais pas à ce que ça provoque une aussi
grosse réaction... Je ne pensais pas à quelque
chose de précis quand j’ai dit ça. C’est juste
que tout finit toujours par se savoir. Disons que ça a
fait boule de neige… » S’il n’en tient qu’à lui,
Carbo ne restera pas à la maison bien longtemps. Son
but: se dénicher un job d’entraîneur dans la LNH
en vue de la prochaine saison. Déjà, certaines
rumeurs l’envoient derrière le banc du Wild du
Minnesota. Pour l’instant, la destination finale importe peu.
Tout ce qu’il veut, c’est une autre chance.
« Ce n’est pas moi qui vais choisir où je vais
aller, a-t-il conclu. On verra. Mais je pense que j’aimerais
être de retour derrière un banc la saison
prochaine, j’aimerais me remettre à faire le travail
que je faisais avec le Canadien. J’ai aimé mon
expérience comme entraîneur, et je veux
continuer. »
Koivu : Victime du débat
linguistique - Caroline Morgan
Francophones et anglophones ont réagi très
différemment au départ du capitaine du
Canadien Saku Koivu
N’oublions pas la responsabilité de la direction du
Canadien. Quand il s’agit de soutirer le maximum de
dollars aux amateurs, le club n’hésite pas à
jouer à fond la carte identitaire.
Amatrice de hockey, l’auteure est traductrice et
réside à Montréal. Le traitement
qu’ont fait les médias et les amateurs du
départ de Saku Koivu, capitaine pendant neuf
saisons du Canadien de Montréal,
révèle un malaise profond à
l’égard de cette organisation qui
récupère sans scrupule la fierté
identitaire et linguistique du Québec à des
fins de marketing.
Être humain avec ses
qualités et ses faiblesses, Saku Koivu a
été capitaine du Canadien pendant neuf
saisons.
C’est du moins ce qui ressort de la lecture de divers
sites médiatiques et forums d’amateurs. Au final,
pour de trop nombreux francophones et anglophones, Saku
Koivu aura servi d’instrument pour alimenter
l’éternelle controverse linguistique.
Les éloges polis dont M. Koivu a fait l’objet dans
les médias francophones ne font pas oublier que de
nombreux chroniqueurs et amateurs l’avaient pris en grippe
depuis longtemps. Il faut voir la vulgarité et la
cruauté des commentaires dans les différents
sites et forums. « Bon débarras ! »
« Hypocrite! » « Il était temps!
» « Pomme pourrie ! » Puis, le plus
persistant des reproches : « Après 14 ans
à Montréal, il ne parle pas un mot de
français! »
Cette dernière accusation est fausse. M. Koivu
utilisait le français en privé, mais ne
s’est j amais sent i suf f isamment confiant pour le faire
devant les médias. Mais pourquoi laisser les faits
gâcher une si bonne histoire ?
Du côté anglophone, les commentaires ne sont
guère plus objectifs. Chroniqueurs et amateurs
divinisent l’ex-capitaine. Dave Stubbs ( The Gazette)
affirme même sans rire qu’il a incarné
« l’essence même du Canadien pendant plus
d’une décennie ». On souligne jusqu’à
plus soif sa dignité, ses blessures, sa lutte
contre la maladie.
Les
chroniqueurs sportifs de The Gazette omettent
commodément que le leadership du numéro 11 a
fait l’objet de nombreux doutes. Par-dessus tout, on se
plaît à rappeler comment le Tricolore a
bravement refusé de céder à ces
maudits « bigots de la langue », tel un
chrétien affrontant le martyre plutôt que
d’abjurer sa foi.
De nouveau, on fait entorse à la
vérité. À sa dernière
entrevue, M. Koivu a déclaré qu’il aurait
adoré pouvoir parler couramment le français.
Mais pourquoi laisser les faits gâcher une bonne
histoire?
Un double discours
Saku Koivu ne méritait d’être ni
démonisé ni sanctifié. Les
médias en général ont souligné
son courage, sa ténacité, sa
générosité et son attachement
à la communauté montréalaise, mais
aussi son orgueil et son côté peu
rassembleur. Les postes les plus prestigieux du Tricolore
sont comme les postes politiques : on ne peut les occuper
de longues années sans accumuler les critiques et
les reproches. Être humain avec ses qualités
et ses faiblesses, Saku Koivu ne pouvait tout simplement
pas résister à l’usure du temps.
N’oublions pas la responsabilité de la direction du
Canadien. Quand il s’agit de soutirer le maximum de
dollars aux amateurs, le club n’hésite pas à
jouer à fond la carte identitaire: on ressort la
tradition, les racines canadiennes-françaises du
club, les Flying Frenchmen, Maurice Richard, «
L’histoire se joue ici ». ..
Év i demment, l e publ i c demande alors pourquoi
le capitaine ne parle pas français et pourquoi
l’alignement des joueurs semble, au chapitre de la
représentativité, parfaitement
interchangeable avec celui des 29 autres équipes de
la Ligue nationale de hockey. Alors, le Tricolore se fait
tartuffe et se réfugie dans l’excuse typique: les
joueurs sont payés pour jouer au hockey, pas pour
faire de la représentation culturelle. Il est grand
temps que le Canadien de Montréal cesse de manger
à tous les râteliers. Ou il assume son
discours identitaire et envoie ses joueurs à
l’Institut Berlitz, ou – ce qui semble plus
réaliste – il arrête de charrier les amateurs
avec la tradition, les racines et tout le reste, et se
cantonne à sa mission: vendre du hockey.
