Politique
provinciale
Bédard
démissionne de son poste de député et touchera son indemnité de
151 000 $
PQ: Stéphane Bédard démissionne et garde sa prime
Le député Stéphane Bédard quitte la vie politique
Stéphane Bédard quitte la vie politique pour retrouver
sa famille
Stéphane Bédard démissionne
Démission de Stéphane Bédard: une décision prévisible
Stéphane Bédard quitte pour des raisons familiales et une fatigue
politique
Stéphane Bédard quitte le Parti québécois
Avril 2014
Le
retour à l'équilibre budgétaire sera plus difficile que prévu
Carlos Leitao, ministre des Finances: le «meilleur» aux commandes
François Legault veut fédérer le vote nationaliste
La
mort du PQ ? Pas si vite…
Qu'est-ce qui a donc bien pu causer la cuisante défaite du PQ ?
La guerre des clans
L'effet PKP profite aux libéraux de Couillard
Analyse locale : l’effet Péladeau
La candidature de Pierre-Karl Péladeau et son effet sur la
campagne électorale
Par bonheur, Harper ne lit pas…
Le flou référendaire a plombé la campagne du PQ
Résultat des élections
Marois
to step down after Liberals crush Parti Québécois
Philippe Couillard l'emporte, Pauline Marois s'en va
COMPOSITION DE L'ASSEMBLÉE
Péladeau «favori» pour diriger le PQ, selon Landry
Élections: les sondages disaient juste
Philippe Couillard met le PQ K.-O.
Gaétan Barrette élu haut la main
Liberals paint Montreal red
Mild-mannered surgeon Philippe Couillard takes helm
Philippe Couillard: un trudeauiste à
Québec
Déclenchement d'élections pour le 7 avril
2014
Des
élections générales au Québec le 7 avril prochain
Le bluff de Pauline Marois
Pauline Marois déclenche les élections générales provinciales
Marois regrette ses scénarios d'un Québec souverain
Québec: déclenchement des élections la semaine prochaine?
Pauline Marois déclenche des élections anticipées
Marois se défend d'avoir évité les médias lors du déclenchement
des élections
Pauline Marois et PKP plongés dans « l’horreur
médiatique »
Charte des valeurs québécoises
Le
long fleuve tranquille des libéraux
Charte des valeurs
Mars 2014
Le fait que PKP, avant même d'avoir accédé au pouvoir, paraît
traiter avec autant de légèreté la notion de conflit d'intérêt ne
rend pas sa nomination comme candidat aussi déplacée, dans le
contexte actuel de lutte à la correption, que suspecte ?... À moins
qu'on ne considère une telle attitude comme étant tout simplement
conséquente avec l'attitude qu'il aura pu adopter de par le passé,
notamment en ce qui a trait à tout ce qui peut lui "être dû" par
l'État Québécois...
PKP
: une étrange notion du conflit d’intérêts
Élections
2014 - PKP: La FPJQ est inquiète et veut des garanties
d'indépendance de Québecor
Un
candidat milliardaire au PQ
Le contrôle de l'information et des médias n'est-il pas déjà assez
suspect en soi, lorsque pratiqué par une entreprise privé, pour que
l'on s'en aille ensuite asseoir une telle pratique à la tête de
l'État ?
Le
leader du Bloc québécois favorable à Péladeau... avec des réserves
PKP
au PQ : le Berlusconi du Québec ?
Controversies surrounding Silvio Berlusconi
Devrait-on avant tout parler de la politique du "bébé gâté", en
vertu de laquelle celui qui a beaucoup reçu de l'État devrait
toujours en recevoir davantage, fut-il déjà milliardaire ?
Québécor et l’ABC du capitalisme de connivence.
Jusqu'à quel point la méthode forte, pour une entreprise, peut-elle
être garante de la qualité du produit, surtout si l'on parle de
journalisme ?
Les contradictions de Pierre Karl Péladeau
PKP serait-il donc incapable de supporté que le travail de ses
journalistes soit évalué de quelque façon que ce soit, aussi peu
conséquents les blâmes du Conseil de Presse puissent-ils pourtant
s'avérer ?
Pierre
Karl Péladeau le tout-puissant
Québecor
Media doit réintégrer le … - Conseil de presse du Québec
Québecor
Media et le Conseil de presse
En jetant sur les épaules de Péladeau la gestion de Vidétron, la
Caisse de Dépôt aurait-elle pratiquement créé de toutes pièces un
magnat qui ne le méritait pas, compromettant ainsi tout autant la
sécurité du portefeuille des Québécois que l'indépendance des médias
?
Pierre
Karl
Péladeau
le
tout-puissant
Vidéotron: les débuts houleux d'un nouveau géant
Le fait que les ténors souverainistes paraissent appuyer aussi
aveuglément un homme aussi controversé ne se trouverait-il pas à
surtout suggérer que ces derniers tendraient à se voir
fondamentalement guidés par le "principe" voulant que la fin
justifie les moyens ?
Landry,
Parizeau et Duceppe applaudissent l'arrivée de PKP au PQ
|
|
|
Voir aussi : politique locale
et bien sûr... souveraineté,
tout comme fédéralisme, d'ailleurs...
Articles et commentaires quelque peu plus
anciens...
Jean Charest ne peut-il donc écouter sa population que
lorsqu'on le force à le faire ?...
Une
vraie commission
Le gouvernement Charest plie
Commission
Charbonneau - Long détour
Charest
cède sur toute la ligne
AUTRE RECUL POUR CHAREST
Jean
Charest complète sa volte face
Vers
une vraie enquête publique
Salto arrière
Volte-face
de Charest concernant la commission sur la construction:
une décision de dernière minute
Le
Barreau a mis son poids dans la balance
Justice Minister Jean-Marc Fournier denies construction
inquiry flip-flop
Commission
sur la construction - Charest plie sous la pression
Charest s’apprête à déclencher une commission d’enquête
Du temps jusqu’aux élections
Par ici la sortie!
Jean Charest irait-il donc jusqu'à se moquer de
l'intelligence même des Québécois ?
Lettres
- Facile à comprendre
Le gouvernement Charest irait-il donc jusqu'à garder
certaines information secrètes aux dépens de la sécurité
même de la population ?
Inspection
reports: the stonewalling must stop
Le gouvernement Charest serait-il donc virtuellement
incapable de faire preuve de leadership, même lorsque la
nécessité d'en démontrer ne pourrait sans doute être plus
flagrante ?
Pour un péage régional
Le gouvernement Charest refuserait-il donc d'assumer quelque
responsabilité que ce soit ?...
Le bouc émissaire
Une question pour Sam Hamad
Effondrement
sur
l'autoroute
Ville-Marie
-
Marois
fustige le gouvernement Charest
J'ai
mal
à
ma
ville
-
Lise Payette
Où
est
SNC-
Lavalin?
Effondrement sur l'A720: «on nous a traînés dans la boue»
Irresponsable!
La
responsabilité
ministérielle
s’effrite
Sam
Hamad
n’est
responsable
de
rien
Le gouvernement Charest se moquerait-il donc de la sécurité
même des Québécois ?...
Problèmes similaires, solutions différentes
Insécurité sécuritaire en Absurdistan
Un trou encore béant
DOUZE STRUCTURES DANS UN ÉTAT CRITIQUE
La solidité des assises n’avait pas été évaluée
Lettres
- Armement incomplet
Infrastructures
-
Les
routes...
et
le reste
Une
demande
d'enquête
est
déposée
contre
Sam Hamad, l'ingénieur
Où
est
SNC-
Lavalin?
LE
MTQ
AVAIT
NÉGLIGÉ
DE
SOLIDIFIER
LES
POUTRES
Attend-
on
un
autre
drame?
Your Views: Fed up with Transport Quebec
Infrastructures
- La route du diamant
La
bullshit
de
Sam
Hamad
Effondrement
au tunnel Ville-Marie - La cassure
Quebecers
are tired of Transport's no-fault attitude
LE
MTQ
SAVAIT
DEPUIS
2008
Plan
Nord - Une aventure qui présente un risque pour les
finances publiques
Et maintenant, le tunnel
Des effondrements écrits dans le ciel
Charest balaie les critiques du Plan Nord
Pas intéressant pour les petits producteurs
Le
Plan Nord loin de l'eldorado
« FAIRE LE NORD »
Perspectives
- Plein nord
Terres
rares cherchent preneurs
Le
pari
nordique
Plan
Nord: loin du pactole?
Plan
Nord - Demeurer vigilant
Faciliter
le boom minier
Le compromis du Nord
Le futur gouvernement provincial serait-il donc formé de
"caquistes" ?...
Après
la fusion, la domination
Sondage
Le Devoir-The Gazette-Léger Marketing - Legault et Marois
profitent de feue l'ADQ
Les aléas d'une fusion...
François Legault et Gérard Deltell: les drôles de
compagnons
Au fond, se pourrait-il que l'ultime espoir du Québec
ne puisse résider après tout que dans la création d'un
nouveau parti ?...
Un adversaire incontournable
Legault
is right to be playing by his own rules
François
Legault - Entrer dans l'arène
Legault
ne ferme plus la porte à un 2e mandat à la tête d’un
gouvernement
Une
lutte Legault- Charest?
En attendant Legault
A
time for new ideas in Quebec politics
AVANTAGE
LEGAULT
Un ouragan de changement
Legault's
apparent stumble could be a strategic ploy
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Les Québécois veulent Legault
Legault
à
la
tête
d’un
gouvernement
minoritaire
?
Cette
«
autre
chose
»
que
cherchent
les
Québécois
How
a
new
centre-right
party
would
reshape
Quebec
Le
projet
de
Legault
reçoit
un
fort
appui
Quebecers
thirst for an alternative
De
la place pour un nouveau parti?
Une nouvelle troisième voie
À moins que ce ne soit peut-être pas aussi simple que cela ?
Le
vent est au changement
La CAQ… dégriffée
L’ADQ met Legault sur la glace
Libre
opinion - Le flirt entre l'ADQ et la CAQ
Lettres
- Deltell, un transfuge...
Legault défini
La droite québécoise se serait-elle donc enfin trouvé une
voix ?...
La coalition « niniste »
La troisième voie
Un test de leadership
La
dot
Fusion
ADQ-CAQ - Une cohabitation incertaine
Legault
embrasse l'autonomie adéquiste
Des
adéquistes veulent empêcher le mariage
L’ADQ DIT oui à Legault
La fusion est chose faite
Caucus
de l'ADQ - Deltell se reconnaît des affinités avec Legault
Mais pour cela, ne faudrait-il surtout savoir d'abord dans
quelle voie celle-ci compte nous conduire, au juste ? Car
après tout, la CAQ de Legault peut-elle vraiment se
qualifier comme un parti de "droite" digne de ce nom ?
Legault et le vote péquiste
« Comme si le parti leur appartenait »
L'ADN
de l'ADQ
Charest tire à boulets rouges sur la CAQ
Une fusion avec la Caq divise L’ADQ
François
Legault veut construire un parti neuf, sans bases
adéquistes
Deltell pas assez nationaliste, selon François Legault
The
Gazette's View: Legault’s plan for change: more details,
please
Legault’s Coalition is right on federalism but needs to
mature - Globe Editorial
Le bon vieux changement
ATTACHEZ VOS CEINTURES
Au- delà des slogans
Simplicité volontaire
Coalition
Avenir Québec - On verra...
La peur du changement
Le surfeur
PERPLEXITÉ
ET TIÉDEUR
Legault
posera des «gestes brutaux et radicaux», prévient Jean
Charest
« Comme si le parti leur appartenait »
Libre
opinion - Honte à vous !
Serions-nous en train d'assister enfin à l'apparition d'un
nouveau
parti ?...
En attendant Legault
Ex-PQ
minister
new
champion
of
a
third
way
for
Quebec
Fusion
avec la coalition de Legault? - Deltell à la merci de sa
dette
Legault
se prépare à créer son propre parti
Le
trousseau
Politique
québécoise - L'ADQ en montée
L’ADQ
se
rapproche
du
centre
L’alignement des astres
L'éléphant
Legault chez des adéquistes ouverts à la discussion
L’ADQ
et
le
clan
Legault
préparent
une
coalition
Legault
:
un
homme
et
sa
mission
UN
PARCOURS
SINUEUX
Changer
Des
«
rénovations
majeures
»
d’abord
Du pain sur la planche
La
CAQ pourrait plonger dans l'arène politique
Une
coalition pour rétablir la confiance
Jusqu’où
ira
François
Legault?
Financer
l’éducation
en
haussant
les
tarifs
d’Hydro-Québec
François
Legault
prépare
une
tournée
Un
brillant
calcul
?
Sondage
Léger marketing-QMI - Le projet de parti de François
Legault fait chuter la cote du PQ
Nouveau
parti de centre droit - Le Québec se cherche
François
Legault travaille à une coalition
On est loin de la photo sur le poteau
Un
véritable parti national
Une nouvelle troisième voie
Des
anciens
élus
de l’ADQ espèrent l’appel de Legault
Éric
Caire
cherche à fonder un nouveau parti
Un
immense
vide
-
André Pratte
Combler
le vide - Vincent Marissal
L'ADQ
risque d'être supplantée par un autre parti de droite,
selon Picard
Pas
de coalition Legault-Caire
... à moins qu'un tel jugement s'avère encore pour le moins
prématuré ?...
Seul
le
PLQ
peut
unir les Québécois
«
Il faudrait que l’adqs’avale tout rond »
Legault
cafouille
sur
la
souveraineté
Les
revendications du Québec aux oubliettes pour dix ans
Legault
a
perdu
son
élan
Un
non fatidique
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Le Québec tient à la question
nationale
L’approche comptable
Landry veut faire obstacle à Legault
La droite québécoise se serait-elle enfin trouvée une voix
?...
Réseau Liberté-Québec: pour en finir avec le modèle
québécois
Réseau
Liberté-Québec: la droite québécoise ferme et assumée
Ce gouvernement démontrerait-il donc un certain manque de
vision ou de créativité, pour le moins qu'on puisse dire
?...
Budget
2011-2012 - L'effort des autres
Les
vertus
de
la
cohérence
Jusqu'à quel point Jean Charest pense-t-il vraiment
pouvoir manipuler les Québécois ?...
Un
grand
leader
incompris
Se pourrait-il donc que le prochain fléau qui guette le
Québec se trouve à être ni plus ni moins que la paralysie
?...
Le défi de Jean Charest
Se pourrait-il donc que la bonne vieille stratégie de Jean
Charest, consistant tout simplement à laisser passer le
temps afin de laisser la grogne s'estomper d'elle-même, ne
puisse plus servir désormais qu'à alimenter cette grogne,
et donc contribuer à rendre celle-ci toujours plus forte
?...
Gouvernement
Charest
-
Une
«annus
horribilis»
-
Bernard Descôteaux
If
you
love
your
country,
quit
Charest
peut- il renverser la vapeur ?
Charest,
le
moins
aimé
des
premiers
ministres
Le
message
de
Kamouraska
Kamouraska-Témiscouata
- Le désaveu
Charest
gagne du temps
Marois
gagne
son
pari
Aveux
du candidat David Grégoire - Plusieurs libéraux sont
embarrassés
Charest
dans
les
câbles
Et par ailleurs, se pourrait-il donc qu'il se trouve, au
sein même du parti Libéral en son ensemble, une culture du
silence qui ne peut que tendre à cautionner les pires abus
?...
Recherche
mouton noir désespérément...
Le silence libéral
Ce gouvernement aurait-il donc vendu son âme à l'Industrie
sous toute ses formes ?...
Un lobbyiste anti- consigne au cabinet du ministre
Les libéraux en seraient-ils venus à proférer des menaces,
en plus de baser celles-ci sur la perspective d'une campagne
de salissage, quitte à devoir pour cela se baser sur des
accusations dépourvues de tout fondement, histoire d'ajouter
encore à la gratuité de la chose ?...
« Amir, on va fouiller ton passé »
La perte de crébilité émanant de l'impopularité de ce
gouvernement aura-t-elle donc pour effet de miner toute
chance de gouverner, ou du moins ce qui pouvait en rester
?...
Session
d'automne de l'Assemblée nationale - Un gouvernement sous
pression
En la Commission Bastarache, Jean Charest aurait-il donc
rencontré son Waterloo, du moins en ce qui peut concerner
l'opinion publique ?...
Commission
Bastarache - Ni normal, ni acceptable
«C'est
comme ça que ça marche», aurait dit Charest à Bellemare
Bellemare
et la famiglia
Commission
Bastarache - Le jeu de la vérité et du mensonge
La
mort lente de Jean Charest
PLQ:
la «marque de commerce» mise à mal
Charest ordered silence about influence peddling:
Bellemare
Le même vieux système
Bellemare parle, Charest pédale
Marc
Bellemare dit avoir obéi à Charest
Bellemare parle, Charest pédale
Politique fiction?
Charest
mis sur la défensive
Pot-pourri
Le Parlement provincial serait-il donc devenu pratiquement
non fonctionnel ?...
Charest saura-t-il un jour échapper au feu nourri des
allégations de corruption lancées envers son gouvernement
?...
La commission Bastarache perd son joueur de centre
Le
PQ compare le gouvernement Charest à celui de Taschereau
L'affaire
BCIA
Larguer
son «rainmaker»
L'odeur
des
dons
-
André Pratte
Financement
du PLQ: le DGE ouvre une autre enquête
Une
rencontre
intrigante
-
Patrick Lagacé
La
version de Dupuis contredite
Et si l'on remettait pourtant les choses en perspective ?...
De Taschereau à Charest... en passant par Duplessis - André Pratte
Voir aussi Les
Québécois
auraient-ils complètement décroché de leur politique ?...
Charest n'a-t-il pas finalement su démontrer assez de
courage pour éviter le pire aux Québécois, tout au moins
?...
Conseil
général du Parti libéral: Charest défend le budget
La
vérité
fait
mal
-
Yvan Loubier
Des
gestes bien accueillis
Le
pari
de
la
maturité
-
L. Jacques Ménard
It's
inevitable:
Ontario
will
have
to
follow
Quebec's
lead
-
Jeffrey
Simpson
Lettres
- Des solutions pour l'avenir
Si c'est pas ça, c'est quoi? - André Pratte
Le
pari
du
courage
-
Alain Dubuc
Un budget historique - André Pratte
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J. GOUIN
Budget
2010-20111: un régime minceur
Lendemain de veille - Sophie Cousineau
Charest soutient qu'il a enrichi les Québécois
Et pourtant, peut-on seulement dire que le budget se trouve
à faire autre chose en ce sens que le strict minimum
?...
Quebec will find it hard to maintain services
Quebec
maintains its unsustainable ways
On
le
croira
quand
on
le
verra
-
Claude Picher
Et par ailleurs, cela veut-il dire pour autant que certaines
choses ne gagneraient pas à être faites autrement ?...
Adam Smith contre le budget Bachand
Franchise
en santé: Bolduc garde le cap
La
franchise santé sera «nuancée», promet le ministre Bolduc
En
Bref - Québec ne reculera pas sur la contribution santé de
200 $, dit Bachand
La
contribution santé est inéquitable, reconnaît Charest
Et
le gain en capital?
Budget
2010-2011 - Les mauvaises cibles
Lendemain
de
veille
-
Sophie Cousineau
Bachand: pas question de moduler la contribution santé
selon le revenu
Des
ajustements
nécessaires
-
André Pratte
Lettres
- Dans la mauvaise direction
Lettres
- Premier ministre à temps partiel
L'opposition au budget ne se trouve-t-elle pas surtout à
friser une certaine irresponsabilité ?...
Budget:
les gens d'affaires gardent leur appui secret, déplore
Bachand
It’s
little
wonder
protests
follow
difficult
decisions
in
Quebec
-
Jeffrey
Simpson
Charest
n'est pas Bourassa
Budget:
des retraités écrivent aux ministres Bolduc et Blais
Les
privilégiés
La recherche éperdue de l'autre - Alain Dubuc
And
another thing ...
Raymond
Bachand: l'angoisse du chorégraphe
Le syndrome «pas dans mes poches» - Vincent Marissal
Le hold-up de Raymond Bachand - Michèle Ouimet
Budget: aujourd'hui des vagues, demain la tempête?
La
contestation prend son envol
Budget du Québec - À quoi bon ?
Mais celle-ci semble-t-elle pour autant pouvoir se calmer
prochainement ?...
50
000 manifestants dénoncent de nouveau le budget Bachand
En fait, se pourrait-il donc que ce budget ait surtout
dilapidé le peu de confiance que la population pouvait
encore avoir en ce gouvernement ?...
Charest's
going to need his new fighting mood
Un «contrat» pour regagner la confiance des Québécois
Citez-moi
un seul cas
Les
libéraux en chute libre
Un
virage
trop
tardif
-
Lysiane Gagnon
Retour à la case départ - Alain Dubuc
Jean Charest, et le Parti Libéral en tant que tel
pourront-ils jamais regagner la confiance du public
?...
Le
lauréat
Jean Charest needs to inquire fully into Quebec
construction - Globe Editorial
Commission
Charbonneau - Rarement a-t-on vu pareil cynisme d'un chef
politique
Ils
nous trompent par omission
Les chefs de police embarrassés
COUP
D’ÉPÉE DANS L’EAU
Lettres
- La grande peur de Jean Charest
Lettres
- Charest, le patenteux !
Perte de confiance
Lettres
- Un premier ministre coincé
Jean Charest ne l’a pas lu
Une lecture obligatoire
Le
va-tout de Jean Charest
Direction
du Parti libéral - Y a-t-il une relève ?
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette - Le PQ maintient
son avance
Charest
ébranlé, Marois en observation
Recess
gives
Charest
an
escape
from
his
government’s
failing
grades
Gouvernement
Charest - Sur la défensive
Jeans et marketing pour
l'équipe Charest
Charest se prépare à brasser les cartes
Voir aussi Les
Québécois
auraient-ils complètement décroché de leur politique
?...
L'entêtement de Jean Charest n'en vient-elle pas à
prendre des proportions tout simplement ridicules ?
« Comment faut- il vous le dire? »
Et pourtant, n'y a-t-il pas amplement de place pour des
critiques plus que pertinentes du budget en question ?...
Budget 2010-2011 - Les mauvaises cibles
Et en fait, la première critique qu'on puisse faire du
budget ne serait-elle pas que celui-ci ne va pas assez loin
?...
Retour à la case départ - Alain Dubuc
Le gouvernement Charest aurait-il finalement décidé de
passer à l'action ?...
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J. GOUIN
La
conversion de Jean Charest
La ligne dure
Ça
passe ou ça casse
Budget
casse-gueule
-
Sophie Cousineau
À
l'assaut du modèle québécois
Le
dentifrice
est
sorti
du
tube
-
Vincent Marissal
Le
testament
Hé ben!
Budget 2010-2011 - Le retour du Charest 2003
Les
points saillants du budget
Impôt
santé de 200$ par an et «ticket orienteur» dans trois ans
Québec s'attaque à la dette
L'électricité coûtera plus cher
Électricité:
le bloc patrimonial sera dégelé en 2014
Québec «fait le ménage» dans ses dépenses
Les
minières paieront davantage
Environnement
- Québec «souffle le chaud et le froid», dit le milieu
Québec
ne bonifie pas son offre à ses employés
L'embellie
entre Québec et le Front commun est écorchée
Une facture de 4 milliards
Québec
met la main dans les poches des contribuables
Les
trois partis d'opposition dénoncent le budget
Pourra-t-on vraiment espérer quelque changement
que ce soit au Québec, tant que les Québécois ne
sembleront pas y tenir réellement ?...
Un
immense
vide
-
André Pratte
La population québécoise serait-elle devenue
incapable d'assumer quelque responsabilité que ce soit ?...
Coupez les dépenses, disent les Québécois
Ce gouvernement serait-il tout simplement incapable d'agir
?...
Perspectives
- Moumoune ?
Charest
government 'paralyzed' by allegations of inaction
Pas
d'augmentation des tarifs d'Hydro pour le moment
L'usure
du
CHUM
-
Ariane Krol
Ce gouvernement serait-il en train de laisser le Québec se
dégrader sans jamais rien faire pour l'en empêcher ?...
Le gouvernement Charest - Une passivité dommageable-
Bernard Descôteaux
Libre opinion - Le temps est manifestement venu d'agir
Ce gouvernement serait-il tout simplement indigne du
Québec ?...
D'une
république
de
bananes
à
l'autre
-
Vincent Marissal
Lettres
- Un gouvernement exclu des séries !
Il
a pris le champ -
Lise
Payette
Le
vrai
Jean
Charest
-
Alain Dubuc
Cheap hydro is wrong on at least two counts
Petite
mentalité
-
Claude Picher
Bilan
de...
début
de
session
-
Vincent Marissal
Et se pourrait-il donc que Jean Charest ne s'avère tout
simplement pas digne de gouverner ?...
Ça va comme c'est mené
Ce gouvernement serait-il virtuellement incapable d'aller
plus loin que la gestion à très court terme ?... Ou en
fait, ce gouvernement ne ferait-il finalement que gérer
les apparences ?...
(Voir tout le reste de cette section...)
Curieux sens des priorités - François Cardinal
Hausse
probable de la TVQ
Le gouvernement Charest ne saurait-il que recouvrir d'un
pansements les bobos pointés du doigt par les médias,
quitte à le faire que de la façon la plus grossière qui
soit ?...
Où
est
la
logique?
-
Michèle Ouimet
Religion
à la garderie - Les girouettes
Une
politique
à
visage
découvert
-
Vincent Marissal
Correction
d'examens de français: Courchesne fait volte-face
Ce gouvernement sait-il seulement de quoi il parle ?...
Hausse des tarifs publics - Quelle révolution culturelle?
Le Québec serait-il aussi soumis à Charest qu'il a pu l'être
à Duplessis, ou alors quoi ?...
Avez-vous dit enquête publique? - Nathalie Collard
Construction:
le PQ lance un appel pour mousser sa pétition
Aucune
controverse n'égratigne Charest
La
pétition du PQ n'a pas connu un grand succès
En s'obstinant à se moquer de la population en laissant le
champs libre à la corruption, Charest n'est-il pas surtout
en train de faire perdre des plumes à son propre
gouvernement ?...
(Et d'ailleurs... Se pourrait-il que la comédie
aie assez duré ?...)
Charest has to start cleaning up his party
Jean
Charest,
under
siege
-
Lysiane
Gagnon
Charest compte sur la reprise pour regagner la confiance
des Québécois
Les
libéraux en chute libre
Jean
Charest
faces
his
‘worst
week’
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Charest et le PLQ en forte
chute
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Construction: les Québécois ne
décolèrent pas
Des
enjeux cruciaux au coeur du débat de la prochaine session
Une
année sous le signe de la corruption
L'armure
de Charest est percée, affirme Marois
Le
PQ affirme qu'il sent des odeurs de fin de régime
PQ:
le bond en avant - Lysiane Gagnon
Le
gouvernement Charest a perdu des plumes
En fait, les scandales accablant le gouvernement Libéral ne
mettent-ils pas surtout en évidence la tendance de ce
dernier à démontrer de la pure et simple incompétence ?...
Just what, if anything, were these Liberals thinking?
Et
il
le
fait
bien
-
Patrick Lagacé
En fait, se pourrait-il donc que ce gouvernement ait tout
simplement perdu la confiance des Québécois ?...
Revolt brewing behind Quebec Liberals' united front
Le
vrai
Bellemare?
-
Alain Dubuc
Gouvernement Charest - Sept ans de laxisme
Les
libéraux en chute libre
Les
Québécois croient Bellemare
Les
soupçons autour des libéraux ébranlent la démocratie,
croit Landry
Se pourrait-il que ce gouvernement soit virtuellement
incapable de gérer notre budget ?...
Compressions
à Québec - L'obsession
Combien de moins dans vos poches?
Discours
inaugural - Stupide, l'économie?
Québec
n'arrive pas à contrôler ses dépenses
Bachand
contredit les pronostics du Conference Board
Ne
creusons
plus
le
trou
Quebec
refuses to make the tough budget choices
Un
budget
historique?
-
Alain Dubuc
«On
va commencer par un ménage au gouvernement»
Une
souris
budgétaire?
-
Alain Dubuc
Hausse
probable de la TVQ
Déficit d’audace - YVAN LOUBIER
Finances
publiques: pas de grandes manoeuvres
L'état
des finances publiques écarté du menu des discussions
Assurance
parentale: Québec doit encore renflouer la caisse
Le
SISP propose d'augmenter les impôts aux plus riches
Où
est la stratégie? - ALAIN DUBUC
Votre
budget - ARIANE KROL
Les
intérêts sur la dette explosent
... Et si ce gouvernement a fait de l'économie son cheval
de bataille, se pourrait-il pourtant qu'il ne soit tout
simplement pas capable de réellement s'en occuper ?...
Une stratégie irresponsable
Verdict
des patrons: le gouvernement Charest recalé
À moins que, dans l'ensemble, la performance économique du
gouvernment Charest ne soit pas nécessairement si mauvaise
que cela, si elle n'est certainement pas des meilleures ?...
Finances publiques: Charest au sixième rang
Ce gouvernement serait-il donc tout capable que de défaire
ce qui a pu être fait auparavant, et surtout ce qui pouvait
s'avérer moindrement utile ou constructif ?...
Des
changements
aux
effets
pervers
Charest serait-il en train de finalement se dire
qu'il serait peut-être grand temps d'agir ?...
Hausse probable de la TVQ
Vers
un
budget
«lucide»?
Réflexion
sur les tarifs - Une «révolution culturelle»
Les
Québécois conviés à une «révolution culturelle»
Québec
fera le ménage de ses finances
Charest
demande conseil pour une «prospérité durable»
Québec
déterminé à imposer un régime minceur
Québec
planche sur un forum économique
Québec
tiendra un sommet sur les finances publiques
La facture d’Hydro va grimper - Denis
Lessard
À VOS POCHES, CITOYENS! -
Nestor Turcotte
Hausse des tarifs Le gouvernement Charest passera à
l’acte - Denis Lessard
Québec lance une consultation élargie -
Tommy Chouinard
Voir aussi Le
moment
serait-il venu au Québec pour une nouvelle petite
Révolution, celle ne son propre financement ?...
ou tout simplement Et
pour la suite des choses ?...
Y aurait-il quelque chose qui cloche au
Québec ?.. (ou en d'autres termes : y aurait-il quelque
chose de pourri au Royaume de Kébec ?...)
Voir aussi
En
fait, serions-nous en voie de carrément perdre le contrôle
de nos finances publiques ?...
Les pas bons - Alain Dubuc
La loi pro-déficit - CLAUDE PICHER
Montréal, les immigrants et le reste du Québec -
CLAUDE PICHER
Les Québécois devront faire des « sacrifices »
- Stéphane Paquet
Les
sacrifices
- ANDRÉ PRATTE
En
route vers un « déclin tranquille » François
Legault se dit inquiet pour l’avenir du Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Anatomie
d’une
catastrophe
ALAIN DUBUC
Le
PQ presse le gouvernement de s’attaquer aux « vaches
sacrées »
Ce gouvernement serait-il donc incapable de
faire quoi que ce soit ?...
Le
domaine des souhaits
Charest oserait-il ne rien faire même devant les
situations les plus inacceptables ?...
Femmes enceintes en Gaspésie : Une situation
inconcevable, reconnaît le ministre - Pascale
Breton
Et par ailleurs, le Québec fait-il vraiment meilleure figure
que le Canada en ce qui concerne Haïti ?...
Yves
Bolduc doit tenir compte du «précédent»
Jean Charest ne tiendrait-il tout simplement pas ses
promesses ?...
PROMESSE NON TENUE - Marie Allard
La
CSQ presse la ministre d’agir - Marie Allard
Québec
est revenu sur sa parole
Jean Charest aurait-il une petite tendance à ne pas dire
toute la vérité au Québécois ? Et autrement dit,
Jean Charest aurait-il une petite tendance
à ne carrément pas dire la
vérité ?...
CHUM: le mirage PPP - Ariane Krol
Charest irait-il même jusqu'à négliger, et donc
mettre en danger la santé et la sécurité des Québécois
?...
Voir aussi : Santé...
et
surtout
Se
pourrait-il
donc que le gouvernement Charest n'ait vraiment aucune
idée de ce qui pourrait sauver le système de santé
?...
ainsi que
Le
gouvernement
Charest mettrait-il en danger notre santé, notamment
en nous mentant carrément à ce sujet ?...
Des
attentes inacceptables - Nathalie Collard
Le
mystère de Montréal - Alain Dubuc
Voir aussi Le
vaccin
offrirait-il surtout un témoignage ultime de
l'incompétence de nos gouvernements ?...
Viaduc de la Concorde : Des assureurs poursuivent
Québec - Karim Benassaie
et finalement
Le gouvernement Charest ferait-il carrément preuve de
négligence à l'égard des aînés du Québec ?...
Mais peut-on pourtant aller vraiment jusqu'à se moquer
de l'éducation de nos jeunes ?...
Se
pourrait-il donc que Jean Charest ne comprenne rien à
l'éducation ?...
Jean
Charest irait-il jusqu'à se moquer du droit des jeunes à
une éducation équitable et de qualité ?...
Et se pourrait-il que le gouvernement Charest ne se
sente aucunement concerné par la pauvreté ?...
Et
s'il se trouve une marmite sur laquelle Charest
s'empresse de mettre un couvercle, n'est-ce pas sur
celle des accomodements raisonnables ?...
Et par ailleurs, le gouvernement
Charest ne se moquerait-il pas des Premières Nations au
moins autant que peut le faire Harper ?
Le gouvernement Charest se moquerait-il totalement de sa
propre fonction publique, en se refusant à tout avancement
dans ce dossier, peut-être même davantage qu'il ne le fait
de toute façon dans tous les autres dossiers ?...
Serait-il donc possible que le gouvernement
Charest se moque carrément de nous ?...
End the 'Engineering for Dummies' approach
Charest plaide pour un gel des salaires qui permet les
«variations»
Au-delà
de
la
joute
-
Patrick Lagacé
L'os
du gouvernement Charest - Michel Girard
L'immoraliste
Un
loup est entré dans la bergerie, selon le PQ
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Contrats
gouvernementaux: Québec veut «rassurer la population»
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
L’injustice - Marie-Claude Lortie
Allocations
de transition pour... retraités - VINCENT
MARISSAL
Voir aussi... La
« grande passe de 2001 » - VINCENT MARISSAL
LOI
SUR LA SANTÉ ET LA SÉCURITÉ DU TRAVAIL Le PQ estime
insuffisante l’augmentation des amendes
71
ménages
montréalais sont à la rue
Villanueva
: Le ministre Dupuis veut-il une enquête injuste? -
YVES BOISVERT
Des organismes claquent la porte des
consultations
Sous-financement d'entreprises prenant soin des aînés -
Ariane Lacoursière
Les aînés accaparent la période de
questions à l’Assemblée nationale
L’opposition
devance la ministre Blais
Manque
de formation des préposés aux bénéficiaires :
Québec savait depuis un an
Ou voit tout simplement les dossiers suivants : Santé et Éducation....
Et n'est-ce pas se moquer de nous que d'attendre à la
dernière minute pour dépenser des fonds pour lutter contre
la récession ?... Après tout, n'est-ce pas aussi tôt que
possible qu'il faut plutôt agir dans une telle situation
?...
Infrastructures:
Québec touchera tout ce qui lui revient, dit Charest
Et par ailleurs, Charest se pourrait-il que Charest se moque
aussi de l'opposition ?...
Des changements dans la carte électorale contestés par
l'opposition
Voir aussi Et
pourtant, se pourrait-il qu'il prenne parfois à Charest de
vouloir jouer les dictateurs ?...
... ou qu'il se moque tout simplement de ce que peut vouloir
sa propre population ?...
Charest
exclut des groupes de jeunes
Ultimement, se pourrait-il donc que Charest ne sache faire
mieux, face à une population qui demande des comptes, que de
gagner du temps en attendant que cette dernière oublie, et
en n'ayant donc d'autre but que d'en arriver éventuellement
à pouvoir impunément passer outre à la volonté populaire, et
surtout dans une relative impunité ?...
Le
Québec politique - Vices cachés
Un
Québécois au paradis - Lysiane Gagnon
Le gouvernement Charest irait-il même jusqu'à s'adonner au
favoritisme dans tout ce que cela peut avoir de plus
grossier ?...
Fin de l'histoire? Pas si sûr... - Vincent Marissal
Que.
minister booted from caucus, three others under scrutiny
Jean Charest chasse le
ministre Tony Tomassi du cabinet et du caucus libéral
Tony Tomassi perd son ministère: une controverse de trop
Charest
ne voit aucune contradiction dans les propos de Tomassi
Encore
des places à des donateurs du PLQ
Et
il
le
fait
bien
-
Patrick Lagacé
Time
for a close look at daycare system
Les
garderies privées réclament la démission de Tony Tomassi
Tomassi refuse de dire si sa compagnie a construit des
garderies
Garderies:
le vérificateur général enquête
Plus
grande part du budget allouée aux garderies privées qu'aux
CPE - «Ce n'est pas de l'argent frais», se défend l'AGPQ
On
se
garde
une
petite
gêne,
monsieur
le
ministre
-
Vincent Marissal
Le
biberon
déborde
-
André Pratte
Garderies:
le Vérificateur général se dit interpellé
Garderies: Un demi-million pour un permis?
Le ministre Tomassi encore accusé de favoritisme
Garderies:
«Ça sent mauvais»
Une
autre chaîne de garderies privées voit le jour sous les
libéraux
La
bataille des garderies
Garderies:
le PQ met en garde le ministre Tomassi
Garderies: le ministre Tomassi fait volte-face
Atribution
de nouvelles places en garderie: Marois veut une enquête
Garderies:
Québec appelé à plus de transparence
Les
libéraux olympiques - Patrick Lagacé
Garderies:
la version du ministre Tomassi est contredite
Embarrassé,
le ministre Tomassi accuse le PQ de «racisme»
Derniers
tirs croisés à l'Assemblée nationale
Tempête
dans un biberon - André Pratte
Poupongate
ou pur hasard? - Vincent Marissal
Garderies:
de nouvelles révélations embarrassantes
Garderies:
le PQ en remet, le PLQ nie
Garderies:
«On
se
sent
humiliés»
Garderies:
de nouvelles révélations choquent Courchesne
Le
PQ dénonce des cas de favoritisme dans les garderies
privées
Places
en garderie - Premier pas
Garderies:
Tomassi modifie le processus d'attribution des places
En ne daignant mettre que d'aussi petits pansements sur les
bobos, Charest n'essaierait-il pas surtout de nous berner
?...
Avortement : Les cliniques privées auront six mois
de sursis - Pascale Breton
Ces histoires de FIER dont il serait dur d'être
fier...
Les FIER devraient éviter les conflits
d’intérêts
Pas
de quoi être FIER - Sophie Cousineau
FIER:
le ministre Gignac resserre les règles
Des
fonds publics pour le Saguenay « détournés » au
profit des petits amis des libéraux à Montréal
Confusion
totale
-ANDRÉ
PRATTE
Un
FIER
de Granby investit dans un hôtel pour chiens
deMontréal
Québec
dans les câbles
FIER:
le vérificateur général s’en mêle
Les
FIER : Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain - Charles
Sirois
FIER:
des rendements top secret
Jean Charest aurait-il pour spécialité de ne
rien faire ?...
Charest a fait preuve de leadership
Le
septennat de Jean Charest - Des comptes à rendre
Les
politologues parlent «des années molles» et de «spirale de
cynisme
Bilan
des ministres - L'économie, la grande réussite
Revenez,
M.
Charest!
-
Lysiane Gagnon
Le
volant
et
le
souriceau
-
Lysiane Gagnon
Lucien
Bouchard et Jean Charest - Yves Boisvert
La
création de places en garderie prend du retard
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Repenser
le déchet - Ariane Krol
Immobilier:
la nouvelle loi du courtage tarde au Québec
CHUM:
six mois de retard de plus
CHUM 6 mois sans progrès -
Denis Lessard
Le luxe du temps - VINCENT MARISSAL
Crise avortée - ARIANE KROL
Le train manqué -
François Rebello
En
route vers un « déclin tranquille » François
Legault se dit inquiet pour l’avenir du Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ
PRATTE
Anatomie
d’une
catastrophe
ALAIN DUBUC
Le
PQ presse le gouvernement de s’attaquer aux « vaches
sacrées »
Énergies Vertes Le PQ lance une pétition pour faire
pression sur Jean Charest
Déboires
de la Caisse de dépôt - Charest ne veut pas d’enquête
Immigration
: Québec solidaire accuse Charest de ne rien faire
Le projet de loi sur l’éthique des députés est
reporté
SCANDALES
ÀMONTRÉAL - Québec a manqué de célérité, estime
l’opposition
Afin de mieux pouvoir ne rien faire, le gouvernement Charest
aurait-il surtout développé une surprenante capacité à se
fermer les yeux sur à peu près tous les maux qui peuvent
affliger notre société ?...
L'état
des finances publiques écarté du menu des discussions
La
fraude
à
l'aide
sociale
frôle
le
milliard
Déboires
de la Caisse de dépôt - Charest ne veut pas d’enquête
En fait, se pourrait-il donc que Charest se soit fait une
spécialité de fuir les problèmes par tous les moyens
possibles et envisageables ?...
Souvent
à l'étranger, Charest se défend de fuir les problèmes
Et est-il d'ailleurs le seul à démontrer une si médiocre
faculté ?...
Au tour d'Ignatieff de s'opposer à une enquête publique
En s'obstinant à refuser que la vérité soit dévoilée,
Charest ne fait-il pas que prouver d'autant plus qu'il a
justement quelque chose à cacher ?...
La session se termine sur un thème connu
Derniers
tirs croisés à l'Assemblée nationale
Enquête
publique: Charest dit non à Montréal
Charest en serait-il rendu au point de se fermer les yeux
même face à la corruption, et même lorsque son propre
gouvernement en est attaqué ?...
Le ministère des Transports viole les règles, accuse l'ADQ
Transports
Québec: 70 millions de contrats sans appels d'offres
Le
nombre de contrats accordés sans appel d'offres augmente
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Quand
M. Charest veut une enquête - André Pratte
Québec
généreux avec des coupables de collusion
De
généreuses contributions politiques
Charest
refuse toujours de tenir une enquête publique
Le
MTQ a accordé des contrats à une entreprise ayant déjà
comploté
OPÉRATION MARTEAU Huit policiers de Montréal se
joignent à l’escouade
Des
jeunes unis contre la corruption
La
ministre Boulet encore malmenée
Une
négligence inadmissible - André Pratte
Contrats
gouvernementaux: Québec veut «rassurer la population»
Le
gouvernement Charest a perdu des plumes
CORRUPTION MUNICIPALE Aucun ministre n’est en
faveur d’une commission d’enquête - Denis
Lessard
Le
SPVM, porté disparu
- Patrick Lagacé
Politique
et corruption: Charest nie les allégations
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
Des
ministres libéraux sur la sellette
Ma
campagne à la mairie
- YVES BOISVERT
Le
syndrome Gérald Tremblay
- MICHÈLE OUIMET
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher ?
- Tommy Chouinard
Mettre fin à la collusion - NATHALIE
COLLARD
SCANDALES
ÀMONTRÉAL - Québec a manqué de célérité, estime
l’opposition
Voir aussi
Se
pourrait-il
donc que Charest ne s'obstine à refuser de dénoncer le
système québécois de la corruption que parce qu'il se
trouve lui-même à représenter ni plus ni moins que
la tête d'un tel système ?...
ou
Se pourrait-il donc que Charest ne s'obstine à refuser
de dénoncer le système québécois de la corruption que
pour mieux continuer à profiter de ce dernier ?..
ainsi que Et
si une commission d'enquête s'imposait vraiment ?...
Et lorsque Charest adopte finalement une quelconque mesure,
même valide, peut-on pourtant dire que cela soit suffisant ?
Ou ne semble-t-il pas plutôt préoccupé à en faire aussi peu
que possible pour faire taire la population ?...
Financement
public: les partis municipaux oubliés
Une
p'tite tisane contre votre cancer? - Vincent Marissal
Des
mesures plus sévères contre les dons occultes
Contrats:
Transports Québec adopte de nouvelles mesures
Et lorsque Charest fait finalement quelque chose sous la
pression d'un rapport ou d'un avis externe, ne fait-il pas
que justement prouver qu'il y avait jusque là un problème
qu'il avait lui-même laissé croupir en toute impunité
?...
FIER: le ministre Gignac resserre les règles
Et lorsque Charest "fait" finalement quelque chose, ne
s'agirait-il finalement qu'un écran de fumée destiné à
camoufler le fait qu'il continue justement de surtout ne
rien faire ?...
On
efface et on recommence
Requiem pour une commission
« Ce n’est pas une commission d’enquête »
Pourquoi ?
Enquête : mode d’emploi
Malaise à la Cour supérieure
Les policiers du SPVM déçus et frustrés
Bon mandat, pas de pouvoir
« Une véritable arnaque » , tonne Pauline Marois
Une commission émasculée
« Pas l’argument le plus solide » , dit le Barreau
Une immunité limitée
Commission
d'enquête - Ce n'est pas ça !
Le
modèle québécois
DES
TÉMOINS « INVITÉS » ET AUCUN COUPABLE
À mi- chemin
Une
loi
inutile
et
inefficace
Un « paravent inefficace » , selon l’Association des
policiers
Le
remaniement ministériel de cette semaine - Redéploiement
de gros joueurs
Nouveaux
trios, même équipe
Gouvernement
Charest - Changer sans changer
Bellemare fait bouger
Charest
Une enquête et... une mise en demeure
Mise
sur pied de l'escouade «Marteau»
Partis
politiques: Québec veut contrer le financement occulte
Et lorque Charest fait finalement quelque chose, n'est-ce
pas surtout ce qu'on pourrait plus proprement qualifier
d'improvisation, et surtout de mesures à court terme ?...
Assurance parentale: Québec accusé d'improviser
Assurance parentale: Québec doit encore renflouer la
caisse
C'est un début - Nathalie Collard
70
actions pour s’attaquer à l’itinérance -
Catherine Handfield
Le gouvernement Charest n'aurait-il pas trouvé mieux pour
excuser le bris de ses promesses que de toujours
remettre à plus tard l'exécution de celles-ci ?...
Repenser
le déchet - Ariane Krol
Le gouvernement Charest ne ferait-il qu'utiliser le prétexte
"d'évaluer la pertinence" de ses projets, pour ne pouvoir
que d'autant mieux s'assurer de surtout ne jamais rien faire
?...
PROJETS
EN
PPP
Gagnon-Tremblay
songe
à
faire
marche
arrière
Le gouvernement Charest utliserait-il parfois les pires
prétextes pour "justifier" le fait de ne rien faire ?...
Écolosol : La ministre Beauchamp justifie le retard
des audiences
Les ministres de Charest ne feraient-ils que prétendre
penser à long terme, pour ne se croire que d'autant plus
justifiés à ne rien faire ?...
Les algues bleu-vert persisteront malgré le
printemps frais Il faut voir à long terme,
dit la ministre Line Beauchamp
Les ministres de Charest ne seraient-ils capables que de
parler de ce qu'ils "pourraient" faire, plutôt que d'agir
?...
Gignac veut que le niveau de vie des Québécois rejoigne
celui des Ontariens
Fraude : Charest veut des peines plus
lourdes
CPE et discrimination : Le ministre promet des
changements
Et Charest vaut-il vraiment mieux que
Harper pour ce qui est de laisser tomber l'économie, et
ce même en pleine récession ?... (et ce même si c'est
pourtant pour s'occuper de l'économie qu'on lui a confié
un gouvernement majoritaire...)
Hubert
Lacroix s’en prend à l’« inaction » des gouvernements
Ce gouvernement serait-il incapable de se tenir
debout pour le Québec ?...
Les
minières ne verseraient pas un cent de redevances
Le gouvernement Charest serait-il tout simplement corrompu
?...
Un «s» qui fait toute la différence
Se
pourrait-il donc que Charest ne s'obstine à refuser de
dénoncer le système québécois de la corruption que parce
qu'il se trouve lui-même à représenter ni plus ni
moins que la tête d'un tel système ?...
Le
DGE mènera une enquête sur la ministre Courchesne
PLQ: les ministres doivent amasser 100 000 $ en dons par
année
Donner
au PLQ «augmente les chances d'avoir un contrat»
Se pourrait-il donc que Charest ne s'obstine à refuser
de dénoncer le système québécois de la corruption que pour
mieux continuer à profiter de ce dernier ?...
Le
PLQ, «une machine à ramasser de l'argent», selon son
ex-président
Larguer
son «rainmaker»
Financement
des partis politiques - Le pouvoir attire plus les
contributeurs du PLQ que ceux du PQ
Bellemare fait bouger
Charest
Des
allégations
graves
-
André Pratte
Le témoin Bellemare - Yves Boisvert
Marc Bellemare: un passage éclair en politique
Le
mystère
Bellemare
-
André Pratte
Jean
Charest-Marc Bellemare: le bras de fer se poursuit
Lettre - Le mépris de
monsieur Charest
Influence
de la FTQ: Michel Arsenault réplique à Bellemare
Marc
Bellemare cible la FTQ
L'ex-ministre
Bellemare réduit au silence
La
maudite immunité
Financement
du Parti libéral du Québec - Charest ment comme il
respire, dit Bellemare
Un bâillon imposé à Bellemare?
Financement du PLQ: Bellemare dit avoir des preuves contre
Charest
Charest met Bellemare au défi de dire ce qu'il sait
Charest
s'en prend à Bellemare qui refuse de témoigner
Le
PLQ aurait reçu 130 000 $ en dons trop généreux depuis
2005
L'ex-ministre Bellemare tire à boulets rouges sur le DGE
Financement
du PLQ - Le DGE assigne Bellemare à témoigner
Le
DGE convoque Bellemare pour l'entendre au sujet du PLQ
Le DGE et les donateurs compulsifs - Vincent Marissal
Pagaille
à l'Assemblée nationale
Marois
owes Charest an apology
Pauline
la
pas
fine
-
Vincent Marissal
Marois
«déshonore la classe politique», dénonce Charest
Intégrité
de Charest: Marois persiste et signe
Marois
soulève des doutes sur la probité de Charest
Charest
ne renoncera pas à sa prime de 75 000 $
Le
PQ croit que les libéraux protègent leurs donateurs
Les
peurs de Jean Charest - Alain Dubuc
Et comment s'obstiner à ne rien dévoiler sans ne faire
ainsi que prouver d'autant plus qu'on a justement
quelque chose à cacher ?...
Présumés
coupables
-
André Pratte
En fermant les yeux sur la corruption, Charest ne s'en
fait-il pas lui-même complice ?...
Le
PQ accuse les libéraux d’être complice des pratiques
mafieuses
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher ?
- Tommy Chouinard
Voir aussi L’art
de
noyer le poisson - LYSIANE GAGNON
Corruption : Cas isolés ou système? -
ANDRÉ PRATTE
Voir aussi Afin
de mieux pouvoir ne rien faire, le gouvernement Charest
aurait-il surtout développé une surprenante capacité à se
fermer les yeux sur à peu près toutes les plaies qui
peuvent affliger notre société ?...
Et en supportant ceux qui sont discrédités de par leurs
conflits d'intérêt, Charest se retrouve-t-il vraiment dans
une meilleure position ?...
Des
coups de pouce arrivent de Québec juste à temps
- Denis Lessard
Et si Charest se ferme les yeux sur l'éthique, n'est-ce pas
surtout pour couvrir ses propres ministres ainsi que leurs
conflits d'intérêt ?...
David Whissell reste en poste
Un
loup est entré dans la bergerie, selon le PQ
L'opposition veut
la tête de Whissell
Whissell
reste député, mais prend des vacances
Le
vice caché
Charest absout d'Amour
Le député Jean D'Amour plaide coupable
Le
député D'Amour pourrait être poursuivi
Hausse
de 66% des contrats pour ABC Rive-Nord
L'Ordre
des ingénieurs enquête sur Jean D'Amour
Jean
D'Amour aurait été présenté comme ingénieur par BPR
L'ancien bras droit de Jean Charest se joint à la firme
HKDP
FIER:
le ministre Gignac resserre les règles
Le
MTQ a accordé des contrats à une entreprise ayant déjà
comploté
Des
jeunes unis contre la corruption
La
ministre Boulet encore malmenée
Une
négligence inadmissible - André Pratte
Le
vérificateur général rabroue le ministère des Transports
Volée de bois vert aux Transports
L'entourage
libéral accusé de malversations
Whissell:
une enquête publique s'impose, dit l'opposition
L'entreprise
de Whissell a transigé avec un sympathisant des Hells
Don
suspect: Jean D'Amour se retire du caucus libéral
Ex-ministre Whissel : Des «suppléments»
embêtants - Denis Lessard
La
compagnie de David Whissell devrait renoncer aux
contrats sans appel d’offres du gouvernement
On ne badine pas avec l’éthique -
VINCENT MARISSAL
Scepticisme chez les péquistes - Denis Lessard
Ministre Whissel forcé de quitter son poste : Volte-face
de Jean Charest - Denis Lessard
Jean
D’Amour fait l’objet d’une enquête - Tommy
Chouinard
QUÉBEC L’étau se resserre autour
du ministre Whissell
QUÉBEC Le conflit d'intérêt d'un ministre fait
bondir l’opposition
Voir aussi UN
PRIX EXORBITANT - Yvan Loubier
Charest aurait-il donc un sérieux problème avec
tout ce qui peut se rapporter à l'éthique ?...
Charest promet un code d'éthique pour les députés
Questions
d'éthique à l'Assemblée nationale
Whissell
aurait aimé soumettre son cas à un commissaire à l'éthique
Gouvernement
Charest - Le doute éthique
Voir aussi La
faute
de Thierry Vandal - MICHÈLE OUIMET
Code
d'éthique : De beaux principes, mais... -
Louise Leduc
L’éthique
arrive en ville - Ariane Krol
Le
projet de loi sur l’éthique des députés est reporté
Québec
dépose un projet de code d’éthique
Des
règles à revoir - ANDRÉ PRATTE
Le limbo
éthique - ANDRÉ PRATTE
Un
code d’éthique extensible - VINCENT MARISSAL
Du mou dans
l’éthique
Le
PQ
semoque du « limbo éthique » du gouvernement
Petites
perles éthiques - PATRICK LAGACÉ
RÈGLES
D’ÉTHIQUE - Charest a baissé la barre pour Pierre Arcand
voir aussi Ministre
en ascension - NATHALIE PETROWSKI
Une
réforme
parlementaire
sans commissaire à l’éthique
Voir aussi : Qu'est-ce
qu'un conflit d’intérêts ?...
Et
par ailleurs, le gouvernement Charest fait-il réellement
preuve de plus de leadership (que les Conservateurs...)
du côté de l'environnement ?...
Charest fermerait-il tout simplement ses yeux sur à peu près
tout ce qui peut se passer, surtout dès qu'il est question
de passer à l'action ?...
Lessard promet de légiférer pour assainir le milieu
municipal
Le
gouvernement Charest a perdu des plumes
CORRUPTION MUNICIPALE Aucun ministre n’est en
faveur d’une commission d’enquête - Denis
Lessard
Des
ministres libéraux sur la sellette
Politique et corruption: Charest nie les allégations
L'indécence
- VINCENT MARISSAL
Le
syndrome Gérald Tremblay
- MICHÈLE OUIMET
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher ?
- Tommy Chouinard
Malversations dans le monde municipal :
Charest écarte l’idée d’une enquête publique
Allégations de malversations et de collusion dans le
secteur de la construction : Pas de
commission d’enquête maintenant
Charest n'est-il capable que de
"tabletter" les rapports qu'il a lui-même commandé ?...
Sans plan d’ensemble - CLAUDE CASTONGUAY
Libre
opinion - Le temps est manifestement venu d'agir
L’Agence
des infrastructures aux oubliettes
Voir aussi
Et s'il se trouve une marmite sur laquelle Charest
s'empresse de mettre un couvercle, n'est-ce pas sur
celle des accomodements raisonnables ?...
Charest aurait-il véritablement peur que l'on croie qu'il
puisse peut-être changer quoi que ce soit ?...
Possible
hausse des tarifs : Charest s’empresse de tempérer ses
intentions - Denis Lessard
Charest battrait-il en retraite aussitôt que la moindre
protestation se fait entendre ?...
Charest forcé de battre en retraite -
Denis Lessard
Pour Charest, la prudence ne serait-elle qu'une excuse de
plus pour ne rien faire ?...
Charest refroidit ses militants - Denis
Lessard
Et si Jean Charest peut s'en permettre autant, n'est-ce pas
entre autres choses parce qu'il sait d'avance que toute
décision qu'il pourra prendre sera non seulement avalisée,
mais encensée et louangée par ses militants ?
Ils
l’aiment, leur chef
Les ministres de Charest ne seraient-ils donc que des
marionnettes ?...
Les
Nervous Nellies
Reconnaître que "tout n'est pas parfait" est-il en soi une
excuse suffisante de la part d'un ministre qui tente ainsi
de défendre son propre ministère ?...
Volée de bois vert aux Transports
Les ministres de Charest seraient-ils capables que de
se dire "ouverts" à l'implantation d'une mesure ou d'une
autre, comme s'ils n'étaient pas eux-mêmes les mieux
placés pour les mettre en pratique ?... Ou autrement dit,
les ministres de Charest ne démontrent-ils donc pas
surtout qu'ils sont en fait virtuellement incapables
d'agir, du moment qu'ils ne peuvent même pas appliquer
leurs propres idées ?...
Québec est «ouvert» à offrir davantage
Line
Beauchamp
se dit "favorable" aux redevances sur l'eau...
Et peut-on seulement en dire davantage de Charest
lui-même ?...
CONGRÈS
BIO
2009
:
Il
faut
stimuler
l’esprit
d’entrepreneuriat
des
chercheurs,
dit
le
premier
ministre
Les ministres de Charest peuvent-ils
décider quoi que ce soit, ou ne font-ils, au mieux,
que se dire "ouverts au changement" si celui-ci devait
arriver d'on ne sait où
?...
...Ou autrement dit, les
ministres de Charest peuvent-ils agir, ou ne sont-ils
capables que de parler ?
Le gouvernement Charest ne sait-il que se mettre la tête
dans le sable, tout en jetant de la poudre aux yeux,
histoire de camoufler le fait qu'il ne fait justement rien
?... (Autrement dit : lorsque Charest daigne agir ou plutôt
réagir, cela ne reviendrait-il pas qu'à "appliquer un
pansement sur le bobo", même s'il se trouve qu'on a
affaire à bien plus qu'un "petit bobo", justement ?...
Financement
public: les partis municipaux oubliés
L'équipe
B - Patrick Lagacé
Plus
de vérificateurs pour Montréal
Contrats
dans les villes: création d'une «escouade» de
vérificateurs
Partis
politiques: Québec veut contrer le financement occulte
Le prolongement du métro à l’étude -
Bruno Bisson
Forêt : Le régime actuel tire à sa fin -
Hélène Baril
Code d'éthique : De beaux principes,
mais... - Louise Leduc
Une
fois l’an, la Caisse devra s’expliquer devant les
députés
Le
Québec égoïste - ANDRÉ PRATTE
Anatomie d’une catastrophe ALAIN
DUBUC
Le cirque de la santé - ARIANE KROL
Bolduc échoue au test -
VINCENT MARISSAL
Diagnostic des enfants autistes ou atteints de
TED Les psychologues critiquent la directive
La
ministre Blais enverra des clowns distraire les
personnes âgées
Les
établissements auront des étoiles
Pour Jean Charest, la discussion ne serait-elle pas qu'un
prétexte de plus pour ne rien faire ?...
Parle
parle, jase jase - Sophie Cousineau
Finances publiques: pas de grandes manoeuvres
Le
gouvernement Charest en mode «écoute»
Et pourtant, se pourrait-il qu'il prenne parfois à Charest
de vouloir jouer les dictateurs ?...
La menace d'un bâillon plane à Québec
La
procédure contre Sylvie Roy rejetée
Jean Charest veut punir Sylvie Roy -
Tommy Chouinard
Charest, le boss - VINCENT MARISSAL
Le baillon... pour mieux retourner aux déficits !...
- Tommy Chouinard
Un bâillon inutile - ALAIN DUBUC
Et lorsqu'il ne "tablette" pas ses propres rapports, ne
serait-ce que pour mieux les neutraliser d'avance en
légiférant à contre-sens de ces derniers avant même qu'ils
ne soient adoptés ?...
Des changements dans la carte électorale contestés par
l'opposition
Et quand il se décide à faire quelque chose, serait-il
possible que Charest le fasse n'importe comment ?...
L'usure du CHUM - Ariane
Krol
CHUM
La schizophrénie d’un hôpital universitaire -
MICHÈLE OUIMET
CHUM
: Vidéotron demande une compensation
Le seul CHUM possible
Charest s'entêterait-il à imposer des mesures qui font fi de
tous les experts comme du bon sens ?...
Le
projet du CHUM - Québec paie, mais ne choisit pas
Les
victoires du PPP
La
neutralité
du
groupe
mise
en
question
CHUMQUÉBEC
GARDE
LE
CAP
SUR
LE
PPP
Mariage et divorce à la CHUM
Jean
Charest se porte à la défense des PPP
PPP
à
tout
prix
-
Ariane Krol
PPP:
deux erreurs «importantes», conclut le vérificateur
Le
bras
dans
le
tordeur
-
Michèle Ouimet
CHUM
et CUSM: les PPP pourraient être plus coûteux
La réalisation de
projets en PPP coûtera plus cher, conclut le
vérificateur
CRCHUM:
le PPP coûtera 320 millions de plus
Réalisation
de grands projets - Les PPP ne seront plus un «passage
obligé»
CRCHUM:
tout a été fait dans les règles, assure Gagnon-Tremblay
Correction
d'examens de français: Courchesne fait volte-face
La
ministre Courchesne accusée de gaspiller les fonds publics
Mégahôpitaux
de Montréal: une dernière chance pour les PPP
Les
coûts projetés pour le CHUM et le CUSM enfleraient de 60%
CHUM:
le mirage PPP - Ariane Krol
Pas
une bonne idée, le CHUM en PPP
CHUM Québec
maintient le PPP - Denis Lessard &
Tommy Chouinard
CHUM : Pas de PPP, réclament les syndicats
- Pascale Breton
L’Agence des PPP se meurt - Denis
Lessard
L’apostasie
- ANDRÉ PRATTE
Le CHUM « encore sur le mode PPP », dit
Yves Bolduc
Le
mode PPP rebute ingénieurs et économistes
Au
tour des entrepreneurs de contester les PPP
ÉCHANGEUR TURCOT Québec renonce au PPP
PROJETS
EN PPP Gagnon-Tremblay songe à faire marche arrière
Bolduc envisage de renoncer au PPP
Pourquoi se priver des PPP?
- Érik Richer LaFlèche
Pourquoi attendre ? - Pierre
Gravel
PPP
:
Soyons courageux - Marcel Boyer
Et s'il ne fallait pas non plus jeter le bébé avec l'eau du
bain ?...
Monique
Jérôme-Forget au Devoir - Le génie-conseil a tué les PPP
Le privé au secours des grands projets
Le
privé à la rescousse du métro?
Partnerships
require a shot of morphine
Ces
PPP qu'on aime tant haïr
Des
PPP qui n'en sont pas
Charest chercherait-il à nous imposer une vision dépassée
?...
Échangeur
Turcot: le temps presse
La
guerre
Québec-Montréal
-
Michèle Ouimet
Des
autos et des hommes
Échangeur
Turcot: le bol ou l'assiette?
LeMTQexagère
les
coûts,
selon
laVille
Planning
process is as messy as the Turcot
L'inquiétant
réflexe
du
bon
marché
-
Marie-Claude Lortie
Les boulets rouges de Mme Boulet-
Alain Dubuc
Trop peu, trop tard - François Cardinal
L'échangeur Turcot pour les nuls - Stéphane Laporte
Front commun contre
Boulet
Échangeur
Turcot - Heureuse tentative!
Turcot:
Québec dit non à Tremblay
Tremblay
confronte ouvertement Julie Boulet
La
Ville propose un échangeur Turcot plus compact
Turcot: trois fois plus cher que l'original, selon le MTQ
Turcot: le projet de Tremblay est trop coûteux, dit Boulet
A
new vision for the Turcot Interchange
Les
écologistes proposent de réduire la capacité routière du
futur complexe Turcot
Échangeur
Turcot: un projet réduit est proposé
D'autres
projets menacés, dit le maire
Échangeur
Turcot: maire du Sud-Ouest rabroue Québec
Turcot La facture dépassera le milliard et
demi - Bruno Bisson
Vision
demandée - Nathalie Collard
Le BAPE rejette le projet Turcot Pas
d’expropriations, pas de remblai et plus de transports en
commun - Bruno Bisson
Échangeur
Turcot: Transports Québec renvoyé à sa table à dessin
Réaménagement de l’autoroute Bonaventure : Isabelle
Hudon en colère contre l’AMT - Éric Clément
ÉCHANGEUR TURCOT Québec renonce au PPP
Énergies Vertes Le PQ lance une pétition pour faire
pression sur Jean Charest
Turcot
2.0 - Nathalie Collard
Échangeur
Turcot
:
Québec
ouvert
à
des
modifications
«
Montréal n’est pas un champ de blé d’Inde »
Turcot
: La Ville remet tout en question
ÉCHANGEUR
TURCOT
Un
projet
de
remplacement
ÉCHANGEUR TURCOT Le CN construit une nouvelle voie
ferrée
Échanger
sur Turcot - NATHALIE COLLARD
Échangeur
Turcot (BAPE) Pas de maquette avant l’été - L’information
nécessaire n’est pas disponible, selon un expert
ÉCHANGEUR
TURCOT : Un projet à contretemps ?
Reconstruction
de l’échangeur Turcot Montréal
n’est
pas
convaincu
du
bien-fondé
des
expropriations
Voir aussi : Le
projet
Turcot pourrait coûter deux fois plus cher que prévu
Et lorsque Charest change finalement d'idée, n'est-ce
pas surtout parce que la contestation populaire ne lui
aura tout simplement pas laissé d'autre choix ?...
Plus de place aux transports en commun
Charest ne donnerait-il l'impression de nous
consulter qu'afin de tenter de faire bonne figure ?....
Charest forcé de battre en retraite -
Denis Lessard
(Ou en d'autres termes...) Et lorsque Jean
Charest nous annonce une "consultation", ne s'agirait-il
que d'une grossière mise en scène de plus, après tout
?...
Le déficit du Québec plus élevé que prévu
- Denis Lessard
Québec lance une consultation élargie -
Tommy Chouinard
Finances publiques : Charest lance une vaste
consultation - Tommy Chouinard
Les ministres de Charest (et Charest lui-même) seraient-ils
tout simplement incompétents ?...
Un ministre dans l’embarras — Pascale Breton
Jean Charest s’engage à ne pas rouvrir
le débat sur l’avortement
Crise avortée - ARIANE KROL
Un ministre en observation -
VINCENT MARISSAL
Le président du Conseil des aînés
démissionne
Et pourrait-il pourtant arriver à Charest de faire quelques
bons coups ?...
Esprit de clocher
La
rénovation remise à neuf
Crédit
à la rénovation: les détaillants en veulent encore
CRÉDITS
D’IMPÔT À LA RÉNOVATION - UN PETIT EXTRA QUI FAIT DE
L’EFFET
Le
crédit à la rénovation attire un tiers des Canadiens
Tournages à Montréal Québec ouvre les
vannes
Québec
accorde
près de 100millions à CAE
...Et qu'en est-il pour la suite des
choses ?...
