CHILI - Michelle Bachelet a la cote
La
cote de popularité de la présidente du Chili dépasse les
65%.
Tandisquel’économiechilienne entre en récession et que le
chômage grimpe, la cote de popularité de la présidente
Michelle Bachelet dépasse les 65%. Il s’agit de son plus
haut score dans les sondages depuis son arrivée au pouvoir
il y a trois ans.
« C’est dû à notre gestion économique, souligne la
présidente, qui fait aujourd’hui son discours annuel au
Congrès. Nous avons économisé en période de prospérité, nous
dépensons maintenant en temps de vaches maigres. »
En janvier, le gouvernement a lancé un plan de soutien à
l’économie de plus de 4,5 milliards de dollars CAN. Cela
représente 2,8% du PIB, soit la dépense publique le plus
élevée au monde réalisée en ces temps de crise après
l’Arabie Saoudite. Une grande partie a été distribuée sous
forme d’aide directe aux familles.
Débuts difficiles
Cette
socialiste charismatique, chaleureuse et proche des
Chiliens n’a pourtant pas toujours joui de ce soutien. Si
elle a été élue en 2006 avec plus de 53% des voix, la
pédiatre aura vécu deux premières années difficiles.
Les manifestations étudiantes en mai et en juin de la même
année, puis la mise en marche catastrophique et
extrêmement onéreuse, l’année suivante, du système de
transports publics de la capitale lui ont valu des salves
de critiques.
« Si elle s’est sortie de ce marasme, c’est parce qu’elle
a bénéficié d’un prix record du cuivre, l’or rouge sur
lequel reposent l’économie chilienne et les finances de
l’État », explique Tomas Mosciatti, directeur de la radio
nationale Bio-Bio.
Elle a utilisé ces fonds pour renforcer le système de
protection sociale chilien, ce qui a constitué la marque
de son gouvernement. Elle a fait tripler le nombre de
garderies gratuites, afin de permettre aux femmes de
travailler, a mis en place la loi sur la soustraitance,
qui met fin aux abus des grandes entreprises, et, surtout,
elle a réformé les retraites. Désormais, tous les Chiliens
ont droit à une retraite, même les femmes au foyer.
Sa popularité pourrait ne pas suffire à assurer la
victoire de sa coalition à l’élection présidentielle de
décembre prochain. Le candidat de droite, le millionnaire
Sebastian Pinera, est en tête des sondages depuis des
mois. Après 20 ans de pouvoir de la même coalition, les
Chiliens réclament du changement.
Chavez célèbre les 10 ans de sa «
téléprésidence »
CARACAS —
Quatre jours à l’antenne: Hugo Chavez s’offre un marathon
radiotélévisé pour le 10e anniversaire d’Allô président,
une émission hebdomadaire que le chef d’État vénézuélien a
transformée en redoutable outil de communication.
Hugo Chavez se lance dans un
marathon télévisé à la barre de son émission Allô
président, sur les ondes de la télé d’État.
Le tonitruant dirigeant socialiste a promis à ses
concitoyens une véritable telenovela, du nom de ces
interminables séries sentimentales qui passionnent le
public latino-américain.
« Ça va commencer jeudi. Nous ferons une parenthèse et ça
reprendra le vendredi, le samedi et ça se terminera
dimanche dans l’aprèsmidi ou la soirée. Il y aura
différents épisodes, comme dans une telenovela. Nous
parlerons de tout: chansons, critiques », a-t-il déclaré.
Émission phare de la vie politique locale, Allô président
est née un an après l’élection, en 1998, de cet ancien
officier putschiste, admirateur déclaré de la révolution
cubaine, à la tête de ce géant pétrolier des Caraïbes.
Loin des allocutions traditionnelles, on y découvre chaque
dimanche M. Chavez, 54 ans, en train de régler, en toute
décontraction, ses comptes avec l’opposition comme avec
son ex-femme, ou discourir durant des heures sur
l’histoire, l’amour et la gastronomie.
Après une chanson romantique ou quelques anecdotes sur sa
vie privée, il peut aussi à l’antenne annoncer la
nomination ou la destitution d’un ministre, présider une
inauguration ou encore joindre au téléphone des citoyens
anonymes, abasourdis par l’appel présidentiel.
« C’est un
téléprésident. Sa voix est devenue la musique de fond qui
accompagne en permanence le pays », explique à l’AFP
l’historien Alberto Barrera, auteur de la biographie de
référence Chavez sans uniforme.
« Le président a proposé aux Vénézuéliens une nouvelle
idée de la politique, irrémédiablement liée à la
télévision: un bon politicien doit d’abord être un showman
», poursuit-il.
Selon M. Barrera, ce programme télévisé constitue la «
métaphore parfaite de la conception qu’a Chavez de son
travail » : un lien direct avec les classes pauvres, la
moitié de la population, où ses programmes sociaux
financés par la manne pétrolière ont forgé sa popularité.
Les journalistes sont rarement invités à l’émission
hebdomadaire de M. Chavez, mais ils le suivent toujours
avec une grande attention à la télévision, car le
président vénézuélien n’accorde que de rares entretiens à
la presse.
Le sociologue Tulio Hernandez admet que le gouvernement de
M. Chavez est devenu « probablement le plus médiatique
d’Amérique latine », grâce au charisme personnel du
président.
« Un programme de quatre jours alimente l’idée mythique
que c’est un homme doté d’une grande force et de volonté,
qui ne se fatigue pas. Quelque chose d’héroïque »,
décrypte-t-il.
L’Allemagne garde le cap à droite
L’Allemagne vire à droite
Merkel
obtient un deuxième mandat grâce à la victoire de la
coalition conservatrice-libérale
BERLIN — Angela Merkel peut crier victoire. Les
électeurs allemands l’ont reconduite hier à la
chancellerie pour un nouveau mandat de quatre ans à la
tête de la coalition de centre droit de son choix,
tandis que les sociaux-démocrates (SPD) encaissent un
cuisant revers. Mais ce gain n’a rien d’un triomphe,
au vu du score de son parti et de l’influence qu’aura
son partenaire libéral, estiment plusieurs
observateurs.
PHOTO KAI
PFAFFENBACH, REUTERS
Angela Merkel, tout sourire :
« Je veux être la chancelière de tous les Allemands,
afin d’améliorer la situation de notre pays. »
Avec leurs alliés libéraux du F DP, les conservateurs
(CDU/CSU) de Mme Merkel ont remporté une majorité
confortable des sièges, 332 sur les 622 que comptera
finalement le Parlement, selon les résultats officiels
communiqués aujourd’hui à l’aube, heure locale.
La chancelière venue de l’ex-RDA, âgée de 55 ans et
immensément populaire, a annoncé elle-même une heure
après la clôture du scrutin la formation de cette
nouvelle coalition qu’elle appelait de ses voeux pour
gouverner la première puissance économique européenne,
frappée par une récession sans précédent.
«Nous pouvons ce soir (hier) célébrer la victoire, a
déclaré Mme Merkel au quartier général de son parti à
Berlin. Nous avons réussi à obtenir une majorité
solide, pour former un nouveau gouvernement de la
CDU/CSU (les Unions conservatrices) et du FDP, et
c’est bien. Je veux être la chancelière de tous les
Allemands, afin d’améliorer la situation de notre
pays. »
Les législatives d’hier ont toutefois consacré le
déclin des deux grands partis allemands, conservateurs
et sociaux-démocrates, face aux « petits partis »,
auteurs de scores historiques.
A insi, les conservateu rs (CDU/CSU) de Mme Merkel
enregistrent leur plus mauvais résultat depuis 1949,
avec 33,8% des voix.
De leur côté, les sociauxdémocrates (SPD), qui
gouvernaient avec Mme Merkel depuis quatre ans dans
une «grande coalition » et dont le candidat à la
chancellerie était le ministre des Affaires étrangères
sortant Frank-Walter Steinmeier, 53 ans, réalisent
leur plus bas score historique, à 23 %.
Le social-démocrate Steinmeier, 53 ans, a concédé une
«défaite amère», relevant qu’un «nouveau rôle
(l’)attend, celui d’opposition ». Le SPD avait
recueilli 34,2 % des suffrages il y a quatre ans et
recule de plus de 10 points. Durant la campagne, il
n’est pas parvenu à se présenter comme un véritable
rival des conservateurs avec lesquels il avait
gouverné.
«Le SPD est sonné, c’est une crise identitaire »,
explique à l’AFP Étienne François, historien et
universitaire à Berlin.
Trois « petits » devenus grands
Face à ces deux formations, trois « petits » partis
devenus grands : le FDP libéral (14,6 %), Die Linke
(extrême gauche, à 11,9 %) et les Verts (10,7 %) ont
chacun réalisé le mei l leu r score de leu r histoire.
Le bond est spectaculaire pour les libéraux, qui
s’affichent comme un allié indispensable pour Mme
Merkel, laquelle a besoin de leurs voix pour être
réélue chancelière par la chambre basse du Parlement
allemand. Le chef de la formation libérale, Guido
Westerwelle, s’est félicité de « ce résultat
excellent» et a promis de faire en sorte que
l’Allemagne ait un «système fiscal équitable,
d’améliorer les chances en matière d’éducation et de
défendre les libertés individuelles».
«Le
FDP n’est plus un parti d’appoint», constate
l’historien Étienne François, tandis que « la CDU/CSU
n’est plus un grand parti rassembleur, mais de plus en
plus un parti au profil clairement
conservateur.Certains de ses électeurs ont donné leur
première voix à un candidat à la CDU, et la deuxième
au FDP, pour durcir leur vote à droite»,
explique-t-il.
Le système électoral allemand dote chaque électeur de
deux voix : l’une pour élire directement un candidat
dans sa circonscription, et l’autre pour un parti.
Seuls cinq des partis en l ice f ra nch issent la ba r
re des 5 % requise pour entrer au Bu ndestag , selon
les projections.
La participation atteint un niveau historiquement bas
: 70,8 % contre 77,7 % il y a quatre ans.
Campagne atone
Mme Merkel, la « femme la plus puissante de la planète
» pou r la quat r ième a n née consécutive, selon le
magazine Forbes, plaidait pour la fin de la coalition
avec les sociaux-démocrates.
« Demain , i l s ’a g i r a d e donner la force à
l’Union de former un nouveau gouvernement en
Allemagne, dans une nouvelle constellation »,
avaitelle lancé samedi lors de sa dernière réunion, à
Berlin, à l’issue d’une campagne atone où elle s’est
gardée de faire la moindre promesse.
La CDU a battu campagne en misant tout sur la
popularité record de la chancelière, quitte à éviter
les débats de fond.
La sécurité avait été renforcée dans le pays,
singulièrement dans les gares et les aéroports, alors
qu’à l’approche du scrutin des menaces de militants
islamistes ont circulé sur l’internet, dont un message
sous-titré en anglais et en allemand du chef
d’AlQaeda, Oussama Ben Laden.
De nombreux dossiers économiques attendent le
gouvernement Merkel II, dont l’accroissement annoncé
du chômage, l’augmentation des déficits et les
difficultés du système éducatif et de santé, alors que
le pays commence à sortir de la récession.
L’engagement de l’Allemagne en Afghanistan figurera
aussi à l’ordre du jour.
CDU et FDP ont déjà dit vouloir revenir sur l’abandon
programmé de l’énergie nucléaire.
L’extrême droite britannique a le vent dans
les voiles
Une
révolution tranquille serait-elle en cours au Parlement
britannique ? Mis à genoux par le scandale des notes de
frais, les grands partis ne savent plus à quel saint se
vouer. Leurs candidats aux élections européennes seront
sans doute punis par l’élec
COLLABORATION SPÉCIALE LONDRES— C’était jour de
porteà-porte vendredi dernier pour Richard Barnbrook, un
membre du British National Party, élu au conseil municipal
de Londres. L’homme svelte avait revêtu un complet beige
pour l’occasion. Et la rosette du BNP aux couleurs de
l’Union Jack, le drapeau britannique, à la boutonnière.
« Allez-y, prenez des photos » , a-t-il dit aux
journalistes qui le suivaient à Hornchurch, dans l’est de
Londres.
Pendant britannique du Front national en France, le BNP
défend un programme politique controversé : halte à
l’immigration, mesures incitatives pour le départ de
familles immigrantes, retour de la peine de mort pour les
meurtres prémédités.
Or, quelques candidats du BNP pourraient bien être élus
aux élections européennes cette semaine (les Britanniques
votent demain). La crise de confiance des électeurs face
aux partis traditionnels – travailliste et conservateur –
est telle que beaucoup se tournent vers les partis
indépendants comme le BNP.
Scandale et colère
D’ai l leurs, peu de portes ont claqué au nez de Richard
Barnbrook, vendredi dernier. « Je voterai pour la première
fois de ma vie jeudi. J’en ai marre de Brown et de sa
clique. Le BNP est un parti raciste, mais ils ont raison »
, dit Mick Smith, un ouvrier de la construction de 60 ans.
« Je veux envoyer un message au Parlement. Les députés
sont tous corrompus », dit de son côté Gary Anderson, un
camionneur qui votera aussi pour le BNP.
Pourquoi cette colère ? En raison du scandale des notes de
frais qui dure depuis presque un mois. Les révélations au
comptegouttes du Daily Telgraph ont empoisonné les
relations entre les Britanniques et leurs élus.
Le
remboursement de dépenses douteuses aux députés, comme un
îlot pour canards, et les stratagèmes utilisés pour
exploiter les failles du système ont réduit en poussière
la confiance de l’électorat.
Des têtes ont roulé, dont celle du président de la Chambre
des communes, Michael Martin. Du jamais vu en plus de 300
ans. La ministre de l’Intérieur, Jacqui Smith, qui a été
éclaboussée par le scandale, a annoncé sa démission, hier.
Selon les observateurs politiques, Gordon Brown prévoyait
l’expulser du cabinet ministériel lors d’un remaniement
prévu pour vendredi.
Une douzaine d’autres députés travaillistes et
conservateurs ont déjà annoncé qu’ils ne se
représenteraient pas aux prochaines élections générales,
prévues pour juin 2010.
Trop peu trop tard
Flairant l’occasion, le chef du Parti conservateur, David
Cameron, a lancé un appel à tous pour du sang neuf dans
ses troupes. « Je veux dire aux gens, aujourd’hui, que si
vous voulez nous aider à nettoyer le système politique,
devenez un candidat conservateur » , a affirmé en entrevue
à la BBC, le populaire chef de l’opposition qui s’évertue
à réclamer de Gordon Brown la tenue d’élections générales
anticipées, mais sans succès.
Le premier ministre a été plutôt lent à réagir. Il a
promis, hier, un nouveau code de conduite pour les
députés. Trop peu, trop tard.
Des rumeurs de coups d’État ont repris. Le Parti
travailliste semble au bord de l’implosion. Même le
quotidien The Guardian, un traditionnel allié, ne lui
apporte plus son soutien. Et les sondages n’augurent rien
de bon pour jeudi.
Le parti de Gordon Brown récolte seulement 17% des
intentions de vote. Les partis indépendants en recueillent
30%, dont 4% pour le BNP. Pour être élu au Parlement
européen, un candidat du BNP devra obtenir un résultat de
8,5% dans sa circonscription.
Un score qui ne relève pas de l ’ exploit , selon Richa rd
Barnbrook, lui-même le premier membre du BNP élu à la
Chambre des communes, à Londres. « Je serais très étonné
qu’on ne gagne pas deux ou trois sièges » , dit l’homme de
48 ans.
Un rêve terni par la réalité -
LYSIANE GAGNON
Depuis
son extension à l’Est, l’Europe est devenue un
assemblage hétérogène, sans personnalité autre que
géographique.
Bilan des élections européennes : la montée généralisée
de la droite, de même qu’une inquiétante percée de
l’extrême droite, notamment aux PaysBas, en Hongrie et
en Grande-Bretagne... et un taux d’abstention record,
qui va de 60% en France à 80% en Slovaquie.
Cela confirme, si besoin était, que l’Europe, ce rêve
magnifique devenu réalité (on va maintenant de l’Estonie
au Portugal sans traverser une seule frontière!), ne
fait pas encore partie de la vie quotidienne des
citoyens. Sauf exception, les députés élus au parlement
de Strasbourg proviennent souvent de l’équipe B – ceux
qui seraient incapables de faire carrière en politique
nationale, ou qui préfèrent l’agitation et les
tractations stériles d ’ un pa rlement sans pouvoir réel
à l’action directe au sein d’un gouvernement national.
(Ce n’est pas sans raison que le parlement européen, qui
tolère les corridas, s’est énamouré des bébés phoques ,
une cause futile s’il en est une, mais qui a le mérite
de n’entraîner aucune retombée politique, puisque c’est
surtout au Canada que ça se passe !).
Il est vrai aussi que la bureaucratisation extrême des
superstructures bruxelloises, qui engendrent des tonnes
de règlements superflus, est un repoussoir… et que
depuis son extension à l’Est, l’Europe est devenue,
moins qu’un ensemble cohérent, un assemblage hétérogène,
sans personnalité autre que géographique. L’Europe de
l’Ouest avait des institutions, des sensibilités et un
niveau de développement relativement analogues, mais les
pays récemment sortis de l’URSS feront encore longtemps
figure de vagues cousins très éloignés. Rien d’étonnant
à ce qu’à mesure qu’elle s’élargit, l’Europe soit de
moins en moins capable de se donner une politique
étrangère commune.
Mais à
entendre le compte rendu de ces élections, dimanche
dernier à la télévision française, on n’aurait jamais
cru qu’elles concernaient l’Europe ! Exception faite de
Daniel Cohn-Bendit, les politiciens invités sur les
plateaux, parfaitement indifférents au reste de
l’Europe, n’avaient d’yeux que pour ce que signifiaient
les résultats en regard de la politique française. Un
peu comme si, lors d’une élection fédérale, on
n’analysait les performances du Bloc et du PLC qu’en
fonction de ce qu’elles annonçaient pour le PQ et le
PLQ.
Cette campagne européenne a chambardé le paysage
français. François Bayrou voit s’évanouir ses espoirs
pour les présidentielles de 2012, et les socialistes
sont en déroute, le groupe Europe Ecologie (Cohn-Bendit,
l’ancienne juge Eva Joly et José Bové) se hissant en
troisième place, presque à égalité avec le PS, pendant
que l’UMP du président Sarkozy triomphe avec 28%.
Une étoile montante: Rachida Dati, qui a brillamment
animé la liste UMP avec l’ancien ministre Michel
Barnier, transformant en tremplin son exil du
gouvernement – une brillante revanche sur l’humiliation
subie aux mains du président qui l’a laissé tomber après
l’avoir adoubée. Une étoile tombante : Martine Aubry,
l’austère cheffe du PS qui devra probablement céder sa
place à l’un des jeunes loups qui trépignent en
coulisse… encore que Ségolène Royal, sa rivale vaincue
qui rit aujourd’hui dans sa barbe, n’ait pas dit son
dernier mot. Au PS, la bataille pour le pouvoir
reprendra avec une férocité décuplée.
Finalement, le héros de la soirée aura été Daniel
Cohn-Bendit, l’ancien contestataire de Mai 68, ce
Franco-Allemand qui est le parfait prototype de
l’Européen…Une bonne bouille, qui ne parle pas la langue
de bois, et qui fut le seul à prendre ces élections au
sérieux et à parler durant toute la campagne d’enjeux
européens plutôt que nationaux. Il faut dire que sa
formation avait été bien servie par la sortie
planétaire, deux jours avant le vote, de Home, la
superproduction sentimentale et alarmiste de Yann
ArthusBertrand, qui a été vue par neuf millions de
Français… Un fameux coup de pouce!
David Cameron se dit prêt à diriger le pays
- Judith LaChapelle
Les
conservateurs britanniques, confinés à l’opposition
depuis l’arrivée triomphale des travaillistes en 1997,
ont tenu leur congrès cette semaine. Leur chef, David
Cameron, n’a pas fait dans la dentelle : pour sortir la
Grande-Bretagne de la crise, il faudra sabrer les
dépenses publiques. Sa franchise ne semble pas encore
faire peur aux électeurs. L’été prochain, il pourrait
bien être le prochain premier ministre du Royaume-Uni.
Les Britanniques n’aiment pas les conservateurs. En tout
cas, ils ne les aiment pas comme ils se sont
passionnément épris des travaillistes en 1997. Pour
gagner le coeur – mais surtout le vote – des électeurs,
les conservateurs doivent leur prouver qu’ils ont
changé.
PHOTO ANDREW WINNING,
REUTERS
Depuis son élection comme chef
en 2005, David Cameron, 42 ans, s’est appliqué à
dépoussiérer l’image de « vieux parti » qui colle aux
conservateurs.
C’est ce qu’on disait tout haut cette semaine à
Manchester, au congrès annuel de la vénérable formation
politique. Las des travaillistes, au pouvoir depuis 12
ans, les électeurs britanniques semblent séduits par
l’idée que le Parti conservateur revienne au pouvoir
l’an prochain. Et s’il faut en croire les sondages
publiés cette semaine, les tories et leur chef
charismatique, David Cameron, voguent allègrement vers
la victoire, avec 14 points d’avance sur le Labour.
Mais attention, prévient l’auteure Judith Ba ra , qui
enseigne à l’ Université de Londres. « Rien n’est encore
joué », dit cette observatrice de la scène politique
britannique, que La Presse a jointe hier. Pour gagner la
majorité des sièges, « ils devront travailler plus fort
pour que les gens votent davantage en faveur des
conservateurs plutôt que contre les travaillistes ».
Depuis son élection comme chef en 2005, David Cameron
s’est appliqué à dépoussiérer l’image de « vieux parti »
qui colle aux conservateurs.
Le bon père de famille
Ancien
cadre du groupe média Ca rlton , David Ca meron, 4 2 a
ns, se présente comme un bon père de famille, adepte du
vélo, préoccupé par la santé et l’écologie, prêt à
soutenir les couples homosexuels. Il diffuse des photos
de ses vacances avec femme et enfants, et la mort en
février dernier de l’un de ses enfants gravement malade
a ému l’opinion publique.
Mais les Britanniques restent méfiants. De fait, un
autre sondage a montré que 68 % d’entre eux croient que
le Parti conservateur n’a pas changé depuis l’a rrivée
de David Cameron. Son entourage est aussi perçu comme
composé de « v ieu x tories » fa isa nt partie d’un club
sélect issu des collèges huppés du pays. « Une majorité
de gens doute toujours que Cameron puisse comprendre ce
que vit la classe moyenne», dit Mme Bara.
Cette sema ine, le c hef con ser vateu r a la ncé u n
message clair : il est « prêt » à piloter le pays mais
avertit que la Grande-Bretagne t r ave r s e r a « u n e
p é r io de difficile ». Coupes dans les dépenses de
l’État, hausse de l’âge d’admissibilité à la pension de
vieillesse et gel des salaires des fonctionnaires sont à
prévoir.
Les récents sondages indiquent que l’appui aux
conservateurs, malgré les intentions radicales du chef,
n’aurait pas faibli. « Mais les gens commencent à se
dire : nous en avons assez des travaillistes, mais
sommes-nous prêts à ça ? » dit Mme Bara.
David Cameron doit aussi surveiller sa droite : en
flirtant avec le centre, il risque de perdre des votes
au profit de partis résolument à droite qui ont
constamment gagné en popularité ces dernières années.
Les élections ne devraient pas avoir lieu ava nt j uin.
D ’ici là , d it Jud it h B a ra , tout peut a rriver. «
Ha rold Wilson (NDLR : ancien premier ministre
travailliste) a déjà dit qu’une semaine, en politique,
c’est une longue période... »
Grande-Bretagne
: Le Parlement embarrassé
Films
pornos, barres de chocolat, canapé-lit remboursés aux
députés de Grande-Bretagne
Plusieurs ministres semblent avoir fait des déclarations
abusives ou avoir exploité le système à leur avantage.
COLLABORATION SPÉCIALE
Le scandale fait mal au parti de
Gordon Brown. Dimanche, le Parti travailliste ne
recueillait plus que 23% des intentions de vote en
Grande-Bretagne.
— Une c r i s e de confiance se creuse entre les
Britanniques et leurs élus depuis vendredi. Le dévoilement
des notes de frais douteuses de députés ternit la
réputation de toute la classe politique du pays. Même le
premier ministre travailliste Gordon Brown a été
éclaboussé par cette affaire, le forçant à s’excuser hier
« au nom de tous les partis politiques ».
Le scandale a éclaté au grand jour vendredi lorsque le
quotidien de droite, le Daily Telegraph, a révélé en
primeur les dépenses professionnelles que les députés ont
tenté de se faire rembourser. Plusieurs ministres semblent
avoir fait des déclarations abusives ou avoir exploité le
système à leur avantage.
Cette histoire a poussé Gordon Brown à exprimer de rares
excuses. « Nous avons la responsabilité de prouver que
nous sommes là pour servir l’intérêt public et non nos
propres intérêts », a-til déclaré à une conférence hier
matin.
Dans certains cas, des parlementaires ont exigé des
remboursements difficilement justifiables. Par exemple,
des barres de chocolat, un bouchon de bain, un canapé-lit
et... des films pornos. En effet, la ministre de
l’Intérieur, Jacqui Smith, avait admis avoir déclaré deux
films adultes « par erreur » en mars dernier.
D’autre part, le système de défraiement permet aux députés
de déclarer des dépenses pour une seconde résidence, soit
dans leur circonscription, soit à Londres. Or, la ministre
Hazel Blears a identifié trois propriétés différentes
comme résidence secondaire dans une même année.
« C’est une clause qui prête le flanc à des abus, expl
ique le pol itologue David Jarvis, de l’Université de
Cambridge. Des députés ont rénové des maisons aux frais
des contribuables puis ont empoché les profits de leur
vente. »
Même
l’honnêteté de Gordon Brown a été mise en doute. Le
premier ministre, qui navigue de crise en crise depuis
mars, a versé 11 500 $ canadiens en frais de travaux
domestiques à son frère Andrew, entre 2004 et 2006.
La bel le-soeur de Gordon Brown, Clare, est intervenue
hier en expliquant dans le Guardian comment les deux
frères se partagent des services de ménage.
Le tollé dans la presse britannique est à son apogée. Un
ancien vice-président de la Chambre des communes, Lord
Naseby, a même suggéré que la dissolution du Parlement
était la seule façon de laver la réputation de ses
membres.
Pourtant, tout le monde se défend d’avoir mal agi . Les
ministres insistent qu’ils ont respecté les règles du
système de remboursement. Un système jugé maintenant
désuet par Gordon Brown et le chef de l’opposition, le
conservateur David Cameron.
Un organisme indépendant de vérification se penchera sur
cette affaire, a promis hier le président de la Chambre
des communes, Michael Martin.
Toutefois , le mal semble être fait. Dimanche, le parti de
Gordon Brown ne recueillait plus que 23% des intentions de
vote, du jamais vu depuis 1943.
Cette crise pourrait bouleverser l’échiquier politique,
prédit David Jarvis. « Nul ne sait ce qui va arriver. La
grogne des électeurs pourrait donner des ailes aux partis
d’extrême droite. »
« Fais pas le malin » - MARC
THIBODEAU
—
Nicolas Sarkozy à un jeune homme lors d’un bain de
foule
PARIS — Les politologues avertis qui collectionnent
les sorties cinglantes du président français Nicolas
Sarkozy comme autant de perles seront ravis.
Hier, le coloré chef d’État a rappelé à l’ordre un
jeune homme alors qu’il prenait un bain de foule à
Chambéry en lui disant à plusieurs reprises : « Fais
pas le malin. »
Bien qu’on entende clairement les propos du politicien
ulcéré sur les vidéos et les enregistrements diffusés
par les médias présents, l’incident à l’origine de son
courroux n’est pas clair.
Le quotidien Libérat ion affirme que Nicolas Sarkozy
n’a pas apprécié que le jeune homme lance à la ronde
que le président ne lirait jamais un courrier qu’une
femme présente dans la foule se proposait de lui
transmettre.
France Inter rapporte pour sa part que l’homme – qui
n’a pas été identifié – se serait essuyé
«ostensiblement» la main après avoir serré celle du
chef d’État.
Nicolas Sarkozy, venu marquer le 150e anniversaire du
rattachement de la Savoie à la France, avait été
accueilli à la fois par des huées et des
applaudissements à son arrivée.
Selon l’envoyé du Monde, l’incident vient « écorner un
peu plus encore » le style présidentiel.
Il rappelle un accrochage survenu au Salon de
l’agriculture en 2008. Le chef d’État avait alors
lancé « Casse-toi, pauv’ con» à un homme qui refusait
de lui serrer la main. La vidéo de l’accrochage est
devenue un succès monstre sur l’internet. Et la phrase
ne cesse depuis d’être reprise dans les manifestations
par des critiques du chef d’État qui l’invitent, à
leur tour, à «se casser».
L’incident à Chambéry survient alors que la cote de
popularité de Nicolas Sarkozy est au plus bas. Selon
un récent sondage, les deux tiers des Français
estiment que sa présidence est un échec.
Ses difficultés ont relancé les ambitions de plusieurs
ténors de la droite, comme celles de l’ex-premier
ministre Alain Juppé, qui n’écarte pas de se présenter
à la présidence si l’actuel occupant du poste ne
sollicite pas de second mandat en 2012. Une hypothèse
jugée peu probable par les analystes.
Chirac renvoyé devant les juges - Louis-Bernard
Robitaille
L’ancien
président devra s’expliquer sur les « emplois fictifs »
à la mairie de Paris avant 1995
PARIS — À un mois de son 77e anniversaire, Jacques
Chirac a appris hier matin la mauvaise nouvelle à la
Gazelle d’or, ce palace marocain où il passe quelques
jours de vacances, en compagnie de sa femme Bernadette
et de son petit-fils Martin. L’ancien président de la
République, de 1995 à 2007, sera traduit en justice dans
les mois qui viennent pour « détournement de fonds » et
« abus de confiance ».
PHOTO GOH CHAI HIN,
ARCHIVES AFP
L’ancien président de la
République française Jacques Chirac sera traduit en
justice dans les mois qui viennent pour « détournement
de fonds » et « abus de confiance ». C’est la première
fois en France qu’un ancien président est jugé devant
les tribunaux.
En théorie, l’accusé risque jusqu’à 10 ans de prison
pour ces délits. Mais la juge d’instruction chargée de
son dossier, Xavière Siméoni, n’a pas retenu le chef
d’accusation de « faux en écriture », qui l’aurait
automatiquement conduit devant la cour d’assises. Au vu
des très nombreuses « affaires » qui ont entaché sa
gestion de la mairie de Paris de 1977 à 1995, Jacques
Chirac a échappé au pire. Mais c’est tout de même une
première en France que de voir un ancien président
devant les tribunaux.
Longtemps épa r gné pa r l e s e nquêtes j ud i c i a i
r e s , le Rassemblement pour la République ( RPR) avait
été finalement pris dans la tourmente à la fin des
années 90, alors que son chef était déjà installé à
l’Élysée et bénéficiait de ce fait d’une quasi totale i
mmunité. Les révélations embarrassantes s’étaient
succédé. Sur les emplois de complaisance à la mairie.
Sur le système de pots-de-vin payés lors de
l’attribution de contrats publics. Sur de lu xueuses
vacances au soleil réglées avec des liasses de billets.
Au
passage, certains proches ont été inquiétés ou condamnés
par la justice, parmi lesquels l’ancien chef de cabinet
du maire, Michel Roussin, et surtout l’ancien adjoint
aux Finances de la mairie, un certain Alain Juppé,
condamné à 14 mois de prison avec sursis.
Intouchable jusqu’à la fin de son second mandat, en mai
2007, Jacques Chirac avait alors été entendu à cinq
reprises par la juge d’instruction entre novembre 2007
et juillet 2008.
De toute évidence, la magistrate n’a pas opté pour la
sévérité : sur 481 emplois suspects, elle n’en a retenu
que 21 dans l’acte d’accusation contre l’ancien maire,
considérant que tous ceux datant d’avant 1992 tombaient
sous le coup de la prescription. Contrairement à l’avis
du Parquet qui souhaitait classer la totalité du
dossier, la magistrate a eu le « courage » – disent ses
pairs – de renvoyer un ancien président devant ses
juges. Une première historique.
Mais
il n’y aura sans doute pas d’acharnement judiciaire
contre le vieux retraité de la politique. Même à gauche,
la plupart, comme Ségolène Royal, souhaitent qu’il
puisse « vivre en paix » et ne souhaitent pas un grand
déballage. Quant à l’opinion publique, elle a tranché:
Jacques Chirac est aujourd’hui, avec 76% d’opinions
favorables, l’homme politique le plus populaire du pays.
Les « séances d’exorcisme » de Sarkozy dénoncées
PARIS —
Le président français, Nicolas Sarkozy, qui a construit
sa carrière politique en affichant sa fermeté sur les
questions d’ordre et de sécurité publique, n’hésite pas
à légiférer dans la foulée de faits divers
spectaculaires. Même au risque de se voir accusé de
démagogie.
Nicolas Sarkozy a assisté à une
cérémonie officielle le 6 octobre dernier au
Kazakhstan. Ce voyage, le premier d’un président
français depuis 1993, a permis de relancer les
relations économiques entre les deux pays.
Le chef d’État a donné une nouvelle illustration de
cette tendance la semaine dernière en réaction à la mort
de MarieChristine Hondeau, 42 ans, étranglée alors
qu’elle faisait son jogging dans une forêt au sud de
Paris.
L’affaire a pris une portée politique importante après
que les forces de l’ordre eurent révélé que le
responsable du meurtre avait bénéficié d’une libération
conditionnelle en mars 2007. L’homme avait été condamné
cinq ans plus tôt à 11 ans de prison pour le viol et
l’enlèvement d’une adolescente.
Comme il l’a souvent fait par le passé, le président a
reçu la famille de la victime à l’Élysée jeudi dernier.
Il a demandé à cette occasion au ministre de
l’Intérieur, Brice Hortefeux, de lui présenter en moins
d’une semaine des suggestions pour minimiser les risques
de récidive. Il a précisé qu’elles devraient être
rapidement soumises pour adoption à l’Assemblée
nationale.
Il a demandé notamment de «veiller... par une
modification de notre législation, à une implication
plus forte des services de police et de gendarmerie dans
la surveillance» des condamnés ayant purgé leur peine.
Castration chimique
M.
Hortefeux et son homologue à la Justice, Michèle
Alliot-Marie, ont évoqué, en écho au président, la
possibilité d’élargir l’usage de la « castration
chimique», voire de la rendre obligatoire pour certains
détenus j ugés dangereux au moment de leur libération.
Le ministre de l’Intérieur a ajouté que le meurtrier
présumé de la joggeuse n’aurait jamais dû être libéré,
suscitant une levée de boucliers dans les milieux
judiciaires. «Les déclarations de M. Hortefeux portent
en germe la remise en cause du principe de l’aménagement
des peines, avec son corollaire absurde et inhumain:
l’enfermement perpétuel des personnes condamnées», a
dénoncé le Syndicat de la magistrature.
L’organisation a demandé au chef d’État de rappeler à
l’ordre le gouvernement pour faire cesser ces attaques
«obscènes» contre les magistrats. Sans obtenir de
réaction du chef d’État, qui a souvent lui-même lancé
des salves similaires alors qu’il était ministre de
l’Intérieur.
Violences physiques en hausse
Réagissant sur le meurtre de Marie-Christine Hondeau, le
Parti socialiste a attaqué le chef d’État en l’accusant
de «répondre à l’émotion d’un drame par l’annonce d’une
énième réforme du droit pénal».
«En sept ans, il a fait voter 14 lois et 115
modifications du Code pénal... Dans le même temps, les
violences physiques non crapuleuses ont crû de 48%. Cela
démontre l’inefficacité d’une politique qui privilégie
l’agitation sur l’action, l’affichage sur les résultats
», dénonce la formation, qui propose une meilleure prise
en charge psychologique des délinquants sexuels.
Le Monde, dans un éditorial paru hier, s’inquiète des
«séances d’exorcisme à grand spectacle» orchestrées pas
le président français après des meurtres ou des viols
particulièrement sordides. «Jusqu’où... pousser la
surenchère pénale et la relégation des 8000 délinquants
sexuels emprisonnés sa ns verser dans une République qui
ne serait plus seulement compassionnelle mais
vengeresse, plus seulement protectrice mais démagogique
? » demande le quotidien.
PARIS Grand déballage à l’horizon -
Louis-Bernard Robitaille
Procès
Clearstream Sarkozy c. de Villepin
L’ancien premier ministre français de Villepin est accusé
d’avoir utilisé des documents bancaires falsifiés pour
couler Sarkozy. Celui-ci fait partie des plaignants.
PARIS — Le procès Clearstream, qui s’ouvre aujourd’hui à
Paris et durera un mois, c’est d’abord un étripage public
entre deux stars de la politique française. Du côté de
l’accusation, Nicolas Sarkozy, le président de la
République en personne, malgré son rôle de chef suprême de
la magistrature et le conflit d’intérêts qui en découle.
PHOTO OLIVIER
LABAN-MATTEI, ARCHIVES AFP
Janvier 2007 : l’ex-premier
ministre français Dominique de Villepin (à droite) en
compagnie de son rival de longue date, le président
Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.
Sur le banc des accusés, une vedette déchue, mais vedette
tout de même, Dominique de Villepin, 55 ans, ancien
premier ministre de juin 2005 à mai 2007. Il a été à ce
titre le « patron » de Sarkozy, alors ministre de
l’Intérieur. Mais aussi son meilleur ennemi, chargé par
Jacques Chirac de « tuer » ce candidat encombrant à la
présidence.
En politique française, comme le faisait remarquer un
ancien confident du président Chirac, les grands chefs ont
toujours évité, même lorsqu’ils étaient victimes de «
coups tordus », ce genre d’affrontement public. Sur le
terrain judiciaire, cela peut mener à un déballage que
personne ne maîtrise plus. Situation d’autant plus étrange
que, de par sa fonction, non seulement Sarkozy est le «
patron » des juges, mais encore, il bénéficie de
l’immunité. Une situation étrange que les avocats de
Dominique de Villepin devaient tenter d’exploiter dès ce
matin pour « sortir » Sarkozy du procès. Et donner ainsi
une première victoire « morale » à l’ancien premier
ministre de Chirac.
Affaire rocambolesque
Entre les deux hommes, le dossier Clearstream, une affaire
à la fois ténébreuse et rocambolesque. Au mois de juillet
2004, alors que Nicolas Sarkozy est déjà candidat déclaré
à la succession de Chirac, et contre lui au besoin, des
journaux publient des « révélations » sur « un scandale
qui fait trembler la classe politique ». De nombreuses
personnalités de premier plan – dont on ne dévoile pas le
nom – disposeraient de comptes chez Clearstream, un
établissement bancaire du Luxembourg à la réputation
sulfureuse. Il s’agirait de sommes importantes provenant
des commissions occultes touchées à l’occasion de la vente
de frégates de guerre françaises à Taiwan.
On saura par la suite que sur ces listes bancaires
figurent les noms de Paul de Nagy et Stéphane Bocsa,
autrement dit Stéphane-Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa. Une
affaire qui pouvait, si elle prenait consistance, mener à
la mise en examen de Sarkozy, ce qui l’aurait
automatiquement écarté de la course à la présidence pour
2007.
Mais ces
listes sont des faux grossiers. Et même surréalistes. On y
trouve les noms de dizaines de personnalités, depuis les
anciens ministres socialistes Chevènement et StraussKahn
jusqu’aux fils de Charles Pasqua et Simone Veil, en
passant par la comédienne Laetitia Casta, la chanteuse
Alizée et le patron du Nouvel Observateur.
Faux documents
L’affaire tourne court. Le problème, c’est que Dominique
de Villepin apparaît au début de l’histoire. À la toute
fin de 2003, il a reçu les documents de son ami Jean-Louis
Gergorin, ancien haut dirigeant d’Airbus à la personnalité
manifestement agitée. Le 9 janvier 2004, Villepin a
transmis à son tour « pour enquête » les listes au général
Rondot, ancien patron des services secrets à la retraite.
Rondot émet rapidement des doutes sur l’authenticité des
documents. Villepin insiste et le pousse (selon Rondot) à
pousser les recherches du côté de Sarkozy. Au mois de
mars, dit aujourd’hui Gergorin, Villepin lui aurait
demandé de transmettre les listes à un juge. Finalement,
c’est le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke,
spécialisé dans les affaires politico-financières, qui
recevra les documents de source anonyme. Lui aussi en
conclura rapidement qu’il s’agit de faux. Mais, dans les
semaines suivantes, selon le directeur du Point,
Franz-Olivier Giesbert, Villepin aurait « poussé » à la
publication dans les journaux. Ce qui fut fait au mois de
juillet, alors que le caractère trafiqué du dossier ne
faisait plus de doute pour personne.
Dominique de Villepin est donc aujourd’hui poursuivi pour
« complicité de dénonciation calomnieuse et usage de faux
» aux côtés, notamment, d’Iman Lahoud, informaticien au
chômage, qui reconnaît aujourd’hui avoir trafiqué les
listes, et de Jean-Louis Gergorin, ancien grand patron de
l’aéronautique aujourd’hui quelque peu délirant, qui dit
avoir agi sur ordre de Villepin.
Celui-ci aurait pu décider de plaider la bonne foi et la
naïveté : oui, il avait cru jusqu’au bout à l’authenticité
des documents. Il a choisi au contraire de tout nier en
bloc : les documents lui ont été montrés, mais il n’a
jamais ordonné d’enquête au général Rondot ni demandé à
Gergorin de faire parvenir les papiers à un juge. Et
surtout : il est désormais victime d’un règlement de
compte de Sarkozy. Et celui-ci abuse de son pouvoir en se
portant plaignant.
Une bien mauvaise affaire, tout de même, pour Dominique de
Villepin... et pour son image.
L’«
omniprésident » Sarkozy tente d’éviter le naufrage
- Louis-Bernard Robitaille
Deux ans
après son élection Nicolas Sarkozy promettait de rompre
avec le « roi fainéant » Chirac : il temporise. On le
disait ultralibéral : il est devenu interventionniste. Les
réformes piétinent et, en matière de rigueur, la France
aura une dette équiva
D’une certaine manière, la crise économique a été pour lui
une bouée de sauvetage: au milieu de la panique générale,
les promesses du candidat Sarkozy ont été reléguées à
l’arrière-plan.
COLLABORATION SPÉCIALE
Pour célébrer le deuxième
anniversaire de sa victoire à la présidentielle, le 6
mai 2007, Nicolas Sarkozy s’est empressé de... ne rien
fêter du tout. Les services de l’Élysée ont fait savoir
qu’il n’y avait rien à signaler: « Le bilan de Nicolas
Sarkozy se jugera sur cinq ans, et pas avant »,
répète-t-on dans l’entourage présidentiel.
— Nicolas Sarkozy aura été le premier président français
depuis trois ou quatre décennies à se faire élire sur un
programme qui, à première vue, n’était pas démagogique.
Sans aller jusqu’à promettre, comme Churchill, « du sang,
de la sueur et des larmes », il annonçait le temps des
sacrifices pour certains et des réformes douloureuses,
notamment pour les fonctionnaires et les enseignants.
Certes, les Français allaient « gagner plus », mais à
condition de « travailler plus ». Dans ce pays qui bat
tous les records européens en matière de dépenses
publiques – environ 54% du PIB –, un homme s’est fait
élire avec un programme relativement clair de rigueur
budgétaire et de réformes libérales de l’État et de
l’économie.
Pour célébrer le deuxième anniversaire de sa victoire à la
présidentielle – le 6 mai 2007 –, il s’est empressé de ne
rien fêter du tout. Et s’est contenté de tenir mardi soir
une grande réunion publique à Nîmes en vue des élections
européennes de juin. De leur côté, les services de
l’Élysée ont fait savoir qu’il n’y avait rien à signaler:
« Le bilan de Nicolas Sarkozy se jugera sur cinq ans, et
pas avant », répètet-on dans l’entourage présidentiel.
Et en effet, il n’y a pas matière à pavoiser. Non pas que
le bilan de Sarkozy, après deux ans au pouvoir, soit
désastreux: il est insaisissable.
À l’image d’un sondage publié mercredi par Le Parisien.
Les Français jugent Sarkozy « dynamique » (85%) «
courageux » (73%), « sachant prendre des décisions
difficiles » (66%). Ce qui est plus que flatteur. Mais 55%
(près des deux tiers de ceux qui déclarent avoir une
opinion) jugent qu’il « ne fait pas un bon président » !
Pour
ajouter à la confusion, un autre sondage, concernant
d’hypothétiques intentions de vote à un scrutin
présidentiel, accorde 30% à Nicolas Sarkozy (autant
autonomie des établissements, fin du diplôme national
unique, partenariat avec le privé et le mécénat. De
justesse, la réforme a été adoptée, mais amputée des deux
tiers de son contenu.
Un scénario qui s’est répété par la suite: les régimes
spéciaux de retraite, qui ont été supprimés mais au prix
de concessions qu’en avril 2007), très loin devant
Ségolène Royal (21%).
Presque à mi-mandat, Sarkozy apparaît lui-même
insaisissable. Le soir de son élection, il promettait de
réformer la France en profondeur et à un rythme accéléré.
Deux ans après, le bilan est plus que mitigé. Dès juillet
2007, le gouvernement a décidé de réformer en profondeur
l’université : financières majeures, un service minimum
dans les transports publics imposé aux syndicats, mais qui
ne sera jamais appliqué. Sarkozy se présentait comme un
libéral pur et dur, sur le modèle Thatcher : on a constaté
qu’il savait louvoyer et battre en retraite aussi bien que
Chirac.
D’une certaine manière, la crise économique a été pour lui
une bouée de sauvetage: aumilieu de la panique générale,
les promesses du candidat Sarkozy ont été reléguées à
l’arrière-plan. Plus personne ne fait attention au fait
que le déficit public dépassera cette année les 5% du PIB,
et que la dette publique devrait frôler les 80% à la fin
du quinquennat, en 2012. Et personne non plus ne reproche
au président d’avoir renoncé à ses réformes libérales.
Mais, sur le fond, rien ne va vraiment : les annonces de
fermetures d’usine tombent chaque semaine, les universités
sont partiellement bloquées depuis quatre mois à propos
d’une énième réforme… qui finira dans les oubliettes.
Dans le contexte ac tuel , Nicolas Sarkozy n’a certes plus
les moyens d’envisager quelque grande réforme que ce soit.
Et doit se contenter de naviguer à vue en tentant d’éviter
le naufrage. Le bateau résiste un peu mieux que prévu dans
la tempête. Mais sans plus. Et il n’y a pas d’éclaircie en
vue.
PARIS Cinq cents voitures brûlées dans
la nuit du 14 juillet
« Je
déplore cette tradition malsaine qui s’est instaurée
chaque week-end du 14 juillet. »
PARIS — Au moins 500 véhicules ont été brûlés, en
France, au cours de la nuit du 13 au 14 juillet,
veille de la célébration de la fête nationale, selon
un bilan définitif du ministère de l’Intérieur.
Le communiqué du Ministère ne fournit aucun élément de
comparaison avec des chiffres de l’année précédente.
« Je
déplore cette tradition malsaine qui s’est instaurée
chaque week-end du 14 juillet avec, au total, quelque
500 véhicules incendiés cette nuit », a indiqué le
ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux.
Le nombre de voitures brûlées dans la nuit du 13 au 14
juillet 2009 est « supérieur » à celui de 2008, selon
des sources policières, qui se sont toutefois refusées
à révéler le nombre précis.
Hier matin, la police faisait état de 317 voitures
brûlées au cours de la nuit, contre 297 pendant la
même période de 2008, soit une hausse de 6,73%. Ces
violences sont devenues habituelles en France dans les
grandes villes où les jeunes des banlieues
défavorisées expriment leurs frustrations ce jour-là.
Sarkozy rembourse des dépenses privées à
l’État français - Marc Thibodeau
Le
président français Nicolas Sarkozy a dû rembourser
plus de 20 000$ cette semaine après que les dépenses
du chef d’État eurent été passées au crible, chose qui
n’avait pas été faite depuis plus de deux siècles.
Le remboursement a été achevé à la veille du
dévoilement du rapport de la Cour des comptes, qui
avait entrepris cet exercice à la demande du président
lui-même, soucieux de montrer que les dépenses de
l’Élysée sont gérées « de la manière la plus
rigoureuse et la plus économe possible ».
Le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin,
a précisé, en guise de préambule, que le dernier chef
d’État français à avoir subi un tel contrôle était
Louis XVI, les régimes subséquents n’ayant jamais jugé
utile de remettre en question « l’exemption des règles
» tacite qui prévalait jusqu’à aujourd’hui.
La question des dépenses personnelles du président est
reléguée pratiquement à la toute fin du rapport.
M. Séguin y relève, pour expliquer la nécessité d’un
remboursement de la part de Nicolas Sarkozy, que le
personnel d’intendance « avait pris l’habitude, par
commodité et souvent dans l’urgence, de régler
certaines dépenses privées en même temps que d’autres
dépenses relatives à la fonction présidentielle » en
profitant d’une avance imputée au budget de l’Élysée.
Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas connaissance de cette
pratique au dire de la Cour des comptes, a demandé que
les factures liées aux dépenses privées de sa famille
lui soient remises à l’avenir pour qu’il puisse les
régler lui-même.
Contrat sans appel d’offres
Le
rapport s’attarde aussi à l’attribution sans appel
d’offres à un cabinet non identifié d’un contrat d’une
valeur de près de deux millions de dollars. La firme
retenue, qui devait décider de l’opportunité de mener
des sondages pour l’Élysée et procéder aux commandes,
a facturé à plusieurs reprises la présidence pourdes
études qui étaient publiées dans les médias.
Hier, Marianne a indiqué que la présidence et la Cour
des comptes refusaient de divulguer l’identité du
cabinet, qui pourrait appartenir, au dire du magazine,
à un proche collaborateur du président.
Le Parti socialiste a accusé hier l’Élysée de vouloir
« instrumentaliser » l’opinion publique en payant pour
la production de sondages qui sont ensuite repris dans
les médias sans précision sur leur origine.
