Et si l'on
parlait tout simplement du changement ?...
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AUTRES MÉDIAS |
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Ne
t’attaque pas au Système, démode-le !
Dave Meslin: The antidote to apathy
Face au vide de la pensée politique, les philosophes
entrent en scène
Ticket
modérateur:sommes-nous
des «pissous»?
Réveillez-vous, les jeunes!
Et peut-on toujours rêver de renouveler le Canada
?...
Quand certaines mentalités ont la vie dure...
The
Liberals
are
like
Miss
Havisham
L'empathie pour survivre à notre siècle
Des sujets sensibles abordés à la conférence libérale
L'exemple
américain
-
Mario Roy
Yes,
he
can.
Et
nous?
-
Vincent Marissal
La
flamme s’est éteinte - SYLVIE BOVET
Notre
Sainte Trinité
Le
changement - Pierre Foglia
Et si le Québec aspire à une nouvelle petite Révolution,
pourquoi donc ne pas commencer par faire celle ne son propre
financement, et donc de ce bon vieux "modèle Québécois" de
société ?...
Quebec’s
pay-everyone
social programs are draining its purse - Jeffrey Simpson
Des
progrès fulgurants-
Pierre Fortin
Repenser
notre futur
La
vérité
fait
mal
-
Yvan Loubier
Une
manif
pour
les
riches!
-
Marcel Boyer
Fini
l’ère
de
«
l’acquis
»
-
LOUIS
J.
GOUIN
Les
privilégiés
La Révolution tranquillisante - Gilles
Paquet
Finances
publiques - Rien ne se perd, rien ne se crée - Jacques
Ménard
Athènes, P.Q.? Non, merci - Rudy LeCours
LE
QUÉBEC
SE
CHERCHE
-
MARCEL CÔTÉ
Trois
priorités pour «sortir le Québec du trou»
Universities'
plight shows Quebec model's failings has failed our
universities
S’ATTAQUER
AUX
ABUS
Bachand
osera-t-il? - Alain Dubuc
La
bêtise a un prix - Alain Dubuc
La
solution du 30% - Alain Dubuc
Les
12 travaux d'Hercule Québec
Rater la crise - Philippe Faucher
Des
pistes pour mieux dépenser et mieux taxer
Finances
publiques: privilégier taxes et tarifs avant l'impôt
Déficit
d’audace - YVAN LOUBIER
Gérald
Tremblay propose d'augmenter la taxe sur l'essence
«À
soir, on fait peur au monde» - Alain Dubuc
Finances
publiques du Québec: des remèdes au goût amer
La
catastrophe - André Pratte
Année
décisive pour les finances publiques
La
dette, un faux épouvantail? - Claude Picher
Les
oreilles bouchées - André Pratte
Le
Québec au bout du rouleau - Alain Dubuc
La
bataille des cinq «piasses» - Alain Dubuc
Les
choses qu'on n'ose pas dire - Alain Dubuc
La machine à piastres - CLAUDE PICHER
Ce que le peuple veut… - ALAIN DUBUC
La nation inconsciente - ANDRÉ PRATTE
Patrimoine, quand tu nous tiens - ALAIN
DUBUC
LES SERVICES ONT UN PRIX -
YVAN LOUBIER
Une
énergie
presque donnée - Pierre-Olivier Pineau
Le fléau des vaches sacrées - ALAIN DUBUC
La révolution tarifaire - ANDRÉ PRATTE
Un
cran
d'arrêt - Yves-Thomas Dorval
Hydro demande une hausse de tarifs
Électricité:
verser les profits directement aux Québécois
Voir aussi La
marge
de manoeuvre de Jean Charest - Alain Dubuc
de même que Et
en fait, le PQ ne serait-il pas devenu plutôt le parti par
excellence de l'obstrusion au changement ?...
Et surtout...
En
fait, serions-nous en voie de carrément perdre le contrôle
de nos finances publiques ?...
Et si les États se devaient en effet de commencer peut-être
par faire le ménage dans leurs propres dépenses avant que de
demander encore un effort supplémentaire à leurs
contribuables ?...
Un
pacte 50-50 pour équilibrer le budget
Pour un budget intelligent - Ariane Krol
Équilibre budgétaire: oeil pour oeil, dent pour dent
Oui
à une taxe, mais... - Nathalie Collard
Budget
should
target
'fat-cat
Ottawa,'
poll
suggests
Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas s'occuper aussi de
notre productivité, pour faire changement ?...
Rater la crise - Philippe Faucher
Une
commission MacDonald? - Alain Dubuc
C'est
le temps de reparler de productivité - Alain Dubuc
Et si l'on amorçait aussi une réfléxion digne de ce nom en
ce qui concerne notre énergie ?...
Un réseau national d’électricité
s’impose - Pierre-Olivier Pineau
Et par ailleurs, qu'en est-il de notre système de transport
?...
S’inspirer de Londres - Adrien Pouliot
... ou de notre agriculture ?...
Modèle agricole québécois: le début de la fin
Et qu'en pensent d'ailleurs les citoyens ?...
Les frais de garde avant les droits universitaires
Finances
publiques: les Québécois échouent à l'examen
La Suisse m’a ouvert les
yeux - Julie Royer
J’ai peur pour mon avenir - Alexis
Gagné Lebrun
L’État,
mère nourricière - Serge Choquette
Pour un nouveau contrat social
Et pourtant, les vieux réflexes ne se font-ils pas d'une
façon toujours aussi automatique ?...
La CSQ réclame une hausse des impôts
Place à la concurrence - MARCEL
BOYER
Éloge
de la concurrence - YVES BOISVERT
Sous-traiter ou ne pas sous-traiter ? -
André Noël
Pourquoi
vouloir tout privatiser ? - Valérie
Teasdale
«On a sous-traité Montréal», déplore Harel
La culture du PPCD - ALAIN DUBUC
En fait, est-il toujours possible de changer quoique ce soit
au Québec ?...
Avancer en arrière - Vincent
Marissal
D'autres idées qui feraient changement...
Pour qui une taxe sur les boissons gazeuses?
Le mode proportionnel est le meilleur ennemi de la
corruption, dit Khadir
La nonne activiste célèbre dix ans d'actionnariat engagé
Une
ville verte, qu’elle le veuille ou non -
MARIE-CLAUDE LORTIE
Le
luxe
du temps - VINCENT MARISSAL
PAUVRE
MONTRÉAL! - JACQUES MÉNARD
La
grenouille
dans l’eau chaude ANDRÉ PRATTE
Les
sacrifices
- ANDRÉ PRATTE
LE
DÉCLIN TRANQUILLE - FRANÇOIS LEGAULT
M. Legault a raison
Le
testament de M. Legault - André Pratte
En
route vers un « déclin tranquille » François
Legault se dit inquiet pour l’avenir du Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Anatomie
d’une
catastrophe
ALAIN DUBUC
Le
PQ presse le gouvernement de s’attaquer aux « vaches
sacrées »
Avez-vous
honte parfois? -
Lise
Payette
Et si ce n'était qu'ensemble qu'on pouvait vraiment changer
les choses ?...
Environnement - Pour une gestion concertée
Et si les choses ne pouvaient d'abord se changer qu'au
niveau local ?...
Environnement - Pour une gestion concertée
La
résurgence du politique - LOUIS BERNARD
L’art de noyer le poisson - LYSIANE GAGNON
L’hibernation
nationale - STÉPHANE LAPORTE
Foule sentimentale NATHALIE
COLLARD
«
Réveillez-vous! » YVES BOISVERT
Dans
un état de colère permanent - Si je sortais dans la
rue pour manifester contre tous les sujets qui me
révoltent… je vivrais dans la rue!
Le Honduras déchiré MARIO ROY
Rêver?
Oui, mais… - Michèle Ouimet
Voir aussi À
quoi rêve Montréal? - Rima Elkouri
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Lettres - Vienne ce monde
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Le
mirage du cyberengagement
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L'ACTUALITÉ
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Thrive (2011) The world
is waking up
Indigné ! et après
?
Échec et Mat
A rail journey fit for a king: Paris commuter train has
carriages transformed to resemble rooms from the Palace
of Versailles
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La Révolution tranquillisante - Gilles
Paquet
Les dérapages
sont venus d’un étatisme excessif, le déblocage devra venir
d’une nouvelle gouvernance
L’auteur est professeur émérite à l’École de gestion Telfer et
chercheur au Centre d’études en gouvernance à l’Université
d’Ottawa. Le citoyen a oublié le sens de ses obligations en
tant que producteur de gouvernance.
Pourquoi les changements en éducation, santé et culture après
1960 ? Pourquoi les dérapages par la suite? Quels défis sont à
relever dans ces chantiers 50 ans après? Les réponses à ces
trois questions sont claires mais mal comprises : le
changement a été déclenché par la vague démographique ; les
dérapages sont venus d’un étatisme excessif; et le déblocage
ne peut venir que d’une nouvelle gouvernance.
Entre 1951 et 1966, il va naître deux millions de Québécois :
en 1966, grosso modo, un Québécois sur trois aura moins de 15
ans. Déjà sous le régime Duplessis, cette vague démographique
commande qu’on construise tout un réseau d’écoles et
d’institutions sanitai res. Suivront en cascade les cégeps,
pour prendre le relais des polyvalentes en 1967, et
l’Université du Québec, créée en décembre 1968, pour prendre
le relais des cégeps.
L’appareil d’État va superviser le chantier pour faire face au
problème quantitatif de la horde démographique, mais tous les
intervenants ( professeurs, parents, étudiants) vont se
considérer mal servis par le monopole public (taux de
décrochage catastrophique, etc.). Cette faillite qualitative,
Jean-Paul Desbiens (le Frère Untel) l’attribuera à la
Sainte-Alliance entre les politiciens, les syndicats
d’enseignants et les bureaucrates en faveur du maintien et de
l’extension du monopole public.
Voilà un problème de gouvernance non résolu qui ne pourra
potentiellement pas être résolu tant qu’on n’aura pas accepté
de remettre en question le monopole public tel qu’il est.
En santé, la vague démographique, les expériences dans
d’autres provinces au Canada (comme la Saskatchewan), et les
initiatives du gouvernement fédéral vont tout déclencher. La
Saskatchewan a l’assurance-hospitalisation en 1947 et
l’assurance maladie en 1962. Ces initiatives menacent de
rendre difficile la mobilité géographique dans le pays. Le
gouvernement fédéral se sent donc forcé de s’engager en
assurant tous les services médicaux en 1968.
Le Québec va
s’opposer à ces programmes fédéraux, tous partis confondus.
Duplessis, Lesage, Johnson di ront qu’ i ls violent les
priorités québécoises. C’est donc à reculons, avec retard et
dans le désordre, que le Québec va s’ajuster. L’État payeur va
instituer ici encore un monopole publ ic sur la prestation des
soins de base: va émerger autour de lui un oligopole
d’intérêts tout aussi militants que ce qu’on a vu dans le
monde de l’éducation, avec les mêmes tactiques (y compris la
grève) pour arriver à leurs fins.
Les problèmes de gouvernance demeurent dans ce secteur aussi
non résolus: mauvais usage des ressources et coûts incontrôlés
qui croissent plus vite que le PIB.
Culture n’est pas synonyme d’arts et lettres. Cela connote les
traits distinctifs d’une société – mode de vie, croyances,
principes, mentalités, etc. – qui se constituent en manière
d’être, de penser, d’interpréter, d’agir et de communiquer.
L’État est entré avec effraction dans la société québécoise et
l’intelligentsia va rationaliser ces intrusions. Cela a entamé
la culture publique commune des Québécois.
Partout, on a vu monter une dépendance de plus en plus grande
par rapport à l’État et se mettre en place une culture de
bénéficiaire qui n’existait pas à la fin des années 50: le
citoyen a oublié le sens de ses obligations en tant que
producteur de gouvernance. Il n’a que des créances. Cette
dérive a été dénoncée. Les Bougon n’ont pas choqué… on en a
ri. L’âge des ténèbres était trop cinglant… on a ri jaune.
Comment s’en sortir? La Révolution tranquille a
essentiellement été tranquillisante et déresponsabilisante. On
commence à s’inquiéter, c’est bon signe. Mais l’inquiétude ne
suffira pas. Une nouvelle révolution culturelle est
nécessaire, disent certains. Et ils ont raison!
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J. GOUIN
L’auteur est avocat.
J’ai toujours
cru que le principe consommateur-payeur devait primer, car il
permet l’exercice du choix: ne pas consommer (ou utiliser), et
donc ne pas payer. Sous réserve, bien entendu, de la
non-taxation de produits de base, ou de la mise en place d’un
système adéquat pour aider les personnes n’ayant pas des
revenus suffisants.
Il n’y a aucun doute que nous n’avons pas les moyens qui
justifient la panoplie des services «vaches sacrées» offerts
au Québec. L’état de nos finances publiques est plus
qu’éloquent à cet égard, et il nous faut sabrer dans les
services, ou imposer davantage si l’on veut maintenir leur
étendue actuelle.
Nos impôts devraient financer des régimes universels de base,
tout comme les régimes d’assurance privée. Une fois la limite
atteinte, le régime n’assume plus, du moins, sans acquitter un
coût additionnel, sauf pour certains cas précis.
L’ère de « l’acquis » est terminée, qu’on le veuille ou non.
Lorsqu’on dispose d’un budget de 5000$ pour faire des
rénovations chez soi, on n’engage pas des dépenses de 10 000$.
Il nous faut être aussi responsables face aux services «
universels » requis de l’État québécois.
Et si cela était fait de façon positive ? Ainsi, je me mets au
défi que, malgré l’augmentation « éventuelle » des coûts
d’électricité, ma facture mensuelle ne sera pas plus élevée,
car je fermerai les lumières.
Malgré l’augmentation de la taxe sur l’essence, ma facture ne
sera pas plus élevée, car j’utiliserai les transports en
commun.
Malgré
l’imposition d’un ticket modérateur en santé après quelques
visites, ma facture ne sera pas plus élevée, car je serai plus
judicieux dans ma demande de servicesmédicaux.
Je préfère de beaucoup pouvoir ainsi exercer un choix afin de
m’éviter des coûts additionnels.
Mais je suis d’accord pour la mise en place d’une protection
adéquate pour les personnes ayant des revenus insuffisants,
tout comme je le serai pour les étudiants qui n’auront pas les
ressources nécessaires pour faire face à une augmentation «
éventuelle » des frais de scolarité.
Et je suis doublement d’accord pour que nos politiciens
fassent réellement en sorte que les services universels soient
administrés efficacement, ce dont je ne suis pas convaincu
pour l’instant.
Il est possible que certains consomment déjà judicieusement
l’énergie électrique ou ne bénéficient pas d’un système de
transports en commun, ou ont une santé incertaine. Alors, je
souhaite qu’ils suggèrent positivement des pistes de
solutions, car notre problème est réel.
Il ne suffit pas de critiquer. Encore faut-il proposer des
solutions, de façon réaliste et en toute équité, afin que tous
paient leur juste part suivant leurs ressources respectives.
La flamme s’est éteinte - SYLVIE BOVET
Les 25-35 ans
n’ont pas le goût du risque qui animait la génération
précédente qui a formé le Québec inc.
On veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un gros
salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement prêts à faire
les sacrifices que cela implique.
En tant que relève principale de la quatrième génération d’une
entreprise québécoise, il m’arrive souvent de réfléchir sur
les enjeux de ma génération au travail. Non seulement je
réalise le besoin d’en discuter, mais je suis aussi
aujourd’hui dans une position pour agir et faire avancermes
idées. Plus que jamais, c’est maintenant à mon tour et à celui
de mes collègues et amis qui forment ma génération, celle des
25-35 ans, de jouer le «rôle des grands» et de faire avancer
le Québec.
À l’image des Invincibles français,
les jeunes de 25-30 préfèrent trop souvent s’échouer devant
la télé plutôt que d’investir les heures nécessaires à
bosser pour réaliser ses projets.
Chaque génération a ses défis. L’un des nôtres est
certainement de vivre dans une société où presque tout est
possible. Il n’y a plus de barrières pour accéder à une
carrière ou pour réaliser un projet auquel nous rêvons. Le
problème est qu’il y a tellement d’opportunités alléchantes
qu’il devient difficile de faire un choix et de s’y investir
complètement. Les passions, projets et idées qui nous animent
sont multiples. Mais la vérité est que le passage de la parole
à l’acte n’est pas la force qui nous caractérise le plus.
Il va sans dire que ma génération est bien formée et qu’elle
cultive ses compétences. Nous avons certes le potentiel de nos
ambitions. Cela nous amène à désirer et à croire être capables
de régler le sort du monde. Toutefois, le quotidien nous
rattrape vite. Et on préfère malheureusement trop souvent
s’échouer devant la télé pour regarder l’émission de
téléréalité du moment plutôt que d’investir les heures
nécessaires à bosser pour réaliser ses projets.
Bref, on veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un
gros salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement prêts à
faire les sacrifices que cela implique. Quand vient le temps
de mettre l’épaule à la roue, nous répondons la plupart du
temps: absent. C’est comme si le sens du devoir et des
responsabilités nous échappait.
Je travaille pour une entreprise familiale québécoise dans le
milieu du commerce de détail et je suis à même d’observer le
choc des générations. Je remarque que celle à laquelle
j’appartiens manque parfois d’énergie ou de volonté pour
foncer.
Je crois que
nous ne possédons plus la flamme qui animait la génération qui
nous précède, c’est-à-dire celle qui a formé le Québec inc.
Les entrepreneurs n’hésitaient pas à risquer leur maison et
leurs épargnes pour démarrer une entreprise ou pour réaliser
leur rêve. Ils osaient et fonçaient au risque de repartir à la
case départ sans passer par GO. D’autres ont dû se relever les
manches pour poursuivre le commerce d’un parent et ainsi faire
vivre leur famille.
Mes deux grands-pères ont vécu cette situation et je ne peux
que les admirer. Ils en ont passé des moments pénibles, mais
aujourd’hui ils ont le regard fier d’entrepreneurs qui ont
pleinement vécu leur vie. Certes, ils sont satisfaits de leur
réalisation, mais ils sont encore plus fiers de la grande
famille qu’ils ont créée autour d’eux: leurs employés.