Bobby Nadeau, militant malgré lui -
Yves Boisvert
Si Bobby
Nadeau, le 22 mars 2008, jette ses gants de gardien et
se bat avec Jonathan Roy, ce n’est qu’une autre
déplorable bagarre générale dans le
hockey junior. Deux jours plus tard, on n’en parle plus.
Mais Bobby Nadeau ne s’est pas battu. Et cette
décision à elle seule a eu des
conséquences incalculables sur le sport national.
La scène d’un jeune homme qui se fait agresser et
qui refuse la bagarre a pris des proportions telles que,
soudain, le hockey junior lui-même s’est
retrouvé au banc des accusés.
Les gens du milieu avaient beau dire qu’il s’agissait
d’un incident malheureux monté en épingle,
personne ne les écoutait. Ils avaient perdu le
contrôle du sujet. Le gouvernement a
été sommé d’agir au nom de la
protection de la jeunesse, de l’éducation et du
développement du sport. On a mis une pression
telle sur la LHJMQ qu’elle a récrit de force
quelques règlements. Le nombre de bagarres a
diminué des deux tiers dès la saison
suivante. Les autres ligues juniors canadiennes
entendent l’imiter.
Plus encore : l’été qui a suivi, la
Direction des poursuites criminelles et pénales a
changé les critères pour porter des
accusations contre des participants à un match de
hockey.
L’ancienne directive voulait qu’on accuse un joueur qui
se bat uniquement si l’autre avait refusé de se
battre et était blessé. Bobby Nadeau a
refusé de se battre avec Jonathan Roy mais n’a
pas été blessé. Il a fallu
récrire la directive et c’est ainsi que Roy a
été accusé, puis s’est avoué
coupable hier.
C’est fou ce qu’un gars peut provoquer en restant
accoté sur son filet, quand on y pense.
Il y a donc lieu de vanter le courage et la
volonté de Bobby Nadeau, le jeune homme par qui
la sous-culture du hockey junior a fait un bond en
avant. Seul contre tous !
Sauf que Bobby Nadeau n’en demandait pas tant. En fait,
il ne demandait rien du tout, sinon de finir au plus
vite ce match de hockey, que son équipe menait 7
à 1, sans se blesser, sans se faire suspendre
parce qu’il se serait battu avec le gardien no 2 de
l’autre équipe. Nadeau a été un
temps classé au 21e rang des meilleurs joueurs
juniors en Amérique du Nord.
En fait, il avait des ordres stricts de son
entraîneur des Saguenéens de Chicoutimi,
Richard Martel : tu ne te bats sous aucun
prétexte, sauf à la rigueur contre leur
numéro 1.
Il
était donc accoté sur la barre de son
filet quand cette bagarre de fin de match a
éclaté. Bon, à minuit, ce serait
son anniversaire, il allait avoir 20 ans et il allait se
concentrer sur le prochain match, à
Québec. Quand Roy est arrivé à son
bout de la patinoire, il était convaincu qu’il
s’agripperait à lui, mais il n’a pas pensé
que les coups allaient pleuvoir.
«Ne croyez pas que je sois un gars très,
très pacifique, m’a-t-il dit. Je me suis
déjà battu, je n’ai rien contre les
bagarres. Quand les deux joueurs veulent participer,
c’est très rare qu’il y a des blessés.
Avoir su que ça tournerait comme ça, je ne
suis pas sûr que je referais la même
chose.»
Tourné comme quoi ? Le délire
médiatique, le Colisée de Québec
plein à craquer qui hurle son nom à la
partie suivante, la difficulté de se concentrer,
l’élimination de son équipe, les gens qui
le traitent de peureux, de «jaune», ces
bassesses qu’on chuchote dans le milieu, qu’on laisse
deviner à son agent, les accusations criminelles…
Avoir su tout ça, il aurait probablement
jeté ses gants pour se battre.
Le héros de notre histoire est donc infiniment
rétif. En fait, il ne veut rien savoir de tout
ça, et surtout pas des accusations criminelles.
« Pas un joueur de junior de ma
génération ne pense que ça
méritait une accusation criminelle, et moi je
n’ai jamais porté plainte, là-dedans. On
ne sait jamais quand on peut aller trop loin. Ça
aurait pu m’arriver.»
Bobby Nadeau est maintenant aux études et joue
dans le hockey u niversita i re, à Dalhousie,
grâce à des bourses de la LHJMQ et de
l’université. Ne comptez pas sur lui pour donner
des conférences sur la violence au hockey. Si on
veut changer les règles, qu’on le fasse, lui ne
milite pour rien. Tout ce qu’il en retire de bien, c’est
d’avoir découvert plus vite que d’autres
l’importance de la famille et de ses vrais amis.
Son père, Robert Nadeau, a vu le travail de 8 ou
10 ans de son fils «s’écrouler en 10
minutes», dit-il. Il est bien content que les
choses «évoluent dans le sens d’une plus
grande dignité humaine» et que les gens de
hockey aient été «forcés de
se poser des questions qu’ils ne se posaient pas».
Mais cette ligue a très mal réagi, dit-il,
et les Saguenéens ont laissé tomber son
fils. On lui a même interdit de le voir dans la
semaine qui a suivi, pour éviter les distractions
pendant cette importante série…
«C’est une business, le hockey junior. Si
c’était à recommencer, sachant les
capacités scolaires de mon fils, jamais je ne
l’enverrais là. Je me console en me disant que
l’événement a fait évoluer les
choses. »
Ce n’était donc pas le projet idéologique
de la famille Nadeau de réformer le hockey
junior. Mais ce militant enrôlé
malgré lui dans le parti des nonviolents a
accompli énormément, même si c’est
par omission. Et il en a payé le prix, autant que
s’il avait livré volontairement ce combat qui ne
l’intéressait pas...
