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Nirvana’s
‘Nevermind’ Turns 25: Oh Well, Whatever…
Celine
Dion's vocal skills live
The
Meaning of Pink Floyd's Dark Side of the Moon
100
Greatest Songs of All Time!
Kaamelot Livre IV Tome
1
PAUL
MCCARTNEY DIED IN 1966 AND WAS REPLACED BY LOOK-ALIKE
WOW REALLY ?
Former Beatle Ringo Starr Claims the “Real” Paul
McCartney Died in 1966 and Was Replaced by Look-Alike
WAS PAUL MCCARTNEY REPLACED IN 1966? *WORLD UPDATE
Ringo says Paul died in 1966
Le Temps de Cerveau Disponible (FR)
JEAN DUJARDIN MEILLEUR
ACTEUR OSCAR 2012 PREMIER FRANCAIS A REMPORTE CE PRIX
Soutien public à l'art
Spare arts grants from the cleaver - Globe Editorial
Lettres
- Malveillant et brutal
La culture de l’intimidation
Et
notre
«
film
national
»
est...
La
revente
est-
elle
un
scandale?
Les
requins
de
la
revente
Les
billets
de
la
discorde
Demi-vérités
Lessons from other cities on battling graffiti
Le
progrès
a-
t-
il
une
ville?
Un acte de foi
Et y aura-t-il jamais un quelconque avenir pour le cinéma
québécois ?...
Libre
opinion - La parlure du cinéma québécois
L’étincelle
Le doute de Denis Villeneuve
Le
Québec-
monde
L’insaisissable
auditoire
LE DÉCLIN DES NOUVELLES DE FIN DE SOIRÉE
PAS
DE CHICANE DANS MA CABANE ?
Un
marché
en
pleine
explosion
Mauvais par exprès?
L’élitisme
pour
tous
!
Le Québec et ses galas...
Le pari de la qualité
L'ADISQ
est-elle en 2010?
Les
gagnants de la culture
Costco
-
Pierre Foglia
Hydro-Québec: l'art d'éteindre l'art - Nathalie Petrowski
QUI SAUVERA LA VIE DU DJ?
Festivals du film
Un festival permanent
Parce que moi je rêve…
Le TIFF: un festival ou une foire?
Toronto
a tout pourtant...
La rivalité à sens unique
De
dures leçons à tirer
Festivals
sous tensions
Faire comme Hollywood - Marc
Cassivi
Sortie 67: un film montréalais «black»
L'aveuglement volontaire - Marc
Cassivi
Jacob Tierney persiste et signe - Marc-André
Lussier
Et que dire des droits de nos artistes ?...
Sondage
sur le nouveau Colisée à Québec - Labeaume n'est guère
ébranlé
Steve Martin, l'hôte idéal
Cheech and Chong: sympathiques mais sans surprise
Cheech and Chong: poteux un jour, poteux
toujours
D'autres
films québécois à voir au FFM
Humour
Six gars en 8 bits
LA STAR ÉCLAIRÉE
LE
PLUS
DUR
MÉTIER DU MONDE
Des
idées
pour
rire
Les
rigolades
d’un
Gaulois
C’est
peut-
être
moi
le
mononcle
Notre
télé
frileuse
(
bis)
Juste
pour rire en mutation
Le mauvais goût - Chantal
Guy
L'humour
extrême, qu'ossa donne?
La
patrie des sans-culottes - Marc-André
Lussier
Montréal
gratuit?
Oui.
Inculte?
Non
-
Nathalie Petrowski
Culture consommée - Mario Roy
La métaphore de notre sort - Nathalie Petrowski
Financement des festivals : crise totale aux Francos
Robin de Cannes - Mario
Roy
Un privilège - Marc
Cassivi
Un choix de société - Marc
Cassivi
Rentabilité: mythe et malentendu
Un
comité recommande de ne pas abolir la TVQ sur les
produits culturels
La TVQ sur les livres, non merci!
Encore une tuile pour Radio-Canada
Un
comité recommande de ne pas abolir la TVQ sur les
produits culturels
Avatar activism: Pick your protest
Avatar and the politics of our time - Rick Salutin
Le jour est arrivé... ou presque - Nathalie
Petrowski
Le commandant américain en Irak a aimé The Hurt
Locker
Le sacre d’un être d’exception - Marc-André
Lussier
12e
soirée des Jutra: duo de choc
Vers
un «festival de festivals»
Ces
Français qui chantent en anglais
«Reality check»!
ADISQ
Des sommets d’absurdité
Deux
jurys,
deux
solitudes
-
Marc
Cassivi
Il y a toujours un «mais...» - Marc
Cassivi
L'alouette
en
colère
-
Marc-André
Lussier
Quand l'art fait voir la beauté, et aussi la force de
s'engager...
Shakira, une artiste engagée
Luck
Mervil : reconstruire Haïti, village par village
La
chanteuse
qui
avait
trop
d'opinions
-
Nathalie Petrowski
Kristin
Davis au Sommet du millénaire de Montréal
James
Cameron lance une campagne pour planter des arbres
Angélique
Kidjo: du Bénin à Bono
Des
artistes dénoncent l'«apartheid israélien»
Une
nouvelle
version
de
We Are the World pour Haïti
Entendre l'horreur, chanter la joie
La
grande communion des artistes québécois pour Haïti
« Je me souviens que l’union fait la force »
- Jean-Christophe Laurence
Fabienne
Colas: fille d'Haïti, femme d'action - Nathalie
Petrowski
Hollywood
n'oublie pas Haïti
Trois
batteries pour la paix au Soudan
Musique nouvelle: l'éruption brésilienne
Musique
ethnique: un monde (en) parallèle
Concerts ethniques: les planchers en feu
Et le world beat, bordel!?
Lady Gaga
LADY GAGA LASEULE ET UNIQUE
Lady Gaga, c'est ça, ça, ou-la-la
Le
diable
et
Dakota
-
Nathalie Petrowski
Rater
la
cible
-
Marc
Cassivi
Cote en hausse, cote en baisse - Marc
Cassivi
Le
prix d'Avatar - Marc
Cassivi
Alice in Wonderland : presque une merveille
Alice
au pays de Tim Burton
Cannes:
Tim
Burton
présidera
le
jury
-
Marc-André
Lussier
La fenêtre d'exploitation
La
sortie d'Alice in Wonderland compromise
Montréal,
escale
obligée
des
grandes
tournées
Bon, branché et pas cher
Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es
La
télé d'ici mérite d'être montrée ailleurs
Anatomie d'une mise en échec - Marc-André
Lussier
Pour
toujours les Canadiens : dur dans les coins... -
Marc-André Lussier
Lhasa
de Sela, l'étoile filante
Décès
de Lynn Taitt, «inventeur du rocksteady»
Gilles
Carle: «Il a transformé le cinéma québécois»
La
vie heureuse de Gilles Carles - Nathalie Collard
Vivre
autrement
La
gloire internet des Cowboys fringants
Suites
maudites - MARC CASSIVI
Consensuelles,
les séries québécoises?
Les joyeux naufragés... handicapés
Télé
américaine : quand la politique nourrit la fiction
La télé spécialisée plus rentable que les banques
Le
comte du petit écran
Le CRTC donne le feu vert aux redevances
Le consommateur oublié - Sophie Cousineau
You're
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La poule aux oeufs d'or - Ariane Krol
Décision du CRTC - Arbitre fantoche
Le CRTC met la table pour des redevances aux télés
généralistes
Médias
- En attendant les redevances
Redevances télévision: Fox fait des envieux au Canada
Fox lance un ultimatum à Time Warner
Les câblos refilent une facture de 100 millions aux
consommateurs
Câble:
le CRTC jongle avec une hausse inférieure à 2$
Vite,
un coup de balai! - Sophie Cousineau
«On
affaiblit la qualité de la télévision généraliste»
Radio-Canada
compare les câblos aux pétrolières
Redevables,
mais à qui? - Nathalie Petrowski
L'avenir de la télé en 10 questions
Audiences
du CRTC: James Moore tente de calmer le jeu
Mauvaise
solution - André Pratte
La
télé d'ici sur la corde raide - Nathaëlle Morissette
Jutra
formule
améliorée
-
Marc-André
Lussier
Un
gala en or - NATHALIE PETROWSKI
Concours
de chantage - MARC CASSIVI
L'ironie de l'ADISQ - Marc Cassivi
Scepticisme
autour de l'éventuel gala Quebecor
Le cul de la crémière - Marc-André
Lussier
Rufus Wainwright: vraiment rien à son épreuve
Alexandre
da Costa, le virtuose du métro
Ça
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NATHALIE PETROWSKI
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Se tenir debout - Marc-André Lussier
Capitalisme
: A Love Story... Triste comédie d’horreur -
Sophie Cousineau
Questions
de propagande - Marc-André Lussier
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film de propagande chinois en clôture
UNE HISTOIRE CENSURÉE - Marc Cassivi
Le
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Woodstock-
Daniel Lemay
Woodstock, rampe de lancement - Alain de
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Nouveau film sur Woodstock : Parfums
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COPPOLA,L’AFFRANCHI
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Dany
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FrancoFolies-Festival
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Les
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Pluie de dollars pour la culture -
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Pas de vie culturelle sans Hydro -
Nathalie Petrowski
Hydro doit revoir toute sa politique de
mécénat - Rémi Nadeau
Voir aussi Stopper
l’ingérence d’Hydro
Une
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d’arbitraire - Marc Cassivi
Le succès ne tient qu’à un film -
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Cinéma
québécois : SÉDUIRE LES 7 À 77 ANS -
Anabelle Nicoud
TOUT BAIGNE DANS LE RAP -
Philippe Renaud
Au revoir Nelly Arcan - NATHALIE COLLARD
R.I.P. Michael Jackson
L’ÉTOILE
S 'ÉTEINT - Martin Croteau
Bizarrement touchant - Marie-Claude
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Coup
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LA MORT D’UNE LÉGENDE À L’HEURE DUWEB
- Chantal Guy
LA MORT DU ROI DE LA POP
LA PLANÈTE DIT ADIEU ÀMICHAEL JACKSON
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Un saint est né - Nathalie Petrowski
Tout ça pour un « pervers » ? - Richard
Hétu
UN AUTRE KING - Olivier Pierson
Farrah et moi - Stéphane Laporte
Le
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prince - Mario Roy
Le médecin du roi de la pop plaide non coupable
Médecin de Michael Jackson: reddition ou arrestation avec
menottes?
Mort de Michael Jackson: le Dr Murray ne se livrera pas
Michael Jackson : Homicide par médicaments,
conclut le coroner
Michael Jackson victime d’un homicide
Enquête
sur la mort de Michael Jackson Le médecin du
chanteur avoue lui avoir injecté du propofol - Nicolas
Bérubé
Michael
Jackson : DES INSOMNIES INSUPPORTABLES
MORT DE MICHAEL JACKSON Les enquêteurs
croiraient à un homicide
MORT DE
MICHAEL JACKSON Le médecin de la star se défend
MORT
DE MICHAEL JACKSON Trop de questions sans réponses
Michael Jackson : L’honnêteté des
administrateurs mise en doute
LES
ANECDOTES
D’ONCLE
LARRY
King
Larry!
Oprah
Winfrey: le début de la fin
Oprah:
diva,
magnat,
monstre
-
Nathalie Petrowski
Oprah
Winfrey fêtera Noël avec le couple Obama
Les
métamorphoses d'Oprah Winfrey - Richard Hétu
Oprah
Winfrey: son départ bouleversera la télévision
Jon Lajoie: la vie après YouTube
Plusieurs
festivals
ignorent si Industrie Canada leur versera l’argent
attendu - Louise Leduc
Le
risque de l’artiste - Simon Betrand
Susan
Boyle : Cendrillon du web ou coup de marketing?
Susan Boyle : Le rêve est fini NATHALIE COLLARD
Les
apparences - Pierre Foglia
Le monde est Stone... - Mario Roy
Misteur Valaire: le nouveau modèle économique
Dix moments qui ont transformé la musique
SUÈDE
Une
loi
anti-téléchargement
controversée
DROIT
D’AUTEUR L’UDA réclame des redevances sur les
lecteurs numériques
Acheter des CD pour une chanson -
Réjean Tremblay
Le mirage du livre à prix unique - Ariane Krol
Via P2P, les Québécois téléchargent québécois
Retour
sur l’affaire Robinson
Coûteuse
victoire
Pourquoi
Claude Robinson pourrait perdre en appel
Campagne d'appui à Claude Robinson: 260 000 $ amassés
Procès Claude Robinson: quatre ténors contre une diva
Les amis de Claude Robinson relancent la campagne d'appui
financier
L'île
épuisée
de
Robinson
-
Nathalie Petrowski
Justice pour Robinson - Yves Boisvert
COPIER-COLLER - Marie-Claude Girard
Quelques causes de droit d’auteur -
Marie-Claude Girard
Menaçante, la Chine? - Marie-Claude Girard
Robinson: une victoire et son poison - YVES
BOISVERT
Claude retrouve Robinson - NATHALIE PETROWSKI
«C’ÉTAIT UNE PARTIE DE MOI-MÊME» - Francis
Vailles
Claude Robinson retrouve son oeuvre -
Marie Tison & Paul Journet
Plus
de TVQ sur les produits culturels québécois -:
n’importe quoi ! - Ariane Krol
Au
Québec, l'album n'est pas mort
De nombreux admirateurs célèbrent la naissance de Chopin
Albert Camus, solidaire et contemporain
J.D.
Salinger
:
le
silence
achevé
Le
jazz - Pierre Foglia
Madame Bovary -
PIERRE FOGLIA
VAILLANCOURT EN VRAC
On
l'appelait le «Mozart noir»
Eva
Tanguay, la «reine du vaudeville», a fait vibrer Montréal
au moins deux fois
Littérature
Décrochages
L’écrivain
et le bonheur
L’UTOPIE
RÉALISÉE
J'aime
moins la télévision qu'avant - Victor-Lévy
Beaulieu
Lettres
- Un grand prix ridiculement petit
Lire ses contemporains
La
simplicité du roi de l'énigme
Dan
Brown dans les coulisses de la franc-maçonnerie
Amélie
Nothomb : créer des monstres
Gaston Miron : de la légende à l’homme réel
Lettres
- De l'héritage d'un pamphlétaire
De coeur et de convictions
Gil
Curtemanche 1943-2011 - L'homme aux douces colères
Nelly
Arcan: l'ambiguïté et la contradiction
SI VULNÉRABLE
Nelly et les poux
Nelly Arcan à Tout le monde en
parle en septembre 2007
LA
VIE APRÈS SPIDER- MAN
Question de culture...
L’invasion
des héritiers - Stéphane Kelly
Le CRTC se saborde
Le
comique et son double
Eh
bien ! dessinez maintenant... - Nathalie Petrowski
Paul et Paul - La partie du
hockey
Paul et Paul - Le Lifeguard
Paul et
Paul
POÈMES
ROCK - Marie -Christine Blais
Le mâle québécois, un loser ?
OPINION L’homme-toutou
Doit-on
influencer les goûts musicaux de nos enfants?
Surtout, surtout, surtout pas Caillou - Marie-Claude
Lortie
Les Trois Accords : toujours pas comme les autres
Robert Charlebois : l'âge d'or du rocker
Harmonium en Californie
Plume:
le rock'n'roll du grand flan fou
Plume Latraverse Montreal 1981 (partie02)
Un oubli honteux...
Qu’est- ce qui fait ( encore) courir La Bolduc?
ROCK
Médias
- Le rock est mort ?
Les 20 ans de Nevermind de Nirvana
Pourquoi
pas Pink Floyd?
UNE MACHINE BIEN HUILÉE
U2
Inc.,
du
solide
SANS
FARD
ET
MALGRÉ
YOKO
Paul
McCartney, le marchand de bonheur
Les Beatles dépoussiérés - Alain de
Repentigny
The British Invasion: An oral history
Jimi
Hendrix: plus qu'un guitar hero...
Les demi- adieux de Judas Priest
Toujours
vivant
!
FANTÔMES DU ROCK - Jean-Christophe Laurence
Kiss
expliqué
aux enfants - JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE
AC/DCAU STADEOLYMPIQUE La démesure
justifiée - Paul Journet
L’INCREVABLE
TRAIN ROCK N’ ROLL - Paul Journet
Le charme indiscutable de Bryan
Adams - Alain de Repentigny
Duff, conseiller financier
Ce
qu'il reste de Guns N' Roses
Noir
de
t-
shirts
Concert
surprise de Megadeth et messe noire
Le métal à la vie à la mort!
Slayer:
choqué, choqué!
Awkward headbangers beware: It's finally cool to like Rush
Devil,
mon
Ronnie
-
Marc Cassivi
Celebrating rock's biggest manes
L'improbable
ascension de Green Day
Eminem: sauvé par le rap
Amy
Winehouse
(1983-2011)
-
La
diva déjantée de la soul laisse ses admirateurs dans le
deuil
Les ingrédients d’un mythe 2.0
Les
Backstreet Boys, un groupe culte?
Un
old boys band
Roi des clips, roi des clics
Entre les lignes du conte
Il faut maintenant se faire à l’idée… -
Marc-André Lussier
La cinéphilie partisane - Marc-André Lussier
Sur le gros nerf - Marc-André Lussier
Jason Reitman en route vers la gloire? -
Marc-André Lussier
Profession: bouquiniste
Il était une fois les débuts du disque québécois...
Des
vitraux très trimballés
Art,
science et cadavres...
ART, KETCHUP
ET A GROALIMENTAIRE - Stéphanie Bérubé
La «nécessaire» mélancolie des écrivains
Omniprésente Jane Austen
La
suprématie de Beethoven
Dix
remèdes contre la grippe - Marc Cassivi
Mes meilleurs films de 2009 - Marc-André
Lussier
Pourquoi participer à une téléréalité? - Hugo Dumas
Robert
Musil et le phénomène Jackass - La bêtise professionnelle
et le nouveau désarroi panique des États-Uniens
Mentaliste
et...
entomologiste
Annie
et
ses
femmes
Art et souveraineté...
Les AngloFolies de Québec - Nathalie Petrowski
Sortir
le
Québec
des
Génie?
-
Nathalie
Petrowski
Étude
fédéraliste - Les artistes perdront au change si le Québec
gère seul la culture
Petit
constat sur un Québec éclaté
Effervescence chez les artistes anglos
|
LE DEVOIR
Les
elfes du mont Royal
Et
puis euh - Du culot
Spectacle - Rigoler de la mort pour ranimer le clown
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
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Katherine
Levac @ En route vers mon premier Gala (Finale)
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Carl (1979)
Die Maiers Comedy Trapeze
J.R.R.
Tolkien explique le sens réel du Seigneur des Anneaux
dans un enregistrement récemment retrouvé
Les Cyniques - Le Cours De Sacres
Les Cyniques -
L'Assurance-Chômage
Bye Bye 71 avec Les
Cyniques - Le Téléjournal
Les Cyniques à Juste
pour rire 1990
Difference Between
Golden globes and Oscars
Anyone else think the Golden Globes are better than the
Oscars?
A Brief History of Metal
How
Judas Priest invented heavy metal
Is Nirvana Metal?
Hair Metal vs. Grunge; Just Who Survived
I think I'm confused with grunge vs metal vs punk vs
hard rock, etc..?
Danielle
Ouimet nue
Be
Very Afraid: 8 Monsters of Literature and Folklore
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« Je me souviens que l’union fait la force » -
Jean-Christophe Laurence
Avec tous ces
concerts-bénéfice qui ont lieu depuis une semaine pour Haïti,
on finit un peu par s’y perdre. Mais je n’aurais
personnellement, et pour rien au monde, manqué le spectacle
L’Union fait la force qui avait lieu hier au Théâtre Telus.
Parce que cette soirée, annoncée avec beaucoup d’émotion dès
le lendemain du séisme, est l’une des seules à avoir été
directement organisées par des Haïtiens de Montréal, pour ne
pas dire des jeunes Haïtiens de Montréal.
La précision est importante. Car cette nouvelle génération,
qui fait parfois les manchettes pour d’autres raisons, a donné
hier la pleine mesure de son immense potentiel et fait preuve
d’une puissance mobilisatrice insoupçonnée.
El le nous a aussi fa i t découvrir un Montréal haïtien que
l’on connaît moins, celui plus underground, du kompa, du
hip-hop, du soul et du R’n’B, avec des artistes qui
parviennent rarement à passer la rampe du mainstream
québécois. Drôle à dire, mais il aura fallu une catastrophe
pour que les grands médias s’intéressent à eux – et, soyons
honnêtes, cela nous inclut aussi.
Il y avait évidemment les têtes d’affiche, pas forcément
haïtiennes. Corneille a viré la salle à l’envers avec sa
version acoustique de Parce qu’on vient le loin. Loco Locass,
Dan Bigras, Dubmatique les Colocs, Paul Piché et Linda Thalie
sont venus faire leur tour.
Et puisily
ava i t les Québécois d’origine haïtienne. Entre
l’harmoniciste Bad News Brown, le groupe kompa Ti-Kabzy, le
chanteur R’n’B Marc-Antoine et l’auteur-compositeur acoustique
Marco Volcy, l’événement de la soirée reste sans doute la
reformation du groupe hip-hop Muzion, dont on n’entend plus
aujourd’hui parler que par albums solos interposés.
Angelo Cadet, Penelope McQuade, Herby Moreau et Dice B se
chargeaient de l’animation, alors que diverses personnalités
publiques sont venues faire leur pitch toute la soirée. À ce
chapitre, bon point au politicien Emmanuel Dubourg, qui a
habilement résumé l’étonnante fraternité québécohaïtienne. «
Notre nouvelle devise sera désormais : Je me souviens que
l’Union fait la force. »
« Je redeviens haïtien »
Au total, plus de 60 artistes participaient à ce
concertbénéfice donné dans l’allégresse, parce que la
meilleure façon de défier la mort, c’est encore de célébrer la
vie. La preuve par cet exubérant Dominique, Haïtien dans la
cinquantaine, qui se déhanchait devant moi comme s’il
s’agissait d’une fête au champagne. « Quand je suis arrivé
ici, j’ai mis Haïti de côté, me disait-il pendant le
spectacle. Mais avec tout ce qui se passe en ce moment, on
dirait que je redeviens haïtien. Ça m’aura pris 35 ans… »
Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es
- Mathieu Perrault
À en croire
l’étude d’un psychologue écossais, les amateurs de heavy rock
ressemblent beaucoup aux amateurs de musique classique. Ce qui
s’expliquerait, entre autres, par un amour commun du
grandiose.
L es amateurs de métal ont tendance à être introvertis et
dépressifs. Ceux qui ne jurent que par le rap sont plus
violents que la moyenne. Une passion pour la musique pop est
signe d’un manque de créativité...
PHOTO MARTIN TREMBLAY,
ARCHIVES LA PRESSE
Un psychologue écossais a entrepris de vérifier la véracité de
ces stéréotypes. Adrian North, de l’Université Heriot Watt à
Édimbourg, vient de recueillir plus de 36 000 réponses à un
sondage afin de découvrir les types de personnalité associés
aux différents goûts musicaux. C’est, d’après lui, la plus
vaste étude jamais entreprise sur le sujet.
Le sondage d’Adrian North contenait une liste de 104 styles
musicaux, que les cobayes devaient évaluer avant de passer des
tests de personnalité. Conclusion : les amateurs de musique ne
partagent pas seulement les mêmes vêtements, les mêmes
expressions et les mêmes bars ; ils partagent aussi plusieurs
traits de caractère.
« Les fans de j azz et de musique classique sont créatifs et
ont u ne bonne estime de soi, mais ceux qui aiment le jazz
sont plus extravertis, a résumé le chercheur lors d’une
entrevue à La Presse. Les amateurs de country sont plus
travaillants que ceux qui aiment le reggae. Et contrairement
aux stéréotypes, les fans de métal sont doux et sociables. »
En fait, à en croire l’étude du psychologue, les amateurs de
heavy rock ressemblent beaucoup aux amateurs de musique
classique. Ce qui s’expliquerait, entre autres, par un amour
commun du grandiose.
Champions
toutes catégories, les amateurs de musique latino semblent
mieux outillés que la moyenne à tous les égards (voir notre
tableau en page 4).
Selon Adrian North, sa recherche pourrait inspirer les
spécialistes du marketing. « Si vous connaissez les
préférences musica les d’u ne personne, vous pouvez savoir qui
elle est, et donc, à qui vous vendez. Les implications sont
évidentes pour l’industrie de la musique qui s’inquiète du
déclin des ventes de CD », a-t-il déclaré au moment de
dévoiler ses résultats en Europe.
Le chercheur écossais North a commencé à s’intéresser aux
liens entre musique et personnalité au milieu des années 90,
avec une série d’études sur les goûts musicaux des
adolescents. Il a notamment montré – au grand soulagement des
parents – que les ados qui aiment la musique violente comme le
Gangsta Rap n’ont pas tendance à s’identifier à leurs vedettes
préférées, et donc qu’ils ne chercheront probablement pas à
imiter leurs frasques.
« Plusieurs études ont trouvé des niveaux élevés
d’automutilation et une estime de soi plus basse chez les
amateurs de rock et de métal, a ajouté M. North. Mais la
musique peut aussi servir d’outil de discrimination contre
d’autres groupes, afin justement de préserver l’estime de soi.
» Une étude américaine a examiné le problème de l’estime de
soi chez les amateurs de métal avec un angle « l’oeuf ou la
poule ». Écouter ce type de musique représenterait en fait un
instrument pour chasser les pensées noires plutôt que la cause
de ces ruminations, ont conclu en 2007 des psychologues de
l’Université de Wa rwick, en A ngleterre, à pa rtir d’un
échantillon de 10 0 0 adolescents surdoués.
Même si l’association est moins forte qu’à l’adolescence, la
musique continue à être liée à la personnalité tout au long de
l’âge adulte, a calculé Adrian North.
« Mais avec
l’âge, les gens ont moins tendance à utiliser la musique pou r
atteindre certains buts ou affronter des problèmes, a-t-il dit.
Plutôt que la musique, les gens plus âgés utilisent d’autres
sources de soutien, par exemple des relations avec d’autres
personnes. »
À la faculté de
musique de l’ Université McGill, le professeu r David Brackett
est sceptique devant les résultats du psyc holog ue é co s s a
is . « Comment peut-on vraiment définir des styles de musique
avec exactitude ? dema nde M. Brackett. Ça me semble vraiment
bizarre d’arriver à la conclusion que les amateurs de classique
ont une personnalité différente de celle des amateurs de rock. »
Adrian North ne s’est pas limité à étudier la personnalité de la
musique. Il a aussi tenté de vérifier si certains styles de
musique améliorent le goût de certains vins (des résultats
préliminaires permettent de penser que les vins plus corsés
gagnent à être bus en écoutant de la musique rock). Il a avancé
que le téléchargement de la musique rendra les consommateurs
plus apathiques, moins engagés que lorsqu’ils devaient se rendre
au magasin pour acheter un disque. Il a enfin avancé que les
vaches produisent plus de lait quand on leur fait écouter de la
musique lente – moins de 100 pulsations par minute.
Ça manque à ma culture… -
NATHALIE PETROWSKI
La scène se
passe au printemps 1997 dans le bureau d’une agence de pub
branchée du boulevard Saint-Laurent. Une bande de « cultureux
» enthousiastes et culturellement engagés rencontrent des
publicitaires pour discuter du logo, de la signature visuelle
et de la campagne de pub des toutes premières Journées de la
culture.
Passé les politesses d’usage, les explications sur le but de
l’événement et le discours poético-lyrique de Marcel Sabourin
qui ne conçoit pas de vie sur Terre sans culture, le patron de
l’agence s’allume une cigarette. Puis, le plus calmement du
monde, il pose une question en forme de bombe: «Pourquoi
tenezvous tant à utiliser le mot culture?»
Devant les bouches ouvertes et les mines sidérées de ses
interlocuteurs, il ajoute : «Qu’est-ce que la culture de toute
façon?» Qui s’y intéresse, à part les amateurs de théâtre, de
danse moderne ou de musique classique ? Voulez-vous vraiment
attirer les gens ou rester entre vous?
Cette scène
relatée par Simon Brault dans le bouquin qu’il a la ncé cette
semaine sous le titre Le facteur C dit bien l’état des lieux
de l’époque, la navrante perception que les gens avaient de la
culture, mais dit aussi l’énorme chemin parcouru depuis. Douze
ans plus tard, non seulement le mot culture s’est-il i ncrusté
dans ces Journées qui ont débuté hier aux quatre coins du
Québec, mais de plus, il ne suinte plus le mépris ni
l’élitisme des chapelles, pas plus qu’il ne réveille nos vieux
complexes de colonisés.
Mieux encore: la culture, ou le facteur C comme le nomme Simon
Brault, est devenue un enjeu politique, social et économique
majeur. «On ne s’étonne plus de voir la culture à l’ordre du j
our des congrès d’économistes, de sociologues, de
publicitaires, de comptables, d’urbanistes et de policiers»,
écrit Brault qui, par ses f onctions de directeur de l’École
nationale de théâtre, de vice-président du Conseil des arts du
Canada et de président de Culture Montréal, sait de quoi il
parle.
Mais en même temps que Brault se réjouit de l’effervescence
culturelle, affirmant au passage que désormais l’avenir passe
par la culture, il s’inquiète aussi. Un peu de la surabondance
de la production artistique et beaucoup de la demande, pour ne
pas dire du déclin de la demande. Car une vie culturelle ne
peut être en santé, épanouie et pertinente que si elle répond
à une demande. Or au Québec, nous avons beaucoup développé
l’offre et un brin négligé la demande, convaincus que les
oeuvres intéresseraient les gens parce qu’elles existaient et
que les salles se rempliraient d’ellesmêmes tout simplement
parce qu’elles avaient quelque chose à offrir.
Malheureusement, le public ne répond pas toujours à l’appel.
Combien de fois, dans l’exercice de mes fonctions, me suis-je
retrouvée dans une salle où les gens sur scène étaient plus
nombreux que les spectateurs ? Combien d’écrivains, de poètes,
de peintres se cherchent un public sans jamais le trouver?
Pour
endiguer
le problème, Simon Brault propose plusieurs pistes. D’abord
une sorte de démocratisation de la créativité, puisqu’il est
prouvé que l’engagement actif des citoyens dans des activités
de création et d’interprétation augmente leur intérêt pour la
culture et les arts et fait donc croître la demande. L’autre
piste, la plus importante à mes yeux, c’est l’éducation.
L’école a en effet un rôle crucial à jouer dans l’acquisition
et la transmission d’un bagage culturel. En France, la plupart
des lycéens, même les moins doués, finissent leurs études
pourvus d’une solide culture générale. Au Québec, pendant ce
temps-là, nos champions en mathématiques et nos bollés
scientifiques peuvent résoudre les équations les plus
complexes, mais ignorent qui est Molière ou Picasso et ne
savent pas que Roméo et Juliette meurent à la fin de la pièce.
Les trous dans leur culture sont aussi béants que des puits
sans fond. Bref, il est urgent que l’école québécoise donne le
goût de la culture et des arts aux jeunes. C’est une question
d’avenir et, ultimement, une question de survie.
Le mépris ne sert pas l’art - Simon
Brault
L’auteur est
directeur général de l’École nationale de théâtre et
vice-président du Conseil des arts du Canada. Ce texte est
extrait d’un livre publié cette semaine aux Éditions Voix
Parallèles, Le Facteur C. Dans les milieux où je travaille, on
est plutôt vite sur la gâchette quand on perçoit le danger
d’une confusion entre ce qui émanerait de la culture populaire
et ce qui procède d’une culture qui serait plus élevée.
Cette frilosité tient sans doute au fait qu’une culture
commerciale mondialisée s’impose comme étant la c u lt u re
populaire alors que la culture des significations, que
valorise l’art, est objectivement poussée vers la ma rge pa r
la dynamique de commercialisation et de consommation. Ce qui
était autrefois la c u lt u re d ’él ite devient donc
progressivement une culture marginalisée. Ce mouvement ne
pourra être ralenti que si l’on mise sur la démocratisation
culturelle, au lieu de faire la grimace devant ce qui est
populaire, comme si tout ce qui est populaire est, par
définition, sans valeur artistique.
Il faut donc faire preuve de discernement au lieu de se livrer
à un étiquetage qui tient de moins en moins la route.
(...) C’est complètement faux de prétendre qu’un artiste n’est
pas un artiste s’il n’évolue pas dans l’univers sans but
lucratif que soutiennent les conseils des arts!
L’individu
qui cherche à entrer en contact avec une oeuvre ne s’intéresse
pas au classement des artistes en fonction de leur position
dans le palmarès du système culturel subventionné. La relation
qu’entretient le public avec un artiste est une relation
émotive et même parfois passionnelle. Il y a bien sûr, et fort
heureusement, des connaisseurs et un public averti pour chaque
forme d’art. Mais les artistes et les oeuvres qu’ils
apprécient ne leur appartiennent pas pour autant. Le sentiment
d’exclusivité n’apporte rien à l’art. Toute propension à
l’exclusion ou à la déconsidération de ceux qui s’y
connaissent moins met sa légitimité en péril.
(...) Je me méfie de l’obsession de la classification des
oeuvres et des productions culturelles à l’aide d’étiquettes
jaunies sur lesquelles on a soigneusement inscrit des mots
comme «classique», «contemporain», «actuel», «avant-garde»,
«marginal», « ethnique », « traditionnel », « émergent », «
populaire », « urbain » ou « commercial ». L’art et les
véritables artistes n’ont pas besoin de ce classement, surtout
quand il n’est qu’un prétexte pour affirmer l’érudition de
ceux qui y procèdent.
Tout être humain qui présente avec sincérité à ses
contemporains ce qu’il a de meilleur à offrir mérite le
respect. Mais, évidemment, toutes les oeuvres ne se valent
pas. Tous les artistes ne sont pas excellents. Ainsi, il faut
bien pouvoir distinguer ce qui est original, authentique et
maîtrisé de ce qui est objectivement banal, routinier,
répétitif et pauvrement rendu. En tout cas, il faut le faire
avec rigueur avant d’accorder une subvention ou un prix
d’excellence. Les comparaisons et les distinctions faites en
fonction de critères artistiquement et socialement convenus
sont essentielles pour l’avancement de chaque discipline
artistique et, aussi, pour protéger la légitimité d’un système
culturel financé en grande partie par les deniers publics.
Mais il s’agit toujours de juger l’objet et non le sujet. Un
poème peut contenir des lieux communs, mais le poète peut être
sincère, et ceux qui l’écoutent peuvent être touchés. Il n’y a
rien à redire. Le mépris ne sert pas l’art et il ne met pas en
valeur l’excellence.
Toutefois, si je refuse de me lamenter sur la montée du
relativisme culturel en invoquant les canons de la culture
classique, je refuse tout autant d’être dupé par les propos
consensualistes que nous servent certains programmateurs pour
justifier un manque d’imagination et d’audace. Je ne veux
surtout pas faire preuve de complaisance envers les
conglomérats qui s’apprêtent à déverser un flot continu de
produits culturels de toutes sortes et de qualité parfois
médiocre grâce au puissant pipeline technologique que sont les
nouvelles multiplateformes médiatiques. C’est bien pratique de
prétendre rassembler tout le monde autour de la culture alors
qu’on ne cherche en fait qu’à nous faire consommer des
produits formatés qui sont à la culture ce que les calories
vides sont à la saine alimentation.
Triste comédie d’horreur - Sophie Cousineau
Qu’on
l’aime ou qu’on l ’ e x è c r e , Mi c h a e l Moore ne
laisse personne indifférent. Aussi, il ne faut pas
s’étonner que la sortie de son dernier documentaire,
Capitalism : A Love Story, soit précédée d’un battage
médiatique. La visibilité du cinéaste américain n’a d’égal
que la férocité de ses détracteurs.
PHOTO MARK BLINCH,
REUTERS
Michael Moore, réalisateur de
Capitalism : A Love Story, ne laisse personne
indifférent.
Comment ce réalisateur et producteur dont les
documentaires ont récolté des centaines de millions de
dollars au boxoffice – Fahrenheit 9/11 a rapporté 222
millions US à lui seul – se permet-il de critiquer le
capitalisme? Car, vous aurez compris que cette histoire
d’amour n’en est pas une…
Cette question, qui a été soulevée cette semaine par les
animateurs Larry King et Wolf Blitzer, entre autres, fait
toutefois distraction. Elle détourne l’attention des
enjeux que soulève ce film. Ce débat arrive à point nommé,
alors que les leaders des pays du G-20 se réunissaient à
Pittsburgh cette semaine pour revoir les règles du système
bancaire, l’encadrement des produits dérivés et la
rémunération des banquiers, trois problèmes à la source de
la crise financière.
Les conséquences de cette catastrophe, elles sont bien
concrètes, alors que le film de Michael Moore s’ouvre sur
une famille d’Américains qui filme nerveusement, depuis
son salon, l’arrivée d’un bataillon de policiers. Ces
agents viennent les chasser de leur résidence impayée en
défonçant la porte arrière.
Ces histoires de familles évincées font pleu rer.
Remarquez, chaque famille est soigneusement choisie. Elles
ne vivent pas dans d’immenses demeures avec trois voitures
dans le garage, mais dans de modestes maisons. Bref, ce ne
sont pas des Américains qui menaient un grand train de
vie, mais des gens qui ont connu des revers de fortune.
Dans le documentaire de Michael Moore, les Américains «
ordinaires » n’ont j amais de responsabilité dans ce
gâchis, eux qui auraient été encouragés à réhypothéquer
leur maison par l’ex-président de la Réserve fédérale Alan
Greenspan.
De la même façon, les excès du capitalisme sont illustrés
avec des exemples souvent grossiers. C’est le cas de cette
petite ville qui a confié à une firme privée la gestion
d’un nouveau centre de détention pour j eunes. Un j uge
corrompu y emprisonne des jeunes pendant six mois à un an
pour des vétilles comme une dispute entre copines au
centre commercial.
C’est le cas de cet agent immobilier de la Floride (son
agence s’appelle Vautour !) qui se gausse à la caméra des
malheurs de ses concitoyens, alors qu’il rachète pour une
bouchée de pain des maisons reprises par les banques.
Et je
n’avais jamais entendu parler de cette pratique,
apparemment répandue chez les entreprises du Fortune 500,
d’assurer la vie d’employés au bas de l’échelle (comme une
associée de Wal-Mart) dans le but de profiter de leur
mort. Cela s’appellerait « l’assurance des paysans morts
».
Michael Moore en vient à conclure que c’est un miracle
qu’il n’y ait pas plus d’accidents d’avion causés par des
pilotes d’avions régionaux dont les salaires de misère les
forcent à avoir recours aux banques alimentaires. Tordu.
Moins sensationnaliste, mais plus troublante pour la suite
des choses est la proximité entre Wall Street et
Washington que Michael Mooredocumente. Onconnaissait déjà
l’immense influence de la firme Goldman Sachs par
l’entremise de l’ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson
et de ses sbires sous George W. Bush.
Mais, c’est ahurissant de constater qu’un dirigeant de
Countrywide, spécialiste des hypothèques à haut risque
(rachetée par Bank of America), avait pour seule fonction
de consentir des prêts à des taux ridiculement bas aux
amis du président de la firme. Plusieurs politiciens
étaient du lot, dont le démocrate Christopher Dodd,
président du Comité sénatorial sur les banques !
Goldman & Sachs – qui a financé, soit dit en passant,
le producteur indépendant de ce documentaire, Weinstein
& Co. ! – est aussi l’un des grands donateurs à la
campagne électorale de Barack Obama. Sur ce sujet, on sent
d’ailleurs un certain malaise, alors que Michael Moore
préfère jeter son fiel sur le secrétaire au Trésor,
Timothy Geithner.
Selon Michael Moore, cette proximité explique que
Washington ait fermé les yeux sur les pratiques douteuses
de Wall Street puis se soit portée à sa rescousse avec un
plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Les
partisans de ce plan auraient ainsi orchestré une campagne
de peur sur l’imminence de la fin du monde. Et cela, alors
que la survie du plus fort est l’un des postulats
darwiniens du capitalisme.
On ne saura jamais ce qui serait arrivé si le Congrès
avait rejeté ce plan. De plus, il n’est pas clair que
Washington perdra une fortune avec ce sauvetage, puisque
Wall Street est en voie de rembourser ses prêts avec
intérêts. ( Malgré tout, on rigole franchement en voyant
Michael Moore conduire un camion de la Brinks jusqu’à
l’entrée de ces firmes pour récupérer l’argent des
contribuables avec un sac orné d’un signe de dollar qui
semble droit tiré d’un jeu de Monopoly.)
Toutefois, avec les marchés financiers qui rebondissent et
le sentiment de crise qui s’estompe, les banques ont
retrouvé leurs mauvaises habitudes et leur outrecuidance.
Ainsi, la volonté politique de changer les règles semble
s’émousser. Une fois rentrés de Pittsburgh, les pays du
G20 disciplineront-ils vraiment leurs institutions
financières ?
Michael
Moore
avait commencé à tourner son f i l m avant que la crise
n’éclate. Malheureusement, il a éteint sa caméra avant
qu’on ait le fin mot de l’histoire.
Moore: une histoire d’amour - Mario
Roy
On le
sait, Michael Moore n’a peur de rien. Dans son nouveau
film, il assiège le Capitole, siège du Congrès à
Washington. Il donne l’assaut à tous les temples de la
finance de Wall Street, à New York. Il retourne tirer les
oreilles de sa première victime, celle du documentaire qui
l’a lancé, Roger and Me, la General Motors. Il pourchasse
tout ce qui, aux États-Unis, possède du pouvoir, la
Maison-Blanche, le Trésor fédéral, le Congrès, la haute
finance, les multinationales, les grands médias.
Mais surtout, Moore n’a pas peur du paradoxe.
Sa rébellion extrême étant ainsi exposée, la question que
chacun se pose au sujet de son nouveau film, en effet, est
de savoir si Capitalism: A Love Story* fera une recette
supérieure à celle de Fahrenheit 9/11. Son brûlot de 2004
avait engrangé 220 millions$US, un record absolu dans
l’univers du documentaire.
Qui a dit que le capitalisme croulerait sous le poids de
ses propres contradictions ?
Bien entendu, cet écroulement ne se produira pas.
Et, quant à Moore, il est douteux que, malgré tous les
efforts qu’il déploie (ainsi que le coup de pouce des
médias qui, comme le public, vivent avec lui une...
histoire d’amour), il puisse briser son propre record au
box-office.
Certes,
son nouveau film n’est pas moins divertissant que les
précédents: l’homme demeure un extraordinaire troubadour
de la caméra. Mais, d’une part, Capitalism est plus
prévisible puisqu’on connaît maintenant bien les tics et
les procédés de son auteur. Et, d’autre part, le produit
que Moore livre ne correspond pas exactement à la
marchandise annoncée: ce n’est pas «le» capitalisme qu’il
dénonce, mais bien une de ses variantes étroitement
circonscrites dans l’espace et dans le temps.
Ce n’est d’ailleurs pas un écueil nouveau. Tous les
critiques du capitalisme en tant que système appliqué (par
opposition à son existence théorique) se sont butés sur le
fait qu’il y autant de capitalismes que de nations qui
l’appliquent et d’époques au cours desquelles il s’est
exercé.
Cela dit, si on s’intéresse précisément à la finance
spéculative déréglementée telle que les États-Unis l’ont
vécue dans les années 2000, le film de Moore est
l’article! Ce fut en effet un «système diabolique», comme
le cinéaste le fait dire à maintes reprises à ses
porte-voix. Ce fut un système qui produisit des injustices
dépassant l’entendement. Ce fut un système qui, il faut le
dire aussi (mais ça, Moore le dit moins), fonda sa
réussite surtout sur l’échec de l’État.
Soyons clair : c’est l’« ÉtatBush» qui est visé ici, comme
dans Fahrenheit 9/11. Cela pose d’ailleurs au
documentariste un problème que l’on voit venir à la fin du
film: que fera Michael Moore maintenant que W. n’est plus
là et que s’est installé dans le bureau ovale un type du
nom de Barack Obama?
Moore n’est visiblement pas à l’aise avec ce changement de
garde qui pourrait signifier pour lui la disparition d’une
cible irremplaçable. L’épuisement subit d’une inspiration
qui devait (presque) tout à la conjoncture.
La
fin des succès faciles, en somme.
Questions de propagande - Marc-André Lussier
Il n’y a
pratiquement jamais de polémique au Festival de Toronto. Ah si.
C’est vrai. Il y a deux ans, Sean Penn a dû payer une amende
pour avoir osé en griller une à l’intérieur des murs d’un grand
hôtel. La loi, c’est la loi. Pour tout le monde.
Le
cinéaste canadien John Greyson a sonné l’alarme le mois
dernier en retirant son plus récent documentaire de la
programmation du festival en guise de protestation.
Le TIFF 2009 a pourtant été lancé la semaine dernière dans un
climat de controverse. La raison? Le choix d’inaugurer la
nouvelle section «City to City» en braquant les projecteurs sur
10 films provenant de Tel-Aviv. Le cinéaste canadien John
Greyson ( Lilies – Les feluettes) a sonné l’alarme le mois
dernier en retirant son plus récent documentaire de la
programmation du festival en guise de protestation.
D’autres voix se sont élevées. Parmi lesquelles celles de Viggo
Mortensen, Noam Chomsky, Julie Christie, Jane Fonda et bien
d’autres. Ces gens ont vu dans l’initiative du TIFF une volonté
délibérée de cautionner une campagne «propagandiste» du
gouvernement israélien ayant pour titre « Brand Israel ». Ils
dénonçaient du même souffle l’absence de voix palestiniennes
dans ce programme, surtout dans la foulée des récents
bombardements à Gaza.
Au fil des jours, le ton est monté. Le débat s’est envenimé au
point de se transformer en une guerre de mots. Les procès
d’intentions se sont multipliés. Le producteur Robert Lantos (
Eastern Promises) a écrit une lettre ouverte virulente pour
dénoncer à son tour les actions des opposants. David Cronenberg
a pris publiquement la même position que son producteur. Mardi,
une bonne partie de la une du Toronto Star était consacrée à
l’affaire, les photos des «pros» d’un côté; celles des « contre
» de l’autre. Jerry Seinfeld, Natalie Portman, Sacha Baron
Cohen, Lisa Kudrow à droite ; Harry Belafonte, Naomi Klein et
d’autres célèbres protestataires à gauche.
« Nous n’avons jamais réclamé un boycottage », a déclaré Greyson
au cours d’une conférence de presse tenue au début de la
semaine, à laquelle participait aussi le cinéaste palestinien
Elia Suleiman ( Intervention divine). « Nous n’avons pas besoin
d’une autre liste noire », pouvait-on en revanche lire en gros
titre dans une publicité publiée sur une pleine page,
commanditée par le UJA Federation of Greater Toronto,
conjointement avec la Jewish Federation of Greater Los Angeles.
Da ns u ne décla ration officielle, la direction du Festival
assume pleinement son choix. Et souhaite plutôt susciter la
discussion. «Nous avons instauré ce programme afin que les
spectateurs puissent connaître Tel-Aviv selon les points de vue
de cinéastes qui vivent et travaillent là-bas, y compris ceux
qui posent un regard critique sur le statu quo.»
Même si leu r
action découle très certainement d’un noble sentiment, j’ai
quand même l’impression que les protestataires ont tiré des
conclusions un peu hâtives. Une voix d’artiste tue est toujours
un silence de trop. Eux, mieux que quiconque, devraient le
savoir. Et faire attention. L es cinéastes israéliens, vexés au
passage, ne sont pas les porte-parole de leur gouvernement. Amos
Gitai ( Free Zone) et A ri Folman ( Valse avec Bachir), pour ne
nommer que les plus célèbres, le montrent bien.
Ironie du sort, le jury du Festival de Venise, présidé par le
cinéaste Ang Lee, a attribué samedi dernier le Lion d’or à
Lebanon, un film israélien réalisé par Samuel Maoz. Ce drame,
qui dénonce les horreurs de la guerre du Liban au début des
années 80, a été sélectionné au TIFF dans la section « Visions »
plutôt que dans «City to City». Qu’à cela ne tienne, la victoire
de Lebanon à la Mostra a rendu le débat torontois un peu caduc.
Certains n’y ont finalement vu qu’une tempête dans un verre
d’eau.
L’ampleur du débat démontre en tout cas bien à quel point le
Festival de Toronto rayonne sur la scène internationale. Tout le
contraire du FFM. Qui a impunément pu présenter à sa soirée de
clôture un indéfendable film de propagande chinois, The
Everlasting Flame : Beijing Olympics 2008.
Si le festival montréalais avait encore la moindre pertinence
médiatique à l’extérieur de nos frontières, nous serions
probablement aujourd’hui en mode de gestion de crise, dépassés
par l’ampleur du scandale. Nous en serions encore à mesurer
l’ampleur de notre honte.
Le prochain Slumdog…
À Toronto, cela frôle l’obsession. On se fait ici une gloire de
paver la voie à la prochaine course aux Oscars. On cherche le
titre qui pourra se faufiler jusqu’au bout, comme l’a fait
Slumdog Millionaire l’an dernier. Présenté au TIFF, où il a
obtenu le prix du public, le film cendrillon de Danny Boyle, qui
ne devait même pas bénéficier d’une sortie en salle, a
pratiquement raflé toutes les statuettes quelques mois plus
tard.
Plusieurs
collègues
journalistes torontois s’amusent ces jours-ci à faire leurs
prédictions. Leur verdict? Parmi les films présentés au TIFF,
les plus susceptibles d’être invités au grand bal hollywoodien
sont Up in the Air de Jason Reitman, Capitalism : A Love Story
de Michael Moore, A Single Man de Tom Ford, et… Chloe d’Atom
Egoyan. Hum. Va pour les premiers titres, mais Chloe? Vraiment?
Je ne parierais pas un petit deux canadien là-dessus.
Le triomphe de Jos Bleau - PATRICK LAGACÉ
C’est un grand
mystère dans la petite caste médiatico-artistique québécoise,
ces jours-ci. Qui, mais qui se cache derrière le blogue La
Clique du Plateau ?
Depuis un an, La Clique offre des billets décoiffants sur tout
ce qu i g rou i l le da ns, j ustement, la petite caste méd
iatico -a r tistique québécoise.
Trempant sa plume dans un baril de vitriol, de mauva ise f oi
et de sa rc a sme, La Clique parle des animateu rs, actrices,
cha nteuses et j ournalistes, en abusant des poi nts d ’exc la
mation ironiques...
C’est parfois bête. Souvent méchant.
Benoît G agnon pose à la u ne du Lundi ave c s a famille ? La
Clique le raille. L’a n i m a t e u r S é b a s t i e n Diaz
et la comédienne Bianca Gervais révèlent leur amour à la une
de 7 Jours ?
La Clique les ridiculise avec la subtilité d’un char d’assaut.
Bref, La Clique pou r ra it n’être qu’un blogue, parmi m ille,
qu i bitche les veudettes . Et b i t c h e r, com me mille
autres blogues, sans véritable auditoire, en toute
confidentialité.
Mais La Clique est un succès. La Clique est lue. La Clique est
citée.