La Cour des comptes relève par ailleurs que les
nombreux déplacements du président, très actif en
France et à l’étranger, ont coûté plus de 20 millions
de dollars en 2008, une sommequi pourrait être réduite
en accordant une attention « particulière » à la
taille des délégations qui accompagnent le politicien.
Elles se composent parfois de plusieurs centaines de
personnes, en incluant les invités et le personnel.
Le manque de transparence entourant les dépenses de
l’Élysée est critiqué depuis des années par un député
de gauche, René Dosière, qui appelait de ses voeux une
vérification comme celle qui vient d’être terminée par
la Cour des comptes.
En juin, il avait fustigé l’augmentation globale du
budget de dépenses de la présidence, parlant d’un bond
de plus de 20% en un an, une analyse que conteste
l’Élysée. M. Dosière critique particulièrement la
hausse de la rémunération du président, aujourd’hui
supérieure à 350 000$ par année.
La Cour des comptes souligne que la présidence sera
désormais soumise chaque année à une vérification de
même nature, ce qui en fera « l’une des institutions
de l’État les plus contrôlées, pour ne pas dire la
plus contrôlée ».
FRANCE Des salariés deNortel menacent de faire
sauter les locaux de l’entreprise
— Des
salariés en grève de Nortel France, une entreprise de la
région parisienne placée en liquidation judiciaire,
menacent de la faire sauter à l’aide d’une dizaine de
bouteilles de gaz qu’ils ont installées dans les locaux,
a constaté hier une journaliste de l’AFP.
C’est la deuxième fois en deux jours que des grévistes
français menacent de faire sauter leur entreprise.
« Les gens n’ont plus rien à perdre, ils vont aller
jusqu’au bout », a averti un des quatre représentants
des grévistes de Nortel France SA, à Châteaufort.
L’entreprise, filiale française de l’équipementier en
communication canadien Nortel, et centre de recherche
sur les technologies sans fil, a été placée en
liquidation judiciaire le 28 mai.
« Si les administrateurs ne prennent pas leurs
responsabilités, le site risque d’exploser », a averti
le représentant des grévistes, qui a requis l’anonymat.
« Si jamais la réunion (avec les administrateurs
judiciaires français et leurs homologues britanniques
chargés de la procédure pour Nortel Europe) n’a pas lieu
demain, si elle n’est pas constructive, il n’y aura plus
de contrôle », a-t-il ajouté.
Le
comité d’entreprise doit donner le 20 juillet son avis
sur un plan de licenciement, a déclaré un autre
représentant. « Si pour nous c’est fini le 20, ça sera
fini pour tout le monde », a-t-il affirmé.
Il est « tout à fait possible que les salariés fassent
exploser les bonbonnes de gaz », a assuré un troisième
représentant.
Les bouteilles de gaz ont été installées à
l’initiative de salariés grévistes et non de
syndicalistes, a indiqué l’un de ces salariés.
Compensation exigée
Un représentant des salariés de Nortel a indiqué
qu’ils demandaient 100 000 € par personne licenciée.
La méthode est identique à celle des employés du
fabricant de pièces automobi les New Fabris, à
Châtellerault, dans le centre-ouest de la France, qui
ont menacé dimanche de faire sauter leur usine le 31
juillet s’ils n’obtenaient pas chacun 30 000 €.
Le Parti socialiste français à la croisée des
chemins - Louis-Bernard Robitaille
— Arnaud
Montebourg, vedette du Parti socialiste, a été l’un des
rares à plaisanter en pénétrant dans ce grand hôtel où
se tenait le conseil national de la formation politique
: « Dernière station de service avant le désert! »
C’était hier, en début de soirée. Deux jours après ce
que tout le monde appelle la Berezina du PS aux
élections européennes : 16,48% des voix. Au moins trois
points en dessous des prévisions les plus pessimistes.
Presque 12 points derrière l’ UMP de Nicolas Sarkozy.
Presque à égalité avec Europe Écologie de Daniel
Cohn-Bendit (16,28%).
Un désastre comparable à celui qu’avait connu aux
européennes de 1994, Michel Rocard, alors chef du PS et
tête de liste pour les élections. Avec 14% des voix à
peine, il avait dû laisser sa place et renoncer à se
présenter à la présidentielle de 1995.
La configuration est bien différente aujourd’hui: il y a
trois ans à courir avant l’élection présidentielle de
2012. Et la première secrétaire du PS, Martine Aubry,
reste pour l’instant un chef de transition. Tous les
courants hostiles à Ségolène Royal, candidate
malheureuse de 2007, avaient fini par se mettre d’accord
sur son nom au congrès de Reims, justement parce qu’elle
apparaissait comme la moins menaçante pour 2012.
Sa mission : tenter de faire oublier le psychodrame du
congrès de Reims en novembre dernier, où le parti
s’était violemment et précisément coupé en deux. Essayer
de recoller les morceaux en faisant travailler ensemble
les deux clans ennemis. Obtenir contre la droite et
Sarkozy des succès pour créer une dynamique nouvelle.
Déception
Martine Aubry jouait donc tout simplement sa capacité
à remettre le Parti socialiste sur les rails. Les
sondages lui accordaient un peu plus de 20% des voix.
Cela paraissait déjà un très mauvais résultat pour un
parti qui prétend incarner l’opposition et rassembler
autour de lui les autres partis de gauche. Cinq à six
points derrière l’UMP, alors que normalement les
élections intermédiaires en France sanctionnent
durement le gouvernement.
Le résultat qui est tombé dimanche soir a estomaqué
tout le monde. Alors que les verts ont fait moins de
2% à la présidentielle, Europe Écologie aura
finalement le même nombre de députés que le PS: 14.
Après ce coup de massue, on pouvait penser que les
heures de Martine Aubry étaient comptées. Même si les
sondages de popularité ne sont pas trop mauvais pour
la mairesse de Lille, sur un plan personnel, le moins
qu’on puisse dire c’est qu’après six mois à la tête du
PS, elle n’a pas du tout convaincu. Le fait qu’elle ne
soit même pas députée au Parlement – pas plus que
Ségolène Royal d’ailleurs – n’arrange rien.
Refonder le PS
Hier soir à Paris, dans une ambiance lugubre, le
Conseil national du PS s’est empressé de ne rien
décider, si ce n’est de « refonder » le parti. À quoi
bon pousser Martine Aubry à la démission puisqu’aucun
chef indiscutable ne se présente à l’horizon? Il y a
toujours Ségolène Royal, qui contrôle une petite
moitié du parti, mais que l’autre moitié rejette
catégoriquement. Mais de ce côté, s’il y a une bonne
demi-douzaine de candidats valables au leadership,
jeunes ou moins jeunes, aucun ne se détache.
Tant que le PS ne se sera pas donné un vrai chef, le
marasme risque de se prolonger. Face à un Nicolas
Sarkozy critiqué de toute part, mais qui, avec près de
28% pour l’UMP, a brillamment réussi à unifier la
droite.
Il faut sauver... les riches -
Marc Thibodeau
Las
de défiler dans les rues pancarte à la main, de plus
en plus de militants français cherchent des voies
plus novatrices pour faire entendre leurs doléances
au gouvernement. C’est le cas des membres du
collectif Sauvons les riches, qui dénoncent, par l’
Derrière ces interventions burlesques se cache un
groupe de jeunes Français qui dénonce les inégalités
de richesse existantes dans le pays.
Les clients attablés il y a quelques semaines au
restaurant du Bristol, un établissement de luxe de
la capitale française où le président Nicolas
Sarkozy a ses habitudes, ne savaient pas qu’ils
avaient besoin d’être « sauvés ». Jusqu’au moment où
un singulier contingent de militants a fait
irruption sur les lieux.
Armés de baguettes de pain et de fromage à tartiner
bon marché, les membres du collectif Sauvons les
riches ont annoncé, avec un haut-parleur, qu’ils
souhaitaient persuader les personnes présentes, pour
leur propre bien, de « revenir sur terre » en
adoptant un mode de vie plus modeste.
Le personnel de sécurité, qui n’a guère prisé
l’invitation, a entrepris d’évacuer manu militari
les singuliers intrus.
Quelques jours plus tard, nouvelle opération «
commando ». Des membres du collectif font irruption
au conseil municipal de Corbeil-Essonnes, que
chapeaute Serge Dassault, quatrième fortune de
France.
« Votez Serge Dassaul t » , crient-ils en lançant à
la ronde plusieurs mi l l iers d’euros en billets de
Monopoly, une manière de rappeler à l’audience que
l’avionneur et politicien a été condamné pour « don
d’argent avec contrepartie électorale » et de
dénoncer l’influence exagérée de la classe aisée sur
la démocratie.
Pour un salaire maximum
Autre opération, ciblant cette fois Jacques Séguéla,
un publicitaire qui s’est illustré en déclarant que
toute personne qui n’a toujours pas de montre Rolex
à 50 ans a « raté sa vie ». Le collectif lui offre
une montre Casio d’une valeur de quelques euros...
qui ne fonctionne pas.
Derrière ces interventions burlesques se cache un
groupe de jeunes Français qui dénonce les inégalités
socio-économiques au pays. Ils réclament
l’introduction d’un salaire « maximum » qui serait
fixé à 30 fois le salaire médian, ce qui représente
une somme d’environ 44 000€ par mois, ou quelque 70
000$.
Une revendication « modeste », souligne Manuel
Domergue, journaliste et ex-attaché politique de 27
ans qui a lancé Sauvons les riches avec quelques
amis en mars dernier.
«
L’idée est de réussir à faire accepter le principe
», souligne le porte-parole, qui dit recevoir des
réponses très partagées de la part de la population.
« Il y a même des gens payés au salaire minimum qui
sont carrément opposés à cette revendication. Ça
peut être pour des raisons idéologiques, parce
qu’ils croient que l’État n’a pas à s’occuper de la
répartition des richesses ou parce qu’ils
s’imaginent qu’ils vont gagner un jour à la loto »,
indique M. Domergue.
Un tremblement de terre
La crise économique actuelle, qui met tout sens
dessus dessous, est propice à l’introduction de
pratiques fiscales qui auraient été considérées
comme impensables il y a six mois, souligne-t-il.
« Voyez General Motors qui est nationalisé aux
États-Unis. C’est un tremblement de terre qui est en
train de se produire », déclare le jeune homme.
Le collectif n’a guère espoir d’être entendu par le
président français, qui a réduit les impôts des
classes les plus aisées à son arrivée au pouvoir.
Pour l’heure, seule une formation écologiste
candidate aux élections européennes du week-end
dernier a introduit cette revendication dans son
programme électoral. M. Domergue souligne qu’il n’y
a rien d’étonnant à ce que ce parti parle de
fiscalité puisque le mode de vie des plus riches
menace l’environnement.
« Les gens qui gagnent des milliards consomment de
manière disproportionnée et offrent leur modèle de
vie comme un idéal à atteindre pour tout le monde...
Ils entraînent le reste de la société dans une
course à la consommation », accuse-t-il.
Le caractère inusité et humoristique des actions de
Sauvons les riches a reçu jusqu’à maintenant une
grande attention des médias français, et le
collectif espère bien continuer à en profiter à la
rentrée d’automne.
« Je vais prendre des vacances à Saint-Tropez (lieu
de villégiature de l’élite française) et on va
reprendre après », ironise M. Domergue.
FRANCE L’âge de la retraite n’est plus «
tabou » - Marc Thibodeau
S’il
n’en tient qu’au gouvernement, les Français devront
travailler plus longtemps avant de pouvoir se retirer
du marché du travail avec une pension conséquente.
Les aînés de l’Hexagone ont
l’un des taux d’activité les plus faibles du
continent européen. Ils peuvent prendre une pleine
retraite à 60 ans, alors qu’en Allemagne, l’âge
légal est maintenant fixé à 67 ans !
Le premier ministre, François Fillon, a déclaré lundi,
lors de son passage au Salon aéronautique du Bourget,
qu’un rehaussement de l’âge légal de la retraite,
actuellement fixé à 60 ans, n’était pas « tabou ».
« C’est une question qui mérite un grand débat
national », a déclaré le politicien, en précisant
qu’elle devrait idéalement être traitée dans le cadre
d’une campagne électorale présidentielle ou lors des
législatives.
Le sujet sera remis sur le tapis en février 2010,
lorsque le Conseil d’orientation des retraites
déposera un rapport sur les voies à suivre pour
remettre à flot le régime public, confronté cette
année à un manque à gagner de plus de 10 milliards de
dollars.
Dimanche, le ministre du Travail, Brice Hortefeux,
avait évoqué une telle réforme en entrevue à France
Inter.
« Comme on sait que
si on ne fait rien, on va dans le mur, il n’y a
pas aujourd’hui à ma connaissance 36 solutions;
il y en a trois : diminuer les pensions,
augmenter la durée de cotisation ou reporter
l’âge de départ à la retraite comme l’ont fait
les Allemands, sur une trentaine d’années, à 67
ans », a-t-il déclaré.
Une diminution des pensions serait particulièrement
embarrassante pour le président Nicolas Sarkozy, qui
avait fait de l’augmentation du pouvoir d’achat un des
thèmes centraux de sa campagne en 2007.
Sévère tour de vis ?
Le gouvernement a par ailleurs déjà décidé d’augmenter
la durée de cotisation requise pour bénéficier d’une
pleine pension. De 37,5 ans en 1994, elle doit
progressivement croître jusqu’à 41 ans en 2012.
L’âge légal de la retraite varie entre 57 et 67 ans
à l’échelle européenne, comparativement à 60 ans en
France. Les aînés de l’Hexagone ont l’un des taux
d’activité les plus faibles du continent, soit 37,6%
alors que la moyenne est de 42,5%.
L’ouverture du gouvernement sur l’âge de la retraite
a été saluée hier par Laurence Parisot, présidente
du MEDEF.
La principale organisation patronale du pays estime,
en écho à M. Hortefeux, qu’il est urgent de changer
les paramètres du régime de retraite public pour
éviter d’aller « dans le mur ».
Le Parti socialiste a pour sa part fustigé les
déclarations du gouvernement en l’accusant de
vouloir faire porter uniquement aux travailleurs le
poids du manque à gagner du régime.
« Les projets de la droite de démantèlement des
droits sociaux des salariés sont toujours à l’ordre
du jour », souligne le porte-parole de la formation,
Benoît Hamon, qui soupçonne le parti au pouvoir de
vouloir tirer profit de sa victoire aux élections
européennes pour imposer « un sévère tour de vis » à
la population.
Place aux jeunes
Les principaux syndicats sont rapidement montés au
front, arguant qu’il était « particulièrement
déplacé » d’envisager de rehausser l’âge légal de la
retraite alors que se multiplient les mises à pied
dans les entreprises.
« Il va être très difficile de dire aux jeunes:
désolé, il n’y a pas de place pour vous, ceux qui
ont déjà du travail vont devoir rester », a ironisé
Bernard Thibault, secrétaire général de la
Confédération générale du travail (CGT).
L’intervention du gouvernement sur la question des
retraites survient alors que les syndicats peinent à
mobiliser leur base pour obtenir de l’État des
concessions susceptibles d’amortir les effets de la
crise.
PARIS - Carte blanche aux élus
corrompus ?
PROJET
D’ABOLIR LE POSTE DE JUGE D’INSTRUCTION EN FRANCE
Les élus corrompus risquent de festoyer si le président
français Nicolas Sarkozy va de l’avant avec l’abolition du
poste de juge d’instruction, sorte de super magistrat
chargé de traiter les dossiers les plus complexes.
Le président de la France, Nicolas
Sarkozy, veut abolir le poste de juge d’instruction et
le remplacer par un procureur relevant directement du
ministère de la Justice.
C’est du moins la crainte de plusieurs ONG spécialisées
qui s’inquiètent de l’impact de la réforme projetée sur
l’indépendance du système judiciaire et des abus qui
pourraient en découler.
« Le risque est grand que l’action de la justice ne soit
même plus initiée dans des dossiers de corruption, de
trafic d’influence ou d’abus de biens sociaux susceptibles
de gêner des dirigeants politiques et économiques » ,
déplore dans un nouveau rapport la section locale de
Transparency International ( TI).
Au cours des années 90, les juges d’instruction avaient
semé l’émoi jusqu’aux plus hauts échelons politiques
lorsqu’ils avaient mis au jour nombre d’affaires de
corruption en utilisant, parfois de manière jugée abusive,
les larges pouvoirs d’enquête associés à leur fonction.
C’est notamment en invoquant ces abus que le président
Sarkozy a avancé, en janvier, son projet de réforme qui
prévoit conférer la responsabilité de l’enquête à un
procureur qui relève directement du ministère de la
Justice
Cette structure risque de faciliter les cas d’ingérence
puisque, en France, les procureurs n’ont pas
l’indépendance des juges d’instruction face au pouvoir
exécutif, souligne TI. Pour contourner le problème,
l’organisme réclame qu’ils soient placés sous l’autorité
d’un « procureur général de la République » élu à long
terme par le Parlement.
« Il ne faut pas que le procureur soit l’homme du
gouvernement », a souligné le vice-président de la section
française de l’organisation, Jacques Terray, qui a cité
une récente procédure intentée contre des potentats
africains pour illustrer son propos.
Des associations ont tenté, à quelques reprises, d’obtenir
que la justice française accepte d’ouvrir une enquête pour
détournement de fonds contre trois chefs d’État qui
disposent d’importantes ressources en sol français.
Dictateurs africains
Dans
chaque cas, le procureur au dossier a refusé d’aller de
l’avant, évitant l’ouverture d’une enquête potentiellement
embarrassante pour des dirigeants « amis » de la France.
Finalement, une procédure détournée a permis de saisir du
dossier un juge d’instruction qui a rendu une décision
favorable.
L’ex-ministre de la Justice, Robert Badinter, a récemment
écrit, dans une lettre ouverte au quotidien Le Monde, que
la disparition du juge d’instruction permettrait au
pouvoir politique de « renforcer son emprise sur la
justice pénale et les libertés individuelles ».
Tous les élus « pourris »
Même son de cloche de l’exjuge d’instruction Eva Joly, qui
s’inquiète de la forte diminution du nombre d’enquêtes
pour corruption en France.
« À de rares exceptions, en matière financière, il n’y a
plus que des requêtes préliminaires et des dossiers
bouclés qui dorment dans les tiroirs », a-t-elle dit.
Les journaux satiriques font aujourd’hui régulièrement
leurs choux gras de la rapidité avec laquel le la justice
française classe des plaintes touchant des élus bien
placés.
L’indice de corruption produit par Transparency
International, qui est basé sur des sondages d’opinion, a
classé la France au 23e rang en 2008, entre le Chili et
l’Uruguay.
Le problème n’est pas pour autant plus grave que dans les
autres pays occidentaux, a jugé M. Terray, qui a souligné,
à titre indicatif, le récent scandale des notes de frais
des députés anglais.
La population française, a-t-il dit, se distingue
cependant par l’indifférence qu’elle manifeste envers les
élus corrompus.
« Il existe dans le pays une forte tradition
antiparlementaire qui veut que tous les élus soient
pourris. Quand l’un d’eux se fait prendre, les gens se
disent qu’il est comme les autres et ils n’en font pas de
cas », a souligné le vice-président de TI.
Sarkozy lance un référendum sur
l’autonomie de la Martinique
—
Nicolas Sarkozy a annoncé hier l’organisation d’un
référendum sur un statut d’autonomie pour la
Martinique, avant de mettre le cap sur la Guadeloupe,
quatre mois après les troubles sociaux qui ont secoué
les deux îles des Antilles françaises.
Nicolas Sarkozy a annoncé
hier, lors de sa visite en Guadeloupe, son intention
d’organiser un referendum sur l’autonomie des
Antilles, mais refuse la question de l’indépendance.
Le chef de l’État a pris soin de préciser les limites
de l’exercice: « Il ne s’agit pas d’organiser, à mes
yeux subrepticement, un je ne sais quel largage de la
République. Le débat qui est ouvert est celui du juste
degré d’autonomie », a-t-il expliqué.
Le président français s’est rendu ensuite en
Guadeloupe, qui s’était embrasée pendant l’hiver dans
un mouvement de grève générale de 44 jours.
Le mouvement, qui s’était achevé par des promesses de
hausses de salaire, s’était propagé en Martinique.
Les
habitants des deux îles se plaignaient du coût de la
vie, et plus généralement de la répartition des
richesses qui, selon eux, est encore massivement aux
mains des descendants blancs des colons. En
Martinique, et plus encore en Guadeloupe, le mouvement
social révélait aussi des tensions raciales.
Nicolas Sarkozy, qui a baptisé l’aéroport de
Fort-de-France du nom du poète et homme politique
martiniquais Aimé Césaire, a précisé qu’il
consulterait la population martiniquaise, selon des
modalités et un calendrier qui devraient être précisés
d’ici « fin septembre, début octobre ».
Il a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’octroyer
auxdeux îles unstatut d’indépendance. « Tant que je
serai président de la République, la question de
l’indépendance de la Martinique, c’est-à-dire de sa
séparation d’avec la France, ne sera pas posée »,
a-t-il insisté.
Consultés en 2003 par référendum, les électeurs de
Martinique, tout comme ceux de la Guadeloupe, avaient
refusé à une courte majorité (50,48%) l’instauration
d’une collectivité unique. « Je pense que, depuis, les
esprits ont évolué », a jugé hier Nicolas Sarkozy.
La Guadeloupe et la Martinique sont actuellement deux
départements d’outremer distincts. Le taux de chômage
est d’environ 22% à la fois pour la Guadeloupe (450
000 habitants) et la Martinique (environ 400 000
habitants).
Le Grand Paris rêvé par Sarkozy
- Louis-Bertrand Robitaille
Dix
équipes d’architectes ont dessiné les plans futuristes
d’une capitale inchangée depuis le Second Empire ou
presque. Nicolas Sarkozy, comme tous ses
prédécesseurs, désire laisser un héritage pharaonique
aux Parisiens.
Un des 10 projets
architecturaux qu’on peut admirer cet été au Palais
de Chaillot, celui du fougueux – et ancien gauchiste
– Roland Castro, qui propose de créer autour du
grand parc de la Courneuve, qui est actuellement une
zone déshéritée, une sorte de Central Park entouré
de gratte-ciel et destiné à accueillir un quartier
d’affaires et le ministère de l’Économie et des
Finances.
— Si vous allez à Paris dans les mois qui viennent,
voici une activité intéressante – et gratuite. À
l’intérieur du Palais de Chaillot, face à la tour
Eiffel, la Cité de l’architecture et du patrimoine
vous propose jusqu’au 22 novembre une passionnante
exposition sur le « Grand Paris » – virtuel – XXIe
siècle.
Plus exactement sur les projets futuristes de 10
célèbres architectes français ou étrangers, de Richard
Rogers à Jean Nouvel ou Christian de Portzamparc.
Le Grand Paris, c’est LE projet de Nicolas Sarkozy
qui, comme tous ses prédécesseurs, a l’ambition de
laisser une trace pharaonique de sa présidence. Après
le Grand Louvre et la Bibliothèque de France de
Mitterrand, le Musée des arts premiers de Chirac –
entre autres –, voici sans doute le projet
architectural le plus ambitieux de tous.
Car il s’agit de redessiner pour le XXIe siècle une
métropole de quelque 10 millions d’habitants, dont les
grandes structures sont inchangées depuis le Second
Empire et les travaux du baron Haussmann.
Pour les architectes, un peu mégalomanes par nature,
c’était un cahier des charges de rêve : pendant une
année, ils ont planché sur cette grande capitale qui
aura 12 ou 15 millions d’habitants au milieu du
siècle. Sans d’ailleurs se poser la question du
financement de ces travaux gigantesques. Petit détail…
Paris sur mer!
Le projet qui, à l’heure actuelle, a le plus frappé
les imaginations est signé par l’équipe d’Antoine
Grumbach. Il s’agit tout simplement de relier Paris à
la mer, en développant sur 200 kilomètres un grand
couloir de développement et de communication qui
suivrait le cours de la Seine jusqu’au Havre.
Le fougueux – et ancien gauchiste – Roland Castro veut
créer autour du grand parc de la Courneuve, qui est
actuellement une zone déshéritée, une sorte de Central
Park entouré de gratteciel et destiné à accueillir un
quartier d’affaires et le ministère de l’Économie et
des Finances. Sur l’étang de Gennevilliers – autre
banlieue glauque – un nouvel Opéra sur le modèle de
Sidney en Australie.
Un autre veut recouvrir de verdure les immeubles et
les voies ferrées, créer autour de Paris plusieurs
centres urbains attractifs d’un demi-million
d’habitants. Un autre encore propose de doubler la
superficie des forêts de la région parisienne, de
manière à contrebalancer un processus de «
densification » de la banlieue, que beaucoup
suggèrent.
Le problème de Paris reste cette barrière
infranchissable matérialisée par le boulevard
périphérique et qui sépare Paris intra-muros – neuf
kilomètres sur 15, plus de deux millions d’habitants –
du reste de l’Île de France, avec plus de sept
millions de personnes.
Cet te vaste banl ieue est aujourd’hui traversée
d’autoroutes récentes et reliée à Paris par un Réseau
express régional. Mais sur le fond, elle n’a pas
changé depuis un siècle: on y trouve encore
aujourd’hui 1280 municipalités, dont beaucoup sont
microscopiques.
Réunir Paris et la banlieue
Chacun a fait ses petites affaires dans son coin, et
il n’y a pas de plan d’ensemble.
Les cinq « villes nouvelles » créées de toutes pièces
dans les années 70 n’ont pas été les pôles attractifs
qu’on espérait.
L’ensemble constitue le plus souvent une sorte de no
man’s land, d’une succession de petites
villes-dortoirs pavillonnaires ou couvertes de cités
HLM. « Malgré quelques regroupements municipaux,
estime Patrick Braouzec, l ’ ancien mai re communiste
de Saint-Denis, en banlieue nord, aucune banlieue ne
peut rivaliser avec l’attractivité de Paris. » Aucune
enseigne ou institution prestigieuse n’a envie,
aujourd’hui, de s’installer « de l’autre côté du
périphérique ».
La plupart des projets du grand Paris visent donc à
combler ce fossé entre Paris et la banlieue. La
couverture définitive du périphérique à quatre voies
avec l’implantation d’espaces verts est un premier pas
dans cette direction. Après quoi, il s’agit de «
densifier » la banlieue, de la transformer en
véritable espace urbain vivant et compact, entouré
d’espaces verts.
Pour avancer dans cette direction, il faut d’abord
beaucoup d’argent : et la crise actuelle n’arrange pas
les choses. Il faut également arriver à un minimum de
consensus politique.
En mars dernier, la commission sur la réforme des
institutions dirigée par l’ancien premier ministre
Édouard Balladur proposait entre autres de créer un «
Grand Paris » politique, en fusionnant purement et
simplement Paris et les centaines de municipalités des
trois départements de la « petite couronne », avec une
population de 6 millions d’habitants.
Levée de boucliers chez les innombrables élus locaux:
le gouvernement s’empressait de remiser cette
proposition aux oubliettes.
Ambitieux plan de transport
La situation actuelle, où la mairie de Paris, les
assemblées de trois départements, des centaines de
conseils municipaux et le Conseil (élu)
d’Île-de-France se partagent les pouvoirs et les
budgets, ne favorise pas vraiment l’élaboration de
vastes et ambitieux plans d’aménagement urbain.
Ce qui reste de sûr dans ce grand brassage d’idées,
c’est pour l’instant le projet plus terre-à-terre d’un
ambitieux réseau de t ransport rapide autour de Pa r
is : un mét ro entièrement souterrain, roulant à
grande vitesse et reliant l ’aéroport de Roissy et une
demi-douzaine de pôles de développement. Cette
superligne de métro courrait sur 131 kilomètres et
serait en forme de huit. Coût estimé des travaux, qui
débuteraient en 2012 et dureraient une dizaine
d’années : 35 milliards d’euros. Ce qui semble à peu
près faisable.
Quant aux projets globaux sur le Grand Paris du XXIe
siècle, on en reparlera l’automne prochain lorsque
Nicolas Sarkozy et les 10 architectes se rencontreront
à nouveau pour faire le point. Ce qu’on sait
seulement, c’est que le président Sarkozy y accorde
beaucoup d’importance. Alors peut-être…
Paris : Des projets pour une ville
- Mario Roy
Vue de
Montréal, l’affaire est presque comique. Débordant de
projets pour un « Grand Paris » qui ferait entrer la
métropole française dans le XXIe siècle, Nicolas
Sarkozy a commencé par tenter de... fusionner les
villes périphériques. Ça ne s’est pas fait et ne se
fera pas, bien sûr, parce que élus locaux concernés ne
veulent rien entendre.
Un pet i t a i r de déjà-vu, peut-être? ...
Cependant, Sarkozy a bien d’autres choses en tête.
Depuis un an, à sa demande, 10 groupes d’architectes
(l’un d’eux a même embauché un philosophe!) ont en
effet planché sur un Paris nouveau. Dans celui-ci
seraient résolus les problèmes de transport, de
logement, d’environnement et même de sécurité.
Ces projets sont de toutes natures. L’un d’eux
consisterait à étendre la ville jusqu’au Havre et donc
à la mer. Un autre prévoit la création d’une « forêt
urbaine » d’un million d’arbres à Roissy. Plusieurs
s’intéressent aux transports en commun: extension du
métro ou monorail périphérique. Un autre montre des
tours d’habitation confites dans le verdure, sur leurs
flancs et à leur sommet. On trouve aussi une nouvelle
gare centrale de chemin de fer, des liaisons rapides
avec les aéroports, la création de toutes pièces de
nouveaux quartiers, des parcs linéaires.
Certes, toutes et chacune de ces flamboyantes
esquisses livrées par les artistes de l’architecture
et de l’urbanisme ne deviendront pas réalité.
Mais,
pour l’instant, on en a retenu suffisamment pour
présenter à l’État un devis de 35 milliards d’euros
(55 milliards de dollars). L’apport du privé est
encore indéterminé, d’autant plus qu’est survenue
entre-temps une telle chose que la crise économique.
Mais il devra être considérable: dans le domaine du
logement, par exemple, l’initiative du secteur privé
est cruciale. De plus, des projets sont conçus pour
être réalisés en partenariat public-privé.
En France, contrairement à ici, on ne sort pas les
accessoires d’exorcisme lorsqu’on entend parler de
PPP.
Bien sûr, il y aura débats autour de certains de ces
projets. Par exemple, à cause de la tour Montparnasse,
vue comme une erreur (et en effet choquante, là où on
l’a plantée), il y a beaucoup de résistance à la
construction d’immeubles en hauteur, même en dehors
des quartiers du centre.
Mais on peut être sûr que Paris saura se renouveler
dans le respect de l’histoire et de la beauté, comme
il l’a toujours fait.
Car Paris est une ville façonnée à la fois par la
certitude de sa grandeur et son goût pour l’audace,
par le baron Haussmann et Gustave Eiffel. La France
est un pays où on se montre encore capable de bâtir:
elle n’occupe pas toutes ses énergies, comme c’est le
cas ici, à lutter avec acharnement pour que rien ne se
fasse. Enfin, aucun président de la République n’a
jamais quitté l’Élysée sans laisser derrière lui de
grandes oeuvres.
De sorte qu’on peut présumer que Nicolas Sarkozy
réussira à faire voir le jour à une partie importante
des projets qu’il a mis sur la table.
La burqa n’est « pas la bienvenue » en
France - Louis-Bernard Robitaille
Sarkozy à Versailles L’omniprésident règne et
gouverne
On se demandait si le président Sarkozy aborderait
le sujet qui fait polémique depuis une semaine. Il
l’a fait: « Je veux le dire solennellement, la burqa
ne sera pas la bienvenue en France. Nous ne pouvons
pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières
derrière un grillage, coupées de toute vie sociale,
privées de toute identité. »
Le président Sarkozy a été
catégorique : « Nous ne pouvons pas accepter dans
notre pays des femmes prisonnières derrière un
grillage, coupées de toute vie sociale, privées de
toute identité. »
Marginal, mais peut-être en plein essor, le port de
la burqa (et du niqab, autre voile intégral), dans
des banlieues à forte population immigrée, suscite
ces jours-ci une forte opposition en France.
Une soixantaine de députés ont demandé la tenue d’un
débat parlementaire sur son interdiction pure et
simple. Sarkozy est donc allé dans leur sens au nom
de la « laïcité ».
Une première depuis un siècle
Le décor monarchique et solennel du château de
Versailles, où Nicolas Sarkozy était, hier, le
premier président de la République à s’adresser à
l’ensemble des parlementaires depuis un siècle et
demi, était-il le lieu adéquat pour traiter de
questions aussi particulières ?
Mais Nicolas Sarkozy, qui avait fait récemment
modifier la Constitution pour permettre au chef de
l’État de s’adresser au Parlement et au Sénat,
n’avait pas l’intention de faire de ce premier «
discours sur l’état de l’Union », version française,
une simple cérémonie protocolaire.
« Il
s’agit d’abord d’une vaste opération de
communication, ironisait hier matin le sénateur
socialiste Robert Badinter, d’ailleurs chère
puisqu’elle est estimée à 400 000 euros pour une
heure de séance. »
Du protocole et de lourds symboles, il y en avait
pourtant beaucoup dans cet événement. Il est de
tradition que le « Congrès » – députés et sénateurs
totalisant quelque 930 élus – se réunisse dans la
plus grande solennité au château créé par Louis XIV,
essentiellement pour voter en une heure sur des
amendements à la Constitution.
À l’arrivée du président, hier, tous les députés et
sénateurs se sont levés, mais seuls les élus de
droite ont applaudi. Les élus communistes et les
verts, ainsi que quelques socialistes – une
cinquantaine au total – avaient décidé de boycotter
la séance. Estimant qu’il s’agissait d’une
manifestation supplémentaire de la «
présidentialisation à outrance du régime ».
Habilement dosé
Dans un discours de 45 minutes habilement dosé, le
président Sarkozy, comme le dit le politologue
Olivier Duhamel, « a alterné les coups à gauche et
les coups à droite ». Un plaidoyer en faveur de la
sécurité et de la répression suivi d’un mea-culpa
sur « nos prisons qui sont la honte de la France ».
La promesse de s’attaquer au problème des retraites,
notamment en reportant à 65 ou 67 ans l’âge du
départ, mais aussi celle de prendre en compte la «
pénibilité du travail ».
En somme, un discours de politique générale qui a
pour effet de réduire encore un peu plus la portion
congrue de pouvoir dont dispose le premier ministre
depuis l’élection de Sarkozy. On annonce d’ailleurs
que François Fi l lon n’aura même pas l’occasion de
faire ce grand discours programmatique devant le
Parlement, comme c’est la coutume après un
changement majeur au gouvernement. Mais, plus encore
que ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy est un
monarque républicain qui non seulement règne, mais
gouverne. Hier l’ « omniprésident » était sacré à
Versailles.
Les secrets de la popularité de Berlusconi
- Mathieu Perrault
Depuis
le printemps dernier, le premier ministre italien
Silvio Berlusconi reçoit une tuile après l’autre. Les
médias ont fait leurs choux gras de sa présence au 18e
anniversaire d’une jeune femme soupçonnée d’avoir eu
une liaison avec lui et de révélatio
Cette semaine, Silvio Berlusconi a ajouté un nouveau
nom à la longue liste de ses ennemis : Giorgio
Napolitano, le président italien.
PHOTO ALBERTO
PELLASCHIAR, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Depuis un an, l’indice de
confiance du premier ministre italien Silvio
Berlusconi est descendu de 60% à 47 %, selon les
sondeurs. Mais il s’agit d’une baisse modérée compte
tenu des nombreux scandales qui l’affligent.
Son attaque verbale contre l e président ( « on s a i
t de quel côté il est », a-t-il lancé, fa i sa nt
référence au passé communiste de Napolitano) constitue
un nouveau sommet da n s l a c r oi s a de de
Berlusconi contre les institutions italiennes.
« La base de Berlusconi lui est fidèle envers et
contre tout parce qu’elle est d’abord anticommuniste
», explique Franco Pavoncello, politologue et recteu r
de l ’ Université John Cabot à Rome. « Mais son
attaque contre le président montre qu’il est nerveux.
Je vois mal ce que ça peut lui apporter, et c’est une
première dans ce pays. »
Depuis un an, l’indice de confiance du premier minist
r e i t a l i en est cer t es descendu, de 60 % à 47 %
selon les sondeurs. Mais il s’agit d’une baisse
modérée compte tenu des nombreux scandales : inaction
après le tremblement de terre de L’Aquila, affaires de
moeurs avec une mineure et des prostituées, puis,
cette semaine, la levée de son immunité judiciaire,
qui aura pour effet la reprise de procès à son
encontre.
« B e r l u s c o n i d e me u r e u ne f i g u r e de
modernité dans ce pays, explique M. Pavoncello. C’est
lui qui est responsable de l ’ i ntroduction de la
télévision commerciale en Italie, voire même en
Europe. Avant les années 8 0, l a télévision publique
ét a it d’un ennui t ota l . Je m’en souviens parce
que j ’ai fait toutes mes études aux États-Unis, à
Chicago. »
L’un
des thuriféraires de Berlusconi, l’éditeur du petit
quotidien romain I l Foglio, Giuliano Ferrara,
expliquait récemment que Berlusconi correspond
exactement à la tendance de l’« individualisme
expressif », inventée par un chroniqueur du New York
Times pour expliquer la vogue de l’autoglorification.
« Si Berlusconi a parfois un ego digne de l’asile, ce
n’est pas parce qu’il est fou, mais moderne » ,
concluait M. Ferrara.
L’autre raison de la fidélité de son électorat, selon
M. Pavoncello, c’est qu’il donne des garanties
cruciales à des clientèles bien ciblées. « Les
autonomistes de la Lega Nord ( Ligue du Nord) sont
gagnés par ses mesures populistes anti-i mmigration,
même si elles risquent d’être annulées par l’ Europe.
Et les petits entrepreneurs de la droite n’ont qu’un
objectif, tenir les communistes loin du gouvernement,
parce qu’ils les voient comme les inventeurs de la
bureaucratie qui paralyse tout en Italie. »
L’hebdomadaire britannique The Economist, qui est très
critique envers Berlusconi, a proposé une autre
explication cet été : les Italiens votent pour lui
parce qu’ils savent qu’il assouplira les lois
fiscales. Justement, une loi d’amnistie fiscale vient
d’être votée, qui permet aux citoyens ayant caché des
revenus à l’étranger de ne payer que 5 % d’impôt, près
de dix fois moins que le taux normal.
« L es gouver nements Berlu s c on i ont fa it t r oi
s a mnisties f i s c a l es depuis 2001 », tonne Elio
Lannutti, un sénateur de l’opposition du parti Italia
dei Valori (L’Italie des valeurs), fondé par le juge a
nticorruption Antonio di Pietro. « Il est au pouvoir
parce que les Italiens ne veulent pas payer leurs
impôts. »
Cela dit, l’ère Berlusconi pourrait t oucher à sa f i
n. Même s’il blaguait récemment qu’il se sentait de
l’âge de 37 ans plutôt que de 73, il sera probablement
trop vieux pour mener l a droite au x élections de
2013, selon M. Pavoncello. « La question des escortes
signifie qu’il doit faire une croix sur la présidence,
un poste honorifique mais réservé aux personnes à la
moralité hors de tout doute. Et son style de
personnalité politique convient mal à un octogénaire.
»
Une opposition en proie à des luttes intestines
À la
fin du mois de septembre, l’opposition italienne a
eu une occasion en or de gagner une bataille. Au
moment du vote sur une amnistie fiscale
controversée, une soixantaine des 330 députés des
deux partis au gouvernement étaient absents. Mais le
projet de loi a été adopté par seulement 20 voix,
parce qu’une trentaine de députés de l’opposition
étaient eux-mêmes absents.
Cette anecdote illustre bien pourquoi l’opposition à
Silvio Berlusconi ne parvient pas à prendre une
forme politique. « La gauche ne parvient pas à
s’unir derrière des idées fortes », déplore Elio
Lannutti, un sénateur d’opposition qui dirige aussi
une association de consommateurs. « Il y a des
luttes intestines parce que personne ne veut que son
voisin succède un jour à Berlusconi. Et à la base,
le système économique et bancaire profite aussi à la
gauche. C’est ainsi que les principales critiques
contre Berlusconi prennent maintenant la forme
d’histoires de sexe. »
C’est
pourquoi l’unité de la gauche, qui a remporté les
élections de 1996 et de 2006, s’est révélée fragile.
Le candidat Romano Prodi n’a pu gouverner que par
périodes de deux ans. À partir du départ de Prodi en
1998, et jusqu’en 2001, une succession de premiers
ministres de gauche ont ouvert la voie au retour
triomphal de Berlusconi au pouvoir. En 2008, la
gauche a permis encore une fois à Berlusconi de
renaître de ses cendres, après avoir fait échouer
les réformes que voulait Prodi. L’ex-porte-parole de
ce dernier, Rodolfo Brancoli, a publié en début
d’année un livre, Fine corsa, où il prédit que la
gauche s’est condamnée à passer un long moment loin
du pouvoir.
« Walter Veltroni a jeté les bases de la renaissance
de la gauche en excluant l’extrême gauche,
Rifondazione comunista ( Parti de la refondation
communiste), de l ’a l l ia nce électorale de 2008
», estime quant à lui Franco Pavoncello, politologue
et recteur de l’ Université John Cabot. « Pour la
première fois depuis 194 4, l’extrême gauche n’est
plus représentée au Parlement. Mais ce faisant, la
gauche s’est affaiblie et Berlusconi a gagné. Il lui
faudra longtemps pour revenir au pouvoir. »
Vague conservatrice aux élections
européennes
BRUXELLES — Les partis de droite ont remporté une
victoire sans appel lors des élections européennes
d’hier, à l’issue d’un scrutin marqué par un nouveau
record d’abstention. Incapable de proposer une
stratégie de rechange crédible face à la crise
financière et économique, la gauche a pour sa part
connu une véritable débâcle dans la quasitotalité des
pays de l’UE.
Selon des chiffres provisoires, pas moins de 56,45%
des électeurs ont renoncé à leur droit de vote, contre
54,6% en 2004, un comportement alimenté par l’absence
d’enjeu clair.
D’après des est i mat i ons publiées par le Parlement
européen hier soir, les conservateurs du Parti
populaire européen ( PPE) devraient remporter 267
sièges sur un total de 736, contre 288 élus sur 785
dans l’hémicycle sortant. Ce qui représente une très
légère baisse en pourcentage (36,28% contre 36,69%).
Sans compter les conservateurs britanniques et
tchèques, qui ont annoncé qu’ils faisaient sécession,
le PPE arrive malgré tout loin devant les socialistes
(159). Ces derniers pourraient cependant regagner un
peu de terrain grâce à la vingtaine d’élus du Parti
démocrate italien qui devraient rejoindre le groupe.
Derrière conservateurs et socialistes viennent les
libéraux, quasi stables avec 81 élus, et les verts,
qui font une percée avec 51 élus, contre 43 dans
l’hémicycle sortant.
Autre point saillant : la progression de partis
d’extrême droite, quoique cela ne devrait pas
chambouler l’équilibre politique de l’hémicycle
strasbourgeois. Selon des analystes, ces petits partis
pourront désormais donner plus facilement de la voix
au Parlement.
En France, le parti de droite UMP du président Nicolas
Sarkozy (27,9% selon des résultats partiels) l’a
emporté contre les socialistes (16%), rattrapés par
les écologistes de Daniel CohnBendit, qui créent la
surprise.
En
Allemagne, pays qui envoie le plus gros contingent
d’eurodéputés au Parlement européen (99), les
conservateurs de la chancelière allemande Angela
Merkel et leurs alliés sont largement en tête avec
37,9% des suffrages, devant les sociaux-démocrates,
qui essuient une défaite historique (20,8%).
La droite s’est également illustrée en Italie, en
Espagne et au Portugal.
Déconvenue du Labour
En Grande-Bretagne, le Labour du premier ministre
Gordon Brown a subi de son côté une humiliante défaite
(15%), relégué à la troisième place derrière les
conservateurs (29%) et le parti europhobe Ukip (17%),
selon des calculs de la BBC.
Ce bon score de Ukip est à l’image des quelque 18%
glanés en Autriche tant par l’eurosceptique Hans Peter
Martin que par les deux listes d’extrême droite.
D’autres formations extrêmes ont progressé lors de ce
scrutin, notamment aux Pays-Bas, en Hongrie, en
Slovaquie et en Roumanie. Pour la première fois, la
Grande-Bretagne a élu un eurodéputé issu d’un parti
d’extrême droite, le BNP.
Même si les prérogatives du Parlement se sont
renforcées au cours des dernières années et devraient
s’élargir encore avec l’entrée en vigueur espérée du
traité de Lisbonne d’ici à 2010, les eurodéputés ne
désignent pas la Commission européenne. Ils ne font
qu’entériner le choix des capitales.
Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a
implicitement jugé les responsables politiques
nationaux de l’UE coresponsables du faible intérêt de
leurs citoyens pour l’Europe. « Les hommes politiques
nationaux, dont les débats restent trop souvent
centrés sur des questions nationales, doivent
davantage se présenter comme acteurs à la fois
nationaux et européens », a-t-il déclaré dans un
communiqué.
L’Europe se « québécise » - Denis
St-Martin
L’UE est
devenue l’objet d’un jeu de surenchère nationaliste
De plus en plus de partis voient le jour pour défendre
la souveraineté nationale face à une Europe que l’on
prétend tentaculaire.
Directeur, Centre d’excellence sur l’Union européenne,
universités de Montréal et McGill Les résultats des
élections européennes de dimanche dernier et le faible
taux de participation (43% en moyenne dans l’Union) sont
vus, dans plusieurs milieux, comme autant d’indicateurs
de la « crise de l’Europe » et du déclin de la
légitimité du projet inventé par Jean Monnet au
lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
L’Europe reste l’otage de la
politique partisane des États membres. Les grands
partis nationaux se servent des institutions
européennes comme d’un bouc émissaire.
Rien ne saurait pourtant être plus éloigné de la
réalité. Ce n’est pas l’Union européenne ( UE) qui est
en crise – et encore moins l’idéal européen – mais
plutôt la politique nationale au sein des États membres
de l’UE. Un sondage effectué la semaine dernière
montrait que près de 45% des citoyens veulent « plus
d’Europe » et que l’idée d’une Europe fédérale recueille
l’assentiment de majorités dans plusieurs pays.
Malgré cela, l’Europe reste l’otage de la politique
partisane des États membres. Les grands partis
nationaux, devenus de plus en plus des machines
électorales sans véritable projet de société, se servent
des institutions européennes comme d’un bouc émissaire
sur lesquelles ils font porter le blâme de leur propre
incapacité à répondre adéquatement aux aspirations de
leurs sociétés.
L’Europe n’est rien d’autre que ce que les politiciens
des États membres veulent bien en faire. Or, depuis
quelques années, ceux-ci ont surtout choisi de se
replier sur eux-mêmes et de diaboliser l’Europe, accusée
d’être le cheval de Troie d’une mondialisation
néolibérale et d’un cosmopolitisme menaçant les cultures
nationales.
De plus en plus de partis voient le jour pour défendre
la souveraineté nationale face à une Europe que l’on
prétend tentaculaire, mais dont la bureaucratie n’est
pourtant pas plus grosse que celle de la ville de
Montréal, et ce, même si l’UE veille à la destinée du
plus grand ensemble politique de l’histoire de
l’humanité.
C’est
comme si l’Europe se « québécisait » de plus en plus: ce
qui s’y passe n’est pas sans rappeler le type de
politique que nos représentants provinciaux pratiquent
depuis longtemps à l’endroit du fédéral. Après tout,
l’euroscepticisme et le « canadospecticisme » des élites
politiques québécoises ne sont pas des phénomènes
radicalement différents l’un de l’autre.
Dans un contexte où l’UE est ainsi devenue l’objet d’un
jeu de surenchère nationaliste, il n’est pas surprenant
que les partis de droite populiste soient les grands
gagnants. Car au jeu de la défense de la « nation » et
des traditions, ce sont eux qui détiennent la médaille
d’or. Cette façon de faire de la politique n’est pas
sans rappeler la montée de l’ADQ au Québec et
l’apparition du débat sur les « accommodements
raisonnables ».
Dans ce débat, relancé récemment par une décision de la
Fédération des femmes, plusieurs voix dénoncent la
menace que le multiculturalisme des institutions
canadiennes ferait peser sur le Québec. Pourtant,
qu’elle soit ou non à l’intérieur du fédéralisme
canadien, la société québécoise sera toujours
multiculturelle. C’est là un des traits fondamentaux de
son américanité.
Dans son extraordinaire discours prononcé au Caire la
semaine dernière, le président Obama a tenu des propos
qui nous concernent directement. Parlant de la liberté
religieuse, il a dit qu’il était « important que les
pays occidentaux évitent d’empêcher leurs citoyens
musulmans de pratiquer leur religion comme ils
l’entendent – par exemple en dictant la manière dont une
musulmane doit s’habiller. On ne peut pas déguiser
l’hostilité à l’égard d’une religion sous le couvert du
libéralisme ».
Comme l’indiquait un titre du journal Le Monde du
week-end dernier, les Français ont senti cette partie du
discours du président américain comme une « critique à
mots couverts » de leur loi sur le port des signes
religieux. Les élites nationalistes québécoises, dont la
France est en toute matière l’unique référence,
devraient également se sentir interpellées. Le Québec
n’est pas la France. Interdire le port du voile dans les
institutions publiques est une idée qui n’a absolument
rien à voir avec notre contexte historique,
démographique et social.
Étrangement, les plus coriaces adversaires de l’idée
fédérale au Québec sont souvent les mêmes qui rêvent de
faire de notre société une sorte de mini-réplique de la
France en Amérique du Nord.
Le « modèle » européen - Mario Roy
Aux
yeuxdes électeurs, il y a des scrutins qui comptent,
et d’autres moins. Passion ou indifférence: le fossé
était net et profond, hier, entre les élections
parlementaires tenues, d’une part, dans le plus grand
ensemble économique du monde, l’Union européenne ; et
d’autre part dans un tout petit pays, le Liban,
déchiré entre ses allégeances à l’Est et à l’Ouest,
littéralement occupé à assurer sa survie.