Mea-culpa et absolution pour Jonathan Roy -
Caroline Touzin
Jonathan
Roy a plaidé coupable, hier, de s’être
livré à des voies de fait sur son
adversaire Bobby Nadeau lors d’un match en mars 2008.
L’ex-gardien de but des Remparts de Québec a
obtenu l’absolution inconditionnelle et n’aura pas de
casier judiciaire. I
CHICOUTIMI — « La société ne doit
pas tolérer que des joueurs de hockey deviennent
des l utteu rs ou des boxeurs sur la patinoire. »
PHOTO JEANNOT
LÉVESQUE, LE QUOTIDIEN
Le juge Valmont Beaulieu a lancé ce message,
hier, au moment de prononcer sa sentence à
l’égard de Jonathan Roy. L’ex-gardien de but des
Remparts s’était reconnu coupable plus tôt
dans la journée de voies de fait sur Bobby
Nadeau, le gardien de but des Saguenéens, au
cours d’un match. Le j eune homme de 20 ans a ainsi
coupé court à son procès, qui
devait débuter hier au palais de justice de
Chicoutimi.
L’e x-ho c keyeu r devenu chanteur a
bénéficié de la clémence du
juge, qui lui a accordé l’absolution
inconditionnelle. Le magistrat a su iv i la recom ma
ndation commune de la Couronne et de la défense.
L’accusé s’évite un casier judiciaire qui
aurait compliqué la poursuite de sa
carrière aux États-Unis.
Le juge Beaulieu a déploré la «
cultu re d’acceptation » des bagarres au hockey
dans la société. « Le tribunal ne
voudrait pas qu’on retienne de la situation que, ce
jour-là, Jonathan Roy a eu un écart de
jugement. Il a commis une infraction criminelle. »
Le 22 mars 2008, lors d’un match des séries
éliminatoires entre les Remparts et les
Saguenéens, une mêlée
générale a éclaté. Bien
qu’un arbitre ait tenté de le retenir, Jonathan
Roy a traversé la patinoire et s’en est pris au
gardien des Saguenéens, Bobby Nadeau. Le jeune
Nadeau a reçu 16 coups de poing sans
répliquer, en tentant simplement de se
protéger. Il n’a subi aucune blessure et n’a pas
porté plainte à la police. À la
demande de la poursuite, la police de Saguenay a tout de
même fait enquête. Les accusations ont
été portées contre Roy quatre mois
plus tard.
« La rudesse fait partie du hockey. Seuls les
esprits obscurs et ne faisant aucun effort intellectuel
ne comprendront pas la différence entre rudesse
et violence. Le hockey ne doit plus être
considéré comme un sport violent »,
a ajouté le juge Beaulieu.
Jonathan Roy a fait son mea-culpa, hier. « Il y a
des l i m it e s . J ’a i dé pa s s é c e
s limites. » Il a dit regretter les coups
portés à Bobby Nadeau, son doigt d’hon neu
r à la foule et les propos méprisants et
dénués de remords qu’il a tenus lors de
l’entrevue d’après-match. « J’ai
manqué énormément de jugement
», at-il répété à
plusieurs reprises lors de son témoignage.
«
Regrets sincères »
L’accusé a paru émotif lorsqu’il a reconnu
avoir déçu sa mère et «
enlevé de la crédibilité »
à son célèbre père. Le juge
Beaulieu a estimé que ces regrets étaient
sincères. Il a toutefois mis en doute les raisons
qui avaient poussé Roy à attaquer Nadeau.
Roy a nié qu’il ait voulu forcer Nadeau à
se battre pour qu’il écope d’une suspension. Le
magistrat lui a reproché de « manquer de
transparence » sur ce point, non sans
égratigner au passage son père et
ex-entraîneur, Patrick Roy. « Si votre
réponse avait été oui (à la
question de savoir s’il a cherché à
provoquer Nadeau), vous êtes une personne
intelligente ; la question suivante aurait
été : Est-ce que quelqu’un vous l’a
commandé ? » a souligné le juge.
L’avocat de Jonathan Roy, Me Steve Magnan, n’est pas
d’accord avec ce reproche adressé à son
client. « J’ai compris l’interprétation du
j uge . M a is si mon c l ient ava it répondu ,
il n’au ra it pas donné la réponse que
monsieur le juge attendait », a-t-il
indiqué à sa sortie de la salle
d’audience. Les Roy ont quitté le palais de
justice sans faire de commentaire.
Jonat ha n Roy a au ssi affirmé qu’il avait
souffert du traitement médiatique qui lui a
été réservé,
particulièrement dans le sketch de
l’émission de fin d’année à
Radio-Canada, dans lequel on le dépeignait comme
un être violent. « Pour encore longtemps,
vous aurez à vivre avec cette image
négative de votre personnalité »,
lui a dit le j uge. Jonathan Roy aurait dû
être conscient à l’époque de sa
« responsabilité sociale » à
titre de gardien de but, « vu positivement par le
public tout simplement parce que son père est une
vedette et, pour certains, le plus grand gardien de but
dans l’histoire du hockey », selon le magistrat.