La réflexion qu’ils portaient sur l’avenir commençait par «
nous » et non par « je ». Travailler pour rendre les gens
heureux et procurer une vie confortable pour tous. Vision qui
détonne de la nôtre qui tend souvent vers l’atteinte du
million ou la maximisation des REER en fin d’année.
Aurions-nous quelque peu perdu cette notion du risque? Il faut
retrouver le plaisir de réaliser quelque chose au lieu d’être
en quête constante d’argent ou de standing. Accomplir des
choses collectivement pourrait triompher d’un individualisme
excessif répandu dans la nouvelle génération des gens
d’affaires.
C’est certain que les réalités sont différentes aujourd’hui.
Le couple est au centre des décisions et des actions. Notre
but est de s’offrir le plus de possibilités et de confort
possible. Mais pour tout avoir et tout faire, on doit
concilier le travail, les activités et les tâches ménagères.
C’est fréquent de voir un ou une collègue quitter le bureau
tôt pour une situation familiale. C’est tout à fait
respectable. Mais cela entraîne dans l’environnement de
travail une autre dynamique qui n’est peut-être pas compatible
avec nos ambitions professionnelles. Il faut en être
conscient.
Ce n’est pas tant le temps investi dans notre carrière ou dans
nos projets de société quim’inquiètent – car je crois que nous
sommes performants – mais plutôt la passion de ses objectifs
et la persévérance de réussir. Il faut aller au bâton pour
faire un circuit. Il faut s’animer, oser, trébucher, se
relever et persévérer pour vivre pleinement notre vie et la
terminer avec une fierté d’accomplissement!
LE QUÉBEC SE CHERCHE - MARCEL CÔTÉ
Par le
dialogue entre les générations, le Focus stratégique veut
redonner un nouveau souffle au débat public québécois
L’avenir se bâtit sur ce qui fonctionne et sur les atouts
naturels du Québec de demain.
Depuis quelques années, le débat public québécois tourne en
rond, faute de projets inspirants. En fait, le syndrome «pas
dans ma cour» prédomine. Chacun veut avant tout protéger ses
acquis en négligeant le bien commun.
C’est en se comparant, en s’inspirant
d’autres gouvernements qu’il est possible d’avancer, plutôt
que de tourner... en rond!
Serait-ce un phénomène de génération? Les baby-boomers
grisonnent et pensent de plus en plus à leur retraite. À quoi
bon lancer un nouveau projet quand on se prépare à décrocher?
Dominants dans la classe politique, ils donnent le ton au
débat.
Grandissant dans la foulée de la Révolution tranquille, ils
ont construit nos universités, francisé notre économie et
ouvert le Québec aux influences internationales. Un mythe leur
attribue la modernisation de la société québécoise. C’est
oublier que les babyboomers ont transformé toutes les sociétés
industrialisées. Leur marque au Québec fut d’en faire une
nation francophone, laïque et sociale-démocrate, lui donnant
une place unique sur l’échiquier nord-américain.
Tout ne fut pas réussi. Les finances publiques en sont sorties
malades. Le Québec a peu de marge de manoeuvre fiscale et est
le triste champion de l’endettement public en Amérique du Nord
(40 000$ par habitant). Nos infrastructures publiques
demeurent très stressées, du système de santé aux routes.
Indice d’une performance discutable, l’économie québécoise
reste sensiblement au même niveau qu’il y a 50 ans, avec un
PIB par habitant qui se situe à 81% de la moyenne canadienne.
La génération des baby-boomers a cristallisé le débat public
sur la quête identitaire et la question nationale, reléguant
au second rang d’autres débats de société tout aussi
importants et qui ont prévalu dans tous les grands pays
démocratiques. Les tentatives pour renouveler le débat, comme
les manifestes des lucides et des solidaires, ont eu peu de
succès. On se gardera toutefois de blâmer les partis
politiques pour cette situation. Ils sont le reflet de la
société.
On déplorera
aussi le décrochage des jeunes, qui désabusés, s’éloignent de
l’arène publique pour s’investir localement. On peut les
comprendre, le débat portant plus sur l’ardoise du passé que
sur la construction du futur.
Ce malaise politique n’est pas propre au Québec. La politique
canadienne n’est pas dans une phase des plus glorieuses. Aux
États-Unis, le système politique bloqué s’enfonce dans un
esprit partisan balisé par des extrémismes beaucoup plus
prononcés qu’ici. Outre-Atlantique, le rêve d’une Europe unie
s’estompe. À quelques nuances près, le portrait global partage
avec le Québec une indéniable morosité. Nous devons amorcer
une transition et redécouvrir un futur à bâtir.
Le 22 avril, sur une initiative lancée par des collègues de
Secor, et encouragée par diverses institutions de notre
société civile, plus de 300 personnes de toutes les régions du
Québec et de tous les milieux se réuniront à Montréal pour
tenter de renouveler la réflexion collective québécoise sur
notre avenir. Deux particularités de ce rendez-vous méritent
d’être soulignées.
D’unepart, l’échangeentrelesgénérations: près de la moitié des
participants seront des hommes et des femmes de moins de 40
ans. Les autres, l’éventail habituel des baby-boomers qui
dirigent nos entreprises et nos institutions. Par ce dialogue
entre les générations et la structure des discussions, nous
souhaitons contribuer à redonner un nouveau souffle au débat
public québécois.
D’autre part, c’est en se comparant que l’on peut bien se
situer. Une étude dresse un portrait comparatif avec sept
autres ensembles: la Suède, la Finlande, la région
Rhône-Alpes, le Massachusetts, le Minnesota, l’Ontario et la
Colombie-Britannique. Sept régions avec qui le Québec peut
valablement se comparer même si elles sont engagées dans des
cheminements différents fondés sur leurs propres atouts et
enjeux de société.
Trop souvent dominé par la critique, par ce qui ne va pas, le
débat public oublie que l’avenir se bâtit aussi sur ce qui
fonctionne et sur les atouts naturels. Il faut penser le
Québec de demain avec ceux qui le dirigeront, en s’inspirant
d’autres gouvernements qui vivent des défis du même ordre.
Peut-être pourrons-nous alors amorcer un débat public plus
productif, et rêver que nous cesserons de tourner en rond?
S’ATTAQUER AUX
ABUS - Ryan Hillier
(fondateur, Corruption/ZÉRO), Jonathan Plamondon (président, Force
Jeunesse), Jean-David Tremblay-Frenette (président) et Paul
Saint-Pierre Plamondon (cofondateur, Génération d’idées),
Jean-Félix Chénier (président), Robert Demers (secrétaire
Pour éliminer le
déficit du Québec, nous devons tous mettre lamain à la pâte
Il faudra surtout retenir la portée des gestes administratifs
concrets que le gouvernement fera à court et à moyen terme pour
résorber le déficit.
Dans son prochain budget, le gouvernement du Québec expliquera
ce qu’il compte faire pour résorber son déficit de 5 milliards
de dollars. Un déficit qui s’ajoutera à ceux du passé et qui
fait du Québec la plus endettée des provinces canadiennes en
proportion de sa richesse collective.
Le premier ministre Jean Charest et son
ministre des Finances, Raymond Bachand (en arrièreplan),
devront expliquer ce qu’ils comptent faire pour résorber le
déficit de 5milliards de dollars.
Lors de la rencontre économique du 21 janvier, tous les appels
aux bonnes causes ont été entendus. Ce faisant, l’on a détourné
les regards de l’éléphant dans le salon: notre endettement
collectif croissant. Si nous ne parvenons pas à réduire ce
fardeau, tous les beaux consensus sur les priorités collectives
pourraient s’avérer futiles. De plus, avec le vieillissement de
la population, il sera impossible de maintenir les services à la
population à leur niveau actuel à plus long terme.
Pour ces raisons, nous appelons le gouvernement ainsi que
l’ensemble de la classe politique à agir dès maintenant, de
manière décisive, pour revenir au déficit zéro d’ici la fin de
son mandat, au plus tard en 2013. À partir de là, le Québec
pourra recommencer à travailler sur sa dette publique.
Certes, la plupart des Québécois reconnaissent le problème et
souhaitent que le gouvernement s’y attaque. Mais dès qu’il
s’agit de toucher à ce qui nous affecte personnellement, c’est
sauve-qui-peut ! Voilà le fameux syndrome « pas dans ma cour »,
s’appliquant ici aux finances publiques.
Nous sommes d’avis que le seul moyen de sortir de ce bourbier,
c’est d’amener tous les secteurs de la société à mettre la main
à la pâte : les structures, les employés et les fournisseurs de
l’État; les entreprises, individus et organismes qui bénéficient
des programmes économiques et sociaux; les contribuables.
Parmi les
auteurs de ce texte comme dans la société, certains préfèrent
que le gouvernement résorbe son déficit principalement en
réduisant ses dépenses, d’autres surtout en augmentant ses
revenus. Mais nous reconnaissons tous qu’il faudra agir sur tous
les fronts pour parvenir à cet objectif.
Pour que tous acceptent de mettre la main à la pâte, il faudra
mieux réprimer les abus de toutes sortes. Des abus qui ne se
chiffrent pas tous en milliards de dollars, mais dont les
symboles nous servent de prétexte pour ne pas nous réformer.
Ainsi, comment augmenter les tarifs alors que les rapports du
vérificateur général regorgent d’exemples de mauvaise gestion?
Comment demander plus de flexibilité aux employés de l’État s’il
subsiste de la corruption dans les contrats publics? Comment
persuader les travailleurs au noir de déclarer tous leurs
revenus quand des employeurs publics gardent des employés peu
performants? Comment demander aux contribuables de payer plus de
TVQ alors que la population est régulièrement témoin de laxisme
dans la gestion de certains programmes? Pour supprimer ces
prétextes, il faut s’attaquer à toutes les formes d’abus
simultanément et avec une égale vigueur.
La problématique qui relie la dette, le vieillissement de la
population et l’équité intergénérationnelle a été documentée
depuis déjà 20 ans. Chacun des gouvernements successifs a
déclaré son intention de s’y attaquer. Pourtant, selon le
vérificateur général, les déficits n’ont cessé de s’accumuler.
En 2001, après cinq années de lutte au déficit, l’Assemblée
nationale adoptait, à l’unanimité, la Loi sur l’équilibre
budgétaire par lequel le gouvernement s’obligeait à résorber un
éventuel déficit par des surplus d’une valeur équivalente, en
cinq ans. En 2009, dès la première récession suivant l’adoption
de cette loi, le gouvernement l’a suspendue, signalant ainsi que
de telles lois ne valent que le temps qu’elles ne sont pas trop
contraignantes.
Cette expérience doit nous instruire pour l’avenir: dans les
prochaines semaines, ce n’est pas tant les objectifs budgétaires
sur papier qu’il faudra retenir, mais bien la portée des gestes
administratifs concrets que le gouvernement fera à court et à
moyen terme pour les atteindre.
Rater la crise - Philippe Faucher
La
productivité de l’économie n’a pas augmenté auQuébec à la
faveur de la récession
Les problèmes de dette ne doivent pas nous faire perdre de vue
l’importance de nous engager dans le développement durable et
l’économie verte.
L’auteur est professeur au département de science politique et
chercheur associé au Centre d’études et recherches
internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). L’é
conomie c a nadien ne connaîtra une croissance modérée en 2010
(2%) alors que se dissipent les effets de la récession. Le
chômage reste élevé à 8,5% (décembre) mais moins qu’aux
États-Unis et en Europe (10%). Que nos économies se relèvent
aussi rapidement de la pire crise financière du capitalisme
est un exploit remarquable à mettre au crédit de l’effort
concerté du G20, des organismes internationaux de régulation,
un temps décriés, et des politiques nationales de relance.
PHOTO MARTIN
CHAMBERLAND, LA PRESSE Pour les seuls tarifs de
l’électricité, les experts affirment que Québec souffre d’un
manque à gagner annuel de 2,3 milliards de dollars.
S’i l n’est pas faci le de dépenser des milliards, il est
encore plus difficile de payer la facture. Les consultations
prébudgétaires nous le rappellent: c’est le temps de
rembourser. Les impôts, taxes et tarifs payent pour les
services et les transferts. Ils servent à redistribuer de la
richesse, à modifier des comportements et à orienter les choix
de consommation. Prendre les moyens de combler le déficit
représente aussi une chance pour le gouvernement d’orienter
nos efforts vers une économie plus performante.
Le capitalisme est caractérisé par des cycles. La théorie
affirme qu’au cours d’une crise, les activités les moins
rentables disparaissent et qu’une partie des ressources
rendues ainsi disponibles est dirigée vers des activités plus
performantes. Sur le terrain, le déplacement du capital est
une opération pénible marquée par des faillites d’entreprise,
des pertes d’emplois, des fermetures d’usine et l’exode des
professionnels les plus qualifiés. L’intervention publique
vise à mitiger ces maux.
Le soutien aux banques a évité le rappel en cascade des marges
et des prêts et a raccourci la période de gel du crédit. Par
ailleurs, les investissements massifs des divers programmes de
relance ont contribué à soutenir la production et l’emploi.
Les investissements publics ont maintenu en activité des
entreprises moins performantes, alors que d’autres, plus
rentables, ont disparu, victimes de mauvais payeurs. Au total
, conséquence non voulue et inévitable de l’intervention
publique, la restructuration n’a pas eu lieu et la
productivité de l’économie n’a pas augmenté à la faveur de la
récession.
Le Québec y
est allé de son effort de relance. Pour les finances de la
province, la crise a le mérite douteux de nous faire sortir de
la fiction du déficit zéro, pour afficher un trou récurrent de
plus de 4 milliards pour les prochaines années. Parce que tous
les gouvernements sont très endettés, la demande de crédit
crée une pression sur les taux d’intérêt. Si le prix de la
dette augmente, c’est autant de moins pour les services. On le
sent venir, il faut trouver de l’argent en augmentant les
revenus puisque les coupes ont atteint leur limite. Comme le
rappelait Coluche – citant Raymond Barre: « Le bout du tunnel
est pour l’an prochain. »
Les problèmes comptables ne doivent pas nous faire perdre de
vue l’importance de nous engager dans le développement durable
et l’économie verte. Pour les seuls tarifs de l’électricité,
les experts affirment que le gouvernement du Québec souffre
d’un manque à gagner annuel de 2,3 milliards de dollars. C’est
la valeur de la différence entre les tarifs résidentiels et
commerciaux du Québec par rapport à la moyenne canadienne –
eux-mêmes parmi les plus bas au monde (rapport Montmarquette
2008).
En haussant les tarifs, le gouvernement du Québec recevrait
une rente qui pourrait contribuer à résorber le déficit.
L’autre effet est le changement des habitudes de consommation,
suscitépar cetteaugmentation. Des tarifs plus élevés vont
faire diminuer le gaspillage et donc baisser la consommation.
Le surplus ainsi libéré pourrait être exporté ou contribuer à
retarder la construction et la mise en service de nouvelles
installations.
Cette hausse des tarifs, à laquelle devrait s’ajouter une taxe
sur les émissions de carbone, aurait un effet structurant
bénéfique. Si les énergies traditionnelles sont plus chères,
les énergies alternatives deviennent plus concurrentielles,
l’éolien, le solaire, la géothermie sont abordables ; ce qui
crée en amont une demande pour la production des équipements
qui servent à la production de ces énergies nouvelles.
Las
des tergiversations et des complaisances, il est temps que le
gouvernement prenne les décisions indispensables à la
croissance de l’économie, au risque de rater encore l’occasion
offerte par la crise.
Ce que le peuple veut… - ALAIN DUBUC
La semaine
dernière, dans la tourmente du débat sur les hausses de
tarifs, un sondage absolument délectable, publié dans le
Journal de Montréal, nous montrait, chiffres à l’appui,
pourquoi il est devenu si difficile de gouverner.
Ce sondage Léger Marketing révélait qu’à l’évocation de
hausses de tarifs, 65 % des répondants se disaient en colère,
et qu’à peine 29 % des répondants disaient comprendre, même si
cela les dérangeait. Dans la même foulée, ces mêmes citoyens
estimaient, par une majorité écrasante de 64 %, que le retour
du déficit est attribuable à la mauvaise gestion
gouvernementale, plutôt qu’à la crise économique.
Cette colère et ce cynisme face à nos dirigeants montrent
quelle pente le gouvernement Charest aura à gravir pour faire
accepter des décisions impopulaires. On peut aller plus loin.
Si on se fie aux réponses aux autres questions de cette
enquête, si Québec choisit d’écouter les citoyens et de se
plier à leurs volontés, il sera tout simplement incapable de
résoudre la crise des finances publiques. Et nous foncerons
dans un mur.
Que disent les citoyens? Le déficit les inquiète, dans une
proportion de 70%, ce qui est un bon signe. Mais pour résorber
ce déficit, seulement 39% acceptent de payer davantage tandis
que 47% d’entre eux préfèrent une diminution de services.
Voilà un revirement qui pourrait, en principe, être un choix
de société.
Mais quand on pousse le questionnement, il est moins clair de
savoir quels services les gens seraient prêts à sacrifier.
Soixante-six pour cent des répondants croient en effet qu’il
ne faut pas geler les dépenses de santé. Il n’y avait pas de
questions sur l’éducation, mais on peut supposer que la
réponse aurait été similaire. Cinquante pour cent des
répondants appuient des hausses de salaire pour les employés
de l’État. Or, on sait que l’éducation, la santé et
l’incontournable service de la dette comptent pour 75% des
dépenses de l’État, tandis que la masse salariale compte pour
60%. Où réduire alors?
À quelques
exceptions près, le premier réflexe des citoyens ne laisse pas
non plus de marge du côté des revenus. Certaines hausses de
tarifs suscitent de vives réactions. Les citoyens s’opposent
massivement, à 76%, à une hausse des tarifs d’électricité, à
celle des primes de l’assurance médicaments, à 73%, des permis
de conduire, à 75%, et des taxes sur l’essence, à 83%.
Curieusement, les Québécois sont moins catégoriques pour
certains tarifs que l’on croyait sacrés. Cinquante pour cent
accepteraient une hausse des frais de scolarité, 57% celle des
garderies, 77% celle des permis de chasse. Pourquoi? Parce que
tout le monde paie l’électricité, mais que ce n’est pas tout
le monde qui a un enfant à la garderie ou à l’université.