Même chez les Européens, si on se fie à l’image-miroir
donnée par les médias d’outreAtlantique au quatrième
jour du scrutin continental, les regards étaient
davantage tournés vers les Libanais. Ceux-ci sont
d’ailleurs allés aux urnes en nombre record : 20% de
votants de plus qu’en 2005 (les résultats seront
connus aujourd’hui).
Par opposition, les 736 députés élus au Parlement de
Strasbourg auront une légitimité limitée par le
je-m’en-foutisme généralisé sévissant chez les
électeurs des 27 pays de l’union. Le taux de
participation aux élections européennes n’a en effet
cessé de dégringoler depuis 1979, passant de 63% il y
a 30 ans à un maigre 43% en 2009. En France, on a tout
juste atteint les 40%. Dans certains pays comme la
Pologne (où, pourtant, on est plutôt europhile), il
est inférieur à 30%.
Au surplus, la droite, celle de Nicolas Sarkozy en
France, d’Angela Merkel en Allemagne ou de Silvio
Berlusconi en Italie, a remporté la victoire. Or,
l’électeur type de droite (à distinguer des
porte-parole officiels) est plutôt méfiant vis-à-vis
de la « continentalisation » de la politique
européenne.
Pire
encore, des Pays-Bas à l’Autriche en passant par
l’Italie, la Hongrie et la Roumanie, l’extrême droite,
souvent ultranationaliste et hostile au... beau risque
de l’« ouverture » à la mode de Bruxelles et de
Strasbourg, a sensiblement progressé.
Les verts ont également gagné du terrain, peut-être
aidés par la retentissante diffusion dans 134 pays du
film écologiste Home (vu par 8,3 millions de personnes
en France seulement) du cinéaste Yann ArthusBertrand !
C’est peut-être bien, mais ça a peu à voir avec le
défi politique du continent... Tout ça n’est pas
anecdotique. Le « modèle » européen, première
expérience du genre dans l’Histoire, tortueux
compromis entre fédéralisme et supranationalisme,
affligé de structures labyrinthiques et d’une
bureaucratie kafkaïenne, souffre de défauts de
conception majeurs.
En clair, les citoyens ne voient pas très bien ce que
l’Europe politique leur apporte dans la vie de tous
les jours... sauf les tracas générés par une
réglementation pléthorique. Ils ne comprennent pas un
processus décisionnel écartelé entre une douzaine de
conseils, commissions et autres comités , pa rmi
lesquels le Parlement n’est qu’un rouage à la vocation
nébuleuse. Ils ne distinguent pas d’enjeux proprement
européens qui les pousseraient vers l’isoloir, de
sorte que ceux qui votent le font pour régler des
comptes locaux ou nationaux...
Au total, c’est d’une sorte de crise d’identité qu’il
s’agit. La crise d’une identité qui n’existe pas
encore.
Des élections ? Quelles élections ? -
Louis-Bernard Robitaille
Indifférence générale à l’aube du scrutin de dimanche
pour choisir les députés européens
Le Parlement de Strasbourg, c’est une sinécure sans
grand intérêt, mais sans contrainte, où beaucoup ne
siègent à peu près jamais. Pas de quoi enthousiasmer
les électeurs.
COLLABORATION SPÉCIALE PARIS — Il y a eu le Festival
de Cannes. Il y a maintenant, pendant deux semaines et
jusqu’à dimanche, le tennis à Roland-Garros, à raison
de 12 heures de retransmission par jour à la télé.
Autant dire que la plupart des Français n’ont plus
guère de temps pour s’intéresser à ce que certains
appellent pour s’encourager « le deuxième scrutin
démocratique au monde » (après l’Inde).
Selon des instituts de
sondage, l’abstention aux élections européennes
pourrait atteindre ou dépasser les 60% en France.
Ailleurs, comme en Pologne, elle pourrait frôler les
80%. Pas d’abstention du côté des graffiteurs
bruxellois cependant, quand vient le temps d’apposer
des nez de clown sur les affiches électorales.
Il s’agit de l’élection, dimanche, des 736 députés au
Parlement européen de Strasbourg: le même jour, 375
millions d’électeurs sont appelés aux urnes dans les
27 pays membres, de la GrandeBretagne à la Lituanie,
de la Suède jusqu’au Portugal.
Cela pourrait ressembler à un événement historique: ça
n’intéresse personne. Ou presque. Il y a des gens qui
ne savent même pas que les élections auront lieu.
D’autres qui n’iront pas voter. Selon des instituts de
sondage, l’abstention pourrait atteindre ou dépasser
les 60% en France. Ailleurs, comme en Pologne, elle
pourrait frôler les 80%.
En France, les grands partis politiques ont attendu le
plus tard possible pour démarrer une campagne qui fait
fuir les téléspectateurs. Les rares débats télévisés
ont été programmés en fin de soirée, à la sauvette et
dans l’indifférence générale. Malgré quelques louables
efforts pour remplir leur devoir civique, les grands
journaux font le service minimum.
Le
mode de scrutin n’arrange rien: en France, on vote à
la proportionnelle sur sept grandes listes régionales,
et les candidats ne font aucune campagne de terrain.
D’ailleurs, c’est tout juste si on sait qui se
présente, y compris pour les principaux partis. On a
noté au passage la présence de la ministre de la
Justice Rachida Dati à la deuxième place sur la liste
de droite: mais on en a surtout parlé parce que cela
signifiait son éviction du gouvernement. Et si le
leader centriste François Bayrou mène la liste du
MoDem, c’est parce qu’il prépare la présidentielle de
2012 en France. Au-delà de ces deux noms, c’est
l’anonymat quasi total.
Comment pourrait-il en être autrement? Une fois de
plus, en France, l’élection européenne est d’abord
l’occasion de caser des sinécure sans grand intérêt,
mais sans contrainte, où beaucoup ne siègent à peu
près jamais. Pas de quoi enthousiasmer les électeurs.
Cela fait exactement 30 ans que les députés européens
sont élus au suffrage universel. À l’époseconds
couteaux: des « jeunes » qui n’ont pas encore réussi à
se faire élire au suffrage universel, des « vieux »
qui ont perdu leur siège de député, des ministres dont
on veut se débarrasser en douceur. Le Parlement de
Strasbourg, c’est une que, certains craignaient que ce
nouveau Parlement ne se pose en rival des Parlements
nationaux. Craintes bien injustifiées. Certes le
Parlement de Strasbourg légifère à longueur d’année.
Et surtout, il avait fortement contribué, en mars
1999, à faire tomber la Commission de Bruxelles
présidée par Jacques Santer par un vote de défiance.
Mais, en droit, le Parlement ne nomme ni ne démet
l’influent président de la Commission. Dans ce domaine
comme dans tout ce qui a de l’importance, c’est le
conseil des ministres de l’Union (les représentants
des 27 pays membres) qui prend toutes les décisions
importantes. Et c’est la puissante Commission,
aujourd’hui di rigée par le Portugais José Manuel
Barroso, qui les applique. L’électorat français, comme
les autres en Europe, ne s’y trompe pas: le Parlement
de Strasbourg ne décide pas grand-chose.
Du coup, ces élections européennes sont d’abord et
avant tout l’occasion de manoeuvres de politique
intérieure: l’opposition tente de faire sanctionner le
gouvernement, et réciproquement, dans la perspective
des prochaines échéances électorales. La question
numéro un qui agite le petit monde politique français:
quel est l’état réel du Parti socialiste après deux
ans de déchirement à propos de Ségolène Royal? Et quel
est le rapport de force entre la gauche et la droite?
Accessoirement, ces élections sans grands enjeux et au
scrutin proportionnel sont une occasion en or pour les
petites formations, généralement extrémistes, de faire
campagne à peu de frais: quelques « trotskistes » élus
en France, poussée d’extrême droite en Suède ou en
Grande-Bretagne. Les élections du 7 juin constituent
un gigantesque sondage à l’échelle du continent. Mais
guère plus. Donc on peut continuer à suivre ce qui se
passe à Roland-Garros.
Défendre son peuple au péril de sa famille - JUDITH
LACHAPELLE
Rebiya Kadeer ne se tait pas. Le gouvernement
chinois a beau avoir mis ses enfants en prison et
lui interdire tout contact avec les autres restés au
pays, elle continue à se battre pour la liberté du
peuple ouïgour. Héroïne ou sans coeur?
La militante ouïgoure Rebiya
Kadeer est de passage à Montréal dans le cadre du
Festival de films sur les droits de la personne.
La réalité apparaît de façon beaucoupplus
complexedans le documentaire The 10 Conditions of
Love, du cinéaste australien Jeff Daniels. Sa
décision de favoriser la liberté des Ouïgours au
détriment de celle de sa famille est sévèrement
critiquée par sa fille aînée. D’où la question posée
au tout début du film: jusqu’où la lutte pour la
liberté de son peuple doit-elle être plus importante
que sa propre famille?
La vie de Rebiya Kadeer, 63 ans, a de quoi inspirer
1000 scénaristes. Née dans la province chinoise du
Xinjian, anciennement le Turkestan oriental, mariée
à 14 ans, mère de 11 enfants, femme d’affaires
accomplie, elle a dévoué sa vie à la défense de son
peuple, les 21 millions de Ouïgours musulmans
sunnites turcophones du nord-ouest de la Chine.
Un
peuple qui habite une province autonome sur papier,
mais qui n’a pas le pouvoir de la diriger,
nid’yprotéger sa langue ou sa religion.
L’immigration de la majorité chinoise han s’est
intensifiée dans la province; elle représente
maintenant 45% de la population. «Et les filles
ouïgoures âgées de 14 à 25 ans qui ne sont pas
mariées sont envoyées ailleurs en Chine pour trouver
un mari », dit Rebiya Kadeer, aujourd’hui exilée aux
États-Unis.
Un combat difficile pour un peuple musulman que la
Chine fait passer pour terroriste. Malgré tout, elle
continue. «Si j’arrête de parler pour que mes
enfants soient libérés, mon bonheur deviendra le
sang de mon peuple. Mes enfants comprennent que je
dois faire quelque chose. C’est mon choix», dit-elle
dans le film. Sa fille Ray, qui fait office
d’interprète, ne cache pas son désaccord. «Moi, en
tout cas, je ne l’ai pas choisi.»
En entrevue hier, le ton de la voix de Rebiya Kadeer
a changé selon les sujets abordés. Elle a été ferme
et passionnée quand elle a évoqué le sort de son
peuple. Mais sa voix a tremblé quand elle a parlé de
ses enfants, dont deux sont toujours en prison. «Ma
fille, Ray, a été très fâchée quand ses frères ont
été arrêtés, dit-elle. Mais aujourd’hui, elle m’a
pardonné.»
Les Chinois sévères face
au régime -
Tristan de Bourbon
La
Chine célébrera demain le 60e anniversaire de la
proclamation de la République populaire par Mao
Zedong. D’importantes festivités couronnées par le
plus grand feu d’artifice au monde, a-t-on déjà
annoncé. Pourtant, en jetant un regard sur son
passé, la
PÉKIN — Ses yeux en brillent encore. « J’en ai
pleuré. La place Tianan’men était noire de monde.
J’y suis restée toute la matinée un drapeau à la
main, puis j’y suis retournée le soir pour la fête
organisée pour les jeunes. Je portais une nouvelle
robe pour l’occasion. »
PHOTOLIU JIN, AFP
Il y aura 60
ans demain, la Chine s’éveillait libre et
indépendante. Pour le meilleur pour les uns,
pour le pire pour les autres. À Pékin, hier, ce
jeune Chinois a immortalisé son image sur fond
de drapeau national fleuri.
Mei Xian (son nom a été changé à sa demande, comme
celui des autres personnes interrogées) est
aujourd’hui âgée de 96 ans. Elle garde pourtant
des souvenirs très nets de cette journée du 1er
octobre 1949, date de la proclamation de la
République populaire de Chine.
Àdes centaines de kilomètres de là, Liu Song
travaillait dans une usine d’équipements
ferroviaires de la province duHenan. Engagée en
1948 à 23 ans dans l’armée communiste avec son
mari, elle était partie combattre les forces du
Kuomintang, du maréchal Chiang Kai-shek. Elle a «
écouté le discours de Mao Zedong à la radio, comme
tous les gens autour de nous ».
Pour ces deux femmes alors proche du pouvoir, la
fin des années 40 et la moitié des années 50
paraissent idylliques. « Nous allions pouvoir
reconstruire le pouvoir de nos propres mains », se
souvient Mei Xian. « Nous travaillions tous comme
des fous, nous ne comptions pas nos heures, car
nous faisions cela pour le pays. Ce sont vraiment
les 10 plus belles années de ma vie. »
Ce tableau des premières années de la Chine
communiste ne peut cependant pas être extrapolé à
l’ensemble de la population, comme le prétend la
propagande officielle.
Avec son mari, Wang Qin, alors âgée de 26 ans,
cultivait et vendait des légumes à six ou sept
kilomètres du centre de la capitale.
« Je ne me souviens pas du tout du 1er octobre, »
avoue-telle. Nous n’avions pas assez d’argent pour
acheter une radio, nous étions donc coupés du
monde. La vie était dure et nous devions nous
concentrer sur nos récoltes, surtout à cette
période de l’année. D’ailleurs, la libération,
comme on l’appelle en Chine, n’a rien changé à
notre vie. Si ce n’est que nos terres ont été
collectivisées de force et que l’intégralité de
nos récoltes était envoyée à Pékin. »
Rapidement, les paysans ne seront plus les seuls à
faire des reproches au Parti. À partir de 1957, le
ciel va également s’assombrir pour les élites.
Quelques années plus tard, le mari de Liu Song
sera tué, pendant la révolution culturelle, durant
laquelle les intellectuels sont devenus les
ennemis de la nation et de la révolution.
Cette terrible époque et l’entrée dans le
capitalisme qui l’a suivie n’ont pourtant pas mis
fin au programme communiste. « Dans l’idéologie
officielle, les préceptes du marxisme-léninisme et
la pensée de Mao Zedong sont extrêmement présents
depuis l’arrivée au pouvoir de Hu Jintao, en 2003,
» analyse Jean-Philippe Béja, chercheur au centre
d’études français sur la Chine contemporaine,
situé à Hong Kong.
« Dans les faits, la démocratie nouvelle promise
par Mao Zedong en 1949, avec des partis politiques
bourgeois qui auraient le droit d’exister, est
loin d’être réalisée. »
Ainsi, depuis longtemps, les yeux de Mei Xian ne
brillent plus. « Nous avions beaucoup d’espoirs,
nous avions des idéaux nobles. Le président Mao a
fait l’erreur d’opter, à ce moment, pour la
dictature. Or, la dictature est ce qu’il a de pire
pour une nation, mais la plus grosse erreur des
dirigeants est d’avoir copié la Russie en effaçant
le passé. La tradition millénaire du pays. La
Chine et les Chinois sont désormais plus riches,
mais ils ont perdu leurs racines et ne savent plus
très bien où aller. »
Mao, icône pop
Ce
n’était pas écrit dans le petit livre rouge. Et
pourtant, c’est bien arrivé. Soixante ans après la
Révolution, Mao est devenu une véritable icône de
la culture pop. En Chine, l’image de l’ancien
président est désormais visible sur des montres,
des calendriers, des briquets, des t-shirts, des
bibelots et des porte-clés. Ce phénomène
commercial n’aurait sûrement pas plu au principal
intéressé. Mais la propagande doit aussi s’adapter
aux tendances. Or, comme l’a rapporté récemment le
site de nouvelles Global Times, ce sont surtout
les jeunes Chinois, déconnectés de l’histoire
récente, qui consomment ces produits pour leur
valeur hip. Cette réinterprétation du grand
personnage, qui n’est pas sans rappeler celle de
Che Guevara à Cuba, plaît cependant beaucoup moins
à ceux de l’ancienne génération, qui déplorent la
« distorsion » du mythe.
Émeutes de Xinjiang : Hu Jintao
rentre en Chine
—
Le président chinois, Hu Jintao, a quitté l’Italie
prématurément, tôt ce matin, où il devait
participer au sommet du G8 qui se tient jusqu’à
vendredi, en raison des émeutes meurtrières qui
ont éclaté dans la province de Xinjiang, dans
l’ouest de la Chine, ont rapporté les autorités
chinoises.
Hu
Jintao sera remplacé par le conseiller d’État
chinois Dai Bingguo et il ne se rendra pas non
plus au Portugal, comme prévu initialement, les 10
et 11 juillet, a expliqué le ministre chinois des
Affaires étrangères, Yang Jiechi, sur son site
internet.
Aujourd’hui, les cinq plus grandes puissances
émergentes doivent se retrouver en marge du sommet
officiel. La Chine, grand exportateur et détenteur
de vastes réserves en devises étrangères,
participera à ces discussions sur la crise
économique internationale.
NOUVEAUX TROUBLES AUXINJIANG Les
Hans descendent dans la rue pour se venger
— Malgré
une sécurité omniprésente, de nouveaux troubles
ethniques ont éclaté, hier, à Urumqi, où des milliers de
Hans armés de bâtons, de pelles et de machettes ont
envahi les rues pour se venger des violences sanglantes
de dimanche.
En fin de journée, plusieurs milliers de Hans
parcouraient toujours les rues de la capitale régionale
du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, tenus à
distance des quartiers ouïgours par les forces de
sécurité.
Un haut responsable du Parti communiste du Xinjiang,
Wang Lequan, a annoncé qu’un couvrefeu serait en vigueur
à Urumqi de 21h hier jusqu’à 8h aujourd’hui, pour éviter
la répétition des violences. Il a aussi lancé un appel
au calme aux communautés en présence. Les médias
officiels n’avaient fait état d’aucune victime dans la
soirée.
Esprit revanchard
Quelque 10 000 Hans, selon un correspondant de l’AFP,
étaient descendus au début d’après-midi dans les rues
d’Urumqi, dans un esprit manifeste de revanche après
avoir été la cible des Ouïgours, musulmans turcophones,
lors des émeutes qui ont fait 156 morts et plus d’un
millier de blessés dimanche.
Alors que l’agence ChineNouvelle faisait état de « chaos
» dans plusieurs quartiers de la ville, la police est
intervenue pour disperser la foule dans le centre avec
des gaz lacrymogènes. Elle n’a pas réussi à faire fuir
les manifestants, qui poursuivaient leur marche tout en
suffoquant et en toussant, et dont certains portaient le
drapeau national chinois.
Les manifestants Hans, l’ethnie majoritaire en Chine,
ont crié leur colère d’avoir été victimes des violences
commises par les Ouïgours, principale communauté
musulmane du Xinjiang, une région de fortes tensions
ethniques qui compte 20 millions d’habitants.
« Les
Ouïgours sont venus dans nos quartiers pour tout
casser. Maintenant, nous allons chez eux pour les
battre », a déclaré un Han qui tenait un tuyau
métallique.
Une heure auparavant, un premier groupe de
manifestants Hans avait tenté de rejoindre la place du
Peuple avant d’être arrêtés par la police.
Panique
Urumqi, cité de plus de deux millions d’habitants, a
été le théâtre de scènes de panique, avec des gens qui
couraient se réfugier dans des bâtiments, a rapporté
Chine-Nouvelle.
La colère couvait aussi du côté ouïgour. Dans la
matinée, 200 Ouïgours, dont de nombreuses femmes,
avaient profité de la présence de journalistes
étrangers pour appeler à la libération de leurs
proches, arrêtés après les émeutes.
Depuis dimanche soir, 1434 personnes « liées aux
émeutes d’Urumqi » ont été arrêtées, selon les
autorités.
Un porte-parole des dissidents en exil du Congrès
mondial ouïgour a affirmé, dans un communiqué, que
leurs familles n’avaient pas pu récupérer les corps
des victimes ouïgoures « emmenés par les militaires »
en un lieu inconnu.
156 MORTS AU XINJIANG Flambée de
violence ethnique en Chine - Dan Martin
URUMQI —
Pékin a annoncé hier qu’au moins 156 personnes ont été
tuées dans des émeutes ethniques qui ont éclaté dimanche
à Urumqi, capitale du Xinjiang majoritai rement peuplée
de musulmans, les plus meurtrières en Chine depuis des
décennies.
Les violences ont semblé faire tache d’huile avec
l’annonce, dans la nuit de d’hier à aujourd’hui, par
l’agence officielle Chine-Nouvelle de la dispersion par
la police de « plus de 200 émeutiers » à Kashgar, la
deuxième ville du Xinjiang, à l’extrême nord-ouest de la
Chine.
La dispersion a eu lieu lundi vers 18h, heure locale,
alors que les émeutiers tentaient de se rassembler
devant la principale mosquée de la ville, a ajouté
l’agence.
Au lendemain de ces violences gravissimes, orchestrées,
selon Pékin, par la dissidence ouïgoure en exil, les
autorités ont renforcé la sécurité dans la région
autonome, située aux confins de l’Asie centrale.
Des centaines de personnes ont été arrêtées, dont « plus
de 10 personnalités-clés qui ont attisé les troubles »,
a indiqué la Sécurité publique.
Urumqi s’est embrasé dimanche soir, quand des milliers
d’émeutiers sont descendus dans les rues et ont attaqué
des Hans, l’ethnie majoritaire en Chine, selon les
témoignages d’habitants.
Discours musclé
La télévision chinoise a montré, hier, des blessés
couverts de sang, des carcasses de véhicules incendiés
et des foules jetant des pierres sur les forces de
l’ordre ou retournant des voitures de police.
Des groupes exilés ouïgours ont affirmé que les forces
de l’ordre avaient tiré sur des manifestants pacifiques.
Ces violences ont fait 156 morts, selon le nouveau bilan
officiel diffusé dans la nuit d’hier à aujourd’hui par
ChineNouvelle. Le précédent bilan faisait état de 140
morts et 828 blessés. L’appartenance ethnique des
victimes n’est pas précisée.
Le
Xinjiang, peuplé notamment de 8,3 millions d’Ouïgours,
des musulmans turcophones, est régulièrement la proie
de troubles séparatistes. Des habitants dénoncent
aussi la répression politique et religieuse menée
selon eux par la Chine, sous couvert de lutte
antiterroriste, et s’insurgent contre la sinisation de
leur terre.
« Le Xinjiang prendra les mesures les plus fortes pour
empêcher la situation de s’étendre à d’autres régions
et pour préserver la stabilité », a dit Nur Bekri, le
président de la région, dans un discours musclé.
Comme au Tibet?
Cette vaste région aride constitue l’une des deux
zones, avec le Tibet, où Pékin redoute
particulièrement l’instabilité.
A Lhassa, capitale régionale du Tibet, des émeutiers
tibétains avaient attaqué des Hans et leurs commerces
en mars 2008, tuant, selon les autorités, 18 civils et
un policier.
Urumqi, où la présence des forces de l’ordre était
massive hier, présentait l’allure d’une ville morte,
avec ses commerces fermés et un couvre-feu prévu en
soirée, selon l’un des journalistes de l’AFP sur
place.
Près du grand marché, des forces de l ’ ordre
casquées, munies de boucl iers et de matraques,
étaient garées à chaque coin de rue. Des véhicules
patrouillaient les rues bordées de bon nombre de
commerces fermés. « Les boutiquiers ont peur », a
expliqué une propriétaire de bar han.
L’internet a été interrompu et les communications
mobiles également, ont indiqué des résidants. Le
renforcement de la sécurité avait gagné jusqu’à
l’extrême ouest de la région. Joint par téléphone, un
commerçant de Kashgar a signalé une présence policière
inédite.
Interrogé sur ces troubles, le secrétaire général de
l’ONU, Ban Ki-moon, a estimé, à Genève, que « tous les
différends, qu’ils soient à l’intérieur (d’un pays) ou
au niveau international, doivent se résoudre par le
dialogue ».
Twitter et YouTube contre la censure
Pas
plus que l’Iran récemment, la Chine n’a pu
totalement fermer le robinet des informations ni des
images en provenance du Xinjiang, après les
violentes émeutes de dimanche, dont certaines ont pu
être diffusées sur Twitter ou YouTube.
Les
autorités chinoises ont tenté de retirer de la Toile
des vidéos, photographies ou commentaires
d’internautes affichés sur les sites chinois sur ces
violences. Mais ces éléments supprimés ont souvent
resurgi, non expurgés, sur des sites basés hors de
Chine, tandis que Twitter, notamment, transmettait
des images à toute la planète.
Le site internet de socialisation gratuit et YouTube
étaient inaccessibles hier après-midi en Chine.
Comme en Iran le mois dernier, les nouvelles
d’Urumqi ont continué d’affluer sur l’internet et
ses sites de socialisation et de partage d’images,
tels que YouTube, Flickr et Twitter.
TROISQUESTIONS À LOÏCTASSÉ SUR L’OBJECTIF DE
PÉKIN « Tout faire pour que ça demeure un acte
isolé » - Alexandre Sirois
Les
violences ethniques de dimanche dans le Xinjiang
ne sont pas une surprise. Cette province du
nord-ouest de la Chine est depuis longtemps le
théâtre de tensions entre les Ouïgours et les
Hans. La Presse a demandé à Loïc Tassé,
spécialiste de la Chine qui enseigne à
l’Université de Montréal, de décrire les sources
de ces tensions. Et de prédire si le régime
chinois arrivera une fois de plus à tuer la
contestation dans l’oeuf.
QLa
province du Xinjiang compte au total 20 millions
de personnes, dont 8,3 millions d’Ouïgours, des
musulmans turcophones. Que revendiquent-ils ?
RIl y a d’abord un groupe indépendantiste de
musulmans turcophones, à l’intérieur du Xinjiang,
qui revendique l’indépendance. Par ailleurs, chez
les autres Ouïgours, il y a un sentiment de
mécontentement très fort à l’égard des Hans,
l’ethnie majoritaire en Chine, soit environ 92%
des Chinois. Parce que les Hans ont, au cours des
dernières décennies, petit à petit, commencé à
aller s’établir au Xinjiang. Le gouvernement
chinois, qui a dépeint le Xinjiang comme une
région où il fait bon vivre, y est pour beaucoup
dans ce mouvement. Avec comme résultat que les
Ouïgours, qui formaient jadis environ 90% de la
population de cette région, ne comptent maintenant
que pour 40% de la population.
QPourquoi
le gouvernement chinois a-t-il encouragé cette
migration des Hans vers le Xinjiang?
RIl s’agit très certainement d’arriver à maîtriser
cette minorité très embêtante pour le gouvernement
chinois. Car elle accepte mal, en général, la
domination des autorités chinoises sur son ter
ritoi re. C’est aussi une minorité très liée au
fondamentalisme musulman, assez proche de
certaines tribus qu’on trouve au Pakistan et en
Afghanistan. Les Ouïgours se définissent souvent
comme faisant partie de la grande famille turque
et rêvent, pour plusieurs, de l’établissement
d’une grande Turquie. Un territoire qui irait de
la Turquie jusqu’à la Chine.
QLe
calme était revenu hier dans la capitale du
Xinjiang, mais on signalait des manifestations à
Kashgar, la deuxième ville de cette province
chinoise. Le mouvement de contestation peut-il
durer malgré la répression ? Doit-on plutôt
s’attendre à un scénario similaire à celui de
l’Iran, où la méthode forte aura raison de
l’ardeur des manifestants ?
RIl faut savoir que l’armée est très présente dans
cette province. Elle contrôle à peu près tout.
Alors, je ne pense pas que ça va durer. Le
gouvernement chinois va tout faire pour que ça
demeure un acte isolé. Cependant, il faut quand
même ajouter que les troubles causés par les
Ouïgours durent depuis de très nombreuses années.
Il faut donc s’attendre à ce qu’il y en ait
d’autres.
Flambée de violence au Xinjiang
EN BREF
Une flambée de violence a fait trois morts, Chinois de
souche, et plus de 20 blessés hier à Urumqi, capitale du
Xinjiang, une région à population majoritairement
musulmane du nord-ouest de la Chine, a annoncé l’agence
Chine Nouvelle. Ces troubles sont les plus graves depuis
plus d’un an au Xinjiang qui, aux confins de l’Asie
centrale, compte environ 8,3 millions de Ouïghours, dont
certains dénoncent la répression politique et religieuse
menée par Pékin sous couvert de lutte contre le
terrorisme. « Trois personnes ordinaires de l’ethnie han
ont été tuées », a annoncé l’agence officielle, citant des
sources du gouvernement de la Région autonome duXinjiang.
Plus de 20 personnes ont été blessées et de nombreux
véhicules ont été incendiés, a ajouté Chine Nouvelle. « Le
gouvernement régional n’a pas dit combien de personnes
étaient impliquées, mais a expliqué qu’elles s’étaient
illégalement retrouvées dans plusieurs quartiers du centre
et avaient battu (des gens), cassé, pillé et incendié »,
explique l’agence qui ne précise par leur ethnie.
Un film de propagande chinois en
clôture - Marc-André Lussier
Bien
entendu , person ne ne s’attendait à ce que The
Everlasting Flame : Beijing Olympics 2008 aborde de
plein fouet les différentes controverses ayant marqué
la préparation et la tenue des Jeux olympiques de
Pékin. De là à tomber dans le révisionnisme
historique, il y a un pas que la réalisatrice Gu Jun,
à qui le FFM a remis un Grand Prix spécial des
Amériques hier soir, franchit allègrement.
L’entrée en matière de ce film de propagande est
carrément choquante. Le passage de la flamme olympique
dans les différentes villes du monde est montré comme
autant de célébrations pendant lesquelles tout s’est
évidemment déroulé « dans la plus grande harmonie ».
Même à San Francisco et à Londres, où les
protestations furent pour le moins virulentes, tout ne
fut apparemment que joie et allégresse. Et que dire de
ce magnifique athlète tibétain, choisi pour porter la
flamme de l’espoir au sommet de l’Everest ?
Le plan d’urbanisme, qui a permis la construction de
toutes ces installations miraculeuses, est bien
entendu présenté ici comme une merveille
d’ingéniosité. Qu’importent alors les malheurs des
anciens habitants du quartier ?
C’est une chose de taire certains éléments pour servir
un propos. C’en est une autre de mentir pour travestir
une réalité.
Pour
le reste, le film s’atta rde à déc r i re, à g ra nds
coups de narration lobotomisée et de violons sirupeux,
les parcours de quelques athlètes. À cet égard, ce
film ressemble à tous les autres films « officiels »
de même nature.
Dans sa présentation, Serge Losique n’était pas peu
fier d’évoquer ses « liens étroits » avec la Chine,
tout en souligna nt le gra nd privilège de pouvoir
montrer ce film officiel en grande première mondiale.
Il a aussi déclaré avoir voulu, à travers ce prix
spécial remis à la réalisatrice, rendre hommage au
pays dont elle est issue.
Dans les corridors du Hyatt, certaines rumeurs
laissaient entendre que Gu Jun était nerveuse à l’idée
de présenter son film hier soir devant plusieurs
représentants de l’ambassade de Chine au Canada, venus
expressément d’Ottawa pour l’occasion. Qu’elle se
rassure, elle n’a strictement rien à craindre. Les
autorités chinoises seront très fières d’elle.
On peut en revanche se questionner sur le bon jugement
d’une organisation qui, en sélectionnant ce film pour
sa clôture, se trouve à cautionner pareille mascarade.
Un scandale.
Les ÉtatsUnis appellent à la libération
du dissident chinois Liu Xiaobo
— Les
États-Unis sont « profondément préoccupés » par les
informations faisant état de l’arrestation du
dissident chinois Liu Xiaobo, et appellent à sa
libération, a déclaré un porte-parole de l’ambassade
américaine en Chine.
Mi l itant inlassable d’une démocratisation en Chine,
Liu, 53 ans, écrivain et ancien professeur
d’université, détenu depuis début décembre, a été
formellement arrêté mardi pour activités subversives.
Liu, figure de proue du mouvement démocratique de
Tiananmen de 1989, était un des signataires en
décembre dernier de la Charte 08 appelant à des
réformes démocratiques.
« Le
gouvernement américain est profondément préoccupé par
les informations selon lesquelles Liu Xiaobo a été
formellement arrêté et accusé de crimes sérieux », a
déclaré à l’AFP Richard Buangan, porte-parole de
l’ambassade des États-Unis en Chine. « Nous appelons
le gouvernement chinois à relâcher M. Liu et à
respecter les droits de tous les citoyens chinois qui
expriment pacifiquement leur désir de libertés
internationalement reconnues », a-t-il ajouté.
« Le gouvernement américain est préoccupé par les
informations faisant état de détentions ou de
harcèlement de citoyens chinois directement dus au
fait qu’ils ont exercé leur liberté d’expression en
signant la Charte 08, appelant au respect des droits
de l’homme et à des réformes démocratiques », a encore
dit le porte-parole.
Après l’interpellation de M. Liu, le 8 décembre,
survenue en même temps que celle de plusieurs
militants qui s’apprêtaient à célébrer le 60e
anniversaire de la déclaration des droits de l’homme,
les ÉtatsUnis, l’Union européenne et des intellectuels
tels le Britannique Salman Rushdie ou l’ Italien
Umberto Eco avaient appelé à sa libération.
Détenu plus de six mois sans raison officielle, il a
finalement été formellement « arrêté mardi pour des
activités telles que la propagation de rumeurs et la
diffamation du gouvernement, visant à la subversion et
au renversement du système socialiste ». Une telle
accusation pourrait lui valoir jusqu’à 15 ans de
prison, selon son avocat Mo Shaoping.
Le pays des enfants uniques - LYSIANNE GAGNON
D’ici à
2030, le nombre de Chinois de plus de 65 ans va doubler.
Un seul enfant pour deux parents,
quatre grandsparents et huit arrière-grands-parents.
Rien d’étonnant à ce qu’il soit gâté… et gavé au-delà du
raisonnable.
L’embonpoint, conséquence physique des gâteries dont tous
ces adultes en mal d’enfant comblent l’enfant unique, est
très visible. Mais qu’en est-il au niveau moral et
émotionnel? Le coefficient d’égoïsme et d’égocentrisme a
dû monter en flèche, on s’en doute. Effectivement, alors
que traditionnellement, les enfants chinois étaient
disciplinés et tenus de bien réussir à l’école, on voit de
plus en plus des enfants-rois qui font leurs quatre
volontés sous le regard adorateur de leurs parents. Comme
chez nous, direz-vous. Oui, mais pour la Chine, c’est une
rupture radicale avec la tradition.
Ces enfants uniques grandissent sans soeur ni frère, et
n’auront jamais de neveux. La famille élargie sur laquelle
reposait la société chinoise a été littéralement atomisée.
La politique de l’enfant unique avait évidemment pour but
de limiter l’accroissement démographique. Elle a empêché,
calcule-t-on, de 300 à 400 millions de naissances, et
engendré d’effroyables souffrances: avortements forcés
pour les femmes enceintes d’un second enfant, abandon des
filles au profit du fils convoité… Rien d’étonnant à ce
que presque tous les enfants adoptés en Chine aient été
des petites filles rejetées par des parents qui espéraient
qu’un enfant mâle leur succéderait. Tant qu’à n’avoir
qu’un enfant, il fallait que ce soit un garçon.
C’était
un choix économiquement rationnel, d’ailleurs. Faute d’un
système de sécurité sociale, c’est au fils qu’il revient
de faire vivre ses parents vieillissants, alors que la
fille, une fois mariée, se retrouve au service de sa
bellefamille. Aujourd’hui, dans une ville prospère comme
Shanghai, on voit beaucoup de parents se promener
fièrement avec leur petite fille bien pomponnée et
manifestement adorée, mais dans les campagnes et dans les
classes démunies, le fils reste l’assurance-vieillesse de
ses parents. Les abandons de filles sont plus rares
aujourd’hui… mais c’est en partie parce qu’on dispose
maintenant de la technologie permettant de connaître le
sexe du foetus.
La politique de l’enfant unique a peut-être aidé la Chine
à relever le niveau de vie moyen, mais au prix de nombre
d’effets pervers. Selon le British Medical Journal, le
pays compte un excédent de 32 millions de garçons de moins
de 20 ans. En 2005, il naissait 120 garçons pour 100
filles. Beaucoup d’hommes ne pourront trouver de femme.
Ceux qui peuvent se le permettre vont « s’acheter » une
femme au Vietnam…
Autre nuage noir à l’horizon, la société chinoise est en
train de vieillir à un rythme exponentiel. Comme le
signalait récemment Marcus Gee, le chroniqueur
international du Globe and Mail, d’ici à 2030, le nombre
de Chinois de plus de 65 ans va doubler…, et ce, dans un
pays où il n’existe pas de système de retraite généralisé
et dont la prospérité repose sur une main-d’oeuvre jeune
et active!
La Chine est la plus grande puissance émergente, c’est
vrai, mais elle a aussi bien des problèmes devant elle.
pectacle courant dans toute grande ville chinoise:
disséminés parmi une foule d’adultes, des enfants rares et
trop gros… Il serait exagéré de parler d’obésité précoce,
mais beaucoup, parmi ces enfants issus d’un peuple
généralement svelte et délicat, sont grassouillets à 6 ans
et seront gras à 40 ans. Cette mutation quasi génétique
est l’une des conséquences de la politique de l’enfant
unique imposée aux Chinois par Deng Xiaoping.
Les bouleversements que cet édit a causés dans un pays qui
raffolait de ses enfants sont en effet incalculables.
Désormais, il y aurait un seul enfant pour deux parents,
pour quatre grandsparents et pour huit
arrière-grands-parents. Rien d’étonnant à ce que cet
enfant précieux soit gâté… et gavé au-delà du raisonnable,
tant il est vrai que l’amour, surtout dans les pays qui
ont connu de terribles famines, s’exprime souvent par le
don de nourriture.
Les étrangers rattrapés par la loi sur l’enfant
unique - Tristan de Bourbon
À la
naissance de leur deuxième enfant en Chine, des
couples mixtes – dont l’un des parents est chinois –
ont été informés qu’ils contrevenaient à la loi sur
l’enfant unique. Ils sont aussitôt mis à l’amende ou
forcés de quitter le pays, nous explique not
Quelques jours après la naissance de son fils, un
Européen que nous appellerons Michel se rend au bureau
de la sécurité publique de la municipalité de Pékin
afin de lui obtenir un visa. Résidant en Chine depuis
de nombreuses années, il a déjà eu un autre enfant
avec sa femme chinoise. Cet enfant est lui aussi né en
sol chinois.
PHOTO REUTERS
Jusqu’à présent, les étrangers
n’étaient pas inquiétés par la loi sur l’enfant
unique, instaurée en 1979.
La procédure est normalement très facile : les
autorités délivrent aux enfants détenteurs d’un
passeport étranger un visa de même durée que celui de
leur père ou mère étranger. Pourtant, le responsable
des visas inspecte le passeport du père de famille,
celui de son nouveau-né, puis lui assène: « La
procédure va être très simple, votre enfant n’a en
effet pas besoin de visa pour résider en Chine
puisqu’il est chinois. Allez donc l’enregistrer dans
votre quartier puis revenez nous voir afin que nous
établissions un passeport chinois à son nom. »
Michel est sonné. Il n’a pas encore tout entendu.
« Je vois d’ailleurs sur votre visa que vous avez déjà
eu un enfant né en Chine avec votre femme chinoise; il
est donc également chinois, » lui apprend le
fonctionnaire.
« Vous êtes donc en contravention avec la loi chinoise
sur l’enfant unique. Une fois que vous aurez
enregistré vos deux enfants auprès des autorités
locales, vous devrez donc vous acquitter de l’amende
qui s’y rapporte. »
Salaire annuel
À
Pékin, le montant de l’amende est calculé selon la
moyenne annuelle du salaire des habitants du quartier
dans lequel sont enregistrés les parents. Comme la
plupart des étrangers, Michel vit à Chaoyang, où
l’amende dépasse les 200 000 yuans (32 000$). À
Shanghai, celleci peut s’élever à l’intégralité du
salaire annuel réel du couple concerné.
La loi sur l’enfant unique a été instaurée en 1979.
Aujourd’hui, les Chinois issus de minorités ethniques
et les paysans ayant eu une fille comme premier enfant
ne doivent plus s’y plier. Ainsi, un officiel chinois
avait révélé en 2007 que seulement 35,9% de la
population reste concernée par la loi. Jusqu’à
présent, les étrangers n’étaient pas inquiétés.
Si le nombre de mésaventures de ce type reste limité,
plusieurs milliers de couples et d’enfants sont sous
le coup de la mise en application rétroactive de la
loi. « Nous prévenons toujours verbalement les couples
mixtes qui viennent nous voir pour attribuer la
nationalité de notre pays à leur enfant: "Selon la loi chinoise, votre
enfant est considéré comme chinois et vous devrez
donc respecter les lois en vigueur en Chine!" »
indique sous le couvert de l’anonymat un fonctionnaire
d’une ambassade étrangère.
Quitter la Chine?
À ce propos, la loi chinoise est sans équivoque.
L’article 3 de la loi sur la nationalité du 10
septembre 1980 affirme que « la République populaire
de Chine ne reconnaît la double nationalité pour aucun
c itoyen chinois » . L’article 4 précise que « toute
personne née en Chine, dont les parents sont tous deux
des citoyens chinois ou dont l’un des parents est
citoyen chinois, doit avoir la nationalité chinoise ».
Les contrevenants comme Michel se trouvent alors face
à un choix difficile: s’acquitter de l’amende, qui
équivaut dans son cas à six mois de son salaire
d’expatrié, ou quitter la Chine.
CHINE
: Frustrations et reconstruction -
Stéphane Paquet
« Je m’en
allais au court de tennis quand j’ai senti la terre
vibrer, comme si des chars d’assaut passaient à côté de
moi. Le bruit est devenu de plus en plus fort et les
édifices se sont mis à trembler. »
Un an après le tremblement de terre qui a fait 87 000
morts et disparus dans le sud-ouest de la Chine, Wang
Dongbo, qui étudiait à l’Université de Chengdu, se
rappelle encore ses nuits de sommeil interrompu en mai
dernier, les secousses faisant trembler la terre de
longues semaines après le séisme du 12 mai.
Dans les cinq jours qui ont suivi le séisme, il s’est
transformé en volontaire de la Croix-Rouge, en attendant
l’arrivée de vrais médecins et infirmières.
« Plusieurs blessés devaient transiter par Chengdu,
j’aidais à désinfecter les plaies », raconte-t-il.
S’il poursuit maintenant ses études de génie à Pékin, de
nombreux Chinois et étrangers sont encore dans les zones
affectées, en train de reconstruire des villages dont il
ne subsistait que ruines et désolation. « La construction
va rondement », souligne Yunhong Zhang, de la Croix-Rouge
canadienne, qui rentre de Hanwang, un des hameaux les plus
durement touchés par le séisme d’une intensité de 8 sur
l’échelle de Richter.
Le gouvernement chinois a promis que, d’ici l’hiver, tous
les sinistrés des régions rurales pourront quitter leur
maison de fortune et réintégrer un véritable logis.
Jusqu’à présent, la Chine a dépensé l’équivalent de
quelque 60 milliards de dollars canadiens pour
reconstruire la région, soit le tiers de la somme prévue.
Mais ce
blitz de coups de marteaux et de rétrocaveuses ne répare
pas tout. « On voit encore de la frustration », constate
Mme Zhang.
En effet, de nombreux parents qui ont perdu leur enfant
n’acceptent toujours pas la conclusion de Pékin selon qui
il n’y a aucune preuve de négligence humaine dans
l’effondrement de milliers d’écoles.
Des parents soutiennent depuis un an que la corruption a
mené à l’érection de bâtiments de piètre qualité, qui se
sont effondrés plus vite que d’autres. Sur place, dans les
petits villages au nordouest de la capitale provinciale
Chengdu, il était d’ailleurs frappant de voir des écoles
écroulées à côté d’autres édifices qui ont résisté au
séisme.
En plus, des parents qui ont voulu aller se recueillir là
où le béton des écoles a tué leur enfant se plaignent du
harcèlement de policiers, qui les en empêcheraient.
Conscient de cette « frustration », Pékin a tout récemment
rendu public le nombre d’écoliers qui ont péri le 12 mai :
5335. Un chiffre en deçà de la réalité, selon plusieurs
critiques, qui notent que le gouvernement n’a pas révélé
les noms ni les lieux précis où les jeunes sont morts.
Le mois dernier, le gouvernement central a lancé un
programme d’examen des écoles publiques pour que celles-ci
soient renforcées, au besoin, dans les régions à risques
et qu’elles puissent résister à un tremblement de terre de
8 sur l’échelle de Richter.
Pékin a aussi profité hier de cette veille d’anniversaire
pour rendre public un livre blanc sur les situations
d’urgence en Chine. Il prévoit que, pour réagir plus vite
dans de pareils cas, le nombre d’entrepôts abritant
tentes, médicaments et autre matériel de secours passe de
10 à 24 dans le pays.
Pékin un an
après les Jeux - Tristan de Bourbon
Un
an après des Jeux olympiques « verts », la pollution
a fait un retour en force à Pékin. Ce qui n’empêche
toutefois pas les habitants de la capitale de
profiter de bien d’autres façons de l’héritage des
Jeux.
COLLABORATION SPÉCIALE
PHOTO DAVID GRAY,
REUTERS
Des enfants ont
assisté à un concert hier sur la plage d’un parc
d’attractions, à deux pas du stade qui a accueilli
les compétitions de volleyball des Jeux de Pékin,
l’année dernière. Un an après les JO, les
principales installations olympiques attirent les
touristes, tandis que les Pékinois tirent profit
de nouvelles infrastructures publiques. Seule
ombre au tableau: la pollution...
— « Je suis venue visiter avec mes parents les lieux
symboliques de la capitale. Et c’est aujourd’hui le
tour des installations olympiques » raconte,
émerveillée, Wang Xingyi, 21 ans, jeune étudiante
originaire du centre du pays.
Comme cette famille, de 20 000 à 30 000 touristes,
majoritairement chinois, visitent chaque jour le
stade olympique, moyennant 50 yuans (7,8 dollars). À
la fin d’avril, date des plus récentes statistiques
officielles, on dénombrait 3,5 millions de
visiteurs.
Les travaux de transformation de certaines de ses
arcades en un centre commercial ne commenceront pas
avant de trois à cinq ans. La fédération italienne
en profite donc pour y organiser, demain, la Super
Coupe d’Italie entre la Lazio et l’Inter de Milan.
À la fin juin, 3,25 millions de personnes avaient
par ailleurs dépensé 30 yuans pour entrer dans le
Cube, cadre des épreuves de natation.
Avec le même billet, les visiteurs peuvent se
baigner pendant deux heures dans le bassin
d’entraînement de la piscine. En octobre, le centre
de natation sera fermé pendant neuf mois afin
d’agrandir la partie accessible au public.
La population profite aussi quotidiennement de
l’accélération des travaux d’agrandissement du
réseau municipal du métro. La mise en service de
deux nouvelles lignes et d’un train jusqu’à
l’aéroport en 2007 et 2008 a désormais rendu ce
moyen de transport pratique à utiliser – il
n’existait jusqu’alors que trois lignes.
D’ici à 2015, le métro couvrira 561 km contre 198,2
km aujourd’hui. C’est sans compter qu’avant les
Jeux, le prix d’un billet, qui était de 3 à 5 yuans
selon le trajet, est passé à un tarif unique de 2
yuans, soit environ 0,30$.
Le trafic automobile a également été allégé par la
mise en place d’une circulation alternée, qui
persiste depuis les compétitions.
Point noir
Le principal point noir concerne la pollution. À la
fin du mois de novembre 2008, les autorités
claironnaient que leur objectif annuel de « jours
clairs » avait été dépassé un mois avant la fin de
l’année.
L’un des éditorialistes du très officiel China Daily
a pourtant rappelé : « La capitale aurait-elle
obtenu une telle réussite sans l’accueil des JO? La
réponse est assurément négative. »
Une étude sino-américaine publiée récemment a remis
un peu plus les choses en place : la pollution
pékinoise en août 2008 – alors que se déroulaient
les Jeux « verts » – était en fait 30% supérieure à
ce qu’avaient annoncé l’an dernier les experts
gouvernementaux chinois et dépassait les niveaux
jugés comme excessifs de l’Organisation mondiale de
la santé.
Et cette année, depuis un printemps très clément, la
capitale amoncelle les jours gris, voire noirs. Un
retour à l’ère où tous les logements de la capitale
se chauffaient au charbon, à l’époque où Pékin
cherchait à obtenir l’organisation des Jeux.
DISPARUS DES RADARS...
Où sont passés les athlètes chinois ? Ils
monopolisaient les écrans de télévision et les
affiches publicitaires du pays. Aujourd’hui, ils
n’apparaissent plus que dans de rares reportages. Le
champion du monde du 400 m haies Liu Xiang, le plus
grand échec de ces Jeux à la suite de son forfait
avant la première course de la spécialité, est
longtemps resté sans donner de nouvelles et a dû
repousser son retour à la compétition. Seul le pivot
de l’équipe nationale de basket, Yao Ming, est
finalement demeuré en haut de l’affiche sportive. Il
ne le doit pourtant qu’à la saison de NBA à laquelle
il participait avec sa formation des Rockets de
Houston.
L’Inde garde le cap
Le
parti du Congrès de Sonia Gandhi et Manhoman Singh
remporte une nette victoire
Après un mois de scrutin, l’Inde était prête pour une
course de tous les instants et un verdict serré. Mais
c’est finalement une victoire claire du parti au
pouvoir et du premier ministre sortant, Manhoman
Singh, qui attendait plus d’un milliard d’Indiens hier
matin.
Les électeurs indiens ont
choisi de donner un appui solide au parti du Congrès
de Sonia Gandhi et du premier ministre sortant,
Manhoman Singh.
« Ils sont tellement loin derrière! Tellement loin! »
Mahesh Purohit, 28 ans, a accusé le coup, les yeux
rivés sur les écrans de télé. Ses écrans de télé.
Mahesh Purohit est propriétaire d’une minuscule
boutique de téléviseurs dans une rue encombrée du
centre-ville de Bangalore, dans le sud de l ’ I nde.
Hier matin, comme une dizaine de badauds venus suiv re
le dévoi lement des résultats sur ses écrans, il vu
son parti favori – le Bharatiya Janata Party ( BJP),
nationaliste hindou– encaisser une dure défaite.