Le jeune homme de 20 ans s’est engagé à
faire un don de 5000 $ « avec son argent »
à des orga nismes de charité. Neuf mois
après avoir entamé sa carrière de
chanteur, il compte enregistrer un second album à
New York le mois prochain. Aux yeux du tribunal,
l’accusé est « complètement
réhabilité ». L a Couronne,
représentée par Me Denis Dionne, abondait
dans ce sens. « L’attitude du jeune Roy ce
soir-là est à mille lieues de son attitude
d’aujourd’hui. Il est sympathique, réservé
et sans prétention. »
Quant à Bobby Nadeau, la Cou ron ne a fa it va
loi r qu’il s’était retrouvé da ns une
« situation fort embarrassante » où
il a dû jouer le rôle de celui qui se
« laissait battre au risque de passer pou r u n
peu reu x », a lors qu’en réa l ité
i l ne fa isa it que suivre les règles du jeu.
« Bobby Nadeau a été le plus
intelligent des deux ce soirlà », a reconnu
la défense.
Violence
au hockey : Une «culture», ça se
change - YVES BOISVERT
Violence au hockey : Une «culture»,
ça se change - YVES BOISVERT
Il n’y a
rien de nouveau, rien de révolution na ire, surtout
rien de mal dans le verdict de culpabilité rendu
hier contre un j oueur de la LHJMQ. Rien pour remettre en
question la nature du hockey, quoi qu’en dise l’avocat de
ce jeune homme.
Simplement le rappel sa luta i re de quelques
règles élémentaires que des gen s de
ho c key oubl ient périodiquement.
Personne n’a jamais dit que le Code criminel cesse de
s’appliquer sur les glaces de hockey. On tolère un
niveau élevé de rudesse, évidemment,
puisque c’est un sport de contacts. Chaque joueur accepte
un degré raisonnable de risques. Mais jamais les
gestes intentionnels de violence unilatérale.
Il y a de nombreux précédents devant la cour
criminelle, y compris de joueurs de la Ligue nationale, de
Donald Brashear (coup de bâton sur la tête)
à Todd Bertuzzi (agression par derrière).
Un coup de bâton dans le visage, cela n’a j amais
fait partie du hockey, et c’est une agression armée
dans la rue Sainte-Catherine comme à
l’aréna. L’étonnant serait de s’en
étonner.
Merci Jonathan
Évidemment, la ligue junior n’aime pas «
l’image » que projette cette affaire, qui se conclut
trois semaines avant le procès à Chicoutimi
de Jonathan Roy, accusé de voies de fait aux
dépens du gardien Bobby Nadeau.
Et pourtant, on prouvera un jour que ces deux affaires ont
été extrêmement utiles pour faire
évoluer ce qu’on appelle « la culture »
du hockey junior.
En une seule saison, le nombre de bagarres a
diminué de 75 % dans le hockey junior
québécois, selon les statistiques de la
LHJMQ.
Pourquoi ? Parce qu’elle a eu l’air très,
très fou après la bagarre
générale de mars 2008, où Jonathan
Roy et son père se sont illustrés comme vous
savez. C’eût été amusant en 1975.
C’était maintenant scandaleux. La ligue a
resserré ses règlements. Pas au point
d’éliminer les bagarres, mais assez pour se faire
traiter de ligue de tapettes par plusieurs
vétérans.
E t qu ’apprend-on ? L’Ontario entend imiter le
Québec. Pourtant, l’an dern ier, cer ta i ns
spéc ia l istes nous disaient qu’en limitant les
bagarres au Québec, on allait former des mauviettes
et les désavantager face aux joueurs du reste du
Canada.
Nouvelles règles
En
même temps, comme par hasard, le Directeur des pou r
su ites c r i m i nel les et pénales a
modifié ses directives en matière de
violence au hockey. Une modification d’importance,
passée à peu près inaperçue.
Jusque-là, une directive de 1977 disait aux
procureurs de n’accuser un joueur de hockey que s’il avait
causé des lésions corporelles
intentionnellement.
Autrement dit, des coups qui ne résultent pas en
une blessure (des voies de fait si mples), su r la glace,
ne devaient pas donner lieu à une accusation
criminelle. On laissait faire. C’est ainsi que le
Procureur général du Québec
interprétait le Code criminel da ns le contexte du
hockey.
O r , J o n a t h a n R oy n ’a pas blessé Bobby
Nadeau. Selon l’ancienne directive, il n’aurait pas
dû être accusé.
Mais… le 28 juillet 2008, alors que l’enquête
policière est ter m i née, change !
Dorénavant, on demande aux procureurs de
déposer de s a c c u s at ion s de voie s de fait
simples dans le cas de non-consentement de la victime.
Autrement dit, si deux j oueurs se battent, ils
consentent. Mais si un joueur va en battre un autre qui
refuse le combat , il pourra être accusé de
voies de fait même s’il n’y a pas de blessure.
la d i rec tive
Dans la directive de 1977, on visait à «
limiter et surtout éliminer (la violence) qui est
faite volontairement, sciemment et qui vise à
blesser un adversaire ».
Depuis un an, on ratisse plus large. On vise à
« limiter et sanctionner (la violence) à
l’encontre de laquelle on ne peut valablement et
légalement opposer une défense de
consentement ».
On vient donc d’ouvrir la porte beaucoup plus largement
à des accusations criminelles dans le monde du
hockey.
L’avocat de Jonathan Roy a plaidé que cette
modification à la directive visait
spécifiquement son client et était donc
abusive.
En effet, elle arrive juste à temps pour permettre
de le faire accuser.
Mais l e j u g e Va l m o n t B eau l ieu a rejeté
l ’a r g u - ment la semaine dernière, estimant que
la poursuite n’avait pas violé les droits de Roy en
mo d i f ia nt s a directive. Il aura donc son
procès.