CHRONIQUE
Signe de sa renommée : la caste médiatico-artistique lit le
blogue de La Clique avec attention. Mon amie MarieSoleil
Michon, de La fosse aux lionnes, m’a résumé la fascination en
ces mots : « Je le lis une fois par jour. Le pire, c ’est que
souvent, com me lectrice, je suis d’accord avec lui. Mais bon,
c’est vrai que je n’ai j amais été sa cible. La Clique, c’est
une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. »
Ma rie-Soleil, com me d’autres, se livre à de fiévreuses
supputations sur l’identité véritable de La Clique. On le
trouve bien branché. On croit que c’est un ancien blogueur de
Canoë. Ou un journaliste de Voir. Ou un recherchiste de télé.
« Mais c’est sûr que c’est quelqu’u n du m ilieu », résume ma
lionne préférée.
T ’e s d a n s le champ, Marie-Soleil.
J’ai soupé avec le gars de La Clique du Plateau, lu ndi soir.
J’ai promis de ne pas révéler son identité. C’était la clé
pour parler de lui. Je sais qui il est. Où il habite. Son
numéro de téléphone, même… Et c’est… personne. « Je suis Jea n
, Jacques, P au l , i ron ise-t-i l . Je su is n’importe qui.
J’écris seul mais mes proches, qui savent que je blogue, me
suggèrent tout le temps des sujets… »
Aucun lien avec les médias ou le showbiz. Un gars ben
ordinaire, 30 ans, qui habite loin de Montréal, qui travaille
à temps partiel. Ce qui lui laisse beaucoup de temps avec ses
deux jeunes enfants. Et avec La Clique…
Il a toujours eu des choses à dire. Mille fois, il a levé les
yeux au ciel en regardant la télé, en lisa nt les jou rnaux. «
Il y a trop d’affaires qui m’énervent. Un jour, j’ai décidé de
com mencer u n blogue. Depuis, j ’y pense toujours… »
« Je ne ha is
person ne. Mais je n’aime pas que tout le monde a i me la même
a f fa i re. Da n s les méd ia s , tout le monde aime
LouisJosé Houde. On dirait qu’on ne peut pas ne pas aimer
Louis-José Houde ! Moi, j e ne le trouve pas bon. Il fait la
même chose depuis 10 ans. Et sais-tu quoi ? C’est pas tout le
monde qui l’aime ! Mais personne ne le dit. »
Le ton est à des annéeslumière d’Éc ho Vedettes. En ce sens,
la plume du gars de La Clique est un bazooka qui pulvérise
l’ordre établi.
Pas question, cependant, de tomber dans la vie personnelle.
Pas de potins sur qui couche avec qui. Pas de photos dérobées.
« Sur la terrasse, l’autre jour, un humoriste faisait le
pitre, il parlait fort, dérangeait tout le monde. J’ai pensé
faire un billet sur mon blogue pour le planter. Puis, j’ai
changé d’idée. Je me suis dit que moi aussi, je pourrais faire
le cave en public, un jour. Je m’en tiens donc à ce que tout
le monde a vu. »
Le hic, c’est que le gars de La Clique blogue de façon
anonyme.
Il ne s’affiche pas. Réfugié der rière son masque de clown.
Facile, dans ces circonsta nces , de la ncer ses grenades…
– Pou rquoi t u t ’a f f ic he s pas ? Ça n’enlèverait rien à
ton succès, au contraire…
– Je ne suis personne. Et puis, j e veux pas me faire
reconnaître dans la rue…
Je l ’a i pic o s s é s u r s o n douillet anonymat. C’est cet
anonymat qui irrite nombre de mes collègues. Moi aussi, mais
moins qu’eux. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je
sais qu’il se dit des saloperies 10 fois pires ailleurs sur le
web…
Mais j’espère que le gars avec qui j’ai soupé lundi soir va
avoir, un jour, les couilles de s’afficher. De toute façon,
Clique, tu es Paul, tu es Jean, tu es Jacques, tu es tout le
monde et tu n’es personne.
Ça changerait quoi si tu nous disais qui tu es ? Pas obligé de
mettre ta photo et ton adresse, là. Juste ton nom.
En plus, t’as un nom commun à l’os, c’est pas comme si
Patricia Paquin pouvait te reconnaître au resto !
Le succès de La Clique est une fable pour notre époque. Un
révélateur du XXIe siècle. C’est ce qui est terriblement
intéressant dans son aventure.
Jad is, qua nd Jos Bleau avait quelque chose à dire sur la
conduite des affaires du monde, il le disait à sa fem me, à
ses a mis, à son c h ien et à ses chums à la taverne. Point.
Désor ma is, il la nce u n blogue. Et s’il adopte un ton
original, s’il trouve des sujets décapants, s’il touche une
corde sensible, il peut avoir un impact hors de son cercle
immédiat.
C’est l’histoire d’un quida m su r mille, c ’est v ra i. Mais
c’est un quidam de plus qu’il y a 10 ans.
Et si vous demandez au gars de La Clique qui il est pou r a n
a lys er, c r it iquer, livrer ainsi son opinion en pâture, sa
réponse est lapidaire : « Il y a une nouvelle émission à
Radio-Canada, Six dans la cité. Une des c ritiques , c ’est G
enev iève Guérard. Une ancienne danseuse de ballet. Et elle va
c ritiquer des fil ms ! C ’est une danseuse : je m’en fiche,
de son opinion sur un film. Elle est qui, elle, pour critiquer
des films ? »
Woodstock- Daniel Lemay
Par son ampleur, sa nature et sa puissance musicale, le
festival de Woodstock fait depuis longtemps partie des grands
mythes américains sinon occidentaux. Quarante ans plus tard,
retour dans les acres vaporeux de Bethel, entre l’histoire et la
mémoire.
Woodstock… Au
lendemain même du festival –des filles toutes nues, des
millions de joints, Janis Joplin et Jimi Hendrix– , le nom
confinait au mythe, mythe que quatre décennies n’ont fait
qu’amplifier. Par cette merveilleuse capacité de l’homme qui
s’appelle la mémoire sélective.
PHOTOAP
Vous voulez voir de quoi ils ont l’air
aujourd’hui, rendez-vous à cyberpresse.ca/1969
Woodstock… Chacun y voit son sens. Ceux qui y étaient
vraiment, ceux qui n’y étaient pas, ceux qui, au fil des ans,
se sont convaincus et ont convaincu les autres qu’ils y
étaient. Il y a aussi, bien sûr, ceux qui n’en sont jamais
revenus.
Grand-messe de la paix et de l’amour pour les uns, Woodstock
représente pour d’autres le plus grand rassemblement musical
jamais organisé. Et pour bien d’autres encore, ça reste le
plus formidable pot party de l’histoire de l’humanité. Ou la
fin de l’innocence. Ou le début d’un temps nouveau, comme le
chantera ici Renée Claude.
«Pour moi, Woodstock était un test pour voir si notre
génération croyait vraiment en elle et à ce monde qu’elle
voulait construire », écrit dans The Road to Woodstock Michael
Lang, un des quatre partenaires de l’aventure. Le plus vieux
d’entre eux, John Roberts, avait 26 ans. C’était le money man,
un riche héritier dont le père a fini par payer la facture de
2,4 millions (1) de ce désastre logistique et financier.
Devant l’absence de guichets et de personnel de sécurité à
l’entrée, les jeunes sans billet avaient vite sauté la clôture
et l’annonce, peu après, que c’était devenu un concert gratuit
amena plus tard plusieurs milliers de détenteurs de billets
(18$ pour les trois jours) à exiger un remboursement.
Les autres partenaires étaient Joel Rosenman, un ami de
Roberts, et Artie Kornfeld, alors vice-président de Capitol
Records et compositeur de succès originaire de Queens (New
York) comme Lang, «l’homme derrière le festival mythique»
(du sous-titre de son livre) que les autres ont toujours
accusé de se mettre devant. Il reste que Lang était le seul à
savoir (un peu) ce qu’il faisait ayant organisé en 1968 le
Miami Pop Festival qui avait attiré 40 000 personnes.
Aux dirigeants, réticents, du Sullivan County, les producteurs
avaient évoqué la présence possible de 50 000 spectateurs tout
en en espérant le triple, une approche à laquelle ils avaient
donné le nom de «duperie créative»... Après le festival, le
recoupement des évaluations dépassera les 400 000, chiffre que
l’histoire a arrondi à 500 000, plus facile à retenir: «By the
time I got to Woodstock, we were half a million strong…» Far
out, man!
Quarante ans
plus tard, les organisateurs ne s’entendent toujours pas sur
qui avait eu l’idée d’organiser ces «trois jours de paix et de
musique», mais on a tout de même certaines certitudes. Le
festival a eu lieu du vendredi 14 au lundi 17 août 1969 sur la
ferme de Max Yasgur, le plus grand producteur laitier de
Bethel, patelin de 3000 habitants au nord de New York. Non!
Woodstock n’a pas eu lieu à Woodstock, situé dans les
Catskills à 60 milles de là, lieu de résidence de Bob Dylan,
un des premiers artistes que Lang a tenté d’embaucher. Les
producteurs avaient baptisé leur compagnie du nom de ce lieu –
Woodstock Ventures – mais Dylan n’a jamais chanté à…
Woodstock. Où il y a eu trois morts dont on a peu parlé: deux
reliées à la drogue et cet autre jeune homme qui, enroulé dans
son sac de couchage dans la boue –le site était une mer de
boue– a été écrasé par un tracteur qui ramassait les ordures.
David Clayton Thomas a chanté à Woodstock, lui, avec Blood,
SweatandTears, un groupe de jazz-rock qui, cette année-là,
dominait les palmarès avec des tubes comme You Made Me So Very
Happy, Spinning Wheel et le classique de Billie Holiday God
Bless the Child, devenu l’hymne des groupes de protestation
contre la guerre au Vietnam.
M. Clayton Thomas – il était au Festival de j azz en 2006–
n’aime pas beaucoup parler de Woodstock, à cause de ce dicton
qu’il cite d’emblée: «Si vous vous souvenez de Woodstock,
c’est que vous n’y étiez pas» … Mais il y était et s’en
souvient... un peu.
« Il y avait de la drogue partout –marijuana, hasch, LSD»,
nous a dit l’ancien tough kid du nord de l’Ontario quand nous
l’avons joint récemment à sa résidence de Toronto. « Comme
toutes les routes étaient bloquées, nous sommes arrivés par
hélicoptère ce samedi-là (c’était le dimanche, en fait),
directement derrière la scène.
«Pluie, drogue et chaos: c’était la confusion totale. Personne
ne semblait savoir vraiment ce qui se passait.» Sauf
l’imprésario de BS&T qui, devant le caractère gratuit de
du festival, craignait de ne pas recevoir les 15 000$ promis,
somme énorme pour l’époque (Woodstock a coûté 182 000$ en
cachets, le plus gros (32 000$) allant à Jimi Hendrix qui
l’avait exigé comme il avait exigé de passer en dernier).
Comme le film allait devenir pour les producteurs la seule
source de revenus, Blood, Sweat&Tears, qui avait cédé ses
droits, refusa de jouer devant les caméras. C’est pourquoi le
groupe de Greenwich Village ne figure pas dans le film de
Michael Wadleigh (3). Premier corollaire de Woodstock: Si vous
n’êtes pas dans le film, vous n’étiez (peut-être) pas là…
«Nous avions donné un bon spectacle devant cette foule énorme:
il y avait plus de 650 000 personnes. Pour moi, toutefois,
Woodstock restera toujours davantage un événement politique
que musical. Sur la scène, c’était les mêmes gars qui jouaient
leur même musique; dans la foule, par contre, on sentait cette
frustration provoquée par la fusillade de Kent State, quelques
semaines avant. Cet événement tragique a galvanisé les
énergies et c’est pourquoi tout ce monde s’est rendu à
Woodstock pour en faire une grande manifestation politique.»
Le fait que la tragédie de Kent State –la Garde nationale de
l’Ohio a ouvert le feu sur des étudiants qui protestaient
contre l’invasion américaine du Cambodge: quatre morts– n’ait
eu lieu qu’en mai 1970 ne change rien à l’affaire: Woodstock a
célébré la paix et en demeure encore le symbole aujourd’hui.
You dig it, man?
David Homel: «Les jeunes y croyaient vraiment»
David Homel
s’est retrouvé à Woodstock par hasard. Le teenager – il
allait avoir 17 ans– avait fait Chicago-New York sur le
pouce avec un ami, sa première visite dans la mégapole.
«Je n’avais rien d’un hippie. À Chicago, je fréquentais une
école où allaient aussi des Noirs et nous écoutions de la
musique soul, la black pop du temps», se rappelait cette
semaine le romancier et traducteur (et collaborateur de La
Presse) qui a appris le français à Chicago même.
Il ignorait tout de l’événement qui allait se tenir le
week-end suivant. « On a vu dans la rue des affiches
annonçant le festival mais on ne savait même pas où était
Woodstock... Puis on a rencontré un gars qui gagnait sa vie
en faisant le ménage d’un salon de quilles à Long Island. Il
a dit: "Si vous venez m’aider, je vous conduirai à Bethel."»
Ils sont
arrivés le vendredi soir alors que les clôtures étaient déjà
t ombées. Pas besoin de billet, donc, mais une tente aurait
été la bienvenue: «Nous n’étions pas préparés et il y avait
cette foule! Ces jeunes –on avait l’impression de les
entendre dire: "Nous sommes des gens bien"– avaient
construit une nouvelle ville. Ils savaient que le monde
entier les regardait et tout dans cet événement se voulait
un pied de nez à l’Amérique straight. » Avec, en
contrepartie, un fort «sentiment de responsabilité par
rapport à l’image des jeunes». «Le festival était mal
organisé mais tout s’est déroulé sans violence. Ces jeunes
de la classe moyenne croyaient en leur capacité de
transcender la guerre et la violence raciale.»
Du côté musical, David Homel se rappelle de la performance
des Who et de celle de Jimi Hendrix qui, en plus de sa
«négritude», amenait, à l’instar du quintette britannique,
«une violence et une ferveur qui manquaient un peu aux
autres».
Le l undi matin, devant quelques milliers de spectateurs.
Jimi Hendrix a fait sa déchirante interprétation du Star
Spangled Banner, qui restera toujours le symbole musical de
Woodstock. «Cet adieu à l’Amérique a marqué les coeurs à
cause de l’importance de Jimi Hendrix en tant que musicien.
Mais c’est Altamount qui a marqué la vraie fin de
l’innocence.»
En décembre 1969, ce qui devait être le « Woodstock West» a
sombré dans la violence et l’infamie. Pour assurer la
sécurité, l’organisation des Stones avaient embauché les
Hell Angels...
Tout le monde tout nu! -
Marc-André Lussier
Le cinéaste
Ang Lee et James Schamus, directeur du studio Focus Features,
ont décidé de reconstituer Woodstock à l’écran, en s’inspirant
du livre autobiographique d’Elliot Tiber, organisateur «
accidentel » du festival. « Le documentaire de Michael
Wadleigh sur Woodstock existe déjà, a récemment fait remarquer
Ang Lee au cours d’une rencontre de presse tenue à New York.
Comme il s’agit d’un chef-d’oeuvre, il n’était pas question de
refaire la même chose, ni de reconstituer le spectacle. Nous
souhaitions plutôt faire écho à l’impact incroyable qu’ont eus
ces trois jours sur les plans social et culturel. »
PHOTO FOURNIE PAR ALLIANCE
FILMS
Schamus, auteur du scénario et producteur du film, estime que
l’événement n’est pas véritablement passé à l’histoire sur le
plan musical, sinon grâce au contexte dans lequel il a pu
prendre forme.
«Bien sûr, la musique crée l’ambiance, mais rappelons qu’on
évoquait à l’époque trois jours de paix, d’amour et, enfin, de
musique. La plupart des spectateurs n’ont rien vu, et ont à
peine entendu. Il n’y avait pas d’écrans géants, ni rien du
genre d’appareillage qui, aujourd’hui, permet la diffusion de
ce type de superspectacles. Et puis, la plupart des artistes
n’étaient pas très contents de leur performance.»
Pour
reconstituer l’événement 40 ans plus tard, les artisans de
Taking Woodstock ont dû relever un défi inattendu : trouver
des figurants crédibles.
«Ce n’est pas tout de leur mettre des vêtements d’époque sur
le dos, qu’ils enlèvent très vite de toute façon, mais il
fallait trouver des jeunes personnes dont les physiques
ressemblaient à ceux des spectateurs de Woodstock, explique
Schamus. Les gars postulant pour faire de la figuration
étaient tous musclés, avec des abdos et des pectoraux d’enfer.
Or, personne ne s’entraînait en 1969! Du côté des filles, nous
avions aussi un problème supplémentaire: depuis 40 ans, les
lois de l’évolution semblent avoir fait disparaître les poils
pubiens!»
«Il était important que tout soit plausible, ajoute Ang Lee.
Et nous avons tenté de faire la meilleure reconstitution
possible, même sur le plan des images de l’époque. Ce film
s’attarde avant tout à ceux qui se sont rendus sur place pour
vivre un moment qui s’est révélé unique dans l’histoire. Les
artistes, eux, ont déjà eu droit à leur film.»
Woodstock, rampe de lancement - Alain de Repentigny
À Woodstock, la musique n’était peut-être qu’un bon
prétexte pour faire la fête. Pourtant, nul ne peut nier l’impact
qu’a eu ce festival plus grand que nature sur le paysage musical
des années 70. La grand-messe hippie de l’été 1969 aura été,
presque par
une époque
où les innombrables festivals de musique sont structurés,
organisés et comptabilisés jusqu’au dernier sou, n’est-il
pas drôle que le plus grand d’entre tous ait été tout le
contraire?
ALAIN DE REPENTIGNY
Un mois avant la tenue du festival de Woodstock, les
organisateurs couraient encore après leurs têtes d’affiche.
À la dernière minute, le Jeff Beck Group, un des gros
morceaux de la programmation du dimanche, s’est désisté pour
cause de séparation. Une fois sur place, les Who, qui ne
roulaient pas encore sur l’or, ont exigé d’être payés
comptant avant de monter sur scène et il a fallu réveiller
un directeur de banque au beau milieu de la nuit pour qu’ils
daignent jouer des extraits de leur opéra rock Tommy à la
multitude.
Certains artistes ont dû meubler le temps pendant que
d’autres vedettes étaient coincées dans des embouteillages
monstres. John Sebastian, qui était sur place à titre de
spectateur, s’est retrouvé sur scène. Richie Havens a dû
faire rappel sur rappel alors qu’il n’avait plus de chansons
dans ses bagages: ça a donné une Freedom improvisée qui en a
fait une vedette instantanée. Pour les mêmes raisons,
Country Joe McDonald est monté sur scène sans son groupe The
Fish et c’est armé d’une guitare acoustique empruntée qu’il
a chanté la décapante I-FeelLike-I’m-Fixin’-To-Die Rag, un
des grands moments du festival.
À Woodstock, rien ne s’est déroulé tout à fait comme prévu.
Et ce fut fort bien ainsi. En lieu et place d’un festival
réunissant des superstars, les centaines de milliers de
spectateurs ont eu droit à une affiche hétéroclite où les
vedettes établies (Hendrix, Janis, The Who) côtoyaient les
quasi inconnus (Santana, Joe Cocker, Ten Years After et
autres Sha Na Na).
À sa façon,
Woodstock préfigurait l’éclatement de la musique à l’aube
des années 70. Les années 60 avaient appartenu aux Beatles,
aux Stones et à Dylan. Désormais, l’allégeance des amateurs
de musique, leur loyauté, irait non seulement à un artiste,
mais souvent à un genre musical. Il y avait à Woodstock des
interprètes de chansons «à message» (Joan Baez, Melanie),
des groupes à la musique ambitieuse (The Who), des rockeurs
plus musclés (Mountain), des porte-étendards modernes de la
tradition blues (Canned Heat, Johnny Winter), des chefs de
tribus friands de dope et de long jams (Grateful Dead), des
rockeurs conscientisés (Jefferson Airplane), des groupes qui
flirtaient avec le jazz (Paul Butterfield Blues Band, Blood
Sweat and Tears), un chanteur de covers dégourdi qui
réinventait un classique des Beatles (Joe Cocker), un groupe
qui annonçait le mariage du rock avec la musique du monde
(Santana) et un autre, le mélange des genres, des races et
des sexes (Sly and the Family Stone), sans oublier l’un des
premiers supergroupes de l’histoire dont c’était seulement
le deuxième concert (Crosby, Stills, Nash and Young).
Telle était la volonté du jeune producteur de Woodstock,
Michael Lang. Il espérait les Beatles, Dylan, les Doors et
le cowboy Roy Rogers (!), mais voulait surtout une affiche
diversifiée pour rendre compte de l’ouverture d’esprit de la
génération du Verseau dont ç’allait être la fête.
Ce nouveau star-système auquel Woodstock a servi de rampe de
lancement, allait aussi transformer le monde du spectacle.
Appuyées par une radio rock FM en pleine ébullition, les
nouvelles vedettes du rock envahiraient désormais le Forum
et autres stades jusque-là réservés aux sportifs.
Woodstock n’a peut-être pas changé le monde, mais dans
l’histoire du rock en tout cas, on peut parler de l’avant et
l’après Woodstock.
Les grands absents
Les
Stones, l’autre face de la royauté rock britannique,
n’étaient pas invités. Ils commandaient un cachet trop
élevé et on raconte qu’ils ne correspondaient pas à
l’image peace and love du festival. Trois mois plus
tard, ils ont donné à Altamont un concert marqué par la
violence qui, pour les historiens du rock, a mis fin à
l’utopie des années 60 incarnée par Woodstock. Bob
Dylan, qui vivait justement à Woodstock, ne s’est pas
pointé le nez au festival, mais son groupe The Band y a
joué. On a dit que son fils était malade, mais surtout
que Dylan en avait jusque-là des hippies qui venaient le
déranger chez lui. Le Jeff Beck Group, les Doors, les
Moody Blues, Joni Mitchell –qui a écrit la chanson
Woodstock en regardant, à regret, les images du festival
à la télé– et Jethro Tull ont refusé ou se sont désistés
à l a dernière minute. Led Zeppelin, le supergroupe en
devenir, a préféré donner un concert plus payant à
Asbury Park, au New Jersey, ce weekend-là, leur
imprésario Peter Grant ne voulant pas que ses ouailles
ne soient qu’un groupe parmi tant d’autres à Woodstock.
PHOTOREDFERNS
Led Zeppelin

Les empêcheurs de tourner en rond
On a
souvent reproché au festival de Woodstock d’avoir occulté
les bouleversements politiques de la fin des années 60, à
l’exception du flash de génie de Jimi Hendrix qui, devant
la foule clairsemée qui était encore sur place le lundi
matin, a fait écho à la guerre du Vietnam dans son
interprétation de l’hymne national américain.
Dans le film, certains artistes sont tellement
impressionnés par la magnitude de l’événement – qui ne
l’aurait pas été? – qu’ils en perdent leurs repères et
donnent presque dans l’ésotérisme. Country Joe McDonald
n’était pas de ceux-là, lui dont la décapante
I-Feel-Like-I’m-Fixin’-To-Die Rag disait à peu près ceci:
pourquoi on se bat? On s’en fout, on s’en va au Vietnam où
on va tous mourir, youppi! Au public qui ne chantait pas
assez fort à son goût, McDonald a même dit qu’il ne
méritait pas mieux que d’aller au Vietnam! Joan Baez,
aussi, a été fidèle à elle-même. Avant de chanter l’hymne
ouvrier Joe Hill, elle a parlé de son mari David Harris,
emprisonné pour avoir refusé d’être conscrit.
Mais c’est
le Star-Spangled Banner de Hendrix, joué à la fin du film,
qui a marqué l’imaginaire. En faisant parler sa guitare,
Hendrix ramenait les membres de la génération Woodstock
sur terre en lui rappelant que pendant qu’ils célébraient
l’amour et la paix, d’autres moins chanceux se faisaient
tuer au Vietnam.
L’année suivante, au festival de l’Île de Wight, Hendrix a
joué le God Save the Queen à la guitare, mais ce n’était
guère plus qu’une recette, un truc malhabile.
Le film
Woodstock n’aurait pas eu la moitié de son impact s’il
n’y avait pas eu le film et les disques, l’année
suivante, pour propager la bonne nouvelle. Le
réalisateur Michael Wadleigh, documentariste de son
métier, ne voulait pas d’un film conventionnel dans
lequel chaque artiste viend ra it pousser son succès. Il
a choisi les chansons en fonction de la trame narrative
de son documentaire qui fait bien sûr une large place à
la musique, mais témoigne d’abord de l’esprit de ce
festival hors normes. Il a dû se battre pour montrer
plus de trois minutes de Jimi Hendrix à la toute fin; le
studio Warner Bros. estimait qu’il y avait sûrement une
manière plus hopla-vie de boucler un film de trois
heures qu’une adaptation de l’hymne national américain
simula nt un bombardement au Vietnam, et des images des
détritus jonchant le sol après la fête de l’amour et de
la paix. Woodstock a gagné l’Oscar du meilleur
documentaire en 1971. Jamais un film n’avait si bien
reproduit l’ambiance d’un concert auparavant. On a
beaucoup parlé de la qualité du son et de l’écran divisé
qui pouvait montrer jusqu’à trois images différentes à
la fois. Dans le tout récent coffret DVD du 40e
anniversaire, le réalisateur a une justification très
simple pour cette utilisation de l’écran divisé: ça lui
a permis de mettre l’équivalent de huit heures de
pellicule dans un film de trois heures!
Wadleigh, les deux autres caméramen qui filmaient le
spectacle et les trois ou quatre équipes qui tournaient
ailleurs sur le site ont accumulé 120 heures de
pellicule. La première version du film faisait trois
heures, la version du réalisateur parue en 1994
s’étirait sur trois heures 45 minutes. Heureusement,
Wadleigh pouvait compter sur un monteur et
assistant-réalisateur prometteur: Martin Scorsese.
Les bonbons du 40e
Janis
Joplin, Canned Heat et Jefferson Airplane n’étaient pas
du film Woodstock en 1970, mais ils figurent dans la
version du réalisateur en 1994. Le coffret DVD du 40e
anniversaire comprend, outre quelques gadgets, cette
version, une vingtaine de capsules avec les principaux
artisans du spectacle et du film, et deux heures 15
minutes de musique additionnelle : 18 chansons par 13
artistes différents dont Paul Butterfield, Johnny
Winter, Mountain, Creedence Clearwater Revival et le
Grateful Dead, qu’on n’avait j amais vus dans les
versions précédentes, John Fogerty et le Dead n’étant
pas satisfaits du résultat.
Il est vrai que l’éclairage et le son ne sont pas
parfaits, mais Fogerty est électrisant et comme ces
trois chansons ( Born on t he Bayou, I Put a Spell on
You et Keep on Chooglin’) sont parmi les rares images
d’archives disponibles de CCR, il ne faut surtout pas
bouder notre plaisir. Quant au Dead, je leur donne
raison: leur interminable jam ( Turn On Your Love Light)
– 38 minutes! – est à la limite du supportable. Un bon
mot par contre pour Canned Heat ( On the Road Again),
les Who ( We’re Not Gonna Take It et My Generation) et
Johnny Winter ( Mean Town Blues).
Pour
les i ntéressés, RhinoAtlantic va lancer le 18 août un
coffret de six CD et 77 chansons, dont 37 inédites, dans
l’ordre de leur présentation à Woodstock.
Et depuis peu, on peut trouver en magasin, sous
étiquette Sony Legacy, cinq CD d’autant d’artistes
enregistrés à Woodstock: Santana, Janis Joplin, Sly and
the Family Stone, Johnny Winter et Jefferson Airplane.
Parfums d’innocence - Marc-André Lussier
Il y a 40 ans,
tous les rêves de jeunesse des baby-boomers se sont
cristallisés en trois jours «d’amour, de paix et de musique».
Le nouveau film d’Ang Lee utilise Woodstock comme décor afin
de raconter un petit épisode de bonheur.
Ang Lee a procédé à l’envers de l’histoire. Il y a 12 ans, il
a dressé un portrait sensible et saisissant d’une génération
peu à peu atteinte par la désillusion dans The Ice Storm, dont
l’intrigue était campée en 1973.
PHOTO FOURNIE PAR ALLIANCE
FILMS
raconte l’histoire d’Eliot (Demetri
Martin), un jeune obligé de retourner vivre chez ses parents
dans le nord de l’État de New York. En tentant de reprendre
en main la gestion du motel délabré de sa famille, Eliot
saisit l’occasion de renflouer un peu les affaires quand il
apprend qu’une bourgade voisine a refusé d’accueillir un
festival de musique «hippie».
«Quatre ans plus tôt, en 1969, a eu lieu l’événement le plus
rassembleur de la génération des baby-boomers, a récemment
fait remarquer le cinéaste au cours d’une rencontre de presse
à New York. Woodstock est probablement le dernier point
d’orgue de cette époque. Après, les lendemains ont commencé à
déchanter. The Ice Storm en était l’illustration. C’était la
gueule de bois après une grande fête!»
En 1969, Ang Lee était âgé de 14 ans et vivait à Taiwan. Il ne
connaissait encore rien de l’Amérique. Jamais l’adolescent
qu’il était alors n’aurait pu penser qu’un jour il évoquerait
dans un film l’un des événements les plus mythiques de la
culture américaine et occidentale.
«Pour nous, dans notre île, la marche de l’homme sur la Lune
revêtait une importance bien plus grande que ce festival de
boue dont on voyait quelques extraits en noir et blanc à la
télé, explique le cinéaste. À vrai dire, nous ne partagions
pas tout à fait le sentiment de contestation des jeunes
Occidentaux. La société taiwanaise était déjà très
conservatrice. Des bases de l’armée américaine étaient
installées sur notre territoire. Les GI faisaient escale chez
nous avant de se rendre au Vietnam.»
Tout cela est bien loin, maintenant. D’autant plus que, aux
yeux du réalisateur de Brokeback Mountain, le mythe Woodstock
s’est amplifié – et magnifié – au fil des ans. Quand le projet
de faire un film sur l’événement a été lancé, l’idée de
reconstituer le spectacle sur scène a immédiatement été
écartée.
«De toute façon, ce film existe déjà et il s’agit d’un
chefd’oeuvre!» fait remarquer Lee.
Le documentaire de Michael Wadleigh, gratifié d’un Oscar, a
évidemment marqué les esprits. Les concepteurs de Taking
Woodstock s’en sont surtout inspirés pour une question de
style. Comme l’avaient fait leurs aînés il y a 40 ans (dont
Martin Scorsese), une quinzaine de jeunes cinéastes se sont
emparés de caméras pour filmer les figurants, histoire de
donner au film son caractère «documentaire». Lee n’a utilisé
aucune scène d’archive.
«Le film sur les artistes ayant été fait, nous nous sommes
concentrés sur les spectateurs, explique le cinéaste. Le
spectacle n’est évoqué qu’en toile de fond. De toute façon, la
vaste majorité des gens sur place n’ont pu entendre que de
loin et n’ont vu que des personnages minuscules sur scène!»
Libre adaptation
Un peu à la
manière de l’événement, qui a eu lieu pratiquement par
accident, Taking Woodstock est né d’une rencontre inattendue.
Invité à une émission de télévision à l’occasion de la sortie
de son film précédent, le magnifique Lust, Caution, Ang Lee a
fait la connaissance d’Eliot Tiber, invité à titre de coauteur
du livre autobiographique Taking Woodstock, A True Story of A
Riot, A Concert, and A Life.
«Après plusieurs films dramatiques, j’avais envie d’un peu de
légèreté. J’ai vu dans l’histoire d’Eliot de belles
possibilités en ce sens. Nous nous en sommes librement
inspirés, James Schamus et moi, pour construire un récit dans
lequel la vie d’une famille se trouve complètement chamboulée
à cause de ce concert.»
Cette famille, c’est celle d’Eliot (Demetri Martin), un jeune
homme obligé de retourner vivre chez ses parents dans une
petite localité du nord de l’État de New York. En tentant de
reprendre en main la gestion du motel délabré de sa famille,
Eliot saisit l’occasion de renflouer un peu les affaires quand
il apprend qu’une bourgade voisine a refusé d’accueillir un
festival de musique «hippie». Trois semaines et 500 000
personnes plus tard, personne ne sera jamais plus le même, y
compris le jeune homme, qui décide d’assumer son homosexualité
à cette occasion.
«Il s’agit d’un moment probablement unique dans l’histoire de
l’humanité, observe Ang Lee. Grâce au baby-boom
d’après-guerre, les jeunes formaient alors plus de 50% de la
population. Je doute que cela puisse survenir de nouveau un
jour dans le monde occidental.»
Un premier rôle
Le rôle d’Eliot a été confié à Demetri Martin, dont il s’agit
de la toute première présence à l’écran. C’est la fille de
James Schamus, auteur du scénario, directeur du studio Focus
Features et producteur des 11 longs métrages d’Ang Lee, qui a
attiré l’attention de son père sur ce jeune humoriste, dont
certains sketchs, notamment The Jokes with Guitar, sont très
prisés sur YouTube.
«Quand j’ai lu la biographie d’Eliot, je me suis vraiment
demandé si j’allais être capable de jouer cela, raconte
Martin. J’ai franchement été soulagé quand j’ai reçu le
scénario. J’ai alors pu me rendre compte que le récit n’était
pas une adaptation fidèle du livre, dont certains passages
sont plutôt heavy. »
Les épisodes plus crus de la vie gaie de Tiber ont
volontairement été écartés d’un récit dont les artisans
voulaient surtout conserver l’aspect euphorique.
«L’homosexualité était un drame dans Brokeback Mountain, fait
remarquer James Schamus. Dans Taking Woodstock, Eliot
assumesonorientationsexuelle sans aucun problème.»
Ang Lee travaille présentement à l’adaptation de L’histoire de
Pi, le célèbre roman de Yann Martel.
COPPOLA,L’AFFRANCHI - Marc-André Lussier
Après avoir
ouvert la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il y a quelques
mois, Francis Ford Coppola est enfin en mesure d’offrir son
nouveau film, Tetro, au public nord-américain. Il s’agit d’un
film où rien n’est autobiographique, mais où tout est vrai
F
produits dans les années 70 à l’intérieur du système des
grands studios, tiennent aujourd’hui bien leur place dans la
grande histoire du septième art. Plus de trois décennies plus
tard, le maître n’entretient pourtant pratiquement plus aucun
lien avec Hollywood.
« L’industrie ne s’intéresse plus au cinéma, a expliqué
Coppola, la semaine dernière, au cours d’un entretien
téléphonique accordé à La Presse. Tout est désormais tellement
orienté vers l’argent que plus personne n’ose maintenant
prendre de risques, y compris les studios spéciarancis Ford
Coppola. Ce nom mythique évoque à lui seul l’une des périodes
les plus glorieuses du cinéma américain. The Godfather, The
Conversation, Apocalypse Now, lisés dans les films plus
ambitieux sur le plan artistique. »
Le risque, Coppola connaît. C’est ce qui l’a poussé à accepter
l’offre de réalisation de The Godfather alors qu’il ne
connaissait strictement rien au monde des gangsters et de la
mafia.
L’aventure
épique du tournage d’Apocalypse Now a aussi été éprouvante sur
les plans humain et pécuniaire. Pour se refaire, le cinéaste
s’était d’ailleurs lancé dans un projet inédit et ambitieux,
One from the Heart, produit grâce à sa société American
Zoetrope. L’échec a été si cuisant qu’il a entraîné sa
faillite.
Des productions plus modestes, The Outsiders, Rumble Fish,
l’ont remis en selle sur le plan artistique au début des
années 80. Depuis, la vie n’a pas été qu’un long fleuve
tranquille. Que non. Le cinéaste a en outre souvent déclaré
qu’il avait dû se résoudre à consacrer ses énergies à des
projets alimentaires pendant 10 ans afin d’effacer une dette
de 30 millions. À 70 ans, Coppola propose aujourd’hui Tetro,
l’un de ses films les plus personnels.
«Il s’agit de mon premier scénario original depuis The
Conversation, il y a 35 ans! fait-il fièrement remarquer.
J’aurais voulu m’y mettre bien avant, mais la vie m’a entraîné
ailleurs. Après The Godfather, tout s’est enchaîné de telle
sorte que je n’ai finalement pas eu l’occasion de m’atteler à
l’écriture. Quand j’ai commencé à écrire Tetro, je me suis
rendu compte à quel point cela m’avait manqué.»
Tetro est un drame sur fond de rivalités au sein d’une famille
d’artistes. Coppola se plaît à dire que son film ne comporte
aucun élément autobiographique, mais que tout y est
authentique.
On y suit la quête de Bennie (Aiden Ehrenreich), un jeune
homme venu à Buenos Aires pour retrouver son frère aîné Angelo
(Vincent Gallo), parti sans laisser d’adresse il y a plusieurs
années pour commencer une nouvelle vie sous le nom de «Tetro».
Forcément, les vieilles blessures vont se rouvrir.
Le cinéaste
a tourné son film en noir et blanc pour faire écho à des
oeuvres qu’il admire particulièrement, America America, de
Kazan, et La notte, d’Antonioni notamment. Seuls les
retours en arrière empruntent les couleurs de la réalité.
PHOTOREUTER
Le réalisateur américain Francis
Ford Coppola, photographié durant le Festival de Cannes,
au mois de mai dernier.
« Cette vision s’est imposée dès l’écriture, explique
Coppola. Aucun producteur ne veut désormais financer des
films en noir et blanc, même si cette volonté découle
d’une véritable démarche artistique. C’est dommage.»
Quant aux rivalités fa miliales auxquelles le récit fait
écho, l’auteur cinéaste n’a évidemment pas eu à chercher
bien loin: père et oncle musiciens; enfants cinéastes,
neveu acteur. Une phrase terrible est d’ailleurs lancée
par le père-chef d’orchestre à son fils Angelo: «Il ne
peut y avoir qu’un génie dans la famille.»
«Je savais que cette réplique frapperait l’imagination,
concède Coppola. Et il est vrai que cette phrase a déjà
été prononcée – je ne dirai pas par qui – il y a très
longtemps. Quand il y a une concentration de talents au
sein d’une même famille, cela provoque des sentiments
particuliers sur le plan humain, mais pas obligatoirement
conflictuels. Au contraire. C’est pourquoi il y a un peu
de moi dans tous les personnages de ce film. Cela dit,
j’ai moi aussi beaucoup admiré mon frère aîné. J’ai eu du
mal à comprendre pourquoi il avait décidé de partir.»
Le dernier âge d’or
Coppola ne
carbure pas à la nostalgie. Contrairement à certains
observateurs, qui estiment que le cinéma américain a vécu
son dernier âge d’or au cours des années 70, le cinéaste
préfère se tourner vers le présent et l’avenir.
«Les studios ne peuvent plus mettre ce genre de projets de
l’avant aujourd’hui. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il
ne se fait plus de bon cinéma en Amérique. Les meilleurs
films sont produits à l’extérieur du système. Il y a un
foisonnement d’auteurs extrêmement intéressants – Solondz,
Haynes, Van Sant et plusieurs autres – qui parviennent
malgré tout à s’imposer. Évidemment, quand on voit ce que
Hollywood nous propose semaine après semaine, c’est sûr
qu’il n’y a pas lieu de s’enthousiasmer. Mais il y a – et
il y aura toujours, je pense – des voix originales qui
arrivent à se faire entendre. Et qui nous redonnent foi en
cet art que nous aimons tant.
«Et puis, les moyens de diffusion sont aussi en train de
changer. Ils ne sont plus seulement l’apanage des grands
studios. À mon avis, le salut passe par un cinéma produit
de façon indépendante. C’est là que passe le mien en tout
cas!
«Je ne crois pas vraiment, poursuit-il, à cette notion de
dernier âge d’or. Vous savez, chaque époque a ses défis.
Il n’y avait rien d’évident au moment où j’ai réalisé The
Godfather ou Apocalypse Now, croyez-moi!»
Sans être un tournant, Tetro marque assurément une
nouvelle étape dans la carrière d’un cinéaste qui a
toujours envie d’explorer son art. Un nouveau film, dont
il écrit aussi le scénario, est déjà en chantier. Il
espère pouvoir le tourner le plus tôt possible en le
finançant de façon entièrement indépendante.
«Vous savez, j’ai un vignoble, des hôtels, des
restaurants. J’ai eu ma part de difficultés, mais la vie
est très bonne. Il s’agit simplement de s’ouvrir et
d’accueillir ce qui se présente.»
JOE DASSIN: NON COUPABLE! -
Jean-Christophe Laurence
SOIT, ON EST
TOUJOURS LE
QUÉTAINE DE
QUELQU’UN.
MAIS DEPUIS QUELQUE
TEMPS, DES ARTISTES
QU’ON N’OSAIT PAS
AIMER AU GRAND JOUR
DEVIENNENT TOUT À
FAIT PRÉSENTABLES, À
COUP D’HOMMAGES
ET DE COMPILATIONS.
ON SE POSE DES
QUESTIONS...
Le s 21es F r a nc o F ol i e s de Mont r é a l s e t e r mi n
e n t demain avec Joe Dassin, la g r ande f ê t e musicale ,
pré - senté gratuitement à la place des Festivals.
Ce sera loin d’être une première pour ce gros spectacle
populaire, qui met en vedette une douzaine de danseurs et cinq
chanteurs, dont trois ex-Académiciens. Depuis sa création en
2006, le spectacle a été présenté 60 fois à Québec et
Montréal, ainsi que dans une demidouzaine de villes
américaines. Mais Joe Dassin, comme chacun sait, est un vrai
plaisir coupable renouvelable, dont on ne se lasse pas
facilement, même si l’homme est mort depuis presque 30 ans.
Pas de gêne
Coupable ? Minute ! Depuis une dizaine d’années, il est clair
que Joe Dassin ne gêne plus personne. Si certains i ntellos
l’écoutaient en cachette dans leur sous-sol, ce n’est plus le
cas. Les enfants des années 70 ont grandi et assument
ouvertement leur fascination pour ce monstre de la variété
fleur bleue, roi de la mélodie romantique et du « talk over »
sensuel. Aujourd’hui, ils revendiquent leur Joe Dassin haut et
fort, sans crainte d’être jugés. Non seulement ce n’est plus
quétaine, mais c ’est ca r rément devenu cool.
« Au Québec, je dirais que tout cela a commencé avec les
soirées C’est extra à la fin des années 90, explique Didier
Morissonneau, producteur de Joe Dassin, la grande fête
musicale. C’était un truc de branchés, un trip second degré.
Mais disons que ça a réactivé l’intérêt. Après, Cité Rock
Détente s’y est mis avec ses week-ends Pour un flirt. Les
chansons de Joe Dassin tournaient à profusion. Rythme FM a
répliqué et c’était parti… »
La réhabilitation a vraiment atteint son sommet en 2006, quand
Stefie Shock a produit le disque Salut Joe ! , un hommage
collectif réunissant des artistes pas quétaines du tout comme
Guy A. Lepage, Marc Labrèche, Éric Lapointe, Dobacaracol ou
les Breatsfeeders. Ce disque étonnant a, pour ainsi dire, fait
passer l’ami Joe du côté des intouchables.
Souvenirs, souvenirs
Le phénomène n’est pas unique. Périodiquement, des artistes
profitent d’un retour en grâce. Un jour coupables, le
lendemain innocents ! Pensez à Patrick Norman, qui était la
risée des intellos, avant d’être remis en selle par le journal
Voir et par Le Devoir. À Boule Noire, qu’on a soudainement
redécouvert. À Dick Rivers, redevenu hyper cool. À Martine
St-Clair, qui vient d’enregistrer avec les Lost Fingers. Ou à
Angèle Arsenault, récemment citée par le chanteur du groupe
rap Gatineau.
Comment expliquer ces étranges retours de balancier ? La
nostalgie, tout simplement.
« C’est un peu
la même règle que pour le kitsch, croit MC Gilles, DJ bien
connu et ardent promoteur du plaisir coupable. Quand ça fait
assez longtemps et que ça te ramène à " mes parents écoutaient
ça quand j’étais jeune ", c’est que c’est mûr. Ce n’était
peut-être pas la meilleure musique de ton époque, mais ça te
rappelle quelque chose. »
« Il faut que tu te sois ennuyé de l’artiste, précise de son
côté Didier Morissonneau. Et ça, ça peut prendre au moins 20
ans… »
Un trip de gang
Selon MC Gilles, la réhabilitation d’un chanteur populaire
passe d’abord par le canal branché et médiatique. Une fois que
le « revival » est lancé par les hispters et les journalistes,
le plaisir coupable devient légitime. On n’a plus honte de le
dire, puisque les faiseurs de tendances le disent sur la place
publique. C’est à ce moment, précise-t-il, que la machine
commercia l e s ’e n empare. Adamo est r edevenu c ool ? Vite
! Une compilation !
Évidemment, ne se réhabilite pas qui veut. Il faut certains
préalables, le plus essentiel étant d’avoir gravé au moins UN
hit. Il n’y a aucun i ntérêt à ressusciter un obscur chanteur
tyrolien. Belgazou, par contre, ça parle à la majorité. Dans
notre monde musical de plus en plus fragmenté, les vieux
succès ont l’avantage de réunir les gens. Ils permettent de se
déculpabiliser « en gang », sans se sentir jugé !
« Les chansons qui reviennent ont tellement joué, qu’elles
font partie de notre inconscient collectif, observe MC Gilles.
Et avec le temps, on a fini par oublier qu’elles étaient un
peu ridicules. Prends La vie c hante, de René Simard. Rien
qu’avec le titre, on l’a dans la tête. C’est poche, mais c
’est rassembleur. »
Durable ou coupable
« La différence avec Joe Dassin, c’est que c’était bon, nuance
Didier Morissonneau. Prends Les petits pains au chocolat. À
première vue, ça semble quétaine. Mais quand tu regardes les
paroles, la structure, le riff de guitare, tu constates qu’il
y a eu beaucoup de travail. »
C’est là, croit-il, qu’on départage le durable du vraiment
coupable. La réhabilitation n’est souvent qu’une blague
éphémère, une affaire de génération. Mais certains artistes,
comme Joe Dassin, parviennent justement à dépasser ce stade. «
Si ça fait plus de 30 ans que tu es là, conclut-il, c’est que
tu es là pour de bon… »
Il est grand, le mystère du quétaine - Paul Journet
Au dépanneur,
il y a le client qui dissimule un Playboy entre un sac de
chips, un Economist, du bicarbonate de soude et d’autres
achats de circonstance. Les disquaires connaissent aussi un
équivalent. Le client qui dissimule Spanish Train de Chris de
Burgh parmi des disques d’Arcade Fire ou Johnny Cash pour que
son achat passe inaperçu, ou paraisse moins honteux.
Car oui, les disquaires jugent parfois vos achats. « C’est
vrai; quand je travaillais dans une grande chaîne, je me suis
déjà moqué des gens à la caisse », avoue Sébastien Marcoux,
aujourd’hui disquaire-acheteur au Marché du disque.
C’était avant. Si vous déposez un album de Kathleen ou de
Francis Martin sur le comptoir, il ne rira pas. Promis.
« J’ai fini par réaliser que tu ne peux pas juger les goûts.
Oui, Kathleen, c’est quétaine selon moi. Mais des gens
l’aiment vraiment, et ils doivent avoir de bonnes raisons pour
ça. Ils connaissent mieux leurs goûts que moi »,
explique-t-il.
Ou, comme l’a
déjà résumé un sage : on est tous le quétaine de quelqu’un...
La maxime se vérifie lors d’un débat peu fécond qui se déroule
derrière nous dans notre salle de rédaction. Quétaine ou pas,
Les yeux du coeur de Gerry Boulet ? La question divise cinq
maniaques de musique pendant qu’on essaie d’écrire ces lignes.
La réponse n’a pas encore été trouvée. Même la signification
du mot quétaine ne fait pas consensus. À la base, il y a
l’idée qu’on peut distinguer entre le bon et le mauvais goût.
Le quétaine serait une sousdivision du mauvais goût. Par
exemple, les chansons aux textes qui abordent des thèmes
universels mais de façon superficielle et pleine de clichés,
et les musiques qui, comme le jazz d’ascenseur et les sonates
de restaurant, pastichent grossièrement des genres reconnus.
Certains ont réfléchi sérieusement à la question. Professeure
au département de sociologie et d’anthropologie de l’
Université d’Ottawa, Michèle Ollivier a publié en 2006 dans
Popular Music un article intitulé « Snobs and quétaines :
prestige and boundaries in popular music in Quebec ». Elle y
parle entre autres des années 60, durant lesquelles de plus en
plus de chansonniers écrivaient leurs pièces au lieu de piger
dans le répertoire populaire ou de traduire des succès
américains, comme Michèle Richard et d’autres continuaient de
le faire. On devine qui étaient les quétaines.
Mais écrire son matériel n’immunise évidemment pas contre la
quétainerie. Pour s’en convaincre, on peut consulter The Rock
Snob Dictionary, duquel on déduit que la majorité des CD
devraient être compostés.
On déduit, car le mot quétaine n’y figure pas. Le mot est
québécois. On ne lui connaît pas vraiment de synonyme anglais.
Et il ne faut pas le confondre avec le kitsch. « Ce sont deux
choses différentes, explique Roxanne Arsenault, qui termine
une maîtrise sur le kitsch à l’ UQAM. Le kitsch, ce n’est pas
péjoratif selon moi. C’est une accumulation d’idées dans un
même objet, des imitations exubérantes, de l’excessif sans
deuxième niveau de lecture. (…) Tandis que le quétaine, c’est
une notion beaucoup plus subjective. En gros, je pense que ça
qualifie une chose démodée. »


Ce qui nous ramène aux Yeux du coeur. Alors, quétaine ou pas ?
Les festivals, ces « PPP avant la lettre » -
Louise Leduc
Au-delà de la
guerre des mots lancés d’un bout à l’autre de la 20, ce que la
controverse met en lumière, c’est la question des festivals à
but non lucratif et subventionnés qui sont organisés par des
entreprises privées.
Les
FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés par
Spectra, dont Alain Simard est le président.
Comme l’a résumé Alain Simard à La Presse hier, « c’est un PPP
avant la lettre ».
Les FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés par
Spectra, dont Alain Simard est le président. Spectra possède
différentes filiales qui donnent dans la production de
disques, de spectacles, de séries télévisées et dans la
gérance d’artistes, en plus de posséder le Métropolis et le
Théâtre Outremont. C’est aussi le modèle du festival Juste
pour rire, auquel est apparenté Productions Rozon, dont le
président est Gilbert Rozon.
François Colbert, professeur de marketing culturel à
HECMontréal, signale d’abord que les bonzes des grands
festivals sont des passionnés qui ont monté leur affaire à la
force des bras et qui récoltent maintenant ce qu’ils ont semé.
Mais non, ils ne se tapent pas l’organisation de ces
manifestations par pur altruisme. « Les choses qui ne sont pas
payantes vont du côté du festival à but non lucratif et ce qui
est payant, on le fait avec l’entreprise à but lucratif. Tout
ce qui est produit dérivé, captation de spectacles (vendus
ensuite à des chaînes de télévision), on réserve cela à
l’entreprise privée », dit-il.
Pourquoi les revenus tirés des spectacles que l’on enregistre
au festival Juste pour rire, au Festival de jazz ou aux
FrancoFolies vont-ils du côté du secteur privé et non pas du
côté du festival qui demande des subventions? François Colbert
ne se l’explique pas, mais il signale que cela se fait à
visage découvert et que les gouvernements sont au courant.