Résumons. On est contre le déficit. Contre les impôts. Pour
les coupes, mais presque nulle part. Et pour une hausse des
tarifs qui ne nous affectent pas. Je ne dis pas ça pour me
moquer. Mais pour souligner les limites des réactions au
premier degré. Un sondage demande aux gens ce qu’ils aiment ou
ce qu’ils n’aiment pas, ce qui les amène à décrire leurs
préférences en fonction de leurs intérêts immédiats.
Cela nous montre les limites des consultations dans des choix
comme ceux qui attendent le gouvernement libéral. Les
consultations permettent d’écouter, elles permettent aussi au
gouvernement d’expliquer et de mettre cartes sur table. Mais
les contradictions de ce sondage montrent qu’il y a une énorme
différence entre les voeux communs et le bien commun.
La
remise sur les rails des finances publiques ne pourra pas être
un exercice de démocratie directe, ou encore une démarche
citoyenne. Cela nous rappelle que diriger, c’est d’abord et
avant tout faire des choix et décider, même si cela est
impopulaire
La nation inconsciente - ANDRÉ PRATTE
L'hypothèse d'une hausse des tarifs de
certains services publics, lancée par le gouvernement Charest,
suscite un vif débat. La population, elle, est furieuse.
Un sondage Léger Marketing réalisé pour le
Journal de Montréal est particulièrement révélateur. Une très
forte majorité de Québécois s'oppose à toute hausse des
principaux tarifs gouvernementaux. Les répondants tiennent
néanmoins à ce que l'État assume la croissance rapide des coûts
du système de santé et se disent très inquiets de voir le
gouvernement du Québec en situation déficitaire.
Ces réponses sont typiques du pays des merveilles dans lequel
vivent les Québécois depuis des années. Dans ce monde
fantastique, il est possible d'obtenir du gouvernement les
services sociaux les plus coûteux d'Amérique du Nord tout en
refusant obstinément de payer les coûts de ces services. À
l'Assemblée nationale cette semaine, les protestations de
Pauline Marois sur les éventuelles hausses de tarifs ont été
suivies par les appels indignés du député péquiste Bernard
Drainville pour que Québec améliore la qualité des installations
du CHUM... Avec quel argent, M. Drainville, si votre chef refuse
toute augmentation d'impôts, de taxes et de tarifs?
Si les Québécois peuvent vivre dans un monde aussi paradoxal,
c'est qu'ils s'accrochent à quelques mythes. Par exemple, le
mythe selon lequel si on augmentait quelques tarifs ciblés ici
et là, cela suffirait à payer les dépenses supplémentaires
exigées par la santé, l'éducation, l'assurance médicament, les
garderies, etc. Or, les sommes nécessaires atteignent au moins 2
ou 3 milliards de dollars par an.
Une augmentation de 1¢ par kWh de l'électricité dite
«patrimoniale» produirait 1,4 milliard de revenus
supplémentaires. Pour arriver au même montant, il faudrait
multiplier par 50 le prix des permis de chasse (2750$ par saison
plutôt que 55$ pour chasser l'orignal...). Ou encore porter à
28$ (au lieu de 7$) le tarif quotidien des garderies. Une
augmentation de 1¢ le kWh de l'électricité patrimoniale
hausserait de 194$ la facture annuelle du consommateur moyen,
tandis que la hausse à 28$ du tarif des CPE augmenterait de 105$
PAR SEMAINE la facture des parents concernés.
Un autre mythe veut qu'il suffise de «faire le ménage» au
gouvernement. Le gouvernement du Québec n'est sans doute pas la
machine la plus efficace qui soit. Cependant, il ne faut pas non
plus se faire d'illusions. Petit dégraissage par ci, petit
nettoyage par là, on arrive vite au point où les compressions
touchent le coeur des services dont les citoyens ne veulent
absolument pas se priver.
Il y a aussi le mythe du butin. Le butin, c'est l'argent que
«nous doit» le gouvernement fédéral, les milliards qui «dorment
à Ottawa» (dixit Mme Marois). Comme les gouvernements des autres
provinces, celui du Québec a toutes sortes de désaccords de
nature fiscale avec Ottawa. Certaines de ses revendications sont
clairement fondées - par exemple, la compensation de 2,6
milliards pour l'harmonisation des taxes de vente - d'autres
sont beaucoup plus douteuses, notamment celles relatives à la
péréquation. Surtout, dans beaucoup de cas, il s'agit de
montants ponctuels. Même si le fédéral se rendait aux demandes
de Québec, le manque à gagner structurel ne serait pas réglé.
Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les
souverainistes, ce n'est pas «notre argent» qu'Ottawa refuse de
nous verser, mais celui des autres contribuables canadiens. Car,
malgré ce que croient encore une majorité de Québécois, le
gouvernement du Canada dépense plus au Québec que ce que nous
lui envoyons en impôts et taxes, 4,7 milliards de plus par an
pour être exact.
Enfin, on ne peut plus parler d'un déséquilibre fiscal lorsque
le gouvernement fédéral est en déficit de 50 milliards...
Les Québécois sont fiers de former une nation. Or, une nation
forte doit faire preuve de responsabilité et de lucidité au lieu
de blâmer les autres et rêver à des solutions magiques. C'est
cette maturité qui fait défaut aux Québécois quand il s'agit du
financement des services publics.
On peut certes débattre des meilleurs moyens d'augmenter les
revenus de l'État. Toutefois, une chose est sûre, si l'on veut
bénéficier à la fois d'un régime de santé public, d'un système
d'éducation de qualité, de garderies subventionnées, d'une
assurance médicaments et de congés parentaux généreux comme
nulle part ailleurs sur le continent, il va falloir accepter de
payer davantage.
Patrimoine, quand tu nous tiens - ALAIN DUBUC
Le débat
politique sur une hausse des tarifs s’est déplacé. Le premier
ministre Jean Charest a-t-il l’intention, oui ou non, de
toucher au tarif du bloc d’électricité dit patrimonial ? C’est
ce qu’a demandé, le trémolo dans la voix, la chef de
l’opposition, Pauline Marois.
En posant le débat dans ces termes, on quitte le domaine de
l’économie et de l’énergie pour entrer dans celui du
religieux. Le mot « patrimoine » a une lourde charge
symbolique : il décrit ce qui doit être préservé, ce qui doit
être protégé à tout prix. Cela nous ramène au sacré, comme le
Québec sait si bien le faire.
Mais dans le débat sur l’énergie, le concept de patrimoine a
une signification légale qui n’a rien à voir avec notre
culture, notre identité ou notre héritage architectural.
Ce concept a été développé au tournant du millénaire pour
permettre à Hydro-Québec de profiter de la libéralisation des
marchés de l’électricité dans le nord-est du continent
américain. Pour avoir accès à ces marchés, le Québec devait
offrir la réciprocité, et ouvrir le sien.
Le Québec a néanmoins mis sur pied une structure pour protéger
son marché, en divisant Hydro-Québec en quatre entités
étanches (équipement, production, distribution et transport),
et en définissant ce bloc patrimonial de 165 térawattheures,
qui couvrait alors les besoins du Québec, dont le prix serait
fixe à 1,79 cent le kilowattheure. Ce bloc échappait à la
concurrence et aux lois du marché, qui s’appliquent à
l’énergie produite au-delà de ce seuil. Par exemple, quand
Hydro demande des hausses de tarifs, elle le fait pour les
frais de transport et de distribution, ou pour le coût de
l’électricité au-delà de ce bloc.
Derrière la
mécanique, il y avait une philosophie. Ces tarifs fixes
donnent un avantage aux consommateurs québécois, et leur
permettent ainsi de profiter, eux aussi, de ce bien collectif.
C’est l’argument que reprend Mme Marois.
Cette approche comporte deu x failles. D’abord, la meilleure
façon de faire profiter les citoyens d’un bien collectif,
c’est d’en retirer des bénéfices qui sont, eux aussi,
collectifs : financer des infrastructures, réduire la dette,
créer des fonds de développement. Subventionner la
consommation, com me nous le fa ison s , procure une
gratification immédiate dont il ne reste plus rien ensuite.
C’est une forme de gaspillage, prisée par des gouvernements
populistes. Hugo Chavez le fait avec son pétrole au Venezuela.
Pas l’Alberta, ni la Norvège.
En outre, des prix trop bas pour l’électricité amènent des
effets pervers. Un risque de surconsommation, la difficulté
d’implanter des mesures d’économie ou de développer des
sources d’énergie alternatives. Cela limite la principale
contribution du Québec dans la lutte contre les changements
climatiques, déployer son énergie propre pour remplacer
l’électricité de source thermique, comme le charbon. Au plan
environnemental, c’est un véritable scandale.
Ce raisonnement ne permet pas de justifier des hausses
sauvages. Il faut maintenir l’avantage québécois. Il faut se
souvenir qu’on a poussé les Québécois au chauffage électrique,
dont ils sont maintenant prisonniers, et qu’on ne peut donc
pas brutalement changer les règles du jeu. Il faut aussi
protéger les gens à plus faibles revenus, un souci reflété
dans tous les scénarios de hausses de tarifs.
Mais
on peut aussi dédramatiser le débat. En rappelant qu’une
hausse des tarifs ne signifie pas nécessairement une hausse de
la facture, parce que les citoyens peuvent économiser
l’énergie et réduire leur consommation. Et en soulignant qu’il
y a une disproportion entre l’intensité du débat et sa portée
réelle. Une hausse de 1 % des tarifs représente, en gros, pour
un consommateur moyen, une hausse de la facture mensuelle de 1
$. On devrait donc respirer par le nez.
LES SERVICES ONT UN PRIX - YVAN
LOUBIER
Tout doit être
mis sur la table, même les tarifs d’électricité
Le débat qui s’amorce au Québec sur l’état des finances
publiques, la nécessité d’un redressement et les moyens que
nous devons mettre de l’avant pour y parvenir doit se faire,
et rapidement.
Si le dernier budget a agi comme révélateur de l’état réel des
finances publiques, la récession a fini de nous convaincre que
le statu quo n’est pas viable. Même si nous avons été moins
frappés qu’ailleurs dans le monde, à cause notamment du
programme d’Infrastruct ures du gouvernement du Québec, les
effets combinés de la récession et « l’aveuglement volontaire
» dont nous faisons preuve à l’égard des moyens financiers
dont nous disposons se feront sentir sur les finances
publiques pendant plusieurs années. En fait, les efforts
consentis depuis 1998 afin d’atteindre l’équilibre budgétaire
pourraient pratiquement être anéantis par ces deux facteurs.
Il faut cesser de crier à l’incompétence des élus qui nous
gouvernent, peu i mporte le parti qu’ils représentent, comme
source des maux qui affligent les finances publiques. En
exigeant constamment des services nouveaux ou un accroissement
de la qualité et de la quantité des services existants, il
faut être conséquent : ces services ont un prix que nous avons
tous ensemble la responsabilité d’assumer.
Persister à croire, comme nous le suggèrent de récents
sondages, que nous pouvons exiger de plus en plus de services
gouvernementaux et en même temps fermer les yeux sur notre
capacité et les moyens de les financer, nous fera frapper un
mur avant longtemps. D’ailleurs, nous y sommes presque!
Ce n’est pas par mauvaise volonté que 60% de la solution pour
un retour à l’équilibre budgétaire n’a pas été identifié lors
du dépôt du dernier budget québécois. C’est simplement parce
que nous n’avons plus de marge de manoeuvre au Québec, nous
n’avons plus de cibles facilement identifiables dans le régime
actuel de perception des recettes et de planification des
dépenses de l’État.
Bouleverser
ce régime ne se fait pas sans heurts et commande
nécessairement un vrai débat public. Un débat où seraient
présentés divers scénarios de retour à l’équilibre budgétaire,
de financement des services auxquels nous tenons et de
redressement durable comportant des objectifs plus consistants
de réduction de la dette publique. Une dette qui est toujours
la plus importante au Canada et qui draine 7 milliards de
dollars par année en frais d’intérêts.
I l est i ndéniable qu’u n gouvernement responsable doit
susciter ce débat, malgré l’impopularité du sujet. Nous sommes
mûrs pour un tel exercice démocratique et le premier ministre
du Québec semble vouloir le réaliser.
Au cours de cet exercice, tout doit cependant être sur la
table : les recettes fiscales, les dépenses, les services et
les coûts, y compris les tarifs d’Hydro-Québec.
Et ce n’est pas un péché de penser à une augmentation
graduelle des tarifs payés par les Québécois qui ne
représentent à l’heure actuelle que la moitié de ceux payés
partout en Amérique du Nord. Ce n’est pas un péché non plus
que de penser pouvoir réaliser une offensive marquée au
chapitre de l’exportation d’électricité afin que plus de 5 %
de notre production soit écoulée aux prix réels et lucratifs
du marché. Ce n’est pas d’être mal avisé que de croire, à la
veille du sommet de Copenhague sur l’environnement et à l’ère
très prochaine des voitures propulsées à l’électricité, que le
Québec puisse tirer parti de cet ava ntage comparati f d’une
énergie propre et renouvelable.
C’est si mplement mettre notre patrimoine au service de la
création de richesse, de l’augmentation de notre bien-être et
du financement des services publics comme la santé, dont le
financement s’accroît de plus de 1,5 milliard par année.
L’utilité d’un État réside dans sa force d’intervention, dans
sa capacité à offrir les services publics désirés par sa
population et à relever en son nom les nombreux et complexes
défis qui la confrontent. Cette capacité de l’État québécois,
nous la perdrons bientôt si nous ne faisons preuve de réalisme
et si nous persistons à croire qu’il est possible de continuer
à avoir le beurre et l’argent du beurre.
Une énergie presque donnée -
Pierre-Olivier Pineau
L’idée du PLQ
d’augmenter les tarifs d’électricité est logique et
écologiquement juste
L’auteure est une ancienne caporalechef des Forces armées
canadiennes qui réside à Saint-Marc-sur-Richelieu. Une
coalition s’élève contre le recrutement dans les écoles,
incluant les cadets de l’armée. Pourquoi au juste ?
Avec le taux de décrochage scolaire que nous connaissons, je
ne vois vraiment pas en quoi ce recrutement peut nuire aux
adolescents. Bien au contraire.
J’ai moi-même fait partie de l’armée de réserve canadienne
(terre), de 1987 à 1993. Oui, l’une de mes maintes tâches a
été d’aller parler dans une école secondaire
d’Hochelaga-Maisonneuve, en 1988, de ce qui est possible
d’accomplir dans l’armée. L’auteur est spécialiste en
politiques énergétiques et professeur agrégé à HEC Montréal.
Quand, en mars dernier, le vérificateur général du Québec
tirait une sonnette d’alarme sur le manque de suivi du
gouvernement dans la perception des droits miniers, à peu près
tout le monde s’entendait sur l’élément suivant : oui, le
gouvernement québécois doit retirer une compensation
suffisante pour l’exploitation des ressources naturelles.
Pourtant, ce constat n’a eu aucune résonance à propos d’une
autre ressource naturelle dont le Québec bénéf icie grandement
: la force hydraulique.
Les droits payés par les utilisateurs de la force hydraulique,
pour la production d’électricité, sont en effet ridiculement
bas au Québec: 2,84$ par 1000 kWh. C’est moins de 1/3 de cent
par kWh, quand le prix de l’électricité résidentielle est de
5,45¢/ kWh ( pour les premiers 30 kWh de consommation
quotidienne).
En termes de contenu énergétique, 1000 kWh représentent
environ 60% d’un baril de pétrole. Si l’hydro-électricité
québécoise est notre or bleu, l’équivalent du pétrole
albertain, le gouvernement est en train de la vendre à environ
1,70$ le baril. Quand le prix du baril de pétrole tourne
autour des 65-70$ (en dollar américain), ce prix tient de la
fraude, de l’inconscience ou carrément de la bêtise. Ce sont
les propriétaires de la ressource hydraulique qui se font
avoir : ils donnent presque leur énergie propre, une des
meilleures qui soit.
Les propriétaires, ce sont tous les Québécois. Cette énergie
est utilisée par trois groupes : d’abord l’industrie (environ
50% de la consommation québécoise), ensuite eux-mêmes ( la
consommation résident ielle représente 30% de la consommation
québécoise), et enfin les commerces et autres institutions
publiques (environ 20%).
Évidemment, l’industrie énergivore du Québec contribue à
l’économie et cela doit être pris en compte. Mais le prix
actuel auquel nous lui accordons la ressource hydraulique
Moi, j’ai eu
la chance d’aller à l’université, d’avoir ma famille qui me
supportait en ce sens. Mais la réalité, c’est qu’on n’a pas
tous cette chance.
Aussi triste que cela puisse être, je préférerais qu’un jeune
se fasse tuer (et donc l’hydroélectricité) est ridiculement
bas… nulle part ailleurs sur la planète n’y a-t-il une terre
d’accueil aussi stable, avec une main-d’oeuvre instruite, et
une électricité aussi abondante, propre et si peu chère qu’au
Québec.
En l’offrant à l’industrie à si bon marché, nous lui faisons
un cadeau (une subvention déguisée), qui n’est pas dans notre
intérêt à long terme.
Du côté résidentiel, ces bas prix profitent avant tout à ceux
qui ont la plus grande capacité de consommer : ceux qui ont
les moyens d’avoir une maison unifamiliale (150 mètres carrés
de surface en moyenne) avec quatre murs exposés au froid,
remplie de différents électroménagers. Ceux qui vivent dans
des maisons attenantes (125 m2) ou des appartements (85 m2)
consomment beaucoup moins, surtout en chauffage. En fin de
compte, ce sont donc les ménages vivant dans les « Hummer du
logement » qui utilisent le plus notre électricité à 1,70$ le
baril (soit l’équivalent de 3 ¢ le litre d’essence). Est-ce
normal de la vendre si peu chère ?
Ces cadeaux que nous faisons à certains ne pourraient être
qu’une erreur sociale : un groupe de propriétaires décide de
se partager inéquitablement une ressource commune, en la
donnant en nature à des consommateurs plutôt qu’en se
partageant sa valeur financière. Le problème, c’est que cette
erreur sociale a aussi un coût environnemental : en même temps
que nous consommons notre électricité trop peu chère, nous ne
faisons pas tous les investissements en efficacité énergétique
que nous pourrions faire.