Guerre
de tranchée à Rivière-du-Loup - VINCENT
MARISSAL
Et en plus de tout cela, se pourrait-il que ce gouvernement
s'adonne aussi à la partisannerie, et peut-être même un peu
plus qu'il ne lui faudrait ?...
PQ et ADQ dénoncent des nominations «partisanes» dans la
haute fonction publique
Des libéraux déballent leurs étrennes avant Noël
Et que serait d'ailleurs notre politique sans
cette bonne vieille "politicaillerie" partisanne ?...
Les
grands imposteurs - ANDRÉ PRATTE
« Les péquistes se foutent des règles »,
dit JeanCharest
Voir aussi Et
la guéguerre continue...
Malgré toutes les critiques du gouvernement Charest, le PQ
pourrait-il pourtant prétendre être en mesure de faire mieux
?... Ou le PQ serait-il en fait incapable de prouver plutôt
qu'il ne ferait pas encore pire ?...
Des députés du PQ dans l'embarras
Le PQ sera-t-il seulement capable d'échapper à ses propres
forces d'auto-destruction ?...
Lettres
- Bactérie mangeuse de chef
Le Parti Québécois ne pourrait-il pas se rebaptiser comme le
nouveau Parti Radical du Québec ?
L’énigme Marois
La
primauté du droit
Le PQ serait-il entré de plein pied dans un
processus ne pouvant mener qu'à sa propre
marginalisation ?...
Les communistes à la rescousse du Québec?
Lucien
Bouchard reproche au PQ son manque d'ouverture
Le
PQ a joué à fond la carte identitaire en 2009
Le
PQ se radicalise sous Pauline Marois, selon Charest
Harel
battue, le PQ déchiré - Vincent Marissal
... et d'ailleurs, ne peut-on pas en dire autant de l'ADQ ?
PQ et ADQ exigent une révision du cours d'éthique et de
culture religieuse
Voir aussi
Certains partis québécois seraient-ils en train de
dériver d'une façon des plus inquiétantes en ce qui a
trait à leur discours sur l'immigration ?...
Se pourrait-il donc que le PQ s'avère tout simplement
incapable de prendre acte de ce que veut la population ?
(Se pourrait-il donc que le PQ ne soit tout simplement plus
en phase avec l'opinion et les besoins de la population ?)
Le
PQ
est-
il
menacé
d’implosion?
Le
suicide
assisté
The
PQ's pursuit of political fantasy drags it down
Le
vieux
dilemme
Et en fait, les péquistes seraient-ils donc les mieux
placés pour se défaire eux-mêmes, notamment à travers
leurs propres divisions internes ?...
Les
cannibales - Michel David
Crise
au PQ - Il y a 30 ans, Pierre Bourgault faisait le même
constat
Recomposition
du paysage politique - Des questions pour les
progressistes
Prise
2
Crise
au Parti québécois - Embardées suicidaires
Lettres
- Le PQ a tué le PQ
Drainville
fait pression sur Marois
Bernard
Drainville juge que le Parti québécois est rendu au bord
de l'abîme
Parler pour le pays
The
perils
of the PQ: people are starting to laugh
Fractured
tales
of
Parti
Québécois
ferment
-
Jeffrey
Simpson
Le
particide
PQ:
les
méfaits
de
la
thérapie
de
groupe
Le député de Bertrand songe à se rallier à Legault
« On joue avec le feu » , avertit Duceppe
Mathématiques
péquistes
Le
PQ miné de l'intérieur
Le
PQ
est-
il
menacé
d’implosion?
Vent de panique au PQ
Pétition
pour un nouveau parti souverainiste
Péquisteries
terminales
Nouveau
chapitre du déchirement péquiste
Marois
doit « réfléchir » , dit Landry
Parizeau
désavoue Marois
Pan!
dans le pied
La
nouvelle garde du PQ rappelle à Jacques Parizeau ses
travers de chef
De
nombreuses interventions depuis 1996
Le PQ serait-il donc en train de carrément se saborder
lui-même ?...
Parti Québécois revolt deepens with yet another departure
– and a twist
Vers
un PQ parallèle ?
Un
cinquième
péquiste
démissionne
Le PQ serait-il donc en plein processus de décomposition ?
Les
discussions ont été « raides »
Sovereignty slowly shuffling off this mortal coil
Marois
n'est pas au bout de ses peines
Parti
québécois - Le mur
Crise
au Parti québécois - La perte de conscience nationale
Parti Québécois caucus drama laid bare
La
sortie de secours
Le PQ ne saurait-il s'empêcher de prouver encore et encore
la validité du quolibet selon lequel ce parti ne saurait
faire mieux que de "manger ses chefs" ?...
Au suivant !
Sursis
Le PQ ne
serait-il réduit qu'à devoir tout miser sur chacune de ses
nouvelle sorties, en se disant à chaque fois que cela
suffira à raviver la "flamme souverainiste" ?...
Le PQ posera des gestes «audacieux» pour relancer le débat
identitaire
La
loi 104 ravivera la flamme souverainiste, dit Beaulieu
Et les Québécois
sont-ils pour autant prêts à voter pour le PQ ?...
Le nuage de Charest, le désert de Marois
- VINCENT MARISSAL
UN
ÉTÉ SANS NUAGE POUR JEAN CHAREST - Tommy
Chouinard
Dur
coup
pour le PQ - VINCENT MARISSAL
CHAREST
DÉSORMAIS PLUS POPULAIRE QUE MAROIS
PQ
et PLQ encore à égalité
Et surtout, le PQ est-il digne de
la confiance des Québécois ?...
Le grand ouf de Pauline Marois - VINCENT
MARISSAL
Le PQ serait-il en train de réaliser qu'il ne pourra
s'approcher du pouvoir sans d'abord apporter un certain
nombre de changements majeurs à son discours ?...
La création de la richesse au menu du PQ
L'éloge
de
la
richesse
L'avenir serait-elle en fait du côté du PQ ?...
Le virage péquiste - Alain Dubuc
Marois
pourrait défaire le gouvernement, si l'occasion se
présente
Le
PQ veut «débureaucratiser»
Lettres
- Un tournant au PQ
Le
PQ montre la porte au SPQ libre
PQ
severs ties with SPQ Libre
PQ:
le bond en avant - Lysiane Gagnon
Le
péquiste Nicolas Marceau appuie les hausses de tarifs
En fait, le PQ ne serait-il pas devenu plutôt le parti par
excellence de l'obstrusion au changement ?...
(autrement dit: le PQ se retrouverait-il en ce
moment dans une situation ou il lui semble en fait
difficile, voire impossible d'évoluer ?...)
Le PQ souhaite un budget sans douleur pour les
contribuables
Le
PQ
et
la
richesse
-
Alain Dubuc
Marois contredit sa nouvelle vedette -
Tommy Chouinard
Voir aussi Le
péquiste Nicolas Marceau appuie les hausses de tarifs
Le testament de M. Legault - André
Pratte
Réjean Parent taxe Legault de
néolibéralisme
En fait, se pourrait-il donc que le PQ ne soit devenu que
l'instrument des syndicats ?...
L'arbre et l'écorce
La
gauche péquiste fustige Marois
Ou se pourrait-il que le PQ n'ait tout simplement trouvé
mieux que de s'adonner au populisme le plus élémentaire ?...
Un
gâchis...
et
ses
suites
Trois députés claquent la porte du PQ
Où
s'arrêtera l'hémorragie?
Aussant
part en suggérant à Marois de démissionner
Les
poules
sans
tête
Les attaques du PQ ne reviendraient-elles donc qu'à
"s'opposer pour s'opposer" ?... Les attaques du PQ
riment-ils vraiment à quoi que ce soit ?
Le québec vulnérable à une récession
Le PQ démontrerait-il donc désormais une tendance à verser
dans la mauvaise foi ?...
Des excuses s’imposent
Le
PQ
est-
il
à
droite
des
libéraux?
Se pourrait-il donc qu'au Parti Québécois on soit en train
d'oublier certains des principes qui s'avèrent pourtant les
plus fondamentaux dans toute démocratie digne de ce nom ?...
À
quoi joue le PQ?
Y aurait-il quelque chose qui cloche avec le PQ ?...
Camil Bouchard tire sa révérence
Halte
au détournement des sociétés d’État ! - Robin Philpot
La
division au PQ a eu raison de Legault, estime Charest
François
Legault quitte la politique
Legault
quitte le navire. Marois dans le pétrin - Denis
Lessard
Et par dessus tout, les Québecois eux-mêmes sont-ils prêts
pour le changement ?...
LE DÉCLIN TRANQUILLE - FRANÇOIS
LEGAULT
En
route vers un « déclin tranquille » François
Legault se dit inquiet pour l’avenir du Québec
Et y aurait-il enfin de l'avenir du côté de
l'ADQ ?...
Le Québec doit se doter d'un plan de création de richesse,
suggère l'ADQ
Message
du chef de l'ADQ à Jean Charest - Le défi du courage et de
la responsabilité
Caucus
de l'Action démocratique - Deltell couperait un milliard
Ou plutôt, pourra-t-il jamais y avoir de l'espoir, en ce
qui concerne l'ADQ ?...
Politique
québécoise - L'échec de l'ADQ
Simon-Pierre
Diamond passe au PLQ
L'élection
fantôme
Le
budget
de
l'ADQ
amputé
L'ADQ
termine l'année au tapis
Christian
Lévesque nommé président de l'ADQ
L'impossible
droite - Mario Roy
Taillon
affirme avoir tourné la page sur l'ADQ
Mon
pauvre Gérard! - Patrick Lagacé
Un
exclu de l'ADQ veut lancer son parti
Gérard
Deltell en plein brouillard
Qui
est Gérard Deltell?
Gérard
Deltell devient chef de l'ADQ
Deltell
pourrait prendre les rênes de l'ADQ ce soit
Sommé
de partir, Taillon renonce à se rendre au parlement
La
vie après l'ADQ - Alain Dubuc
Financement
de l'ADQ: Allaire ne s'en fait pas trop
«On
est prisonniers d'une étiquette»
Crise
à l'ADQ: la thèse du complot se dégonfle
La
queue empoisonnée de l'ADQ - Yves Boisvert
Gilles
Taillon persiste et signe
Duceppe
invite les conservateurs à dire s'ils ont des liens avec
l'ADQ
Gilles
Taillon de plus en plus isolé
Des
valeurs bien vivantes
Une
occasion manquée - André Pratte
Taillon
se dit victime d'un putsch orchestré par Mario Dumont
Une
«spectaculaire opération d'autodestruction». dit Dumont
Deltell
très intéressé par la succession de Taillon
Caire
ne retournera pas à l’ADQ
Le
couronnement de Gérard Deltell fait consensus
Le
président de l'ADQ jette l'éponge
En
contemplant les ruines de l'ADQ -
Vincent Marissal
ADQ:
pitié, assez! - Vincent Marissal
Éric
Caire et Marc Picard claquent la porte de l'ADQ
Éric Caire réfléchit à son avenir politique
- Tommy Chouinard
Sylvie
Roy, inspectrice Gadget - PATRICK
LAGACÉ
Un
modèle pour l'ADQ en Alberta
Bonne
chance,
Mr.
Taillon
- VINCENT MARISSAL
Courte
victoire de Gilles Taillon
ADQ Débat des candidats Caire et Taillon
s’affrontent... sans dérapage
Le nationalisme repensé -
Éric Caire
ADQ : Le derby de démolition - ANDRÉ
PRATTE
Marois
a
failli
diriger
le
Québec
-
L’ADQ
a
proposé
une
coalition
au
PQ
à
l’automne
2008
Le nationalisme sacrifié de l'ADQ
- Mathieu Bock- Côté
Taillon dénonce l’agressivité de Caire -
Tommy Chouinard
Un premier débat musclé - Tommy Chouinard
L’ADQ doit s’assumer - Éric
Duhaime
L’ADQ n’est pas de droite -
Sébastien Proulx
Un candidat accueilli froidement -
Martin Ouellet
Une
candidature accueillie froidement à l’ADQ
La troisième voie en péril - DENIS
LESSARD
Le
chef de l’ADQ sera élu le 18 octobre
Gilles
Taillon prend ses distances des conservateurs
Quel nouveau chef pour l'ADQ ?...
Le
courage de ses convictions - ANDRÉ PRATTE
Et pourtant... L'ADQ est-elle prête pour le Québec ?...
(ou en d'autres termes : et si l'ADQ n'était finalement
bel et bien qu'une perte de temps ?...)
Canadien
d'abord
D’abord
un ménage dans les dépenses - Gilles
Taillon
L’ADQ semble condamnée - Denis Lessard
De
l’ADQ à l’ABQ? - ANDRÉ PRATTE
Les débats des Québécois
Tarifs
d'Hydro : une bataille d’arrière-garde - ALAIN DUBUC
Vaut
mieux être assisté social que de travailler au salaire
minimum !...
Y a-t-il quelque chose à faire avec Québec Solidaire
?...
Le
baromètre Léger Marketing-Le Devoir-The Gazette - Khadir,
le politicien le plus populaire
Partis
politiques - Le modéré Amir Khadir
À
l'attaque des «vaches sacrées»
Amir
Khadir, un solidaire pas si solitaire
OSER
ALLER PLUS LOIN - FRANÇOISE DAVID ET AMIR KHADIR
Québec solidaire liera la souveraineté à l'actualité
Mais ce parti aurait-il donc tendance à faire la part belle
aux erreurs de jugement ?...
L’ultragauche
démasquée
Khadir
le
fanatique
Editorial:
Amir Khadir unclear on the concept
Et pourquoi pas un petit résumé de la situation ?...
Charest
ébranlé, Marois en observation
Le
Québec glisse-t-il à gauche? - Alain
Dubuc
Le
PQ à la recherche d’un guide économique -
Vincent Marissal
DE
GROS
TRACAS DANS LES DEUX CAMPS - Denis Lessard
Un remaniement risqué
- Vincent Marissal
Le
drôle
d’été des politiciens québécois - Alain Dubuc
L'Assemblée Nationale ne serait-elle donc plus devenue qu'un
champs de bataille ?...
PLQ et PQ multiplient les manoeuvres en fin de session
Et quelle nouvelle surprise devrait nous
attendre dans le cirque qu'est devenue l'Assemblée Nationale
?... (et notamment : se pourrait-il donc que le décorum n'y
soit plus qu'un lointain souvenir ?...)
Pot-pourri
Les
hypocrites
-
André Pratte
Anniversaire
de l'élection de Bourassa: Marois sème «l'indignation»
Les
«fainéants» interdits à l'Assemblée nationale
En fait, le climat politique du Québec serait-il devenu
pratiquement toxique et délétère ?...
Du
fiel
pour
Noël
Québec
- Un feu d'artifice !
Injuste
et
irresponsable
-
André Pratte
Jean,
Pauline
et
l'art
de
l'insulte
-
Stéphane Laporte
Le climat politique se dégrade-t-il ? - Entre la haine et
la gentilhommerie
Les foulards et les torchons
Charest
et Marois en viennent aux insultes personnelles
De
salaire
et
de
Slinky
-
André Pratte
Climat
toxique au parlement
En fait, les députés de l'Assemblée Nationale auraient-ils
donc tout simplement franchi les bornes de l'incivilité ?
Lettres
- La rentrée parlementaire, pire que la rentrée scolaire?
Sylvie Roy insatisfaite des excuses du ministre Macmillan
Mais ceci dit, le gouvernement Charest serait-il pourtant
arrivé enfin à passer à l'action ?...
Hausse des tarifs Le gouvernement Charest passera à
l’acte - Denis Lessard
La marge de manoeuvre de Jean Charest -
Alain Dubuc
Voir aussi La
révolution tarifaire - ANDRÉ PRATTE
... à moins qu'il ne s'agisse encore que d'une blague ?...
Charest
refroidit
ses militants - Denis Lessard
... et de toute façon, le gouvernement Charest est-il
seulement capable de démontrer le moindre jugement lorsqu'il
s'agit de déterminer comment agir exactement, surtout
lorsqu'il s'agit de décider où couper ?...
Péages, droits de scolarité dans les cégeps et
factures d’Hydro plus salées au menu -
Denis Lessard
|
LE DEVOIR
La
chèvre et le chou
Démocratie
et financement des partis politiques: souhaitons-nous un
retour en arrière?
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Québec solidaire passe devant
l'ADQ
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
|
|
|
Déficit d’audace - YVAN LOUBIER
Le sommet sur
l’état de l’économie escamote les vrais enjeux financiers et
fiscaux du Québec
Le premier mini s t re du Québec a modifié ses plans. Alors
qu’il devait présider aujourd’hui et demain un sommet sur
l’état des finances publiques et de l’économie, ce sommet sera
confiné à la seule économie.
Le ministre des Finances Raymond Bachand a
dévoilé en octobre dernier un rapport sur les dépenses
publiques du Québec. Le sujet ne sera finalement pas abordé au
prochain sommet sur l’économie.
Parler de l’état actuel de
l’économie du Québec et de l’avenir prévisible, sans
considérer la piètre situation des finances publiques et les
moyens financiers que nous n’avons plus, amenuise la portée
d’un tel exercice et prive le gouvernement d’un appui éclairé
de la population. Des orientations seront prises dans le cadre
des prochains budgets et des gestes seront posés pour corriger
les déficits des prochaines années et la dette. Et on n’aura
pas pris soin d’expliquer à la population du Québec les
raisons qui justifient ces gestes, encore moins de l’y
associer.
On aurait souhaité que ce sommet aborde de front, avec
réalisme et audace, les vrais enjeux financiers et fiscaux
auxquels le Québec est confronté et les décisions difficiles
qui devront être prises.
Le réalisme auraitcommandé que nous reconnaissions que nous
vivons au-dessus de nos moyens. Nous nous payons le luxe de
figurer parmi les contribuables les plus taxés et les plus
imposés parmi les pays industrialisés. Nous revendiquons,
depuis toujours, de plus en plus de services publics
universels, plus que tous nos voisins, et qui deviennent avec
le temps autant de vaches sacrées.
Malgré le fait que nous supportions le plus lourd fardeau
fiscal, nous avons réussi à propulser la dette publique vers
des proportions intenables. Elle atteindra les 160 milliards
de dollars à la fin du présent exercice financier, la moitié
du PIB québécois. Elle est parmi les plus élevées en Amérique
et de tous les pays de l’OCDE. Elle grève environ 9 milliards
de dollars annuellement en frais d’intérêts, 15 milliards dans
cinq ans.
Le réalisme aurait également exigé que l’on reconnaisse que
nous avons pratiquement épuisé toute notre marge de manoeuvre
comme société. Les pressions démographiques et le
vieillissement de la population ajouteront à cette perte de
contrôle sur notre « destinée » fiscale et budgétaire.
Le statu quo
dans notre façon de voir le rôle de l’État québécois, d’en
faire le répondant absolu de tous nos désirs et de croire
qu’il dispose de ressources inépuisables, puisées dans nos
propres poches, nous a conduits directement vers un
cul-de-sac. Qu’on soit de la droite, du centre ou de la
gauche, ne change rien à ce constat.
Il faudra user d’audace pour redresser la situation et relever
avec succès les défis des prochaines années.
L’audace de tout mettre sur la table, de remettre en cause les
fonctions actuelles de l’État, en évaluer la pertinence, la
portée et revoir les programmes.
L’audace de revoir la tarification pour les services publics.
L’audace de fixer des cibles incontournables pour l’atteinte
du déficit zéro et la réduction graduelle et équilibrée de la
dette publique.
Et enfin, l’audace de mettre en place toutes les conditions
réglementaires, fiscales et autres, les meilleures au monde,
afin de développer davantage notre économie de façon durable,
profiter au maximum de nos avantages comparatifs et créer de
la richesse, de la vraie… avant de songer à la répartir!
On
peut aujourd’hui et demain mettre de côté cette réflexion
fondamentale, mais rapidement, la réalité nous rattrapera.
La facture d’Hydro va grimper - Denis Lessard
Dénoncé depuis
longtemps, le « bloc patrimonial » est ciblé
EXCLUSIF QUÉBEC — Oubliez les péages partout au Québec et les
droits de scolarité au collégial. Le gouvernement Charest a
déjà choisi sa cible pour augmenter ses recettes rapidement:
les tarifs d’Hydro-Québec.
Au coeur du débat des prochaines semaines : le « bloc
patrimonial» d’Hydro-Québec, une énorme quantité d’énergie
(165 térawattheures) dont le prix est artificiellement bloqué
à 2,8 cents le kilowattheure, environ le tiers de sa valeur
sur les marchés d’exportation.
Des sources expliquent que toutes les autres pistes
d’augmentation de tarifs sont soit trop complexes pour être
mises en place rapidement, soit trop limitées pour générer des
revenus appréciables.
Sans le dire, le ministre Raymond Bachand a d’ailleurs révélé
le choix du gouvernement dans une entrevue avec Paul Arcand,
hier matin. L’instauration de péages routiers est une mesure «
compliquée», a-t-il dit. De même, bien des possibilités
évoquées par le PLQ au cours de fin de semaine, par exemple
taxer les grands consommateurs d’eau, représentent des
rentrées marginales dans les coffres de l’État. Quand on lui a
rappelé le projet de taxer davantage les bonbons et les
croustilles, le ministre s’est esclaffé et a avoué ne pas
avoir de chiffres.
En revanche, dans le cas des tarifs d’Hydro-Québec, M. Bachand
disposait de données bien précises. Par exemple, une
majoration de 1 cent le kilowattheure fait entrer 1,8 milliard
de dollars dans les coffres de l’État. Si on met en place des
mesures compensatoires de 300 millions «pour augmenter la
protection de ceux qui en ont moins les moyens», a-t-il lancé,
il restera tout de même un gain de 1,5 milliard pour
équilibrer les finances publiques, a-t-il expliqué. Plus tard,
sa porte-parole a précisé que 1 cent d’augmentation représente
plutôt 1,4 milliard de gains nets.
Plusieurs commissions d’enquête ont recommandé cette
augmentation au fil des ans, de même que bon nombre
d’économistes, a rappelé le ministre.
La fin de semaine dernière, en marge du conseil général du
Parti libéral, le nouveau ministre du Développement
économique, Clément Gignac, a d’ailleurs répété ce qu’il a
maintes fois dit dans sa vie d’économiste: il faut hausser le
prix de l’électricité. Les bas tarifs sont un encouragement à
la consommation et, au bout du compte, profitent davantage aux
nantis. C’est aussi ce qu’il a dit hier à RDI.
Une idée récurrente
Lors de la création de la Régie de l’énergie, à la fin des
années 90, le gouvernement Bouchard avait soustrait la
production existante à la compétence du nouvel organisme. On
avait expliqué qu’il s’agissait d’un «héritage collectif» des
Québécois, qui devaient profiter de la richesse hydraulique de
leur territoire.
Les
spécialistes divergent d’opinions sur la façon d’augmenter les
tarifs de ce «bloc patrimonial ». En principe, Québec aurait
besoin d’un projet de loi. En revanche, comme il avait
instauré cette protection par simple décret, elle pourrait
être retirée de la même manière. Hier, le ministre Bachand n’a
pas parlé de projet de loi; il semblait croire qu’il pourrait
trancher avec une annonce dans son premier budget.
Dans cette opération délicate, Québec pourra compter sur un
régiment d’économistes et de présidents de commission
d’enquête qui, depuis près de 10 ans, préconisent unanimement
une hausse significative des tarifs d’électricité. Au début de
2005, l’ancien président d’Hydro-Québec, André Caillé, avait
exhorté Québec à hausser la tarification du bloc patrimonial.
Il proposait même de le faire sans passer par un projet de
loi, «pour éviter un méchant débat» à l’Assemblée nationale.
Le premier ministre Charest l’avait désavoué à bout portant.
André Caillé a été en sursis pendant quelques mois avant
d’être éjecté avant la fin de son mandat.
Rapports unanimes
Mais A ndré Caillé n’est pas seul. Plus récemment, au
printemps 2008, Claude Montmarquette, du Cirano, a produit un
rapport sur la tarification dans lequel il ciblait les tarifs
d’Hydro. «L’argent est dans l’électricité, c’est évident», dit
l’économiste, joint hier par La Presse. Dans son rapport, il
proposait de «supprimer le bloc patrimonial» pour permettre à
la Régie de fixer les prix de toute l’énergie. On estimait à
1,8 milliard de dollars les revenus supplémentaires venus de
la consommation résidentielle, et à 448 millions les gains sur
la partie «commerciale» de la consommation si les tarifs
étaient élevés à la moyenne canadienne. «En tout, c’est 2,3
milliards de recettes par année. Si on adopte 300 millions de
mesures pour les plus démunis, il reste 2 milliards», résume
Claude Montmarquette. Il estime que, pour chaque dollar
d’augmentation de la facture d’électricité, les abonnés vont
réduire de 10% leur consommation. Bien avant, Alban D’Amours
avait proposé cette solution dans les études du Mouvement
Desjardins.
Spécialiste de ces questions, Jean Thomas Bernard, professeur
à l’Université Laval, explique qu’il faudrait hausser les
tarifs d’environ 30% pour qu’ils reflètent les coûts de
production actuels. Le prix moyen de toute la production est
d’environ 7 cents le kilowattheure actuellement.
La nouvelle énergie – celle qui sera produite à la Romaine,
par exemple – coûtera environ 10 cents le kilowattheure (10,3
pour l’énergie éolienne). «Hydro exporte à 9 cents, elle nous
vend à moins de 3 cents... Chez nos voisins, cela coûte
beaucoup plus cher: en Ontario, c’est 70% de plus», poursuit
l’universitaire.
Dans son rapport sur la pérennité du réseau de la santé, en
2005, le banquier Jacques Ménard avait préconisé une hausse de
2% des tarifs d’Hydro en plus des majorations calculées par la
Régie, un pactole de 11,2 milliards d’ici à 2015.
Quelques mois plus tard, les «lucides», un groupe dont faisait
partie l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, ont aussi
proposé une «hausse des tarifs d’électricité, à la fois
substantielle et progressive». M. Bouchard disait «qu’on était
un marchand de bonbons qui avait le choix entre les vendre ou
les manger», rappelle M. Bernard.
La commission Castonguay sur le financement du réseau de la
santé avait elle aussi préconisé cette hausse, conjuguée à une
augmentation de la TVQ.
À la fin des années 8 0, Guy Coulombe, ancien patron d’Hydro,
avait proposé une majoration automatique des tarifs de 0,25%
pendant des décennies pour dégager des revenus. Le
gouvernement Bourassa avait trouvé ce plan trop risqué
politiquement et l’avait mis de côté.
À VOS POCHES, CITOYENS! - Nestor
Turcotte
Voici quelques
réactions de nos lecteurs aux propositions d’augmentation de
tarifs adoptées au conseil général du Parti libéral du Québec
le week-end dernier.
Matane Ma rio Du mont 36 0 degrés doit aujou rd ’hu i bien r i
re da n s sa barbe. Le Parti libéral du Québec est en train de
réaliser, sans son consentement, le programme politique qui
l’a empêché de prendre le pouvoir aux dernières élections.
Pauline Marois ne peut qu’approuver les gestes politiques de
son visà-vis, même si, pour la forme, elle s’en formalisera ,
tout juste pou r épater une galerie disséminée qui ne semble
plus l’écouter. Pas étonnant qu’elle ait mis l’indépendance au
rancart. Le Québec ne peut plus se la payer.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Les services publics, notamment
l’électricité, pourraient bien être majorés si le
gouvernement du Québec décide d’aller de l’avant avec
l’augmentation des tarifs.
Le Québec est
au bord de la faillite. Si l’on additionne la dette du
gouvernement provincial, la dette des universités et des
cégeps, la dette des hôpitaux et les intérêts des milliards
empruntés chaque année pour financer les déficits accumulés,
la dette provinciale dépasse facilement les 200 milliards de
dollars. À cela, évidemment, il faut ajouter plus de 100
milliards de la dette fédérale. Bref, le Québec est dans la m…
jusqu’au cou. Avec une population vieillissante, qui se
régénère à coup de subventions, il y a de quoi inquiéter les
chefs politiques. La province est écrasée sous le fardeau de
ses folies accumulées.
Environ 40 % des citoyens québécois ne paient pas d’impôts.
Ceux qui en paient – la classe moyenne en pa rticulier – ne
gagnent pas des salaires mirobolants. C’est elle qui paiera la
plus grosse part de la note. Il n’y a donc pas 56 façons de
payer la facture : réduire les services ou augmenter les
impôts et les tarifs. Ou faire les deux à la fois. La première
solution est éca rtée par les politiciens pour des raisons
électoralistes. La hausse d’impôts ? Pas très populaire. Le
Québec a le taux d’imposition le plus élevé du pays. Il ne
reste donc que la voie de la hausse des tarifs. Peu importe la
solution prise par les dirigeants du gouvernement actuel,
l’argent sortira des poches des citoyens.
La loi pro-déficit - CLAUDE PICHER
En imposant le
bâillon pour faire adopter le projet de loi 40 en début de
session, le gouvernement Charest pose un geste exceptionnel.
Mais que contient donc ce fameux projet de loi 40? Pourquoi le
gouvernement tient-il tant à le faire adopter en toute vitesse
? Comment en est-on arrivé au bâillon ?
Pour l’essentiel, la nouvelle loi vise à soustraire le
gouvernement aux contraintes de la loi antidéficit, adoptée en
1996 sous le gouvernement de Lucien Bouchard. Comme son nom
l’indique, la loi oblige les ministres des Finances à déposer
des budgets équilibrés. Qu’ils le fassent en augmentant leurs
revenus ou en comprimant leurs dépenses, la loi ne le précise
pas ; tout ce qu’elle dit, c’est qu’il est hors de question de
déclarer un déficit. Certes, on a prévu une exception: en cas
de ralentissement ou de récession, la loi autorise le recours
à un déficit temporaire, mais à condition que le ministre
s’arrange pour l’éliminer dans les 12 mois.
Jusqu’en 2009,
donc pendant une quinzaine d’années, tous les ministres des
Finances, Bernard Landry, Pauline Marois, Yves Séguin, Michel
Audet et Monique Jérôme-Forget pendant ses deux premiers
budgets, vont respecter la loi... sur papier.
En réalité, tous les gouvernements, péquistes et libéraux
confondus, vont se permettre de jouer avec la loi comme avec
un élastique. Ainsi, en 2003, le gouvernement nouvellement élu
de Jean Charest demande à l’ancien vérificateur général Guy
Breton de se pencher sur l’héritage budgétaire du gouvernement
péquiste. Alors que tout le monde croyait que le dernier
budget Marois était équilibré, M. Breton découvre un trou de
4,3 milliards. Deux ans plus tard, le vérificateur Renaud
Lachance trouve que le budget « équilibré » du ministre Audet
cachait un déficit d’au moins 1,5 milliard.
On a même inventé une nouvelle expression, dans les documents
budgétaires. On ne parle plus de déficit ou de surplus, mais
de « solde budgétaire aux fins de la Loi sur l’équilibre
budgétaire ». Et ce solde, parfois au prix d’acrobaties
comptables périlleuses, ne sera jamais déficitaire.
Le budget déposé en mars 2009
par la ministre JérômeForget tranche nettement avec ces
cachotteries.
Aux prises avec la récession que l’on sait, la ministre le
reconnaît franchement: le gouvernement ne pourra pas s’en
tirer sans déficit. Ses prévisions font donc état d’un déficit
de 3,9 milliards cette année, 3,8 milliards l’an prochain, 2,6
milliards dans deux ans et 1,3 milliard en 2012-2013. En tout,
il y a en pour plus de 11 milliards. Ces chiffres entrent en
contradiction flagrante avec la loi antidéficit de 1996.
Le gouvernement n’avait donc pas le choix. En mai 2009,
Raymond Bachand, successeur de Mme Jérôme-Forget, dépose le
projet de loi 40, qui autorise le retour aux déficits. Mais le
projet est mal défini et, surtout, il tombe mal. De toutes les
provinces canadiennes, c’est le Québec, et de loin, qui doit
supporter la plus lourde dette : ses déficits accumulés
représentent 32,5 % du produit intérieur brut (contre 18,1 %
pour l’Ontario). Et le budget de Mme Jérôme-Forget demeure
très vague sur la façon de retrouver l’équilibre. Certes, elle
annonce une hausse de la taxe de vente à compter de 2011, ce
qui lui rapportera 4,2 milliards en quatre ans. Elle compte
sur la lutte contre l’évasion fiscale pour augmenter ses
revenus de 2 milliards. Cela reste à voir. Enfin, et surtout,
elle compte s u r d’ « aut r es mesures à identi f ier » , sa
ns préciser davantage, pour améliorer les équilibres
financiers de 8,4 milliards, toujours en quatre ans.
C’est sur
cette précaire toile de fond que le projet de loi 40 est
débattu en commission parlementaire, en mai et juin.
L’opposition péquiste, pilotée par François Legault, réussit à
obtenir une concession de taille du ministre Bachand. La loi
devra préciser clairement que le gouvernement devra recouvrer
l’équilibre au plus tard en 2013-14 (la version originale ne
comportait pas d’échéancier, ce qui est en soi assez
étonnant). Pour le reste, la commission s’est tenue dans un
climat de forte tension. Aujourd’hui, Raymond Bachand n’a pas
tout à fait tort de dire que les choses n’avancent pas. « En
50 heures de travaux, dit-il, on n’a réussi qu’à adopter un
seul article jusqu’à maintenant. »
Et c omme l ’ opposit i on péquiste, du moins aux yeux du
gouvernement, ne semble pas mieux disposée aujourd’hui qu’en
juin dernier, la meilleure façon de dénouer l’impasse est
d’imposer le bâillon.
Ce n’est pas certain. Les prétextes évoqués par le
gouvernement demeurent fragiles. D’un autre côté, il est
irréaliste de demander au gouvernement de décrire maintenant
les décisions qu’il devra prendre dans deux, trois ou autres
ans.
L’ i mpor t a n t , c ’ e s t la contrainte du calendrier :
Québec s’y prendra comme il voudra, mais il est maintenant
tenu par la loi d’éliminer le déficit en 2013-2014. Dans
l’état de délabrement où sont retombées les finances publiques
québécoises, c’est bien la moindre des garanties qu’on peut
accorder aux citoyens. Il reste à savoir, seul l’avenir le
dira, si cette garantie sera respectée.
Les sacrifices - ANDRÉ PRATTE
Le premier
ministre, Jean Charest, a commencé à préparer les Québécois
aux « sac r i f i ces » qu ’ i l s dev ront consent i r pou r
que les finances publiques reviennent à l’équilibre dans
quatre ans. À l’occasion du congrès des jeunes de son parti,
M. Charest a évité de préciser en quoi consisteraient ces
sacrifices, mais il suffit de relire le dernier budget pour
comprendre qu’il n’y a pas d’échappatoire possible.
Déposé en mars, le document prévoyait un déficit de 3,9
milliards cette année, grimpant à 6 milliards en 2012-2013 et
2013-2014. Ce plongeon dans le rouge a peu à voir avec les
mesures de relance annoncées à cette occasion. I l ref lète
plutôt un problème st ructurel : les dépenses et la dette du
gouvernement du Québec augmentent plus vite que la capacité
(et la volonté) de payer des Québécois.
Le budget a mis en place un plan de retour à l’équilibre. Ce
plan prévoit notamment que la croissance des dépenses du
gouvernement sera limitée à 3,2 % pendant quatre ans à compter
de l’an prochain. Une croissance aussi faible signifie que les
dépenses de santé et d’éducation augmenteront beaucoup moins
rapidement que ça n’est le cas depuis trois ans tandis que les
autres postes de dépenses seront pratiquement gelés.
La TVQ augmentera d’un point à compter du premier janvier
2011. D’autres mesures, non précisées mais chiffrées à 3,8
milliards, permet tront le retour du déficit zéro en
2013-2014. Parions que parmi ces mesures figurera
l’augmentation de la TVQ d’un autre point (revenus
additionnels : 1,2 milliard).
Où Québec
ira-t-il cherc he r l e s 2 , 6 mi l l i a r d s manquants ?
Les t arifs ? L’indexation de tous les tarifs imposés par le
gouvernement, même s i on ajoutait ceux des garderies,
rapporterait environ 70 millions de plus par année.
Hau s s e r l e s i mp ô t s , comme le suggérait hier la CSN
? Une mauvaise piste pour une province qui veut créer la
richesse lui permettant de préserver ses acquis sociaux.
Augmenter les tarifs d ’ élec t r ic ité ? C’est certainement
la voie la plus prometteuse du point de vue financier. Le
comité Montmarquette a calculé qu’une hausse des tari fs
d’Hydro-Québec au niveau de la moyenne canadienne produi rait
2,3 mi l l iards. Pour les familles à faible revenu, la
dépense additionnelle serait de 6,94 $ par semaine, une somme
qui devrait être compensée par un crédit d’impôt rembou r
sable. Pou r l es ménages aisés, le débours supplémentaire
s’élèverait à 789$ par année, une somme qu’ils ont les moyens
de payer.
Une me s u r e i mpopu - laire ? Même si Québec y allait
graduellement, il y aurait cer t ainement une énorme levée de
boucliers. Cependant, compte tenu de l’état des finances
publiques, ceux qui nous gouvernent devront faire preuve
d’audace et de courage. Le gouvernement Charest est en début
de mandat, c’est l’occasion ou jamais.
Québec est revenu sur sa parole
— Lors de la
dernière campagne électorale, quatre jours avant le vote, le
gouvernement Charest a assuré par écrit à une association de
centres de la petite enfance que la structure actuelle du
réseau des garderies sera maintenue. Il est revenu sur sa
parole après avoir été reporté au pouvoir.
Depuis
le dépôt du dernier projet de loi sur les CPE, l’Association
québécoise des centres de la petite enfance accuse le
gouvernement de créer une nouvelle structure qui coûterait
quelque 12 millions de dollars, l’équivalent de 1200 places
en garderie.
L’affaire a débuté le 24 novembre, au beau milieu de la
campagne, lorsque le gouvernement Charest a décidé de ne pas
porter en appel le jugement Grenier et de permettre la
syndicalisation des responsables des garderies en milieu
familial.
Le 1er décembre, le ministère de la Famille a présenté
différents scénarios à l’Association québécoise des centres de
la petite enfance ( AQCPE) en vue de respecter cette décision.
Ces scénarios impliquaient une révision de la structure
actuelle du réseau des garderies.
Depuis décembre 2005, en vertu d’une loi adoptée sous le
bâillon, la gestion des garderies en milieu familial est sous
la responsabilité d’une centaine de centres de la petite
enfance qui sont devenus des bureaux coordonnateurs.
Furieuse de constater de nouveaux bouleversements à l’horizon,
la présidente de l’AQCPE, Johanne Roy, a envoyé, le 4
décembre, une lettre à la ministre de la Famille d’alors,
Michelle Courchesne, pour lui demander de préserver la
structure actuelle.
Le jour même,
donc quatre jours avant le scrutin, Michelle Courchesne a tenu
à rassurer les CPE. Elle a répondu à Mme Roy par écrit. « Je
tiens à vous assurer qu’il n’a jamais été dans mes intentions
de bouleverser (…) la structure actuelle de la gestion de la
garde en milieu familial. Dans toutes les solutions
administratives qui seront mises de l’avant, j’entends
privilégier la structure des CPE-Bureaux coordonnateurs »,
dit-elle dans une lettre dont La Presse a obtenu copie.
À la suite de la décision de respecter le jugement Grenier, «
je vous confirme également que la refonte de la loi et des
règlements préservera la responsabilité et la structure des
CPE-Bureaux coordonnateurs en regard de la garde en milieu
familial ».
Or le gouvernement Charest est revenu sur sa parole. Le 13
mai, le nouveau ministre de la Famille, Tony Tomassi, a déposé
un projet de loi afin de respecter le jugement Grenier et
autoriser la syndicalisation des éducatrices en milieu
familial. Il a modifié dumême coup la structure du réseau. Le
projet de loi prévoit en effet que les CPE ne pourront plus
être des bureaux coordonnateurs. Ces derniers, qui gèrent la
garde en milieu familial, devront être totalement autonomes et
avoir leur propre conseil d’administration. Ils auront un
mandat plus limité, perdront leur mandat de soutien
pédagogique et d’encadrement.
La lettre du 4 décembre, « ce n’était pas un engagement
électoral », a répondu hier à La Presse Isabelle Mercille,
attachée de presse du ministre Tomassi.
« À l’époque, le modèle qu’on mettait de l’avant était
employeuremployé. Ç’a évolué pour que les responsables des
services de garde en milieu familial demeurent des
travailleuses autonomes tout en ayant des bénéfices fiscaux.
Pour ça, il faut créer une entité distincte. »
Depuis le dépôt du projet de loi, l’AQCPE accuse le
gouvernement de créer une nouvelle structure qui coûterait
quelque 12 millions de dollars, l’équivalent de 1200 places en
garderie. La CSN s’oppose aussi au changement de structure du
réseau. Isabelle Mercille n’écarte pas l’idée que le ministre
Tomassi revienne au modèle des CPEBureaux coordonnateurs. Mais
l’association des éducatrices en milieu familial milite pour
que les bureaux coordonnateurs soient indépendants des CPE
comme le prévoit le projet de loi, afin que ses membres aient
une plus grande autonomie. Les consultations publiques sur le
projet de loi débutent aujourd’hui , à l ’Assemblée nationale.
Viaduc de la Concorde : Des assureurs poursuivent
Québec - Karim Benassaieh
«
Négligence, imprudence, insouciance. » C’est dans les
mêmes termes que trois assureurs accusent le gouvernement
du Québec d’être responsable de l’effondrement du viaduc
de la Concorde, le 30 septembre 2006. Ils ont déposé trois
poursuites, les premières engendrées par la tragédie, qui
avait fait cinq morts et six blessés.
Au nom de trois de ces victimes, les compagnies
d’assurances La Personnelle, La Capitale et Aviva
demandent à Québec de leur rembourser les dommages causés
au véhicule de leur client, pour un total de 62 000$.
Conclusions à écarter
La Capitale et La Personnelle ont déposé leurs requêtes en
juin dernier et Aviva l’a fait le 27 août. Les trois
assureurs avaient fait parvenir, à l’automne 2006, une
mise en demeure exigeant le remboursementdes indemnités.
Le gouvernement – plus précisément le ministère des
Transports – a répliqué peu après qu’un dossier de
réclamation avait été ouvert mais que son traitement
serait « lié aux conclusions de la commission d’enquête »
instituée après l’effondrement, peut-on lire dans une
lettre produite en preuve. Au cours de ses 130 heures
d’audiences publiques, à l’été 2007, la commission
présidée par Pierre Marc Johnson avait entendu pas moins
de 58 témoins, dont neuf experts en génie, et produit un
rapport accablant le 15 octobre 2007.
Les
poursuites des assureurs en reprennent essentiellement les
conclusions. Le gouvernement du Québec « aurait dû savoir
que le viaduc de la Concorde était mal conçu ou vétuste »,
plaide La Capitale. De la surveillance déficiente à la
construction inadéquate, avec du béton de piètre qualité
et une armature installée de façon inappropriée, Québec a
« grossièrement négligé » de surveiller et de vérifier sa
structure.
En réponse à la requête de La Capitale, le procureur
général du Québec a demandé au juge le 20 juillet dernier
d’écarter tous les arguments provenant des conclusions de
la commission Johnson. Les parties ont rendez-vous en cour
le 5 novembre prochain au palais de justice de Laval pour
en débattre. Selon une source au fait du dossier, une
victoire de Québec sur cette simple formalité obligerait
l’assureur à refaire une grande partie des travaux de la
commission, une « aberration » pour une demande de quelque
15 000 $.
Selon le ministère de la Justice, ces poursuites sont les
seules jusqu’à maintenant directement liées à
l’effondrement du viaduc de la Concorde. Elles concernent
trois des six véhicules impliqués et ne visent que les
dommages matériels. Une autre poursuite avait déjà été
intentée le 26 février 2008 par la Clinique chiropratique
LFR, située à proximité du viaduc, qui réclame 127 182 $
notamment pour la perte de clientèle causée par sa
fermeture. L’affaire est toujours en cours.
En octobre 2007, les six blessés et les successions des
cinq personnes mortes ont accepté une indemnisation de 1,6
million de la Société d’assurance automobile du Québec, ce
qui fait qu’il n’y aura vraisemblablement pas de
poursuites à cet égard.
Allocations de transition pour... retraités
- VINCENT MARISSAL
Dans le
milieu politique, on dit souvent que les députés sont moins
bien payés que dans le secteur privé, qu’ils n’ont pas de
sécurité d’emploi, que les horaires et les déplacements
pèsent énormément sur la famille, bref, que les conditions
sont rudes et défavorables au recrutement. Qu’en est-il
exactement ? Vrai, les députés travaillent de longues heures
et les salaires des élus sont inférieurs à ce que l’on
trouve dans les échelons supérieurs des grandes entreprises
privées. Mais les députés, à Québec comme à Ottawa, ne sont
pas maltraités pour autant. Au contraire, le salaire, les
allocations et les petits extras accumulés les placent parmi
les salariés les plus choyés de la société. Et malgré la
récession qui afflige le Québec et le Canada, les élus ne
semblent pas soumis au même régime minceur que la majorité
de leurs concitoyens.
L’hiver dernier, bien des Québécois ont été offusqués
d’apprendre que l’ex-PDG de la Caisse de dépôt, Henri-Paul
Rousseau, était parti avec une prime de départ de près de
400 000$ même s’il avait volontairement quitté ses
fonctions.
À Québec, malgré la grogne populaire, il s’est trouvé bien
peu de députés pour exiger de M. Rousseau le remboursement
de ce parachute capitonné. Et pour cause. C’est qu’en
matière de primes de départ, les députés québécois sont eux
aussi gâtés et l’exemple vient de haut.
Lorsqu’elle a démissionné en mars, l’ex-ministre des
Finances, Monique Jérôme-Forget est partie avec sa pleine
pension de retraite (elle a 68 ans) en plus d’une allocation
de transition de près de 150 000$.
La chose est peu connue du grand public, mais la loi sur les
conditions de travail des membres de l’Assemblée nationale
prévoit qu’un député défait à une élection, qui ne se
représente pas ou qui démissionne a droit à une allocation
de transition. L’« allocation de transition » est versée
automatiquement même si le député touche aussi sa pension de
retraite. Un tel cumul est interdit à Ottawa, où un
ex-député ne peut toucher pension et allocation de départ
simultanément.
C’est ce que l’on appelle le « cornet à deux boules » dans
le milieu politique et on n’a pas besoin de gratter très
longtemps pour comprendre que le sujet est tabou.
Mme Jerôme-Forget n’est pas la seule à avoir reçu double
ration récemment. Depuis les dernières élections, en
décembre, 11 autres anciens députés partis à la retraite ont
aussi touché une allocation de transition tout en étant
pleinement pensionnés, dont Louise Harel, Rita
Dionne-Marsolais et Michel Bissonnet. La pension est versée
pleinement (sans pénalité) aux anciens députés de plus de 60
ans.
À Ottawa, c’est l’indemnité de départ ou la pension, pas les
deux. Un député qui a accumulé au moins six ans de service
touche sa pension à partir de 55 ans et ne peut, passé cet
âge, toucher d’indemnité de départ en plus de sa pension. Au
Québec, l’allocation de transition est automatique et un
ex-député peut toucher sa pension dès qu’il se retire, peu
importe son âge, moyennant une pénalité actuarielle.
Quand on aborde la question des allocations avec les
députés, on obtient toujours la même justification : sans
ces avantages pécuniaires ( imposables, insistent-ils), il
serait encore plus difficile de recruter des candidats.
Surtout à Québec, où le salaire est près de deux fois moins
élevé qu’à Ottawa. Quant à Monique Jérôme-Forget, elle est à
l’étranger pour une longue période et il a été impossible de
lui parler.
Malgré les justifications du milieu politique, le régime
d’allocations de transition à Québec soulève plusieurs
questions éthiques.
D’abord par
son opacité. Il est en effet impossible de savoir si un
ex-député a bel et bien touché son allocation (et le montant
exact) puisque ces informations sont confidentielles, et ce,
même s’il s’agit de deniers publics.
Il faut donc y aller par déduction, selon la formule de
calcul de l’allocation, soit deux mois de salaire par année
de service, jusqu’à concurrence de six ans, donc allocation
maximum de 12 mois.
Ce que l’on sait, parce que cette information est publiée
dans le rapport annuel de l’Assemblée nationale, c’est le
montant total des allocations de transition. L’an dernier,
elles ont atteint 3 millions de dollars. Depuis cinq ans:
7,2 millions de dollars.
Outre le cumul allocation de transition-pension de retraite,
aucune règle n’oblige un exdéputé à rendre sa prime de
départ s’il obtient un nouveau poste dans le secteur public,
dans une société d’État, dans une université ou dans le
réseau de la santé, par exemple. Ce cumul est pourtant
strictement interdit aux anciens attachés politiques qui se
replacent dans le secteur public.
Après les élections de 2007, l ’ anc ien député l ibéra l de
Roberval, Karl Blackburn, avait dû renoncer à son allocation
de transition de 60 000 $ parce que le gouvernement Charest
minoritaire l’avait replacé dans un cabinet. Cette décision
était purement politique puisque rien ne l’obligeait à
abandonner son parachute.
Les anciens députés qui passent de l’Assemblée nationale à
la scène municipale n’ont pas de restriction non plus, comme
Michel Bissonnet, qui peut cumuler allocation de transition,
pension et salaire de maire de Saint-Léonard.
Tout ce que la loi dit, c’est qu’un ancien député cesse de
recevoir son allocation de transition s’il est réélu à
l’Assemblée nationale. Il y a toutefois une astuce:
l’allocation peut être versée d’un coup ou étalée sur 36
mois, à la demande de l’ex-député, mais celui-ci peut, à
tout moment, demander que le solde lui soit versé.
Théoriquement, un ancien député qui veut revenir en
politique peut donc toucher le solde de sa prime une semaine
avant d’être réélu. Encore une fois, ces informations sont
secrètes.
Dans les milieux politiques, on justifie ce genre de
traitement par le fait que les députés n’ont pas la sécurité
d’emploi (ce qui est faux pour les députés élus dans des
châteaux forts) et qu’ils n’ont pas droit à l’assurance
emploi. Mais un salarié qui part volontairement se voit
privé de prestations d’assurance emploi alors qu’un député
touchera tout de même son allocation, même s’il démissionne
quelques mois après sa réélection. Il est vrai que les
députés à Québec gagnent beaucoup moins que leurs collègues
d’Ottawa, mais leur salaire de base (85 000$) est tout de
même deux fois plus élevé que celui de la moyenne de leurs
électeurs. Ils bénéficient aussi d’un régime de retraite et
d’assurances beaucoup plus généreux que celui de la grande
majorité des travailleurs québécois.
Les députés québécois reçoivent un salaire de base de 85 000
$ ( plus allocation pour dépenses: 15 000$ et allocation de
logement: 14 100$). Le premier ministre touche 175 000$, les
ministres : 150 000$, le chef de l’opposition: 150 000$.
LOI SUR LA SANTÉ
ET LA SÉCURITÉ DU TRAVAIL Le PQ estime insuffisante
l’augmentation des amendes
Le critique du Parti québécois en matière de Travail,
François Rebello, juge insuffisante l’augmentation des amendes
imposées aux entreprises qui contreviennent à la loi sur la
santé et la sécurité du travail, proposée dans un projet de loi
déposé récemment par le ministre du Travail.
Le projet, qui a été étudié vendredi à l’Assemblée nationale,
prévoit hausser de 20 000$ à 60 000$ l’amende pour la première
infraction. Le député de La Prairie souhaite toutefois que les
amendes s’arriment avec celles de l’Ontario, fixées à 500 000$.
« L’amende
maximale au Québec serait de 300 000$ au bout de la troisième
infraction », explique François Rebello. « Le message qu’on
lance, c’est que les travailleurs québécois valent moins que les
travailleurs ontariens. »
Le ministre du Travail, David Whissel, a bondi devant les
déclarations de François Rebello: « Je trouve cela surprenant
compte tenu du fait que, au terme de l’étude détaillée du projet
de loi, vendredi, le PQa voté en faveur de cet article. De plus,
notre projet de loi comprend des mesures pour favoriser la
prévention des accidents du travail ainsi que des mesures
bénéfiques pour les travailleurs, les centrales syndicales et le
Conseil du patronat. L’ADQ nous a aussi appuyés. »
Le vote sur le projet de loi 35 devrait avoi r l ieu dans
quelques semaines.
71 ménages montréalais sont à la rue
Crise du
logement
Aide financière plus restrictive
Plus de 378 000 ménages québécois ont déménagé entre janvier
et juin, selon des chiffres obtenus d’HydroQuébec. Si la crise
du logement s’est résorbée depuis quelques années, 150
familles québécoises – dont 71 montréalaises – se sont
retrouvées à la rue hier, journée annuelle du déménagement.
Le
taux d’inoccupation des logements est de 2,7% dans la région
montréalaise et de 2,3% au Québec.
Trente et un des soixante et onze ménages montréalais ont été
pris en charge et relogés par la Ville, notamment dans des
appartements étudiants sur le boulevard René-Lévesque. Selon
François Saillant, coordonnateur du Front d’action populaire
en réaménagement urbain (FRAPRU), le nombre de familles à la
rue serait plus élevé si les critères d’accès au supplément au
loyer d’urgence n’étaient pas aussi restrictifs.
Le supplément au loyer d’urgence est une aide financière
accordée par le gouvernement du Québec et les offices
d’habitation des municipalités. M. Saillant déplore que « ce
seul instrument pour aider les gens » ne soit plus attribué à
tout le monde.
Le supplément
est accessible selon trois priorités, enchaîne M. Saillant:
les familles avec enfants avec des contraintes au travail, les
familles avec enfants sans contraintes au travail et les
personnes seules ou les couples sans enfant. « On ne considère
pas les gens qui n’ont pas renouvelé leur bail, ont été
évincés ou ont refusé un HLM. C’est trop restrictif et
qu’est-ce que la contrainte à l’emploi vient faire dans la
recherche de logement? » s’interroge M. Saillant.
En 2008, 76 ménages ont obtenu l’aide de la Ville de Montréal
pour trouver un logement ou même pour être hébergés
temporairement.
Avec un taux d’inoccupation des logements de 2,7% dans la
région montréalaise (2,3% au Québec), la Corporation des
propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) estime que le
marché s’est stabilisé depuis quelques années. « Il y a un
meilleur équilibre entre l’offre et la demande. On observe
moins de jeunes acheter des maisons et plus de gens conserver
leur logement », explique le porteparole Hans Brouillette.
De son côté, le responsable de l’habitation au comité exécutif
de la Ville de Montréal, Cosmos Maciocia, a fait savoir que
les besoins en logement des ménages montréalais à revenu
modeste, particul ièrement pour les grands logements à faible
coût, demeurent importants. Depuis le 15 juin, 317 appels ont
été traités par le service d’urgence de Montréal. La Ville
invite les gens dans le besoin à utiliser sa ligne d’aide au
relogement, en vigueur jusqu’au 10 juillet, au 514-868-4002.
Les FIER devraient éviter les conflits d’intérêts
QUÉBEC — Les
Fonds d’intervention économique régionaux (FIER) doivent
prendre les moyens d’éviter les conflits d’intérêts, soutient
un groupeconseil qui a remis son rapport hier.
Depuis quelques semaines, il s’agit du deuxième rapport à
conclure que la gestion de ces fonds, dans lesquels sont
engloutis des millions de dollars de fonds publics, laissait à
désirer.
Le
groupe-conseil dirigé par Louis Roquet avait reçu, en mai, le
mandat d’examiner la gouvernance des FIER, à la suite
d’allégations présentées par l’opposition péquiste fa isant
état , notamment , d’apparence de conflit d’intérêts et de
détournement vers d’autres régions des sommes à investir.
Ainsi, on apprenait que certains administrateurs de FIER
prenaient part à des décisions d’investissements dans des
entreprises dont ils étaient eux-mêmes actionnaires.
Le comité Roquet recommande donc à Investissement Québec, qui
supervise les FIER, de trouver le mécanisme qui permettra
d’exclure dorénavant « de tout le processus de décision un
administrateur ou actionnaire pouvant être en conflit
d’intérêts ».
Des fonds publics pour le Saguenay « détournés
» au profit des petits amis des libéraux à Montréal
— Plus d’un
million de dollars en fonds publics destinés aux entreprises
du Saguenay–LacSaint-Jean ont été « détournés » vers des
entreprises de la grande régionde Montréal dont des
actionnaires sont des libéraux notoires, accuse le Parti
québécois. Ces proches du PLQ, Pietro Perrino et Valier
Boivin, sont eux-mêmes administrateurs des fonds publics
concernés.
Mitraillé de questions par le député François Legault hier,
le ministre des Finances et du Développement économique,
Raymond Bachand, a demandé à Investissement Québec de faire
enquête sur ces allégations de conflit d’intérêts.
Le Fonds d’intervention économique régional Boréal
(FIERBoréal) est administré par Pietro Perrino –
organisateur de plusieurs campagnes électorales et ancien
conseiller de Robert Bourassa, Daniel Johnson, Jean Charest
et Paul Martin –, Valier Boivin, proche du Parti libéral, et
Gilbert Grimard, vice-président du PLQ et PDG de
Construction Grimard.
Ce fonds en capital de risque doit soutenir « le démarrage
et la croissance d’entreprises oeuvrant dans le domaine de
la haute technologie » au Saguenay– Lac-SaintJean, affirmait
le gouvernement à Charest au moment de sa création, en
juillet 2005.
Selon des documents obtenus par le PQ, FIER-Boréal a investi
un peu plus de 6 millions de dollars – les deux tiers sont
des fonds publics – dans huit entreprises. Parmi ces
entreprises, seulement une, Taimi R& D, qui a obtenu une
aide de 750 000$, se trouve au Saguenay– Lac-Saint-Jean
(Saint-Prime). Les autres sont situées dans la grande région
de Montréal.
FIER-Boréal a investi un million de dollars dans Toptent, de
Montréal. Pietro Perrino et Valier Boivin détiennent chacun
706 000 actions de cette entreprise.
Quelque 630 000 $ ont été versés à Ranaz Corporation, de
Saint-Eustache. M. Perrino ( 72 000 actions) et M. Boivin
(191 000 actions) sont des administrateurs de cette société,
selon le registre des entreprises.
ZoomMed, de
Brossard, a touché 300 000$. M. Perrino détient 650 000
actions de cette entreprise; M. Boivin, 400 000. FIERBoréal
a fait un investissement de 375 000$ dans les Systèmes BUS,
située à Montréal. Encore une fois, Pietro Perrino (633 000
actions) et Valier Boivin (400 000 actions) ont des intérêts
dans l’entreprise.
D’un côté, « ces personnes sont administrateurs du fonds
régional, donc ont la responsabilité du choix des
investissements », et de l’autre, « ils sont actionnaires
des entreprises dans lesquelles le fonds investit ». « Ils
sont carrément en conf lit d’intérêts », a affirmé François
Legault en conférence de presse.
Le député a révélé cette affaire quelquesminutes plus tôt
lors de la période des questions. « Non seulement l’argent
n’a pas été investi au Saguenay, ça a été investi pour
enrichir des petits amis du Parti libéral », a-t-il lancé.
François Legault a souligné qu’au moins 50% des
investissements d’un FIER – il y en a 44 au Québec – doit
être fait dans la région visée. Et « selon
InvestissementQuébec, il faut que lamajorité desmembres du
conseil d’administration des FIER proviennent du milieu
régional, pas du milieu libéral », a-t-il ajouté. Seul
Gilbert Grimard habite au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Investissement Québec-FIER est chargé de superviser le
travail des fonds régionaux. Son conseil d’administration
est composé entre autres des anciens députés libéraux Liza
Frulla – devenue commentatrice politique à RDI – et
Jean-Sébastien Lamoureux – chef de cabinet de Monique
Jérôme-Forget de 2003 à 2006. « Mur à mur, ce sont des amis
libéraux qui sont impliqués, a lancé M. Legault. Comment se
fait-il qu’ils ont toléré des situations comme celle-là? »
Visiblement embarrassé par la sortie de M. Legault, Raymond
Bachand a indiqué qu’« Investissement Québec enquêtera sur
les allégations du député de Rousseau ». « Il y a des règles
qui concernent les conflits d’intérêts des FIER », a-t-il
martelé, refusant de commenter les allégations.
Le PDG d’ I nvestissement Québec, Jacques Daoust, croit
qu’il faut « atténuer un peu le bruit autour de cette
affaire-là ». Il n’y a pas de problème en apparence? « Je
n’en vois pas car ça ne contrevient pas aux règles, a-t-il
répondu. Les règles sont assez contraignantes. Je vais
m’assurer qu’elles sont respectées. Je vais vérifier. »
Le FIER-Boréal peut investir dans des entreprises à
l’extérieur du Saguenay– Lac-Saint-Jean à condition que la
majorité de ses investissements se fassent dans cette
région.
Confusion
totale
-ANDRÉ
PRATTE
Plus M. Bachand explique le fonctionnement des FIER, moins
c’est clair.
Les partis
de l’opposition continuent de harceler le gouvernement
Charest au sujet des Fonds d’intervention économique
régionaux (FIER). Le PQ et l’ADQ tournent les coins ronds,
mais il reste que les faits révélés sont étonnants et,
dans quelques cas, troublants.
Hier, le député adéquiste François Bonnardel a souligné
que trois FIER ont investi dans l’entreprise d’analytique
web iPerceptions. Or, les FIER en question ont des liens
de diverses natures avec Charles Sirois ou avec son
entreprise Télésystème, qui se trouve à être le principal
actionnaire de iPerceptions.
« Le F I ER I D Mont réa l , Télésystème, ID Capital et le
programme gouvernemental Anges Québec sont tous sous le
même toit, ils ont tous profité de fonds publics via les
FIER pour investir dans une entreprise : iPerceptions, qui
appartient à Télésystème », s’est inquiété M. Bonnardel.
Chez Télésystème, on affirme que M. Sirois a
scrupuleusement respecté les règles, notamment en se
retirant du comité de placement du FIER ID lorsque la
décision d’investir dans iPerceptions a été prise.
Charles Sirois est un homme d’affaires de trop grande
stature pour qu’on puisse même l’imaginer associé à
quelque magouille. Le fait que son nom soit
malencontreusement mêlé à cette affaire devrait convaincre
le ministre du Développement économique de prendre des
mesures énergiques pour que cesse cette controverse.
Le
gouvernement devrait demander au vérificateur général de
se pencher sur la gestion et la gouvernance des FIER.
D’ici là, M. Bachand devrait exiger d’Investissement
Québec qu’elle suive de beaucoup plus près les activités
des FIER. Enfin, comme nous l’avons déjà suggéré, le
ministre devrait revoir l’ensemble du programme. De toute
évidence, celuici ne produit pas les résultats attendus au
moment de sa mise en place en 2004.
« Ces sommes agiront comme levier pour amener d’autres
partenaires privés à financer la réalisation de projets en
région », expliquait le ministre des Finances de l’époque,
Yves Séguin, lorsqu’il a annoncé la création des FIER.
Tout le monde a compris alors que chaque fonds
d’intervention allait donner un coup de pouce aux
entreprises en démarrage de sa région. C’est la même
impression qui ressortait de chacune des nombreuses
conférences de presse où M. Bachand a annoncé la création
d’un FIER dans une région donnée.
On sait aujourd’hui que les règles permettent à un FIER
d’investir jusqu’à la moitié des sommes disponibles hors
de sa région. Ainsi, iPerceptions a non seulement reçu de
l’argent du FIER ID de Montréal, où travaillent la plupart
de ses employés, mais également de deux FIER de la région
de Québec.
Le ministre Bachand a beau être un bon pédagogue, il
n’arrive plus à expliquer la logique de ce programme. Pour
tout dire, plus il explique moins c’est clair. Raison
supplémentaire pour mettre de l’ordre et appeler le
vérificateur général en renfort.
Si le gouvernement Charest continue de prétendre que la
controverse est seulement due à la prétendue mauvaise foi
des partis de l’opposition, il risque de nuire davantage à
la crédibilité (déjà amochée) des FIER, donc à leur
efficacité.
Un FIER de Granby investit dans un hôtel
pour chiens deMontréal
Jean
Charest rejette l’idée d’une enquête spéciale du
vérificateur général
— Le Fonds d’intervention économique régional ( FIER) de
Granby a fait un placement de 250 000$ dans un « hôtel de
luxe pour chats et chiens » de Montréal, ce qui ne peut
être considéré comme un investissement « structurant » en
capital de risque, accuse le Parti québécois.
Même si des irrégularités sont alléguées jour après jour
depuis une semaine, le premier ministre Jean Charest
rejette l’idée de confier au vérificateur général le
mandat de mener une enquête spéciale sur la gestion des
FIER.
Lors de la période des questions en Chambre hier, la
député péquiste Agnès Maltais s’est indignée que le FIER
Montestrie Capital, de Granby, ait investi 250 000$ – les
deux tiers viennent de l’État – dans l’hôtel Muzo « pour
chats et chiens urbains », un établissement situé tout
près du canal de Lachine.
« Je vous assure, les animaux de compagnie sont très bien
traités: hôtel climatisé, télévision, webcam, gymnase,
service de limousine, toute la grosse affaire. Est-ce que
le ministre du Développement économique trouve acceptable
que des fonds publics de l’Estrie servent à un hôtel de
luxe pour animaux à Montréal? Est-ce que c’est ça, du
capital de risque? » a-t-elle lancé.
La députée de Taschereau a rappelé que les FIER ont pour
mandat d’investir principalement dans leur région. Elle
trouve paradoxal qu’un hôtel pour chiens et chats soit
admissible à l’aide des FIER alors que les entreprises
agricoles ne le sont pas en vertu des règles
d’Investissement Québec. « Estce qu’on peut admettre qu’il
y a des investissements un peu plus structurants que
celui-là et qui ont un petit peu d’impact en profondeur? »
a demandé de son côté la chef péquiste Pauline Marois en
conférence de presse.
Propos « méprisants et hautains »
Le ministre Raymond Bachand a accusé Mme Maltais de tenir
des propos « méprisants et hautains envers l’industrie des
services ». « Je pense que les animaux, elle s’en fout, M.
le président. Il n’y a pas une sotte entreprise, il y a
des entreprises qui servent tous les besoins des citoyens.
(...) J’espère que les millions de Québécois qui sont
propriétaires de chiens et de chats écoutent la députée. »
LeprésidentduFIERdeGranby, Mario Limoges, a défendu la
pertinence de l’investissement réalisé en 2006 alors que
Muzo était « en démarrage ». « C’est du capital de risque,
oui. C’est risqué. On n’est pas sûr de ravoir nos billes
», a-til affirmé. Selon lui, « le concept de Muzo est
innovateur et très intéressant ». Le placement aurait
entraîné la création de 10 emplois, selon un document
d’Investissement Québec. Les 10 autres placements du FIER
ont été faits dans la région de Granby, a indiqué M.
Limoges.
De son côté, le député péquiste François Legault a avancé
que le donateur libéral et avocat Valier Boivin a reçu des
honoraires totalisant 202 000$ en 2006 et 2007 de la part
de Systèmes BUS, une entreprise dont il était actionnaire
et qui a obtenu 1,4 million de dollars du FIER Ville-Marie
et du FIER Boréal. M. Boivin est administrateur de ces
deux fonds. Joint par La Presse, le principal intéressé a
nié les allégations de M. Legault.