Certifications
Gilles Corbeil, président de la Société de développement des
entreprises culturelles (la SODEC, l’une des sociétés du
gouvernement du Québec qui subventionnent les festivals), note
que son organisme s’est penché il y a quatre ou cinq ans sur
les liens entre les festivals et les entreprises privées qui
les organisent. Depuis lors, la SODEC exige que des experts
comptables certifient que les frais facturés par les
entreprises comme Spectra ou Productions Rozon sont adéquats.
Par exemple, que le loyer du Métropolis – propriété de Spectra
– facturé à l’organisme sans but lucratif des FrancoFolies est
égal ou inférieur au prix du marché.
Spectra est une entreprise privée qui réussit bien. En même
temps, « ce n’est pas Quebecor », dit Alain Simard, qui ajoute
que le chiffre d’affaires de toutes les filiales réunies de
Spectra donne dans les 70 millions. « On gagne bien notre vie,
mais c’est avec toutes les autres choses que l’on fait, quand,
par exemple, on produit la comédie musicale Roméo et Juliette,
qui fait des revenus de billetterie de 8 millions en deux
mois, quand on fait une opération Beau Dommage qui remplit
deux fois le Centre Bell et qui vend 250 000 disques en un
mois. »
Spec t ra t i re ef fec t ivement un avantage à faire les
FrancoFolies et le Festival de jazz, mais le Métropolis se
louerait de toute façon, insiste Alain Simard, qui signale au
surplus qu’il n’y a pas d’exclusivité dans les droits de
captation. Si CTV ou toute autre chaîne veut venir filmer un
spectacle aux FrancoFolies pour revendre ensuite la captation,
libre à elle.
Difficile, conclut-il, « d’être traité de voleur sur la place
publique » quand, avec une équipe partie de rien, on a
soi-même bâti des événements qui ont permis de faire venir de
grands noms de la musique à Montréal et des millions de
touristes.
Pas de vie culturelle sans Hydro - Nathalie
Petrowski
Depuis
quelques jours, un vent d’inquiétude souffle sur les
théâtres de la ville, dans les salles de répétition des
orchestres symphoniques, dans les locaux de danse et dans
les directions de plusieurs festivals et de musées.
Tous c ra ignent de fa i re les frais de la révision de la
politique de commandites d’Hydro-Québec exigée par la
ministre Nathalie Normandeau pour calmer la crise de
confiance à l’égard de Thierry Vandal.
Pour ceux qui étaient en vacances ou perdus sur une île
déserte, le j ugement du PDG d’Hydro a été mis à rude
épreuve lorsqu’une enquête de La Presse a révélé que ce
dernier avait approuvé des commandites totalisant un
demi-million aux collèges privés Notre-Dame et Brébeuf.
Commanditer des collèges qui sont déjà en partie subvention
nés pa r l’ État, sans en faire autant pour les écoles
publiques dont l’état est lamentable et les besoins criants,
était une très mauvaise idée, on en convient.
L’ennui, c’est que cette erreur
CHRONIQUE de j ugement a empoisonné l’atmosphère et jeté le
discrédit sur une société d’État qui, dans le domaine
culturel du moins, joue un rôle essentiel, voire crucial.
Pour résumer les choses brutalement, disons que, sans
l’appui financier d’HydroQuébec, il n’y aurait pas de vie
culturelle non seulement à Montréal, mais à la grandeur du
Québec.
Pas étonnant que Lucien Bouchard, président du conseil
d’administration de l’OSM, soit monté au créneau en signant
une lettre ouverte publiée dans les journaux samedi.
«De grâce, écrit le président, ne nous laissons pas aller à
l’émoi du moment: n’allons pas exclure Hydro-Québec et les
autres agences gouvernementales de toute interaction
communautaire et les écarter ainsi de leur légitime et
indispensable contribution à notre épanouissement
collectif.»
On comprend l’émoi de M. Bouchard. L’OSM bénéficie d’une
commandite d’HydroQuébec de 600 000$ par an. Ce n’est pas
rien. Retranchez cette somme ou réduisez-la de moitié, et le
fleuron de la musique symphonique montréalaise va se trouver
dans le pétrin et peut-être même au bord du gouffre
financier. Il ne sera pas le seul.
Hydro-Québec commandite la plupart des théâtres à Montréal,
une foule d’orchestres en région, plusieurs musées, le
Centre des sciences de Montréal, sans oublier le Domaine
Forget, dans Charlevoix, et le centre d’art d’Orford.
En 2008,
Hydro-Québec a injecté 25,9 millions dans la vie culturelle
québécoise. Cette année-là, l’OSM (600 000$), le Musée
Pointe-à-Callières (4 0 0 0 0 0 $) et le fe st iva l
Montréal en lumière, qui a reçu une commandite de 900 000$,
ont été les plus choyés.
Mais les Grands Ballets canadiens (70 000$), l’Opéra de
Montréal (4 2 50 0 $), le Moulin à images de Robert L epage
(2 5 0 0 0 0 $) et le Festival du cinéma international en
Abitibi-Témiscamingue (60 000 $), pour ne nommer que
ceux-là, ont bénéficié d’un soutien financier d’ HydroQuébec
qui n’était peut-être pas faramineux, mais qui était
toujours bienvenu.
C’est d’ailleurs le message qu’a voulu lancer hier le
Théâtre de l’Opsis, une compagnie de recherche théâtrale,
dans un communiqué affirmant qu’il n’aurait jamais survécu
sans l’appui d’organismes comme Hydro-Québec. Même si la
commandite à l’Opsis en 2008 était de 10 000 $, elle a été
vitale à la création comme au fonctionnement du théâtre.
B re f , de s plu s g r a nde s institutions j usqu’aux plus
petits organismes, le message est toujours le même : la vie
culturelle québécoise a besoin d’Hydro comme les plantes ont
besoin d’eau, les fleurs de soleil et les lampes
d’électricité. Mais surtout, cette vie culturelle ne devrait
pas faire les frais d’une révision qui est avant tout un
exercice de récupération politique de la part du
gouvernement dans le but de sauver la peau de Thierry
Vandal.
Je laisse à d’autres le soin de déterminer si la tête du PDG
mérite ou non de tomber. Chose certaine, la vie culturelle
québécoise ne mérite pas de s’effondrer ni de frôler la
faillite parce qu’un homme, un jour, a commis une erreur de
jugement.
Québécois, please
Message aux Américains qui n’arrêtent pas de rire du Canada,
des Canadiens et de leur système de santé soviétique. Chers
voisins, vous voulez devenir Canadiens ? C ’est si mple. R a
ngez vos fusils. Achetez-vous un canot et devenez multicultu
rels. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Julia Bentley et
Andrew Gunadie, deux jeunes musiciens canadiens déguisés en
police montée et auteurs de la chanson Canadian Please.
Pour s’amuser, et éventuellement attirer l’attention d’un
parti à la recherche d’une chanson-thème pour les élections
fédérales, les deux ont enregistré une chanson hilarante
dont la vidéo est sur YouTube.
Sur une mélodie rythmée et dansante, Julia et Andrew vantent
nos castors, nos caribous, nos deux langues officielles et
s’excusent d’une seule chose: Céline Dion (même si elle a
fait une bonne toune pour James Cameron).
Pour éviter qu’on se mette tous à fredonner cette chanson
trop accrocheuse comme je l’ai fait toute la fin de semaine
dernière, j’invite un duo ou un trio québécois à leur donner
la réplique. Québécois, please, à vos stylos.
Hydro doit revoir toute sa politique de
mécénat - Rémi Nadeau
SAINT-HYACINTHE — Non seulement Hydro-Québec ne versera plus
d’argent à des écoles privées, mais elle devra aussi revoir
les mécanismes d’attribution de dons et commandites pour
éviter les apparences de conflit d’intérêts.
Préoccupée par les liens personnels entre son
présidentdirecteu r général, Thierry Vandal, et certaines
institutions ayant reçu d’importantes sommes de la société
d’État, la ministre responsable, Nathalie Normandeau, lui
demande de corriger ses façons de faire pour assurer
l’indépendance de ses dirigeants.
En marge d’une réunion des députés libéraux hier à
Saint-Hyacinthe, la ministre des Ressources naturelles a
annoncé que la société d’État devait lui remettre sa
politique de dons et commandites révisée le 8 septembre.
Elle rencontrera le PDG à ce sujet vendredi. Questionnée sur
le fait que M. Vandal siège aux conseils d’administration du
Collège Notre-Dame, du Conference Board et de l’école des
HEC, auxquels Hydro a consenti des dons ou des commandites,
Mme Normandeau a clairement affirmé qu’HydroQuébec devra
apporter des changements à son processus d’approbation.
« Il faut
créer une certaine distance entre les hauts dirigeants qui
sont impliqués da ns certa i ns orga n ismes qui, eux,
sollicitent HydroQuébec », a déclaré la ministre, qui avait
déjà désapprouvé les contributions financière de la société
d’État à des écoles privées.
Hydro doit encore s’engager
Elle i nd ique toutefois du même souffle qu’il faut
encourager les administrateu rs d’ Hydro à s’engager dans la
gestion d’autres organismes. Elle voit d’un bon oeil la
présence de M. Vandal au conseil d’administration du C on
ference B oa rd du Canada.
Le porte-parole de l’opposition officielle en matière
d’énergie, Sylvain Gaudreault, a pour sa part soutenu que
Mme Normandeau tente désespérément de mettre le couvercle
sur la marmite tout en admettant que des fautes ont été
commises par le plus haut dirigeant d’Hydro-Québec.
Une impression d’arbitraire - Marc
Cassivi
Le
gouvernement conservateur se défend de tout lien entre la
subvention à Pride Week et la « démotion » de Diane Ablonczy.
Mais il faudrait être dupe pour ne pas y voir une
coïncidence...
Ce n’est pas parce que l’on demande une subvention que l’on
reçoit une subvention. Et ce n’est pas parce que l’on répond
aux critères d’attribution d’une subvention que l’on doit
recevoir cette subvention. Sauf que...
Pride
Week, qui organise entre autres choses le défilé de la
fierté gaie de Toronto (notre photo), a reçu une subvention
de 400 000$ du Programme des festivals touristiques de
renom. Pendant ce temps, à Montréal, des événements comme
Divers/Cité et Nuits d’Afrique cherchent encore à comprendre
pourquoi leur demande de subvention a été rejetée par
Industrie Canada.
Le Programme des manifestations touristiques de renom a été
mis sur pied par le gouvernement fédéral afin d’aider des
festivals ou des organismes à attirer davantage de touristes
étrangers en cette période économique difficile. Industrie
Canada doit y investir 100 millions de dollars d’ici à l’été
2011. Environ le tiers de cette somme a déjà été attribué à 26
manifestations (sur environ 150 demandes).
Le Québec n’est pas en reste : 2,7 millions au Festival d’été
de Québec, 3 millions au Festival international de jazz de
Montréal (la somme maximale), 3 millions au Festival Juste
pour rire, 1,5 million aux FrancoFolies, 965 000 $ à l’ I
nternational des montgolfières de Saint-Jea n, 9 5 0 0 0 0 $
au Gra nd Rire de Québec, 500 000 $ au Festival d’été de
Tremblant et 200 000 $ au Mondial choral de Laval.
Le Québec compte près du tiers des manifestations
subventionnées, pour plus de 40% des sommes allouées. Mais
tout n’est pas parfait. Des festivals comme Divers / Cité et
Nuits d’Afrique ont reproché ces derniers jours à Industrie
Canada la lenteur du processus et une certaine opacité dans
ses critères de sélection. Les réponses du Ministère ont dans
plusieurs cas été tardives, obligeant bien des festivals qui
comptaient sur une subvention à revoir en catastrophe leur
plan de match.
« Les décisions de f i nancement pour les manifestations qui
auront lieu au début de l’été seront prises de façon
opportune, en tenant compte de l’aspect de stimulation
économique du programme », prévoit le règlement d’ I ndustrie
Canada. Formule sibylline s’il en est.
Ce que l’on comprend de la stratégie du nouveau programme,
c’est qu’il favorise en général les grandes manifestations au
détriment des moins grandes. À elle seule, l’Équipe Spectra
(Festival de jazz, FrancoFolies) a reçu à ce jour 15 % des
sommes allouées par Industrie Canada. La stratégie se défend,
dans la mesure où les grands festivals sont souvent les plus
susceptibles d’attirer des touristes étrangers.
Ce qui se
défend moins bien, en revanche, c’est l’impression
d’arbitraire qui plane encore une fois sur l’attribution de
subventions par le gouvernement Harper. Il y a quelques
semaines, la ministre d’ État au Tourisme, Diane Ablonczy,
s’est vu brusquement retirer la gestion du Programme des
manifestations touristiques de renom. Elle venait d’attribuer
près de 400 000 $ à Pride Week, qui organise entre autres le
défilé de la fierté gaie de Toronto.
Selon un député de Saskatoon, Brad Trost, cette décision
aurait été très mal perçue par une partie du caucus
conservateur et par des proches du premier ministre. Dans la
foulée, Stephen Harper aurait confié la responsabilité du
nouveau programme à Tony Clement, ministre de l’Industrie.
Le gouvernement conservateur se défend de tout lien entre la
subvention à Pride Week et la « démotion » de Diane Ablonczy.
Mais il faudrait être dupe pour ne pas y voir une coïncidence,
estiment la plupart des observateurs de la scène fédérale.
D’autant plus qu’il n’y a pas lieu de mettre en doute les
déclarations de Brad Trost, un député conservateur opposé au
mariage gai qui s’est confié à un site internet chrétien afin
de rassurer la base ultra conservatrice de son parti. Diane
Ablonczy, ancienne réformiste de Calgary, n’est elle-même pas
particulièrement libérale (c’est un euphémisme).
Les conservateurs, en mode « séduction » depuis la gestion
catastrophique des coupes en culture – qui aurait coûté sa
majorité à Stephen Harper – regretteront évidemment ce nouveau
f iasco de relations publiques. Quand ce n’est pas les
artistes, c’est les homosexuels...
Le ministre du Patrimoine, James Moore, s’était pourtant
efforcé depuis des mois de distribuer à coups de milliers de
dollars des subventions à gauche et à droite, afin de faire
oublier la bourde préélectorale de son gouvernement. C’était
sans compter sur le don unique du Parti conservateur de
rappeler au moment le plus inopportun les convictions
profondes de son aile orthodoxe. À ce sujet, une lecture
aléatoire des sites web de la droite chrétienne canadienne
s’avère des plus instructives.
Ce n’est pas parce que l’on demande une subvention que l’on
reçoit une subvention. Et ce n’est pas parce que l’on répond
aux critères d’attribution d’une subvention que l’on doit
recevoir cette subvention. Sauf que la question se pose. Le
refus d’une subvention de 155 000$ à Divers/ Cité dans le
cadre du Programme des manifestations touristiques de renom
a-t-il un lien avec l’attribution, contesté au sein du caucus
conservateur, d’une subvention de 400 000$ à la Gay Pride de
Toronto? Disons que le doute subsiste.
Le succès ne tient qu’à un film -
Marc Cassivi
Le simple fait
du succès de "De père en flic" permet d’espérer une première
croissance de la fréquentation du cinéma québécois depuis
2005, une année record
Le succès ne tient qu’à un film. On s’inquiète sans cesse de
la chute de popularité du cinéma québécois depuis 2005, année
exceptionnelle de fréquentation. Après trois ans de
décroissance continue, il semble que notre cinéma ait retrouvé
un plus large public cet été, ce qui est de bon augure pour la
suite.
Au cours des six premiers mois de 2009, selon Cinéac, qui
analyse les performances aux guichets du cinéma québécois, les
films québécois ont connu des résultats au boxoffice
comparables à ceux de 2008, année moyenne en matière de parts
de marché (moins de 10%, le plus faible résultat depuis 2002).
Or, le succès monstre de De père en flic vient de changer la
donne.
En tête du box-office à sa quatrième semaine à l’affiche, la
comédie policière d’Émile Gaudreault a déjà engrangé près de 6
millions. Et il n’est pas impensable d’envisager pour le film
des recettes totales de 7 ou 8 millions. Alors que la plupart
des superproductions misent essentiellement sur un premier
week-end d’exploitation fort, la popularité de De père en flic
ne se dément pas. Le film conserve ses écrans (environ 120) et
son public, profitant d’un bouche-à-oreille favorable, la clé
de tout succès populaire.
Selon Cinéac, De père en flic sera vraisemblablement sacré
champion, toutes nationalités confondues, du box-office
estival 2009 au Québec, devant Harry Potter et tous ses amis.
Il devrait trouver sa place, en fin de parcours, parmi les
cinq films québécois les plus populaires de tous les temps.
Ce n’est pas un détail. Car l’embellie tombe à point.
L’industrie du cinéma souffre d’une morosité collective depuis
plusieurs mois. Le simple fait du succès de De père en flic
permet d’espérer une première croissance de la fréquentation
du cinéma québécois depuis 2005, l’année record (plus de 18%
de parts de marché) des C.R.A.Z.Y., Aurore, Horloge biologique
et autres Maurice Richard.
D’autant plus que Les doigts croches, charmante comédie de Ken
Scott (le scénariste de Maurice Richard et de La grande
séduction) prend l’affiche vendredi. Ce road movie amusant et
lumineux est à l’image non pas de l’été, mais du regain de vie
du box-office québécois. Sans prétendre au succès de De père
en flic, dont il ne partage pas l’humour franc, on verrait
bien Les doigts croches amasser 2 millions de recettes. Une
prédiction personnelle sans fondement scientifique.
Le succès de
cette nouvelle comédie québécoise risque-til d’être compromis
par celui, foudroyant, de De père en f lic ? Le contraire est
plus probable, m’explique Simon Beaudry, spécialiste du
box-office québécois et président de Cinéac. Les deux films
sont complémentaires. Plutôt que de nuire aux Doigts croches,
le succès de De père en flic risque de créer un « effet
d’entraînement » favorable premier long métrage de Ken Scott.
Le phénomène transcende les nationalités. La popularité de De
père en flic, par exemple, n’a pas été entamée le moindrement
par l’arrivée sur une multitude d’écrans de Harry Potter et le
prince de Sang-Mêlé. « Il y a énormément de titres qui
prennent l’affiche simultanément, constate Simon Beaudry. On
parle d’un marché en expansion. Au lieu de se cannibaliser,
les films profitent du succès des uns et des autres. Il n’y a
pas eu de transfert des spectateurs de De père en flic vers
Harry Potter. Il y a plutôt eu un ajout de spectateurs. »
En 2008, seulement quatre films québécois ont fait des
recettes de plus de 1 million de dollars. Le champion du
box-office, Cruising Bar 2, en a engrangé environ 3,5
millions, beaucoup moins que ce que son distributeur Alliance
Vivafilm avait espéré. Déjà, 2009 compte quatre films
millionnaires: Dédé à travers les brumes (1,7 million),
Polytechnique (1,6 million), À vos marques... Party! 2 (1,4
million) et De père en flic (5,8 millions).
« Étant donné le volume de production limité du Québec
(environ 20 longs métrages par année), quatre ou cinq titres
font la différence entre une année moyenne et une année de
succès », rappelle Simon Beaudry. L’expert souligne que les
parts de marché du cinéma québécois sont en outre tributaires
de la performance du cinéma américain, principal concurrent
pour les écrans de la province. Pour l’instant, l’été pluvieux
semble profiter à toutes les cinématographies, peu importe
leur nationalité.
Si quatre ou cinq titres peuvent faire la différence, un film
québécois peut à lui seul faire basculer le marché. Bon Cop,
Bad Cop a établi un nouveau record au box-office pour un film
québécois: 10,6 millions. Rien de moins que la moitié des
recettes totales du cinéma québécois en 2006. Sans le film
d’Érik Canuel, les parts de marché du cinéma québécois
n’auraient été que de 6%. « Pourqu’un film québécois ait un
box-office fort, précise Simon Beaudry, il faut impérativement
qu’il ait du succès en région. » À ce jour, 87% des recettes
de De père en flic ont été réalisées à l’extérieur de l’île de
Montréal.
Malgré un été prometteur, il est encore trop tôt pour
déterminer si 2009 sera une réelle « année de succès » pour le
cinéma québécois. Plusieurs films doivent prendre l’affiche
d’ici à la fin décembre, dont certains ont un réel potentiel
populaire: 1981, de Ricardo Trogi ( Horloge biologique), Pour
toujours, les Canadiens ! de Sylvain Archambault ( Les
Lavigueur), 5150, rue des Ormes d’Éric Tessier ( Sur le
seuil), Les sept jours du talion, de Podz ( Minuit, le
soir)...
Dans le lot, il y aura les inévitables fours ( Cadavres) et
les succès-surprises ( J’ai tué ma mère: 750 000$). Et
surtout, au-delà des chiffres, de vrais bons films. C’est ce
qui importe le plus, non?
Cinéma québécois : SÉDUIRE LES 7 À 77 ANS
- Anabelle Nicoud
Été chaud pour
le cinéma québécois : avec des recettes supérieures à 6,5
millions de dollars, la comédie De père en flic est assurée de
devenir l’un des trois films les plus populaires de l’histoire
du cinéma québécois (aux côtés de Bon Cop, Bad Cop et de
« Une bonne campagne promotionnelle ou publicitaire ne
garantit pas le succès populaire. Ce qui fait la différence,
c’est vraiment la qualité du film en tant que tel et sa
réception critique. »
QOn Selon Simon Beaudry,
président de Cinéac, la firme qui compile les entrées des
cinémas de la province, le cinéma québécois devrait chercher
à plaire à un public international.
a qualifié à plusieurs reprises d’exceptionnel le succès du
film De père en flic. En quoi constitue-t-il une exception? R
L’exception relève du fait que, normalement, lors d’un
lancement sur un aussi grand nombre d’écrans (NDLR: plus de
120), les recettes diminuent de 20 à 25% dès la deuxième
semaine. Dans le cas qui nous occupe, les recettes ont baissé
de seulement 9% à la troisième semaine d’exploitation: c’est
très peu. QQu’est-
ce qui explique ce succès ? R D’abord, c’est la réussite de la
proposition: une comédie avec un volet dramatique. Ce mélange
a bien fonctionné. Puis la qualité de la réalisation et du
scénario, et le fait que les interprètes (NDLR: Louis-José
Houde, Michel Côté et Rémy Girard, entre autres) sont en
général tous bons. QDe
père en flic a aussi bénéficié d’une campagne de mise en
marché imposante. R En effet, mais cela ne garantit pas le
succès populaire. Une bonne campagne promotionnelle ou
publicitaire (NDLR: cela peut comprendre des premières dans
sept, huit, 10 villes au Québec et la présence des comédiens
dans des manifestations publiques, pour un coût de 500 000$ à
1 million) est organisée pour cinq à 10 films québécois chaque
année. Ce qui fait la différence, c’est vraiment la qualité du
film en tant que tel et sa réception critique. QLe
cinéma
québécois a connu de grands succès depuis le début des années
2000: Bon Cop, Bad Cop, C. R. A. Z.Y., Séraphin, La grande
séduction. Est-ce que ces films ont des points communs? R Pour
une réussite au Québec, on doit vraiment viser les 7 à 77 ans.
On a un très petit marché, donc une production plus pointue
aura des difficultés à atteindre ce genre de recettes. C’est
vrai pour toutes les formes d’art au Québec. QLe
Québec bénéficie-t-il d’un savoi r-faire en matière de
production cinématographique et de succès commercial ? R Un
des éléments forts de la cinématographie du Québec est
l’expertise d’à peu près tous ses intervenants. Cela part bien
entendu des créateurs, mais le reste de la chaîne est
expérimentée, surtout les maisons de distribution, qui
possèdent un savoir-faire unique en Amérique du Nord
puisqu’elles ont généralement moins d’ampleur qu’aux
États-Unis ou en France, mais que leurs dirigeants ont eu
l’habitude de travailler avec un star-système quand ils
importaient des titres européens dans les années 60 et 70.
Lorsque les productions québécoises se sont améliorées sur le
plan technique, dans les années 80, on savait faire de la mise
en marché. L’explosion est arrivée au milieu des années 90
avec, entre autres, Les Boys, qui a pris l’affiche en 1997.
QDepuis
deux ans, les parts de marché du cinéma québécois n’ont cessé
de diminuer, repassant même sous la barre des 10%. La tendance
va-t-elle s’inverser avec De père en flic ? R Le succès du
cinéma québécois fluctuera d’année en année pour une raison
bien simple: le volume de production est très bas – seulement
une vingtaine de longs métrages prennent l’affiche chaque
année. Ce n’est pas assez pour garantir des parts de marché
minimales. Le succès ou l’insuccès du cinéma québécois repose
sur un très petit nombre de films: quatre ou cinq seulement.
Comme on ne prévoit pas d’afflux massif d’argent, ni en
provenance du Québec ni du côté d’Ottawa, il n’y a pas lieu de
croire que le volume de production augmentera au cours des
prochaines années. QLe
cinéma québécois a-t-il un marché naturel ? R Le seul marché
naturel , c’est le territoire québécois, qui n’est
malheureusement pas assez populeux pour rentabiliser la
production. À long terme, cela passe nécessa i rement par
l’exportation. Le type de cinéma que l’on fait ici devrait
être modifié pour plaire à un public international. Il y a un
certain type de cinéma québécois, plus confidentiel, qui
obtient un beau succès culturel dans les festivals à
l’étranger. C’est le cas de Denis Côté, ça a été le cas de
Xavier Dolan. QOn parle beaucoup de succès commercial des
films québécois. Le succès au box-office est d’ailleurs
encouragé par les institutions. Or, le succès commercial estil
souhaitable pour l’établissement d’une cinématographie
nationale forte ? R Le succès d’une cinématographie nationale
passe par plusieurs éléments. Depuis une dizaine d’années,
l’élément le plus important dont tiennent compte les
organismes d’investissement est le succès commercial. À long
terme, il est entendu que l’on devra trouver des moyens pour
équilibrer les succès commerciaux et culturels québécois. Une
cinématographie nationale ne repose pas seulement sur ses
succès en salle, d’autant moins que notre marché national est
vraiment trop petit pour rentabiliser notre production.
Financièrement, c’est un cul-de-sac à moyen ou à long terme.
TOUT BAIGNE DANS LE RAP - Philippe
Renaud
Le rap
québécois a maintenant 25 ans (et des poussières). Et le
succès actuel de Sir Pathétik auprès des jeunes amateurs,
l’émergence d’une nouvelle génération de rappeurs – Arvida
Crew, Obscene Kidz, Donzelle, Radio Radio, Movèzerbe, Jeune
Chilly Chill,
COLLABORATION S PÉCIALE
PHOTO KRISSI CAMPBELL
Dubmatique est l’un des groupes
fondateurs de l’industrie du hip-hop québécois. Le groupe,
formé d’Ousmane (O. TMC) et de Jérôme (DiSoul), a vendu 150
000 exemplaire de La force de comprendre, paru en 1996.
Les deux premières chansons rap québécoises sont encore i
ncrustées dans la mémoire collective. Lesquelles ? Le Rap à
Billy de Lucien Francoeur, succès radiophonique de 1983, et Ça
rend rap, de Rock et Belles Oreilles, lancé en 1984.
Mentionnons aussi, pour la forme, le Pape du rap de Daniel
Lavoie (1990), le premier album des French B. (1991) et
l’oeuvre du Boyfriend (son succès Rappeur Chic, 1991).
Il a fallu attendre la fin des années 80 pour voir arriver un
groupe pouvant se proclamer « pionnier du rap québécois »,
ainsi que les qualifie Cédric Morgan, cofondateur du défunt
label MontReal. Ce groupe, Mouvement Rap Francophone (M.R.F.),
duo formé du rappeur Kool Rock et du DJ/platiniste Jay Tee, a
véritablement lancé la production hip-hop locale.
M. R. F. a
lancé, en 1990, un premier album contenant la chanson M. R. F.
est arrivé, sur l’échantillon de Funky Drummer de James Brown.
M. R. F. a eu un bon écho sur Musique Plus. Plus tard, c’est j
ustement u n a nc i e n a n i mateu r de Musique Plus, KC
LMNOP, qui a lancé le premier album rap québécois, Ta Yeul’,
en 1996.
« À l’époque, la scène rap n’était pas structurée au Québec,
et commençait seulement à l’être en France », se souvient
Morgan, l’un des principaux acteurs de l’émergence d’une scène
rap québécoise. Au début des années 90, il animait l’émission
phare du courant, sur les ondes de CIBL. Le nom de l’émission
: Dubmatique. « Jérôme [ DiSoul] et Ousmane [O. TMC] venaient
à l’émission ; on faisait des sessions de freestyle. C’est
comme ça que ça a commencé ». Au même moment, Morgan bossait
pour l’étiquette Virgin à Montréal, qui a lancé la (brève)
carrière du groupe Alliance Ethnik. Leur succès Simple et
funky a ouvert une brèche dans le marché québécois, confirmant
le potentiel de cette musique grâce à deux concerts très
courus, à Montréal et à Québec.
C’est dans ce t er reau fer t i le que Dubmatique a risqué
l’enregistrement d’un premier album, La force de comprendre,
paru en 1996. Environ 150 000 exemplaires du disque ont trouvé
preneurs, grâce à l’appui des radios commerciales et de
Musique Plus. « Le succès nous a surpris, confie O. TMC, nous
autant que les gens de l’industrie. Si on se rappelle bien,
l’album a été primé au Gala de l’ADISQ... dans la catégorie
album rock alternatif », parce que la catégorie hip-hop
n’avait pas été inventée !
« Sur la scène,
ça s’est mis à aller très vite après ce succès », dit le
vétéran rappeur qui, avec son comparse DiSoul, effectuera
samedi son retour sur scène, en attendant la parution d’un
nouvel album cet automne. « Les labels ont vite signé de
nouveaux artistes. Les rappeurs d’ici se disaient : si eux
peuvent réussir, nous aussi, nous sommes capables ! »
PHOTO IVANOH DEMERS, LA
PRESSE
Gabriel Malenfant, Timothée
Valentin, Jacques Doucet et Alexandre Bilodeau forment le
groupe Radio Radio.
La force de comprendre a été un véritable coup de fouet pour
les rappeurs de la première heure : RDPizeurs, Rainmen (dont
la chanson Pas d’chilling a résonné jusqu’en France), Muzion
et un jeune duo, Sans Pression, formé des rappeurs SP et
Ti-Kid.
On a assisté à l’a rrivée des premiers beatmakers, DJ Ray Ray,
Sonny Black, Manifest, et des premières structures telles que
l’étiquette MontReal, qui a marqué son époque en lançant les
carrières de Sans Pression et Yvon Krevé.
Rapper en joual
« En 1999,
lorsqu’on l a nce 514-50 Dans mon réseau [de Sans Pression],
le hip-hop québécois est passé au " réalisme", abordant des
thèmes plus près de la rue. Le groupe a aussi ouvert les
esprits en rappant en joual », rappelle Morgan.
Parallèlement à l ’ex plosion du rap à Montréal, la ville de
Québec a vu émerger ses propres talents, à commencer par le
collectif 83, formé notamment des membres de Taktika et de l a
Constellation. De ce dernier groupe est issu le rappeur 2Faces
qui, lors de la diffusion du gala de l’A DISQ en 2002, s ’e s
t i nv i t é s u r s c è ne pou r sensibiliser l’industrie à
l’i mportance de la scène hip-hop québécoise.
Le hip-hop est encore bien en selle au Québec et les Francos
proposeront dimanche un party de clôture animé par cinq
formations d’ici : Gatineau, Samian, Loco Locass, Poirier
(avec FaceT) et les Acadiens de Radio Radio, qui prévoient
lancer un nouvel album en février.
« J ’ a i é c o ut é Dubmatique auta nt que le rap de l a côte
Est a méricaine » , dit T X, de Radio Radio. Aujourd’hui, la
production r ap f r a ncophone s’est diversifiée ; Radio Radio
suit la tendance en apportant de nouvelles s onor i t é s à la
musique, électroniques et dansantes, comme le font aussi les
Arvida Crew et Obscene Kidz, nouveaux ovnis de cette scène
pluridimensionnelle. Dubmatique, samedi 21 h à la Place des
festivals, et Le rap party des Francos, dimanche 18 h sur la
scène du stationnement Clark.
Au revoir - NATHALIE COLLARD
«Et comme
devant ces morts qui nous tourmentent au-delà de leur décès,
en raison même de leur disparition, des mots de circonstance
s’imposent – faute de pouvoir observer une minute de silence
par écrit. »
Voilà ce qu’écrivait Nelly Arcan en mai dernier lors de la
disparition de l’hebdomadaire Ici. Ces mots trouvent tout leur
sens aujourd’hui.
Q u ’o n a it é t é fan ou pas de ses livres, on ne pouvait
rester indifférent au personnage. Une contradiction sur deux j
ambes, cette fille. À la fois dénonc iat r ice et victime de
la dictature de la beauté et de la jeunesse qui tissait la
trame de fond de tous ses livres.
Car Isabelle Fortier alias Nelly Arcan entretenait avec son
corps et sa féminité, dans ses écrits et ses propos, une
relation maladive. D’un côté dénonçant la tyrannie et de
l’autre s’y soumettant d’une façon quasi masochiste.
Marchandisation
du corps, culte de la perfection, obsession des hommes, on
peut dire que l’arrivée de cette a nc ien ne escor te da n s
le paysage littéraire québécois a eu l’effet d’un électrochoc.
Cette fille trop blonde, ultra sexy, franche à en être parfois
brutale, est venue troubler la face lisse et sage du paysage
médiatique québécois. Ses appa ritions à la télévision
suscitaient à la fois curiosité et fascination.
Aucune superficialité chez cette auteu re qu i ma n ia it
pourtant avec brio tous les codes de la super f ic ia l ité
féminine. Dès Putain , son premier livre, on a compris qu’on
avait à faire non pas à une auteure de « chicklit » (cette
littérature-bonbon destinée aux filles), mais bien à une
véritable écrivaine avec un souffle, une portée. Elle le
disait elle-même : « Le premier livre peut rester le seul. Le
deuxième livre, ça ne veut rien dire, mais à partir du
troisième livre, ça veut dire : je suis là et je vais y
rester. » Elle disséquait son époque sans aucune complaisa
nce. Dans son roman À c iel ouvert , elle avait eu cette
formule tout à fa it br i l la nte pour décrire cette quête
tordue de la j eunesse qui défigu re les fe m mes aujourd’hui,
parlant de « burqa de chair », affirmant que, « finalement,
voilée ou non, la femme est réduite à un sexe. »
En ce sens, l’ex-rédacteur en chef de l’hebdomadaire Ici,
Pierre Thibault, a tout à fait raison lorsqu’il décrit Arcan
comme « l’écrivaine féministe la plus notable au Québec en ce
moment ». Un peu comme Virginie Despentes, écrivaine fra
nçaise qu’elle admirait d’ailleurs, elle provoquait,
dérangeait.
Nelly
Arcan s’apprêtait à publier un nouveau roman qui deviendra,
malheureusement, son testament littéraire et qui contribuera
sans doute à sa mythification puisqu’elle y aborde, nous
dit-on, le suicide. Quelle tristesse que tout ça ait débordé
du cadre de la fiction.
L’ÉTOILE S 'ÉTEINT - Martin Croteau
LA POP A PERDU
SON ROI. DES MILLIONS DE FANS LEUR IDOLE. LA MORT SOUDAINE
DEMICHAEL JACKSON A FRAPPÉ LE MONDE DE STUPEUR. TOUS
PRÉFÉRAIENT GARDER LE SOUVENIR DE L’ÉTOILE QU’IL ÉTAIT PLUTÔT
QUEDE RESSASSER LES ODEURS DE SCANDALES QUI ONT MARQUÉ LA FIN
DE SA CARRIÈRE. « Michael Jackson a forcé la culture à
accepter les gens de couleur, a affirmé le révérend Al
Sharpton, militant de longue date pour les droits civiques.
Dire que c’était une " idole" n’est qu’une fraction de ce
qu’en pensaient ces jeunes à Harlem. C’est une figure
historique. »
Il a fracassé la barrière raciale à MTV, importé le moonwalk
dans chaque foyer et il détient toujours le record absolu de
ventes d’albums pour Thriller. La pop a perdu son roi, hier.
Michael Jackson est mort d’un arrêt cardiaque à l’âge de 50
ans.
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED
PRESS
Michael Jackson, photographié en 1993
lors d’un concert à Singapour.
I l était midi, heure du Pacifique, lorsque le chanteur s’est
effondré dans son domicile de Holmby Hills, en banlieue de Los
Angeles. Son coeur ne battait plus lorsque les ambulanciers
sont arrivés sur les lieux. Son médecin personnel, déjà sur
les lieux, essayait de le ranimer. Il a été transporté à
l’hôpital universitaire de UCLA, où sa mort a été confirmée en
début de soirée.
« Son médecin personnel, qui était à ses côtés, a tenté de le
ranimer, comme l’ont fait les ambulanciers, a indiqué le frère
de la victime, Jermaine, qui a salué les efforts « héroïques »
du personnel médical. Une équipe de médecins hautement
spécialisés, incluant des urgentologues et des cardiologues,
ont tenté de le ranimer pendant plus d’une heure, mais ils n’y
sont pas arrivés. »
Les causes précises de l’arrêt cardiaque restent un mystère.
Les médecins pratiqueront une autopsie aujourd’hui pour en
savoir davantage. Sa dépouille a été emportée par un
hélicoptère.
Le site TMZ rapporte que Jackson ne montrait aucun signe
anormal lors d’une répétition, la veille de son décès. Mais
depuis quelque temps, il aurait été en retard à plusieurs
reprises, et « léthargique », selon le site.
La nouvelle de la mort a provoqué une onde de choc aux
ÉtatsUnis et dans le monde entier. Des admirateurs se sont
massés devant l’hôpital où le chanteur est mort , ils ont
convergé à Times Square, à New York, ils ont même pris les
disquaires d’assaut chez nous, à Montréal (voir autres textes
dans le cahier Arts et Spectacles).
La star est morte quelques semaines à peine avant de remonter
sur scène dans l’espoir de relancer une carrière minée par des
démêlés avec la justice. En 2005, Jackson a été accusé d’avoir
agressé sexuellement un garçon de 13 ans à son ranch de
Neverland, de lui avoir fait consommer de l’alcool et d’avoir
tenté de séquestrer sa famille. Il a été acquitté au terme de
son procès et il s’était retiré de la vie publique depuis.
Le mois prochain, il devait entamer une série de 50 spectacles
à Londres. Ce devait être ses derniers rendez-vous avec ses
fans, lui qui n’avait pas donné de concert depuis huit ans.
Enfant prodige
Septième des
neuf enfants d’un travailleur de l’acier en Indiana , Michael
Jackson a passé presque toute sa vie sous l’oeil du public. Il
avait 11 ans lorsque le groupe qu’il formait avec ses frères,
Les Jackson Five, a connu son premier succès commercial avec I
Want You Back.
Son ascension s’est poursuivie avec un premier album solo, Off
the Wall, dans les années 70. Mais c’est en 1982 que Jackson a
littéralement fait exploser les palmarès. L’album Thriller a
été vendu à 50 millions d’exemplaires dans le monde. Il a été
l’un des premiers Noirs à tenir la vedette de la populaire
chaîne musicale MTV.
Il a remis ça cinq ans plus tard avec Bad, et avec Dangerous
en 1991.
« Michael Jackson a forcé la culture à accepter les gens de
couleur, a affirmé le révérend Al Sharpton, militant de longue
date pour les droits civiques. Dire que c’était une "idole"
n’est qu’une fraction de ce qu’en pensaient ces jeunes à
Harlem. C’est une figure historique. »
Mais l’ascension de Jackson a frappé un mur par la suite,
lorsque des détails de sa vie privée ont commencé à voler la
vedette à sa musique. Selon des rumeurs, il dormait dans une
chambre hyperbare. Les nombreux changements de couleur de sa
peau, attribuables à une maladie incurable, ont alimenté la
chronique pendant des années.
En 1993, il a évité de justesse un procès en s’entendant à
l’amiable avec un garçon de 13 ans, qu’il aurait agressé.
Selon certaines sources, il aurait payé 20 millions. Il a
également fait les manchettes des tabloïds pour son mariage
raté avec la fille d’Elvis Presley, Lisa Marie.
Pendant ce temps, ses ventes d’a lbums décl inaient. HIStory (
1995) et Invincible ( 2001) ne sont jamais arrivés à la
cheville des succès antérieurs.
Vers la fin de sa vie, Jackson était si endetté qu’il a dû se
départir de nombreux ac t i f s , dont son mythique ranch de
Neverland.
Malgré tout, les scandales n’avaient jamais terni l ’ amour i
ncondit ionnel que des millions de fans éprouvaient pour lui.
Il a été nommé Artiste du millénaire lors des World Music
Awards. Les organisateurs de ce qui devait être sa dernière
tournée n’ont mis que quatre heure à vendre les 75 000
billets.
Michael Jackson laisse dans le deuil ses trois enfants, Prince
Michael I , Paris et Prince Michael II.
Bizarrement
touchant
- Marie-Claude Lortie
Ce que l’on ne
savait pas, c’est que plus il se transformerait et plus il
s’éloignerait de la normalité qu’il lui restait, lui l’enfant
artiste doué, plus il exposerait en son sillage les dérives
d’une société où succès et bonheur peuvent, facilement, être
diamétralement opposés.
Je n’ai jamais aimé le personnage. J’ai apprécié sa musique.
Dansé sur Billy Jean et Beat It abondamment. Mais même si son
moon walk était trop canon et ses vidéoclips spectaculaires,
dès que je l’ai connu, j’ai eu une réticence.
PHOTO RUSTY KENNEDY, ARCHIVES
ASSOCIATED PRESS
Le roi de la pop a passé presque toute
sa vie dans l’oeil du public. En 1993, il a participé au
spectacle de la mi-temps du Super Bowl (notre photo).
On parle de 1982 environ, de la sortie du disque Thriller.
C’était l’époque où il portait un seul gant et dansait en
faisant des gestes d’une fascinante précision mais parfois
aussi d’une choquante grossièreté. La bizarrerie était déjà
là. On ne savait pas encore qu’il se ferait charcuter le
visage, qu’il deviendrait tranquillement quelqu’un d’autre
sous nos yeux, exposant ses névroses par-dessous et par-dessus
les tartines de maquillage. Mais il était déjà clair que le
génie du spectacle n’était pas bien.
Ce que l’on ne savait pas non plus, c’est que plus il se
transformerait et plus il s’éloignerait de la normalité qu’il
lui restait, lui l’enfant artiste doué, plus il exposerait en
son sillage les dérives d’une société où succès et bonheur
peuvent, facilement, être diamétralement opposés.
Un psy, que j’ai interviewé un jour sur l’anorexie, m’a
expliqué que Jackson souffrait selon lui, entre autres choses,
d’une maladie du même ordre que l’obsession de la minceur mais
appelée dysmorphophobie. Au lieu de se trouver gros, peu
importe son poids, comme le font les personnes souffrant
d’anorexie mentale, ceux qui sont atteints de dysmorphophobie
se trouvent constamment des défauts corporels et cherchent à
les corriger, peu importe le nombre de chirurgies nécessaires.
Jackson, dit-on, aurait eu plusieurs interventions.
Aux États-Unis, il est loin d’être le seul à souffrir de ce
mal qui se nourrit de l’incroyable force de persuasion et de
perversion de l’industrie du divertissement. Sauf que chez
lui, cette haine pour sa propre image était particulièrement
triste. Elle contenait un élément racial douloureux. Jackson
nous donnait l’impression qu’il voulait devenir blanc. Blanc
de peau et de traits.
À chaque étape de sa métamorphose qui lui donnait
tranquillement de plus en plus l’air caucasien et de moins en
moins de traits masculins, on aurait tous dû se poser de
sérieuses questions plus larges. Oui, il avait, de toute
évidence, ses propres angoisses, ses propres problèmes, ses
propres fantômes. Mais n’était-il pas non plus, en même temps,
une sorte de version extrême, caricaturale, d’une quête
obsessive que l’on voit partout pour un certain modèle
américain stéréotypé ? Pourquoi se refusait-il autant,
lui-même?
OK, on en a
parlé un peu. On a fait bien des blagues. On a dit qu’il était
bien triste que le gars s’inflige de tels traitements. Mais
les États-Unis se sont-ils demandé pourquoi ils créaient des
gens aussi mal dans leur peau? Ou ont-ils regardé ailleurs? Il
faut dire que son évidente incapacité d’être satisfait, d’être
heureux avec ce qu’il avait, lui l’homme qui collectionnait
les succès planétaires et les records Guinness, était
difficile à observer et détourner les yeux était souvent
beaucoup moins pénible.
Chaque fois que la vedette réapparaissait en public, de plus
en plus transformée physiquement, chaque fois qu’on apprenait
que Jackson était en couple avec des femmes qu’il n’avait pas
l’air d’aimer pour deux sous, fut-ce Lisa Marie Presley ou
Debbie Rowe, chaque fois qu’il se montrait confit dans ses
problèmes, ses dépendances, on avait envie de s’intéresser
soudainement à autre chose.
Quand il a été accusé de pédophilie, personne ne s’est montré
surpris. On s’y attendait presque. Et quand il a suspendu de
façon totalement irresponsable un de ses enfants au-dessus du
vide, à l’extérieur d’un hôtel de Berlin, pour le montrer à
ses fans, c’est vers le ciel qu’on a levé les yeux, avec une
petite pensée pour ces bambins nés d’un père trop étrange.
Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas ce qui a causé
l’arrêt cardio-respiratoire de la méga-vedette. On ne sait pas
si c’est une surdose de drogue qui en est la raison. Si
c’était volontaire.
Est-ce que quelqu’un serait surpris de l’un ou l’autre de ces
scénarios?
Je n’ai jamais aimé le personnage. Mais il avait une
tristesse, un désespoir qui l’a bien servi comme artiste et le
rendait, étrangement et bizarrement touchant.
Le Québec garde une belle image du roi de la
pop - Tristan Péloquin
SONDAGE
Les allégations d’agressions sexuelles qui ont terni à deux
reprises la carrière de Michael Jackson n’ont pas marqué
outre mesure l’imaginaire des Québécois.
Selon un sondage Angus Reid Strategies mené après la mort de
la star de la pop, 78% des Québécois se souviendront de
Michael Jackson d’abord et avant tout pour samusiqueet
seslégendairesvidéoclips, contre 10% qui se souviendront de
lui pour les accusations d’agressions sexuelles.
C’est au Manitoba et en Saskatchewan que les épisodes
sombres de sa vie ont le plus marqué les esprits: près du
tiers des répondants affirment qu’ils se souviendront de lui
pour les allégations d’agressions sexuelles, alors que
seulement 48% des répondants disent qu’ils garderont en tête
son oeuvre artistique.
Alors que
36% des Canadiens croient que ces allégations étaient
probablement ou certainement fausses, cette proportion
grimpe à 46% chez les répondants québécois.
Cette différence de perception entre les Québécois et les
habitants du reste du Canada « résonne avec le traitement
que nous accordons aux vedettes », croit Line Grenier,
spécialiste de la culture populaire au département de
communication de l’Université de Montréal. « Au Québec, la
presse artistique s’intéresse moins aux scandales, elle est
moins portée à attaquer les vedettes. Même les magazines les
plus friands de potins proposent une vision romantique de la
célébrité. Beaucoup de vedettes reconnaissent d’ailleurs que
c’est plus facile de vivre une vie normale au Québec
qu’ailleurs. Ici, le fait de s’acharner dans ce qui est
perçu comme la vie privée d’une personne, ça ne passe tout
simplement pas », note la chercheuse.
Jaideep Mukerji, vice-président d’Angus Reid Strategies,
partage en partie cette opinion: « Bien que la musique de
Michael Jackson ait connu un succès énorme partout au
Canada, y compris au Québec, la couverture médiatique des
allégations portées contre lui a peutêtre reçu moins
d’attention ici. Le Québec a sa propre industrie de potins
de vedettes. Quoiqu’on entende, bien sûr, parler deMichael
Jackson et de Brad Pitt, ce n’est pas avec le même degré
d’intensité ou la même envergure que dans les médias
américains », avance-t-il.
Les résultats du sondage proviennent d’un questionnaire en
ligne rempli par 1003 adultes choisis au hasard parmi un
groupe de répondants réguliers d’Angus Reid, les 2 et 3
juillet. La marge d’erreur est de 3,1 points de pourcentage,
19 fois sur 20.
L’enfant-monstre - Yves Boisvert
Michael
Jackson a commencé en enfant prodige, il a fini en
monstre-enfant. Comme par hasard, dans leur sens primitif, les
deux mots se rejoignent. Monstre et prodige.
Avant de désigner un personnage horrible, le mot « monstre »
décrivait le fruit d’un miracle, un être surnaturel,
prodigieux, donné à voir par Dieu comme un signe mystérieux.
Il semble bien toutefois que l’enfant prodige qui épate la
foule ne soit pas seulement un projet divin…
La fabrication d’un enfant prodige pour la consommation
générale est un projet d’adultes. Un projet qui suppose de le
déposséder de grands bouts de son enfance, ce qui ne va pas
sans périls.
Il me semble que, par définition, l’enfant prodige est un
enfant maltraité.
Il y a souvent derrière le spectacle miraculeux du génie
enfantin ou du monstre de talent une exploitation plus ou
moins consciente, plus ou moins malade. Certains s’en tirent
sans dommages, j’en conviens. Certains.
Dans le cas de
Jackson, il s’est plaint d’avoir été tyrannisé et battu par un
père violent, qui exigeait la perfection. S’il suffisait
d’être maltraité pour être prodigieux, les candidats au génie
musical seraient nombreux. Mais il ne suffit pas non plus
d’avoir du génie pour être cet enfant prodige. Il faut
quelqu’un pour décider de le mettre en scène.
Est-ce qu’on peut être Michael Jackson sans y être poussé,
j’allais dire forcé ? Et même si c’était possible, peut-on
l’être impunément? Je veux dire: être une grande vedette
américaine dès l’âge de 10 ans?
Il a réussi non seulement à sortir du giron familial, mais à
atteindre des sommets à l’âge adulte en s’inventant une
carrière solo sans pareil, ce qui n’est pas donné à tous les
enfants prodiges. Sans doute.
Mais quand il a eu des millions par centaines, il s’est acheté
un ranch qu’il a transformé… en parc d’attractions privé.
Il s’est mué en pathétique Peter Pan. Il s’est défait de ce
nez, dont son père riait. Il s’est loué des enfants pour venir
jouer dans son Neverland. Il s’est monté une
enfance-spectacle. Ensuite, après toutes ces allégations de
pédophilie, ces règlements pour des millions, et à travers un
procès-spectacle de six mois où on lui a fait jouer le rôle du
monstre, il a essayé de jouer à l’adulte. Il a fait trois
enfants, deux garçons et une fille.
On n’est pas surpris d’apprendre qu’il n’a pas pu s’en
occuper. Les enfants ne sont pas faits pour élever des
enfants.
Les trois portent le prénom de « Michael ».
On l’appelait « Wacko Jacko » … - Jean -Cristophe Laurence
Au-delà des
succès, des records et des millions de disques vendus,
Michael Jackson laisse le souvenir d’un excentrique à la vie
privée tourmentée.