Pire, nous dépensons des centaines de millions de dollars pour
promouvoi r cette ef f icacité. En 2008, l’Agence d’efficacité
énergétique a dépensé 68 millions tandis qu’Hydro-Québec a mis
236 millions dans son Plan global en efficacité énergétique.
Malgré ces millions, notre grand potentiel d’efficacité
énergétique (13% de la consommation résidentielle) reste
largement intact . Effectivement , pourquoi changer quand le
statu quo individuel coûte si peu cher ?
L’idée du Parti libéral du Québec d’augmenter les tarifs
d’électricité coule donc de source. Elle est logique et
écologiquement juste. Mais il faut aussi qu’elle soit
présentée ainsi : comme une décision tournée avant tout vers
le développement durable de notre société, plutôt que comme un
pansement sur un budget qui fuit de partout.
Comme les Québécois ont à coeur la juste exploitation de leurs
ressources naturelles et la qualité de l’environnement, si on
prend la peine de leur expliquer la situation, il leur sera
possible d’accepter d’augmenter le prix de l’électricité.
Le fléau des vaches sacrées - ALAIN DUBUC
C’est bien mal
parti. Le débat sur les hausses de tarifs fait rage avant même
d’avoir formellement commencé. Les libéraux en discutent lors
de leur conseil général, les ministres réfléchissent à voix
haute, le premier ministre Charest envoie des messages
contradictoires, tandis que les partis de l’opposition sont
déjà sur le sentier de la guerre.
Ce désordre illustre bien le fait, qu’au Québec, la révision
des tarifs des services gouvernementaux sera un champ miné, ou
plutôt un pré où broutent bien des vaches sacrées. Si le
gouvernement hésite, c’est qu’il devra affronter de sérieux
obstacles politiques, culturels et idéologiques.
Sur le plan de la stricte logique, il est évident que la
tarification plus adéquate des services publics est une voie
qui doit être explorée. Le gouvernement du Québec, comme tous
les gouvernements, fait face à une grave crise des finances
publiques à cause de la récession. Une situation
exceptionnelle qui ne peut être résolue uniquement par une
compression des dépenses. Il faudra aussi regarder du côté des
revenus.
Les hausses de tarifs sont une excellente façon d’aller
chercher ces revenus. Cette forme de ponction comporte moins
d’effets économiques négatifs que les hausses d’impôt. Elle
repose sur un principe d’équité, celui de l’utilisateurpayeur,
par exemple dans le cas des péages autoroutiers. Elle
encourage une meilleure utilisation des services publics. Ce
nettoyage permettrait de mettre fin à plusieurs aberrations où
le gouvernement se retrouve à subventionner des activités qui
ne devraient pas l’être.
Pour toutes ces raisons, la plupart des pays, notamment en
Europe, font de plus en plus le choix de la tarification. À ce
chapitre, le Québec est en retard. C’est donc un bon choix, si
la mise en oeuvre se fait de façon équilibrée et ordonnée, et
si l’on épargne les plus vulnérables.
Mais ce n’est
pas si simple. D’abord parce qu’au Québec, le gouvernement
devra affronter un problème politique de taille. Seulement 42%
des Québécois paient de l’impôt sur le revenu, de sorte qu’une
majorité de citoyens sont indifférents, sinon favorables, aux
hausses d’impôt. Des hausses de tarifs, par contre, touchent
tout le monde. On peut donc s’attendre à une levée de
boucliers généralisée.
Le second obstacle est lié à une culture des droits acquis
profondément enracinée. Ce qui a été donné par l’État l’est
pour toujours. Tout est sacré. La somme de 7$ pour une journée
de garderie. Le droit inaliénable de profiter de tarifs
d’électricité au rabais.
Le troisième obstacle, c’est la conviction que le gel des
tarifs constitue une forme avancée d’équité sociale. Dans les
faits, c’est plutôt le contraire. Les gels les plus
populaires, garderies, droits de scolarité, profitent
davantage aux biens nantis. C’est encore plus vrai pour les
bas tarifs d’électricité, qui profitent surtout à ceux qui ont
de grosses maisons, des piscines et des chalets.
La chef de l’opposition, Pauline Marois, a bien exprimé, cette
semaine, la philosophie qui nous a menés à l’impasse. « Il y a
80 000 personnes de plus qui sont à l’assurance emploi depuis
le début de l’année. Pensezvous qu’ils ont les moyens
d’assumer des hausses de tarifs. » Justement. On ne règle pas
le problème de 80 000 personnes en faisant un cadeau à sept
millions de personnes.
Le gouvernement Charest a eu tout à fait raison d’ouvrir ce
dossier. Il fallait oser, il fallait commencer à s’attaquer
aux vaches sacrées. Reste maintenant à tenir le cap. En
commençant par ce qui est, de loin, le plus important: la
révision des tarifs d’électricité. Non seulement en raison de
son impact financier. Mais aussi parce que l’électricité au
rabais est devenue un indéfendable non-sens environnemental.
La révolution tarifaire - ANDRÉ PRATTE
Àla fin du
conseil général du Parti libéral du Québec, le président de la
commission jeunesse, Julien Gagnon, est monté sur scène au son
de Revolution, des Beatles. C’est bien à une révolution que
les militants libéraux convient les Québécois. Un changement
douloureux, mais nécessaire: la révolution tarifaire.
P ou r su iva nt la déma rche amorcée par le rapport
Montmarquette, les libéraux ont demandé au gouvernement de
présenter une loi-cadre sur la tarification. En vertu de cette
loi, les tarifs des services publics ne seraient plus fixés
arbitrairement, mais en fonction d’un pourcentage déterminé
des coûts. Par conséquent, les tarifs seraient indexés (fini
les gels!). Les libéraux ont aussi voté en faveur de
l’instauration d’un système de péages dans la région de
Montréal.
Si le gouvernement met de l’avant une telle politique,
beaucoup de contribuables se rebifferont, l’accusant de leur
imposer des impôts déguisés. Or, tarifs et impôts sont
foncièrement différents. En plus de servir à financer les
services publics, les tarifs font porter la responsabilité
principale de ce financement aux utilisateurs des services en
question: l’entretien des routes aux automobilistes, celui des
parcs aux campeurs. De plus, les tarifs influent les
comportements des usagers: si l’électricité coûte plus cher,
on en gaspillera moins.
Au Québec, on
a toujours financé les services publics davantage par l’impôt
sur le revenu que par les tarifs. Or, comme nous avons aussi
choisi de s’offrir des services publics plus généreux que les
autres États du continent, les revenus tendent à être
lourdement imposés... ce qui a pour effet de décourager le
travail. C’est cela qu’il faut changer si nous voulons
continuer à bénéficier des mêmes services tout en nous
assurant que le gouvernement revienne à l’équilibre budgétaire
et que notre économie prospère.
Le passage à une tarification étendue doit se faire de façon
cohérente. Or, c’est mal parti. Le gouvernement Charest tient
mordicus à maintenir à 7 $ par jour le prix des garderies.
Pourquoi les CPE échapperaient-ils à la logique de la
tarification? S’il y a une brèche là, il sera difficile
d’éviter d’autres exceptions.
Hier,
le premier ministre a été d’une prudence extrême dans ses
propos. Il a insisté sur la nécessité de consulter les
Québécois et a refusé de se prononcer sur l’une ou l’autre des
propositions adoptées par ses militants. Est-ce déjà l’amorce
d’une retraite? Espérons que non. En ce début de troisième
mandat, M. Charest a l’occasion de faire prendre au Québec un
virage historique en matière de financement des services
publics et de mettre ainsi un terme à la culture malsaine de
la gratuité. Certes, le combat sera rude et politiquement
coûteux. Mais l’avenir du modèle québécois en dépend.
Un réseau national d’électricité s’impose
- Pierre-Olivier Pineau
Chaque
province et État américain contrôle la transmission
d’énergie sur son territoire
Un réseau national aurait l’avantage de permettre de
planifier de manière plus cohérente les approvisionnements
en électricité.
Dans la même s ema i ne , le Nouveau-Brunswick, TerreNeuve
et Labrador et le Québec se trouvent au coeur de
l’actualité économique avec un élément commun: le réseau
de transmission de l’électricité.
Si les intérêts de chacun divergent, tous s’entendent au
moins sur un point : l’accès au réseau de transmission
doit être ouvert à tous. Ce réseau comprend toutes les
lignes à haute tension qui permettent à l’électricité
produite à des centaines de kilomètres d’être acheminée
aux consommateurs.
Le Nouveau-Brunswick veut garder la propriété de ses
lignes pour « rester maître chez lui », même si toutes les
compagnies qui en manifesteront le désir pourront les
utiliser, moyennant un péage. TerreNeuve et Labrador veut
pouvoir accéder à un coût et des conditions raisonnables
aux lignes québécoises – c’est pour cela qu’elle a porté
plainte à la Régie de l’énergie.
De son côté, Hydro-Québec a ouvert son réseau de
transmission depuis 1997, par souci de réciprocité face
aux États-Unis, où elle poursuit de lucratifs échanges
d’électricité, en grande partie grâce à l’accès aux lignes
de transmission américaines qui sont ouvertes à tous.
Si tout le monde s’entend, où est le problème? C’est que
le réseau de transmission n’est en fait pas un réseau,
mais de multiples réseaux, gérés de manière indépendante
par chaque province canadienne, et chaque État américain.
La div
ision d’ Hydro - Québec s’occupant de la transmission
(HQTransÉnergie) ne répond ainsi qu’à la Régie de
l’énergie et à son actionnaire unique, le gouvernement du
Québec. Il a en va de même pour les réseaux du
NouveauBrunswick, de Terre-Neuve et Labrador, de
l’Ontario, de New York, etc. Pourtant, tous les
producteurs et les gros consommateurs d’électricité
empruntent ces « autoroutes d’électrons » pour bénéficier
des meilleurs prix, autant à la vente qu’à l’achat.
Tout le monde profite de ces échanges avec le voisin quand
l’électricité y est disponible… sauf quand les intérêts
d’un vendeur se voient frustrés parce qu’un autre vendeur,
moins cher, est accessible grâce au réseau de
transmission. C’est pour cela que le Québec, depuis Jean
Lesage, s’est toujours montré réticent à accorder un droit
de passage à l’électricité du Labrador… à moins que ce
soit pour ses propres intérêts (comme dans le cas du Haut
Churchill).
Un réseau national aurait l’avantage de permettre de
planifier de manière plus cohérente les approvisionnements
en électricité : pourquoi choisir de développer la Romaine
pour 6,5 milliards de dollars, quand le Bas Churchill (au
Labrador) pourrait produire le double d’électricité au
même coût ? Comment l’Ontario fera-t-elle pour éliminer
ses centrales au charbon si elle n’a pas un accès
sécuritaire aux ressources hydrauliques du Québec et du
Labrador ? Comment les provinces maritimes pourront éviter
de brûler du pétrole pour produire leur électricité sans
un réseau de transmission majeur offrant les
interconnexions requises ?
Des projets interprovinciaux sont possibles et désirables:
rappelons-nous que Lucien Bouchard et Brian Tobin, alors
premier ministre de TerreNeuve et Labrador, ont ainsi
annoncé le développement commun du Bas Churchill en 1998,
avant de laisser tomber ce projet pour des raisons
économiques en 2000. Danny Williams reprend maintenant
seul ce projet, mais se heurte au Québec. Hydro-Québec va
signer de gaieté de coeur une entente avec le
NouveauBrunswick, et vise même davantage à l’est, plus au
sud aussi, et même jusqu’au Midwest américain! Si beaucoup
d’efficacité économique et environnementale pourrait être
gagnée, un développement harmonieux demande une plus
grande coordination, qui fait cruellement défaut à l’heure
actuelle.
Ce
projet national, voire intercontinental, d’un réseau
d’électricité, offre de multiples bénéfices, mais demande
une vision forte et un leadership hors du commun. Il brise
en effet les habitudes historiques provincialistes.
Pourtant , à l’heure de la globalisation, certaines
traditions méritent d’être revues, les échanges
d’électricité à travers un réseau national en tout premier
lieu.
La Suisse m’a ouvert les
yeux - Julie Royer
De nombreux
lecteurs ont réagi à l’éditorial d’André Pratte, « La nation
inconsciente », publié samedi dernier.
M. Pratte, vous n’auriez pu trouver meilleur titre pour votre
éditorial. Moi-même, avant d’habiter la Suisse, je faisais
partie de ces Québécois inconscients face à ce qu’il en coûte
réellement pour bénéficier de tous ces services « gratuits »
au Québec. Maintenant, je comprends que ce n’est pas l’argent
que je payais en impôts et en taxe de vente qui pouvait
couvrir le coût de tous les services que j’utilisais.
Les
tarifs des services publics, notamment ceux des garderies,
doivent-ils être majorés pour augmenter les revenus de
l’État ?
I l y a un a n, j’ai déménagé à Zurich où j’y ai découvert le
concept d’utilisateur-payeur. Beaucoup de Québécois rêvent de
la Suisse et de ses impôts quasi inexistants. Mais ce qu’on
oublie, c’est que tout service se paie à la pièce. Il m’a
fallu trois rencontres avec l’immigration pour finaliser mon
entrée au pays. Chaque fois, j’ai dû payer une facture de 26 $
à 101 $ avant de quitter leurs bureaux.
Autre exemple
qui étonne beaucoup mes amis: nous devons utiliser les sacs de
poubelles de la ville, qui coûtent 2$ pièce. Ainsi, plus on
jette, plus on paie pour le service des ordures.
Mais là où ça fait mal, c’est pour les soins de santé. À mon
arrivée, j’ai reçu une lettre m’exigeant de souscrire auprès
d’une compagnie suisse pour une assurance maladie. Pour une
personne sans problème de santé, l’assurance de base
commençait à environ 500 $. J’ai demandé à mes amis suisses si
l’assurance payait tout. Ça les a fait pas mal rire ! Chaque
personne ou famille en Suisse a de l’argent de côté en cas de
maladie. Et on ne parle pas de quelques centaines de dollars,
mais plutôt de quelques milliers. Chacun doit avoir ce «
coussin », car après une visite chez le médecin ou un séjour à
l’hôpital, on reçoit une facture détaillant le coût des soins,
payable dans les 30 jours. La compagnie d’assurance rembourse
une partie des coûts, mais mes amis m’ont tous dit que c’était
une fraction de ce qu’il en coûte.
J’ai peur pour mon avenir - Alexis Gagné
Lebrun
L’auteur est
enseignant en physique au cégep de Saint-Hyacinthe. Je suis
un jeune travailleur. J’enseigne depuis quatre ans,
changeant d’institutions scolaires une ou deux fois par
année, suivant les contrats où ils se trouvent. Quand
j’examine les débats actuels sur les finances publiques et
les régimes de retraite, j’ai peur pour mon avenir.
J’ai l’impression que plusieurs Québécois veulent se sortir
de la présente situation en pelletant les multiples factures
aux plus jeunes, alors que j’aimerais bien bénéficier d’un
niveau de vie comparable à la génération actuelle.
La Régie des rentes du Québec a annoncé qu’elle n’avait pas
de réserve au-delà de 2037. Étant né en 1981, j’ai
l’impression que je cotiserai toute ma vie active, à un taux
probablement plus du double de celui des générations
précédentes, sans pouvoir retirer de quelconques
prestations.
Dans les débats de la commission parlementaire suivant les
pertes liées à la crise financière et à la mauvaise gestion
de la Caisse de dépôt, j’ai peur que les jeunes fassent
l’ensemble des sacrifices sans pouvoir en retirer quoi que
ce soit.
Comme aucun
individu n’est responsable des pertes, il faut que
l’ensemble de la population contribue. Je suis en accord
avec une hausse rapide des cotisations, mais il serait
normal, étant donné la situation exceptionnelle que nous
vivons, que les prestations soient diminuées sensiblement.
Si on hausse de 5% à 10% le taux de cotisation, il faudrait
diminuer les prestations d’un niveau équivalent. Après tout,
il s’agit de la pérennité de la caisse vieillesse de tous,
pas seulement de celle de la génération actuelle.
Certains répliqueront que les jeunes générations bénéficient
d’infrastructures qui n’existaient pas avant 1960. C’est
vrai, mais nous devons soutenir une dette reliée à ces
infrastructures qui n’existait pas non plus avant 1960. Les
actifs et les passifs vont de pair! De plus, on pourrait
discuter longuement de la qualité actuelle de nos
infrastructures. Nos écoles se délabrent, nos réseaux
d’aqueduc coulent, nos routes se percent, nos viaducs
tombent…
Le front commun syndical propose de verser une partie des
cotisations futures pour le fonds de retraite des années
1982 à 1999. Il y a toujours bien une limite à faire payer
les jeunes pour les retraités actuels.
Je sais que plusieurs percevront ce texte comme une attaque
contre certaines générations. Il s’agit plutôt d’une crainte
de devoir prendre sur nos jeunes épaules tous les défis qui
doivent être relevés conjointement par l’ensemble des
générations.
La dette publique (de plus en plus) importante, l’impact du
choc démographique sur les finances publiques, le déficit
structurel actuel, le trou dans les régimes de retraite,
disons que mon futur financier collectif me fait peur…
L’État, mère nourricière - Serge Choquette
L’excellent éditorial d’André Pratte résume très bien
pourquoi j’ai toujours hésité à appuyer les partis politiques
à forte tendance sociale, notamment le PQ, malgré mon désir de
fonder un pays autonome. Comme la plupart des «lucides»
québécois, ma fibre patriotique trébuche sur cette conception
populaire de l’État-providence, comme si la société était
notre mère nourricière et nous devait tout, simplement parce
que nous existons, alors que nous ne reconnaissons aucune
obligation corollaire envers elle. Pourtant, cette attitude
n’est que conséquence logique du fait que 45% des citoyens ne
contribue aucunement au bien commun en ne payant aucun impôt
alors que tous sans exception profitent du butin collectif. On
ne fera jamais une société bien forte avec si peu d’épaules à
la roue et autant de bouches à nourrir. À ce jour, la majorité
des Québécois préfèrent encore voir se dégrader la qualité des
services d’État plutôt que d’assumer leur responsabilité
citoyenne, c’est-à-dire se révolter devant l’inadmissible,
remettre en question les structures et revoir leurs priorités
financières. On préfère encore laisser l’État tout décider,
même quand le filet de protection sociale s’effiloche avec de
grands trous béants. C’est toujours la grogne boudeuse quand
on parle d’augmenter les tarifs. Quand sortirons-nous du jupon
protecteur de maman – État providence – pour libérer le
dynamisme collectif créateur dans une deuxième révolution
tranquille?