La lutte annoncée n’a jamais eu lieu. La plus grande
démocratie du monde a choisi de donner un appui solide
au Parti du Congrès de Sonia Gandhi et du premier
ministre sortant, Manhoman Singh.
Au moment de mettre sous presse, on comptait que le
Parti du Congrès et ses alliés avaient remporté 260
sièges, contre 160 pour le BJP. La défaite est aussi
amère pour la « reine des Intouchables », Mayamati
Kumari, devenue la figure de proue d’une nouvelle
coalition regroupant une myriade de partis de gauche
et de partis régionaux.
La « troisième voie » de Mme Kumari n’a récolté que 80
sièges, loin des 111 que lui prédisaient les sondages.
Les coudées franches
Même si le Congrès et ses alliés obtiennent moins de
272 sièges, le chiffre magique pour détenir la
majorité, tout le monde s’accordait à dire hier que
leur avance est telle qu’ils n’auront aucune
difficulté à convaincre une douzaine de députés de se
joindre à eux pour gouverner.
«
Nous acceptons le verdict du peuple », a d’ailleurs
dit Arun Jaitley, le secrétaire général du BJP.
Manmohan Singh, 76 ans, devrait donc demeurer premier
ministre.
« J’exprime ma profonde reconnaissance aux gens du
pays pour le mandat clair qu’ils ont donné à notre
coalition », a dit hier M. Singh.
Oubliez les manifestations d’exubérance: à Bangalore,
la Mecque technologique du pays et l’une des villes
qui croît le plus vite au monde, on a accueilli hier
le verdict avec un stoïcisme mêlé d’indifférence.
Devant la boutique de télés de M. Purohit, bien malin
qui aurait pu deviner qui se réjouissait de la
victoire du Congrès et qui déplorait la défaite du
BJP. Femmes en sari ou en tchador, hommes en chemise
ou en tunique musulmane, tous affichaient un visage
résolument neutre. Dans ce pays où les temples hindous
sont érigés à deux pas des mosquées et des églises, et
qui a connu son lot de tensions au fil des ans, on ne
parle souvent politique que du bout des lèvres.
On a bien vu quelques étudiants en vélo brandir
d’immenses drapeaux. Mais sinon, la métropole n’a pas
interrompu son rythme d’enfer – vaches sacrées et
rickshaws qui jouent dans le trafic, mendiants et
hommes d’affaires qui se faufilent sur des trottoirs
encombrés, bric-à-brac et hyperactivité généralisés–
qui bat son plein même le samedi.
« Je suis soulagé, dit tout de même Saj jad Ahmed
Shariff, 48 ans, un musulman qui craignait la ligne
pro-hindoue du BJP comme plusieurs membres des
minorités du pays.
« Encore cinq ans d’inaction », a quant à lui soupiré
Mahesh Purohit en retournant à sa boutique… une fois
les badauds partis et sûr que personne ne pouvait
entendre son opinion.
NOUVEAU GOUVERNEMENT EN INDE Le milieu des
affaires célèbre - PHILIPPE MERCURE
À la
surprise générale, la plus grande démocratie du monde
s’est donné un gouvernement stable il y a une semaine
aux 15es élections législatives indiennes. Et de
Montréal à Bombay en passant par Bangalore, le milieu
des affaires a le sourire aux lèvres.
La victoire franche de
Manmohan Singh aux élections change la donne en
Inde. Lundi dernier, la Bourse de Bombay a
littéralement explosé.
Les manchettes économiques des j ournaux i ndiens sont
balayées par un véritable vent d’optimisme depuis une
semaine. Monnaie qui prendra de la valeur, Bourse
lancée sur une nouvelle trajectoire, réformes
économiques qui arriveront en accéléré: dans la boule
de cristal, les plus beaux rêves sont permis.
« Nous prévoyons que le nouveau gouvernement
déclenchera un grand nombre de réformes qui
permettront de revenir à un taux de croissance de 9%
», a dit HP Singhania, président de la Fédération des
chambres de commerce et de l’industrie de l’Inde, au
lendemain du résultat des élections (on estime que la
croissance de l’Inde a chuté à 7,1% pour l’année
fiscale qui vient de se terminer à cause de la crise
économique mondiale).
Cet enthousiasme a un nom: Manmohan Singh. M. Singh
est l’ancien ministre des Finances de l’Inde qui a
instauré une pléiade de mesures économiques pendant
les années 90, permettant au pays d’afficher l’une des
croissances économiques les plus spectaculaires du
globe.
Manmohan Singh est premier ministre de l’Inde depuis
2004. Et le 16 mai dernier, son parti, le Parti du
Congrès, a complètement écrasé ses adversaires pour
rafler un nombre de sièges beaucoup plus important que
prévu aux élections générales.
Cette victoire franche, une surprise pour les
observateurs qui prédisaient un Parlement fragmenté,
change la donne. Lors de son premier mandat, le Parti
du Congrès était à la tête d’une fragile coalition de
partis et devait gouverner par compromis, notamment en
négociant avec des partis de gauche peu ouverts au
libéralisme économique.
Mais cette fois, les 262 sièges remportés par le
Congrès et ses alliés lui permettront d’avoir les
coudées franches. Le Congrès pourra gouverner sans
l’appui des partis de gauche, qui sont passés de 61 à
24 sièges.
Lundi dernier, la Bourse de Bombay a littéralement
explosé, gagnant 17% en une seule journée.
L’euphorie a été tellement vive qu’il a fallu
suspendre les transactions deux fois pendant la
journée. Le Sensex a redescendu depuis, les
investisseurs encaissant leurs profits. Mais
l’optimisme demeure.
Morgan Stanley prédisait jeudi que la monnaie
indienne, qui a connu la semaine dernière sa plus
forte hausse depuis 13 ans, pourrait franchir le
seuil de 46 roupies pour 1$ US d’ici à la fin de
l’année (elle est actuellement a 47,2 roupies après
sa récente hausse, et Morgan Stanley prédisait avant
l’élection qu’elle terminerait l’année à 53). Parmi
les réformes envisagées, Rashesh Shah, chef de la
direction d’Edelweiss Capital Ltd., a affirmé à
l’agence Bloomberg que le gouvernement indien
pourrait privatiser jusqu’à 20 milliards US d’actifs
publics.
L’enthousiasme s’est fait sentir jusqu’à Montréal,
où sont établies plusieurs entreprises qui font des
affaires en Inde.
« Nous pensons que l’optimisme actuel en Inde
permettra au gouvernement de prendre les mesures
nécessaires pour faire avancer les réformes
économiques », dit Circé Labelle, chef de service
aux communications pour la montréalaise CGI.
CGI , spécialisée dans les technologies de
l’information, possède des centres d’excellence à
Bombay, Bangalore et Hyderabad.
« En général, les multinationales, y compris CGI,
sont en faveur des réformes, et nous croyons que le
gouvernement fera d’importants investissements dans
les infrastructures et l’éducation, ce qui sera
directement favorable à nos membres en Inde et
indirectement à notre entreprise », continue Mme
Labelle.
« Je pense que, pour la première fois, nous aurons
en Inde un gouvernement libre de barrières
idéologiques. Il n’y aura pas d’entrave aux
réformes. Ce verdict électoral signifie que le
gouvernement peut décider de son programme très
rapidement », a aussi dit Nandan Nilekani,
cofondateur du fleuron local Infosys et véritable
légende vivante à Bangalore, la capitale techno du
pays.
Inde : La modération a-t-elle meilleur goût? -
PHILIPPE MERCURE
LE
PREMIER MINISTRE INDIEN SORTANT MANMOHAN SINGH À 76 ans,
Manmohan Singh, premier ministre de l’Inde, se bat pour
conserver la tête de son pays. Avec sa barbiche blanche
et ses grosses lunettes, l’homme a l’air d’un bon
grand-papa sur les publicités qui
— Demandez à Goutham, 26 ans, ce qu’il pense de son
premier ministre et il se lance dans un concert
d’éloges. Honnête, droit, compétent sur le plan
économique : « C’est un bon premier ministre »,
tranche-t-il.
Pourtant, le jeune technicien en informatique n’a pas
donné son vote à la formation de M. Singh, le Parti du
Congrès. Il a plutôt choisi d’appuyer la formation
rivale, le Bharatiya Janata Party (BJP) – le parti
nationaliste qui prône l’hindouisme, religion de 80% des
Indiens.
Pourquoi ? « La sécur i t é était meilleure avec le BJP
», répond-il.
On pourrait appeler ça le paradoxe Manmohan Singh. À peu
près tout le monde à qui vous parlez le décrit comme un
politicien « propre », qui a su éviter la corruption qui
contamine souvent la politique indienne. Sauf que ses
détracteurs voient dans sa modération le signe d’une
incapacité à s’imposer.
« Un bon gars »
« C’est un bon gars ( a good fellow), dit A. K. Babu, 68
ans, ingénieur à la retraite natif d’Hyderabad. Mais il
est faible! Il est complètement dirigé par cette femme
qui vient de l’étranger et qui ne comprend rien à rien.
»
La femme à qui M. Babu fait allusion, c’est Sonia
Gandhi. Née en Italie, elle est chef du Parti du
Congrès. C’est elle qui, à la suite de sa victoire aux
élections de 2004, a refusé à la surprise générale le
siège de première ministre pour le céder à Manmohan
Singh, ancien ministre des Finances et fonctionnaire au
CV bien garni.
Né en
1932 dans la province du Punjab, Manmohan Singh est le
premier sikh à occuper le poste de premier ministre.
Après des études en économie à l’étranger (il a enseigné
à Cambridge et détient un doctorat d’Oxford) il est
revenu en Inde pour entreprendre une longue carrière
dans la fonction publique.
Son passage comme ministre des Finances au début des
années 90 a été remarqué. Simplification du système de
taxes, abolition des contrôles, ouverture à
l’entrepreunariat : Manmohan Singh est considéré comme
l’architecte de la réforme économique qui a permis à
l’Inde d’afficher l’un des taux de croissance économique
les plus rapides de la planète.
Manque de vigueur
En tant que premier ministre, Manmohan Singh a toujours
gardé un profil bas, peut-être parce qu’il n’a jamais
été élu à la Chambre basse du Parlement indien et doit
son poste à Sonia Gandhi. Son passage a été marqué par
l’accord signé avec les États-Unis qui permet à l’Inde
de développer son secteur nucléaire à des fins
énergétiques.
Décrit comme pragmatique et comme un homme de consensus,
Manmohan Singh peut généralement compter sur l’appui des
minorités musulmanes et chrétiennes du pays, qui
craignent la ligne plus dure et pro-hindou du BJP.
« Manmohan Singh gouverne pour tout le monde. Le pays a
besoin de lui actuellement. L’Inde doit conserver un
gouvernement non religieux », dit Shirley Bangera, 61
ans, résidante de Bangalore qui fait partie des 2,3% de
chrétiens que compte le pays.
Mais plusieurs lui reprochent son manque de vigueur à la
suite des attentats terroristes de Bombay de novembre
dernier et de ne pas avoir suconserver le rythme de sa
réforme économique. Il a récemment dû prendre un congé
de six semaines pour subir une chirurgie cardiaque.
ÉLECTIONS
EN INDE : Les jeux sont faits - PHILIPPE MERCURE
Les élections indiennes – carrément le plus
gros exercice démocratique de l’histoire – ont pris fin
hier. Mais bien malin qui peut prédire l’issue de cette
course extrêmement serrée. Alors que les derniers
électeurs indiens ont fait la f
Les sondages montrent que la course est extrêmement
serrée.
— Dans la cour d’école du village de Pothinayanapalli,
dans le sud de l’Inde, les vaches sacrées aux cornes
décorées côtoient les chèvres et les enfants qui jouent
pieds nus dans le sable brûlant.
Le vote s’est déroulé dans
l’ordre malgré les longues files d’attente que l’on
pouvait voir devant les différents bureaux de scrutin.
Pas moins de 714 millions d’électeurs étaient inscrits
pour ces législatives.
Mais hier, l’endroit était aussi plein d’adultes qui
attendaient sous un soleil de plomb pour participer à la
toute dernière étape du plus grand exercice démocratique
que la planète n’ait jamais connu: les 15es élections
législatives de l’Inde.
Le marathon électoral que court l’Inde depuis un mois
est maintenant terminé. Les 714 millions d’Indiens
inscrits à la liste électorale ont pu voter en cinq
phases. Le verdict final? Il est attendu pour samedi.
Les sondages montrent que la course est extrêmement
serrée. Il est prévu qu’aucune formation ne remportera
de majorité, si bien que les partis devront former des
alliances pour gouverner.
Le dernier coup de sonde du Times of India donne 152
sièges au Parti du Congrès de Sonia Gandhi et de
l’actuel premier ministre, Manmohan Singh, contre 145
pour son principal adversaire, le parti nationaliste
hindou – le Bharatiya Janata Party, ou BJP.
En ajoutant les alliés sûrs de chacun des camps, le
sondage donne 195 sièges à une alliance dirigée par le
Congrès, contre 187 à celle dirigée par le BJP. La «
Troisième Voie », une nouvelle coalition qui regroupe
une pléiade de partis de gauche et de partis régionaux
qui ne trouvent pas leur compte au sein des deux
coalitions principales, récolterait quant à elle 111
sièges.
Des
violences plus sérieuses ont fait un mort à Kolkata
(Calcutta) et des incidents ont aussi été rapportés à
Chennai.
Il faut dire que Pothinayanapalli et Chennai sont situés
au Tamil Nadu. Cet État à majorité tamoule ressent les
effets de la situation au Sri Lanka, où les Tigres de
libération de l’Eelam tamoul ont été poussés dans leurs
derniers retranchements par les forces du pays.
Plusieurs analystes croient aussi que l’issue du scrutin
de l’ Inde se décidera au Tamil Nadu, où la politique
est dominée par les partis régionaux. Les cinq derniers
gouvernements de l’Inde ont été formés avec l’appui des
gagnants de l’État.
Ces considérations ne semblent toutefois pas avoir inf
luencé Ravi Ganabathi, 26 ans. Après avoir fait la file,
le jeune homme a tendu son index à une vieille femme en
sari, qui l’a marqué Cette tension s’est reflétée hier
d’encre pour s’assurer qu’il ne dans le village de 4000
âmes de vote pas deux fois. Pothinayanapalli. Un long «
bip » a résonné quand
Installés à l’ombre des arbres, M. Ganabathi a appuyé
sur l’une une cinquantaine de partisans des 16 touches
de la machine portant des foulards aux couleurs
électronique qui a enregistré son de
différentesvote.formations ont passé la journée à
confronter leurs opiLaquelle? L’homme a confié nions. Le
ton a monté plus d’une avoir donné son vote à une fois
et on a vu un peu de bouscustar bollywoodienne d’origine
lade. Rien de bien sérieux, mais tamoule. six policiers
armés de fusils et de « Je l’aime beaucoup », a
explibâtons sont tout de même arrivés qué le jeune homme
en baissant en jeep pour calmer le jeu. les yeux.
Dans tous les cas, personne n’atteint le chiffre magique
de 272, la clé pour obtenir la majorité de la Chambre
basse du Parlement indien. De nouvelles alliances
devront donc être formées ; tractations et négociations
postélectorales en vue.
Tensions aux bureaux de vote
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN INDE Une jeunesse
désillusionnée
Sur les 714
millions d’électeurs appelés à voter ces jours-ci en Inde,
210 millions ont moins de 35 ans. Mais ils ont beau être
incités à voter, les jeunes sont désabusés par l’alternance
des deux principaux partis politique
— « Je ne vais pas aller voter car à 21 ans, j’ai déjà perdu
toutes mes illusions : que ce soit le Congrès, le Bharatiya
Janata Party (BJP) ou un autre parti qui l’emporte, cela ne
fait absolument aucune différence », s’exclame Sudhir
Kumari, qui trie des ordures, alors que défilent devant lui
les membres du Shiv Sena, un parti d’extrême droite.
Le jeune homme travaille 10 heures par jour pour 2$. Alors,
il n’a pas l’intention de « gaspiller son temps en se
rendant aux urnes ».
Sapna Makné, elle, croit qu’elle ira voter, mais elle ne
sait toujours pas pour qui. « Sur 62 ans d’indépendance, le
Parti du Congrès a gouverné pendant plus de 50 ans, mais
nous devons encore faire face à des problèmes de base comme
la malnutrition et l’illettrisme », déplore cette militante
de 24 ans, membre d’une association de défense de
l’environnement.
Le BJP,
parti nationaliste hindou, qui a dirigé la coalition au
pouvoir en 1998 et 2004, n’est pas épargné. « Eux, c’est
diviser pour régner. Ils font peur à notre minorité
musulmane. En outre, aucun parti ne s’adresse à moi, jeune
femme moderne de Bombay », soupire-t-elle.
Fait rare dans l’histoire de la démoc rat ie i ndienne, le «
Troisième front », une coalition de plusieurs partis, menée
par Mayawati, la reine des intouchables, représente une
sérieuse solution de remplacement aux deux grands partis. Ce
qui inquiète Ankur Chandra, étudiant en sciences politiques
de 26 ans, pour qui « l’Inde a besoin d’un gouvernement
fort, pas d’une myriade de petits partis incapables d’avoir
une vision globale et de prendre des décisions marquées ».
C’est également l ’ avis de Nayan Gupta, qui déplore « ne
pas avoir réussi à obtenir la carte d’électeurs ». La
complexité des démarches administratives est venue à bout de
la volonté de ce banquier de 28 ans, un résidant de Bombay,
mais né dans une ville à plusieurs centaines de kilomètres
de là. « Les autorités ont tenté de simplifier les
procédures et ont même créé un site internet. J’y suis allé
plusieurs fois, mais je n’ai jamais réussi à m’inscrire. »
Conscients du risque de forte abstention chez les moins de
35 ans, près du tiers des électeurs, des organes de presse
et des grandes marques, tentent de les sensibiliser.
Quelques personnalités populaires montent également au
créneau. Juhi, une des présentatrices de Channel V, une
chaîne musicale destinée à la jeunesse, répète dans la vie
comme à l’écran: « Vote ya Vaat », un jeu de mots mélangeant
anglais et hindi, qui signifie « Vote ou paie le prix ». «
Ce n’est qu’une voix, mais c’est la mienne, ma seule chance
d’être entendue, assènet-elle. Voter est un droit à la base
même de la démocratie. »
Poutine
veut contrer la suprématie américaine
« Pour
garder l’équilibre sans développer un système de défense
antimissile comme le font les États-Unis, nous devons
développer les systèmes offensifs », a déclaré M.
Poutine, en déplacement à Vladivostok (Extrême-Orient
russe), sans préciser de quel type d’armes il est
question.
Pour la première fois depuis des
mois, Moscou a évoqué le système antimissile
américain, par la bouche de son premier ministre
Vladimir Poutine. Ce dernier a pris part hier à la
cérémonie d’inauguration du pipeline SibériePacifique,
à Vladivostok.
« Avec un "parapluie", nos partenaires se sentiront en
sécurité et feront tout ce qu’ils voudront, l’équilibre
sera brisé et il y aura plus d’agressivité dans la
politique et dans l’économie », a-t-il poursuivi.
C’est la première fois depuis des mois que la Russie
mentionne le système antimissile américain, alors que le
président Barack Obama avait annoncé en septembre
renoncer au bouclier en Europe de l’Est élaboré par son
prédécesseur, George W. Bush, et que Moscou considérait
comme une menace pour sa sécurité.
Les États-Unis ont troqué ce projet, qui était centré
sur les missiles de longue portée, contre un système
plus flexible visant des armes de courte et moyenne
portée, une position en principe satisfaisante pour la
Russie.
M. Poutine a remis le sujet sur le tapis hier. Il
revendique le droit de connaître tous les détails de ce
nouveau bouclier.
« Si on
veut un échange d’informations, alors que les États-Unis
nous donnent toute l’information sur le bouclier
antimissile, et nous serons prêts à communiquer des
informations sur les armes offensives », a-t-il lancé.
Sans mentionner les ÉtatsUnis, M. Medvedev avait, lui,
dit le 24 décembre que la Russie allait assurer sa
sécurité en poursuivant la modernisation de son arsenal
nucléaire, notamment en développant de nouveaux
missiles, dont un grand nombre, fabriqués sous l’URSS,
arrivent en fin de vie.
Ces déclarations i nterviennent alors que Russes et
Américains négocient depuis de longs mois un nouveau
traité de désarmement nucléaire pour succéder à l’accord
START, datant de 1991 et qui a expiré le 5 décembre.
À ce sujet, le chef du gouvernement russe a jugé hier
que les pourparlers, interrompus fin décembre en raison
des fêtes de fin d’année, se déroulaient de manière «
positive », avant de se fendre d’un truisme.
Quant aux « règles sur la limitation des armements
comprises uniformément, facilement vérifiables,
transparentes, l’existence de telles règles est mieux
que leur absence », a-t-il glissé.
En s’exprimant sur ces thèmes, M. Poutine s’est engagé
sur un terrain généralement réservé au président
Medvedev, qui, avec son homologue américain, tentent de
parvenir à un compromis sur le désarmement.
La corruption hypothèque l’avenir de la Russie
- Frédérick Lavoie
De la
garderie à la fin de l’université, le système
d’éducation russe est corrompu jusqu’à la moelle. Une
situation qui met en péril l’avenir de ce pays, où une
attestation spécialisée s’achète pour quelques centaines
de dollars. MOSCOU — Dans un passage souterrain entre
deux stations de métro, une dame tient une petite
affiche en vieux carton où il est inscrit « Diplômes ».
La scène n’a rien d’étonnant en Russie, où quelque 500
000 faux diplômes seraient vendus chaque année.
Sur l’internet, les vendeurs ne font montre d’aucune
gêne. « Acheter un diplôme est plus avantageux,
puisqu’en étudiant quelques années, on n’obtient pas
toujours la formation nécessaire pour décrocher un bon
emploi. En plus d’économiser du temps, vous dépenserez
beaucoup moins d’argent et userez moins vos ner f s en c
ommandant u n diplôme », peut-on l i re sur l e s i t e
ky plu-diplom. c om (« j acheteundiplome. com ») , l ’u
n des nombreux sites à offrir un service du genre.
Pour une somme variant entre 350$ et 1000$ US, le client
devient ainsi comme par magie ingénieur nucléaire,
médecin, ou comptable en moins de quelques jours
ouvrables.
Parmi ces fausses attest a t i ons , quelque 10 0 0 0 0
seraient délivrées annuellement par des employés des
institutions d’éducation. Un diplôme avec la signature
du recteur, les sceaux officiels et une inscription dans
les dossiers de l’université coûte entre 20 000 $ et 50
000 $.
Aliments avariés
Sergueï Komkov, directeur du département de la lutte
contre la corruption du centre « Sécurité complexe de la
patrie », rattaché au Parlement, est persuadé que la
multiplication des faux diplômes n’est que la pointe
visible d’un problème qui gangrène tout le système
d’éducation russe. « La corruption, elle commence
lorsque l’enfant entre à la garderie et se termine au
doctorat », soutient-il.
À
Moscou, la liste d’attente pour une place en garderie
compte 16 000 noms. Mais en fournissant une « aide » de
30 000 à 100 000 roubles (1100 $ à 3700 $ CAN) à un
fonds privé très proche des fonctionnaires municipaux,
le problème s’arrange rapidement, explique M. Komkov.
À l’école primaire, « l’alimentation des enfants, c’est
le Klondike » pour les firmes privées et les
fonctionnaires, poursuit cet ancien directeur d’école
sous l’ Union soviét ique. La municipalité de Moscou,
par exemple, octroie une somme colossale pour les repas
des enfants, censés être offerts gratuitement à la
plupart. « En réalité, très peu ont droit à la gratuité.
Et nos enfants sont nourris avec des aliments avariés
pris dans les réserves d’ État et revendus aux f i r mes
par la Ville de Moscou pour des kopecks ! »
Selon ses recherches, environ 30% des sommes allouées
pour l’alimentation finissent dans les poches des
fonctionnaires.
Tâche colossale
Depuis son entrée en fonction en début d’année, Sergueï
Komkov et sa douzaine de subordonnés ont fait les
comptes : chaque année, environ 5,5 milliards de dollars
américains seraient détournés ou versés en pots-de-vin
dans le système d’éducation russe.
Enrayer la corruption est une tâche colossale, reconnaît
M. Komkov. Surtout en Russie, où elle n’a fait
qu’augmenter depuis le début de la décennie, malgré les
promesses du président Vladimir Poutine, puis de son
successeur Dmitri Medvedev.
Mais Sergueï Komkov promet de la « détruire de
l’intérieur » en s’attaquant à quelques institutions et
fonctionnaires corrompus qu’il pourra ensuite brandir en
exemple. « Les étudiants sortent du système à moitié
compétents, se désole-til. Vous imaginez quel malheur ça
représente pour le pays! »
Poutine défié par des partis de
l’opposition
Ils
dénoncent de prétendues fraudes aux élections locales
MOSCOU — Le premier ministre russe Vladimir Poutine a
pris de haut la fronde hier de trois formations
politiques à la Douma, d’ordinaire soumises, qui ont
quitté l’hémicycle pour dénoncer des fraudes électorales
en faveur de son parti, Russie unie.
«Si quelqu’un a des doutes (sur l’honnêteté des
élections), alors il faut aller devant la justice et le
prouver », a déclaré de Pékin, M. Poutine, jugeant que
les perdants étaient «toujours mécontents » mais que les
gagnants ne devaient pas « verser dans l’euphorie ».
Le président russe Dmitri Medvedev ne s’est pas montré
plus concilia nt avec le Parti communiste, le Parti
libéra l-démoc rate ( L DP R , ultranationaliste) et
Russie juste, rejetant leur demande de rencontre.
« Aucune rencontre de ce type n’est prévue pour les 10
jours à venir », a déclaré Nata lia T i ma kova , por
teparole du Kremlin citée par l’agence Ria Novosti.
Pourtant, un porte-parole de LDPR a affirmé qu’une telle
rencontre aurait lieu prochainement. Le chef du parti,
Vladimir Jirinovski, «s’est entretenu par téléphone avec
le président (Medvedev) qui lui a promis une rencontre
dans les plus brefs délais», a-t-il déclaré hier à la
radio Écho de Moscou.
Les
trois partis, qui contrôlent 135 sièges à la Chambre
basse du Parlement, ont abandonné hier matin leurs 315
collègues, tous membres de Russie unie. Les frondeurs
n’ont cependant pas précisé si ce boycottage était
ponctuel ou s’il se poursuivrait à la prochaine séance
demain.
Motif du coup de sang: les résultats des élections
locales de dimanche, marquées par une victoire écrasante
de Russie unie. Exemple le plus flagrant de fraude selon
les trois partis : l’élection de l’assemblée municipale
de Moscou, où le parti de M. Poutine a raflé 32 des 35
sièges.
Les États-Unis ont réagi en se disant « préoccupés des
informations d’observateurs indépendants sur des
irrégularités » lors de ce scrutin.
Cette fronde parlementaire constitue, selon les
observateurs, un événement sans précédent depuis la
disparition à la fin de 2003 de l’opposition libérale à
la Douma, dernier bastion de la contestation contre le
président d’alors, Vladimir Poutine.
Pour l’analyste indépendant Dmitri Orechkine, le niveau
de fraude électorale a été tel cette fois-ci que même
ces partis dépendants du Kremlin « ne ferment plus les
yeux » car « il en va de leur survie ».
« Il est très intéressant de voir que les autorités ont
cru à tort que ces gens allaient avaler la couleuvre »,
souligne-til, « qu’il y ait une solidarité entre ces
partis signifie que le niveau de ce qui est acceptable a
été dépassé ».
MOSCOU Poutine se présente en maître
du jeu
MOSCOU —
Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, s’est
présenté en maître du jeu en annonçant qu’il désignerait
le candidat à l’élection présidentielle de 2012 , en
accord avec le président Dmitri Medvedev.
« En 2008, avons-nous été en concurrence ? En 2012, il
n’y aura pas de concurrence non plus », a-t-il déclaré
en évoquant la présidentielle de 2008 remportée par
Dmitri Medvedev dès le premier tour.
La Constitution russe interdisant trois mandats
successifs à la tête de l’État, Vladimir Poutine n’avait
pu être candidat. Mais il avait organisé sa succession
en désignant comme dauphin M. Medvedev, souvent
considéré pour cette raison comme une simple figure de
transition, soumise à M. Poutine et chargée de permettre
son retour au Kremlin.
En recevant tour à tour les membres du groupe de Valdaï,
une cinquantaine d’experts d’Europe, d’Asie et des
ÉtatsUnis, souvent consultés par leurs gouvernements
respectifs et donc susceptibles de relayer le message,
les deux leaders se sont employés à montrer que chacun
assumait le rôle qui est le sien.
Mais
c’est Vladimir Poutine et non M. Medvedev qui a annoncé
qu’ils décideraient d’un commun accord lequel des deux
serait candidat à la prochaine présidentielle.
Pour la plupart des experts présents, il ne fait guère
de doute que M. Poutine sera le prochain candidat, et
même le prochain président.
« Nous nous mettrons d’accord parce que nous sommes du
même sang et partageons la même vision des choses », a
insisté M. Poutine en soulignant de manière imagée sa
proximité avec M. Medvedev.
«Pour le sang, je ne sais pas, je ne connais pas le
groupe sanguin de Poutine, mais pour la même vision des
choses, c’est exact », a répondu mardi le président
Medvedev lors d’une rencontre avec ces experts.
M. Medvedev a annoncé qu’il n’excluait pas d’être
candidat et il a approuvé le mode de désignation proposé
quelques jours auparavant par M. Poutine.
2eme Guerre Mondiale : De la Russie et de
l'art de réécrire l'histoire - Agnès Gruda
Qui donc a déclenché la guerre ?
1er
SEPTEMBRE 1939 70 ANS PLUS TARD
Le 1er septembre 1939, Adolf Hitler lance ses troupes
contre la Pologne. Soixante-dix ans plus tard, des voix
s’élèvent en Russie pour dire que la Pologne l’avait
bien cherché. Et qu’elle est donc responsable du
déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Même si
Vladimir Poutine tente de faire la part des choses, son
gouvernement n’en cherche pas moins à faire oublier le
rôle trouble que l’Union soviétique a joué dans la
genèse du conflit le plus meurtrier de l’histoire.
Vous croyez tout savoir sur la Seconde Guerre mondiale.
Vous pensez qu’elle a été causée par les visées
expansionnistes d’Adolf Hitler, en quête de ce qu’il
appelait « un espace vital ». Et vous jugez que le sort
de ce conflit a été scellé le 23 août 1939, quand
l’Allemand Joachim Von Ribbentrop et le Russe
Viatcheslav Molotov ont conclu leur fameux pacte de
non-agression, s’entendant sur le partage de la Pologne
tout juste une semaine avant que les troupes du IIIe
Reich n’attaquent ce pays.
PHOTO ARCHIVES
BLOOMBERG NEWS
Adolf Hitler salue ses troupes
qui paradent à Varsovie, la capitale de la Pologne,
quatre jours seulement après avoir envahi le pays.
Eh bien! si l’on se fie à un article affiché récemment
sur le site internet du ministère russe de la Défense,
vous avez tout faux. La vraie responsable de l’invasion
nazie est sa première victime : la Pologne.
C’est elle qui, en refusant de céder aux prétentions
«modérées» de son voisin allemand, dont les visées
territoriales « peuvent difficilement être décrites
comme non j ustifiées », a allumé la mèche de la guerre.
À partir du moment où la Pologne a refusé de céder son «
corridor » sur la côte de la mer Baltique, il était
naturel que l’Allemagne déclenche son offensive.
Cette thèse surprenante, signée par l’historien russe
Sergueï Kovalev, est passée inaperçue sur le site du
gouvernement russe pendant plusieurs semaines. Quand
elle a été remarquée, elle a causé le brouhaha que l’on
imagine. Particulièrement en Pologne, où elle a été
reçue avec indignation. Mais aussi avec une bonne dose
de sarcasme.
Thèses isolées ?
«Les Polonais ont donc causé la plus tragique guerre de
l’Histoire parce que, menés par une mégalomanie et des
ambitions impériales incompréhensibles, ils n’ont pas
saisi les justes raisons d’Adolf Hitler et ont eu la
légèreté de ne pas l’écouter», ironise un journaliste
polonais dans un article publié en juin.
L’article de Sergueï Kovalev a été retiré du site web
dès que la polémique a éclaté, mais cet historien n’est
pas seul. En juin, un documentaire de la chaîne de
télévision Rossia accusait la Pologne d’avoir proposé un
soutien militaire à Berlin et d’avoir offert au Japon
d’ouvrir un deuxième front contre la Russie.
Et ces
jours-ci, le Service russe de renseignement extérieur
prévoit diffuser à Moscou des documents sur des «plans
secrets » que la Pologne aurait nourris à la veille de
la guerre.
S’agit-il de thèses isolées ou d’un courant qui gagne en
i n f luence ? « L a v ision de Kovalev est partagée de
façon marginale par d’autres historiens russes »,
tranche Macha Lipman, de la fondation Carnegie, à
Moscou.
N’empêche: les thèses qu’il défend n’en sont pas moins
significatives, car elles s’inscrivent dans le cadre
d’une opération politique visant à réécrire l’Histoire
de la Russie, estime Mme Lipman.
Un pacte « immoral »
L’armée soviétique a été cruciale dans la défaite
d’Hitler, mais la Russie a joué un rôle trouble au début
du conflit, en signant le pacte MolotovRibbentrop, qui
lui a permis d’annexer une large partie du territoire
polonais.
Les dirigeants russes ont remis ce pacte en question une
première fois en 1989, pendant les réformes de Mikhaïl
Gorbatchev.
Hier, le premier ministre Vladimir Poutine l’a critiqué
pour la première fois, le qualifiant d’«immoral» dans
une lettre ouverte publiée dans la presse polonaise.
Mais en même temps, il a reproché à la France et à
l’Angleterre d’avoir signé, en 1938, le traité de Munich
à la suite duquel Hitler a conclu qu’il jouissait d’une
«impunité absolue».
En Pologne, sa lettre a été accueillie favorablement,
mais avec un brin de scepticisme, Et le porte-parole du
gouvernement polonais a indiqué qu’il allait attendre ce
que M. Poutine allait dire aujourd’hui, à l’occasion de
la commémoration du 1er septembre 1939, avant de juger
s’il avait tendu la main à la Pologne.
Réhabiliter Joseph Staline
Le
gouvernement russe souhaite que l’Histoire retienne son
combat contre Hitler, mais efface les aspects plus
troubles de son rôle dans la Deuxième Guerre mondiale,
affirme l’analyste Macha Lipman. Et les dirigeants
russes y tiennent tant qu’ils ont mis sur pied une
commission censée «corriger les tentatives de falsifier
l’Histoire pour nuire aux intérêts de la Russie.»
Vladimir Poutine reçoit, en
2000, un livre des mains d’un vétéran de la Seconde
Guerre mondiale, le maréchal de l’armée de l’Air,
Alexandre Yefimov.
Cette
commission a ouvert ses travaux la semaine dernière, à
quelques j ours du 70e anniversaire de l’invasion de la
Pologne. « Ceux qui blâment la Russie, en tant que
successeur historique de l’ Union soviétique, pour des
événements et des tragédies de cette époque, préparent
la base pour des revend ications politiques , fi na
ncières et ter ritoria les contre notre pays », a alors
affirmé Sergueï Naryshkin, président de cette commission
et chef de cabinet du président Medvedev.
Quel est le but de cet exercice de réinterprétation de
l’ H istoi re ? Réhabi l iter le régime de Joseph
Staline, pour préserver l’image de celui de Poutine,
croit Macha Lipman. Selon elle, « toute critique de la
dictature soviétique soulèverait immanquablement des
questions trop délicates sur le gouvernement actuel. »
Un expert russe prédit la dislocation des États-Unis
MOSCOU
— Les États-Unis cesseront d’exister en juillet 2010,
a affirmé hier un politologue russe en présentant son
livre sur ce sujet, où il compare le président
américain Barack Obama au dernier leader soviétique M
ikhaïl Gorbatchev. « L a probabilité que les
États-Unis cesseront d’exister en juillet 2010 est
supérieure à 50 % », a déclaré lors d’une conférence
de presse Igor Panarine, professeur de l’Académie
diplomatique du ministère russe des Affaires
étrangères.
« Les résultats de l’exercice financier qui se termine
le 30 septembre vont choquer les investisseurs »,
a-t-il déclaré en ajoutant que le processus de
désintégration commencerait en novembre.
Cita
nt pêle-mêle l’ou raga n Katrina , la v iolence des m
i neu rs, les fa m illes monoparentales, les prisons
surpeuplées et l’abondance d’homosexuels, l ’a u t e u
r conclut que la société américaine est au seuil d’u
ne « catastrophe psychologique ».
M. Panarine dresse aussi des parallèles entre l’Amér
iq ue a c t uel le e t l’ Un ion soviétique ava nt sa
chute. « L a dette a méricaine a été multipliée par
sept en onze ans. Sous Gorbatchev la de t te s ov ié t
iq ue a é té multipliée pa r souligne-t-il.
Vladimir Mamontov, rédacteur en chef du quotidien
proche du Kremlin, Izvestia, a expliqué qu’il publiait
les opinions de Panarine parce que les « versions
insolites (des événements) aident les lecteurs à
surfer entre des informations monotones ».
cinq »,
Comme le voisin tchétchène - Frédérick
Lavoie
Dans le
Caucase russe, la guerre fait rage entre les forces de
l’ordre et les combattants islamistes, qui veulent
l’instauration d’un émirat dans toute la région. Notre
collaborateur s’est rendu dans la petite république
d’Ingouchie, voisine de la Tchétch
NAZRAN, Ingouchie — Sur un petit kiosque abandonné de
Nazran, plus grande ville d’Ingouchie, une inscription
visiblement rédigée par des fossoyeurs : « Nous creusons
des trous », suivie d’un numéro de téléphone.
PHOTO ALEXEI NIKOLSKY,
ASSOCIATED PRESS
Le premier ministre russe
Vladimir Poutine a rendu visite, en juillet dernier
dans un hôpital de Moscou, au président ingouche
Iounous-Bek Evkourov, visé par un attentat à la
voiture piégée qui l’a gravement blessé le 22 juin.
Sur d’autres murs du centre-ville, la famille de
Magomed-Bachir Tcherbiev a placardé la photo du jeune
homme de 19 ans, parti acheter des souliers un mardi
matin et jamais revenu.
La mort et les disparitions n’ont plus rien d’étonnant
en Ingouchie, autrefois plutôt calme comparativement à
sa voisine tchétchène, ravagée par deux guerres.
Cette semaine, le ministre de la Construction a été tué
dans son bureau. Le cinquième attentat contre un
officiel ingouche de haut rang en moins de deux mois. Le
22 juin, c’est le président lui-même qui a failli y
passer lors d’un attentat suicide à la voiture piégée.
Durant la première moitié de l’année, 166 personnes ont
été tuées en Ingouchie, selon un décompte de
l’organisation de défense des droits de l’homme
Memorial. Le total se divise en trois catégories à peu
près égales : policiers, combattants islamistes et
citoyens pacifiques.
Erreurs de la Russie
Si les racines de la violence étaient uniques dans cette
république du Caucase russe de moins de 450 000
habitants, elle serait peut-être plus facile à enrayer.
Mais entre la menace de la guérilla islamiste, les
crimes des forces l’ordre commis au nom de la lutte
antiterroriste, les règlements de compte mafieux et la
tradition caucasienne de « vengeance du sang », le
journaliste local Vakha Tchapanov s’y perd.
« Les autorités accusent les wahhabites de tout et de
rien, mais il n’y a pas de schéma clair pour expliquer
cette violence. »
Pourtant, encore en 2001, rien ne laissait croire que la
situation dégénérerait de la sorte, note Timour Akiev,
analyste au bureau de Memorial à Nazran.
Il y
avait bien à l’époque quelque 300 000 réfugiés
tchétchènes entassés en Ingouchie, mais la lutte pour
l’indépendance menée par les combattants cachés parmi
eux trouvait peu d’écho parmi les Ingouches,
historiquement plus fidèles à Moscou.
Selon M. Akiev, l’une des erreurs de la Russie aura été
de donner carte blanche aux forces de l’ordre pour en
finir avec la menace séparatiste tchétchène. Plus les
exécutions extrajudiciaires – parfois d’innocents – se
multipliaient, plus la solidarité entre musulmans se
consolidait contre les « infidèles ».
Jusqu’à ce que l’idée d’indépendance se transforme en
projet islamiste de grand émirat. La guérilla n’a
désormais plus de frontières dans le Caucase. «
Lorsqu’on analyse la situation aujourd’hui, on ne peut
plus séparer la Tchétchénie, l’ Ingouchie et le
Daguestan », souligne Timour Akiev.
Islamisme rassembleur
Dans un Caucase agraire, sans industrie et dépendant des
subsides de Moscou, rejoindre la guérilla est devenu une
perspective d’avenir pour plusieurs jeunes hommes. Ou un
moyen d’échapper au harcèlement des policiers, qui
enlèvent et parfois tuent ceux soupçonnés de sympathies
islamistes. En toute impunité.
« À ma connaissance, au cours des huit dernières années,
aucun agent n’a jamais été jugé pour ce genre de crime
», souligne Vakha Tchapanov.
L’idéologie islamiste devient ainsi un élément
rassembleur pour une partie de la résistance, alors que
de plus en plus de jeunes prennent le maquis.
Malgré la situation, un espoir est né en octobre 2008:
Iounous-Bek Evkourov, nouveau président ingouche nommé
par Moscou pour remplacer le très impopulaire Mourat
Zyazikov, accusé d’encourager l’impunité des forces de
l’ordre.
« Evkourov a compris que tous nos problèmes ne sont pas
seulement liés auxactionsdes combattants islamistes »,
dit M. Akiev. Il souligne toutefois que les mesures
prises n’auront d’effets qu’à long terme. « Elles
devront être jumelées à la création de nouveaux emplois,
sinon elles seront inefficaces. »
LES « MEURTRES POLITIQUES » DÉNONCÉS
Le
président russe Dmitri Medvedev a dénoncé hier les «
meurtres politiques » visant à déstabiliser le Caucase, et
a appelé l’homme fort pro-Kremlin de Tchétchénie, Ramzan
Kadyrov, à tout faire pour retrouver les coupables. «
Toute la série de meurtres politiques et de tentatives de
meurtre a pour objectif de déstabiliser la situation dans
le Caucase », a dit M. Medvedev, évoquant les récents
assassinats de défenseurs des droits de l’homme en
Tchétchénie et l’attentat contre le président de
l’Ingouchie. Élucider ces crimes « est une tâche commune
pour toutes les autorités, et pas seulement les autorités
fédérales », a souligné le président russe.
Un rêve russe aux accents américains -
Frédérick Lavoie
Il y a
quatre ans, craignant d’être renversé par une
révolution prodémocratique comme le furent ses alliés
en Ukraine voisine, le régime autoritaire de Vladimir
Poutine a créé des groupes de jeunes patriotes prêts à
le défendre contre tout mouvement populaire.
Aujourd’hui, la menace est passée. L’opposition russe
est en lambeaux. Le Kremlin veut maintenant mobiliser
sa jeunesse pour développer le pays, leur promettant
un rêve russe aux accents américains, nous explique
notre collaborateur.
RÉGION DE TVER, Russie — Il est 8h du matin, sur les
bords du pittoresque lac Seliger, à 340 km au
nord-ouest de Moscou. Des haut-parleurs crachent
l’hymne national russe. Des centaines de participants
du camp Seliger se massent devant une scène décorée de
portraits et de citations du président Dmitri Medvedev
et du premier ministre Vladimir Poutine pour la séance
matinale d’exercice.
PHOTO ALEXEI
NIKOLSKYARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Le premier ministre russe
Vladimir Poutine a fait un passage remarqué le 25
juillet dernier au camp Seliger. D’abord conçu comme
un camp politique proKremlin pour les jeunes,
Seliger a désormais une autre vocation: le
capitalisme et le développement économique du pays.
Les quatre années précédentes, le camp était organisé
par Nachi (« Les nôtres »), groupe jeunesse
pro-Kremlin fondé au début de 2005, tout juste après
la vague de révolutions colorées pro-occidentales dans
trois républiques ex-soviétiques.
Cet été, l’Agence fédérale pour les affaires de la
jeunesse, dirigée par l’ancien chef des Nachi, a reçu
3 millions de dollars de fonds publics pour prendre en
main le camp. Quelque 50 000 j eunes au total ont
passé une semaine ou plus dans le village de tentes
aux abords de Seliger, soit 10 fois plus que l’an
dernier.
«Allez! Dmitri Anatolevitch (Medvedev) doit voir que
nous sommes pleins d’énergie ! » lance un animateur
aux jeunes en train de se dégourdir. En après-midi,
ils s’entretiendront avec le président par
vidéoconférence.
Quelques centaines de mètres plus loin, une série de
croix plantées au sol forment le «Cimetière des
inventions qui auraient pu appartenir à la Russie ».
Les épitaphes relatent l’histoire de l’ampoule
électrique, de la radio, de l’hélicoptère ou encore du
jeu Tetris, que les Russes auraient été les premiers à
mettre au point, mais qu’un Américain ou, pire, un
Russe immigré, ont breveté à l’étranger.
Soutenir la jeunesse
Evgueni Kourkine, 23 ans, s’assurera que ça ne se
reproduise plus. Dans l’une des tentes du camp,
l’étudiant de l’Université aérocosmique de Samara
règle les détails d’une entente commerciale avec le
directeur innovation d’Onexim Group, Mikhaïl
Rogatchev. Ce dernier est prêt à investir 1 million de
roubles (36 000$ CAN) dans le développement de la
turbine éolienne conçue pour le milieu urbain par
Evgueni et son équipe.
«Appuyer ces projets est pour nous un moyen de former
une demande pour l’innovation en Russie,expliqueraM.
Rogatchev. Nous croyons qu’il est important que notre
jeunesse énergique soit soutenue.»
Dans un pays où les mots durs de Poutine envers un
chef d’entreprise peuvent faire chuter du tiers la
valeur de ses actions en une journée, c’est aussi une
façon pour les gens d’affaires d’assurer leurs bonnes
relations avec le pouvoir.
Au
moment de la vidéoconférence, Dmitri Medvedev se
félicitera d’ailleurs qu’Onexim Group, qui appartient
à Mikhaïl Prokhorov, l’homme le plus riche de Russie
selon le magazine Forbes, appuie ces projets.
Sous un autre chapiteau, de jeunes inventeurs en sont
encore à convaincre des investisseurs potentiels.
«Vous devriez mieux montrer votre avantage
concurrentiel», suggère l’un des hommes d’affaires à
une jeune fille après sa présentation. Celle-ci aurait
peut-être dû se procurer l’une des dizaines de
traductions de livres américains qui promettent de
révéler la recette miracle pour devenir millionnaire,
en vente dans la tente voisine.
Plus de capitalisme
Seliger est maintenant plongé dans le capitalisme.
«Nous commençons un nouveau cycle», explique Ilia
Kostounov, l’énergique directeur du camp. «Les
premières années, il n’y avait qu’une thématique: la
politique. Nous devions préparer de jeunes
politiciens», rappelle-t-il.
Résultats: cinq anciens campeurs de Seliger sont
devenus députés à la Douma (Parlement russe), près
d’une trentaine siègent dans les parlements régionaux,
sans compter la multitude d’entre eux qui sont devenus
fonctionnaires.
« Par analogie, nous voudrions avoir, dans trois ans,
cinq multinationales et une trentaine d’entreprises
régionales » issues de Seliger, rêve déjà Ilia
Kostounov.
Il assure qu’il y a désormais « zéro politique » dans
l’orga nisation du ca mp et dans le choix des
participants. « Le fait d’avoir ou non une carte de
membre d’un parti ne change en rien la capacité d’une
personne à inventer. »
Gleb Pavlovski, conseiller de tous les présidents
russes et l’un des idéologues derrière la création de
Nachi, confirme le changement de fonction de la
jeunesse poutinienne.
«Il y a quatre ans, il y avait sans l’ombre d’un doute
une menace réelle (contre le pouvoir) et son rôle
était de contenir les mouvements antiétatiques.» S
elon M . P avlovsk i , c ’est «l’existence même» des
groupes de jeunes pro-Kremlin qui a permis de «régler»
le cas de l’opposition. «Aujourd’hui, le problème
sonne différemment: il faut moderniser le pays.»
En
ce cas, les forces vives de la jeunesse patriotique
russe seront toujours mobilisées. Ilia Kostounov
n’hésitera pas à délaisser momentanément sa chaise de
fonctionnaire pour reprendre la rue. « J’ai prêté
serment en tant que commissaire (de Nachi) que je ne
laisserais jamais se produire un événement
anticonstitutionnel dans le pays.»
Poutine fête 10 ans de pouvoir
Les Russes
se réjouissent de voir le standing de leur pays sur la
scène internationale renforcé par la politique étrangère
agressive de Poutine.
— Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a fêté hier
ses 10 ans de pouvoir à la tête du pays. L’ex-agent du KGB
devenu homme fort du Kremlin ne semble pas près de la
retraite.
Il y a 10 ans, le 9 août 1999, un président Boris Eltsine
mal en point a nommé le directeur du FSB, successeur du
KGB, à la tête du gouvernement. Après la démission
surprise d’Eltsine peu après, Poutine, qui occupait
l’intérim, a été officiellement élu en 2000. En 2008, il a
cédé la présidence à celui qu’il avait choisi comme
dauphin, Dimitri Medvedev, sans pour autant renoncer à son
pouvoirpuisque lui-même est redevenu premier ministre.
La quasi-totalité de son entourage est toujours aux
manettes, et Poutine serait quant à lui toujours le
véritable maître du Kremlin.
Et à 56 ans, le natif de SaintPétersbourg semble à des
annéeslumière de la retraite. Il a encore montré ses
muscles et son torse dénudé cette semaine pendant ses
vacances en Sibérie, plongeant dans une rivière glacée ou
escaladant des falaises...
Pendant
ses deux présidences, Poutine a en tous cas nettoyé le
paysage politique de toute opposition. Il a aboli
l’élection au suffrage direct des gouverneurs des régions,
marginalisé l’opposition libérale et, selon ses
détracteurs, instauré un régime d’impunité pour ceux qui
font taire ses rivaux, quels que soient les moyens
employés.