Quelque 260 entreprises ont bénéficié de l’aide des FIER,
ce qui a permis de créer 1893 emplois, a
insistéRaymondBachand. « Quant aux règles spécifiques,
s’il y a des ajustements à faire, j’ai demandé à
Investissement Québec de réfléchir à la question et de me
revenir avec des recommandations. »
Demande d’enquête
Dans une lettre envoyée hier au président du conseil
d’administration d’Investissement Québec, Robert Cloutier,
le ministre a demandé à l’organisme de « revoir l’ensemble
des dossiers » pour déterminer si les règles, notamment en
matière de conflits d’intérêts et de placements en région,
ont été respectées. Six FIER contreviennent à la politique
d’investissement et ont fait plus de 50% de leurs
placements à l’extérieur de leur région.
« Demander à Investissement Québec d’enquêter sur son
propre comportement, je crois que ça manque totalement de
crédibilité », a répliqué Pauline Marois. Selon elle,
comme le ministre s’est « discrédité » dans ce dossier, «
la seule avenue possible » pour « mettre un terme aux
dérives » est une enquête du vérificateur général sur la
gestion des FIER.
Mais pour Jean Charest, l’intervention du vérificateur
général n’est « pas du tout » nécessaire. « Les FIER sont,
dans l’ensemble, un bon succès. Maintenant, s’il y a de
cas particuliers, on va demander à Investissement Québec
qu’il en fasse l’examen », a-t-il indiqué.
Visiblement agacé par la controverse entourant les FIER,
le premier ministre a accusé l’opposition de dire « à peu
près n’importe quoi dans ce dossier » et de « salir des
réputations ».
SIX FIER
contreviennent aux règles d’Investissement Québec. -
Bachand envisage de changer les règles
SIX FIER
DANS LA TOURMENTE - Bachand envisage de
changer les règles
« Globalement, ce programme (les FIER) fonctionne
bien », affirme Raymond Bachand.
— Six Fonds d’intervention économique régionaux (FIER)
contreviennent aux règles d’Investissement Québec. Ils
ont fait plus de 50% de leurs placements à l’extérieur
de leur région.
« Il ne faut pas qu’un
entrepreneur soit aux prises avec le monopole d’un
seul FIER. Il ne faut pas qu’un entrepreneur dise : si
le patron du FIER ne m’aime pas la face, je suis fait
», a dit hier Raymond Bachand, ministre du
Développement économique.
Le ministre du Développement économique, Raymond
Bachand, envisage de modifier les règles pour obliger
les FIER à investir davantage dans leur région. Malmené
une fois de plus en commission parlementaire hier, il a
refusé de garantir que des FIER aient respecté la
politique en matière de conflits d’intérêts.
Selon un document rendu public hier par Investissement
Québec,
De son côté, le FIER Innovation durable de l’Estrie a
fait 60% de ses 6 millions de dollars d’investissements
en dehors de la région, ce qui représente 3,6 millions.
Le 7 juillet dernier, le directeur des filiales
d’Investissement Québec, Sébastien Boisjoly, a envoyéune
lettre à l’administrateur de ce fonds de capital de
risque, Jean Pelchat, pour lui demander de se conformer
à la règle d’ici le 31 décembre. La situation n’a pas
été corrigée.
Les FIER Ville-Marie de Laval et Boréal du
Saguenay-Lac-SaintJean – dirigés par les sympathisants
libéraux Pietro Perrino et Valier Boivin – avaient
respectivement 56% et 55% de leurs placements à
l’extérieur de leur région le FIER Carrefour-Capital des
Laurentides a investi pas moins de 73% de ses avoirs à
l’extérieur de son territoire au 31 décembre 2008. Or,
une politique d’Investissement Québec exige qu’au moins
50% des placements se fassent dans la région désignée
d’un FIER.
Parmi les 30 FIER régionaux, Carrefour-Capital des
Laurentides est celui qui a fait le plus
d’investissements jusqu’à maintenant : 11,1 millions de
dollars. De cette somme, 8,1 millions ont profité à des
entreprises d’autres régions.
Québec a décidé de suspendre le versement de fonds au
FIER des Laurentides. Le dossier est « sous examen ».
Les deux tiers des capitaux des FIER viennent de l’État.
au 31 décembre 2008. FIER VilleMarie – qui a fait 9
millions d’investissements – aurait corrigé le tir
depuis. Investissement Québec a donné un « avertissement
» au FIER Boréal, qui dispose de 6 millions en capital
de risque.
Les deux
fonds de la région de Québec, FIER Cap Diamant et FIER
Succès, dépassent aussi la limite fixée (55% et 53%
respectivement). Ils ont investi environ 10 millions
chacun, dont plus de la moitié hors de la capitale.
Mitraillé de questions par l’opposition, Raymond Bachand
a répondu que, dans l’ensemble, les FIER font 60% de
leurs investissements dans leur région respective, ce
qui est conforme aux règles en vigueur. « Globalement,
ce programme fonctionne bien », a-t-il dit.
Mais il a ouvert la porte à une modification des règles.
« Est-ce que la règle du 50%, ça devrait être 60%, 66% »
des investissements dans la région désignée? a-t-il
demandé. Il a ajouté qu’Investissement Québec procède à
une « évaluation » à sa demande. Une nouvelle règle
pourrait être adoptée en vue du versement de 60 millions
de dollars de plus aux FIER cette année.
Raymond Bachand entend toutefois laisser aux FIER la
possibilité d’investir dans une autre région. « Il ne
faut pas qu’un entrepreneur soit aux prises avec le
monopole d’un seul FIER. Il ne faut pas qu’un
entrepreneur dise: si le patron du FIER ne m’aime pas la
face, je suis fait. » Comme un FIER ne peut investir
plus d’un million de dollars dans une entreprise,
l’intervention d’un FIER d’une autre région peut être
nécessaire si un dossier nécessite plus de capitaux,
a-t-il affirmé. Il ne voit aucun problème à ce que les
FIER de Lanaudière et de la Gaspésie n’aient fait qu’un
seul investissement – en Outaouais – depuis leur
création il y a un an.
Selon lui, les FIER disposent d’un délai pour se
conformer à « la règle du 50% ». Or, la politique
d’Investissement Québec prévoit que les placements
doivent être « calculés annuellement » afin de s’assurer
que la règle est respectée.
Le ministre ne peut garantir que les FIER respectent la
politique sur les conflits d’intérêts. Le Parti
québécois lui a demandé si des administrateurs de deux
FIER, MM. Perrino et Boivin, s’étaient placés en
situation de conflit d’intérêts en faisant des
investissements dans des entreprises dont ils sont
actionnaires. « Je ne répondrai pas. C’est une question
d’interprétation juridique, a-t-il dit. Je ne ferai ni
absolution ni condamnation sur ce qui s’est passé. » La
semaine dernière, il assurait pourtant que la politique
en matière de conflits d’intérêts avait été respectée.
Selon le député péquiste François Legault, « ça presse
qu’on fasse le ménage et qu’on s’assure que les fonds
régionaux servent à investir dans les régions. Il faut
revoir à la hausse le 50% et tendre vers 100% ».
« Les FIER régionaux sont mal conçus, a-t-il ajouté. Il
faut effacer tout ça et recommencer à zéro. Parce que
dans les régions ressources, ça ne fonctionne pas. » Le
privé, qui finance le tiers des capitaux investis par
les FIER, cherche un « rendement immédiat », alors que
ces régions « ont besoin de capital patient » et que
leurs dossiers impliquent souvent de prendre « plus de
risque ». « Il y a là un problème structurel », a-t-il
dit. À LIRE AUSSI CONFUSION TOTALE, L’ÉDITORIAL D’ANDRÉ
PRATTE EN PAGE A24.
Un
FIER a investi dans une entreprise qui a déménagé enChine
Voodoo
Technologies a ensuite fait faillite
Quelques mois après la délocalisation, qui a causé une
douzaine de licenciements, l’entreprise a fait faillite.
Et le FIER a perdu 750 000$, dont les deux tiers étaient
des fonds publics.
— Le Fonds d’intervention économique régional ( FIER) de
Saint-Jean-sur-Richelieu a investi 750 000 $ en novembre
2007 dans une entreprise de fabrication de kayaks qui a
presque aussitôt déménagé sa product ion de Montréa l
vers la Chine ; le FIER savait que c’était dans les
plans de Voodoo Technologies.
Quelques mois après la délocalisation, qui a causé une
douzaine de licenciements ici, l’entreprise a fait
faillite. Et le FIER a perdu sa mise de 750 000$, dont
les deux tiers étaient des fonds publics.
Le FIER du Haut-Richelieu a réalisé son plus important
placement le 13 novembre 2007 dans Voodoo Technologies,
a conf irmé hier son directeur général , Jeannot
Rocheleau. Cet investissement lui avait été proposé
quelques semaines auparavant par l’entrepreneur Marc
Pelland, proche de JeanFrançois Rivest, président de
Voodoo. Au moment où il sondait le FIER, M. Pelland
n’avait aucun intérêt dans l’entreprise, a-t-il dit à La
Presse.
M. Pelland est devenu actionnaire et administrateur du
FIER le jour même où le fonds a décidé de verser 750 000
$ à l’entreprise de son ami. Toujours lorsque le FIER a
pris sa décision, M. Pelland a investi lui-même 200 000$
dans Voodoo et est devenu l’associé de M. Rivest.
Une « opportunité »
« Je n’ai pas participé au processus décisionnel
d’investissement » du FIER, a soutenu M. Pelland. Il a
confirmé toutefois qu’il avait présenté le dossier aux
administrateurs du FIER et « dit aux autres qu’il y a là
une opportunité ». Selon M. Rocheleau, M. Pelland s’est
retiré du comité de placement lorsque la décision
d’investir dans Voodoo a été prise. Le FIER avait rendu
son placement conditionnel à ce qu’un autre investisseur
injecte des capitaux, ce que M. Pelland a fait.
« En avril ou en mai 2008 », c’est-à-dire quatre ou cinq
mois après l’investissement du FIER, Voodoo Technologies
a décidé de déménager sa production en Chine, a indiqué
M. Pelland. Des équipements de l’usine montréalaise sont
partis pour Shanghai en juin.
Or, les membres du comité de placement du FIER savaient
que Voodoo envisageait de déménager sa production
lorsqu’ils ont accepté de lui verser 750 000 $. Ce
scénario faisait partie du plan d’affaires de
l’entreprise qui leur a été présenté. « On savait que
c’était une avenue possible. Et malheureusement, c’est
arrivé » , a dit Jeannot Rocheleau.
Selon lui, le FIER n’a toutefois appris qu’à l’automne
que Voodoo procédait à une délocalisation. « On a
interrogé Voodoo. On nous disait que
Les moules de Voodoo aux mains des Chinois
c’était
pour assurer la survie de l’entreprise, que ça allait
baisser les coûts de production. On a dit : O. K., on va
perdre des jobs, mais au moins le siège social va rester
à Montréal », a-t-il dit.
Une douzaine de travailleurs ont été licenciés. Selon M.
Pelland, il ne restait plus que six ou sept employés de
bureau après la délocalisation.
« L a mi s s ion du F I E R , c’est aussi d’aider à
sauvegarder des emplois » , a soutenu M. Rocheleau. Au
moment de l’investissement, « on pensait que
l’entreprise allait repartir ». Voodoo Technologies
éprouvait de grandes difficultés financières à l’automne
2007. D’après M. Pelland, sans l’investissement du FIER,
« il n’y aurait plus eu d’emplois du tout. La shop
risquait de se s’en aller aux États-Unis ».
En Chine, Voodoo a conclu une entente avec Shutai Sports
Goods pour la production des kayaks. Ce manufacturier de
Shanghai fabriquait déjà des accessoires pour les
planches à roulettes de la société Woodchuck, propriété
de M. Pelland. Voodoo a cédé à Shutai ses moules,
nécessaires à la fabrication des kayaks. Un moule vaut
des dizaines de milliers de dollars.
À la suite du déménagement, « les ventes de Voodoo ont
triplé », estime M. Pelland. Mais en décembre 2008,
l’entreprise ne s’est pas entendue avec son institution
bancaire sur un montage financier lui permettant de
poursuivre ses activités. La compagnie a fait faillite
en janvier. Cinq personnes ont alors perdu leur emploi à
Montréal, selon M. Pelland, qui dit être « le plus gros
perdant » dans cette histoire.
26% des avoirs du FIER
Comme le FIER était un créancier non garanti, il a perdu
ses 750 000 $. C’est 26% des avoirs de ce fonds
régional. Shutai a gardé les moules, comme le prévoyait
l’entente avec Voodoo.
Le jour même de la fa i l l i te, Jean-François Rivest
et Marc Pel land ont déposé auprès d’Industrie Canada
une demande d’enregistrement pour l’utilisation de la
marque de commerce Riot, celle des kayaks les plus
prestigieux de Voodoo. Ils négocient maintenant avec
leurs créanciers et Shutai en vue de lancer une nouvelle
entreprise.
De son côté, le FIER n’a plus aucun espoir de revoir la
couleur de son argent. « Les actionnaires du FIER ne la
trouvent pas drôle. Disons qu’il ne sont pas en amour
avec M. Pelland », a lancé M. Rocheleau.
M. Pelland, qui dit avoir « mis 450 000$ dans le FIER »,
est toujours l’un des administrateurs et même
l’actionnaire majoritaire du FIER. « Mais on a voulu se
dissocier le plus possible de ce monsieur-là à
l’intérieur de ce qu’on peut faire selon la loi », a
conclu M. Rocheleau.
Québec dans les câbles
Les deux
hommes d’affaires éclaboussés par la controverse, Pietro
Perrino et Valier Boivin, souhaitent venir expliquer
eux-mêmes en commission parlementaire ces
investissements en capital de risque, des « opérations
trop complexes pour la joute politique »
QUÉBEC— Le gouvernement s’est retrouvé dans les câbles
hier; le ministre du Développement économique, Raymond
Bachand, et le patron d’Investissement Québec, Jacques
Daoust, sont restés souvent sans réponse devant la
longue liste de cas douteux relevés dans les
investissements des Fonds d’intervention économique
régionaux (FIER) par l’opposition péquiste et adéquiste.
À un point tel que les deux hommes d’affaires
éclaboussés par la controverse, Pietro Perrino et Valier
Boivin, les fondateurs du FIER Ville-Marie, ont indiqué
hier à La Presse qu’ils souhaitaient venir expliquer
eux-mêmes en commission parlementaire ces
investissements en capital de risque, des « opérations
trop complexes pour la joute politique ».
Hier, en commission parlementaire, de nouveaux constats
étonnants de l’opposition sur la gestion de ces 44 fonds
d’investissement régionaux, où Québec a investi 318
millions de dollars en capital de risque, ont mis dans
l’embarras le ministre Bachand, qui a constamment
renvoyé la balle à Investissement Québec. « Il se lave
constamment les mains, il passe la puck à d’autres. Si
j’étais ministre et que de telles questions étaient
soulevées, je peux vous dire que j’y répondrais moi-même
», a lancé M. Legault, critique péquiste aux Finances.
Il fait fi de la mise en demeure que lui a transmise
Pietro Perrino: « Il y a apparence de conflit d’intérêts
quand on est des
François Legault a fait valoir que, contrairement à ce
qu’avait soutenu la veille le gouvernement, le FIER
Ville-Marie avait investi dans deux compagnies dont
Pietro Perrino et Valier Boivin étaient actionnaires ou
administrateurs : System Bus et Zoommed. MM. Perrino et
Boivin ont aussi créé en janvier 2006 le FIER
Ville-Marie.
Ce fonds a acheté 5 millions d’actions de Zoommed, et M.
Boivin n’a pas mentionné au conseil qu’il pouvait se
trouver deux côtés de la clôture! »
La
veille, à l’Assemblée nationale, le ministre Bachand
avait servi une réplique virulente aux allégations de
l’opposition. Mais ses explications, soigneusement
rédigées, étaient loin de la réalité, a-t-on appris hier
en commission parlementaire.
« On parle de ça au moment où on a une crise économique
à nos portes… On met 200 millions de dollars pour partir
du capital de risque, comme cela se fait partout
ailleurs dans le monde », a expliqué le ministre
Bachand. Les deux tiers des fonds des FIER viennent des
deniers publics. en conflit d’intérêts, a indiqué hier
la direction d’Investissement Québec, qui, la veille,
avait soutenu que toutes les règles avaient été
respectées. M. Boivin affirme qu’il n’avait pas de
déclaration à faire; il n’était pas administrateur, mais
seulement actionnaire de Zoommed. Pour François Legault,
on devrait réduire au minimum, à « de vraies exceptions
», les cas où les dirigeants des FIER investissent dans
des entreprises dont ils sont administrateurs.
Pour François Legault, il est pour le moins étrange que
deux FIER aient consenti neuf investissements
précisément dans des compagnies dont MM. Perrino et
Boivin sont administrateurs ou actionnaires. Les deux
hommes se trouvent aussi au conseil d’administration du
FIER Boréal 2 au Saguenay, qui a investi plus de 2
millions dans les entreprises montréalaises de MM.
Perrino et Boivin. En fait 3,5 des 6 millions du FIER
Boréal sont investis en dehors de la région du Saguenay,
en dépit de la règle qui veut qu’au moins 50% de
l’argent reste dans la région.
MM. Bachand et Daoust n’ont pu préciser quelles
retombées avait apporté dans la région un investissement
de 2 millions dans la firme Bureau canadienne
d’investigation, dirigée par Luigi Coretti et établie à
Montréal – Investissement Québec la comptabilisait dans
les investissements locaux. Placé sur la sellette M.
Daoust a indiqué que son organisme avait seulement deux
fonctionnaires pour surveiller ces FIER.
Le député adéquiste François Bonnardel a renchéri quand
il a relevé que cette même firme, propriété d’un
donateur à la caisse libérale, avait bénéficié aussi de
l’investissement maximumde 1 million dans trois autres
FIER: ceux de l’Estrie et de Laval ainsi que le FIER
spécialisé CPVC. En Estrie, les règles d’ Investissement
Québec sont bafouées, 70% des fonds sont investis dans
d’autres régions. M. Daoust a produit une lettre pour
monter qu’on les avait rappelés à l’ordre mais n’a pu
expliquer pourquoi d’autres fonds délinquants n’avaient
pas eu cette mise en garde. « M. Daoust nous avait dit
qu’aucune règle n’avait été enfreinte » a souligné le
député Bonnardel.
Autre fait troublant trouvé par l’ADQ, le FIER Estrie a
mis 1 million de dollars dans le financement de Groupe
Fox, une compagnie qui a pignon sur rue à Halifax, et
dont les administrateurs se trouvent en Californie et en
Virginie. Retombées de l’investissement: zéro emploi.
Les FIER : Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain -
Charles Sirois
TAILLÉ SUR MESURE
Le
programme FIER permet aux bonnes idées des Québécois de
se transformer en entreprises viables
Les Québécois sont des gens pleins d’idées. Cependant,
pour que ces idées se transforment en entreprise, il
faut du capital de risque.
C’est connu, les Québécois sont des gens pleins d’idées.
Cependant, pour que ces idées se transforment en
entreprise, il faut du capital. Et puisque environ la
moitié des démarrages ne survivent pas à leur quatrième
anniversaire, ce capital viendra rarement d’une banque;
il faut du capital de risque.
Outre la disponibilité du capital, le principal facteur
qui influe sur ce taux de survie est la qualité des
décisions d’affaires prises au cours de ces premières
années, moment où une seule erreur peut mettre
l’entreprise en faillite. Le programme des Fonds
d’intervention économique régionaux (FIER) a été taillé
sur mesure pour cet environnement: il combine un
incitatif pour que les investisseurs privés acceptent de
prendre ce genre de risque et la participation
obligatoire de plusieurs investisseurs privés qui sont
des gens d’affaires chevronnés. Parce que l’argent de
ces investisseurs est à risque, ils sont incités à
accompagner les jeunes entreprises dans lesquelles ils
investissent pour ainsi augmenter leurs chances de
succès. De plus, le risque que prend le gouvernement est
le même que celui qu’acceptent les investisseurs ; si la
compagnie fait faillite, le gouvernement et
l’investisseur perdent leur argent. Si, au contraire, la
compagnie est un succès, tous vont faire un rendement et
le Québec comptera une nouvelle entreprise et de
nouveaux emplois à long terme.
Lors de sa création, le programme des FIER répondait
donc à une carence d’accès au capital de risque pour le
démarrage et les premières phases de développement des
entreprises, principalement en région. Cette
constatation suivait le dépôt du rapport Brunet sur le
capital de risque. La gestion du programme a été confiée
à Investissement Québec qui a émis un certain nombre de
règles communes à tous les FIER. Ces règles incluent
principalement :
• l’obligation de regrouper au moins cinq personnes
d’affaires différentes ayant une expérience pertinente
et devant investir au moins 150 000$ chacune;
• un
processus d’autorisation des placements incluant la
nomination par Investissement Québec d’un observateur
indépendant qui assiste à toutes les réunions du comité
de placement du FIER;
• la mise en place d’une politique de placement qui
établit les règles quant au type d’entreprises pouvant
être financées, au type d’instrument financier pouvant
être utilisé et au montant maximum permis pour chaque
placement ;
• la mise en place d’une politique en matière de conflit
d’intérêts.
La politique de placement est à la fois souple et
encadrante, laissant le soin aux investisseurs privés de
trouver les bonnes occasions d’affaires là où elles se
trouvent tout en empêchant l’investissement dans
certains secteurs ( par exemple, en immobilier). De
plus, comme un objectif indirect du programme est de
créer des emplois, on a misé sur l’importance de créer
ou sauver des emplois plutôt que sur la forme juridique
des entreprises. C’est ainsi qu’une entreprise de très
haute technologie dont l’usine était située à
PointeClaire a pu être financée même si sa forme
juridique était une société de la Nouvelle-Écosse. La
politique de placement permet d’investir 50% des fonds à
l’extérieur de la région désignée d’un FIER. Je crois
que, sans cette ouverture, il aurait été très difficile
de créer des FIER dans plusieurs régions du Québec. En
fait, à part les grandes villes, peu de régions peuvent
générer un nombre d’opportunités suffisantes pour
justifier la mise en place d’une structure formelle
d’investissement. Même si le potentiel de génération des
bonnes idées et l’entrepreneuriat sont parfaitement
répartis dans la population, le problème pour certaines
régions est leur faible population. (...)
Les
FIER ont permis de créer 2000 nouveaux emplois et d’en
maintenir 5000 autres.
La politique de placement des Fonds d’intervention
économique régionaux n’empêche pas un fonds d’investir
conjointement avec d’autres FIER. Cette situation est
tout à fait naturelle dans le monde du capital de
risque où la majorité des financements réalisés par
des entreprises comportent plus d’un investisseur.
C’est une question de partage de risque. Les banques
font la même chose et syndiquent la plupart de leurs
financements avec d’autres banques concurrentes. Les
cas de co-investissement découlent aussi du fait que
bon nombre de compagnies ont des besoins en capitaux
supérieurs à la limite de 1 million de dollars
qu’impose la politique de placement des FIER. Puisque
les sources alternatives de fonds pour les compagnies
en démarrage sont rares, elles se tournent vers de
multiples FIER pour combler leurs besoins en capital.
Les sources alternatives de
fonds pour les compagnies en démarrage sont rares.
Les FIER viennent combler leurs besoins en capital.
Quant aux règles de la politique en matière de conflit
d’intérêts, elles sont similaires aux règles qui ont
été établies dans la plupart des conventions entre
actionnaires auxquelles notre groupe a participé. Je
crois que le fait qu’un des investisseurs ait un lien
avec une entreprise (à titre d’administrateur ou
autre) ne devrait pas empêcher les autres partenaires
du FIER d’analyser la possibilité d’investir, pourvu
que les règles de gouvernance en matière de conflit
d’intérêts soient suivies scrupuleusement et que les
partenaires qui prennent la décision d’investissement
soient réellement indépendants. Il me semble aussi que
les cas de conflits devraient être l’exception, pas la
règle.
Je c
rois que le programme des FIER est très important pour
aider les entrepreneurs du Québec à financer leurs
plans d’affaires et ainsi créer de l’activité
économique et des emplois, surtout en cette période où
tous les acteurs institutionnels se sont retirés du
capital de démarrage et où les fonds de capital de
risque sont de plus en plus spécialisés et globaux.
Sur le plan macroscopique, les résultats du programme
me semblent acceptables ; les FIER ayant permis de
créer 2000 nouveaux emplois et d’en maintenir 5000
autres. D’autant plus que cette performance n’aura
presque rien coûté au gouvernement puisque les FIER
seront tous liquidés un jour et je vous assure que les
investisseurs privés vont tout faire pour s’assurer
qu’ils ne perdront pas d’argent et, donc, que le
gouvernement n’en perde pas non plus.
Il est normal et souhaitable que les objectifs de ce
genre de programme soient revus de façon régulière et
il sera peut-être nécessaire de modifier certaines des
règles des FIER afin de s’assurer que les objectifs
établis aient de meilleures chances d’être atteints.
J’ose espérer qu’on ne va pas jeter le bébé avec l’eau
du bain.
FIER:
le vérificateur général s’en mêle
«
Peut-être que pour donner confiance aux gens et
démontrer que l’argent est bien géré, il faut
resserrer certaines règles. »
— Le vérificateur général du Québec passera au peigne
fin la gestion des Fonds d’intervention économique
régional ( FIER), même s’il n’a pas reçu un mandat
spécial du gouvernement ou de l’Assemblée nationale.
Avant même d’avoir vu les conclusions du rapport, le
ministre du Développement économique, Raymond Bachand,
se dit prêt à modifier les politiques d’investissement
et de conf lits d’intérêts des FIER, qui font l’objet
de critiques depuis deux semaines.
Le vér i f icateu r général , Renaud Lachance, a
décidé de scruter la gestion des FIER après que M.
Bachand eut envoyé la semaine dernière une lettre à
Investissement Québec lui demandant de faire un «
examen minutieux » de la gouvernance de ses filiales.
La demande du ministre impliquait une intervention
éventuelle du VG, puisque celui-ci est déjà
responsable d’examiner les états financiers d’
Investissement Québec notamment. Du reste, il dispose
déjà de tous les pouvoirs nécessaires pour faire une
enquête complète sur les FIER et envisageait d’aller
de l’avant depuis quelques jours, a indiqué hier sa
porte-parole, Raymonde Côté-Tremblay. Depuis vendredi,
des échanges ont eu lieu entre le vérificateur et
Investissement Québec. Ce dernier a confirmé
l’intervention de Renaud Lachance par voie de
communiqué, hier.
Selon Mme Côté-Tremblay, l’enquête sera aussi étendue
que lorsque le vérificateur général reçoit un mandat
spécial du gouvernement ou de l’Assemblée nationale.
La semaine dernière, le premier ministre Jean Charest
avait écarté l’idée de confier au vérificateur le
mandat de mener une enquête spéciale sur les FIER.
« Le vérificateur général du Québec est en place, va
vérifier l’ensemble des dossiers, et fera part de ses
interrogations et de ses recommandations, comme je
l’ai souhaité », a déclaré Raymond Bachand en Chambre,
hier.
Au cours de son enquête, Renaud Lachance se penchera
sur tous les placements effectués par les 30
FIER-Régions af in de déterminer s’i ls respectent les
politiques d’investissement et de conflits d’intérêts.
Ces fonds de capital de risque sont financés aux deux
tiers par l’État.
Le
vérificateur général déposera son rapport à
l’Assemblée nationale. Le conseil d’administration
d’Investissement Québec fera des recommandations au
gouvernement à la lumière des conclusions du
vérificateur général.
Raymond Bachand souhaite que le rapport soit déposé à
la mi-juin, à temps pour un nouvel investissement
attendu de l’État de 60 millions dans les FIER. Mais
Raymonde CôtéTremblay ne peut garantir qu’il sera prêt
à cette date.
Malmené par l’opposition depuis deux semaines, Raymond
Bachand ouvre la porte à des changements dans la
gestion des FIER. Le PQ et l’ADQ ont révélé au cours
des dernières semaines que des FIER ont versé des
millions de dollars à des entreprises dans lesquelles
leurs propres administrateurs ont des intérêts
importants.
« Peut-être que pour donner confiance aux gens et
démontrer que l’argent est bien géré, il faut
resserrer certaines règles », a dit Raymond Bachand.
« En matière de conf lits d’intérêts, c’est complexe.
Il y a des co-investissements ( public-privé), et il y
en aura toujours. Si dans les procédures qui mènent
aux co-investissements il y a des choses à resserrer,
je suis prêt à entendre les recommandations. »
Le ministre envisage également de modifier
la politique d’investissement. Cette politique
prévoit qu’un FIER doit faire au moins 50% de ses
investissements dans sa région. Or six FIER
contreviennent aux règles et ont réalisé plus de la
moitié de leurs placements à l’extérieur de leur
région.
FIER: des rendements top secret
« Ce
sont des sociétés en commandite et même si le
gouvernement y investit, leurs états financiers sont
confidentiels. »
Le ministre des Finances, Raymond Bachand, affirme
que les FIER sont « un grand succès », mais il faut
le croire sur parole, parce que les états financiers
de ces fonds d’investissement sont top secret.
« Ce sont des sociétés en commandite et même si le
gouvernement y investit, leurs états financiers sont
confidentiels », a indiqué hier la porte-parole
d’Investissement Québec, Josée Béland.
Le gouvernement québécois investit 2$ pour chaque
dollar qui vient des investisseurs privés dans les
Fonds d’intervention économique régionale ( FIER).
Les FIER ont été mis sur pied par le gouvernement
libéral à son r e t o u r au pouvoi r en 20 03 pour
met t r e du capital de risque à la disposition des
entreprises.
Tous
l es genres d’investissements sont permis, de l’aide
au démarrage jusqu’au redressement d’entreprises en
difficultés.
Les premiers fonds ont vu le jour en 2006. Depuis,
le gouvernement a investi 192 millions de dollars
dans les 30 FIER créés un peu partout au Québec. Le
gouvernement n’attend aucun rendement de son
investissement dans les fonds pendant cinq ans.
Les fonds publics sont destinés à stimuler le
développement économique dans les régions où le
capital est rare, mais comme les conditions sont les
mêmes à Montréal qu’en Gaspésie, cet argent gratuit
fait le bonheur d’investisseurs aguerris dans les
villes. À Montréal, il y avait assez d’investisseurs
intéressés pour créer 30 FIER, selon des
informations obtenues par La Presse Affaires.
Il
y a deux FIER à Montréal. L e F I ER CPVC-Mo n t r é
a l compte parmi ses investisseurs Robert Brown,
président de CAE, et Robert Milton, ancien président
d’Air Canada. Le président de Télésystème, Charles
Sirois, est un des investisseurs de l’autre fonds
montréalais, le FIER ID.
Depuis trois ans, le FIER ID a investi près de 11
millions dans des entreprises en démarrage, a fait
savoir son gestionnaire, Daniel Cyr, qui a semblé
insulté quand La Presse Affaires lui a demandé quel
était le rendement de ses investissements.
« Nous sommes un fonds privé, très privé. Nous avons
des ententes de confidentialité et je ne vous dirai
certainement pas ça », a-t-il répondu.
Les
FIER doivent remettre leurs états financiers deux
fois par année à Investissement Québec qui les
traite comme de l’information privée et
confidentielle, et ce, même si les fonds publics
alimentent la plus grande partie des activités des
FIER.
Le vérificateur général, qui vient de recevoir le
mandat d’examiner de plus près ces drôles de
créatures, aura toutefois accès à tous les états
financiers, a précisé la porte-parole
d’Investissement Québec.
Investissement Québec, qui a la responsabilité des
FIER, a inscrit une perte de 7,9 millions pour
l’exercice 2007-2008 sous la rubrique IQ Fiers Inc.
Le rapport annuel 2008-2009 n’a pas encore été
publié. La perte de 7,9 millions représente « une
perte de valeurs non matérialisée des
investissements du gouvernement dans les FIER », a
expliqué Josée Béland.
CHUM 6 mois sans
progrès - Denis Lessard
Des mois de retard à prévoir
QUÉBEC — Depuis six mois, les deux consortiums
privés choisis pour réaliser le CHUM en
partenariat avec le gouvernement n’ont
pratiquement pas travaillé à ce projet
controversé. Les deux groupes ont gagné leur
partie de bras de fer avec le gouvernement
Charest, qui annoncera bientôt des
dédommagements dans le cadre de ce contrat.
Selon l’information qu’a recueillie La Presse,
la décision commune des deux groupes de ne pas
préparer leur soumission tant que n’est pas
réglé un litige avec Québec aura un impact
direct sur l’échéancier du projet.
Choisis en mars dernier, le groupe
Innisfree-AxorOHL-Dakia et Accès Santé, le
concurrent dirigé par la firme espagnole Acciona
avec l’appui des firmes Pomerleau et
Verreault-Dessau, avaient un an pour présenter
leur soumission.
Or, cette date butoir de mars 2010 s’est
volatilisée, confient ceux qui, au gouvernement,
ont le mandat de suivre ce projet. C’est tout
l’échéancier qui vient de voler en éclats. Pas
question de choisir le consortium gagnant en
juin 2010 et de lever la fameuse première
pelletée de terre en septembre l’an prochain. Le
projet devait coûter 1,8 milliard de dollars,
mais atteindra 2,5 milliards en tenant compte de
l’inflation et des imprévus à la toute fin du
projet, en 2018. Les nouveaux retards gonfleront
encore la facture.
Depuis le mois de mars, les deux consortiums
n’ont pas fait avancer le projet parce qu’ils
exigeaient du gouvernement de meilleures
garanties pour le groupe qui éventuellement «
perdrait » le concours. Après des mois de
silence, le gouvernement s’apprête à obtempérer
aux demandes. Le « perdant » pourra compter sur
une indemnité d’environ 14 millions de dollars.
Cette somme doit compenser les frais engagés
afin de préparer ces soumissions
extraordinairement complexes. Préparer
l’ingénierie préliminaire pour un projet si
complexe représente une facture importante
puisque, forcés de présenter des prix fermes,
les consortiums doivent préparer des plans
détaillés.
Aussi , si Québec choisit de ne pas poursuivre
le projet en partenariat avec l’entreprise
privée, les deux groupes seraient également
dédommagés.
Depuis le printemps, les deux groupes attendent
un signe d’un gouvernement « qui ne disait ni
oui ni non ». Québec, unmoment, avait proposé 8
millions comme prix de consolation, une
indemnité jugée insuffisante par les deux
groupes.
Dans
l’industrie, àMontréal, on ne cache pas que,
devant les tergiversations du gouvernement
Charest, le projet du CHUM a été laissé sur le
carreau. L’activité est intense depuis plusieurs
mois pour les constructeurs de grands projets.
Les deux groupes ont vite choisi d’affecter
leurs équipes à des chantiers précis, des
contrats sûrs, plutôt qu’à la conception d’un
CHUM qui semble toujours hypothétique.
Même si les deux groupes donnaient aujourd’hui
le feu vert à leurs équipes, il faudrait compter
quelques semaines pour que tous les
professionnels puissent accorder leurs violons.
Pourchassé hier dans les couloirs de l’Assemblée
nationale, le ministre de la Santé, Yves Bolduc,
s’est contenté de sourire aux questions de
Presse. En Chambre, attaqué par le député
péquiste Sylvain Simard, M. Bolduc s’est bien
gardé de dire si Québec allait réaliser en
partenariat avec l’entreprise privée cet hôpital
annoncé depuis 11 ans maintenant. « Le CHUM et
le CSUM sont bien alignés. Actuellement, on
travaille sur les plans; par la suite, il va y
avoir despropositions. Lemode de réalisation,
c’est un moyen. La finalité, elle, demeure la
même. Le projet va se faire et dans quelques
années on va avoir un CHUM », s’est contenté de
dire le ministre.
Toujours en PPP
À Québec, dans les coulisses, on indique que le
gouvernement reste bien déterminé à construire
l’hôpital universitaire francophone en
partenariat public-privé ( PPP).
La semaine dernière le quotidien The Gazette a
révélé que le gouvernement envisageait de
recourir au « plan B » évoqué par Jean Charest
le printemps dernier et de tout ramener en mode
traditionnel, le processus utilisé avant la mode
des PPP arrivée avec le gouvernement Charest, en
2003.
Changer de cap ferait perdre la face au
gouvernement Charest. Au surplus, il faudrait
repartir à zéro – des années de délais
supplémentaires. Il est impossible d’évaluer en
dollars le coût d’un retour au mode
traditionnel, « et actuellement il n’y a pas
beaucoup d’argent qui traîne dans les tiroirs ».
Des dizaines de millions dépensés en travaux
préparatoires par la SICHUM seraient
définitivement perdus. Déjà, Québec a englouti
une trentaine de millions de dollars en pure
perte dans le projet du CHUM au 6000, rue
Saint-Denis.
Autre pépin ( marginal) pour l’hôpital, qui a
déjà eu sa part de déboires : le nouveau patron,
le Français Christian Peyre, ne sera pas à
Montréal fin septembre, comme on l’avait annoncé
à sa nomination. Des questions familiales le
forcent à rester en France pour l’instant et il
n’entrera pas en poste avant la fin octobre,
voire le mois de novembre.
Le luxe du temps - VINCENT
MARISSAL
La chose a fait peu de bruit à Montréal, mais le
Tout-Sherbrooke n’en avait la semaine dernière
que pour Jean Charest, qui a fêté en grand le
25e anniversaire de son entrée en politique.
PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE
Le secret de Jean
Charest ? La passion.
C’était en septembre 1984. Jean Charest, âgé de
seulement 26 ans, entrait au Parlement fédéral
porté par la vague conservatrice de Brian
Mulroney.
Dans une entrevue avec le collègue Luc
Larochelle de La Tribune, Jean Charest a révélé
samedi dernier le secret de sa longévité en
politique. L’attrait du pouvoir? Le défi de
gouverner ? L’amour de la politique ?
Non. La passion, a répondu Jean Charest. La
passion ? Étonnant personnage que ce Jean
Charest.
Disons qu’en l’observant depuis une bonne
quinzaine d’années, le mot passion n’est
certainement pas le premier qui me serait venu à
l’esprit.
Au début de sa carrière, il avait la fougue
typique de son jeune âge. En 1995, pendant la
campagne référendaire, il était certainement
animé d’une passion débordante, heureusement
pour le camp du Non d’ailleurs, qui
collectionnait les éteignoirs.
Mais depuis qu’il est à Québec, le flegme semble
avoir pris le dessus chez Jean Charest, du moins
en apparence. Pourtant, le feu brûle toujours et
s’il n’en tient qu’à Jean Charest, il sera en
poste pour de nombreuses rentrées à venir.
« Je ne me vois pas à la retraite, a-t-il
expliqué à La Tribune. J’ai même de la
difficulté à comprendre ceux qui souhaitent tout
arrêter pour jouer au golf. »
Compté pour mort ( politiquement, bien sûr)
après la débâcle de mars 2007, Jean Charest
s’est accroché et a remporté l’improbable pari
de regagner une majorité 20 mois plus tard.
Après une telle remontée (et après 25 ans de vie
politique), on pourrait croire qu’il a fait le
tour du jardin, mais tous ses conseillers et
ministres à qui j’ai parlé au cours des derniers
mois sont unanimes: il reste et se représentera
pour un quatrième mandat.
Supposons. Mais pour quoi faire ? Parce qu’il ne
se voit pas faire autre chose ? Parce qu’il aime
la politique et le job de premier ministre ?
Pour battre un record ? Pour faire mentir les
vilains chroniqueurs (ils l’ont bien cherché!)?
Ou pour amener le Québec quelque part, avec un
plan, des ambitions, une vision?
Jean Charest est certes mû par une ténacité
politique hors du commun, mais on ne peut pas
dire que son bilan de premier ministre soit
particulièrement étincelant après six ans de
pouvoir.
Depuis
avril 2003, il y a plus de détours que de lignes
droites dans le parcours des trois gouvernements
Charest. Au fil des ans, Jean Charest a eu
plusieurs « premières priorités », pour
reprendre l’une de ses expressions fétiches : la
santé, l’emploi, le développement
hydroélectrique, l’économie, avec pour résultat
qu’en ayant trop de priorités, on finit par ne
plus en avoir du tout.
Jean Charest se trouve toutefois aujourd’hui
dans une situation idéale, rare pour un
politicien. Il a, à la fois, la légitimité
conférée par une majorité retrouvée, les coudées
franches devant une opposition désorganisée et,
surtout, le luxe du temps pour accomplir des
choses.
C’est un peu comme si Jean Charest, après avoir
survécu au naufrage accroché à un radeau dans
une mer démontée, se retrouve maintenant assis
aux commandes d’un paquebot sur une mer d’huile.
Il peut se contenter d’une petite croisière
pépère, et même voguer paisiblement jusqu’aux
prochaines élections, ou alors présenter aux
Québécois un itinéraire ambitieux vers une
nouvelle destination. Pas seulement pour
s’assurer un héritage, mais d’abord parce que le
Québec en a bien besoin.
Jean Charest peut gouverner sans faire de vagues
en pensant à sa prochaine réélection, dans trois
ans, ou viser plus loin en présentant un plan de
développement du Québec s’étalant jusqu’à la fin
d’un éventuel quatrième mandat.
Le premier défi du gouvernement Charest,
maintenant que la reprise pointe, sera
évidemment de rétablir l’équilibre budgétaire.
Ce serait une erreur, toutefois, que de
considérer ce but comme une fin en soi. Le
retour à l’équilibre devrait être vu comme un
moyen de rebondir et de passer à l’étape
suivante. D’où l’importance d’avoir un plan à
long terme. Autrement dit, ce ne doit pas être
qu’un exercice comptable, mais bien un programme
politique.
Si, en ce début de session, Jean Charest
envisage vraiment d’occuper le poste de premier
ministre pendant quelques années encore, les
pistes pour un véritable plan ne manquent pas.
I l pour rait commencer par donner une image
tangible, une vie, un visage à son fameux Plan
Nord, qui, pour le moment, ressemble plus à un
slogan qu’au grand chantier de l’avenir qu’il
est censé être.
En santé, le gouvernement libéral devra décider
s’il continue d’ouvrir le robinet un peu plus
chaque année (le budget de la Santé représentera
50% des dépenses de l’État d’ici quelques
années) ou s’il met un frein aux dépenses.
Le remboursement de la dette doit nécessairement
faire partie de l’équation, mais pas au
détriment des investissements cruciaux en
éducation, en recherche et en innovation.
Enfin, le débat ponctuel de la rentrée sur la
Régie des rentes doit aller plus loin que les
calculs actuariels à court terme et viser la
pérennité du régime de retraite public.
M.
Charest a le luxe du temps et le Québec n’a plus
le luxe d’attendre.
Sans plan d’ensemble - CLAUDE CASTONGUAY
Au lieu d’analyser sérieusement le rapport sur
le financement de la santé, le ministre Bolduc a
choisi de l’ignorer
En février 2008, le groupe de travail sur le
financement de la santé que j’ai présidé rendait
public son rapport.
Réagir au fur et à
mesure que les problèmes et les crises
surgissent est une approche qui ne règle rien,
estime le président du groupe de travail sur
le financement de la santé (février 2008),
Claude Castonguay.
Au terme de nos travaux, nous recommandions en
premier lieu une augmentation de 0,5% de la TVQ
et l’introduction non pas d’un ticket
modérateur, mais d’un T-4 santé.
Dès le lendemain de la publication de notre
rapport, le gouvernement rejetait la
recommandation de hausser la TVQ de 0,5%. Le
rejet fut si catégorique que l’on a conclu que
l’ensemble du rapport était voué aux oubliettes.
Mais, surprise, peu de temps après sa réélection
avec une majorité de sièges, le gouvernement
annonçait son intention de hausser la TVQ de 1%.
Il semble même qu’il s’apprêterait à annoncer
une hausse additionnelle de 1%.
La décision de rejeter notre rapport était-elle
justifiée ? Poser la question, c’est y répondre.
Notre rapport comprend un ensemble de mesures
visant à dynamiser notre système de santé,
améliorer l’accessibilité et freiner de façon
ordonnée la croissance de ses coûts. Je souligne
que ces propositions respectent pleinement son
caractère public et universel.
El les permet t raient de rédui re graduellement
la progression des coûts du système, sans
réduire les services, d’au moins 10% par année.
Sur un budget de 26 milliards, les économies
possibles sont substantielles. Les soins de
première ligne, les soins à domicile, les
infirmières, les médecins de famille, le dossier
patient informatisé pourraient bénéficier
grandement d’une réallocation de ces économies.
Au lieu d’analyser sérieusement notre rapport,
le ministre YvesBolduc a choisi de l’ignorer. À
deux reprises, j’ai offert de lui présenter le
contenu de ce rapport qui, en passant, a coûté
plus de 400 000$ aux contribuables. Il préfère
agir sans plan d’ensemble au fur et à mesure que
les problèmes et les crises surgissent.
Pourtant, il est clair que c’est précisément
cette approche qui, trop souvent utilisée dans
le passé, est largement responsable de l’état
actuel de notre système de santé.
Notre rapport proposait également un
décloisonnement encadré de la pratique médicale
et une ouverture limitée sur le secteur privé.
Il s’agit de propositions de nature
complémentaire qui ne remettent pas en cause
l’universalité du système. Bien que ces
propositions demeurent à mon avis pleinement
pertinentes, ouvrir à ce moment-ci un débat sur
ces questions aurait malheureusement pour effet
de détourner l’attention de l’enjeu prioritaire.
À la suite de la publication de notre rapport,
les principaux acteurs du secteur de la santé se
sont prononcés en faveur de lamajeure partie de
nos recommandations sur notre système public et
son financement. Les gens sont inquiets et
espèrent que lesmesures qui s’imposent soient
prises. Le maintien au rancart de nos
recommandations ne fait plus de sens.
Le temps est manifestement venu pour le premier
ministre d’intervenir afin de sortir notre
système public de santé de son état de crise
chronique et de rassurer la population.
Hubert Lacroix s’en prend à l’«
inaction » des gouvernements
« Au Canada, à l’opposé de ce qu’on a vu aux
États-Unis (...), nous avons reçu très peu
d’aide de la part des deux ordres de
gouvernement. »
Le jour mêmeoù SFKPâte indiquait qu’elle
n’allait pas respecter l’un des engagements de
sa convention de crédit, l’entreprise s’en est
prise à l’« inaction » des gouvernements.
En date d’aujourd’hui, SFK ne respectera plus le
ratio de couverture des intérêts prévu à sa
convention de crédit. En fin de journée hier,
cependant, l’entreprise québécoise a annoncé
qu’elle a obtenu de ses prêteurs une dispense
temporaire de deux semaines, alors que des
négociations sont en cours en vue de modifier de
façon permanente la convention de crédit. SFK
Pâte est raisonnablement confiante de pouvoir
parvenir à une entente satisfaisante avec ses
prêteurs à l’intérieur de ce délai.
SFK Pâte a subtilement laissé entendre qu’elle
n’en serait peutêtre pas là si les gouvernements
étaient venus à sa rescousse.
« Au Canada, à l’opposé de ce qu’on a vu aux
États-Unis (...), nous avons reçu très peu
d’aide de la part des deux ordres de
gouvernement », a déploré le président du
conseil d’administration du producteur de pâte à
papier, Hubert Lacroix, à l’occasion de
l’assemblée annuelle des porteurs de parts, à
Montréal. M. Lacroix est aussi
président-directeur général de la
CBC/Radio-Canada.
Depuis plusieurs mois, SFK Pâte fait pression
sur Québec pour obtenir une « aide à court terme
», à l’image des prêts que le gouvernement a
consentis à Rio Tinto Alcan et à Bombardier
Produits Récréatifs (BRP). précédent (qu’une
aide à SFK) aurait créé aurait probablement été
difficile à porter pour le gouvernement. »
La direction de SFK reprendra ses efforts auprès
du nouveau ministre du Développement économique,
Clément Gignac, et de la nouvelle titulaire des
Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, dans
l’espoir d’obtenir une réponse différente.
Or, après de longs pourparlers, Québec a rejeté
la demande de SFK. Selon le président et chef de
la direction de l’entreprise, Pierre Gabriel
Côté, le gouvernement a exprimé des « craintes »
quant au « risque » que représente actuellement
le secteur des pâtes et papiers.
« Nous n’avons pas réussi à convaincre le
gouvernement que nous étions différents du reste
de l’industrie, a admis M. Côté. Le
Il reste qu’en vertu de l’Accord sur le bois
d’oeuvre résineux, le Canada et les États-Unis
ne peuvent pas venir en aide directement aux
entreprises du secteur forestier.
« Liqueur noire »
Cela n’a toutefois pas empêché Washington de
donner un coup de pouce indirect aux producteurs
américains en leur accordant un généreux crédit
d’impôt pour l’utilisation comme combustible de
la « liqueur noire », un résidu découlant de la
fabrication de pâte kraft.
Cette aide, contestée par le Canada, l’ Union
européenne et d’autres pays, procurerait un
avantage concurrentiel de 200$ la tonne aux
producteurs américains. Elle permet à la pâte
provenant de fibres vierges de devenir très
concurrentielle face à la pâte issue de journaux
recyclés, ce qui nuit aux deux usines
américaines de SFK.
En réplique, Ottawa a récemment annoncé la mise
sur pied d’un programme d’un milliard de dollars
qui doit aider les producteurs de pâtes et
papiers à améliorer leur efficacité énergétique
et leur performance environnementale.
« C’est intéressant, mais ça ne répond pas aux
problèmes de l’industrie et ça ne procure aucune
aide immédiate », a affirmé Hubert Lacroix, qui
a tenu à tracer un parallèle avec le généreux
plan de sauvetage consenti par les gouvernements
à l’industrie automobile.
Même si elle est en meilleure santé financière
que la plupart des autres acteurs de son
secteur, SFK Pâte souffre de la baisse de la
demande pour le papier. Au premier trimestre de
2009, terminé le 31 mars, ses ventes ont plongé
de plus de 40%, ce qui a conduit à une
importante perte d’exploitation et à de nombreux
arrêts de production.
« En dépit du contexte actuel, SFK survivra », a
néanmoins promis M. Lacroix.
L’entreprise a bon espoir de conclure de
nouveaux contrats d’approvisionnement en copeaux
de bois auprès d’AbitibiBowater et de
fournisseurs qui possédaient, jusqu’à tout
récemment, des ententes avec le géant en cours
de restructuration judiciaire. La résiliation du
contrat conclu avec AbitibiBowater a donné un
coup dur à SFK, mais l’approvisionnement à court
terme ne pose pas de problème, a assuré M. Côté.
L’entreprise entrevoit la reprise dès la fin de
l’année, à la faveur d’une recrudescence de la
demande chinoise et d’une augmentation des prix
de la pâte.
À la clôture de la Bourse de Toronto, hier, les
parts de SFK s’échangeaient à 21 cents, en
baisse de 2 cents.
Les minières ne verseraient pas un
cent de redevances
QUÉBEC DÉVOILE SA STRATÉGIE
« On vient mettre une ligne à partir d’aujourd’hui
pour s’assurer que les Québécois ne feront plus
les frais de la restauration des sites. »
— Les sociétés minières pourraient très bien
continuer à ne pas verser à l’État un sou de
redevances sur leurs profits, en vertu de la
nouvelle stratégie minière rendue publique hier.
Déjà, entre 2002 et 2008, grâce à plusieurs
avantages fiscaux, 14 des 22 minières actives au
Québec ont réussi à s’en tirer sans faire de
contribution au trésor public.
Or, l a loi prévoit qu’el les devraient retourner
au fisc 12% de leurs profits sur l’exploitation du
sous-sol québécois.
En rendant publique sa stratégie pour l’avenir du
secteur minier, le ministre responsable, Serge
Simard, a pris soin d’indiquer que la priorité du
gouvernement consistait à assurer la compétitivité
de cette industrie.
Flanqué de son sous-ministre, Jean-Sylvain Lebel,
le ministre a eu de la difficulté, en conférence
de presse, à justifier sa position sur profits
prélevée, en principe, par le fisc – actuellement
la loi prévoit 12%.
Ce seuil pourrait aussi bien être haussé
qu’abaissé, a-t-il dit, en s’engageant à consulter
d’abord l’industrie, avant de changer quoi que ce
soit.
« Si je vous dis que ça va être haussé ou diminué,
vous allez me dire que les décisions sont prises,
alors qu’on dit dans la stratégie qu’on va faire
de la consultation », a expliqué le ministre.
Selon la loi en vigueur, toujours entre 2002 et
2008, l’industrie minière, qui a connu une période
faste, aurait dû expédier 2 milliards au fisc
québécois, qui n’a finalement touché qu’une
fraction de cette somme, soit 259 millions.
Quoi qu’il en soit, le ministre promet de «
réévaluer » le régime de redevances, pour le
rendre possiblement encore plus avantageux.
Cette stratégie était attendue depuis des années
et promise pour 2007. Deux ans plus tard que
prévu, Québec a fini par présenter la perception
des droits miniers, une position qui avait été
critiquée dans un rapport du vérificateur général
déposé en avril.
À court d’arguments, le ministre a laissé la
parole à son sousministre, qui s’est dit
candidement incapable de répondre par oui ou non,
quand on lui a demandé si, en vertu de la nouvelle
stratégie, les sociétés pourront encaisser des
profits, sans devoir nécessairement payer leur dû
au fisc, comme cela s’est fait dans le passé.
« C’est pour ça que le ministre est peut-être un
peu mal à l’aise », a commenté M. Lebel.
Entre 2002 et 2008, les minières ont bénéficié de
624 millions de dollars d’avantages fiscaux, sous
forme de crédits d’impôt à l’investissement,
notamment.
Le ministre Simard a aussi affirmé qu’aucune
décision n’avait été prise quant à la ponction des
un document d’une quarantaine de pages qui demeure
très vague quant à ses orientations, objectifs et
échéances.
La stratégie s’articule autour de trois axes:
faire croître l’industrie minière et la rendre
plus concurrentielle, garantir la restauration des
sites contaminés, faire participer davantage les
communautés en région et les autochtones à la
croissance du secteur.
À
propos des terrains contaminés, on savait déjà que
Québec s’était engagé à les restaurer au cours de
la prochaine décennie. Le nettoyage de ces 345
terrains laissés à l’abandon par les sociétés
coûtera 264 millions aux contribuables
Mais à l’avenir, pour les nouveaux
investissements, le ministre Simard s’engage à ce
que les choses se passent différemment.
Les sociétés devront donc, dès le départ, fournir
des garanties de restauration totale.
« On vient mettre une ligne à partir d’aujourd’hui
pour s’assurer que les Québécois ne feront plus
les frais de la restauration des sites », a-t-il
dit.
La stratégie a été fort bien accueillie par
l’industrie, mais l’opposition et les groupes
écologistes ont jugé qu’elle ne contenait que des
« voeux pieux ».
Le président de l’Association minière du Québec,
Dan Tolgyesi, a indiqué qu’il était « évidemment »
satisfait des orientations privilégiées par le
gouvernement, « qu’on accueille favorablement ».
« On se réjouit des principes qu’il annonce »,
a-t-il dit, en point de presse.
Les écologistes, quant à eux, se sont dits «
floués » et déçus. Le porte-parole de la Coalition
pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo
Lapointe, aurait jugé normal que les sociétés
minières acquittent au moins en partie la facture
de la restauration des sites contaminés.
« Ce n’est pas aux Québécois à éponger cette
dette-là », selon lui.
Selon l’opposition péquiste, en l’absence d’une
politique claire sur les redevances à verser, «
les compagnies minières pourront vider le sous-sol
québécois pour une bouchée de pain », a estimé le
député Denis Trottier.
Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, aurait
voulu lui aussi que Québec se montre « moins
complaisant » sur le plan des redevances et plus
exigeant sur les contrôles environnementaux.
« Le Québec doit cesser de se comporter comme une
république de bananes », a-t-il dit.
De son côté, la Fédération québécoise des
municipalités (FQM) a dit souhaiter que les
municipalités trouvent une part des redevances
perçues sur les profits des minières.
Cette industrie, réputée cyclique, fournit un
emploi à 18 000 Québécois.
Lesous-solduQuébec, particulièrement en
Abitibi-Témiscamingue, regorge de plusieurs
minerais: fer, zinc, nickel, cuivre et or.
OPÉRATION MARTEAU Huit policiers de Montréal
se joignent à l’escouade - Karim
Benassaieh
Grands
absents de l’opération Marteau, les policiers de
Montréal ont fait leur entrée en force hier dans
l’escouade spéciale contre la corruption et la
malversation dans l’industrie de la
construction.
La Sûreté du Québec a annoncé l’intégration de
huit policiers de Montréal, ainsi que deux
agents de Longueuil et Laval, au sein de
l’équipe mise sur pied le 22 octobre dernier.
Ces policiers seront affectés à temps plein à
l’équipe d’une quarantaine d’enquêteurs et
auront leur quartier général aux bureaux de la
Sûreté duQuébec, rue Parthenais à Montréal.
Ces embauches arrivent à point. Diverses sources
ont en effet confirmé à La Presse que les
enquêtes menées par les policiers montréalais
ont déjà permis de mettre au jour des
informations «brûlantes» sur les liens entre les
mondes de la construction, du crime organisé et
de la politique.
Toutefois,
la participation du Service de police de la
Ville de Montréal à l’escouade Marteau était
retardée pour des raisons administratives.
Selon ce qu’a appris La Presse, le SPVM était
réticent à assumer le salaire de ses
enquêteurs qui seraient intégrés à l’escouade.
C’est parce que Québec a récemment donné des
garanties financières à ce sujet que l’entente
d’hier a pu être annoncée.
Pour le porte-parole de la SQ, François Doré,
il ne s’agit nullement de reconnaître que
l’absence du SPVMétait une erreur. « Arrêtez
tout de suite. Au contraire, le SPVM faisait
partie de l’escouade. Ce qui a changé ce
matin, c’est que huit d’entre eux vont venir
s’asseoir avec nous de façon permanente.»
Dès la création de l’escouade, le mois
dernier, la SQ s’était assurée de la
collaboration de tous les services de police
au Québec, y compris le SPVM, précise M. Doré.
Il a été impossible d’obtenir les commentaires
du SPVM hier.
Corruption : Cas isolés ou système?
- ANDRÉ PRATTE
Selon le minist re des Affa i res municipales,
les nombreux problèmes d’éthique qui ont fait
surface dans l’administration de la Ville de
Montréal constituent des « cas isolés ». « On ne
fera pas de grande enquête là-dessus », a
tranché M. Laurent Lessard.
Des cas isolés ? On a plutôt l’impression, à
voir les scandales éclater les uns après les
autres, à voir aussi la Sûreté du Québec multipl
ier les enquêtes et les perquisitions, qu’une
frange de l’industrie de la construction a érigé
en système les tentatives de corruption
d’officiers municipaux. Peut-on croire que
seulement un conseiller municipal, que seulement
un fonctionnaire se sont vu offrir un séjour en
bateau ou un voyage en Italie ? Se peut-il
vraiment que cette façon de faire n’ait eu cours
qu’à Montréal? Rappelons quelques faits : > à
Montréal, cinq enquêtes policières sont en cours
sur de graves irrégularités relatives à divers
contrats et transactions; > la Sûreté du
Québec mène une enquêt e de grande envergure sur
des pratiques illicites dans le milieu de la
construction; > l’Agence de revenu du Canada
soupçonne des entreprises appartenant à
l’entrepreneur Tony Accurso d’évasion fiscale
pour la somme de 4,5 millions ; > nombreux
sont ceux qui prétendent qu’il en coûte
sensiblement plus cher de construire au Québec
qu’ailleurs en Amérique du Nord (af firmat ion
va l idée pa r des statistiques) ; > on
entend dire depuis des années, de sources
diverses, que des entreprises déjouent le
processus d’appels d’offres en se partageant les
contrats ; > quant aux liens entre
l’industrie et le crime organisé, le président
de l’Association de la construction du Québec,
Gi lbert Gr i ma rd, estime qu’« on peut di f
ficilement dire où cela commence et où cela
finit. »
Voilà le problème: à une époque ma rquée pa r
les fraudes de toutes sortes, les Québécois se
demandent jusqu’à quel point la corruption a
envahi le domaine des travaux publics. Personne
n’est rassuré quand on leur dit qu’il s’agit de
« cas isolés ». C’est pourquoi certains
réclament la mise sur pied d’une « commission
Cliche pour notre temps » ( Yves Boisvert). Le
gouvernement Charest a jusqu’ici écarté cette
idée, préférant laisser les enquêtes policières
suivre leur cours.
Il est vrai que la priorité doit aller à la
chasse aux criminels. Vrai aussi que le mandat
d’une telle commission ne serait pas facile à
délimiter. Par contre, une enquête publique
permettrait de dresser un portrait exhaustif de
la situation, ce qui nous paraît de plus en plus
nécessaire.
Chose
certaine, le gouvernement Charest doit faire
preuve dans ce dossier d’un leadership beaucoup
plus vigoureux. Les comportements mis au jour
par les médias sont extrêmement troublants. Si
ce n’était que la pointe de l’iceberg, des pans
importants de l’économie et de la politique
québécoises se révéleraient gangrenés par la
copinage.
Compte tenu de l’importance des enjeux, Québec
doit s’empresser de faire savoir :
– qu’il fait de ce dossier une priorité ;
– que si la SQ a besoin de plus de ressources
pour mener à bien ses enquêtes, elle les
obtiendra ;
–
qu’il envisage sérieusement la tenue d’une
enquête publique sur les liens entre l’industrie
de la construction, le crime organisé et les
tentatives de corruption d’officiers municipaux.
Des «suppléments» embêtants -
Denis Lessard
QUÉBEC — En plus de contrats sans appels
d’offres publics, l’entreprise ABC Rive-Nord
a obtenu des mandats du ministère des
Transports qui, en bout de course, ont coûté
plus cher que les prix proposés par ses
compétiteurs.
Il y avait une atmosphère tendue, hier, à
l’Assemblée nationale. Bra ndissa nt les
engagements financiers soumis le printemps
dernier, la chef intérimaire de l’A DQ,
Sylvie Roy, a relevé qu’ABC avait, chaque
fois qu’elle faisait face à des concurrents,
soumis un premier prix qui allait être
bonifié par la suite.
Après avoir menacé les médias de poursuites
mardi, le député Whissell a paru sur le
point de craquer, hier. Voyant le
représentant de La Presse sortir de son
bureau à l’Assemblée nationale (il lui avait
donné rendez-vous pour le lunch),
l’exministre s’est imaginé que des documents
avaient pu être subtilisés en son absence.
Comme le journaliste n’avait, à l’évidence,
aucun papier sur lui, l’exministre a demandé
à voir son cellulaire, soupçonnant que des
photos de documents avaient pu être prises.
Il n’a abandonné la partie que lorsqu’il a
constaté qu’il n’y avait que des photos de
famille dans l’appareil.
L es doc u ments de ma i dernier montrent
qu’A BC Rive-Nord, la firme où David
Whissell détient 20 % des actions par
l’entremise d’une société sans droit de
regard, avait récolté 4,7 millions de
contrats publics pour l’année 2008-2009.
Dans bien des cas, ces contrats sans
soumissions publiques remontaient aux années
antérieures à l’accession de M. Whissell au
Conseil des ministres, en juin 2007.
Dans quatre dossiers pour lesquels ABC a eu
à passer par un appel d’offres, on constate
que tout en soumettant le prix le plus bas
au départ, ABC a par la suite obtenu des
suppléments pour « imprévus » faisant
grimper le prix au-delà de celui des
compétiteurs. Pour 4,1 km de route à Oka,
l’entreprise avait fixé son prix à 777 400$,
et ses deux concurrents, à 849 000 $. Une
fois le mandat obtenu, les « imprévus» ont
porté la facture d’ABC à 855 000$. Dans le
cadre d’un autre contrat dans le même
secteur, une soumission proposée à 275 000$
a été choisie aux dépens d’un concurrent qui
offrait 299 000$. Une fois le contrat signé
se sont ajoutés des imprévus et des «
ajustements» qui ont porté le marché à 308
000$.
À
Sa i nt-Joseph-du-L ac, dans Deux-Montagnes,
ABC a soumissionné à 399 000 $, le
concurrent à 415 000 $. Avec les avenants,
ABC a finalement obtenu 439 000 $. Dans le
cas d’un autre mandat en 2009 à Blainville,
ABC a proposé ses services à 803 000 $, le
concurrent a offert 809 000 $. Les travaux
coûteront finalement 883 000 $.
Selon Mme Roy, quand on observe ces
dépassements systémat iques , des ques -
tions se posent. Selon elle, le député
Whissell ne devrait pas se contenter
d’abandonner son poste de ministre, il
devrait renoncer à son siège de député. « Il
doit choisir entre l’asphalte et son poste
de député », a-t-elle lancé.
En Cha mbre, le m i n is - tre délégué aux
Transports, Norman McMillan, a répliqué aux
attaques. Dans l’affaire Whissell,
l’opposition conteste des pratiques en place
depuis 35 ans au ministère québécois des
Transports, explique-t-il. «Le problème
n’est pas qu’il y ait des contrats de gré à
gré depuis 35 ans. C’est que, pour la
première fois, il y a un ministre qui
profite du résultat de ce contrat», a
répliqué la péquiste Agnès Maltais. Elle a
cité la mise en garde transmise au député
Whissell par le jurisconsulte de l’Assemblée
nationale, Claude Bisson, juge à la
retraite. En dépit de l’existence d’une
fiducie sans droit de regard, «l’attribution
d’un contrat de gré à gré pourrait laisser
percevoir que l’ombre du député n’est pas
étrangère au fait que le contrat a été
accordé à l’entreprise en question, ce qui
pourrait générer un conflit d’intérêts».
«On parle de perception… Le jurisconsulte
n’a nulle part dit que je suis en conflit
d’intérêts», a insisté M. Whissell à La
Presse. L’ex-ministre a aussi déposé hier
une lettre où, à sa demande, l’exjuge lui
suggère quels moyens utiliser pour que
l’entreprise où il détient des intérêts ne
signe plus de contrats sans appels d’offres
avec le gouvernement.
E n C ha mbre, Stépha ne Bergeron, député
péquiste de Verc hère s , a sou l ig né que
les contrats alloués par Québec à ABC sont
passés de 5 à 11 millions depuis que David
Whissell fait partie du Conseil des
ministres.
Plus tard, dans un communiqué, le ministre
MacMillan a réclamé la rétractation de la
chef adéquiste. « Elle ne peut salir la
réputation d’un député et d’une institution
comme le ministère des Transports », a-t-il
soutenu. Mme Roy, qui évoque souvent le
cynisme des électeurs à l’endroit des
politiciens, « doit savoir que le cynisme
s’entretient lorsque l’on colporte des
faussetés sur la place publique ».
La compagnie de David Whissell devrait
renoncer aux contrats sans appel d’offres du
gouvernement - Tommy
Chouinard
(NDE : Doit-on en déduire que c'est
justement ce qui se faisait avant ?...)
ABC Rive-Nord devrait renoncer aux
contrats sans appel d’offres du gouvernement
Un avis du jurisconsulte sur les intérêts du
député David Whissell
QUÉBEC — Le jurisconsulte de l’Assemblée
nationale, Claude Bisson, croit que
l’entreprise d’asphaltage ABC Rive-Nord, dans
laquelle l’ex-ministre David Whissell a des
intérêts, devrait désormais renoncer à tout
contrat accordé par le gouvernement sans appel
d’offres.