Si sa carrière fut extraordinaire, on ne peut pas en dire
autant de sa vie personnelle. Marquée par les frasques, les
scandales sexuels et de troublantes transformations
physiques, l’existence même de Michael Jackson n’aura été
qu’une longue descente aux enfers, à laquelle seule la mort
pouvait mettre fin.
PHOTO REUTERS
Accusé d’agression sexuelle par un
jeune garçon, Michael Jackson a été arrêté le 20 novembre
2003, à Santa Barbara en Californie.
Exposé très tôt au succès, Michael Jackson n’a pas eu
d’enfance, et encore moins d’adolescence. Ce « sacrifice » –
plus ou moins volontaire – explique pour certains cette
nature excentrique, qu’il cultivera jusqu’à ses
retranchements les plus malsains.
Dès le milieu des années 80, le « roi de la pop » fait
courir sur son propre compte les plus étranges potins. Il
affirme notamment dormir dans une chambre à oxygène pour
ralentir son vieillissement. Ou avoir acheté les os de
l’Homme-éléphant. Mais la vérité est encore plus troublante:
entre deux rhinoplasties, Jackson passe le plus clair de son
temps avec un chimpanzé nommé Bubbles. Déjà, on le surnomme
«Wacko Jacko» (Jacko le barjo).
Dépassé par ses propres ventes de disques (750 millions au
total!) le chanteur se retire progressivement du monde réel.
En 1988, il achète Neverland, un domaine de 11 kilomètres,
où il vivra isolé, entouré de ses nombreux animaux.
Mais sa vie privée suscite bien des rumeurs, notamment son
attirance particulière pour les enfants qu’il invite dans ce
nouveau ranch. Nostalgie de l’enfance qu’il n’a pas eue?
Pédophilie? Toujours est-il qu’en 1993, Jackson est accusé
d’agression sexuelle sur un jeune garçon de 13 ans, ce qui
l’oblige à « acheter la paix » pour plus de 20 millions.
Sans doute
pour faire taire les ragots, il épouse en 1994 la fille du «
King » Lisa Marie Presley. Mais cette union très médiatique,
à laquelle d’ailleurs personne ne croit, ne durera que deux
ans.
Tout juste divorcé, il se remarie avec son infirmière Debbie
Rowe, qui lui donnera un garçon (Prince Michael Jackson) en
1997 puis une fille ( Paris) en 1998. Le couple se sépare
l’année suivante. En 2002, Jackson aura un troisième enfant
(Prince Michael II), cette fois d’une mère porteuse
inconnue.
À partir de 2003, c’est la descente en vrille. Dans un
documentaire censé le réhabiliter ( Living With Michael
Jackson) la vedette affirme qu’il n’y a aucun mal à dormir
avec des enfants. Ses propos ingénus, livrés à coeur ouvert,
se confirmeront hélas! Avant la fin de l’année, Jackson est
formellement inculpé pour agression sexuelle. Son procès,
transformé en immense spectacle médiatique se soldera par un
acquittement.
Mais personne n’est dupe. Et Michael Jackson tombe en
disgrâce. De plus en plus blême, l’air cadavérique
(résultat, affirme-t-il, de deux maladies de peau assez
graves, le vitiligo et le lupus, il part se faire oublier au
Bahreïn, à l’invitation d’un cheikh qui lui voue une
admiration sans bornes.
Pour Jacko le barjo, il est clair que la folie a depuis
longtemps pris la place du génie. Bien que sentimentalement
attaché au chanteur de Thriller, le public le boude. Au-delà
des succès, des records Guinness et des millions de disques
vendus, Michael Jackson aura été la première et la dernière
victime de son succès.
Coup de génie, extravagances et quasi-faillite - Vincent
Brousseau-Pouliot
Les médias
spécialisés estiment sa fortune à 350 millions, en grande
partie à cause du catalogue des Beatles. Triste ironie
pour un artiste qui a autant marqué le monde de la
musique.
Comme artiste, Michael Jackson aura composé des dizaines
de succès durant sa carrière. Mais comme homme d’affaires,
son meilleur coup n’est pas Thriller, Billie Jean ou Black
or White. C’est plutôt d’avoir acheté le catalogue
d’autres légendes de la musique: les Beatles.
Au sommet de sa gloire musicale, en 1985, le roi de la pop
a fait le meilleur investissement de sa vie : l’achat du
catalogue des Beatles pour 47,5 millions US. Aujourd’hui,
son catalogue, qui comprend 300 000 chansons (les siennes,
200 chansons des Beatles et quelques-unes d’Elvis
Prestley), vaudrait entre 1,1 et 1,6 milliard US. Une
transaction lucrative qui ne surprend pas l’ancien avocat
de Jackson dans les années 80, John Branca. « À cette
époque, Michael veillait à ses affaires et contrôlait ses
finances », a-t-il dit au New York Times.
Dans les années 80, le chanteur vit modestement malgré sa
fortune colossale. Il rentre à la maison familiale entre
ses spectacles et ses séances d’enregistrement. En 1988,
il s’achète un château digne de son statut, un ranch connu
plus tard sous le nom de Neverland, qu’il paie 17 millions
US.
Ses finances se dégradent rapidement au début des années
90. Production de vidéos, jets privés, frais
d’exploitation de Neverland – ses dépenses extravagantes
deviennent vite hors de contrôle. « Il ne gérait plus son
argent » , dit son ancien consei l ler f i nanc ier Alvin
Malnik. Son ancien imprésario, Frank Dileo, qui était avec
Jackson à son sommet artistique et financier entre 1984 et
1989, blâme plutôt l’entourage de la vedette. « Tout ce
qui les intéressait, c’était son argent. Personne ne
faisait attention à ses intérêts », a-t-il dit au New York
Times.
En 1995,
il est forcé de vendre la moitié de son catalogue des
Beatles à Sony pour 100 millions US afin de payer ses
dettes. Une solution temporaire. À la fin des années 90,
les banques financent toujours ses extravagances.
En 2005, après un procès criminel et deux divorces,
Michael Jackson est au bord de la faillite. Ses dettes
s’élèvent à 270 millions US, à un taux d’intérêt de 20%.
Sony s’inquiète alors de voir Jackson faire faillite. La
compagnie de disques ne veut pas que son créancier, la
firme Fortress Investment (propriétaire de la station de
ski Mont-Tremblay), mette la main sur l’autre partie du
catalogue de Jackson.
Sony propose à Michael Jackson un montage financier. Selon
le New York Times, Citigroup aurait accordé un prêt à un
taux de 6% à Michael Jackson à condition que Sony puisse
acheter les parts du catalogue des Beatles à une date
ultérieure pour 250 millions US. À la même époque, Michael
Jackson déménage de son ranch de Neverland, dont il vend
une partie des intérêts à la firme Colony Capital.
Malgré ses dettes qui s’élèveraient à 400 millions, les
médias spécialisés estiment sa fortune à 350 millions, en
grande partie à cause du catalogue des Beatles. Triste
ironie pour un artiste qui a autant marqué le monde de la
musique.
LA MORT D’UNE LÉGENDE À L’HEURE DUWEB
- Chantal Guy
La
mort d’une célébrité aussi mondialement connue que
Michael Jackson a démontré hier à quel point le web
peut devenir en peu de temps complètement
monomaniaque. Tout a commencé sur le site à potins
TMZ, qui annonçait à 16h30 le transport de Michael
Jackson dans un hôpital de Los Angeles. La raison
évoquée : une crise cardiaque. Une rumeur rapidement
relayée sur Twitter, Facebook, puis par les médias
traditionnels. Au fur et à mesure que les détails
arrivaient au compte-gouttes, et que le public
spéculait sur les forums, une autre course
s’engageait, à savoir qui allait confirmer en premier
le décès de la star. Encore une fois, TMZ a coiffé au
poteau la compétition en publiant à 17h20 sur sa page:
« Michael Jackson dies. » Il aura fallu bien plus de
temps pour que le L. A. Times confirme à son tour la
nouvelle, et encore plus de temps pour CNN. Ce qu’on a
pu aussi constater hier, c’est la pertinence du mot «
toile » pour décrire l’internet. Une aussi grosse
prise médiatique s’agitant dans ses filets a
transformé la communauté internaute en une énorme
araignée qui filait droit sur sa proie. Assez pour
ralentir les serveurs de la planète. Ainsi, la plupart
des statuts sur Facebook ou Twitter abordaient le
sujet – sur un ton triste ou sarcastique, selon qu’on
soit fan ou non. À chaque « rafraîchissement » de
pages web, les commentaires étaient exponentiels.
C’est sans compter les innombrables liens vers ses
vidéos les plus célèbres. Autre phénomène intéressant
; des vedettes comme Ice T, MC Hammer, Miley Cirus,
Ashton Kutcher ou Lindsay Lohan ont spontanément livré
leurs hommages et condoléances sur Twitter. « Je n’ai
pas de mots… J’aimais Michael Jackson », a écrit MC
Hammer, tandis que Ice T confiait : « Repose en paix,
Mike. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais tu
étais 100% original. Nous t’aimerons toujours, tu nous
manqueras et nous nous rappellerons ta grandeur. » –
Chantal Guy
"Il était le meilleur"...
LA MORT DU ROI DE LA POP
Les fans de partout expriment leur douleur - Nicolas
Bérubé
— Des milliers
de fans sont venus rendre un dernier hommage à Michael
Jackson, hier, à Los Angeles.
Vingt-quatre heures après l’annonce du décès de Jackson, sa
résidence dans le chic quartier de Bel Air et son étoile
gravée dans le trottoir d’Hollywood Boulevard sont devenus des
points de ralliement pour ses fans endeuillés.
Hier après-midi, plusieurs centaines de personnes ont envahi
Hollywood Boulevard, qui a été fermé à la circulation.
L’étoile de Michael Jackson était ensevelie sous des gerbes de
fleurs. Des policiers à cheval tentaient tant bien que mal de
diriger la foule.
Larry Nimmer, un cinéaste embauché par Michael Jackson pour
faire un documentaire sur son domaine Neverland, était sur
place pour rendre hommage au chanteur. Il vient de terminer un
film intitulé Neverland: The Untold Story, qui soutient que
Neverland était unparadispour les enfants, et non l’endroit
controversé dépeint durant le procès de Jackson.
« Michael
avait le coeur à la bonne place, a-t-il dit. Mais il avait un
grand défaut: il avait un mauvais jugement pour choisir son
entourage et ses partenaires d’affaires. Plusieurs personnes
ont profité de lui. C’est une histoire triste. »
Hier, le président Barack Obama a envoyé ses condoléances à la
famille Jackson. Le porteparole de la Maison-Blanche, Robert
Gibbs, a dit que le président a qualifié Jackson d’icône de la
musique et d’artiste spectaculaire, mais que sa vie comportait
aussi des aspects tragiques et tristes. « Le président
transmet ses condoléances à la famille Jackson et aussi aux
fans qui pleurent sa disparition », a-t-il dit.
Les fans ont aussi pris d’assaut les boutiques de vente de
musique en ligne. Hier, neuf des 10 albums les plus vendus sur
le site américain iTunes étaient ceux de Michael Jackson.
C’est la première fois qu’un artiste occupe une place aussi
importante au palmarès des ventes du site depuis sa mise en
ligne, il y a six ans.
Partout au monde
Par ailleurs, les fans ont aussi marqué leur attachement à la
star disparue partout au monde, de Pékin à Nairobi en passant
par Berlin et Bombay. Les Londoniens, qui devaient avoir le
privilège d’accueillir le retour sur scène du roi de la pop,
se sont réunis spontanément dans le centre-ville pour entonner
trois de ses plus grands succès, Billie Jean, Thriller et Bad,
pendant qu’au même moment, faute de pouvoir assister à ses
funérailles aux États-Unis, des fans berlinois se sont
recueillis devant la réplique en cire du chanteur au musée de
cire Tussaud. L’émotion était toute particulière en Éthiopie,
où Jackson a aidé à combattre la famine en recueillant des
fonds grâce à la chanson We Are The World, coécrite en 1985
avec Lionel Richie et interprétée avec plus de 20 chanteurs
vedettes. L’ex-président Nelson Mandela, ardent défenseur des
droits des Noirs, a déploré cette « perte prématurée ».
Une source d’inspiration au Québec - Violaine Baillivy
« Michael
Jackson a franchi des barrières qui nous paraissaient
insurmontables », a dit Luck Merville.
Le roi de la pop ne chantera plus. Mais son message résonnera
encore longtemps dans la communauté noire de Montréal. «
Michael Jackson, c’était notre TigerWoods, notreBarackObama
des années 80: il nous a montré qu’il était possible pour un
Noir de réussir en Amérique. »
Luck Merville n’oubliera jamais ce jour de 1982 quand, à la
suite de pressions, la chaîne de musique MTV a enfin décidé de
diffuser le vidéoclip d’un artiste afro-américain. « Michael
Jackson a franchi des barrières qui nous paraissaient
insurmontables », explique le chanteur d’origine haïtienne. Il
n’en fallait guère plus pour que Jackson devienne son idole. «
À cette époque, il n’y avait pas beaucoup de modèles pour les
jeunes de la communauté noire et lui, il avait un succès qui
aurait fait l’envie de tous les artistes, peu importe la
couleur de leur peau. »
Bien des chanteurs noirs du Québec doivent une partie de leur
succès à Michael Jackson, croit le producteur René Frantz
Duroussel. « Corneille n’aurait pas eu le même succès si
Michael Jackson n’était pas passé avant lui. Il y a 20 ans,
c’était très rare de voir un Noir à la télévision, sinon dans
un rôle de bandits! Il a pavé la voie aux autres. »
Il a été une source d’inspiration cruciale pour le chanteur
Gage, qui a grandi dans le quartier Montréal-Nord. « C’était
difficile. J’étais seul, je n’avais pas de père, pas de frère.
Je me suis dit que si je travaillais dur, aussi dur que lui,
je pourrais avoir du succès moi aussi. » Mais Gage n’est pas
le seul à avoir puisé sa source de motivation dans les pas de
danse et les mélodies de Michael Jackson. « Je vous mets au
défi de trouver une seule famille haïtienne de Montréal qui
n’a pas Thriller dans sa discothèque. C’était ce qui se
faisait de mieux, ce qu’on voulait entendre dans toutes les
fêtes, qui faisait danser aussi bien les grands-mères que les
petits-enfants », ajoute JeanYves Roux, qui s’apprête à lancer
Clovys TV, une chaîne musicale consacrée à la scène
montréalaise.
Un effet
rassembleur
Quand il habitait dans l’ouest de Montréal , René Frantz
Duroussel était souvent le seul Noir de sa classe. « Mais
j’avais une chose en commun avec tout le monde : Michael
Jackson. Lui, tout le monde l’aimait, tout le monde
l’idolâtrait. » Nathalie Simard en est la preuve. Peu de gens
s’en souviennent, mais la chanteuse a enregistré au début des
années 80 : « Mon idole, c’est Michael Jackson. »
« Il avait tout pour fasciner les gens. Il était beau, il
dansait bien, il savait transmettre sa passion », dit-elle.
Les accusations d’agressions sexuelles portées contre lui ne
lui ont jamais fait regretter son geste. « Il a été acquitté
et a tourné la page en vendant un demimillion de billets en
quelques heures à peine pour sa tournée à Londres. »
« C’était le King de notre génération, compare la chanteuse
Mitsou, qui ne passe pas une semaine sans courir au rythme de
Michael Jackson. Il faut s’attendre à ce qu’il soit encore
plus populaire après sa mort qu’au cours des dernières années,
comme Elvis Presley. »
Hier, lesdisquaires deMontréal ont continué à être pris
d’assaut par les fans de tous âges et origines confondus... «
Nous avons vidétoutesnos réserves: il nenous reste plus un
seul CD de Michael Jackson depuis jeudi soir! » a confirmé
Annie Lafontaine, du magasin Archambault de la rue
Sainte-Catherine Est.
Il était mort depuis longtemps - Marc Cassivi
J’avais 9 ans
à la parution de « Thriller », mon premier album. C’est le
seul 33-tours que j’ai conservé à ce jour, par pure nostalgie,
après l’avoir écouté jusqu’à plus soif.
Il était mort depuis longtemps, Michael Jackson. Mort
artistiquement, dans la foulée du succès foudroyant de
Thriller. Mort pour les hommes, desquels il n’avait cessé de
se distancier.
Un mort en sursis, plus déjà qu’un souvenir, une curiosité
malsaine. Mis au ban pour ses comportements sexuels ambigus,
dénoncé pour ses excentricités, confiné au rôle de bête de
cirque médiatique. Créature blessée, recluse et défigurée, en
faillite humaine et financière. Mort triste d’une vie triste.
Et pourtant. Il était magnifique et lumineux, l’enfant fragile
au talent prodigieux des Jackson Five, chantant de sa voix
cristalline I Want You Back. Off The Wall fut l’album brillant
du prétendant au trône. Thriller, le disque de la consécration
planétaire, sacre du « Roi de la pop », porte-étendard d’un
nouveau modèle économique croisé : chanteur-danseuracteur
surdoué d’époustouflants vidéoclips.
The King of Pop. Le titre royal qu’il portait fièrement, comme
une ceinture de champion de boxe, lui avait déjà glissé des
mains au moment où il s’en est le plus enorgueilli, au milieu
des années 90. Roi déchu s’accrochant à sa marque de commerce
comme un naufragé à une bouée de sauvetage.
Dès Bad, en 1987, Michael Jackson est devenu, à l’instar de
son personnage de dessin animé à la télé, une caricature de
luimême. On se moquait à l’époque de l’image de dur qu’il
tentait en vain de projeter. « Weird Al » Yankovic a parodié
avec maestria le clip de gang de sous-sol de Bad (filmé par
Scorsese). Eddie Murphy s’est acharné en spectacle sur ce «
gars qui sait chanter mais n’est pas le type le plus masculin
au monde » (« Tito, give some tissue ! Jermaine, stop teasing!
»).
Certains,
séduits par l’hybridation des genres de Thriller (rock, pop,
r& b), ont peu à peu délaissé l’artiste, estimant avec
raison qu’il ne se renouvelait plus musicalement et que son
personnage médiatique (« Wacko Jacko », Jacko le barjo) avait
pris le pas sur son oeuvre. Des dizaines de millions
d’inconditionnels lui sont restés fidèles jusqu’à Dangerous (
pourtant médiocre), mais à la sortie du pompeux HIStory
(amalgame de « l’Histoire » et de « son histoire »), en 1995,
succombant à son propre mythe, le souverain mégalo avait perdu
son royaume.
Je suis de la génération qui a découvert la musique pop grâce
à Michael Jackson. J’avais 9 ans à la parution de Thriller,
mon premier album. C’est le seul 33tours que j’ai conservé à
ce jour, par pure nostalgie, après l’avoir écouté jusqu’à plus
soif. Pourtant, la mort de Michael Jackson, jeudi, ne m’a pas
le moindrement ému ni surpris. Peut-être parce que j’ai fait,
il y a longtemps, le deuil de mon idole d’enfance.
Michael Jackson, l’artiste, n’était plus pertinent depuis au
moins 20 ans. Restait ce zombie désolant, ce cobaye de la
médecine moderne, cette loque humaine vidée de toute vitalité.
Un ermite en cavale, à la fois conspué, idolâtré et traqué par
les sangsues de l’information-spectacle, internautes-potineurs
et autres reporters-vampires de l’impudeur et de
l’impertinence.
Le visage navrant, squelettique, diaphane de Michael Jackson
était, en fin de vie, à l’image de son époque. Triste.
Sinistre. Le résultat d’une enfance dans le showbusiness,
marchandée par son père tyrannique. Celui de sa
transformation, à l’âge adulte, en bien de consommation
mondialisé, dans l’air du temps, que l’on s’est arraché de la
Terre de Feu à la Sibérie, avant de le jeter dans le caniveau,
comme une vieille canette de Pepsi.
Il y avait de quoi virer fou.
L’incompréhension - Pierre Foglia
J’ai aimé
Thriller ; l’album bien sûr, pas la toune qui n’en finit pas.
J’ai joggé longtemps sur Billie Jean et sur Beat It; j’ai même
écouté Beat It sans jogger, mais c’était plus pour la guitare de
Van Halen que pour Michael Jackson. Quoi d’autre? Ah oui! Sa
fameuse danse à l’envers et au ralenti. Ah oui aussi ! Quand il
a secoué son bébé du haut du balcon, j’ai ri comme un fou en
pensant au freakout des matantes du 450, et je ne dirai rien
d’un certain pédiatre toujours bien énervé; mais là-dessus, il a
peut-être un peu raison: ne jamais secouer son bébé du haut d’un
balcon, c’est pas une salade.
C’est à peu près tout ce que je peuxvousdiresurMichael Jackson;
je n’ai pas d’opinion sur son nez, ni sur rien en fait. Par
contre, si vous voulez que je vous parle de Farrah Fawcett qui
est morte aussi jeudi, ah ben là, je pourrais facilement être
intarissable. Elle a été mon sexsymbol secret pendant quoi? Dix
ans? Oui, madame. Je me souviens même d’une pub de shampoing
dans laquelle elle apparaissait dans une nuisette rose dont une
des bretelles était tombée, sans découvrir rien, rassurez-vous –
je vous parle d’avant 1980. Pourtant ce petit désordre vaporeux,
et le geste qu’elle faisait en avançant l’épaule pour remonter
ladite bretelle, donnait plus à bander que tous les films de cul
que vous avez vus.
Parlant de cul, elle est morte d’un cancer de l’anus, disait
élégamment mon journal hier matin. Too much information, non? Le
claironner dans l’espoir de conjurer la chose elle-même? Vade
retro, cancer de l’anus ? Il y a de cet ésotérisme-là dans
toutes les campagnes contre le cancer : nommons-le, parlons-en
toutes les deux minutes, ainsi on le combattra mieux. Vous êtes
sûr? Ésotérisme pour ésotérisme: et si le cancer était un petit
peu transmissible par la parole ?
Expliquez-moi un autre truc. Expliquez-moi le mal que vous vous
donnez pour ne pas nommer, par exemple, la surdité; vous dites
malentendement, vous dites difficulté de perception auditive,
mais voilà qu’une des plus jolies dames du cinéma et de la télé
des 50 dernières années vient à mourir et vous vous empressez de
préciser : d’un cancer de l’anus.
Vous savez de quoi je vais mourir moi? D’incompréhension totale,
une mort qui ressemble beaucoup à une mort hallucinée dans le
désert. D’ailleurs, à l’autopsie, on trouve du sable dans le
cerveau des morts d’incompréhension.
Ce qui m’a frappé hier matin, c’est l’ampleur de la couverture,
sa qualité aussi, mais l’ampleur surtout... Le roi de la pop,
certes, mais je ne m’en doutais pas à ce point-là. John Lennon
était le roi de quoi, lui? Et si vous placez Thriller dans votre
top cinq, où allez-vous mettre Sgt. Pepper? Exile On Main
Street? Born To Run? What’s Going On? Ziggy Stardust ? Never
Mind The Bollocks (des Sex Pistols)? On est déjà rendu à sept et
on n’a pas commencé. Combien de pages quand Jagger va mourir?
Springsteen?
Je sais bien, allez, on n’en parlera plus lundi. Rien ne
s’éloigne plus vite que les morts.
Sur le chemin de retour de ma ride à vélo, je passe souvent
devant chezVastel. Le célèbre chroniqueur politique décédé
récemment. Une jolie maison dans les vignes. On n’était pas
amis, même pas de loin, aussi doit-il être surpris de m’entendre
le saluer amicalement chaque fois que je passe devant chez lui :
Hé, Michel. Et chaque fois aussi je mesure ce que je viens juste
de vous dire : combien les morts s’éloignent rapidement.
Certains,
pourtant, s’incrustent unmoment. Depuis unmois j’ai en tête les
morts du vol d’Air France Rio-Paris. Excusez le cliché, la mort
est un passage que personne ne sait comment franchir et c’est ce
passage qui fait peur; pour ceux-là, le passage s’est fait dans
l’horreur la plus absolue.
La semaine dernière, j’ai reçu par courriel deux photos
soidisant prises par un passager dans la cabine de ce vol
Rio-Paris, la carlingue coupée en deux, à l’arrière-plan un
passager happé par le vide. J’en ai rêvé. On expliquait dans le
courriel que la carte numérique de l’appareil photo avait été
retrouvée flottant parmi d’autres débris. Ce qui est
vraisemblable techniquement. Un collègue photographe me raconte
qu’il a déjà oublié une de ces cartes numériques dans la poche
d’un pantalon qui est allé au lavage, et que les photos étaient
encore là après le lavage. Sauf que pour le vol de Rio, on sait
maintenant que c’était de fausses photos. Mises en circulation
par un esprit malade. Et aussitôt diffusées par ces chaînes de
courriels qui véhiculent n’importe quoi, en toute bonne foi. Les
photos ont fait le tour de la planète, elles sont mêmes passées
à la télévision bolivienne.
Que me disiez-vous, déjà, dans la foulée de ma dernière
chronique sur les journaux, le web et tout ça? Ah oui, vous me
disiez: le web, quelle merveille, la fin de l’isolement,
l’information partagée, instantanée. Petits comiques.
Parlant du web, je peux vous ramener au faux blogue sur le Bixi
monté par des spécialistes en marketing pour en faire mousser
l’utilisation? Mon collègue Lagacé avait chroniqué sur le sujet,
j’en avais rajouté. Parmi les commentaires, celui d’un lecteur
qui travaille en marketing et qui me dit que ce faux blogue est
une honte, une atteinte à l’éthique de la profession. Plus loin,
ingénument, mon correspondant me résume ce que je devine être le
fondement de cette éthique-marketing: Je ne mens jamais, dit-il.
Bien sûr, j’essaie de dire les choses d’une manière plaisante.
Je ne montre qu’un seul côté de la médaille, mais ce côté
existe, je n’invente rien.
On cherchera longtemps une meilleure définition du marketing.
Merci, monsieur.
Sur le même sujet, Sophie, qui travaille dans une librairie, me
dit: Quand vous avez parlé de La route de McCarthy dans une
chronique, on a vendu tous les McCarthy, hey hey M. Foglia...
Elle a un doute cette jeune femme : si tout est marketing,
pourquoi pas vous, monsieur le chroniqueur ? Parce que,
mademoiselle.
Si je vous le dis, vous me promettez de ne pas me trouver
baveux? Parce que, comme souvent les gens qui passent pour
intelligents, je n’entends absolument rien à la vraie vie. Je
vous l’ai dit plus haut, je vais mourir d’incompréhension et on
trouvera du sable dans mon cerveau.
Aucun mortel ne peut résister... - Mario Roy
Difficile
d’imaginer un être aussi mal dans sa peau, au sens strict,
que Michael Jackson.
Michael Jackson aura sans doute été ce qui peut le plus se
rapprocher d’une version pop et postmoderne des poètes
maudits de la fin du XIXe siècle ; ces créateurs géniaux,
mais sombres et fantomatiques ; ces marginaux voués au
malheur, à la maladie et à la mort; ces illuminés à la fois
vénérés et craints parce que, l’espace d’un instant, on
entrevoyait chez eux les précipices sans fond de l’âme
humaine. Jackson ? Il est difficile d’imaginer un être d’un
tel talent pour l’art. Au point, avec le stupéfiant Thriller
de 13 minutes tourné en 1983 par John Landis, d’en inventer
un nouveau : celui du vidéoclip, une forme d’expression qui
donnera ensuite, et jusqu’à aujourd’hui, du meilleur et du
pire.
Mais, en même temps, difficile d’imaginer un être aussi mal
dans sa peau, au sens strict du terme, que Michael Jackson.
À cause de cela, il se sera infligé de véritables tortures
pour être encore et toujours quelqu’un d’autre, avec un
autre visage et une autre couleur, jusqu’à ce qu’il soit
effrayant à voir et qu’il se détruise, lentement mais
sûrement, jusqu’à l’issue fatale d’hier.
Difficile d’imaginer un être aussi incertain de son
identité. Était-il vraiment parvenu à l’âge adulte, en
effet, lorsqu’il jouait de façon ambiguë avec des enfants
dans son château de Neverland, dont les chambres étaient
encombrées de poupées et de jouets, ou décorées de héros de
bande dessinée grandeur nature ?
Difficile d’imaginer un être aussi en phase avec la réalité
de son monde et de son époque (l’album Thriller demeurera
probablement à tout jamais le plus vendu de tous les temps).
Mais, en même temps, aussi incapable de composer avec la
fortune et l’infortune : à un certain moment, ses revenus
proviendront surtout du catalogue des Beatles, qu’il a
partiellement acheté. Et aussi incapable de se remettre en
selle et de retourner sur scène : depuis 12 ans, il n’y
était pas monté.
Difficile,
enfin, d’imaginer un être dont l’héritage est aussi
difficile à évaluer. Une fois passés la fureur et le bruit,
que restera-t-il de lui, en effet, dans 10, ou 20, ou 30 ans
? Jackson est arrivé au faîte de sa gloire au milieu des
années 80, exactement au moment où le rock et surtout la pop
changent, pas nécessairement pour le mieux, désormais portés
par l’image et par l’attitude ( prononcer à l’anglaise), par
le clinquant et souvent, disons-le, par le vide.
Peut-on jurer qu’une partie de ce qu’a fait Jackson
n’annonçait pas ça aussi?
Au bout du compte, il aura été un enfant prodige et une bête
de cirque ; un phénomène intrigant et inquiétant, arrivé
abruptement au bout d’une vie impossible à laquelle « aucun
simple mortel ne peut résister » – il s’agit d’une strophe
de Thriller.
De fait, Michael Jackson est venu à bout de lui-même, sans
pouvoir résister.
LA PLANÈTE DIT ADIEU ÀMICHAEL JACKSON
- Nicolas Bérubé
C’était
une journée spéciale, hier, au Staples Center de Los
Angeles. Une foule de personnalités et 11 000 fans y ont
fait leurs adieux à Michael Jackson. Le roi de la pop a
eu droit à une cérémonie sobre et riche en émotion.
— C’est par une cérémonie sobre et émouvante qu’ont
regardée des centaines de millions de personnes partout
sur le globe que les proches et les amis de Michael
Jackson ont honoré sa carrière et son oeuvre à Los
Angeles, hier.
Promulguée par un battage médiatique monstre, la
cérémonie a donné lieu à plusieurs moments touchants,
dont le témoignage de Paris Jackson, la fille du
chanteur, qui est venue dire quelques mots au micro.
« Je veux simplement dire que depuis ma naissance, papa
a été le meilleur père que l’on puisse imaginer. Je veux
juste dire que je l’aime tellement », a dit la jeune
fille de 11 ans, dont la voix étranglée par les sanglots
a ému les téléspectateurs.
La
cérémonie a duré deux heures au cours desquelles Mariah
Carey, Queen Latifah, Jennifer Hudson, Lionel Richie,
Stevie Wonder, Smokey Robinson et Usher ont chanté à la
mémoire de Jackson.
Le révérend Al Sharpton a dit que Michael Jackson avait
permis à plusieurs générations de Noirs d’occuper le
premier plan de la vie américaine, dont Tiger Woods,
Oprah Winfrey et Barack Obama.
« Michael est monté au firmament. Chaque fois qu’on l’a
mis par terre, il s’est relevé. Chaque fois qu’on ne
comptait plus sur lui, il est revenu. Michael ne s’est
jamais arrêté, jamais, jamais », a dit le révérend.
Un moment d’émotion est venu quand Brooke Shields, amie
de Jackson, a évoqué, au bord des larmes, des souvenirs
personnels, dont les parties de
rire
qu’ils avaient tous les deux, et leur amitié complice.
L’actrice a cité un passage de la chanson Smile – la
préférée, a-t-elle dit, de Michael Jackson – qui appelle
à sourire même quand on a le coeur brisé.
Dans la foulée, Jermaine Jackson, le plus célèbre des
frères du chanteur vedette, la voix parfois nouée de
chagrin, a interprété Smile, écrite par Charlie Chaplin
pour son film Les temps modernes.
En entrevue de Moscou, le président américain Barack
Obama a parallèlement salué, hier, la carrière du
chanteur. « Il y a certaines figures de notre culture
populaire qui frappent l’imagination des gens, et elles
deviennent encore plus grandes dans la mort. »
Cercueil présent
En
matinée, des médias ont rapporté que le cercueil de
Jackson serait transporté au Staples Center, ce qui
contredisait une annonce faite la veille par la famille,
selon laquelle le corps du défunt serait porté en terre
hier matin, avant la cérémonie publique. Les 20 000
spectateurs ont retenu leur souffle quand le cercueil a
bel et bien fait son entrée au Staples Center. Il était
fermé, et recouvert de plusieurs douzaines de roses
rouges.
Au cours des derniers jours, les policiers de Los
Angeles avaient laissé entendre que des centaines de
milliers de fans s’apprêtaient à envahir les rues
entourant le Staples Center durant la cérémonie.
Hier, quelques milliers de personnes étaient présentes
près des barrières érigées par le LAPD. Plusieurs
personnes cuisinaient des grillades, tandis que d’autres
vendaient des t-shirts et des affiches à l’effigie du
chanteur. Le rassemblement s’est tenu dans la bonne
humeur. Aucun incident n’a été signalé.
Près de la clôture, Emily Carr, originaire de
l’Australie, tentait de prendre des photos du Staples
Center. Elle était arrivée à Los Angeles la veille, et
avait décidé de faire coïncider son séjour en sol
américain avec la cérémonie funéraire du chanteur.
« C’est excitant d’être ici, si près de l’action,
a-t-elle dit. Si j’étais chez moi, je regarderais la
cérémonie à la télé, mais ce ne serait pas la même
chose. »
Après l’hommage, le cercueil de Jackson a été placé dans
un corbillard protégé par des tireurs d’élite. I
mpossible de savoi r où i l a été emmené, ou même s’il a
été porté en terre.
Un saint est né - Nathalie Petrowski
Même si
l’occasion commandait que l’éloge funèbre soit
respectueux, la volonté de profiter du moment pour
réhabiliter l’image et la mémoire du roi de la pop
semblait évidente chez tous ceux qui lui ont rendu
hommage.
Il y a près de deux semaines , Michael Jackson a quitté
le Staples Center de Los Angeles debout sur ses deux
pieds. Il y est revenu hier après-midi, couché dans un
cercueil doré, en compagnie de ses parents, de ses trois
enfants, de ses amis, de ses fans et de ses célèbres
frères, arborant tous le même uniforme: cravate jaune,
rose à la boutonnière et main gantée de brillants
argentés.
PHOTO MARIO ANZUONI,
REUTERS
Tous vêtus de manière identique,
les frères Jackson ont transporté le cercueil de
Michael hier lors de la cérémonie en hommage au
chanteur mort il y a près de deux semaines.
La cérémonie des adieux retransmise en direct sur des
millions d’écrans, petits ou géants, a duré plus de deux
heures. Et si deux heures ne pèsent pas lourd dans la
balance de toute une vie, c’est pourtant tout ce dont
les amis et alliés de Michael Jackson ont eu besoin pour
réécrire l’Histoire et faire de leur frère mort un héros
propre, pur, généreux et rassembleur.
Parti le Michael Jackson has been quinquagénaire qui
n’avait pas sorti de CD depuis huit ans, qui n’avait pas
fait de tournée depuis encore plus longtemps et qui
rêvait désespérément retrouver, avec son nouveau
spectacle, son lustre et sa gloire d’antan. Envolé, le
Jackson amateur de tente à oxygène, de chimpanzés, de
chirurgie plastique extrême, de dépigmentation débridée,
de parcs d’attractions et de magasinage compulsif.
Oublié, le Michael Jackson accusé d’attentat à la pudeur
sur des mineurs et combattant les accusations avec des
ententes à l’amiable et un exil prolongé à Dubaï.
Hier, au Staples Center, ce Michael-là avait disparu à
la faveur de son double, Michael le génie musical, le
visionnaire, le plus grand amuseur public de tous les
temps ( the greatest living entertainer), l’icône
nationale, la marque globale, la légende américaine.
Depuis Smokey Robinson jusqu’au fils de Martin Luther
King en passant par Brooke Shields, Kobe Bryant, Magic
Johnson et Berry Gordy, le fondateur de Motown, les
superlatifs n’ont cessé de pleuvoir comme les roses sur
le cercueil doré du disparu.
Et même
si l’occasion commandait que l’éloge funèbre soit
respectueux, la volonté de profiter du moment pour
réhabiliter l’image et la mémoire du roi de la pop
semblait évidente chez tous ceux qui lui ont rendu
hommage. Parmi ceux-là, le plus revendicateur fut sans
contredit le révérend Al Sharpton qui, d’une voix pleine
de reproches, a lancé aux enfants de Jackson: ce n’est
pas votre père qui était étrange, c’est tout ce qui se
passait autour de lui et qu’on lui faisait subir qui
était étrange.
Puis le révérend a fait monter les enchères de
l’Histoire d’un cran. Non seulement a-t-il rendu Jackson
responsable du rapprochement entre les Noirs, les Blancs
et les Latino-Américains du monde entier, mais il a
clairement laissé entendre que s’il y avait aujourd’hui
un président noir à la Maison-Blanche, c’était grâce à
Michael Jackson. Que Barack Obama se le tienne pour dit.
Mais pendant que les éloges gonflaient leurs voiles
blanches, pendant que les larmes ruisselaient comme des
rivières dans l’aréna baigné d’une lumière bleutée et
que chacun y allait de son petit numéro de
sanctification, une image s’imposait, plus vraie et plus
poignante que les autres : celle des trois orphelins de
Jackson, assis à visage découvert à côté de leur
grand-mère.
Prince Michael I, le plus vieux, mâchait avec
ostentation sa gomme pour se donner une contenance.
Paris, sa cadette, une magnifique fillette de 11 ans,
était sage comme une image sans laisser deviner qu’à la
toute fin de la cérémonie, son cri du coeur – « Depuis
que je suis née, papa a toujours été le meilleur des
pères – allait arracher des sanglots à l’assemblée et à
des millions de téléspectateurs. Et puis entre les deux,
le petit dernier, Prince Michael II, 7 ans, tenait dans
ses mains tout ce qui lui restait de son illustre père:
une poupée en plastique à son effigie.
Plus que les larmes et les visages éplorés, cette poupée
dérisoire disait toute l’ampleur d’un drame qui n’avait
rien à voir avec la mort surréaliste d’un saint et tout
à voir avec la disparition très réelle d’un père.
Tout ça pour un « pervers » ? - Richard Hétu
« Notre
asservissement à la rectitude politique est tel que
personne n’a le courage de dire : nous n’avons pas
besoin de Michael Jackson. »
— Personne ne lui avait demandé de parler de Michael
Jackson, mais le gouverneur républicain du Minnesota n’a
pu résister à l’envie d’exprimer son ras-le-bol
concernant la couverture médiatique du décès de Michael
Jackson.
PHOTO MARCIO SANCHEZ,
AP
Les fans de Michael Jackson
étaient nombreux devant le Staples Stadium, où se
déroulait l’hommage à la vedette, mais il n’y a eu
aucun débordement et l’ambiance était plutôt à la
fête.
« Il est temps de passer à autre chose », a déclaré Tim
Pawlenty au tout début de sa plus récente émission
radiophonique hebdomadaire. « On ne peut y échapper.
J’en ai assez. Il est temps de présenter nos respects et
de passer à autre chose. »
Le gouverneur Pawlenty, à qui l’on prête l’intention de
briguer la présidence en 2012, a prononcé ces paroles le
3 juillet. Bien entendu, les médias américains l’ont
complètement ignoré, continuant à multiplier les
reportages sur tous les sujets imaginables reliés à la
mort de celui qui s’était autoproclamé « roi de la pop
».
Hier matin, la chaîne NBC a même mentionné qu’une âme
généreuse avait offert de payer le billet d’avion à
Bubbles, le chimpanzé de l’artiste disparu, afin de lui
permettre d’assister « en personne » à la cérémonie en
hommage à Jackson. Les nouveaux maîtres du primate, qui
écoule ses jours en Floride, ont poliment décliné
l’offre.
Il va sans dire que Tim Pawlenty n’est pas le seul à
vouloir passer à autre chose. Environ 70% des Blancs
américains estiment que les médias en font trop sur la
mort de Michael Jackson, contre seulement 36% des Noirs,
selon une étude réalisée entre les 26 et 29 juin par le
Pew Research Center for the People and the Press.
Ras-le-bol
Les raisons du ras-le-bol d’une partie de la population
varient d’une personne à l’autre. Certains estiment que
l’héritage musical de Michael Jackson ne justifie pas le
battage médiatique des dernières semaines. D’autres
déplorent que les médias accordent autant d’importance à
un artiste dont les dernières années ont été jalonnées
non pas de succès, mais de scandales. C’est notamment le
sentiment de Peter King, élu républicain de New York à
la Chambre des représentants.
Dans une vidéo diffusée sur le site internet YouTube,
King ne fait pas dans la dentelle en dénonçant ce qu’il
a plus tard qualifié d’« orgie de glorification ». «
Notre asservissement à la rectitude politique est tel
que personne n’a le courage de dire: nous n’avons pas
besoin de Michael Jackson, dit-il. Ce gars-là était un
pervers. Il était un pédophile. Que doit-on penser d’un
pays qui lui accorde une telle couverture médiatique? »
La sortie de King lui a valu de nombreuses critiques.
Elle tranche pour le moins avec la réaction de Barack
Obama, qui a comparé hier l’émotion suscitée par la mort
de Michael Jackson à celle qui a suivi les décès d’Elvis
Presley, de John Lennon et de Frank Sinatra.
« Il y a certaines figures de notre culture populaire
qui frappent l’imagination des gens, et elles deviennent
encore plus grandes dans la mort », a déclaré le
président démocrate lors d’une interview à la chaîne
CBS. « Je dois aussi admettre que le phénomène est
aujourd’hui décuplé en raison des médias, qui diffusent
24 heures sur 24, sept jours sur sept, et dont l’appétit
est insatiable. »
PHOTO CARYN ROUSSEAU,
ASSOCIATED PRESS
UN AUTRE KING - Olivier Pierson
La mort
brutale de Michael Jackson lui assure une place au panthéon
des légendes de la musique
Elvis Presley n’était pas parfait, Marilyn Monroe non plus.
Les mythes n’aiment pas la vieillesse.
L’auteur réside à Montréal.
Peter Pan, roi de la pop, extraterrestre… Les appellations
d’origine incontrôlée auront été nombreuses pour qualifier
Michael Jackson. Rarement un artiste aurat-il autant
déchaîné les passions et alimenté les manchettes de
journaux. Sa mort brutale lui assure une place dans le
panthéon des légendes de la musique.
Il a été roué de rumeurs, maculé de scandales. On l’a adulé,
photographié sous tous les angles, soumis à des spéculations
sentant parfois le caniveau. Michael Jackson, mort à 50 ans,
c’était presque la fin programmée d’un artiste
insaisissable, fragile, torturé, pétri d’un talent aux
contours divins. Elvis Presley n’était pas parfait, Marilyn
Monroe non plus. Les mythes n’aiment pas la vieillesse. Je
fais partie de cette génération qui a dansé sur ses albums.
Jackson en solo, c’était surtout une trilogie façon Guerre
de l’étoile: Off the Wall, Thriller, Bad. Les suites ont été
moins bonnes, elles sentaient la fin de règne. Et puis les
scandales, les doutes, la chirurgie esthétique puissance
Five… La décadence, l’aura déclinante. Pas facile, la vie
d’enfant prodige… Quand on aime vraiment un artiste, on lui
pardonne– presque– tout. L’exceptionengendre souvent la
clémence. Moi, ma zappeuse est restée bloquée sur ce
jeunehommeauxcheveuxcrépus et aunezaplati. Quandle tsunami
Thriller a tout emporté sur son passage, la transformation
physique était déjà entamée, mais Michael ressemblait encore
à Jackson. Une bête de scène, un précurseur, une tessiture
de voix reconnaissable entre mille.
Quand on
est un fan de Michael Jackson, on tente de reproduire son
célèbre moonwalk à l’abri des regards, sur un sol qui ne
veut rien savoir. On a beau passer en boucle ce pas de danse
enchanteur, rien n’y fait: tu ne seras pas Michael Jackson,
mon fils. On fredonne aussi dans un anglais approximatif,
presque phonétique, les paroles de ses chansons les plus
connues, dont Billie Jean. On y voit le phénomène figé sur
la pointe des pieds, tournoyant sur lui-même ou encore
levant sa jambe droite dans un mouvement éclair qui a fait
sa marque de fabrique. On aimerait reproduire ces gestes sur
une piste de danse, devant des amis, de petites copines,
mais on se ravise pour se prémunir du ridicule et de
quelques luxations.
C’est sansdoutedans la mort que l’on mesure les grands
destins. La disparition du roi de la pop va créer une onde
de choc partout dans le monde (et enrichir au passage les
fabricants de mouchoirs), comme on ne l’avait pas vu depuis
Elvis Presley. Un autre King. Une autre époque.
Michael Jackson a donc rejoint le clip de Billie Jean. Vous
savez, lorsqu’il finit par disparaître et qu’on le suit à la
trace grâce à ces carrés au sol qui s’illuminent sous ses
pas de fantôme. L’icône est morte, mais sa musique n’est pas
prête de s’éteindre. Sa révérence soudaine devrait
d’ailleurs doper les ventes de ses albums. Le souvenir par
cartes bancaires interposées.
Ceque je retiendrai deMichaelJackson? Une chanson, Rock With
You, avec sa chorégraphie et son décor minimalistes. Mais le
charme opère, dans un subtil mélange de retenue et de
classe. Le rythme, lui, est incrusté sous la peau d’ébène
d’un jeune chanteur recouvert d’un habit étincelant et qui
décoche son bonheur à pleines dents.
Farrah et moi - Stéphane Laporte
Farrah n’est
pas mon premier amour. Elle est juste avant ça. Elle est un
test. Une démonstration. Une simulation. Un tout petit aperçu
de ce que ça va faire au fond de moi quand une belle fille va
me sourire comme ça.
Je fais attention en enlevant le bout de scotch tape pour ne
pas arracher la peinture. Ça doit bien faire 10 ans que le
poster d’Yvan Cournoyer est collé sur le mur au-dessus de mon
lit. Mais ce soir, son règne est terminé. Pendant l’heure du
dîner, je me suis sauvé des murs du collège pour aller à la
place AlexisNihon acheter le poster de Farrah Fawcett. Que
voulez-vous, c’est le printemps!
Je la déroule enfin pour la première fois. Elle est assise en
maillot de bain rouge et elle sourit. C’est tout. Mais quel
sourire! Elle doit bien avoir mille dents. Et quel maillot de
bain! Il n’est pas particulièrement décolleté. Assez discret.
Mais on y devine la pointe de ses seins. Assez pour rêver. Et
surtout, il y a ses yeux. Ses yeux qui nous regardent
franchement. Rien à voir avec le regard froid des mannequins.
Elle nous regarde joyeuse. Heureuse. Comme si on était son
petit copain.
La photo est tellement excitante que les coins de l’affiche
n’arrêtent pas de relever. Je l’ai étendue au sol et j’ai mis
mes manuels scolaires aux quatre coins pour que le papier se
calme. Je roule Cournoyer, puis je monte sur mon lit coller
Farrah. Voilà, c’est fait. Elle est là. C’est la première
fille qui s’installe dans ma chambre. Mes parents ne l’ont pas
vue. Je ne sais pas comment ils vont réagir. Ils ne sont pas
très pin up.
Je pourrais garder Farrah dans mon jardin secret, mais c’est
plus fort que moi, j’ai envie d’afficher qu’elle me plaît.
J’ai 15 ans, je passe mes journées dans un collège de gars,
juste de gars, j’ai besoin d’une présence féminine quelque
part. Tant mieux si c’est au-dessus de mon lit.
Elle va en provoquer des commentaires. D’abord mon père :
Ouais... Ouais... Ouais... Puis ma mère: Il était beau ton
poster d’Yvan Cournoyer, pourquoi tu l’as enlevé? Mongrand
frère de 22 ans: Bon le petit frère s’émancipe. Ma grande
soeur : Les couleurs sont trop criardes...
Chaque personne entrant dans ma chambre ne verra qu’elle. Il y
a beau y avoir une photo de Ken Dryden au-dessus de mon
bureau, la pochette de Sergeant Pepper’s sur la porte de ma
garde-robe, et plein de bébelles partout, dans mon grand
fouillis, c’est Farrah qui ressort. C’est Farrah qui attire.
Mes oncles me taquinent. Mes cousins de mon âge restent
prostrés devant le poster sans rien dire de longues minutes.
Moi, dans tout ça, j’ai comme un petit malaise. Être fan du
Canadien, ça s’assume bien. Ils gagnent la Coupe Stanley
presque tous les ans. Être fan des Beatles, ça s’assume bien
aussi. Ce sont les plus grands. Mais être fan d’une fille en
costume de bain, c’est comment dire, gênant. Je sais que
Farrah Fawcett n’est pas qu’une fille en costume de bain.
C’est une actrice. Je la regarde tous les mercredis soirs dans
Charlie’s Angels. Et le lendemain, on en parle avant la classe
de maths. As-tu vu quand Farrah s’est tournée pour faire un
clin d’oeil à Bosley? As-tu vuquand Farrah s’est penchée pour
ramasser la balle de tennis? As-tu vu quand Farrah courait
avec son fusil et qu’on voyait bouger ses... Je sais, on est
cons. On est des garçons.
Farrah n’est pas mon premier amour. Elle est juste avant ça.
Elle est un test. Une démonstration. Une simulation. Un tout
petit aperçu de ce que ça va faire au fond de moi quand une
belle fille va me sourire comme ça. Pour vrai.
Farrah n’est
restée que quelques mois dans ma chambre. Le temps de combler
un vide. Le temps de me faire passer de l’enfance à l’âge
adulte. D’exprimer pour la première fois ma préférence. J’ai
vite compris que si jamais je voulais recevoir des vraies
filles chez moi, valait mieux dire à Farrah de retourner chez
elle. J’aurais l’air d’un préado retardé. D’un gars en manque.
Je le suis, comme tous les gars de 15 ans, mais ce n’est pas
une raison pour l’afficher.
L’été terminé, j’ai remplacé Farrah par une mappemonde.
Aventure pour aventure. Mais je ne l’ai pas oubliée.
Je sais qu’en ce moment, on n’en a que pour Michael Jackson.
Ce n’est pas tous les jours qu’un génie s’éteint. Un génie
malade mais un génie quand même. Il a donné des jambes à la
musique. Avec lui, la musique s’est mise à bouger. Bien sûr,
il y avait eu James Brown. Mais c’était loin et d’un autre
temps. Et ça n’avait jamais eu un tel rayonnement. Je me
souviens de la première fois que Jackson a fait son moonwalk,
comme je me souviens de la première fois que l’homme a marché
sur la Lune. Le show-business venait de changer. Après lui,
même les Blancs se sont mis à danser.
Donc moi aussi, aujourd’hui, j’écoute en boucle du Michael
Jackson sur mon iPod, mais quand il chante She’s Out Of My
Life, c’est à Farrah que je pense.
Adieu à tous les deux! Merci de faire partie de notre vie, à
jamais.
Puisqu’on en est aux adieux, c’est aujourd’hui que l’on dit
adieu à La Presse du dimanche, nouvelle réalité oblige. C’est
triste, on y était si bien. Presque en paix. On dirait que les
nouvelles du dimanche étaient moins graves, plus belles. On
avait le temps de jaser. Ça fait déjà 13 ans que, le dimanche
matin, je cognais à votre porte, et on déjeunait ensemble.