Fini la carte de crédit
J’appuie totalement votre suggestion d’augmenter de 1 ¢ le
kWh de l’électricité patrimoniale. Les tarifs doivent aussi être
ajustés. Et s’il faut de l’argent supplémentaire, on doit
augmenter la taxe de vente. Personnellement, je préfère ces
mesures, plutôt que d’augmenter les impôts des particuliers. On
peut ainsi rejoindre tous les contribuables, autant ceux qui
travaillent au noir que ceux qui pratiquent l’évasion fiscale. Si
notre gouvernement ne peut pas appliquer ces mesures, alors il
doit obligatoirement réduire les services. La carte de crédit a
atteint ses limites.
Haussons les tarifs d’Hydro
Je souhaite que
nos politiciens, sans querelle partisane, soient lucides et
expliquent clairement à la population ce que coûtent certains
services et d’où vient l’argent. La majorité des gens qui sont
contre tout de toute façon ne paient rien ou presque en impôts.
Augmenter les tarifs de l’électricité m’apparaît simple et
surtout efficace. Pour minimiser l’impact de l’augmentation, on
peut très bien changer nos habitudes et consommer moins, comme
plusieurs l’ont fait avec l’essence. L’impact du coût
supplémentaire par personne serait minimal et les revenus de
l’État, grandement améliorés, sans augmentation de personnel.
Des Québécois lucides
Contrairement à votre interprétation, les Québécois ont fait
preuve de responsabilité et de maturité en élisant un gouvernement
qui prétendait avoir les mains sur le volant. Ce gouvernement a
été élu peu de temps après que le groupe des luc des ait publié
son document de réflexion. La hausse des tarifs de l’électricité
était une des solutions avancées pour sortir le Québec de son
impasse financière à terme. Qu’est-ce que le gouvernement libéral
a fait à ce sujet? Rien, sinon commander des sondages de
popularité. Consulter sur une base ponctuelle une fraction de la
population sur les hausses de tarifs et de taxes dans un contexte
de crise économique mondiale et tirer des conclusions aussi larges
qu’impertinentes n’apporte aucun élément positif au dossier. Les
Québécois que je consulte dans mon entourage immédiat sont des
personnes qui sont aptes à saisir les enjeux sociaux, politiques
et économiques. Elles sont unanimes à penser que la hausse des
tarifs est une très bonne solution dans la mesure où les
dirigeants d’Hydro-Québec pratiquent une saine gestion financière
des fonds publics. À ma connaissance, les Québécois ont un sens
démocratique très élevé et un respect de leurs institutions
politiques (jusqu’à maintenant). Le gouvernement Charest est au
pouvoir avec une majorité suffisante pour passer ses lois. Alors,
qu’il explique clairement ses positions et qu’il agisse. C’est ce
que les Québécois attendent d’un gouvernement lucide et
responsable.
Mauvais gestionnaires
La nation est inconsciente, mais ce qui est plus grave, c’est
le manque flagrant de gestion responsable de la part des
gouvernements, présents ou passés. Jean Charest voulait avoir les
deux mains sur le volant, mais il ne veut pas prendre de décision
impopulaire. Le gouvernement se doit d’augmenter le prix de
l’électricité, des frais de garderie, et d’imposer un ticket
modérateur dans la santé. La gratuité n’existe pas, les Québécois
doivent en être conscients, mais il revient au gouvernement de
prendre les mesures appropriées pour bien gérer cette province
sans avoir peur de perdre quelques votes au passage.
À bas les abris fiscaux
Les Québécois ne veulent pas de hausse de tarifs, et c’est
mon cas. Depuis qu’il y a des déficits, c’est toujours la plèbe
qui paie et qui se serre la ceinture. J’ai rarement vu les nantis
souffrir du manque d’argent. Et si ça s’était produit, on l’aurait
su. Mais non, en pleine crise économique, ils osent se voter des
augmentations de salaire ou se donner des primes au rendement,
tout en étant responsables de cette même crise. Si on allait
chercher tout l’argent des abris fiscaux et si on faisait payer
l’impôt à tous les riches qui y ont échappé, on n’aurait plus de
déficit demain matin et on pourrait peut-être payer la dette en
entier. Nous ne sommes plus dupes. J’espère que la population va
refuser toutes ces hausses et réclamer d’autres solutions aux
problèmes qui nous concernent. C’est pas toujours aux mêmes à se
partager l’assiette au beurre !
Toujours les pauvres
Joli article lucide... Pas un mot sur les abris fiscaux, le
fait que les multinationales étrangères vident nos mines, nos
forêts, notre eau, sans redevances, et à grands coups de
subventions. Sans compter les centaines de millions en subventions
aux compagnies pharmaceutiques! Bien non, ce sont les pauvres
qu’il faut continuer de saigner...
Place à la concurrence - MARCEL BOYER
Tous les
services municipaux devraient être évalués à intervalles
réguliers pour vérifier s’ils sont compétitifs
À l ’a p p r o c h e d e s élections municipales
montréalaises, les cols bleus manifestent devant l’hôtel de
Ville pour réclamer des augmentations de s a l a i r e et une
l i mitation du recours à la sous-traitance. Pendant ce temps,
on entend beaucoup de promesses creuses de tous les partis en
ce qui a trait aux finances publiques et à la fiscalité.
Facile de suggérer une amélioration de l’efficacité de la
bureaucratie ou une réduction du gaspillage.
Les
employés municipaux doivent être soumis à la concurrence. Il
est fort possible qu’ils soient les plus efficaces dans leur
domaine et remportent les contrats offerts. On doit
simplement leur donner une occasion de le prouver en
bousculant un peu le confort de leurs privilèges.
La situation relative de la Ville de Montréal n’est pas t rès
reluisa nte : da ns l e c l a s s e ment d u magazine
Maclean’s, qui a évalué la gestion de 29 villes canadiennes,
el le obtient le 28e r a ng dans l a catégorie fiscalité et le
27e dans la catégorie gouvernance et finances publiques !
J’invite les candidats à se positionner clairement quant à ces
questions et à proposer des solutions concrètes pour renverser
la vapeur.
I l n’existe pas des dizaines de façons de réduire le fa rdeau
f i scal d’une ville sans couper dans l es s er v i c es .
Malheureusement , changer le conducteur du train, si celui-ci
garde la même locomotive et avance sur la même voie ferrée, ne
changera pas grand-chose à la destination. Pour s ’at t aquer
à la sit uation des f i nances publiques et a l léger le fa
rdeau f i sca l , une véritable révolution est nécessaire.
Cette révolution porte un nom : la concurrence.
Comme j e
l’explique dans mon Manifeste pour une s ocial-démocratie
concurrentielle et comme l’ont relevé d’autres commentateurs,
le dilemme n’est pas entre secteur public et secteur privé.
Une entreprise privée en particulier n’est pas forcément plus
efficace ou moins corrompue que le secteur public. Autrement,
il n’y aurait jamais de faillites et de fraude. La concurrence
est le facteur qui explique pourquoi un secteur est plus
efficace. Le monopole, dans les services publics comme
ailleurs, mène systématiquement au gaspillage et à la
stagnation. Le rapport du vérificateur général de la Ville de
Montréal, Jacques Bergeron, le confirme une fois de plus.
L e modèle de l a c onc u r r ence devrait êt re le mode de
gouvernance privilégié pour le développement et le maintien de
toutes les i nfrastr uctures municipales : r outes , t r a
nspor t s en c ommun, distribution et traitement de l’eau,
parcs et j ardins publics, équipements de loisirs, services de
police et d’incendie, etc. Tous les services municipaux
devraient être évalués à intervalles réguliers (que ce soit t
r ois , quatre ou c i nq a ns) pour vérifier si les services
sont compétitifs et comparables en qualité aux meilleurs dans
des villes comparables, pour revoir et contester les méthodes
actuelles de fourniture et pour consulter tant la population
que des spécialistes sur la façon d’améliorer le système.
Les employés municipaux, syndiqués ou non, doivent être soumis
à ce régime. Il est fort possible qu’ils soient les plus
efficaces dans leur domaine et remportent les contrats
offerts. On doit si mplement leur donner une occasion de le
prouver en bousculant un peu le confort de leurs privilèges.
Ils perdraient peutêtre une partie de leurs avantages, mais
gagneraient le respect de leurs concitoyens en démontrant la
valeur de leur travail.
En
somme, l’obligation de rendre compte qui incombe aux élus
montréalais doit s’incarner concrètement dans la mise en place
d’un processus rigoureux, i ndépendant et t ra nsparent
d’étalonnage et de mise en concurrence des services. Je le
répète, l’objectif n’est pas la privatisation des services
municipaux. Il s’agit simplement de les rendre concurrentiels.
Le recours systématique aux mécanismes de marché permettrait
d’obtenir des services de meilleure qualité et à meilleur
coût.
Éloge de la concurrence - YVES BOISVERT
Le problème de
la Ville de Montréal n’est pas qu’on a tout balancé au secteur
privé. C’est qu’on a tout balancé à un très petit nombre
d’entrepreneurs.
En même temps, on a affaibli la capacité de surveillance de la
fonction publique. Donc, le champ est maintenant libre non pas
à une privatisation, mais à une appropriation pure et simple
des contrats de la Ville.
En d’autres termes, ce n’est pas nécessairement moins cher
dans le privé. Et ce n’est pas nécessairement moins cher non
plus dans le public. Mais c’est nécessairement plus cher quand
il n’y a pas de concurrence.
Le déficit de concurrence. Voilà le coeur du rapport du
vérificateur général Jacques Bergeron sur le très humide
scandale aquatique que l’on sait
Voilà ce qui fait qu’on paie trop cher pour les services
municipaux. Voilà ce qui fait qu’on paie trop cher pour les
routes. Voilà ce qui fait qu’on achète des bébelles dont on
n’a pas besoin (un contrat trop gros, rappelez-vous).
Les recommandations du vérificateur vont loin : il suggère
que, pour des contrats importants, un appel d’offres soit
lancé aussi bien au Québec qu’à l’extérieur. Quand on magasine
toujours au même coin de rue, on obtient rarement ce qu’il y a
de mieux au meilleur prix.
Mais voilà, les entreprises n’ayant pas déjà fait affaire avec
la Ville sont systématiquement défavorisées dans les appels
d’offres, car on y retrouve toujours le critère de la
«connaissance du milieu».
Cela restreint le libre marché et pénalise les entreprises de
l’extérieur – des entrepreneurs de Québec ou de Gatineau, par
exemple, sans même parler de concurrents des autres provinces.
Pas assez de compétition, donc. Mais la petitesse d’un milieu
a un autre effet: moins il y a de participants aux appels
d’offres, plus il y a de risques de collusion. Entre les
entrepreneurs, qui s’arrangent pour fixer les prix. Et entre
les entrepreneurs et certaines personnes clés dans
l’administration, pour truquer les appels d’offres et
cadenasser le système.
«J’ai passé
des mois dans un bureau d’avocats pour analyser des offres
d’entrepreneurs et trouver des failles, pour qu’elles soient
légalement rejetées et que le candidat de la Ville soit retenu
», me confiait hier un avocat. Cela ne se passait pas à
Montréal, mais dans une ville pas très loin de chez vous.
Le vérificateur note avec approbation que, depuis le mois
d’août, la Ville exige «un formulaire attestant l’absence de
collusion » de la part des entrepreneurs. Les entreprises
ayant été déjà condamnées pour complot en vue de réduire
indûment la concurrence devraient être écartées pour une
période de temps. C’est un bon début.
Mais pour qu’un grand ménage soit fait à l’hôtel de ville, on
n’a pas besoin d’attendre une commission d’enquête. Il faut un
système beaucoup plus transparent et beaucoup plus ouvert à la
concurrence.
Il est intéressant de noter que le vérificateur recommande de
faire une évaluation interne des travaux avant de les donner
au privé. Ou à tout le moins pour «étalonner» les prix.
Il y a des cas où les cols bleus peuvent faire le même travail
pour aussi bien et pour moins cher. Ils sont sûrement contents
de lire ça dans le rapport. Accepterontils pour autant le
principe de la concurrence? Quand on a un plancher d’emplois,
on est rarement un adepte féroce de la concurrence. Pourtant,
il ne fait pas de doute que les employés municipaux
connaissent la ville mieux que quiconque.
En Grande-Bretagne, dans les années 80, on a implanté un
régime de concurrence pour les contrats dans les
municipalités, auquel même les employés municipaux étaient
soumis. Les syndicats ont protesté, mais plus de 70% des
contrats ont été obtenus par les employés municipaux,
justement parce qu’ils sont par définition des experts dans le
domaine.
En ce moment, les Montréalais paient pour le manque de
concurrence dans leur ville, dans le privé comme dans le
public.
Et comme on a laissé la fonction publique montréalaise
s’affaiblir, comme on n’a pas su développer sa compétence
(c’est aussi dans le rapport), personne n’est en mesure de
surveiller et de dire non. On a contourné ceux qui ne sont pas
des yes men, on a contourné et contrôlé le contentieux, les
finances, tout ce qui est embêtant. Et tout était en place
pour le désastre administratif que vous voyez.
On peut se demander où étaient les 102 élus du conseil
municipal (un record nord-américain de gaspillage: Toronto en
a 44!). Comment se fait-il qu’on ait pu leur cacher
l’information si facilement? Quelle est donc cette petite
clique qui contrôlait tout? Comment se fait-il que les élus
aient laissé l’administration soustraire de son contrôle
toutes sortes de dossiers, dont l’ensemble des propriétés
immobilières de la Ville?
Quoiqu’il
advienne
des enquêtes policières et des élections, le nettoyage passera
par des outils classiques: transparence rigoureuse,
circulation pleine de l’information, ouverture à la
concurrence véritable.
Sous-traiter ou ne pas sous-traiter ? -
André Noël
MANDAT
D’EXPERTS À LA VILLE
L’administration Tremblay donne les clés de l’hôtel de
ville à des firmes extérieures, accuse Réal Ménard, un des
principaux candidats de Vision Montréal. Faux, rétorque le
président du comité exécutif, Claude Dauphin. Le débat est
là, éclipsé par les scandales: la Ville doit-elle confier
plus de mandats à ses propres experts ou, au contraire, en
confier encore plus à des cabinets de professionnels
externes ?
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND,
ARCHIVES LA PRESSE
« Je constate que bien des
priorités ne sont pas déterminées par le personnel de la
Ville, mais par des firmes qui, souvent, obtiennent par
la suite les contrats des travaux qu’elles ont
elles-mêmes suggérés », dit Réal Ménard, qui se présente
à la mairie de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve pour le
parti de Louise Harel.
M. Ménard ne s’oppose pas à ce que des entreprises privées
soient mises à contribution afin de déneiger les rues ou
pour d’autres travaux. Mais il ne comprend pas pourquoi la
Ville laisse des firmes d’ingénieurs, d’architectes ou
d’autres professionnels prendre des décisions stratégiques
à sa place.
Il cite un exemple récent. Le dernier conseil municipal a
attribué un contrat à SNCLavalin ProFac pour évaluer
l’état des 1550 immeubles de la Ville. Ce seront les
ingénieurs de SNC qui établiront les priorités
d’entretien. Gros mandat: il faut dépenser un milliard de
dollars pour restaurer tous ces immeubles.
« I l me s emble que des experts du service des immeubles
de la Ville devraient être capables d’accomplir cette t
âche névralgique, dit M. Ménard, qui se présente à la
mairie de Mercier–HochelagaMaisonneuve pour le parti de
Louise Harel. Je constate que bien des priorités ne sont
pas déterminées par le personnel de la Ville, mais par des
firmes qui, souvent, obtiennent par la suite les contrats
des travaux qu’elles ont elles-mêmes suggérés. »
Claude Dauphin, qui se représente à la mairie de Lachine
pour le parti de Gérald Tremblay, affirme que son
administration a hérité des mauvaises décisions prises par
le maire précédent, Pierre Bourque, et qu’elle agit au cas
par cas.
« M.
Bourque avait démantelé les équipes (d’experts internes),
dit-il. Les finances étaient précaires. Nous faisions face
à un déficit d’investissement dans les infrastructures.
Depuis huit ans, nous avons commencé à rebâtir nos équipes
de professionnels, par exemple en surveillance de travaux
routiers (50% est fait à l’interne). Nous allons
poursuivre dans la même veine dans le prochain mandat.
Nous allons rebâtir nos équipes, tout en continuant à
travailler avec le privé lorsque c’est plus avantageux
pour les Montréalais. »
La vérification des immeubles peut se faire seulement
d’avril à la fin d’octobre puisqu’il est difficile
d’inspecter les toits et les murs en hiver, poursuit M.
Dauphin. « Il est donc plus sensé financièrement de faire
appel à des spécialistes externes pour six mois à la fois,
plutôt que d’embaucher du personnel spécialisé à l’année,
payé pendant 12 mois. »
De son côté, M. Ménard craint que la Ville perde son
expertise et devienne dépendante des firmes externes.
C’est ce qui s’est produit avec le projet des compteurs
d’eau et de l’optimisation du réseau d’eau, souligne-t-il.
À la Ville, les responsables étaient incapables de
répondre aux questions sur ce projet: tout était dirigé
vers la firme BPR.
« Ce n’est pas au x gens du privé à décider de l’ordre
d’intervention sur les grands réseaux publics, dit-il. Les
élus devraient pouvoir recevoir une information probante
et concluante de leurs propres experts. Les fonctionnaires
ont pour mandat de travailler pour le bien public. Ils ne
travaillent pas pour grossir les honoraires des firmes
professionnelles. Les employés de ces firmes sont
peut-être honnêtes, mais ils ne se trouvent pas dans la
même logique que les fonctionnaires. »
M. Ménard, un ancien député du Bloc québécois, multiplie
les exemples. La Ville a attribué un contrat de 30
millions au consortium formé de CIMA+ Génivar et Tecsult
pour mettre en oeuvre le plan d’intervention pour les
réseaux d’eau et d’égouts. « C’est là une mission
stratégique qui doit relever directement des élus et des
fonctionnaires », dit-il.