Les observateurs s’accordent à dire qu’il est parti pour
durer. « Poutine peut tout à fait régner jusqu’en 2012
(les prochaines élections, NDLR) voire plus longtemps »,
estime Lilia Chevtsova, du centre Carnegie de Moscou.
La presse aussi a été mise au pas, entre contrôle étatique
et intimidation. Depuis que Poutine est au pouvoir, 16
journalistes ont été assassinés selon le décompte de la
Maison des libertés. Le cas le plus connu est celui de la
journaliste spécialiste de la Tchétchénie Anna
Politkovskaïa. Un seul de ces assassinats a été élucidé.
Mais beaucoup portent au crédit de Poutine la
reconstruction d’une économie en lambeaux dans les années
90 et se félicitent d’une qualité de vie bien meilleure
que pendant les années Eltsine. Moscou et
Saint-Pétersbourg regorgent de milliardaires, même si la
crise actuelle leur a porté un coup.
Et les Russes, toujours patriotes, se réjouissent de voir
le standing de leur pays sur la scène internationale
renforcé par la politique étrangère agressive de Poutine,
qui a connu son apogée avec l’intervention militaire en
Géorgie à l’été 2008. Cette attitude a sérieusement
refroidi les relations avec Washington mais vaut à
Poutine, 10 ans après, 78% de popularité.
Russie : Le président à deux têtes
- FRÉDÉRICK LAVOIE
Les Russes
apprécient que le pays soit dirigé par Medvedev et Poutine
Il y a un an, un juriste peu charismatique de 42 ans, Dmitri
Medvedev, devenait troisième président de la Russie. Le
lendemain, il nommait premier ministre son populaire
prédécesseur, V
COLLABORATION SPÉCIALE MOSCOU— « Je lui donne cinq sur cinq!
» Même en ces temps de crise, Nina Spodarets n’a rien à
redire sur le travail de son jeune président, Dmitri
Medvedev.
Le président de la Russie, Dmitri
Medvedev, au cours d’une visite d’une école militaire, le
22 avril dernier.
« Il est jeune, énergique et intelligent », énumère la
retraitée de 65 ans, ancienne technicienne de cinéma. « Il a
augmenté nos chèques de retraite et lutté contre l’inflation
», ajoute-t-elle, lorsqu’on lui demande concrètement ce que
le président a fait pour elle. Elle semble toutefois oublier
que, selon la Constitution, ces deux décisions relèvent...
du gouvernement, dirigé par Vladimir Poutine, et non pas de
la présidence.
En Russie, un an après la prestation de serment de Medvedev,
personne ne sait vraiment qui du président ou du premier
ministre est aux commandes. Sauf peut-être les deux
principaux intéressés. La Constitution prévoit bien une
présidence forte, mais les jeux de coulisses comptent
beaucoup plus dans la répartition des pouvoirs réels que la
loi suprême.
Un sondage mené en avril par le Centre Levada révèle que la
majorité des Russes estiment que Medvedev et Poutine se
partagent les responsabilités plus ou moins également. Le
tiers des répondants affirment que Poutine reste l’homme
fort du régime, contre seulement 12% qui misent sur
Medvedev.
« Nous ne pouvons que spéculer », constate ainsi la
dissidente Lioudmila Alexeeva, qui dénonce depuis des
décennies l’arbitraire des pouvoirs soviétique, puis russe.
Selon elle, Dmitri Medvedev, qui a promis à son élection de
lutter contre le « nihilisme légal », a démontré au cours de
l’année ses bonnes intentions pour en finir avec la
corruption et le contrôle politique du système judiciaire.
« Mais dans un même temps, il a signé une loi limitant la
possibilité de procès avec jury [dans les cas d’accusation
pour extrémisme ou terrorisme], alors que ces procès sont
beaucoup plus équitables et sérieux que ceux avec juge »,
relève-t-elle.
Medvedev a aussi profité de l’allégeance sans faille des
deux chambres du Parlement et des assemblées régionales pour
faire adopter en vitesse en décembre des changements
constitutionnels faisant notamment passer de quatre à six
ans le prochain mandat présidentiel.
L’indomptable militante de 81 ans estime que durant ses huit
années au Kremlin, l’ex-agent du KGB Vladimir Poutine a «
porté atteinte » au pays. « Medvedev, pour l’instant, n’a
rien empiré, mais il n’a pas non plus corrigé la situation
créée par Poutine », souligne Mme Alexeeva, qui a rencontré
le président il y a deux semaines pour lui exposer ses
doléances en matière de violation des droits de l’homme.
Gleb Pavlovski, politologue et conseiller de tous les
présidents depuis Boris Eltsine, reconnaît que la justice
n’est toujours pas indépendante du pouvoir politique en
Russie.
Paradoxalement, il cite la libération de l’avocate de
l’ex-pétrolière Ioukos, Svetlana Bakhmina, comme preuve de
la volonté de Dmitri Medvedev d’en finir avec l’arbitraire.
Le mois dernier, la mère de famille s’est vue accorder une
libération anticipée qui lui avait été longtemps refusée,
vraisemblablement en raison de l’acharnement de la justice
russe contre les anciens dirigeants de Ioukos, dont le
patron Mikhail Khodorkovski avait défié Vladimir Poutine en
démontrant des ambitions politiques.
« Je suis certain que si le juge avait eu le sentiment que
Medvedev ne voulait pas la libération [de Bakhmina], il ne
l’aurait pas permise », admet celui qui est considéré comme
l’une des têtes pensantes du Kremlin.
Gleb Pavlovski juge que le pouvoir russe a atteint « une
nouvelle phase » avec l’avènement de Dmitri Medvedev. « Ce
n’est certainement pas une cassure avec l’époque Poutine,
mais le président a une nouvelle série d’objectifs à
remplir. »
« Durant ses deux mandats, Poutine a dû s’assurer de gagner
la loyauté de la classe politique. Il a donc dû fermer les
yeux sur certaines choses » comme la corruption de certains
haut placés, analyse M. Pavlovski.
« Medvedev estime que le temps est venu de faire fonctionner
la Constitution en "régime normal". Et il le fera dès que la
crise économique sera terminée », assure son conseiller.
Medvedev
à l’écoute de ses opposants (même s'il ne fait rien...)
RUSSIE Le
président russe Dmitri Medvedev a passé une bonne partie de
la semaine dernière attablé avec ses critiques les plus
farouches. Certains y ont vu le symbole d’une possible
démocratisation du pays sous ce président, qui se présente
volontiers plus
« À quoi bon répéter sans cesse des vérités politiques
évidentes à un président qui comprend tout, mais ne fait
rien ? »
COLLABORATION SPÉCIALE
— Le lundi 13 avril, Dmitri Medvedev a donné sa première
entrevue à un journal russe depuis son élection, en mars
2008. Et le choix n’était pas anodin. Novaïa Gazeta est la
publication la plus critique du Kremlin. Quatre de ses
journalistes – dont la plus célèbre, à l’étranger, Anna
Politkovskaïa –, ont été assassinés au cours de la dernière
décennie.
Le rédacteur en chef du journal, Dmitri Mouratov, a abordé
plusieurs thèmes sensibles comme la liberté de parole et le
contrôle du système judiciaire du pays par le pouvoir
politique. Fidèle à son habitude, le juriste Medvedev a
offert des réponses techniques, niant un manque de liberté
en Russie, tout en notant qu’il reste beaucoup à parachever.
Le lendemain, il s’est entretenu avec les membres de
l’Institut du développement contemporain. Considéré comme
l’institut de recherche officieux de Medvedev, il lui permet
d’avoir un aperçu de la situation dans le pays à l’extérieur
de l’appareil de l’État.
« Le pouvoir n’a pas besoin de compliments ni de léchage de
la part de la communauté d’experts », a prévenu le
président. Les chercheurs n’ont d’ailleurs pas manqué de
critiquer la politique en matière d’emploi du gouvernement.
Mercredi dernier, troisième symbole. Dix-huit des plus
importants défenseurs des droits humains et militants de la
société civile russe ont franchi les portes du Kremlin pour
une rencontre de plus de trois heures avec le président.
« Il nous a écoutés » , croit Aleksei Simonov, président de
la Fondation pour la défense de la Glastnost. « Je n’ai
toutefois pas l’impression qu’on lui a dit quoi que ce soit
qu’il ne savait déjà », ajoute-t-il.
Medvedev a
écouté, mais il n’a rien promis. Si ce n’est de rendre plus
fréquentes qu’une fois par année les réunions du Conseil sur
la collaboration pour le développement des institutions de
la société civile et des droits de l’homme, « parce qu’il y
a trop de problèmes [à discuter] ».
D’où les critiques d’autres militants, opposés à ce type de
collaboration avec le pouvoir. « À quoi bon répéter sans
cesse des vérités politiques évidentes à un président qui
comprend tout, mais ne fait rien? » s’est interrogé lundi le
dissident Aleksandr Podrabinek dans l’Ejednevny Journal.
Selon lui, les défenseurs des droits de l’homme qui ont
participé à la rencontre sont devenus les « fous du roi »
d’un président qui voulait embellir son image de démocrate.
« Je ne me sens pas fou du roi, rétorque Aleksei Simonov.
Mais je ne vois rien de mal de toute façon dans ce rôle.
Tant qu’on ne le fait pas rire. »
Selon Aleksei Simonov, il est probable que le président
Medvedev souhaite réellement plus de libertés en Russie.
« Mais d’y croire, c’est une chose. D’y travailler, c’en est
une autre », souligne-t-il, rappelant qu’audelà des mots, la
première année de présidence de Medvedev ne s’est pas
traduite par une libéralisation effective.
« Tant que l ’ appa r e i l de l’État considérera les
dissidents comme une menace à la sécurité du pays, il n’y
aura pas de liberté de parole. »
Ossétie du Sud : « Sans les Russes, il ne
resterait rien » - Frédérick Lavoie
Dans la
nuit du 7 au 8 août 2008, à la suite de plusieurs
semaines d’escarmouches frontalières, l’armée géorgienne
bombarde Tskhinvali, la capitale de la région
sécessionniste de l’Ossétie du Sud appuyée par Moscou.
Suit une confrontation éclair au cours
Les indépendantistes ossètes sont bien conscients de
servir de pion géopolitique à la Russie contre la
Géorgie pro-occidentale, souligne la journaliste de
l’opposition Maria Lipy.
COLLABORATION SPÉCIALE — Dans une cour du centre de
Tskhinvali, des drapeaux sudossète et russe sèchent côte
à côte sur une corde à linge. « Sans les Russes, il ne
resterait plus rien », lance Zemfira, assise quelques
mètres plus loin.
Des soldats russes nettoyaient
leurs armes, hier, à la base militaire de Tskhinvali,
en Ossétie du Sud. Les incidents se sont multipliés à
la frontière au cours des derniers jours, alors que la
région indépendantiste souligne le premier
anniversaire de la guerre éclair de l’été dernier.
Cette femme de 35 ans est reconnaissante envers la
Russie d’avoir chassé l’armée géorgienne, qui a lancé
une offensive sur Tskhinvali dans la nuit du 7 au 8 août
2008, cherchant à rétablir sa souveraineté sur ce
territoire qui lui échappe de facto depuis la chute de
l’URSS.
Les immeubles à logements qui entourent sa cour ont pour
la plupart été frappés par les violents bombardements
géorgiens. Ils ont tout de même eu plus de chance que
quelque 420 autres édifices de Tskhinvali, qui doivent
être totalement reconstruits.
Seules les façades extérieures des immeubles moins
endommagés de Tskhinvali ont été rénovées pour l’instant
et de nouvelles fenêtres ont été installées sur la
plupart. Mais à l’intérieur, les rénovations promises se
font attendre.
C’est que tout est entre les mains des Russes, qui
financent entièrement la reconstruction de la petite
république rebelle qu’ils ont défendue. Les premiers
travaux d’envergure n’ont commencé que le 15 juillet
dernier, près de 600 projets attendant l’approbation de
Moscou.
Aux crochets de la Russie
Il faut dire que même avant la guerre de l’été dernier,
l’Ossétie du Sud, qui compte entre 40 000 et 60 000
habitants selon les estimations, n’a jamais été très
développée.
C’e s t
pou r quoi Z ou r ab Kabi s ov, d i r e c t eu r de la
Commission de reconstruction, parle surtout de «
construction » . Selon lui, au-delà de son indépendance
politique, la petite république doit se bâtir une
indépendance économique. « Nous n’avons jamais eu une
production de biens de première nécessité », souligne M.
Kabisov.
Pour l’instant, l’Ossétie du Sud vit aux crochets de
Moscou. En deux ans, la Russie aura investi 10 milliards
de roubles (360 millions de dollars) pour les projets de
reconstruction. Elle prévoit dépenser la même somme l’an
prochain.
Longtemps, le seul souhait de Tskhinvali a été un
rattachement à la Fédération de Russie, afin de
rejoindre les frères d’Ossétie du Nord dans une même
entité. En entrevue à La Presse cette semaine, le
président sud-ossète Edouard Kokoïty a toutefois laissé
entendre que l’idée devait être abandonnée, Moscou
n’ayant jamais montré d’intentions en ce sens.
« Oui, il y a une volonté de notre peuple de s’unir.
Mais les détails sur la forme de cette union, en prenant
compte des réalités actuelles, peuvent être multiples »
, a-t-il expliqué, citant l’exemple de l’ Union
européenne. Selon Edouard Kokoïty, la Russie n’a jamais
eu l’intention d’annexer l’Oss é t ie du Sud, comme l ’
en accuse Tbilissi.
Récentes provocations
Les indépendantistes ossètes sont bien conscients de
servir de pion géopolitique à la Russie contre la
Géorgie pro-occidentale, souligne la journaliste de
l’opposition Maria Lipy. « La Russie a combattu à nos
côtés pour défendre ses propres intérêts. Mais
heureusement, nos intérêts coïncident avec les siens »,
souligne-t-elle.
Ru s s e s , Os s è t e s e t Géorgiens assurent tous
vouloir éviter une nouvelle guerre, accusant l’ennemi de
se prêter à des « provocations ». Les incidents se sont
multipliés à la frontière au cours des derniers jours.
Frontière actuellement bien protégée par l’armée russe.
Du même coup, le spectre d’un conflit armé, qui n’avait
jamais vraiment quitté les habitants de Tskhinvali, a
resurgi de plus belle.
Un cocktail qui demeure explosif - Agnès
Gruda
Escarmouches, avertissements, troupes en état d’alerte :
le scénario ressemble à celui qui avait précédé la
guerre éclair de l’an dernier.
La Russie et la Géorgie vont-elles repartir en guerre,
comme en août 2008? Un an après cet été meurtrier, les
signaux de tension se multiplient à la frontière entre
la Géorgie et l’Ossétie du Sud, la région sécessionniste
appuyée par Moscou.
Cette semaine, les Géorgiens ont accusé les Sud-Ossètes
d’avoir déplacé leurs bornes frontalières. Les Russes,
eux, ont soutenu que les Géorgiens tirent des grenades
sur l’Ossétie.
« Nos troupes en Ossétie du Sud infligeront une cuisante
défaite aux agresseurs géorgiens avant même que ceux-ci
n’atteignent le territoire sud-ossète », a déclaré mardi
le ministère russe de la Défense.
Cette déclaration pourrait faire partie d’un plan visant
à préparer « une séquence d’événements pour justifier
une intervention militaire », suppose un des grands
spécialistes de la politique de défense russe, Pavel
Felgenhauer.
Esca rmouches, aver tissements, troupes en état
d’alerte: le scénario ressemble à celui qui avait
précédé la guerre éclair de l’an dernier.
« Des incidents violents et l’absence de mécanismes de
sécurité efficaces créent un climat dangeOssétie du Sud
et en Abkhazie – l’autre région sécessionniste de la
Géorgie.
Plus troublant : Moscou a obtenu le départ de tous les
observateurs internationaux postés dans les régions
sécessionnistes. Résultat: il n’y a plus aucun regard
neutre pour rapporter ce qui s’y passe, un « vacuum
d’information potentiellement dangereux » selon le
représentant du ICG à Tbilissi, Lawrence Sheets.
En même temps, la situation a évolué depuis un an. Et
plusieurs chef du bureau caucasien de Radio Free Europe.
Le 7
août 2008, prenant pour prétexte les provocations des
Sud-Ossètes, la Géorgie avait lancé ses troupes contre
la région rebelle, avant d’être repoussée en quelques
jours par l’armée russe.
Il est peu probable que le président Mikheïl
Saakachvili, dont le régime a miraculeusement survécu à
ce fiasco, ait envie de remettre ça.
De leur côté, les Russes n’ont pas intérêt à reprendre
une reux où des combats importants pourraient éclater »,
concluait déjà en juin l’International Crisis Group
(ICG).
Depuis, rien n’a changé. La Russie ne respecte toujours
pas les termes du cessez-le-feu et maintient ses troupes
en analystes estiment que si une nouvelle guerre est
possible, l’hypothèse reste peu probable, du moins dans
l’immédiat.
« Le danger d’une guerre est présent, mais les chances
qu’elle éclate maintenant ne sont pas élevées », croit
David Kakabadze, guerre qu’ils ont déjà, en bonne
partie, gagnée. Car même si elles n’ont été reconnues
que par Moscou, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont
déjà, de facto, séparées de la Géorgie.
Les dirigeants russes avaient une autre raison de
pousser leurs tanks au coeur de la Géorgie : réaffirmer
que celle-ci fait partie de leur zone d’influence où
l’OTAN n’est pas bienvenue. Le message a passé :
l’organisation militaire ne montre plus aucun
empressement à accueillir la Géorgie...
Enfin, depuis le changement de garde à la
Maison-Blanche, Washington a multipl ié les mises en
garde tant aux Russes qu’aux Géorgiens.
Reste que la Géorgie a une grande importance
stratégique, avec le projet de construction du gazoduc
Nabucco, par exemple, que Moscou voit d’un mauvais oeil.
Et il y a le f acteur humain. Vladimir Poutine avait
juré de pendre le président géorgien par vous savez
quoi, et pourrait avoir envie de mener son projet à
terme. En d’autres termes: même si les tensions
actuelles pourraient n’être qu’une salve d’anniversaire,
le cocktail caucasien demeure explosif.
RUSSIE Pas d’armes à la Géorgie
La Russie
prendra des sanctions à l’égard des entreprises étrangères
qui livreront des armes à la Géorgie, a déclaré hier
l’ambassadeur de Russie auprès de l’OTAN, Dmitri Rogozine.
Ses déclarations interviennent au lendemain d’une visite
en Géorgie du vice-président américain, Joe Biden, qui a
réaffirmé le soutien des États-Unis à cette ancienne
république soviétique. À Tbilissi, M. Biden a défendu
l’intégrité territoriale de la Géorgie et son aspiration à
rejoindre l’OTAN, indiquant que Washington coopérait avec
le pays «pour maintenir ses forces armées, (l’aider) à
s’entraîner et s’organiser ».
Grandes manoeuvres militaires russes près
de la Géorgie
MOSCOU —
La Russie a entamé, hier, d’importantes manoeuvres
militaires près de la frontière avec la Géorgie, théâtre
d’une guerre éclair avec Moscou en août 2008, des
exercices condamnés par Tbilissi qui redoute un
accroissement des tensions dans la région.
Environ 8500 hommes, 200 chars, 450 blindés et 250
pièces d’artillerie doivent participer à ces opérations
comparables à celles organisées « du temps de l’Union
soviétique », selon le premier vice-ministre de la
Défense, le général Alexandre Kolmakov.
L’objecti f des manoeuvres Kavkaz-20 09 est « d’établi r
l’état des capacités de combat et la mobilisation des
troupes déployées dans le sud-ouest de la Russie », a
déclaré un porteparole de l’armée.
« Les militaires vont perfectionner un large éventail
d’opérations destinées à assurer la sécurité des
citoyens russes, des principaux itinéraires de transport
et d’acheminement d’énergie, ainsi que des
infrastructures stratégiques », a ajouté un responsable
du district militaire du Caucase du Nord, cité par
RIA-Novosti.
La
Géorgie a condamné la tenue de ces exercices qui auront
lieu jusqu’au 6 juillet, accusant la Russie de « jouer
avec le feu ».
« Il est dangereux d’organiser des exercices d’une telle
ampleur dans la région, y compris dans les territoires
géorgiens occupés », a déclaré à l’AFP le vice-ministre
géorgien des Affaires étrangères, Alexander Nalbandov.
Tbilissi affirme que des manoeuvres auront également
lieu dans ses deux régions séparatistes prorusses,
l’Ossétie-duSud et l’Abkhazie, dont Moscou a reconnu
l’indépendance après le conflit armé en août dernier.
Ces deux territoires ne figurent pas dans la liste des
régions concernées par les manoeuvres, a assuré pour sa
part le ministère russe de la Défense. Des troupes
russes basées en Ossétie-du-Sud et en Abkhazie
participeraient aux exercices.
Pendant l ’été 2008, environ 8000 militaires avaient été
mobilisés pour ces exercices annuels, peu avant la
guerre qui opposa début août le Géorgie à la Russie pour
le contrôle de l’Ossétie-du-Sud.
LA RUSSIE INQUIÈTE SES VOISINS
La
Géorgie et l’Ukraine ne sont pas les seuls pays à
s’inquiéter de l’influence russe. Hier, le président
biélorusse Alexandre Loukachenko a déclaré que son pays ne
devait plus « s’incliner » devant la Russie, mais «
chercher son bonheur » en se rapprochant d’autres
partenaires, dans une allusion à l’Union européenne. La
Roumanie a été attaquée par le président russe Dmitri
Medvedev, qui a dénoncé les « tentatives d’ébranler » la
Moldavie, une république roumanophone soutenue par Moscou
qui a connu de violentes manifestations après des
élections controversées en avril. Même l’Abkhazie et
l’Ossétie du Sud, des territoires géorgiens, osent des
critiques envers leur protecteur russe. L’opposition
abkhaze a dénoncé une série de décisions favorables à la
Russie. D’abord, le président abkhaze a brusquement
annoncé que la gestion de l’aéroport et du chemin de fer,
tous deux en piteux état, serait confiée pour 10ans à la
Russie, et que la loi interdisant aux non-citoyens
abkhazes d’acquérir des biens immobiliers serait
prochainement amendée, ce qui favorisera là encore les
Russes. Un accord a également été signé, attribuant
l’exploitation des futurs gisements pétroliers d’Abkhazie
au groupe public russe Rosneft. EnOssétie du Sud, des
accusations de corruption sont portées par l’opposition
contre le gouvernement, à cause de la lenteur de la
reconstruction.
OSSÉTIE-DU-SUD Élections controversées
TSKHINVALI—
Le parti Unité, partisan résolu du président
d’Ossétiedu-Sud, Edouard Kokoïty, était en tête aux
élections parlementaires hier dans cette région géorgienne
séparatiste prorusse, scrutin qualifié d’« illégal » par
l’opposition. Les résultats définitifs devaient être
annoncées la nuit dernière
L’enjeu du scrutin, outre la reconstruction de ce petit
territoire de 50 000 habitants, est l’avenir de son
président, ancien champion de lutte qui cherche à
s’assurer une large majorité au Parlement afin de pouvoir
amender la Constitution et briguer un nouveau mandat en
2011. « Je vais rester à la maison. Rien ne dépend de nous
», a lancé Alan Gassiev, dirigeant de l’opposition pour
qui le scrutin est « complètement illégal ».
« S’il veut modifier la Constitution, c’est une très
mauvaise chose », laisse tomberGrigory Dzassokhov, 55 ans,
ancien professeur d’histoire. C’est un non-sens. Est-ce
une démocratie? »
Interrogé par l’AFP, M. Kokoïty n’a pas exclu une telle
possibilité tout en soulignant qu’il était trop tôt d’en
parler. « Il nous reste deux ans et demi et beaucoupde
choses à faire. Je n’y pense pas encore. Après ce qui
s’est passé en août, nous avons besoin de trois à quatre
ans pour tout reconstruire. »
L’opposition locale, également prorusse, accuse le
président de détourner les fonds envoyés par Moscou pour
reconstruire la république. La Russie a budgété plus de 10
milliards de roubles (près de 355 millions de dollars)
d’aides pour l’Ossétie-du-Sud, mais les autorités ossètes
affirment n’avoir dépensé que 1,5 milliard de roubles, et
les habitants vivent toujours dans les ruines.
M.
Kokoïty rejette ces accusations comme étant de la
propagande géorgienne.
Le Kreml i n semble aussi montrer des signes d’impatience
devant une situation qui pourrait devenir embarrassante
pour Moscou. Le chef de l’administration présidentielle,
Sergueï Narychkine, a ainsi jugé que l’Ossétie-du-Sud ne
devait pas amender da Constitution pour permettre à une
même personne de faire plus de deux mandats.
« Farce » électorale
Le minist re géorgien de l a Réint ég r at i on , Temour
Iakobachvili, interrogé hier par l’AFP a qualifié ces
élections de « farce » et de « clownerie ». « Comment une
élection peutelle être organisée sur un territoire où un
nettoyage ethnique a eu lieu récemment? » s’est-il
interrogé.
« Kokoïty fait tout ce qu’il peut, mais nous attendons
quelque chose de mieux », selon Anjela Tedeïeva,
institutrice de 32 ans. Le jardin d’enfants, où elle a
travaillé, a été détruit pendant la guerre et n’a jamais
été reconstruit.
Plus de 80 observateurs étrangers ont surveillé le
déroulement du scrutin, selon la Commission électorale
centrale. L’Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe n’a pas envoyé d’observateurs
enOssétie-du-Sud, la république n’étant pas reconnue neuf
mois après la guerre russo-géorgienne, sauf par la Russie
et le Nicaragua.
La diaspora abkhaze ose un timide retour
Reconnaissance de l’Abkhazie par la Russie
SOUKHOUMI — Plusieurs générations d’Abkhazes ont vécu
sur le sol turc, depuis leur exil au XIXe siècle sous la
pression des Russes : aujourd’hui, certains veulent
croire que l’heure du « retour » a sonné.
Une jeune Abkhaze participe à
une cérémonie pour le 145e anniversaire de la fin de
la guerre du Caucase. Certains descendants d’Abkhazes
exilés en sol turc à cette époque tentent aujourd’hui
un retour au pays.
Avec à peine 250 000 habitants, dont environ 100 000 de
souche ethnique abkhaze, la région géorgienne
séparatiste d’Abkhazie, dont l’indépendance
unilatéralement proclamée n’a à ce jour été reconnue que
par la Russie et le Nicaragua, a une conscience aiguë de
sa faiblesse démographique.
Les autorités de la capitale, Soukhoumi, misent beaucoup
sur un retour de la diaspora de Turquie, évaluée à près
d’un demi-mi l l ion de personnes, regroupées dans des
villages aux environs d’Istanbul.
L’idée n’est pas nouvelle, et un Comité de rapatriement
avait été mis en place peu après la guerre qui a opposé
l’Abkhazie à la Géorgie en 1992-1993.
Mais elle a trouvé un nouveau souffle lorsque le grand
voisin russe a reconnu l’indépendance de l’Abkhazie en
août 2008 dans la foulée de la guerre russo-géorgienne,
faisant naître l’espoir d’une stabilité retrouvée sous
la protection du puissant voisin.
Le mouvement reste pour le moment modeste, avec une
cinquantaine d’arrivées depuis le début de l’année 2009
et « une centaine » attendue sur l’ensemble de l’année,
indique à l’AFP Anzor Moukhba, directeur du Comité de
rapatriement. Le nombre total des arrivants reste
difficile à évaluer car certains, revenus après la
guerre de 19921993, sont repartis entre-temps.
Mais il est clair que le processus « s’est accéléré »
après la reconnaissance de l’indépendance par la Russie,
indique-t-il. « Beaucoup veulent entamer une activité
ici », dit M. Moukhba.
Le
Comité, après avoir certifié l’origine abkhaze des
demandeurs, les aide à s’installer, que ce soit
financièrement, par des cours d’abkhaze ou en leur
allouant une terre.
De l’aveu de M. Moukhba, ses ressources sont très
limitées. Et les résultats sont « globalement piteux »
faute de moyens et d’une organisation adéquate,
considère Assida Chakril, une militante locale des
droits de l’homme.
Les officiels eux-mêmes ne font pas mystère de la
précarité de la situation économique et sociale. Le
territoire demeure quasi coupé du monde, privé
d’aéroport et de liaison ferroviaire fiable, aux prises
avec un taux de chômage élevé, sans compter des
problèmes de santé publique comme la tuberculose.
L’adaptation des arrivants peut aussi s’avérer ardue:
certains, s’étant longtemps nourris de légendes,
éprouvent un « grand choc » en découvrant une société «
russifiée et soviétisée » jusque dans son langage, dit
Hayri Kutarba, 50 ans, qui produit une émission de
télévision visant à rapprocher les deux communautés. Or,
pour beaucoup d’Abkhazes de Turquie, la Russie est
encore associée à des souvenirs pénibles liés à l’exil.
« Après 150 ans de vie à l’écart, le principal problème
est de nous connaître et de nous comprendre »,
explique-t-il.
Takha Guetchba, récemment diplômé en relations
internationales à Ankara, est arrivé en décembre et
espère se voir prochainement attribuer un terrain dans
le nord de l’Abkhazie, dans la région même d’où ont fui
ses ancêtres au XIXe siècle. Ce solide jeune homme brun
« ne s’est jamais senti turc » et dit se sentir déjà « à
la maison » en Abkhazie.
Il est bien décidé à y faire sa vie, même si ses projets
sont encore flous car, pour l’instant, ils sont freinés
par sa méconnaissance du russe, langue qui semble
actuellement encore prédominer sur l’abkhaze. « Je sens
que je dois être utile à mon pays. Je suis prêt à
travailler dur », témoigne-t-il.
La Russie ferme ses casinos -
Frédérik Lavoie
COLLABORATION SPÉCIALE
— La rue Nouvel Arbat, au coeur de Moscou, a perdu
son éclat. Mardi soir, les lumières de sa
demi-douzaine de casinos, frappés par l’interdiction
des jeux de hasard dans le pays, se sont éteintes.
Désormais, les parieurs devront soit se rendre dans
quatre « Las Vegas » russes à des milliers de
kilomètres de Moscou, soit miser en ligne.
Irina Ioureva ne croyait pas que Vladimir Poutine
était sérieux lorsqu’il a signé en 2006 une loi
interdisant les jeux de hasard dès le 1er juillet
2009. L’industrie, qui rapporte un milliard de
dollars en recettes fiscales par année, était trop
lucrative pour que l’État ose s’y attaquer.
Mais Poutine, alors président, voyait plutôt le jeu
comme une forme « d’intoxication de la population »
aumême titre que l’alcool, et une industrie idéale
pour le blanchiment d’argent par le crime organisé.
« Nous avons pris conscience seulement au début de
l’année que nous devrions fermer », a confié la
directrice du Super Slots hier matin. La veille à
19h, les derniers clients avaient quitté
l’établissement. « C’est dommage. Tellement de gens
perdent leur emploi », dit Mme Ioureva. Selon le
gouvernement, ils sont environ 11 000 croupiers et
autres employés à se retrouver à la rue, dont près
de la moitié dans la capitale. Les représentants de
l’industrie parlent plutôt de 400 000 personnes.
Pour
éviter une vague de mécontentement, les autorités se
sont empressées de proposer des emplois aux nouveaux
chômeurs. Mais bien peu sont prêts à devenir serveur
ou gardien de sécurité après avoir perdu un emploi
mieux rémunéré. Les salaires les plus bas
oscillaient entre 800 et 2000$ par mois dans les
casinos, alors qu’ils dépassent rarement 600$ dans
la restauration.
En dépit de la grogne chez les ex-croupiers, plus de
70% des Russes se disent favorables à cette
interdiction, selon un sondage mené par la firme
Profi Online Research.
Près de la moitié des répondants ont pourtant
indiqué avoir joué au moins une fois à un jeu de
hasard au cours des six derniers mois. Pour assouvir
leur soif du jeu, 60% d’entre eux affirment qu’ils
pourraient se tourner vers les sites de pari en
ligne.
Les plus mordus pourront toujours se rendre dans
l’une des quatre zones spéciales où les jeux de
hasard seront permis. Mais bien peu de riches
Moscovites risquent de préférer les casinos de
l’Altaï (Sibérie), de Rostov, de Kaliningrad ou
encore de Vladivostok ( Extrême-Orient), à ceux des
capitales européennes...
D’autant plus que ces zones ne sont pas prêtes à
accueillir un afflux de parieurs. Des
investissements estimés à 40 milliards de dollars
seraient nécessaires pour en faire de vrais « Las
Vegas » russes, mais l’industrie n’envisage pas pour
l’instant pas de miser sur la rentabilité de ces
projets.
Craintes d’une course aux
armements - Marc Gallichan
SÃO PAULO — « Nous sommes encore un pays misérable
où les favelas pullulent. Comment, dans ces
conditions, concevoir l’achat de tant d’armes
sophistiquées qui coûtent la peau des fesses? »
PHOTO JORGE
SILVA, REUTERS
Le président vénézuélien
Hugo Chavez à l’occasion d’une parade militaire
à Caracas en 2005.
L e m ilita nt brésilien Alexandre Sammogini est
en colère. C’est que son pays, ces jours-ci,
s’arme comme jamais auparavant.
Porte-parole de la Marche mondiale pour la paix au
Brésil, il se dit préoccupé. « Nous sommes
habitués à monter au front contre la prolifération
des armes nucléaires, de guerres lointaines ou
autres trucs du genre. Cette fois, la course aux
armements est dans notre cour et le Brésil est un
des principaux protagonistes », dénonce-t-il.
Le militant reconnaît au Brésil le droit de
s’armer, surtout avec Hugo Chavez dans le
voisinage. « Seulement, nous devons nous poser la
question si nous en avons besoin d’autant et si
elles sont si nécessaire. »
Chavez, le provocateur
C’est Hugo Chavez qui a donné le ton à la hausse
des dépenses militaires dans la région lorsqu’il a
investi des milliards pour faire face à la «
menace » des bases américaines en Colombie,
explique le professeur et consultant en politique
i nternationale Marcelo Suano.
Ses provocations sont plutôt « un mélange de
fierté nationale et de coups d’épée dans l’eau,
mais font tiquer les autres gouvernements », dit
le professeur.
Si
bien qu’en 10 ans, les investissements militaires
de l’Amérique du Sud ont augmenté de 50% pour
atteindre 34 milliards de dollars en 2008, d’après
l’Institut de recherche pour la paix de Stockholm.
Le Venezuela et le Chili ont été parmi les 15 plus
importants acheteurs de matériel de guerre. Sans
compter la Colombie, qui maintient ses troupes à
la fine pointe pour affronter le narcotrafic et
combattre la guérilla depuis plus de 30 ans.
Modernisation avant tout
Certes, il existe certaines sources virtuelles de
conflit, notamment d’anciennes disputes
territoriales entre le Pérou et le Chili et
l’accès à la mer que la Bolivie réclame au Chili,
mais les nouvelles acquisitions ne signifient pas
nécessairement qu’on assiste à une véritable
course aux armements, poursuit M. Suano. « La
hausse des matières premières a grossi les caisses
et certains en profitent pour moderniser leur
matériel. » L’analyste Thiago de Aragão abonde
dans le même sens. « Le Brésil réarme une armée
laissée à l’abandon depuis plus d’une décennie. »
Derrière l’objectif non avoué de neutraliser la
puissance croissante de Caracas, Brasília se
remilitarise pour mieux protéger l’Amazonie et ses
réserves de pétrole. Et pour affirmer sa puissance
montante.
Les récents achats de sousmarins et d’hélicoptères
à la France montrent que le Brésil est sérieux,
selon M. Aragão, qui rappelle que 36 avions de
chasse s’ajouteront bientôt au compte.
« Pou r u ne nation qu i rêve d’être un acteur
mondial i mportant, des forces modernes et un
sous-marin nucléaire sont un passeport pour êt r e
r econ nu et une excellente forme de dissuasion »,
souligne-t-il.
Les records obsèdent les
Mexicains - Emanuelle Steels
Dans un pays sur lequel s’acharnent la crise, la
grippe A et la violence, de plus en plus de
Mexicains s’épanouissent en battant des records.
Que ce soit le plus grand hot-dog du monde ou une
chorégraphie de 13 000 personnes, la réalisation
d’exploits hors du commun est en vogue, nous
explique notre collaboratrice.
MEXICO — Deux heures et 50 minutes suspendu en
l’air par des crochets perforant son dos : c’est
le tour de force réalisé par le Mexicain Jorge
Castro, artiste tatoueur de profession et
détenteur du record de suspension corporelle.
PHOTO DANIEL
AGUILAR, REUTERS
Le 29 août dernier, Hector
Jackson a fait danser sur une chorégraphie de sa
création 13 567 personnes au rythme de la
chanson Thriller en plein centre de Mexico.
Cet homme qui a huit piercings dans le visage et
la langue coupée en deux dans le sens de la
longueur avoue être en permanence « à la recherche
de l’extrême ».
« Je bats des records pour repousser les limites
de mon corps », explique-t-il dans son petit
atelier de tatouages, en montrant une vidéo où il
tire une camionnette de plusieurs tonnes à l’aide
de tiges de métal plantées dans ses bras.
L’histoire de Jorge Castro relèverait de
l’anecdote s’il n’y avait de plus en plus de
Mexicains obsédés par les records. « Il y a un
véritable boom dans ce pays », affirme Carlos
Martinez, qui travaille à titre de juge pour
l’organisation Guinness. Il homologue des records
dans toute l’Amérique latine, mais il admet passer
la plupart de son temps au Mexique.
De mémoire, il cite quelques exploits auxquels il
a récemment assistés au sud du Rio Grande : un
tournoi de football avec 172 692 joueurs répartis
en 10 457 équipes, un défilé de mode sur un podium
de plus d’un kilomètre, ou encore le plus long
marathon de discours, soit 3 jours et 45 minutes
de palabres.
Les
Mexicains se sont aussi spécialisés dans les
performances culinaires : le plus grand gâteau au
fromage, le plus grand sandwich, la plus grande
boulette de viande et, bien sûr, le plus grand
taco, emblème de la gastronomie nationale...
Da n s « le pays le plu s su r réa liste du monde
», disait André Breton, chaque prouesse contient
une dose d’excentricité. Hector Jackson, par
exemple, est devenu le plus célèbre imitateur
mexicain de Michael Jackson après avoir, le 29
août dernier, jour de l’anniversaire de feu son
idole, fa it da nser su r u ne chorégraphie de sa
création 13 597 personnes au rythme de la chanson
Thriller en plein centre de Mexico.
« L e record m’a apporté une notoriété que je
n’aurais jamais osé espérer. On m’appelle
constamment pour des spectacles privés », raconte
le jeune Hector, alors qu’il enseigne à un groupe
d’adolescents à danser comme Michael.
« C’est une grande ville où se passent de grandes
choses : c ’est le message que nous voulons
envoyer au monde entier », indique Alejandro
Rojas, secrétaire du tourisme à la mairie de la
capitale, qui s’est directement engagé dans
l’organisation de plusieurs records. Y compris
celui de Thriller et, avant cela, le baiser
collectif qui avait réuni 39 879 p e r s o n n e s
s ’e m b r a s s a n t simultanément le jour de la
Saint-Valentin sur le Zocalo, l’immense place de
Mexico.
C’est aussi là que le photographe américain
Spencer Tunick avait réuni plus de 18 0 0 0
personnes nues en 2 0 0 7. L a deu x iè me plu s
grande place du monde devrait être rebaptisée « la
place de tous les records » : un espace hors norme
où tous les excès sont permis.
L’or blanc de la Bolivie -
Olivier Ubertalli
LE
LITHIUM Alors que le pays andin détient la moitié du
métal utilisé par la nouvelle génération de voitures
électriques, les investisseurs étrangers courtisent
La Paz.
Pour Evo Morales, il s’agit d’en finir avec
l’histoire tragique de la Bolivie, pillée durant des
siècles par les étrangers.
— Voilà des heures que la jeep glisse sur le désert
blanc tel un patineur artistique. Impossible de se
repérer dans l’immensité cristalline. De la glace?
Non. Du sel ! C’est ici, sous ce paysage lunaire du
Salar d’Uyuni, au coeur de l’Altiplano bolivien, que
gisent près de la moitié des réserves mondiales de
lithium, l’énergie propre du futur.
Le désert d’Uyuni, en
Bolivie, recèle près de la moitié des réserves
mondiales de lithium, métal qui pourrait propulser
la voiture du futur.
Au bord du lac fossile salé, des ouvriers en
cagoules s’activent pour bâtir la première usine de
lithium de Bolivie avant la fin de l’année. À côté
du drapeau national rouge-jaune-vert, une grande
bannière multicolore à damiers surplombe le
chantier. « C’est la Whipala qui symbolise les
siècles de luttes des Indiens des Andes », précise
Marcelo Castro.
Visage bronzé et cheveux frisés, l’homme orchestre
les travaux de construction lancés par Evo Morales.
Pour le premier président du pays d’origine
indienne, par ailleurs ancien syndicaliste, il
s’agit d’en finir avec l’histoire tragique de la
Bolivie, pillée durant des siècles par les
étrangers.
Des milliers d’Amérindiens de la région de Potosi,
où se situe le historique pour les prochaines
générations, car nous avons à la fois un trésor et
un président ami qui va réinvestir l’argent pour la
population », analyse-t-il.
Employé dans les antidépresseurs et les appareils
électroniques, le lithium sera à la voiture
électrique ce que le pétrole est au moteur à
explosion, prédisent les experts. À la veille du
lancement de nouveaux modèles, trois sociétés se
disputent les faveurs de La Paz pour s’implanter
rapidement.
Le
Français Bolloré, qui prévoit de lancer sa « Blue
Car » électrique dès 2010 et les mastodontes désert
de sel d’Uyuni, n’ont-ils payé de leur vie
l’exploitation des mines d’argent par les colons
espagnols? Marcelo Castro a donc conscience de mener
une mission symbolique. « Ce moment est japonais
Mitsubishi et Sumitomo. Le temps presse, car les
prix du métal flambent.
Depuis le palais présidentiel de la place Murillo, à
la Paz, Evo Morales joue son va-tout. Décrétée il y
a trois ans, la nationalisation du gaz, l’autre
grande richesse du pays, affiche un piètre bilan.
Elle a fait fuir la plupart des sociétés
concessionnaires étrangères. Cette fois, Evo Morales
a fixé les règles du jeu dès le départ.
« La Bolivie ne cédera jamais le contrôle du
lithium. L’État doit recevoir 60% des revenus
générés par l’activité », scande-t-il à tout-va.
Pas facile, pourtant, de convainc re les habitants
du village d’Uyuni de l’importance de l’industrie du
lithium. Le lac salé représente la principale
attraction touristique de la région.
Sur la terrasse de l’hôtel-restaurant Cactu, Sonia
termine de servir le petitdéjeuner à un groupe
d’Israéliens. Le lithium ? La gérante aux yeux
d’amandes plisse le front. « Les camions risquent de
souiller le blanc pur du lac et l’exploitation
industrielle va venir polluer notre eau »
s’inquiète-t-elle. « S’ils détruisent nos
magnifiques paysages, il ne nous restera plus rien
au final. »
Le paco décime des milliers de jeunes
- Olivier Ubertalli
FLÉAU DE LA DROGUE EN ARGENTINE
Le qu’on surnomme la drogue du pauvre, est devenu un
véritable fléau en Argentine. Depuis la crise
économique de 2001, des dizaines de milliers de
jeunes se sont mis à en consommer. Si bien qu’on en
parle aujourd’hui comme d’une pandémie et que des
mères manifestent publiquement pour sauver leurs
enfants de l’enfer de cette drogue.
— Sur la place de Mai, face au palais présidentiel
argentin, des mères tournent. Comme les fameuses
Mères de la place de Mai, qui ont lutté pour
retrouver leurs enfants disparus durant la
dictature, les « Mères contre le paco » protestent.
Selon les autorités, il
existe environ 100000 personnes dépendantes du
paco, une «pâte base» à partir de laquelle est
fabriquée la cocaïne. Cette drogue tuerait 10
personnes par semaine dans la seule province de
Buenos Aires.
Différence de taille: leur foulard n’est pas blanc,
mais noir, « en signe de deuil, car le paco nous
vole nos enfants », témoigne Anita, l’une d’entre
elles. « Le gouvernement ne fait rien pour en finir
avec les trafiquants qui vendent à chaque coin de
rue. »
Le « pâte base » à partir de laquelle est fabriquée
la cocaïne, est un fléau en Argentine. Vendu 1,50$
ou 3$ la dose, ce sulfate de cocaïne mélangé à
divers solvants toxiques attaque en quelques
secondes le cerveau. L’effet ne dure que cinq
minutes, d’où une grande dépendance des
consommateurs.
À partir de la crise économique de 2001, des
dizaines de milliers de jeunes, notamment dans les
bidonvilles de Buenos Aires, se sont mis à consommer
du paco, d’où son surnom de « drogue du pauvre ».
Elle concerne désormais toutes les classes sociales.
Selon les autorités, il existe environ 100 000
dépendants au paco. Il tuerait 10 personnes par
semaine dans la seule province de Buenos Aires. «
C’est comme la grippe porcine, une vraie pandémie.
Il faut lui déclarer la troisième guerre mondiale »,
s’insurge Eduardo Ramos, un ancien dépenda nt de l ’
héroï ne aujourd’hui engagé dans la lutte contre le
paco.
Jean délavé et bouille légèrement enflée, Max*
raconte qu’il a plongé dans le paso, « pour la frime
». À 13 ans, il volait ses propres parents pour
acheter sa dose.
Cheveux roux frisés, Janina est déjà maman bien
qu’elle ne soit encore qu’une enfant. Elle balance
nerveusement les jambes, séquelle de la drogue
qu’elle a prise pendant des années. « Je fuyais mes
problèmes », dit-elle. Janina tente aujourd’hui de
s’en sortir. « Je veux récupérer mon fils dont on
m’a enlevé la garde pour lui donner la mère dont il
a besoin. »
Max, Janina et une vingtaine d’autres mineurs
suivent un traitement contre les dépendances à Casa
Puerto, à Buenos Aires. « Casa Puerto » signifie la
« Maison port » en espagnol. Le seul port d’attache
de la capitale argentine pour des mineurs à la
dérive, qui sont « d’abord en situation d’abandon et
de désenchantement », s’attriste Claudio Orguelt,
directeur du centre de réhabilitation.
Les jeunes y découvrent la vie en communauté. Ils y
mangent, dorment et suivent des cours
d’informatique, des ateliers de peinture et de
boulangerie. Ils restent au centre le temps qu’il
faut pour se sentir assez forts, parfois jusqu’à
deux ans. Déjà condamné pour vol armé, Matias vient
d’arriver. Fasciné par l’atelier boulangerie, il
caresse désormais un rêve: « Devenir chef cuisinier
une fois sorti d’ici. »
Exploitation de l’Amazonie au Pérou Les
Indiens ébranlent le gouvernement
— En
une semaine sanglante au Pérou, quelques milliers
d’Indiens armés de lances ont fait chanceler un des
gouvernements les plus stables et économiquement
performants d’Amérique latine et remis en question
l’exploitation de l’Amazonie.
Agua r unas , Coc amas et Candoshis, depuis fin avril,
des Indiens organisaient dans l’indifférence quasi
générale des blocus routiers et fluviaux ponctuels.
Ils protestent contre des décrets de 2007-2008 qui,
selon eux, laissent la bride sur le cou de l’industrie
extractive dans le nord et l’est amazonien.
Une levée policière de blocus mal gérée, une réaction
guerrière démesurée : le sang a coulé en 24 heures
d’affrontements et d’émeutes, vendredi et samedi
derniers à Bagua, faisant 34 morts (dont 25 policiers)
et 169 blessés. Les violences sont les plus
meurtrières en 17 ans au Pérou.
Les conséquences politiques n’ont pas tardé. Une
ministre a démissionné, l’opposition et la presse ont
demandé la tête du premier ministre, Yehude Simon, et
le Parlement, sous pression, a fait marche arrière :
il a suspendu un décret forestier controversé et
promis aux Indiens de renouer le dialogue.
Et à l’extérieur, d’Amnistie internationale au
rapporteur spécial de l’ONU sur les peuples indigènes,
James Anaya, le Pérou a dû faire face aux critiques
internationales, les premières depuis les pires heures
du conflit interne des années 1980-2000.
Le gouvernement va subir « un énorme discrédit, car la
question indigène est très délicate aux Nations unies
et dans d’autres organismes internationaux » , prédit
Eduardo Toche, sociologue au centre de Promotion du
développement.
La
crise porte aussi un coup au credo pro-business du
président de centre droit, Alan Garcia, qui n’a
jamais caché sa conviction que l’Amazonie péruvienne
était sous-exploitée économiquement en raison « de
tabous, d’idéologies dépassées, par oisiveté ou
indifférence ».
C’est « le syndrome du chien couché sur la mangeoire
», qui ne touche pas lui-même au fourrage mais ne
laisse personne y toucher, a-t-il écrit dans une
lettre ouverte en 2007, en allusion aux populations
amazoniennes.
Rien ne dit, bien sûr, qu’une semaine de crise va
altérer à terme le cours des investissements miniers
(or, argent, zinc, cuivre) et pétroliers, dont le
rythme soutenu ces dernières années a contribué à la
spectaculaire croissance du Pérou (9,84% en 2008,
8,99% en 2007).
Mais dans un pays souvent perçu comme avant tout «
andin », la crise a donné aux 400 000 indigènes
amazoniens (sur 28 millions d’habitants) une fenêtre
médiatique et politique que cette minorité n’a
peut-être jamais eue, tant elle fut « invisible »
pour les pouvoirs successifs depuis la conquête
espagnole, au XVIe siècle.
« La vision de l’Amazonie n’a pas changé. C’est
celle d’un lieu vide d’où il faut extraire les
richesses et déloger ceux qui s’y trouvent, qui
n’ont, eux, aucune valeur », se désole Ada Chuecas,
directrice du Centre amazonien d’anthropologie et
d’application de Lima.