Calmement. À compter de la semaine prochaine, je cognerai à
votre porte le samedi. Je sais que le samedi est une journée
beaucoup plus occupée. Il y a plein de courses à faire et
plein de gens qui viennent vous voir. La Presse est bien plus
épaisse. J’espère que vous aurez toujours une petite place
pour moi à votre table.
Merci pour tous ces brunchs dominicaux, si jamais on s’en
ennuie, vous pouvez toujours mettre ma chronique du samedi de
côté et me lire le lendemain. À la semaine prochaine, un jour
plus tôt!
Le petit prince - Mario Roy
Il y a 40
ans, en j uillet 1969, plus de 600 millions de personnes
ont vu à la télé la première ma rche lunaire, le célèbre «
petit pas » de Neil Armstrong. Hier, on prévoyait qu’un
milliard de téléspectateurs et internautes dans le monde
allaient se joindre à la célébration donnée, à Los
Angeles, à la mémoire de Michael Jackson. Jackson, le
magicien du « moonwalk ». Jackson, l’homme « dont Dieu
avait encore plus besoin que nous », a dit Stevie Wonder.
Des images de Michael Jackson ont
défilé pendant la cérémonie hier.
Dieu, en effet, avait peut-être besoin d’un demi-dieu à
ses côtés dans le firmament...
Car ce qui s’est produit à Los Angeles et dans le monde,
hier, déborde considérablement de la dimension ordinaire
de la culture pop – laquelle ne craint pourtant ni
l’esbroufe ni la démesure.
Un million et demi de fans ont réclamé l’un des 17 500
sièges du Staples Center... des places « gratuites » qui
ont atteint 5000 $ US chez les revendeurs. Le centre-ville
de Los Angeles a été bouclé: on y attendait un quart de
million de personnes. Avant que la cérémonie ne débute,
une véritable escadrille d’hélicoptères survolait le site,
avalant la fumée des générateurs couplés aux innombrables
antennes satellites des télés du monde entier accourues
sur les lieux ; un bon « point de vue » pour les caméras
se louait 10 000$ pour la journée. Une cinquantaine de
cinémas aux États-Unis, sans doute bien davantage dans le
monde, projetaient la cérémonie en direct – dont le Lyric
Theatre de Londres, où est donnée depuis janvier la
comédie musicale Thriller Live, un hommage scénique à
Michael Jackson. Sur le web, les quotidiens Le Monde, El
Pais, Times, Wall Street Journal, Der Spiegel et Beijing
News, dont aucun n’est réputé pour sa délinquante
frivolité, offraient en page d’accueil la
retransmission...
«
Finies, les larmes ! Nous allons voir le roi ! Alleluia !
» a chanté le choeur gospel chargé d’ouvrir la
célébration.
Après une spectaculaire veille funèbre qui aura duré 12
jours, il est difficile de remettre l’« affaire » Michael
Jackson à plat, pour ainsi dire.
Côté face, l’artiste Jackson est en lui-même inclassable.
En termes pratiques, le génie qu’on lui reconnaît le plus
volontiers, c’est celui de la danse... oui, la marche
lunaire. Et aussi : le génie de « sentir » la musique; et
de bien s’entourer; et de travailler dur. Côté pile, on
trouve un homme dont la caractéristique première était
d’être mal dans sa peau, on l’a déjà dit ici. Et cet homme
s’est détruit, comme tant d’autres qui ont explosé lorsque
propulsés dans la stratosphère des célébrités et des
demi-dieux.
De fait, Brooke Shields a évoqué, non pas la puissance du
roi de la pop, mais la fragilité du Petit Prince, celui de
Saint-Exupéry. Peut-être est-ce cette fragilité, notre lot
à tous, qu’auront saluée, hier, même ceux que Michael
Jackson laisse plus ou moins indifférents.
Michael Jackson : Homicide par
médicaments, conclut le coroner
LOS
ANGELES — Le bureau du coronerducomtédeLosAngeles a
officiellement annoncé hier que le décèsdeMichael
Jackson était un homicide causé par des médicaments.
La mort du chanteur le 25 juin est due à une
intoxication aiguë au Propofol, un puissant
anesthésiant normalement utilisé uniquement en
milieu hospitalier, et à d’autres sédatifs,
notamment le Lorazepam, selon un communiqué du
bureau du coroner.
Le bureau du coroner n’a pas dévoilé dans son
intégralité le rapport d’autopsie de Michael
Jackson, citant une mesure de sécurité à la demande
des autorités de Los Angeles.
Le
Dr Conrad Mur ray, médecin personnel du chanteur, a
reconnu devant la police avoir administré du
Propofol au « roi de la pop » le matin du 25 juin,
car celuici ne parvenait pas à trouver le sommeil,
malgré plusieurs sédatifs. Le praticien est le
principal suspect dans l’enquête pour homicide
involontaire et sans préméditation ouverte par la
police de Los Angeles.
Michael Jackson a succombé à un arrêt cardiaque à
l’âge de 50 ans dans sa résidence louée de Los
Angeles, en Californie.
Les conclusions du rapport d’autopsie avaient déjà
filtré en début de semaine. Une source proche de
l’enquête avait confié à l’Associated Press que
c’est un mélange de P ropofol et de deux sédatifs,
le Lorazepam et le Midazolam, qui avait tué le
chanteur.
Michael Jackson victime d’un homicide
LOS
ANGELES — Le coroner du comté de Los Angeles chargé de
déterminer la cause du décès de Michael Jackson est
arrivé à la conclusion que sa mort était la
conséquence d’un homicide, a-t-on appris hier de
source proche de l’enquête.
Cette information renforce encore la probabilité d’une
action en justice contre le Dr Conrad Murray, le
médecin personnel de l’ancien « roi de la pop », qui
se trouvait auprès de lui au moment de sa mort.
De même source, on précise que le coroner a déterminé
qu’un cocktail fatal de médicaments avait été
administré à Michael Jackson quelques heures seulement
avant sa mort, le 25 juin dernier, dans une résidence
de location à Los Angeles, en Californie.
Les tests réalisés par les services médico-légaux ont
révélé qu’il y avait du Propofol, un puissant
anesthésiant, ainsi que deux sédatifs, le Lorazepam et
le Midazolam, da ns l’orga n isme du cha nteu r, selon
la même source, qui a requis l’anonymat.
Le Dr Conrad Murray, cardiologue de formation, est le
principal suspect dans l’enquête criminelle ouverte
par la police de Los Angeles.
Selon
des documents de police rendus publics hier à Houston,
au Texas, le médecin a reconnu avoir administré à son
célèbre client 25 mg de Propofol vers 22 h 4 0, le
soir de sa mort, après lui avoir injecté dans la
soirée deux sédatifs pour lui permettre, sans succès,
de trouver le sommeil.
Ces mêmes documents, datés du 23 juillet, soulignent
que des taux mortels de Propofol ont été découverts
dans l’organisme de Michael Jackson.
Le rapport de toxicologie du coroner précise que
d’autres substances, outre l’anesthésiant et les deux
sédatifs, ont été décelées, mais elles n’auraient pas
provoqué la mort de la star.
Le Dr Murray, qui a été entendu par la police, a
diffusé un enregistrement vidéo dans lequel il assure
avoir « dit la vérité » et être « convaincu que la
vérité prévaudra ».
Son avocat, Edward Chernoff, n’a pas encore réagi aux
conclusions du coroner. Il a cependant affirmé
récemment que son client n’avait jamais administré
quoi que ce soit qui pourrait avoir causé la mort de
Michael Jackson. Le chanteur a succombé à un arrêt
cardiaque à l’âge de 50 ans.
Enquête sur la mort de Michael Jackson Le médecin
du chanteur avoue lui avoir injecté du propofol - Nicolas
Bérubé
— Le médecin
de Michael Jackson a dit aux policiers avoir administré un
puissant anesthésiant à la vedette pop quelques heures avant
sa mort, une intervention délicate habituellement réalisée
dans un hôpital et sous haute supervision.
Lors de la perquisition de la police
de Los Angeles, hier, à la résidence du Dr Murray, les
enquêteurs ont saisi des documents et du matériel
informatique liés à la mort de Michael Jackson.
Selon ce qu’a découvert l’Associated Press, le Dr Conrad
Murray a signalé avoir fait une injection de propofol au
chanteur pour l’aider à trouver le sommeil. Le produit,
commercialisé dans plus de 50 pays sous le nom de Diprivan,
est administré par voie intraveineuse pour endormir les
patients avant une intervention chirurgicale.
Toujours selon AP, les policiers qui sont arrivés dans la
maison de Michael Jackson ont constaté que la chambre du
chanteur était en désordre. Il y avait des vêtements
éparpillés sur le sol, plusieurs bonbonnes d’oxygène et du
matériel médical servant à administrer des substances par
voie intraveineuse.
Les enquêteurs ont constaté que la chaleur dans la maison
était étouffante. Le chauffage était en marche. Selon ses
proches, le chanteur se plaignait souvent d’avoir froid,
même en été.
Un enquêteur a dit, sous le couvert de l’anonymat, que
Jackson ne pouvait trouver le sommeil qu’en ayant recours à
une perfusion de propofol. La vedette pop utilisait
l’anesthésiant « comme une horloge » : il s’endormait quand
la substance commençait à entrer dans son organisme et se
réveillait lorsque la perfusion prenait fin.
Cherilyn Lee, une infirmière qui travaillait pour Jackson, a
dit que la vedette pop lui a souvent demandé de lui injecter
du propofol, ce qu’elle dit avoir refusé de faire parce que
c’était dangereux.
Les perfusions de propofol doivent être réalisées dans un
cadre médical strict, et le pouls du patient qui reçoit
l’anesthésiant doit être suivi en temps réel par un
dispositif qui alerte le personnel médical en cas de
problème.
«
Négligence professionnelle »
Hier, le Dr Zeev Kain, directeur du département
d’anesthésiologie à l’ Université de Californie à Irvine,
a dit n’avoir jamais eu connaissance d’une situation où le
propofol était administré dans une maison privée pour
aider une personne à trouver le sommeil. Une telle
utilisation du produit constituerait un cas de négligence
professionnelle, a-t-il estimé.
L’avocat du Dr Murray, Edward Chernoff, répète depuis le
début de l’enquête que son client « n’a administré aucune
substance qui aurait pu être fatale pour Michael Jackson
».
Le Los Angeles Times a révélé hier que le « roi de la pop
» obtenait des médicaments sous 19 pseudonymes, parmi
lesquels Omar Arnold, Joseph Scruz et Bill Bray.
Les résultats de l’enquête toxicologique menée sur la
dépouille du chanteur devraient être dévoilés plus tard
cette semaine. Le coroner de Los Angeles a les résultats
en main, mais les enquêteurs du Los Angeles Police Depa r
tment ( LAPD) lui ont demandé de ne pas les rendre
publics.
Parallèlement, le LAPD a perquisitionné hier à la
résidence principale du Dr Murray, à Las Vegas. Le mandat
qu’ils avaient en leur possession les autorisait à saisir
des documents et du matériel informatique liés à l’enquête
sur la mort de Jackson.
Les agents fédéraux, qui épaulent leurs collègues du LAPD
dans l’enquête, ont dit que Murray était chez lui au
moment de la perquisition.
Michael Jackson : DES INSOMNIES
INSUPPORTABLES
Au cours des derniers mois, les insomnies de Michael
Jackson lui étaient devenues si insupportables que le chanteur
allait jusqu’à supplier qu’on lui procure un puissant sédatif
en dépit des mises en garde pour sa santé, a raconté la
nutritionniste avec laquelle le « roi de la pop » préparait
son retour sur scène. Cherilyn Lee, infirmière spécialisée en
conseils nutritionnels, a affirmé qu’elle a à plusieurs
reprises refusé de procurer au chanteur du Diprivan, un
médicament qui s’administre par intraveineuse également connu
sous le nom de Propofol. Mais quatre jours avant sa mort, un
appel excité de Michael Jackson a fait craindre à l’infirmière
qu’il ait finalement réussi à se procurer du Diprivan ou un
autre sédatif similaire. Cherilyn Lee a reçu, le 21 juin, un
appel de l’entourage du chanteur alors qu’il se trouvait à
proximité. « Cette personne était très agitée et m’a dit "
Michael veut vous voir immédiatement. " J’ai répondu : "
Qu’est-ce qui ne va pas ? " Et je pouvais entendre Michael
derrière cette personne disant « Un côté de mon corps est
chaud, vraiment chaud, et l’autre côté est froid; très froid
», a dit Lee. « J’ai alors dit à mon interlocuteur : "
Dites-lui d’aller à l’hôpital. Je ne sais pas ce qui cloche,
mais il a vraiment besoin d’aller tout de suite à l’hôpital."
» « À ce moment de la conversation, je savais que quelqu’un
lui (Jackson) avait donné quelque chose qui agit sur le
système nerveux central », a souligné l’infirmière avant
d’insister : « Il (Jackson) avait des problèmes dimanche et il
appelait au secours. » « J’ignore ce qui s’est passé là-bas.
La seule chose que je sais est qu’il (Jackson) était
intransigeant sur ce médicament ( Diprivan) », a dit
l’infirmière.
DÉCOUVERTE D’UN PUISSANT SÉDATIF
Un puissant sédatif a été trouvé dans la demeure de
Michael Jackson à Bel-Air, selon plusieurs sources proches de
l’enquête policière. Le médicament en question, le Propofol,
est utilisé pour endormir les patients pendant une anesthésie
générale. Le médicament est administré par voie intraveineuse.
Hier, Cherilyn Lee, une infirmière qui travaillait pour
Michael Jackson, a confié aux médias que la star lui a souvent
demandé de lui administrer le sédatif, ce qu’elle nie avoir
fait. « Il ne cherchait pas à avoir une sensation en prenant
des drogues, a-t-elle dit. C’était une personne qui voulait de
l’aide, qui cherchait désespérément à trouver le sommeil, à
prendre du repos. » La chaîne CNN a dit savoir que Jackson
avait l’habitude d’être accompagné par un anesthésiste où
qu’il aille, à la fin des années 90. Le chanteur aurait eu
depuis longtemps recours à des sédatifs pour arriver à dormir.
Le rôle des médecins au centre de l’enquête
Deux semaines après la mort de Michael Jackson, les
causes de son décès restaient inconnues, mais sa dépendance
aux médicaments et le rôle de ses médecins étaient au centre
de l’enquête. Jeudi, l’institut médicolégal de Los Angeles a
exigé de plusieurs médecins du roi de la pop qu’ils lui
remettent les dossiers médicaux du chanteur. Selon le Los
Angeles Times, certains des médicaments trouvés dans la maison
de Michael Jackson n’étaient accompagnés d’aucune ordonnance.
Son père Joe a dit, dans une interview diffusée hier sur ABC,
qu’il ne connaissait « même pas le nom des médicaments » que
prenait la star. Et de conclure que son fils avait été «
victime d’un meurtre ». – AFP
Neverland n’accueillera pas le corps du chanteur
Michael
Jackson Le testament rendu public
— Le feuilleton des funérailles de Michael Jackson a connu
un nouveau rebondissement hier, la famille ayant annoncé
qu’aucune cérémonie ne serait finalement célébrée à
Neverland, tandis que le testament du « roi de la pop »,
incluant la chanteuse Diana Ross, était révélé.
Alors que les fans du chanteur de Thriller commençaient à
affluer aux portes de son domaine californien, dans les
collines et les vignobles de Los Olivos, à 150 km au
nordouest de Los Angeles, la famille a démenti dans un
communiqué la tenue d’une quelconque cérémonie dans la
propriété.
« La famille Jackson annonce officiellement qu’il n’y aura
aucune exposition publique ou privée (de la dépouille de
Michael Jackson) à Neverland », a annoncé dans un
communiqué la société de relations publiques Sunshine,
Sachs& Associates, mandatée par le clan Jackson.
Déjà, dans la matinée de mercredi, le Los Angeles Times
avaient exclu que Michael Jackson puisse être enterré à
Neverland, assurant
AGENCE FRANCE-PRESSE que « les autorités (n’avaient) pas
trouvé la manière de contourner rapidement les
restrictions juridiques concernant l’inhumation dans une
résidence privée ».
William Boyer, porte-parle du comté de Santa Barbara, dont
dépend Neverland, a déclaré à l’AFP que les autorités
locales n’avaient jamais eu aucun contact avec la famille
du chanteur au sujet d’éventuelles funérailles.
La chaîne de télévision américaine E! , dévolue au monde
du spectacle, affirmait de son côté que Michael Jackson
serait enterré au cimetière de Forest Lawn, à Los Angeles.
Un porte-parole a refusé de commenter l’information.
Le
testament rendu public
Si l’incertitude concernant les obsèques du « roi de la
pop » est complète, un mystère a néanmoins été levé
mercredi matin: celui du testament de la pop star, rendu
public à la Cour supérieure de Los Angeles.
Le document, en date du 7 juillet 2002, confirme que
Michael Jackson avait prévu de confier la garde de ses
trois enfants à sa mère, Katherine Jackson. La surprise
est venue de sa décision de nommer également la chanteuse
Diana Ross responsable de ses enfants et de leurs biens,
si sa mère venait à disparaître.
La chanteuse Diana Ross, 65 ans, diva américaine de la
soul et ancienne chanteuse du groupe The Supremes, était
une amie de longue date de Michael Jackson, qu’elle avait
connu enfant, lorsqu’il faisait partie des Jackson 5.
Katherine Jackson, 79 ans, s’est vu confier par la
justice, lundi, la garde provisoire de Prince Michael (12
ans), Paris (11 ans) et Prince Michael II (7 ans).
Le testament stipule par ailleurs que les biens de la star
sont au « Michael Jackson Family Trust ». Les noms des
gestionnaires du fonds n’ont pas été dévoilés.
Le père de Michael Jackson, Joe Jackson, n’est mentionné à
aucun moment dans le document. La seule personne nommément
exclue de l’héritage est Deborah Rowe, la deuxième femme
de Michael Jackson, mère de ses deux premiers enfants.
Par ailleurs, des documents adjoints au testament en 2002
évaluaient la fortune du chanteur, à l’époque, à plus de
500 millions de dollars, sans plus de détails.
MORT DE MICHAEL JACKSON Les enquêteurs croiraient
à un homicide
— Les
enquêteurs chargés d’élucider le mystère entourant la mort
de Michael Jackson considéreraient qu’un homicide a été
commis à l’endroit du chanteur, selon des sources policières
jointes par le site TMZ.
Selon le site, la police posséderait « plusieurs preuves
solides » du rôle qu’aurait joué le médecin personnel de la
star, Conrad Murray, dans la mort de Jackson.
Hier, la police de Los Angeles a réfuté l’information
diffusée par TMZ. « L’enquête menée actuel lement n’est pas
une enquête pour homicide », a dit hier Sara Faden,
porte-parole du LAPD.
TMZ, qui a diffusé plusieurs exclusivités depuis la mort de
Jackson, a annoncé hier que les enquêteurs auraient en leur
possession plusieurs fioles de Propofol, un puissant sédatif
qui aurait causé la mort de la vedette pop.
Interrogé le mois dernier, l’avocat du Dr Mur ray avait
refusé de nier ou de confirmer l’information selon laquelle
son client a injecté du Propofol à Jackson quelques heures
avant sa mort. Hier, un porte-parole de Murray a dit que le
médecin n’était pas considéré comme un suspect et qu’aucun
mandat de perquisition n’avait été demandé contre lui.
Murray avait rencontré les enquêteurs le 27 juin, deux jours
après la mort de Jackson. Dernière personne à avoir vu la
vedette avant son arrêt cardiaque, Murray avait attiré
l’attention en choisissant de disparaître au lendemain du
drame. Sa luxueuse voiture était garée devant la demeure du
chanteur, et la police l’avait par la suite remorquée.
Les rapports de l’autopsie pratiquée sur Jackson devraient
être rendus publics la semaine prochaine.
Les médias traditionnels passent souvent sous silence les
informations diffusées par le site de nouvelles sur les
célébrités TMZ. Or, dans le dossier de la mort de Jackson,
TMZ a obtenu plusieurs primeurs. Le site, dont le contenu et
les méthodes de travai l s’apparentent à ceux des tabloïds
londoniens, a été le premier à annoncer que la vedette pop
avait fait un arrêt cardiaque, puis le premier à annoncer sa
mort, quelques minutes plus ta rd. Les médias du globe
avaient préféré attendre que le quotidien Los Angeles Times
confire la nouvelle avant d’annoncer la mort du chanteur, le
25 juin dernier.
Une
procureure de L.A. démissionne
Une procureure du comté de Los Angeles a remis sa
démission, hier, après avoir causé un malaise chez ses
collègues en acceptant de discuter de l’enquête sur la
mort de Michael Jackson à l’émission Larry King Live, à
CNN.
Robin Katzenstein, qui travaille à la division des crimes
sexuels, était en ondes peu après la mort du chanteur et a
affirmé que les autorités auraient du mal à monter un
éventuel dossier criminel dans cette affaire.
« Je pense que c’est un dossier difficile. Il y a
tellement de médecins dans l’entourage de Jackson,
tellement de gens différents. Qui allez-vous accuser ?
Quel docteur, quelle ordonnance, quel médicament ?
Était-ce un cocktail de drogues ? Une réaction ? »
Hier, Mme Katzenstein, qui était en congé sans solde au
moment de son intervention télévisée, a fait savoir
qu’elle n’aurait pas dû discuter de l’affaire. Les
procureurs sont tenus de ne pas commenter les dossiers qui
pourraient éventuellement être traités par leur bureau.
Mme Katzenstein, qui vient de publier un livre sur les
agresseurs d’enfants, entend depuis quelque temps devenir
une personnalité médiatique. La présente controverse lui a
donné une raison de plus d’agir, dit-elle.
« C’est une bonne décision. Je voulais partir, et
maintenant je le fais en bons termes », a-t-elle dit au L.
A. Times.
MORT DE MICHAEL JACKSON Le médecin de la star se
défend
— Le docteur
personnel de Michael Jackson, Conrad Murray, n’a pas fait
d’injection de médicament antidouleur à son patient le jour
de sa mort, a dit hier son avocat.
Présent au chevet de la vedette durant les derniers instants
de sa vie, le Dr Murray a affirmé que Jackson était déjà
inconscient quand il est entré dans sa chambre, jeudi midi.
La vedette « ne respirait pas. (Le Dr Murray) a cherché à
prendre son pouls. Il y avait un pouls faible au niveau de
l’artère fémorale. Il a commencé à administrer les
manoeuvres de réanimation cardiorespiratoires », a confié
hier l’avocat Edward Chernoff.
Le Dr Murray s’est entretenu durant trois heures, samedi,
avec les enquêteurs du Los Angeles Police Department (LAPD).
Ceuxci ont précisé qu’il n’était pas considéré comme un
suspect dans le dossier, mais bien comme un témoin
important.
Selon M.
Chernoff, le Dr Murray «n’a ni injecté ni prescrit de
Demerol ou d’OxyContin» à Jackson. L’avocat affirme que
tout médicament prescrit à Jacksonpar sonmédecin l’a été à
la demande du patient.
Parmi les questions soulevées au sujet du travail du Dr
Murray se trouve celle des manoeuvres de réanimation
cardiorespiratoires. En effet, dans la bande audio de
l’appel au 911 fait par une personne présente dans la
maison de Jackson, on apprend que la victime est alitée,
et que le Dr Murray tente de la réanimer. Or, il faut
placer la victime sur une surface dure, comme un plancher,
pour pratiquer la méthode de réanimation avec succès, un
élément qui risque de refaire surface dans l’enquête.
Selon des proches du défunt, ce détail reste en travers de
la gorge des membres de la famille Jackson, qui
soupçonneraient le Dr Murray d’avoir participé d’une
manière ou d’une autre au décès subit du chanteur.
Dimanche, une deuxième autopsie a été pratiquée sur le
corps de Jackson, à la demande de la famille. Aucun
résultat n’a été communiqué.
Durant la journée, le pasteur Al Sharpton a déclaré que la
famille Jackson songeait à organiser plusieurs cérémonies
funéraires simultanément à travers le monde pour répondre
à la vague de sympathie déclenchée par le décès du
chanteur. Encore là, aucun détail n’a émergé sur ce
projet.
MORT DE MICHAEL JACKSON Trop de questions sans réponses -
Nicolas Bérubé
Hier, la famille
du chanteur a demandé une deuxième autopsie, tandis que le
médecin personnel de Jackson a retenu les services d’un avocat
de haut niveau pour le représenter.
— La mort de Michael Jackson est en train de se transformer en
véritable polar. Hier, la famille du chanteur a demandé une
deuxième autopsie, tandis que le médecin personnel de Jackson a
retenu les services d’un avocat de haut niveau pour le
représenter dans l’enquête menée par le service de police de Los
Angeles (LAPD).
Vendredi,
le
révérend Jesse Jackson et son fils, Jesse Jackson Jr., ont
passé du temps avec la famille de Michael Jackson. On les voit
ici avec le père de la vedette pop, Joe Jackson (à droite).
Hier, le révérend Jackson a partagé avec les journalistes les
questions qui le tracassent.
Le médecin, Conrad Robert Murray, 56 ans, a attiré l’attention
des médias en choisissant de disparaître après le décès de
Jackson, jeudi. Plusieurs sources ont dit que le Dr Murray était
au chevet du chanteur quand celui-ci a été victime d’un arrêt
cardiaque.
Hier, le révérend Jesse Jackson, qui a passé du temps avec la
famille de la vedette pop, vendredi, a affirmé que plusieurs
questions restaient en suspens.
« Quand le médecin est-il venu? Qu’a-til fait ? Lui a-t-on fait
(à Michael Jackson) une injection, et si c’est le cas, de quoi?
» a-t-il dit à CNN. « L’absence du Dr Murray soulève des
questions importantes, qui se poseront tant qu’il n’y aura pas
répondu. »
Durant la journée, le L. A. Times a annoncé que le médecin avait
retenu les services de l’avocat Edward M. Chernoff, de la firme
Stradley, Chernoff et Alford, à Houston. M. Chernoff est décrit
sur le site web du cabinet comme le vétéran de la firme, celui
qui « s’occupe des dossiers les plus compliqués ».
Une rencontre entre le Dr Murray et les enquêteurs du LAPD était
prévue en fin de journée, hier.
La famille Jackson était réunie hier à Encino, en Californie, et
préparait l’ébauche du plan pour les funérailles du chanteur.
Aucun détail n’a jusqu’ici été communiqué aux médias.
Brian Elias, un porte-parole de l’institut médico-légal de Los
Angeles, a déclaré que la famille du chanteur défunt avait
demandé une seconde autopsie. Il a précisé que cette demande
avait été faite avant que la famille ne récupère le corps,
vendredi dans la soirée.
Quant à la
garde des trois enfants de Jackson, les experts semblent
conclure que Debbie Rowe, la mère biologique de deux d’entre
eux, est légalement responsable d’eux. Selon plusieurs
sources, les enfants et la famille Jackson aimeraient plutôt
qu’ils aillent vivre chez leur grand-mère, Katherine Jackson.
Pour la troisième journée consécutive, des centaines de fans
ont convergé vers l’étoile de Michael Jackson sur le trottoir
d’Hollywood Boulevard. Des gerbes de fleurs, des photos et des
chandelles allumées recouvrent la majeure portion du trottoir
à cet endroit.
En grande forme
La veille de son décès, Michael Jackson a passé la soirée au
Staples Center, un amphithéâtre situé au centre-ville de L.
A., où avaient lieu les répétitions pour la série de concerts
du chanteur, prévue cet été à Londres.
Les gens qui l’ont côtoyé ce soir-là ont dit que Jackson
semblait être en forme, et qu’il avait eu du bon temps sur la
scène.
Le directeur du spectacle, Kenny Ortega, a dit que Jackson
avait l’air « en parfaite santé » durant la répétition.
« Il avait l’air heureux de voir la progression du spectacle.
Il a dansé et chanté toute la soirée. Il nous restait quatre
ou cinq jours de pratique avant de partir pour Londres. »
M. Ortega a laissé savoir qu’il songeait à organiser un ou
plusieurs concerts en l’honneur de Jackson, un peu à la
manière de We Are the World, la chanson écrite par Jackson et
Lionel Richie en 1985 pour venir en aide à différentes causes
humanitaires.
« Il doit y avoir au moins cent façons de célébrer l’héritage
de Michael Jackson. Je suis certain que ses amis et collègues
aimeraient se rassembler pour un projet à la We Are the World
», a-t-il dit.
Conrad Murray va collaborer à l’enquête
Le médecin
personnel du chanteur est un cardiologue expérimenté
« Michael m’a dit personnellement qu’il avait confiance en cet
homme. »
LOS ANGELES— Conrad Murray, l’homme qui en sait probablement
le plus sur les derniers moments de Michael Jackson, est un
cardiologue expérimenté, que le chanteur avait engagé pour
superviser sa préparation physique avant sa longue série de
concerts londoniens.
Conrad Murray, 51 ans, a un historique de praticien
irréprochable et dispose de licences pour exercer la médecine
en Californie, au Texas et au Nevada, où il avait son cabinet,
selon la presse locale. Il a fermé ce dernier récemment pour
pouvoir se consacrer à temps complet à Michael Jackson.
Le Dr est devenu la figure centrale de l’enquête sur la mort
du « roi de la pop », des témoignages assurant qu’il avait
administré au chanteur, peu avant sa mort, du Demerol, un
puissant analgésique.
La voiture de Murray a été saisie par la police et remorquée
depuis le manoir de Holmby Hills, à Los Angeles, où Michael
Jackson résidait. Le médecin a probablement été la dernière
personne à voir le chanteur en vie.
La police de Los Angeles a assuré vendredi que le médecin
avait accepté d’être entendu une seconde fois en présence d’un
avocat, insistant sur le fait qu’il n’était pas sous le coup
d’une enquête criminelle.
« Nous aurons un entretien approfondi avec le médecin pour
discuter des questions (encore) sans réponses soulevées par la
mort de Michael Jackson », a déclaré le chef adjoint de la
police Charlie Beck.
Randy Phillips, directeur général d’AEG Live, le promoteur des
concerts londoniens
Murray de Michael Jackson, a déclaré pour sa part au L.A.
Times: « Michael m’a dit personnellement qu’il avait confiance
en cet homme. »
M. Phillips a
précisé que le Dr Murray était présent aux répétitions du
spectacle à Los Angeles et qu’il « paraissait prendre grand
soin » du chanteur.
Des médecins sans scrupules
Scrutant le passé du Dr Murray, d’autres médias ont évoqué des
problèmes financiers remontant à 1992, qui auraient coûté au
praticien 400 000 $.
Certains journalistes n’ont d’ailleurs pas hésité à rappeler
les liaisons dangereuses qui existent parfois entre certaines
célébrités et des médecins peu scrupuleux, tout disposés à
leur prescrire, sans justification thérapeutique, un arsenal
de puissants médicaments.
Michael Jackson avait lui-même une longue histoire avec les
médicaments, que certains faisaient remonter aux soupçons de
pédophilie dont il avait fait l’objet en 1993. Les
informations selon lesquelles Michael Jackson aurait reçu de
son médecin une injection de Demerol peu avant sa mort ont
relancé les spéculations sur l’accès du chanteur aux
médicaments.
Selon l’ami et confident de Michael Jackson, le cardiologue
Deepak Chopra, le monde du spectacle regorge de médecins qui
monnayent auprès des célébrités le moyen d’obtenir des
médicaments accessibles seulement sur ordonnance
« Il y a une pléthore de médecins, à Hollywood, qui sont des
dealers », a déclaré le Dr Chopra sur CNN. « C’est juste
qu’ils ont leur diplôme de médecin. »
Il évoque le « gros problème » qu’a Hollywood avec les «
médecins de célébrités qui, non seulement initient ces
dernières aux médicaments, mais les entretiennent aussi dans
leur consommation pour les rendre dépendants ». « La première
cause de dépendance aux drogues ne vient pas de la rue, mais
des prescriptions faites légalement par des médecins »,
dit-il.
Plusieurs festivals d'été terminés avant d'avoir reçu leur argent
d'Industrie Canada
Les subventions se font désirer
Plusieurs festivals ignorent si Industrie Canada leur versera
l’argent attendu - Louise Leduc
« Je n’ai jamais
vu des fonctionnaires scruter un budget d’aussi près. Il est
arrivé que je parle 15 fois dans la même journée à une
fonctionnaire, qui était très gentille, au demeurant ! »
Est-ce parce que plus de 150 festivals ont réclamé une
subvention? Est-ce parce que le gouvernement conservateur étudie
chaque dossier à la loupe de peur d’être accusé de financement
frivole ? La controverse autour des 400 000$ donnés à la Gay
Pride de Toronto ralentit-elle la distribution de la manne ? Toujours
est-il que bon nombre de festivals partout au Canada ont le
temps de se terminer avant de savoir s’ils recevront ou non
leur subvention d’Industrie Canada.
PHOTOALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA
PRESSE
Le Mondial des cultures de Drummondville
se termine dimanche, sans que les organisateurs sachent
s’ils recevront leur subvention.
Dès cette année, Industrie Canada devait distribuer 100 nouveaux
millions à différents festivals au Canada.
Le Mondial choral, à Laval, a débuté le 19 juin, et le
communiqué annonçant la subvention d’Industrie Canada n’est
arrivé que le 9 juillet. Le Mondial des cultures de
Drummondville se termine dimanche, et les organisateurs ne
savent toujours pas si Industrie Canada leur accordera la
subvention qu’ils ont demandée – qui représente le cinquième de
leur budget.
« Je n’ai jamais vu des fonctionnaires scruter un budget d’aussi
près, explique Marie-France Bourgeois, directrice générale du
Mondial des cultures. Il est arrivé que je parle 15 fois dans la
même journée à une fonctionnaire, qui était très gentille, au
demeurant! Demander une subvention à Industrie Canada, c’est
autrement plus exigeant que de traiter avec Patrimoine Canada. »
« Un fonctionnaire m’a même appelé un dimanche matin ! » lance
pour sa part Paul Girard, l ’ un des organi sateu r s de
Divers/Cité, une fête gaie qui aura lieu à Montréal du 26
juillet au 2 août.
Malgré cela, la réponse ne vient pas, et M. Girard dépense comme
si c’était dans le sac. « Si on nous dit non, ça peut
représenter la fin de Divers/Cité. »
Luc Fournier, président-directeur général du Regroupement des
événements majeurs internationaux qui regroupe les plus gros
festivals d’ici, croit que les organisateurs de Divers/Cité ont
bien tort de mettre la charrue devant les boeufs. « Je les ai
bien avertis qu’ils devraient attendre leur réponse d’abord. »
À la loupe
Depuis le scandale des commandites, ajoute M. Fournier, Ottawa
scrute chaque demande à la loupe « parce que tous les fonct
ionnai res redoutent la même chose : que Sheila Fraser ( la véri
ficatrice générale du Canada) débarque dans leur bureau ».
Puis, ajoute M. Fournier, il y a eu ce changement de ministre.
Ce n’est plus la ministre d’État au Tourisme, Diane Ablonczy,
qui gère le Programme des manifestations touristiques de renom,
mais bien Tony Clement, ministre de l’Industrie.
Selon ce qu’a initialement révélé le député conservateur de la
Saskatchewan Brad Trost au site pro-vie LifeSite News, Mme
Ablonczy aurait été remplacée parce qu’elle a eu la mauvaise
idée de verser 400 000$ à la Gay Pride de Toronto. Les
contribuables canadiens ne souhaitent pas, selon M. Trost, que
leurs impôts servent à financer des activités qui sont plus
politiques que touristiques.
Dans des entrevues subséquentes, M. Trost a dit qu’il n’avait
jamais voulu critiquer Mme Ablonczy. Il a cependant maintenu que
le financement de la Gay Pride n’était pas une bonne idée. Éric
Pineault, l’un des organisateurs du défilé gai montréalais du 16
août (distinct de celui de Divers/Cité), n’a jamais pensé, lui,
qu’il serait subvent ionné. « Avec la controverse que ça a
suscité pour le défilé de Toronto, je pense qu’on va devoir
attendre un changement de gouvernement. »
Le Festival international de Lanaudière, qui ne donne ni dans la
controverse ni dans les revendications mais dans la musique
classique, pensait bien, lui, répondre parfaitement aux critères
de sélection. « Les autres grands festivals comme le nôtre, eux,
ont eu une réponse positive, regrette le directeur général,
François Bédard. On ne comprend pas. »
Industrie Canada n’a pas rappelé La Presse.
L’honnêteté des administrateurs mise en
doute - Bernard Barbeau
Les
administrateurs de l’empire de Michael Jackson lui auraient
dérobé plus de 600 millions de dollars américains. C’est
pourquoi, selon le biographe montréalais Ian Halperin, la mère
du défunt roi de la pop, Katherine Jackson, entend contester en
cour leur droit de s’occuper de sa succession.
« Les avocats préparent une motion devant un juge », a annoncé
hier l’auteur du livre Les dernières années de Michael Jackson
lors d’une conférence de presse dans un hôtel de Montréal.
« Il a vendu plus de 750 millions d’albums, a souligné M.
Halperin. Où est tout l’argent ? Maintenant, la famille a appris
où est tout l’argent. »
Sans divulguer l’identité de ses sources, qui seraient membres
du service de police de Los Angeles ( LAPD), M. Halperin a
déclaré que Mme Jackson est persuadée que ceux en qui son fils
avait placé sa confiance ont pillé ses comptes en banque pendant
plus de 20 ans.
« Ce que j ’ ai
appris de mes sources du LAPD, c’est que Katherine Jackson était
furieuse que Michael Jackson soit décédé sans argent, a dit M.
Halperin. Et elle a peur que les trois enfants de Michael
Jackson se retrouvent sans rien si on ne change pas d’exécuteur
testamentaire. »
Mme Jackson viserait en particulier les exécuteurs John McClain
et John Branca. Ian Halperin dit aussi que le chanteur lui-même
n’aurait pas voulu qu’ils s’occupent de sa succession.
L’auteur a par ail leurs annoncé que le juge Larry Seidlin, qui
a notamment présidé la cause concernant la dépouil le de l’ac t
r ice Anna Nicole Smith, est prêt à agir à titre de médiateur
dans la bata i l le pour la garde des enfants de Michael
Jackson.
L’ancien magistrat de la Floride est intervenu luimême par
téléphone, hier. « J’ai mis six jours à régler la cause d’Anna
Nicole Smith, et je suis prêt à offrir mes services à titre
gracieux pour aider la famille Jackson et les autres parties
impliquées, a déclaré M. Seidlin. Pour éviter que les enfants
aient à subir trop de stress. » Le juge a souligné que les deux
dossiers avaient de nombreuses similitudes et que cela fait de
lui le candidat idéal. « C’est pratiquement la même cause ! »
Le risque de l’artiste - Simon Betrand
Gouvernements,
médias et citoyens soutiennent mieux les athlètes
Il y a beaucoup de points communs entre le long travail de
préparation des athlètes et
le long processus créateur des artistes.
L’auteur est compositeur et doctorant à l’Université de
Montréal.
Il y a quelques jours, huit compositeurs (1) canadiens (dont
j’ai eu l’honneur de faire partie) sont rentrés de Shanghai,
en Chine, où ils avaient été sélectionnés pour participer à un
grand projet international réunissant 24 compositeurs
canadiens, français et des pays scandinaves.
Ce projet titanesque, se déployant sur trois années et qui
culminera lors de l’exposition universelle de Shanghai en
2010, a été initié par Radio France, le Shanghai Media Group
et la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), et
prenait la forme d’une compétition où les compositeurs choisis
devaient tous composer une oeuvre pour instrument(s)
traditionnel(s) chinois soliste(s) au choix et pour
l’Orchestre symphonique de Shanghai.
Bien sûr, aucun d’entre nous, pas même les trois lauréats
canadiens, n’espérait être accueilli en « héros » par un
comité d’accueil avec banderoles et fanfares, tels que le sont
souvent, par exemple, nos athlètes participant à des
compétitions internationales ou aux Jeux olympiques…
Mais l’absence quasi totale de couverture médiatique de notre
prestation là-bas, qui avait pourtant parfois des aspects des
plus « athlétiques », m’a plongé dans une réflexion sur la
vision qu’a notre société du travail de longue haleine que
représente la création artistique, en la comparant, justement,
avec la reconnaissance beaucoup plus spontanée que semblent
recevoir les athlètes de haut niveau, autant de la part de
notre société en général, que des instances gouvernementales.
En effet, il semble que l’idée de soutenir un athlète pendant
sa préparation en vue d’une compétition soit beaucoup plus
communément acceptée et considérée normale, que de soutenir,
par exemple, un écrivain pendant le processus d’écriture de
son roman.
Pourtant, il y a beaucoup de points communs entre le long
travail de préparation des athlètes et le long processus
créateur des artistes.
Premièrement,
et dans les deux cas, il y a une importante notion de prise de
risque. En effet, absolument rien ne nous garantit le succès
d’un artiste à une compétition internationale, pas plus que
rien ne garantit qu’un artiste produira un chef-d’oeuvre.
Cependant, il semble que dans le cas du sport, les médias, le
gouvernement et les citoyens soient plus disposés à prendre ce
risque. Pourtant, il est le même.
Deuxièmement, dans les deux cas, il s’agit de démarches de
dépassement de soi-même en repoussant ses limites. Un sportif
n’est pas plus intéressé à demeurer figé dans sa technique et
uniquement égaler son record, qu’un artiste de stagner et
répéter des choses qui ont déjà été dites. Les deux veulent se
dépasser, et élargir les limites de leur discipline
respective.
Alors, où est le problème? Pourquoi notre société a-t-elle
autant de mal à reconnaître le droit de soutenir, pendant tout
le processus, le travail ardu que représente la création
artistique, comme elle le fait pour le travail ardu de nos
athlètes?
Un élément de réponse se trouve peutêtre dans le fait que nous
avons en ce moment, surtout au niveau fédéral, des
gouvernements qui souhaitent niveler la culture par le bas. Ce
phénomène se répercute malheureusement sur nos médias, qui
depuis déjà plusieurs années nous ont laissé tomber, trop
occupés à faire la promotion de ce qui est déjà promu, ou par
une couverture des nouveaux systèmes préétablis de fabrication
des stars, que la convergence des médias a rendue possible.
À long terme et à moins d’une sensibilisation et d’un réveil
majeur des instances gouvernementales, des médias et bien sûr
des citoyens, nous risquons de nous retrouver, d’ici une
vingtaine d’années dans une triste société où, – via Star
Académie et tous ses petits enfants « Écrivain Académie », «
Peintre Académie » et pourquoi pas « Philosophe Académie » !
-, la convergence médiatique donnera l’impression au public,
avec ce qui n’est en fait qu’une vaste étude de marché, de «
choisir » la culture qu’ils veulent consommer, tout en
supprimant, justement, toute forme de prise de risque.
Lorsque nous laisserons complètement tomber et cesserons
d’être fiers de nos écrivains, compositeurs, cinéastes, poètes
et tous les autres artistes, cela voudra dire que nous nous
serons laissé tomber nousmêmes, en tant que société.
DenisGougeon, JoseEvangelista, Farangis Nurulla-Khoja, Analia
Llugdar, Pierre Michaud, Sean Pepperall, Serge Provost.
Susan Boyle : Cendrillon du web ou coup de
marketing?
À moins d’avoir
passé la dernière semaine au pôle Nord, vous savez que cette
Écossaise de 48 ans – vierge, au physique ingrat et sans emploi
– a épaté le jury aux auditions de Britain’s Got Talent.
Est-ce que sur le coup de minuit, tout sera terminé pour Susan
Boyle? Cendrillon retrouvera-t-elle sa petite vie, dans son
village sans histoire? Son chat, celui qui était son unique
compagnon depuis la mort de sa mère, la reconnaîtra-t-il?
À moins d’avoir passé la dernière semaine au pôle Nord, vous
savez que cette Écossaise de 48 ans – vierge, au physique ingrat
et sans emploi – a épaté le jury aux auditions de Britain’s Got
Talent. En la voyant monter sur scène, le grand manitou Simon
Cowell et ses collègues avaient un air moqueur. Mais en quelques
secondes, le visage des juges s’est illuminé au son de la voix
cristalline de la chanteuse amateur, habituée des karaokés.
Susan Boyle a interprété I Dreamed A Dream, une chanson tirée de
la comédie musicale Les misérables. En moins de
Ensuite, Oprah Winfrey, Diane Sawyer et Larry King ont invité la
femme qui souffre d’une légère déficience mentale à leur
émission. Paris Match est allé la visiter chez elle pour prendre
des photos. Même les créateurs de South Park ont parlé d’elle
lors d’un récent épisode. temps qu’il ne faut pour dire « clic
», sa performance est devenue un (autre) phénomène YouTube,
visionnée 100 millions de fois partout dans le monde, soit cinq
fois plus que l’investiture de Barack Obama.
La laideur vend,
ont dénoncé des commentateurs. Freak show? La revanche du vilain
petit canard? Un coup de marketing de Simon Cowell? Les avis
fusent.
Rosie O’Donnell a comparé Susan Boyle à Shrek. Or, la femme
avait des sourcils moins fournis cette semaine, et elle portait
une belle robe assortie d’un manteau de cuir à la mode. Même si
elle a soutenu ne pas vouloir de métamorphose pour l’instant, ce
petit changement de look lui a aussi valu des critiques : Susan
Boyle se pliera-t-elle aux féroces standards de beauté?
Tout le monde a son mot à dire sur Susan Boyle. Les hipsters du
web sont même las d’entendre parler d’elle. Et voilà qu’un jeune
garçon de 12 ans, Shaheen Jagargholi, vient de lui voler la
vedette à Britain’s Got Talent avec une reprise de Michael
Jackson. Il a lui aussi eu droit à des millions de clics sur
l’internet.
Est-ce que le carrosse de Cendrillon se t ransformera de nouveau
en citrouille? Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que
Simon Cowell est un homme d’affaires avant d’être un prince
charmant.
Susan Boyle : Le rêve est fini NATHALIE COLLARD
Tout n’est pas
« bien qui finit bien ». Susan Boyle, cette Écossaise de 48
ans révélée au monde entier grâce à sa voix superbe, n’a pas
remporté la finale tant convoitée du jeu télévisé Britain’s
Got Talent.
Cette finale a eu lieu durant le week-end, au terme d’une
semaine mouvementée au cours de laquelle on a pu constater à
quel point la pression était forte sur cette femme que toute
la planète a découverte en avril dernier. Les nombreux
reportages faisant état de son agressivité, de ses sautes
d’humeurs et de quelques jurons qu’elle aurait prononcés se
sont multipliés, dévoilant un peu plus le côté sombre du conte
de fées. On ne passe pas sans heurt de l’anonymat le plus
complet à la reconnaissance internationale.
Du fin fond d’un petit village où elle coulait des jours
tranquilles en compagnie de son chat, celle qu’on surnommait
Susie Simple (l’équivalent de l’idiote du village) a été
littéralement propulsée dans un tourbillon médiatique qui
l’aura menée, notamment, chez Larry King et Oprah Winfrey. On
serait ébranlé à moins.
Dans toute
cette aventure, Susan Boyle aura perdu davantage que le
premier prix dans un concours de talents. Depuis son
interprétation épatante de I Dreamed a Dream, Susan Boyle
s’est fait déposséder de son histoire personnelle. On sait
désormais qu’elle a manqué d’oxygène à la naissance, qu’elle
est chômeuse, vierge et qu’elle n’a jamais embrassé un
homme, des détails lancés en pâture aux médias, qui les ont
utilisés et ressassés sans scrupule. Au cours des dernières
semaines, Susan Boyle est devenue l’équivalent d’une femme à
barbe dans un cirque médiatique sans pitié.
Et que dire de la dignité de cette femme, qui n’a
visiblement aucun proche pour la conseiller? C’est le propre
de la téléréalité que de prendre un individu et de le
réduire à sa plus simple expression, de le transformer en
stéréotype (la brute, la belle, l’intelligent). Dans le cas
de Susan Boyle, c’est l’histoire de la moche qui a un don,
une véritable voix d’ange. C’est sans aucun doute la partie
la plus répugnante de toute cette histoire. Car elle
s’appuie sur l’idée que les laids n’ont habituellement pas
droit au talent et au succès. La réussite de cette femme –
dans une émission qui semblait avoir été arrangée avec le
gars des vues du début à la fin – relevait de l’inattendu,
du spectaculaire, de l’exceptionnel. La revanche de la
laissée-pour-compte.
Mais les efforts des producteurs Pygmalion, qui ont essayé
de transformer Susan Boyle en lui achetant des vêtements au
goût du jour, en lui épilant les sourcils et en lui teignant
les cheveux, n’ont pas réussi à faire un cygne du vilain
petit canard. C’est le chapitre le plus réjouissant de ce
roman-savon: malgré toutes les tentatives, le personnage
original et dérangeant qu’est Susan Boyle refuse d’entrer
dans la petite case qu’on voudrait lui assigner, de devenir
une chanteuse à voix sage et lisse. En ce sens, sa deuxième
position à Britain’s Got Talent est une bonne nouvelle. Elle
lui permettra peut-être de mettre fin au freak show des
dernières semaines. C’est du moins ce qu’on lui souhaite.
Les apparences - Pierre Foglia
Je lisais le
journal à la table de la cuisine, j ’ai laissé échapper un
soupir : ah bon, Susan Boyle est devenue folle? Par-dessus
ses lunettes, ma fiancée a eu cette question muette: mais
comment as-tu fait pour devenir journaliste?
Je te l’ai dit tant de fois, chérie: je ne l’ai pas fait
exprès. Hormis que mon ignorance de l’actualité ne m’empêche
pas de savoir plein de choses. Tiens, par exemple,
demande-moi qui a tué Susan Boyle. Qui a tué Susan Boyle?
Très bonne question. Je te remercie de me la poser. Ça
devrait me faire une honnête chronique. Je m’y mets à
l’instant.
Susan Boyle. Quarante-huit ans. Célibataire. Laide à
l’évidence, comme Sartre l’écrit (dans Les mots) : « mon
évidente laideur ». Sauf que Sartre, en plus, nasillait.
Susan Boyle, elle, a une belle voix. Belle comment, cette
voix? Disons d’autant plus belle que la bouche d’où elle
sort est laide.
Après on apprendra qu’elle a un chat qui s’appelle Galet
(Pebbles), qu’elle est vierge, qu’elle n’a pas d’amis et
plein d’autres trucs inutiles, mais quand elle débarque sur
le plateau du Star Académie des British, Susan Boyle, c’est
ça: une presque quinquagénaire très laide qui chante bien.
Que se passe-t-il à cette première audition? Ici nos routes
se séparent. Votre version. Elle n’a pas plus tôt ouvert la
bouche : I dreamed a dream... que la beauté de sa voix
transcendant son aspect général, le vilain petit canard
devient rossignol. C’est votre version: Susan Boyle est
devenue Susan Boyle en 10 secondes par la magie de sa voix,
répercutée bien sûr sur YouTube où elle sera entendue 12
milliards de fois.
Ma version.
Le ressort qui a fait lever l’histoire de Susan Boyle n’est
pas affaire de chant. Ni de transcendance. Rien à voir avec
le fait que la laideur est un révélateur de beauté plus que
la beauté elle-même. Ou avec le fait que la laideur a du
charme. On ne parle pas ici de Barbra Streisand. On parle de
la matante absolue, prognathe et plus souvent représentée,
en cet état de délabrement, sur les planches qui montrent le
passage de l’homme de Neandertal à l’homo sapiens que dans
Vogue.