Au cou rs des der n ières a n nées, cette
entreprise a obtenu du m i n istère des
Transports, sans appel d’offres, deux contrats
totalisant 800 000 $. L’un d’eux, d’une valeur
de 564 000$, consistait à refaire une route
dans la circonscription d’Argenteuil, dont M.
Whissell est le député.
« Même si les intérêts du député sont placés
dans une fiducie sans droit de regard,
l’octroi d’un contrat de gré à gré pourrait
laisser percevoir que l’ombre du député n’est
pas étrangère au fait que le contrat a été
accordé à l’entreprise en question, ce qui
pourrait générer un conflit d’intérêts», écrit
Claude Bisson dans un avis émis à la demande
de M. Whissell, que celui-ci a produit en
Chambre hier.
« Il serait donc préférable qu’ABC Rive-Nord
s’abstienne d’exécuter des contrats de gré à
gré provenant du gouvernement du Québec, d’un
ministère ou d’un organisme public», poursuit
M. Bisson, qui précise que les municipalités
et les MRC ne sont pas des organismes publics.
Comme le rappelle M. Bisson, l’article 65 de
la Loi sur l’Assemblée nationale stipule
qu’«un député ne peut, directement ou
indirectement, participer à un marché avec le
gouvernement, un ministère ou un organisme
public». Le second alinéa prévoit toutefois
une exception.
Le député peut en effet «avoir un intérêt dans
une entreprise qui participe à un tel marché à
la condition que l’importance de cet intérêt
ou les circonstances entourant la conclusion
du marché ne permettent vraisemblablement pas
la collusion ou l’influence indue ». Selon M.
Bisson, cette exception s’applique lorsqu’une
entreprise dans laquelle un député a un
intérêt placé dans une fiducie sans droit de
regard remporte un appel d’offres public d’un
ministère en remplissant le mieux tous les
critères. Or «la situation devient plus
délicate lorsque le contrat est accordé de gré
à gré», souligne M. Bisson, avant de
recommander qu’ABC Rive-Nord n’exécute pas ce
type de contrat.
David Whissell a l’intention de rencontrer le
jurisconsulte très bientôt. «Avec lui, je vais
voir comment je peux suivre ses
recommandations », a-t-il affirmé à La Presse.
Il a démissionné de son poste de ministre du
Travail la semaine dernière à la suite d’une
volte-face du premier ministre Jean Charest au
sujet des règles éthiques encadrant les
membres de son cabinet.
David Whissell a produit en Chambre cinq avis
qu’il a demandés au jurisconsulte le 11
septembre – peu de temps après sa démission –
concernant des allégations de conflits
d’intérêts rapportées par les médias. «Bien
entendu, ces avis démontrent clairement que je
n’ai pas commis de faute», a-t-il affirmé,
bien que M. Bisson soulève la situation «plus
délicate» des contrats sans appel d’offres.
David Whissell a reconnu que l’avis de M.
Bisson est théorique. Le jurisconsulte n’a pas
mené d’enquête sur les cas qui lui ont été
soumis. «Il faut lire entre les lignes. Je lui
ai présenté les faits. Il prend les faits et
les transpose dans une situation théorique», a
affirmé le député.
Dans l’un des avis, Claude Bisson d it ne voi
r auc u n problème dans le fait que M.
Whissell ait embauché à son bureau de
circonscription la fille de l’un des
responsables de sa fiducie sans droit de
regard. Dans un autre avis, le jurisconsulte
conclut que le député ne se place pas en
conflit d’intérêts parce qu’il a appuyé un
projet de rénovation d’une ancienne gare
ferroviaire dans sa circonscription, pour
lequel une firme d’ingénierie dont sa
conjointe est actionnaire a obtenu un contrat.
«Il n’a rien à voir dans le choix de (la
firme) Mirtec par la MRC d’Argenteuil», qui
n’est pas un organisme public, note M. Bisson.
On ne badine pas avec l’éthique
- VINCENT MARISSAL
Il y avait un moment que Jean Charest n’avait
pas exécuté un grand salto arrière, mais
celui-ci est particulièrement spectaculaire.
Que le ministre du Travail, DavidWhissell,
soit contraint de démissionner après des
semaines de controverse entourant l’obtention
de contrats gouvernementaux par une firme dont
il est en partie propriétaire, n’est pas si
surprenant. Avec la rentrée parlementaire
toute proche, le gouvernement savait que cette
histoire offrait une cible rêvée à
l’opposition.
En plus, les centrales syndicales, qui
entament des négociations avec le
gouvernement, avaient elles aussi le ministre
Whissell dans leur ligne de mire.
Ce qui est surprenant, par contre, c’est que
le premier ministre ait laissé sciemment un de
ses ministres s’embourber dans ce bitume en
assouplissant, contre toute logique, les
règles d’éthique imposées aux membres du
cabinet. Rappelons que, au début de l’année,
tout juste après sa réélection, Jean Charest a
changé ces règles pour permettre aux ministres
de demeurer propriétaires d’une entreprise
privée qui fait affaire avec le gouvernement,
à condition qu’ils placent leurs actifs en
fiducie.
Cette directive, en plus d’a l ler à
contre-coura nt de l’opinion publique, qui
réclame davantage de balises éthiques, allait
à l’encontre du bon sens élémentaire.
Pour le gouvernement et le premier ministre,
c’était même parfaitement imprudent puisque
cela, on le voit bien maintenant, ouvrait tout
grand la porte aux soupçons et à l’apparence
permanente de conf lit d’intérêts. Donc, le
gouvernement prêta i t le flanc à la critique,
aux enquêtes, aux doutes, même si toutes les
règles d’attribution de contrat avaient été
respectées.
Poussons encore un peu plus loin l’absurde :
même si une entreprise privée appartenant en
tout en partie à un ministre offrait le
meilleur rapport qualité-prix au gouvernement,
l’obtention de contrats soulèverait néanmoins
des doutes sur l’intégrité de la transaction.
En matière d’éthique, en cette ère
post-Gomery, les gouvernements doivent être
plus catholiques que le pape. Surtout
lorsqu’il s’agit de bons vieux contrats
d’asphaltage dans la circonscription du
ministre impliqué.
Jean Charest a esquivé en disant que cette
regrettable situation ne se serait pas
produite si nous avions au Québec un
commissaire à l’éthique. Facile.
D’abord, un commissaire à l’éthique ne
permettrait pas qu’un ministre se retrouve
dans une telle situation. Et puis, si Jean
Charest avait donné rapidement suite à sa
promesse de 2003, nous aurions un code
d’éthique en bonne et due forme à Québec
depuis un bon moment.
Pour plusieurs , David Whissell était devenu
le coupable parfait dans cette histoire, mais
dans les faits, il est plutôt la victime.
Victime de la nonchalance de son premier
ministre en matière d’éthique. Pauline Marois
avait raison, la semaine dernière: « Un élu
doit choisir entre l’asphalte et un poste de
ministre. » Surtout lorsque son gouvernement
investit des milliards en fonds publics dans
des projets d’infrastructures.
Jean Cha rest perd un jeune ministre (et la
face, un peu) dans cette histoire. En tant que
ministre responsable des Laurentides et dans
Lanaudière, M. Whissell était aussi très actif
dans Rousseau, où aura lieu une élection
partielle dans moins de deux semaines.
Dans l’immédiat, David Whissell veut décanter
en famille, mais l’aventure l’a passablement
ébranlé.
Ministre
apprécié de ses collègues, M. Whissell a pris
goût au pouvoir depuis son arrivée au Conseil
des ministres, il y a deux ans. Ses ambitions
viennent toutefois de frapper un mur : s’il
voulait revenir au Conseil des ministres un
jour, il devrait encore se départir de
l’entreprise familiale, un geste auquel il ne
semble pas prêt à se résigner.
Scepticisme chez les péquistes -
Denis Lessard
QUÉBEC — Le premier ministre Jean Charest «
a fait le choix de sauver sa face » en modi
fiant f inalement les règles d’éthique qui
encadrent ses ministres, estime l’opposition
péquiste, accueillant avec scepticisme les
changements annoncés hier qui ont entraîné
la démission du ministre Whissell.
« M. Charest a été
pris la main dans le sac », a lancé hier
Stéphane Bédard, critique du PQ dans le
dossier des règles d’éthique.
« M. Charest a été pris la main dans le sac
», a lancé Stéphane Bédard, critique du PQ
dans ce dossier. Selon lui, le gouvernement
n’a décidé de changer ses règles qu’après
des mois de controverse publique. M. Charest
martelait que les règles avaient été
rehaussées, « et il pensait qu’en répétant
une telle fausseté, cela allait devenir
acceptable pour la population », a dit le
péquiste de Chicoutimi.
Selon lui, « le premier ministre n’a pas
pris cette déc i s i on pou r l ’ i nt é r ê
t public » , mais strictement pour éviter le
tir serré de l’opposition la semaine
prochaine à l’Assemblée nationale.
L’opposition péquiste compte tout de même
ramener le sujet, elle qui depuis le mois de
mars préconise la nomination d’un
commissaire à l’éthique responsable de
trancher sur ces questions délicates. M.
Charest s’est dit favorable hier à une telle
nomination, freinée par l’opposition selon
lui.
« Si M. Charest avait été intransigeant sur
l’application des règles, on ne serait pas
dans cette situation aujourd’hui. Il est
plus intéressé à protéger son image publique
qu’à empêcher les conflits d’intérêts », a
dit M. Bédard.
Le printemps dernier, c’est le même
JeanCharest qui avait décidé d’abaisser la
barre, de réduire les obligations faites aux
membres du gouvernement, pour tenir compte
des intérêts de M. Whissell dans ABC
Rive-Nord et des actions de Pierre Arcand,
titulaire des Relations internationales,
dans une entreprise de panneaux
publicitaires. M. Arcand s’est départi
depuis de ses actions, a fait savoir M.
Charest hier.
Critique de l’ADQ en ces matières, Marc
Picard a soutenu ne pas être surpris de
cette volte-face. Un récent sondage montrait
que 82% de la population désapprouvait que
le ministre Whissell puisse être
propriétaire d’une firme d’asphaltage. « M.
Charest ne gère pas le Québec, il gère une
image », a lancé l’adéquiste.
Pour lui, le choix du ministre de
l’Outaouais était prévisible : « C’est
certainement plus payant de vendre de
l’asphalte que d’être ministre ou député. »
Selon Amir Khadir, de Québec solidaire, le
premier ministre Charest « montre une
certaine surdité à ce que demandent les
gens. Il a mis beaucoup de temps à réagir.
Il ne peut pas dire que le problème est
réglé », a soutenu le député de Mercier.
Volte-face de Jean Charest - Denis
Lessard
Le ministre du Travail forcé de quitter
son poste
QUÉBEC — Après des semaines de controverse
où il a nié qu’il y avait un problème
éthique dans le fait qu’un ministre
détienne des actions d’une firme ayant des
contrats du gouvernement, le premier
ministre Jean Charest a annoncé qu’il
faisait marche arrière. Sa décision a
forcé le départ de son ministre du
Travail, David Whissell.
PHOTO
JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE
CANADIENNE
« L’apparence
d’intégrité du gouvernement est tout
aussi importante que l’intégrité
elle-même », a expliqué hier Jean
Charest, accompagné de son ministre du
Travail démissionnaire, David Whissell,
en conférence de presse.
Les directives touchant les ministres
seront modifiées pour empêcher qu’un
membre du gouvernement puisse détenir des
intérêts dans une société privée qui
profite de contrats gouvernementaux, a
fait savoir hier le premier ministre
Charest.
David Whissell a décidé de quitter le
ministère du Travail, qu’il détenait
depuis deux ans, afin de conserver ses
actions dans une entreprise d’asphaltage,
ABC Rive-Nord, dans laquelle sa famille a
depuis longtemps une participation.
En point de presse hier, après la réunion
hebdomadaire du Conseil des ministres, M.
Charest a soutenu que la situation du
ministre Whissell posait des problèmes de
« perception ». Depuis plusieurs semaines,
le ministre de l’Outaouais se trouvait au
centre d’une controverse. L’entreprise ABC
Rive-Nord, dont i l dét ient 20% des
actions, a obtenu l’an dernier du
ministère des Transports, sans appels
d’offres, deux mandats totalisant 800
000$. Depuis l’entrée de M. Whissell au
Conseil des ministres, la valeur des
contrats d’ABC Rive-Nord avec le
gouvernement a doublé.
Le Syndicat des fonctionnaires du
gouvernement du Québec a attaché le grelot
il y a plusieurs mois à ce sujet, et il a
écrit la semaine dernière au vérificateur
général pour lui demander de faire
enquête. À la veille de la reprise des
travaux à l’Assemblée nationale, mardi
prochain, M. Charest voulait visiblement
éviter de donner des munitions à
l’opposition. « L’apparence d’intégrité du
gouvernement est tout aussi importante que
l’intégrité elle-même », a expliqué M.
Charest.
Il a convoqué son ministre vendredi à son
bureau de Montréal, a appris La Presse.
C’est là que le jeune élu – il a 42 ans –
a été mis devant ce choix déchirant:
vendre sa participation dans l’entreprise
familiale ou démissionner de son poste de
ministre. Après un week-end de réf lexion,
M. Whissell a fait connaître sa décision.
M. Charest a insisté sur le fait que son
ministre avait fait son choix sans
contrainte : « Un choix s’offrait à lui.
Se départir de ses intérêts ou quitter le
Conseil des ministres. » Pour bien montrer
que la décision avait été consensuelle, M.
Charest s’était fait accompagner du
démissionnaire.
M. Charest a aussi révélé que son ministre
des Relations internationales, Pierre
Arcand, avait décidé de se départir de sa
participation dans une entreprise
d’affichage susceptible d’obtenir des
contrats du gouvernement. Quant aux
intérêts du ministre Yves Bolduc dans une
clinique de santé au Saguenay, ils
n’entravent pas les règles, selon lui,
puisque la société n’a pas de contrats du
gouvernement. M. Charest a rappelé que son
gouvernement a proposé, le printemps
dernier, un projet de loi sur l’éthique et
attend toujours une réponse de
l’opposition péquiste quant à la création
d’un poste de commissaire à l’éthique.
Jean
Charest avait modifié les règles d’éthique
auxquelles sont assujettis les ministres
pour permettre à M. Whissell, entre
autres, de conserver ses actifs, placés
dans une fiducie sans droit de regard.
Pierre Arcand avait profité des mêmes
changements, qui avaient retardé la
publication des déclarations d’intérêts
des ministres le printemps dernier.
« On voulait tenir compte avec
discernement de la situation particulière
de certains ministres sans faire de
brèches sur les questions d’éthique », a
expliqué hier M. Charest. On avait décidé
que le ministre devait mettre ces
entreprises dans des fiducies sans droit
de regard, qu’il ne participerait pas aux
décisions pouvant toucher sa firme et que
tous ces intérêts seraient connus du
public.
Décision déchirante
« La situation a assez duré... il y a eu
trop de faussetés », a lancé de son côté
M. Whissell. Ces mois de controverse
publique ont miné sa confiance. Sans
laisser transparaître d’émotion, il a
annoncé la décision « la plus difficile de
[sa] vie ».
« La vraie question n’est pas de savoir si
un ministre détient des intérêts dans une
entreprise, mais bien si les bénéfices
sont accrus par la fonction de l’élu. Le
débat est certainement à faire sur le plan
de l’éthique... Je pense que ma décision
d’aujourd’hui va permettre de le faire
avec plus d’impartialité. J’espère qu’on
évitera à quiconque de vivre une situation
pareille à la mienne », a dit M. Whissell.
Le jeune élu hier a rappelé son bilan à la
tête du ministère du Travail, un poste
qu’il détenait depuis deux ans. C’est sous
son règne que Québec a modifié la loi sur
l’équité salariale, « pour que toutes les
femmes du Québec puissent obtenir ce qui
leur revient », et que le salaire minimum
a connu deux hausses importantes (de 50
cents), « de loin le plus grand pas en la
matière ». Enfin, le printemps dernier, il
a été le premier ministre en 30 ans à
faire augmenter de façon importante les
amendes prévues par la Loi sur la santé et
la sécurité du travail. « Je suis fier de
mon bilan », a-t-il lancé.
Il conserve pour l’avenir prévisible son
poste de député d’Argenteuil. Il avait été
élu pour la première fois dans une
complémentaire en juin 1998. Il a traversé
par la suite quatre élections générales.
C’est le ministre de l’Emploi, Sam Hamad,
qui reprendra ses responsabilités au
Travail.
Jean D’Amour fait l’objet d’une
enquête - Tommy Chouinard
QUÉBEC — Une nouvelle controverse plonge le
gouvernement Charest dans l’embarras. Le
commissaire au lobbyisme du Québec ouvre une
enquête sur Jean D’Amour concernant les
activités d’influence qu’il a exercées pour le
compte de la firme d’ingénierie BPR avant
d’être élu député de Rivière-duLoup le 22 juin
dernier.
Jean D’Amour est devenu maire de
Rivière-du-Loup en novembre 1999. Il a
démissionné en février 2007 pour faire le saut
en politique provinciale, dans l’équipe du
premier ministre Jean Charest.
Battu
par Mario Dumont en mars 2007, M. D’Amour a
ensuite travaillé pour la firme BPR à titre de
directeur du développement des affaires. Il a
quitté ses fonctions le printemps dernier,
lorsqu’il est devenu candidat du PLQ dans
Rivière-du-Loup.
Au sein de BPR, M. D’Amour aurait exercé des
activités de lobbyisme auprès d’élus ou de
fonctionnaires. Des soupçons d’accrocs à la
Loi sur la transparence et l’éthique en
matière de lobbyisme avaient fait les
manchettes le printemps dernier. Aujourd’hui,
François Casgrain, commissaire au lobbyisme,
dit avoir «des motifs raisonnables de croire
qu’il y a eu manquement à loi» et ouvre une
enquête en bonne et due forme.
Si le commissaire au lobbyisme constate des
violations, il déposera un rapport au
Directeur des poursuites criminelles et
pénales. Une personne qui contrevient à une
disposition de la loi sur le lobbyisme est
passible d’une amende de 500 $ à 25 000 $.
QUÉBEC L’étau se
resserre autour du ministre Whissell
QUÉBEC —
L’étau se resserre autour du ministre
du Travail, David Whissell, dont
l’intégrité est mise en doute en
raison de ses liens d’affaires avec
une prospère entreprise d’asphaltage.
Le Syndicat de la fonction publique du
Québec (SFPQ) a haussé le ton hier,
demandant au vérificateur général
Renaud Lachance de faire enquête sur
l’attribution de contrats sans appel
d’offres à la firme ABC Rive-Nord dont
le ministre est copropriétaire.
«S’il y a eu
avantage pour une compagnie dans
laquelle un élu est impliqué, nous
voulons avoir la vérité», a fait
valoir la présidente du SFPQ, Lucie
Martineau.
Devant les doutes soulevés par le
syndicat des fonctionnaires, le
ministre a de nouveau défendu son
intégrité.
«Tout a été déclaré il y a plusieurs
années. Je l’ai fait de façon
transparente et la population a été en
mesure de juger que j’ai fait ce qu’il
fallait pour respecter les lois du
Québec», a dit M. Whissell, en point
de presse.
QUÉBEC Le conflit d'intérêt d'un ministre
fait bondir l’opposition
Les activités d’asphaltage de David Whissel
font bondir l’opposition
QUÉBEC — Le Parti québécois juge que le ministre
du Travail, David Whissell, s’est une nouvelle
fois placé dans une situation de conflit
d’intérêts à cause de contrats publics
d’asphaltage accordés directement à une
entreprise dont il est copropriétaire.
La
leader adjointe de l’opposition officielle,
Agnès Maltais, a affirmé qu’elle était outrée,
hier, et elle a réclamé que M. Whissell renonce
aux actifs qu’il détient dans ABC Rive-Nord.
Dans un reportage diffusé hier, Radio-Canada a
révélé que le ministère des Transports a
attribué sans appel d’offres deux contrats de
plus de 800 000 $ à l’entreprise, l’an dernier.
L’un d’eux, d’une valeur de 564 000 $, portait
sur la réfection de routes dans la
circonscription d’Argenteuil, que représente M.
Whissell.
Code d'éthique : De beaux
principes, mais... - Louise Leduc
Le
code d’éthique proposé permet toujours les appels
d’offres écrit spécialement pour une entreprise
définie
Alors que les élus présents à la conférence de
presse ont unanimement salué le rapport Gagné sur
l’éthique en politique municipale, des avocats
spécialisés dans le domaine sont nettement moins
enthousiastes. Les codes d’éthique, ça vaut ce que
ça vaut, c’est-à-dire pas grand-chose puisque ça
n’a pas de dents, disent-ils.
Le ministre des Affaires
municipales, Laurent Lessard, a présenté le
rapport sur l’éthique municipale en compagnie de
plusieurs élus municipaux, dont notamment le
maire de Laval, Gilles Vaillancourt.
« Il y a de ces villes totalement corrompues au
possible qui disposent de codes d’éthique
absolument magistraux », a lancé en entrevue
Marc-André Lechasseur, avocat spécialisé en droit
municipal.
Ce ne sont pas les codes d’éthique – qui sont ni
plus ni moins que des codes d’honneur – qui
peuvent épingler des fraudeurs, mais bien les lois
et les tribunaux qui les mettent en application,
poursuit Me Lechasseur. L’ennui, dit-il, c’est que
« le procureur général (le gouvernement du Québec)
est très frileux et hésite beaucoup à prendre des
procédures contre des élus municipaux. Il n’y en a
presque pas ».
Même si les recommandations du rapport Gagné
étaient adoptées intégralement – ce qui étonnerait
Me Lechasseur, qui prédit plutôt un tablettage –
elles ne faciliteraient pas pour autant la
destitution d’un élu. « En vertu de la
Constitution, les seules à pouvoir destituer un
élu, ce sont les cours supérieures »,
précise-t-il.
Et la Commission municipale du Québec, à laquelle
le rapport confie un pouvoir de révision de
décisions d’un conseil municipal, « aura tout au
plus un pouvoir de blâmer ».
Me Lechasseur regrette au surplus que le rapport
ne s’attaque pas aux entorses éthiques les plus
répandues dans les villes, à savoir « les appels
d’offres faits sur mesure pour accommoder un
promoteur particulier, les critères qualitatifs
dans l’attribution de contrats, les grilles
d’évaluation subjectives, etc. Ça, ce sont des
problèmes d’éthique très concrets qui ne sont pas
abordés dans le rapport ».
Me Armand Poupart, lui aussi spécialisé en droit
municipal, n’avait pas encore pu éplucher le
rapport Gagné hier, mais sur le fond, il doute
fortement « qu’un juge puisse ultimement destituer
quelqu’un parce qu’il n’aurait pas respecté un
code d’éthique ».
Il
n’est pas plus impressionné par ce pouvoir octroyé
au Commissaire à l’éthique de recommander « des
procédures judiciaires visant l’annulation d’un
contrat ». « Le promoteur visé se revira de bord
et poursuivra tout simplement la ville pour
annulation de contrat », fait observer Me Poupart.
Me Poupart a lancé en conclusion la même remarque
que Me Lechasseur : « Les codes d’éthique, ça sert
surtout aux adversaires politiques. »
En conférence de presse hier, Robert Coulombe,
président de l’Union des municipalités du Québec,
s’est dit heureux que le rapport « reconnaisse
d’emblée le bon fonctionnement des administrations
locales actuelles ». En marge de la conférence de
presse, M. Coulombe a dit que les lois actuelles
ne comportaient pas de trous. Alors à quoi bon ce
rapport? Pour sauver les apparences, a demandé un
journaliste ? Non, a-t-il dit. « Le code de
déontologie va faire en sorte de rassurer les
citoyens, leur montrer que les élus sont bien
encadrés. »
Pour sa part, le maire de Laval, Gilles
Vaillancourt, a salué le rapport Gagné, disant
qu’il permettra à tous les élus d’avoir des
réponses plus claires sur ce qu’ils peuvent ou ne
peuvent pas faire. Sur le fond, a ajouté M.
Vaillancourt, il reste que « la plus grande
sanction de l’éthique, à travers le monde, ça a
toujours été la sanction politique ». Ne pas être
réélu, quoi.
Pour le reste, a-t-il ajouté, « l’apparence de
conflit d’intérêts, il n’y a pas un juge ne va
retenir ça comme étant un crime. Pour être puni
légalement, il faut avoir enfreint une loi. »
Par voie de communiqué, le maire de Montréal,
Gérald Tremblay, a quant à lui remercié « le
gouvernement du Québec d’avoir fait diligence pour
traiter cette importante question. (…) Je suis
persuadé que tous les élus municipaux du Québec
seront désormais mieux outillés pour redonner
confiance aux citoyens envers leurs représentants
locaux et leur administration municipale ».
Enfin, Louise Harel, qui sera candidate à la
mairie de Montréal, se réjouit de ce que le
rapport Gagné renvoie la balle aux municipalités
alors que « le maire Tremblay avait refilé toute
la question à Québec ».
Du rapport Gagné, Mme Harel a notamment retenu les
règles d’aprèsmandat, qui interdiraient pendant
une période de temps à un élu d’occuper un poste
au sein d’une entreprise avec laquelle il a
entretenu un rapport direct.
Un commissaire à l’éthique national ou un commissaire
par MRC?
Les avis étaient partagés, hier, sur la
recommandation de nommer un commissaire à
l’éthique pour traiter des plaintes faites par les
citoyens.
Le rapport Gagné dit que ce commissaire pourrait
être nommé à l’échelle d’une municipalité
régionale de comté ( MRC) ou d’unemunicipalité,
pour les villes de plus de 50 000 habitants. Mais
selon le maire de Saint-Léonard, Michel Bissonnet,
qui parlait au nom de Gérald Tremblay, il serait
préférable d’avoir un seul commissaire à l’éthique
au Québec afin de centraliser l’analyse des
plaintes.
Pour
le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, un seul
commissaire à l’éthique au Québec serait « lourd à
gérer ». Il préfère la solution d’un commissaire
régional à l’éthique.
Interrogé par La Presse sur la lenteur des
enquêtes actuellement en cours au ministère des
Affaires municipales sur des élus ou
fonctionnaires en exercice, le ministre Laurent
Lessard a répondu qu’un commissaire à l’éthique
nommé dans chaque MRC permettrait d’exercer « une
justice de proximité ».
Principales recommandations
> Tout élu assermenté prend l’engagement
solennel de respecter un code d’éthique.
>
Chaque conseil municipal prévoit dans ses
contrats une clause par laquelle les
entreprises contractantes s’engagent à
respecter le code d’éthique et de déontologie
et à n’entreprendre aucune action allant à son
encontre. Cette clause pourrait être assortie,
en cas d’infraction, d’une sanction pouvant
aller jusqu’à l’impossibilité d’obtenir un
contrat avec la municipalité pour un maximum
de deux ans.
>
Que la Loi sur les élections et les
référendums dans les municipalités soit
modifiée de façon à ce que la déclaration
d’intérêt que doit faire un élu soit élargie à
ses intérêts personnels et à ceux de sa
famille immédiate, intérêts pécuniaires ou
autres.
>
Que tout élu participe à une formation sur
l’éthique et la déontologie.
>
Que le code d’éthique et de déontologie d’une
ville interdise à un élu qui a terminé son
mandat de tirer un avantage indu de ses
fonctions antérieures, ou de révéler ou
d’utiliser à son profit une information
confidentielle acquise dans l’exercice de ses
fonctions.
>
Que les municipalités précisent, dans leur
code d’éthique et de déontologie, la période
suivant l’exercice du mandat pendant laquelle
un élu ne peut occuper un poste au sein du CA
d’une entreprise avec laquelle il a eu des
rapports directs ou encore y exercer un poste
de direction, ni ne peut agir comme
représentant d’autrui auprès de la
municipalité ou d’un organisme de la
municipalité pour y faire des représentations
visant une transaction ou un marché dans
lequel il était impliqué.
>
Que les conseils des MRC, les conseils
municipaux des villes de grande taille, de
même que les villes des agglomérations de
Montréal, de Québec et de Longueuil nomment un
Commissaire à l’éthique et à la déontologie
afin de traiter les plaintes.
Le projet de loi sur l’éthique des
députés est reporté
— Après bien des effets de toge, le dépôt d’un
projet de loi et des engagements, les députés de
l’Assemblée nationale ont décidé d’un commun
accord de remettre la mise en place d’un code
d’éthique à plus tard.
Depuis des semaines, le
PQ talonnait le gouvernement sur des questions
d’éthique, notamment sur le passage de
Philippe Couillard au privé.
L’opération s’est faite sans heurts, en
commission parlementaire, hier. Depuis des
semaines, le PQ talonnait le gouvernement sur
ces questions: on avait relevé les négociations
du Dr Philippe Couillard avec le secteur privé
avant de quitter la Santé. Les firmes détenues
par les ministres David Whissell et Pierre
Arcand, susceptibles de faire affaire avec le
gouvernement, avaient aussi alimenté le débat.
Le gouvernement avait pris tout le monde par
surprise en déposant un projet de loi sur
l’éthique, « une ébauche de projet de loi »,
nuançait le ministre Jacques Dupuis.
Une réunion de travail pourrait avoir lieu dans
les prochains mois, mais le leader du
gouvernement ne s’est pas engagé à revenir avec
une nouvelle mouture de son projet de loi,
encore moins à la faire adopter à l’automne
prochain.
« La démarche que nous avions entreprise n’était
pas la bonne. Elle n’était pas faite de la bonne
façon », a soutenu Stéphane Bédard, le leader
parlementaire du Parti québécois. Les députés
ont eu, dit-il « une leçon d’humilité » quand
des experts sont venus témoigner en commission
parlementaire en soulignant qu’il y avait
beaucoup de confusion, entre éthique et
déontologie, dans le projet de loi déposé ce
printemps par le gouvernement.
Pour Me Bédard, tout le dossier mérite davantage
de réflexion, « on a le choix entre le bien
paraître ou le bien faire... et je choisis le
bien faire », a-t-il dit.
Québec dépose un projet de code
d’éthique
«
Tous les premiers ministres du Québec ont été à la
fois juge et partie de leurs directives. Dorénavant,
dès l’adoption du projet de loi, cette situation
n’existe plus. »
— Tout député serait désormais obligé chaque année
de remettre à un commissaire à l’éthique une
déclaration de ses intérêts personnels et de ceux
des membres de sa famille immédiate, en vertu d’un
projet de code de déontologie déposé hier à
l’Assemblée nationale.
Le leader parlementaire et
ministre responsable de la Réforme des
institutions démocratiques, Jacques Dupuis, a
déposé hier à l’Assemblée nationale un projet de
code de déontologie.
Le commissai re, un nouveau poste prévu au projet de
loi, aurait le pouvoir d’exiger d’un député qu’il
corrige une situation qui le place selon lui dans
une situation de conflit d’intérêts.
Un ministre pourrait continuer de détenir des
intérêts – placés en fiducie sans droit de regard –
dans une entreprise qui fait des affaires avec
l’État ou son propre ministère, comme c’est le cas
pour David Whissel et Pierre Arcand à l’heure
actuelle. Mais le commissaire pourrait l’obliger à
se départir de ses intérêts, un pouvoir qui est
actuellement entre les mains seules du premier
ministre Jean Charest.
« Tous les premiers ministres du Québec ont été à la
fois juge et partie de leurs directives. Dorénavant,
dès l’adoption du projet de loi, cette situation
n’existe plus, le premier ministre n’est plus juge
et partie. C’est le commissaire à l’éthique qui
devient le juge des règles », « une personne
indépendante », a affirmé le leader parlementaire et
ministre responsable de la Réforme des institutions
démocratiques, Jacques Dupuis, en conférence de
presse.
Le commissaire à l’éthique, qui aurait un pouvoir
d’enquête, relèverait de l’Assemblée nationale. Sa
nomination devrait être acceptée par les deux tiers
des députés. Il pourrait imposer diverses sanctions
à un député qui viole le code d’éthique –
réprimande, amende, suspension, perte de son siège.
Déclaration d’intérêts obligatoire
Avec le projet de loi, l’obligation de déposer une
déclaration d’intérêts n’est plus imposée seulement
aux membres du Conseil des ministres, mais à tous
les députés. Un sommaire des intérêts personnels des
députés serait rendu public. Il contiendrait par
exemple la source et la nature de ses revenus et
autres actifs, mais pas leur montant. La semaine
dernière, Jean Charest s’était dit favorable à
divulguer ses revenus, comme la prime annuelle de 75
000$ qu’il reçoit du Parti libéral depuis 10 ans.
Un
député pourrait avoir des intérêts dans une
entreprise qui fait affaire avec l’État, mais le
commissaire aurait le pouvoir de lui demander de les
placer en fiducie sans droit de regard.
Selon le projet de loi, un député ne peut accepter «
un don, une marque d’hospitalité ou un autre
avantage que si celui-ci est conforme aux règles de
bienséance, de la courtoisie, du protocole ou de
l’hospitalité et que s’il demeure d’une valeur
raisonnable dans les circonstances ». Si un député
en accepte un, il devra faire une déclaration au
commissaire dans un délai de 30 jours. Ce dernier
tiendra un registre public de ces déclarations.
Dans le cas où un député se fait offrir d’aller dans
une loge du Centre Bell pour assister à un match de
hockey ou de séjourner sur un yacht, soit il refuse,
soit il accepte et avise le commissaire qui rend
public ce fait presque aussitôt, a indiqué Jacques
Dupuis. Comme c’est le cas à l’heure actuelle, un
député ne pourrait accepter un avantage qui peut «
influencer son indépendance de jugement ou
compromettre son intégrité ».
Réserves du PQ
En vertu du projet de loi, « si une fonction
incompatible à sa charge échoit à un député au cours
de son mandat, celui-ci doit se démettre de l’une ou
de l’autre dans un délai de 30 jours. Entretemps, il
ne peut siéger à l’Assemblée nationale ».
Jacques Dupuis a refusé de dire si Philippe
Couillard aurait respecté cette règle, lui qui a
conclu un « protocole d’entente » avec son futur
employeur plus de cinq semaines avant de
démissionner le 25 juin 2008. Il avait négocié son
passage chez Persistence Capital Partners, un fonds
d’investissement en santé, tout en siégeant au
Conseil des ministres.
Jacques Dupuis dit souhaiter que le projet de loi
soit adopté à l’unanimité. Mais si l’opposition fait
preuve d’un « entêtement illogique », le
gouvernement pourrait décider de l’adopter à la
majorité.
« Si le gouvernement veut que nous votions à
l’unanimité, il faudra qu’il y ait du mouvement », a
affirmé la leader parlementaire adjointe du PQ,
Agnès Maltais. Selon elle, il est « inacceptable »
qu’un ministre puisse avoir des intérêts dans une
entreprise qui transige avec l’État – comme c’est le
cas pour Pierre Arcand et David Whissel – même s’ils
sont placés dans une fiducie sans droit de regard.
Le PQ accuse depuis des jours Jean Charest d’avoir
abaissé les règles éthiques du Conseil des
ministres. Pour le reste, le projet de loi « semble
correct », a dit Mme Maltais.
Des
règles à revoir - ANDRÉ PRATTE
C’est la
désinvolture du gouvernement Charest qui donne prise aux
attaques de l’opposition.
Investissement Québec affirme que contrairement aux
allégations du député péquiste François Legault, les
gestionnaires de deux fonds d’intervention économique
régionaux (FIER), des sympathisants libéraux, ont respecté
les règles en vigueur. Ces FIER ont investi une part
substantielle de leurs fonds hors de leur région cible et
dans des entreprises dont les deux gestionnaires sont
actionnaires.
Le ministre du Développement économique, Raymond Bachand,
a raison de déplorer que le Parti québécois saute aussi
rapidement aux conclusions. Mercredi, M. Legault a accusé
l’ancien organisateur libéral Pietro Perrino et Valier
Boivin, qu’ondit également proche duPLQ, d’être «
carrément en conflit d’intérêts ». Il les a aussi accusés
d’avoir agi « en contravention avec les règles
d’Investissement Québec ». On souhaiterait que le député
de Rousseau, compte tenu de son expérience des affaires et
du gouvernement, fasse preuve de plus de retenue.
Cela dit, M. Legault pose des questions légitimes. Et il a
raison de dire que « personne qui a un peu de bon sens »
ne trouvera normal qu’un fonds censé aider l’économie
d’une région puisse investir jusqu’à la moitié des sommes
disponibles dans d’autres régions. Il saute aux yeux aussi
que deux FIER ne devraient pas investir l’essentiel de
leur argent dans les mêmes entreprises, comme c’est le cas
pour les Fonds gérés par MM. Perrino et Boivin. D’autant
plus que ceux-ci sont actionnaires des sociétés en
question.
Si les
règles actuelles permettent de telles incongruités, il
faut changer les règles. En outre, à une époque où la
gouvernance a pris une importance sans précédent, le
gouvernement devrait encadrer de façon beaucoup plus
stricte la composition des conseils d’administration et
des comités d’investissement des FIER.
I l ne s’agit pas d’accuser MM. Perrino et Boivin d’avoir
indûment tiré profit de la situation. Si les FIER sont
financés aux deux tiers par des fonds publics, les deux
hommes d’affaires ont euxmêmes investi des sommes
substantielles dans des entreprises en démarrage, prenant
ainsi un risque important. Ils ont aussi attiré dans ces
FIER des capitaux privés significatifs, ce que d’autres
FIER ont toutes les misères du monde à faire.
Néanmoins, au bout du compte, les apparences sont
troublantes et nuisibles pour tous les intéressés. Elles
le sont d’autant plus que d’autres libéraux connus font
partie de la direction d’Investissement Québec et du
conseil chargé de superviser les activités des FIER.
Le gouvernement Charest déplore, à juste titre, le
salissage généralisé auquel se livre le Parti québécois.
Il doit pourtant admettre que l’opposition officielle n’a
pas toujours tort. Et que c’est sa propre désinvolture –
un mal auquel finit toujours par succomber le parti au
pouvoir – qui donne prise à de telles attaques.
Le limbo éthique - ANDRÉ PRATTE
La modification
des règles d’éthique imposées aux ministres suscite une
inquiétude légitime.
Le premier ministre Charest a modifié les règles visant à
empêcher ses ministres de se placer en situation de conflit
d’intérêts. Les nouvelles directives permettent à un membre du
conseil des ministres de détenir des parts dans une société
privée qui fait affaire avec le gouvernement et même avec son
propre ministère.
Le gouvernement libéral soutient qu’il s’agit tout simplement
d’adapter les règles à un cas particulier. On ne sait pas, à
l’heure de mettre sous presse, de quel ministre il s’agit ou
dans quelle compagnie il a investi. « Le gouvernement préfère
s’adapter aux conflits d’intérêts plutôt que de les empêcher,
a ironisé la chef de l’opposition officielle, Pauline Marois.
Et, dans le fond, si la loi est trop sévère, ce n’est pas
grave, on va changer la loi. » Le leader parlementaire du
Parti québécois, Stéphane Bédard a parlé de « limbo éthique ».
On ne peut porter un jugement sur cette affaire tant qu’on
n’en connaît pas les tenants et aboutissants. Cependant, la
démarche du gouvernement suscite une inquiétude légitime.
Il est vrai que la nouvelle directive impose des conditions à
un ministre se trouvant dans une telle situation. Par exemple,
il lui sera interdit de discuter avec ses collègues et avec
ses fonctionnaires de dossiers liés aux affaires entre l’État
et l’entreprise dans laquelle il détient des intérêts. De
plus, le premier ministre pourrait exiger qu’il dépose ces
intérêts dans une fiducie sans droit de regard ou qu’il s’en
départisse. Cependant le fait que ces mesures supplémentaires
relèvent de la discrétion du chef du gouvernement inquiète
plus qu’il ne rassure.
Selon M.
Charest, « les règles qui existent ici, au Québec, sont les
mêmes règles qui existent en Ontario, qui existent au niveau
fédéral ». Cette affirmation est inexacte. Les lois fédérale
et ontarienne interdisent à un ministre de détenir des parts
dans une entreprise faisant affaire avec le gouvernement
sauf si le Commissaire à l’éthique juge que la situation ne
pose pas de problème. Autrement dit, à Ottawa comme à
Toronto, l’existence ou non d’un conflit d’intérêts
potentiel est déterminée par un arbitre neutre. Ce dernier
est forcément plus crédible en ces matières que le
gouvernement et l’opposition, dont le jugement est forcément
faussé par la partisanerie.
Cette affaire met en évidence l’urgence de doter les élus de
l’Assemblée nationale d’un code d’éthique complet arbitré
par un commissaire à l’éthique dont l’indépendance saurait
rassurer la population. Cela signifie, notamment, que ce
commissaire devrait être nommé par un vote des deux tiers
des députés, comme l’est le vérificateur général.
Jean Charest s’est engagé à créer un tel poste il y a sept
ans, alors qu’il était chef de l’opposition. Le soir de son
élection, en avril 2003, il promettait un gouvernement « de
respect, d’intégrité et de transparence ». Les choses
traînent depuis ce temps.
Les députés de tous les partis devraient pourtant comprendre
qu’une telle mesure est non seulement dans l’intérêt public,
mais dans leur propre intérêt : il en va du peu de
réputation qui leur reste.
Un code
d’éthique extensible - VINCENT MARISSAL
On peut dire
que Jean Charest a un sacré sens du timing. On ne parle que
d’éthique en politique, ou plutôt de MANQUE d’éthique en
politique, depuis quelques mois. Et qu’estce que notre premier
ministre a trouvé de mieux à faire
Diluer un peu plus un code d’éthique déjà passablement mou au
sein du gouvernement du Québec!
Selon une nouvelle directive, un ministre pourra rester
propriétaire d’une entreprise qui fait affaire avec le
gouvernement et même avec son propre ministère.
Pis encore, on croit comprendre que le premier ministre
assouplit les règles pour satisfaire un de ses ministres, dont
la situation contreviendrait peut-être au code actuel (un
ministre doit se départir de ses actions dans une société
fermée faisant affaire avec le gouvernement dans un délai de
60 jours suivants sa nomination au cabinet).
Autrement dit, c’est le code d’éthique qui s’« ajuste » aux
cas particuliers et non les ministres qui se plient au code
d’éthique.
Voici comment le leader parlementaire du gouvernement, Jacques
Dupuis, résumait la « logique » derrière cette décision: « Il
y a des cas particuliers qui requièrent qu’on regarde le cas
particulier et qu’on puisse adapter les règles aux cas
particuliers sans les abaisser. »
Un code d’éthique ajustable, donc, selon les besoins des
ministres. Et de leurs entreprises. Imaginez une seconde qu’un
ministre au profil social fasse fi des règles de transparence
évidentes et verse des subventions à l’organisme communautaire
qu’il dirigeait avant d’entrer en politique. On dénoncerait,
avec raison, le manque de distance dans les décisions (même
s’il s’agit d’une noble cause), le favoritisme et même le
conflit d’intérêts. C’est encore pire avec une entreprise
privée dont le but est de faire des profits.
L’administration du maire Tremblay est accablée par de graves
problèmes éthiques, l’ancien ministre de la Santé, Philippe
Couillard, a fait l’objet d’une enquête pour manquement
éthique, le nouveau président de la Caisse de dépôt, Michael
Sabia, a dû vendre ses actions de BCE parce qu’elles le
plaçaient dans une possible position de conflit d’intérêts,
Ottawa marche sur la pointe des pieds depuis le scandale des
commandites… L’éthique en politique n’est pas un vague concept
philosophique, c’est une des plus grandes préoccupations des
électeurs ces années-ci. Et aussi une des principales raisons
qui poussent ceux-ci à bouder les urnes.
L’urgence et
le sérieux de la situation ne semblent pas avoir atteint le
bureau du premier ministre, qui vient de prendre une décision
totalement contraire aux attentes les plus élémentaires de la
population.
Abaisser les normes éthiques en ce moment, dans ce climat
politique malsain, c’est un peu comme si le ministère de la
Santé annonçait ce matin qu’il relâche les règles d’hygiène
primaires comme le lavage des mains ou le port du masque en
plein épisode de grippe porcine. En matière d’éthique, ces
années-ci, on doit viser plus, pas moins.
Déjà que le gouvernement Charest retarde depuis des années
l’adoption d’un vrai code d’éthique, avec la nomination d’un
commissaire à l’éthique. En plus, il a abaissé les règles
actuelles et introduit le plus grand arbitraire.
Selon les nouvelles règles, le premier ministre peut demander
à un ses ministres de prendre « les mesures jugées suffisantes
[...] pour éviter tout conflit d’intérêts, collusion ou
influence indue ». Le premier ministre peut aussi, s’il le
juge nécessaire, interdire à un ministre de discuter de
contrats avec ses collègues et de se retirer des discussions
touchant ces contrats aux réunions du Conseil des ministres.
Dans le cas d’un ministre dont l’entreprise fait affaire avec
son ministère, le premier ministre pourrait ordonner au
sous-ministre de taire à son patron les informations relatives
au contrat. En dernier recours, le premier ministre pourrait
demander à son ministre de se départir de ses actions dans
l’entreprise transigeant avec son ministère.
Des évidences, direz-vous. Oui, mais alors pourquoi ne pas les
coucher noir sur blanc dans un code d’éthique en bonne et due
forme (éventuellement gardé par un commissaire) plutôt que
d’ériger un système de l’arbitraire géré par le premier
ministre.
Si un des ministres de Jean Charest ne peut se conformer au
plus élémentaire code d’éthique, c’est ce ministre qui a un
problème, pas le code d’éthique.
C’est absurde, de toute façon. Pourquoi le premier ministre
voudrait-il pendre une telle responsabilité, avec tous les
flous et les risques de dérapages possibles? Le premier
ministre n’a-t-il pas d’autres choses à faire que d’étudier le
portefeuille personnel de ses ministres, au cas par cas, à
chaque contrat litigieux, pour s’assurer qu’ils sont
au-desssus de tout soupçon?
Un code d’éthique uniforme, appliqué par un commissaire dans
un processus indépendant du politique, c’est ça l’idée. Même
pour un cas particulier, comme, exemple hypothétique, un
ministre médecin de profession et toujours actionnaire d’une
clinique.
Le PQ semoque du « limbo éthique » du
gouvernement
— Le ton a
monté d’un cran hier entre Jean Charest et Pauline Marois,
au moment où le gouvernement était à nouveau relancé sur les
modifications récentes aux directives destinées aux
ministres sur les conflits d’intérêts.
La chef péquiste «est très mal placée pour faire des leçons
d’éthique ou de conflit d’intérêts avec qui que ce soit.
Elle est probablement la dernière personne qui devrait
donner des leçons de ce type», a soutenu hier M. Charest.
Il faisait ainsi très clairement allusion au fait que Claude
Blanchet, le conjoint de Mme Marois, était président de la
SGF, un des principaux bras économiques du gouvernement,
quand elle-même était responsable des Finances.
Mme Marois avait aiguillonné le gouvernement sur son mutisme
quant aux raisons justifiant la revue des règles touchant
les conflits d’intérêts des ministres. La nouvelle mouture,
rendue publique en début de semaine, prévoit qu’un ministre
peut être propriétaire d’une entreprise qui fait affaire
avec son propre ministère. «Nous sommes ici en dessous de
tous les standards d’éthique normalement reconnus. Plutôt
que de demander à un ministre de se conformer, on change les
règles. C’est une position intenable», a lancé MmeMarois.
Selon Jean
Charest, les règles appliquées au Québec «sont à peu près
les mêmes qu’en Ontario et au fédéral». Elles ont déjà été
modifiées dans le passé «parce qu’il y avait une situation
qui n’avait pas été prévue».
Comme il l’avait fait mardi à l’Assemblée nationale, le
leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a
reconnu que les directives avaient été modifiées pour tenir
compte de la situation d’un nouveau ministre assermenté en
2008.
M. Dupuis précise que la nouvelle directive reste étanche:
le ministre devra mettre ses actifs dans une fiducie sans
droit de regard. Il lui sera «formellement interdit» de
discuter des affaires d’une de ses compagnie avec un
collègue du Conseil des ministres ou un des administrateur
de son ministère. Mais le gouvernement Charest refuse pour
l’heure de l’identifier.
En point de presse, proposant un projet de loi qui
protégerait les «dénonciateurs», employés du secteur public
qui attacheraient le grelot à des problèmes éthique, le
député péquiste Sylvain Simard a ironisé sur le «limbo
éthique» du gouvernement qui déplace la barre, quand il en
sent le besoin.
Petites
perles éthiques - PATRICK LAGACÉ
On dirait bien
qu’il y aura un commissaire à l’éthique. Pour guider nos élus.
Pour les aider à prendre de bonnes décisions. Très délicat,
l’éthique, au XXIe siècle. Parce que, semble-t-il, les
dilemmes éthiques sont fort complexes, de nos jours. Eh!
misère... Faisons un détour par Ottawa. On y compte un
commissaire aux langues officielles. On y trouve aussi un
commissaire à l’accès à l’information.
Chaque année, ces commissaires déposent un rapport annuel.
Chaque année, ils dénoncent l’inaction d’Ottawa dans leur
domaine respectif. Parfois, ces commissaires font une montée
de lait plus virulente.
Et rien ne change. Air Canada se sacre toujours autant du
français. Et les ministères cachent toujours autant de
documents qui devraient être accessibles.
Alors, quand je les entends, les élus, parler d’un commissaire
à l’éthique comme de la découverte d’un remède contre le
cancer, comme d’une solution magique pour sortir échevins,
députés et ministres de la grande noirceur, je ris...
Parce qu’un commissaire à l’éthique, malheureusement, ne peut
pas faire de greffes de jugement.
L’histoire d’éthique de la semaine?
Celle de Pierre Arcand, ministre des Relations internationales
de Jean Charest.
M. Charest a discrètement autorisé une modification aux règles
de transparence des membres de son gouvernement pour permettre
à une entreprise dans laquelle M. Arcand a des intérêts
minoritaires de faire affaire avec l’État.
L’entreprise, qui fait duplacement publicitaire, pourrait,
indirectement, faire affaire avec des organes du gouvernement.
Ce qui contreviendrait aux (anciennes) règles imposées aux
ministres.
La modification a eu lieu début mars, bien avant les crises de
ce printemps de l’éthique. Mais quand même. Le premier
ministre a changé les règles pour satisfaire un de ses
soldats.
Et M. Arcand est justement un mauvais cas pour modifier les
règles dans ce domaine. Peut-être le pire cas. En 2000,
l’entreprise Métromédia a vendu ses stations de radio à Corus.
M. Arcand était copropriétaire de Métromédia, avec Pierre
Béland.
Montant de la vente: 164 millions. La part de M. Arcand dans
l’entreprise rachetée: 32%.
Faites le calcul. Pierre Arcand est un homme riche. Pas « à
l’aise ». Riche. Tant mieux pour lui.
Mais si M. Arcand veut se lancer dans le service public, s’il
veut devenir ministre, il y a un prix à payer. Ce prix inclut
certaines barrières entre ses entreprises et les contrats
publics.
On nous chantera la chanson de
l’élu-qui-a-le-droit-de-gagner-savie... Très juste. Mais
celui-ci l’a très bien gagnée, merci. Il n’avait pas besoin
que le premier ministre lui fasse cette fleur.
Ça aurait changé quoi, un commissaire à l’éthique, dans ce
cas?
Parce que la
question est politique. Pas éthique.
Et notre premier ministre a choisi de payer le prix politique
de cette décision.
Ce qui est drôle, dans ces affaires d’éthique, de conflit
d’intérêts, d’apparence de conflit d’intérêts, c’est qu’en
brassant la soupe, on trouve de drôles de perles.
Prenez Liza Frulla. Parmi les « ex » recyclés dans le
commentaire médiatique, Mme Frulla est probablement ma
préférée. Télégénique, punchée, bien coiffée. Le pendant
féminin de Jean Lapierre.
Mais on a récemment porté à mon attention un truc fort
irritant à son sujet.
L’ex-ministre libérale (au provincial et au fédéral) commente,
à son émission Le club des ex, à RDI, l’actualité, flanquée de
Marie Grégoire (ex-adéquiste) et Jean-Pierre Charbonneau
(ex-péquiste).
Bien sûr, en ce printemps de l’éthique, difficile de ne pas
parler de Gérald Tremblay et de la Ville de Montréal. Alors,
Le club des ex en parle. M. Charbonneau plante la Ville. Mme
Grégoire aussi, avec moins de vigueur. Et Mme Frulla défend
Gérald Tremblay.
Ah! Mme Frulla m’a dit qu’elle ne le défend pas tout le temps.
Eh bien! hier, j’ai écouté trois émissions d’avril dont les
segments ont abordé les folies de l’hôtel de ville. Et si Mme
Frulla ne défendait pas Gérald Tremblay, eh bien! moi, je suis
installateur de compteurs d’eau...
Remarquez, elle défend bien notre pauvre maire. Avec nuances.
Avec moult explications sur les défis auxquels fait face
unmaire de Montréal. Rien à redire là-dessus. Il faut bien que
quelqu’un défende M. Tremblay.
Sauf qu’il y a un truc que le téléspectateur moyen ne sait
pas, quand Mme Frulla défend Gérald Tremblay au club des ex.
C’est que son conjoint, André Morrow, consultant, conseille la
Ville sur des questions de communications. Et le maire. Même
sur la question de la gestion des communications dans la crise
des compteurs d’eau. Il fait cela, m’a-t-il dit, à l’intérieur
d’un mandat dûment remporté en vertu d’un appel d’offres, de
trois ans, d’une valeur de 1,5 million.
Mais quand le téléspectateur moyen regarde RDI, ignorant tout
des chassés-croisés politico-romantico-business, il ne sait
pas cela. Je suis peut-être fou, mais j’estime que ce n’est
pas banal.
Mme Frulla m’a dit qu’elle n’a pas à le dire. Luce Julien,
première directrice de RDI, m’a dit la même chose. Eh bien!
excusez-moi de cracher dans la soupe, mais si, je pense que
l’ex devrait le dire. Ou que Durivage, l’animateur, pourrait
le préciser.
Parce que, quand on dit, comme Mme Frulla, en parlant du
maire, des trucs comme « c’est dans la tourmente qu’on voit
les grands chefs », les gens ont le droit de savoir que son
chum conseille le maire.
Bien sûr, Mme Frulla est loin, très, très loin dans la
banlieue reculée de ces cas d’éthique qui nous tombent sur les
bras. Il n’y a pas de crosse. Mais il y a une parenté avec ces
cas: quand on n’a rien à cacher, qu’est-ce qu’on fait? On le
dit. Haut et fort.
Et ce serait une bonne idée de dire, aussi, que M. Morrow a
participé à la campagne de Gérald Tremblay en 2001, puis, dans
une moindre mesure, en 2005.
Tant qu’à y être, Mme Frulla pourrait dire plus souvent, en
ondes, ce qu’elle m’a dit, hier: que Gérald Tremblay est son
ami.
Je sais, je sais, ça casse le rythme d’un débat, ça sabote la
présentation d’un show télévisé, de faire ce genre de
précision. Mais ça vient avec le contrat, quand on embauche
des ex aux multiples amis, intérêts et relations.
Du mou dans l’éthique
« De nos
jours, on adapte l’éthique selon ce qui répond à nos intérêts
personnels. »
Foui l l is dans l ’ administ rat ion de la SHDM, foui l lis
dans le projet Contrecoeur, règles assouplies par le
gouvernement du Québec pour permettre à une entreprise dont un
ministre est actionnaire de faire affaire avec le ministère
dont il est titulaire, promiscuité critiquée pour deux
administrateurs de fonds régionaux qui investissent dans des
entreprises dont ils détiennent des actions, une enquête
confiée à la police, des menaces de poursuites, annonce de la
création d’un poste de commissaire à l’éthique.
Ouf ! Depuis lundi, les questions d’éthique disputent la
première place à la grippe porcine, pardon, au virus A (H1N1)
dans les bulletins de nouvelles et à la une des médias écrits.
Il y a eu tellement de cas qu’on pourrait en faire un gala.
Tous les ingrédients sont donc réunis pour qualifier les
derniers jours de grosse semaine pour… l’éthique. Qu’en
retenir ?
« Le secteur public se cherche des modèles de gouvernance,
d’éthique. Il se cherche des modes de fonctionnement. Trop
souvent, malheureusement, on emprunte ceux du secteur privé »,
dit Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la
gouvernance d’organisations privées et publiques.
Or, il faut éviter ce mélange des genres, croitil. « Dans le
secteur privé, un réseautage, un voyage de pêche sur un
bateau, c’est tout à fait normal. Mais il y a des pratiques
dans le privé qu’on ne peut pas transposer dans le public »,
soutient M. Nadeau.
De plus, les
valeurs ne sont pas nécessairement les mêmes d’une personne à
l’autre. « C’est pour cela qu’il faut avoir des codes, des
commissaires à l’éthique, estime-t-il. Parce que les points de
référence sont flous, actuellement. On ne sait pas trop ce qui
est acceptable et ce qui ne l’est pas. »
En ce sens, la décision du gouvernement Charest de créer un
poste de commissaire à l’éthique est une bonne chose,
croit-il.
Titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de
développement durable à l’UQAM, Claude Béland trouve quant à
lui qu’il n’y a plus d’éthique commune. « Nous sommes tous
pris avec des éthiques sectorielles. Chacun a sa petite
éthique et s’en accommode, déplore-t-il. Je trouve que ce sont
des éthiques molles. »
Il donne le cas du ministre Pierre Arcand, pourqui le
gouvernement a modifié les règles sur les conflits d’intérêts.
« C’est bizarre: il y a 10 jours c’était mal et, aujourd’hui,
c’est bien. De nos jours, on adapte l’éthique selon ce qui
répond à nos intérêts personnels. Et ça, c’est le contraire
d’une définition de l’éthique qui est censée vous guider dans
la vie. Ce n’est pas à vous de guider l’éthique. »
M. Béland, qui connaît le maire de Montréal, Gérald Tremblay,
depuis des décennies, a une bonne pensée pour lui. « Je suis
sûr que le maire de Montréal est tout à fait intègre, qu’il
n’a profité de rien, dit-il. Au point de tenir pour acquis que
tout le monde est comme lui. Il s’est fait avoir. C’est lui
qui en arrache avec ça. Parce que tout le monde dit qu’il est
responsable et qu’il n’a pas été capable de surveiller ses
soldats. »
RÈGLES
D’ÉTHIQUE - Charest a baissé la barre pour Pierre Arcand
QUÉBEC— C’estpour tenir compte du cas de Pierre Arcand,
ministre des Relations internationales, que le gouvernement
Charest a baissé la barre dans ses directives sur les
conflits d’intérêts des ministres. On entend permettre
désormais qu’une firme où un membre du gouvernement détient
des intérêts puisse faire affaire avec son propre ministère.
Nommé ministre en décembre dernier, M. Arcand détient 38%
des actions de Métromédia Plus, une firme spécialisée dans
les panneaux publicitaires placés dans les réseaux de
transports en commun à Montréal. Or cette firme est
susceptible d’obtenir des contrats des organismes publics –
les publicités des différents organismes ou ministères, même
si celui des Relations internationales ne lance que très
rarement de telles campagnes de publicité. Au cabinet du
premier ministre Charest, on faisait valoir hier que ces
mandats sont distribués par des intermédiaires, des firmes
responsables du placement média.
Pour Raymond Bachand, ministre des Finances, l’entreprise de
M. Arcand « ne fait jamais affaire directement avec le
gouvernement ». Toute la semaine, le gouvernement Charest a
refusé d’identifier le ministre pour lequel les directives
sur les conflits d’intérêts avaient été ajustées à la
baisse. Les avoirs de M. Arcand sont dans une fiducie sans
droit de regard – mais quand on possède le tiers d’une
entreprise, on ne peut pas feindre d’ignorer qu’il y a
intérêts, a relevé hier la chef péquiste, Pauline Marois.
À son époque, un élu était tenu de vendre ses intérêts sitôt
qu’il détenait plus de 5% du capital-actions d’une
entreprise, a-t-elle rappelé.
Un commissaire à l’éthique « le plus tôt possible »
Hier, une conférence de presse sur un transfert de 1
milliard en six ans du gouvernement fédéral vers Québec pour
la formation des sans-emploi a été occultée par
l’omniprésent débat sur l’éthique gouvernementale.
Le premier
ministre Jean Charest a laissé échapper qu’un projet de loi
instituant un code d’éthique pour les élus et instituant un
« commissaire à l’éthique » serait déposé avant l’été. Puis
il s’est ravisé, soulignant que Québec procéderait « le plus
tôt possible ». Ce commissaire à l’éthique aurait des
pouvoirs d’enquête et aurait à conseiller le gouvernement.
Mais le gouvernement veut qu’au préalable il y ait entente à
l’Assemblée nationale sur le code d’éthique, ce qui est loin
d’être acquis.
Selon Pauline Marois, le gouvernement devrait tout
simplement annuler la nouvelle version de ses directives
émise début mars. En discutant avec l’opposition, on
pourrait rapidement, dans un premier temps, en arriver au
choix d’un « commissaire à l’éthique » qui serait approuvé
par un vote d’au moins les deux tiers des élus à l’Assemblée
nationale. C’est ce dernier qui aurait à établir le code
d’éthique pour les élus, propose-t-elle. Selon le PQ, tout
pourrait être en place pour l’ajournement des travaux pour
l’été, avant la Saint-Jean.
À quelques reprises, le premier ministre a évoqué, sans la
citer, la répartie stupéfiante deMme Marois qui, à la fin du
film sur Bernard Landry, À hauteur d’homme, avait promis que
le PQ allait « brasser de la marde » dans l’opposition à
l’Assemblée nationale. Selon M. Charest, les sorties
répétées du PQ sur les questions d’éthique depuis deux
semaines montrent surtout un intérêt à soulever des
controverses sans égard aux faits.
Le leader parlementaire, Jacques Dupuis, s’est inspiré plus
carrément de la sortie de Mme Marois. Il a repris
directement le terme sur le parquet de l’Assemblée
nationale: « Ce n’est pas de la marde… comme vous venez de
le dire », a-t-il répliqué aux adversaires qui ironisaient
devant les engagements du gouvernement en matière d’éthique.
M. Charest a eu à s’expliquer, lui qui permet à une firme
détenue par un ministre de faire affaire avec son ministère.
Ces dispositions sont interdites dans le code d’éthique au
gouvernement fédéral, « à moins que le commissaire à
l’éthique n’en décide autrement », a relevé M. Charest qui
comparait cette semaine les directives de Québec à ce qui se
faisait au fédéral et en Ontario.
Or, en vertu des règles en Ontario, a rappelé Mme Marois, M.
Charest aurait dû divulguer dès le premier jour qu’il
recevait une allocation forfaitaire de 75 000$ par année du
Parti libéral. M. Charest refuse que ce revenu soit à
déclaration obligatoire, dans les nouvelles directives. « On
ne l’a su que l’an passé… par un communiqué, c’est ordinaire
», a noté la chef péquiste.
Une réforme
parlementaire sans commissaire à l’éthique
Le gouvernement
souhaite d’abord l’adoption d’un code de déontologie
« On est prêts à aller le plus vite possible. Si on peut faire
ça avant la fin juin, bien, tant mieux, on le fera avant la fin
juin. »
— La réforme parlementaire adoptée hier par l’Assemblée
nationale est vaste, mais elle ne comprend pas la création d’un
poste de commissaire à l’éthique, un dossier qui traîne depuis
cinq ans. Le gouvernement Charest se dit prêt à créer un tel
poste d’ici la fin juin mais à la conditionque tous les partis
s’entendent d’abord sur un code de déontologie.
Le Parti québécois craint que cette condition ne reporte la
nomination d’un commissaire, un engagement qu’avaient pris les
libéraux lors de la campagne électorale de 2003.
L’Assemblée nationale a révisé à l’unanimité ses règles
parlementaires hier, à la suite d’un projet de réforme déposé en
2004. Cette réforme ne contient toutefois pas la création d’un
poste de commissaire à l’éthique, un élément qui était prévu
dans le document rendu public à l’époque. «Ce sont des questions
qui sont complexes, et sur lesquelles il faut faire des travaux
importants», a expliqué le leader parlementaire du gouvernement,
Jacques Dupuis.
Lors de la période des questions, la chef de l’opposition
officielle, Pauline Marois, a fait pression pour que le
gouvernement accepte de créer un poste de commissaire à
l’éthique d’ici l’été.
«On est prêts à aller le plus vite possible. Si on peut faire ça
avant la fin juin, bien, tant mieux, on le fera avant la fin
juin», a répondu Jean Charest.
Mais un commissaire à l’éthique ne peut exister sans un code de
déontologie qu’il sera chargé de faire respecter, a-t-il ajouté.
M. Charest a reconnu par la suite que la loi de l’Assemblée
nationale contient déjà un tel code et que des directives
émanant de son ministère, celui du Conseil exécutif, sont
imposées aux membres du cabinet ministériel.
Ma i s l ’ idée
« d’éla rgi r à d’autres», c’est-à-dire les élus municipaux, les
règles éthiques doit faire l’objet de discussions, a précisé le
premier ministre.
Selon Jacques Dupuis, «il faut procéder correctement»: adopter
un code de déontologie puis créer un poste de commissaire à
l’éthique.
Jacques Dupuis juge que les travaux entourant la rédaction d’un
code sont «avancés». Le leader parlementaire du PQ, Stéphane
Bédard, dit n’avoir « rien eu sous les yeux » à ce jour.
« C’est clair qu’adopter un code de déontologie, ça peut être
long, a dit le député péquiste. Ce qu’on demande, c’est que le
commissaire soit en fonction i mmédiatement pour qu’on puisse
appliquer les règles existantes. Et je pense qu’il pourrait être
responsable de l’échéancier de l’adoption d’un code qui
gouvernerait de façon plus large les députés. Je ne crois pas
que c’est acceptable de reporter, après le printemps, la
nomination d’un commissaire.»
Le sujet est revenu à l’avantscène après que l’on eut appris que
Philippe Couillard a négocié pendant des mois son passage au
secteur privé alors qu’il était toujours ministre de la Santé.
Il a même conclu un protocole d’entente avec le fonds
d’investissement privé en santé Persistence Capital Partners
plus de cinq semaines avant de démissionner.
Par ailleurs, l’administration Tremblay est dans l’embarras en
raison d’une apparence de conf lit d’intérêts qui entoure
l’attribution d’un contrat de compteurs d’eau de 355 millions de
dollars et qui implique l’ex-président du comité exécutif de la
Ville de Montréal, Frank Zampino. La réforme adoptée hier
modifie entre autres le calendrier parlementai re. Les députés
siégeront à compter de février plutôt que mars, par exemple. Il
y aura davantage de périodes de questions. La réforme permet à
l’ADQ d’obtenir le statut de groupe parlementaire, ce qui lui
confère certains avantages. C’est la première fois depuis 1984
que les règles parlementaires sont revues en profondeur.
NATHALIE
NORMANDEAU SOUS LES PROJECTEURS
Les projecteurs ont été braqués sur la ministre des
Affaires municipales, Nathalie Normandeau, ces dernières
semaines. Le Parti québécois lui a reproché d’avoir fermé les
yeux sur le changement de statut de la Société d’habitation et d
« Je suis tout à fait prête à voir comment on peut améliorer ce
qui existe déjà. Mais je souhaite le faire en concertation avec
l’administration de la Ville de Montréal. Ce n’est pas vrai
qu’on va décréter à Québec ce qui est bon pour Montréal. »
QIl
Ces
dernières semaines, la ministre des Affaires municipales,
Nathalie Normandeau, n’a pas chômé. Différents dossiers, dont
ceux notamment de la SHDM et des compteurs d’eau, ont
monopolisé toute son attention.
y a 11 000 élus municipaux au Québec. Parlons de l’élaboration
du code d’éthique. Il est question d’une mise en application en
2010. Cette idée est-elle née à la suite des révélations
troublantes qui touchent Montréal actuellement?