Q
uel le que soit l’issue de ce procès, on menace de
nouveau x coups de pied judiciaires les adeptes de la
moronnerie sportive. Dans le milieu assez conservateur du
hockey, ça devrait avoir un bel effet
pédagogique.
LA VIOLENCE AU BANC DES ACCUSÉS
- Caroline Touzin
Un joueur
de la Ligue de hockey junior majeur du Québec
doit-il consentir de façon « illimitée
» à recevoir des coups sur une patinoire, et
ce, même s’il refuse de jeter les gants ?
Cette question est au coeur du procès criminel d’un
hockeyeur accusé de voie de fait armée et de
voie de fait causant des lésions. Le procès
a commencé hier matin à Montréal en
chambre de la jeunesse, puisque l’accusé
était mineur au moment de l’incident.
L’automne dernier, l’équipe de la LHJMQ pour
laquelle jouait l’accusé a disputé un match
contre une autre équipe de cette ligue
semi-professionnelleàMontréal. Durant la
partie, une escarmouche a éclaté entre
plusieurs joueurs. L’accusé aurait alors
invité à se battre la victime
alléguée, un joueur de l’équipe
adverse, en lui donnant avec son bâton deux coups
sur la poitrine à la manière d’un
double-échec. Le jeune homme aurait refusé
de laisser tomber les gants. Mais l’accusé lui
aurait tout de même asséné « un
violent coup de bâton à deux mains dans le
visage », a raconté l’arbitre du match,
Dominick Bédard, venu témoigner hier.
Une ordonnance de non-publication interdit aux
médias d’identifier l’accusé et la victime,
même si cette dernière était majeure
au moment de l’incident. La procureure de la Couronne, Me
Ellen Baulne, entend prouver que l’accusé s’est
servi de son bâton comme d’une arme pour frapper la
victime sans son consentement. Personne ne peut consentir
à ce qu’un bâton de hockey serve d’arme sur
la patinoire, a dit la procureure.
De son côté, la défense,
représentée par Me Richard Shadley et Me
Steve Magnan, a souligné la particularité de
la LHJMQ, dans laquelle des adolescents de 17 ans jouent
aux côtés d’adultes de 20 ans. Un mineur a
« moins de maturité » et est «
moins responsable de ses gestes », a indiqué
Me Shadley. « Ce n’est pas une ligue
récréative. Le code du hockey et les
règles changent selon que c’est
récréatif ou semiprofessionnel », a
expliqué l’avocat. Les joueurs de la LHJMQ sont
rémunérés. Ils jouent 80 parties par
an devant de 10 000 à 15 000 spectateurs chaque
fois, a-t-il ajouté.
La victime
a témoigné qu’elle n’avait jamais eu
l’intention de se battre. Elle était dans un coin
de la patinoire, alors que la
mêlée a éclaté près de
la ligne bleue. « Je ne voulais pas m’en
mêler. J’arrivais tranquillement pour voir si l’un
de mes joueurs était en difficulté »,
a expliqué le jeune homme. Il dit avoir reçu
deux coups à la poitrine de la part de
l’accusé, qui l’invitait à se battre.
« Je suis resté comme une statue sans bouger
», a-t-il raconté. C’est à ce
moment-là qu’il a reçu le coup de
bâton au visage. Sous l’impact, il s’est
effondré sur la patinoire. Il est tout de
même revenu au jeu le soir même.
Il a eu besoin d’un point de suture près de la
bouche et a dû se nourrir de liquide pendant une
semaine. Aujourd’hui, certaines de ses dents sont toujours
sensibles et sa mâchoire craque, a-t-il fait valoir.
Il a porté plainte à la police quelques
jours après l’incident. Dans un
contre-interrogatoire serré, Me lui a
suggéré qu’il avait porté plainte en
raison de la pression de ses parents. Le père de la
victime aurait été insatisfait de la
suspension de 15 matchs imposée par la LHJMQ
à l’accusé, selon l’avocat de la
défense. L’accusé a d’ailleurs appelé
la victime pour lui offrir ses excuses, cinq jours
après l’incident. « J’avais de la
difficulté avec sa sincérité »,
a dit la victime à la cour.
La Couronne a déposé en preuve une
vidéo filmée du haut des gradins. « Ce
n’est pas une vidéo que j’aime regarder. À
chaque fois, ça me donne des frissons », a
dit la victime. On y entend une foule bruyante,
excitée au moment de l’échauffourée.
Les spectateurs sifflent et crient. On y discerne
difficilement les joueurs des deux équipes. Lorsque
la victime alléguée reçoit le coup de
bâton au visage, on la voit tomber sur la patinoire.
À ce moment-là, la foule se met à
huer copieusement son assaillant. Ce dernier se dirige
immédiatement vers le vestiaire sans broncher.
L’arbitre Dominick Bédard a décrit
l’accusé comme un hockeyeur rapide « qui ne
joue pas sale », mais dont le rôle est de
provoquer l’autre équipe pour lui faire prendre des
punitions. Ce système de provocation fait partie
des règles non écrites du hockey, a reconnu
l’arbitre en contre-interrogatoire.
L’accusé et la victime sont accompagnés de
leurs parents au tribunal. Le procès reprend
aujourd’hui devant le juge Jacques A. Nadeau.