Le conflit actuel « n’est pour les indigènes qu’une
partie d’une lutte contre le même adversaire qui les
menace depuis des siècles », analyse Roger Rumrril,
historien de l’Amazonie.
Aux armes - MARIO ROY
La der n ière région au monde où on s’attendrait
à voir se profiler une nouvelle course aux
armements est certainement l’Amérique latine.
Elle a d’autres chats à fouetter. Elle n’est pas
excessivement riche. Et, surtout, on y trouve
peu de conflits territoriaux, ou tribaux, ou
religieux, ou quasi mafieux, qui expliqueraient
des achats massifs de quincaillerie militaire.
Pourtant, c’est bel et bien ce qui se produit.
Au moins deux États latinoa méricains, le Brésil
et le Venezuela, font actuellement des emplettes
d’une ampleur inédite. Et si le Brésil n’a pas
d’agenda axé sur l’offensive, le gouvernement
d’Hugo Chavez, lui, inquiète par son
prosélytisme et ses attitudes belliqueuses,
notamment à l’endroit de la Colombie. Ce dernier
État (qui, lui, combat les cartels de la drogue
et les FARC) ainsi que le Chili affichent
également des dépenses importantes en
équipements militaires.
Chez les vendeurs, la France est le plus
important fournisseur d’armes et de technologies
connexes en raison du carnet de commandes
(sous-marins, dont l’un à propulsion nucléaire,
hélicoptères, chasseurs) du Brésil de Lula da
Silva. Celuici a investi 24,6 milliards$US dans
l’armement en 2008.
Sinon, les États-Unis vendent à la Colombie; la
Russie équipe le Venezuela.
L’inquiétude, donc, naît surtout du magasinage
de Chavez dans les boutiques russes, où il aura
dépensé plus de 6,6 milliards – portés sur carte
de crédit moscovite – lorsque ses emplettes
seront complétées. À ce moment, le Venezuela se
sera fait livrer des sous-marins, des
hélicoptères, des chasseurs, des chars, des
transports blindés, des missiles de courte
portée, des systèmes de DCA et, bien sûr, des
kalachnikovs.
Le président vénézuélien travaille en outre sur
des échanges de technologie nucléaire (à des
fins civiles, bien entendu) avec son homologue
iranien, Mahmoud Ahmadinejad.
Certes, on peut estimer que celui qui se voit
comme le Castro du XXIe siècle a le droit de
collectionner ces jouets: il est loin d’être le
seul, ni le plus boulimique, à cultiver cette
passion. Mais Chavez ne cherche pas à dissimuler
que sa politique intérieure, le réarmement de
son pays, l’utilisation politique de son pétrole
ainsi que le jeu d’alliances qu’il développe
(avec la Russie, l’Iran, la Syrie, la Lybie, le
Bélarus) sont expressément destinés à se
construire une position de «leader mondial» et à
«briser l’hégémonie impériale en Amérique».
Vaste programme, bien sûr, qui peut faire
sourire.
Néanmoins, Hugo Chavez augmente bel et bien, et
de façon systématique, sa capacité de nuire.
Nuire en Colombie, où il s’oppose violemment à
la présence américaine. Nuire en brouillant le
jeu diplomatique au niveau international,
surtout par rapport à l’Iran.
L’Histoire enseigne qu’il vaut mieux prendre au
sérieux les chefs d’État qui se donnent des
missions. Et qui s’arment en conséquence.
Vers un accord de sortie de crise
TEGUCIGALPA — Les représentants du président
déchu du Honduras, Manuel Zelaya, et du
gouvernement putschiste de Roberto Micheletti
sont parvenus à un accord hier sur la
restitution du dirigeant évincé par le coup
d’État du 28 juin, a annoncé l’un des
délégués.
PHOTO ORLANDO SIERRA, AFP
Le président déchu
Manuel Zelaya, actuellement réfugié à
l’ambassade du Brésil à Tegucigalpa, a
célébré un but de l’équipe hondurienne de
soccer le 10 octobre 2009 dans les matchs de
qualification à la Coupe du monde de la FIFA
2010.
Ce compromis doit cependant encore être
accepté par MM. Zelaya et Micheletti.
« Nous avons approuvé un document sur le point
numéro six, qui est le point portant sur la
restitution des pouvoirs de l’État tels qu’ils
fonctionnaient avant le 28 juin 2009 », a
déclaré l’un des négociateurs du président
déchu, Victor Meza, lors d’une conférence de
presse.
L e retou r à la situation précédant le coup
d’État du 28 juin implique le retour de M.
Zelaya au pouvoir, hypothèse jusqu’ici rejetée
par M. Micheletti.
Le point numéro six était le dernier des huit
points clés du plan de sortie de crise qui
restait à approuver.
«
Je su is opti m iste pa r nature », a ajouté
le négociateur avant de se diriger vers
l’ambassade du Brésil, où M. Zelaya a trouvé
refuge depuis son retour clandestin au pays le
21 septembre.
M. Meza, ministre du gouvernement au sein de
l’exécutif déchu, a en revanche refusé de
dévoiler les termes de l’accord « pour ne pas
violer un pacte » conclu par les représentants
des deux équipes de négociateurs.
M . Meza a pa r ailleu rs rappelé que M.
Zelaya avait donné jusqu’à ce soir 00 H 00
(demain 06 H 00 GMT) pour arriver à un accord
de sortie de crise. Le dirigeant déchu n’a
cependant pas précisé ce qu’il comptait faire
en cas de statu quo.
Mardi soir, les négociateurs avaient annoncé
être tombés d’accord sur sept des huit points
clés du plan de sortie de crise en discussion,
parmi lesquels la formation d’un gouvernement
d’unité nationale, le rejet d’une amnistie ou
le renoncement de M. Zelaya à convoquer une
assemblée constituante.
Manuel Zelaya a été renversé et expulsé du
pays par un coup d’État le 28 juin, le jour où
il avait organisé contre l’avis de la Cour
suprême une consultation populaire sur un
éventuel changement de la Constitution, qui
interdit à un président de briguer un deuxième
mandat.
Il est réfugié à l’ambassade du Brésil depuis
son retour clandestin au Honduras le 21
septembre.
Le retour de Zelaya est évoqué
TEGUCIGALPA — Le gouvernement putschiste du
Honduras a annoncé, hier, l’abrogation d’un
décret qui a restreint les libertés pendant
une semaine, accédant à une condition posée
par le président déchu Manuel Zelaya pour
l’ouverture d’un dialogue. Il a par ailleurs
évoqué pour la première fois un retour de M.
Zelaya au pouvoir.
« Nous avons abrogé le décret en Conseil des
ministres, le décret dans son intégralité est
abrogé », a déclaré le président putschiste
Roberto Micheletti, au cours d’une conférence
de presse à Tegucigalpa, la capitale du pays
d’Amérique centrale.
Le gouvernement issu du coup d’État, qui a
renversé M. Zelaya, avait signé le 27
septembre un décret contesté, limitant les
libertés de circulation, de réunion et de la
presse et autorisant les arrestations sans
mandat.
Le
président
déchu demande la levée du siège militaire et
policier contre l’ambassade du Brésil à
Tegucigalpa, où il est réfugié depuis son
retoursu r prise et cla ndesti n au Honduras
le 21 septembre.
Un pas en avant
M. Micheletti avait fait un premier pas en
avant plus tôt dans la journée en laissant
entendre qu’il admettait un retour au pouvoir
de M. Zelaya, mais uniquement après les
élections législatives et présidentielle du 29
novembre. M. Zelaya a été renversé le 28 juin
et expulsé du pays le jour où il avait
organisé une consultation pour changer la
Constitution et briguer un deuxième mandat.
Zelaya appelle l’ONU à restaurer l’État de
droit au Honduras
NEW YORK — Le président déchu du Honduras,
Manuel Zelaya , a appelé hier soir l’ON U à
restaurer l’État de droit dans son pays et à
assurer sa sécurité.
M. Zelaya, qui est réfugié à l’ambassade du
Brésil à Tegucigalpa assiégée par les forces
du gouvernement putschiste, s’est adressé
brièvement à l’Assemblée générale des Nations
unies par le truchement d’un téléphone
cellulaire que sa ministre des Affaires
étrangères, Patricia Isabel Rodas Baca, a tenu
près d’un micro.
« J’appelle les Nations unies à restaurer
l’État de droit et la liberté que le Honduras
mérite », a dit M. Zelaya. Il a également
appelé l’ONU à assurer sa sécurité et celle de
ceux qui sont avec lui.
Renversé et ex pulsé du Honduras en juin par
un coup d’État, M. Zelaya est retourné
clandestinement le 21 septembre dans son pays,
où il est depuis réfugié à l’ambassade du
Brésil.
Médias muselés
Plus tôt dans la journée, les principaux
médias qui s’opposent au gouvernement
putschiste du Honduras ont été fermés et le
président déchu, Manuel Zelaya, a appelé la
communauté internationale à réagir «
immédiatement », trois mois jour pour jour
après sa destitution, le 28 juin.
Mais les États-Unis ont rappelé M. Zelaya à
l’ordre, marquant un changement de ton. Son
retour clandestin au Honduras est «
irresponsable », a déclaré un des
représentants des États-Unis à l’Organisation
des États américains (OEA), Lewis Amselem.
Hier, vers 5 h 30, les émissions de Radio
Globo se sont tues. Des policiers ont investi
les locaux de la station située dans le centre
de Tegucigalpa. Non loin, les locaux de la
chaîne 36 de télévision ont été aussi investis
par la police.
Libertés restreintes
Le gouvernement putschiste du Honduras a
annoncé hier avoir signé un décret restreignant la
liberté de réunion, autorisant le brouillage
d’émissions incitant à l’insurrection et
permettant les arrestations sans mandat. Le
gouvernement dit agir ainsi en raison des appels à
l’insurrection du président déchu Manuel Zelaya,
retranché dans l’ambassade du Brésil à
Tegucigalpa. Selon le décret qui doit encore être
ratifié par le Congrès, ces mesures seraient en
vigueur pendant 45 jours.
Zelaya et Micheletti se disent
prêts à « dialoguer » - Noé Leiva
TEGUCIGALPA — Le président déchu du Honduras,
Manuel Zelaya, et celui qui l’a renversé par
un coup d’État le 28 juin, Roberto Micheletti,
ont déclaré être prêts à « dialoguer »,
faisant progresser l’espoir d’un règlement de
la crise dans ce petit pays d’Amérique
centrale.
Entre 10 000 et 15 000
manifestants ont profité d’une levée du
couvre-feu pour exprimer leur appui au
président déchu du Honduras, Manuel Zelaya,
dans les rues de Tegucigalpa, hier.
L’ON U, qui pousse à ce dialogue, a donné un
avertissement supplémentaire à M. Micheletti
en suspendant son assistance technique
électorale au Honduras, à deux mois de la
présidentielle prévue le 29 novembre.
C’est une réponse claire à l’appel de M.
Zelaya, qui a exhorté hier les chefs d’État et
de gouvernement réunis pour l’Assemblée
générale de l’ONU de ne pas « laisser seul le
peuple hondurien ».
Le secrétaire général des Nations unies, Ban
Ki-moon, « ne croit pas que les conditions
soient remplies pour l’organisation
d’élections crédibles qui installent la paix
et la stabilité », a-t-il expliqué dans un
communiqué.
M. Micheletti avait donné un premier signal
d’ouverture mardi soir en se disant prêt à «
dialoguer » avec M. Zelaya, « pour autant
qu’il accepte explicitement l’élection
présidentielle » prévue le 29 novembre.
Une ouvertu re t outefois li m itée, ca r le
président déchu est toujours assiégé dans
l’ambassade du Brésil à Tegucipalga où il est
arrivé lundi par surprise, et où il a dit à
l’AFP se sentir « comme en prison », souffrant
notamment du manque de vivres avec une
centaine de personnes restées avec lui.
M. Micheletti affirmait aussi exclure toute
intention de forcer l’entrée de l’ambassade.
De l’intérieur, M. Zelaya a répondu hier, dans
une conversation téléphonique avec l’AFP,
qu’il souhaitait « dialoguer en personne» avec
son rival.
L
a proposition de M . Micheletti implique
cependant le maintien du mandat d’arrêt contre
M. Zelaya pour « haute trahison », et
l’impossibilité pour le président déchu de se
présenter à la présidentielle.
Le coup d’État du 28 juin, conda mné pa r la
communauté internationale, avait été déclenché
alors que M. Zelaya préparait une consultation
populaire pour pouvoir briguer un second
mandat de président, ce qu’interdit la
Constitution.
À l’ONU, hier, le président brésilien Luiz
Inacio Lula da Silva a plaidé sa cause devant
l’Assemblée générale: «la communauté
internationale exige que M. Zelaya soit
immédiatement rétabli à la présidence de son
pays et elle doit s’assurer de l’inviolabilité
de la mission diplomatique brésilienne ».
« Sans volonté politique, nous assisterons à
d’autres coups d’État comme celui qui a
renversé le président constitutionnel du
Honduras, José Manuel Zelaya », a-t-il ajouté.
L’Union européenne (UE) a appelé elle aussi au
respect de « l’intégrité physique de M. Zelaya
».
M. Micheletti a donné un autre signe de bonne
volonté en relâchant le blocus de l’ambassade
du Brésil : 200 de ses occupants, dont
beaucoup de partisans de M. Zelaya qui s’y
étaient réfugiés mardi après des charges de la
police et de l’armée, ont pu sortir sans être
arrêtés, selon le président déchu.
L’eau potable et l’électricité ont été
rétablies dans l’ambassade, dont les occupants
continuent néanmoins de souffrir du manque de
nourriture et d’objets d’hygiène personnelle,
dentifrice, etc., selon des témoignages
recueillis par un photographe de l’AFP à
l’intérieur.
Le couvre-feu a été suspendu plusieurs heures
hier, le temps pour une grande manifestation
de 10 000 à 15 000 « Zelayistes » de parcourir
les rues de Tegucigalpa.
La police a lancé des grenades lacrymogènes
sur quelques centaines de manifestants réunis
dans le grand parc central de la capitale à
l’issue du défilé, et a arrêté plusieurs
d’entre eux, selon ces journalistes.
Retour surprise de Manuel Zelaya au
Honduras
TEGUCIGALPA — Le président déchu du Honduras,
Manuel Zelaya, a réussi à la surprise générale à
rentrer hier à Tegucigalpa, où il a trouvé
refuge à l’ambassade du Brésil, un peu moins de
trois mois après avoir été chassé en pyjama de
son pays par les militaires.
M. Zelaya est resté discret sur les modalités de
son retour dans son pays, où il avait déjà tenté
en vain de rentrer à deux reprises depuis le
coup d’État du 28 juin, condamné par l’ensemble
de la communauté internationale.
Le 5 juillet, il avait dû se contenter de
survoler en avion la piste de l’aéroport de
Tegucigalpa bloquée par l’armée. Le 24 juillet,
il avait brièvement franchi à pied la frontière
entre le Honduras et le Nicaragua, avant de
retourner dans son pays d’asile depuis le coup
d’État.
Le ministre brésilien des Affaires étrangères,
Celso Amorim, a assuré que son pays n’avait
«joué aucun rôle» dans le retour du président
déchu et s’était contenté de répondre
favorablement à sa demande d’asile dans son
ambassade.
Appel à l’armée
M. Zelaya a immédiatement appelé «le peuple
hondurien» à se réunir autour de l’ambassade, au
cours d’une conférence de presse dans les locaux
de l’ambassade. «Les forces armées doivent
tourner leurs fusils contre les ennemis du
peuple, pas contre le peuple», a-t-il lancé aux
militaires.
Dans une interview à la chaîne de télévision
internationale CNN en espagnol, il a assuré que
ses intentions étaient «pacifiques» et qu’il
voulait établir «le dialogue».
Son retour survient à un moment où le dialogue
avec le gouvernement de facto était justement
dans une impasse depuis l’échec de la médiation
internationale du président du Costa Rica, Oscar
Arias.
HONDURAS Ouverture
Le président par intérim du Honduras,
Roberto Micheletti, est prêt à négocier un retour au
pouvoir du président déchu Manuel Zelaya sous
certaines conditions, a rapporté hier un ancien
responsable gouvernemental en contact avec les
nouveaux dirigeants du pays. Roberto Micheletti l’a
fait savoir au médiateur en chef dans la crise
hondurienne, le président du Costa Rica Oscar Arias.
Toutefois, le président par intérim a souligné que
plusieurs conditions devaient être réunies pour
convaincre les milieux d’affaires et d’autres
secteurs de la société de ne pas s’opposer à un
retour au pouvoir de Manuel Zelaya, selon ce proche
de M. Micheletti.
Honduras: le retour de Zelaya ou «
l’ostracisme absolu » !...
Le Congrès du Honduras doit examiner
aujourd’hui la proposition de règlement de la crise
avancée par le médiateur, le président du Costa
Rica, Oscar Arias, et d’ores et déjà rejetée par le
gouvernement de facto parce qu’elle implique le
retour au pouvoir de Manuel Zelaya, le président
chassé le 28 juin. Après l’étude en commission, le
Congrès doit examiner en séance plénière cette
proposition d’un « accord de San José » basé sur un
gouvernement d’union nationale présidé par M.
Zelaya, une amnistie générale et une présidentielle
anticipée. Si le gouvernement de facto persiste à
refuser le retour au pouvoir de M. Zelaya, il sera
frappé d’un « ostracisme absolu », a averti M. Arias
en ouvrant hier à Guanacaste, au Costa Rica, le
sommet du Mécanisme de dialogue et de concertation
dit de Tuxtla, qui réunit des chefs d’État
d’Amérique centrale, du Mexique et de la Colombie. –
Agence France-Presse
Zelaya pose le pied au Honduras
dans la confusion
LAS MANOS, Honduras — Le président déchu du
Honduras Manuel Zelaya a foulé le sol de son
pays hier pour la première fois depuis son
éviction par la force le 28 juin, mais la
situation restait extrêmement confuse concernant
son sort immédiat. M. Zelaya, entouré d’une
meute de journalistes et de partisans, est entré
à pied au Honduras vers 14h25, heure locale
(15h25, heure de Montréal), avant de revenir
côté Nicaragua puis de franchir de nouveau la
frontière.
Le tout sous les yeux des dizaines de policiers
et militaires lourdement armés qu’avait
mobilisés le gouvernement de facto du Honduras
pour garder l’entrée du territoire hondurien.
Les autorités de Tegucigalpa ont en effet
ordonné l’arrestation du président évincé pour
trahison et corruption.
Mais les forces de l’ordre ont fait quelques pas
en arrière quand M. Zelaya a pénétré sur le sol
hondurien. Le président déchu, téléphone à la
main et son emblématique chapeau sur la tête, a
même pu s’entretenir brièvement avec le colonel
du poste-frontière de Las Manos, un passage
situé à une centaine de kilomètres au sud-est de
Tegucigalpa.
Contact avec l’armée
« Mettez-moi en contact avec le chef
d’état-major » de l’armée, le général Romeo
Vazquez, a demandé M. Zelaya à l’officier, après
lui avoir serré la main.
Selon le président déchu, le militaire lui
aurait dit : « Nous n’avons rien contre vous. »
Peu de temps avant, M. Zelaya avait demandé aux
autorités de fait du Honduras de laisser passer
ses « amis et proches » pour qu’il puisse parler
avec eux.
Les
militaires ont cependant empêché sa femme, ses
enfants, sa mère et sa belle-mère de venir à sa
rencontre, a raconté sa femme à la chaîne
latino-américaine Telesur, établie à Caracas.
Les forces de l’ordre ont également fait barrage
aux milliers de partisans du président déchu,
qui souhaitaient se rendre sur la frontière pour
l’accueillir.
Des incidents ont éclaté vers midi, heure du
début du couvrefeu décrété dans la région par le
gouvernement de facto. La police a lancé des
grenades lacrymogènes pour disperser les
manifestants à El Paraiso, à une dizaine de
kilomètres de la frontière, et certains ont
riposté en jetant des pierres.
Les États-Unis, qui ont fermement soutenu cette
médiation, ont jugé la tentative de retour au
Honduras du président Zelaya « imprudente », par
l’intermédiaire de leur secrétaire d’État
Hillary Clinton.
« Elle ne contribue pas à l’effort général
engagé pour rétablir la démocratie et l’ordre
constitutionnel au Honduras », a estimé la chef
de la diplomatie américaine, appelant M. Zelaya
à « accepter » les dernières propositions du
médiateur costaricien Oscar Arias, présentées
mercredi.
Un porte-parole du département d’État a par
ailleurs indiqué que le président évincé avait
l’intention de se rendre une nouvelle fois à
Washington mardi pour des discussions avec
l’administration américaine.
Près d’un mois après le coup d’État unanimement
condamné par la communauté internationale, M.
Zelaya a par ailleurs reçu hier le soutien des
présidents du Mercosur.
Ils ont réaffirmé qu’ils ne reconnaîtraient «
aucun gouvernement issu de cette rupture
constitutionnelle » , lors d’un sommet de cette
union douanière sud-américaine à Asunción.
HONDURAS Zelaya par le nord du
Nicaragua
Le
président
dest itué du Honduras Manuel Zelaya a entamé hier
les préparatifs pour son retour au pays via le
Nicaragua, alors que des organisations
internationales ont accusé ses adversaires de «
violations graves et systématiques » des droits de
l’homme. Une mission de 15 experts envoyée à
Tegucigalpa a dénoncé des exécutions illégales
pendant le couvre-feu. Le coup d’État a eu lieu le
28 juin.
Nouveau plan pour le retour du
président destitué du Honduras
—
Le président du Costa Rica Oscar Arias, qui
conduit la médiation pour sortir le Honduras de la
crise politique, a présenté hier un nouveau plan,
qui propose le retour du président du Honduras
destitué Manuel Zelaya demain, sous conditions.
Oscar Arias espère que le gouvernement intérimaire
du Honduras et Manuel Zelaya signeront aujourd’hui
cette proposition, en 11 points et incite le
président déchu, s’il reprend ses fonctions, à
affaiblir son intention de réformer la
Constitution du Honduras, un projet à l’origine du
coup d’État du 28 juin.
En cas d’échec, les deux parties en conflit
devront se tourner vers l’Organisation des États
américains (OEA), en vue de la désignation d’un
nouveau médiateur, a précisé le président
costaricain.
Dimanche,
la proposition de conciliation, soumise la veille
par le médiateur costaricain, avait été jugée «
inacceptable » par Carlos Lopez, qui représente le
président de facto du Honduras, Roberto
Micheletti.
Ce plan prévoyait le retour de Manuel Zelaya à son
poste, la formation d’un gouvernement d’unité
nationale, l’organisation d’élections
présidentielles fin octobre, soit un mois plus tôt
que prévu, ainsi que l’amnistie de tous les délits
politiques, commis avant et après le coup d’État
du 28 juin.
Toujours selon ce plan, Manuel Zelaya devait
abandonner le contrôle de l’armée à un tribunal
électoral, un mois avant le scrutin, pour en
garantir son impartialité. Le président en exil
devait en outre renoncer à son projet de
référendum sur la réforme de la Constitution, en
vue de se faire réélire. Actuellement, la
Constitution hondurienne interdit au président
d’être candidat à sa réélection, consécutive ou
non.
HONDURAS Le régime de facto refuse de
céder à la pression internationale
—
Le nouveau président de facto du Honduras, Roberto
Micheletti, a persisté, hier, à rejeter la
possibilité que le président destitué Manuel
Zelaya revienne au pouvoir, malgré la pression
croissante de la communauté internationale.
De son exil, M. Zelaya, s’est dit prêt à
poursuivre le dialogue mais a prévenu qu’il
organisait « la résistance intérieure » pour
préparer son retour.
« Nous formons un bloc contre toute injonction que
nous fera quelque pays que ce soit dans le monde
», a déclaré M. Micheletti lors d’une conférence
de presse à Tegucigalpa.
Dimanche, la secrétaire d’État américaine, Hillary
Clinton, lui avait passé un coup de téléphone «
très ferme » pour le prévenir que Washington
suspendrait son aide au Honduras si la médiation
entreprise par le président du Costa Rica, Oscar
Arias, échouait, selon le département d’État.
Le
week-end dernier, M. Arias, Prix Nobel de la paix
1987, a tenté sans succès de réconcilier les deux
camps autour d’un « gouvernement d’union nationale
» dirigé par M. Zelaya et de la perspective d’une
élection anticipée.
Il a toutefois demandé aux deux camps 72 heures de
plus pour essayer encore de « parvenir à un accord
», afin d’éviter « une guerre civile et un bain de
sang ».
Installé à la tête du pays par le Congrès à la
suite d’un coup d’État le 28 juin, M. Micheletti a
affirmé qu’il était impossible de rétablir au
pouvoir celui qui avait « violé la Constitution de
la République, non pas une fois, mais à plusieurs
reprises ».
Élu fin 2005 pour un mandat unique de quatre ans,
M. Zelaya a été expulsé par les militaires le 28
juin, pour avoir tenté d’organiser un référendum
lui permettant de se représenter pour un deuxième
mandat, malgré l’opposition de la Cour suprême.
HONDURAS Zelaya lance un appel à
l’insurrection
—
Manuel Zelaya, le président destitué du Honduras,
a appelé, hier, depuis le Guatemala, la population
de son pays à « l’insurrection » pour le rétablir
dans ses fonctions après le coup d’État qui l’a
chassé du pouvoir le 28 juin.
« Le peuple du Honduras a le droit à
l’insurrection et l’insurrection est un droit
légitime qui fait partie des concepts les plus
élevés du sens de la démocratie face à un
gouvernement usurpateur et des militaires
putschistes », a déclaré M. Zelaya en conférence
de presse, au côté du président du Guatemala,
Alvaro Colom.
« Je veux lui dire (au peuple) de ne pas quitter
les rues, le seul espace qu’ils ne nous ont pas
enlevé, de ne pas abandonner les espaces qui
appartiennent au peuple », a-t-il ajouté.
M.
Zelaya a appelé à « la grève, la manifestation,
la désobéissance civile », qui constituent « un
processus nécessaire quand l’ordre démocratique
est violé dans un pays », selon lui.
M. Zelaya avait lancé la veille un « ultimatum »
au gouvernement de facto de Roberto Micheletti,
chef de l’État désigné le 28 juin, le sommant de
lui rendre le pouvoir au prochain rendez-vous
prévu en principe samedi au Costa Rica, chez le
président Oscar Arias. Le premier rendez-vous,
vendredi dernier, n’avait pas donné de résultat
concret.
« Nous, nous ne menaçons pas », avait répondu le
ministre des Affaires étrangères de M.
Micheletti, Carlos Lopez, en réponse à cet
ultimatum, peu avant l’appel de M. Zelaya à «
l’insurrection ».
Honduras La médiation débute
Une première réunion de médiation sur la crise
au Honduras est programmée pour demain au Costa
Rica, a annoncé le président chassé du pouvoir le 28
juin, Manuel Zelaya, reçu hier à Washington par la
secrétaire d’État, Hillary Clinton. Le processus
demédiation a été entamé avec un consensus sur le
choix comme médiateur du président du Costa Rica,
Oscar Arias, Prix Nobel de la paix.
Le régime refuse de négocier
HONDURAS Le président déchu rate son
retour
—
L’armée hondurienne a bloqué hier la piste à
l’aéroport de Tegucigalpa pour empêcher
l’atterrissage de l’avion transportant le
président déchu Manuel Zelaya.
Des milliers de partisans
du président Zelaya attendaient hier son retour
à l’aéroport de Tegucigalpa, protégé par
l’armée.
Plusieurs véhicules militaires ont été disposés
sur l’unique piste au moment où se présentait
l’appareil, qui a été contraint de faire plusieurs
boucles dans le ciel, avant de repartir.
Au sol, deux personnes ont trouvé la mort lors de
heurts avec les forces de l’ordre.
Les autorités du Honduras, qui ont destitué il y a
une semaine M. Zelaya, avaient averti qu’elles
n’autoriseraient pas l’atterrissage de son avion à
Tegucigalpa.
L’avion a atterri plus tard hier à Managua,
capitale du Nicaragua, a annoncé la présidence du
Salvador. « Le président Zelaya n’est pas venu (au
Salvador). Il s’est rendu à Managua », a déclaré à
l’AFP le porte-parole de la présidence du
Salvador, David Rivas.
M. Zelaya, interrogé en direct par des chaînes
internationales de télévision, avait auparavant
déclaré que l’avion se dirigeait vers le Salvador,
après s’être vu refuser l ’ at ter rissage au
Honduras.
Deux morts
Des heurts ont éclaté vers 16h locales devant
l’aéroport entre des partisans du président
hondurien et les forces de l’ordre, qui ont lancé
des gaz lacrymogènes. Les manifestants, plus de
30000 selon les estimations de l’AFP, attendaient
le retour de M. Zelaya.
L’armée a tiré pendant ces confrontations, faisant
deux morts et deux blessés par balle, at-on appris
auprès de la police.
« Il y a deux morts et deux blessés. La police n’a
pas tiré, c’était l’armée, parce que les
manifestants tentaient d’envahir les pistes », a
indiqué à l’AFP un commissaire de police.
M. Zelaya a bravé ses adversaires qui l’ont
destitué voici une semaine en s’envolant de
Washington pour le Honduras et en « ordonnant » à
l’armée de lui ouvrir l’aéroport international de
Tegucigalpa, puissamment gardé par l’armée.
Ses adversaires ont menacé M. Zelaya d’une «
arrestation immédiate » à son arrivée et ont
interdit l’atterrissage de son avion, qui a reçu
l’ordre de se diriger vers le Salvador, a
précisé la direction de l’Aviation civile à
Tegucigalpa.
Pendant le voyage deM. Zelaya, les nouvel les
autor i tés du Honduras ont,
quasi-simultanément, dénoncé des mouvements de
troupes au Nicaragua en direction de la
frontière commune, et proposé un « dialogue de
bonne foi » à l’Organisation des États
américains (OEA), qui les avait exclues de ses
rangs dans la nuit.
« Nous avons été informés de mouvements de
troupes du côté du Nicaragua en direction de la
frontière », a déclaré le nouveau chef de l’État
désigné, Roberto Micheletti lors d’une
conférence de presse télévisée.
Les nouvelles autorités proposent à l’OEA « la
mise en place d’un dialogue de bonne foi entre
une délégation de la République du Honduras
(...) et une délégation de représentants d’États
membres et de fonctionnaires de moindre rang du
secrétariat général », a indiqué leur
vice-ministre des Affaires étrangères, Martha
Lorena Alvarado.
Cette proposition vaut pour autant que « pendant
le déroulement du dialogue de bonne foi il ne
survienne pas d’actes ou de situations qui
puissent mettre en danger la paix sociale de la
République », a-t-elle ajouté.
Appuis
De leur côté, les présidents de l’Équateur, de
l’Argentine et du Paraguay Rafael Correa,
Cristina Kirchner et Fernando Lugo devaient se
rendre au Salvador, a indiqué M. Correa.
« Si M. Zelaya réussit à atterrir au Honduras et
estime notre venue opportune, nous irons », a
précisé M. Correa. « S’il n’y parvient pas, nous
l’attendrons à San Salvador, d’où il fera des
déclarations au monde entier », a-t-il ajouté.
Le président vénézuélien Hugo Chavez a quant à
lui rappelé hier aux autorités du Honduras
qu’elles seraient tenues pour « responsables
devant le monde entier » de la sécurité du chef
de l’État déchu, Manuel Zelaya, lors de son
retour à Tegucigalpa.
« M. Zelaya n’atterrira peutêtre pas à l ’
aéroport international, peut-être à la base
américaine à 80 km de la capitale », a avancé un
diplomate étranger encore en poste à
Tegucigalpa, contrairement à nombre
d’ambassadeurs latinoaméricains et européens.
Poursuivi pour « haute trahison », M. Zelaya
reste sous la menace d’une arrestation « dès
qu’il posera le pied au Honduras », a répété
samedi soir M. Micheletti. Au pouvoir depuis
2006, M. Zelaya avait été renversé pour avoir
tenté d’organiser une consultation populaire sur
la possibilité de briguer un second mandat,
démarche déclarée illégale par la Cour suprême.
Les nouvelles autorités de Tegucigalpa ont
également été condamnées par l’ONU et l’Union
européenne, et le Venezuela a annoncé qu’il leur
« coupait » ses envois de pétrole.
« SI J’AVAIS EUUNPARACHUTE, J’AURAIS SAUTÉDE
L’AVION »
Le
président déchu du Honduras, Manuel Zelaya, a
promis de tenter de nouveau de revenir rapidement
au Honduras, affirmant avoir renoncé hier à
atterrir à Tegucigalpa pour ne pas être «
intercepté » par l’armée. M. Zelaya, interrogé par
la chaîne internationale Telesur alors que son
avion survolait l’aéroport de la capitale
hondurienne, a affirmé qu’il risquait d’être «
intercepté par les appareils de la force armée ».
« Si on ne peut pas maintenant, on le fera demain
ou après-demain », a-t-il insisté, dénonçant la «
barbarie » du nouveau gouvernement hondurien, qui
n’a pas été reconnu par la communauté
internationale. « Si j’avais eu un parachute,
j’aurais immédiatement sauté de l’avion », a
déclaré M. Zelaya à Telesur. « Je fais tout ce que
je peux et les pilotes aussi », a-t-il ajouté,
avant que l’appareil ne rebrousse finalement
chemin. Le président déchu, qui doit s’entretenir
avec une délégation de l’Organisation des États
américains (OEA), a souligné qu’il lui « fallait
rentrer au pays », malgré l’interdiction des
nouvelles autorités. « À partir de demain
(aujourd’hui), la responsabilité revient aux
grandes puissances, notamment les États-Unis »
pour prendre « des actions immédiates contre ce
régime putschiste », a-t-il affirmé.
Coup d’État au Honduras L’OEA lance un
ultimatum de 72 heures
— Des milliers de Honduriens ont manifesté,
hier, à Tegucigalpa, pour le retour du président
déposé Manuel Zelaya, qui a exprimé le souhait
de rentrer au pays en dépit d’un mandat
d’arrestation contre lui.
Une supportrice du
président destitué Manuel Zelaya a manifesté
hier dans la capitale du Honduras,
Tegucigalpa. Le nouveau pouvoir a décidé de
suspendre plusieurs libertés, comme la liberté
d’association ainsi que le droit à la libre
circulation.
Des milliers d’autres manifestants ont pour leur
part témoigné, dans d’autres villes, de leur
appui au nouveau gouvernement soutenu par les
militaires. Aucun incident de violence n’a été
rapporté.
Le nouveau président désigné, Roberto
Micheletti, a déclaré qu’il faudrait une
invasion étrangère pour rétablir son
prédécesseur, en ajoutant qu’il mandatait une
délégation à Washington pour tenter de contrer
l’isolation croissante du nouveau régime, même
si son ministre des Affaires étrangères l’a
démentie.
Après la condamnation par l’Assemblée générale
de l’ONU du coup d’État contre le président
Manuel Zelaya, l’Organisation des États
américains (OEA) a lancé un ultimatum aux
auteurs du putsch, tandis que la France et
l’Espagne ont rappelé hier leurs ambassadeurs
respectifs dans le pays. Le Chili, l’Italie et
la Colombie ont aussi rappelé leur ambassadeur.
Le département de la Défense américain a par
ailleurs suspendu toutes les opérations
conjointes États-Unis– Honduras, tandis que la
Banque mondiale a gelé les prêts consentis au
Honduras. Aussi, trois pays limitrophes ont
suspendu les échanges commerciaux
transfrontaliers.
Inflexibles
Pour l’heure, les nouveaux dirigeants du
Honduras se montrent toutefois inflexibles.
Désigné président intérimaire par le Parlement
après le coup d’État, le président du Congrès
Roberto Micheletti a exclu catégoriquement de
rendre le pouvoir à Manuel Zelaya.
« Personne ne peut me forcer à démissionner si
je n’enfreins pas les lois du pays », a-t-il
déclaré mardi soir à l’Associated Press dans une
posture de défi envers l’ONU, l’OEA, les
États-Unis et les autres gouvernements qui ont
condamné le coup de force des militaires.
Manuel Zelaya a été renversé par l’armée et
expulsé de son pays dimanche avant l’aube,
quelques heures avant la tenue d’un référendum
constitutionnel, jugé illégal par la Cour
suprême, le Parlement et l’armée, destiné à
l’autoriser à briguer un second mandat. Le
président déchu, dont le mandat de quatre ans
s’achève normalement en janvier, a annoncé mardi
qu’il renoncerait à organiser la consultation
s’il était rétabli dans ses fonctions.
M. Micheletti , qui appartient au même Parti
libéral que M. Zelaya, estime que ce dernier « a
déjà commis des crimes contre la Constitution et
la loi ». « Il ne peut plus revenir à la
présidence de la République à moins que le
président d’un autre pays d’Amérique latine ne
vienne l’imposer par les armes », a-t-il
prévenu.
L’OEA a donné hier trois jours aux auteurs du
coup d’État pour rendre le pouvoir au président
Zelaya, faute de quoi le pays « risque d’être
suspendu » de l’organisation régionale, a
précisé son secrétaire général, José Miguel
Insulza, évoquant un « ultimatum » adressé à
Tegucigalpa. « Nous devons montrer clairement
que les coups d’État militaires ne seront pas
acceptés », a-t-il ajouté au cours d’une session
de l’OEA à Washington.
Ce délai de 72 heures, qui ouvre la possibilité
de négociations, a conduit Manuel Zelaya a
différer à ce week-end son retour au Honduras,
qu’il comptait initialement faire jeudi. Roberto
Micheletti prévient qu’il sera arrêté s’il
rentre au Honduras, bien que la présidente
argentine Cristina Kirchner-Fernandez, le
président équatorien Rafael Correa et les
patrons de l’OEA et de l’Assemblée générale de
l’ONU aient promis de l’accompagner.
Les États-Unis soutiennent Manuel Zelaya,
estimant qu’il n’y a pas d’autre solution
acceptable que son retour au pouvoir. Washington
envisage de suspendre son aide au Honduras, a
précisé Ian Kelly, porte-parole du département
d’État américain
Une crise institutionnelle plus
qu’une crise politique - Alexandre Sirois
QPourquoi
Manuel Zelaya a assisté
hier au Nicaragua à la réunion d’un bloc de
neuf pays, l’Alliance bolivarienne pour les
Amériques (ALBA), qui ont décidé de rappeler
leurs ambassadeurs au Honduras tant qu’il ne
serait pas rétabli dans ses fonctions. On voit
ici le président du Honduras (à gauche) en
compagnie de celui du Nicaragua, Daniel
Ortega, et de celui du Venezuela, Hugo Chavez.
ce coup d’État, le premier en Amérique centrale
depuis le début des années 90, a-til eu lieu? R
Le président Manuel Zelaya avait décidé
d’organiser un référendum très controversé pour
modifier la Constitution de l’État. Celle-ci, au
Honduras, limite les présidents à un seul mandat
de quatre ans. Or, M. Zelaya, élu en 2005,
voulait pouvoir se présenter à nouveau. La Cour
suprême du pays s’opposait à ce référendum. Tout
comme les membres du Congrès et l’armée, qui a
décidé d’intervenir. QQuel
genre de président était Manuel Zelaya ? R
Lorsqu’il a été élu, il se pré s ent a i t comme
u n conservateur. Au pouvoir, il s’est plutôt
comporté comme un émule d’Hugo Chavez, président
du Venezuela et fils spirituel de Fidel Castro.
« Zelaya a fait une conversion idéologique assez
remarquable. Il vient du Parti libéral. De la
droite. Au Honduras, c’est la droite qui
gouverne depuis toujours. Mais il a fait un
virage à gauche à la Chavez », indique le
directeur de l’Observatoire des Amériques de
l’UQAM, Victor Armony. QDans
la capitale, plusieurs manifestants défiaient
hier les militaires. Un appel à la grève a été
lancé par des organisations syndicales. Que
pensent les habitants du Honduras de ce coup
d’État ? R « Je suis sûr qu’entre 80 et 90% de
la population du Honduras est heureuse de ce qui
s’est passé aujourd’hui », a soutenu hier le
président désigné, Roberto Micheletti, ancien
président du Congrès. « Je me méfierais
hautement de ces déclarations », affirme pour sa
part Stéphanie Rousseau, spécialiste de
l’Amérique latine qui enseigne la sociologie à
l’Université Laval. « Il n’a pas donné de
preuves tangibles. S’il était aussi sûr de
l’appui populaire, je me demande pourquoi il
déclarerait un couvre-feu pendant 48 heures »,
lance-t-elle. QLa
situation pourrait-elle dégénérer ? R Le mot
d’ord re , hier , était « dialogue ». Tant le
président américain que les représentants de
l’Union européenne ont signalé leur désir de
favoriser des discussions pour résoudre la
crise. Jusqu’ici, sur le terrain, la situation
ne s’est pas encore envenimée. « C’est une crise
institutionnelle plus qu’une crise politique au
sens large », estime le directeur de
l’Observatoire des Amériques de l’UQAM, Victor
Armony. QComment
a réagi le président déchu? R « Je suis
président du Honduras », a-t-il lancé, peu de
temps après avoir été déporté aux Costa Rica par
l’armée de son pays. M. Zelaya s’est dit «
victime d’un kidnapping ». Il s’est ensuite
rendu au Nicaragua où il a participé, hier, à un
sommet des présidents d’Amérique centrale.
Aujourd’hui, il devrait prendre la parole aux
Nations unies. Il espère toujours être en mesure
de reprendre la tête du Honduras. QOn
a entendu hier aux quatre coins du monde des
appels pour que le président déchu soit rétabli
dans ses fonctions. Y compris aux États-Unis où
le président Obama a dit que Washington
considère toujours M. Zelaya comme le président
du Honduras. Quelles sont ses chances de faire
un retour? R Un retour est possible, mais pas
certain, affirme Stéphanie Rousseau de
l’Université Laval. Cette spécialiste rappelle
qu’en 2002, à la suite d’un scénario «
relativement similaire » au Venezuela, Hugo
Chavez était revenu au pouvoir rapidement. « Les
militaires et le Congrès au Honduras sont dans
une position extrêmement précaire, dit-elle. Ils
vont être très isolés au sein de la communauté
internationale. Ils devront à tout prix être
ouverts à un dialogue important qui va inclure
le président Zelaya lui-même. Il restait environ
six mois à son mandat. Ce sera difficile pour le
régime en place de le tenir à l’écart. Mais ce
n’est pas impossible. »
« Le gouvernement Harper doit prendre position »
- Daphné Cameron
Une soixantaine de manifestants se sont
rassemblés devant le complexe Guy-Favreau hier
soi r pour dénoncer le coup d’État survenu
dimanche au Honduras. Les protestataires – la
plupart d’origine latinoaméricaine – ont
également demandé au gouvernement Harper de
dénoncer le caractère antidémocratique de
l’expulsion du président Manuel Zelaya.
« Les pays du G8, l’ONU et l’ambassade
américaine se sont tous prononcés contre
l’expulsion du président alors que le
gouvernement Harper n’a pas encore pris position
», a expliqué Rafael Marroquina, organisateur de
la manifestation et membre du Comité contre le
coup d’État au Honduras.
« Nous demandons au Canada non seulement de se
prononcer contre le coup d’État, mais également
d’entreprendre des mesures économiques,
diplomatiques et sociales pour faire pression
sur la nouvelle autorité politique », a-t-il
poursuivi.
Hondurien d’origine, Alonso Galindo était
présent au rassemblement d’hier dans l’espoir
que la pression internationale prévienne un
affrontement armé.
«
L’expulsion du président par l’armée démontre
une attitude rétrograde qui est contraire à tous
les changements positifs que nous avons vécus
dans les dernières années en Amérique latine, a
expliqué celui qui a immigré au Québec il y a
deux ans. Le président Zelaya doit terminer son
mandat. Par la suite, ce sera au peuple de
décider démocratiquement de la suite des choses.
»
Avant d’être escorté au Costa Rica dimanche, le
président Zelaya était sur le point d’organiser
un référendum pour prolonger son mandat. Cette
mesure a été jugée illégale par la Cour suprême.
« Je ne suis ni du côté du président, ni du côté
des militaires, a dit une manifestante, Judith
Chafoya. C’est la façon dont cela s’est produit
que je dénonce. Même s’il voulait prolonger son
mandat, il voulait le faire à la suite d’un
processus de consultation publique. Ce coup
d’État envoie le message que les groupes armés
peuvent se débarrasser des chefs d’État dès
qu’ils ne défendent pas leurs intérêts. On ne
peut pas déloger quelqu’un qui a été élu par le
peuple. »
Dimanche, à Ottawa, le ministre d’État des
Affaires étrangères (Amériques), Peter Kent, a
condamné le coup d’État et demandé à toutes les
parties de faire preuve de « retenue » et de «
rechercher une solution pacifique » à la crise
qui respecte les « normes démocratiques ».
HONDURAS Grèves et « blocages » de
l’économie
—
Environ 3000 partisans de Manuel Zelaya, le
président déchu du Honduras, ont manifesté hier
matin dans le centre de Tegucigalpa et appelé à
multiplier les « blocages » de routes et
d’activités économiques.
« Nous avons donné pour instructions aux
syndicats et aux organisations sociales
d’intensifier les blocages de routes et la
paralysie de secteurs clés de l’économie », a
déclaré le coordonnateur du Bloc populaire, qui
organise les manifestations proZelaya, Juan
Barahona.
Le
Bloc populaire réclame le retour au pouvoir de
M. Zelaya, expulsé du pays par l’armée le 28
juin et remplacé par le président du Congrès,
Roberto Micheletti.
« Nous allons poursuivre la résistance pacifique
malgré la répression subie hier », a poursuivi
M. Barahoma. Deux partisans de M. Zelaya ont été
tués dimanche par l’armée, selon la police,
tandis qu’ils attendaient à l’aéroport le retour
finalement avorté de « leur » président.
Le
président du Honduras expulsé au Costa
Rica - Ana Fernandez
—
Des mi l itaires agissant sur ordre de la justice
ont arrêté hier matin puis expulsé au Costa Rica
le président du Honduras, Manuel Zelaya, sur le
point d’organiser une consultation populaire pour
prolonger son mandat, jugée illégale par la Cour
suprême.
La résidence
présidentielle où Manuel Zelaya a été arrêté
hier par l’armée.
Le président du Congrès, Roberto Micheletti, a été
désigné quelques heures plus tard nouveau chef de
l’État du Honduras par le Parlement, et a décrété
un couvre-feu de 48 heures dans ce pays d’Amérique
centrale.
« Nous reconnaissons Zelaya comme étant le
président constitutionnel régulièrement élu du
Honduras. Nous n’en voyons pas d’autre », a réagi
peu après un responsable du gouvernement américain
qui a requis l’anonymat.
Le président américain Barack Obama s’était
précédemment dit « profondément préoccupé » par la
situation au Honduras et sa secrétaire d’État
Hillary Clinton avait condamné des actions qui «
violent les principes de la Charte démocratique
interaméricaine ».
L’assemblée générale des Nations unies se réunira
en urgence aujourd’hui pour examiner la situation
politique dans le pays, et le secrétaire de l’ONU,
Ban Ki-moon, a d’ores et déjà demandé que le
président Zelaya soit rétabli dans ses fonctions.
Condamnations
Partout dans le monde, les condamnations de cette
éviction se sont multipliées et notamment dans les
rangs de la gauche radicale latino-américaine,
dont M. Zelaya s’était rapproché ces dernières
années après avoir été élu en 2006 sous
l’étiquette de conservateur.
À
Tegucigalpa, des centaines de manifestants ont
réclamé son retour devant le palais présidentiel,
entouré par des dizaines de soldats et des chars.
Les retransmissions des chaînes de télévision et
de radio ont été interrompues, l’aéroport
international a été fermé, l’électricité et les
communications ont été coupées dans la capitale.
« Si les États-Unis ne sont pas derrière ce coup
d’État, les putschistes ne pourront pas conserver
le pouvoir », a déclaré le président Zelaya,
encore vêtu du pyjama dans lequel il a été
expulsé, à son arrivée à San José.
Huit de ses ministres ont aussi été arrêtés par
les forces armées, a indiqué à l’AFP un
fonctionnaire du gouvernement.
L’ambas s adeu r de Cuba au Honduras , Juan Ca
rlos Hernandez, a également déclaré avoir été
brièvement arrêté et frappé par des militaires,
alors qu’il essayait de protéger la ministre
hondurienne des Affaires étrangères, Patricia
Rodas, avec l’aide de ses homologues du Venezuela
et du Nicaragua.
L’armée n’a pas commis de « coup d’État », a
affirmé M. Micheletti au cours d’une conférence de
presse. Les militaires se sont limités à «
exécuter une décision de justice », prononcée
parce que M. Zelaya « enfreignait les lois du pays
», a-t-il expliqué.
Consultation illégale
La Cour suprême du Honduras avait auparavant jugé
illégale la consultation populaire que le chef de
l’État, élu pour un mandat de quatre ans non
renouvelable, voulait organiser hier pour ouvrir
la voie à une révision de la Constitution lui
permettant de briguer un deuxième mandat le 29
novembre.
ZELAYA ARRIVE AU NICARAGUA
Le président du Honduras expulsé de son pays,
Manuel Zelaya, est arrivé hier soir au Nicaragua
pour un sommet extraordinaire de l’Alliance
bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et du bloc
centro-américain, qui appellent à le rétablir dans
ses fonctions, a constaté un photographe de l’AFP.
M. Zelaya a été accueilli à l’aéroport de Managua
par le président du Nicaragua Daniel Ortega et le
président vénézuélien Hugo Chavez. M. Ortega assure
la présidence tournante du Système d’intégration
centraméricaine (SICA), et M. Chavez avait appelé à
un sommet urgent de l’ALBA. À Mexico, le président
Felipe Calderon s’apprêtait à se rendre à Managua
pour la réunion du SICA, ont annoncé ses bureaux
dans la soirée.
Pas besoin d’amis - FRÉDÉRIC BOISROND
L’aide de 10 milliards ira à des ONG qui ne font
pas de transfert de compétences auxHaïtiens
Et après la reconstruction? Une fois que les
Haïtiens seront hébergés, les enfants retournés
à l’école… Rien.