Claude Dauphin réplique que la Ville a recours à des
firmes extérieures quand il s’agit de répondre à des
besoins ponctuels. « C’est le cas pour le dossier de
l’inventaire des immeubles et pour la mise aux normes des
usines d’eau, dit-il. Il s’agit de contrats de courte
durée. C’est agir en bon gestionnaire que d’avoir recours
à des expertises extérieures. Sinon, on crée des postes
(de fonctionnaires) dont on n’aura pas besoin lorsque le
mandat aura été réalisé. »
Pourquoi vouloir tout privatiser ?
- Valérie Teasdale
Montréal Je
suis employée de la Ville de Montréal. Col bleu, pour être
plus précise. Auxiliaire depuis huit ans. Huit années sans
plan d’assurances pour ma famille et moi, sans vacances
payées, sans avoir droit aux heures supplémentaires, sans
congé férié rémunéré autrement que par ce que prévoit la Loi
des normes du travail. Sans sécurité d’emploi puisque j’ai
été mise à pied, à moins de 12 heures d’avis, deux périodes
de deux semaines l’an dernier.
Et non, je ne gagne pas 60 000$ par année comme je le lis
régulièrement dans les journaux. Mon salaire net ne dépasse
pas 30 000$ et n’a pas bougé depuis 2004. L’employeur ne
veut pas de lien d’emploi avec ses auxiliaires, ne veut plus
les titulariser depuis 2004. Pourquoi? On nous dit que ça
coûte trop cher de les embaucher pour 30 ans.
Pourtant, de tout temps, les services publics ont existé:
réseau routier, réseau d’eau, déchets, déneigement,
bibliothèques, signalisation, horticulture, électricité,
plomberie, menuiserie, mécanique, institutions (cour
municipale, hôtel de ville). De tout temps, l’administration
a dû embaucher des gens pour effectuer ces tâches, assurer
le service pour lequel le citoyen paie et auquel il a droit.
Et de tout temps, les entreprises privées, qui sont là pour
faire du profit et non pour donner des services, ont reluqué
les services publics, une manne qui ne disparaîtra jamais.
C’est
d’ailleurs pour éviter la corruption dans l’attribution de
contrats dans les services publics et pour stabiliser et
prévoir les coûts reliés à ces services que l’État a voulu
avoir un bassin d’employés stable pour effectuer ces tâches.
Des gens sur qui il pourrait compter, peu importe la météo,
pour assurer ces services.
Des gens formés, avec l’expertise et l’expérience
nécessaires pour que la qualité du service soit la priorité.
Des gens qui, eux, n’ont d’autre intérêt que de nourrir leur
famille en travaillant, pas pour faire des profits en
encourageant tel ou tel parti et en obtenant des contrats.
Pour éviter la corruption. Pourquoi aujourd’hui vouloir
encore une fois tout privatiser?
Pourquoi refuser la stabilité à des employés formés,
expérimentés et fiables? On nous dit que ça permet
d’économiser. Pourtant, quand je lis les journaux, les sites
internet et que je regarde les reportages télé, je me rends
bien compte qu’il y a un gaspillage énorme de fonds publics
(octroi de contrats douteux) au détriment des services qui,
on le voit maintenant, profite plus aux politiciens qu’aux
citoyens. Il faut que cette façon de faire cesse, car nous
reculons comme société au lieu d’avancer.
La culture du PPCD - ALAIN DUBUC
La semaine
dernière, ce devait êt r e l a Semaine pour l ’é cole
publique. C’est plutôt devenu la semaine contre l’école
privée. Des voix se sont élevées pour réclamer l’abolition
des subventions gouvernementales aux écoles privées, et pour
attaquer leurs pratiques, leur mode de sélection, de façon
parfois féroce.
Le point de départ de la réflexion était légitime. La baisse
des effect i f s du secteur public, et surtout le départ des
meilleurs élèves vers le privé, fa it c r a i ndre à cer t a
i ns un affaiblissement progressif de la qualité de
l’enseignement du réseau public. C’est un enjeu. Car
l’avenir de l’éducation au Québec repose sur l ’existence
d’un réseau public de qualité.
Mais le débat a dérapé. Parce que le diagnostic manque de
raffinement et que les solutions sont bancales. Et surtout,
parce que cela a réveillé toutes les vieilles bibittes qui
hantent la psyché québécoise : la peur de la concurrence, le
refus de l’effort, et surtout la culture du « tout le monde
doit être pareil », qui mène inexorablement au PPCD, le plus
petit commun dénominateur commun.
Les effectifs du secteur public ont fondu de 84 000 en six
ans. Le gros de la baisse, 60 000, s’explique par la
démographie. L’attraction du privé explique 24 000 départs,
soit 30 % du total. C’est donc une partie du problème.
Mais il faut se demander si on ne confond pas la cause et
l’effet. Estce le succès du privé qui affaiblit le réseau
public ? Ou est-ce plutôt les carences du réseau public qui
nourrissent le privé ? Les résultats aux examens du
Ministère, l ’échec de la réforme pédagogique, l’incidence
du décrochage, l’image négative des polyvalentes. Si tel est
le cas, on tire sur le messager, on s’attaque au symptôme
plutôt qu’aux causes.
Si
l’analyse semble sommaire, la solution l’est encore plus :
coupons les subventions au privé, qui couvrent 6 0 % des
coûts d’un élève. La hausse des droits de scola r ité
forcera un retour au réseau public, qui retrouvera ainsi sa
clientèle, ses bons élèves et son élan. L’impact est
difficile à mesurer et dépend de la proportion des élèves du
privé qui reviendront au bercail.
Si l e r e t ou r au publ i c e s t u n succès, cela
engorgera le public, cela coûtera plus cher, parce que ces
élèves seront subventionnés à 100 %, et cela risque de
provoquer l a fer meture d’u n gra nd nombre d’ét
ablissements pr i vés , s ouvent de qualité. Avec aucune
espèce de garantie que ce retour forcé se traduira en
qualité.
Mais ce n’est pas un débat économique, c’est une croisade.
D’abord contre l ’él it i sme. I l est cla i r que nous
avons un système d’éducation à plusieurs vitesses. C’est un
problème quand la sélection se fait en fonction du revenu.
Mais elle se fait bien davantage par le talent. Réduire l ’é
c ole pr i vée, c ’e s t vouloi r que l’école soit la même
pour tous. Cette logique du tout le monde pareil, hélas !
mène à une dynamique du tout le monde plus bas.
Le r i sque est réel , parce qu’en s ous-main, s e prof i l
e u ne aut r e bataille, contre la concurrence. C’est un des
chevaux de bataille de la Centrale des syndicats du Québec,
qui dit non à la concurrence, même au sein du public, non
aux palmarès, non aux programmes spéciaux pour les plus
doués. C’est la logique qui nous a donné les bulletins s a
ns note. Sa ns c onc u r r ence, le système d’éducation se
prive d’un out i l e s s e nt i e l pou r i n nover e t
s’améliorer.
C’est enfin un refus de l’ef fort. Parce que contrairement à
ce qu’on dit souvent, le succès des écoles privées vient
moins de la sélection que de ce qui se passe après, le fait
que les écoliers du privé sont plus poussés et travaillent
bien plus.
C’est cela que l’on risque de compromettre. Belle façon de
bâtir le Québec de demain.
LE DÉCLIN TRANQUILLE - FRANÇOIS LEGAULT
Les
Québécois assistent, résignés et indifférents, à
l’appauvrissement de leur nation
Le Québec a un revenu moyen trop faible qui risque
d’encourager l’exode de nos jeunes et de nuire au
financement de nos programmes sociaux.
Député du Parti québécois depuis 1998, l’auteur a annoncé
hier son départ de la vie politique. Ce texte est un extrait
des propos qu’il a tenus lors de son point de presse.
François
Legault
a décidé de tirer un trait sur ses 10 ans de vie publique.
Homme d’action, il a justifié sa décision en faisant
valoir qu’il était de plus en plus mal à l’aise dans le
rôle de député de l’opposition.
Je quitte inquiet pour l’avenir du Québec, inquiet parce que
je sens que le Québec s’est engagé dans un déclin
tranquille, et cela, malheureusement, trop souvent dans la
résignation et l’indifférence. Tout projet politique
ambitieux quel qu’il soit, peu importent les partis, est
difficile à réaliser actuellement. Certains me parleront
sûrement de la souveraineté que nous n’avons pas encore
réalisée, mais je pourrais aussi dire la même chose du
renouvellement du fédéralisme dont le fruit n’en finit plus
de mûrir. La question du Québec n’est pas réglée, mais c’est
comme si on refusait de se l’admettre collectivement.
La même apathie existe pour les défis économiques et sociaux
auxquels nous faisons face. Les raisons sont multiples, mais
il faut d’abord constater que la perte de confiance et le
cynisme de la population à l’égard de la classe politique
freinent tout élan. Avant de jeter la pierre à d’autres, je
prends ma part de responsabilité, ayant été impliqué en
politique depuis plus de 10 ans. Politiciens, citoyens,
médias et groupes de pression, nous sommes tous responsables
de cette réalité. Cela dit, la fatigue, le cynisme, le
fatalisme ne peuvent servir d’excuse pour accepter
l’immobilisme et surtout le déclin tranquille du Québec.
Le Québec doit retrouver la voie du courage et de l’audace,
c’est mon souhait le plus cher. J’aime bien la remarque que
le président américain reprend dans plusieurs de ses
discours. Il affirme que chaque génération fait face à des
défis importants, mais que c’est la responsabilité de
chacune des générations de se retrousser les manches, de
relever ces défis pour son bien et pour celui des
générations futures.
Trois défis
Pour moi, il y a trois défis qu’il nous faudra surmonter.
D’abord, le Québec a toujours un écart de richesse important
avec les autres États en Amérique du Nord. Ensuite, nos
réseaux publics de santé et d’éducation connaissent de
graves problèmes d’efficacité. Et enfin, le Québec vit une
crise des finances publiques.
Reprenons un par un ces défis. Premièrement, le Québec n’a
pas réussi à réduire l’écart de richesse qui le sépare des
autres États en Amérique du Nord. Il a un revenu moyen trop
faible qui risque d’encourager l’exode de nos jeunes et de
nuire au financement de nos programmes sociaux. Pour créer
de la richesse, le Québec devrait investir davantage en
éducation. Il faudrait aussi avoir une fiscalité des
entreprises plus attrayante pour accroître les
investissements et du même coup améliorer notre
productivité. Et nous devons également mieux utiliser tous
nos outils de
Deuxièmement, les problèmes d’efficacité qui assaillent nos
grands réseaux publics restent trop nombreux. Il faut
changer la culture dans nos écoles, dans nos commissions
développement économique, en particulier la Caisse de dépôt,
pour protéger et favoriser la croissance de nos grandes
entreprises québécoises. scolaires, dans nos hôpitaux et
dans nos agences de santé pour mettre en place une culture
de l’évaluation et une culture des résultats.
Troisièmement, l ’ état des finances publiques du
gouvernement du Québec est tel que l’on peut véritablement
parler d’une situation de crise. Si on refuse d’y faire
face, ce problème de déficit structurel va s’accentuer au
cours des prochaines années en raison du vieillissement de
la population. On ne réussira pas à protéger nos programmes
sociaux si on accepte l’endettement perpétuel du Québec et
de ses générations futures. Il est encore temps d’agir. Ne
restons pas collectivement les bras croisés.
M. Legault a raison
M. Legault a
raison, on ne progresse pas. Pourquoi? On ne veut rien
changer et l’État se mêle de plus en plus de la vie des
individus. Résultat : les mêmes vaches sacrées, le modèle
québécois inerte, pas de réingénierie… Dès que l’idée est
évoquée qu’il pourrait y avoir un changement dans la façon
de faire, un nouveau style de gestion, les levées de
boucliers se manifestent par tous ces lobbies… et nos
gouvernements n’ont pas le courage d’affronter
l’immobilisme, de peur d’être impopulaire dans une frange de
la société. Remarquez que la préoccupation première d’un
gouvernement est sa réélection. La bonne gestion de l’État
et son fonctionnement efficace sont bien en bas de sa liste.
Jacques Côté
Un manque de courage
En quittant la politique, François Legault a trouvé les mots
juste pour définir exactement ce que vit le Québec depuis
les ratés de la Révolution tranquille, révolution qui avait
succédé à la Grande noirceur et qui a duré presque quatre
décennies. Malheureusement, le PQ est en grande partie
responsable de ce déclin tranquille, peut-être plus même que
les libéraux du Québec qui eux, ont décidé de tourner en
rond depuis qu’ils ont perdu le courage de faire la
réingénierie de l’État québécois, cédant ainsi aux pressions
syndicales... Ce manque de courage de la part de certains de
nos élus au Québec est devenu chose courante. Pourquoi ?
Tout simplement parce que le courage ne paie pas en
politique, contrairement à ce que certains idéalistes
pourraient bien croire.
Julie St-Hilaire,
Une situation sans issue
Le déclin n’est pas juste économique. On décline aussi comme
peuple. M. Legault a aussi raison au sujet de la résignation
et de l’apathie. Qui ne serait pas résigné et apathique avec
Jean Charest comme premier ministre ? C’est inspirant, ça?
M. Charest surfe sur l’apathie. On ne veut plus entendre
parler de souveraineté parce qu’on est conscient de notre
apathie collective, de notre manque de courage. On craint un
troisième refus de soi. La situation identitaire est donc
sans issue. Si le peuple est voué au déclin tranquille,
pourquoi se préoccuperait-on de la suite ? On va s’assimiler
tranquillement et devenir des Canadians. On aura juste à
déménager à Calgary si on veut vivre dans une province avec
moins de dettes. J’ironise, mais si peu. C’est l’état
d’esprit général dans notre Belle Province.
Claude Vaillancourt,
Des débats
inutiles
Je partage l’opinion de M. Legault. Au lieu de nous attaquer
à ces problèmes, nous préférons nous préoccuper du transfert
au Québec des terrains fédéraux devant le Parlement ou du
destin de la Commission des valeurs mobilières. Ces
décisions, dans un sens ou dans l’autre, seront pratiquement
sans effet alors que des actions courageuses concernant la
tarification, les services, la lourdeur administrative
auraient des conséquences positives à long terme. Mais les
débats inutiles nous amusent et nous distraient de l’énorme
effort qu’il nous faudra faire, inéluctablement. Le plus
tard sera le mieux, même si cela fait encore plus mal, c’est
certain, aux classes les plus pauvres de la société.
Malheureusement, un vote aujourd’hui vaut beaucoup plus
qu’un vote dans quatre ou huit ans.
Jacques Saint-Cyr,
Le confort et l’indifférence
En fait, le problème au Québec, c’est que tout le monde est
confortable. Je parle ici de notre ami Jean Charest et de sa
bande de fonctionnaires qui ont décidé depuis huit ans que
les choix ayant été faits ou subis sont suffisants. Quand le
chef au sommet de la pyramide décide de se croiser les bras
et de cesser l’audace, de ne pas profiter de notre
créativité, le virus se propage comme la peste. Ce sera à
nous, les jeunes, de prendre la place, de renouveler les
idées, les valeurs, l’ambition et les rêves et de changer le
monde dans un Québec fort et créatif. Ce sera à nous, les
jeunes, de tourner le paquebot (qu’est le Québec) vers la
prospérité et la fierté.
Jean-Philippe Gagnon
Des déclarations pertinentes
François Legault nous avait habitués à des déclarations
intéressantes et à des prises de position qui l’honoraient
toujours. Son départ a de quoi laisser songeur. M. Legault
était un des rares péquistes qui remettait en question
certains dogmes et était manifestement prêt à faire sortir
le Québec de ses ornières. Le PQ perd un important député,
mais aussi un de ses serviteurs dont les propos étaient les
plus pertinents. M. Legault, tout en respectant votre
décision de vous retirer, nous vous supplions de continuer
d’intervenir dans l’espace public. Le Québec est en tel
manque de leaders comme vous qu’il serait dommage que vos
opinions cessent de colorer nos débats !
Le testament de M. Legault - André Pratte
Rien
n’indique que les Québécois sont disposés à sortir la tête
du sable.
Le député péquiste François Legault a quitté la politique en
dressant un portrait sombre du Québec d’aujourd’hui. Le
Québec, dit-il, vit un « déclin tranquille », la population
et la classe politique refusant d’affronter les problèmes de
fond qui menacent l’avenir de notre société. On se réfugie
plutôt dans « la résignation et l’indifférence ».
L’inquiétude qu’a manifestée hier M. Legault devant l’«
apathie » des Québécois, d’autres l’avaient déjà exprimée.
Il y a sept ans presque jour pour jour, son ancien collègue
Joseph Facal avait pressé le Parti québécois de cesser
d’ériger en dogme « le sacro-saint modèle québécois ». Trois
ans plus tard, M. Facal et une dizaine d’autres personnes,
dont Lucien Bouchard (et l’auteur de ces lignes), signaient
le manifeste Pour un Québec lucide. Ces appels à la
mobilisation des Québécois pour relever les défis de
l’appauvrissement, de l’endettement et du vieillissement
n’ont pas eu les effets espérés. Les libéraux de Jean
Charest ont tenté, maladroitement, de s’attaquer à certains
de ces problèmes; devant la levée de boucliers, ils ont
abandonné toute velléité de réforme.
Au cours de
ses 10 années en politique, François Legault a voulu amener
le Parti québécois à adopter une politique plus courageuse.
Il était convaincu qu’il ne fallait pas réduire les dépenses
en santé et en éducation, mais au contraire les augmenter.