« Les bagarres font partie de la game »
«
Les bagarres font partie de la game. Elles ne sont pas
juste tolérées dans notre ligue, mais dans
la Ligue nationale, aussi. » C’est ce qu’est venu
expliquer hier le directeur des opérations hockey
de la LHJMQ, Pierre Leduc, au procès criminel du
jeune hockeyeur accusé d’avoir commis une voie de
fait armée avec son bâton sur la personne
d’un autre joueur durant un match, la saison
dernière.
« Le hockey est un jeu d’action. Des incidents
comme ça peuvent arriver », a
témoigné le dirigeant de la LHJMQ, hier,
en chambre de la jeunesse à Montréal.
L’incident est survenu deux mois après que cette
ligue semi-professionnelle eut resserré ses
règles concernant les bagarres, a-t-il
expliqué à la cour. Bien que les bagarres
soient tolérées en général,
c’est désormais « tolérance
zéro » envers son instigateur ou
l’agresseur (dans le cas où l’autre joueur refuse
de se battre), a fait valoir M. Leduc. La notion
d’instigateur existait déjà, mais la
sanction imposée était moins
sévère.
L’accusé dans cette affaire n’a toutefois pas
reçu de punition à titre d’instigateur ou
d’agresseur, et ce, même si sa victime
alléguée n’a jamais jeté les gants.
Le jeune hockeyeur a plutôt reçu une
punition pour bâton élevé et
extrême inconduite de partie. Le nouveau
comité de discipline de la LHJMQ, formé
d’un préfet et de quatre conseillers, dont M.
Leduc, s’est ensuite réuni et lui a imposé
une suspension de 15 matchs. « Il y a 10 ans, il
aurait reçu une suspension d’un match ou deux
pour le même geste. Dans ce dossier, la Ligue a
pris ses responsabilités », a-t-il
assuré.
Les bagarres ont diminué de 50% la saison
dernière, première année du
durcissement des règles. Il y a en moyenne une
demi-bagarre par match, a fait valoir le directeur des
opérations de la LHJMQ.
— Caroline Touzin
Amateurs, pourquoi ne faites-vous pas le ménage
vous-mêmes? - Marie - Claude Lortie
Mon
opinion sur la violence au hockey, je me la suis faite
en 1977, je crois, ou peut-être un peu avant. Je
regardais encore des matchs à cette
époque-là. J’aimais bien. On gagnait
tout le temps la coupe Stanley avec Guy Lafleur.
Mais une chose me tapait déjà totalement
sur les nerfs: les batailles. Les interminables
batailles. Je trouvais ça d’une lourdeur, d’un
ennui. Du temps perdu gris et visqueux. De la
platitude solide comme lorsqu’il faut faire la queue
pour renouveler sa carte d’assurance maladie et qu’on
a oublié sa lecture. Ou quand il faut attendre
aux douanes derrière un camion qui nous bouche
la vue, dans le verglas. Long, long, long pour rien du
tout.
Je ne peux pas concevoir que quiconque trouve
intéressant de regarder de telles scènes
de gars qui se battent sur la glace, mais il y a
longtemps que j’ai décidé de cesser d’en
parler. La vie est trop courte pour avoir à
écouter quiconque défendre la violence
au hockey.
Hier après-midi, toutefois, je me suis
trouvée plongée malgré moi dans
ce sujet par un groupe de gars révoltés
par le niveau de la violence et l’acception de cette
violence dans le hockey junior. La raison de la
discussion: le procès qui vient d’ouvrir
à la suite d’une attaque au bâton d’une
gratuité inouïe d’un joueur envers un
autre joueur, dans la Ligue junior majeur. Les gars,
donc, voulaient savoir si je partageais leur
indignation.
« Ben oui, c’est clair. » – Tu trouves pas
ça scandaleux? – Oui, c’est ce que je viens de
te dire. Les gars étaient mille fois plus
énervés que moi et déçus
de mon calme.
En
fait, ai-je tenté d’expliquer, ce n’est pas que
je ne suis pas scandalisée. Je le suis.
Beaucoup. Sauf qu’il y a belle lurette que les
très nombreuses personnes comme moi, pas trop
amatrices de hockey, dépassées et
découragées par l’importance qu’on
accorde à ce sport dans notre espace public,
ont abandonné l’idée d’avoir toute
discussion là-dessus avec les fans, les membres
de la secte.
Apathie? Lâcheté? Non. Dans la vie, c’est
le cas de le dire, on choisit ses batailles. Et
celle-là aurait dû être
menée depuis longtemps non pas par ceux qui
n’aiment pas ce sport, mais par ceux qui l’adorent.
Ce sont eux, parents, joueurs amateurs, spectateurs,
fans, tous ces gens qui ont du plaisir à
regarder le sport et à le pratiquer qui
auraient dû prendre la parole longtemps avant
qu’on en arrive là, à ce cirque
dégénéré qui a besoin,
apparemment, d’être policé par les
tribunaux.
Pourquoi les amateurs ont-ils attendu que
l’abcès crève et qu’on appelle les juges
pour ramasser le dégât? Ne peuventils pas
faire eux-mêmes leur ménage? Avaient-ils
peur d’être traités de peureux et de
non-virils et autres épithètes
inintéressantes à tendance homophobe
qu’on entend, parfois, parfois, dans les vestiaires et
les gradins?
Moi, je vous l’ai dit, je trouve ça d’un ennui
profond, la bataille. Et quand on me dit que «
ça fait partie de la game », je ne sais
plus qui je trouve plus « macaque »
(expression préférée des enfants
actuellement). Sont-ce les joueurs violents ou leurs
fans?
Alors si un juge commence à potasser
là-dedans et à vous dire comment jouer,
ce n’est pas moi qui serai déçue. C’est
vous.