Un pays se construit en développant des
mécanismes de participation à l’économie
mondiale. Dans cette optique, il n’y a pas de
place pour l’amitié. Depuis 1801, les pays amis
d’Haïti ont tout fait pour empêcher le pays de
participer à l’économie mondiale. Les résultats
de la réunion du 31 mars 2010 à l’ONU
s’inscrivent dans une succession d’obstacles
pour maintenir les Haïtiens dans la pauvreté.
L’indépendance d’Haïti a été réalisée parce que
Napoléon Bonaparte a refusé le projet de
constitution élaboré en 1801 par Toussaint
Louverture. L’article 3 de cette première
constitution disait que sur le territoire, tous
les hommes naissent, vivent et meurent libres et
Français. La constitution de 1801 n’était rien
d’autre qu’un projet de souveraineté-association
avec la France qui prévoyait des mécanismes
d’échanges économiques avec la métropole.
Toussaint Louverture était le premier et le
dernier chef d’État haïtien à avoir eu une
vision qui positionnait le pays pour une
participation dans l’économie mondiale.
Le refus de Bonaparte est le premier obstacle
qui a provoqué en 1804, une guerre qui a ruiné
toutes les chances d’Haïti. Cette victoire
spectaculaire est aussi un fardeau au
développement puisque Haïti est devenu
indépendant 50 ans avant la révolution
industrielle avec une imposante dette de guerre.
Deuxième obstacle: Les présidents américains
Jefferson, Madison et Monroe n’ont pas reconnu
la république haïtienne. C’est en 1862 que le
gouvernement de Lincoln l’a fait. Trop tard.
Isolé du marché américain, des développements
techniques et des innovations de l’époque, Haïti
prendra un retard irrécupérable et ratera le
rendez-vous avec la révolution industrielle de
1850 et avec tous les autres changements
structurels qui s’en suivront.
Troisième obstacle: le pays a connu des crises
successives de leadership dont la conséquence
est une absence de vision. Depuis les années 50,
Haïti forme des professionnels qu’elle est
incapable d’intégrer dans des structures
économiques et sociales. Ce sont les pays amis
d’Haïti qui ont profité de l’exode de ses
cerveaux. Ce sont les pays amis d’Haïti qui ont
organisé l’exil des gouvernants qui se sont
succédé au pouvoir empêchant ainsi de les juger
pour leurs malversations. Les amis ont ainsi
régularisé l’impunité et empêché cette société
de renforcer ses règles de gouvernance.
Résultats: les Haïtiens votent pour les gens qui
leur paraissent les moins menaçants. Ils ont élu
des politiciens sans programme, sans projet de
société et sans vision. Ne soyons pas étonnés
que la classe politique haïtienne soit incapable
de saisir les opportunités de cette crise pour
développer et structurer l’économie du pays.
Le dernier obstacle au développement d’Haïti
vaut 10 milliards de dollars. Cette somme,
promise lors de la réunion du 31 mars, ira en
grande partie à des ONG dont la grande majorité
ne font pas de transfert de compétences aux
Haïtiens, ce qui place le pays dans une
situation de dépendance. Des centaines d’ONG
sont présentes en Haïti depuis plus de 30 ans et
le pays était encore le plus pauvre de
l’hémisphère Nord. On ne construit pas un pays
avec des petites coopératives de travailleurs,
ni en donnant des biscuits achetés en Suisse, ni
avec des ateliers demisère, ni en parrainant des
enfants. Ça ne fait que soulager la conscience
de l’un et nourrir la misère de l’autre.
Le 31 mars, les amis d’Haïti ont promis
d’investir 10 milliards pour financer la
reconstruction. Et après? Une fois que les
Haïtiens seront hébergés, les enfants retournés
à l’école… et après? Rien. La stratégie des pays
amis d’Haïti ne prévoit pas de création de
travail pour les Haïtiens et les Haïtiennes ni
des mesures pour permettre la production de
biens qui respectent les standards
internationaux et ainsi favoriser la
participation du pays à l’économie mondiale.
Haïti
n’a pas besoin d’amis. Le pays a besoin de
partenaires économiques. Il faut des leaders
capables d’identifier et de mettre en
perspective les atouts du territoire et de
développer les ressources humaines pour
concurrencer avec le marché international.
L’amitié ne pourra que redonner à Haïti que la
place qu’elle occupait avant le 12 janvier, le
pays le plus pauvre de l’hémisphère nord.
Le bruit est revenu - Philippe
Mercure
Dans certains coins de la ville, on croirait
presque que rien n’est arrivé. On pouvait même
acheter des fleurs, hier, dans les rues de
Port-au-Prince.
Rue Saint-Honoré, à Port-au-Prince. Un homme
transporte de larges plaques de tôle tordues sur
sa tête. Des adolescents vêtus de t-shirts des
Nations unies chargent des débris dans un
camion. Une vieille dame qui n’a qu’une jambe
rampe dans la rue poussiéreuse en s’aidant de
ses bras, tirant péniblement deux lourds sacs de
riz.
Unmois après le séisme du 12 janvier, ce qui
frappe à Port-au-Prince, c’est l’activité qui
l’anime. Une activité chaotique, soutenue par
une aide internationale qui s’empêtre encore et
qui s’attaque à des problèmes qui semblent
insurmontables. Mais une activité tout de même.
Des progrès? Il y en a eu. La quasi-totalité des
rues ont maintenant été dégagées des débris. Les
stations-service sont ouvertes et on n’attend
plus pour l’essence.
« Il y a trois semaines, le plein coûtait 290 $
US. Aujourd’hui, il coûte 50$ US », dit Rodney
Goby, le chauffeur qui conduit des journalistes
de La Presse depuis un mois dans son tacot où
joue toujours à tue-tête la même cassette de
reggae.
Conséquence : un trafic infernal assaille
aujourd’hui Port-au-Prince, davantage compliqué
par les opérations de distribution de
nourriture. Le bruit des klaxons ne s’estompe
que la nuit, laissant place aux aboiements des
chiens et aux coups de feu occasionnels.
« Les premiers jours, les Haïtiens marchaient
sans parler. Là, le bruit est revenu », constate
Jean-François Labadie, un Québécois installé
ici.
Dans certains coins de la ville, on croirait
presque que rien n’est arrivé. Des filles
superbes circulent entre les voitures en vendant
des bananes frites. Les marchands ont étalé
fruits, chaussures et téléphones cellulaires
dans la rue. On pouvait même acheter des fleurs,
hier, dans les rues de Port-au-Prince.
Reste que les problèmes sont partout, criants,
immenses. Dans la nuit de mercredi à hier, une
brève mais forte averse – l’une des rares depuis
le séisme – a rappelé à quel point la situation
des centaines de milliers de sans-abri est
précaire.
« Tout était mouillé. On a eu froid. On a très
peur qu’il pleuve encore », dit Yolène Tercine,
rencontrée dans le stade transformé en camp de
déplacés. Sa maison se résume à quatre bouts de
bois surmontés d’une nappe de cuisine. Elle s’y
entasse avec ses trois enfants et trois autres
qu’elle a recueillis.
Avec la saison des pluies qui menace, impossible
de surestimer l’ampleur du désastre qui point.
Partout dans la ville, des affiches « We need
help » tentent d’attirer l’attention des
secouristes sur les camps plus petits et plus
difficiles à trouver.
Le palais présidentiel et la cathédrale, les
grands symboles de la ville, gisent toujours,
béants et à demi écrasés. Sur d’autres bâtiments
aplatis comme des galettes, on a écrit « À
démolir » à la peinture rouge – on voit mal
comment on pourrait en faire autre chose.
« On ne fait pratiquement plus d’opérations et
d’amputations », dit Wordy Nicolas, un médecin
venu de Floride. Malaria, tétanos, diarrhées,
maladies de peau et infections urinaires sont
maintenant au programme.
Les morts, eux, ont été enterrés, et il faut
chercher longtemps pour voir un cadavre à
Port-au-Prince.
Même à Titanyen, une fosse commune à l’écart de
la ville où plus de 70 000 morts ont été
enterrés, rien ne paraît. Que du sable retourné,
plein de cailloux et une croix tendue vers le
ciel.
Le port rempli de navires a des allures de zone
de guerre, les routes qui conduisent à la
campagne sont bordées des débris de la ville
qu’on y a jetés, les hélicoptères bourdonnent
dans le ciel. Et les Haïtiens, eux, prient jour
et nuit avec ferveur.
Confusion de chiffres - Agnès Gruda
Un
mois après le séisme, le bilan du tremblement de
terre est constitué d’une série de chiffres dont
la plupart demeurent approximatifs. Les
statistiques reconnues proviennent généralement du
gouvernement. Mais les dirigeants haïtiens ne
s’entendent même pas entre eux sur le nombre de
victimes.
Au
cours des derniers jours, des estimations
contradictoires, variant entre 170 000 et 270 000
morts, ont été diffusées tour à tour par le
président, René Préval, et la ministre des
Communications, Marie-Laurence Lassègue. « Elle ne
sait pas de quoi elle parle », a lancé René Préval
à une conférence de presse à laquelle assistait
également sa collègue!
Défis simultanés - FRANÇOIS GÉLINEAU ET
RICHARD NADEAU
La reconstruction des infrastructures en Haïti
passe par la consolidation de la démocratie
Au moment du tremblement de terre du 12 janvier,
Haïti se préparait à tenir des élections
législatives. Prévues pour le 28 févr ier, elles
devaient être suivies quelques mois plus tard de
l’élection présidentielle. Plusieurs
observateurs internationaux avaient signalé que
ces scrutins allaient fournir l’occasion de
démontrer que la démocratie haïtienne pouvait
maintenant voler de ses propres ailes.
Personne ne s’imaginait qu’elle allait être
confrontée à un tout autre test, celui de se
relever d’une catastrophe naturelle sans
précédent. Quel sera l’effet de ce séisme sur
l’évolution du processus démocratique émergent
en Haïti? Les avis sont partagés sur cette
question. Une chose semble claire cependant.
Après l’urgence viendra la reconstruction. Et
une reconstruction viable en Haïti passe par la
consolidation de la démocratie.
La situation actuelle en Haïti est
exceptionnelle. L’ampleur du désastre est telle
qu’il est plutôt difficile de reprocher au
gouvernement d’avoir eu de la difficulté à
réagir avec rapidité et cohérence au lendemain
du tremblement de terre. À un moment donné, les
équipes d’urgence quitteront Haïti et les
travaux de reconstruction débuteront. Tout est à
refaire. Et comme si cela n’était pas assez,
l’instabilité politique dans ce pays a miné avec
le temps la confiance de la population envers la
classe politique.
Une fois l’urgence passée, les Haïtiens devront
donc s’atteler à deux tâches colossales :
consolider un processus démocratique fragile,
difficilement restauré lors des élections de
2006, et reconstruire pour l’essentiel les
infrastructures de leur pays. Ces deux tâches
devront être relevées simultanément.
Le
défi est de taille et les embûches sont
nombreuses. D’un point de vue constitutionnel,
le mandat des 99 représentants de la Chambre des
députés et de 10 des 30 sénateurs viendra à
échéance dans les prochains mois, après quoi il
ne restera plus que 20 sénateurs en guise de
législature. Il en va de même pour le mandat de
la totalité des élus régionaux. Pour sa part, le
mandat du président expirera le 7 février 2011.
C’est donc dire que d’ici quelques mois, l’État
haïtien sera presque entièrement dépouillé de
représentants élus.
Cette situation rend diff icile l’exercice d’un
leadership fort et légitime. Sans Parlement, le
gouvernement dirigera seul, isolé par l’absence
de mécanismes de représentation populaire. Le
déploiement de l’effort de reconstruction est
susceptible d’être entravé par cette situation.
On a beaucoup évoqué par exemple l’idée que
cette reconst ruct ion devait passer par la
décentralisation, le développement régional et
la participation citoyenne. Or, comment mettre
en pratique ce développement régional en
l’absence d’autorités gouvernementales
régionales légitimes et dotées de ressources
suffisantes ? Comment inclure les citoyens dans
ce processus et restaurer la confiance envers la
démocratie sans mécanismes de représentation
adéquats ?
Il est évidemment irréaliste de croire qu’il
soit possible et nécessaire de tenir toutes ces
élections ( présidentiel, législatives et
locales) rapidement. Le pragmatisme s’impose
dans l’immédiat. Mais c’est au nom de ce même
pragmatisme, en ayant à l’esprit l’objectif
d’une reconstruction viable d’Haïti qu’il faudra
consolider et relancer le processus électoral
dans ce pays.
Il convient sans doute que le leadership du
gouvernement actuel soit réaffirmé durant
l’actuelle situation d’urgence que traverse
Haïti. Mais il faut aussi commencer à prévoir
dès maintenant les moyens qui seront mis en
place pour relancer le processus démocratique
lorsque s’amorcera la phase de reconstruction du
pays.
Les Haïtiens devront participer de plain-pied
aux débats qui façonneront l’avenir de leur
pays. Seul un processus électoral clair et
transparent permettra à la population haïtienne
de faire entendre sa voix et de confier à des
représentants qui jouiront de sa confiance le
mandat de rebâtir leur pays dans le sens de ses
intérêts. Voilà pourquoi la reconstruction
d’Haïti passe par la consolidation des assises
démocratiques et du processus électoral dans ce
pays.
MANQUE DE MATURITÉ -
Jean-François Labadie
Haïti n’est pas en mesure de coordonner l’aide
internationale… elle-même désorganisée
Nous sommes plusieurs sur le même chantier et
comme de mauvais danseurs, on se marche souvent
sur les pieds.
On souligne les deux premières semaines de la
nouvelle vie post-tremblement de terre. En
venant travailler à Haïti, ma conjointe et moi,
nous étions préparés aux crises sociales
marquées par la violence, à une criminalité
importante ou encore aux ouragans. Aucune
préparation pour faire face aux tremblements de
terre. Peuton vraiment s’y préparer ?
Logistiquement, c’est certain, humainement,
moins sûr.
Haïti a besoin d’être
pris en charge par une communauté
internationale sensible. L’État n’a ni les
moyens ni les pratiques pour accueillir de
manière minimalement coordonnée l’aide
internationale.
On a bien évidemment vécu toutes les formes de
secousses possibles, à un degré moindre sur
l’échelle de Richter que les familles
haïtiennes, toutefois. Notre statut de coopérant
blanc (étranger) nous donnait accès à des
conditions de vie inégalables dans le contexte,
pour ne pas dire inconfortables...
La poussière tombe lentement à la suite du choc
initial même si les sources de frustration
continuent de s’accumuler. L’aide n’arrive pas
rapidement, et pas partout. Les employés qui
travaillent au sein de notre projet et qui
vivent dans les camps n’ont pas encore vu un
casque bleu leur remettre un petit sac de
provisions, de l’eau… Les camps où ils vivent
sont-ils sur une liste? Est-ce qu’une liste
existe?
Lors de la crise du verglas, les monteurs de
lignes américains ont été accueillis par la
direction d’Hydro-Québec. Carte du réseau de
distribution en main, on leur a attribué des
zones d’intervention et du personnel de liaison
francophone pour coordonner le travail avec les
équipes locales. Je ne faisais que regarder M.
Caillé de mon téléviseur à l’époque, mais
j’imagine que les choses se sont déroulées de la
sorte.
Ici, l’État n’a ni les moyens ni les pratiques
pour accueillir de manière minimalement
coordonnée l’aide internationale. En fait,
l’État est sous les décombres depuis le
tremblement de terre, et dans le ciment avant !
Le fonctionnement de l’État haïtien fait l’objet
depuis plusieurs années d’intervention
internationales (celle dans laquelle je baigne
depuis plus d’un an, entre autres) visant à
améliorer la gouvernance, nouveau «buzzword». on
pouvait observer certaines améliorations dans
les pratiques de gouvernance, le défi restait
toujours titanesque.
Je me répète, on ne retrouve ni les moyens ni
les pratiques (donc les connaissances) pour se
doter minimalement de moyens de gérer
l’intervention publique. Ce constat a été
amplement documenté par les organisations
internationales.
En fonction des différents champs d’action,
l’amélioration de la gouvernance était l’une des
trois priorités de l’action canadienne à Haïti
avant le séisme. Beaucoup de nos comparses des
autres organisations internationales aussi. Même
si Entre le constat et le changement, il y a
quelques étapes (minimalement méthodologiques!)
à mettre en place. Appui technique, formation,
soutien logistique, et j’en passe.
Nous sommes plusieurs sur le même chantier et
comme de mauvais danseurs, on se marche souvent
sur les pieds. Le ministre haïtien de la Santé
nous lançait très souvent cette critique : le
manque de coordination des interventions
internationales dans son ministère, en plus de
rendre l’aide en partie inefficiente, pouvait
même avoir un effet déstructurant sur les
pratiques de ses fonctionnaires. Quand ton
collègue médecin, qui travaille dans le même
hôpital, gagne trois fois plus que toi parce
qu’il a été recruté par une organisation
internationale afin de prendre en charge
certains types de pathologies… Pour avoir vu ce
genre de situation de mes propres yeux depuis
plus d’un an, je partage tout à fait l’opinion
de mon ministre. Cette coordination ne repose
bien évidemment pas que sur les acteurs en
place, mais également sur des politiques d’aide
définies dans les capitales des pays riches ou
aux sièges des organisations internationales.
Ces deux constats très généraux ne décrivent pas
totalement une réalité nettement plus complexe,
mais ilsme semblent délimiter un terrain
d’analyse pour la suite. Pensons à la corruption
qui s’installe plus facilement dans une
structure étatique désorganisée où les
conditions de travail ne permettent pas de
survivre, et qui est entretenu pas des pratiques
salariales «destructurantes» de la part des
organisations internationales. Pensons au manque
de formation des fonctionnaires de l’État,
pensons à la culture organisationnelle…
La reconnaissance de ses propres limites me
semble être le défi des prochaines semaines.
Reconnaissance par l’État haïtien d’un urgent
besoin d’une prise en charge par une communauté
internationale intelligente, donc sensible. Même
si la tutelle est un mot banni du vocabulaire
dans certains cercles intellectuels et même si
certains pays aidants ont la tutelle musclée, la
communauté internationale doit pouvoir offrir un
encadrement formateur à la fonction publique
haïtienne afin que cette dernière soit en mesure
de soutenir le développement de sa population.
Cet appui ne peut pas être que de béton et
d’équipement, il devra viser l’amélioration des
pratiques. La communauté internationale doit
quant à elle reconnaître l’inadéquation de
plusieurs de ses stratégies, mais surtout, elle
devra sortir dumode «compétition internationale
» dans laquelle elle peut facilement glisser et
qui rend impossible toute coordination et
cohérence d’action. La guerre du drapeau sur la
devanture des édifices neufs ne mène nulle part.
Ils sont près de neuf millions d’Haïtiens à
attendre que leur gouvernement et la communauté
internationale gagnent en maturité. Ne perdons
pas l’occasion que nous offre ce grand
tremblement de terre pour relever le défi.
De l’argent qui dort - Réal
Barnabé
Il est temps que la diaspora haïtienne
s’implique
L’auteur dirige Réseau Liberté International,
une ONG qui, depuis 1997, mène des programmes
d’appui aux médias haïtiens. Selon la Banque
interaméricaine de développement ( BID), les
Haïtiens vivant à l’étranger expédient à leurs
proches en Haïti presque 2 milliards de dollars
américains par année. Plus de 30% des Haïtiens
restés au pays bénéficient de ces transferts (en
moyenne dix versements de 150$ par année). Cet
argent va essentiellement à la consommation –
achats de biens de première nécessité,
nourriture, vêtements, logement, gaz, eau et
électricité – et au paiement des droits de
scolarité (l’enseignement primaire et secondaire
est généralement payant en Haïti).
Des membres inquiets de
la communauté haïtienne de Montréal se sont
rassemblés dans les jours suivant le séisme.
Le tiers de la population haïtienne vit à
l’extérieur du pays.
Il y a dans la diaspora de l’argent qui dort et
qui pourrait être consacré au développement
économique du pays. Plusieurs Haïtiens
aimeraient investir dans leur pays d’origine
mais hésitent à le faire pour des raisons
diverses, dont la crainte de perdre cet argent.
D’où l’idée de la création d’un fonds
d’investissement et de développement géré de
manière rigoureuse et qui aurait des
préoccupations de rentabilité. Cette idée a été
évoquée à Montréal, le 11 décembre 2004, au
cours de la Conférence de la diaspora haïtienne.
Depuis, plusieurs groupes, dont la Chambre de
commerce et d’industrie haïtiano-canadienne
(CCIHC), se sont activés dans ce dossier. La
CCIHC s’est assurée de l’appui d’institutions
financières canadiennes qui sont prêtes à mettre
à sa disposition leur expertise et leurs
conseils. Il est temps que ce fonds soit mis sur
pied.
En vertu de la constitution haïtienne, une
personne qui prend une nouvelle citoyenneté
renonce implicitement à la citoyenneté
haïtienne. Ce refus de la double citoyenneté est
un obstacle qui nuit à l’engagement de la
diaspora dans le développement du pays. Le
président, René Préval, a promis, il y a plus de
quatre ans, de modifier la constitution pour
autoriser la double citoyenneté. Il n’a pas pu
tenir sa promesse.
Mais il faut aller plus loin. Il faut autoriser
le vote des Haïtiens de la diaspora et, comme le
font maintenant plusieurs pays, permettre
l’élection de députés les représentant. Ce
serait une excellente façon de faire comprendre
aux Haïtiens de l’étranger qu’on les attend pour
reconstruire le pays.
Selon le géographe Georges Anglade, mort à
Port-au-Prince la semaine dernière au cours du
tremblement de terre, les principales
communautés haïtiennes à l’étranger se
retrouvent (relevé daté de janvier 2009) aux
États-Unis (2,5 millions de personnes), en
République dominicaine (750 000), à Cuba (400
000), au Québec (132 000) et en France (100
000). Ces communautés sont divisées entre elles.
Il est temps qu’elles mettent de côté leurs
divergences et qu’elles s’unissent dans une
sorte de lobby international pour défendre Haïti
et contribuer à son développement.
L’État haïtien est trop faible pour gérer un
éventuel plan de reconstruction. Paul Collier,
l’ancien conseiller du secrétaire général de
l’ONU sur Haïti, l’a encore affirmé cette
semaine. Une tutelle internationale est
impensable pour Haïti. La cogestion proposée par
Collier (pays donateurs, organismes
internationaux, État haïtien) serait un
mécanisme lourd, proche de la tutelle.
Pour des raisons historiques, des protectorats
américains ou français ou même une cogestion
avec ces pays relèvent de l’utopie. J’ai proposé
cette semaine un partenariat haïtiano-canadien
qui serait sollicité par Haïti et négocié dans
le respect de sa souveraineté pour gérer le pays
et son plan de reconstruction, le temps qu’il
faudra. Pourquoi ne pas bonifier cette
proposition en y incluant comme partenaires le
Brésil, déjà très impliqué en Haïti, et la
diaspora (selon un mécanisme à inventer) qui,
après tout, représente plus ou moins le tiers de
la population haïtienne mondiale?
Une espérance têtue - Rachel
Vinet
L’auteure est soeur du Bon Conseil de Montréal.
En 1988, je suis arrivée en Haïti avec deux
compagnes. Au fil des ans, nous avons implanté
avec les Haïtiens un centre communautaire appelé
Sant Sosyal la Konbit (Centre social la Corvée),
où il y a divers groupes : groupes de jeunes, de
femmes, d’enfants, de voisinage.
Ce centre est maintenant dirigé de main de
maître par les Haïtiens. Lors de mes voyages
d’amitié et de solidarité à Jacmel, j’ai pu
constater leur grande créativité et leur
dynamisme. Le fait de partager la même culture
les rend plus efficaces et plus pertinents. Leur
crédibilité dans la population est évidente.
Ces années d’expérience m’auront appris que les
Haïtiens sont des gens qui, étonnamment,
rebondissent toujours, ils ont une capacité de
résilience incroyable, un courage à toute
épreuve, et j’ajouterai une espérance têtue.
Leurs conditions de vie sont si précaires que je
me demande souvent où ils puisent cet espoir.
Probablement dans la foi. Cette foi a toujours
constitué pour eux un moyen de se tenir debout.
Autrefois, cette foi était habitée par la
superstition et une telle catastrophe aurait été
interprétée par la majorité comme une punition
du ciel, mais aujourd’hui, les Haïtiens sont
plus ouverts, l’éducation a fait petit à petit
son chemin. Ils savent maintenant arriver à
leurs propres conclusions et trouver des
solutions dans la réflexion.
Mais cette fois, si ce pays si fragile a été
frappé par une telle force, le coup est si dur,
le désastre est si grand que je ne saurais dire
comment ils réagiront. Toutefois, il me semble
que dans quelques semaines ils auront encore le
courage de dire : pa pè n’ap kenbe nou pap lage
(N’ayez pas peur, nous tiendrons, nous ne
lâcherons pas).
Plus jamais comme avant - Samuel Pierre
Deux spécialistes avaient prédit le violent
séisme
Il faudra une reconstruction, non pas des seuls
édifices publics, mais d’une véritable société
moins inégalitaire fondée sur le droit, le
partage, la solidarité et l’éducation.
« Port-au-Prince est construite sur une grande
faille qui part de Pétion-Ville, traverse toute
la presqu’île du Sud, pour aboutir à Tiburon. En
1751 et en 1771, cette ville a été complètement
détruite par un séisme. Je parie mes yeux que
cela se reproduira. La science peut aisément le
confirmer », avait déclaré Patrick Charles, 65
ans, géologue et ancien professeur à l’Institut
de Géologie appliquée de La Havane au quotidien
haïtien Le Matin, édition du 25 septembre 2008,
dans un article intitulé « Haïti/Menace de
catastrophe naturelle/Risque sismique élevé sur
Port-au-Prince », paru sous la plume de Phoenix
Delacroix.
Et voilà! La catastrophe annoncée s’est réalisée
mardi en fin de journée, entraînant dans son
sillage un cortège de malheurs dont Haïti, pays
déjà très meurtri, n’avait pas besoin. Une
nouvelle fois, la nature a décidé de donner le
coup de grâce, comme si la fatalité dont ce
peuple est victime avait besoin d’augmenter
d’intensité. La nature a décidé de détruire de
façon aveugle et sans discrimination,
s’attaquant à tout ce qui restait de symboles et
de repères à un pays déjà exsangue.
On savait déjà que Port-au-Prince était une
ville vulnérable, très vulnérable, avec une
exploitation très anarchique de l’espace urbain
et des normes déficientes de construction qui ne
tiennent pas assez compte de l’occurrence de
secousses sismiques. Pourtant, celles-ci ont
frappé à plusieurs reprises certaines régions du
pays. En effet, les trois dernières secousses,
somme toute mineures, ont été enregistrées dans
la grande région de Port-au-Prince entre le 1er
et le 12 septembre 2008 à Pétion-Ville, Delmas,
Croix-des-Bouquets, plaine du Cul-de-sac. « Ces
secousses mineures sont inquiétantes. Elles
annoncent généralement des séismes de plus forte
intensité », avait alors déclaré le directeur du
Bureau des Mines et de l’Énergie (BME),
l’ingénieur Dieuseul Anglade, qui avait ajouté :
« Durant deux siècles, aucun séisme majeur n’a
été enregistré dans la capitale haïtienne. La
quantité d’énergie accumulée entre les failles
nous fait courir le risque d’un séisme de 7,2
d’amplitude sur l’échelle de Richter… ce serait
une catastrophe. » Le séisme de mardi avait 7,0
d’amplitude!
Maintenant
que Port-au-Prince, la capitale du pays, est
détruite, que de nombreuses personnes en sont
mortes ou portées disparues, que le patrimoine
immobilier est démoli, que les familles sont en
deuil, l’urgence réside dans le secours à porter
à la population frappée physiquement,
psychologiquement et matériellement par cette
calamité sans précédent. La population est sous
le choc et le restera pour longtemps encore,
avec les traumatismes que l’on peut imaginer.
Haïti ne sera plus jamais comme avant. C’est la
nature qui en a décidé ainsi.
Mais, une fois que le temps de l’urgence sera
révolu, il faudra passer à une nouvelle phase
plus laborieuse de réparation des dégâts que
l’Homme et la nature se sont faits l’un à
l’autre, il faudra passer à la reconstruction
sur des bases plus solides, non pas des seuls
édifices publics dont on regrette la
disparition, mais d’une véritable société moins
inégalitaire fondée sur le droit, le partage, la
solidarité, l’éducation, le respect de
l’environnement et le culte du bien commun.
Société qui ne saurait se construire dans
l’urgence, mais dont la situation actuelle
favorise l’émergence!
Oui, Haïti en est capable, si la solidarité
internationale peut aller au-delà des promesses,
se préoccupe aussi des problèmes de fond et ne
se borne pas à traiter l’urgence, comme cela a
été trop souvent le cas. Oui, Haïti le pourra
s’il arrive à articuler une planification
stratégique et une approche participative
fondées sur une utilisation efficace des
ressources disponibles tant à l’intérieur qu’à
l’extérieur du pays.
« On ne va pas vous laisser seuls »
- Nicolas Bérubé
Obama débloque une aide de 100 millions et met à
contribution les anciens présidents Clinton et
Bush pour diriger une collecte de fonds
LOS ANGELES — Le président Barack Obama a
débloqué hier une aide de 100 millions de
dollars pour Haïti, dans la foulée de ce qui
sera « le plus grand effort de secours de notre
histoire récente ».
PHOTO CHARLES DHARAPAK, ASSOCIATED
PRESS
Le président Barack
Obama était accompagné du vice-président Joe
Biden lorsqu’il a annoncé hier à la
Maison-Blanche l’important effort de secours
que les États-Unis s’engagent à faire pour le
peuple haïtien.
« On ne va pas vous laisser seuls, on ne vous
oubliera pas, a lancé le président américain au
peuple haïtien. Vous avez connu l’esclavage et
lutté contre des désastres naturels. Et malgré
tout, vous n’avez pas perdu espoir. Aujourd’hui,
sachez que l’aide arrive. »
À Port-au-Prince, le personnel américain du
département d’État s’est chargé du contrôle
aérien à l’aéroport ToussaintLouverture.
L’arrivée massive des secouristes et des vivres
a saturé l’espace aérien durant plusieurs
heures, entraînant des retards importants.
« Nous avons pris la responsabilité du contrôle
aérien, a déclaré aux médias le porteparole du
département, Philip Crowley. La bonne nouvelle
est que l’aéroport fonctionne maintenant 24
heures sur 24. La mauvaise nouvelle, c’est que
l’aéroport est très limité : il n’y a qu’une
seule piste et peu d’espace. »
La secrétaire d’État Hillary Clinton a noté que
l’engagement américain en Haïti allait être « de
longue haleine ».
Bush et Clinton sollicités
À la demande du président Obama, les anciens
présidents Bill Clinton et George W. Bush feront
équipe pour diriger une collecte de fonds.
L’équipe
dirigée
par Clinton et Bush a pour objectif de
consolider l’engagement financier international
à long terme envers Haïti. Bill Clinton signe
d’ailleurs aujourd’hui un texte passionné sur
Haïti dans le magazine Time, dans lequel il
appelle à « rebâtir cette île à la culture si
unique ».
Barack Obama a souvent critiqué son prédécesseur
pour la lenteur de sa réaction après le passage
de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans en
2005. À ce jour, le site web de la
Maison-Blanche proclame que le président Obama «
va honorer la promesse brisée de rebâtir La
Nouvelle-Orléans et la côte du Golfe ».
Le matériel arrive
Hier soir, du matériel en provenance de Chine,
d’Espagne, de Norvège et d’Israël a pu être
déchargé des avions-cargos à Port-au-Prince.
Des équipes de secouristes spécialisés en
tremblements de terre en provenance de Virginie
et de Los Angeles, de même que des équipes
françaises et vénézuéliennes, étaient à pied
d’oeuvre hier. Des dizaines de chiens pisteurs
fouillaient les décombres à la recherche de
survivants.
Un navire d’assaut américain, le Bataan, était
en route vers Haïti hier avec 2000 marines à son
bord. Le navire, équipé d’un bloc opératoire,
doit arriver aujourd’hui. Deux autres navires
militaires étaient également en route.
Le porte-avions nucléaire USS Carl Vinson, un
des plus grands navires militaires du monde,
devait arriver ce matin au large de
Port-auPrince, avec une vingtaine d’hélicoptères
à son bord. Les médias américains signalent que
l’équipage du navire travaille d’arrache-pied
afin d’être en mesure d’offrir une aide
immédiate aux sinistrés aujourd’hui.
Les collectes de fonds se sont poursuivies. La
CroixRouge américaine a déjà récolté 5 millions
de dollars au moyen de sa campagne de textos, où
un don de 10$ est ajouté à la facture de
cellulaire des personnes donatrices, un résultat
que l’organisme qualifie d’« incroyable ».
L’espoir sous les décombres - Olivier Person
Le malheur est meilleur diplomate que tous ces
gouvernements qui s’efforcent de ramener la paix
L e vent de solidarité qui souffle sur les
ruines haïtiennes est un ballon d’oxygène dans
un monde miné par les conflits.
Le drame haïtien a
suscité une vague de solidarité
internationale. Hier, des secours français
s’organisaient à partir de la ville de Lyon.
Pourquoi faut-il toujours des catastrophes pour
se donner la main? C’est la réflexion que
m’inspire le séisme qui vient de frapper Haïti.
Je parcours un journal qui relate la tragédie.
Vingt-quatre pages où rôde la mort, qui
détonnent à côté de mon café au lait et de mon
confortquébécois. J’aperçoisdes ruines, des
cadavres et un titre énorme qui écrase les
lignes d’un article: « Désolation ». Moi aussi,
je suis désolé. Désolé de constater que le
malheur est meilleur diplomate que tous ces
gouvernements et ces nations qui s’efforcent de
ramener la paix à leur table, ou à tout le moins
de l’inviter.
Donc, quand une ville s’écroule, quand les morts
s’entassent et s’enlacent, la résistance
s’organise. Les collectes spontanées d’argent,
de vivres et de matériel en tous genres prouvent
qu’on peut encore avancer dans la même direction
sur cette Terre. Les colères de la nature,
qu’elles viennent du sol, des océans ou du ciel,
nous rappellent une criante évidence : que c’est
pas bien compliqué d’aider son prochain, qu’une
main tendue est plus réconfortante qu’un fusil,
et qu’une armée de bénévoles sera toujours plus
puissante que la plus technologique des armées.
Haïti,
c’est triste, c’est horrible..., ce sont tous
ces sentiments mêlés qui vont pousser entre les
décombres. Mais une fois encore, il faut mettre
la race humaine devant le fait accompli pour lui
enseigner que sa nature première n’est pas
belliqueuse. Si l’homme pouvait être un loup
pour l’injustice, nous en sortirions tous
grandis.
Ce qui est triste dans ce genre d’histoire,
c’est la mort programmée des bons sentiments
qu’on va balayer sous le tapis du temps. L’oubli
va encore nous donner bonne conscience et garder
notre morale intacte en nous rappelant que la
vie continue. C’est aussi un paradoxe gravé dans
notre écorce: nous avons besoin du malheur des
autres pour maintenir l’espoir dans un monde qui
en manque cruellement . La solidarité
internationale qui déploie ses ailes et plane
sur les cicatrices béantes d’une catastrophe
fait un bien fou, car nous ne faisons alors plus
qu’un, nous regardons dans la même direction.
Il y aura d’autres tremblements de terre et
d’autres malheurs sans frontières pour secouer
les amnésiques que nous sommes, et décréter la
mobilisation des coeurs et des esprits. Dommage
que cette capacité à dépasser les différences,
les races et les langues soit moins coriace que
tous ces conflits larvés et incompréhensibles où
l’être humain apparaît sous son plus mauvais
jour.
Alors oui, je suis désolé...
Montrons-nous à la hauteur -
Jocelyn Coulon
L’ampleur de la catastrophe haïtienne impose
une action rapide et un engagement de longue
durée
Haïti a besoin d’aide. Un plan Marshall?
Peut-être. Pour l’instant, il faut prendre
tous les moyens afin d’acheminer les secours
d’urgence. Dans les prochains jours, la
communauté internationale devra aussi produire
un plan visant à assurer une aide spéciale à
la reconstruction. C’est le sens de l’appel
lancé par le président français Nicolas
Sarkozy pour la convocation d’une conférence
sur Haïti. Entre temps, il y a déjà 9000
militaires et policiers civils de l’ONU sur
place : ils peuvent beaucoup pour le pays.
L’aide humanitaire
internationale s’organise pour tenter de
répondre aux besoins immédiats de la
population haïtienne.
L’ampleur de la catastrophe haïtienne impose
une action rapide et un engagement de longue
durée. Lors du tsunami de 2004 en Asie, la
mobilisation mondiale avait été prompte et
exceptionnelle. Deux anciens présidents
américains, Bill Clinton et George Bush père,
s’étaient rendus sur place et avaient été les
points focaux de l’aide internationale. Ce fut
un très grand succès. Clinton est l’envoyé
spécial pour Haïti depuis un an. Il peut
mobiliser le monde.
Avant le tremblement de terre de mardi soir,
la situation économique du pays était fragile,
mais montrait des signes d’amélioration. Les
bailleurs de fonds avaient annoncé des
contributions d’un montant de 350 millions de
dollars au titre de l’aide sur une période de
deux ans, et toute la dette bilatérale et
multilatérale d’Haïti avait été annulée,
dégageant ainsi des ressources de 40 millions
par an jusqu’en 2014 pour le budget de l’État.
Sur
le terrain, la création de plusieurs milliers
d’emplois temporaires grâce au lancement de
projets nécessitant une main-d’oeuvre
nombreuse a permis de répondre aux besoins
immédiats. Au début de l’année 2009,
l’économiste Paul Collier avait dévoilé un
plan pour l’ONU visant à utiliser les atouts
du pays, qui le place en bien meilleure
position que d’autres États fragiles dans le
monde. Le plan de l’économiste s’articule
autour de quatre idées fortes : créer des
emplois par la reconstruction de certaines
infrastructures et la multiplication des zones
franches pour y développer l’industrie de
l’habillement et l’exportation de mangues;
assurer les services de base en associant
l’État, le secteur privé, les ONG et la
diaspora au sein d’un office de prestation de
services indépendant; garantir la sécurité
alimentaire en investissant dans la
productivité agricole des régions à fort
potentiel de production vivrière et en
développant les infrastructures routières;
enfin, protéger l’environnement en favorisant
le reboisement, en établissant clairement les
droits de propriété, et en remplaçant le
charbon de bois par des bouteilles de gaz. Ce
plan reste toujours valable et l’ONU devrait
l’appliquer après la période d’urgence que
nous connaissons.
I l est de bon ton chez plusieurs observateurs
de critiquer l’inaction et l’inefficacité des
Casques bleus. L’accusation a été entendue à
quelques reprises, mais elle relève du mythe.
Partout où des Casques bleus sont déployés et
où une catast rophe naturel le f rappe, ils
répondent rapidement et efficacement aux
appels de détresse. La tragédie en Haïti est
le baptême du feu pour la Mission des Nations
unies pour la stabilisation d’Haïti
(MINUSTAH). Tout indique que son leadership a
été décapité lors de la destruction du
quartier général de la mission. Il y a
toutefois 7000 militaires et 2000 policiers
civils (l’ONU est sans nouvelle de certains
d’entre eux) actuellement déployés dans
l’ensemble du pays et ceux-ci peuvent assurer
avec la police haïtienne les premiers secours
et le maintien de la sécurité. Faut-il
augmenter leur nombre ? Le Conseil de sécurité
en jugera. Pour l’instant, il faut surtout
dépêcher des unités militaires spéciales
(équipes de secours, ingénieurs pour la
reconstruction, hôpitaux de campagne, etc.)
afin de parer au plus pressant. Le Canada
vient de montrer l’exemple en annonçant que
son Équipe d’intervention en cas de
catastrophe (DART), composée de 200 personnes
hautement entraînées et spécialisées pour ce
genre de catastrophe, est prête à être
déployée.
Le peuple haïtien mérite toute notre
solidarité. La catastrophe est d’une telle
ampleur qu’il ne faudra pas chipoter sur
l’aide. Montronsnous à la hauteur.
Où
est le président? - Samuel Laroche
Depuis le tremblement de terre, René Preval s’est
signalé par l’insignifiance de son impact sur la
réalité haïtienne
Oui, je sais bien que c’est l’enfer en Haïti et
que rien n’est facile. Oui, je sais aussi que le
Palais national s’est effondré et que deux
ministres ont trouvé la mort dans l’épouvantable
catastrophe qui a frappé Haïti. Je sais que le
pays est démuni et dépassé devant l’ampleur de la
catastrophe et que les ressources sont infimes et
parfois inexistantes dans presque tous les
domaines. Mais cela ne dispense pas un président,
un chef d’État, c’est-à-dire le premier
responsable du pays et de ses citoyens, d’assumer
ses fonctions, de faire face ou d’essayer de faire
face (dans certains cas, cela revient au même).
Lors même que tout s’écroule, le président a la
capacité et le devoir de dire des choses, de se
mettre au diapason des peurs et des craintes, de
s’adresser à son peuple pour l’encourager dans son
malheur.
Le président haïtien René
Préval (au centre), à son arrivée à l’aéroport
Toussaint Louverture samedi pour rencontrer la
secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.
Depuis
que Port-au-Prince a été réduite en cendres, le
président Préval, comme à son habitude, s’est
signalé par son absence et l’insignifiance de son
impact sur la réalité (comme tout son gouvernement
d’ailleurs). L’une de ses seules déclarations
publiques a été faite au réseau américain CNN; on
l’a alors vu plaisanter gentiment sur le fait que
son palais s’était effondré et qu’il ne se
souciait guère de l’endroit où il allait passer la
nuit. Bien entendu, cela peut paraître sympathique
et bon enfant, mais on s’attend à un peu plus de
la part d’un président, en un moment aussi
dramatique. Comment expliquer que depuis ce
cataclysme épouvantable, le président Préval ne
s’est pas adressé à la population pour lui donner
un minimum de consignes élémentaires et
incontournables en de telles circonstances. Il
aurait dû aussi tracer des perspectives d’action
et de solution, afin de donner au peuple du pays
des raisons d’espérer.
La vérité, la triste vérité, c’est que René Préval
(et pas seulement lui) a toujours été en dessous
de son rôle comme président et comme chef d’État.
Dans son cas, il faut véritablement parler de
maldonne sur la fonction. L’image de bon gars
détendu, un peu dilettante, détaché des attributs
et des obligations du pouvoir, qu’il aime projeter
ne suffit pas lorsqu’on est le premier responsable
d’un pays comme Haïti, aux prises avec l’une des
pires catastrophes imaginables. Et comme le sommet
de la pyramide donne le ton à tous les niveaux
subséquents, cela rejaillit sur tout le reste du
gouvernement. C’est pourquoi, au fil des
reportages qui s’accumulent sur tous les aspects
et les recoins de la catastrophe, on a
l’impression d’un vide total des pouvoirs
organisés, des services publics et des instances
administratives sur n’importe quel aspect des
problèmes rencontrés. Bref, les dirigeants du pays
sont totalement absents et laissent la population
doublement orpheline au moment où elle aurait le
plus besoin d’eux.
Un nouveau premier ministre nommé en
Haïti
PORT-AU-PRINCE — Le président haïtien René Préval
a désigné hier le ministre de l a Pla nification
Jea n-Max Bellerive pour remplacer la première
ministre Michèle Pierre-Louis, destituée par le
Sénat à l’occasion du vote d’u ne motion de c ensu
r e reflétant les profondes divisions politiques
que connaît le pays. Jean-Max Bellerive devra f or
mer un nouveau gouvernement après la ratification
de sa nomination par le Sénat.
L a mot i o n d e c e n s u r e contre Michèle
Pierre-Louis a été votée par 18 des 29 membres du
Sénat lors d’une séance de plus de 10 heures, sur
fond d’une lutte de pouvoir menaçant de miner la
campagne visant à attirer des investissements
étrangers en Haïti. La motion était défendue par
des membres du mouvement Lespwa (« L’espoir ») du
président Préval, qui avait nommé la première
ministre en septembre 2008 après cinq mois de
vacance du poste.
Le
vote s ’est déroulé en l ’absence des parlementair
es de l ’opposition , f avo - rables au maintien
de Mme Pierre-Louis.
Ces derniers jours, les sénateurs du parti Lespwa,
majoritaires, s’étaient ouvertement prononcés pour
un changement de gouvernement, estimant que
l’équipe au pouvoir n’avait pas fourni les
résultats escomptés.
Les élus de Lespwa ont pris le contrôle du Sénat
il y a quelques semaines à l’issue des élections
de juin marquées par une faible participation et
des soupçons de fraude.
Bureaux de vote désertés en Haïti
Élections sénatoriales partielles
— Quelques heures avant la fermeture des bureaux de
vote pour des élections sénatoriales partielles
hier, très peu d’Haïtiens avaient fait le
déplacement dans les bureaux de vote restés
désespérément vides alors que les violences liées au
scrutin ont fait un mort et plusieurs blessés.
Partout en Haïti, les
bureaux de scrutin étaient vides, les Haïtiens
préférant regarder un important match de foot à la
télévision.
Près de quatre millions d’électeurs étaient appelés
aux urnes pour élire 11 parlementaires et renouveler
le tiers du Sénat haïtien lors du deuxième tour du
scrutin.
Dans la capitale Port-au-Prince, le président René
Préval a voté très tôt hier matin, mais nombre
d’Haïtiens friands de football s’étaient précipités
devant leurs téléviseurs pour le match opposant le
Brésil à l’Italie comptant pour la Coupe des
confédérations en Afrique du Sud.
Les bureaux de vote étaient littéralement abandonnés
et les rues de la capitale vidées des rares
automobilistes qui se précipitaient pour aller
suivre le match à la télévision.
« Nous attendons les électeurs, ils ne sont pas
nombreux », ont avoué à l’AFP des responsables de
centres électoraux qui étaient, dans certains cas,
les seuls à déposer un bulletin dans les urnes.
Les radios qui accordaient jusque-là de longues
interventions sur le déroulement du scrutin ont
changé leur programmation au profit du football.
« Les élections, c’est pratiquement fini », a
commenté un présentateur avant de se retirer de
l’antenne.
Un
mort
Des incidents qui ont fait un mort et plusieurs
blessés ont marqué les premières heures du scrutin,
a rapporté le Conseil électoral provisoire (CEP)
responsable de l’organisation de l’élection.
Dans le sud-est, un membre du CEP a fait état de
bourrage d’urnes et de vols de matériels électoraux
par des partisans de candidats. Au moins trois
personnes ont été blessées par balle dans cette
région du pays.
Les élections n’ont pas pu se tenir dans la localité
de BelleAnse, où les bureaux ont été fermés dès 10h
hier matin.
« Nous avons annulé trois centres de vote parce que
le matériel a été brûlé par des manifestants, mais
la participation est plus signi f icative qu’au
premier tour », a confié à l’AFP Ginette Chérubin,
membre du conseil électoral haïtien.
« Il y a des coups de feu dans cette localité, le
frère d’un candidat proche du pouvoir a été arrêté
en possession d’armes de guerre », a de son côté
déclaré un dirigeant politique de l’opposition.
« Nous avons repris le contrôle de la situation, les
centres de vote sont rouverts », a tenté de rassurer
le porte-parole de la police.
À Cité Soleil, le plus grand bidonville d’Haïti, au
nord de la capitale (300 000 habitants), « très peu
d’électeurs étaient remarqués devant les centres de
vote », relève Berthony Lafontant, 28 ans, embauché
par la CEP pour les élections. Même s’il assure que
« voter est un devoir de citoyenneté », il considère
que les gens, estimant que « les candidats avaient
menti, ont préféré rester chez eux ».
Les nouvelles « princesses » de la
politique japonaise
La nouvelle Chambre des députés japonaise est la
plus féminine de l’histoire du pays, avec 54
députés féminins sur 480. Parmi ces nouvelles
députées, Eriko Fukuda, nouvelle coqueluche des
médias au Japon. Portrait d’une des nouvelles «
princesses » politiques.
TOKYO — Eriko Fukuda termine une conférence de
presse et les journalistes se précipitent sur
elle. À 28 ans, la plus jeune députée au
Parlement japonais est devenue la coqueluche des
médias du pays.
PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE
Eriko Fukuda (au
centre), 28 ans, est la plus jeune députée à
siéger au Parlement japonais. Elle a remporté
la circonscription de Nagasaki contre l’ancien
ministre de la Défense Fumio Kyuma.
Du haut de son 1 mètre 50, elle est tout sourire
devant les caméras. Elle a de quoi avoir une
mine réjouie. Aujourd’hui, elle s’installe dans
ses nouveaux bureaux de députée à Tokyo, à un
jet de pierre de la Diète, le parlement
japonais.
Une meute de reporters, dont la plupart sont des
hommes, se presse dans les petits locaux de la
jeune femme pour lui demander, entre autres,
comment elle décorera l’endroit. Se conformant
au protocole, elle s’incline à chaque question
et remercie ses interlocuteurs à plusieurs
reprises.
Eriko Fukuda fait partie du «bataillon des
princesses» du Parti démocrate du Japon (PDJ) de
Yukio Hatoyama, nouveau premier ministre depuis
le 16 septembre. La stratégie électorale du PDJ
a été de présenter de jeunes femmes
charismatiques contre de vieux routiers
politiques du Parti libéral démocrate.
La jeune femme était célèbre au Japon bien avant
d’être élue. Eriko s’est fait connaître du grand
public il y a deux ans. Elle a pris part à une
vaste campagne pour obtenir des compensations de
l’État après avoir contracté l’hépatite C en
raison de transfusions de sang contaminé.
À
l’instar d’autres candidates, Eriko Fukuda l’a
emporté avec une majorité dans la
circonscription de Nagasaki contre Fumio Kyuma,
67 ans, ancien ministre de la Défense.
Pour elle, s’installer dans ses bureaux
représente un renversement de situation.