En contrepartie, le gouvernement devait s’assurer que ces
réseaux soient mieux gérés, qu’on y implante « une culture
de l’évaluation et une culture de résultats ». Puisqu’il
était nécessaire à la fois d’augmenter les dépenses dans les
domaines prioritaires et réduire la dette, le gouvernement
du Québec n’aurait d’autre choix que d’accroître ses
revenus. François Legault était donc favorable à des hausses
substantielles des tarifs d’électricité et des droits de
scolarité universitaires. Il aurait souhaité que Québec
profite des baisses de la TPS pour augmenter la TVQ. Bref,
il voulait que le gouvernement ose s’attaquer à quelques «
vaches sacrées ». Au sein de sa formation, il s’est heurté à
un mur. Au Parti québécois comme au Parti libéral en effet,
on préfère prétendre qu’il existe un traitement sans
douleur. Et les électeurs ne demandent pas mieux que de le
croire.
François Legault est un homme d’action dont « la patience
n’est pas la plus grande qualité », a-t-il confié hier.
Alors, au gouvernement comme dans l’opposition, il a fait
tout ce qu’il pouvait. Les plans régionaux d’effectifs
médicaux, c’est lui. Les contrats de performance, c’est lui.
L’étude sur les finances d’un Québec souverain, c’est encore
lui. Toutes ses initiatives n’ont pas été heureuses, mais on
doit lui donner l’immense mérite d’avoir osé bousculer les
habitudes.
On pourrait mettre l’« apathie » des Québécois sur le dos
des politiciens; ce serait trop facile. Comme l’a dit M.
Legault en parlant du cynisme populaire, « politiciens,
citoyens, médias et groupes de pression, nous sommes tous
responsables de cette réalité ». « Il est encore temps
d’agir », a-t-il conclu. Malheureusement, rien n’indique que
les Québécois sont disposés à sortir la tête du sable.
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Tout lemondeconnaît lathéorie selon laquelle si on place une
grenouille dans une casserole d’eau bouillante elle en sortira
au plus vite, tandis que si on la met dans une casserole d’eau
froide qu’on chauffe ensuite lentement, le batracien ne
réagira pas et finira ses jours ébouillanté. D’un point de vue
scientifique, ça ne tient pas. N’empêche, l’allégorie illustre
merveilleusement l’incapacité de certains groupes et personnes
à réagir à une situation problématique avant qu’il ne soit
trop tard. Pensons à l’insouciance des Québécois face à
l’impact prévisible du choc démographique.
Une analyse des économistes de Desjardins, publiée jeudi,
confirme ce qui a été annoncé par bien d’autres auparavant,
mais que la plupart des gens refusent d’entendre: le
vieillissement de la population québécoise et la diminution de
la main-d’oeuvre qui s’ensuivra donneront un sérieux coup de
frein à la croissance économique. Au cours des deux prochaines
décennies, celle-ci diminuera lentement pour n’atteindre que
la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui. Les entreprises d’ici
auront de plus en plus de mal à trouver des travailleurs, en
particulier des jeunes. Pour les attirer, elles devront payer
de meilleurs salaires et auront par conséquent du mal à
soutenir la concurrence venant de pays où la main-d’oeuvre est
plus abondante.
Le mini baby-boom constaté depuis 2006 et la hausse du nombre
d’immigrants sont des phénomènes trop marginaux pour avoir un
effet significatif sur les tendances lourdes. Autrement dit,
on ne peut pas faire grand-chose pour prévenir le
vieillissement de la population.
Le choc sera particulièrement « brutal » pour les finances
publiques. « Le Québec se dirige inévitablement vers une
impasse financière majeure », soutiennent ces économistes.
Commeunebonne partie des fonds du gouvernement du Québec vient
de l’impôt sur le revenu des particuliers, la baisse du nombre
de travailleurs aura pour effet de diminuer les rentrées
d’argent. Simultanément, les pressions à la hausse sur les
dépenses en santé seront considérables, toujours en raison du
vieillissement.
Au cours de la dernière décennie de prospérité, l’État
québécois n’est pas parvenu à alléger le fardeau de sa dette. Il
se trouve maintenant sans marge de manoeuvre aucune et la
situation ne pourra que s’aggraver. Jusqu’à ce que l’élastique
casse.
L e s é conomi s t e s de Desjardins dressent un pronostic des
plus sombres: « Une vague de réformes encore plus douloureuses
que celles de la dernière décennie sera incontournable. »
Certains ne manqueront pas de dénoncer cette nouvelle « attaque
néo-libérale contre le modèle québécois ». Quant à nous, ce
n’est pourtant pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de trouver le
courage de faire les choix qui préserveront les missions
gouvernementales essentielles et y concentreront nos ressources
limitées. Vivre solidairement, certes, mais selon nos moyens.
Il vaut mieux prendre ces décisions demanière réfléchie et
démocratique que de se les faire imposer en catastrophe par ses
créanciers. Réagir quand l’eau est tiède plutôt qu’attendre le
point d’ébullition.
La résurgence du politique - LOUIS BERNARD
Déjà on sent
partout une aspiration pour plus de dynamisme et de leadership
Une société réussit normalement à se donner le gouvernement
dont elle a besoin pour mener à bien les projets qu’il lui
tient à coeur de réaliser.
CAvocat, l’auteur a été haut fonctionnaire au gouvernement du
Québec. omme certains commentateurs ont commencé à le
souligner, les effets à long terme de la crise économique
actuelle se feront sentir bien davantage sur la scène
politique que sur la vie économique des nations. Tout comme la
Grande dépression de 1929 a amené le remplacement du
laisser-faire caractéristique des années 20 par l’instauration
du New Deal de Franklin D. Roosevelt, lequel redonna à l’État
sa prédominance jusqu’à la montée du néo-libéralisme de l’ère
Reagan-Thatcher, la grande récession actuelle ramènera la
prééminence du politique sur la dominance des marchés.
Après
une vingtaine d’années de parcours vers la droite, le
balancier repart maintenant vers la gauche. La faillite des
forces du marché, appelant maintenant l’État à leur aide,
n’est certes pas étrangère à cette situation.
Cenouvel épisode estd’ailleurs tout à fait conforme à
l’évolution de nos sociétés modernes où l’on voit constamment
se succéder les périodes où dominent les forces économiques et
celles où c’est l’État qui tient le haut du pavé. En effet,
dans nos sociétés démocratiques, les lieux de pouvoirs sont
multiples et en constante compétition entre eux, et, comme un
balancier, la prédominance va continuellement d’un extrême à
l’autre. Après une vingtaine d’années de parcours vers la
droite, le balancier repart maintenant vers la gauche.
Plusieurs événements se combinent pour assurer la persistance
de cette nouvelle direction au cours des prochaines années. Il
y a d’abord la faillite des forces du marché qui, laissées à
elles-mêmes, appellent maintenant l’État à leur aide. Puis, il
y a le déséquilibre, de plus en plus intolérable, dans la
distribution des avantages de la mondialisation entre les
riches et les pauvres, ce qui explique l’arrivée au pouvoir de
gouvernements de gauche, surtout en Amérique latine. Enfin, il
y a le réchauffement climatique dont la solution exige une
action gouvernementale concertée à l’échelle internationale.
Seuls les États sont en mesure de résoudre ces problèmes
universels.
Cette résurgence de l’ État dans le monde aura de profondes
répercussions sur l’avenir de nos sociétés en général et sur
celle du Québec en particulier.
L’une de ces
conséquences sera la revalorisation des processus et des
acteurs politiques. Lorsque les forces économiques prédominent
et que l’État doit se contenter d’un second rôle, les
processus politiques ont tendance à se dégrader et les acteurs
politiques à perdre de leur influence. La corruption refait
surface et la confiance dans le personnel politique diminue.
N’ayant pas de grands objectifs à poursuivre, l’État perd en
quelque sorte sa raison d’être et les citoyens s’en
désintéressent.
Nous vivons présentement cette période au Canada et au Québec.
Sur la scène constitutionnelle, tout semble bloqué, tant au
Canada qu’au Québec. La lutte aux changements climatiques se
bute aux intérêts pétroliers de l’Ouest. Même la
redistribution de la richesse au moyen de la péréquation est
coupée unilatéralement, voire même remise en question. Les
scandales, petits et grands, se font de plus en plus nombreux
et la participation électorale diminue.
Les plus vieux d’entre nous se rappelleront la déliquescence
des processus politiques sous Maurice Duplessis et comment la
Révolution tranquille, en remettant l’État à la tête de notre
devenir, a conduit à un assainissement de nos moeurs
politiques et à la naissance d’une ou deux générations
d’hommes et de femmes politiques hors du commun. La fonction
crée l’organe et l’habit fait le moine. Non seulement une
société a, comme on dit, le gouvernement qu’elle mérite, mais
elle réussit normalement à se donner le gouvernement dont elle
a besoin pour mener à bien les projets qu’il lui tient à coeur
de réaliser.
Déjà on sent pa r tout une aspiration pour plus de dynamisme
et de leadership à tous les niveaux politiques. On recherche
les visions d’ensemble, les objectifs à long terme, les
projets mobilisateurs, et les hommes et les femmes capables de
les formuler et de les mettre en oeuvre. Ceux et celles qui
réussiront à répondre à ces attentes seront ceux et celles qui
dirigeront nos destinées dans les années à venir. La
résurgence du politique leur en donnera l’occasion et les
moyens.
L’hibernation nationale - STÉPHANE LAPORTE
On nous l ’a
n n o n c e depuis le printemps. Comme on le fait pour une
grosse production cinématographique d’Hollywood. Avec une
bande-annonce pour nous mettre l’eau à la bouche. Ou plutôt
au nez. La grippe A (H1N1) s’en vient ! Tatatatam (musique
dramatique). Et on voit des scènes d’urgences bondées. Des
gens avec des petits masques partout. Des bouchons de
cortèges funèbres au centre-ville. La grippe A (H1N1),
coming this fall sur une poignée de porte near you ! Ça
donne la chair de poule. Ou plutôt la chair de porc.
Elle est censée arriver en octobre. Petit hic, le vaccin va
être prêt en novembre. Délai administratif. Et nous, les
cons, qu’est-ce qu’on fait durant un mois ? On prend un
grand respir. Et on tousse dans notre coude. C’est ben beau
tousser dans notre coude pour ne pas contaminer autrui en
donnant la main, mais dans le métro, ça j oue plus du coude
que ça se donne la main. Durant un mois, le virus va pouvoir
se promener partout sans que rien ne puisse l’arrêter. On
n’a rien pour se défendre. Que nos petits anticorps
personnels. En passant, un anticorps, ce n’est pas le corps
de quelqu’un qui ne s’entraîne pas, ce n’est pas le corps de
quelqu’un qui passe son temps au Tim Hortons. Non, c’est une
protéine spéciale de défense. Elle est censée nous protéger
lorsqu’une substance étrangère s’introduit dans notre
organisme. Sauf que nos anticorps sont rendus à boutte. Ils
luttent à chaque instant contre des millions de microbes. La
grippe A ( H1 N1), c ’est trop pour eux. Ils la laissent
passer. Et on est fait. Ça prend le vaccin pour leur donner
un regain d’énergie. Mais il n’est pas prêt.
La solution : l’hibernation nationale. Une pandémie se
propage parce que les êtres humains se côtoient. Dans
l’autobus, dans l’ascenseur, au bureau, au centre
commercial, au restaurant. Réglons le problème, restons chez
nous. Et facebookons. Les seuls virus que peuvent donner nos
amis Facebook attaquent notre ordinateur, pas notre santé.
On passe le mois d’octobre en dedans. Enfermés. On a déjà eu
la loi des mesures de guerre en octobre qui nous privait de
nos libertés. Cette fois, la direction de la santé publique
doit promulguer la loi des mesures de grippe qui nous
privera de notre liberté de nous déplacer. D’entrer en
contact les uns avec les autres. Chacun est cantonné à son
domicile durant les 40 prochains jours. Une quarantaine
pancanadienne.
Défense de sortir. C’est le maire de Huntingdon qui va être
content. Un couvre-feu de 24 heures par jour. Il y aura des
horaires de prise d’air pour les fumeurs. Ainsi quatre fois
par jour, les résidants d’une même maison auront le droit
d’aller sur le balcon. Bien sûr, leurs voisins devront
attendre qu’ils soient rentrés pour sortir à leur tour.
Toutes les transactions se feront sur le Net. L’épicerie
sera commandée via le web et livrée par des employés en
combinaisons. On s’informe sur le Net. On se divertit sur le
Net. On communique sur le Net. Bref le Net devient notre
respirateu r a rtificiel auquel on est branché nuit et jour.
Plusieurs ne verront aucune différence avec leur vie
normale.
La
séquestration préventive comporte son lot d’avantages. Fini
le trafic. Finis les ponts. F i n ies les contraventions .
Finis les accidents. Finies les pertes de temps. On n’est
jamais en retard. On est toujours rendu.
Imaginez aussi les bienfaits pour l’écologie qu’entraîne ce
programme. C’est le déplacement qui pollue. Il n’y a rien de
plus vert que l’immobilisme. Nos gouvernements le savent
bien. Ce ne sera pas une journée sans voitures. Ça va être
un mois sans voitures, sans autobus, sans avions. Ça va
purifier notre environnement.
Économiquement, certains peuvent craindre que l’hibernation
entraîne la baisse des marchés. Au contraire ! Ce n’est pas
le travail qui fait augmenter les profits. C’est la
spéculation. Les gens n’auront que ça à faire. Spéculer et
transiger sur leurs ordinateurs.
Que tout le monde reste à la maison durant un mois,
qu’est-ce que ça va changer ? Rien. Le nouveau CHUM ne peut
pas être plus en retard. Les gouvernements ne peuvent pas
être plus sclérosés. Les finances ne peuvent pas être plus
au ralenti.
Ce sont les ours qui ont raison. Il y a un temps pour se
frotter aux autres et un temps pour rester dans son trou.
Cette incarcération à domicile sera probablement une période
de ressourcement pour l’ensemble des Québécois. Un peu comme
le fut le verglas. Ça va nous permettre de nous rapprocher
de nos proches et de nous éloigner de nos lointaines
connaissances.
En
novembre,
nous serons mieux armés pour affronter la grippe A (H1N1) et
l’hiver. Et Gérald Tremblay, et Louise Harel, et Stephen
Harper, et M ichael Ignatieff, et Jean Charest, et Pauline
Marois. Tous ces gens qui veulent notre bien mais qui n’ont
pas commandé le vaccin à temps. Atchoum!
Foule sentimentale NATHALIE
COLLARD
Je souhaite que cette c r i s e économique apporte un
profond questionnement et une remise en question sur le
sens de nos valeurs et nos priorités », affirmait le
dalaï-lama, hier, dans nos pages.
Le chef spirituel des Tibétains n’est pas le seul à
souhaiter que l’effondrement des marchés et les déroutes
de la société de consommation provoquent une profonde
remise en question dans les pays industrialisés. Le 9 juin
dernier, à Zagreb, des évêques européens se réunissaient
pour discuter de la crise, son aspect moral et l’examen de
conscience qu’elle suscite.
Une rencontre semblable, à la mi-mai, réunissait une
vingtaine de représentants des religions juive, musulmane
et chrétienne. Répondant à l’invitation du président de la
Commission européenne, ils étaient conviés à une
discussion sur la crise et ses impacts et surtout, sur la
contribution que pouvaient apporter les différentes
religions sur le plan éthique.
À ces leaders religieux se joignent les apôtres de la
simplicité volontaire et les environnementalistes, ainsi
que tous ces mouvements dits de gauche qui expriment,
depuis plusieurs mois, l’espoir de voir un nouveau monde
émerger, un monde qui tournerait désormais autour de
l’être humain. De nouvelles valeurs émergeraient, des
valeurs inspirées par le respect de la planète ainsi que
par un plus grand sens critique à l’endroit de cette
société de consommation qui nous « inflige des désirs qui
nous affligent », pour reprendre les paroles de Souchon.
Mais sommes-nous vraiment à la croisée des chemins? Ou
s’agitil plutôt d’un optimisme passager qui risque de
retomber dès que l’économie se relèvera?
On
aimerait croire au changement. On aimerait penser que nous
sommes comme cet obèse qui a frôlé la mort et qui décide
tout à coup de suivre les conseils de son médecin, de se
mettre à la course à pied et de mieux (et moins) manger.
Il y a toutefois des signes qui montrent que le patient
n’a peutêtre pas encore eu sa leçon. On le voit dans cette
impatience face à la reprise, dans la façon dont les
spécialistes et les observateurs de l’économie scrutent
l’horizon, interprétant chaque soubresaut comme un
éventuel signe de reprise.
Cette impatience n’a-t-elle pas ses racines dans le même
terreau que la course au rendement qui a mené les marchés
à leur perte? Les gens profitent-ils vraiment de cette
crise pour revoir leurs priorités, ou n’est-ce pas
simplement une petite déprime passagère, un temps de pause
avant de reprendre la course effrénée? Au fond, tout le
monde n’attend-il pas que les choses reviennent comme
avant afin de reprendre le rythme de la consommation là où
on l’avait laissé?
Cer tains est i ment que la popularité des friperies et
des magasins d’objets usagés est une preuve éloquente que
les choses ont changé. Ah oui? N’est-ce pas plutôt la
preuve que les gens ont absolument besoin de continuer à
consommer? On continue d’acheter, à moindre prix. Mais on
achète quand même. Bien sûr, on sera plus exigeant, on
consommera des produits équitables, des biens dont on
connaît l’origine. On conduira des voitures hybrides, on
portera des vêtements fabriqués dans des usines où les
travailleurs jouissent de bonnes conditions.
En d’autres mots, la crise aura ébranlé quelques
certitudes et modifié certains rites, mais la religion de
la consommation, elle, demeurera bien vivante.
«
Réveillez-vous! » YVES BOISVERT
« Si une firme
vous donne 50 000$, ce n’est pas pour vos beaux yeux et je doute
que ce soit pour la démocratie. Ils veulent quelque chose, et
généralement pas quelque chose de légal. »
Jacques Duchesneau, qui a pris l’an
dernier sa retraite de l’Administration canadienne de la sûreté
du transport aérien, est convaincu que la corruption est une
réalité bien ancrée dans la vie municipale au Québec.
Valises et porte-valises
acques Duchesneau est sorti presque aussi vite de la politique
municipale qu’il y est entré. Et l’ancien chef de police n’a pas
de jolies choses à en dire. Il regarde sans joie mais sans
étonnement les récents imbroglios à l’hôtel de ville de
Montréal.