Le ressort, alors? C’est Rocky, le ressort de cette
histoire. Le petit qui plante le puissant. Le laid qui
plante le beau. Le veau marin qui plante la poupoune. Le
ressort, c’est la revanche du peuple. L’histoire n’est pas
qu’elle chante bien, ni qu’elle est laide, mais que dans
cette première audition, elle envoie au tapis les trois
juges ricaneux qui attendaient d’elle une voix de rogomme,
de marchande de poisson à la criée. Toute l’histoire tient
dans cette attente d’une catastrophe.
On reprend. Susan Boyle attaque sa toune: I dreamedadream...
la caméra se tourne aussitôt vers les trois juges,
particulièrement vers la poupoune-juge, canon de beauté
comme l’autre est canon de laideur. La poupoune-juge est
déjà en état de stupéfaction: hein! quoi! il y avait donc
une perle dans ce tas de marde! Confon-due, la poupoune. Et
les deux autres pareils. Ils n’en reviennent pas. S’ils
s’attendaient à cette voix! Non mais c’est incroyable !
Beaux joueurs, ils sont tout admiration, et leurs mimiques
disent assez ce que vous allez tous finir par répéter sur
l’air des lampions – vous aimez tellement ce genre de morale
servie en tranches : ah ah, il ne faut jamais se fier aux
apparences.
Comme vous avez raison, madame. Ce que je comprends moins,
c’est que, justement, vous n’imaginez pas comme vous vous
êtes laissée prendre par les apparences.
Si, avant qu’elle chante, les juges avaient dit simplement à
Susan Boyle: on nous a prévenus que vous aviez une voix
exceptionnelle, nous sommes curieux et impatients de vous
entendre, allez-y madame, il n’y aurait pas eu de Susan
Boyle. Sans la stupéfaction des juges qui a fondé, qui a
amorcé la vôtre, il n’y aurait pas eu de Susan Boyle. Il y
aurait eu une femme laide qui chante bien. Les gens auraient
dit ce que disent les habitués des karaokés où elle s’est si
souvent exécutée : elle chante bien, dommage qu’elle soit si
laide. On n’aurait pas fait le tour de la planète avec ça.
Les juges savaient. On les avait préparés. On leur avait dit
: on vous envoie un veau, mais elle chante en crisse. Pas
besoin d’ajouter: c’est du bonbon. Ce sont gens de télé. Ils
ont fait ce qu’il fallait. Ils ont choisi de se laisser
déculotter par le monstre. Ils savaient que cela vous ferait
tellement plaisir. Ils ont voulu être les ahuris de la
farce, ils savaient que leur ahurissement fonderait le
vôtre. Ils savaient qu’ils allaient faire un sacré bout de
chemin sur cet ahurissement planétaire. Bref, cette bonne
histoire, il n’en tenaient qu’à eux de la « stager » pour
qu’elle devienne mille fois meilleure. Mission accomplie.
Alors qui a tué Susan Boyle? Tout le monde a tué Susan
Boyle. La télé qui fabrique des monstres et les gonfle à les
faire exploser. Et vous aussi. Vous et votre insatiable
besoin de contes de fées. Rien de bien grave pourtant. Ce
n’est pas la vraie Susan Boyle que vous avez tuée. Seulement
sa marionnette. La vraie se remettra de son dérangement. Son
chat Galet l’y aidera. C’est d’ailleurs dans un proverbe
anglais que j ’aime beaucoup – voyez, moi aussi, j’aime les
petites vérités en tranches : you’re nobody until you’ve
been ignored by a cat.
Le monde est Stone... - Mario Roy
Chez les
artistes, la frontière entre engagement et propagande
est souvent floue. Mais il arrive aussi qu’elle soit
tout à fait nette. Et que l’artiste, chanteur ou
cinéaste, photographe ou poète, se trouve de façon
certaine et évidente du mauvais côté de la clôture.
Par exemple, comment peuton attribuer un prix à une
oeuvre aussi orientée, comme l’ont constaté tous les
critiques, que The Everlasting Flame: Beijing Olympics
2008, de la cinéaste Gu Jun ? C’est pourtant ce qu’a
fait, cette semaine, le Festival des films du monde de
Montréal, avalisant ainsi le message du régime chinois.
E t comment juger l’apparition à la 66e Mostra de Venise
du très « oscarisé » Oliver Stone débarquant avec le
héros de son dernier film, Hugo Chavez, pour célébrer à
l’unisson la « révolution pacifiste » bolivarienne?
Certes, le président du Venezuela n’a pas traversé
l’Atlantique uniquement pour ça. Il a surtout poursuivi
ses emplettes d’armement russe, dont 100 000
kalachnikovs, ces fusils devenus légendaires en raison
de leur effet pacificateur lorsqu’employés dans le cadre
de toute bonne révolution! Mais tout de même: la
présence de Chavez à Venise au bras de Stone a fait
rudement plaisir aux cinéphiles avertis agglutinés au
Lido. Les deux hommes et « leur » documentaire, South Of
The Border, ont été ovationnés... alors que ces mêmes
cinéphiles avertis auraient sûrement pendu haut et court
tout cinéaste venu, en compagnie de Stephen Harper,
présenter un éventuel North Of The Border destiné à
canoniser le premier ministre canadien!
Cette improbable perspective fait bien rigoler, n’est-ce
pas
C’est
que, de fait, il existe une bonne et une mauvaise
propagande. Et c’est l’opinion dite éclairée qui, seule,
sait faire la différence. Elle n’a d’ailleurs pas tardé
à réagir en dénonçant la propagande offerte au festival
du cinéma, non pas de Montréal ou de Venise, mais de…
Toronto!
C’est en effet au TIFF ( Toronto International Film
Festival) qu’on présente à compter d’aujourd’hui une
série de 10 films tournés par des juifs. À l’encontre de
ceux-ci, Jane « Hanoï » Fonda, Naomi « No Logo » Klein
et une belle brochette d’artistes, évidemment engagés,
ont lancé un appel au boycottage pour cause de
propagande. À Ramallah, hier, des artistes palestiniens
se sont joints à eux.
Les films incriminés sont projetés dans le cadre du
programme « City To City » qui, chaque année, mettra en
vedette une ville du monde; pour l’inaugurer, on a
choisi Tel-Aviv, qui célèbre son 100e anniversaire.
Parmi les oeuvres, on trouve des documentaires sur le
cinéma et la contre-culture, une comédie, des fictions
dramatiques ou sociales.
Aucun n’obtiendra de prix. Aucun n’est dédié à la gloire
du régime israélien ou du premier ministre Benyamin
Nétanyahou. Celui-ci ne débarquera pas à Toronto au bras
de l’un ou l’autre des cinéastes. Aucun de ceux-ci n’est
l’équivalent israélien d’une Gu Jun ou d’un Oliver
Stone... Peu importe. Les films juifs, déclarés
coupables de l’équivalent artistique d’un délit de
faciès, ne doivent pas être vus, point final. L’opinion
dite éclairée en a décidé ainsi, s’avérant encore une
fois dogmatique, poseuse, conformiste, moutonnière et
friande de censure.
Comme, hélas ! elle l’est toujours.
SUÈDE Une loi anti-téléchargement controversée
— Les
internautes suédois ont mis la pédale douce au
téléchargement illégal après l’adoption d’une loi plus
stricte saluée par l’industrie du disque, du film et du jeu
vidéo, mais vivement critiquée par une opposition « pirate »
en plein essor.
PHOTO FREDRIK PERSSON,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
En Suède, patrie de l’un des sites
d’échanges de fichiers en ligne les plus populaires, The
Pirate Bay, l’adoption d’une loi qui contraint les
fournisseurs à fournir les identifiants personnels
d’ordinateurs suspectés de télécharger illégalement a
contribué à l’émergence d’une opposition politique.
L’effet économique a été spectaculaire: les ventes de
musique en ligne au premier semestre 2009 ont bondi de 57%
en un an et celles d’albums ont augmenté de 9% alors
qu’elles n’avaient cessé de baisser depuis 2001, selon la
principale association de l’industrie du disque (Ifpi).
Adoptée le 1er avril dernier, la loi controversée dite «
Ipred », proche dans son principe de la « Hadopi » qui
suscite un virulent débat au Parlement français, a aussi
entraîné du jour au lendemain une chute de plus de 30% du
trafic internet, une chute qui se maintient quatre mois plus
tard, d’après les chiffres de l’opérateur suédois Netnod.
Or, le téléchargement illégal représenterait entre la moitié
et les trois quarts du trafic internet. Selon le cabinet
allemand Ipoque, le peer to peer, majoritairement illicite,
représentait en 2007 entre 49% et 83% du trafic suivant les
régions du monde.
« Il est évident que les gens qui téléchargeaient ont eu
peur et ont recours à d’autres moyens, comme les sites
d’écoute en ligne » type Spotify ou Deezer, relève un
chercheur indépendant à l’Institut royal de technologie (
KTH), Daniel Johansson.
« Des artistes suédois populaires ont vu leurs
téléchargements illégaux chuter jusqu’à 80% sur des sites
comme The Pirate Bay », relève-t-il.
La principale mesure de la loi Ipred, du nom d’une directive
européenne de 2004, est de contraindre les fournisseurs
d’accès à fournir les identifiants personnels (adresses IP)
d’ordinateurs suspectés de télécharger illégalement, pour
ouvrir la voie à des poursuites en dommages et intérêts.
« C’est un exemple historique de loi efficace », se félicite
le porteparole de l’ Industrie suédoise du jeu vidéo, Per
Strömback. « Personne n’aurait pu prévoir une chute aussi
brutale du trafic illégal. Surtout, il y a eu aussi une
forte hausse des services légaux », souligne-t-il.
Aucune
poursuite n’a encore été intentée contre un particulier,
mais les grandes entreprises ont attaqué Ephone, un
fournisseur d’accès qui refusait de révéler des données.
Ephone, condamné en première instance, a fait appel.
Opposition
Mais en Suède, patrie d’un des plus populaires sites
d’échange de fichiers en ligne, The Pirate Bay, dont
quatre responsables ont été condamnés à un an de prison
ferme, l’adoption de la loi Ipred a contribué à
l’émergence d’une opposition politique.
Lors des élections européennes de juin, le jeune parti des
Pirates, qui réclame principalement la légalisation du
téléchargement, a recueilli un score inespéré de 7% des
voix et décroché un siège au Parlement de Strasbourg.
« Le gouvernement devrait cesser d’écouter les
multinationales américaines au lieu des citoyens
ordinaires. Cette loi est profondément injuste et va
conduire à la punition de boucs émissaires, à qui on va
demander des centaines de milliers de couronnes », a
dénoncé à l’AFP le député européen « pirate », Christian
Engström.
Des interrogations demeurent aussi sur l’efficacité de la
loi dans la durée.
Plusieurs sociétés proposent de dissimuler les adresses I
P et les fournisseurs d’accès euxmêmes s’efforcent de l i
miter au maximum les informations qu’ils doivent t ra
nsmettre à la j ustice, de peur de perdre des clients.
« Je ne crois pas que la loi sera efficace à long terme.
Je pense que le trafic va remonter après quelques mois »,
pronostique M. Engström. « Les gens ont besoin de temps
pour trouver des solutions afin de se protéger, mais une
fois que ce sera fait, la loi sera inefficace »,
prédit-il.
DROIT D’AUTEUR L’UDA réclame des redevances sur
les lecteurs numériques
L’Union des
artistes ( UDA) a volé la vedette, lors d’une assemblée
publique du gouvernement fédéral, hier, en réclamant qu’une
redevance existant pour les CD soit aussi appliquée aux iPod
et aux autres lecteurs numériques.
Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, était de
passage à Montréal dans le cadre de ses consultations sur le
droit d’auteur, qui ont pour but de moderniser la
législation en la matière.
Les chanteurs Marie-Denise Pelletier et Richard Petit,
respectivement présidente et membre du conseil
d’administration de la société de gestion collective de
l’UDA, Artisti, ont tour à tour plaidé pour que le régime de
copie privée, en vertu duquel des sous sont prélevés sur la
vente de cassettes et de CD vierges, soit étendu aux
lecteurs numériques, clés USB et autres dispositifs de
stockage ainsi qu’à tout support futur.
« Ce n’est pas une taxe, a insisté M. Petit. C’est une
redevance. C’est un acquis que nous devons conserver. Il ne
faut pas mettre dans la tête des gens qu’on les retaxe ! »
« Dans un iPod, il y a une soixantaine de licences qu’Apple
doit payer à ceux qui ont fabriqué ce bidule, a souligné Mme
Pelletier. Et elles ne sont sûrement pas données, ces
licences-là. Mais pour la raison d’être de ces iPod,
c’est-à-dire la musique, rien. On ne paie rien. Moi, j’ai un
peu de difficulté à comprendre qu’un gouvernement donne la
priorité au contenant plutôt qu’au contenu. Est-ce que notre
travail est un léger détail sans importance ? »
La directrice d’Artisti, Annie Morin, en a rajouté un peu
plus tard en insistant sur l’importance pour les artistes de
toucher les sommes qui leur sont dues.
« Il n’y a pas que deux ou trois stars qui reçoivent cet
argent-là, a-t-elle indiqué. On parle de 97 000 ayants droit
! Pour eux, c’est vraiment quelque chose de crucial, de
vital. »
« Ce que les gens disent, c’est : " Merci, j’ai reçu mon
chèque de copie privée, je vais pouvoir payer mes impôts"; "
Merci, je vais boucler ma fin de mois", et il y a même des
gens qui nous ont dit : " Wow! qu’est-ce que j’aurais fait
pendant l’année où j’étais en chimiothérapie si je n’avais
pas eu ces redevances-là ?" » a ajouté Mme Morin en faisant
clairement référence à la maladie qui a frappé Richard
Petit.
Vice-présidente
et directrice générale de l’Association québécoise de
l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo
(ADISQ), Solange Drouin a fait siens ces commentaires,
tout en exhortant les défenseurs d’un accès libre à tous
les contenus à faire la différence entre l’accès au savoir
et l’accès au divertissement.
« Les oeuvres culturelles, ce sont des choses qui se
transigent, a affirmé Mme Drouin. Les gens vivent de ça. »
Des dizaines d’opinions sur divers aspects du droit
d’auteur ont été échangées.
Différents intervenants ont bien sûr argumenté sur la
copie et l’échange de fichiers numériques, certains y
voyant du vol et d’autres pas. Mais le débat n’a été
qu’entamé.
« En copiant une chanson, je ne viole la vie privée de
personne et je ne lui enlève rien, a par exemple fait
valoir Jonathan Ben, qui parlait en son nom personnel. La
personne a toujours sa chanson. Et maintenant je l’ai
aussi. »
De la même façon, l’idée de forcer les fournisseurs
d’accès internet à tout révéler sur les activités de leurs
clients a été à la fois défendue et dénoncée.
Plusieurs représentants du monde de l’éducation ont aussi
demandé au ministre Moore de prévoir des exceptions pour
leur secteur.
L’audience était retransmise sur le web et des internautes
y ont participé à distance.
« Pourquoi un créateur pourrait n’avoir à produire que
pendant une petite partie de sa vie et en bénéficier
jusqu’à sa mort, alors que les autres doivent travailler
toute leur vie? Les droits d’auteur à vie n’ont pas de
sens! » a notamment commenté un jeune internaute de
Vancouver, ce qui en a fait sourire plus d’un.
Des tables rondes plus réduites ont aussi été tenues à
Vancouver, à Calgary et à Gatineau et d’autres sont
prévues à Québec et à Halifax. Une assemblée publique
comme celle de Montréal aura lieu le 27 août à Toronto.
Acheter des CD pour une chanson - Réjean
Tremblay
Ces
dernières années, le prix de plusieurs CD de musique
classique a radicalement chuté. Comment se constituer une
discographie sans se ruiner ? Réjean Tremblay, chroniqueur
sportif et mélomane à ses heures, et Claude Gingras,
critique aguerri, s’amusent
e prend ra is 2 kg de Mozart, 1 kg de Bach et 750 grammes
de Viva l di c omme dessert. »
François de Tonnancour, l ’éminence du rayon d e mus i q u
e c l a s - sique du magas i n A r c h a mbau l t de l a r
ue S a i nt e - Catheri ne, i l l ustre ainsi ce que les
amat e u r s de musique classique vivent depuis deux ou
trois ans.
Longtemps, il fallait économiser pour s’offrir une bonne
version des suites pour violoncelle de Jean-Sébastien
Bach. Les deux disques coûtaient plus de 32 $. Et c’était
une aubaine.
Aujourd’hui, on peut acheter une intégrale des oeuvres de
Bach (soit plus de 160 CD) pour moins de 150 $. Et elle a
de quoi satisfaire le mélomane ordinaire.
Le disque
c l a s sique vit une révolution qui pourrait rendre j
aloux l’a mateur de rock, de pop ou de jazz. Les grandes
compagnies comme Sony, Universal, Warner ou EMI bradent
leurs catalogues, offrant les meilleures interprétations
de leurs plus grandes vedettes à des prix dérisoires.
Évidemment, un spécial i ste qui n’achète que des versions
« pointues » de certaines oeuvres pourra trouver à redire.
Mais pour les gens ordinaires, c ’est une chance fabuleuse
de découvrir la musique classique, une chance encore
jamais vue dans l’histoire du disque.
On t r ouve pa r exemple à moins de 80 $ un coffret de 50
CD chez Decca, Mas t e r work s , q u i met e n vedette de
grands pianistes. Violin Masterworks, toujours chez Decca,
offre un banquet de musique de violon pour moins cher
qu’un repas pour deux, sans vin, chez St-Hubert.
L e s a ma nt s de l ’ o pér a pourront acheter l’oeuvre
de Wagner, de Puccini ou de Verdi pour moins de 100 $. On
parle d’une quinzaine d’opéras par coffret et des plus
grands interprètes, dont Pavarotti et Callas, bradés par
London, EMI ou Deutsche Grammophon. Trente-huit CD (sur
DG) des plus importantes symphonies interprétées par
Karajan pour moins de 100 $, c ’e st aussi l a réa l ité .
Desdisques qu’on payait 2 2 $ l’unité il y a deux
ou trois ans. Le secret est dans la pharmacie
C’est l’a
rrivée du spécialiste des intégrales Brilliant Classics,
il y a un peu plus de 10 ans, qui a provoqué cette
révolution. Un homme d’affaires et mélomane hollandais a
réalisé qu’il y avait un marché i nexploité pour la
musique c l a s sique : l es pharmacies et drugstores
des Pays-Bas. « Mais il s’est dit qu’il devait être
capable de réduire les prix au maximum, rapporte
François de Tonnancour. Il a eu l’idée de génie d’aller
voir les compagnies de disques et de leur offrir de
racheter sous licence les bandes déjà publiées qu’on
n’offrait plus c hez l es disquaires. Leur coût avait
déjà été amorti et c’était de l’argent facile pour c e s
g r a ndes c ompagnies . Bri l l i a nt Classics a donc
envahi ce premier marché. Devant un si grand succès, il
a décidé d’envahir l’ Europe, d’acheter encore plus de
bandes des meilleurs artistes et d’enregistrer avec
d’autres i nterprètes pour compléter certaines
intégrales », explique M. de Tonnancour.
Le gra nd coup aura été une intégrale des oeuvres de
Mozart de 170 CD vendue partout en Europe pour 90 €. Le
succès fut colossal. Plus de 200 000 unités ont trouvé
preneur. On y trouve des oeuvres r achetées de
prestigieuses compagnies comme BIS pour les t rios pour
piano et les quintettes à cordes.
Une splendide intégrale de Beethoven a suivi. Cent CD en
Europe, 85 au Québec. Les symphonies dirigées par Kurt
Masur, des concertos pour piano par Friedrich Gulda et
le reste à l’avenant. Une intégrale qui venait rejoindre
celles de Bach, de Chopin, de Brahms ou de Haydn.
Bousculées, les multinationales comme EMI ont finalement
réagi en mettant en vente leur fabuleux fonds de
commerce. Les plus grandes interprétations par les plus
grands artistes à moins de 3 $ le disque. Du jamais vu,
de l’inespéré.
Ceux qui aiment la musique baroque ( Bach, Vivaldi,
Handel, Purcell et les autres) pourront r emercier M. de
Tonnancour. Brilliant lui a demandé de prépa rer une s é
l e c t i o n de s mei l l e u r e s oeuvres baroques,
cette musique que les profanes trouvent « relaxante ». I
l s’est échiné à c o mpa r e r de s ve r s i o n s du
Messie, des concertos de Vivaldi et des autres
compositeurs baroques. Ça a donné un coffret de 50 CD en
vente à… 49,95 $.
Mon coffret favori ? L’intégrale des symphonies de Haydn
par Antal Dorati. J’avais payé plus de 4 0 0 $ pour les
disques à l’époque. Ils sont en vente à 69 $. Pour les
amateurs de musique, c’est un cadeau du ciel.
Dommage que notre cher Claude Gingras possède déjà tous
ces disques. Pas moyen de lui faire un cadeau !
Beau, bon, pas cher - Réjean
Tremblay
On ne
s’appelle pas tous Edgar Fruitier ou Claude Gingras.
On ne peut pas tout avoir. Si vous êtes tenté par la
musique, si vous avez le goût de découvrir cet univers
fascinant, par quoi peut-on commencer ?
À l’époque, Claude Gingras m’avait prêté une version
des Quatre saisons de Vivaldi : « Tiens, tu devrais
être capable d’aimer ça ! » m’avait-il dit avec son
humour caustique mais en même temps si généreux.
C’est bien plus tard que je suis passé à
Chostakovitch, dont les 15 symphonies m’ont toujours
touché, ou à Mahler, peut-être le plus grand de tous.
Et si vous aviez 100 $ à investir ? Quels achats vous
ouvriraient ce nouveau monde?
Je commencerais par le coffret baroque de Brilliant
Classics, celui auquel a collaboré François de
Tonnancour. À 49,95 $, c’est une aubaine qui ne
repassera pas. Puis, toujours pour 49,95 $, on peut
trouver les enregistrements complets du grand
violoniste russe David Oïstrakh chez EMI. Un Mozart à
faire sourire un jour de pluie et un Brahms qui fait
oublier le Canadien. C’est tout dire. Je signale aussi
une intégrale de Beethoven pour 49,95 $. Vous avez
bien lu. C’est 87 CD sous étiquette Cascade. À ce
prix, vous ne retrouverez ni Karajan ni Bernstein –
c’est évident –, mais des orchestres des pays d’Europe
de l’Est. Ce sont des interprétations très honnêtes et
une production fort professionnelle. Et c’est moins
cher que d’acheter des disques vierges chez Costco.
Pour
quelques dollars de plus, j’opterais pour le coffret
de 50 CD Piano Masterworks ou pour Violin Masterworks.
Pour 300 $, je me fais plus entreprenant. J’ajoute
l’intégrale de Mozart chez Brilliant. Des symphonies,
des sonates, des concertos, des quatuors à cordes, des
trios, des opéras célèbres. Pour environ 150 $. Mais
les coffrets commencent à se faire rares. Il y a aussi
l’intégrale de Beethoven, 85 CD produits sous licence
pour la plupart. De la grande qualité.
Autre option : ajouter des coffrets mettant en vedette
vos chefs d’orchestre favoris. Von Karajan chez EMI
(88 CD pour 150 $ environ) ou von Karajan chez DG
(pour moins de 100$). Un très grand chef, des
orchestres splendides et les grandes symphonies du
répertoire. Mozart, Beethoven, Bruckner, Brahms,
Haydn, faites votre choix. On parle du top du top.
Pour 500$, vous pouvez vous gâter avec de l’opéra : je
vous recommande un coffret de 100 CD offrant 50 grands
opéras choisis dans le vaste catalogue London. On y
trouve de très belles versions d’opéras de Mozart,
Rossini, Beethoven, Bellini, Donizetti, Verdi, Bizet
et Puccini. La plupart des oeuvres ont été
enregistrées dans les années 60, en stéréo, avec une
prise de son qui n’a pas pris une ride. C’est le
coffret pour toute une vie.
Et pour terminer, j’ai bien dû acheter une vingtaine
de disques de l’Orchestre symphonique de Montréal avec
Charles Dutoit. Surtout la musique française de
Debussy, de Ravel ou de Berlioz et la musique russe de
Tchaïkovsky. En humble profane un peu chauvin, ce
serait agréable qu’on m’offre un coffret de
l’intégrale de l’OSM avec Dutoit. Pas trop cher avec
un livret intéressant. On serait quelques-uns à se
laisser tenter. C’est quand même notre orchestre…
Non aux intégrales - Claude Gingras
On
me demande de commenter les suggestions de disques
classiques de mon cher collègue Réjean Tremblay. Je
patine moins vite que lui et j ’ai un peu de peine à
suivre sa pensée. Ainsi, il recommande deux
intégrales de Beethoven : l’une de 87 compacts, à
49,95 $, sous l’étiquette Cascade, l’autre de 85
compacts. Dans ce dernier cas, il n’indique ni
marque, ni prix. De toute évidence, il fait
référence à l’intégrale Brilliant à 150 $ que je
recommandais en fin d’année dernière dans ma liste
de Noël.
Ces i ntégrales sont destinées au mélomane qui
possède déjà une discothèque relativement
importante, alors que Réjean s’adresse manifestement
au débutant, à celui qui est aussi ignorant en
musique que je le suis, moi, en sport.
Il faut donc y aller progressivement et ne pas
ensevelir le pauvre néophyte sous des intégrales de
ceci ou de cela achetées sous prétexte qu’elles ne
coûtent que 49,95 $. Ces « briques » comportent
d’ailleurs le risque que l’on sait : notre homme
fera jouer les deux ou trois mêmes disques et
ignorera le reste.
Pas de raison, donc, de « commencer » par le coffret
baroque de Brilliant ou par l’intégrale des
enregistrements réalisés chez EMI par le violoniste
David Oïstrakh. Ce sont deux sujets trop
spécialisés, comme l’est Herbert von Karajan, chef
carrément surestimé.
Réjean parle encore d’un coffret London contenant 50
opéras en 100 compacts – l’équivalent, en somme,
d’une i ntégrale. London (à l ’époque, le nom
américain de la marque britannique Decca) était
réputé comme le réservoir des meilleures voix au
monde. Mais un très grand nom, Maria Callas, y
brillait par son absence et je doute que chacun des
50 opéras soit offert là dans sa version absolument
idéale.
Pour le débutant, je recommande donc l’approche
modérée. Il ne faut surtout pas l’assommer avec
TOUTES les symphonies de Beethoven et, encore moins,
TOUS les opéras de Mozart. Une liste de disques
offrant une grande diversité me paraît beaucoup plus
attrayante et efficace.
Dans un premier temps, je suggère de choisir une
oeuvre de chacun des compositeurs essentiels
suivants : Bach (un baroque, oui, mais d’abord un
intemporel), Haydn, Mozart, Beethoven, S c h u b e r
t , C h o pi n , S c h u ma n n , Liszt , Bra hms,
Sibelius, Dvorak, Tchaïkovsky, Rachmaninov, Verdi,
Puccini, Bruckner, Mahler, Debussy, Ravel,
Stravinsky, Chostakovitch, Prokofiev.
Les interprètes forment, autant que les
compositeurs, l’essence d’une discothèque sérieuse.
À cet égard, on ne peut ignorer Furtwängler chez les
chefs d’orchestre, Horowitz et Brendel chez les
pianistes, Heifetz chez les violonistes, Callas,
Flagstad, Schwarzkopf et Fischer-Dieskau chez les
chanteurs. Ce sont les premiers noms qui me viennent
à l’esprit. Il y en a des centaines d’autres !
COPIER-COLLER - Marie-Claude
Girard
La récente victoire de Claude Robinson contre
Cinar a de quoi encourager les artistes
québécois, qui sont peu nombreux à poursuivre,
mais assez nombreux à se faire voler – ou à
croire qu’on leur a volé – leurs oeuvres.
Portrait de ces fraudes parfois bana
Il y a quelques années, les tableaux de
plusieurs artistes du Québec et du Canada ont
été vendus à vil prix par une galerie chinoise.
Le problème, c’est que les peintres n’étaient
pas au courant. Et qu’il s’agissait en fait de
simples reproductions d’oeuvres affichées dans
leurs portfolios sur l’internet.
ILLUSTRATION FRANCIS LÉVEILLÉE, LA
PRESSE
«À la suite de nos démarches auprès du
gouvernement chinois et de l’ambassade, les
oeuvres ont été enlevées du site», raconte le
directeur général du Regroupement des artistes
en art visuel du Québec (RAAV), Christian
Bédard. Il a été informé par la suite que «des
mesures assez draconiennes et des arrestations
avaient eu lieu en Chine». Comment s’assurer par
la suite qu’il n’y ait plus de contrefaçon? «On
a très peu de moyens de contrôle. Cela
entraînerait des coûts énormes», dit-il.
Encore aujourd’hui, des sites comme
www.europic-art.com offrent des reproductions de
toiles de maîtres, mais aussi de peintres plus
contemporains. À chacun de vérifier si ses
oeuvres s’y trouvent!
En 2001, l’aquarelliste québécois JeanYves
Guidon a eu la surprise de voir une copie d’une
de ses toiles... primée lors d’un concours
organisé par la Ville de Mirabel. Une copie
faite apparemment en toute bonne foi par une
imitatrice, qui avait même fait imprimer des
cartes de Noël avec sa scène hivernale.
Après des pourparlers entre son avocat et les
assureurs de Mirabel, il a été dédommagé. Somme
reçue: 500$. C’est 10 000 fois moins que la
somme accordée la semaine dernière à Claude
Robinson. Toute autre affaire, toute autre
ampleur.
Ce n’était pas la première fois que JeanYves
Guindon constatait que des peintres – le plus
souvent amateurs – copiaient ses oeuvres. Mais
le fait que l’oeuvre plagiée ait gagné un
concours l’a particulièrement indisposé: «Cela
fait 25 ans que je peins à plein temps. Dès ma
première oeuvre, je me suis donné comme diktat
de ne pas faire de copie. Des copies, on fait ça
quand on apprend.»
Il est plutôt rare que des artistes cognent à la
porte de leurs associations pour se plaindre
d’avoir été plagiés ou volés, constate-t-on,
tant du côté de la Société des auteurs de
radio-télévision et cinéma (SARTEC), de l’Union
des écrivains du Québec (UNEQ) que du RAAV.
D’après Daniel J. Gervais, professeur de droit à
l’Université d’Ottawa et spécialiste de la
propriété intellectuelle, il y aurait en moyenne
une ou deux poursuites pour plagiat d’oeuvres
artistiques au Québec chaque année.
À
l’échelle du Canada, il y en aurait
quelques-unes de plus. «Mais la vraie
statistique, qu’on ne saura jamais, c’est
combien d’artistes n’ont pas les moyens d’aller
jusqu’au bout d’une poursuite», souligne
l’expert.
Pourtant, lorsqu’ils se rendent en cour, les
artistes ont souvent gain de cause. Les causes
récentes ont plutôt tendance à pencher du côté
des artistes, estime le professeur Gervais. Mais
contrairement au cas Robinson, les
dédommagements se situent généralement sous la
barre des 100 000$.
Balayeuse et soumission
Pour sa part, Me Normand Tamaro, avocat
spécialisé en droit d’auteur, a déjà rassemblé
une trentaine de nouveaux jugements touchant au
droit d’auteur depuis la fin 2008. Et à son
cabinet, les demandes d’aide sont incessantes,
dit-il.
Il faut dire que le droit d’auteur n’est pas
réservé aux artistes. Des modes d’emploi de
balayeuse, des recherches universitaires et même
des soumissions pour appel d’offres ont déjà
fait l’objet de litiges. Les sommes en jeu?
«Tout est fonction de l’exploitation faite de
l’oeuvre, dit-il. Il m’arrive souvent de dire à
des gens que s’ils poursuivent, ils peuvent être
certains que l’autre partie va faire faillite.»
À qui les idées?
Professeur de littérature au Collège
Maisonneuve, Christian Roy a écrit en 2004 une
comédie musicale inspirée des chansons de Beau
Dommage. Il a envoyé son manuscrit à plusieurs
maisons de production, à des metteurs en scène,
à des compagnies de théâtre. Son projet n’ayant
pas eu de suite, il l’a laissé sur un site
internet pour recueillir des commentaires.
La semaine dernière, il a appris avec surprise
qu’une comédie musicale inspirée de Beau Dommage
verra le jour au printemps prochain. M. Roy a
constaté que ce projet était différent du sien à
plus d’un égard (nombre de personnages,
histoire, etc.) et ne considère pas avoir été
plagié. Mais son cas illustre bien la volatilité
des idées. Comment savoir si c’est son idée,
semée un peu partout, qui a fait du chemin
involontairement et à l’insu de tous?
Tout est dans l’expression
«Ce n’est pas l’idée qui est protégée, mais
l’expression de l’idée», explique le directeur
général de la SARTEC, Yves Légaré. «L’idée doit
être suffisamment exprimée (et détaillée) pour
que ce soit quelque chose d’original.» De plus,
il est difficile de prouver qu’il y a plagiat si
on ne peut pas faire la preuve que d’autres ont
eu accès à l’oeuvre. Ainsi, il suggère aux
auteurs de soumettre leurs idées – lorsqu’elles
sont suffisamment étayées – à un nombre très
restreint de producteurs. Son association offre
d’ailleurs un service de dépôt confidentiel de
manuscrit.
De même, pour limiter les copies sur l’internet,
la RAAV recommande à ses membres de limiter la
taille des photos mises en ligne à une
résolution maximale de 72 points par pouce.
Le jugement dans l’affaire Robinson-Cinar
pourrait remettre les pendules à l’heure pour
ceux qui croyaient qu’on pouvait aller
relativement loin dans la copie sans être
inquiété, estime Me Tamaro, qui est également
chargé de cours à l’UQAM. Il pourrait nuancer
entre autres le concept selon lequel l’idée
elle-même n’est pas protégée.
Le jugement fait ressortir que le droit d’auteur
se mesure de façon qualitative, et non en termes
quantitatifs (nombre de notes ou d’éléments
copiés), explique-t-il. «Il y a plagiat quand on
peut reconnaître la signature de l’auteur.»
Par ailleurs, la définition du droit d’auteur a
connu un sérieux bouleversement depuis que
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a
commencé à s’en mêler en 1995, souligne de son
côté Me Gervais. À la Convention de Berne de
1886 – très proauteur et rédigée entre autres
par Victor Hugo (!) – s’est ajoutée une
définition plus commerciale: «S’il n’y a pas de
perte d’argent, il n’y a pas de violation de
droits d’auteur, résume Me Gervais. Ça, c’est
radicalement nouveau.»
Quelques causes de droit d’auteur
- Marie-Claude Girard
1. «LES» PAPAS DE PASSE-PARTOUT
À la suite de la sortie en 2006 des premiers
coffrets de DVD de la série Passe-Partout,
Laurent Lachance a intenté une poursuite contre
les comédiens Marie Eykel et Jacques L’Heureux
et leurs maisons de production dans le but de
faire reconnaître son droit d’auteur. Alors
qu’il était à l’emploi du ministère de
l’Éducation du Québec, M. Lachance a participé à
la création de l’émission. La cause suit son
cours devant les tribunaux. L’an dernier, les
défenseurs ont tenté, sans succès, de faire
reconnaître la poursuite comme frivole et non
fondée, faisant valoir entre autres que M.
Lachance a attendu 30 ans avant de faire une
réclamation.
2. «LES» MAMANS DE CAILLOU
Le conflit entre l’illustratrice Hélène
Desputeaux et l’éditrice Christine L’Heureux,
des Éditions Chouette, qui se disputaient la
maternité du personnage de Caillou, s’est rendu
jusqu’en Cour suprême en 2003 sur des notions
d’arbitrage. Un arbitre avait décidé
précédemment qu’il s’agissait d’une oeuvre créée
en collaboration par les deux femmes, mais que
les droits de reproduction étaient détenus par
la maison d’édition «à la condition cependant
qu’un tribunal judiciaire convienne de la
validité des contrats». L’affaire a finalement
pris fin par un règlement à l’amiable en 2005.
Il semble toutefois qu’Hélène Desputeaux ait pu
retrouver l’usage du personnage sans que les
Éditions Chouette ne cessent pour autant
d’utiliser le petit bonhomme chauve.
L’illustratrice a d’ailleurs convenu un autre
règlement à l’amiable dans un dossier connexe
avec Cinar.
3. LA MUSIQUE DU DORTOIR
Un arrêt de la Cour d’appel a donné
raisonen2003àlacompagnieCarbone 14 et Gilles
Maheu dans le conflit qui l’opposait au
compositeur Michel Drapeau. Le tribunal a conclu
que «même s’il a contribué à cette oeuvre en
composant une grande partie de la musique
originale» accompagnant le spectacle théâtral Le
dortoir, «la contribution du musicien n’a pas
atteint une importance telle qu’elle aurait fait
de lui un coauteur de l’oeuvre».
4. L’ABC DES FILLES
L’automne dernier, les Éditions Fleurus, qui
publient Le dico des filles, ont tenté en vain
d’empêcher la diffusion de L’abc des filles, qui
s’apparente à une version québécoise de
l’ouvrage français publié par les Éditions Les
Malins. Fleurus reconnaissait que les textes des
deux ouvrages étaient différents, mais il
estimait entre autres que la présentation du
livre et la liste des termes et expressions
contenus dans le livre violaient son droit
d’auteur.
5. LE GUIDE DE LA MOTO
La Cour d’appel a renversé l’année dernière une
décision de la Cour supérieure concernant la
reproduction d’une série de chiffres tirés du
Guide de la moto 2003. Les trois juges sont
arrivés à la conclusion que la société Xprima a
violé le droit d’auteur de Bertrand Gahel en
reproduisant sur son site internet Moto123.com
des données copiées du Guide de la moto 2003
relatives à la vitesse de pointe, l’accélération
au quart de mille, la consommation moyenne, la
puissance et le couple. Le site web a été
condamné à verser 12 500$ plus intérêts.
6. LA SONNERIE DE CELLULAIRES
7. REPRODUCTIONS SUR TOILE



La Cour d’appel fédérale a conclu l’an dernier
que la Commission du droit d’auteur a eu raison
d’autoriser la Société canadienne des auteurs,
compositeurs et éditeurs de musique à cueillir
des redevances pour la transmission sans fil de
sonneries, considérant qu’elles sont soumises à
la loi fédérale sur le droit d’auteur.
L’Association canadienne des télécommunications
sans fil, Bell Mobilité et Telus contestaient
cette décision. La Cour suprême a rendu une
décision partagée – et controversée – en 2002
dans la cause opposant le peintre Claude
Théberge à des galeries qui avaient reproduit
des images de ses tableaux sur des toiles.
L’artiste avait cédé par contrat à un éditeur le
droit de publier sur papier certaines de ses
oeuvres. Mais il s’est opposé à ce que des
galeries les transfèrent par entoilage, un
procédé permettant de prélever les encres d’une
affiche papier imprimée et de les reproduire sur
une toile. À quatre voix contre trois, les juges
ont tranché en faveur des galeries.
Menaçante, la Chine? - Marie-Claude
Girard
À la fin d’une conférence qu’il donnait en
Chine, on a demandé au professeur Daniel Gervais
d’autographier un de ses ouvrages sur les
accords de l’Organisation mondiale du commerce
en matière de propriété intellectuelle. Stupeur:
le livre, en chinois, était une copie illégale
de la version anglaise de son livre! Après
quelques secondes, la colère a laissé place à la
rigolade. Par contre, son éditeur était fâché et
se demande s’il ne va pas intenter une
poursuite.
«La
Chine s’est adaptée en 20 ans aux normes
internationales en droits d’auteur qui ont pris
un siècle à s’implanter en Occident, fait valoir
le chercheur. Ils ont créé des tribunaux en
droits d’auteur qui fonctionnent, peut-être pas
parfaitement. Il faut être patient.»
— Marie-Claude Girard
Robinson: une victoire et son poison
- YVES BOISVERT
Le triomphe presque entier de Claude Robinson,
aussi réjouissant soitil, est un fruit
judiciaire empoisonné.
En apparence, c ’est un gain formidable pour
tous les auteurs et un puissant message pour les
fraudeurs, producteurs véreux et autres voleurs
d’idées.
Pour Claude Robinson, c’est en effet une
victoire. Pour tout le monde en général aussi,
puisqu’on assiste à un acte de justice
spectaculaire, que des torts sont redressés et
des vilains dénoncés.
Mais il y a une autre lecture à faire de cette
saga, plus conforme à la dure réalité
judiciaire. Ce jugement constate la faillite du
système judiciaire à empêcher les voleurs
millionnaires d’écraser légalement les victimes.
Peu de gens seraient capables d’endurer ce qu’a
enduré Claude Robinson pendant 14 ans. Quatorze
années où il n’a pensé qu’à ça. Des années où,
souvent, il a eu les idées les plus noires.
Le système judiciaire n’a pas trouvé les moyens
de gérer cette cause de manière à peu près
humaine. Robinson a donc été soumis au supplice
de la goutte procédurale : un petit
interrogatoire ici, un appel incident là, un
changement de bureau d’avocats chez Cinar, des
remises, des blocages, etc.
Certes, la justice l’attendait en fin de
parcours. Mais l’affaire prouve aussi qu’il faut
une force surhumaine pour résister à cela.
Robinson a eu la chance, je l’ai dit hier, de
pouvoir compter sur un avocat (MarcAndré
Blanchard) qui a mis sa crédibilité en jeu dans
son bureau d’avocats pour financer le litige, en
quelque sorte.
Mais après 11 ans de procédures, Blanchard a été
nommé juge. À ce moment, les honoraires (non
payés) s’élevaient à un peu plus d’un
demi-million. Ce qui représente environ 50 000$
par année. C’est bien sûr titanesque. Mais une
fois son protecteur nommé juge, voici que les
honoraires de Robinson se sont mis à gonfler,
gonfler… pour atteindre, après le procès, la
coquette somme de... 2,4 millions !
Pas mal, non? Pendant 11 ans, on facture un peu
plus de 50 000$ par année en moyenne – et il y
en a eu, des procédures avant le procès. Et pour
les deux dernières années… presque un million
par année !
Évidemment, dans ces deux années, il y a eu 65
jours de procès, plus la préparation. Mais tout
de même, c’est assez fort de café.
C’est d’ailleurs l’opinion du juge Claude
Auclair. Certes, il a condamné les défendeurs à
rembourser les honoraires d’avocats de Robinson
mais « seulement » à hauteur de 1,5 million.
Le
juge écrit que ne pas ordonner le remboursement
de ces honoraires reviendrait à avaliser « le
fait que les tricheurs et les menteurs puissent
perpétuer leur conduite immorale et leurs
manoeuvres illégales en toute impunité, car
aucun individu ne pourrait se permettre seul une
telle dépense ».
Le juge ajoute cependant, à l ’ i ntention du
bureau Gowlings, qui défendait Robinson, que ce
n’est pas « un bar ouvert où l’on ne peut
choisir que champagne, caviar et filet mignon ».
D’où la somme de 1,5 million au lieu des 2,4
millions demandés.
On se demande en effet dans quel monde vivent
certains bureaux d’avocats quand on voit les
taux horaires réclamés pour les actes les plus
insignifiants.
Mais enfin, encore fallaitil un bureau pour
accepter de f inancer l ’aventure et Gowlings
l’a fait, ce qui est parfaitement honorable. Je
n’en connais pas beaucoup qui auraient résisté
aussi longtemps.
Il n’en reste pas moins qu’on est devant une
victime hors du commun, qui a conservé ses reçus
de taxi d’il y a 20 ans, et qui a elle-même mené
une enquête maniaque qui aurait coûté à elle
seule des centaines de milliers de dollars. Il a
été défendu par deux excellents avocats qui ont
accepté un arrangement hors norme.
Le résultat est spectaculaire. Mais qui peut se
permettre une telle aventure? Et comment faire
pour empêcher toutes les manoeuvres de blocage
judiciaire, ces requêtes inutiles, cette
multiplication des actes qui finissent par faire
exploser les coûts?
On a beau punir les défendeurs en bout de
parcours, qui peut suivre ce chemin? Faut-il
absolument être surhumain pour obtenir justice
face à des voleurs millionnaires ? On dirait
bien que oui.
En ce sens, cette victoire est une preuve par
l’absurde des problèmes de l’accès à la justice.
Les changements du printemps à la procédure
civile permettent en principe de faire financer
la défense de citoyens injustement poursuivis et
de punir les abus. On verra comment ils seront
interprétés. La gestion serrée des dossiers par
les juges est encore un projet.
Tant qu’une réforme de la procédure ne sera pas
accomplie, on peut difficilement dire que la
victoire de Robinson est un grand pas pour les
créateurs. Il n’empêche qu’elle est
réjouissante. Et peut-être permettra-t-elle
d’accélérer les réformes qui tardent tant.
On ne peut pas s’empêcher de voi r, également ,
que Ronald Weinberg et feu Micheline Charest ont
échappé à la justice criminelle. Il y a pourtant
toute une panoplie d’actes frauduleux étayés,
prouvés et détaillés dans le jugement Auclair.
Parjures, faux documents, contre-lettres,
complicité d’avocates de Cinar… Il y a du
matériel en masse pour la police et pour le
barreau là-dedans.
Il a fallu des enquêtes journalistiques (en
particulier de Pierre Tourangeau à RadioCanada)
pour secouer les autorités il y a 10 ans et
faire éclater le scandale. On a eu connaissance
d’au moins trois enquêtes, depuis 1995, pour
violation du droit d’auteur et pour fraude. Mais
rien n’a abouti à des accusations sans qu’on
sache pourquoi. À la lumière du jugement
Auclair, c’est incompréhensible.
Un
regard policier nouveau sur ce dossier pourri
s’impose pour réparer tant soit peu cette autre
injustice.
Claude retrouve Robinson - NATHALIE
PETROWSKI
La
barbe est hirsute et presque blanche : la barbe
d’un vieillard. Les poches sous les yeux sont
lourdes et sans doute gonflées par trop de larmes
amères et silencieuses.
À la télé hier devant le palais de justice de
Montréal, le visage de Claude Robinson portait les
stigmates d’un homme éprouvé par le temps et par
la cruauté d’une bataille qu’il a livrée
pratiquement seul pendant 14 ans contre Cinar, le
mini Disney québécois, autrefois un fleuron de la
production télévisuelle d’ici.
Le visage de Claude Robinson disait peut-être son
épuisement, mais sa voix émue, elle, disait le
bonheur, le soulagement, l’apaisement et la
libération que lui a procurés sa formidable
victoire en cour hier.
Formidable parce que le j uge Auclair a reconnu ce
que Claude Robinson se tue à répéter depuis 14 ans
: à savoir que la maison de production Cinar et
ses ex-dirigeants Ronald Weinberg et sa femme, feu
Micheline Charest, l’ont bel et bien volé,
physiquement et intellectuellement, en plagiant
l’histoire, les personnages et les dessins de
Robinson Curiosité, la série pour enfants qu’il a
imaginée au début des années 80 et qu’il leur
avait présentée pour qu’ils l’aident à la vendre
aux Américains.
Même si, dans cette histoire, il n’y a pas eu de
braquage de banque, c’est bien d’un hold-up
intellectuel qu’il s’agit. Le j uge l’a reconnu,
allant même j usqu’à qualifier les plagiaires de
bandits à cravate et les invitant à payer une
somme de 5,2 millions en dommages et intérêts à
Claude Robinson.
Mais ce n’est pas l’argent qui rendait Claude
Robinson fou de joie hier. C’était le sentiment
d’avoir retrouvé son oeuvre et, par le fait même,
d’avoir retrouvé son identité, son âme, sa
spécificité d’humain, son empreinte sur terre.
Pour le commun des mortels, cela peut paraître
bizarre. Après tout, perdre une oeuvre ce n’est
pas comme perdre 3 millions aux mains de Vincent
Lacroix ou d’Earl Jones.
Une oeuvre, c’est d’abord impalpable. Ça jaillit
du cerveau, de l’imagination, du coeur. Avec un
peu de chance, l’idée qui est le germe de l’oeuvre
se développe, grandit, se matérialise et devient
un film, un livre, une série pour enfants. Et
quand la chance n’est pas au rendez-vous, l’oeuvre
ne voit jamais le jour.
L’odieux
dans l’histoire de Claude Robinson, c’est que
l’oeuvre a vu le jour, mais à son insu.
L’auteur l’a découverte un matin en allumant
la télé et en voyant un personnage animé qui
lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, mais
sur lequel il n’avait plus aucun droit, ni
aucune prise. Aussi affolant que de voir un
étranger partir avec son enfant sans pouvoir
l’arrêter ni même crier au secours.
Pas étonnant que Claude Robinson ait subi un
violent choc devant ce vol d’identité, ni que
ce choc se soit mué en crise de larmes, en
colères, en dépression.
Dans un cas comme celuilà, il n’y a qu’une
solution pour ne pas sombrer : se battre. Se
battre envers et contre tous, même si l’ennemi
est le plus fort et le plus armé. C’est la
voie difficile que Claude Robinson a choisie,
en intentant une poursuite pour plagiat et
pour viol de propriété intellectuelle contre
Cinar, une société qui à l’époque valait plus
de 100 millions et qui jouissait d’une
réputation sans tache.
Vu l’inégalité du combat, les dirigeants de
Cinar auraient pu se montrer bons princes,
reconnaître leurs t orts et acheter la paix en
trouvant un règlement à l’amiable. Ils ont
préféré tout nier, convaincus qu’ils étaient
les plus forts et les plus rusés et que
Robinson finirait par se lasser et par rendre
les armes. Erreur. Non seulement Robinson a
refusé d’abandonner sa cause, mais il en a
fait une croisade personnelle.
On l’a traité de fou, de lunatique, d’obsessif
compulsif. N’empêche. C’est sa petite
poursuite qui a fait éclater l’affaire des
prête-noms, ces auteurs fictifs auxquels Cinar
avait recours pour obtenir des crédits d’impôt
de Téléfilm Canada. Et quand le Bloc québécois
a révélé que le fils du président de Téléfilm
Canada avait lui-même servi de prêtenom à
Cinar, Sheila Copps, la ministre du Patrimoine
de l’époque, a été obligée d’instituer une
enquête. Les fondations du Disney québécois se
sont mises à trembler, ses actions ont
dégringolé en Bourse, entraînant dans leur
chute des millions puis, des mois plus tard,
la démission forcée de Ronald Weinberg et de
feu Micheline Charest.
Quatorze ans plus tard, le Disney québécois a
été racheté par une société de Toronto,
Micheline Charest est morte dans la salle de
réanimation de son chirurgien esthétique, son
mari est ruiné – ou du moins passablement
moins riche qu’il le fut un jour. Le seul
gagnant de cette triste histoire est Claude,
qui a enfin retrouvé Robinson.
«C’ÉTAIT UNE PARTIE DE MOI-MÊME» -
Francis Vailles
Ses
opposants ont tout fait pour l’épuiser moralement et
financièrement, mais le créateur Claude Robinson est
resté tenace. Après 14 ans de débats juridiques, il
a gagné sa cause contre Cinar, Ronald Weinberg et
quatre autres défendeurs.