Les grands débats de
société - Pierre Foglia
Vous
savez, bien sûr, que Michael Jackson est mort. Je
voulais dire : êtes-vous t annés de savoir
que Michael Jackson est mort? Préparez-vous: je
crains qu’il ne meure encore toute la semaine prochaine.
Jeudi, dans un effort louable de diversifier
l’actualité, Radio-Canada a envoyé
Céline Galipeau au Nouveau-Brunswick pour la mort
de l’ex-gouverneur Roméo Leblanc : f lop total.
Toute la province a zappé en même temps; rien
à foutre de Roméo Leblanc . D’ail leurs,
tout le monde le confond avec Roméo Pérusse
parce que les deux racontaient des jokes, comme celle-ci
tiens : une fois, c’est un gars qui va voir son
médecin et son médecin lui dit : il te reste
deux semaines à vivre. Et le gars lui répond
: O. K. d’abord, je vais prendre les deux dernières
de juillet.
Est-elle de Roméo Leblanc ou de Roméo
Pérusse ? On n’a jamais su. J’ai
écouté le reportage de Céline
Galipeau jusqu’au bout dans l’espoir qu’elle le dirait ;
elle ne l’a pas dit. Vous ne la trouvez pas un peu
stuck-up, des fois, la Galipeau ?
Si je suis misogyne ? Un petit peu, sans doute. J’y
pensais justement ce matin en lisant ma collègue
Marie-Claude Lortie sur la violence au hockey. Je me
disais, ça prend forcément une fille pour
écrire que les bagarres au hockey l’ennuient, je la
cite, autant que d’attendre aux douanes derrière un
camion.
Quatre-vingt-dix-huit pour cent des gars que je connais
pensent, comme moi, que les bagarres font partie de la
game. On n’attend pas après. On ne les souhaite
pas. Mais quand elles arrivent, c’est sûr, on ne
s’ennuie pas. Même que des fois on aime ça.
Même que ces joueurs que l’on appelle «
policiers » sont souvent parmi les plus populaires ;
rappelez-vous l’ovation à Georges Laraque lorsqu’il
a été présenté à la
foule, la saison dernière.
Ces discussions sur la violence au hockey reviennent
ponctuellement à chaque dérapage, comme
cette attaque à coup de bâton qui fait
actuellement l’objet d’un procès en chambre de la
jeunesse – c’est d’ailleurs bien dommage qu’on ne puisse
pas révéler l’identité de
l’accusé dans ce cas précis ; on
comprendrait alors que ce n’est pas le hockey qui est en
cause ici. Ces dérapages ne témoignent pas
de la violence extrême du hockey, ils
témoignent seulement de la moronnerie de quelques
individus.
On est malhonnête quand on nous montre Jonathan Roy,
le célèbre chanteur, qui fesse et varge et
s’acharne sur l’autre gardien qui ne se défendait
pas et qu’on dit : voyez, c’est ça, la violence au
hockey. C’est pas ça du tout, la violence au
hockey. Ça, c’est un truc malade qui mérite
d’être jugé mais surtout d’être
soigné.
La violence « normale » au hockey, c’est autre
chose. C’est par exemple Georges Laraque qui se bat contre
Donald Brashear; deux Noirs. La violence au hockey, c’est
essentiellement la faute de Noirs. Anyway, je voulais dire
qu’on perd son temps à être contre les
bagarres au hockey ; c’est un peu comme être contre
le pincenez en nage synchronisée, c’est pas beau
mais c’est pas si laid que ça et ça aide.
Il y a des débats pas mal plus urgents que
celui-là à mener pour le bien de la
société. Par exemple celui-ci, qui nous a
occupés toute la semaine : fautil payer les
décrocheurs pour qu’ils ne décrochent pas ?
Quelle grande idée ! Je dirais même, quel le
sui t e logique d’une autre grande idée : le
renouveau pédagogique.
Reprenons au début. Pour accommoder les futurs
décrocheurs, on a changé, il y a une dizaine
d’années, la mission première de
l’école ; il ne s’agissait plus d’instruire les
élèves mais de les former ; il ne s’agissait
plus de leur transmettre des savoirs, mais de les «
transversaliser » . En clair : tu ne veux pas
étudier, mon petit bonhomme? Ben c’est pas grave ;
ferme ton livre, on va faire un projet.
Ça n’a pas suffi. Ils ont continué de
décrocher.
Alors on a
considérablement baissé les exigences sur
les matières indispensables, parce qu’il fallait
bien quand même apprendre à lire et à
écrire. Ils méritaient 0 ? On leur mettait 6
sur 10, la note de passage. Et pour leur éviter
l’horreur de l’échec, on ne les a plus fait
redoubler. Ça n’a pas suffi non plus. Plus de 10
ans après la mise en place de la réforme,
ils continuent de s’ennuyer à l’école,
à trouver les profs plates, à trouver que
tout cela est du temps perdu. Bref, à
décrocher plus que jamais.
D’où cette formidable idée de les payer pour
qu’ils restent à l’école.
Mais si ça ne marche pas non plus ? Que vont-ils
bien pouvoir faire de plus?
J ’ a i entendu di re qu’ i l s a l l a i ent l es emmener
aux putes.
Une vieille dame, Mme Font, meurt à l’hôpital
en avril. L’état civil émet le certificat de
décès officiel avec deux erreurs. Homme au
lieu de femme. Veuf au lieu de veuve. Il ne sera pas
possible de faire exécuter le testament tant que la
correction n’aura pas été faite.