«Jusqu’à présent, c’est moi qui allais voir des
députés pour me plaindre du problème de
l’hépatite C. Maintenant, c’est moi qui vais
accueillir les gens, qui les écouterai. Je suis
à la fois un peu nerveuse et pleine d’espoir »,
explique-t-elle derrière son bureau, bombardée
par les flashs d’appareils photo.
Eriko Fukuda reconnaît que la route est longue
pour parvenir à l’égalité entre hommes et
femmes. Malgré tout, le Japon reste un des pays
développés où les femmes sont le moins bien
représentées en politique. Un milieu qui demeure
difficile à percer.
«Malgré le principe de l’égalité des sexes, les
députées sont peu nombreuses dans le milieu
politique. Je pense que j e pourrai faire
beaucoup en tant que porte-parole des femmes,
surtout dans le domaine de la santé», dit-elle.
«Je ne suis pas encore mariée, et je n’ai pas
d’enfants, poursuit la députée. Mais je pense
que la situation sociale est toujours difficile
pour les femmes, notamment à cause de la baisse
de la natalité. Il est encore très compliqué de
travailler en élevant des enfants. C’est un
sujet auquel je veux réfléchir.»
Non seulement y a-t-il encore place à
amélioration quant au nombre de députées au
Japon, mais le nombre record d’élues ne s’est
pas reflété dans la répartition des ministères.
Les femmes n’ont obtenu que deux des postes de
ministre sur les 17 portefeuilles disponibles.
TOKYO Gain historique de
l’opposition
TOKYO — Les Japonais ont voté massivement hier en
faveur de l’opposition centriste qui a promis de
mener une politique plus sociale, après 54 ans de
règne des conservateurs sur la deuxième économie
du monde.
Selon les dernières estimations de la télévision
publique NHK, le Parti démocrate du Japon (PDJ)
obtiendrait 308 sièges sur les 480 de la Chambre
des députés, infligeant une cuisante défaite au
Parti libéral démocrate (PLDdroite), qui ne
récolterait que 119 sièges.
PHOTO ISSEI KATO,
REUTERS
Le prochain premier
ministre Yukio Hatoyama pose une rose de la
victoire sur un immense tableau représentant la
liste des candidats du Parti démocrate du Japon,
vainqueur des élections hier.
Les résultats officiels, en nombre de sièges et en
pourcentage, ne seront connus que ce matin, mais
le premier ministre Ta ro Aso a d’ores et déjà
recon nu sa défaite, en a nnonça nt son intention
de démissionner de la présidence du PL D. «
J’assume mes responsabilités et vais démissionner
», a-t-il dit.
M. Aso, 68 ans, qui a atteint des records
d’impopularité, devrait toutefois rester à la tête
du gouvernement jusqu’à l’élection du nouveau
premier ministre, Yukio Hatoyama, 62 ans,
président du PDJ, par le Parlement d’ici deux
semaines. Déjà majoritaire au Sénat, grâce à
l’apport de deux autres partis de l’opposition, le
PDJ va désormais avoir une mainmise absolue sur le
Parlement et la voie libre pour mener son
programme ambitieux de réformes.
« Aujourd’hui, le peuple japonais a eu le courage
de choisir un changement de gouvernement et je
l’en remercie, a déclaré M. Hatoyama, lors d’une
conférence de presse. « Tout commence à partir de
maintenant. C’est un changement de la vieille
politique vers la nouvelle politique, c’est-à-dire
vers un nouveau gouvernement centré sur le peuple
(qui) a retrouvé ses droits. »
En votant massivement pour l’opposition, les
Japonais ont voulu sanctionner les excès de la
politique libérale menée par le PLD au cours des
dernières années, responsable selon eux de
l’aggravation des disparités sociales, du chômage
et de la précarité.
« L e pa r ti au pouvoi r a trahi le peuple au
cours des quat re der n ières a n nées , amenant
l’économie au bord du gouffre, accumulant plus de
60 0 0 milliards de yens (env i ron 7 0 m i l l ia
rd s de dollars) de dette publique, gâchant de
l’argent, ruinant notre système de sécu rité
sociale et élargissant le fossé entre riches et
pauvres », avait accusé l’opposition ava nt le
scrutin.
L
e P D J s ’e s t e n ga gé à mener u ne politique
« au service de la vie des gens », basée su r u n
progra m me généreux d’allocations pour les
retraités, les familles et les plus démunis.
Partisan de la rela nce économique par la
consommation, il a promis également la gratuité
partielle de l’éducation, une prime à la naissance
et la suppression des péages sur les autoroutes.
« Nous accordons bien sûr beaucoup d’i mpor ta nce
à la croissa nce économique, mais nous devons
avant tout aug menter le revenu de s Japonais », a
souligné le futur premier ministre.
Diplomatie
Sur le plan diplomatique, M. Hatoyama, riche
héritier d’une longue dynastie d’hommes politiques
souvent comparée aux Kennedy, est partisan d’un
Japon plus indépendant à l’égard des États-Unis et
davantage tourné vers l’Asie, sa ns toutefois
remettre en cause l’alliance stratégique avec son
allié américain.
L e président a mér ic a i n Barack Obama a fait
savoir dans un communiqué qu’il espérait une «
alliance forte » avec le futur premier ministre.
Lors de sa conférence de presse, M. Hatoyama a
également annoncé son intention de tout faire pour
tenter de résoudre avec Moscou le différend
territorial sur les îles Kouriles. « Une lourde
responsabilité » attend le parti, a reconnu le
vainqueur des élections, conscient qu’une fois
l’excitation retombée, les choses sérieuses vont
commencer pour son jeune parti qui n’a jamais
encore gouverné.
Le PLD, artisan du « miracle économique » qui a
fait du Japon la deuxième puissance économique du
monde, se retrouve relégué dans l’opposition pour
la deuxième fois de sa longue histoire à la tête
du Japon. En 1993-1994, il avait dû céder le
pouvoir à une coalition hétéroclite qui n’avait
duré que 10 mois.
Aujourd’hui, il a face à lui un vrai grand parti,
maître du Parlement, qui va tout faire pour se
maintenir au pouvoir. Sa traversée du désert sera
certainement mise à profit pour refonder le parti.
Le scrutin d’hier s’est d’ailleurs soldé par une
hécatombe dans les rangs des vieux caciques du
PLD.
D’immenses défis
TOKYO — Les Japonais ont voté la fin de la
domination de la droite sur la vie politique,
mais le nouveau gouvernement centriste sera
confronté à des défis colossaux, soulignent les
analystes.
« Nous assistons à une transformation radicale
de la vie politique japonaise », estime Hideo
Otake, professeur de sciences politiques à
l’Université des femmes de Doshita.
Ce séisme politique se produit 20 ans après la
chute du mur de Berlin, qui avait mis fin au
face-à-face exclusif du Parti libéral démocrate
(PLD) et des mouvements de gauche pendant la
guerre froide, et 10 ans après une réforme
électorale qui, en privilégiant le scrutin
uninominal, a permis l’émergence du bipartisme.
Cette victoire n’est toutefois «que le début
d’une route cahoteuse pour le Parti démocrate du
Japon (PDJ)», au moment où le pays subit un
chômage sans précédent et cherche à sortir de la
récession, prévient Hiroshi Hirano, politologue
à l’Université Gakushuin.
«Le pays a besoin de changements radicaux, mais
le PDJ n’a jusqu’à présent pas donné sa vision
de l’avenir du Japon», explique Takehiko
Yamamoto, professeur de relations
internationales à l’Université Waseda.
Son programme comprend un renforcement des
allocations sociales, familiales et de retraite,
financé par une «chasse aux gaspillages» dans
les dépenses publiques. Des promesses jugées
irresponsables par le PLD.
« Le PDJ sera confronté au problème de
l’endettement » du Japon, équivalent à environ
170 % de son produit intérieur brut, selon M.
Yamamoto.
Faible natalité
Une situation aggravée par le vieillissement
d’une population qui pourrait chuter de 128
millions à une centaine de millions d’ici à
2050, à cause du manque d’enfants.
D’après M. Hirano, distribuer des aides aux
familles avec enfants comme le prévoit le PDJ ne
suffira pas. « Il faudrait dessiner une
stratégie pour créer des emplois stables »
malgré la compétition internationale, car la
précarité du travail dissuade les jeunes
d’enfanter, souligne-t-il.
Sur le plan international, le PDJ s’est engagé à
une plus grande émancipation à l’égard des
États-Unis, allié et protecteur qui dispose de
47 000 soldats basés dans l’archipel. « C’est
plus facile à dire qu’à faire, notamment parce
qu’il n’y a pas de consensus sur ce sujet à
l’intérieur du PDJ », une mosaïque de pacifistes
et de nationa listes, relève Sadafumi Kawato,
politologue à l’Université de Tokyo.
M. Yamamoto note que le nouveau pouvoir veut
malgré tout maintenir l’alliance avec
Washington, ce qui lui laissera au final « peu
de marge de manoeuvre».
Le PDJ a également indiqué vouloir se rapprocher
de ses voisins asiatiques, mais le Japon devra
composer avec une Chine plus puissante qui
devrait bientôt lui ravir la place de deuxième
économie mondiale.
« Princesses » en renfort
Dans
la bataille électorale en cours au Japon, le
principal parti de l’opposition a sorti sa botte
secrète: « le bataillon des princesses », un groupe
de jeunes candidates chargées de se lancer à
l’assaut des bastions détenus par de vieux caciques
du pouvoir conservateur.
Le Par ti démocrate du Japon ( PDJ), favori des
sondages, a donné son investiture à ces jeunes
femmes pour se présenter aux élections législatives
du 30 août dans des circonscriptions-clés détenues
par des poids lourds de la coalition au pouvoir,
principalement du Parti libéral démocrate ( PLD) du
premier ministre Taro Aso.
L’arrivée du « bataillon des princesses » a rempli
hier les pages politiques des tabloïds, au lendemain
du lancement officiel de la campagne électorale, le
quotidien sportif Nikkan Sports allant jusqu’à
titrer: « Les princesses à l’assaut des gros
bonnets. »
Cette stratégie s’inspire largement des « assassins
», surnom donné à la trentaine de célébrités
médiatiques que l’ancien premier ministre Junichiro
Koizumi avait parachutées lors des précédentes
législatives de 2005 pour battre les opposants à sa
réforme de la poste. M. Koizumi avait remporté une
éclatante victoire et permis au PLD d’obtenir plus
de Les femmes ne représentaient que 9,2% des élus à
la Chambre des députés avant sa dissolution en
juillet. 300 des 480 sièges de la Chambre basse.
L’ex-premier
minist
re Yoshiro Mori, 72 ans, qui n’a jamais perdu une
élection depuis quatre décennies, devra cette
fois-ci compter avec Mieko Tanaka, 33 ans, employée
d’une agence de voyages, l’une des « princesses »
parachutées par le PDJ.
« Nous voulons changer le Japon », a déclaré Mlle
Tanaka, vêtue d’un polo rose et faisant campagne à
bicyclette dans les rues d’Ishikawa, au centre du
pays.
M. Mori, considéré comme le « faiseur de roi » du
PLD, a critiqué son opposante sur un ton méprisant:
« Elle a été choisie uniquement pour sa jeunesse et
son physique. »
Le nombre de candidates à l’élection du 30 août
atteint le taux record de 16,7% du total. Et les
analystes politiques voient d’un bon oeil
l’irruption de femmes jeunes dans un monde politique
japonais monopolisé depuis la fin de la Deuxième
Guerre mondiale par de vieux conservateurs
machistes.
« Présenter de j eunes candidates au physique
agréable peut certainement susciter l’attention des
électeurs au Japon, où les femmes sont encore
traitées comme une minorité » , a estimé Yoshinobu
Yamamoto, professeur de sciences politiques à
l’Université Aoyama Gakuin de Tokyo.
JAPON
Coup d’envoi de la bataille électorale
Taro Aso donne le coup d’envoi de la bataille
électorale
— Le
premier ministre japonais, Taro Aso, a dissous hier la
Chambre des députés. Cela donne le coup d’envoi à une rude
bataille pour les législatives de la fin du mois d’août,
qui pourraient déboucher sur un changement radical du
paysage politique de la deuxième économie mondiale.
Le Parti démocrate du Japon (PDJ), qui se targue d’être le
plus à l’écoute des préoccupations du peuple, est donné
favori dans les sondages pour mettre un terme à la
domination sans partage des conservateurs du Parti libéral
démocrate (PLD) sur la vie politique japonaise depuis plus
d’un demi-siècle.
La dissolution de la Chambre des députés, décidée par M.
Aso et approuvée par l’empereur Akihito, a été prononcée
hier en session plénière, accueillie aux cris de « banzaï
» (longue vie) par les députés, comme le veut la
tradition.
Le gouvernement a ensuite entériné la date du 30 août pour
les élections chargées de désigner les 480 députés qui
nommeront à leur tour un nouveau premier ministre. Au
Japon, le poste suprême revient traditionnellement au chef
du parti qui obtient la majorité à la Chambre des députés.
M. Aso, 68 ans, qui a vu son capital de sympathie fondre
rapidement dans les sondages depuis son accession au
pouvoir en septembre 2008, va devoir mener une difficile
bataille électorale à la tête d’un PLD divisé et face à
une opposition triomphaliste.
Des excuses
Lors d’une réunion, hier, avec les responsables du parti,
le premier ministre, tombé sous la barre des 20% de
satisfaits, a présenté de rares excuses.
« Mes déclarations et ce qui a été qualifié de changements
de positions politiques ont conduit le peuple japonais à
se détourner de la politique. Il en a résulté une baisse
du taux de soutien du PLD. J’en suis profondément désolé
», a dit M. Aso.
Trois
premiers ministres lui ont depuis succédé, à un an
d’intervalle, sans réussir à endiguer la désaffection
des électeurs, qui ont déjà sanctionné les conservateurs
en 2007 en donnant la victoire à l’opposition aux
élections sénatoriales.
Une défaite du PLD aux législatives semblait impensable
il y a encore peu de temps étant donné l’énorme
influence de ce parti, qui a su tisser des liens étroits
avec les grands conglomérats et les lobbies agricoles et
s’assurer le soutien de millions de fonctionnaires
depuis sa naissance, en 1955.
Pendant ces 54 années, qui ont vu le Japon renaître de
la défaite et s’élever au rang de deuxième puissance
économique du monde, le PLD n’a cédé le pouvoir que
pendant 10 mois, en 1993-1994, au profit d’une coalition
éphémère de plusieurs groupes de l’opposition.
Une vraie opposition
Aujourd’hui, il a en face de lui un vrai parti de
l’opposition et non plus une mosaïque de petites
formations. Le Parti démocrate du Japon et son chef,
Yukio Hatoyama, 62 ans, arrivent largement en tête des
intentions de vote des Japonais.
Héritier d’une riche dynastie d’hommes politiques
souvent comparée aux Kennedy, M. Hatoyama a promis de
briser le monopole des bureaucrates sur l’administration
et la vie politique au Japon.
« Ces élections ne visent pas uniquement à mettre un
terme au règne du PLD. Il s’agit d’un vote
révolutionnaire en vue de créer un nouveau Japon, dont
la politique sera menée par des politiciens », at-il
déclaré hier, en parlant d’une « mission historique ».
Le PDJ a promis d’adopter une politique économique et
sociale moins libérale, en réduisant le gaspillage et en
redistribuant le revenu national vers les zones rurales
et au profit des plus pauvres.
Liban : Au nom de son père Rafic
— Peu
attiré dans sa jeunesse par la politique, Saad Hariri,
fils et héritier politique de l’ex-premier ministre
assassiné Rafic Hariri, est propulsé pour la deuxième
fois en quatre ans à la tête de la majorité
parlementaire libanaise, soutenue par l’Occident.
Les partisans de Saad Hariri, le
grand vainqueur des élections législatives de dimanche
au Liban, ont fièrement déployé une bannière géante de
leur favori.
Avec deux victoires aux législatives à son actif, M.
Hariri pourrait être le futur chef du gouvernement
libanais, quatre ans après l’assassinat de son père, le
14 février 2005, dans un attentat à Beyrouth.
« C’est un grand jour pour l’histoire du Liban
démocratique », at-il déclaré à ses partisans, hier, peu
avant l’aube, en annonçant la victoire de son camp. Dans
un geste symbolique, il s’est ensuite recueilli sur la
tombe de son père
Depuis le meurtre de Rafic Hariri, qui a bouleversé le
paysage politique libanais, Saad, 39 ans, a investi
toute son énergie dans la recherche des auteurs de
l’attentat, qualifiant d’« historique » le lancement, en
mars dernier, du Tribunal spécial pour le Liban (TSL)
chargé de l’affaire.
Cet homme grand à la barbiche noire était avant 2005 un
chef d’entreprise établi à Riyad, où formidable machine
politique et de l’énorme capital provenant de la ferveur
populaire qui s’est manifestée au Liban après
l’assassinat de son père.
Les campagnes électorales de 2005 et 2009 ont souligné
sa proximité avec le public, ses apparitions provoquant
souvent des scènes de liesse. En juin 2005, son
mouvement remporte sa famille entretient de bonnes
relations avec la famille régnante saoudienne.
Il a
repris le flambeau politique de son père à la place de
son frère aîné, notamment en raison de son caractère de
diplomate.
Le jeune leader a hérité d’une les élections
législatives, mais il décline le poste de premier
ministre et se contente d’être chef de la majorité
parlementaire.
Il devient l’un des critiques les plus sévères envers le
président libanais d’alors, Émile Lahoud,. proche de
Damas, et dont des collaborateurs, en prison pendant
presque quatre ans puis libérés en avril 2009, sont
soupçonnés par une commission d’enquête de l’ONU d’avoir
participé aux préparatifs de l’assassinat de février
2005.
Laissant la gestion du pouvoir au premier ministre Fouad
Siniora, fidèle collaborateur de son père, il parcourt
le monde où il est reçu par les dirigeants, notamment
amér icains, comme un chef d’État.
Licencié en économie de l’Université de Georgetown, à
Washington, il est marié à Lara Bachir Azm, qui
appartient à une famille syrienne ayant exercé le
pouvoir en Syrie dans les années 50. Le couple a deux
enfants.
Dans sa liste de 2009 des milliardaires dans le monde,
le magazine Forbes évalue la fortune de Saad Hariri à
1,4 milliard de dollars.
REDRESSER LES TORTS DU PASSÉ
-
Sophie Cousineau
Catalogués. Déplacés. Isolés. Dépouillés de leurs
droits. Emprisonnés... Pendant 43 ans, l’apartheid a
institutionnalisé la ségrégation raciale qui
existait depuis trois siècles en Afrique du Sud.
Comment réparer ce lourd passé ? Alors que tous les
yeux s
C’était peut-être le plus grand défi qui attendait
le gouvernement de Nelson Mandela l orsqu’i l a été
porté au pouvoir en 1994, à la suite des premières
élections démocratiques en Afrique du Sud. Comment
renverser des décennies de discrimination raciale ?
PHOTO
ARCHIVES LA PRESSE
La paix sociale dépend d’un meilleur partage des
ressources économiques. C’est de là qu’est née la
politique du Black Economic Empowerment (BEE). Cette
vaste expérience économique a été officialisée en
2003, au terme d’un difficile accouchement.
D’ailleurs, l e gouvernement ajuste encore le tir,
notamment pour élargir la portée de ce programme qui
a largement profité à des proches du Congrès
national africain, le parti au pouvoir.
Le
BEE est d’application volontaire. Aucune société
n’est tenue de se conformer à ses cibles. Les plus
petites entreprises en sont d’ailleurs exemptées.
Sauf que, si vous voulez un contrat ou un permis du
gouvernement, il vous faut prouver que votre
entreprise s’est ouverte aux Noirs et aux autres
groupes qui ont souffert de discrimination durant
l’apartheid : les Métis, les Sud-Africains d’origine
i ndienne et les femmes de toutes les couleurs. Et
si vos fournisseurs ne font pas de même, votre offre
de service ou votre requête sera discréditée. D’où
cet effet domino que le gouvernement recherche grâce
à son pouvoir d’achat.
Les cibles
du BEE sont ambitieuses. D’ici 2014, les
actionnaires noirs doivent représenter 26 % du
capital des entreprises. Le conseil
d’administration de l’entreprise devrait se
composer à 50% d’administrateurs noirs ;
idéalement, la moitié de ceuxci seraient des
femmes. Le management et le personnel doivent ref
léter une réelle présence noire. L’entreprise doit
allouer 3% de sa masse salariale au développement
de sa main-d’oeuvre noire. Dans le choix de ses
fournisseurs, l’entreprise doit privilégier les
entreprises conformes au BEE. Et ainsi de suite.
Au total, sept critères servent à évaluer la
conformité des entreprises au BEE. Avec une note
de 65 points sur 100, une entreprise est
considérée à 100% conforme. Mais rares sont les
entreprises qui obtiennent pareil score. Dans son
palmarès annuel des entreprises BEE, le magazine
Financial Mail a cessé de considérer les 200 plus
grandes entreprises de la Bourse de Johannesburg
parce que le quart de cellesci n’avaient même pas
la note de passage minimale de 30 points. Son
palmarès se limite cette année aux 100 meilleures
entreprises...
Le BEE a transformé les sociétés d’État. Mais on
ne peut en dire autant des entreprises privées,
note Patrick Craven, porte-parole national de la
fédération des syndicats COSATU. Et encore ici les
résultats sont inégaux.
Le
secteur manufacturier est le plus réfractaire au
BEE. En revanche, les sociétés pharmaceutiques et
financières ont, dans l’ensemble, joué le jeu.
Politiquement sensible, le secteur minier se fait
tirer l ’oreille. Par exemple, les actionnaires
noirs détiennent seulement 8 % des producteurs de
platine du pays, selon Kio Advisory Services.
Pis, certaines entreprises n’ont pas vraiment
changé même si elles se donnent une façade noire,
rapporte Vuyo Jack, président du conseil d’
Empowerdex, une firme d’évaluation de la
conformité. Il y a des cas grossiers où le
jardinier de l’entreprise a été nommé au conseil
d’administration. Et il y a des manoeuvres plus
subtiles au moyen d’actions fantômes. « C’est
malheureusement assez répandu », dit-il.
Il n’y a pas toujours de la mauvaise volonté. Des
investisseurs noirs ont du mal à trouver du
financement pour acquérir une participation,
surtout depuis la crise du crédit. Dans d’autres
cas, les actionnaires noirs ont vendu leur
participation à profit sans réinvestir ailleurs
que dans des voitures du luxe.
C’est ce qui fait dire que le BEE lui-même est
loin de passer le test.
Guinée Le « petit capitaine » choisi «
par Dieu »
MOUSSA DADIS CAMARA
Coup de théâtre en Guinée. Le chef de la junte,
Moussa Dadis Camara, a été hospitalisé hier au
Maroc. Il a survécu à une tentative d’assassinat par
son aide de camp, jeudi. Son état est jugé «
difficile mais pas désespéré » par le président
burkinabé, Blaise Compaoré. Portrait d’un dirigeant
narcissique, colérique, controversé et peut-être «
mentalement malade ».
PHOTO ARCHIVES
REUTERS
Le « président Dadis » fait
souvent, à la troisième personne, son propre éloge
de « révolutionnaire progressiste » et « patriote
intègre ».
D’APRÈS L’AFP
DAKAR — Le chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis
Camara, que son aide de camp a tenté de tuer jeudi,
se présente depuis le putsch de 2008 comme le seul
capable de dominer une armée « incontrôlable », lui
« le petit capitaine » convaincu que Dieu l’a «
choisi » pour diriger le pays.
Mince et de petite taille, invariablement coiffé
d’un béret rouge, « Dadis » vit et travaille en
permanence dans le camp militaire Alpha Yaya Diallo
de Conakry, au milieu de très nombreux portraits de
lui-même.
« Candidat à la président i el l e ? Non! L’ambi t i
on du pouvoir ne m’a jamais animé », a assuré à la
fin du mois de décembre 2008 cet officier de 44 ans,
propulsé à la tête de l’État juste après la mort du
dictateur Lansana Conté (1984-2008).
Mais il semblait déjà grisé par son rôle de « petit
capitaine devenu président par l’intermédiaire du
destin », « choisi par Dieu qui détient le pouvoir
et le donne à qui il veut », selon ses mots. Et en
avril 2009, il assurait déjà que personne ne
pourrait l’empêcher de se présenter à la
présidentielle.
Mutineries meurtrières
La plupart des Guinéens n’ont découvert que le 23
décembre 2008 cet officier inconnu, aux yeux
toujours brillants.
À
la radio, il annonce alors la prise du pouvoir par
l’armée, sans effusion de sang. Le lendemain, les
putschistes en font leur numéro 1.
Devenu soldat en 1990, il a fait carrière à
l’intendance, jusqu’au poste de directeur général
des hydrocarbures des armées. Il a aussi été l’un
des meneurs des mutineries meurtrières de 2008, même
s’il assure avoir toujours été « celui qui calmait
la troupe ».
Dans un premier temps, une large partie des Guinéens
sont convaincus par ses discours résolus contre « la
corruption généralisée ». « Le plus important est
l’aspiration du bas peuple de Guinée, pas de ceux
qui mènent une vie ostentatoire dans la richesse »,
répète-t-il.
Mais, tour à tour blagueur et colérique, il tient
des discours exaltés et confus. Et l’inquiétude
s’installe face à une « dérive dictatoriale »
dénoncée par les ONG. De hauts responsables de
l’armée et des civils sont envoyés directement en
prison sans passer par la justice et exposés au
risque de torture.
Massacre de l’armée
Le 28 septembre, le massacre perpétré par l’armée à
Conakry marque une rupture terrible : au moins 150
opposants sont tués, selon l’ONU, des chefs de
partis roués de coups, des dizaines de femmes
violées par des soldats.
Après le bain de sang, Dadis continue pourtant de
soutenir son « armée », dont il dit qu’elle est «
incontrôlable » mais qu’elle a « du sentiment et du
respect » pour lui. Il nourrit, en revanche, une
haine manifeste à l’égard des leaders de
l’opposition, accusés d’avoir provoqué le carnage
pour « ternir son image ».
Son narcissisme de « père de la nation » a empiré.
Le « président Dadis » fait souvent, à la troisième
personne, son propre éloge de « révolutionnaire
progressiste » et « patriote intègre ».
« Dadis est mentalement malade », avancent des
opposants civils et militaires. Il présente des
signes d’« instabilité mentale », a assuré en
novembre la présidente de l’ONG International Crisis
Group, Louise Arbour.
GABON Omar Bongo est mort
LIBREVILLE
— Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, au pouvoir
depuis 41 ans et doyen des chefs d’État africains en
exercice, est mort, hier, à l’âge de 73 ans, en Espagne,
ont annoncé les autorités du Gabon, dont les frontières
ont été fermées.
Oma r Bongo, hospitalisé depuis le début du mois de mai,
est mort en début d’après-midi, selon un message du
premier ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong remis aux
journalistes, à Barcelone, après une journée
d’incertitudes.
SelonlaConstitutiongabonaise, le président du Sénat,
actuellement Rose Francine Rogombé, doit assurer la
transition jusqu’à un scrutin à programmer au plus tard
45 jours après le constat de la vacance du pouvoir.
Pas de dauphin
À
Libreville, le ministère de la Défense, dirigé par Ali
Ben Bongo Ondimba, fils du défunt et mentionné comme
un des successeurs possibles, a décidé peu après cette
annonce « la fermeture des frontières terrestres,
aériennes et maritimes » du pays.
Appelant la population au « patriotisme », il a
annoncé « la mise en place de toutes les composantes
des forces de défense sur l’ensemble du territoire »
et « la sécurisation des sites et des bâtiments
administratifs sensibles ».
Après 41 ans de pouvoir sans partage, la succession de
ce dinosaure s’annonce difficile d’autant que M. Bongo
n’a pas préparé la relève.
Soulignant que le président avait « toujours cultivé
l’unité et la cohésion des Gabonais pour une paix
véritable », M. Eyeghe Ndong a appelé ses concitoyens
à « les préserver dans le respect des institutions ».
Le gouvernement a décrété un deuil national de 30
jours.
Kenya : la grève du sexe aura-t-elle atteint sa cible
?...
KENYA
Les grèves de la faim sont si courantes qu’elles passent
inaperçues, estiment des femmes du Kenya qui ont décidé,
pour se faire entendre, de faire une grève... du sexe.
Nos collaborateurs font le point sur l’efficacité de ce
moyen de pression inusit
COLLABORATION SPÉCIALE NAIROBI — La grève du sexe lancée
la semaine dernière au Kenya fait peu d’adeptes. Des
films érotiques sont toujours projetés dans des autobus
de Nairobi et les femmes interrogées par La Presse n’ont
pas l’intention de priver leurs hommes d’une partie de
jambes en l’air.
À l’origine du mouvement, une coalition de 10 groupes de
défense des droits des femmes veut éviter que le pays ne
sombre de nouveau dans le chaos des élections de
décembre 2007, où 1500 personnes ont péri.
« Nous aurions pu faire la grève de la faim, mais
personne ne nous aurait remarquées, soutient Rukia
Subow, présidente du plus vieux regroupement de femmes
au pays, Maendeleo Ya Wanawake. La situation est tendue
et l’équilibre du pays ne tient qu’à un fil. Nous
voulons que les politiciens agissent contre la famine et
la violence. »
Le 21 avril dernier, un gang de rue s’est attaqué à la
population d’un village du centre du pays à coups de
machettes et de pierres, tuant 26 personnes. Selon la
coalition, cette violence est le résultat de la lutte de
pouvoir que se livrent le président Mwai Kibaki et le
premier ministre Raila Odinga.
Le sexe, un tabou
Assise dans un parc du cent re-vi l le de Nai robi ,
Nessa Odheambo, 18 ans, prend un bain de soleil avec
quelques amis. Elle soutient que repousser son homme est
une offense que plusieurs n’oseront jamais commettre.
« Au Kenya, certaines femmes sont battues par leur mari
pour qu’elles aient des relations sexuelles, dit-elle.
Cette grève ne fonctionnera pas puisque notre société
n’est pas assez moderne. »
À Kibera, plus grand bidonville d’Afrique, au coeur de
Nairobi, l’idée d’une grève du sexe en fait rire plus
d’une.
« C’est stupide et égoïste, s’exclame Gabriela Juma, 21
ans, les pieds dans la boue du quartier constitué de
maisons de tôle. Comme épouse, renoncer au sexe équivaut
à brimer les droits de son mari. »
Le sexe
est toujours un sujet tabou en Afrique, selon Lilian
Mutanda Arunze, autre habitante de Kibera. « Cette grève
n’aura pas d’impact, affirme-t-elle. La vie privée et la
politique sont deux choses distinctes. Une fois dans mon
lit, il n’y a que moi et mon époux. J’y fais ce que je
veux. »
Tout le monde en parle
Mme Subow, musulmane au voile noir, reconnaît que peu de
femmes respectent cette semaine de l’abstinence.
« Nous ne sommes pas dans les chambres à coucher des
gens et n’avons pas de police du sexe. Le but est de
faire parler de nous et, jusqu’à présent, tout le monde
en parle! »
Ce moyen de pression inusité prend fin aujourd’hui.
Si la plupart des femmes ne croient pas que l’abstinence
soit le meilleur moyen de panser les plaies du Kenya,
plusieurs reconnaissent l’urgence d’agir.
« Nous devrions aller par centaines parler au président
les yeux dans les yeux, martèle à la sortie de la messe
une pasteure pentecôtiste, Veronica Ochuka. Si ses
filles ou sa femme étaient violées, il agirait. Qu’il
fasse la même chose pour son pays ! »
Jeudi dernier, la femme du premier ministre, Ida Odinga,
a annoncé qu’elle se joignait au mouvement. Cette
initiative amuse Doyle Nyakundi , un acteur de Kibera.
« La grève du sexe n’est pas dramatique pour les
politiciens. De toute façon, ils sont tellement vieux
qu’ils n’auraient probablement pas eu de relations
sexuelles cette semaine! »
ARGENTINE Un millionnaire défie le
couple présidentiel
ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN ARGENTINE Des élections
législatives importantes se tiennent demain en
Argentine. Au pouvoir depuis 2003, la présidente
Cristina Kirchner et son mari Nestor, ancien chef
d’État, pourraient perdre la majorité au Congrès. Leur
prin
COLLABORATION SPÉCIALE Son ennemi, Nestor Kirchner,
exprésident argentin et chef actuel du Parti
justicialiste ( péroniste), le compare à Silvio
Berlusconi.
L’homme d’affaires et
millionnaire Francisco de Narvaez est candidat aux
élections législatives qui auront lieu demain en
Argentine. Il est le principal opposant à Nestor
Kirchner, président d’Argentine de 2003 à 2007.
Mais Francisco de Narvaez, principal opposant à Nestor
Kirchner aux élections parlementaires de demain, assure
être « aux antipodes des idées politiques » du premier
ministre italien.
Homme d’affaires de tendance libérale, Francisco de
Narvaez a, quoi qu’il en dise, de nombreuses similitudes
avec le dirigeant italien.
Avec ses cheveux roux et son teint rose, qui lui valent
le surnom de « Colorado » ( rouquin), il a amassé sa
fortune en gérant d’une main de fer le patrimoine
familial, la chaîne de supermarchés Casa Tia.
En 1999, deux ans avant la terrible crise économique qui
a frappé l’Argentine, il a eu le flair de la vendre à
prix d’or (700 millions de dollars).
« Les hommes d’affaires et politiques partagent le même
goût d’entreprendre, estime de Narvaez. Ils suivent un
objectif précis et s’y tiennent. »
Affaire de drogue
Pour percer en politique, ce Colombien d’origine a mis
toutes les chances de son côté. Il s’est tout d’abord
fait naturaliser Argentin. Puis, il a investi une partie
de sa fortune personnelle. D’après les journaux du pays,
l’homme de 55 ans aurait dépensé plus de 15 millions de
dollars dans la campagne électorale, soit trois fois
plus que le total autorisé par la loi.
L’intéressé conteste les sommes et affirme que « la
campagne officielle n’a commencé qu’à la fin du mois de
mai, donc ce que j’ai dépensé avant ne compte pas ».
Aujourd’hui encore, Francisco de Narvaez reste très
actif dans le monde des affaires. Il détient des
boutiques de vêtements en vogue, une entreprise
d’exportation de fruits frais, un centre de congrès et,
comme Berlusconi, un puissant réseau de médias : une
chaîne de télévision, une radio et un quotidien
économique.
S’il ne mâche pas ses mots pour critiquer les « conflits
d’intérêts que peut susciter la détention de sociétés
médiatiques par des hommes politiques », il se contredit
dans la pratique.
Jusqu’ici, il a refusé de céder ses entreprises
audiovisuelles, la loi argentine ne l’y obligeant pas.
Récemment, un juge réputé proche des Kirchner a cité
l’homme d’affaires à témoigner dans une affaire de
drogue.
Un appel à un trafiquant aurait été passé depuis un
téléphone portable enregistré à son nom. Le Colorado a
refusé de comparaître et dénoncé une opération contre
lui en pleine campagne électorale.
Tentative de suicide
D’une manière générale, il reste une énigme. Une sorte
de « serpent de mer », l’animal mythique qu’il s’est
fait tatouer sur le cou. De nombreux mystères
l’entourent, comme sa tentative de suicide avec un
revolver, en 1992, dans un hôtel cinq étoiles.
Une chose est sûre: Francisco de Narvaez est un
péroniste dissident prêt à se battre dur afin d’accéder
au pouvoir. Aux élections des députés de la province de
Buenos Aires, demain, sa liste défie celle d’un autre
péroniste, Nestor Kirchner, chef d’État argentin entre
2003 et 2007 et époux de l’actuelle présidente, Cristina
Kirchner.
Du couple présidentiel, il critique presque tout. Son
angle d’attaque de prédilection reste l’insécurité. «
Les Kirchner ont esquivé ce thème de trop nombreuses
années alors qu’il s’agit d’un problème national »,
estime celui qui a publié une « carte du crime » sur
l’internet.
Francisco de Narvaez assure n’avoir « aucune aspiration
à être président », contrairement à son ami Mauricio
Macri, un autre homme d’affaires qui a conquis la mairie
de Buenos Aires.
Son objectif consiste à remporter en 2011 le poste de
gouverneur de la province de Buenos Aires. Il régnerait
alors en « patron » sur la région la plus importante du
pays.
Rafael
Correa contre les « richards »
ÉLECTIONS EN ÉQUATEUR Les Équatoriens se rendent aux
urnes aujourd’hui. Des élections générales anticipées
pour cause de nouvelle Constitution, mais qui devraient
confirmer aux commandes Rafael Correa, président de
gauche très populaire désormais doté de
QUITO— Rafael Correa, qui remet son mandat en jeu
aujourd’hui, a réussi en seulement deux ans au pouvoir à
imprimer sa marque. Le président équatorien a conduit le
pays vers le socialisme et obtenu l’appui massif des
Équatoriens peu aisés contre les « richards », avec «
l’aide de Dieu ».
« La réussite de (Rafael) Correa
est qu’il a combiné ordre et changement », estime un
analyste politique.
Rafael Correa, 46 ans, se dit luimême surpris par ses
prouesses: « Je suis passé de simple professeur
d’économie à avoir le privilège que Dieu m’accorde un
rôle incroyablement important, me permettant de
faciliter le changement dans ce pays », a-t-il récemment
déclaré.
Le jeune président, un grand brun à l’élégance naturelle
issu d’une famille modeste de la ville de Guayaquil
(Sud), marié à une Belge avec qui il a trois enfants, a
grimpé peu à peu les échelons grâce à des bourses
d’étude qui l’ont mené aux États-Unis et en Europe,
avant de devenir ministre des Finances, en 2006.
Jugé trop antilibéral, il fut cette année-là limogé et
ainsi libéré pour la course à la présidentielle.
L’homme qui a failli ne pas être élu en 2006 – au
premier tour, son opposant Alvaro Noboa avait 26,8% des
suffrages contre 22,8% pour lui – a depuis assis son
autorité dans un pays notoirement instable où sept
présidents ont défilé en dix ans (1996-2006), dont trois
ont été renversés.
Selon le dernier sondage publié, il est crédité de 50%
des intentions de vote dès le premier tour.
Or noir
Aidé par la flambée des cours de l’or noir, principale
ressource du pays, Rafael Correa, un fervent catholique,
a multiplié les programmes sociaux en matière de santé,
d’éducation ou encore d’accès à la propriété. Il a ainsi
consolidé sa popularité auprès des moins aisés, dans un
pays où 38% de la population vit sous le seuil de
pauvreté.
Face à ses adversaires, il s’est montré implacable,
plaçant sous tutelle certains médias, ou encore en
obtenant l’approbation en septembre
2008d’uneConstitutionqui renforce les pouvoirs
présidentiels.
Promettant
de « restaurer la souveraineté » de ce petit pays andin
de 14 millions d’habitants à l’économie dollarisée,
Rafael Correa a aussi exigé des sociétés pétrolières
qu’elles versent des dividendes plus importants.
Si ses détracteurs reprochent à la nouvelle Constitution
de concentrer trop de pouvoirs, notamment budgétaires,
entre les mains du président, nombre d’analystes
estiment qu’il fallait une direction forte au pays après
de longues années de gouvernement corrompu et
inefficace. L’Équateur a vu 10 présidents défiler en
succession rapide depuis 1997, dont trois chassés par la
révolte de la rue. « La réussite de Correa est qu’il a
combiné ordre et changement », estime l’analyste
politique indépendant Jorge Leon. « Son gouvernement est
dur, plutôt autoritaire » et particulièrement exigeant
en matière économique: Correa en est à son quatrième
ministre des Finances...
Face aux critiques de ses opposants, Correa se moque et
assure qu’il ne fait que défendre les pauvres. « Celui
qui cherche à nier la révolution sociale en Équateur est
soit niais, soit aveugle », leur répond crânement le
premier président de gauche depuis le retour de la
démocratie en Équateur, en 1979.
Aux États-Unis, il a annoncé le non-renouvellement de
leur concession à Manta, une base antidrogue américaine
stratégique débouchant sur le Pacifique.
Et à la Colombie, il transmet régulièrement une longue
liste d’exigences pour rétablir les relations
diplomatiques qu’il a rompues le 3 mars 2008, après le
bombardement par celle-ci d’un camp de la guérilla
colombienne des FARC sur son territoire.
Moratoire sur la dette
En décembre 2008, il a enfin dit non aux marchés
financiers, déclarant son pays en moratoire sur un tiers
de sa dette internationale, soit près de trois milliards
de dollars, jugée « illégitime » en raison
d’irrégularités présumées au moment de sa négociation.
Rafael Correa a depuis ouvertement déclaré qu’il
préférait continuer à financer les programmes sociaux
que d’honorer cette dette. Une attitude qui a «
contribué à l’isolement » de l’Équateur, provoqué une
fuite des capitaux et une réduction des lignes de
crédit, obligeant les gens à garder leurs économies chez
eux, note l’économiste Ramiro Crespo, d’Analytica
Securities.
Adepte du « socialisme du XXIe siècle » prôné par le
Vénézuélien Hugo Chavez, il ne s’aligne pourtant pas
systématiquement sur ce dernier.
PÉROU L’ancien président Fujimori condamné à la
prison pour corruption
— L’ancien
président péruvien Alberto Fujimori a été condamné à sept
ans et demi de prison, hier, à Lima, pour une affaire de
corruption lorsqu’il était au pouvoir de 1990 à 2000, a
annoncé le tribunal.
Poursuivi pour détournement de fonds publics, M. Fujimori
a été reconnu coupable d’avoir versé illégalement 15
millions de dollars à son chef des services secrets,
Vladimiro Montesinos, au cours des derniers mois de sa
présidence.
L’ancien chef de l’État, âgé aujourd’hui de 70 ans, a
annoncé qu’il interjetterait appel de la décision pour «
nullité » . M. Fujimori a déjà été condamné en avril
dernier à 25 ans de prison pour violation des droits de
l’homme dans le cadre de sa politique de répression contre
la guérilla maoïste du Sentier lumineux.
Le président du tribunal, le juge César San Martin, était
d’ailleurs le même magistrat qui avait déclaré
l’ex-président responsable des tueries de civils commises
en 1991 et 1992 par un escadron de la mort, instrument de
la « sale guerre » qu’a menée le pouvoir contre la
guérilla d’extrême gauche.
Cette nouvelle condamnation de M. Fujimori pour corruption
n’aura aucun effet sur sa détention, car les peines ne
s’additionnent pas au Pérou.
M. Fujimori avait déjà été condamné à la fin de 2007 à six
ans de prison dans une affaire de perquisition illégale.
Lors du
procès, M. Fujimori a affirmé avoir été forcé de faire
un versement occulte à son ancien bras droit pour éviter
un coup d’État. Selon lui, Montesinos, un homme-clé du
régime qui avait la mainmise sur l’appareil militaire,
menaçait de prendre le pouvoir.
À l’époque, les autorités avaient justifié ces dépenses
puisées dans le Trésor public sous le prétexte d’une
opération de sécurité destinée à empêcher la progression
de la guérilla dans la zone frontalière avec la
Colombie.
M. Fujimori a également axé sa défense sur la
dénonciation d’un « procès politique », estimant que la
justice tentait de nuire aux chances de sa fille, Keiko,
une prétendante sérieuse à l’élection présidentielle de
2011.
Keiko Fujimori, députée la mieux élue du pays en 2006,
est en tête des intentions de vote pour la
présidentielle, selon plusieurs sondages récents.
Le courant « fujimoriste » reste populaire auprès des
classes populaires du Pérou, qui continuent de
plébisciter l’ancien chef de l’État pour avoir pris des
mesures sociales et restauré la sécurité après les
attentats sanglants du Sentier lumineux.
En novembre 2000, quelques jours seulement après un
sommet à Brunei, M. Fujimori s’était enfui vers le
Japon, son pays d’origine, au milieu d’un scandale de
corruption, et avait annoncé sa démission avec une
simple télécopie.
Il avait été arrêté en novembre 2005, lors d’un voyage
au Chili, puis extradé au Pérou, où il comptait se
présenter aux élections présidentielles l’année
suivante.
La Turquie et l’Arménie se rapprochent
ANKARA— La
Turquie et l’Arménie ont jeté les fondements d’une
normalisation en s’entendant sur une « feuille de route »,
des efforts salués par la communauté internationale mais qui
inquiètent l’Azerbaïdjan, proche allié d’Ankara, capitale de
la Turquie, dont une partie des terres sont sous occupation
arménienne.
Des pourparlers avec la médiation de la Suisse ont abouti à
« des progrès concrets et à une compréhension mutuelle », a
annoncé tard mercredi le ministère turc des Affaires
étrangères.
La Turquie et l’Arménie, qui n’entretiennent pas de rapports
diplomatiques, « sont tombées d’accord sur un cadre global
pour la normalisation de leurs relations bilatérales d’une
manière propre à satisfaire les deux parties. Une feuille de
route a été déterminée dans ce contexte », souligne un
communiqué.
Les progrès obtenus « créent une perspective positive pour
le processus en cours », a poursuivi le ministère, sans
fournir de détails sur le contenu de l’accord.
Ankara n’entretient pas de relations diplomatiques avec
Erevan, capitale de l’Arménie, depuis l’indépendance de
l’Arménie en 1991– naguère république soviétique – en raison
de divergences sur la question des massacres d’Arméniens
survenus dans l’Empire ottoman entre 1915 et 1917.
Les
massacres et déportations d’Arméniens pendant cette période
ont fait plus d’un million et demi de morts selon les
Arméniens, 300 000 à 500 000 selon la Turquie qui récuse
catégoriquement la notion de génocide reconnue notamment par
la France, le Canada et le Parlement européen.
Le communiqué turc demercredi intervient peu avant la
commémoration, aujourd’hui le 24 avril, des victimes du
génocide.
La Turquie a fermé sa frontière avec l’Arménie en 1993 en
soutien à l’Azerbaïdjan turcophone, Bakou étant en conflit
avec Erevan pour le contrôle de la région du Nagorny
Karabakh (ou Haut-Karabakh), enclave peuplée d’Arméniens en
territoire azerbaïdjanais.
Les séparatistes arméniens ont pris le contrôle de ce
territoire à l’issue d’un conflit armé qui a fait près de 30
000 morts au début des années 90.
L’administration américaine s’est investie dans la recherche
d’une solution, le président Barack Obama appelant, début
avril à Istanbul, la Turquie et l’Arménie à trouver «
rapidement » un accord en vue d’une normalisation.
RAHUL GANDHI - Le nouveau visage d’une
dynastie
À 38
ans, Rahul Gandhi est déjà pressenti comme futur premier
ministre de la plus grande démocratie du monde. Alors que
se déroulent les élections législatives en Inde jusqu’à la
mi-mai, notre collaboratrice a suivi le plus jeune de la
dynastie.
Rahul Gandhi, le fils de la
présidente du Congrès national indien Sonia Gandhi et
petit-fils de l’ancienne première ministre Indira
Gandhi. Plusieurs le voient comme le futur premier
ministre de l’Inde.
— Un jeune homme au teint clair vêtu d’un kurta-pyjama
blanc immaculé apparaît au travers d’un nuage de
poussière. Au pas de course, il quitte l’hélicoptère posé
près d’un champ d’orge jaune, et, escorté d’un personnel
de sécurité, se rend jusqu’à la scène.
Devant celle-ci, une mer de turbans et de saris de toutes
les couleurs – vert f luo, fuchsia, jaune moutarde... –
patiente sous 40 degrés en l’attendant.
Ils sont plusieurs dizaines de milliers de Punjabi – entre
70 000 et 80 000 selon les organisateurs –, assis en
tailleur. À l’exception des VIP, qui ont droit à des
chaises en plastique et des ventilateurs.
Pas de doute, Rahul Gandhi, malgré son jeune âge, est une
vedette de la politique indienne. Sa grand-mère a été
première ministre. Son père aussi. Sa mère est la
présidente du Congrès national indien qui a mené la
coalition au pouvoir ces cinq dernières années. Le parti a
gouverné le pays pendant près de cinquante ans depuis
l’Indépendance en 1947.
Les jeunes avant tout
Nous sommes à Bathinda, circonscription au fin fond du
Punjab indien, au nord du pays, près de la frontière
pakistanaise. L’État compte seulement 13 des 543 sièges de
la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement.
Mais le
grenier à blé de l’Inde, comme on appelle l’État sikh
(près de 50% de la population se réclame de cette
religion), est parmi les plus riches. Grâce à une
agriculture florissante certes, mais aussi à la
prépondérance des membres de la caste des bania, une
prospère communauté de marchands.
Devant ses partisans, Rahul vante d’abord les mérites du
premier ministre, récemment accusé par l’opposition d’être
« le plus faible » qu’ait connu l’Inde.
« Manmohan Singh est le lion du Punjab; il fait la fierté
des Sikhs », scande-t-il avant d’enchaîner avec ses deux
leitmotive: faire de la place à la nouvelle génération et
combattre le népotisme en politique. « Les jeunes
représentent 70% de la population indienne » fait-il
valoir, en soulignant qu’il fera tout pour encourager les
jeunes à entrer en politique. Son autre mission, c’est de
mettre un terme à la politique de dynasties: « Je veux
révolutionner la politique en priorisant le mérite et la
performance. »
Comme un « prince »
Après son discours, Rahul rejoint la quinzaine de
correspondants étrangers transportés en bus de Delhi par
le Congrès la veille pour l’entendre. Il présente les cinq
candidats aux législatives du Youth Congress – qu’il
dirige. Sans exception, les cinq jeunes hommes ont soit un
père ou un grand-père qui a été ministre ou premier
ministre du Punjab, ou député au gouvernement central.
Bonjour la révolution dont il était question quelques
minutes plus tôt!
Rahul explique aux journalistes que ce serait injuste de
s’attendre à ce que les choses changent en 15 jours: « La
démocratie, c’est une idée, une attitude, avance-t-il,
philosophe. Le Congrès pousse dans ce sens. C’est
seulement dans cinq ou sept ans que nous verrons les
fruits de nos efforts. »
Avant de sauter dans son hélico pour son prochain meeting,
le prince de la couronne, comme le surnomment les
mauvaises langues, lance qu’avec un nom qui porte comme le
sien, « qui serait mieux placé pour promouvoir le
changement? »