PHOTO FRANÇOIS ROY,
LA PRESSE
Après 14 ans de luttes
juridiques, Claude Robinson obtient une
compensation de 5,2 millions de dollars, plus les
frais d’expertise. Le juge accorde également les
intérêts accumulés depuis 1995, si bien que les
défendeurs devront payer environ 10 millions de
dollars en tout.
Dans un jugement de 240 pages, le juge Claude
Auclair conclut que son dessin animé Les aventures
de Robinson Curiosité a été malhonnêtement plagié.
Il en tient responsables Cinar, Ronald Weinberg et
feu Micheline Charest, le producteur d’émissions
télé France Animation et ses dirigeants Christophe
Izard et C h r istia n Dav i n , de même que le d
ist r ibuteu r a l lema nd Ravensburger.
Claude Robinson obtient une compensation de 5,2
millions de dollars, plus les frais d’expertise. Le
juge accorde également les intérêts accumulés depuis
1995, si bien que les défendeurs devront payer
environ 10 millions de dollars en tout.
Claude Robinson est très heureux de ce dénouement. «
Ce n’était pas juste une création. J’avais dessiné
mon visage (Robinson Curiosité) et ils ont copié
cela. C’était une partie de moi-même », a dit le
créateur de 58 ans.
Claude Robinson a fait de cette cause le combat de
sa vie. Souvent, les j ournalistes le croisaient au
palais de justice de Montréal, à la recherche du
moindre document pouvant appuyer sa thèse.
Le créateur a soumis son oeuvre à Ronald Weinberg et
Micheline Charest pour la première fois en février
1986, il y a 23 ans. En octobre 1995, la copie de
Cinar, baptisée Robinson Sucroë , ét a it prête à
être diffusée, mais Claude Robinson a envoyé une
mise en demeure à Cinar, l’accusant de plagiat.
Hier, le juge Auclair a ordonné aux défendeurs de
cesser de produire Robinson Sucroë. De plus, le juge
déclare Claude Robinson propriétaire de tous les
exemplaires de Robinson Sucroë et de tous les
originaux, dessins et bandes magnétiques. Ces
documents doivent lui être remis dans les 60 jours.
Jugement très dur
Le juge est très dur à l’endroit des défendeurs. «
La conduite des affaires de Charest, Weinberg et
Izard est basée sur la tricherie, le mensonge et la
malhonnêteté. Ils n’hésitent pas à trafiquer les
contrats afin d’en gonfler les coûts de production
pour obtenir des subventions », écrit-il.
Plus
loin, il blâme une fois de plus Christophe Izard, le
présumé auteur de Robinson Sucroë. « Quand la
tricherie est la règle, quand on se gargarise
d’honneur – Izard portant fièrement au revers de sa
veste l’insigne de la Légion d’honneur à toutes ses
présences en Cour – et que le mensonge et les
versions contradictoires sont la règle, on ne peut
reprocher à Claude Robinson l’importance et
l’amplitude de son enquête dans sa recherche de la
vérité. »
Claude Robinson est le premier à avoir mis au jour
l’affaire Cinar, qui a produit la populaire série
Caillou. En 1999, son enquête a permis de révéler
que l’entreprise utilisait des prête-noms pour
obtenir des subventions.
Ces révélations ont rendu plus suspicieux le conseil
d’administration de Cina r, alors inscrite en
Bourse, si bien que, en 2000, le conseil a découvert
que 122 millions avaient été détou rnés aux Bahamas,
un paradis fiscal, au détriment des actionnaires en
Bourse.
L es opposa nts de Claude Robinson ont maintenant 30
jours pour interjeter appel, et tout indique qu’ils
le feront. « Personne n ’e s t pr ê t à fa i re de c
hèque. Les gens sont surpris et déçus. Compte tenu
du jugement, certains défendeurs vont en appeler »,
a déclaré Pierre Lefebvre, de Fasken Martineau, qui
représente l’essentiel des défendeurs.
La firme Cookie Jar, de Toronto, qui a acheté ce qui
restait de Cinar en 2004, assure que des fonds ont
été prévus dès l’acquisition au cas où il faudrait
indemniser Claude Robinson. « Il faut d’abord voir
s’il y aura appel. Mais l’argent est là pour la
portion que nous devrions payer », nous a dit le
porte-parole de Cookie Jar, Alex Rabinovich.
La facture à payer à M.Robinson est scindée en
quatre pa rts. D’abord, l’ensemble des défendeurs
doit payer à Claude Robinson 2,7 millions de
dollars. Avec l’intérêt au taux légal plus
l’indemnité additionnelle depuis 1995, la facture
double, environ.
Ensuite, le juge condamne Ronald Weinberg, feu
Micheline Charest, Christian Davin, France Animation
et Christophe Izard à payer un million de dollars en
dommages exemplaires, avec intérêt au taux légal.
De plus, le même groupe est tenu de payer la
totalité des frais d’expertise, avec intérêt.
Enfin, l’ensemble des défendeurs est tenu de verser
1,5 million pour les frais d’avocats, à quoi il faut
ajouter la TPS et la TVQ.
« L’objectif de l’octroi de dommages punitifs est de
prévenir des cas semblables et de punir ces bandits
à cravate ou à jupon, afin de les décourager de
répéter leur stratagème et sanctionner leur conduite
scandaleuse, infâme et immorale », écrit le juge
Auclair.
Claude Robinson retrouve son oeuvre -
Marie Tison & Paul Journet
Le
long combat de Claude Robinson contre Cinar a été,
selon ses propres mots, « une épreuve monumentale
». Mais il en a valu la peine.
« Le juge vient de me redonner mon oeuvre », s’est
réjoui M. Robinson hier matin, lorsqu’il a
rencontré les journalistes aux portes du palais de
justice de Montréal.
Il a affirmé que le langage sévère du j ugement
était à la hauteur du dél it de s C h a re s t ,
Wei nb e r g e t compagnie.
« Ce que le juge écrit est tout à fait juste,
a-t-il soutenu. Ces gens-là sont des bandits en
cravate ; ils ont menti, ils ont trafiqué des
documents. Il y a là une arrogance profonde, un
mépris des autres. »
Il a ajouté que le jugement allait donner des
outils aux autres créateurs. « Ma grande crainte,
c’était d’avoi r u n jugement qu i v ien ne
amoindrir la protection des créateurs, ça me
terrorisait », a-t-il admis.
Il a également avoué aux journalistes qu’il avait
douté « tous les matins, tous les soirs ». « On me
demandait de faire confiance à la justice, mais
après 14 ans ce n’était pas facile, at-il indiqué.
Il y avait beaucoup de raisons de se décourager.
Toutes les procédures que j’avais dans la face,
c’était phénoménal. »
Il a toutefois affirmé qu’il n’avait pas eu le
choix et qu’il devait se battre : « C’était mon
visage qui était à l’écran. Ce n’était pas juste
une création qui avait sa vie propre. J’avais
dessiné mon visage et ils ont copié cela. C’était
une partie de moi-même, personne ne pouvait me le
voler. »
Ce
n’était donc pas une simple
question d’argent. « C’était plus profond que
cela. »
Il a indiqué qu’il n’avait pas encore calculé les
sommes qu’il était susceptible de recevoir, mais
il espère être en mesure de s’acheter des crayons
et des pinceaux. Pendant les 14 ans de son combat,
M. Robinson a été incapable de créer. Il a
toutefois recommencé à peindre il y a deux
semaines, à l ’o c c a sio n de va c a n c e s au
x Éboulements : « Je me suis réconcilié avec mes
petits pinceaux. Ce que ce jugement me permet,
c’est d’aller dans un certain magasin m’acheter de
beaux pinceaux et de belles toiles. »
Toutefois, pas question de revenir dans le monde
des dessins animés et de la production
télévisuelle. « C’est un milieu que je ne veux
même pas toucher, a-t-il dit. Je vais faire mes
petites toiles, mes petites peintures. Je ne veux
pas dépendre d’un milieu où des sociétés d’État
viennent défendre mes adversaires contre moi. »
Évidemment, un appel du jugement est une forte
possibilité. Cela n’a pas démonté M . Robinson. «
Ils ont le droit, a-t-il déclaré. Qu’ils y
aillent. Après 14 ans, je suis habitué. Mais là,
j’ai un jugement qui me donne raison, qui
reconnaît que mon oeuvre est mon oeuvre. »
Il a tenu à souligner l’appui que lui ont apporté
sa femme, ses amis et la Société des auteurs de
radio, télévision et cinéma (SA RT EC) dans son
combat.
L a SA RT EC ava it a massé quelque 8 4 0 0 0 $
pou r a ider M. Robinson à assurer sa défense.
Elle salue maintenant sa victoire : « Nous som mes
extrêmement contents, indique son directeur
général, Yves Légaré. Quand on regarde le j
ugement, sa crédibilité vient d’être attestée, et
celle de Cinar a été entachée. Nous continuons
d’étudier le jugement, mais il est certain que
c’est une très bonne nouvelle pour tous les
auteurs. »
Robinson :
La revanche du tout-nu de Duvernay - Nathalie
Petrowski
Après 14
ans d’une saga juridique qui l’a épuisé moralement et
financièrement, le créateur Claude Robinson a finalement
obtenu gain de cause cette semaine contre les
ex-dirigeants de Cinar. Dans cette lutte à armes inégales,
chaque jour a été un calvaire
Le matin du jugement dans la cause qui l’opposait depuis
14 ans aux ex-dirigeants de Cinar, Claude Robinson a
quitté sa petite maison de Verdun avec sa blonde, Claire
Robert. Une boule d’angoisse au fond de l’estomac, le
coeur lourd et la mort dans l’âme, les deux ont posé leur
main sur la brique de la maison dans l’espoir qu’elle leur
porte chance. C’était un geste presque désespéré pour une
cause qui l’était tout autant. Depuis 1996, le
dessinateur, graphiste et auteur de la série pour enfants
Robinson Curiosité tentait de convaincre les tribunaux que
Cinar, le Disney québécois, fleuron glorieux et sans tache
de la production québécoise, avait volé et plagié son
oeuvre. Mais pendant 14 ans, sa récolte fut une suite sans
fin d’obstacles, de mises en échec, de revers, de reports
procéduriers et de dettes qui n’en finissaient plus de
grimper.
« Claire
et moi, on savait que si on perdait en cour mercredi, on
perdait tout : la maison, l’auto, notre entreprise. Nos
det tes étaient si importantes que si le jugement nous
avait été défavorable, nous étions finis. On n’arriverait
jamais à s’en sortir. »
Au palais de justice, une surprise de taille attendait le
graphiste originaire de Duvernay et ami d’enfance de
ClaudeMeunier et des gens de Beau Dommage: dans un
jugement de 240 pages, le juge Auclair, de la Cour
supérieure du Québec, a déclaré les ex-dirigeants de
Cinar, ainsi que leurs associés chez France Animation et
Ravensburger, coupables de plagiat et de vol de propriété
intellectuelle, les condamnant à verser à Robinson une
compensation de 5,2 millions qui, avec les intérêts et les
frais d’expertise, s’élève à environ 10 millions.
Pourtant, à l’issue de cette journée faite de sueurs
froides et d’émotions fortes et qui tirait un trait
victorieux sur un enfer de 14 ans, Claude Robinson n’est
pas allé sabler le champagne ni danser de joie avec sa
bienaimée et indéfectible alliée.
Pas de champagne
« Après avoi r ac cordé 2 4 entrevues aux médias, chose
que je tenais à faire parce qu’à mes yeux les médias sont
vraiment les derniers remparts de la démocratie et que,
sans eux, ma cause aurait sombré dans l’indifférence,
Claire et moi on est allés prendre un p’tit sandwich et
une demi-bouteille de vin au Café Cherrier. On n’a pas
commandé de champagne ni crié à la victoire parce qu’on
savait qu’il y aurait sans doute un appel, mais aussi
parce qu’on n’a pas gagné à la loterie, bordel! La justice
n’a fait que rétablir les faits et reconnaître tout ce
qu’on a perdu depuis 14 ans. Les gens ont tendance à
oublier que c’est notre vie qui, pendant toutes ces
années-là, a été sur le billot. »
Deux jours après que la just ice « eut rétabl i les faits
» , Claude Robinson me reçoit dans les locaux ensoleillés
de son entreprise d’infographie Virtuel Création, au
troisième étage d’une veille usine rénovée de Pointe
Saint-Charles. Encore sonné par les événements et
n’arrivant pas toujours à maîtriser ses émotions, le fils
de Léo Robinson, un vendeur de pneus, et de Pauline
Daoust, une femme au foyer devenue porcelainiste après un
grave accident d’auto, s’emporte, s’enflamme, s’impatiente
et finit par avouer qu’il n’a pas encore le recul
nécessaire pour jouir de ce qui lui arrive.
« Mon seul plaisir pour l’instant, c’est de lire et de
relire le jugement Auclair, qui est d’une intelligence et
d’une précision étourdissante, et cela même si, sur
certains points, le juge ne me donne pas raison. Pour un
pessimiste comme moi, ce jugement est la preuve que les
lois sont belles et bien faites et que ça vaut la peine de
se tenir debout et de défendre ses droits. »
Du foui l l is de sa table de travail, Robinson, qui
arbore toujours une barbe hirsute qu’il refuse de couper,
m’indique une immense armoire de 21 pieds de long qui
bouffe la moitié de l’espace. Il se lève et ouvre les
portes les unes après les autres, révélant des rangées et
des rangées de documents ( 5000 en
tout) alignés comme des soldats et classés avec un soin
maniaque par dates et par thèmes. Cette armoire bourrée de
reçus, de factures, de rapports, de vidéos, de cassettes
et de preuves accablantes, c’est la machine de guerre qui
lui a permis de triompher de ses adversaires.
Un combat à la portée de tous
« La
créativité est sortie de ma vie il y a 14 ans,
raconte-t-il. Je n’ai plus jamais acheté de tube de
peinture depuis. Je n’avais pas le choix. Je ne pouvais
plus me permettre le luxe de fabuler ou de rêver comme un
artiste. Je devais m’en tenir aux faits, aux preuves et à
la vérité. C’était ma seule force contre des gens qui
mentaient et qui ont fini par s’empêtrer dans leurs
mensonges. Face à leur argent et à leur pouvoir, j’étais
un tout-nu, une merde, un rien du tout, mais ma force,
c’est que je n’avais rien à perdre. Eux avaient tout à
perdre, y compris leurs millions. Leur peur de perdre de
l’argent a été leur plus grande faiblesse. »
Même si Claude Robinson a fait preuve d’une ténacité et
d’une organisation mentale hors du commun, il ne se voit
pas comme un être d’exception et croit que le combat qu’il
a mené est à la portée de tous, pourvu qu’ils y mettent un
peu de volonté et qu’ils aient à coeur leurs droits.
« L’exception, à mes yeux, ce n’est pas de se battre quand
nos droits ont été bafoués. C’est de refuser de le faire,
affirme-t-il. Moi, je suis un ti-cul ordinaire de Duvernay
qui a la manie de tout garder, y compris mes factures de
téléphone de 1975. Pour le reste, j’ai eu la chance
pendant toutes ces années d’avoir le soutien fabuleux de
ma blonde, de mes amis, de ma famille, de ma belle-famille
et des avocats de Gowlings qui ont accepté de me
représenter. C’est eux et mon psy qui m’ont gardé en vie
quand je broyais du noir, que je ne voyais plus clair et
que j’avais des idées suicidaires. »
Quand on demande à Claude Robinson quel a été le moment le
plus noir de son combat, sa voix chute de quelques
octaves. Il répond: « Tous les jours. Et si je ne me suis
pas tiré une balle dans la tête ou que je n’ai pas foncé
dans un pilier sur l’autoroute même si l’envie ne manquait
pas, c’est à cause des gens que j ’aime, mais aussi à
cause de Robinson Curiosité. En tant que créateur, t’es
non seulement responsable de ce que t’as créé, mais tu
dois protéger et défendre cette création, sinon tu trahis
ton oeuvre et tu te trahis toi-même. »
À ce sujet, il insiste sur le fait que lorsqu’il est allé
cogner à la porte de Micheline Charest et de Ron Weinberg
en 1986 pour qu’ils l’aident à vendre Robinson Curiosité
aux Américains, il ne leur a pas présenté une simple idée,
mais bien l’expression d’une idée fixée sur un support et
constituée de scénarios, de textes et de dessins sur
lesquels il planchait depuis 10 ans. Nuance.
Robinson a souvent évoqué le choc nerveux qu’il a ressenti
le 4 septembre 1995, en découvrant par hasard à la télé sa
série grossièrement plagiée. Il dit aujourd’hui que ce qui
a fait le plus mal, c’est la perte d’estime de soi.
Une pensée pour les victimes d’Earl Jones
« Tu te trouves tellement stupide, épais, niaiseux de
t’être fait fourrer que sur le coup, t’as vraiment pas la
force de te battre. Ton estime est à zéro. Tu trouves que
t’es un moins que rien qui ne mérite pas de vivre.
Aujourd’hui, quand je vois les victimes d’Earl Jones, je
suis vraiment inquiet pour elles. Non seulement ces
gens-là ont tout perdu et ne retrouveront jamais leur
argent, mais le gouvernement tente de les culpabiliser en
les tenant en partie responsables de leurs déboires. Je
trouve cela odieux et dangereux. Ces gens-là sont fragiles
à l’extrême comme je l’ai été. Ils ont besoin d’être
aidés, pas jugés. Qu’est-ce que le gouvernement attend
pour leur fournir une assistance psychologique et médicale
? »
Par moments, on a l’impression que Claude Robinson s’est
tellement battu qu’il ne sait plus comment quitter le
champ de bataille ni déposer les armes. Pendant qu’il me
parle, il ne peut s’empêcher d’aller vérifier si malgré
l’interdiction du juge Auclair, les vidéos de Robinson
Sucroë figurent encore sur le site de Cookie Jar,
l’entreprise qui a acheté Cinar. À peine quelques clics et
voilà la photo du personnage plagié qui apparaît en
couleurs sur le site, soutirant un rire jaune et une pluie
d’injures de la part de Robinson. Mais la séance de
défoulement sera interrompue par l’arrivée inattendue du
gérant de l’immeuble et de ses adjoints. Les cinq ne
connaissent pas Robinson, mais ils ont tenu à venir le
féliciter personnellement et à lui offrir un gâteau.
Touché par le geste, le barbu guerrier se mue en ourson
reconnaissant. Les yeux humides, il se lève pour aller les
remercier chaleureusement.
Pendant 14 a ns, Claude Robinson s’est battu tout seul
dans son île en ramant contre les courants contraires et
les vents hostiles. Le jugement Auclair l’a ramené sur
terre avec ses semblables. Le tout-nu, le rien du tout,
comme il se décrit lui-même avec autodérision, est devenu
un héros. Dans la rue, on le reconnaît, on le salue, on le
félicite et on le remercie. Et lentement mais sûrement,
Claude Robinson apprend à accepter ces marques d’affection
et à se dire qu’il les mérite.

Un peu de soleil dans l’île de Robinson
- Nathalie Petrowski
Dans
l’euphorie du moment, mercredi dernier, quand le juge
Auclair a attribué la victoire judiciaire à Claude
Robinson et lui a accordé la paternité de la série
Robinson Sucroë ainsi qu’une compensation de 5,2
millions, nous avons oublié l’essentiel. Et
l’essentiel, c’est que le j ugement n’était pas
exécutoire.
À cause de cette petite gêne de la part du juge, il
est tout à fait possible (voire fort probable) que
Christophe Izard, Ron Weinberg et tous ceux reconnus
coupables de plagiat et de vol de propriété
intellectuelle dans cette sale affaire, contestent le
jugement et interjettent appel. Ils ont 30 jours pour
le faire. Le cas échéant, Claude Robinson devra
attendre encore 100 ans avant de voir la couleur de
son argent, si tant est que l’argent finisse par se
matérialiser.
Résultat: David aura peut-être triomphé moralement sur
Goliath, mais sera toujours aussi cassé et endetté.
En attendant, un pâle soleil s’est mis à briller dans
l’île de Robinson grâce au juge qui a ordonné aux
plagiaires de cesser d’exploiter l’image de Robinson
Sucroë et de cesser de diffuser la série.
Lentement mais sûrement, cette obligation doublée d’un
appel à la vérité des faits a contaminé le web et
forcé des corrections immédiates.
Ainsi, la chaîne câblée française Gulli, qui a diffusé
la série tout l’été et qui prévoyait encore le faire
dimanche matin, a cessé abruptement la diffusion de la
série sans fournir d’explications aux tout-petits et à
leurs parents.
Sur Wikipédia, Christophe Izard est toujours un homme
de télévision français connu comme concepteur de
programmes pour la jeunesse. Mais depuis mercredi, il
est aussi «coupable de plagiat dans la cause
l’opposant à Claude Robinson».
Les collaborateurs de Wikipédia (sans doute aidés par
des amis de Claude Robinson) ont été parmi les
premiers à corriger le tir. On les en remercie. Sur
Animeka, un site qui répertorie toutes les émissions
produites par France Animation, le nom de Claude
Robinson vient enfin de faire son apparition après
avoir été invisible pendant 14 ans au générique de la
série. Robinson et
Christophe Izard partagent maintenant le titre
d’auteurs de Robinson Sucroë. Mieux encore, lorsqu’on
clique sur l’onglet « staff », Claude Robinson est
reconnu comme l’auteur du concept, ce qui est une
nette amélioration de son statut social.
A nimeguides, un site français qui se
spécialise dans les guides d’épisodes de séries
animées, redonne aussi à Claude Robinson son titre
d’auteur du concept de la série. De
toute évidence, les gestionnaires d’Animeguides sont
des amis de Christophe Izard, puisqu’ils ajoutent
auteur du concept... plagié par Cinar. Sous cette
mention, on peut lire que Christophe Izard est
l’auteur du dessin animé. Nulle part est-il spécifié
qu’il vient d’être reconnu coupable de plagiat.
De ce côté de l’Atlantique, au lendemain
du jugement Auclair, l’entreprise Cookie Jar faisait
belle figure. Son porte-parole nous assurait que non
seulement Cookie Jar avait les moyens de dédommager
Claude Robinson, mais que l’entreprise de Toronto
n’utilise plus l’image de Robinson Sucroë depuis
qu’elle a acquis Cinar en 2004.
Malheureusement, ce n’était pas tout à fait exact.
Cinq jours après le jugement Auclair, le site de
Cookie Jar offrait toujours la vidéo de présentation
de Robinson Sucroë avec sa petite musique entraînante
et son générique annonçant que la série est une idée
originale de Christophe Izard.
Depuis, la vidéo a été retirée du site et
le porteparole s’est confondu en excuses pour cette
omission. N’empêche, si je n’avais pas appelé ce
porte-parole lundi pour lui signaler le problème,
quelque chose me dit qu’elle y serait encore.
Dans l’île de Robinson comme dans la
vraie vie, tout n’est pas parfait. Ainsi, le site
d’Amazon France continue de vendre des coffrets DVD de
la série pour seulement 9,99 euros. Le
site GTV-Land, qui répertorie les génériques
d’émissions, nous annonce qu’en commandant Robinson
Sucroë sur PriceMaster, on peut réaliser des économies
non négligeables. Qu’est-ce qu’on attend pour se faire
plaisir ? Mais la
meilleure, c’est l’avertissement au bas de la page
d’accueil de GTV-Land, qui nous interdit de
télécharger le générique de Robinson Sucroë car ce
serait «une violation du code de la propriété
intellectuelle », preuve que certains s’arrogent le
droit de voler tout en l’interdisant aux autres.
Finalement, une dernière note qui ne
manque pas de saveur. En faisant mes recherches, j e
suis tombée à plusieurs reprises sur la chanson de
Robinson Sucroë. La version française est parfaitement
nulle et ne dit rien sinon que l’île de Robinson est
surpeuplée et qu’il y a des pirates autour.
La version anglaise, dont je n’ai pas
réussi à trouver le parolier, est un poème lourd de
sous-entendus.L’île est décrite comme
un endroit brutal et féroce, peuplé d’habitants qui
refusent que leur secret soit révélé au grand jour et
qui veulent continuer à vivre dans un monde dissimulé
de tous. Un peu plus et le parolier donnait aux
habitants de l’île féroce les noms de Micheline, Ron
et Christophe...
Plus de TVQ sur les produits culturels québécois
-: n’importe quoi ! - Ariane Krol
«Si tu veux
tout, je te promets n’ i mporte quoi » , chante Éric Lapointe
sur l ’ album Obses s i on. Seriez-vous plus enclin à l’acheter
s’il était exempt de TVQ? Le gouvernement Charest semble
convaincu que oui. C’est pourquoi il s’entête, contre toute
logique, à abolir la taxe provinciale sur les produits culturels
québécois . Une mauvaise idée dont l’application s’annonce
cauchemardesque.
Comment peut-on prétendre soutenir la culture avec une mesure
qui ne fera pas vendre un seul disque ou un seul billet de
spectacle de plus ? Car ce n’est pas en ret ra nchant 7,5 % sur
le prix d’un CD québécois qu’on va convaincre le consommateur de
se le procurer. Ni d’aller davantage au théâtre ou au musée. Ce
geste inutile privera pourtant le Trésor public de 50 millions
de revenus par an. Quelle absurdité !
« Au Québec, la culture n’est jamais un luxe. Elle est
identitaire, elle est nécessaire », a déclaré Jean Charest en
promettant cette mesure en campagne électorale. Mais pour
exempter les produits culturels québécois, il faut pouvoir les
identifier. Un album de Mes Aïeux, ça se passe de discussion. Un
spectacle de danse contemporaine monté par une troupe locale
aussi. Mais un disque de Céline enregistré à Las Vegas ? Et
qu’est-ce qu’un DVD québécois ? Une coproduction se
qualifie-t-elle ? La ministre de la Culture a indiqué qu’un film
étranger doublé chez nous serait admissible. Et un film d’action
américain tourné à Montréal ? Un jeu vidéo créé au Québec ? On
voit d’ici les méthodes de coupage de cheveux en quatre près la
« vache folle », le qu’il faudra développer pour SRAS et la
grippe aviaire, trancher toutes ces questions. c’est maintenant
au tour Les verdicts, forcément disde la grippe A (H1N1) de
faire cutables, vont générer un lot la une des médias. Une fois
de impressionnant de frustrations. plus, un fléau global
constitue
Cer t a i ns reg r oupements unemenacemondiale, même s’il
d’artistes, comme l’UDA ou le est associé au départ à un pays
Mouvement pour les arts et les plus qu’à d’autres (cette
fois-ci, lettres ( MAL), sont d’ailleurs le Mexique). Et une
fois de plus, très sceptiques. Si Québec est trois
caractéristiques méritent prêt à se priver de 50 millions
examen. en faveur de la culture, il ferait La première tient
mieux d’investir cette somme au caractère profondans des
organismes de soutien dément humain, à la création, comme la
SODEC ou social, du proou le Conseil des arts et des letblème.
Hier, les tres, suggère le MAL. Une sugépidémies, la peste,
gestion qui n’enthousiasme pas le choléra étaient la ministre
St-Pierre. La mesure perçus comme des doit profiter aux
consommafléaux naturels, ou teurs, a-t-elle insisté. divins
(voire diaboliques).
Pourtant, rien ne garantit Aujourd’hui, il y a certes une que
les sommes libérées par part de naturel dans l’apparition
l’abolition de la TVQ aboutiront du virus de la grippe A capable
dans vos poches. de traverser ainsi la barrière des Lor squ’Ot t
awa espèces. Mais le virus actuel a réduit la TPS, est une
nouveauté qui semble plusieurs comdevoir quelque chose à la façon
merçants ont dont les porcins sont élevés, et maintenu leurs à une
contamination de ces aniprix et gardé la maux par un virus humain
qui d i f férence. On aurait contribué à son invention imagine
très bien en rencontrant d’autres virus du porc.des cinémas, des
magasins de disSurtout, la grippe A et sa ques ou des salles de
spectacles propagation ne s’expliquent faire la même chose. Pas
tous, pas sans prendre en compte les bien sûr. Mais pourquoi créer
conditions de l’élevage des porcs, un système qui permet à
l’inleur alimentation, la façon dont dustrie d’empocher un rabais
destiné au public? C’est vraiment n’importe quoi.
Le retrait de la TVQ pourrait être pertinent dans certains cas
très précis. Les artisans québécois sont facilement identifiables,
vendent une grand partie de leur production sans intermédiaire et
l’exemption serait pour eux un outil de marketing efficace, plaide
le Conseil des métiers d’arts. Si les artisans, ou d’autres,
peuvent en faire la démonstration, d’accord. Mais pour la plupart
des secteurs, Québec devra trouver d’autres façons de mettre
l’argent de la TVQ au service de la culture. Autrement, ce sera du
gaspillage pur et simple de fonds publics. Et ça, notre identité
québécoise peut très bien s’en passer.
Madame Bovary - PIERRE FOGLIA
Ce n’est pas
pour me vanter, mais je suis en train de lire Madame Bovary.
Relire? Si vous voulez. C’est comme retourner, 50 ans plus
tard, dans une ville où on se souvenait à peine d’avoir
séjourné, pourtant on s’y reconnaît comme dans un lieu
familier...
Dès les premières lignes, quand le proviseur amène le jeune
Charles Bovary à l’étude, je savais qu’il allait mettre sa
casquette sur ses genoux en s’asseyant, qu’elle tomberait
quand le professeur lui commanderait de se lever, que toute la
classe éclaterait de rire. Déjà là, on sait pourquoi Madame
Bovary : parce que monsieur n’existe presque pas. Quelques
pages plus loin, il sera déjà médecin, puis marié, puis veuf,
puis remarié avec Emma Rouault. Le livre peut alors commencer.
Cette Madame Bovary vient de la bibliothèque d’un ami, ici, au
village. Elle sent le vieux livre humide. Elle est enluminée
en page couverture de festons et de rameaux qui encadrent un
visage de madone stylisée, mais une madone avec du rouge à
lèvres, ce qui est assez dire la pute qui sommeille dans son
coeur. Le livre a été imprimé en 1946, à Montmagny, pour le
compte de B. D. Simpson éditeur, rue Dorchester à Montréal.
Comme en fait foi un coup de tampon, mon exemplaire a été
vendu par la librairie Roméo Blais de Rimouski, ouverte en
1937. Elle existe encore à la même enseigne, qui a toutefois
perdu son Roméo. C’est maintenant la libraire Blais.
Le premier acheteur du livre a écrit son nom à l’encre bleue
en page de garde : P. M. Chabrier, souligné d’un trait tiré à
la règle. Probablement un instituteur de campagne qui, avec la
même règle, donnait des coups sur les doigts des élèves
surpris à bavarder. Viens ici ! C’est pas moi, monsieur...
Viens ici ! J’ai hâte d’arriver aux baisers qui se
précipitent, au grand lit en forme de nacelle, aux rideaux de
levantine rouge, de levantine rouge! Non mais quelle salope (
1).
Mais ce qu’il y a de plus délicieusement cochon dans ce
livrelà, oserais-je le dire? C’est de le lire plutôt que le
journal et alors que les Nord-Coréens font des essais
nucléaires dans leur cour, que les Nord-Montréalais manquent
cruellement d’avocats, et que mon boss m’appelle : de quoi
parles-tu demain? De Flaubert. Le silence qui a suivi était
franchement libidineux.
— Vous vous rappelez, je vous disais que, forcément, je ne
verrais pas Dédé à travers les brumes comme vous parce que
j’étais complètement passé à côté des Colocs et de Dédé Fortin
de son vivant et que ce serait comme si je voyais un film
islandais ou danois.
Finalement je disais n’importe quoi parce que, comme vous,
j’ai beaucoup aimé.
Je n’ai
jamais autant tripé sur le cinéma d’ici. J’ai adoré Tout est
parfait, Maman est chez le coiffeur, même (et surtout en fait)
des petits films beaucoup moins achevés comme À l’ouest de
Pluton, ou Demain. Et même Borderline, plus racoleur et
conventionnel.
Est-ce une idée que je me fais? On est en pleine rupture de
ton avec le cinéma québécois d’avant qui a parfois donné des
chefsd’oeuvre mais qui, même dans son universalité, renvoyait
à une réalité, à un propos si résolument québécois qu’il en
devenait folklorique. Me semble que tout en ne reniant rien,
dans ses récents « petits films », le cinéma québécois atteint
enfin – je vais sans doute faire hurler sur les plateaux –,
atteint au génie des films américains indépendants. Je pense à
Frozen River. Je pense à Wendy and Lucy avec Michelle
Williams. Vous n’avez pas vu? C’est l’histoire d’une fille qui
perd son chien. C’est surtout un film qui nous propose une
extraordinaire image de la beauté ordinaire et désespérée – le
stade ultime de la beauté. Une telle image de l’autre beauté
qu’à la fin de Wendy and Lucy m’est venue une inquiétude:
vais-je être encore capable de regarder un film avec Michelle
Pfeiffer? Déjà que je ne suis plus capable avec Julia Roberts.
Je sais. Chaque fois que je parle d’un film que j’aime c’est
un petit film. Eh bien, il y a des exceptions. J’ai adoré
Slumdog Millionaire, j’ai adoré la forme, le feuilleton, cette
vieillerie littéraire. J’ai aimé que les acteurs viennent
saluer à la fin comme au théâtre.
Pour revenir au cinéma, dans un article sur le néo-réalisme
américain (dans un récent magazine du New York Times) on dit
de Slumdog Millionaire que c’est du cinéma d’évasion typico du
temps de crise que nous traversons. Alors que Wendy and Lucy,
Frozen River ou Goodbye Solo (du NewYorkais Ramin Bahrani),
c’est du cinéma pour s’évader du cinéma d’évasion.
Je dirais ça autrement, mais ça reviendrait au même: des fois
c’est le spectateur qui s’évade. D’autres fois, c’est le film.
LE PAIN NOIR— Tu vas rouler par ce vent?
Aussi bien se faire une raison. Il a venté tout le mois de
mai. Presque toujours du sud. Alors, exprès, je pars plein
sud, pour manger mon pain noir d’abord.
Je pars face au vent qui me cloue sur le chemin. Je me bats
avec lui, lui crache des injures qu’il emporte en sifflant.
Dix, vingt, trente-cinq km plein vent. Et soudain il tombe. Je
suis parti tard, le vent tombe toujours le soir. Je ne
reviendrai pas le vent dans le dos.
Vous pensez que je vous parle de vélo? Je vous parle de pain
noir. Pensez-y avant de manger votre pain noir d’abord.
Souvent, après, il y en a encore. (1) Flaubert a d’ailleurs
été accusé d’avoir fait un mauvais livre qui outrageait le
morale et la religion. On peut lire à la fin de mon édition le
réquisitoire de l’avocat impérial, la plaidoirie de son
défenseur et l’acquittement prononcé par le juge qui regrette
cependant que l’auteur
L’invasion des héritiers - Stéphane
Kelly
Qu’importe le
talent, pour devenir une star au Québec, ce qu’il faut, c’est
un nom célèbre
De nombreux jeunes talents sont maintenant écartés, ou crèvent
de faim, au profit des enfants de star.
DL’auteur est professeur de sociologie au Cégep de
Saint-Jérôme. Il a rédigé l’essai « Les Fins du Canada » chez
Boréal (2001). epuis une génération, le peuple québécois
assiste impuissant à un étrange phénomène. Nostalgique d’un
âge d’or, pas si lointain, l’élite s’est finalement
réconciliée avec un vieux principe réactionnaire : l’hérédité.
Jonathan
Roy,
fils du célèbre gardien de but du Canadien de Montréal et de
l’Avalanche du Colorado Patrick Roy, tente sa chance dans la
chanson avec un premier album, What I’ve Become, lancé plus
tôt ce mois-ci à Québec.
Le phénomène est présent dans toutes les sphères de la
société. Mais il est plus visible dans le domaine de la
culture. Chaque jour, les médias découvrent une future star
qui, par pur hasard, est le fil d’untel ou la nièce d’untel.
Tantôt, c’est la petite Brathwaite, tantôt c’est le petit
Charlebois, ou encore le fils d’un célèbre gardien de but…
Certes, la nouvelle aristocratie héréditaire qui prend forme
sévit de façon variable selon les secteurs culturels. C’est
que, techniquement, la médiocrité est plus facile à camoufler
dans certains métiers. Il y a plus d’héritiers à la
télévision, au cinéma ou dans la chanson populaire qu’au
théâtre ou en musique classique.
Comment expliquer cet amour des héritiers ? Il faut dire que
le phénomène n’est pas entièrement nouveau. L’élite politique
du Canada français était outrageusement contrôlée par une
poignée de « grandes familles ». L’éthos aristocratique était
affiché avec honneur pour se prémunir contre le péril
républicain. Ce dédain à l’égard de la démocratie se doublait
d’un mépris pour le principe du mérite, principe cher aux «
classes dangereuses » qui composent le peuple. La Révolution
tranquille n’a peut-être donc été qu’une brève parenthèse
démocratique lors de laquelle l’élite a consenti quelques
compromis avec le bas peuple.
Dès les années 80, toutefois, l’élite retrouve ses privilèges.
Les héritiers retrouvent le lustre perdu, investissant
maintenant le champ de la culture plutôt que celui de la
politique. Une petite coterie de soixante-huitards québécois,
puissante dans les médias de masse, s’entiche des enfants de
l’élite. Les critères d’excellence sont jugés dépassés.
Qu’importe le talent, ce qu’il faut c’est un nom, un patronyme
célèbre. Les productions québécoises sont ainsi encombrées de
fils et filles de vedettes ou de semi-vedettes, bref de gens
qui ont un nom. Avec les années, le cercle des élus devient de
plus en plus fermé.
Le guignol a
longtemps été l’arme que le peuple utilisait pour se moquer de
l’élite. Dans les années 80, il devient plutôt l’arme de
l’élite culturelle pour souligner à grands traits la bêtise et
l’ignorance des classes populaires. Les soixante-huitards qui
oeuvrent dans les médias inventent un nouveau style: la
caricature grossière du peuple. Le dénigrement du petit
salarié est un « racisme bon chic bon genre » , socialement
acceptable.
Que ce soit au Québec, aux ÉtatsUnis ou en France, la guerre
au peuple est lancée et elle fait bien rigoler. On crée Les
Deschiens en France et Les Simpson aux États-Unis. Dans la
belle province, Falardeau invente Elvis Gratton. Flairant
l’affaire, RBO mène une longue carrière en exploitant ce
filon. Les personnages de cet imaginaire antipopulaire sont
bêtes, idiots, technologiquement dépassés. Bref, ils sont des
dinosaures qui résistent au culte du « changement pour le
changement ». Les gens d’en bas ne méritent aucune compassion.
À tout prendre, ils ont mérité leur sort, ainsi que le mépris
dont ils sont l’objet.
La démocratie moderne qui voit le jour après les révolutions
américaine et française était pourtant fondée sur un principe
exigeant et juste : le mérite. Les privilèges des héritiers,
de plus en plus puissants, minent aujourd’hui l’esprit du
système de la promotion méritocratique. De nombreux jeunes
talents sont maintenant écartés, ou crèvent de faim, au profit
des enfants de star.
Sur le plan des principes, il n’y a rien d’injuste à ce qu’un
enfant emprunte la même filière que son père ou sa mère.
Certains héritiers ont un réel talent, parfois supérieur au
parent. Mais pour un Marc Labrèche, ou un Guillaume Vigneault,
il y a cinq Anne-Marie Losique. Ce que je questionne ici, en
fait, c’est l’ampleur du mouvement. On fait face à une
véritable invasion. Cette invasion, il est vrai, est applaudie
par un certain public, avide des moindres détails de la vie
privée de nos grandes familles : « Yé donc cute le bébé à Véro
! »
L’absence de sens critique, qui est endémique au Québec,
exacerbe le problème. Si la célébration des héritiers
continue, sans discussion et sans obstruction, la culture
publique évoluera irréversiblement vers une ruine consanguine.
Chronique de rentrée
- MARC CASSIVI
Son sac à
dos fait la moitié de sa taille. On croirait qu’il part
escalader l’Everest. C’est un peu ça. Il est entré à
l’école. Mon plus vieux. À la maternelle. C’était hier sa
première «vraie» journée.
Pendant les 102 minutes de 1981,
réalisé par Ricardo Trogi, j’ai retrouvé mes 8 ans.
Je l’ai laissé devant la porte d’entrée, refoulant une
envie, soudaine et instinctive, de le raccompagner jusqu’à
sa classe. Tu n’oublies pas de déposer tes souliers de
course dans ton casier. Oui, papa. Et tes vêtements de
rechange. Oui, papa. Et ta boîte à lunch. Papaaaa!
Je me suis revu à sa place. Au premier jour. Sans repères,
face à l’inconnu, dans mon jumpsuit en velours brun, un
sac «Québec» en cuirette bleue à la main. Après l’avoir
déposé, je suis allé voir 1981 de Ricardo Trogi, qui prend
l’affiche vendredi. Pendant 102 minutes, j’ai retrouvé mes
8 ans.
En 1981, j’arrivais dans une nouvelle école après un
déménagement en banlieue. Les cercles d’amis étaient déjà
formés, les plus baveux accueillaient d’un oeil malicieux
de nouvelles victimes potentielles. Je rêvais d’une
montre-calculatrice du catalogue Distribution aux
consommateurs, d’un bâton de Wayne Gretzky, d’un motocross
avec faux réservoir en plastique rouge et d’un K-Way bleu.
Certains avaient un mal fou à prononcer mon nom italien
(on dit CaSSivi, pas CaZivi).
Exactement comme le petit Ricardo du troisième long
métrage, à forte teneur autobiographique, de Trogi (on dit
TroDGi, pas TroGUi). À l’exception près que la première de
classe pour qui il avait le béguin se prénommait Anne.
Moi, c’était Annie.
Vous dire comme je me suis reconnu dans cette chronique
initiatique douce-amère, tendre et attachante, j uste
quoique anecdotique et forcément moins caustique que les
précédents Québec-Montréal et Horloge biologique.
Et pas seulement grâce aux cols roulés blancs sous les
chandails en coton ouaté, les sacs à jus de Perrette que
l’on aimait faire éclater, ou les références à Candy, la
larme vacillante à l’oeil, à laquelle on préférait de loin
Albator.
Je me suis aussi reconnu dans les premiers émois
sentimentaux de Ricardo, à guetter en vain l’arrivée de la
belle sur la piste de patins à roulettes. Dans sa
difficulté à se tailler une place dans un groupe déjà
soudé. Dans l’égoïsme et la brusquerie de l’enfance, dans
l’importance donnée aux effets de mode et aux prouesses en
tout genre, dans le jeu de la bouteille comme dans la vie.
Et j’ai pensé à mon plus vieux et à son Everest, un
pincement au coeur.
Le CRTC se
couvre de ridicule - MARC CASSIVI
Dans une décision rendue hier, le Conseil de la
radiodiffusion et des télécommunications canadiennes
soutient que les propos sur les «personnes de race noire»
du dernier Bye Bye, «pris dans leur contexte, risquent
d’exposer une personne ou un groupe ou une classe de
personnes à la haine ou au mépris». Rien que ça.
Aussi, le CRTC demande à Radio-Canada de s’excuser
publiquement pour deux ou trois jokes de mononcle,
volontairement outrancières, qui visaient précisément,
quoique maladroitement et malhabilement, à dénoncer le
racisme envers les Noirs, dans la foulée de l’élection de
Barack Obama à la présidence des États-Unis.
De deux choses l’u ne, ou bien le CRTC ne comprend pas la
signification de l’expression «pris dans leur contexte»,
ou il ne saisit pas la définition des termes «haine» et
«mépris». Quoi qu’il en soit, le Conseil, qui n’entend
visiblement rien à la satire, se couvre une nouvelle fois
de ridicule.
Ce n’est pas parce que l’on rit que c’est drôle. Et ce
n’est pas parce que le Bye Bye n’était pas drôle qu’il
faut céder aux pressions du politiquement correct.
Le dernier Bye Bye était par moments d’un mauvais goût
confondant (en ce qui concerne Nathalie Simard,
particulièrement). Mais on ne saurait sérieusement
prétendre qu’il a attisé la haine ou le mépris envers les
Noirs. Envers Denis Lévesque peut-être.
Qu’au ra it sou ha ité le CRTC? Que dans une émission
satirique où l’on dépeint une caricature de raciste (le «
gros cave » de JeanFrançois Mercier, notamment), on l ui
fasse dire «personne de race noire» ou «Afro-Américain»?
Bye-bye la crédibilité.
Si l’objectif est d’empêcher les satiristes de mettre le
mot « nègre » dans la bouche de personnages racistes, sous
prétexte que le terme «a une intense portée émotionnelle
et que les normes de la collectivité exigent par
conséquent qu’on ne l’utilise qu’avec extrême prudence»,
aussi bien interdire clairement les émissions comme le Bye
Bye des ondes publiques. Ce sera plus franc que la censure
molle, drapée de moralité, que nous sert le CRTC.
L’intérêt public bien défendu -
Ronald Cohen
Le CCNR
s’acquitte très bien de ses responsabilités
L’auteur est président national du Conseil canadien des
normes de la radiotélévision (CCNR). Il réagit à
l’opinion de Frédérick Bastien, intitulée « Le CRTC se
saborde », publiée le 2 septembre dans La Presse. Dans
son commentaire, Frédérick Bastien avance que le CRTC se
saborde en raison de sa décision de renvoyer, imaginez,
l’affaire Bye Bye au Conseil canadien des normes de la
radiotélévision (CCNR). Et qui est cette jeune pousse au
juste? Un organisme mis sur pied par l’Association
canadienne des radiodiffuseurs (ACR) que M. Bastien
décrit comme s’il lui fallait porter des gants
protecteurs pour même toucher ces mots.
Mais attendez. M. Bastien explique. « Lorsque le CRTC
reçoit une plainte concernant la programmation d’un
radiodiffuseur privé membre du CCNR, il la dirige
maintenant vers cet organisme et c’est ce dernier qui
statue sur la plainte. »
Maintenant? Dans le sens qu’il s’agit d’un « nouveau
processus »? Pas du tout. De toute évidence, M. Bastien
ignore le fait que le CCNR veille au respect des normes
en matière de radiodiffusion depuis le 26 avril 1991
(toutes les 453 décisions sont affichées sur le site web
du CCNR). Depuis la décision du CRTC concernant CHOI-FM
en 2004, le CCNR a rendu 127 décisions (comparativement
à 19 décisions du CRTC sur des questions se rapportant
au contenu).
Ce n’est pas que le CRTC ne fait pas son travail, ou
qu’il ne peut pas le faire. C’est plutôt que le CCNR
s’acquitte très bien de ses responsabilités. Prenons
Howard Stern, par exemple. Lorsqu’il est arrivé sur les
ondes à Montréal en septembre 1997, il a débagoulé des
propos stupides et insultants à l’endroit des Canadiens
français et bien d’autres groupes identifiables. Qui
s’est chargé de cette question? Des propos de Laura
Schlessinger? Du Doc Mai l loux ? De Louis Champagne ?
Et maintenant des concours de Call TV? Dans chacun de
ces cas, c’était le CCNR et non pas le CRTC.
En fait
– et c’est là l’essentiel – il n’incombe pas au CCNR de
protéger les intérêts des radiodiffuseurs privés. Son
obligation consiste en l’application des normes
codifiées, que ce soit en leur faveur ou non. Dans plus
de 70% des 243 décisions rendues depuis 2000, les
comités décideurs du CCNR ont tranché en faveur des
plaignants. Personne ayant l’esprit objectif ne pourrait
conclure avec impartialité que cela revient à défendre
les intérêts des radiodiffuseurs. Le moins qu’on puisse
dire, c’est que le CCNR défend les intérêts du public.
M. Bastien déclare que pour effectuer son travail, le
CCNR applique « les codes déontologiques établis par cet
organisme (l’ACR) », laissant entendre que ces codes
sont viciés par cette association. C’est faux. M.
Bastien omet de signaler à vos lecteurs que le CRTC a
collaboré étroitement à l’élaboration du texte actuel de
chacun des sept codes administrés par le CCNR, qu’il les
a approuvés et que le respect de cinq de ces codes
constitue une condition de licence pour les
radiodiffuseurs canadiens visés, tant publics que
privés.
L’affirmation de M. Bastien selon laquelle il est
indécent de même proposer d’assujettir RadioCanada aux
décisions d’un organisme émanant de ses concurrents est
absurde en soi. Elle tient pour acquis, entre autres,
que les radiodiffuseurs privés constituent un groupe
monolithique, ce qu’ils ne sont pas, et que ce monolithe
a une dent contre le radiodiffuseur public, ce qui n’est
pas le cas non plus. Les radiodiffuseurs privés se
livrent eux-mêmes tout autant de concurrence.
Je recommande à M. Bastien et à toute autre personne qui
puisse douter du caractère équitable et objectif du CCNR
d’éviter de telles embûches théoriques. Effectuez
l’essai suprême. Lisez nos décisions.
RBO VU PAR SES VICTIMES - Paul Journet
RBO doit
devenir vieux. Nous aussi. Après Yvon Deschamps, Clémence
DesRochers et Dominique Michel, c’est à leur tour de faire
l’objet d’un gala hommage au Festival Juste pour rire. Stéphan
Bureau l’animera lundi au Théâtre Saint-Denis. Le contenu est
gard
«Certains prétendent que la chose la plus abondante dans
l’univers est l’hydrogène. Je ne suis pas d’accord. Je crois
que c’est la stupidité », disait Frank Zappa. Si c’est vrai,
RBO fait autant partie du problème que de la solution.
Cette stupidité, le groupe l’a
alimentée par la pure connerie de ses gags scatologiques à la
All-Brun, par le pur délire des soliloques de Cherze Siachon
et autres personnages d’Yves Pelletier, ou encore par la pure
méchanceté d’imitations comme celle de Jean-Marc Parent enduit
de Clearabil.
Mais tels des mercenaires, les membres de RBO ont aussi
combattu la bêtise humaine. Ils ne mettaient pas le doigt sur
le problème. Ils « l’écrapoutillaient ». Puis ils
l’aspergeaient d’acide, laissant derrière eux rires et odeur
de brûlé. Que ce soit une certaine « paranoïa » entourant la
loi 101 ou l’ahurissante crédulité des poissons-clients de
Jojo Savard, rien ne leur échappait.
Ils touchaient à tout. Même aux intouchables. Y compris à Dieu
lui-même, réduit à une sorte de Don King véreux, ou encore à
notre dieu séculier, Maurice Richard, qui préférait les
talents du « sympathique Réjean Houle » à ceux de Wayne
Gretzky.
Ces pitreries envahissaient rapidement l’espace public. Que
chantaient les manifestants à Châteauguay en août 1990 au plus
fort de la crise d’Oka ? Bonjour, la police !
De ses débuts en 1981 à CIBL jusqu’à son dernier Bye Bye, RBO
a décliné son humour sur presque toutes les formes:
radiophonique (CIBL, CKOI, CKMF), musicale, scénique et
surtout télévisuelle ( TQS, TVA et SRC). Multidisciplinaires,
les humoristes s’impliquaient à chaque étape du processus.
Assez pour leur valoir dans le milieu le surnom de « Soviets
de l’humour ».