RAssurément, cette idée-là est venue de la volonté du maire de
Montréal, ou de sa suggestion. Mais au-delà de sa suggestion, je
souhaitais qu’on puisse profiter du questionnement que nous
avons eu à l’Assemblée nationale relativement à la mise en place
d’un code d’éthique, de déontologie, et même à la nomination
d’un commissaire à l’éthique. Il existe des règles et des lois
qui encadrent les élus. Mais avec tout ce qui se passe à
Montréal, on se demande comment on peut s’assurer de préciser
des règles d’éthique. Au-delà de ça, bon an mal an, on reçoit
plus de 350 plaintes au Ministère. Et lorsqu’il y a des plaintes
en matière d’apparence de conflit d’intérêts, mon expérience me
fait dire qu’on a souvent tendance à confondre l’éthique et le
droit, la moralité et la légalité. Vous savez, la Ville de Laval
a déjà un code d’éthique qui touche à la fois les élus et les
employés.
QOn
ne peut passer sous silence les révélations récentes contenues
dans le rapport du vérificateur général de Montréal au sujet de
la SHDM et le contrat des compteurs d’eau. Dans ces deux
dossiers, qu’estce qui vous interpelle en particulier ?
RDans le cas de la SHDM, ce sont les transactions qui, de toute
évidence, n’ont pas été faites dans l’intérêt des contribuables.
Ça, c’est inquiétant. Maintenant, je pense qu’il faut se doter
de mécanismes pour assurer des suivis plus serrés. Mais le
gouvernement ne peut pas se substituer aux administrations
municipales. Mon rôle est de m’assurer que les lois et
règlements ont été respectés. On peut améliorer les contrôles
pour Montréal et pour les autres municipalités. On va le faire
cette session-ci avec des lois qui vont toucher directement la
SHDM. Mais il faut faire preuve d’une très grande rigueur. Je me
limite donc aux faits.
QSi
c’était nécessaire, est-ce que vous iriez jusqu’à réclamer une
commission d’enquête publique ?
RC’est prématuré. Il faut attendre les conclusions de l’enquête
de la Sûreté du Québec. Et, deuxièmement, attendre le rapport du
vérificateur général sur le contrat des compteurs d’eau.
Lorsqu’on commande une enquête publique, c’est une opération
importante qui doit être motivée par des gestes très graves. En
fait, il faut une preuve, un argumentaire pour commander une
pareille organisation qui mobilise une multitude de personnes et
qui peut mobiliser toute une administration. À l’heure où je
vous parle, il est beaucoup trop tôt pour recourir à une
opération comme celle-là.
QParlons
maintenant de la gouvernance de Montréal. Gilbert Rozon, du
Festival Juste pour rire, a dit qu’il y a trop de roitelets à
Montréal, c’est-à-dire trop d’élus, trop d’arrondissements. Il y
en a 19 en ce moment. Seriez-vous prête à modifier la structure
de la Ville ? On a déjà permis au prochain maire de Montréal de
devenir le maire de VilleMarie aux prochaines élections. On a
permis à la ville centre de rapatrier certaines compétences
d’arrondissement. Tout est perfectible parce que, dans
l’histoire de Montréal, la gouvernance a évolué. Donc, je suis
tout à fait prête à voir comment on peut améliorer ce qui existe
déjà. Mais je souhaite le faire en concertation avec
l’administration de la Ville de Montréal. Ce n’est pas vrai
qu’on va décréter à Québec ce qui est bon pour Montréal. J’ai eu
des échanges avec le maire Tremblay à ce sujet et, ce qui
ressort, c’est l’importance d’éviter de jeter le bébé avec l’eau
du bain et de se demander comment construire avec ce que nous
avons dans un souci de plus grande efficacité. Il y a une
ouverture de ma part pour qu’on puisse s’attaquer à la
gouvernance de Montréal. C’est certain qu’au fil des années,
avec les fusions-défusions, il y a eu beaucoup d’instabilité. On
a senti que Montréal avait besoin de stabilité pour répondre à
des enjeux internationaux ou culturels. Mais je le répète, je
suis prête à revoir la gouvernance dans un contexte où il faut
faciliter les choses le plus possible.
R
QCroyez-
vous que l ’entente sur l e transfer t de la taxe d’accise dont
il a été question plus tôt cette s e m a i n e , a u x a s s i s
e s de l’Union des municipalités du Québec*, est suffisante pour
régler le problème des sources de revenus ?
RMal h e u r e u s e ment non. Parce que si la deuxième
génération du transfert de la taxe d’accise, au même titre que
le partenariat fiscal et financier, est venue apporter un
certain baume au milieu fiscal municipal, des enjeux de fond
perdurent, comme une trop grande dépendance à l’impôt foncier.
Il y a toutes sortes de façons d’y remédier, par exemple des
nouvelles tarifications ou des redevances. Donc, dans le cas de
Montréal, cette session-ci, nous allons modifier la charte de
Montréal pour permettre à la Ville de lever des redevances
réglementaires. C’est un concept nouveau en matière de fiscalité
municipale, mais le Ministère s’en est inspiré pour la création
du Fonds vert. Donc, c’est une redevance que Montréal pourrait
percevoir, mais dévolue à un enjeu très particulier, comme
l’environnement, en matière de qualité de l’air, de l’eau, ou de
salubrité dans la ville. Il y aura énormément de latitude à cet
égard. Et la Ville de Montréal nous a déjà dit qu’elle comptait
avoir recours à cet outil fiscal pour 2010. Ça pourrait inspirer
d’autres municipalités.
QEn
terminant, est-ce plus difficile d’avoir les projecteurs braqués
sur soi pour ses relations avec la Ville de Montréal ou pour ses
relations amoureuses avec un député adéquiste ?
RHa! Est-ce que c’est une question piège ? Ça me fait bien
sourire parce que, sincèrement, je trouve plutôt sympathiques,
au bout du compte, toutes les révélations qui ont été faites sur
ma vie privée. Mais je maintiens qu’il y a une ligne à ne pas
franchir. Disons qu’il y a des sujets plus joyeux que d’autres.
* L’entrevue avec la ministre Nathalie Normandeau a été réalisée
mercredi, soit deux jours avant son discours aux assises de
l’Union des municipalités du Québec.
CORRUPTION MUNICIPALE Aucun ministre n’est en faveur
d’une commission d’enquête - Denis Lessard
QUÉBEC — Tout
le Québec réclame une commission d’enquête sur la corruption
municipale, le f i nancement des partis politiques,
l’industrie de la construction ? À Québec, au s ei n du
gouvernement Charest, on voit les choses bien différemment.
Jean
Charest a toujours dit qu’il n’écartait pas une commission
d’enquête. Mais il est bien peu probable qu’il emprunte
cette route dans un avenir prévisible.
Pour une fois, le gouvernement n’est pas partagé; aucun
ministre important n’est en faveur d’une commission d’enquête,
en dépit de la kyrielle d’accusations qui fusent de partout
depuis quelques semaines.
Que c e s o i t R a y mond Bachand, Jacques Dupuis, Sam Hamad
ou Norm MacMillan, on n’aime pas l’idée d’une enquête dont le
mandat est bien difficile à définir. Claude Béchard se
souvient des problèmes de son voisin de circonscription, Jean
D’Amour, soupçonné d’avoir fait du lobbying pour BPR, une des
firmes du contrat des compteurs d’eau de la métropole.
Nathalie Normandeau, Line Beauchamp, Lise Thériault et
Kathleen Weil aussi sont contre.
En fait, confient des sources gouvernementales, aucun ministre
important ne s’est prononcé en faveur d’une telle enquête,
dans le huis clos des réunions. L’opinion de ministres comme
Marguerite Blais (Aînés) ou Dominique Viens (Services
gouvernementaux) ne semble pas campée, mais il est clair
qu’elles ne monteront pas au créneau pour réclamer que l’on
donne le feu vert à ce type d’exercice.
Car des libéraux d’expérience se souviennent bien des
réparties de feu Robert Bourassa sur ces commissions
d’enquête, qui rapidement « prennent une vie qui leur est
propre » et échappent à tout contrôle. Ce premier ministre
avait donné le feu vert à la commission Cliche, sur les
relations de travail dans le monde de la construction. Les
commissaires avaient passé l’été à faire jouer les bobines
d’écoute électronique de la police – cette activité n’était
pas aussi balisée que maintenant (elle requiert l’approbation
d’un juge).
« On n’est pas rendu à une commission d’enquête, selon moi. Je
me demande d’ailleurs comment on pourrait encadrer dans un
mandat tout ce qu’on entend actuellement », a résumé Jean
Sexton, professeur de relations industrielles à l’ Université
Laval, qui était surtout rédacteur du rapport de la commission
Cliche et commissaire pour l’enquête de l a Gaspésia.
L’enquête dev r a i t - el l e porter s u r le financement des
partis municipaux, sur l’adjudication de contrats par les
villes, par la Ville de Montréal ? Que faiton des allégations
sur la collusion dans l’industrie de la construction ? Et sur
le travail au noir ? Et sur la pénétration de l’économie
légitime par le crime organisé et les motards ? Le champ
d’action d’une telle commission, on le comprend, est bien
difficile à circonscrire. « Et si la police juge que le mandat
n’est pas suffisant, elle va couler des informations », prédit
un vieux routier de la politique.
Tous les gouvernements qui ont déclenché une enquête ont fini
par en faire les frais : René Lévesque disait qu’il n’avait
rien à voir dans le règlement du saccage du chantier de la
Baie-James. Il a été forcé de témoigner, « cela a viré au
cirque, les gens regardaient ç a comme un feuilleton » .
Finalement, il a été prouvé que le règlement avec la FTQ avait
été conclu au bureau du premier ministre.
Le
gouvernement de Paul Martin n’a pas été plus chanceux avec
l’enquête Gomery sur les commandites. Avec cet t e enquête,
l e r i va l de Jean Chrétien a couru à sa propre perte.
La Sûreté du Québec fait enquête sur certains aspects des
révélations récentes. On est en piste depuis plus de deux a
ns s ur des problèmes comme la pénétration du crime organisé
dans la construction, par exemple. Sur d’autres sujets, on
est bien moins avancé. En juin, une source a décrit les
accusations de corruption touchant la Ville de Montréal
comme un « continent noir », où tout restait à défricher.
Des accusations tomberont bientôt, découlant des enquêtes
sur la construction. Mais il n’y aura personne de très connu
parmi les prévenus, indique-t-on déjà.
À défaut d’une commission d’enquête, le gouvernement Charest
a voulu sembler prendre les devants. Il a annoncé
l’opération Marteau, en accordant près d’une trentaine de
millions à la SQ pour faire avancer ses recherches. Pour
calmer les i nquiétudes sur le front de la loi électorale,
Claude Béchard a annoncé que Québec resserrerait les règles
de financement des partis.
Reste la question, la ncinante, de Montréal. Le gouvernement
aurait volontiers déclenché une mise en tutelle si on
n’était pas si près des élections. Les Montréalais vont
choisir dimanche prochain leur administration. Intervenir en
ce moment pour nommer un a rbitre r i sque d’être bien mal
accepté. Or, la Loi sur les cités et villes n’offre guère
d’option plus « douce » que la tutelle.
Jean Charest a toujours dit qu’il n’écartait pas une
commission d’enquête. Il est bien peu probable qu’il
emprunte cette route dans un avenir prévisible.
Refuser
une enquête ? Cela veut dire deux semaines de c r it iques
dans les médias, de la part des éditorialistes et des
commentateurs. Dire oui ? C’est ouvrir la porte à deux ans
de turbulences et de mauvaises surprises pour le
gouvernement. Le choix est simple à faire.
Le gouvernement a-t-il des choses à cacher ? -
Tommy Chouinard
QUÉBEC — Le
Parti québécois et l’Action démocratique du Québec ont
haussé le ton devant le refus répété du gouvernement Charest
de tenir une enquête publique sur l’industrie de la
construction. Ils laissent entendre que les libéraux ont des
choses à cacher.
La critique de l’A DQ en matière de sécurité publique,
Sylvie Roy, a souligné que le président de la Commission
juridique du PLQ, Me André Ryan, est aussi l’avocat de
Gilles Audette, le conseiller politique du président de la
FTQ qui a tenté par une injonction d’empêcher la diffusion
de ses propos à l’émission Enquête.
« Est-ce que la FTQ et le Parti libéral, c’est un même
combat ? On ne veut pas que soient rendues publiques les
allégations dans le domaine de la construction ? » a-t-elle
lancé lors de la période des questions, hier.
Le leader pa rlementaire du PLQ, Jacques Dupuis, a répliqué
que le gouvernement « ne cherche pas à c acher quoi que ce
soit » . « On ne peut pas reprocher aux avocats d’avoir des
mandats et d’avoir des clients. Et cette question-là est
injuste pour Me Ryan, injuste pour les membres du Barreau »,
a-t-il ajouté.
De son côté, le leader parlementaire du PQ, Stéphane Béda r
d , a a f f i r mé que le gouvernement « protège un système
corrompu » en refusant une fois de plus la tenue d’une
enquête publique.
« Quand est-ce que le gouvernement va se réveiller, va faire
en sorte que ces allégations qui entachent notre démocratie
vont enfin être prises au sérieux par ce gouvernement qui
protège on ne sait qui actuellement ? » a-til lancé.
Son
collègue, le critique en matière de sécurité publique,
Bertra nd St-Arnaud, s’est demandé si le premier minist r e
e t l e gouver ne - ment ont « quelque chose à cacher ».
La porte n’est pas fermée
Jacques Dupuis a martelé que « le gouvernement ne protège
personne » et « ne cache rien ».
« On va aller au fond de toutes les allégations. La façon
d’y aller, pour l’instant, ce sont des enquêtes policières.
Nous n’avons jamais dit que nous fermions la porte à une
enquête publique », a plaidé le ministre Dupuis.
« On sait très bien que les enquêtes pol i c i ères
prennent, oui, un certain temps, mais donnent des résultats.
Les résultats, c’est des accusations devant les tribunaux et
évidemment des condamnations », a-t-il ajouté.
Malversations dans le monde municipal :
Charest écarte l’idée d’une enquête publique
LACHUTE — Même
si les révélations se multiplient sur de possibles
malversations dans le monde municipal, le premier ministre
Jean Charest n’a toujours pas l’intention, du moins à court
terme, de lancer une enquête publique à cet égard.
Hier, lors d’un point de presse à Lachute, où il a inauguré
l’agrandissement d’une usine de Cascades, M. Charest a répété
que les nombreuses enquêtes policières en cours devaient se
poursuivre avant d’aller plus loin.
« Les Québécois ont été témoins de plusieurs actions posées
par les policiers dans le cadre de leurs enquêtes : des
descentes, des perquisitions, des gens qui ont été interrogés
», a relevé Jean Charest.
Quand une
journaliste lui a fait remarquer que la commission d’enquête
sur le scandale des commandites, présidée par le juge John
Gomery, avait été lancée bien avant la fin des enquêtes
policières, le premier ministre a rétorqué que la situation du
monde municipal était « un cas particulier ».
Sans approfondir la question, i l a souligné que les enquêtes
policières dans de multiples dossiers municipaux, plus
particulièrement dans la région de Montréal, étaient en cours
« depuis un très bon moment » et qu’il fallait les laisser se
poursuivre.
Plusieurs reportages ont fait état, au cours des dernières
semaines, d’allégations selon lesquelles des entrepreneurs en
construction feraient preuve de collusion pour se partager des
contrats municipaux, en augmentant ainsi nettement la facture
pour les contribuables.
Allégations de malversations et de collusion dans le
secteur de la construction : Pas de commission
d’enquête maintenant
Les libéraux ont rejeté une motion de l’opposition
adéquiste réclamant une enquête publique sur les allégations de
malversations et de collusion dans le secteur de la
construction. Le ministre de la Sécurité publique, Jacques
Dupuis, a maintenu hier que le gouvernement préfère attendre la
conclusion d’enquêtes policières avant d’aller plus loin. «Selon
les résultats, à ce moment-là, nous ne fermons pas la porte à la
possibilité d’une enquête publique», a-t-il dit en Chambre,
avant le vote.
L’Agence des infrastructures aux oubliettes
Québec enterre
son propre projet de loi, issu de la recommandation de la
commission Johnson
— C’était la principale réponse du gouvernement Charest à la
commission de Pierre Marc Johnson, après l’effondrement du
viaduc de la Concorde. Pourtant, l’Agence des infrastructures
est mise au rancart pour l’avenir prévisible.
Pierre
Marc Johson avait recommandé la création d’un organisme de
surveillance des infrastructures indépendant pour conclure
la commission d’enquête sur l’effondrement du viaduc de la
Concorde.
La Presse a appris que le signal en a été donné tout récemment
au ministère des Transports. Le projet de loi créant cette
agence avait été bloqué tant que le gouvernement libéral était
minoritaire. Désormais majoritaire, il passe tout de même à la
trappe cette idée, pourtant applaudie par le commissaire
Johnson.
Tout récemment, le sous-ministre des Transports, Denys Jean, a
fait savoir que ce projet d’agence indépendante avait été
reporté à un moment indéterminé, une échéance si lointaine en
fait qu’on créera, pour avril 2010, une Direction générale des
structures au ministère des Transports.
Après le rapport Johnson, le gouvernement avait tenté avec
insistance demettre en place son agence. On avait même
pressenti le recteur de l’Université Laval, Michel Pigeon, un
ingénieur, pour la diriger. M. Pigeon est devenu depuis député
libéral de Charlesbourg.
Pour la ministre des Transports Julie Boulet, cet organisme,
qui devait être « indépendant, transparent et compétent »,
devait réunir sous le même toit tout l’effectif voué à la
surveillance, à la préparation et à la planification du parc
d’infrastructures du Québec.
À l’époque, le
Ministère venait de prendre la responsabilité des 4900
structures, ponts et viaducs qui relevaient jusqu’alors des
municipalités, ce qui doublait d’un coup le parc des
structures à surveiller. Cette agence aurait dû se présenter
chaque année à l’Assemblée nationale et faire l’objet d’une
vérification par le vérificateur général. Surtout, le nouvel
organisme permettait d’embaucher les spécialistes en dehors
des normes salariales du Conseil du Trésor. La ministre Boulet
avait alors expliqué que, comme Hydro-Québec pour ses
chantiers, le gouvernement devait offrir de meilleurs salaires
aux ingénieurs pour les attirer et les garder à son service.
L’agence devait s’apparenter à Hydro-Québec pour ce qui est de
la gestion contractuelle et à la Société des traversiers pour
sa marge de manoeuvre en matière de gestion de personnel. Le
projet loi 53 qui la créait avait été déposé à l’automne 2007.
Mais pendant toute l’année 2008, le gouvernement Charest
n’avait pu faire avancer son projet: minoritaire, il avait
besoin de l’appui de l’ADQ ou du PQ. Or, les deux partis
étaient opposés à l’idée. L’ADQ remettait en question le
principe même de la délégation des décisions à un organisme
externe. Pour le PQ, il aurait fallu redoubler de rigueur pour
éviter que cette nouvelle agence ne devienne un lieu de
favoritisme.
Informé du fait que l’agence était envoyée aux oubliettes, le
président de l’Association professionnelle des ingénieurs du
gouvernement du Québec ( APIGQ), Michel Gagnon, pavoisait.
Déjà, devant la commission Johnson, l’APIGQ avait déconseillé
la création d’un organisme externe au ministère des
Transports. Selon les ingénieurs, mieux vaut donner plus de
ressources, « humaines et financières », au Ministère.
Surtout, insiste M. Gagnon, si la ministre Boulet est
cohérente avec ses déclarations de l’an dernier, elle devra
reconnaître que, pour attirer et conserver les compétences
nécessaires, Québec devra mieux rétribuer ses ingénieurs: « Il
faut que le gouvernement règle le problème de la faible
rémunération de ses ingénieurs pour être compétitif avec le
secteur privé. »
Autre source de satisfaction pour le syndicat, le ministère
des Transports est parvenu à échapper à la règle générale qui
veut qu’on ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux. Cet
avantage représente le maintien de presque 600 postes à temps
plein en trois ans, dont 150 ingénieurs et techniciens.
Possible hausse des tarifs : Charest s’empresse de
tempérer ses intentions - Denis Lessard
QUÉBEC — P
rofondément embarrassé par le dévoilement des intentions
du gouvernement en matière de tarification des services
aux citoyens, le premier ministre Jean Charest a soutenu h
ier que « rien n’a été discuté au Conseil des ministres ».
« Il n’y a pas d’hypothèses déposées... » a-t-il renchéri,
en marge d’un déjeuner où il annonçait son intention de se
rendre en Inde au début de l’an prochain.
Or, La Presse a trouvé hier de nouveaux éléments sur ces
intentions gouvernementales, un plan bien embarrassant
pour M. Charest qui, publiquement, dit vouloir consulter
la population avant d’arrêter ses décisions.
C’est ce qu’il martelait encore hier. Une vaste
consultation, cet automne, portera sur le retour à
l’équilibre budgétaire, ce qui inclura une réflexion sur
la tarification gouvernementale. Au ministère de Raymond
Bachand, la porte-parole Catherine Poulin parle
d’«hypothèses de travail» qui n’ont pas été présentées au
Conseil des ministres.
Or, La Presse a pu vérifier qu’un mémoire signé le 14
septembre par le ministre des Finances, Raymond Bachand,
circule largement actuellement dans l’appareil public. On
compte l’inscrire à l’ordre du jour de la réunion du
Conseil des ministres du 7 octobre, confie-t-on.
La « partie accessible au publ ic » du mémoi re de M .
Bachand précise, selon nos sources, que les tarifs des
seuls ministères et organismes – ce qui n’inclut pas les
sociétés d’ État com me Hydro-Québec – font entrer 3
milliards de dollars par année dans les coffres.
L’indexation de ces tarifs rapportera 60 millions de plus
cette année, des recettes qui augmenteront jusqu’à 195
millions en 2013-2014.
Le
document, dans sa partie « confidentielle », indiquet-on,
prévoit aussi le dépôt cet automne d’un projet de loi
desti né à déf i n i r u ne « Politique de financement des
services publics ». On suggère par exemple de mettre en
place un registre des services tarifés et des tarifs,
l’indexation annuelle de ces tarifs et l’établissement
d’une cible d’autofinancement.
Le ministre Bachand propose aussi que le projet de loi lui
permette de hausser plusieurs tarifs à la fois, avec un
seul règlement.
Le ministère de la Justice, a pu confirmer La Presse, a
transmis à la machine administrative le projet de loi
destiné à encadrer les hausses de tarifs attendues, déjà
comptabilisées dans le dernier budget de Monique
Jérôme-Forget.
Montmarquette soulagé
Cité dans l’argumentaire, le rapport Montmarquette, en
avril 2008, relevait que les revenus du gouvernement du
Québec augmenteraient de 5 milliards de dollars si les
tarifs imposés au Québec étaient équivalents à ceux de la
moyenne canadienne. Même mises sous le boisseau par le
premier ministre Charest, ces i ntention s comblent d’aise
l’économiste Claude Montmarquette, du groupe CIRANO. On
peut soutenir que les 22,7 milliards de recettes
tarifaires qui entrent dans les coffres de Québec ne
représentent que 60% de la moyenne canadienne, mais
l’économiste préfère comparer les tarifs et la différence
qu’ils accusent avec le coût réel des services. On doit
alors parler de 5 milliards plutôt que des 15 qui feraient
passer le Québec au diapason des autres provinces pour la
proportion des revenus tirés de la tarification.
« Une hausse des tarifs, c’est la bonne solution», résume
le spécialiste. L’alourdissement du fardeau fiscal des
contribuables serait le pire scénario. On fait fuir les
compétences et on entrave la productivité tout à la fois,
plaide-t-il. Les autres provinces sont devant le même
dilemme – le vérificateur général de l’Ontario a embauché
M. Montmarquette pour qu’il réfléchisse aux tarifs de
cette province.
Québec propose de ne pas toucher aux tarifs des garderies
à 7$. Pour M. Montmarquette il s’agit d’une décision «
purement politique » destinée à assurer la popularité du
gouvernement. Cette exception ne se défend guère, du point
de vue économique. «Cela coûte 2 milliards de dollars par
année... et ce service est financé à 84% par le
gouvernement», rappelle l’économiste.
Charest forcé de battre en retraite - Denis
Lessard
QUÉBEC —
Après avoir soutenu lundi que son gouvernement n’avait pas
de plan dans sa manche pour une hausse générale des
tarifs, le premier ministre Charest a battu en retraite
hier.
PHOTO JACQUES BOISSINOT,
LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Jean
Charest avait opposé un démenti formel aux
informations publiées sur la hausse des tarifs. Or,
un projet de loi devra être inscrit à l’ordre du
jour du Conseil des ministres le 7 octob
Le plan de match révélé par La Presse existe; il était
même prévisible, à partir d’un document qu’avait joint
Monique Jérôme-Forget à son dernier budget, soutient
maintenant M. Charest.
Au surplus, La Presse a finalement mis la main sur le
projet de loi préparé par le ministère de la Justice pour
le compte du ministère des Finances ; avec un mémoire du
ministre des Finances Raymond Bachand, le document doit
être inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres,
le 7 octobre. Choisissant ses mots lundi, M. Charest avait
soutenu qu’il n’y avait « rien de déposé au Conseil des
ministres ». Pour l’instant, fallait-il comprendre.
Hier, à l’Assemblée nationale, la chef péquiste Pauline
Marois a relevé les contradictions dans les déclarations
de M. Charest quant à ses intentions. Jusqu’ici, le
premier ministre avait opposé un démenti formel aux
informations publiées. Pour lui, lundi, la « consultation
» pré-budgétaire était le seul élément sur le tableau du
gouvernement avant de prendre des décisions sur le
financement des services publics.
Relevant l’existence du plan de match confidentiel, Mme
Marois lui a lancé: « Peut-on dire aux contribuables, aux
chefs d’entreprise, aux travailleurs, pourquoi ils
devraient participer à une consultation dont les
conclusions sont écrites à l’avance? »
Le
péquiste Jean-Martin Aussant lui a demandé s’il avait bel
et bien préparé un mémoire pour ses collègues; Raymond
Bachand a répondu: « Il est normal que le ministre
travaille sur toutes les hypothèses pour mettre en ordre
ses politiques. » Des tarifs nouveaux dans le collimateur
Or, son mémoi re de la semaine dernière va bien au-delà
des « hypothèses ». M. Bachand y ouvre même une nouvelle
porte. Dans la partie « confidentielle » non accessible au
public, il souligne que la politique, en plus de
l’indexation générale, devra déterminer les coûts des
services tarifés « ou pouvant l’être » . Certains
services, jusqu’ici offerts gratuitement par Québec,
pourraient donc basculer du côté des activités pour
lesquelles Québec exigera d’être rétribué, voire
remboursé, puisqu’on parle en même temps «
d’autofinancement ».
Au cabinet de M. Bachand, on souligne qu’avec son budget,
Mme Jérôme-Forget avait déposé un document sur le
financement des services publics qui prévoyait
explicitement « un cadre législatif… et un projet de loi
(qui) sera déposé à l’Assemblée nationale en 2009 ».
Dans les notes explicatives du Projet de loi sur le
financement des services publics, qui comporte 50
articles, on précise qu’à compter de janvier prochain, les
organismes publics auront à constituer un « registre des
tarifs » et à déterminer le coût de la « prestation » (du
service) qu’ils doivent offrir aux citoyens. Une fois
adopté, le projet de loi « instaure l’obligation » aux
organismes de « réviser ces tarifs au moins tous les cinq
ans et prévoit leur indexation annuelle ». Après avoir
évalué le coût réel des services qu’ils offrent, les
organismes devront se fixer des cibles « d’autofinancement
». Pour les démunis, la loi prévoit des « mesures
compensatoires » pour maintenir l’accès aux prestations
tarifées.
Le dernier article prévoit que le tout devra s’appliquer à
compter du 1er janvier prochain, sauf l’article 22, qui
contient les dispositions sur l’indexation automatique des
tarifs ; il entrerait en vigueur en janvier 2011.
Jean Charest veut punir Sylvie Roy - Tommy
Chouinard
La
députée de l’ADQ a « abusé de son immunité parlementaire
»
QUÉBEC — Le gouvernement Charest se sert d’une procédure
parlementaire rarissime pour forcer l’adéquiste Sylvie
Roy à s’excuser, voire à quitter l’Assemblée nationale.
C’est un procédé « inadmissible, odieux et méprisable »,
tonne l’opposition, qui accuse le gouvernement de
vouloir museler les députés.
Pour les libéraux, la députée Sylvie Roy a abusé de son
immunité parlementaire jeudi dernier, lors de la période
des questions, en soutenant que le premier ministre Jean
Charest connaît le nom de trois ministres qui se sont
rendus sur le luxueux yacht de l’entrepreneur Tony
Accurso.
Les trois ministres ciblés – J u l i e B o u l e t , Nor
ma n MacMillan et David Whissel (ex-titulaire du
Travail) – ont nié ces allégations. M. Charest, alerté
par Benoit Labonté en mars dernier, a assuré que ses
vérifications ont lavé les ministres de tout soupçon.
C’est lui-même qui a révélé aux médias leur identité.
Le premier ministre avait demandé en vain au nouveau
chef de l’ADQ, Gilles Taillon, de congédier Mme Roy de
son poste de chef parlementaire, plaidant qu’« il y a
des limites à salir la réputation des gens quand ce
n’est basé sur rien ».
Hier, le gouvernement a décidé de prendre les grands
moyens. Le leader parlementaire Jacques Dupuis a déposé
une « motion de violation de droit ou de privilège »,
une procédure très rarement utilisée visant à
sanctionner un député à qui l’on reproche d’avoir dérogé
aux règles de l’Assemblée nationale.
« C’est une mesure exceptionnelle, notre gouvernement ne
l’a jamais utilisée à date, mais la gravité de ce qu’a
fait Mme Roy est telle qu’on va aller jusqu’au bout dans
cette histoire-là », a lancé le ministre et leader
adjoint du gouvernement, Claude Béchard, en conférence
de presse. La sanction « peut aller d’une demande
d’excuses j usqu’à une demande de quitter son siège »,
a-t-il souligné.
Menacer
un élu de le forcer à démissionner n’est pas exagéré
selon lui. « Ce n’est pas parce qu’on a l’immunité
parlementaire et qu’on a été élu qu’on peut salir tout
le monde. C’est très grave de dire des choses qui sont
fausses, en sachant formellement qu’elles sont fausses.
»
Le président de l’Assemblée nationale, Yvon Vallières,
doit juger de la recevabilité de cette motion. Si la
motion est acceptée, la Commission de l’Assemblée
nationale – où les libéraux sont majoritaires – étudiera
le reproche fait à l’endroit de Sylvie Roy et
recommandera une sanction. La Chambre – où le
gouvernement est également majoritaire – sera ensuite
appelée à se prononcer.
Débat houleux
Le dépôt de la motion a provoqué un débat houleux à
l’Assemblée nationale au cours duquel, curieusement, les
adéquistes sont restés silencieux. C’est plutôt le
leader parlementaire du Parti québécois, Stéphane
Bédard, qui a condamné le recours à cette mesure et
l’attitude du président dans ce dossier. Au terme d’un
échange vif – il a même demandé au président s ’ i l «
obéit au règlement ou au gouvernement » – , M. Bédard
est parvenu à arracher une concession à M. Vallières. Le
président a accepté que l’opposition lui remette un
plaidoyer écrit quant à la recevabilité de la motion.
La dernière fois que cette procédure parlementaire a été
utilisée, c’était il y a 20 ans, estime le PQ. Les
péquistes Jean Garon et Michel Pagé avaient présenté
cette motion, mais l a manoeuvre s ’é t a i t retournée
contre eux. Le gouvernement libéral majoritaire leur
avait finalement adressé un blâme, a raconté le PQ.
L or s de l a pér i o de des questions, Jean Charest
s’est dit étonné que Sylvie Roy ne présente pas ses
excuses au sujet de ses « propos diffamatoires ».
Pour Stéphane Bédard, le gouvernement « tente
d’intimider » les députés pour éviter de répondre à des
questions embarrassantes entourant, par exemple,
l’octroi de contrats. « Je défends le droit d’utiliser
ce privilège parlementaire (l ’ i mmunité) pour pouvoir
aller au fond des choses », a affirmé le député, qui n’a
pas voulu juger du bien-fondé de la question posée par
Sylvie Roy.
Rappelons que l a députée avait dit jeudi dernier : «
Est-ce que le ministre de la Sécurité publique, dans ses
vérifications, a appris que le premier ministre sait
qu’il y a trois ministres qui ont été sur le bateau
d’Accurso ? » L’ADQ a décliné les demandes d’entrevue.
Charest, le boss - VINCENT MARISSAL
O
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Jean Charest a imposé un bâillon
pour adopter le projet de loi 40. Déposé en mai
dernier, ce projet de loi vise à suspendre
l’application de certaines dispositions de la loi
antidéficit pour permettre au gouvernement de ne pas
avoir à équilibrer ses budgets pendant quatre ans.
CHRONIQUE n au ra it pu c roi re, c’eût été normal, que
le retour d’un gouvernement majoritaire à Québec allait
nécessairement calmer le jeu à l’Assemblée nationale.
Eh bien non, le début de session parlementaire est
plutôt rock-and-roll à Québec et le gouvernement a
décidé de mater l’opposition après seulement trois jours
en imposant le bâillon.
Jean Charest avait promis à la fin de la dernière
session de ne pas imposer le bâillon. Il n’avait pas dit
toutefois qu’il se reprendrait à la première occasion
dès le début de cette nouvelle session. Faut croire que
cela le démangeait.
La manoeuvre est nécessaire, disent les libéraux, pour
suspendre certains articles de la loi antidéficit.
Sinon, il faudra sabrer dans les programmes
gouvernementaux puisque la loi antidéficit interdit… les
déficits.
C’est d’une logique indéniable. Sur papier.
Au pied de la lettre, la loi interdit effectivement au
gouvernement de faire des déficits. Mais il n’est écrit
nulle part que les finances du Québec vont s’effondrer
si la province entre techniquement en déficit le temps
d’adopter la loi 40 (modifiant la loi antidéficit, vous
suivez toujours ?). Et puis, le gouvernement est
majoritaire. Son projet de loi finira nécessairement par
être adopté. Alors, pourquoi cet empressement?
Avant les motivations financ ières , le coup d’éclat du
gouvernement Charest s’explique d’abord par des motifs
politiques.
Dans l’immédiat, l’imposition du bâillon relègue le
débat sur l’éthique au deuxième rang. Soudainement,
hier, David Whissell est devenu beaucoup moins important
pour l’opposition.
Pour
rester dans les motivations politiques, le geste
intempestif de Jean Charest ressemble fort à une mesure
de représailles envers le PQ, qui a mordu fort les
mollets du gouvernement depuis trois jours sur les
questions d’éthique.
Jean Charest pensait que la démission de David Whissell
de son poste de ministre du Travail allait noyer le
poisson. Mais non, l’opposition n’a pas voulu lâcher le
morceau. Les libéraux étaient extrêmement frustrés par
les attaques du PQ sur l’éthique, au point de parler, en
privé, d’attaquer personnellement Pauline Marois (le
mari de Mme Marois est Claude Blanchet, ex-PDG de la
SGF, congédié par les libéraux, et parti avec une
généreuse pension).
En imposant le bâillon, le premier ministre a réagi
comme un père autoritaire: tu ne veux pas m’obéir, paf!
Une bonne claque en arrière de la tête, et va réfléchir
dans ta chambre!
Après trois jours de session, c’est brutal. À ce
rythme-là, l’Assemblée nationale risque de ressembler à
une bonne vieille joute Canadien-Nordiques d’ici
l’ajournement des Fêtes.
M . Cha rest aura le dernier mot. Il fera adopter son
projet de loi. Mais il n’a pas grand mérite puisqu’il
jouit de la majorité à l’Assemblée nationale.
Cette démonstration de force doit être accompagnée dans
les prochains jours d’autres gestes, rassembleurs
ceux-là. Sinon, Jean Charest aura l’air du petit boss de
la ruelle qui fait la loi juste parce que sa gang est
plus nombreuse que celle des autres.
S’il est vrai qu’il y a urgence, com me le disent les
libéraux, d’adopter le projet de loi 40 pour pouvoir
faire des déficits, l’urgence est encore plus grande de
commencer à attaquer ces déficits, qui devront être
résorbés en 20132014, selon l’engagement du
gouvernement.
Le gouvernement Charest doit commencer par préciser son
plan pour la consultation qu’il a lui-même annoncée.
Ensuite, il doit indiquer les paramètres de cette
consultation: qui, quand, quoi, comment et pourquoi.
Exposer dès maintenant le plan d’élimination du déficit
(prévu en 2013-2014, rappelons-le), comme le demande
Pauline Marois, est irréaliste. Le gouvernement ne peut
pas indiquer quatre ans à l’avance quels seront ses
choix budgétaires. Cela se fait une fois par année, au
dépôt du budget, justement.
Et puis, l’opposition doit être cohérente : si elle
réclame une consultation, elle ne peut pas en même temps
exiger maintenant toutes les réponses du gouvernement.
Le baillon... pour mieux retourner aux déficits !...
- Tommy Chouinard
RETOUR AUX DÉFICITS À QUÉBEC
Surprise
sur la colline parlementaire. Alors que le bâillon est
généralement utilisé à la fin de la session
parlementaire, le gouvernement Charest a décidé de s’en
servir d’emblée. Objectif : faire adopter une loi qui
autorise la province à être en déficit.
QUÉBEC — Dès la première semaine de la session
parlementaire, le gouvernement Charest impose un bâillon
pour adopter à toute vapeur un projet de loi qui
l’autorise à plonger le Québec dans le rouge pendant
quatre ans.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Jean Charest a demandé hier au
président de l’Assemblée nationale de convoquer tous
les députés pour une séance extraordinaire
aujourd’hui.
H ier, en début d’aprèsmidi, le premier ministre Jean
Charest a demandé au président de l’A ssemblée
nationale, Yvon Vallières, de convoquer tous les députés
pour une séance extraordinaire aujourd’hui.
Les règles normales de procédure sont suspendues. Le
projet de loi 40 sur l’équilibre budgétaire sera adopté
en quelques heures, à la suite de débats écourtés.
Déposé en mai dernier, ce projet de loi vise à suspendre
l’application de certaines dispositions de la loi
antidéficit pour permettre au gouvernement de ne pas
avoir à équilibrer ses budgets pendant quatre ans. L e
gouvernement Cha rest prévoit des déficits totalisant
plus de 11 milliards de dollars, dont 3,9 milliards
cette année.
Le coup de force du gouvernement a causé la surprise sur
la colline parlementaire. C’est que le recours au
bâillon, une mesure exceptionnelle, se fait généralement
à la toute fin d’une session parlementaire, lorsque le
gouvernement juge impossible d’obtenir l’accord de
l’opposition et tient à aller de l’avant. Dans le cas
présent, la session parlementaire a débuté mardi.
« L es c hoses n’ava ncent pas », a plaidé le ministre
des Finances, Raymond Bachand. « L’opposition a
clairement indiqué qu’elle n’acceptait pas le fond du
projet de loi. »
« C ’est le retou r à l’ État autoritaire ! » a tonné le
leader parlementaire de l’opposition officielle,
Stéphane Bédard. « C’est Jean Charest à la sauce 2003.
Il ne l’a pas dit en élections qu’il voulait remontrer
ce côté sombre de sa personnalité : En dehors de moi,
point de salut. Il revient avec la bonne vieille
méthode, il rentre les choses de force. »
Pou r j ustifier le recou rs à la « motion de procédure
d’exception » – mieux connue sous le nom de bâillon – ,
Raymond Bachand a affirmé que 50 heures de consultations
et de débats ont déjà eu lieu le printemps dernier et
qu’un seul article a été adopté jusqu’à maintenant.
Selon le grand argentier du gouvernement, « la loi 40
est essentielle » pour assurer « la crédibilité des
finances publiques du Québec ». « Il n’y a pas de menace
» de la part des agences de notation au sujet de la cote
de crédit du Québec, « mais il faut un moment don né
avoir u ne maison qui est en ordre », at-il ajouté.
La réfor
me compt able contenue dans le projet de loi – et
réclamée par le vérificateur général – doit aussi être
adoptée afin de publier la mise à jour économique en
octobre de même que les états financiers de l’année
budgétaire terminée le 31 mars dernier.
Un « chèque en blanc »
Les explications du gouvernement sont « loufoques » aux
yeux de Stéphane Bédard. « Ce que voulait Jean Charest,
c ’est u n chèque en bla nc pou r pouvoir endetter les
Québécois », a-t-il lancé. « On veut nous forcer à
accepter un chèque en blanc avec un fusil sur la tempe
», a renchéri le député adéquiste François Bonnardel.
Depuis le printemps dernier, l’opposition refuse de
donner son aval au projet de l oi . E l le veut d ’abord
connaître les mesures qu’entend prendre le gouvernement
pour assurer le retour à l ’é q u i l ibr e bu d gé t a
i r e . Seu lement u ne pa r tie du plan est connue :
hausse de la TVQ, indexation des tarifs des services
publics et croissance des dépenses limitée à 3,2 %.
En juin dernier, le gouvernement avait accepté d’amender
le projet de l oi pou r garantir le retour au déficit
zéro en 2013-2014. Mais ce n’éta it pas su f fisa nt pou
r l’opposition.
Hier matin, le Parti québécois et l’Action démocratique
du Québec avaient mis un peu d’eau dans leur vin. Ils
avaient proposé de scinder le projet de loi afin
d’adopter immédiatement les articles qui portent sur la
réforme comptable et qu i ne f ont l’objet d’aucun
litige. Mais Jean Charest avait déjà pris sa décision. L
e gouvernement regrette même de ne pas avoir imposé le
bâillon dès le printemps. « On aurait dû l’adopter à la
fin juin », a affirmé Raymond Bachand. Le gouvernement
espérait à l’époque que l’opposition change d’idée au
cours de l’été.
C’est la sixième fois que le gouvernement impose un
bâillon depuis son arrivée au pouvoir, mais la première
fois depuis décembre 2006. En tout, 23 projets de loi
ont été adoptés entre 2003 et 2006 au moyen de cette
mesure spéciale.
Le bâillon qui est imposé aujourd’hui est un peu
différent de celui utilisé dans le passé. Selon une
réforme parlementaire qui vient d’entrer en vigueur, le
gouvernement ne peut recourir à cette motion d’exception
que pour adopter un projet de loi à la fois. Auparavant,
plusieurs lois pouva ient être adop - tées d’un seul
coup. Cette contrainte ne pose toutefois aucun problème
au gouvernement cette fois-ci, puisque seul le projet de
loi 40 sera réglé sous le bâillon.
Un bâillon inutile - ALAIN DUBUC
Prétextant
l’urgence,
le gouvernement Charest a imposé le bâillon, pour
mettre fin aux débats sur la loi 40 qui permet le
retour au déficit budgétaire pour quelques années.
Cette façon de mettre brutalement fin au débat
parlementaire est non seulement abusive, elle trahit
l’esprit des politiques antidéficit.
La loi 40 a pour but de suspendre la fameuse loi sur
le déficit zéro du premier ministre Lucien Bouchard.
Elle permet la création de déficits pour quatre ans,
et surtout, elle n’oblige pas le gouvernement à les
effacer en créant des surplus. On ne peut pas
reprocher aux libéraux cette entorse à une loi qui
avait pris valeur de symbole. La grave récession qui
nous a frappés rendait ces déficits non seulement
inévitables, mais essentiels pour assurer la reprise
économique.
Mais ce n’est pas parce qu’on abandonne momentanément
les préceptes de cette loi qu’il faut en abandonner
aussi l’esprit. La loi sur l’équilibre budgétaire
avait un double objectif. Le premier était financier
et comptable: éliminer le déficit. Le second était
politique; créer des obstacles pour empêcher un
gouvernement de revenir aux mauvaises pratiques
d’antan. Un carcan pour forcer un gouvernement qui
recourt aux déficits à justifier sa décision et, le
cas échéant, à en payer le prix politique. Cet
obstacle, c’est le débat parlementaire. Et même si les
libéraux le trouvent pénible, il joue un rôle
essentiel pour empêcher la banalisation du déficit.
D’autant plus que, justement dans ce dossier précis,
on a pu voir l’utilité des débats parlementaires.
L’opposition péquiste, avec le critique François
Legault, a forcé le gouvernement à accepter un
amendement important. Le projet de loi initial
laissait le moment du retour à l’équilibre à la
discrétion du ministre des Finances. Une imprécision
inquiétante qui a été corrigée. Il est maintenant bien
écrit que le retour au déficit zéro doit se faire en
2013-2014. Si c’est trop tôt, le ministre n’aura qu’à
revenir en chambre pour défendre son dossier.
De
toute façon, la bataille contre le projet de loi 40
aurait commencé à nuire aux partis de l’opposition,
parce qu’ils étaient à bout d’arguments. On peut
difficilement reprocher au gouvernement Charest des
erreurs de prévision auxquelles personne n’a échappé
sur la planète, ni la création des déficits, un
outil de relance recommandé par tous les organismes
internationaux. On ne peut pas non plus exiger des
libéraux un plan qui décrit de façon précise comment
ils s’y prendront pour le ramener à zéro dans quatre
ans.
C’est une demande irréaliste. Le ministre des
Finances, Raymond Bachand, et son ministère ne
peuvent prévoir précisément le déficit des
prochaines années. Il y a trop d’inconnues. Sur la
vigueur de la reprise, sur le moment où les revenus
reviendront à la normale, sur l’impact à long terme
de la crise boursière, sur l’évolution des taux
d’intérêt. On ne sait pas non plus quelle est la
proportion du déficit qui se révélera être de nature
structurelle. Difficile de proposer un plan précis
quand on ne connaît pas l’ampleur de l’effort.
Ce qu’on peut exiger du gouvernement, c’est un
engagement ferme d’éliminer le déficit. Il semble
bien être là. Ensuite, une transparence qui, à
défaut de donner le détail des mesures, nous prépare
à l’ampleur de ce qui nous attend. Le déficit ne
disparaîtra pas tout seul, grâce à la croissance
économique, comme le prétend à Ottawa le ministre
Jim Flaherty.
À
cet égard, en annonçant la tenue d’un vaste
«dialogue» sur les finances publiques, M. Charest
envoie le message qu’il faudra faire des choix
difficiles. Le véritable test sera là, dans la
qualité de cette consultation et dans les gestes
concrets qui la prolongeront. Pas dans le débat sur
la loi 40.
CHUM : Vidéotron demande une compensation
L’entreprise devra déménager de l’équipement technologique
encore sur place
La démolition de l’édifice Vidéotron pour permettre la
const ruc t ion du nouveau Centre de recherche du CHUM
pour ra i t êt re coûteuse. Certains équipements i mport
ant s du réseau Vidéotron s’y trouvent encore. Tout devra
être déménagé. La Presse a appris que Vidéot r on négoc i
e actuellement avec le gouvernement afin d’obtenir une
importante compensation.
La démolition de l’édifice situé
au 300, avenue Viger Est, fait l’objet de pourparlers
entre le gouvernement et Vidéotron.
La semaine dernière, le gouvernement a autorisé les
consortiums en compétition pour la construction en
partenariat public-privé du Centre de recherche du Cent re
hospitalier de l’Université de Montréa l ( CRCHUM) à
reconst r u i re l ’ éd i f i ce Vidéot ron. Dans l ’
appel de propositions initial, les soumissionnaires
devaient seulement rénover cet édifice, situé au 300,
avenue Viger Est.
Plusieurs i ntervena nts s’attendent à ce que l’immeuble,
expropr ié pour 28 millions en 2007, soit démoli. Cette
démolition ne sera pas sans conséquence, car Vidéotron y
possède encore de l ’ équipement. « C’était notre siège
social. Il reste encore de l’équipement technologique,
mais pour des raisons de sécurité, je ne veux pas vous
dire quoi », confirme le directeur général des
communications d’entreprise de Vidéotron, Marc Labelle.
Si l’édifice Vidéotron avait été conservé, la compagnie
aurait envisagé de demander à y conserver ses équipements,
explique M. Labelle. « Mais ça ne semble pas dans
l’intention du CHUM », note-t-il. Vidéotron doit donc
déménager ses équipements, ce qui « n’est pas facile » ,
selon M. Labelle.
Vidéotron négocie actuellement avec le gouvernement pour
obtenir une aide financière à cet égard. La portepa role
du CHUM, Luc ie Dufresne, reconnaît que des pourparlers
sont en cours.
Mais d’un
côté comme de l’autre, on refuse de divulguer les détails
des négociations. La date à laquelle Vidéotron devra avoir
libéré l’édifice est aussi tenue secrète. « Vidéotron est
un citoyen responsable. J’espère que le gouvernement va
aussi être responsable et nous laisser le temps de nous
reloger », se contente de dire M. Labelle.
LaconstructionduCRCHUM devait coûter 320 millions, mais le
CHUM a été incapable de dire, hier, si le dédommagement
versé à Vidéotron fera augmenter ces coûts. « Tout ce que
je peux vous dire, c’est que ce n’est pas nouveau sur le
plan financier et de l’acquisition », a dit Mme Dufresne.
Les propositions techniques du futur CRCHUM ont été
déposées le 10 juillet dernier. Le choix du proposant qui
construira le futur complexe sera connu cet automne. Mme
Dufresne assure que le déménagement des équipements de
Vidéotron n’entraînera pas de retard dans la construction
du CRCHUM. Un CPE expulsé
Par ailleurs, en plus de l’équipement de Vidéotron, un
centre de la petite enfance (CPE) occupe encore l’édifice
Vidéotron. Selon ce que La Presse a appris, le CPE Les
Câblinours, qui s’occupe de 60 enfants, devra lui aussi
déménager et sera dédommagé.
AucabinetdeTonyTomassi, ministre de la Famille, la
porte-parole Marie-Pierre Champagne confirme : « Nous
discutons avec les dirigeants du CPE pour les aider à se
déménager. » Elle ajoute que le CPE sera « admissible à du
financement » dans le cadre du programme financier aux
infrastructures, mais elle ignore l’ampleur de cette aide
financière.
PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉLe vérificateur général va
brasser la cage - Denis Lessard
le CHUM, qui accumule les retards et dont la première
pelletée de terre ne pourra avoir lieu avant 2011. Le
gouvernement Charest a récemment réitéré aux consortiums qui
ont soumissionné son intention d’aller de l’avant en PPP.
Mais depuis le départ de Monique Jérôme-Forget, en avril
dernier, toute la stratégie des PPP est en déroute à Québec.
Le président de l’Agence, Pierre Lefebvre, a été mis sur une
voie de garage au Conseil du Trésor. Un fonctionnaire,
Normand Bergeron, a pris les rênes de l’organisme, devenu «
Infrastructure Québec », dont le rôle n’est plus que «
d’accompagner » les ministères dans leurs projets de
construction.
Dans une version préliminaire
de son rapport, le vérificateur général, Renaud
Lachance, estime pour l’essentiel que l’Agence des
PPP a manqué de rigueur en conseillant à Québec
d’aller dans cette direction.
Le vérificateur s’est donné le mandat de garder l’oeil
ouvert sur les hôpitaux universitaires de Montréal –
une vérification continue dont il fait part des
progrès dans chacun de ses rapports. Selon
l’information qui filtre, le rapport sera rendu public
la semaine prochaine.
On ne s ’en prend pas nommément au président de
l’Agence, Pierre Lefebvre, pas plus qu’au président du
conseil, Pierre Lortie. Le vérificateur général estime
toutefois que les dés étaient pipés lorsque Québec a
opté pour le PPP dans le projet du CHUM.
En
évaluant les coûts du mode de construction habituel,
l’Agence a, selon le vérificateur, inclus beaucoup
trop de risques, ce qui a fait gonfler les coûts. Les
économies prévues par l’Agence si l’on recourait au
PPP ne tiennent pas davantage la route, croit le
vérificateur.
L’Agence a fait ce qu’elle souhaitait faire et,
ignorant les ministères – la Santé et le Trésor –,
elle aurait ainsi répondu à la commande du
gouvernement, qui favorisait les PPP. Le vérificateur
ne peut pas dire que le recours au PPP n’était pas
justifié, mais l’étude du dossier ne révèle pas, selon
lui, qu’il était avantageux.
Pour le vérificateur, l’Agence des PPP a choisi de ne
pas étudier toutes les hypothèses, surtout celles qui
auraient pu nuire à une décision favorable aux
partenariats public-privé. L’Agence a insisté sur les
risques que comporte le déficit d’entretien de tels
immeubles. Selon le vérificateur, la loi fixe à 2% les
coûts d’entretien. L’Agence considérait toutefois que
cette balise, peut-être valable pour une route, ne
convenait pas à un immeuble à la fine pointe de la
technologie.
CHUM Québec
maintient
le PPP - Denis Lessard & Tommy
Chouinard
QUÉBEC
— Le gouvernement Charest a pris sa décision. Le CHUM
sera construit en partenariat avec l’entreprise privée
(PPP), et il ne sera plus question d’un plan B.
Monique Gagnon-Tremblay, présidente du Conseil du
Trésor, a confirmé sans détour l’information publiée
hier par La Presse.
PHOTO DAVID BOILY,
ARCHIVES LA PRESSE
Le gouvernement a assuré les
deux consortiums retenus pour soumissionner la
construction du CHUM que le mode PPP serait
maintenu.
Le gouvernement a assuré les deux consortiums retenus
pour soumissionner la construction du futur hôpital
que le mode PPP serait maintenu. Cette information a
filtré dans le réseau de la Santé.
En juin, Québec avait décidé de remettre en question
la construction du nouvel hôpital universitaire
francophone en PPP. Les avantages liés aux PPP en
période de crise économique sont beaucoup moins
grands, notamment parce que les consortiums ont plus
difficilement accès au x capit au x . L es c hoses ont
changé, a soutenu hier Mme Gagnon-Tremblay.
« On se souviendra que, dans le courant de l’été, on a
beaucoup discuté (de cette question) par rapport à la
crise économique. La crise économique nous a obligés à
nous questionner sur le financement. Le financement ne
semble pas être une difficulté actuellement. Nous
poursuivons », a-t-elle affirmé hier matin avant une
réunion du Conseil des ministres.
E n réponse au député péquiste Sylvain Simard, qui lui
avait demandé si le PPP n’était plus remis en
question, elle a lancé : « La décision a été prise. »
Pourtant, un peu plus tôt, Yves Bolduc avait dit que
le gouvernement était toujours en train de « revoir »
le mode de réalisation du nouveau CH UM. « On va
choisir le meilleur mode de réalisation, au moment
venu, dans l’intérêt des contribuables québécois »,
avait-il dit la veille, à la période des questions. En
fin de journée, il a indiqué à La Presse qu’il devait
avoir da ns les proc ha i nes heures une rencontre
avec Mme Gagnon-Tremblay à ce sujet.
Dans
les coulisses, on prévoit que l’un des groupes,
Innisfree, demandera au gouvernement de fournir le
financement nécessaire. L’enjeu est de taille : Québec
peut financer à 4 % des emprunts énormes frappés de
taux qui dépassent 7 % dans les institutions privées.
Hier, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a dit
croire que, au printemps 2010, au moment du dépôt des
soumissions, le contexte économique permettra aux
entreprises de trouver le financement au privé. Si
l’un des groupes éprouve des problèmes, Québec devra
toutefois consentir à le financer, quelle que soit la
soumission retenue – le gouvernement ne peut se
permettre de se retrouver avec un seul
soumissionnaire.
En mars, le premier ministre Charest avait lui-même
évoqué un « plan B » si le gouvernement décidait de
renoncer au PPP, comme il l’a fait pour la réfection
de l’échangeur Turcot. « Il n’y a plus du tout
d’économies parce que le contexte économique mondial
change les conditions de financement de nos
partenaires », avait dit la ministre des Transports,
Julie Boulet, lors de l’annonce de la décision, en
juillet.
L es deu x m i n istres ont confirmé qu’un litige
oppose le gouvernement et les deux con sor tiu m s au
sujet des dédommagements à prévoir au contrat, comme
l’a indiqué La Presse hier. « Aucune entreprise ne
trava ille bénévolement » a soutenu Mme
Gagnon-Tremblay, relancée à propos des indemnités de
15 millions que réclament les deux consortiums afin de
payer le travail nécessaire à la préparation de la
soumission.
Travaux arrêtés
Yves Bolduc a confirmé que les travau x n’ont pas ava
ncé pou r cette ra ison . « Il y a des discussions qui
devraient aboutir et les travaux devraient reprendre
», a-t-il soutenu, confirmant la paralysie du projet.
« Il va y avoir un retard de quelques semaines. Mais
par la suite, quand on se sera entendus, les travaux
vont reprendre, et puis il y a moyen de récupérer le
retard, selon le nombre de personnes qui seront
affectées aux travaux », a-t-il expliqué, ce que
mettent en doute les professionnels spécialisés. « De
tels projets nécessitent de mettre ensemble beaucoup
de personnes… Cela ne se fait pas si facilement qu’on
le pense », résume-t-on. Plus tôt, le ministre Bolduc
avait souligné que les six mois de retard pouvaient
être rattrapés en affectant davantage de ressources à
la préparation des soumissions. Or, ces soumissions
doivent être très soigneusement préparées ; les
entrepreneurs doivent tout y prévoir pour ne pas
sous-estimer les coûts.
Selon le ministre Bolduc, l’échéance de 2014 pour la
réalisation de la première phase du projet et de 2018
pour la deuxième demeure. Le projet coûtera 2,5
milliards de dollars en tenant compte de l’inflation.
CHUM : Pas de PPP, réclament les syndicats
- Pascale Breton
Au
moment où Québec semble hésitant à aller de l’avant
avec la formule des partenariats publicprivé,
plusieurs syndicats affiliés à la CSN sont revenus à
la charge hier pour que le CHUM et le CUSM soient
construits en mode traditionnel.
Une des principales raisons pour lesquelles le
gouvernement hésite à revenir en arrière est liée aux
coûts, croit la Confédération des syndicats nationaux
(CSN). Québec devra verser des millions aux
consortiums en lice s’il renonce à continuer en mode
PPP.
PHOTO IVANOH DEMERS,
LA PRESSE
La CSN a choisi la journée où
la direction du CUSM présentait à ses cadres et
employés les deux projets en lice pour la
réalisation de l’hôpital en mode PPP pour tenir une
action d’information. Elle a organisé une épluchette
de blé d’Inde devant les 11 hôpitaux actuels du CUSM
et du CHUM.
« S’il y a des coûts supplémentaires pour mettre fin
au contrat, je suis convaincu qu’on va récupérer cet
argentlà en le faisant selon le modèle traditionnel »,
a déclaré le viceprésident de la CSN, Louis Roy
Il a souligné du même souffle que le gouvernement a
dépensé à ce jour plus de 30 millions en études de
toutes sortes à l’Agence de partenariat public-privé
pour la construction du CHUM et du CUSM.
Des emplois en jeu
L es sy nd icats c ra ignent aussi des pertes
d’emplois. Ce sont quelques centaines d’emplois,
principalement dans les corps de métiers comme les
électriciens, les plâtriers ou les journaliers, qui
seraient perdus.
La
formule du PPP prévoit en effet que le consortium
gagnant s’occupe de la construction, mais également de
l’entretien des bâtiments pour les 30 prochaines
années.
« Les gens de métier ne seront plus requis pour
travailler sur le site. Ce qui nous donne le plus de
travail, ce sont les patients, avec les bris qui
surviennent dans les chambres ou les sonnettes
d’alarme », explique Pierre Daoust, président du
Syndicat des employés du CHUM-CSN.
Il estime à plus de 150 le nombre de personnes qui
risquent de perdre leur emploi au CHUM, sans compter
ceux qui travaillent aux cuisines, qui devraient être
aménagées à l’extérieur des murs du nouvel hôpital. Au
CUSM, quelque 400 emplois pourraient être perdus au
total.
Plus de transparence
« On veut un hôpital public. On veut la flexibilité de
connaître quels changements technologiques il va y
avoir », a insisté la présidente du Syndicat des
employés du CUSM-CSN, Olga Giancristofaro, en
dénonçant la culture du secret entourant les PPP.
La CSN a choisi la journée où la direction du CUSM
présentait à ses cadres et employés les deux projets
en lice pour la réalisation de l’hôpital en mode PPP
pour tenir une action d’information. Elle a organisé
une épluchette de blé d’Inde devant les 11hôpitaux
actuels du CUSM et du CHUM.
L’Agence des PPP se meurt - Denis Lessard
QUÉBEC—
L’approchedes «partenariats public-privé » a vécu. Le
gouvernement Charest se prépare à changer en profondeur
la mission de l’Agence des PPP, dernier vestige de
l’héritage de Monique Jérôme-Forget.
Avec la mise au rancart de la « modernisation » ou de la
« réingénierie » de l’État – des engagements importants
qui avaient fini en queue de poisson –, la disparition
de l’agence, souvent critiquée, vient tirer un trait
définitif sur les plans des libéraux à leur arrivée au
pouvoir en 2003. Selon ce qu’a appris La Presse, Québec
déposera cet automne à l’Assemblée nationale un projet
de loi pour modifier la mission de l’Agence des PPP.
L’organisme aura le mandat d’encadrer les grands
chantiers, mais les partenariats avec le secteur privé
glisseront sous le tapis, réduits à un volet des
activités de la future organisation.
Devant une centaine de personnes, le nouveau président
de l’organisme, Normand Bergeron, a indiqué hier matin
que la nouvelle organisation aura un mandat « horizontal
», centralisera l’information sur l’ensemble des projets
de construction du gouvernement, qu’il s’agisse de
partenariats avec le secteur privé ou non.
M. Bergeron avait parlé du projet du gouvernement devant
plusieurs personnes au cours des dernières semaines.
L’Agence « pourrait jouer un rôle d’accompagnement plus
large auprès des ministères, pour des projets qui ne
sont pas des PPP proprement dits », a souligné hier M.
Bergeron – sans toutefois faire allusion à un projet de
loi. Selon lui, les PPP ont connu au Québec une
résistance « qui va bien au-delà de ce qui a été observé
ailleurs ». « Je m’attends à ce qu’on parle des PPP au
prochain Bye Bye » a-t-il ironisé, certain que la
formule qui a été utilisée « avec succès dans tous les
autres pays occidentaux » ne disparaîtra pas au Québec.
Mais les membres de l’Institut des partenariats
public-privé ont toutefois compris rapidement que les
différents ministères (Transports ou Santé, par exemple)
conserveront la « maîtrise d’oeuvre» de leurs projets.
Avec dans les cartons des projets d’infrastructures
d’une valeur de 42 milliards – une annonce de campagne
électorale destinée à contrer le ralentissement
économique–, le Conseil du Trésor veut une organisation
pour centraliser l’information sur l’ensemble de ces
engagements, pour « accompagner » les ministères. Dans
l’un des scénarios envisagés, la nouvelle agence devrait
évaluer tous les projets de plus de 40 millions, mais
elle n’aurait pas de réels pouvoirs sur le cheminement
des travaux.
En
filigrane, on explique que le gouvernement Charest « ne
veut plus faire de PPP ». « La formule PPP est
contaminée », explique-t-on. Aussi, la décision de
reprendre en main la réfection de l’échangeur Turcot
sans le concours de l’entreprise privée, alors que le
Conseil des ministres en avait décidé autrement à
l’origine, est-elle symptomatique. Même si M. Bergeron
promet que le projet du CHUM ira bientôt de l’avant en
PPP, dans les cercles politiques, on interprète le
silence du gouvernement quant à ce mode de réalisation
comme de bien mauvais augure.
Au surplus, la principale avocate de cette stratégie,
Monique Jérôme-Forget, a quitté la vie publique, ce qui
a vite scellé le sort de son protégé, Pierre Lefebvre,
remplacé à la tête de l’agence en juin dernier.
Même s’il voulait maintenir l’agence intacte, le
gouvernement devrait tout de même en modifier le
financement. La volonté de réaliser de moins en moins de
projets en partenariat publicprivé a privé d’oxygène la
petite organisation d’une quarantaine de personnes.
L’agence, selon sa loi constitutive, doit
s’autofinancer. Elle s’alimente à même des honoraires
facturés à l’heure aux clients – ici, le gouvernement –
comme une agence privée. Les ministères des Transports
et de la Culture (pour la salle de l’Orchestre
symphonique de Montréal) ont payé 30 millions en
honoraires pour les spécialistes de l’agence des PPP, un
mode de financement qui agace passablement la machine
administrative.
Or, les projets importants de l’Agence sont « sortis »
de la machine – le pont de la 25 ou le prolongement de
la 30 sont en route. On travaille encore sur le CHUM,
mais l’organisme aura besoin de subventions
gouvernementales s’il n’a pas de nouveaux projets.
Nomméen juin, M. Bergeron, jusqu’alors sous-ministre des
Ressources naturelles, a fait les manchettes cet été. On
a attribué à ce fonctionnaire de carrière le même
salaire qu’à prédécesseur, recruté à Londres dans
l’entreprise privée: 232 000$, ce qui le place au
deuxième rang des salariés les mieux payés de la
fonction publique québécoise. Seul Gérard Bibeau,
secrétaire général du gouvernement, gagne davantage –
3000$ de plus.
L’apostasie - ANDRÉ PRATTE
La foi du
gouvernement Charest envers les PPP faiblit à vue d’æil.
Depuis le départ de Monique Jérôme-Forget, la foi du
gouvernement Charest envers les partenariats public-privé
faiblit à vue d’oeil. Il y a quelques jours, le ministre de
la Santé, Yves Bolduc, a déclaré que « le PPP n’est pas une
religion » pour les libéraux. Sa consoeur Monique
GagnonTremblay a ouvert la porte à un retour au mode
traditionnel pour les projets du CHUM et de l’échangeur
Turcot.
Cet ajustement est bienvenu. En gestion publique, la foi
aveugle en une formule, quelle qu’elle soit, n’est jamais
souhaitable.
Cela dit, il ne faudrait pas verser dans l’excès contraire.
Dépendant du projet, dépendant du contexte, le PPP pourrait
se révéler une meilleure façon de faire.
Le
gouvernement libéral a commis l’erreur de se lancer avec
trop d’enthousiasme dans les PPP, un mode de construction et
de financement dans lequel l’État québécois n’avait aucune
expérience. Certes, ces partenariats avaient donné de bons
résultats ailleurs. Mais on y avait aussi constaté des
difficultés, notamment la lourdeur du processus menant à la
conclusion du contrat.
Cela étant, Québec aurait dû tester la formule dans quelques
projets relativement simples; le prolongement des autoroutes
25 et 30, la nouvelle salle de l’OSM faisaient parfaitement
l’affaire. Les deux nouveaux centres hospitaliers
universitaires de Montréal étaient des projets beaucoup trop
gros, complexes et controversés pour qu’on tente de les
réaliser en PPP.
Faudrait-il faire marche arrière dès maintenant dans le cas
du CHUM, comme le soutient notamment l’Ordre des architectes
du Québec? Il nous semble qu’il est préférable d’avoir les
propositions des consortiums candidats en main avant de
laisser tomber le partenariat public-privé. On prendra alors
une décision en toute connaissance de cause, notamment en ce
qui a trait aux coûts de financement. Depuis que Mme
Jérôme-Forget a été séduite par la formule PPP, la crise
financière est venue changer la donne. Dans la mesure où les
entreprises privées ont du mal à obtenir des prêts, les
gouvernements doivent assumer une plus grande part du risque
des partenariats, ce qui rend ces derniers moins avantageux.