Oh là là ! se désole la dame de
l’état civil, très gentille, au
téléphone. Renvoyez les trois copies par
courrier recommandé avec une lettre
spécifiant les corrections à apporter.
Deux semaines plus tard, retour du nouveau certi ficat
avec les mêmes erreurs.
Oh là là ! Pas encore ! s’excuse la dame de
l’état civil, toujours très gentille.
Renvoyez les trois copies par courrier recommandé
avec une lettre spécifiant les corrections à
apporter.
Deux semaines plus tard, retour du nouveau certi ficat
avec les mêmes erreurs.
Oh là là ! Mais c’est pas vrai ! se tortille
la dame de l’état civil au bout du fil. Renvoyez
les trois copies...
Le nouveau certificat vient d’arriver. Oh là
là ! avec les mêmes erreurs.
Le troglodyte est un petit oiseau assez commun,
speedé, braillard, pas très sympathique.
Elle surtout. Ce printemps, c’est lui qui allait chercher
les matériaux pour garnir le nid dans cette cabane
qu’on a clouée sur un piquet de clôture.
C’est lui qui faisait tout le boulot. Elle, elle
inspectait, jamais contente. On les voyait se disputer. Je
te l’ai dit cent fois, pas de plumes, pas de poils de
chat, lui criait-elle, tout ébouriffée. Les
petits de la seconde couvée sont partis mardi. Dans
le nid, parmi les branchages, on a trouvé deux
clous, un curedents, un trombone, et un petit bout de
journal de rien du tout, la frange du haut d’une page de
La Presse ; on lit juste la date : 26 avril. J’ai
vérifié, c’était un dimanche. On
avait un journal le dimanche, à l’époque.
La nostalgie à TVA, c’est vrai! -
Hugo Dumas
Les
humez-vous ces effluves de nostalgie
QuébecMontréal qui émanent de tous
les pores de TVA? Difficile de ne pas en avoir plein les
narines. Car cette eau de vestiaire numéro 19 –
comme Joe Sakic et Alain Côté – parfume de
grands pans de la programmation 2009-2010 du «vrai
réseau».
Racontée avec panache par Réjean Tremblay
dans Lance et compte: Le grand duel, la vieille
rivalité de l’autoroute 20 divertit
agréablement. C’est toujours rigolo d’assister
à des prises de bec entre Jacques Mercier et Marc
Gagnon, entre les deux coqs Guilbeault et Labrie ou entre
les j ournalistes du Scoop de Québec et ceux de la
grosse Presse de Montréal. La grande ville contre
le village. Les urbains hautains contre les campagnards
complexés. En fiction, ça fonctionne.
Très bien.
Lundi soir, en revoyant les i mages tou rnées au
Colisée entre le National et le Canadien, j’ai
même ressenti un léger pincement, pendant
quelques secondes, en repensant à mes bons vieux
Nordiques, malheureusement déménagés
au Colorado.
Une mini dose de nostalgie télévisuelle,
ça passe. Mais là où ça
devient franchement agaçant, c’est quand TVA essaie
de nous convaincre que, oh mon dieu, c’était donc
bien intense dans ces annéeslà et maudit
qu’on s’ennuie de ces chicanes-là qui ont
séparé le Québec en deux factions:
les bleus d’un côté et les rouges de l’autre.
Demain soir au Banquier spécial hockey, Julie
Snyder passera de looongues minutes à ressasser –
encore et encore, chanterait Laurence Jalbert – la
controverse ayant flotté autour du fameux but
d’Alain Côté. Sérieusement, existe-til
encore des fans de hockey qui dorment mal la nuit en se
remémorant cet incident sportif survenu en avril
1987 ? Pourquoi, en 2009, soit près de 15 ans
après le départ des Nordiques, Julie Snyder
ramène-t-elle ces querelles sur la glace ? Ne
sommesnous pas collectivement passés à un
autre appel?
Faut
croire que non. En janvier, la démone blonde et son
fidèle complice Stéphane Laporte
catapulteront en ondes une
«télérivalité»
QuébecMontréal, où deux
équipes de joueurs amateurs s’affronteront à
chacun des bouts de la 20, question de fouetter notre bon
vieux fond anti-Montréal ou anti-Québec,
c’est selon.
Comprenez-moi bien, ici. Longtemps, j’ai adoré les
Nordiques et profondément haï le Canadien, que
l’on rebaptisait – avec beaucoup de maturité – le
Canachien. Mes joueurs préférés?
Blake Wesley et Tony McKegney, que personne d’autre
n’encourageait, d’ailleurs.
En 1995, les Nordiques ont quitté la Vieille
Capitale et moi aussi. Les tensions sportives ont
considérablement diminué, les
mentalités ont évolué et cette
époque où les fans de deux clubs ennemis en
venaient aux poings n’existe plus. Du moins, on
l’espère.
Quant à la ville de Québec, même si
elle n’héberge plus de franchise de la LNH, elle a
changé pour le mieux, s’est ouverte sur le monde et
n’a pas à souffrir de complexes
d’infériorité par rapport à sa rivale
montréalaise.
Bref, nous sommes ailleurs. Et non à la fin des
années 80. Alors, pourquoi TVA s’entête-t-il
à nous refaire vivre des guéguerres
dépassées, que les moins de 20 ans ne
peuvent pas connaître ? Bonne question.
Car il existe tellement d’autres sujets de débats
d’ordre national comme, tenez, Marie-Mai, on la
préfère blonde ou noire ? De grâce,
laissons les souvenirs d’Alain Côté au
vestiaire. Et arrêtons de se mirer dans le
rétroviseur.