« Je vois bien le désengagement des citoyens, dans toutes les
municipalités. J’ai le goût de dire aux gens : réveillez-vous !
Si vous ne vous occupez pas de la politique, elle va s’occuper
de vous », me dit-il de la retraite où il termine une thèse de
doctorat sur la prévention du terrorisme.
Il ne se prononce pas sur la situation actuelle à l’hôtel de
ville, mais il se souvient de ce qu’on lui disait en 1998. « Des
propriétaires de parkings me disaient qu’ils devaient verser de
l’argent dans des enveloppes. Des entrepreneurs qui faisaient
des affaires partout dans le monde me disaient : c’est drôle, je
n’ai jamais de contrat à Montréal ! D’autres me confiaient
qu’ils recevaient des menaces s’ils participaient à des appels
d’offres. Encore maintenant, c’est curieux, je me promène en
ville et ce sont toujours les mêmes qui font des travaux
publics... Ils doivent être meilleurs que les autres,
j’imagine... »
L’ancien chef de police affirme qu’il n’a plus d’ambition
politique, et que, de toute manière, il n’habite plus Montréal.
Et puis, l’expérience a été pénible. « J’ai réalisé que j’ai
fait mal à ma famille, mes enfants en ont souffert. Les motards
m’ont suivi toute la campagne, il y avait des croix gammées sur
mes photos... Pas de très beaux souvenirs. »
En 1998, un mois avant l’élection qui allait reporter Pierre
Bourque à la mairie, la campagne de l’ancien chef de police
virait au désastre. Il piquait du nez dans les sondages. Les
hommes d’affaires qui avaient promis leur appui se défilaient.
Et comme de raison, les coffres étaient vides.
« Des gens de mon organisation sont venus me dire qu’on se
faisait offrir de l’argent. Je vous parle d’argent cash, de
valises d’argent pour la campagne. J’ai évidemment refusé. Je
suis entré en politique exactement pour combattre ça ! »
Qui donc étaient ces généreux donateurs? Que ce soit la firme
unetelle ou telle autre, le but de l’opération est de s’acheter
un bout de la mairie, on l’aura compris.
« Si une firme vous donne 50 000 $, ce n’est pas pour vos
beaux yeux et je doute que ce soit pour la démocratie. I ls
veulent quelque chose, et généralement pas quelque chose de légal.
Ils veulent en avoir pour leur argent! Sauf que s’il y a des
kickbacks sur les contrats, c’est vos taxes qui paient pour ça ! »
« Je ne cherche pas d’excuse, je ne suis pas amer, et c’est par ma
faute que j’ai perdu. À la fin, j’avais une attitude agressive,
mon message ne passait pas. Je vous dis seulement ce que j’ai
vécu. »
Le silence
Jacques Duchesneau, qui a pris l’an dernier sa retraite de
l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, est
convaincu que la corruption est une réalité bien ancrée dans la
vie municipale au Québec.
« Je suis entré dans la police en 1968, à une époque où on venait
de découvrir des policiers qui acceptaient des pots-de-vin. J’ai
été marqué par ça. Mais partout où des gens exercent un pouvoir,
il y a un risque de corruption. Les gens ne veulent pas parler, ou
seulement sous le couvert de l’anonymat, parce celui qui paye
comme celui qui est payé n’a pas intérêt à parler. Mais c’est une
réalité. »
« Je ne dis pas que c’est partout, et quand c’est le cas, je ne
dis pas que les politiciens sont dans le coup. Ça peut venir de
leur appareil politique, de leur organisation, ça peut être des
combines de la bureaucratie. Le maire ne peut pas tout savoir ce
qui se passe dans sa ville, surtout à Montréal. »
Il est convaincu de l’honnêteté de Gérald Tremblay, avec qui il
lui est arrivé de travailler. « Et avant de dire que quelqu’un est
honnête, je fais bien attention, j’ai été déçu trop souvent, dit
l’ancien policier. Mais il y a peut-être des gens qui jouent leur
game sans que le boss le sache... » Quoi faire, alors ? « Les lois
peuvent contribuer, comme celle sur le financement des partis
politiques, mais elle est contournée constamment. Avec le niveau
de désengagement (45% de participation aux élections municipales
de 2005), il faut en faire des soupers spaghetti avant de financer
sa campagne. Il y en a qui voient la corruption comme un mal
nécessaire, pas si grave au fond, ce n’est pas mon cas. Mais ça
dépend ce qu’on veut comme société. »
« Ce qu’ i l faut , c ’ est que les gens en politique indiquent
clairement leurs limites, qu’ils se définissent et qu’ils
définissent les règles du jeu, pour leur entourage comme pour le
public. »
Parce que ni les lois, ni les codes n’injectent de l’éthique dans
le coeur humain...
Dans un état de
colère permanent - Si je sortais
dans la rue pour manifester contre tous les sujets qui me révoltent…
je vivrais dans la rue!
Cessez de
culpabiliser les gens parce qu’ils ne sont pas dans la rue à
crier leur indignation et leur rage.
L’auteur réside à Salaberry-de-Valleyfield. entendais la semaine
dernière un animateur de tribune téléphonique remarquer que la
situation d’Omar Kadhr n’émouvait pas la population canadienne
et québécoise puisqu’il n’y avait pas de manifestation dans la
rue.
J’aimerais profiter de ce commentaire pour mettre en garde les
journalistes et les commentateurs politiques de toutes sortes
contre ce genre de raccourci logique. Il est frustrant de lire
sans cesse qu’on mesure à l’aune des manifestations publiques
l’importance que les citoyens sont censés accorder à une cause.
Savez-vous que je vis dans un état de colère quasi permanent,
comme la majorité de mes concitoyens, et que, si je sortais dans
la rue pour manifester contre tous les sujets qui me révoltent
et pour toutes les causes qui me tiennent à coeur, je vivrais
dans la rue !
Or j’ai un
travail et une vie familiale qui m’occupent amplement. Si je ne
veux pas ajouter aux maux de notre société, déjà suffisamment
éclopée, ceux des travailleurs et des parents en panne
d’investissement professionnel et affectif, je dois donc prendre
beaucoup de mon temps pour gagner ma vie et aimer les miens.
Puis-je cependant rappeler à tous et toutes que cet engagement
ne signifie pas que je sois indifférente au comportement honteux
et dangereux du gouvernement Harper, à la gouvernance aussi
scandaleuse du gouvernement Charest, à ces innombrables l iens
étroitement malsains entre les « copains » du secteur privé et
les « élus » qui doivent gérer le secteur public, à la
corruption qui se camoufle au sein des municipalités et autres
paliers de gouvernance, à la pratique répandue des bonus
distribués à tous ces petits et grands cadres qui sont pourtant
déjà pourvus d’un confortable salaire et qui n’ont de cesse de
rogner sur celui de leurs employés ou subalternes, à la
médiocrité de notre système d’éducation dont on en tait trop
souvent les causes, à l’attitude irresponsable de ces nombreux
travailleurs et citoyens qui refusent de payer leur quote-part
d’impôt (êtes-vous capables de trouver un ouvrier qui fera les
rénovations de votre maison pour un prix raisonnable avec
facture ?), à ces compagnies minières qui exploitent le soussol
québécois sans nous payer des redevances décentes, à tous ces
projets (autoroute 30, CHUM, autoroute Décarie, etc.) mal
foutus, qui manquent de t ranspa rence, dont les factures ne
cessent de gonfler mais que le « bon » contribuable devra
assumer, à cette langue française qui décline emportant dans sa
chute notre identité et notre histoire, etc. ?
De grâce, cessez de culpabiliser les gens parce qu’ils ne sont
pas dans la rue à crier leur indignation et leur rage, et
réjouissez-vous qu’ils n’y soient pas parce que vous ne pourriez
plus jamais circuler dans les rues de ce pays.
NDE : Oui, et il ne faudrait
justement pas s'étonner que la colère n'aille qu'en augmentant, du
moment qu'on ne fait que l'entretenir sans jamais rien faire pour
s'attaquer à ce qui la cause ! Du moment que l'on pense qu'il n'y
a rien à faire tellement que tout va mal, alors il ne faudrait
justement pas trop s'étonner si rien ne se passe, sinon que tout
ne fasse qu'empirer, justement !...
Le Honduras déchiré MARIO ROY
Minute par
minute, hier, l’affaire a pris l’allure d’un feuilleton de
politique-fiction. Parti de Washington à bord d’un petit jet
vénézuélien, le président destitué du Honduras, Manuel Zelaya,
pourrait-il atterrir chez lui ? Et si oui, serait-il arrêté par
les militaires qui, il y a huit jours, au petit matin, l’ont
jeté hors du pays sans lui donner le temps d’enfiler autre chose
qu’un pyjama ? Et autour de l’aéroport de Tegucigalpa, bouclé
pour l’occasion, ces mêmes militaires allaient-ils tirer sur les
partisans de Zelaya, accourus par dizaines de milliers pour
l’accueillir ?
Cet épisode n’était toujours pas clos en soirée, hier.
Mais il appert que l’avion de Manuel Zelaya n’a pas pu se poser
à l’aéroport de Tegucigalpa. Et que la situation s’est aggravée
de violences ayant fait au moins un mort...
Peu importe ce qui était susceptible de se produire par la suite
: depuis une semaine, au Honduras, les événements rappellent ce
folklore politique latinoaméricain qu’on a connu dans les années
60 ou 70... ce folklore des caudillos et des coups d’État, des
guérilleros et des révolutions de caserne, qu’on croyait révolu.
On sait en effet ce qui vient de se passer dans ce pays, le plus
pauvre de la région après Haïti et le Nicaragua.
Appuyée par la
Cour suprême et le Congrès, l’armée hondurienne a destitué et
exilé le président élu en 2005, Manuel Zelaya. Politicien de
centre droite issu de la classe des propriétaires terriens, il
s’était graduellement converti à une gauche populiste à la
Hugo Chavez, adoptant certaines façons de gouverner,
discutables, inspirées de celles du président vénézuélien.
Dont la plus récente : Zelaya avait amorcé en juin un tortueux
processus référendaire ayant pour but de modifier la
Constitution afin de pouvoir revendiquer de nouveau la
présidence – un processus légal ou non, les opinions
divergent.
Quoi qu’il en soit, ça a été la proverbiale goutte versée dans
le proverbial vase: les militaires sont intervenus.
Il y a 30 ou 40 ans, le monde entier se serait contenté de
hausser les épaules devant le fait accompli. Mais aujourd’hui,
ça ne passe plus: quels que soient les motifs invoqués, le
coup d’État militaire ne figure plus parmi les modes acceptés
d’accession au pouvoir.
Pas plus que l’ONU ellemême, aucune nation n’a reconnu le
nouveau gouvernement dirigé de façon intérimaire par Roberto
Micheletti. Dans la nuit de samedi à hier, l’Organisation des
États américains a exclu le Honduras de ses rangs (à
l’unanimité moins une voix: celle du Honduras). Le président
des ÉtatsUnis, BarackObama, s’est retrouvé du même côté que
l’antiaméricain Chavez et a condamné l’intervention de l’armée
hondurienne.
En pratique, le Honduras pourrait être privé de financement
international et, sans doute, du pétrole vénézuélien.
On peut conclure de tout cela que les coups d’État ne sont
plus ce qu’ils étaient, efficaces et définitifs. Et que, au
Honduras, le gouvernement installé par l’armée ne pourra pas
éviter la négociation et le compromis.
La chasse à Vandal - ANDRÉ PRATTE
Hydro-Québec a
commis un faux pas en versant une somme de 250 000 $ au collège
Notre-Dame alors que son PDG, Thierry Vandal, est président du
conseil de l’établissement. Le don au collège Jean-de-Brébeuf
n’était pas une bonne idée non plus. Dans les deux cas,
l’objectif visé par la contribution de la société d’État n’était
pas clair et son atteinte était difficilement mesurable.
La société d’État a reconnu qu’elle devait revoir sa politique
de dons et commandites. À moins que d’autres cas délicats ne
surgissent, l’affaire devrait en rester là. Malheureusement,
certains se sont lancés dans une véritable chasse au scandale,
quitte à en trouver là où il n’y en a pas. On a même appelé à la
démission de M. Vandal.
Jeud i , u ne agence de presse a « révélé » qu’HydroQuébec avait
versé 50 000 $ au C on ference B oa rd du Canada. Eh ! oui, M.
Vandal est membre du conseil d’administration du Conference
Board. Scandale ! Scandale pourquoi ? Le PDG d’HydroQuébec aide
un organisme à but non lucratif en offrant un peu de son temps
et de l’argent de la société. Où est le conflit d’intérêts ? Qui
s’est mis de l’argent dans les poches ?
Hyd ro - Q uébe c e st u n i mpor ta nt com ma nd ita i re de
l’Orchestre symphonique de Montréal. Une vice-présidente de la
société siège au CA de l’OSM. Conflit d’intérêts ? Hydro a aussi
promis 600 000 $ à l’hôpital Rivièredes-Prairies, qui soigne des
jeunes souffrant de problèmes psychiatriques. M. Vandal est
président de la campagne de financement. Honteux ?
Vendredi, un
réseau de télévision a « révélé » qu’HydroQuébec avait donné 50
000$ à HEC Montréal. Or, M. Vandal a fait sa maîtrise en
administration des affaires à cette école et, en plus, siège au
conseil de l’établissement. Re-scandale ! Où ça? On a passé
toute la semaine dernière à reprocher à HydroQuébec de ne pas
venir en aide aux écoles publiques. Et voilà qu’on dénonce sa
contribution à une université publique! Sans mentionner qu’Hydro
donne à presque toutes les universités de la province.
Un reporter est allé jusqu’à frapper à la porte de la résidence
de M. Vandal. Personne n’a ouver t . L ouche, non ? Franchement
! Va-t-on traquer Thierry Vandal comme s’il s’agissait de
Vincent Lacroix ?
L’opposition et les médias doivent être exigeants à l’égard des
sociétés d’État. Les reportages d’André Noël sur les dons
d’Hydro-Québec aux collèges privés étaient rigoureux. En
provoquant une réflexion sur les dons faits par les entreprises
gouvernementales, ils ont servi l’intérêt public.
Michèle Ouimet l’a signalé samedi, M. Vandal a commis une autre
erreur en refusant de s’expliquer. Lorsqu’une c ont r ove r s e
de c e ge n re éclate, le d i rigea nt d’u ne société d’État a
le devoir d’en assu mer publiquement la responsabilité.
Thierry Vandal ne mérite pas pour autant qu’on le traite comme
un criminel. Comme l’a déclaré vendredi le président du conseil,
son bilan à la tête d’Hydro-Québec est « remarquable ». Une
erreur de jugement, somme toute mineure, ne saurait l’effacer.
Rêver? Oui, mais… - Michèle Ouimet
L’hiver, je
fais du ski de fond sur la montagne. Surtout le matin, quand
la ville est assoupie et que le mont Royal n’est pas encore
envahi par les Montréalais.
Je pars de la statue de George-Étienne Cartier, au pied de la
montagne, et je grimpe jusqu’à la croix. La pente est douce,
familière. Elle suit le chemin des calèches, puis elle
bifurque dans le bois. À travers les branches, on aperçoit
Montréal, ses gratte-ciel, la fumée blanche crachée par les
cheminées, le soleil pâle.
Je redescends doucement j usqu’au chalet qui surplombe la
ville. La vue est époustouflante : le centre-ville en
contrebas, les ponts qui enjambent le fleuve pris dans les
glaces, les collines à l’horizon, le ciel bleu.
J’ouvre les grandes portes du chalet. Et c’est là que ça se
gâte : une salle immense, froide, à moitié vide. Une
cinquantaine de chaises et de tables bon marché entassées dans
un coin au milieu d’une atmosphère stalinienne.
Pendant des années, il y a eu un casse-croûte qui vendait des
sandwichs fatigués et des cafés à l’eau de vaisselle. Il a
fermé ses portes cet hiver. I l a été remplacé par des
machines distributrices qui distillent du mauvais café.
Quand je vois les touristes assis sur les chaises misérables
du chalet, j’ai honte. Honte de la laideur, de ce
laisser-aller, de ces tables jetées pêle-mêle, de la cheminée
condamnée. Honte de Montréal.
Pourtant, ç a
f ait des années que la Ville se penche sur le chalet et
envisage de le rénover. Cette semaine, j’ai parlé à la
responsable de la montagne dans l’équipe du maire Tremblay,
Helen Fotopulos. Alors, lui ai-je demandé, le chalet aura-t-il
un restaurant potable avant le quatrième millénaire ?
Question simple, réponse archicompliquée. Le chalet du lac aux
Castors et la maison Smith, tous deux perchés sur la montagne,
offrent déjà de la nourriture. La Ville doit donc étudier «
l’utilisation du vécu des lieux existants », a précisé Mme
Fotopulos. Comment le chalet s’intégrera-t-il dans ce « vécu »
? Le vécu? Quel vécu? Le vécu du manger, ai-je compris. Je
résume: il ne faut pas qu’il y ait trop de restaurants sur la
montagne et chacun doit être complémentaire. L’Institut
d’hôtellerie va donc se pencher sur cette grave question.
Puis le dossier cheminera : le rapport de l’Institut, suivi
par la réflexion des services de la Ville et des élus qui vont
cogiter sur le vécu du manger. Montréal ira ensuite cogner à
la porte du ministère de la Culture pour quêter de l’argent.
Et les étapes s’enchaîneront: adoption d’un budget, résolution
du comité exécutif, appel d’offres, choix d’un entrepreneur,
premier coup de mar teau. Compter les délais en années.
Pourtant, il ne s’agit que d’un petit resto sympathique qui
servira du bon café. Mais rien n’est simple à Montréal.
Rêver ? Oui . Les Montréalais ont des idées plein la tête: des
ponts peints d’une couleur vive, une plage au bout du
boulevard SaintLaurent, des places publiques, des fontaines.
Lisez ces idées et bien d’autres dans le cahier Plus.
Mais ces rêves risquent de frapper un mur. Si la Ville est
incapable d’ouvrir un resto tout simple sans se tâter le vécu
pendant des siècles, imaginez aménager une plage au bout de la
place Jacques-Cartier.
Mon r êve : s i mpl i f i er Montréal et assoupl i r la
bureaucratie pour que les rêves soient possibles.