La formule ne compte d’ailleurs plus guère de partisans,
même dans le milieu patronal.
L’heure est peut-être venue de faire une pause. Avant de
lancer d’autres projets en PPP, le gouvernement devrait
évaluer le chemin parcouru, déterminer pour quels types de
projet les partenariats sont appropriés et apporter des
correctifs au processus (le fonctionnement de l’Agence des
PPP a fait l’objet de maintes critiques). Il ne s’agit pas
d’avoir la foi dans les PPP ou au contraire d’y voir le
diable en personne. Il s’agit de choisir, objectivement, en
se basant sur l’expérience acquise, la meilleure façon de
réaliser chaque projet d’infrastructure publique.
Le CHUM « encore sur le mode PPP », dit Yves
Bolduc
La formule
des partenariats publicprivé est toujours à l’ordre du jour
pour le Centre hospitalier de l’Université de Montréal
(CHUM), assure le ministre de la Santé et des Services
sociaux, Yves Bolduc.
Si certains ont interprété le départ avant la fin de son
mandat du président de l’Agence des partenariats
public-privé comme la mise au rancart des PPP, le ministre
de la Santé, lui, a assuré que ce n’était pas le cas pour le
CHUM à l’heure actuelle.
« Non, non. Ce qu’on a dit, c’est que pour le gouvernement,
ce n’est pas une religion et ce n’est pas de l’idéologie. Ce
qu’on veut, c’est d’avoir le meilleur projet », a lancé le
ministre Bolduc.
Interrogé
hier, alors qu’il était de passage à l’Institut de
cardiologie de Montréal pour annoncer l’agrandissement du
centre de recherche, le ministre Bolduc a affirmé que les
deux consortiums retenus s’affairaient présentement à
rédiger leur projet, à la suite de l’appel de propositions
qui a été lancé.
Il faudra attendre de connaître ce que les consortiums
auront proposé comme projet et voir le financement qu’ils
auront réussi à obtenir avant de trancher de façon
définitive, a expliqué le ministre.
«Il y a un an, on parlait que le mode PPP, c’était le mode
retenu. Dans 8 à 12 mois, quand on va arriver à la fin du
processus, peut-être à cause des conditions de financement,
de différents facteurs, on pourra changer le mode de
réalisation. Mais actuellement, on est encore sur le mode
PPP», a martelé M. Bolduc.
Le mode PPP rebute ingénieurs et économistes
Après les
architectes, c’est au tour des ingénieurs et des économistes
du Québec de se montrer sceptiques, sinon carrément opposés à
la construction d’hôpitaux universitaires comme le CHUM en
mode de partenariat public-privé (PPP).
« Le PPP est un mode de réalisation inadéquat pour des projets
complexes et comportant des inconnues comme les hôpitaux
universitaires CHUM et CUSM, de même que pour la
reconstruction du complexe d’échangeurs Turcot », a affirmé
Zaki Ghavitian, le président de l’Ordre des ingénieurs du
Québec.
Au même moment, l’Association des économistes québécois publie
un sondage montrant que seulement 32% de ses membres voient
d’un bon oeil le choix du PPP pour la réalisation de grands
projets d’hôpitaux universitaires. Cette association
professionnelle regroupe 787 économistes ; le tiers d’entre
eux ont répondu à un sondage réalisé par la firme Léger
Marketing.
Plus tôt
cette année, le président de l’Ordre des architectes, André
Bourassa, avait affirmé que la construction du CHUM en PPP
n’avait « pas de sens », étant donné la complexité du projet.
Le président de l’Ordre des ingénieurs abonde dans ce sens.
« Un hôpital est un organisme en perpétuel changement, a dit
Ghavitian, au cours d’un entretien, hier. Il y a toujours une
évolution en médecine et dans les besoins de la population. On
ne peut pas figer cela dans un contrat de PPP. Ce n’est pas
tout. Actuellement, il n’y a pas beaucoup de financiers qui
prêtent de l’argent. Le gouvernement est appelé à garantir
l’emprunt, comme il l’a fait pour la salle de l’Orchestre
symphonique de Montréal. Cela signifie qu’il ne transfère plus
les risques au secteur privé, ce qui est la raison d’être des
PPP. »
La firme de sondage Léger Marketing a posé cette question à
228 économistes: « Le gouvernement du Québec est sur le point
d’investir plus de 5 milliards de dollars pour la construction
de trois grands centres hospitaliers universitaires (CHUM,
CUSM et Sainte-Justine). Est-ce que ce serait selon vous une
bonne ou une mauvaise chose que ces trois projets soient
réalisés en mode PPP ? » Le tiers des répondants ( 32%)
seulement ont répondu que c’est une bonne chose; 53% estiment
que c’est une mauvaise chose; 15% n’ont pas d’opinion.
Au tour des entrepreneurs de contester les PPP
CENTRE
HOSPITALIERS UNIVERSITAIRES
Après les architectes, les ingénieurs, les économistes et des
médecins, c’est au tour des entrepreneurs généraux à contester
le choix du partenariat public-privé ( PPP) pour construire
les centres hospitaliers universitaires (CHU). Hier, le
docteur Alain Vadeboncoeur, porte-parole d’une nouvelle
coalition nommée « CHU sans PPP », a dit ne pas comprendre
l’obstination du gouvernement à garder un mode « aussi coûteux
».
En
conférence de presse, hier, la coalition « CHU sans PPP »
(qui regroupe plusieurs associations professionnelles et
syndicats) a appelé le gouvernement Charest à revenir « à
une approche conventionnelle résolument publique» pour la
construction des centres hospitaliers universitaires. Sur la
photo, André Bourassa, président de l’Ordre des architectes,
et Régine Laurent, présidente de la Fédération des
infirmiers et infirmières du Québec. Les deux groupes font
partie de la coalition.
Dans une lettre inédite, le président de la Corporation des
entrepreneurs généraux du Québec, Réjean Dallaire, appelle le
gouvernement Charest à effectuer un virage. En vertu des PPP,
les entreprises empruntent les fonds pour la construction des
bâtiments publics, en deviennent les propriétaires et les
louent au gouvernement pour une trentaine d’années. Mais
depuis l’éclatement de la crise, les entrepreneurs sont
incapables de trouver du financement à des taux avantageux,
souligne-t-il.
« Il n’y a pas suffisamment de capitaux disponibles pour ce
genre de risque en payant une prime raisonnable, écrit M.
Dallaire. C’est la situation inverse qui prévalait en 2004 au
moment où la décision de favoriser les PPP fut prise. Force
est de constater que la crise actuelle invalide le critère de
base du choix d’un PPP comme mode de réalisation.
« Et maintenir une forme de contrat qui ne correspond plus à
la réalité dans l’espoir que la réalité future s’adaptera au
contrat nous semble un pari très risqué. »
Les
entrepreneurs québécois n’ont ni les capitaux requis, ni
l’expérience dans les grands projets en PPP. Résultat : ce
sont souvent les entreprises étrangères qui dirigent les
consortiums, note le président de la Corporation. Celleci
regroupe de gros entrepreneurs qui font partie de consortiums
en lice pour la construction des centres hospitaliers. « Si
tout va bien, les profits sortiront du Québec, dit M. Dallaire
Si ça va mal, les entrepreneurs et nos sous-traitants ne
seront pas payés. »
« Hydro-Québec réalise des milliards en travaux par année en
prenant bien soin de tailler ses contrats en bouchées
digérables par l’industrie de la construction, ajoute-t-il.
Pourquoi Hydro-Québec n’utilise-t-elle pas le PPP? Parce que
la prime rattachée à ce mode de contrat est trop élevée et que
gérer le risque plutôt que de le transférer est plus efficace
tant au niveau des coûts que des échéanciers. »
En conférence de presse, la coalition « CHU sans PPP » (qui
regroupe plusieurs associations professionnelles et syndicats,
mais pas la Corporation des entrepreneurs) a appelé le
gouvernement Charest à revenir « à une approche
conventionnelle résolument publique, où le gouvernement
conservera toute sa maîtrise d’oeuvre, dans l’intérêt de tous
et en particulier des patients », selon les mots du Dr
Vadeboncoeur.
« Un hôpital est sujet à des réorganisations majeures et
répétées, comme un organisme vivant, a déclaré André Bourassa,
président de l’Ordre des architectes. Le mode PPP conduit à
une rigidité qui rend coûteuses sinon impossibles à réaliser
les améliorations requises au fil des ans. »
« On nous demande à même nos impôts de faire la mise de fonds,
de garantir l’hypothèque et de rester quand même locataires, a
déclaré Régine Laurent, présidente de la fédération syndicale
qui regroupe la plupart des infirmières. Personne ne ferait ça
d’une façon personnelle, mais on nous demande collectivement
de nous embarquer dans un projet aussi fou. J’espère que le
gouvernement, devant une si large coalition, va finir par
écouter la voix de la raison. »
PROJETS EN PPP Gagnon-Tremblay songe à faire marche
arrière
La présidente du
Conseil du T résor, Monique GagnonTremblay, reconnaît que les
avantages liés aux partenariats public-privé ( PPP) ne sont pas
les mêmes en temps de crise économique. Pour cette raison, elle
ne « ferme pas la porte » à l’idée de revenir au mode de
construction traditionnel dans quelques grands projets, comme
l’échangeur Turcot et le Centre hospitalier de l’Université de
Montréal (CHUM).
Au cours des derniers
jours, l’Ordre des architectes, l’Ordre des ingénieurs, la
Corporation des entrepreneurs généraux et l’Association des
économistes du Québec ont tous clamé que bâtir un hôpital
universitaire et des installations d’envergure comme
l’échangeur Turcot en mode PPP n’est pas souhaitablE.
« Je suis consciente qu’il y a des avantages aux PPP
mais, dans notre contexte économique, si les avantages liés au
PPP ne sont pas au rendez-vous, le gouvernement devra prendre
les décisions appropriées », a déclaré la ministre.
Mme Gagnon-Tremblay n’est « pas insensible » à ce qu’elle a
entendu cette semaine. Au cours des derniers jours, l’Ordre des
architectes, l’Ordre des ingénieurs, la Corporation des
entrepreneurs généraux et l’Association des économistes du
Québec ont tous clamé que bâtir un hôpital universitaire et des
installations d’envergure comme l’échangeur Turcot en mode PPP
n’est pas souhaitable. La coalition « CHU sans PPP » a même vu
le jour cette semaine.
Sans entrer dans les détails, Mme Gagnon-Tremblay a affirmé que,
pour l’instant, le processus suit son cours: « On n’est pas en
train d’évaluer un moment pour changer de cap. Mais plusieurs
intervenants sont dans le dossier et pourront dire à un moment
s’il faut faire marche arrière », a-t-elle dit.
Selon nos
sources, plusieurs personnes influentes à Québec souhaitent
que le gouvernement abandonne les PPP. Un représentant de
l’Agence des PPP a d’ailleurs dit cette semaine qu’il se
sentait « bien seul » dans le dossier PPP.
Dans une let t re ouver t e publiée j eudi par le quotidien Le
Devoir, le président de l’Agence des PPP, Pierre Lefebvre,
assure que, si les projets du complexe Turcot et des CHU sont
complexes et risqués, il s’agit justement « d’un argument de
taille pour que les risques de ces projets ne soient pas
assumés uniquement par le gouvernement et les contribuables
québécois ».
Pour sa part, Mme GagnonTremblay affirme que, « quel que soit
le mode choisi, la rigueur sera au rendez-vous ». « Ma grande
préoccupation, c ’est l’argent des contribuables » , dit-elle.
Mme Gagnon-Tremblay n’est pas la seule à ouvrir la porte à un
changement de cap. Le cabinet du ministre de la Santé, Yves
Bolduc, conf i rme que les projets de construction de grands
hôpitaux en PPP « n’est pas une religion ».
« On a privilégié le mode PPP parce qu’on nous prouvait que
c’était plus avantageux au moment où on a fait l’analyse
initiale. Mais quand on aura les propositions finales, on
devra réévaluer », a dit l’attachée de presse du ministre
Bolduc, Marie-Ève Bédard.
Bolduc envisage de renoncer au PPP
Construction du nouveau CHUM à Montréal
QUÉBEC— Leministre de la Santé, Yves Bolduc, envisage de
revenir sur la décision de construire le nouveau Centre
hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) en
partenariat public-privé.
Le ministre de la Santé Yves
Bolduc a ouvert la porte à la possibilité que la
construction du nouveau CHUM se fasse en mode
conventionnel : « Les PPP, ce n’est pas une religion,
c’est un moyen de réaliser un projet. »
« Le PPP n’est pas une religion pour notre parti, a-t-il
affirmé en Chambre hier. On va prendre la meilleure façon
de le construire. Si, en cours de route, on voit qu’on
doit changer, on va le regarder. »
Depuis le départ de Monique Jérôme-Forget, qui faisait
l’apologie des PPP, le gouvernement Charest remet en
question le recours à cette forme de partenariat pour la
construction de plusieurs grands projets.
Vendredi, la présidente du Conseil du Trésor, Monique
Gagnon-Tremblay, reconnaissait que les avantages liés aux
PPP ne sont pas les mêmes en temps de crise économique.
Elle ne « ferme pas la porte » à l’idée de revenir au mode
de construction traditionnel dans le cas de l’échangeur
Turcot et du CHUM.
La veille, le président de l’Agence des PPP, Pierre
Lefebvre, affirmait pourtant dans une lettre ouverte que
si ces projets sont complexes et risqués, il s’agit là «
d’un argument de taille pour que les risques de ces
projets ne soient pas assumés uniquement par le
gouvernement et les contribuables québécois ».
Au cours des derniers jours, l’Ordre des architectes,
l’Ordre des ingénieurs, la Corporation des entrepreneurs
généraux et l’Association des économistes du Québec ont
plaidé pour que les projets du CHUM et de l’échangeur
Turcot ne soient pas réalisés en PPP. Une coalition, CHU
sans PPP, est née la semaine dernière.
« Le dogme
libéral de construction en PPP commence à sérieusement
s’embourber, a lancé la chef péquiste Pauline Marois lors
de la période des questions hier. Ce n’est pas la première
fois que nous mettons en garde le gouvernement contre les
risques indus d’aller en mode PPP pour un hôpital
universitaire. »
Yves Bolduc a ouvert la porte à la possibilité que la
construction du nouveau CHUM se fasse en mode
conventionnel. « Les PPP, ce n’est pas une religion, c’est
unmoyen de réaliser un projet. Actuellement, on évalue le
projet et comment il va être finalisé », a-t-il affirmé.
Il est toujours temps de revenir sur la décision d’opter
pour un PPP puisque les plans et devis ne sont pas encore
terminés – ils le seront bientôt. Québec peut changer
d’avis tant que rien n’est signé avec un consortium privé.
« Pour la modalité de construction, on a encore le temps
de voir venir et on va choisir le meilleur projet », a dit
Yves Bolduc.
Le gouvernement Charest a lancé l’appel de proposition
pour la construction du futur CHUM le 30 mars dernier. Les
coûts – en hausse depuis des années – atteignent
maintenant 1,577 milliard de dollars (1,865 milliard si on
tient compte du centre de recherche du CHUM). Québec a
choisi de recourir à unPPPpour la construction du nouveau
CHUM il y a deux ans.
Le ministre Bolduc envisage également de renoncer à
agrandir l’Hôtel-Dieu de Québec en PPP. Selon le syndicat
des employés du CHUQ, la facture est passée à au moins 935
millions de dollars. Lors de l’annonce du projet, le 30
juillet 2008, Québec évaluait le coût du projet à 635
millions.
Le gouvernement a mis de côté la formule des PPP pour la
construction du complexe sportif de l’Université Laval
(Super PEPS). Le projet sera réalisé en mode
conventionnel, a-t-il annoncé vendredi. Il aurait coûté
plus cher que les 85 millions de dollars prévus si Québec
avait eu recours à un PPP.
Pourquoi se priver des PPP? -
Érik Richer LaFlèche
En
Ontario les économies réalisées dans le domaine de la
santé se chiffrent à des centaines de millions
La prise en charge par le privé des risques liés à
l’entretien et à la réparation garantit la qualité de
la
construction.
L’auteur est associé au cabinet d’avocats Stikeman
Elliott. Il s’occupe de grands projets partout dans le
monde depuis plus de 25 ans. Il a conseillé le
partenaire privé dans le premier PPP au Québec et
conseille actuellement l’Ontario dans son premier PPP
routier.
Dans la deuxième moitié des années 90, le gouvernement
du Québec s’est penché sur la façon d’améliorer la
construction et la gestion de l’infrastructure du
Québec. Une partie importante de cette infrastructure
arrive à la fin de son espérance de vie et doit être
remplacée ou réhabilitée. Des investissements massifs
sont nécessaires. Si l’on peut améliorer l’efficacité
du gouvernement en tant que donneur d’ouvrage, le
gouvernement « en aurait plus pour son argent ». Les
économies ainsi réalisées permettraient la
construction d’infrastructures additionnelles ou la
création de postes supplémentaires dans la santé ou
l’éducation.
Le Québec n’étant pas seul à devoir rénover ses
infrastructures, le Conseil du Trésor a étudié ce qui
se faisait en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et
en Australie. Une solution développée dans un pays
peut souvent être adoptée dans un autre. La solution
qui avait la faveur de gouvernements dans le monde
repose sur une plus grande implication du privé dans
la conception, la construction et l’entretien
d’infrastructures et de bâtiments, ce que nous
appelons au Québec les partenariats public-privé ou
PPP.
Le Conseil du Trésor s’est attardé sur deux modèles de
PPP, le modèle anglais et le modèle français. Dans les
deux cas, les risques de dépassements de coûts sont
transférés au privé. De plus, la prise en charge par
le privé des risques liés à l’entretien et à la
réparation garantit la qualité de la construction.
Quelqu’un obligé de construire une infrastructure et
ensuite de l’entretenir et de la réparer à ses risques
pendant 30 ans va s’assurer que l’infrastructure est
bien conçue et construite. Il aura une vision
holistique du projet qui l’obligera à planifier le
cycle de vie de l’infrastructure. L’avantage pour le
gouvernement est qu’il sait dès le début combien va
coûter la construction, l’entretien et la réparation
de l’infrastructure pendant 30 ans. Il n’y a pas de
surprise. Le gouvernement peut mieux planifier.
À
l’heure actuelle, on recense plus de 100 projets en
mode PPP au Canada. La majorité est concentrée en
Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta. Au
Québec, on en compte 10 dont deux particulièrement
chahutés, le CHUM et l’échangeur Turcot, en raison du
consensus incomplet sur leur définition.
Le programme PPP ontarien est le plus important au
Canada. Il couvre plusieurs secteurs. Dans le secteur
de la santé, l’Ontario construit actuellement 27
hôpitaux ou centres de santé en mode PPP et cinq
autres sont en cours de soumission. De nouveaux
projets sont continuellement ajoutés au programme.
C’est la même chose dans les autres provinces. Les PPP
dans le reste du Canada se portent bien, et ce, malgré
la crise financière.
Comment expliquer la bonne santé du mode PPP ailleurs
au Canada? La réponse que l’on donne est la même
partout. La rigueur et la transparence des appels de
soumission combinés à la prise en charge par le privé
de la très grande majorité des risques procurent des
économies importantes aux gouvernements. En Ontario,
les économies réalisées dans le domaine de la santé se
chiffrent à des centaines de millions de dollars.
Le mode PPP n’est qu’un simple outil de gestion. Il
est utilisé dans les économies développées et les pays
émergents par des gouvernements de gauche comme de
droite, depuis la Scandinavie jusqu’au Brésil en
passant par la majorité des pays du monde. Son
utilisation permet aux gouvernements d’économiser et
d’augmenter leur offre. Pourquoi le Québec devrait-il
s’en priver ? Payer plus cher pour du béton n’aidera
pas les patients à guérir ou les élèves à apprendre.
Pourquoi attendre ? - Pierre Gravel
Les
PPP doivent être annulés au plus tôt, 300 millions ont
déjà été dilapidés
Le CHUM deviendra un fouillis honteux plus important
et plus coûteux que le Stade olympique s’il est
construit en mode PPP.
L’auteur est un ingénieur qui réside à Laval.
Un hôpital est un bâtiment dynamique, vivant, qui bat
au rythme quotidien des soins qui y sont prodigués,
qui doit croître selon les besoins de ses usagers, de
ses employés et évoluer selon les exigences des
nouvelles technologies.
Depuis quelques semaines, les PPP sont ouvertement
remis en question par les ordres professionnels
d’architectes et d’ingénieurs, et par plusieurs
groupes d’usagers du CHUM et ils ont raison. Le mode
PPP n’est absolument pas adapté pour la construction
d’un hôpital, contrairement, par exemple, à un pont
qui est un ouvrage statique et qui n’a besoin que d’un
entretien régulier et prévisible.
Dans ce contexte des PPP, les ministres responsables
ont fait des déclarations déconcertantes sur les modes
de gestion de construction, sur le partage des
risques, sur l’évolution des échéanciers et le
contrôle des coûts. Ces déclarations indiquent une
très mauvaise connaissance du dossier. Si la situation
est si évidente pour les spécialistes, pourquoi alors
attendre encore six mois pour décider d’annuler les
PPP et changer de mode de construction? Sont-ils les
seuls à avoir raison?
Si
les PPP sont finalement abandonnés, le gouvernement
fera face à des poursuites de plusieurs dizaines de
millions de dollars de la part de promoteurs et de
bureaux de professionnels qui auront alors travaillé
pour rien. On aura perdu six mois et ces mêmes
professionnels en conflit seront ceux qui possèdent
présentement l’expertise dont a besoin le projet. Beau
dilemme!
L’attitude attentiste et l’opportunisme politique du
gouvernement québécois provoquent actuellement une
désaffection et un désistement marqués des
professionnels attachés à ce projet. Ces derniers, qui
sont traités avec méfiance dans leur propre expertise
et spécialité, selon la structure actuelle des PPP
mise sur pied par les avocats et les comptables de
l’entourage gouvernemental, seront, qu’on le veuille
ou non, les partenaires et les collaborateurs de
confiance de demain du gouvernement pour la
réalisation de ce projet. Quelle atmosphère de travail
!
Plus de 300 millions ont déjà été dilapidés, c’est
assez! Il faut donc prendre maintenant la décision
d’annuler les PPP, tourner la page, recréer un
contexte de travail de confiance et laisser aux
experts de la construction le soin de structurer un
mode de réalisation qui a fait ses preuves et qui
ralliera toutes les énergies. Et tant qu’à faire, on
pourrait penser changer de site. L’expertise est ici,
prête à travailler avec fierté. Plusieurs grands
projets totalisant plus de 1 milliard de dollars –
l’aéroport de Dorval et les nouveaux pavillons de
l’Université de Montréal, pour n’en nommer que
quelques-uns – ont été exécutés dans les dernières
années selon un mode de réalisation connu, sans
dépassement de coûts et dans le respect des besoins du
client et des échéanciers.
I l faut absolument que le CHUM soit construit selon
un mode traditionnel ou en gérance de projet, mais
surtout pas en PPP. Sinon, ce projet deviendra un
fouillis honteux plus important et plus coûteux que le
Stade olympique, ce qui n’est pas peu dire. Et ce sera
encore plus dramatique, car ces bâtiments sont vitaux
pour le bien-être de la société. Il est encore temps
de renverser la vapeur. Maintenant.
Plus les ouvrages sont complexes, plus les avantages des PPP
sont importants
PPP :
Soyons courageux - Marcel Boyer
Le plus grand chantier PPP en France : plus de 1000 lits,
ouverture en 2011, contrat d’une durée de 30 ans. Trop
compliqué pour le Québec, mais pas pour les autres !
L’auteur est professeur émérite de sciences économiques à
l’Université de Montréal et fellow du CIRANO. Le débat sur le
rôle des PPP en santé refait encore une fois surface ces
jours-ci avec le projet du CHUM. Certains pensent que
l’amoncellement d’erreurs dans le dossier du CHUM le rend
finalement impropre à la formule PPP. Peut-être. D’autres
pensent que, en dépit des erreurs commises, il faut éviter
d’en faire une autre en renonçant à la formule PPP. De toute
manière, si on veut abandonner la formule PPP, faisons-le pour
les bonnes raisons.
Renoncer
aux PPP pour le futur CHUM serait une erreur.
Deux arguments économiques principaux sont soulevés ces
jours-ci par les opposants au PPP-CHUM.
Le premier argument: un hôpital est un ouvrage complexe qui
devra être modifié et transformé au cours des ans en fonction
des besoins et des progrès en médecine. L’erreur est subtile.
Les modalités contractuelles des transformations ultérieures
d’un grand hôpital peuvent très bien être incluses dans le
contrat de partenariat. politiques, bureaucratiques,
professionnels, corporatistes et syndicaux aux dépens des
patients et des contribuables.
Les opposants au PPP devraient nous expliquer pourquoi de
nombreux pays ont adopté la formule PPP pour la rénovation,
l’agrandissement, la transformation et la construction de
leurs hôpitaux. Le plus grand chantier PPP en France est le
Centre hospitalier sud-francilien: plus de 1000 lits,
ouverture en 2011, contrat PPP d’une durée de 30 ans. Que dire
de plus? Trop compliqué pour le Québec, mais pas pour les
autres!
Les avantages
des PPP restent importants même et peut-être encore plus dans
le cas d’ouvrages complexes. Leur grand avantage vient de la
mise en concurrence des partenaires privés pour faire émerger
les meilleures pratiques (gestion de risques, contrôle des
coûts, maintien des infrastructures, développement de
compétences à valoriser) et pour réduire le pouvoir des
groupes d’intérêt
Le second argument : le taux d’intérêt sur les emprunts
gouvernementaux étant plus faible que celui du secteur privé,
le coût d’un bien ou service sera nécessairement plus faible
s’il est produit par le secteur public. Il est vrai que le
secteur public peut emprunter à des taux d’intérêt plus
faibles. La raison: contrairement aux entreprises privées, le
gouvernement a le droit et le pouvoir de lever des taxes ou
impôts supplémentaires si ses projets sont des échecs.
Du point de vue des contribuables, ce droit de l’État a un
coût bien réel, mais caché ou non comptabilisé : c’est la
valeur de l’option financière consentie par les contribuables
à l’État d’obtenir et d’exiger des fonds additionnels pour
couvrir l’échec, voire la faillite du projet considéré. Le
différentiel de taux d’intérêt est précisément égal au coût de
cette option que détient le gouvernement. Si les citoyens
donnaient à une entreprise privée l’option de les « taxer » si
elle se retrouvait en situation de détresse financière, elle
pourrait se financer au même taux que le gouvernement. D’où
l’erreur, subtile certes, mais claire et nette.
La crise du crédit fait actuellement mal aux PPP comme elle
fait mal à bien des institutions et entreprises. Il faudra
dans ce dossier, comme dans bien d’autres liés à cette crise,
faire preuve d’innovation et de courage. Mais cette crise ne
remet aucunement en cause le rôle fondamental des marchés et
de la concurrence dans l’émergence d’une économie du secteur
public plus efficace et plus prospère.
Charest enterre les PPP Le président de l’Agence des PPP
quitte son poste
EXCLUSIF
Ce changement de cap signifierait un an de retard
supplémentaire pour le projet de construction du nouveau
CHUM.
— Le gouvernement Charest va habiller l’opérat ion comme une
profonde « réf lexion » sur l’avenir de la formule des par
tenariats public-privé. Mais à Québec tout le monde a
compris qu’il s’agissait d’un enterrement de première
classe, surtout le président de l’Agence des PPP, Pierre
Lefebvre.
Le départ du président de l’Agence
des partenariats public-privé, Pierre Lefebvre, doit être
annoncé aujourd’hui, après la réunion du Conseil des
ministres, a appris La Presse.
Le départ de ce haut fonctionnai re doit être annoncé
aujourd’hui, après la réunion du conseil des ministres, a
appris La Presse. Le protégé de Monique Jérôme-Forget était
dans la ligne de mire de bien des membres du gouvernement
depuis le départ de la Dame de fer, début avril.
Joint hier, il a refusé de commenter. Cette démission,
préditon déjà, ouvrira la voie au retour au mode
conventionnel pour la construction du CHUM, l’hôpital
universitaire de Montréal. Ce changement de cap signifierait
un an de retard supplémentaire – il faudra faire travailler
des professionnels avant d’aller en appel d’offres général
et donner tout le temps nécessaire aux entrepreneurs d’y
répondre.
Tout récemment le ministre de la Santé, Yves Bolduc,
soulignait que le gouvernement reconsidérait le choix de la
formule PPP pour le CHUM. « Si le gouvernement ne s’était
pas peinturé il y a quelques semaines en faveur du projet en
PPP, (il voulait désamorcer un rapport embarrassant du Véri
ficateur général), on serait déjà revenu en conventionnel »,
confie une source au centre de toutes ces tractations.
« Pour les médecins spécialistes, il est évident que si on
abandonne le PPP pour le CHUM c’est une excellente nouvelle
», de renchérir de son côté le Dr Gaétan Barrette, le
président des 8000 spécialistes.
La présidente du Conseil du Trésor, Monique GagnonTremblay,
avait aussi des réticences et insiste depuis des semaines
sur le fait qu’elle n’a jamais trouvé que les PPP étaient
une panacée. Et, en coulisse, Julie Boulet et tout le
ministère des Transports travaillent à ce que la réfection
de l’échangeur Turcot revienne en mode conventionnel. Même
le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s’est mis de la
partie pour dema nder que T u r cot revienne en construction
conventionnelle. Pierre Lefebvre, indique-t-on, voyait
clairement dans ces sorties publiques convergentes la mort
annoncée du processus de PPP.
Depuis les dernières semaines, les associations de
professionnels, les ingénieurs, les architectes et les
entrepreneurs généraux ont enclenché une campagne publique
pour que ces deux immenses projets ne soient plus réalisés
en partenariat public-privé.
Moins
médiatisés, beaucoup d’autres projets, le CHUQ (l’hôpital
universitaire de Québec), et des constructions de prisons
provinciales, sont aussi « pris dans la mélasse ».
De sources sûres, on a appris que Pierre Lefebvre restera
employé au Trésor pour la transition, et deviendrait, à
compter de l’automne prochain, secrétaire associé au
Conseil du Trésor, une étape avant son départ de la
fonction publique – son contrat arrivait à échéance au
printemps prochain.
Avec un remaniement mineur, le gouvernement Charest doit
annoncer ce matin un jeu de chaise musicale plus imposant
du côté de la haute fonction publique – même en fin de
semaine, on s’affairait à ce sujet au Conseil exécutif, le
ministère du premier ministre.
« Québec traîne les pieds »
Le gouvernement annoncera le remplacement, par intérim, de
M. Lefebvre par un haut fonctionnaire. Depuis des
semaines, Québec coupait l’oxygène à l’organisme chargé de
préparer les partenariats. L’indécision du gouvernement se
manifeste de bien des manières. La moitié du conseil
d’administration est parti sans être remplacé – le
président du conseil, Claude Garcia, est parti depuis mars
–, le sousministre des Transports, Denis Jean, assume
l’intérim depuis.
Pour l’économiste deCIRANO, Marcel Boyer, membre du
conseil de l ’ agence, « le gouvernement traîne les pieds
dans ces dossiers. Il y a beaucoup de rumeurs… je pourrai
commenter dans quelques jours ». « Je suis déçu. Les PPP
ont leur place même s’il y a une forte opposition au
Québec, ce sont des arguments qui ne tiennent pas la
route. L’opposition aux PPP vient en général de gens dont
la compétence n’est pas étincelante. Ce n’est pas parce
qu’on dit quatre fois la même chose que cela devient vrai
pour autant », de conclure l’économiste.
Aussi, des postes de cadres à l’Agence ont été annoncés,
mais n’ont jamais eu le feu vert pour être comblés.
Turcot La facture dépassera le milliard et
demi - Bruno Bisson
La
reconstruction de l’échangeur Turcot, au sud-ouest de
Montréal, coûtera plus cher que le milliard et demi
annoncé, et elle sera probablement reportée d’un an en
raison des changements que le ministère des Transports
devra apporter au projet.
Dans un entretien avec La Presse, hier, la ministre
des Transports, Julie Boulet, a affirmé: «On fera tout
ce qui est possible pour respecter les délais prévus.
On parlait d’une reconstruction entre 2009 et 2016,
mais avec les changements à apporter, on ne commencera
pas cette année. Moi, ma date butoir, c’est 2017, le
plus loin que je peux aller. Il faut reconstruire
l’échangeur Turcot.»
Cet échangeur est le plus gros carrefour autoroutier
de la province. Près de 300 000 automobiles et camions
l’empruntent chaque jour. Il relie les autoroutes A-15
(Décarie), A-20 et A720 (Ville-Marie) entre elles et
avec les quartiers du Sud-Ouest qu’il traverse depuis
42 ans.
Devant le Bureau d’audiences publiques sur
l’environnement (BAPE), en mai et juin derniers, la
grande majorité des groupes et des personnes qui ont
participé aux consultations ont condamné presque tous
les aspects (transports en commun, intégration
urbaine, circulation automobile, etc.) du concept
soumis par le MTQ pour reconstruire cet échangeur.
Danssonrapportrendupublic mardi, le BAPE a recommandé
des modifications substantielles au projet,
particulièrement sur le plan de l’intégration urbaine
dans les secteurs résidentiels de Saint-Henri et
Côte-Saint-Paul, où la reconstruction aura le plus
d’impacts.
Denis Lévesque, porte-parole de Mobilisation Turcot,
coalition d’organismes du SudOuest, a affirmé hier que
les recommandations du BAPE représentent « une
victoire morale importante » pour la population qui
vit à proximité de l’échangeur.
«Il a fallu travailler fort pour convaincre les gens
de se présenter en grand nombre aux audiences
publiques, dit M. Lévesque. Les gens ne nous croyaient
pas quand on leur disait que ça pouvait faire une
différence. Ils sont allés dire au BAPE ce qu’ils
ressentaient, ce que ce projet allait changer à leurs
vies et à leur quartier. Le rapport montre que le BAPE
y a été sensible.»
M. Lévesque a toutefois tenu à relativiser
l’importance de cette victoire en soulignant que le
BAPE n’a qu’un rôle consultatif et que c’est le
gouvernement du Québec qui aura le dernier mot quant à
l’avenir du projet Turcot.
À
l’inverse, le rapport a eu l’effet d’une douche froide
sur l’Association du camionnage du Québec (ACQ), une
des rares organisations qui appuyait entièrement le
projet du MTQ. La majorité des plus grandes
entreprises de camionnage du Québec en sont membres.
En entrevue, hier, le PDG, Marc Cadieux, a estimé que
tout retard dans la reconstruction d’une
infrastructure aussi stratégique pourrait avoir des
impacts économiques désastreux.
« La congestion routière est en train de prendre des
proportions énormes à Montréal, assure-t-il. Cela a
des impacts évidents sur les transporteurs, bien sûr.
Mais au-delà de ça, la congestion a un coût
environnemental que tout le monde va assumer si on
brûle deux fois trop de carburant dans les
embouteillages.»
Montréal dépité
La Ville de Montréal a également accueilli sans
enthousiasme le rapport du BAPE, qui a rejeté
plusieurs de ses recommandations les plus importantes,
notamment en matière de circulation automobile et de
transports en commun.
« À la Ville de Montréal, a déclaré hier le
responsable du développement durable, Alan DeSousa,
nous avons la conviction que la mise en place d’un
véritable réseau régional de voies réservées aux
transports collectifs sur l’ensemble du réseau
métropolitain permettrait d’alléger la circulation
dans le complexe Turcot, sans compromettre la fluidité
la circulation.»
M. DeSousa a révélé que le maire de Montréal, Gérald
Tremblay, et la ministre des Transports, Julie Boulet,
ont discuté du dossier hier matin et que les équipes
de travail de la Ville et du MTQ se rencontreront
prochainement afin de reprendre le dialogue.
Selon M. DeSousa, le Ministère « aurait fait certaines
avancées» sur des aspects importants du projet, «mais
la question des transports en commun reste entière».
Le BAPE rejette le projet Turcot Pas
d’expropriations, pas de remblai et plus de transports en
commun - Bruno Bisson
« dans
une approche de partenariat avec les collectivités
concernées », sans démolir de logements et sans
construire de remblai en milieu résidentiel.
« Il est important que la reconstruction du complexe
Turcot ne soit pas seulement basée sur le maintien de
la capacité de l’infrastructure routière, dit le
rapport. Elle doit aussi concilier les enjeux de
développement durable avec le milieu humain dans
lequel elle cohabiterait. »
Le MTQ projetait de reconstruire la moitié des
bretelles autoroutières de cet échangeur sur des
remblais pouvant atteindre 8 m de hauteur, dont
plusieurs en plein secteur résidentiel.
« Dans le secteur résidentiel de Côte-Saint-Paul,
densément peuplé, la présence d’un remblai créerait
deux enclaves physiques et visuelles, soutient le
rapport. À plusieurs reprises en audiences publiques,
des appréhensions ont été exprimées, à savoir que le
quartier longeant l’A-15, entre l’échangeur Turcot et
l’échangeur de La Vérendrye, serait irrémédiablement
scindé en deux par le remblai projeté. »
Le BAPE recommande carrément (et c’est la plus grande
surprise de ce rapport) de « réexaminer » la
possibilité de reconstruire une portion de l’autoroute
15 en tranchée, sur une distance de plusieurs
centaines de mètres entre le canal de Lachine et le
boulevard de La Vérendrye.
Cette solution avait été proposée des mois avant les
audiences du BAPE, qui ont eu lieu aux mois de mai et
juin dernier, par l’architecte Pierre Brisset. Pour sa
part, Pierre Gauthier, professeur en urbanisme à
l’Université Concordia, avait fait valoir que l’effet
d’enclavement de ces quartiers, créé lors de la
construction de l’échangeur dans les années 60, «
pourrait même être atténué si l’A-15 était
reconstruite en tranchée ».
« Elle aurait l’avantage de permettre un passage de
plus au-dessus de la tranchée entre les secteurs
résidentiel et industriel/commercial, et créerait un
lien visuel, en plus d’atténuer l’effet psychologique
de barrière », fait en outre valoir le BAPE dans son
rapport.
Le Bureau souligne par ailleurs qu’il « n’est pas
possible de souscrire » à la possibilité que des
maisons soient expropriées et des logements détruits
par la reconstruction de l’échangeur « puisque la
construction du complexe a, à l’origine, provoqué des
acquisitions importantes qui ont fragmenté l’habitat
urbain ».
« Le
MTQ, e s t i me le BAPE, devrait revoir, en
partenariat avec les villes de Montréal et de
Westmount, l’administration du centre de santé McGill
et les sociétés de transport concernées, la
configuration de l’échangeur Turcot dans sa portion
nord-est, incluant le futur boulevard Pullman, la rue
Saint-Jacques et l’autoroute 720, et les voies d’accès
au centre de santé McGill. »
Accent sur les transports collectifs
Le projet du MTQ prévoit la démolition d’environ 170
logements, qui sont situés en majorité au sud de
l’autoroute Ville-Marie, dans le secteur de
Saint-Henri. Ce quartier, rappelle d’ailleurs le
rapport, a été déstructuré par la construction de
l’échangeur original, qui avait chassé quelque 6000
personnes de leurs logements dans les années 60.
Enfin, les commissaires du BAPE n’ont pas paru
impressionnés par l’aménagement de voies réservées aux
autobus au milieu de l’autoroute 20.
« Bien qu’intéressantes, commente le rapport, (les
voies réservées) ne constituent qu’une amorce d’un
éventuel réseau sur le système autoroutier
métropolitain. Qui plus est, elles n’ont pas encore
fait l’objet d’une conception préliminaire. »
Le BAPE recommande ainsi que « l’opportunité de les
prolonger vers le centre-ville de Montréal, sur
l’autoroute 720, mais sans y ajouter de nouvelle voie
», soit examinée, afin de créer un couloir complet de
transports collectifs entre l’ouest de l’île et le
centre-ville.
Mince consolation pour le MTQ, le rapport du BAPE
établ it clai rement que la reconstruction de
l’échangeur Turcot est nécessaire, même si le projet,
lui, doit être revu en profondeur
De plus, le BAPE estime que cette infrastructure
autoroutière « devrait conserver sa capacité actuel le
pour répondre à plus long terme aux besoins en
mobilité de la région métropolitaine ».
Le BAPE écarte ainsi implicitement les propositions
des écologistes, qui souhaitaient qu’une partie des
voies de l’autoroute soient soustraites au trafic
automobile, et réservées exclusivement aux transports
collectifs.
Réaménagement de l’autoroute Bonaventure : Isabelle
Hudon en colère contre l’AMT - Éric Clément
En
juin, la Ville de Montréal et la Société du Havre
(SHM) ont présenté le projet de réaménagement de
l’autoroute Bonaventure, aux portes de la métropole.
Trois mois plus tard, il y a de l’eau dans le gaz, a
appris La Presse. À cause de l’Agence métropolitaine
de transport (AMT), accuse Isabelle Hudon, présidente
du conseil de la SHM, qui estime aussi que des
fonctionnaires montréalais « ralentissent le
processus».
PHOTO ARCHIVES LA
PRESSE
Vue aérienne de l’arrivée de
l’autoroute Bonaventure à Montréal.
Le projet de 142 millions est majeur. Il s’agit
d’effacer les erreurs des anciennes administrations
qui ont bétonné une des plus importantes entrées de
Montréal, en créant un boulevard urbain, un couloir
pour autobus et un quartier moderne, chic, vert et
agréable près du viaduc ferroviaire du CN, du faubourg
des Récollets et de l’îlot de la Commune. L’autoroute
sera ramenée au sol et transformée en deux artères à
partir de la rue Brennan.
Pou r que le projet soit moderne, la SHM a donné la
priorité au covoiturage ainsi qu’aux piétons, vélos,
autobus, tramways et voitures hybrides. Elle a
recommandé de créer le couloir des transports
collectifs dans la rue Dalhousie afin de faire
circuler plus rapidement les autobus jusqu’au
centreville. Le couloir Dalhousie coûtera 86 millions.
Il relève de l’AMT.
Quand nous avons parlé de ce dossier au maire Gérald
Tremblay, le 4 septembre, il a répondu que la question
du financement du couloir était réglée. Vérification
faite, ce n’est pas le cas. L’attaché de presse du
maire, Martin Tremblay, a dit par la suite que le
maire estime que le problème est réglé dans la mesure
où, pour lui, il est clair que le projet doit aller de
l’avant tel que planifié.
Vendredi dernier, La Presse a parlé au responsable du
projet signaux très favorables», a dit M. Lavallée.
Pourtant, selon nos sources, la situation est plus
complexe. Isabelle Hudon a même rencontré le maire
Tremblay il y a quelque temps pour lui demander
d’agir. Il s’est rendu sur-levendredi le directeur
général de la SHM, Gaétan Rainville.
Joint par La Presse, le PDG de l’AMT, Joël Gauthier,
ne veut pas parler ouvertement du dossier. Il se borne
à dire que l’AMT n’a aucune objection à fina ncer le
couloir. « Il faut que les utilisateurs des transports
en commun de la Rive-Sud le sachent : l’AMT ne veut
pas investir d’argent dans ce projet. Elle n’est pas
de bonne foi. » à la Ville, le vice-président du
comité exécutif, André Lavallée. Pour lui, l’AMT
financera le couloir, car son coût est inscrit à son
budget. «Cela a été discuté directement avec la SHM,
la Ville et le gouvernement du Québec, et je n’ai que
des champ voir le directeur général de la Ville,
Claude Léger, et le fonctionnaire responsable du
dossier, Gilles Robillard. Mais les choses ont traîné.
Un problème de pente de la chaussée s’est ajouté, et a
finalement été réglé il y a quelques jours, a dit Mais
Isabelle Hudon était très fâchée vendredi. « L’AMT n’a
jamais voulu se compromettre, a-t-elle dit. La
ministre des Transports, Julie Boulet, n’a jamais reçu
ce dossier de leur part. L’AMT veut son terminus
d’autobus. Je le sais, je suis allée à Québec pour
défendre le couloir auprès du gouvernement, tandis que
M. Gauthier présentait son terminus. La ministre veut
ce couloir, mais elle a prévenu M. Gauthier qu’il ne
pourra avoir du financement pour les deux.
«J’en ai assez, a ajouté Mme Hudon. Gérald Tremblay a
décidé d’aller de l’avant parce que je l’ai convaincu
que c’était la meilleure chose à faire. Et comme ça a
été le cas pour le Quartier des spectacles, il a agi
même si Québec ne pouvait être au rendez-vous. Mais
l’AMT ne s’est jamais compromise ; c’est de la
mauvaise volonté. Il faut que les utilisateurs des
transports en commun de la Rive-Sud le sachent : l’AMT
ne veut pas investir d’argent dans ce projet. Elle
n’est pas de bonne foi.»
Le maire Tremblay veut que le dossier avance et que
les audiences de l’Office de consultation publique de
Montréal sur ce projet aient lieu rapidement. Le
comité exécutif pourrait aller de l’avant à ce sujet
dès mercredi.
«Je peux vous dire que les jambettes de certains
fonctionnaires ont ralenti le processus, a dit Mme
Hudon. M. Tremblay est de bonne foi, mais est-ce le
cas de sa machine? Les empêcheurs de tourner en rond,
j’en ai assez. On veut donner une entrée d’envergure à
Montréal. Chaque matin, environ 20 000 personnes de la
Rive-Sud arrivent dans ce secteur en autobus et 12 000
en automobile. On veut diminuer la part modale de
l’auto. C’est incroyable, une telle mauvaise volonté.
Je suis tannée de voir ça. »
ÉCHANGEUR TURCOT Québec renonce au PPP - Mathieu
Perrault
Le
ministère des Transports ne fera pas la réfection de
l’échangeur Turcot en partenariat public-privé (PPP),
aannoncéhiermatinlaministre Julie Boulet. Cette annonce
survient unmois après que le maire de Montréal, Gérald
Tremblay, eut publiquement demandé à Québec de renoncer à
ce PPP.
« Nous avons besoin d’une
souplesse et d’une flexibilité que n’offre pas le PPP »,
a estimé la ministre des Transports du Québec, Julie
Boulet.
« Nous avions prévu que le PPP nous ferait économiser 100
millions, mais il n’y a plus du tout d’économies parce que
le contexte économique mondial change les conditions de
financement de nos partenaires », a dit la ministre Boulet
en entrevue avec La Presse. « Comme il n’y avait pas
d’avantages, nous avons regardé l’ensemble du dossier.
Turcot est particulièrement complexe, dans un
environnement urbanisé, avec plusieurs partenaires,
l’école primaire, le centre Gadbois, les arrondissements,
la Ville de Montréal. Nous avons besoin d’une souplesse et
d’une flexibilité que n’offre pas le PPP. Le gouvernement
peut moins intervenir pour faire des bonifications. »
Quels changements veut la ministre? « Il y a eu des
demandes pertinentes durant les audiences publiques, il y
aura certainement des requêtes de la part du BAPE, a
indiqué Mme Boulet. Il y aura peut-être des demandes pour
les transports collectifs. »
Le budget va-t-il augmenter? « Le budget de 1,5 milliard
comprend 380 millions pour les imprévus, a assuré Mme
Boulet. Il n’y aura pas de dépassement de coûts. »
La ministre admet que la sortie du maire Tremblay a joué
un rôle dans cette annonce. « Tout ça a alimenté notre
réflexion. »
André
Lavallée, responsable du dossier des transports à la
Ville de Montréal, a indiqué qu’il y avait eu des
discussions sur les PPP avant et après la sortie du
maire, lors des audiences du BAPE. « La décision de la
Ville était unanime, a dit M. Lavallée. On avait informé
la ministre avant les audiences. Et on a eu d’autres
échanges depuis. »
La Ville souhaite rédui re l’achalandage de l’échangeur
en favorisant les transports en commun. Elle craignait
que le PPP ne rende les changements difficiles. « Le
Ministère devait définir un ouvrage très, très précis et
personne ne savait comment les demandes d’améliorations
auraient pu être prises en compte. L’attention du
Ministère portait uniquement sur les bretelles de
l’échangeur, alors que nous voulons diminuer la
circulation en aval et implanter des voies réservées au
covoiturage, aux transports en commun et aux taxis. »
Environ 40% de la circulation sur l’échangeur est
constituée de banlieusards qui se rendent au travail à
Montréal.
Critiques
Stéphane Bergeron, député péquiste de Verchères et
porteparole de l’opposition en matière de transports,
estime lui aussi que Turcot devra faire une plus grande
place aux transports en commun. N’est-ce pas surprenant
de la part d’un député de la RiveSud? « Au-delà du
clientélisme, il faut réaliser que le moteur à
combustion interne est condamné à plus ou moins brève
échéance à cause de la raréfaction du pétrole, dit M.
Bergeron. Il faut changer les comportements, mais pas
réduire la capacité sans offrir des modes plus verts
comme l’autobus ou le covoiturage. »
Le député péquiste estime que c’est la démission de
l’ex-ministre des Finances Monique JérômeForget qui a
permis l’abandon du PPP. « La ministre des Transports
elle-même a émis des doutes l’automne dernier sur les
PPP, souligne M. Bergeron. Mais Mme Jérôme-Forget a eu
gain de cause. C’était une mauvaise décision. On sait
par l’expérience internationale que les PPP de grande
envergure sont généralement très coûteux, peu flexibles
et dépassent les délais prescrits. Ce qu’il faut savoir
maintenant, c’est combien a coûté cet entêtement pendant
un an. On a fait travailler des gens à l’Agence des PPP
et au Ministère. »
À l ’ I nstitut économique de Montréal, qui milite
depuis plusieurs années pour les PPP, l’économiste
principal Marcel Boyer fustige la décision du
gouvernement. « Ce sont des arguments peu crédibles, dit
M. Boyer. Le Ministère n’est historiquement pas capable
de gérer l’entretien à long terme des infrastructures.
Si le partenaire privé n’entretient pas adéquatement
l’infrastructure, il n’est pas payé. S’il est en
difficulté financière, le gouvernement peut récupérer
l’infrastructure à moindre coût. Et pour ce qui est des
changements, partout dans le monde, les grands hôpitaux
sont construits en PPP et les changements sont prévus
aux contrats. On peut s’inquiéter que le gouvernement
soit prêt à lancer le projet sans trop savoir quels
changements seront réclamés. C’est une porte ouverte aux
dépassements de coûts. L’avantage des PPP, c’est qu’ils
imposent une discipline. »
Turcot 2.0 - Nathalie Collard
La volonté
de faire une plus grande place aux transports collectifs
doit l’emporter.
S’il y a une conclusion qui se dégage des audiences du
BAPE sur la reconstruction de l’échangeur Turcot, c’est
que le projet ne pourra se réaliser sous sa forme
actuelle.
La majorité des mémoires présentés cette semaine vont dans
le même sens: il faut faire une plus grande place aux
transports collectifs. Et on ne pourra pas ignorer
l’argument en disant qu’il s’agit de l’opinion d’une
poignée d’écolos anti-auto: tout le monde, de la Ville de
Montréal à la Direction de la santé publique en passant
par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain,
réclame une meilleure intégration des transports en
commun.
Il y a donc un fossé qui sépare les fonctionnaires du
ministère des Transports de la plupart des intervenants
qui ont pris la parole cette semaine. D’un côté, une
vision très conservatrice basée sur le béton et le
déplacement des véhicules, et de l’autre, une volonté
réelle de profiter de la reconstruction de l’échangeur
pour réaliser un projet urbain significatif.
C’est cette volonté qui doit l’emporter.
Le Ministère aurait dû consulter davantage avant de
soumettre un projet aussi peu évolué. Une plus vaste
consultation, accompagnée d’une meilleure écoute, lui
aurait fait gagner du temps. Car il est évident
aujourd’hui que si le BAPE et le MTQ veulent conserver
leur crédibilité, les fonctionnaires devront retourner à
leur table à dessin. Ce projet est trop important pour
tourner les coins ronds. Le prochain échangeur Turcot doit
absolument refléter les préoccupations et les réalités du
XXIe siècle.
Dans les
faits, cela signifie non seulement une meilleure
intégration des différents moyens de se déplacer, mais
également une vision beaucoup plus large de l’aménagement
du territoire. Comme l’a déclaré avec beaucoup d’éclat le
directeur de la santé publique de Montréal, Richard
Lessard, « Montréal n’est pas un champ de blé d’Inde ».
Cette déclaration cinglante vise bien entendu la
désinvolture avec laquelle le MTQ a évoqué l’expropriation
de plusieurs résidants riverains de l’échangeur. Cet
aspect-là du projet devrait également être revu afin de
minimiser les impacts. La Ville de Montréal estime que
c’est possible.
Le MTQ devrait également faire preuve d’un peu moins de
dogmatisme à propos de la construction sur talus. Cette
méthode s’avère peut-être plus économique à certains
endroits, mais dans des cas précis, on pense entre autres
au quartier Côte-SaintPaul, il y a unanimité sur les
effets d’enclavement que des talus susciteraient.
Enfin, l’autre aspect crucial du projet de reconstruction
de l’échangeur Turcot a trait à son mode de réalisation.
Le partenariat public-privé est-il vraiment la meilleure
solution dans ce cas précis? La Ville de Montréal a
exprimé, avec raison, ses réticences. On ne s’attaque pas
à un projet de cette envergure, et qui aura un tel impact
pour des années à venir, avec une montre en main.
Oui, il y a urgence à reconstruire l’échangeur avant qu’un
morceau de béton ne se détache et tombe sur une voiture.
Cette urgence ne doit toutefois pas justifier qu’on rogne
sur les aspects plus avant-gardistes de l’ouvrage. De
l’avis de plusieurs, le mode PPP ne permet ni latitude ni
flexibilité.
Voilà l’occasion de réaliser un projet marquant pour
Montréal. Ne laissons pas cette chance passer.
Échangeur Turcot : Québec ouvert
à des modifications
La ministre Boulet est prête à ajouter des voies réservées aux
transports collectifs
Le député
péquiste Stéphane Bergeron a accusé la ministre d’avoir
présenté un projet qui « fait l’unanimité contre lui » aux
audiences du BAPE.
— Confrontée à une avalanche de critiques, la ministre des
Transports, Julie Boulet, ouvre la porte à des
modifications au projet de reconstruction de l’échangeur
Turcot. Elle se dit prête à ajouter des voies réservées
aux transports collectifs, ce qui répondrait en partie aux
demandes de la Ville de Montréal et de la Société de
transport de Montréal (STM).
Ces modi fications feraient gonfler la facture du projet,
mais Julie Boulet ne les a pas chiffrées hier. La ministre
n’est pas allée aussi loin que sa collègue du Trésor,
Monique GagnonTremblay, pour qui les coûts du projet
Turcot pourraient exploser de 50% à 100% comme dans le cas
du nouveau CHUM.
Le projet « a été annoncé en juillet 2007 au coût de 1,5
milliard de dollars », s’est contentée de dire Mme Boulet
au cours de la période des questions à l’Assemblée
nationale. Elle n’a pas précisé si l’estimation
demeurerait la même. Elle a toutefois souligné que « dans
le 1,5 milliard, il y a 390 millions de contingences », un
coussin pour faire face aux imprévus. des voies réservées
sur l’autoroute 20 vers l’ouest jusqu’à Dorval, des voies
réservées vers le centre-ville, sur la rue SaintJacques,
alors, oui, ce seront des ajouts, et nous serons fiers de
participer à ces travaux », a-telle affirmé. Ces nouvelles
voies
En Chambre, l e député péquiste Stéphane Bergeron a accusé
la ministre d’avoir présenté un projet qui « fait
l’unanimité contre lui » aux audiences du BAPE. Julie
Boulet a répondu que le dossier Turcot « est en constante
évolution ».
« Le projet peut être bonifié. Si la Ville demande
notamment qu’on travaille, avec la STM, à réservées sont
présentement à l’étude et font l’objet de discussions avec
la Ville et la STM.
«
L’ensemble des revendications à ce jour des organismes qui
se sont présentés au BAPE, concerne le transport collectif
», a souligné Julie Boulet.
Or, le maire de Montréal , Gérald Tremblay, réclame de
nombreux autres changements majeurs . I l demande ent re
autres que le projet soit réalisé en mode conventionnel,
et non en partenariat public-privé ( PPP). Le gouvernement
Charest étudie cette option.
Gérald Tremblay propose également que des nouvelles voies
réservées aux transports collectifs soient mises en place
dans l’ensemble du réseau autoroutier, y compris les
autoroutes 10, 15, 20, 25 et 40. La proposition du
président de la Société de transport de Montréal, Michel
Labrecque, est à peu près la même. Il demande « d’inclure
une solution globale de transports collectifs permanente
et intégrale, sur l’ensemble de l’axe est-ouest, en lien
avec le réseau routier supérieur, soit les autoroutes 10,
15, 20 et 40 ».
Une nouvelle voie réservée entre Dorval et Montréal-Ouest,
comme l’envisage Julie Boulet, aurait une distance
d’environ 11 km. Sa construction serait complexe puisque
ce secteur est fort achalandé. Le cabinet de la ministre
n’a fourni aucun détail sur cette éventuelle voie réservée
tout comme sur celle en direction du centre-ville.
Le projet ac t uel prévoit une seule voie réservée, dans
l’axe de l’autoroute 20, de Montréal-Ouest jusqu’aux
stations de métro Saint-Henri et Lionel-Groulx. Le
ministère des Transports ( MTQ) n’en a précisé ni le coût
ni la distance – elle serait d’environ 8 km.
Le MTQ a ajouté cette voie réservée à la hâte, tout juste
avant le début des audiences du BAPE. La Ville de Montréal
et la STM en ont appris l’existence en même temps que la
population. Le projet initial ne prévoyait en effet aucune
voie réservée aux transports collectifs.
« Montréal n’est pas un champ de blé d’Inde »
La
direction de la Santé publique estime le projet «
inacceptable »
La Direction de la santé publique (DSP) deMontréal
considèreque le projet de reconstruction de
l’échangeurTurcot est « inacceptable » sur le plan de la
santé publique, en raison de ses impacts sur les quartiers
limitrophes et de la croissance de la circulation
automobile qui en résultera après sa mise en service en
2016.
PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Le Dr Richard Lessard, directeur
régional de la santé publique, affirme que le MTQ doit
revoir le projet de reconstruction de l’échangeur Turcot
(notre photo), et devrait proposer « une reconstruction
en milieu urbain qui tienne compte de la population qui
y vit ».
Dans un mémoire présenté mercredi soir au cours des
consultations du Bureau d’audiences publiques sur
l’environnement ( BAPE), la DSP estime de plus que le
projet du ministère des Transports du Québec « n’apportera
aucune amélioration significative aux conséquences de la
déchirure du tissu urbain » qui affecte encore les
quartiers du sudouest de Montréal traversés par des
bretelles de l’échangeur actuel, inauguré en 1967.
Dans ses recommandations, le rapport de la DSP parle même
d’« injustice environnementale » dans le cas des 166
ménages menacés d’expropriation pour la construction d’une
bretelle d’autoroute, « qui vise à maintenir les
déplacements pendulaires en automobile des personnes qui
habitent loin du secteur touché ».
En présentant la position de l’organisme au BAPE, le
directeur régional de la santé publique, Dr Richard
Lessard, a affirmé que le MTQdoit revoir ce projet, et
devrait proposer « une reconstruction en milieu urbain qui
tienne compte de la population qui y vit ».
« Montréal n’est pas un champ de blé d’Inde au travers
duquel on passe une autoroute. Il y a du monde qui vit là,
et je pense qu’on doit donner la priorité aux personnes
qui y vivent », a-t-il déclaré en conclusion de sa
présentation.
En entrevue à La Presse, le directeur de la santé publique
de Montréal a ajouté que si le projet Turcot devait aller
de l’avant tel que proposé, il pourrait se servir d’un
article de la Loi québécoise sur la santé publique, pour
contraindre des intervenants à s’engager, avec lui, dans «
une recherche de solutions » pour prévenir les problèmes
de santé publique induits par le trafic automobile.
L’article 55 de la Loi sur la santé publique (voir
encadré) accorde en effet aux directeurs de santé publique
régionaux l’autorité de lancer un tel processus, et de
contraindre des organismes ou des personnes à y
participer, si le directeur « craint l’apparition dans sa
région d’une situation présentant des risques élevés de
mortalité, d’incapacité ou de morbidité évitables pour la
population ou pour un groupe d’individus ».
Depuis
plusieurs années, la DSP a fait des nuisances
environnementales liées aux transports et à leurs
infrastructures un vaste sujet de recherches, qui a déjà
produit quelques études significatives, et inquiétantes,
sur les impacts de la pollution automobile sur la santé
des personnes résidant à proximité des routes, et sur la
relation entre la densité du trafic et le nombre des
hospitalisations liées aux accidents routiers.
Des avis non partagés
Les résultats de ces recherches ont amené la DSP de
Montréal à intervenir à plusieurs reprises dans des débats
publics entourant des projets autoroutiers, comme celui de
la construction d’un nouveau pont entre Laval et Montréal,
dans le prolongement de l’A-25, et celui de la
transformation de la rue Notre-Dame en autoroute à huit
voies de circulation dans l’est de Montréal. Chaque fois,
ces projets routiers ont été autorisés par le gouvernement
du Québec, malgré l’avis défavorable de la DSP.
« Dans les dossiers d’infrastructures routières, déplore
le Dr Lessard, on a l’impression que des problèmes de
santé, onpeut en créer sans que ça dérange personne. »
Selon le mémoire de la DSP, déposé mercredi au BAPE,
l’exposition aux niveaux actuels de polluants de l’air, à
Montréal, serait associée à environ 1300 décès prématurés
attribuables à la pollution atmosphérique, ainsi qu’à 6000
cas de bronchite aiguë infantile et plus de 114 000
journées-personnes de symptômes d’asthme.
De plus, selon des estimations des impacts sanitaires liés
aux émissions polluantes provenant du transport routier,
pour l’année 2000, àMontréal, plus de 250 décès par année,
et 13 000 journées-personnes de symptômes d’asthme,
seraient attribuables aux émissions des automobiles et des
camions.
« Je pense, a déclaré Dr Lessard au BAPE, mercredi, qu’il
faut concevoir un nouveau projet en considérant les
politiques gouvernementales sur la santé publique et
l’environnement, et de le concevoir dans une perspective
qui va se rendre jusqu’en 2030 ou 2050, avec une vision
complètement différente de ce qu’on avait vu jusqu’à
maintenant. »
« Si on recrée l’infrastructure proposée, on nous enferme
dans une façon de vivre et de penser pour les 40 ou 50
prochaines années, qui force à utiliser davantage
l’automobile que ses alternatives. Parce que le 1,5
milliard qu’on va mettre dans ce projet-là, on ne le met
pas dans les alternatives, au moment où on se parle. »
RECONSTRUCTION
DE L’ÉCHANGEUR TURCOT « Une logique des années 60 »
Michel Labrecque déplore le peu de place laissé aux
transports collectifs dans le projet
Le président de la Société de transport de Montréal (STM),
Michel Labrecque, a estimé mardi que le projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot s’inscrit dans « une
logique des années 60 », et que les propositions de
transports collectifs qui y figurent sont « légères »,
insuffisantes et imprécises.
La Société de transport de
Montréal et son président, Michel Labrecque (à gauche de
la photo), ont aligné leur position sur celle de la
métropole, relativement au projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot. C’est le maire Gérald Tremblay qui,
quelques heures plus tôt, avait présenté le point de vue
de sa ville.
L’ancien militant et pionnier du réseau cyclable
montréalais, propulsé à la présidence de la plus grosse
société de transport public du Québec par le maire de
Montréal, l’hiver dernier, a réclamé que le projet du
ministère des Transports du Québec (MTQ) soit modifié,
afin d’« inclure une solution globale de transports
collectifs permanente et intégrale, sur l’ensemble de
l’axe est-ouest, en lien avec le réseau routier supérieur,
soit les autoroutes 10, 15, 20 et 40 ».
La STM s’aligne ainsi sur la proposition centrale du
mémoire de la Ville de Montréal présenté quelques heures
plus tôt par le maire Gérald Tremblay devant la commission
du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement
(BAPE), qui complète cette semaine ses consultations sur
le projet routier de 1,5 milliard du MTQ.
Ce projet prévoit la reconstruction des quatre échangeurs
qui composent le complexe Turcot dans le sud-ouest de
Montréal, où transitent environ 290 000 véhicules par
jour. Le MTQ a greffé à son projet autoroutier la création
d’une voie réservée exclusivement aux transports
collectifs, dans l’axe de l’autoroute 20, qui s’étendrait
de MontréalOuest jusqu’aux stations de métro Saint-Henri
et Lionel-Groulx, dans le sud-ouest de la ville.
« La STM ne peut pas accepter le projet tel que présenté
par le MTQ, a dit M. Labrecque, en conclusion de sa
présentation, tard mardi soir devant le BAPE. Les
propositions que nous avons, à l’heure actuelle, ne sont
pas suffisamment claires et précises pour voir comment
nous allons intégrer nos offres de services de transports
collectifs ».
« Est-ce que ce sont de courts secteurs? De plus longs
secteurs? Si on crée, en amont et en aval, des bouchons de
circulation, si nos systèmes ne sont pas capables de se
déplacer efficacement de l’ouest vers le centre-ville,
a-t-il dit, on n’obtiendra pas de gains réels, et on
n’opérera pas de transfert modal » entre l’automobile et
les transports en commun.
Puis, sortant de son texte, M. Labrecque s’est interrogé à
haute voix sur le sérieux des propositions du MTQ en
évoquant les années 60 et un film de Denys Arcand des
années 70, pour exprimer le désarroi de la STM face au
projet conçu par le ministère.
« Je vous dirais, a déclaré le président de la STM à
commission du BAPE, qu’on travaille très étroitement avec
le ministère des Transports du Québec parce que celui-ci a
décidé, de concert avec les municipalités, d’initier un
programme d’améliorations des transports collectifs. Je
vous dirais que c’est comme la partie gauche – vous savez,
des fois on dit que la main droite et la main gauche ne
savent pas toujours ce que l’autre est en train de faire ?
»
« Dans ce
cas-ci, ce qui est très particulier, c’est que le MTQ est
partenaire avec des sociétés de transports collectifs dans
l’amélioration de la qualité de l’offre et des services
que nous offrons. Et en même temps, dans ce projet-là, on
comprend que la partie droite du cerveau est plutôt dans
une logique de planification autoroutière des années60 –
et je vous dirais presque du film Réjeanne Padovani, de
Denys Arcand, où Mme Padovani est morte et coulée dans un
pilier de l’échangeur Turcot, si vous vous souvenez de la
scène finale du film. »
« Donc, on a une difficulté à comprendre que dans ce
projet-là l’intégration réelle, concrète, précise et
opérationnelle des transports collectifs légers et lourds
ne soit pas faite à la hauteur de ce que le ministère est
capable de faire. »
Navette ferroviaire et mesures temporaires
En plus de la création d’un réseau métropolitain de voies
réservées pour les transports collectifs, déjà réclamé par
la Ville de Montréal, la STM demande des améliorations
substantielles pour favoriser la circulation de ses
autobus, entre le sud-ouest et le centre-ville de
Montréal, et la mise en service rapide d’une navette
ferroviaire entre l’aéroport Montréal-Trudeau, à Dorval,
et le centre-ville de la métropole.