Après le lancement en 2001 de la série documentaire télé et
des compilations The Sketches et The Tounes, le coffret DVD
paru en 2004 et la myriade d’interviews, que reste-t-il à dire
sur RBO? Leurs victimes en ont une idée... Portrait du groupe
à travers elles. Un portrait un peu biaisé, car certaines des
plus écorchées ont préféré ne pas rouvrir leurs blessures pour
nous.
L’INTELLECTUEL VICTOR LÉVY-BEAULIEU, OU LE DOIGT CURIEUX
« Comme j’aimerais extraire ses abadies par la seule traction
de mes phalanges exsangues et… et… » clamait un personnage
joué par André Ducharme.
Onvoyait ensuite un fauxVLBcalédans son fauteuil, ivre mort.
Les yeux fermés, il plongeait le doigt au hasard dans son
dictionnaire, à la recherche d’un mot pour compléter la
réplique. Son improbable trouvaille: plénipotentiaire.
De sa maison de Trois-Pistoles, l’auteur rigole en se
remémorant le sketch. Il se sent un peu démasqué. « Je ne l’ai
jamais vraiment dit, mais il m’arrive de faire cela. »
Vraiment? « Oui. Je ne sais pas trop comment ils l’ont deviné.
Quand un début de paragraphe ne me vient pas, je choisis
parfois un mot au hasard dans le dictionnaire. C’était le cas
entre autres pour mon Don Quichotte. J’ai déjà aussi utilisé
des phrases complètes de Lowry ou Kerouac pour débloquer. »
Quant à l’alcool, VLB ne s’en offense pas. Il reconnaît que
c’était une période plus rocambolesque de sa vie. « Je n’ai
toutefois jamais pris de drogue, tient-il à préciser. Mais ça
ne me dérangeait pas qu’on me montre avec une seringue. Une
caricature, c’est une charge. Plus RBO y allait raide, plus
j’aimais ça. »
Ce qu’il préférait, c’est l’extrait où il se blottit dans la
poitrine d’une infirmière. « Je voulais envoyer unmot aux gars
pour leur demander de me l’envoyer, leur infirmière. »
Les éditions VLB figurent aussi parmi les victimes de RBO.
Dans une décapante satire d’Apostrophes de Bernard Pivot, on
découvrait trois prototypes de l’écrivain qui tourne en rond:
le nombriliste (Philippe Tréchian), l’enculeur de mouches
(Marguerite Troudugnol) et Gratien Hurtubise ( publié chez
VLB), l’homme du terroir aux impossibles québécismes. Le
moment le plus drôle d’Apostrophes depuis que Bukowski avait
presque pissé dans ses culottes à la véritable émission.
Nos humoristes se moquent-ils assez des intellectuels ? VLB,
fan aussi de Sylvain Larocque, Daniel Lemire et Mike Ward,
estime que non. « Peut-être qu’ils ne les connaissent pas
assez. »
LA CHANTEUSE BELGAZOU, OU L’AMOUR DU BOURREAU
« Pardon, surtout, mille fois pardon Belgazou (…) Si tu
changes de nom, on va arrêter », chantait Guy A. Lepage de sa
voix torturante. Dans la même séquence, des tomates étaient
lancées sur l’image de la chanteuse.
Elle a finalement repris le nom de Diane Guérin. « Mais ce
n’est pas à cause de RBO. C’était à la suggestion du directeur
de la programmation de CKOI », raconte l’interprète du tube
Talk About It.
Cette souffre-douleur de RBO assure ne conserver aucune
rancune. « Au contraire, je les aime beaucoup, vraiment »,
lance-t-elle. Âgée de 61 ans, la retraitée du showbiz habite
depuis quelques années à Saint-Côme, son « paradis sans stress
». Elle y déneige son entrée, fait du Scrabble pour son esprit
et du yoga pour son corps, et elle prépare des repas pour les
démunis.
Pas de rancune, mais des blessures, oui. « Je suis une fille
sensible, justifie-t-elle d’un rire gêné. Je me souviens
particulièrement d’un gag au gala de l’ADISQ. Toute
l’industrie était là, c’était humiliant. »
Elle a fini par appeler Guy A. Lepage pour qu’il cesse. « Il
avait très gentiment accepté. C’est quelqu’un que je respecte
beaucoup. J’adore son intelligence, j’adore son travail. »
LA PUBLICITÉ DAGNEL SPÉCIFITÉ, OU LA MARQUE DÉTOURNÉE
« Chic ou ben spôwrt », proposait fièrement Yves Pelletier
dans la pub de Dagnel Spécifité.
Le choix s’explique. C’est ce que raconte au téléphone Daniel
Salvas – monsieur Daniel Spécialités lui-même, expropriétaire
et acteur des pubs originelles.
« On vendait beaucoup de vêtements chics, et plus tard, de
vêtements sport. Sport chic, faut s’entendre. À l’époque, les
gens commençaient à changer leurs habitudes. Ils s’habillaient
plus casual, comme on dit. Nos magasins étaient moins réputés
pour cela, mais on essayait de s’adapter. »
Voilà une des raisons qui expliquent la faillite des merceries
Daniel en 2007. Les pubs de RBO n’avaient jamais nui aux
affaires, assure-t-il. « Notre clientèle était un peu plus
monsieur que celle de RBO. (…) Les clients qui ont vu leurs
pubs étaient plutôt sympathiques à la cause, sympathiques à
Daniel lui-même et à ses magasins. Ça se peut, par contre, que
les plus jeunes aient été un peu influencés. »
Plusieurs
autres pubs et marques de commerce ont été détournées par RBO.
Wal-Mart devenait Wall-Mard. Molson devenait Molçon. Et McDo
devenait WacDo, le burger qu’on crache par dégoût.
Certains publicitaires avaient sûrement la frousse en lançant
leurs messages. Malgré tout, certaines marques caricaturées
ont peut-être profité de cette visibilité accrue. Ou peut-être
que non. C’est difficile à mesurer, mais on se souviendra que
Dunkin’ Donuts, théâtre de Bonjour la police, a choisi de
commanditer les documentaires de RBO à TVA en 2001.
LA COMÉDIENNE ANDRÉE BOUCHER, OU LA MESSAGÈRE CAFÉINOMANE
« J’avais l’air d’une petite grenouille qui allait grimper
dans un palmier », dit Andrée Boucher au sujet de l’imitation
que Guy A. Lepage faisait de son personnage Évelyne dans les
Dames de coeur – transformées en Deux de pique.
On entend encore la phrase « voulez-vous un petit peu de
café?» résonner avec son timbre servile, ponctué de « ah! ».
Andrée Boucher en riait beaucoup. Mais pas son entourage. « Je
boitais et la caricature montrait mon handicap. Mes amis
trouvaient cela grossier. Moi, je trouve plutôt que ça
dédramatisait le problème. (…) Et après tout, on riait du
personnage et non de ma personne. La nuance est importante. »
Elle avoue qu’aujourd’hui encore des inconnus lui offrent « un
p’tit café » au restaurant. « Le gag a plus aidé ma carrière
que toutes les premières pages de magazine que j’aurais pu
faire. »
Quelques années plus tard, elle tournait même une pub de
Dunkin’ Donuts avec Guy A. Lepage, déguisé comme elle en
Évelyne.
Les Deux de pique s’ajoutent aux Snappe pis bourdonne, Les
héritiers du mal et nombreux autres pastiches d’émissions de
télévision de RBO. Certains les ont déjà accusés de trop
parler de télévision, au détriment de sujets plus « importants
». Ce à quoi le groupe répondait en 2007, dans une interview
avec Nathalie Petrowski : « C’est un code commun et il y a
quatre millions de Québécois qui regardent la télévision.
Trouvez-moi une autre activité qui rassemble autant de monde
et on va se faire un plaisir d’en faire un sketch. »
LE POLITICIEN MARIODUMONT, OU LES LIMITES DE LACARICATURE
En 1994-1995, RBO présentait Super Mario Dumont à l’Assemblée
nationale, au travail avec son Game Boy et ses cahiers Canada.
Douze ans plus tard au Bye Bye, on le retrouvait à la tête
d’une classe de ti-namis indisciplinés – ses candidats.
Dans les deux cas, l’ex-chef de l’ADQ estime que les
caricatures ne lui ont pas trop nui politiquement. « Le jeu de
mots avec Mario Bros, ce n’était pas le plus surprenant. On le
voyait venir d’assez loin. Et la deuxième, elle ne faisait que
reprendre ce que les journalistes disaient déjà depuis
plusieurs mois », lance ce « très grand fan » de RBO.
Selon lui, les caricatures télé comme celles de RBO ne sont
pas les plus dommageables. Ce serait plutôt les caricatures
des journaux. « C’est ce qui est le plus cruel pour l’ego et
pour l’image publique. Mais encore là, leur pouvoir est
limité. Personne n’a été aussi martyrisé par les
caricaturistes que Jean Chrétien. Et c’est le politicien
canadien qui a connu le plus de succès au XXe siècle. »
M. Dumont assure qu’il riait des gags de RBO sur lui. «
ÀQuébec, Daniel Johnson, Jean Charest et moi étions les plus
enclins à rire de nous-mêmes. En général, les péquistes comme
M. Landry ou Mme Marois trouvaient moins drôles les blagues à
leur endroit. Avec M. Parizeau, c’était moins pire, mais
encore là... »
Les gags politiques n’étaient pas ses favoris. « Il est de bon
ton de dire qu’on aime l’art engagé. Mais honnêtement, je
préfère leurs personnages comme M. Caron, et surtout le sketch
de la Soirée canadienne », avoue-t-il. Quelques secondes plus
tard, il se met à nous en réciter des extraits.
Malgré son fond nationaliste, RBO n’a épargné aucun politicien
ou parti politique. L’humour politique vieillit habituellement
mal. Mais dans le cas de RBO, ce sont parfois ces gags qui
restent les plus gravés dans nos mémoires. À commencer par le
célèbre sketch du 4e Reich. Dans cette satire de la « paranoïa
» d’Alliance Québec, Robert Bourassa devenait le Fourreur, et
la loi 101 prenait des allures de génocide culturel. TVA en
avait empêché la rediffusion.
LA SPORTIVE JOSÉE CHOUINARD, OU LA CHUTE GÊNANTE
La patineuse artistique Josée Chouinard habite dans la région
de Toronto depuis 1993. C’est là qu’on l’a jointe pour parler
d’un sketch d’André Ducharme. Elle ne s’en souvient pas
vraiment.
Il faut donc le lui décrire. Un exercice un peu gênant.
Disons, Mme Chouinard, que votre pub de Prêt Plus se
transformait en pub de Prêt Pusse. Et que vous chutiez
compulsivement, sans ne jamais perdre le sourire.
Après une vingtaine de secondes, elle finit par se remémorer
un extrait. « Oui, le sketch où je tombais dans la douche,
c’est ça? Ce n’est jamais plaisant de voir des choses
négatives sur soi. Mais en même temps, ça m’avait un peu
impressionnée. Je n’étais qu’une simple patineuse, et onme
jugeait assez importante et connue pour écrire une blague sur
moi. »
La triple médaillée d’or aux Championnats canadiens n’est pas
la sportive la plus écorchée par RBO. Il existe des
prétendants plus sérieux. Stéphane Richer en particulier.
Comme d’autres hockeyeurs, on le réduisait à un débile léger
aux tendances aphasiques qui nourrit de grandes ambitions. «
Que ferez-vous plus tard? » lui demandait un faux animateur.
Réponse: « Dodo ».
LE GROUPE MINORITAIRE LES AVEUGLES, OU LA MOQUERIE PAYANTE
RBO a ri des aveugles. La Fondation des aveugles les a
récompensés. Vers la fin des années 80, elle leur a remis son
prix Denis Lazure.
« Après le sketch sur le hockey des aveugles et celui où
Richard Z. Sirois lit un Playboy en braille, nous avons reçu
beaucoup d’appels de gens curieux. Ils voulaient en savoir
plus sur les maladies visuelles », se souvient Ronald
Beauregard, directeur général de la Fondation.
Les dons ont suivi les questions. M. Beauregard estime que la
Fondation a reçu entre 5000 et 10 000$ de ces curieux dans les
mois suivants. C’est pourquoi RBO a reçu la distinction.
Leurs gags se sont poursuivis jusqu’au gala honorifique. « Je
me souviens que le groupe feignait de ne pas trouver le prix
sur scène, poursuit M. Beauregard. On trouvait cela bien
drôle. »


Le rire est inclusif, estime-t-il. Rire des handicapés est
selon lui une étape de plus vers leur pleine intégration.
POÈMES ROCK - Marie -Christine
Blais
C’est un
phénomène à la fois extraordinaire et totalement inusité :
après avoir été un des disques les plus vendus de l’année,
l’album 12 hommes rapaillés, composé de poèmes de Gaston
Miron mis en musique par Gilles Bélanger et interprétés
par Perreau, Va
MARIE-CHRISTINE B L AI S E ntendons-nous t out de suite :
il sera question ici uniquement de la mise en musique rock
ou pop de textes qui n’ont pas été écrits e x pre s s é
ment pou r deven i r chansons – bref, de la mise en
musique de vers en bonne et due forme. Cela exclut, c ’est
vrai, Vigneault et Leclerc, poètes s’il en fut, mais
également auteurscompositeurs, et qui ont toujours fait
une nette distinction entre ce qui était poème et ce qui
était paroles de chansons dans leur t ravail. Même
exclusion pour Leonard Cohen, Michel Garneau et Denise
Boucher, tous trois poètes qui écrivent aussi des
chansons. Cela exclut même les textes de Claude Péloquin (
Lindbergh, C’e s t pas physique, c’est électrique, etc.)
et de Réjean Ducharme ( Mon pays (c’est pas un pays, c’est
une job), Le violent seul (Chu tanné), la si jolie
Tendresse et amitié, etc.), conçus d’office comme paroles
de chanson, et non comme poèmes, à l’intention de Robert
Charlebois, qui les a mises en musique et interprétées
avec talent.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Plusieurs poètes d’ici ont inspiré
les artistes québécois à mettre en musique des vers en
bonne et due forme : Gaston Miron (ci-dessus), Émile
Nelligan, Gilbert Langevin, Saint-Denys-Garneau, Patrice
Desbiens, Roland Giguère...
Exclusion ou pas, cela n’empêche pas Robert Charlebois
d’être de toute façon l’as des « metteurs en musique de
poèmes » au Québec. Il adapte en français des poètes
anglais qu’il met en blues (sur son bel album Doux
sauvage), mêle la musique de Pachelbel et les mots du
poète pataphysicien Alfred Jarry pour composer la chanson
Terre-Love, rend hommage à l’écriture de Claude Gauvreau
par sa chanson Le mont Athos, met en musique le poème Le
Léthé de Baudelaire. Mais ce sont surtout les textes du
poète français Rimbaud qui l ’ i nspirent : Larme ( 1978),
bohème (1974) et, plus que tout, le poème Sensation, en
1969, qui deviendra vraiment populaire quand Charlebois l
’ i nter prétera avec Félix Leclerc et Gilles Vigneault
lors du grand spectacle J’ai vu le loup, le renard, le
lion en 1974. Magnifiquement mise e n musique, Sensation
sera ensuite reprise, dans des a r r a ngements
délicieusement latino-américains, par Daniel Bélanger,
d’abord en spectacle, puis sur le triple album Tricycle en
1999.
Mais l’exemple par excellence du poème devenu c hanson à
succès ? C’est le poème Soir d’hiver (Ah, comme la neige a
neigé) du poète Émile Nelligan (18791941), que Claude
Léveillée a mis en musique avec tellement de t alent en
1966 qu’on f redonne encore cet air, 43 ans plus tard –
combien d’entre nous ont d’ailleurs appris ce sonnet en le
chantant ? Lucien Francoeur mettra à s on t our c e poème
en musique rock, sous le titre Nelligan, et en fera un
succès radio en 1980 – c’était une des aspirations de
Francoeur que de « mettre Nelligan dans les jukebox » à
l’époque. Nelligan, Rutebeuf, Baudelaire…
Nelligan a beaucoup inspiré l es c ompositeu r s
québécois. L’ad mirable d i s que Monique Leyrac chante
Nelligan, composé de nombreux poèmes du jeune Montréalais
mis en musique par André Gagnon, en est l’illustration la
plus marquante. Mais Nelligan inspire également Claude
Dubois, qui met en musique son poème Le vaisseau d’or. Ce
ne sera pas sa seule incursion dans la poésie chantée :
Dubois se fera plaisir en i nterprétant en 1987 le célèbre
poème La complainte de Rutebeuf (La Griesche d’Yver),
rebaptisé si mplement Pauvre Rutebeuf et mis en musique
par Léo Ferré. Que sont mes amis devenus…
Il n’est
évidemment pas le seul artiste québécois à se tourner vers
les poètes français : le duo bossanova-jazzy Bet.e et Stef
reprendra ainsi Il n’aurait fallu, poème d’Aragon mis en
musique par Ferré, sur son premier album, en 2002. Les
Colocs, après la mort de Dédé Fortin, enregistreront une
version posthume de Paysage, grand poème de Baudelaire. Et
il y a quelques mois à peine, le trio de chanson électro
La Patère rose a carrément décidé d’ouvrir son premier
album éponyme avec une mise en musique du poème Les deux
bonnes soeurs du même Charles Baudelaire !
Difficile, par ailleurs, de ne pas mentionner la belle
mise en musique du poème Le temps perdu de Jacques Prévert
par JeanFrançois Pauzé, des Cowboys fringants. Et pour ma
part, je n’oublierai jamais l’émotion particulière
ressentie quand Pauzé a pris le micro pour chanter luimême
ce poème lors du premier spectacle des Cowboys fringants à
Paris, en 2004… Poètes québécois
Mais revenons aux poètes québécois dont les textes
deviennent chanson. Si Nelligan est une source
d’inspiration marquante, il est tout de suite suivi par
Gilbert Langevin, dont les textes ont donné naissance à
des chansons phares au Québec : La v o i x que j ’a i ( Of
fenbach), Celle qui va ( Marjo), Ange-animal ( Dan
Bigras), Si ciel il y a ( Pierre Fl y n n) , e t c . Dès 1
9 6 9, Pauline Julien enregistre d’ailleurs un très beau
disque consacré uniquement à la poésie de Langevin, qui
n’a, hélas, pas encore été réédité à ce jour.
On pourrait c iter bien d’aut r e s e xemples , c a r
plusieu r s poètes d’ic i i nspirent particulièrement
compositeurs et i nterprètes. C’est le cas de Saint-Denys
Garneau, dont le groupe Villeray mettra en musique
plusieurs poèmes en prose – un petit chef-d’oeuvre, rien
de moins. Autre chef d’oeuvre : la trilogie d’albums de
Chloé Sainte-Marie consacrée aux poètes québécois et
amérindiens, dont P a t r i c e Desbiens ( qu i collabore
aussi avec Richard Desjardins), Roland Giguère et Gaston
Miron, mis en musique notamment par Gilles Bélanger. Le
même Gilles Bélanger qui décidait il y a quelque temps de
porter en musique 12 textes de Miron, devenus depuis le
fabuleux album 12 hommes rapaillés…
Le mâle québécois, un loser ?
La
publicité perpétue le mythe du gars faible
De tout temps, il est facile pour quiconque de se
valoriser en diminuant l’autre en l’écrasant.
L’auteur réside à Montréal.
Que penser de ces publicités télévisées dans lesquelles
les hommes sont non seulement des « gars faibles », mais
également, pour employer un qualificatif de circonstance,
des losers de premier ordre ?
Récemment, lors d’un souper d’amis auquel assistaient
autant de femmes que d’hommes, ces publicités ont fait
l’objet de discussions. Le verdict est unanime : elles
sont déplacées, voire pauvres en contenu. Et le mot est
faible.
Il y a quelques années, des artistes, dont Luc Picard,
s’étaient élevés contre les rôles attribués aux hommes
dans les séries télévisées. À cet égard, il énonçait, lors
de l’émission Enjeux : « On est tannés de voir des images
de gars faibles à la télé, à côté des femmes toutes
puissantes, parfaites… » Le but n’étant pas d’enlever quoi
que ce soit aux femmes qui, en passant, campent avec
assurance leurs personnages, mais bien de redéfinir ceux
joués par les hommes.
Aussi ,
notre propos n’est pas de rediscuter du contenu des séries
télévisées, puisque le soussigné n’est pas un
téléspectateur assidu. Cependant, sauf une personne vivant
en réclusion, nous regardons tous la télévision et sommes
souvent confrontés à certaines publicités dont le goût est
sinon douteux, du moins discutable.
Dans l’une de ces réclames, il s’agit d’un couple dont
l’homme tente de poser une tablette. Sa conjointe, sur un
ton qu’il n’est pas opportun de qualifier, l’écrase
littéralement et lui fait courber le dos tel un chien
battu. Bel exemple de vie de couple ; ça doit donner aux
gens le goût d’en former un. Le pire est que cette pub ne
traite aucunement du produit. Faux. En réalité, il en
traite. On diminue le conjoint pour vanter le produit, car
le type de la compagnie, lui, sait comment tout installer.
Quant au conjoint, qu’il retourne dans sa niche, ce pauvre
de pauvre abruti. Dans une autre pub, ce n’est guère
mieux. Le « boss » (aussi méprisant que la conjointe l’est
dans l’autre) tape sur son employé qui, lui, est un
faible, un peu imbécile, un loser, et dont les capacités
intellectuelles semblent questionnables… Mais, ô surprise,
il excelle au golf… Et la suite n’est guère mieux. Le
produit ? Aucune référence.
Que l’on ne vienne pas nous rabâcher les sempiternelles
justifications du jeu du double sens, ou encore de
l’humour. Il ne faut quand même pas nous prendre pour des
valises. Annonce facile ? À vous la réponse. Mais ce qui
nous apparaît certain, c’est que de tout temps, il est
facile pour quiconque de se valoriser en diminuant
l’autre, en l’écrasant. Ce que nous servent ces annonces
sont des comportements maintes fois décriés.
Le contraire, par contre, tient du respect, de la volonté,
du savoir-faire et des actes accomplis. Aussi, par le
discours tenu dans ces publicités, l’on perpétue le mythe
que « l’homoquebecus » est un incapable, un pas de
colonne, un peureux, et un loser. Vous n’en avez pas marre
de ce type de publicités à la con ?
Est-ce que ce type de publicités nous incite à nous
procurer les produits suggérés ? Est-ce que les compagnies
et les agences de pub ont une certaine responsabilité
sociale face à des stéréotypes qu’elles perpétuent ? Les
réponses ne sont peut-être pas si évidentes, mais les
questions méritent d’être posées.
OPINION L’homme-toutou
L’auteur
réside à Montréal. Il réagit au texte de Marc Tremblay, «
Le mâle québécois, un loser? », publié dans les pages
Forum de samedi dernier. Je suis d’accord avecM. Tremblay:
dans la publicité à la télévision, on véhicule trop
facilement l’image d’un homme québécois faible et loser.
Mais pourquoi en est-il ainsi? Que s’est-il passé dans la
société québécoise durant les 40 dernières années pour que
l’on en soit arrivé à ce triste constat?
Qui sont ceux qui créent ces publicités ? J’imagine que ce
sont des jeunes hommes et femmes, dans la vingtaine ou
début de la trentaine qui font tout le travail créatif.
Alors, si tel est le cas, cela signifie que le jeune homme
québécois est d’accord avec cette image. Pourquoi?
Selon moi, l’homme québécois a grandi dans un milieu où il
était peu représenté (voire presque absent). D’une part, à
l’école où dès le cycle primaire, le garçon est plongé
dans un environnement presque exclusivement féminin.
D’autre part, à la maison, où on trouve un nombre élevé de
familles monoparentales, généralement dirigées par des
femmes, qui ont donc élevé les enfants (avant les années
90).
Ensuite,
il y a la question de l’émancipation de la femme. Nous
connaissons tous les progrès et l’évolution de la
condition féminine au Québec depuis la Révolution
tranquille. À travers cela, il y a eu aussi nos projets de
société: faire du Québec une société ouverte, égalitaire,
et respectueuse.
Bref, l’homme québécois ne veut pas passer pour un macho
ou un misogyne. Il désire se montrer comme un homme ouvert
qui ne perpétue pas les anciens stéréotypes de l’homme
pourvoyeur qui ne fait rien à la maison. D’accord. Mais le
problème avec tout cela, c’est qu’il n’a pas encore pris
sa place, il la cherche (la trouvera-t-il jamais?). Il
marche sur des oeufs, que ce soit à la maison ou au
travail, car il ne veut pas déplaire.
En attendant, on le voit comme étant un « mausus de bon
gars » que rien ne choque, même pas quand sa conjointe le
traite comme un enfant, comme un stupide ou comme un
animal de compagnie ( je pense à la publicité de
nourriture pour chats où l’homme est le chat de sa
maîtresse).
Oui, c’est vrai, l’homme québécois est un « homme-toutou
», un homme tout doux. Il y a rien de mal là-dedans,
quoique à force de se percevoir comme un « cave » dans la
publicité, il va finir par le croire… si ce n’est déjà
fait !
FANTÔMES DU ROCK - Jean-Christophe
Laurence
Comment la mort a fauché des rockeurs en pleine
gloire. Et pas toujours de façon glorieuse…
«Vis vite. Meurs jeune. Ton cadavre sera plus beau.»
Ce célèbre proverbe turc pourrait bien s’appliquer aux
martyrs du rock, qui hantent la légende depuis plus
d’un demi-siècle. De Buddy Holly à Kurt Cobain, en
passant par Jimi Hendrix, Jim Morrison, Sid Vicious,
Ian Curtis ou Jeff Buckley ils sont plusieurs à être
tombés au combat, fauchés en pleine gloire, dans des
circonstances parfois spectaculaires, laissant comme
seul héritage une poignée de disques-cultes et une
certaine impression d’immortalité.
« Les morts de rockeurs nous fascinent parce que ce
sont des trajectoires à la Arthur Rimbaud, résume
Bruno de Stabenrath, auteur du Dictionnaire des
destins brisés du rock (Éditions Scali), qui recense
une centaine de décès de musiciens. On a l’impression
qu’ils ont livré leur message, qu’ils ont connu un
succès rapide et qu’après, ils sont morts. Leur
jeunesse est en quelque sorte fixée pour l’éternité.
Leur voix aussi, puisqu’elle a été gravée sur disque…
»
Mais attention, précise l’écrivain : ce n’est pas
parce qu’on meurt prématurément, et de façon extrême,
que l’on devient une légende. « Il n’y a de grands
rockeurs morts que s’il y a de grandes chansons,
lance-t-il. Le mythe d’un musicien est généralement à
la hauteur de son oeuvre.»
Halloween oblige, La Presse réveille aujourd’hui les
fantômes. Voici une vingtaine de morts « rock » plus
ou moins célèbres, qui ont frappé l’imaginaire et
nourri la légende. Accidents, surdoses, suicides,
meurtres… en avant la musique!
Controversé
Bien sûr il y a eu Ian Curtis de Joy Division. Michael
Hutchence d’INXS. Ou Pete Ham de Badfinger. Mais le
plus célèbre suicidé du rock reste encore Kurt Cobain,
chanteur de Nirvana, qui se tire une balle dans la
tête le 8 avril 1994, alors que son groupe est au
sommet. Dans les années qui suivent, les rumeurs les
plus folles circulent sur sa mort. On affirme que
Cobain aurait été victime d’un meurtre commandité par
sa femme Courtney Love. En effet, comment aurait-il pu
appuyer sur la détente, considérant les phénoménales
quantités d’héroïne absorbées ce soir-là?... Ouais,
bon. Divisées en trois parts égales, ses cendres
reposent aujourd’hui dans un temple bouddhiste
new-yorkais, au fond de la rivière Wishkah dans l’État
de Washington, et chez sa Love de veuve…
Aérien
Attention, la liste est longue. Depuis le célèbre
écrasement d’avion le 3 février 1959, qui a emporté
d’un seul coup les prometteurs Ritchie Valens, The Big
Popper et Buddy Holly, on ne compte plus les rockeurs
qui ont péri à bord d’un avion. C’est ainsi que le
ciel nous a pris Otis Redding (ainsi que quatre de ses
musiciens), la chanteuse R’n’B Aaliyah (2001) quatre
membres du groupe de rock sudiste Lynyrd Skynyrd
(1977) et le guitariste Randy Rhoads (1982), qui avait
été invité à « faire un tour » par son chauffeur
cocaïnomane. Mais la palme, ou plutôt la pale, revient
au guitar hero Stevie Ray Vaughan, dont l’hélicoptère
s’est écrasé sur une montagne, le 27 août 1990. Le
pilote connaissait mal la région…
Gothique
La radicale scène black métal norvégienne n’a jamais
fait les choses à moitié. En août 1993, après avoir
commandé l’incendie de plusieurs églises et prélevé
des bouts de cervelle d’un de ses amis fraîchement
suicidé (il a prétendu les avoir mangés) le chanteur
du groupe Mayhem, Euronymous, a été poignardé 23 fois
par un certain Burzum, son propre bassiste. Accusé, ce
dernier a justifié son geste en affirmant que sa
victime était un « homosexuel, un communiste et un
traître à la cause black metal ». Il purge
actuellement une peine de 21 ans de prison et serait
attendu de pied ferme par les fans d’Euronymous, qui
ont juré de lui faire payer son crime.
Dans
la série «morts violentes», mentionnons aussi John
Lennon, Sam Cooke, Peter Tosh, lerappeurNotorious BIG
et Marvin Gaye, tous tués par balle (ce dernier par
son propre père) ainsi que la chanteuse Selena,
assassinée par la présidente de son fan club…
Absurde
OnpourraitvousparlerdeJimiHendrix, John Bonham (Led
Zep) ou Bon Scott, tous trois étouffés dans leur vomi.
Mais leur disparition est assurément moins absurde que
celle de Terry Kaths, fondateur du groupe Chicago,
mort en j ouant à la roulette russe. Il était
convaincu que le pistolet n’était pas chargé. Ou
encore celle de Sonny Bono (Sonny & Cher), mort en
ski après avoir percuté un arbre. Encore plus
surréaliste, celle de Jeff Porcaro, batteur du groupe
Poco, mort empoisonné. Toxicomane fini, il aurait
tenté d’inhaler des insecticides. On l’a retrouvé
raide au fond du jardin, au pied de son barbecue.
Flamboyant (1)
Icône du folk-rock, amant d’Emmylou Harris et ancien
membre des Flying Burrito Brothers, le brillant Gram
Parsons dilue son talent dans la dope. Le 13 septembre
1973, les mauvais anges ont finalement raison de lui.
Après l’enregistrement de ce qui sera son album
posthume ( Grevious Angel), le chanteur se réfugie
dans le bled de Joshua Tree, près de Yucca Valley, où
il succombe à une surdose de tequila et de morphine.
L’épisode suivant relève de la fiction. Alors que son
corps est sur le point d’être rapatrié à Los Angeles,
son ami et manager Phil Kaufman vole sa dépouille à
l’aéroport et, pour honorer un pacte scellé entre eux,
la fait brûler dans le désert…
Flamboyant (2)
Mourir sur scène? Plusieurs artistes en rêvent. Mais
dans la réalité, la chose n’a rien de si romantique.
Parlez-en au chanteur Ty Longley, du groupe heavy
métal Great White, mort brûlé vif après qu’un incendie
se fut déclaré en plein milieu d’un spectacle. Ce
drame a fait 93 autres victimes.
Aquatique
Le rock est plus lourd que l’eau. Donc il coule.
Premier guitariste des Stones, Brian Jones, se noie
dans sa piscine, en 1969. On sait aujourd’hui que cet
accident n’en serait pas tout à fait un (on l’aurait «
aidé »). En 1983, le batteur des Beach Boys Dennis
Wilson, fin soûl, plonge dans le Pacifique pour
récupérer une pièce de monnaie. Il ne remontera jamais
à la surface. Ironique : c’était le seul membre du
groupe qui savait vraiment surfer! Le 29 mai 1997,
trois ans après la sortie de son seul album ( Grace)
le chanteur Jeff Buckley entre à son tour dans la
légende en disparaissant dans les eaux du Mississippi.
On ne retrouvera son corps que cinq jours plus tard.
Appelons ça le mauvais sort : son père Tim Buckley,
aussi chanteur, avait succombé 22 ans plus tôt à une
surdose d’héroïne.
Et au Québec?
Nous avons aussi nos fantômes. Ils sont moins
nombreux, mais dans certains cas, pas moins
spectaculaires. On pense bien sûr à Dédé Fortin, dont
le hara-kiri dépasse encore l’entendement (en passant,
le chanteur américain Elliot Smith s’est enlevé la vie
de la même façon). Au chanteur Alex Soria (du groupe
alternatif The Nils), écrasé par un train un soir de
2004, et, dans un registre plus « film noir », à la
chanteuse Colette Bonheur, morte aux Bahamas en 1966,
dans de douteuses circonstances. Officiellement, son
décès serait attribuable aux barbituriques. Mais
certains prétendent que quelqu’un aurait sciemment
augmenté la dose…
Kiss expliqué aux enfants - JEAN-CHRISTOPHE
LAURENCE
C’était frappant, cet été, lors du spectacle de Kiss
au Centre Bell: son public rajeunit. Contrairement aux
autres dinosaures du rock, le groupe fondé il y a 35
ans par Paul Stanley et Gene Simmons a su renouveler
son bassin de fans, dont plusieurs ont encore l’âge
d’écouter TéléToon et Vrak.TV. Marguerite, 8 ans, fait
partie de cet étonnant nouveau fan club. À l’occasion
du retour de Kiss sur scène (ce soir, Centre Bell) et
sur disque ( Sonic Boom, sortie le 6 octobre), nous
lui avons demandé de concocter une série de questions
pour son groupe préféré. Gene Simmons lui répond.
PHOTOFERNANDOVERGARA,ASSOCIATEDPRESS
Le fan club de Kiss rajeunit.
Au point d’intéresser des enfants de 8 ans... Un
phénomène attribuable, selon Gene Simmons, «en
partie à la musique, au visuel et aux concerts».
JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Q Pourquoi
avez-vous décidé de faire un nouveau disque et quelle
chanson a été la plus difficile à enregistrer? R Parce
que, Marguerite, nous avons
beaucoupdenouveauxfanscomme toi qui nous ont demandé
d’écrire et d’enregistrer de nouvelles chansons. Sonic
Boom, c’est notre cadeau pour vous. C’est un coffret
de trois disques avec un CD de nouvelles chansons, un
CD de nos classiques réenregistrés et un DVD de Kiss
en concert à Buenos Aires. Pour ce qui est de la
chanson la plus difficile, je dirais Russian Roulette.
Elle était un peu plus compliquée à cause des
changements de tempo. Q Éco utez-
vous encore vos anciens disques? Lequel préférez-vous
et laquelle de vos vieilles chansons aimez-vous le
plus? R Oui, j’écoute encore nos vieux disques. J’en
ai plein de préférés. Destroyer pour les années 70.
Creatures of the Night pour les années 80. Revenge
pour les années 90 et, bien sûr, Sonic Boom pour les
années 2000. Pour ce qui est des chansons, j’aime
beaucoup God Gave Rock’n’Roll to You et Goin’ Blind,
une de nos premières compositions. Q Toi
et Paul (Stanley), vous travaillez ensemble depuis
presque 40 ans. Êtes-vous tannés de vous voir,
parfois? R Non! Paul et moi, nous sommes une équipe.
On se complète. Et puis, nous ne sommes pas comme les
Beatles. Nos femmes sont restées en dehors du chemin!
Q Est-
ce que
Ace Frehley et Peter Criss (premier guitariste et
premier batteur du groupe) vous manquent? R Oui. Nous
sommes tristes qu’ils ne soient pas là pour voir la
gloire qu’ils nous ont aidés à atteindre. Mais ils
avaient des problèmes. C’est une bonne leçon pour
vous, les jeunes: ne consommez pas de drogue ni
d’alcool. Vous allez perdre! Q Pourquoi
avez-vous décidé de mettre du maquillage au début et
pourquoi avez-vous décidé de le remettre après l’avoir
enlevé? R Kiss a toujours fait les choses à sa façon.
On a mis du maquillage au départ parce qu’on voulait
être différents. On l’a enlevé pour se prouver, et
prouver aux autres qu’on pouvait avoir du succès sans
le maquillage. Enfin, on l’a remis, tout simplement
parce que ça nous tentait. Q Drôle
de question, mais bon: comment faites-vous pour courir
avec vos bottes à plateformes? R C’est très difficile,
tu sais. Nos semelles mesurent huit pouces de haut.
Chaque botte pèse entre 8 et 10 livres. Les guitares
pèsent 10 livres. Et je porte 40 livres de poids
supplémentaire par-dessus ça: l’armure, les clous de
métal. Il faut être en très bonne forme physique. Et
savoir comment arquer son dos. Sinon, c’est le tour de
reins assuré. QJ ’ai
8 ans et j’aime beaucoup Kiss. Êtes-vous surpris
d’avoir des fans aussi jeunes? R Non, parce que j’en
ai vu plein d’autres comme toi dans le monde. Comment
expliquer que notre public rajeunit? En partie le
visuel. En partie la musique. En partie les concerts,
parce qu’on se surpasse soir après soir. Et en partie
tout le plaisir qu’il y a autour du groupe: les
jouets, les jeux. Et ça, seul Kiss peut le faire. Q Et
vous, quand vous étiez jeune, quel était votre groupe
préféré? R Les Beatles. Et ça l’est toujours. Q
Dernière
question, Gene: Kiss existe depuis 35 ans. Comment
faites-vous pour avoir encore du plaisir? R Je te
répondrais, Marguerite, que chaque chose a besoin de
son contraire. Nous avons encore du plaisir à faire
Kiss parce que nous avons travaillé fort. C’est la
même chose pour toi. Pour avoir du plaisir après
l’école, il faudra que tu travailles fort en classe.
Ne l’oublie surtout pas…
AC/DCAU STADEOLYMPIQUE La démesure
justifiée - Paul Journet
Ce devait
être le plus grand concert rock de la décennie à Montréal,
avait annoncé le Groupe Gillett. Quantitativement, il
avait raison. Il n’existe qu’un mot pour qualifier le
passage d’AC/ DC hier soir au Stade olympique: monstrueux.
PHOTO BERNARD BRAULT, LA
PRESSE
Le passage d’AC/DC au Stade
olympique samedi soir s’est fait dans la démesure avec
un gigantesque train vapeur qui déchirait le milieu de
la scène.
C’était la démesure. Une scène de 60 pieds sur 48, une
passerelle de 176 pieds, des coups de canon et des boules
de feu, des colonnes et des colonnes d’amplificateurs,
plusieurs écrans géants, environ 53 000 fans et un des
plus grands groupes rock de l’histoire qui revient après
neuf ans d’absence. On s’attendait à un mégaconcert de
stade comme il n’en existe presque plus, avec un
enchaînement de succès relayés par une sono approximative.
Et c’est ce qu’on a eu.
La fébrilité se sentait déjà une vingtaine de minutes
avant le début du concert. Un kilomètre semblait nous
séparer des fans à l’autre bout des gradins. Le stade est
devenu une carcasse de béton, mais il ne manquait pas
d’ambiance, grâce à la clameur de la foule et aux cornes
rouges qui brillaient partout. Quand on voyait quelqu’un
les acheter à l’entrée (15$ quand même), on n’était pas
certain. Mais portées par des milliers de fans, c’est très
beau.
Maintenant, la question de la sono. Ce n’était pas la
catastrophe qu’on aurait pu appréhender. Mais c’était tout
de même loin d’être impeccable. La voix de Brian Johnson
était parfois enterrée et il semblait manquer de souffle
par moments. Dans l’ensemble, le son manquait aussi de
richesse. Peutêtre que des spectateurs situés ailleurs ont
entendu autre chose. Ces petits problèmes disparaissaient
toutefois lors des solos de guitare d’Angus Young,
survoltés comme toujours.
Le cas d’Angus
AC/ DC est un groupe bizarre. Cliff Williams (basse),
Malcolm Young ( guitare rythmique) et Phil Rudd (batteur)
semblent venir pointer pour leur quart de travail. Rudd
fume même des cigarettes pendant une bonne partie des
pièces.
Ensuite, il y a le chanteur, Brian Johnson, toujours
énergique avec le charisme prolétaire de son traditionnel
béret. Et il y a Angus Young. Le guitariste se démène
comme un forcené. Si son frère Malcolm semble incapable de
jouer en bougeant, lui semble incapable de ne pas bouger.
Il a dû perdre deux ou trois livres hier soir.
Angus fut un des premiers guitaristes à adopter la
technologie sans fil, et on comprend pourquoi. Il arpente
chaque recoin de la scène et de la longue passerelle avec
sa danse de canard à la Chuck Berry. Il a volé la vedette,
comme il le fait depuis plus de 30 ans. On se demande où
il prend l’énergie, puis on se retourne et on imagine la
vue qui s’offre à lui, avec un stade qui hurle à chacun de
ses gestes. Cette drogue-là, on ne doit probablement
jamais vraiment s’y habituer.
Angus,
54 ans, osera son traditionnel strip-tease. Il enlève
son costume d’écolier puis s’arrête à son caleçon. Un
clown? Non, car il appuie ces pitreries de prouesses sur
sa Gibson.
Grosse Rosie et autres caricatures scéniques
AC/ DC a joué plus d’extraits de son nouveau disque que
certains auraient pu le croire. Après Rock’n’Roll Train
en ouverture, on a entendu plus tard Big Jack, Black
Ice, War Machine et Anything Goes. Mais ces chansons
n’ont pas encore été vraiment adoptées par le public.
La soirée a pris son envol avec Back in Black. Le verre
de café tremblait dans nos mains, tout comme le plancher
peu rassurant du stade. On ressentait le même effet lors
des autres classiques, que ce soit Thunderstruck, Dirty
Deeds Done Dirt Cheap, Hells Bells, You Shook Me All
Night Long, T.N.T., Whole Lotta Rosie et, comme
d’habitude en rappel, Highway To Hell puis For Those
About to Rock ( We Salute You).
Pour cette tournée, un gigantesque train vapeur
déchirait le milieu de la scène. Quant aux autres
éléments scéniques, ils étaient les mêmes qu’à
l’habitude. Comme il s’agit de visite rare, cela ne
dérange pas. Cette caricature démesurée amuse même.
Brian Johnson se balance sur une corde au bout de la
cloche géante au moment de Hells Bells. Une immense
poupée gonflable, style modèle pour un Cyclope, apparaît
pendant Whole Lotta Rosie (elle aussi, on peut l’acheter
aux kiosques). Une caméra placée sous le plancher de
verre filme la danse d’Angus Young pendant
Thunderstruck. Puis, pendant For Those About to Rock, de
gros canons (comme ceux de la pochette) explosent pour
clore la soirée.
On rit encore aussi de The Jack, cette pièce sur une
conquête de Malcolm qui avait une MTS. Des spectatrices
sont montrées alors sur les écrans géants pendant que la
foule crie: « She’s got the jack »...
Let There Be Rock, dernière pièce avant le rappel,
offrira le plus beau moment. Les lumières s’éteignent à
la fin et Angus Young disparaît pour ressurgir sur un
podium au milieu du parterre et y poursuivre son solo.
On pense assister au paroxysme, puis, peu après, ce
podium s’élève encore de quelques mètres alors que des
confettis virevoltent dans les airs. Le solo se
prolongera encore de longues minutes. On peut se
tromper, mais il semble que le guitariste l’ait allongé
à cause de la folle ambiance.
Personne n’allait s’en plaindre.
L’INCREVABLE TRAIN ROCK N’ ROLL - Paul
Journet
AC/DC AC/DC
est increvable. Son train de rock n’ roll roule depuis déjà 36
ans. Ce soir, le groupe devrait se produire devant 53 000
personnes au Stade olympique. C’est probablement le plus gros
concert à Montréal depuis celui de U2 au même endroit, il y
Le sablier et ses limites
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Le groupe AC/DC, photographié dans le
cadre de son passage au Forum de Montréal en juillet 1991.
Cela ne deva i t pa s a r r i ver. Angus et Malcolm Young,
Brian Johnson, Phil Rudd et Clif f Williams sont aujourd’hui
dans la cinquantaine ou la soixant aine. Mais i ls continuent
de charger avec leur rock bestial. Et ils continuent de trôner
dans les palmarès.
À sa sortie en octobre dernier, leur disque Black Ice s’est
hissé au sommet des ventes dans 28 pays, notamment au Canada.
AC/ DC a vendu plus de 200 millions d’albums en carrière. Le
groupe en a écoulé plus de 2 6 mi l l i ons au x Ét a t s -
Unis depuis 1991 (début des recensements Nielsen). Cela le
classe en deuxième position des meilleures ventes d’albums,
devancé seulement par les Beatles.
Et les billets de ses concerts s’envolent rapidement. Les
stades et arénas de la planète se remplissent encore de fans
qui veulent encaisser T.N.T, Highway To Hell, Back in Black et
deux ou trois extraits du nouveau disque (habituellement Rock
N’ Roll Train et Black Ice).
Les Australiens auraient-i ls pactisé avec le diable ?
Sûrement pas. Si le diable exista it , i l aurait ménagé leur
physique. Le doyen du groupe, le chanteur Brian Johnson (61
ans), devient bedonnant. Le guitariste Angus Young pourra
bientôt compter les cheveux sur son front. Et il a plus que
jamais besoin de son oxygène et de ses aspirines en coulisses,
au cas où.
Son frère Malcolm et lui ressemblent aujourd’hui à deux
hobbits suintants, avec leurs jambes-allumettes et leur teint
c adavérique. Un t ei nt qu’on découvre encore à chaque
concert quand Angus baisse son pantalon pour dévoiler ses
fesses osseuses – camouflées dans la présente tournée par des
caleçons à l’effigie du groupe, en vente au stand de
souvenirs.
La meute
La lecture de AC/DC : Maximum Rock & Roll, l’une des
quelques biographies du groupe, devient vite redondante.
Concert dans une boîte de Melbourne – Bon Scott tabasse un
portier. Concert d a n s u n c l ub d ’A ngle t e r r e –
Angus balance sa guitare sur le crâne d’un fan insolent. Et
ainsi de suite.
Un esprit clanique anime AC/ DC. C’est une meute. Méfiance
envers l’extérieur, loyauté totale envers l e g r oupe. L e
noyau du cla n : Malcolm et Angus, si xième et septième f i l
s des Young, une famille de Glasgow qui a déménagé à Sydney au
début des années 60.
Leur grand
frère George gravite aussi autour du groupe. Ancien guitariste
des Easybeats, il a réalisé quelques-uns de leurs albums, dont
High Voltage et Stiff
Margaret, seule fille de la famille, joue aussi un rôle dans
l’histoire d’AC/ DC. Le costume d’écolier-diablotin d’Angus,
c’était son idée. Idem pour le nom du groupe. Selon la petite
histoire, elle aurait eu le flash en regardant derrière une
machine à coudre ou un aspirateur.
Les Young se sont toujours enorgueillis de leu r s racines
ouvrières. Malgré leur immense succès, on les voit r a r ement
su r un t apis r ouge ou da ns les t abloïds. C’est un cadeau
presque aussi beau que leu r musique.
Le fantôme de Bon
En 1974, un accident de moto a forcé Bon Scott à se reposer de
la scène. Pour boucler ses fins de mois, il lavait des bateaux
et placardait des affiches comme celles d’un jeune groupe
nommé AC/ DC. Quelques mois plus tard, il est devenu le
nouveau chanteur.
Lui aussi était un Australien né en Écosse. Âgé de 28 ans, il
servait un peu de grand frère à Angus (19 ans) et Malcolm (21
ans). Il leur ressemblait, et il les complétait.
AC/ DC possédait déjà l’instinct brut dans sa musique. Mais
beaucoup moins ailleurs. Quand Angus cessait sa danse de
canard épileptique pour retourner en coulisses, il redevenait
plutôt tranquille, avec son régime de thé, lait au chocolat et
cigarettes.
Scott, lui, personnifiait le rock. Et il le transposait dans
des textes qui ont défini l’essence du groupe qui perdure
encore aujourd’hui. C’est le refus du spleen, le besoin
viscéral de foncer à toute vitesse pour goûter à tout avec i
nsouciance. Y compris aux jeunes filles, comme en témoignent
les titres Love Hungry Men et Let Me Put My Love into You.
D’ailleurs, la tournée Lock Up
de 1976 n’était pas qu’un slogan. Scott a perdu quelques dents
quand un père et son ami ont défoncé sa porte de chambre,
armés d’une batte de baseball. Ils cherchaient une jeune
fille…
Les paroles ont le mérite d’être limpides. Mais il faudrait
une conception plutôt élastique de l’art pour
les juger poétiques. Certains y voient plutôt l’adolescence
attardée qui s’éternise jusqu’à s’enliser dans un cul-de-sac.
PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI,
ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Le chanteur Brian Johnson et le
guitariste Angus Young lors d’un spectacle à Paris, en
février dernier, dans le cadre du Ice World Tour.
Les événements leur ont donné un peu ra i son. Par une nuit
froide, le 18 février 1980, après avoir éclusé trop de scotch,
Scott s’est endormi sur la banquette arrière d’une voiture à
Londres. Il ne s’est jamais réveillé. Mort étouffé dans son
vomi.
Pour l e s puristes , AC/ DC a perdu son â me depuis que Bria
n Johnson l ’a r emplacé. Scot t n’au r a i t pou r t a nt pa
s renié ce choix. Il avait déjà été i mpressionné par
l’énergie du groupe Geordie. Son chanteur, u n certa in Bria n
Joh nson , s’était écroulé de fatigue à la dernière pièce d’u
n concert . Quelques minutes plus tard, il se rendait à
l’hôpital à cause d’une appendicite.
Le train musical
« Les gens disent qu’on fait le même disque depuis 11 ans. Ce
n’est pas vrai. On fait le même depuis 12 ans », a blagué
Angus Young sur les ondes de la BBC, au début des années 80.
I l pourrait
aujourd’hui dire « depuis 34 a ns ». Cette si mplicité
figure presque dans la charte d’AC/ DC. Avant même la
fondation du groupe, George Young conseillait à ses deux f
rérots d’éviter la complexité pour la complexité, une erreur
qu’il avait constatée dans les dernières pièces des
Easybeats.
On raconte que pour trouver la bonne caisse claire, il a
déjà amené un ami dans une aciérie. Le presseur de 20 tonnes
donnait le son voulu.
AC/DC a toujours collé aux premières amours de ses membres,
le blues et le vieux rock (Chuck Berry, Little Richard,
Jerry Lee Lewis, Muddy Waters) et certains de leurs
contemporains ( The Who, Jimi Hendrix) et certaines pièces
des Stones, comme Jumpin’ Jack Flash, et des Beatles, comme
Get Back.
« On c r oit que l a musique devrait être jouée aussi fort
que possible, et on va cogner quiconque dit le contraire »,
lançait Bon Scott aux débuts du groupe. Son rock « bluesé »,
AC/ DC l’a toujours j oué bruyamment, et superbement aussi.
Sa s ec t i on r yt h mique r essemble à un train qui refuse
de s’arrêter. Angus Young en décuple la force avec sa
guitare. La puissance de son jeu provient autant des notes
que de l’espace entre les notes. Comme le lourd silence qui
sépare deux coups de tonnerre.

On dev rait le constater encore une fois ce soir. Bons
acouphènes. AC/DC, ce soir au Stade olympique, avec The
Answer en première partie. Portes ouvertes à 18 h, spectacle
à 19 h 45.