« À l’heure actuelle, il y a des propositions, mais si
j’avais à les qualifier, je dirais qu’elles sont « légères
», a dit le président de la STM. L’intégration dans la
trame autoroutière, comment nos services vont accéder à ce
réseau-là, comment ils vont en ressortir ? À partir du
centre-ville, ou à partir des réseaux locaux? C’est pas
très clair. »
« Aujourd’hui, aditM. Labrecque, avant de se retirer,
j’étais sur le réseau cyclable montréalais. Ça débordait
de partout. Les axes cyclables étaient pleins, il y avait
des cyclistes partout. Il n’y avait aucun BIXI disponible
dans aucune des stations. Il y a 30 ans, quand j’ai
proposé qu’on fasse un réseau cyclable, qu’on développe la
Route Verte, personne n’y croyait. »
« Je suis convaincu qu’à l’heure actuelle, le MTQ est dans
une réflexion des années 60. Si nous mettons en place des
systèmes de transports efficaces et performants, il va y
avoir un transfert modal, et la diminution du nombre des
véhicules, dans cet axe-là, va s’opérer. »
Au grand damdu président de la commission, Michel Germain,
qui essaie depuis le début des audiences de prévenir de
telles manifestations, quelques dizaines de personnes, qui
étaient encore sur place, passé 22h30, ont applaudi.
La Ville remet tout en question
Le maire
de Montréal, Gérald Tremblay, a surpris tout le monde en
demandant que le projet soit réalisé en mode
conventionnel, et non en partenariat public-privé (PPP),
comme le prévoit le gouvernement.
La Ville de Montréal a réclamé hier de nombreux
changements majeurs au projet de reconstruction de
l’échangeur Turcot, qui remettent en question l’ensemble
du concept autoroutier présenté aux consultations du
Bureau d’audiences publiques sur l’environnement ( BAPE).
Le maire Gérald Tremblay a surpris
tout le monde, hier, en demandant que le projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot soit réalisé en
mode conventionnel et non en partenariat public-privé.
D’entrée de jeu, hier, le maire de Montréal, Gérald
Tremblay, a surpris tout le monde en demandant que le
projet soit réalisé en mode conventionnel, et non en
partenariat public-privé ( PPP), comme le prévoit le
gouvernement, parce que la formule « ne donne ni le temps,
ni la latitude, ni la flexibilité requises pour adapter un
projet aussi névralgique ».
Dans son mémoire, la Ville explique que « les firmes
candidates à l’octroi d’un contrat en PPP sont appelées à
redéfinir un avant-projet dans un contexte de grande
confidentialité pour maintenir l’indépendance entre leurs
propositions. Ainsi, il devient difficile, voire carrément
impossible, pour la Ville d’influencer le contenu du
projet ».
Or, selon la Ville, le projet du ministère des Transports
du Québec ( MTQ) « doit encore évoluer » sur les plans de
l’aménagement urbain, de l’amélioration de la qualité de
vie des populations qui vivent à proximité de l’échangeur
actuel et de l’intégration des transports collectifs au
sein d’un concept essentiellement autoroutier.
Et pour assurer cette évolution, précise le mémoire, les
élus de la Ville et de ses arrondissements « ne demandent
pas mieux que d’être très sérieusement impliqués dans les
prochaines étapes entourant ce projet ». Il s’agit d’une
allusion à peine voilée au fait que les élus montréalais
n’ont pas été consultés pendant la phase de développement
du projet qui a abouti au scénario retenu par le MTQ et
qui est aujourd’hui fortement remis en question à
l’occasion des consultations du BAPE.
Le projet du MTQ prévoit la reconstruction complète de
quatre échangeurs autoroutiers qui composent le « complexe
Turcot », où transitent environ 290 000 véhicules par
jour, dans le sud-ouest de Montréal. Les piliers et
structures de béton de l’échangeur actuel feront place,
d’ici 2016, à de nouvelles voies de circulation ramenées
plus près du sol, aménagées sur des remblais qui seront
construits en bordure de nombreux secteurs résidentiels.
Les travaux s’étendraient sur un territoire d’environ 15
kilomètres carrés, allant de Westmount , près du
centreville, jusqu’à Montréal-Ouest, et du sud du canal de
Lachine jusqu’en haut de la falaise SaintJacques, où sera
construit le futur centre hospitalier universitaire, le
CUSM. Les travaux dureraient sept ans.
Leur coût est estimé à 1,5 milliard.
Dépendance
à l’automobile
« La Ville, a affirmé le maire, considère que le complexe
Turcot ne doit pas faire l’objet d’une reconstruction
basée essentiellement sur la capacité de l’ouvrage et la
fluidité de la circulation. »
Montr é a l , a r appelé M. Tremblay, « veut rédui re de
manière significative la dépendance à l’automobile par des
investissements massifs dans les transports collectifs et
actifs comme le tramway, le métro, l’autobus performant,
le train, le vélo et la marche, ainsi que sur des usages
mieux adaptés de l’automobile comme le covoiturage,
l’autopartage et le taxi ».
Montréal demande ainsi « la mise en oeuvre d’un réseau
régional de voies réservées pour autobus, taxis,
covoiturage et véhicules d’urgence, notamment dans l’axe
Rive-Sud/ Montréal, ainsi que sur l’ensemble du réseau
supérieur de la région métropol itaine, incluant les
autoroutes 10, 15, 20 et 40 ».
Le maire a aussi demandé que « des ajustements
légitimement demandés par les Montréalais » soient
apportés à la construction du projet Turcot pour « édifier
un projet urbain de qualité » et réduire les impacts
pendant les travaux et après la mise en service des
nouvelles voies de circulation.
La Ville de Montréal demande ainsi au MTQ « d’éviter
autant que possible » les expropriations prévues d’environ
160 logements, qui toucheraient environ 400 personnes dans
Saint-Henri, un quartier de l’arrondissement du Sud-Ouest.
« S’ i l s ’ avérait i névitable de procéder à
l’expropriation des îlots existants, précise le mémoi re,
i l sera nécessai re de remplacer les logements démol is
pa r des logements fournissa nt des condit ions
d’habitation équivalentes et permettant d’améliorer la
qualité de vie des personnes déplacées. »
La Ville souhaite aussi la conclusion d’ententes de
financement avec le MTQ, pour compenser les dépenses et
coûts indirects que la réalisation du projet aura sur les
finances municipales. Selon le mémoire de la Ville, les
pertes fiscales encourues par la Ville pour le déplacement
de l’emprise autoroutière représentent, à elles seules, à
40 millions par année.
Enf in, Montréal demande que l’immense gare de triage
ferroviai re Turcot , qui sera désaffectée, soit cédée à
la Ville par le MTQ, après la fin des travaux. La falaise
Saint-Jacques, qui longe la gare Turcot au nord, devrait
aussi être cédée à la Ville pour la création d’un
écoterritoire. La Ville souhaite enfin que le MTQ «
s’implique financièrement dans l’aménagement de cette zone
située à l’interface d’un important corridor de transport
générateur de nuisances ».
ÉCHANGEUR TURCOT Un projet de remplacement
Le CRE-Montréal
convertirait cinq fois plus de gens aux transports collectifs
« Le Plan de transport de Montréal prévoit plusieurs projets
de transports collectifs, et des mesures pour réduire
l’utilisation de l’automobile, comme le péage routier ou la
diminution du nombre de stationnements. »
Le Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal a
présenté hier un premier projet « alternatif » à la
reconstruction complète de l’échangeur Turcot, axé sur le
développement des transports collectifs et la réduction du
trafic sur les autoroutes de la métropole.
Selon
le directeur du Conseil régional de l’environnement, André
Porlier (notre photo), la proposition du CRE, qui préconise
un virage vers les transports publics, est « plus cohérente
avec la vision du développement de Montréal » que le projet
présenté par le MTQ, relativement au remplacement de
l’échangeur Turcot.
Cette proposition, appuyée par une cinquantaine de groupes
écologistes et communautaires, et validée par cinq
universitaires de l’UQAM, de McGill et de Concordia, prévoit
notamment la réalisation de cinq nouveaux projets de transport
collectif, et le démantèlement d’une partie de l’autoroute 20,
dans l’ouest de l’île de Montréal.
Le directeur du CRE, André Porlier, estime que cette
proposition est « plus cohérente avec la vision du
développement de Montréal » que le projet présenté par le MTQ,
qui préconise le maintien de la pleine capacité autoroutière
de son échangeur actuel.
« Le Plan de transport de Montréal a proposé un virage vers
les transports publics, souligne M. Porlier. Il prévoit
plusieurs projets de transports collectifs, et des mesures
pour réduire l’utilisation de l’automobile, comme le péage
routier ou la diminution du nombre de stationnements. Le
ministère des Transports, lui, nous arrive avec un projet qui
démontre qu’il a visiblement baissé pavillon face à
l’augmentation de la circulation et de la congestion
automobile. Et ça, pour les Montréalais, c’est inacceptable. »
Le ministère des Transports du Québec projette de
reconstruire, à un coût estimé de 1,5 milliard, les quatre
échangeurs qui composent le complexe Turcot, où convergent les
autoroutes A-15, A-20 et A-720, dans le sud-ouest de Montréal.
Environ 290 000 véhicules traversent ce complexe autoroutier,
chaque jour.
Le nouvel échangeur serait construit en grande partie sur des
remblais, au lieu des bretelles en béton surélevées actuelles.
Les fonctions de chacune des 12 bretelles de l’échangeur
actuel seraient conservées. L’échangeur, et les autoroutes qui
s’y relient, conserveraient tous la même capacité routière. La
construction du projet s’étendra sur sept ans, jusqu’à la fin
de 2016.
Le projet du
CRE est complètement différent, notamment par la réduction
de 25% de la circulation automobile entre l’échangeur Turcot
et le centre-ville de Montréal. À l’ouest de l’échangeur, le
CRE recommande, rien de moins que le démantèlement de
l’autoroute 20, jusqu’à Montréal-Ouest, et son remplacement
par un boulevard urbain à grande capacité.
La troisième des autoroutes convergeant dans l’échangeur
Turcot, l’A-15, conserverait pour sa part la même fonction,
et la même capacité routière.
La perte de capacité routière, dans l’axe est-ouest des
autoroutes A-20 et A-720, serait compensée par le
développement de plusieurs projets de transport collectif
(voir encadré ci-joint). Certains de ces projets (desserte
améliorée, voie réservée) pourraient être mis en oeuvre
rapidement.
L’augmentation de l’offre de services de trains de banlieue
viendra avec la livraison de nouvelles voitures de train,
prévue à partir de l’an prochain. Avec le développement déjà
projeté de la navette ferroviaire entre l’aéroport de Dorval
et le centre-ville, et la création d’un tramway vers
Lachine, l’ensemble de ces projets pourrait permettre de
convertir plus de 32 000 automobilistes à l’utilisation des
transports en commun.
Le projet du MTQ prévoit la création d’une voie réservée aux
transports en commun, au centre de l’autoroute 20 après sa
reconstruction, et il préservera un corridor ferroviaire
pour le passage de la navette de Dorval, si jamais le tracé
qui est choisi pour ce projet traverse l’échangeur Turcot.
Selon le MTQ, pas plus de 6600 personnes pourraient
abandonner leur automobile pour leurs déplacements
quotidiens, cinq fois moins que dans le projet du CRE.
Le BAPE a repris, hier soir, son examen public du projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot. D’ici vendredi, un
total de 90 groupes, organismes publics et privés, ou
simples citoyens, soumettront leurs opinions et
recommandations à la commission du BAPE, qui présentera son
rapport au gouvernement du Québec d’ici le 11 septembre.
ÉCHANGEUR TURCOT Le CN construit une nouvelle voie ferrée
Cette voie devra
pourtant être déplacée d’ici un an, comme le prévoit le projet
de reconstruction
« Comment peut-on dépenser l’argent de nos taxes pour construire
des voies ferrées à un endroit, pour ensuite les tasser quelque
temps plus tard ? »
Le directeur du bureau de projet
pourlareconstructiondel’échangeur Turcot, Marc-AlainDubé,
aannoncé hier, en pleine séance publique de consultations, que
le Canadien National (CN) construira une nouvelle voie ferrée à
travers la gare de triage Turcot, malgré l’imminence des
chantiers qui y sont prévus.
Cette voie ferrée, dont la construction commence dès lundi
matin, selon M. Dubé, devra pourtant être déplacée au nord de la
gare Turcot, d’ici un an, aux frais du ministère des Transports
du Québec (MTQ), tel que prévu dans le projet de reconstruction
de cet échangeur, situé dans le sud-ouest de Montréal.
M. Dubé a fait cette annonce, hier, au cours de la dernière
séance de consultation du Bureau d’audiences publiques sur
l’environnement (BAPE), qui a entenducette semaine les opinions
de plus de 90 groupes et organismes ou simples citoyens
relativement au projet du MTQ.
Le MTQ projette de reconstruire les quatre échangeurs qui
composent le complexe Turcot et qui relient les autoroutes A-15,
A20 et A-720, où transitent environ 290 000 véhicules par jour.
Le chantier durerait sept ans.
La construction des remblais sur lesquels seront réaménagées
près de la moitié des voies de circulation du nouvel échangeur
obligera le MTQ à importer environ un million de mètres cubes de
matériaux divers dans l’ancienne gare de triage Turcot. Située
sous l’échangeur actuel, loin de toute zone habitée, cette gare
deviendra le point de convergence des milliers de camions qui
feront la navette entre les dépôts de matériaux de remblais et
les chantiers du nouvel échangeur.
En raison de l’importance stratégique de ce passage pour ses
activités, le CN a toutefois obtenu du MTQ que les voies ferrées
perdues dans la gare Turcot soient remplacées par un nouveau
corridor ferroviaire de quatre voies ferrées qui sera aménagé au
nord de la gare Turcot, près de la falaise Saint-Jacques, qui
borde le secteur Notre-Dame-de-Grâce, dans l’ouest de Montréal.
« Ànotre avis, a ajouté le directeur du Bureau de projet du
complexe Turcot, cela n’aura pas d’impact parce que nous avons
l’espace pour aménager jusqu’à huit voies au nord, et pour nous
cela sera simplement une voie de plus à déplacer lorsque nous
ferons nos travaux. »
Coûts additionnels
La réponse de
M. Dubé a fait réagir le professeur David Hanna, directeur des
études avancées au Département d’études urbaines et
touristiques de l’UQA, qui présentait unmémoire au BAPE peu
après l’intervention de M. Dubé.
« Je suis ravi d’entendreque le CN se propose maintenant de
confirmer sa voie ferrée de droite, à travers la gare de
triage Turcot, en y ajoutant une voie, et je suis en même
temps estomaqué que M. Dubé nous dise que ce sera seulement
une voie de plus à tasser », a déclaré M. Hanna.
« D’abord, a-t-il ajouté, ce manque de concertation entre les
acteurs me surprend. Et, deuxièmement, comment peut-on
dépenser l’argent de nos taxes pour construire des voies
ferrées à un endroit, pour ensuite les tasser quelque temps
plus tard? »
En première partie des audiences du BAPE, le 12 mai dernier,
M. Dubé a affirmé que le coût du déplacement des voies ferrées
« était estimé à 40 millions. Les derniers chiffres sont un
peu plus élevés. La différence entre les 40 millions de
l’estimation initiale et les coûts actuels, qui seront
peut-être plus de l’ordre de 60, 70 millions, sera prise à
même la réserve du projet ».
Depuis jeudi après-midi, le MTQ sait que ce sera, finalement,
cinq voies à déplacer vers le nord.
Cette voie a pour objectif, selon M. Dubé, « d’accommoder un
certain nombre de trains additionnels pour la compagnie VIA
Rail ». Elle sera construite parallèlement à une « voie
d’urgence » du CN localisée juste au nord de l’emprise de
l’autoroute 20, jusqu’à SainteAnne-de-Bellevue, dans la pointe
ouest de l’île de Montréal.
Un porte-parole du MTQ, Réal Grégoire, a précisé hier à La
Presse queM. Dubé avait fait cette annonce « pour être sûr
qu’il n’y ait pas de malentendu, et que quelqu’un, lundi
matin, pense que le MTQ a débuté les travaux de reconstruction
de Turcot. Ce sont des travaux réalisés par le CN ».
La Pressen’apujoindreaucunreprésentant du CN, hier après-midi.
La présidente du Conseil du Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, a
révélé à La Presse, jeudi, que les coûts de 1,5 milliard
prévus à l’origine pour le projet Turcot pourraient s’élever
jusqu’à 2,5 milliards, d’ici à 2016.
Échanger sur Turcot -
NATHALIE COLLARD
Le moins que
l’on puisse dire, c’est que le ministère des Transports du
Québec manque de doigté dans le dossier de la reconstruction de
l’échangeur Turcot.
Il se présente aux séances du Bureau d’audiences publiques en
environnement ( BAPE) sans maquette du futur échangeur. Il parle
de voies réservées aux transports collectifs sans avoir présenté
son projet final aux dirigeants de la Société de transport de
Montréal. I l propose une infrastructure qui ne respecte pas
l’esprit du plan de transport de la Ville de Montréal.
Bref, malgré le fait qu’il se dise ouvert aux propositions, le
MTQ arrive avec ses gros sabots et donne l’impression de vouloir
faire cavalier seul.
Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner de la méfiance des
opposants qui se sont vu refuser cette semaine le report des
audiences.
Le Ministère des Transports devrait montrer un petit peu moins
d’arrogance dans ses relations avec les autres acteurs
municipaux, qu’il s’agisse d’élus, d’organismes ou de simples
citoyens.
La reconstruction du complexe Turcot est l’exemple parfait d’un
projet qui exige du tact et une certaine ouverture au dialogue.
Le Ministère
n’est pourtant pas complètement fermé aux propositions. La
preuve: au fil des semaines et des consultations, il a modifié
certains aspects du tracé original.
On sent toutefois l’urgence d’agir. Comme si le pic de
démolition s’impatientait en coulisse...
Est-ce possible, sans mettre la sécurité des automobilistes en
péril, de prendre le temps de mieux expliquer la reconstruction
du complexe Turcot et ses impacts dans les différents quartiers
touchés, documentation pertinente à l’appui?
Le ministère avait le choix entre quatre options pour Turcot.
Dans l’étude d’impact déposée au BAPE, on trouve un chapitre
consacré aux solutions et justifications du scénario retenu. On
peut y lire entre autres que le choix de la reconstruction
plutôt que la réfection permettra « la correction de
problématiques actuelles ».
Dans les faits, la volonté de corriger du MTQ semble assez
limitée.
Notre inquiétude est d’autant plus vive que le vérificateur
général du Québec n’a pas été impressionné par la performance
récente de ce ministère. Dans son plus récent rapport , M.
Lachance soulignait que le plan d’action du MTQ n’avait pas été
révisé depuis 2000 et que depuis 2004, il n’y avait eu aucune
rencontre du comité de suivi. Il notait également que les
fonctionnaires de ce ministère travaillaient avec des outils
périmés. Enfin, le vérificateur général observait que le MTQ ne
tenait pas compte des récentes informations sur l’impact de
l’auto sur la santé publique et l’environnement. À la lumière de
ces conclusions, il est tout à fait légitime d’exiger de la part
duMTQ une plus grande transparence ainsi qu’une plus grande
ouverture d’esprit. Le nouveau complexe Turcot sera dans le
décor pour le prochain demi-siècle au moins. D’où l’importance
de se doter du meilleur projet possible.
Turcot : L’équation
boiteuse : ALAIN DUBUC
Tout grand projet d’envergure provoque dorénavant de longs
débats collectifs. C’est maintenant dans l’ordre des choses. Le
remplacement de l’échangeur Turcot n’échappe pas à la règle,
avec son cortège de dénonciations, de manifestations,
d’interventions passionnées aux audiences du BAPE.
Ce n’est pas un signe d’immobilisme. Il est parfaitement normal
et même essentiel qu’un projet comme celui-là provoque des
débats et soit soumis à un complexe processus d’examen. Parce
qu’il faut concilier un concept, créé par le ministère des
Transports dans une logique de circulation, avec les exigences
du développement urbain. Parce qu’il faut minimiser les impacts
négatifs sur la qualité de vie des citoyens, à commencer par les
expropriations ou le bruit. C’est donc un projet qui devra
retourner bien des fois sur la planche à dessin.
Mais aussi parce que le remplacement de cet échangeur s’inscrit
dans une réflexion, la place de l’automobile, qui est au coeur
des transformations économiques, culturelles et sociales qu’il
faudra faire pour protéger l’environnement et la qualité de vie
urbaine.
Ce qui n’est pas normal, c’est qu’une excellente idée –
moderniser une infrastructure urbaine décrépite et débarrasser
Montréal d’une monstruosité en proposant un ouvrage plus près du
sol – se transforme en chemin de croix pour ceux qui en ont eu
l’initiative.
L’élément qui
contribue peut-être le plus à rendre le débat difficile, c’est
l’équation implicite qui colore les raisonnements. Parce qu’il
faut réduire la circulation automobile dans les villes, et que
les accès routiers contribuent à accroître le volume de
véhicules, il faut donc s’opposer à tout projet d’ajout ou de
remplacement du réseau autoroutier. L’objectif est louable.
Mais l’équation est insuffisante, elle ne se vérifie pas
toujours, et dans bien des cas, elle devient un syllogisme.
Premièrement, cette équation encourage la pensée magique, par
exemple le rêve de remplacer le spaghetti routier de Turcot
par des boulevards urbains. L’échangeur est la rencontre de
trois autoroutes: la 15, la 20 et la 40. Le volume de
circulation y est considérable et le restera même si on
réussit à réduire l’utilisation de l’auto. On ne peut pas
transformer radicalement la fonction de l’échangeur sans
affecter les axes qui le nourrissent et sans littéralement
paralyser la métropole.
Deuxièmement, cette équation peut mener à des solutions
simplistes. Si l’ajout d’accès autoroutiers augmente le volume
automobile, il suffirait de faire le contraire, et de fermer
le robinet. C’est l’approche soviétique de la régulation de la
demande par les queues. En restreignant l’accès à la ville, on
provoque une congestion qui dissuadera les automobilistes.
C’est ressorti dans le débat sur l’échangeur Turcot avec cette
idée de réserver une voie aux autobus en réduisant le nombre
de voies pour l’automobile. Cette approche punitive comporte
des coûts énormes, et elle va à l’encontre des expériences
couronnées de succès. La condition sine qua non pour réussir à
réduire la place de l’automobile, c’est de proposer une
alternative crédible et attrayante. À Londres, par exemple,
l’introduction des péages a été un succès parce que les
transports en commun étaient de haut niveau.
Troisièmement, l’équation est imparfaite, parce qu’elle oublie
qu’une autoroute fonctionne dans les deux sens et qu’un réseau
autoroutier fonctionnel peut réduire la congestion et épargner
les villes. Montréal ne dispose pas d’un réseau complet de
voies de ceinture comme on en trouve dans toutes les grandes
villes, qui permettent entre autres à la circulation, surtout
aux camions, de contourner le centre de la ville. Et pourtant,
on dénonce les efforts pour compléter ces voies de ceinture,
comme le prolongement de la 30 ou le pont de la 25.
La morale de l’histoire, c’est qu’on ne réduira pas la place
de l’auto en écoeurant les automobilistes, mais en leur
proposant quelque chose de mieux.
Échangeur
Turcot Pas de maquette avant l’été - L’information nécessaire
n’est pas disponible, selon un expert
« Si un spécialiste ne peut pas se représenter l’ouvrage,
comment le public en général peut-il comprendre la nature de
l’intervention et de juger des impacts sur les milieux ? »
Un docteur en urbanisme a déploré hier le manque
d’informations accessibles au grand public pour comprendre
l’ampleur du projet de reconstruction de l’échangeur Turcot,
et imaginer les impacts qu’il aura sur les quartiers traversés
par ses voies autoroutières.
Au deuxième jour des consultations du Bureau d’audiences
publiques sur l’environnement ( BAPE) relatives à ce
mégaprojet de 1,5 milliard de dollars, le professeur au
département de géographie, urbanisme et environnement de
l’Université Concordia , Pier re Gauthier, a demandé pourquoi
aucune représentation du projet en trois dimensions n’a été
rendue disponible pour le public ou les spécialistes, dans le
cadre du projet.
« Écoutez, a déclaré M. Gauthier aux commissaires du BAPE,
j’ai deux diplômes en architecture et un doctorat en
urbanisme, et l’information que j’ai ne me permet pas de juger
de la géométrie des ouvrages, ou de leur insertion dans les
milieux. Alors, si un spécialiste ne peut pas se représenter
l’ouvrage, comment le public en général peut-il comprendre la
nature de l’intervention et de juger des impacts sur les
milieux ? »
Deux maquettes à venir
Le directeur du projet pour le ministère des Transports du
Québec ( MTQ), Alain Dubé, a expliqué qu’une maquette à
l’échelle précise du projet Turcot « est en préparation » ,
mais qu’elle ne devrait pas être disponible avant la fin de
juin.
Le MTQ a précisé que deux maquettes seront réalisées. La
première, complète et animée, montrera le projet dans son
ensemble. L’autre sera constituée d’une série de maquettes
particulières des différents secteurs traversés par le projet.
On songe à une exposition publique.
Le président de la commission du BAPE, Michel Germain, a
toutefois fait remarquer aux représentants du MTQ qu’à ce
moment-là, la portion publique de son mandat sera terminée, et
que le public se sera déjà prononcé sur le projet de
reconstruction du plus gros carrefour autoroutier au Québec.
Des voies rabaissées
Inauguré en 1967, dans le sudouest de Montréal, l’échangeur
Turcot relie trois des autoroutes les plus importantes de la
métropole, soit l’autoroute Décarie (A-15), l’autoroute
Jean-Lesage (A-20) et l’autoroute Ville-Marie (A-720).
Environ 280
000 automobiles et camions le traversent tous les jours. Ses
nombreuses voies autoroutières t raversent plusieurs qua r t
iers résidentiels, dont Saint-Henri et Côte-Saint-Paul. mètres
carrés (l’équivalent de 165 patinoires) d’espaces et de
terrains vagues dans la périphérie immédiate de l’échangeur
seront convertis en espaces verts.
Simulations « trompeuses »
Selon M. Gauthier, les simulations visuelles et dessins
d’artistes publiées par le MTQ pour illustrer la présence du
futur échangeur dans les quartiers, sont « trompeuses » . I l
Les voies routières de l’échangeur actuel sont surélevées et
étagées. Les plus hautes s’élèvent jusqu’à 30 mètres.
Les piliers de béton et les bretelles qui occupent
présentement tout le paysage disparaîtront d’ici 2016, pour
faire place à de nouvelles voies routières, plus basses,
aménagées sur des talus paysagés. Plus de 300 000 s’agit,
dit-il, de vision partielle, sélective, habillée de verdure,
qui ne donne qu’une idée de « l ’ a t mosphère » qu’on veut
projeter.
« Mais pour comprendre l’échelle de ces ouvrages, leur
intégration avec les quartiers, les voies piétonnières, les
rues locales, ces représentations sont inadéquates », a
commenté le professeur, spécialisé dans l’étude de la trame
urbaine.
L’architecte Pierre Brisset a pour sa part fait valoir qu’il a
cherché en vain dans les documents rendus publics par le BAPE,
dans le cadre des consultations en cours, une justification à
la reconstruction partielle de l’autoroute Ville-Marie, qui
est projetée dans le cadre du projet.
Le centre Gadbois menacé
Le conseiller municipal d’arrondissement du district
Saint-Henri/ Pointe-SaintCharles/ Petite-Bourgogne, Pierre
Fréchette, a demandé pour sa part que le MTQ produise une
simulation visuelle montrant la proximité du nouvel échangeur
avec le centre réc réati f Gadbois, au deuxième rang des
centres récréatifs les plus utilisés à Montréal, avec 500 000
entrées par année.
Selon M. Fréchette, cette image, qui n’était pas disponible
hier, illustre que les nouvelles voies routières seront à
hauteur des bâtiments du centre, et qu’une distance de
seulement quelques mètres séparera les voies routières du
complexe récréatif.
ÉCHANGEUR
TURCOT : Un projet à contretemps ?
« Les organisations jugent totalement inacceptable que le
gouvernement tienne des consultations publiques uniquement sur
le projet de reconstruction du complexe Turcot. »
Les impacts du projet de reconstruction de l’échangeur Turcot,
dans le sud-ouest de Montréal, devraient être évalués en
fonction d’autres grands travaux routiers et des nombreux
projets de transports en commun déjà prévus dans l’axe
est-ouest de la métropole.
Tous
les participants aux consultations d’hier ont mis en doute
le bien-fondé de l’approche du Ministère relativement aux
consultations sur la reconstruction de l’échangeur Turcot.
C’est ce qu’ont réclamé, hier, les porte-parole d’une
cinquantaine de groupes et d’organismes locaux, régionaux et
provinciaux, en ouverture des consultations du Bureau
d’audiences publiques sur l’environnement ( BAPE) sur ce
projet de 1,5 milliard de dollars, prévu par le ministère des
transports du Québec (MTQ).
Avant même que débutent les audiences, ces organismes ont
demandé à la ministre du Développement durable, de
l’Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, « la tenue
d’audiences publiques élargies », englobant quatre projets de
transports collectifs (navette Dorval, tram-train, trains de
banlieue et le Viabus de l’Est), ainsi que le projet de
modernisation de la rue Notre-Dame, dans l’est de Montréal.
« Les organisations jugent totalement inacceptable que le
gouvernement tienne des consultations publiques uniquement sur
le projet de reconstruction du complexe Turcot, sans tenir
compte de l’ensemble des projets et de leurs impacts à tous
les niveaux : sociaux, économiques et environnementaux », a
affirmé hier, au début des audiences du BAPE, un des
porte-parole de cette coalition ad hoc, Daniel Bouchard,
Le projet du
MTQ consiste à reconstruire les quatre échangeurs (Turcot,
St-Pierre, Angrignon et La Vérendrye) qui composent le «
complexe Turcot » dans le sudouest de Montréal. Ce complexe
assure les échanges automobiles entre trois des plus
importantes autoroutes de la métropole, soit Décarie (A-15),
Jean-Lesage (A20) et Ville-Marie (A-720), ainsi que les liens
entre ces autoroutes et le réseau local montréalais. Environ
280 000 véhicules traversent ce complexe d’échangeurs chaque
jour.
Construit principalement sur des bretelles de béton étagées
qui s’élèvent jusqu’à 30 mètres (100 pieds) de hauteur, en
1967, l’échangeur sera reconstruit en grande partie sur des
remblais, aménagés près des structures actuelles. Les
bretelles et voies de circulation autoroutières seront toutes
maintenues. Le MTQ réaménagera également les liens routiers
entre les nouvelles structures et les rues locales. Le
chantier prendra sept ans. » Les coûts du projet sont
présentement estimés à 1,5 milliard.
Un chantier de cette envergure et de cette durée, qui se
déroulera en partie dans des secteurs résidentiels, soulève
beaucoup d’inquiétude sur le plan local. Au nombre de la
trentaine de personnes et de groupes qui ont défilé hier,
devant le BAPE, pour présenter leur requête pour la tenue de
ces consultations, plus du tiers ont questionné l’idée de
reconstruire les voies routières sur des remblais, par crainte
d’un « enclavement » des quartiers.
À l’exception de la Fédération des chambres de commerce du
Québec, qui a fait connaître son enthousiasme pour le projet
qui améliorera la fonctionnalité et la sécurité de l’échangeur
Turcot, et l’accessibilité de Montréal pour le transport des
marchandises, tous les participants aux consultations d’hier
ont mis en doute le bienfondé de l’approche du MTQ.
ÉCHANGEUR TURCOT
- Montréal veut plus de transports collectifs
Le projet de voies réservées aux transports collectifs
proposé par le MTQ sur l’A-20, dans le sud-ouest de Montréal, ne
s’étendrait que sur quelques kilomètres. Il consiste à aménager
deux voies additionnelles, au centre de l’A-20.
La Ville de Montréal souhaite la réalisation d’une voie réservée
aux « véhicules à occupation multiple » qui dépasse de plusieurs
kilomètres le projet soumis par leministère des
TransportsduQuébec(MTQ) pour l’autoroute Jean-Lesage (A-20),
dans le cadre du projet de reconstruction de l’échangeur Turcot,
au sud-ouest de la métropole.
À l’occasion des consultations menées par le Bureau d’audiences
publiques sur l’environnement ( BAPE), cette semaine, sur le
projet Turcot, un représentant de l’administration montréalaise,
Alain Trudeau, a affirmé mardi soir que « la Ville demande des
mesures préférentielles allant de Dorval jusqu’au centre-ville.
Ce qu’on nous propose, ce sont des mesures uniquement à
l’intérieur du projet. Le souhait de la Ville serait de les
étendre au moins jusqu’à Verdun ».
Quelques kilomètres
Le projet de voies réservées au transport collectif proposé par
le MTQ sur l’A-20, dans le sud-ouest de Montréal, ne s’étendrait
que sur quelques kilomètres. Il consiste à aménager deux voies
de circulation additionnelles, au centre de l’A-20, réservées
aux transports collectifs seulement.
Ces voies débuteraient à l’est de l’échangeur Saint-Pierre, aux
limites des arrondissements du Sud-Ouest et de Lachine, jusqu’à
la rue Pullman actuelle (qui sera transformée en boulevard). En
empruntant ensuite ce nouveau boulevard, reliant entre elles les
rues NotreDame, Saint-Jacques et SaintAntoine, les autobus
circulant sur la voie de transport collectif pourraient se
rabattre vers les stations de métro Place-SaintHenri et
Lionel-Groulx, qui desservent ce secteur à l’ouest du
centre-ville.
Les autres véhicules autorisés à circuler sur ces voies
bénéficieraient pour leur part d’un accès privilégié au réseau
local et artériel de Montréal, en direction du centre-ville,
sans avoir à traverser la circulation lourde, sur une distance
totale d’environ cinq kilomètres. Par contre, à l’ouest de
l’échangeur Saint-Pierre et à l’est du quartier Saint-Henri, les
usagers devront réintégrer la circulation normale.
En entrevue à La Presse, le responsable des transports au comité
exécutif de la Ville de Montréal , André Lavallée, a affirmé que
les voies réservées devraient être ouvertes à tous les véhicules
à « occupation multiple » , soit les autobus, les taxis, et les
automobiles qui comptent plus de deux passagers.
La Société de
transport de Montréal (STM), qui pourrait logiquement être
appelée à exploiter un service d’autobus sur ces voies, n’a pas
voulu commenter le projet du MTQ, faute d’informations. Une
porteparole a précisé à La Presse, cette semaine, que les
dirigeants de la STM prendront connaissance du projet, pour la
toute première fois, aujourd’hui, lors d’une présentation du
MTQ.
Une « amorce »
En présentant ce projet de voies réservées devant le BAPE, le
directeur du Bureau de projet Complexe Turcot, Alain Dubé, a
reconnu qu’il s’agissait d’une « amorce de voie réservée », qui
pourrait éventuellement se prolonger vers l’ouest dans le cadre
d’un autre projet de réaménagement de l’A-20, à la hauteur de
l’échangeur Saint-Pierre, dans l’arrondissement de Lachine.
M. Dubé a aussi reconnu que ces aménagements exclusifs aux
transports collectifs se sont « ajoutés » au projet de
reconstruction de l’échangeur Turcot, en raison des « demandes à
répétition » du responsable des dossiers de transport au comité
exécutif de la Ville de Montréal, André Lavallée.
Joint par La Presse, M. Lavallée s’est dit « plutôt fier »
d’apprendre que son insistance ait convaincu le MTQ d’intégrer
ces voies réservées à un projet qui est essentiellement
autoroutier.
« C’est sûr que si ça s’arrête à l’échangeur Saint-Pierre, on
n’est pas plus avancés, a-t-il commenté, en parlant du projet du
MTQ. Mais je vois cela comme un signe d’ouverture important de
la part du Ministère. »
M. Lavallée a réitéré que l’administration Tremblay-Dauphin
souhaitait une multiplication des voies de circulation réservées
aux autobus, taxis et covoitureurs dans l’ensemble du réseau
autoroutier métropolitain, pour réduire la pression des
automobiles en ville, et offrir du même coup une solution de
rechange de transport rapide et efficace.
La Ville, a-t-il assuré, présentera un mémoire touchant
l’ensemble du projet Turcot au cours de la seconde ronde
d’audiences publiques du BAPE, prévues pour la mi-juin.
Reconstruction de
l’échangeur Turcot Montréal n’est pas
convaincu du bien-fondé des expropriations
La Ville de
Montréal n’est pas convaincue du bien-fondé des expropriations
des 160 logements du quartier Saint-Henri, prévues par le
ministère des Transports du Québec (MTQ), dans le cadre de la
reconstruction de l’échangeur Turcot.
Lors d’une rencontre avec le Conseil régional de
l’environnement de Montréal (CRE), hier, le responsable des
transports et de l’aménagement urbain à la Ville de Montréal,
André Lavallée, a dit souhaiter que les ingénieurs du MTQ «
travaillent à refaire leurs devoirs », pour éviter le
déménagement d’environ 400 personnes, dans l’arrondissement du
Sud-Ouest.
Dans le cadrede la reconstruction de cet échangeur, qui relie
entre elles les autoroutes A-15 (Décarie), A-20 ( Jean-Lesage)
et A-720 (Ville-Marie), des réaménagements de certaines
bretelles alimentant l’autoroute du centre-ville (A-720)
entraîneront la démolition d’une ancienne usine de la rue
SaintRémi, convertie en logements, et la disparition de tout
un côté de la rue Desnoyers, dans un petit secteur résidentiel
de Saint-Henri appelé le Village des Tanneries.
Le MTQ a promis aux personnes délogées la mise en place d’un
programme de déménagement. Cet engagement a toutefois été reçu
de manière mitigée par un grand nombre de personnes
concernées, lors de la première phase des consultations menées
par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement
(BAPE).
En réponse à une question du public, M. Lavallée a déclaré
hier, lors de la rencontre avec le CRE de Montréal, que la
Ville n’a pas changé d’opinion depuis novembre dernier,
lorsque le maire Gérald Tremblay a fait part de ses
préoccupations à la ministre des Transports, Julie Boulet,
face à cette reconstruction qui va durer sept ans, et dont le
coût est estimé à 1,5 milliard.
« La
position exprimée alors par la Ville deMontréal était très
claire, a dit M. Lavallée. La nécessité des expropriations
ne nous a pas été démontrée. »
M. Lavallée a aussi qualifié de « contestables » les données
du MTQ, qui estiment que la mise en place de nouveaux
services de transports en commun entraînera, au mieux, d’ici
2016, une réduction d’environ 5000 automobiles par jour,
dans le trafic de l’échangeur, où passent quotidiennement
plus de 290 000 véhicules.
« Je pense que la Société de transport de Montréal va
démontrer, lors des prochaines audiences du BAPE, que le
potentiel du transport collectif est beaucoup plus important
que cela », a déclaré le responsable des transports à la
Ville de Montréal.
Devant un auditoire attentif, respectueux, mais visiblement
sceptique, M. Lavallée a assuré que la Ville va demander la
mise en place de voies réservées aux autobus, aux taxis et
aux covoitureurs, afin de réduire à la source le flot des
automobiles de la banlieue qui envahissent quotidiennement
la métropole.
« Ça fait 20 ans qu’on étudie ça au Québec, a-t-il déploré,
et après 20 ans, il y a une seule voie réservée sur tout le
réseau supérieur, c’est celle de l’A-15 à la sortie de
Montréal, pour les gens qui vont dans le Nord les fins de
semaine. À mon avis, c’est inacceptable. »
La Ville de Montréal présentera un mémoire sur le projet
Turcot lors de la reprise des audiences publiques du BAPE, à
partir du 15 juin.
Un ministre dans l’embarras — Pascale Breton
La
polémique des derniers jours entourant les règles imposées
aux cliniques d’avortement a, une fois de plus, plongé le
ministre de la Santé, Yves Bolduc, dans la tourmente.
Cette crise s’ajoute à une série d’autres, comme le
dossier du CHUM et les erreur
Quand le premier minist re doit i nterveni r
personnellement dans un dossier, c’est généralement signe
que son ministre est dans l’embarras.
PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, LA
PRESSE
Dur été pour le ministre de la
Santé, Yves Bolduc. Il vient de traverser une deuxième
crise en trois mois. Chaque fois, on lui reproche sa
gestion chaotique des dossiers, son manque de
leadership, ses contradictions.
C’est ce qui est arrivé cette semaine. Jean Charest s’est
présenté aux côtés du ministre de la Santé, Yves Bolduc,
pour assurer que son gouvernement n’avait nullement
l’intention de compromettre l’accès à l’avortement.
Le premier ministre voulait éteindre le feu, alimenté en
grande partie par M. Bolduc lui-même. M. Charest voulait
aussi réitérer sa confiance en son ministre, surtout que
certains, dont le président de la Fédération des médecins
spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette,
réclamaient sa démission.
Dur été pour le ministre Bolduc. Il vient d’essuyer une
deuxième crise en trois mois. Il a aussi quelques autres
controverses à son actif depuis sa nomination, il y a à
peine un an.
Chaque fois, on reproche au ministre sa gestion chaotique
des dossiers, son manque de leadership, ses
contradictions.
Le ministre a tendance à intervenir rapidement, à réagir
publiquement et à se rétracter l’instant d’après. Une
valsehésitation qui est bien mal vue en politique.
« Ça devient gênant. Il faudrait qu’il s’assure que ce
qu’il dit est vraiment ce qu’il veut dire, et qu’il
s’assure aussi d’être appuyé », analyse Réjean Blais,
professeur au département d’administration de la santé à
l’Université de Montréal.
L’une des responsabilités du ministre de la Santé est de
rassurer les gens, souligne le critique péquiste en
matière de santé, Bernard Drainville. « Le ministre Bolduc
est particulièrement mauvais là-dedans. Tu nepeux rassurer
si tu tiens deux discours en même temps. »
Pour l’opposition péquiste, il est clair que le ministre
est en sursis. « Il va falloir qu’il arrête de faire des
erreurs », note M. Drainville, sans aller aussi loin
toutefois que le porte-parole adéquiste en santé, Éric
Caire. Ce dernier réclame carrément la démission du
ministre. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois.
Du côté des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette a
pour sa part accusé le ministre d’avoir menti à la
population à plus d’une reprise, demandant sa démission à
mots à peine cachés.
Inexpérience politique
Au coeur de la tourmente, le ministre semble prêt à
encaisser quelques taloches pour faire de la politique
comme « il le souhaite ».
Attablé devant son petitdéjeuner avant d’entreprendre sa
journéepublique, M. Bolduc reconnaît lui-même qu’il n’est
pas un bon communicateur. « Je veux dire les choses telles
qu’elles sont », assure-t-il à La Presse. Au risque que ce
soit mal interprété.
C’est
impossible d’avoir toutes les réponses au moment où une
crise éclate, ajoute M. Bolduc, qui dit ajuster son
discours au fur et à mesure. Comme dans un cabinet,
lorsque le médecin doit faire des tests avant de poser un
diagnostic à son patient.
« Je suis un clinicien, un gestionnaire qui vient faire de
la politique, et non pas un politicien qui s’improvise
gestionnaire ou clinicien », lance M. Bolduc.
C’est peut-être l’une de ses faiblesses. Tous les experts
consultés évoquent son inexpérience politique.
« Alors que l’ancien ministre Philippe Couillard était un
bon général, M. Bolduc est plutôt un bon colonel. C’est un
bon tacticien plutôt qu’un bon stratège », analyse Réjean
Blais, de l’Université de Montréal.
Cette inexpérience politique finit par effriter la
confiance du public et du milieu. Au point où certains se
questionnent sur sa capacité à occuper le poste de
ministre.
« Je reste avec l’impression qu’il est en difficulté, mais
il n’est pas brûlé », estime toutefois Louis Massicotte,
professeur au département de sciences politiques de
l’Université Laval.
Fine connaissance du système
En revanche, le ministre connaît bien le système de santé.
C’est son plus grand atout. Médecin, gestionnaire,
administrateur, expert-conseil pour le Ministère, il a une
longue feuille de route. Même aujourd’hui, il continue ses
visites d’hôpitaux pour rester au courant et voir lui-même
les problèmes.
Pourtant, il donne souvent l’impression de mal maîtriser
ses dossiers. « Je ne suis pas certain qu’il soit bien
informé ou qu’il s’enquière auprès des autres pour avoir
les bonnes informations » , dit Réjean Pelletier,
professeur en sciences politiques à l’Université Laval.
Encore faut-il qu’il écoute, ce dont se plaignent certains
sous-ministres et directeurs.
« C’est faux. J’écoute beaucoup, rétorque le principal
intéressé. Mais quand j’arrive, j’ai une approche de
clinicien et, souvent, je connais leurs chiffres aussi
bien, sinon plus qu’eux, parce que j’ai plus d’information
qui me provient du Ministère. »
M. Bolduc connaît sa valeur et n’hésite pas à rappeler
qu’il est un expert. Cette attitude peut en froisser plus
d’un et donner une mauvaise impression sur l’homme.
« Il a une connaissance fine du milieu médical, mais j’ai
parfois l’impression que ça le dessert. Un ministre doit
gérer l’ensemble des dossiers, il n’est pas là pour la
gestion quotidienne », dit le président de la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin.
Les négociations dans le réseau de la santé arrivent à
grands pas. Le ministre devra être solide pour affronter
les prochains mois. Les prises de bec avec le président de
la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, l’ont bien montré.
UNE ANNÉE SOUS LE SIGNEDE LA CONTROVERSE
> Juin
2008 À peine nommé, le ministre Bolduc critique la gestion
du CHUM dans certains dossiers. Le directeur général du
CHUM, Denis Roy, démissionne deux jours plus tard. >
Automne 2008 Les médecins critiquent le projet du CHUM. Le
ministre annonce qu’il sera revu, avec plus de lits et de
salles d’opération. Un certain mécontentement se manifeste
ensuite à cause de l’ophtalmologie et du plan fonctionnel
et technique. > Janvier 2009 Le ministre désavoue son
directeur national des urgences, le Dr Pierre Savard. Ce
dernier a indiqué que l’objectif était d’éliminer les
séjours de 48 heures aux urgences d’ici un an. Le ministre
le contredit en soutenant qu’il ne veut pas fixer de
cibles qui ne pourraient être atteintes. > Juin 2009
Une étude révèle des erreurs dans l’interprétation de
tests de pathologie chez des femmes atteintes d’un cancer
du sein. Le ministre dit d’abord qu’il n’a pas eu
connaissance de l’étude et qu’elle n’est pas fiable. Puis,
il reconnaît qu’il y a de quoi s’inquiéter, avant de
nommer des experts pour revoir la question. Il annonce que
2100 tests devront être révisés, un nombre qui montera
finalement à 2700. > Août 2009 La clinique
l’Alternative fait savoir qu’elle cessera de pratiquer des
avortements parce que les normes de la loi 34 sont trop
sévères. Une controverse éclate. Le ministre dit que
l’avortement a été inclus dans la loi (réglementant une
cinquantaine d’interventions) à la recommandation du
Collège des médecins, qui le nie. Le ministre est accusé
de vouloir compromettre l’accès à l’avortement et de
mentir au public. Il demande un nouvel avis au Collège, et
tout indique que l’avortement ne sera pas soumis aux mêmes
règles que les autres interventions prévues dans la loi
34.
Un ministre en observation - VINCENT
MARISSAL
À la
lumière de sa performance des derniers jours, on peut se
demander comment réagirait Yves Bolduc en cas de crise
grave, un nouveau SRAS ou une grippe porcine, par exemple.
Ou même comment il survivra à la saga du CHUM, un chapelet
de crises que l’on égrène depuis une bonne décennie.
Pour un médecin, Yves Bolduc vit plutôt dangereusement.
Tous les toubibs vous le diront: le stress, à trop forte
dose, est extrêmement néfaste pour le corps et l’esprit.
Et du stress, le ministre de la Santé en a eu une triple
dose cette semaine.
Par moments, au cours des derniers jours, on avait
l’impression que le Dr Bolduc était sur le point de
défaillir tellement la pression était forte.
Après un tel épisode, la question se pose (et elle est sur
toutes les lèvres dans les milieux de la santé et de la
politique): Yves Bolduc a-t-il la couenne assez dure pour
diriger cet épuisant ministère ?
Lorsqu’on a un grave problème de santé, la dernière chose
dont on a besoin, c’est de sentir que son médecin panique,
qu’il ne sait plus comment réagir. À plus forte raison,
lorsque toute une population est inquiète, elle ne peut
être rassurée si le patron des médecins est lui-même
dépassé par les événements.
À la lumière de sa performance des derniers jours, on peut
se demander comment réagirait Yves Bolduc en cas de crise
grave, un nouveau SRAS ou une grippe porcine, par exemple.
Ou même comment il survivra à la saga du CHUM, un chapelet
de crises que l’on égrène depuis une bonne décennie.
À l’Assemblée nationale, le député adéquiste Éric Caire
n’a pas mis de gants blancs pour affirmer : « Yves Bolduc
n’a pas les capacités pour occuper le poste de ministre de
la Santé. »
La cha rge éta i t violente – mettez cela sur le compte de
l’effervescence typique des fins de session parlementaire
– mais il se trouve, dans le réseau de la santé, quelques
détracteurs tout aussi sévères envers M. Bolduc.
I l serait toutefois faux de dire que le ministre a perdu
la confiance du milieu puisqu’il compte aussi des alliés
sincères.
Une série d’entrevues faites ces derniers jours et une
vilaine fracture à un doigt qui m’oblige à fréquenter le
CHUM depuis quelques semaines (excellents soins, j’insiste
pour le dire) m’ont permis de constater que le ministre
Bolduc recueille plus de sympathie que de condamnations.
Tout le monde s’entend sur une chose: ministre de la Santé
au Québec, c’est un des pires jobs, juste après celui
d’entraîneur du Canadien ! Et, comme pour les discussions
enf lammées et les débats sur l’ordre des trios dans le
Canadien, l’affaire des tests de cancer du sein a pris de
proportions surréalistes, estime-t-on généralement dans le
milieu.
Avant de crucifier le Dr Bolduc, la plupart des gens à qui
j’ai parlé sont prêts à lui donner une autre chance.
chance. D’autres, par contre, sont beaucoup moins
indulgents.
« Ça prend un gestionnaire hors pair à la tête de ce
ministère, ce que n’est pas Yves Bolduc , t ra nche un ac
teur important du monde de la santé sous le couvert de
l’anonymat. C’est comme si on avait catapulté un midget au
poste de directeur général d’une équipe de la Ligue
nationale. Une équipe qui a plein de problèmes, en plus. »
Les
détracteurs du Dr Bolduc lui reprochent son manque
d’écoute, son manque d’expérience et une certaine
suffisance.
« Il commence ses interventions par: "Je le sais, je suis
C’est le cas notamment du Dr Paul Perrotte, président du
conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du
CHUM.
« Pour le dossier du CHUM, il nous a écoutés et il a pris
les bonnes décisions, qui ont peutêtre enfin permis de
débloquer, dit le Dr Perrotte. Pour le CHUM, je lui donne
A. Pour le reste, les urgences par exemple, il a un job
difficile et il ne fait pas pire que les autres. »
Voilà qui résume assez fidèlement le sentiment répandu
chez les partisans de la deuxième médecin" et il les finit
par : "C’est moi le ministre." On ne peut pas discuter
avec un gars comme ça », ajoute une autre source du
milieu.
L’affaire des tests du cancer du sein a fait beaucoup de
bruit depuis 10 jours, mais pour ses opposants, le
ministre Bolduc était déjà en observation depuis un an.
Tout a commencé quelques jours après sa nomination,
lorsqu’il a congédié l’ancien directeur du CHUM, Denis
Roy, une décision cavalière et intempestive, selon
certains.
Puis les fuites et les tergiversations entourant le projet
du CHUM ont accentué l’exaspération, qui a culminé par la
volteface du ministre sur le service d’ophtalmologie, en
mars. Ce service devait fonctionner en centre médical
spécialisé associé, à l’extérieur du CHUM, mais il a
finalement été réintégré, au grand mécontentement des
ophtalmologistes.
« Ce dossier-là a été un gros pavé dans la mare, avoue le
Dr Perrotte. Le ministre a réagi à minuit moins une et
cela a créé beaucoup de remous. »
Il faut dire, à la décharge du ministre Bolduc, que le
milieu de la santé, en particulier le milieu médical, est
réputé impitoyable envers son ministre.
Dès son arrivée, Yves Bolduc s’est attiré critiques et
railleries dans le réseau à cause de ses références à la «
méthode Toyota », parce qu’il vient d’une région et non de
Montréal ou parce qu’il est omnipraticien et non pas
spécialiste.
I l faut dire aussi que M. Bolduc a dû chausser les
souliers de Philippe Couillard, recordman de longévité à
ce poste casse-gueule et modèle de c a l me et de
contrôle. Nécessairement, on compare.
Pour
survivre à ce poste, Yves Bolduc devra apprendre à gérer
les crises – et son stress. En attendant, il trouvera
peut-être un peu de réconfort du côté de Nietzsche, qui
disait que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus
fort.
Le président du Conseil des aînés
démissionne
Georges
Lalande se dit exaspéré par l’attitude de la ministre
Blais
EXCLUSIF
M. Lalande reproche à la ministre de vouloir « contrôler
son institution » et d’en « brimer la liberté et
l’autonomie ».
Se disant exaspéré par l’attitude de la ministre des
Aînés, Ma rguer ite Blais, le président du Conseil des
aînés du Québec , Georges La lande , démissionne, a
appris La Presse. M. Lalande reproche à la ministre de
vouloir « contrôler son institution » et d’en « brimer
la liberté et l’autonomie ».
Le mandat de M. Lalande devait se terminer en novembre.
Mais il explique avoir décidé de quitter ses fonctions
avant terme, car la ministre Blais le « pousse vers la
sortie ».
Le Conseil des aînés a été créé en 1992. Son mandat est,
entre autres, de promouvoir les droits des aînés et de
conseiller le gouvernement sur toutes les questions qui
touchent les personnes âgées. Selon M. Lalande, la
ministre Blais empêche le Conseil des aînés de jouer son
rôle.
Le président démis s ionnaire explique que le rapport
annuel 2008 du Conseil a été déposé il y a plusieurs
semaines au bureau de la ministre Blais. « Mais elle ne
l’a pas encore déposé à l’Assemblée nationale, car elle
s’attarde sur certains détails », soutient M. Lalande.
M. Lalande ajoute avoir créé récemment un comité pour
réf léchir aux questions éthiques liées au
vieillissement. « Mais Mme Blais est intervenue pour
décider des membres qui devaient y siéger, dénonce M.
Lalande. Si on enlève l’autonomie et l’indépendance du
Conseil, il ne sert à rien. »
M. Lalande est fonctionnaire depuis 35 ans. Il a été
notamment sous-ministre à la Justice et aux Transports.
« C’est la première fois que je vois ça, dit-i l .
Tenter de soumett re le Consei l des aînés, c ’ est
inacceptable. »
M.
Lalande affirme que l’idée de lancer un programme de
certification des résidences privées pour aînés est née
au Conseil des aînés. « Si on a pu faire ça, c’est qu’on
nous donnait la marge de parler. Il faut conserver
l’autonomie du Conseil des aînés », dit-il.
Mme Blais déçue
La ministre Blais s’est dite « déçue » de la réaction de
M. Lalande. « Elle croyait que son départ avait été
décidé d’un commun accord », assure le directeur du
cabinet de Mme Blais, André Ménard.
Si le rapport annuel 2008 du Conseil des aînés n’a pas
encore été déposé, c’est que certains éléments « ne
respectaient pas la loi constitutive du Conseil des
aînés », dit M. Ménard. « Et c’est la responsabilité de
la ministre de s’assurer que tout est conforme,
ajoute-t-il. D’ailleurs, M. Lalande a fait les
changements et le rapport sera sûrement déposé la
semaine prochaine. »
Quant au comité d’éthique, M. Ménard expl ique que
l’ancien président du groupe a écrit une lettre à la
ministre Blais lui demandant de démissionner. « Il
disait ne pas s’entendre avec M. Lalande. En réaction,
M. Lalande lui-même a décidé de nommer Russell Copeman à
la tête du comité. Il l’a nommé lui-même, dit M. Ménard.
Ce n’est pas la décision de la ministre. »
Au cour s des procha i ns mois, Mme Blais mènera des
consultations afin de trouver un remplaçant à M. Lalande
au Conseil des aînés.
CRÉDITS D’IMPÔT À LA RÉNOVATION - UN PETIT EXTRA QUI FAIT DE
L’EFFET
Quand les
gouvernements ont lancé leurs programmes de crédit d’impôt
pour inciter les Québécois et les Canadiens à rénover,
l’incertitude sur l’efficacité de ces mesures n’avait d’égal
que l’incertitude économique elle-même
«Ç’a été lent à partir, mais c’est parti en fou. » Guy Aude
t , propriétaire d’une entreprise de construction-rénovation
à Sherbrooke, reçoit plus de soumissions pour des projets de
rénovation que les années précédentes. Et les nouveaux
crédits d’impôt à la rénovation, mis en place par les
gouvernements fédéral et provincial, y sont sûrement pour
quelque chose.
Selon
l’Association provinciale des constructeurs d’habitation du
Québec, les intentions de rénovation des ménages québécois
dans les 12 prochains mois sont passées de 12,4% en décembre
2008 à 19,8% en février, quelques semaines après que les
gouvernements aient annoncé ses programmes de crédit d’impôt
à la rénovation.
Les intentions de rénovation ont certes diminué à 16,6% en
avril, selon le dernier sondage de l’APCHQ. Mais cela reste
néanmoins plus encourageant qu’à la fin de l’année dernière.
Et plusieurs entrepreneurs en rénovation poursuivent leur
croissance malgré la récession.
C’est le cas de Portes et Fenêtres Caron et Guay, de
Pont-Rouge, dont 75% du chiffre d’affaires de 30 millions
est attribuable aux activités de rénovation.
« En salle de montre, l’achalandage a presque doublé par
rapport à l’an dernier, note le directeur des ventes, Réjean
Guay. Et on est parti pour une très bonne croissance. »
Jusqu’à maintenant, les ventes ont grimpé de 40%.
Dans ce cas comme dans d’autres, il demeure très difficile
de calculer exactement la responsabilité des crédits d’impôt
dans les bonnes affaires de 2009. Mais Réjean Guay croit que
les mesures fiscales apportent un surplus de clientèle, s’il
en juge par la quantité de gens qui glissent un mot sur ces
crédits d’impôt.
« Les crédits d’impôt viennent contrebalancer les mauvaises
nouvelles économiques qui sont apparues au pays depuis
janvier », dit pour sa part Martin St-Amour, directeur chez
Portes et Fenêtres Verdun.
Selon lui, nul doute que cela convainc des consommateurs à
passer de l’étape du projet à celle de la concrétisation.
« J’ai des exemples de clients qui ont mis leur projet sur
la glace à l’automne, voyant que leurs REER avaient beaucoup
baissé, dit-il. Mais ils sont revenus à la charge en février
ou en mars. »
« Ça fait son chemin »
Au moment où le gouvernement fédéral a lancé son programme,
à la fin janvier, des économistes se montraient sceptiques.
L’économiste en chef de BMO Marchés des capitaux, Sherry
Cooper, doutait que les ménages à plus faible revenu soient
tentés par le programme. Yves Saint-Maurice, de Desjardins,
se demandait quant à lui si cela allait vraiment amener du
jus à l’économie.
Mais force
est de constater que pendant que les mises en chantier
diminuent et que le marché de l’habitation s’essouffle, la
rénovation tient le coup.
« À l’automne, on était préoccupé de savoir comment le
consommateur réagirait à cette incertitude économique là,
dit Martin St-Amour. La rénovation implique souvent des
sommes assez importantes. »
Mais avec l’arrivée du printemps, et après quelques
semaines de confusion et d’incompréhension sur les
modalités des crédits d’impôt, l’inquiétude s’est
dissipée.
« Avant que les crédits d’impôt arrivent, nous étions
inquiets, comme tout le monde, même si on avait nos
petites stratégies, se rappelle Réjean Guay. Lorsque les
crédits d’impôt sont arrivés, on trouvait que c’était une
superbe nouvelle, mais les premières semaines ont été
toute une aventure pour aller chercher des renseignements
là-dessus. Pendant un temps, on pensait que c’était de la
poudre aux yeux. »
« Au début de l’année, les gens ne comprenaient pas trop
ce que c’était, dit Éric Sansoucy, associé chez SP
Rénovation, de Montréal . Le langage f iscal n’est pas
nécessairement parlé par tout le monde. Mais on répète à
chaque fois que quand on atteint 20 000 $, c’est 3850 $ de
crédit d’impôt. Ça fait son chemin et ça marche. » Si bien
que plusieurs Québécois ont devancé des travaux prévus un
peu plus tard, notent les entrepreneurs.
Secteur sensible
Florence Duhamel, directrice générale de Maison D& D,
à Brossard, ne note pas d’augmentation par rapport à l’an
dernier. « Par contre, il n’y a pas de baisse,
précise-t-elle. Peut-être que sans ces crédits, il y en
aurait une. »
C’est aussi l’opinion d’Éric Cherbaka, directeur général,
division Membres et Industrie, de l’APCHQ.
« Sans ces crédits, ce serait plus difficile de passer au
travers de la récession. La rénovation est un secteur
plutôt sensible à la conjoncture économique. Les crédits
viennent maintenir l’activité. Sans eux, les gens auraient
attendu une stabilisation économique. »
Aujourd’hui, une chose est certaine: les consommateurs
sont intéressés et veulent en savoir plus sur les crédits.
L’APCHQ remarque un grand nombre de demandes d’information
et de références d’entrepreneurs sur son site web et au
service à la clientèle.
Et les entrepreneurs suivent les clients. « On nous
mentionne que beaucoup d’entrepreneurs qui ne faisaient
pas de rénovation sont entrés sur le marché, dit Éric
Cherbaka. Il y a beaucoup plus de joueurs, et beaucoup
plus de concurrence. »
ENTRE RÉCESSION ET RÉNOVATION
Même si
les Québécois ne semblent pas du tout insensibles aux
crédits d’impôt à la rénovation, il est difficile de dire
exactement comment le duo récession-crédit d’impôt se
traduit dans leur comportement de consommateur.
« Le crédit incite les gens à dépenser plus, soutient
Réjean Guay, directeur des ventes chez Caron et Guay
Portes et fenêtres. « Les contrats ont grossi, dit-il,
passant d’une moyenne d’environ 5000$ à 7000 à 8000$. »
Chez Verdun Portes et fenêtres, la facture moyenne a aussi
augmenté, mais le directeur Martin St-Amour l’explique
autrement. « Les gens plus touchés par la crise, par
exemple les employés d’usine, sont ceux qui remplaçaient
une ou deux fenêtres à la fois. Ces gens-là sont
probablement sortis du marché. On a moins d’appels pour
des soumissions à domicile, mais les gens qui
entreprennent les projets ont des budgets plus importants.
Le client moyen qui est resté dans le marché a un peu plus
d’argent à investir. »
Florence
Duhamel, directrice générale de Maisons D& D, constate
plutôt des projets de moins grande envergure ce printemps.
« Ce sont davantage des urgences, des rénovations qu’il
faudrait faire de toute façon. »
Mais Mme Duhamel ne déprécie pas pour autant les crédits
d’impôt.
« Je reste encouragée par la mesure, mais je pense qu’on
va davantage voir les effets à l’automne. Les gens vont
réaliser que le mois de janvier (le 1er février est la
date limite du programme fédéral) s’en vient vite et que
dans quelques mois, ils n’auront plus droit au crédit
d’impôt. L’économie va redémarrer, ils vont avoir un peu
de sous, une sécurité d’emploi. Ils vont réaliser qu’ils
ont un projet qui a une échéance. Je pense que ça va
réveiller les gens. »
Comme quoi on n’aura le coeur net sur la réelle popularité
de ces crédits d’impôt que sur les déclarations d’impôts
des Québécois, au printemps prochain.
DEUX ESPÈCES DE PROGRAMMES
Quand
Claude Bernier, vice-président chez Rona, dit que les
Québécois ont deux programmes de crédit d’impôt très
différents à comprendre, il a tout à fait raison.
Le crédit d’impôt pour la rénovation et l’amélioration
résidentielles, mis en place par le gouvernement québécois
le 14 janvier dernier, s’adresse seulement aux
propriétaires qui confient leurs travaux à des
entrepreneurs ayant une licence de la Régie du bâtiment du
Québec. Il vise notamment à soutenir les emplois du
secteur de la construction et décourager le travail au
noir.
Il offre un crédit remboursable de 20% pour les dépenses
supérieures à 7500$, jusqu’à un maximum de 20 000$, pourvu
que les ententes avec les entrepreneurs soient conclues en
2009 et que les dépenses soient effectuées avant la fin
juin 2010.
Les travaux extérieurs (aménagement paysager, remise à
neuf des allées, piscines) ne sont pas reconnus,
contrairement au crédit fédéral.
Le crédit
d’impôt fédéral pour la rénovation résidentielle, présenté
dans le budget Flaherty du 27 janvier est un crédit non
remboursable de 15% pour les dépenses supérieures à 1000$,
avec un plafond de 10 000$.
La mesure est beaucoup moins restrictive qu’au provincial.
L’éventail de dépenses admissibles est assez large, et il
n’est pas nécessaire que les travaux soient effectués par
un entrepreneur. Ainsi, les coûts des matériaux de
construction pour la construction d’une clôture construite
par le propriétaire lui-même est une dépense admissible.
Les dépenses doivent être effectuées entre le 27 janvier
2009 et le 1er février 2010.
Un outil de calcul détaillé, valide pour les deux crédits
d’impôt, est disponible sur le site de Revenu Québec au
LES DÉTAILLANTS SENTENT L’ENGOUEMENT
En pleine
récession, les grands détaillants de la quincaillerie et de
la rénovation entendent bien tirer profit des crédits
d’impôts lancés cet hiver. Déjà, tant Home Depot que Rona
constatent un impact sur les affaires. « On a vu une
réaction de la clientèle dans les jours et les semaines qui
ont suivi l’annonce des crédits, dit Élise Vaillancourt,
directrice régionale du marketing de HomeDepot pour le
Québec. Mais il est difficile à dire si notre hausse de
ventes y est directement attribuable. »
De son côté,
Rona offre un programme incitatif supplémentaire (Home Depot
l’a aussi fait durant quelques semaines) et invite les gens
à s’inscrire sur un site web, où les clients doivent fournir
certaines informations sur leur projet de rénovation.
Le détaillant de Boucherville ne veut pas préciser le nombre
de participants inscrits, mais il est question de milliers
de clients dans le pays. En entrevue à
le premier vice-président marketing et innovation client,
Claude Bernier, indique aussi que « des dizaines de millions
de dollars en intentions ont déjà été enregistrées ». Il
précise toutefois que ce ne sont pas encore des dépenses
réelles.
« On est
très content des programmes de crédits d’impôts, ajoute M.
Bernier. On y croit beaucoup. De mois en mois, le nombre
d’inscrits à notre programme augmente. Il y a un certain
engouement. On parle de dizaines de millions, pas de 50000$.
»
Mais à l’instar des entrepreneurs, les détaillants évoquent
une certaine complexité à bien saisir les tenants et
aboutissants des programmes.
« La difficulté, c’est que le consommateur doit comprendre
deux programmes très différents, dit Claude Bernier. Il y a
encore beaucoup d’éducation à faire, mais le potentiel est
très grand. »
Mais le crédit d’impôt n’explique pas tout. Si Élise
Vaillancourt estime que ça a un impact positif sur les gens
qui étaient sur le point de prendre une décision quant à
leur projet de rénovation, elle croit aussi que cette année,
plus de gens préfèrent utiliser leur dollar discrétionnaire
pour des rénovations (et leur effet permanent) plutôt que
pour des vacances (et leur effet temporaire).
Tournages à Montréal Québec ouvre les vannes
Le
gouvernement du Québec agit avec célérité pour permettre
la reprise des tournages américains dès cet été à
Montréal. Deux ou trois grosses productions américaines
s’apprêteraient déjà à profiter de l’élargissement du
crédit d’impôt décrété hier à Québec.
Le ministre québécois des
Finances, Raymond Bachand, a annoncé hier que Québec
élargira les possibilités de crédits d’impôt pour les
productions cinématographiques étrangères. Sur la photo,
Brad Pitt et Cate Blanchett dans L’étrange histoire de
Benjamin Button. Des scènes de ce long métrage américain
ont été tournées à Montréal.
Effective immédiatement, la principale mesure précise que
le crédit d’impôt de 25% sur les salaires des productions
étrangères s’appliquera désormais à l’ensemble des frais
de production engagés au Québec.
« C’était important de le faire rapidement, les décisions
pour les tournages se prennent maintenant », a indiqué le
ministre des Finances, Raymond Bachand, confirmant ainsi
ce qu’avait révélé La Presse il y a deux semaines au sujet
de ses intentions de relancer les tournages à Montréal.
« C’est bon pour l ’ i ndustrie, qui le souhaitait depuis
quelques semaines, poursuit le grand argentier du Québec.
Nous avons toujours été parmi les leaders dans ce domaine
et comptons le rester. Nous serons compétitifs avec
Toronto, Vancouver et plusieurs États américains »
Le ministre Bachand reconnaît que les crédits d’impôt
représentent un investissement important mais assure
qu’ils en valent entièrement la peine.
« C’est
avantageux, dit-i l . Mieux vaut des crédits d’impôt qui
amènent des dépenses réelles au Québec que le statu quo
pour notre industrie. Ça fait vivre pas mal de monde. »
Les productions étrangères assurent le maintien de 4500
emplois au Québec. Elles ont eu des retombées de seulement
60 millions de dollars l’an dernier, alors qu’elles
avaient rapporté 270 millions en 2007. Avec les nouvelles
mesures, les retombées devraient dépasser 100 millions
cette année.
« Montréal sera complètement transformé cet été, ajoute
Hans Fraikin, commissaire du Bureau du cinéma et de la
télévision du Québec. Avec cette mesure, nous sommes sur
un pied d’égalité avec nos concurrents américains qui
offrent aussi des avantages fiscaux. »
Extrêmement satisfait des mesures annoncées, il a expliqué
que le Québec peut même s’enorgueillir d’offrir davantage
que la plupart des lieux de tournage américains en raison
des infrastructures et des techniciens qu’il y a chez nous
depuis de nombreuses années.
En plus de l’élargissement du crédit d’impôt à toutes les
dépenses de production, Québec a également décidé de
porter à 30% le crédit d’impôt pour effets spéciaux et
animation informatique.
« C’est important parce que nous sommes également très
forts en postproduction au Québec, note Hans Fraikin. Il y
a présentement des négociations pour deux, voire trois
longs métrages de fiction américains bénéficiant de gros
budgets qui seront annoncés d’ici l’été. »
Québec accorde près de 100millions à CAE
«
C’est un risque calculé, qu’on partage, parce que bien
sûr on prête 35% de l’investissement, mais cela veut
dire que CAE y contribue à 65%. »
Québec a annoncé hier l’attribution à l’entreprise CAE
d’une aide financière de près de 100 millions, sous
forme d’un prêt à redevance, pour un projet
d’investissement majeur.
Le ministre des Finances et du
Développement économique, Raymond Bachand, a
confirmé l’aide de 99,8 millions de Québec à CAE.
Le ministre des Finances et du Développement
économique, Raymond Bachand, a confirmé l’aide
octroyée pour un nouveau programme de recherche et
développement, en présence du président et chef de la
direction de CAE, Robert E. Brown.
Grâce à un investissement total de près de 274
millions, CAE espère devenir le chef de file mondial
de la modélisation et de la simulation dans trois
nouveaux domaines, soit ceux de la santé, des mines et
de l’énergie. Québec investira 99,8 millions, sur sept
ans, tandis que CAE financera son programme à hauteur
de 174 millions.
« C’est un risque calculé, qu’on partage, parce que
bien sûr on prête 35% de l’investissement, mais cela
veut dire que CAE y contribue à 65%. Et nous sommes
convaincus que nous retrouverons notre argent, avec
intérêt et rendement. Et surtout avec beaucoup
d’emplois et une nouvelle entreprise qui deviendra un
leader dans un nouveau secteur », a soutenu le
ministre Bachand, en conférence de presse.
Le projet doit assurer la création ou le maintien de
2500 emplois directs et de 1000 emplois indirects
échelonnés sur une période de 15 ans, selon la
direction de l’entreprise, dont le siège social est à
Montréal.
Plus
de 2000 emplois devraient en outre être créés dans la
région de Montréal, et ce, même si CAE annonçait, à la
mi-mai, 700 mises à pied, dont 600 dans la métropole
québécoise.
« Notre objectif maintenant, c’est d’avoir des
activités qui représenteront à peu près le quart de
notre chiffre d’affaires, dans cinq à huit ans. Donc,
cela donne un ordre de grandeur au niveau du chiffre
d’affaires et du nombre d’emplois que l’on pourrait
voir », a détaillé M. Brown.
Dans le domaine de la santé, CAE prévoit travailler en
liaison avec le milieu, afin de lui offrir des
simulateurs d’environnement et de permettre au
personnel médical de répéter des procédures médicales
avant de les utiliser pour des patients.
« Cela va permettre de sauver des vies et diminuer des
coûts », a soutenu M. Brown. Des contrats auraient
déjà été signés, selon le PDG de l’entreprise, avec
l’Université de Montréal, le Michener Institute for
Applied Health Sciences, de Toronto, et le Winnipeg
Regional Health Authority.
CAE offre également déjà aux sociétés minières des
formations pour leurs conducteurs, tandis que du côté
du domaine de l’énergie, l’entreprise souhaite
permettre aux compagnies de maximiser le rendement de
leurs ressources. CAE investira dans des outils de
simulation et de modélisation visant à optimiser la
gestion, la production, les réseaux de distribution et
la commercialisation dans le secteur.
Seul Québec par ticipe au nouveau projet
d’investissement de CAE, mais le gouvernement fédéral
avait à son tour annoncé à la fin mars
l’investissement d’un montant remboursable dans le
projet Falcon, un programme de recherche et
développement de 714 millions s’échelonnant sur cinq
ans. Ce dernier devait créer ou aider à conserver 1000
emplois.
Guerre de tranchée à Rivière-du-Loup
- VINCENT MARISSAL
Après une
fin de semaine de réflexion, MichaelIgnatieff indiquera
aujourd’hui aux Canadiens s’il fera tomber ou non le
gouvernement Harper cette semaine, déclenchant du coup des
élections pour le 27 juillet.
Un conseil: ne retenez pas votre souffle, la probabilité
que les libéraux précipitent le pays dans une campagne
électorale en plein été est extrêmement faible.
Ce serait d’ailleurs une sage décision de passer un tour
de la part de M. Ignatieff. Une campagne au mois de
juillet, c’est risqué. En pleine récession de surcroît,
cela devient téméraire.
Le chef libéral irait dans les campings et les parcs pour
dire aux vacanciers inquiets de perdre leur emploi à la
rentrée que c’est une bonne chose que de dépenser 300
millions de fonds publics pour retarder encore un peu les
mesures de reprise économique? Ce n’est pas sérieux…
Comme nous n’aurons vraisemblablement pas d’élections
fédérales cet été, le dernier événement politique de la
saison aura lieu lundi prochain sur la scène provinciale,
à Rivière-du-Loup, avec l’élection partielle visant à
remplacer Mario Dumont.
Cette élection s’avère d’ailleurs beaucoup plus
intéressante que prévu, comme j’ai pu le constater depuis
deux jours en arpentant cette magnifique région.
De Montréal, on avait l’impression depuis le début de
cette campagne que les jeux étaient faits et que le
candidat du Parti québécois, l’ancien député du Bloc Paul
Crête, allait l’emporter facilement. Les péquistes
affichaient une belle assurance et les libéraux
admettaient eux-mêmes que leur candidat, l’ex-maire de
Rivière-duLoup, Jean D’Amour, était « dans le trouble »,
comme on dit en politique. (Ah oui, et l’ADQ, dites-vous?
Dans Rivière-du-Loup, on ne votait pas vraiment ADQ, on
votait Mario, et il n’est plus là, alors…).
Sur le terrain, à travers les bancs de brume
fantomatiques, on distingue plutôt la tendance inverse:
les libéraux pourraient créer la surprise et arracher
cette circonscription détenue par Mario Dumont depuis 15
ans.
De l’aveu même de Paul Crête, la lutte contre les libéraux
est extrêmement serrée. Et ce n’est pas une tactique pour
cacher une trop grande assurance. Paul Crête est un
bonhomme franc et direct. Il était visiblement inquiet,
vendredi soir, quand je l’ai croisé dans un resto à la
mode, rue Lafontaine, à Rivièredu-Loup. Et pour cause.
La démarche n’a évidemment rien de scientifique, mais de
Rivière-du-Loup à Cacouna en passant par
Notre-Dame-du-Portage et Trois-Pistoles, l’immense
majorité des électeurs rencontrés penchaient du côté des
libéraux. Un ou deux électeurs ont bien parlé de
l’arrestation du candidat D’Amour pour conduite en état
d’ébriété, mais, en général, on semble prêt à lui
pardonner d’avoir « pris une p’tite bière », pour résumer
les propos d’un homme de Trois-Pistoles.
Quant aux allégations de conflit d’intérêts pesant sur M.
D’Amour (le commissaire au lobbyisme enquête sur
l’ex-maire de Rivièredu-Loup parce qu’il aurait fait des
représentations pour son entreprise auprès de son
successeur sans s’inscrire au registre des lobbyistes),
pas un seul électeur n’en a soufflé mot.
La ville
de Rivière-du-Loup se tire fort bien d’affaire malgré les
temps difficiles et elle a côtoyé la prospérité ces
dernières années. Naturellement, l’ancien maire en retire
quelque mérite.
La principale arme des libéraux – sans surprise – est de
dire aux gens qu’il est temps d’élire un député du parti
au pouvoir. L’argument semble faire mouche chez plusieurs
électeurs.
À cet argument, les péquistes opposent un raisonnement
étonnant: Rivière-du-Loup a connu 14 ans de prospérité
économique en étant dans l’opposition avec Mario Dumont.
Donc, l’opposition, c’est bon pour la région!
Remarquez que Paul Crête s’y connaît. Cela fait 16 ans
qu’il est dans l’opposition comme député du Bloc
québécois, qui n’a connu et ne connaîtra jamais que ce
rôle. Cela dit, quel sera l’argument du PQ, aux prochaines
élections, lorsqu’il se battra pour prendre le pouvoir?
Le candidat Crête joue gros aussi lorsqu’il dit, comme il
l’a fait samedi en point de presse dans son local de
Rivière-du-Loup, que cette élection partielle est le
premier grand test pour le gouvernement Charest troisième
mouture.
Vrai, les élections partielles sont souvent l’occasion
d’envoyer un message (le plus fréquemment de frustration
ou de colère) au gouvernement, mais si le PQ « échappe »
Rivière-du-Loup après avoir été en avance, c’est Pauline
Marois qui échouera à son premier grand test depuis le
scrutin général du 8 décembre.
Au moment où la chef du PQ impose un virage stratégique
important à son parti et où l’option cause une fois de
plus des remous, son leadership serait certainement
affaibli par une défaite dans Rivière-du-Loup, terre
francophone réputée nationaliste.
Paul Crête admet qu’il devra attirer au moins deux
électeurs adéquistes sur trois pour gagner lundi prochain
(aux dernières élections, le PQ a fini troisième avec un
peu plus de 3000 votes, contre 5700 pour les libéraux et
11 000 pour Mario Dumont).
Voilà pourquoi le PQ met toute la gomme dans
Rivière-du-Loup. Hier, des dizaines de bénévoles, qui
avaient assisté la veille à la Conférence nationale des
présidents du Parti québécois, sont restés dans la région
pour donner un coup de main au candidat Crête.
Ces renforts ont fait sourciller les libéraux, qui y
voyaient une contribution illégale, mais le parti de Jean
Charest n’était pas en reste cette fin de semaine.
Samedi, deux ministres (Claude Béchard et Tony Tomassi) et
près de 100 bénévoles (essentiellement, du personnel
politique de Québec et de Montréal) ont débarqué dans la
circonscription pour la fin de semaine.
Les grands imposteurs - ANDRÉ PRATTE
Le conseil
général du Parti libéral du Québec s’est tenu en fin de
semaine sous le thème du développement énergétique duQuébec.
Le premier ministre Jean Charest y a présenté sa vision du
Québec de l’avenir, un Québec qui serait « la première
puissance mondiale d’énergies propres et renouvelables ».
C’est un projet mobilisateur que nous applaudissons. Il est
déplorable que les libéraux aient choisi d’en faire une
affaire partisane.
Une vidéo présentée aux militants dimanche retraçait
l’histoire de l’hydroélectricité au Québec. Le PLQ a réussi le
tour de force d’y raconter la nationalisation de l’électricité
sans dire un mot de René Lévesque. Ministre libéral des
Ressources naturelles au début des années 60, M. Lévesque a
mené pendant des mois une campagne publique en faveur de la
nationalisation. C’est cette campagne qui a convaincu les
Québécois, puis le premier ministre Lesage de prendre cet
audacieux pari. On a beau être partisan, il y a des limites à
la malhonnêteté intellectuelle.
Jean Charest s’est bien gardé de pavoiser après que les
organisateurs du conseil général, affiches et vidéo à l’appui,
l’eurent sacré « grand bâtisseur » aux côtés de Godbout,
Lesage et Bourassa. Il ne s’est pas moins présenté comme le
père de la relance de la construction des grandes centrales
hydroélectriques et du développement de l’énergie éolienne
dans la province. Or, c’est faux. Le premier ministre qui a
initié ces deux virages, c’est Bernard Landry.
Il est vrai que le gouvernement de Jacques Parizeau avait mis
un frein aux grands projets de production électrique. Il
n’avait pas le choix: l’échec de Grande-Baleine avait montré
que la résistance des populations autochtones ne pouvait être
vaincue ou contournée.
Il a fallu
que M. Landry conclue la Paix des Braves avec les Cris pour
que le plus grand projet depuis celui de la baie James, la
dérivation de la rivière Rupert, puisse aller de l’avant.
Voici ce que déclarait M. Landry, alors premier ministre, il y
a sept ans presque jour pour jour: «Le Québec est à l’aube
d’une autre grande période de développement de projets
énergétiques. Les initiatives que mon gouvernement a annoncées
au cours de la dernière année et celles que nous mettrons en
place au cours des prochains mois permettront au Québec de
connaître la plus importante vague de développement de projets
énergétiques depuis les travaux de la baie James. » Et le chef
péquiste de « confirmer la ferme volonté de mon gouvernement
d’accélérer le développement de l’énergie éolienne au Québec».
Bernard Landry mérite donc, au moins autant que son
successeur, le titre de « grand bâtisseur » de l’énergie. Dans
ce dossier, le chef libéral a seulement pris la balle au bond.
Le «plan Nord» et le développement d’un « nouvel espace
économique » pour le Québec sont des initiatives beaucoup plus
originales lancées par le premier ministre libéral. Souhaitons
que le « plan Nord » prenne bientôt une forme plus concrète
que la présentation PowerPoint à laquelle il s’est limité
jusqu’à maintenant.
Les libéraux ne sont évidemment pas les seuls à déformer
l’histoire à leur avantage. Leurs adversaires péquistes font
de même, par exemple lorsqu’ils s’enorgueillissent du choix
que le Québec a fait de l’hydroélectricité, oubliant que le PQ
était contre la baie James, préférant la filière nucléaire.
L’avenir économique du Québec dépend notamment de sa capacité
à exploiter au maximum, dans le respect de l’environnement,
ses ressources hydroélectriques et éoliennes. Plutôt que d’en
faire un enjeu partisan, les politiciens devraient s’efforcer
d’y rallier toute la population.
« Les péquistes se foutent des règles », dit JeanCharest
Dépenses
électorales dans Rivière-du-Loup
Libéraux et péquistes se sont accusés mutuellement hier de
faire fi des règles du financement électoral pour la
complémentaire de Rivière-du-Loup, qui est devenue un
champ de bataille politique débordant largement les enjeux
locaux.
Jean Charest a raillé hier les
habitudes belliqueuses des péquistes, disant qu’ils
n’avaient pas pu s’empêcher de se chicaner avec le DGE.
Jean Charest soutenait hier ne pas prêter foi aux
engagements du PQ, qui promet de comptabiliser une partie
des coûts d’un événement partisan qu’il tiendra en fin de
semaine dans cette circonscription. Lundi, après quelques
jours de flottement, le vérificateur avait jeté du lest et
convenu que le PQ pouvait n’imputer qu’une partie des
coûts liés à la Conférence des présidents de samedi
prochain, aux dépenses électorales du candidat péquiste
Paul Crête.
Cette conclusion avait nécessité bien des échanges
aigres-doux entre le bureau du DGE et le PQ. « La chicane,
cela fait tellement partie de la culture du PQ qu’ils ne
peuvent s’empêcher de se chicaner avec le DGE. Il faut le
faire », a raillé Jean Charest hier.
Selon lui, « les péquistes dans Rivière-du-Loup se foutent
du président d’élection (le DGE), ils se foutent des
règles ». Pour lui, personne ne peut croire que le parti
de Pauline Marois a subitement décidé de tenir cette
réunion dans l’ancienne circonscription de Mario Dumont
par hasard. « Tout d’un coup, ils ont dit: "On va aller à
Rivière-duLoup." Voyons donc, ces dépenses doivent être
comptées aussi », a lancé M. Charest.
« On sait
pourquoi les péquistes vont à Rivière-du-Loup, cela va
être intéressant de les voir patiner autour de ça...
qu’ils ne sont pas là pour la partielle. Du grand
spectacle, comme: "Je ferai des référendums, mais
peut-être pas." Le brouillard permanent ! » a-t-il conclu.
Pour Stéphane Bédard, leader parlementaire du PQ, « Jean
Charest devrait avoir honte, il ment effrontément.
Étrangement, il se soucie peu de savoir si son candidat
dans Rivière-du-Loup respecte la loi sur le lobbying. » Le
PQ va « respecter intégralement » les directives du DGE –
des discussions ont déjà eu lieu pour identifier la partie
des dépenses de la conférence qui devront être imputées à
la campagne de Paul Crête.
« Quand M. Charest dit qu’on ne respecte pas la loi
électorale, il ment effrontément. C’est un signe de
panique de sa part. C’est aussi un manque de dignité, de
respect à la fonction de premier ministre que de lancer de
telles accusations », a poursuivi M. Bédard.
Surtout, ajoute-t-il, le même Jean Charest aura contribué
au déni le plus flagrant de la loi québécoise sur le
financement des activités politiques ; il est monté au
husting lors du love-in de Montréal à quelques heures du
référendum de 1995.
En outre, depuis le déclenchement de la partielle, le
gouvernement Charest a « rempli le comté de limousines aux
frais des contribuables » en multipliant le nombre de
visites ministérielles.
Pauline Marois : une défaite «
crève-coeur »
Lachefdel’oppositionofficielle, Pauline Marois a confié
avoir vécu avec tiraillements la campagne électorale
municipale. « Cette élection a été crève-coeur dans
plusieurs circonscriptions où nous avions des
sympathisants souverainistes des deux côtés », reconnaît
Mme Marois. Les troupes souverainistes ont été divisées,
tant à Longueuil qu’à Montréal. Le mot d’ordre donné aux
militants a été de choisir librement leurs clans, ce qui
n’a pas permis de mettre la machine péquiste à profit.
Le péquiste Nicolas Marceau appuie les
hausses de tarifs
QUÉBEC
— Le nouveau député péquiste de Rousseau, l’économiste
Nicolas Marceau, approuve l’idée du gouvernement
Charest d’augmenter les tarifs comme ceux de
l’hydroélectricité une fois que la reprise économique
se sera confirmée.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Nicolas Marceau a repris la
circonscription de Rousseau laissée vacante par
François Legault.
Cette sortie risque d’embarrasser Pauline Marois, qui
refuse jusqu’à maintenant de se prononcer sur le
sujet.
De son côté, Jean Charest n’a pas nié que son
gouvernement veut hausser les tarifs préférentiels du
bloc patrimonial d’Hydro-Québec – ces 165
térawattheures dont le prix est fixé à 2,8 cents le
kilowattheure. Il a prévenu que le gouvernement devra
prendre des mesures « pas toujours populaires » pour
retrouver l’équilibre budgétaire. Il avait pourtant
promis de ne pas toucher au bloc patrimonial dans sa
plus récente stratégie énergétique.
Augmenter les tari fs et majorer la TVQ comme veut le
faire le gouvernement sont « des voies intéressantes »
en vue de renflouer les coffres de l’État, a affirmé
Nicolas Marceau hier, après avoir prêté serment à
l’Assemblée nationale. « Il y a eu des démonstrations
dans d’autres pays qui montrent que ça peut être de
bonnes avenues pour une meilleure croissance
économique, pour plus d’équité. »
Ces
mesures ne devraient entrer en vigueur qu’après la
récession, a toutefois prévenu le nouveau député, élu
le 21 septembre. Selon le successeur de François
Legault dans Rousseau, le gouvernement doit présenter
rapidement un « plan complet » sur le retour à
l’équilibre budgétaire, ce qui permettra de mieux
évaluer sa stratégie.
Avant de faire le saut en politique, Nicolas Marceau
s’était déjà prononcé en faveur d’une hausse des
tarifs d’HydroQuébec. Invité à titre de conférencier
au conseil général du PQ, en février dernier, il avait
plaidé pour une hausse de la TVQ et des tarifs afin de
retrouver l’équilibre budgétaire. Pauline Marois avait
refusé de prendre position.
Lors de la période des questions, la chef péquiste a
accusé Jean Charest de renier son engagement de
maintenir tel quel le bloc patrimonial. Cette promesse
est inscrite dans la stratégie énergétique 2006-2015.
« Il veut faire exploser les tarifs, a-t-elle lancé.
HydroQuébec a déjà augmenté les tarifs de plus de 18%
depuis cinq ans. Ils annoncent une demande de plus de
8% pour les cinq prochaines années, et maintenant, le
premier ministre a le bloc patrimonial dans sa mire »,
a-t-elle affirmé. Un peu plus tôt, lors d’un point de
presse, elle n’avait pas voulu se prononcer sur une
révision du bloc patrimonial. Elle s’est contentée de
dire qu’elle est « favorable à débattre » des hausses
tarifaires.
JeanCharest a déclaré: « Nous vivons la pire crise
économique depuis les 70 dernières années, et nous
devrons, comme société, prendre les mesures
responsables, pas toujours populaires, pas toujours
faciles. »
Marois craint pour la santé financière du
Québec - Jocelyne Richer
TROIS-RIVIÈRES
— Le Parti québécois misera cet automne sur l’état
précaire des finances publiques pour miner la
crédibilité du gouvernement et marquer des points.
La chef du parti, Pauline Marois, a dit craindre,
hier, en marge d’une réunion de ses députés à
Trois-Rivières, que les prochaines nouvelles sur la
santé financière du gouvernement soient mauvaises.
Le déficit budgétaire anticipé pour l’année en cours
serait donc plus important que prévu, selon elle.
«
Malheureusement, la situation budgétaire va empirer
plutôt que de s’améliorer », a prédit Mme Marois en
point de presse, avant de rejoindre ses députés.
En octobre, le ministre des Finances, Raymond Bachand,
doit faire le point, à l’occasion de sa « mise à jour
économique et financière », et révéler si les
prévisions du printemps sont toujours d’actualité.
Normalement, cette mise à jour périodique n’entraîne
pas l’adoption de nouvelles mesures budgétaires.
En mars, le dernier budget de la ministre Monique
Jérôme-Forget avait fixé à tout près de 4 milliards le
déficit prévu pour 2009.
Le PQ recrute l’économiste Nicolas
Marceau
Succession de François Legault dans Rousseau
EXCLUSIF
QUÉBEC— La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a
recruté un économiste, Nicolas Marceau, dans l’espoir
de combler le vide laissé par le départ de François
Legault. Le professeur à l’UQAM sera nommé sous peu
candidat du PQ dans la circonscription de Rousseau, a
appris La Presse.
Devant le conseil national des
militants péquistes, le 22 février 2009, François
Legault (à gauche) a invité Nicolas Marceau à
prononcer un discours sur les moyens de sortir de la
crise économique. Cette photo a été prise à cette
occasion par le PQ.
Nicolas Marceau a été membre de la commission Séguin
sur le déséquilibre fiscal, créée par le gouvernement
Landry en 2001, et l’un des experts qui a validé les
Finances d’un Québec souverain, une étude préparée par
François Legault en 2005.
À l’invitation de M. Legault, Nicolas Marceau a
prononcé, le 22 février dernier, un discours sur les
moyens de sortir de la crise économique devant
quelques centaines de militants péquistes réunis en
conseil national. Le professeur au département des
sciences économiques avait proposé de retrouver
l’équilibre budgétaire en augmentant la TVQ et les
tarifs, comme ceux d’hydroélectricité. Prudente,
Pauline Marois s’était contentée de dire qu’elle est
prête à faire un débat sur la tarification des
services publics, mais seulement après la crise
économique. M. Marceau avait aussi insisté sur le
maintien d’un panier de services publics « généreux »
et d’un État de « taille importante », une position
qui correspond à la philosophie péquiste.
Le PQ a appuyé sur l’accélérateur afin de confirmer au
plus vite la candidature de M. Marceau dans Rousseau
et éviter toute contestation. L’exécutif de la
circonscription a fixé au 3 août, lundi, la date
limite pour déposer une candidature à la succession de
François Legault. L’investiture aura lieu le 18 août.
Devant un échéancier aussi serré, Carl Dubois, jeune
militant qui songeait à tenter sa chance, s’est
désisté. Lynne Harpin, attachée politique de M.
Legault, avait manifesté son intérêt, mais elle a
finalement décidé de laisser le champ libre au
candidat que la chef veut parachuter dans la
circonscription de Lanaudière. Nicolas Marceau, 45
ans, habite le Plateau-Mont-Royal.
Le gouvernement Charest n’a pas encore annoncé la date
de l’élection partielle dans Rousseau. Il peut
attendre jusqu’à la fin de l’année avant de déclencher
le scrutin.
L’entourage
de Pauline Marois a courtisé Nicolas Marceau peu de
temps après le départ de M. Legault, le 25 juin
dernier. L’économiste aura de grands souliers à
chausser puisque M. Legault était le meil leur
compteur de l’équipe péquiste.
MM. Legault et Marceau se connaissent bien. Le
professeur figurait parmi les experts recrutés par M.
Legault pour examiner ses Finances d’un Québec
souverain. L’étude rendue publique en mai 2005
concluait qu’un Québec souverain dégagerait un surplus
de 17 milliards de dollars en cinq ans, grâce à
l’élimination des chevauchements et des fonds
récupérés d’Ottawa. M. Marceau avait défendu la
crédibilité du document dans les pages de La Presse.
Nicolas Marceau s’est fait connaître dans les cercles
politiques lorsque le premier ministre Bernard Landry
l’a nommé, en 2001, au sein de la commission sur le
déséquilibre fiscal présidée par Yves Séguin. Le
rapport déposé en mars 2002 recommandait l’abolition
du transfert social canadien et la récupération par
les provinces de la TPS. L’automne dernier, M. Marceau
a maintenu que le déséquilibre fiscal existe toujours,
malgré la hausse des transferts fédéraux.
Nicolas Marceau s’est prononcé contre la hausse des
droits de scolarité de 30% en cinq ans annoncée par le
gouvernement Charest en mars 2007. Il suggère une
simple indexation.
Régulièrement interviewé par les médias, M. Marceau
est titulaire d’une maîtrise en sciences économiques
de l’Université de Montréal et d’un doctorat de
l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario. Il
enseigne à l’UQAM depuis 1996. Spécialisé en économie
publique, il est chercheur au Centre
interuniversitaire sur le risque, les politiques
économiques et l’emploi. Il n’a pas rappelé La Presse.
L e 8 dé c embr e de r n i e r , François Legault
avait remporté les élections dans Rousseau avec 57%
des suffrages et une majorité écrasante de plus de 10
000 voix – sa plus forte depuis son premier scrutin en
1998. La circonscription était toutefois détenue par
le Parti libéral entre 1985 et 1994.
Le PQ presse le gouvernement de s’attaquer
aux « vaches sacrées »
— Le
porte-parole péquiste en matière de finances, François
Legault, a pressé le gouvernement, hier, de s’attaquer aux
« vaches sacrées » afin de retrouver le chemin de
l’équilibre budgétaire dès l’année prochaine et non pas
dans cinq ans.
M. Legault s’est montré insatisfait du plan avec lequel le
ministre des Finances, Raymond Bachand, veut rétablir
l’équilibre des finances publiques d’ici 2014. Mais le
représentant de l’opposition officielle n’a pas donné
d’indication claire sur les mesures à prendre.
Le député péquiste a cependant plaidé que le gouvernement
avait commandé suffisamment de rapports d’experts, au
cours des dernières années, pour trouver le moyen
d’augmenter les revenus ou de réduire les dépenses.
« Il va falloir revoir certaines vaches sacrées, a-t-il
dit. Il va falloir prendre des décisions difficiles,
autant du côté des dépenses que des revenus. Mais arrêtons
de pelleter nos problèmes par en avant puis d’utiliser le
prétexte de la récession pour ne rien faire puis laisser
des factures à nos enfants. »
Hier, M. Bachand a déclaré que le gouvernement est prêt à
s’engager à retrouver l’équilibre budgétaire dès
l’exercice 2013-2014.
Afin de
concrétiser cet engagement, réclamé notamment par le PQ,
les libéraux ajouteront un amendement au projet de loi 40,
par lequel le gouvernement souhaite suspendre l’obligation
de déficit zéro auquel il est tenu. Ce changement
l’autorisera à passer les pertes des prochaines années à
la dette.
« Le projet de loi disait qu’en 2011 je déposerais les
cibles d’objectif budgétaire décroissant devant amener à
l’atteinte de l’équilibre budgétaire, a-t-il dit. Il
semble que c’est préférable d’être clair, que l’équilibre
budgétaire sera atteint en 2013-2014. »
Selon M. Bachand, il serait irresponsable d’exiger plus
rapidement des efforts qui permettraient d’éviter de faire
grimper la dette.
« L’effort pour retourner à l’équilibre budgétaire va être
dur, a-t-il dit. Mais demander de compenser par 11
milliardsadditionnels d’augmentations de taxes ou de
coupures de dépenses, on pense que c’est irresponsable, et
nous, on ne le fera pas. »
Le projet de loi 40 fait suite au dépôt du budget, en mars
dernier, dans lequel l’ancienne ministre des Finances,
Monique Jérôme-Forget, a annoncé un déficit de 4 milliards
pour l’année 2009-2010 et des déficits successifs qui
totaliseront près de 12 milliards d’ici 2013-2014.
La chasse aux vaches sacrées - Alain
Dubuc
Depuis
deux semaines, un débat assez étrange se déroule à
l’Assemblée nationale. C’est l’opposition péquiste qui
presse le gouvernement libéral à un retour rapide au
déficit zéro, ce qui, pour reprendre les imparfaites
catégories politiques, place les péquistes à droite des
libéraux.
François Legault a critiqué le
libellé du projet de loi 40 qui donnait un chèque en
blanc au gouvernement. Il avait parfaitement raison.
Le critique de l’opposition en matière des Finances,
François Legault, a même affirmé que le Québec, pour ne
pas frapper un mur, devrait s’attaquer aux vaches sacrées,
comme le disaient les lucides. Le monde à l’envers!
Le point de départ de ce débat, c’est l’étude du projet de
loi 40 qui suspend l’application de la loi sur le déficit
zéro, une grande réalisation du gouvernement Bouchard.
Cette loi permet un déficit pour des raisons
exceptionnelles, comme une récession, à condition qu’on
revienne rapidement à l’équilibre et qu’on le compense en
créant des surplus.
On comprend que le gouvernement Charest, étant donné la
gravité de la récession, ait voulu l’assouplir. Mais le
projet de loi 40 allait beaucoup plus loin, et dans les
faits, mettait au rancart la loi sur l’équilibre
budgétaire. Tout ce qu’il prévoyait, c’est qu’après les
deux années de récession, 2009-2010 et 2010-2011, le
ministre devait tout simplement proposer des budgets dont
les déficits seraient décroissants, sans obligation de
revenir au déficit zéro, sans fixer d’échéancier.
François Legault a vertement critiqué le libellé de ce
projet de loi, qui donnait un chèque en blanc au
gouvernement. Il avait parfaitement raison. La loi sur le
déficit zéro est peut-être symbolique, mais elle constitue
un garde-fou dont on a besoin.
Les
efforts du critique péquiste ont été à ce point efficaces
que le ministre des Finances, Raymond Bachand, a été forcé
d’amender son projet, pour préciser qu’après les deux ans
de budgets de récession, le gouvernement devrait ramener
le déficit à zéro en trois ans. Voilà un signe que les
travaux parlementaires peuvent être fructueux.
Mais le dossier n’est pas clos pour autant. M. Legault
n’est toujours pas satisfait, estimant que le retour à
l’équilibre budgétaire en cinq ans est trop lent, qu’il
fallait agir plus rapidement, et prendre les grands
moyens. Et là, M. Legault a à la fois tort et raison.
Raison sur le fond, tort sur la manière.
Il n’est pas réaliste de croire qu’au sortir d’une
récession, dont les effets sur le budget se feront sentir
fortement l’an prochain, on puisse éliminer le déficit
rapidement. C’est déjà très ambitieux de vouloir le faire
en trois ans après la récession, comme le souhaitent les
libéraux.
Par contre, M. Legault a bien raison de dire que, pour y
arriver, il faudra prendre les grands moyens. Je serais
bien mal placé pour le critiquer, puisque celui-ci a
repris, en commission parlementaire, la formulation d’une
de mes chroniques où je souhaitais « l’ouverture de la
chasse aux vaches sacrées ». Il s’agit de tout regarder, y
compris la tarification, le prix de l’électricité, la
façon de voir le système de santé.
Et François Legault a raison d’être pressé. Parce que le
gouvernement Charest n’a aucun plan convaincant pour
vaincre le déficit. Et comme réformes profondes,
nécessaires pour le ramener à zéro, n’auront pas d’effets
budgétaires immédiats, c’est maintenant qu’il faut
commencer le travail.
En principe, ce ne serait pas une mauvaise chose que
l’opposition péquiste, tout comme celle de l’ADQ, pousse
sur les libéraux pour les forcer à plus de rigueur
budgétaire. Parce que le gouvernement n’aurait pas autant
de bâtons dans les roues s’il doit faire des choix
impopulaires. Mais hélas, le risque est
grand que François Legault ait parlé en son nom
personnel et que ses idées ne soient pas celles de son
parti.
Le nuage de Charest, le désert de Marois
- VINCENT MARISSAL
Les
choses ne vont pas bien pour le Parti québécois, une
tendance observée depuis quelques mois et qui se
confirme dans notre plus récent sondage CROP.
C’est l’évidence. Les députés du P Q recon na issent
eux-mêmes avoir de sérieux problèmes de communication.
Le réflexe naturel des péquistes sera
vraisemblablement de lancer de grands chantiers de
rénovation de l’option ou de concevoir un plan de
reconquête des nationalistes. Mais dans l’immédiat,
leur priorité devrait être beaucoup plus terre à
terre: sauver la mise dans Rousseau, où une élection
partielle aura lieu le 21 septembre pour remplacer
François Legault.
Théoriquement, le PQ ne peut pas perdre Rousseau, une
circonscription sûre qui a donné une confortable
majorité de 10 000 voix à François Legault en
décembre.
Théoriquement, le PQ devait aussi prendre
Rivière-du-Loup lors de la partielle de j uin. Il
partait avec près de 20 % d’avance. Le péquiste Paul
Crête a toutefois fini loin derrière le libéral Jean
D’Amour.
Les partielles, c ’est bien connu, donnent souvent des
résultats étonnants. Rappelezvous seulement la
mini-vague adéquiste de 2002, la péquiste Elsie
Lefebvre dans LaurierDorion en 2004 ou la libérale
Nathalie Rochefort dans Mercier en 2001.
Normalement, les partielles servent à envoyer un
message de mécontentement au gouvernement. Mais dans
Rivière-duLoup, les électeurs ont plutôt plébiscité
Jean Charest.
Les libéraux ont 11 points d’avance dans l’ensemble du
Québec, ils n’ont que deux points d’arrière chez les
francophones et mènent par sept dans les régions. Le
taux de satisfaction à l’endroit du gouvernement a
grimpé de sept points cet été, le chef libéral écrase
Pauline Marois à la question de savoir qui ferait
meilleur premier ministre et la souveraineté est en
perte de vitesse.
Le score de Québec solidaire et des verts laisse
croire par ailleurs que des péquistes désabusés ont «
parqué » leur vote chez ces deux partis pour le
moment.
Tous ces chiffres ne disent pas que le PQ perdra
Rousseau. Ils indiquent toutefois que la victoire est
loin d’être garantie. Déjà en 2007, François Legault
avait failli perdre sa circonscription. Il avait
résisté à la poussée de l’ADQ avec à peine un millier
de voix de majorité.
Le principal défi du Parti québécois sera de mobiliser
ses électeurs et de les inciter à voter en grand
nombre le 21 septembre. Son pire ennemi, c’est la
lassitude des souverainistes.
Le
taux de participation, traditionnellement très faible
dans les partielles, pourrait favoriser les libéraux,
réputés efficaces pour engranger notamment le vote des
personnes âgées.
Une élection partielle miestivale, mi-rentrée, en même
temps que des élections municipales et parmi toutes
les rumeurs d’élections fédérales, ne favorisera
certainement pas la cohue vers les urnes.
Par ailleurs, le candidat péquiste, Nicolas Marceau,
est certes un économiste respecté, mais il n’a pas la
notoriété de François Legault. Il n’a pas été ministre
et il est parachuté da ns cette ci rconsc ription
rurale de Lanaudière.
En réponse au slogan du PQ, « Dans Rousseau, c’est Ma
rceau », les adéqu istes du coin raillent déjà : «
Chez Marceau, c’est le Plateau.» Ça promet pour les
débats sur les enjeux régionaux.
L’ADQ envoie Jean-Pierre Parrot au front, celui qui a
chauffé M. Legault en 2007 mais qui souffre cette fois
des problèmes de son parti. De plus, les dérapages du
premier débat à la direction de l’ADQ et l’éviction de
Jean-François Plante de la course monopolisent
l’attention, faisant un tort considérable au parti.
Chez les libéraux, rebelote pour Michel Fafard, qui a
fini deuxième en décembre avec seulement 22% des voix.
M. Fafard n’est pas connu sur la scène nationale, mais
il a l’avantage d’être un gars du coin.
Pour savoir si les libéraux y croient eux-mêmes, il
suffira de compter les limousines de ministre dans la
circonscription au cours des prochaines semaines.
L es péqu istes, eu x , ont déjà promis de mettre
toute la gomme pour faire gagner leur candidat. Ils
ont intérêt. Autrement, la situation deviendra
intenable pour Pauline Marois.
Il n’est pas anormal que, dans les mois suivant
l’élection d’un gouvernement majoritaire, l’opposition
officielle entreprenne une traversée du désert, ce que
notre CROP confirme.
Jean Charest est sur un nuage, Pauline Marois vient
d’entreprendre sa traversée du désert.
Dans les mois à venir, l’état de santé du Parti et de
son option alimenteront immanquablement les débats.
Pour le moment, toutefois, Mme Marois doit éviter de
trébucher dans Rousseau si elle veut se rendre,
éventuellement, de l’autre côté du désert.
UN ÉTÉ SANS NUAGE POUR JEAN CHAREST - Tommy
Chouinard
Ni
la crise économique ni les bourdes de ses ministres
ne sont venues porter ombrage à la popularité de
Jean Charest au cours de la période estivale. Un
nombre croissant de Québécois s’est dit satisfait du
gouvernement provincial dans un sondage CROP- La
Presse. Sur la scène fédérale, le Parti libéral du
Canada a connu un été moins clément, perdant des
appuis au profit du Parti conservateur.
SAINT-HYACINTHE — La saison estivale a profité aux
libéraux, révèle un sondage CROP-La Presse. La cote
de popularité de Jean Charest atteint un sommet,
alors que celle de Pauline Marois chute encore. Le
taux de satisfaction du gouvernement est en hausse,
tout comme les intentions de vote en faveur du Parti
libéral.
PHOTO MATHIEU
BÉLANGER, ARCHIVES REUTERS
Malgré la crise économique, « les Québécois f ont la
part des choses et voient bien qu’au Québec on s’en
tire mieu x qu’ailleu rs », a affirmé à La Presse,
hier, un Jean Charest tout sourire. Il venait de
prendre connaissance de quelques résultats publiés
sur Cyberpresse. Le coup de sonde tombe alors que
les députés libéraux sont réu n is à S a i nt-Hyac i
nt he afin de préparer la rentrée parlementaire.
Le sondage, réalisé auprès de 1003 Québécois du 13
au 23 août, est tout à son avantage. À la question «
Quel leader politique ferait le meilleur premier
ministre ? », 48 % des 1003 Québécois interrogés ont
répondu Jean Charest. C’est 14 points de plus que
Pauline Marois (34 %).
Depuis deux ans, à compter de l’arrivée de Mme
Marois à la tête du Parti québécois, « la cote de
Jean Charest n’a jamais été aussi bonne », a
souligné le vice-président de CROP, Claude Gauthier.
En avril, la cote de popula r ité de P au l i ne M a
rois dépassait de peu celle de Jean Charest (40 %
comparativement à 39 %). Un mois plus tard, les deux
chefs étaient à égalité (38 %). Le premier ministre
a supplanté la chef péquiste dans le coeur des
Québécois en j u i n (4 3 % contre 36 %). Il a
doublé son avance depuis.
La défaite du PQ aux élections partielles de
Rivièredu-L oup et le dépa r t de F ra nçois L egau
lt peuvent ex pliquer la baisse de popularité de M
me Marois. Quant à Jean Charest, aucun nuage n’a
assombri son été. Le retour à l’ère des déficits ne
semble pas avoir nui à son image.
«
C’est un premier ministre téflon », a lancé Claude
Gauthier. « Les erreurs et les bourdes de ses
ministres », comme celles du ministre de la Santé
Yves Bolduc dans le dossier des avortements, « ne
l’atteignent pas, ne déteignent pas sur lui ». Jean
Charest est également demeuré disc ret tout l ’é t é
, a ob s e r vé M. Gauthier. « Ç’a été une saison
assez calme, et il en bénéficie. »
Impact des hausses de tarifs inconnu
Le vice-président de CROP a noté que « ça prend u n
certain temps ava nt que l’on connaisse les impacts
concrets » de la crise éco - nomique sur le s fi na
nces publiques. Les hausses de tarifs annoncées dans
le dernier budget – une mesure impopulaire – ne se
sont pas encore concrétisées.
Cinquante et un pour cent des Québécois se disent
plutôt (44 %) ou très satisfaits (7 %) du
gouvernement. C’est une hausse de sept points depuis
juin. La dernière fois que le taux de satisfaction a
été aussi élevé, c’était en janvier, avant l’annonce
d’un déficit budgétaire. Il est rare que ce taux
dépasse 50 %. Depuis son arrivée au pouvoir, en
2003, le gouvernement Charest n’a franchi ce seuil
qu’au début de 2 0 0 8 , a lors qu’il éta it
minoritaire. Il y a un an, il avait même atteint un
sommet (61 %).
Le Parti libéral caracole en tête des intentions de
vote. Après la répartition des 16 % d’indécis, il
recueille 4 4 %, une hausse de deux points depuis
juin, au moment où il avait repris les devants sur
le PQ. L’appui à la formation de Pauline Marois a
fondu, passant de 37 % à 33 %. L’ADQ, qui élira son
prochain chef le 18 octobre, est toujours au fond du
baril et ne récolte que 8 %. Il se retrouve à
égalité avec Québec solidaire. Le Parti vert n’est
pas loin derrière, à 7 %.
Les libéraux chauffent les péquistes chez les
francophones (37 % par rapport à 39 %). Le PQ a
perdu quatre points au profit du PLQ depuis le début
de l’été. L’appui à la souveraineté ne s’élève qu’à
35 %. Il atteignait 37 % en juin et 42 % en mai.
Dur coup pour le PQ - VINCENT
MARISSAL
Il y a
tout de même quelque chose de gênant pour le PLQ de
faire élire un autre député montréalais –
vraisemblablement destiné au cabinet – avec un si
faible taux de participation.
Les élections partielles, c’est bien connu, sont
presque toujours une occasion de passer un message
désagréable au gouvernement. Hier, dans
Rivière-du-Loup, le message a été effectivement
désagréable, mais il était toutefois adressé à
l’opposition officielle, le Parti québécois.
Après 14 ans dans l’opposition avec l’enfant chéri de
la place, Mario Dumont, les électeurs de
Rivière-du-Loup ont décidé de choisir un député au
pouvoir. Jean D’Amour, l’ancien maire de
Rivière-du-Loup, devient donc officiellement député
libéral à sa troisième tentative.
Depuis que Jean Charest est au pouvoir, c’est la
première fois, en 16 élections partielles, qu’il gagne
ailleurs qu’en terrain déjà conquis. Honte absolue, il
avait même perdu la circonscription de Laurier-Dorion
au PQ en 2004.
Cette fois, avec un gain dans Rivière-du-Loup, le chef
libéral gagne clairement du terrain en région
francophone et nationaliste.
Au début de cette campagne, les libéraux étaient
pourtant bien peu nombreux à parier sur les chances de
leur homme. D’abord, le PQ avait repêché un candidat
d’expérience, Paul Crête, qui était député bloquiste
du coin depuis 16 ans, connu dans la région et reconnu
pour son ardeur au travail. Ensuite, le candidat
D’Amour a été condamné pour conduite avec les facultés
affaistratégie de la souveraineté à la pièce n’a pas
séduit un électorat qui élisait pourtant le chef des
autonomistes depuis 1994.
Cette contre-performance du PQ est un fidèle reflet de
ce que l’on voit dans les sondages depuis les
dernières élections : Pauline Marois n’arrive pas à
s’imposer malgré les erreurs et les problèmes du
gouvernement libéral.
Entre bières et BBQ, les bilans s’annoncent pénibles
pour les péquistes cet été.
Quant à l’ADQ, personne ne leur accordait la moindre
chance de garder Rivière-du-Loup. On a vu, en effet,
que, sans Mario Dumont, l’avenir est sombre pour les
adéquistes.
Dans
Marguerite-Bourgeoys, tout le contraire de
Rivière-duLoup, côté suspense. Les jeux que
d’inspiration, mais il y a tout de même quelque chose
de gênant pour le PLQ de faire élire un autre député
montréalais – vraisemblablement destiné au cabinet –
avec un si faible taux de participation.
M. Gignac se retrouve à ce chapitre en compagnie
d’autres ministres – Jacques Dupuis, Pierre Arcand,
Yolande James, notamment – élus dans la plus grande
indifférence par un noyau gagné d’avance dans des
châteaux forts de la métropole.
Pour la petite histoire, il est cocasse de noter que
l’élection de M. Gignac est tombée le jour même où le
gouvernement fédéral a annoncé son intention d’aller
de l’avant avec une commission des valeurs mobilières
pancanadienne, un projet unanimement décrié à
l’Assemblée nationale, blies tout juste avant la
campagne et on le soupçonne aussi d’avoir parlé
affaires avec son successeur à la ville de
Rivière-du-Loup sans s’enregistrer comme lobbyiste.
N’empêche, l’argument d’un député au pouvoir a porté.
Pour Pauline Marois, il s’agit d’un dur coup qui
s’ajoute à une fin de session difficile.
De toute évidence, sa nouvelle étaient faits avant
même le déclenchement des partielles. En fait, Monique
Jérôme-Forget aurait pu passer les clés de son bureau
de comté à Clément Gignac que personne ne s’en serait
vraiment rendu compte.
L’arrivée de Clément Gignac, un économiste respecté,
dans l’équipe Charest est certes un bon coup pour un
premier ministre en manmais auquel a participé le
nouveau député de MargueriteBourgeoys tout juste avant
de faire le saut en politique.
Cela n’en fait pas un « traître », comme l’a affirmé
Pauline Marois il y a deux semaines, mais cela
complique tout de même un peu son entrée au Conseil
des ministres, surtout s’il accède à un poste
économique.
Les élections partielles d’hier soir auront aussi
permis de constater que l’effet Québec solidaire
semble confiné aux limites du Plateau Mont-Royal, où
le jeune parti a fait élire un premier député, Amir
Khadir, en décembre.
Hier
soir, QS n’a récolté que des grenailles dans les deux
circonscriptions. Idem pour les verts, qui,
décidément, n’arrivent pas à s’extirper de la
marginalité.
DE MAUVAISES NOUVELLES POUR LE PARTI QUÉBÉCOIS
CHAREST
DÉSORMAIS
PLUS POPULAIRE QUE MAROIS
« Mme n’est pas parvenue à s’imposer » constate Maïalène
Wilkins, analyste de CROP, tandis que des déboires
connus par le gouvernement « rien n’a paru coller à la
cote de M. Charest ».
QUÉBEC— Les nouvelles sont bien mauvaises pour Pauline
Marois: deux ans après son arrivée à la tête du Parti
québécois, un sondage CROP indique « qu’elle n’est pas
parvenue à s’imposer ».
Et seulement un Québécois sur trois pense que sa
nouvelle stratégie de réclamer plus de compétences
d’Ottawa fera progresser la souveraineté.
De plus, même s’il est élu depuis cinq ans, en dépit
d’une session difficile à l’Assemblée nationale, le
Parti libéral vient de retrouver l’avance qui l’a
reporté au pouvoir, il y a six mois.
Mais le plus dur est à venir pour Mme Marois: Jean
Charest est parvenu à la supplanter dans le coeur des
Québécois qui restaient ambivalents depuis le début de
l’année.
Le coup de sonde de CROP réalisé auprès de 1003
personnes du 11 au 18 juin sera un coup dur pour la chef
péquiste et ses stratèges. Bien que, depuis le début de
l’année, les tuiles sont tombées en succession sur la
tête de Jean Charest, la cote du chef libéral est
clairement en hausse.
Maintenant 43% des Québécois pensent que parmi les
leaders politiques, Jean Charest fait « le meilleur
premier ministre du Québec », une hausse significative
de cinq points de pourcentage – la marge d’erreur du
sondage est de 3%, 19 fois sur 20. À l’inverse, Mme
Marois passe de 38% à 36%. Les deux chefs étaient
littéralement à égalité à 38% il y a unmois. Pour 14%
des répondants, « aucun » des chefs ne fait l’affaire et
8% des gens sont indécis.
Le chef libéral entame l’été avec sept
pointsdepourcentaged’avance. « Mme Marois n’est pas
parvenue à s’imposer » constate Maïalène Wilkins,
analyste de CROP, tandis veraineté avait besoin de «
crises » pour progresser.
Globalement, une personne sur trois (34% des répondants)
estime que la nouvelle approche de Mme Marois « aura
comme effet de faire progresser l’idée de souveraineté
au Québec ». Pas moins de 58% pensent le contraire.
Même chez les répondants qui entendent voter pour le
Parti québécois, 31% pensent que cette stratégie ne sera
pas favorable à la cause souverainiste. Par groupe,
seuls les du 8 décembre. Depuis trois mois, CROP
prédisait l’élection d’un gouvernement péquiste, cette
fois, c’est bien plus difficile à prévoir. « L’avantage
semble aux libéraux », évalue MmeWilkins en regard des
intentions de vote, une fois répartis
proportionnellement les 20% d’indécis – un niveau élevé.
Le PLQobtient 42% des intentions de vote, une remontée
de cinq points de pourcentage sur le sondage de mai. Le
PQ fait du surplace avec 37%, un point de moins qu’il y
a que des déboires connus par le gouvernement « rien n’a
paru coller à la cote de M. Charest ».
Rapatriement des compétences
Autre déception pour la chef péquiste, sa proposition de
rapatrier des compétences d’Ottawa ne paraît pas
populaire au-delà du cercle des électeurs
souverainistes. L’enquête a débuté au moment où les
péquistes se réunissaient à Rivière-du-Loup, après une
semaine de controverse autour des propos de Jacques
Parizeau qui avait dit que la soujeunes – les 18-34 ans
– estiment, à 41%, que cette stratégie fera avancer la
souveraineté. Quelque 54% des répondants de la même
tranche d’âge pensent le contraire. Dans cette enquête
de juin, 37% des répondants se disent favorables à ce
que « le Québec devienne un pays souverain » – cet appui
oscille entre 37 et 42% depuis cinq ans.
Autre déconvenue pour le PQ: dans les intentions de
vote, les libéraux reprennent les devants. Les deux
principaux partis sont proches du score obtenu aux
élections un mois. L’avance des libéraux sur les
péquistes est désormais de cinq points, elle était de
huit points le soir du 8 décembre. L’ADQ avait alors
récolté 16% des suffrages, elle n’obtient plus que 9%
des intentions de vote. Québec solidaire et les verts
obtiennent chacun 6% des intentions de vote.
Chez les francophones, on constate une hausse des appuis
libéraux, qui passent de 29 à 33% des intentions de vote
et un tassement du côté péquiste où on passe de 45 à
43%. L’ADQ grimpe d’un point, à 11%; Québec solidaire
baisse d’un cran à 7% comme les verts à 6%, mais encore
là ces changements sont trop timides pour être
significatifs.
Par rapport à mai, le tableau ne bouge guère en région.
À Montréal, le PLQdomine avec 49% des intentions de
vote, contre 32% au PQ. Les deux partis sont presque à
égalité (34% contre 30%) à Québec, région où l’ADQa
l’appui d’un électeur sur quatre. Le Parti québécois a
l’avantage nettement ailleurs en région, avec 45% des
intentions de vote contre 35% aux libéraux et 11% à
l’ADQ.
Ma l g ré l e s déboi res de plusieurs mi n ist res –
Raymond Bachand avec les FIER, Christine St-Pierre avec
Jean-Guy Chaput, et Yves Bolduc avec les tests de cancer
erratiques –, la popularité du gouvernement Charest
s’est maintenue en juin. « Cela a été une surprise pour
nous », confie Mme Wilkins qui pensait avant les
résultats que les dérapages nombreux auraient des
conséquences sur la satisfaction des électeurs. Or
celle-ci demeure à 44%, un point de pourcentage de moins
qu’en mai. Les insatisfaits aussi baissent d’un point, à
51%, niveau comparable à celui des trois derniers mois.
PQ et PLQ encore à égalité
— En dépit des
tuiles qui se sont abattues sur la tête du gouvernement
Charest récemment, le Parti québécois ne parvient pas à
distancer les libéraux. Jean Charest et Pauline Marois, tout
comme leurs partis, sont encore au coude à coude dans
l’opinion publique.
Au
Québec, le coeur des électeurs balance toujours entre les
libéraux de Charest et les péquistes de Marois, selon le
sondage CROP effectué pour le compte de La Presse. Par
ailleurs, selon 40% des Québécois, l’ADQ ne survivra pas au
départ de Mario Dumont.
C’est ce qui ressort du plus récent sondage CROP réalisé pour
La Presse. L’enquête menée auprès de 1001 personnes, du 14 au
24 mai derniers, est précise à trois points près.
Le constat le plus percutant de CROP porte sur l’ADQ. Les
militants adéquistes qui se réunissent à Québec en fin de
semaine pour discuter des règles de la course pour remplacer
Mario Dumont doivent composer avec un constat troublant : pas
moins de 40% des électeurs pensent que le parti ne survivra
pas au départ de son chef fondateur. Quarante-huit pour cent
pensent qu’il survivra, une confiance qu’on trouve surtout
chez les adéquistes, 73%, et les gens de la région de Québec,
56%.
Analyste de CROP, Maïalène Wilkins constate surtout que le
parti de Pauline Marois ne réussit pas à prendre clairement
les devants, et qu’il n’y a pas de tendance qui se dégage
depuis trois mois. « Les problèmes des FIER, la commission sur
la Caisse de dépôt, la situation économique, le débat sur
l’éthique ou le port du voile, il semble que rien n’a terni la
cote du gouvernement », observe-t-elle.
Ainsi,
l’insatisfaction à l’endroit du gouvernement est en hausse à
52%, une augmentation de 2%, en deçà de la marge d’erreur.
Après répartition proportionnelle des 16% d’indécis, le PQ
récolte 38%, deux points de moins qu’il y a un mois, le PLQ
descend d’un point à 37% et l’ADQ grimpe d’un palier, à 9%.
Non seulement tous ces changements sont-ils trop faibles pour
être significatifs, mais l’écart entre les deux principaux
partis est trop mince pour tirer une conclusion. Québec
solidaire ne bouge guère, à 7%, tout près des verts à 8%.
Le PQ ne parvient pas à capitaliser sur les problèmes du
gouvernement Charest. Même la chef, Pauline Marois, se trouve
ex aequo avec Jean Charest, à 38%, quand on demande lequel des
deux ferait le meilleur premier ministre.
Mais avec 16 points d’avance chez les électeurs francophones –
45% contre 29% aux libéraux –, le PQ aurait tout de même
remporté les élections si elles avaient eu lieu cette semaine,
observe Mme Wilkins.
Les libéraux conservent leur avance dans l’île de Montréal, à
43% contre 33% pour le PQ. À Québec, les libéraux sont aussi
en avance avec 39% contre 28% aux péquistes, mais dans la
capitale, les adéquistes brouillent les cartes avec 21%
d’appuis. Ailleurs en région, le PQ domine avec 46% des
intentions de vote contre 30% aux libéraux, laissant l’ADQ
avec 9%, un point seulement devant Québec solidaire et les
verts.
Quant à la souveraineté du Québec, elle piétine aussi:
actuellement, 42% des gens s’y disent favorables contre 58%
qui se disent en faveur du statu quo.
Le grand ouf de Pauline Marois - VINCENT
MARISSAL
Ces
dernières semaines, il y avait deux discours chez les
libéraux de Jean Charest à propos de l’élection partielle
tenue lundi soir dans Rousseau.
Le discours officiel, appuyé par le va-et-vient des
limousines de ministres dans la circonscription (et même de
celle du premier ministre, deux fois) : le Parti québécois
est vulnérable, Rousseau est prenable et on va tout faire
pour le prendre.
Et le discours non officiel, cynique à souhait : si le PQ
échappe Rousseau, Pauline Marois va se retrouver dans le
pétrin dans son parti et, nous, on veut garder Pauline
Marois en face le plus longtemps possible. Donc, pas trop
d’efforts dans Rousseau.
Où est la vérité? Probablement quelque part entre ces deux
discours. Les libéraux auraient bien aimé prendre la
forteresse de Rousseau. Pas un parti ne rechigne à faire des
gains en territoire ennemi. Jean Charest aurait été bien
fier d’arriver au conseil général de son parti, cette fin de
semaine à Drummondville, avec un nouveau député.
Les libéraux ont même été tentés d’y croire, encouragés par
un bon taux de participation au vote par anticipation
(généralement favorable aux libéraux).
Par contre, les libéraux « aiment » vraiment Pauline Marois,
qu’i ls j ugent en grande partie responsable de leurs succès
dans les sondages. Ils savent fort bien que la situation
serait devenue intenable pour la chef du PQ si elle avait
perdu dans ce fief péquiste.
Perdre Rousseau aurait été, pour Pauline Marois, aussi
néfaste que la défaite des libéraux fédéraux dans Outremont
pour Stéphane Dion, lors d’une partielle en septembre 2007.
Mme Marois avait donc raison de dire lundi soir qu’il s’agit
d’« une vraie victoire », façon de dire qu’elle a évité une
vraie catastrophe.
Au PQ, il n’y avait d’ailleurs qu’un seul discours depuis le
premier jour de la campagne dans Rousseau: on met toute la
gomme pour gagner.
On peut penser raisonnablement penser que les problèmes
éthiques du gouvernement, la démission de l’ancien ministre du
Travail, David Whissell, et l’imposition intempestive du
bâillon la semaine dernière n’auront pas aidé les libéraux
dans Rousseau, mais avec une majorité de plus de 4000 voix, il
s’agit, en effet, d’une « vraie » victoire du PQ.
Encore une fois, le taux de par ticipat ion est plutôt gênant
( 30%), ce qui démontre que les libéraux, comme les péquistes,
n’ont pas besoin de mobiliser beaucoup de monde pour gagner
dans leurs châteaux forts.
La catastrophe, c’est du côté de l ’ADQ qu’el le a frappé.
Moins de 5% dans une c i rconsc r ipt ion que l’ADQ a failli
prendre il y a deux ans, c’est toute une gifle. Une gifle
coûteuse pour l’image de l’ADQ, mais aussi pour ses finances,
puisqu’un candidat doit obteni r au moins 15% pour avoir droit
au remboursement de ses dépenses électorales.
Aux élections générales de 2007, Jean-Pierre Parrot (le même
candidat en 2008 et lundi) avait fini deuxième avec 38% du
vote et seulement 1410 votes de moins que François Legault.
Cette fois, c’est la déconfiture. L’ADQ a évité de peu la
honte de finir quatrième, derrière Québec solidaire.
Le score dans Rousseau confirme la marginalisation d’un parti
empêtré dans une course à la direction grandguignolesque et
voué à une mort lente.
Qui voudra encore se présenter (et payer de sa poche) pour un
parti qui n’arrive pas à franchir les 5% dans une « bonne »
circonscription ?
La partielle de Rousseau marque en quelque sorte le retour à
la « normale » sur la scène politique québécoise : deux partis
dominants, des châteaux forts inébranlables pour chacun de ces
deux partis et entre le 450, Québec et le 819, une quarantaine
de circonscriptions qui font ou défont le gouvernement.
La performance famélique de Québec solidaire (4,39% du vot e)
, pa r a i l l eu r s , confirme que ce parti, malgré
l’élection d’un premier député en décembre, reste un
microphénomène circonscrit entre le boulevard Saint-Laurent,
l’avenue Papineau et les rues Rachel et Jean-Talon.
Et
les verts? Ah oui! leur chef, Guy Rainville, a fini cinquième,
ave
Marois contredit sa nouvelle vedette - Tommy
Chouinard
Bloc
patrimonial d’Hydro-Québec
QUÉBEC — La chef péquiste Pauline Marois contredit sa
recrue Nicolas Marceau et s’oppose à une hausse des tarifs
préférentiels du bloc patrimonial d’Hydro-Québec. Elle
plaide en faveur d’un gel jusqu’en 2015.
Selon elle, avant d’envisager des augmentations de tarifs,
le gouvernement Charest devrait régler une série de
litiges avec Ottawa, ce qui lui permettrait de récupérer
8,8 milliards de dollars.
Mardi, au moment de faire son entrée à l’Assemblée
nationale, le nouveau député de Rousseau, l’économiste
Nicolas Marceau, a appuyé l ’ idée du gouvernement Charest
de revoir à la hausse les tarifs comme ceux de
l’hydroélectricité.
Pauline Marois, qui avait refusé jusqu’alors de se
prononcer clairement sur le sujet, a plaidé hier pour que
le bloc patrimonial soit « protégé », contredisa nt du
coup sa recrue. Elle lui a fait la leçon à mots couverts.
« Les Québécois ont investi beaucoup dans le développement
d’une entreprise majeure, une grande entreprise nationale,
HydroQuébec. Il faut qu’ils en aient certains avantages
(…) Il y a beaucoup d’autres avenues à utiliser par le
gouvernement avant d’aller toucher au bloc patrimonial »,
a-t-elle affirmé.
Puis,
désignant M. Marceau sans le nommer, elle a souligné qu’«
un économiste peut faire différentes hypothèses et c’est
normal qu’il les fasse », mais « un militant et un député
peut faire des choix pour la population québécoise ». «
C’est dans ce sens-là que, nous, nous faisons des choix,
pour respecter les besoins et la réalité de la population
québécoise. »
Pauline Marois croit que le bloc patrimonial – une énorme
quantité d’énergie dont le prix est fixé à 2,8 cents le
kilowattheure – doit être maintenu tel quel jusqu’en 2015,
comme le prévoit la stratégie énergétique 2006-2015 du
gouvernement.
La chef péquiste croit plutôt que le gouvernement Charest
doit « aller chercher son dû » à Ottawa « avant de piger
dans les poches des Québécois ». Elle a déposé une motion
en ce sens à l’Assemblée nationale.
Ce « dû », qu’elle chiffre à 8,8 milliards de dollars,
proviendrait du règlement de litiges qui opposent Ottawa
et Québec : compensation pour l’harmonisation de la TVQ et
de la TPS; changements à la péréquation; hausse des
transferts pour l’éducation postsecondaire ; indemnité
pour le verglas de janvier 1998.
Halte au détournement des sociétés d’État ! - Robin Philpot
La hausse
des tarifs est le prélude à une campagne en faveur de la
privatisation d’Hydro-Québec
Au Québec, il n’y a pas que les rivières qui se font
détourner ! Il y a aussi des sociétés d’État.
Après la Caisse de dépôt détournée de sa mission de départ
avec les conséquences que l’on sait – perte de 40
milliards de dollars, ce qui explique en partie l’urgence
du gouvernement actuel de renflouer les coffres de l’État
–, c’est maintenant Hydro-Québec que l’on détourne en la
transformant en machine à dividendes avant d’être une
machine à profits.
Ne nous trompons pas! La hausse des tarifs que le
gouvernement nous prépare n’est que le prélude inéluctable
d’une campagne en faveur de la privatisation
d’Hydro-Québec.
Pour saisir l’ampleur de ce détournement, il faut faire un
peu d’histoire.
Jamais, depuis la bataille des années 30 contre « le trust
de l’électricité » jusqu’à l’élection référendaire de 1962
sur la nationalisation des compagnies d’électricité
privées, n’a-t-il été question de renflouer les coffres de
l’ État par la commercialisation de ce « service public »
qu’est l’électricité. Ni d’opposer ce service aux autres
services comme ceux de l’éducation ou de la santé. Mais le
gouvernement Charest le fait allègrement.
Depuis les « 12 002, faut se parler » jusqu’à « notre
propre énergie », jamais Hydro-Québec ni ses patrons
gouvernementaux ne nous ont prévenus que bientôt, une fois
dans son marché captif, elle ferait monter en flèche les
tarifs pour ce service essentiel qu’est l’électricité.
Contre
vents et marées, le Québec a fait le bon choix de
l’hydroélectricité depuis plus de 50 ans, sans la moindre
aide du gouvernement fédéral. Si le Québec peut se
permettre aujourd’hui de faire la morale à d’autres en ce
qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, c’est
grâce à ce choix. Si le Québec réussit mieux aujourd’hui
que d’autres à protéger les pauvres et à combattre la
pauvreté, c’est grâce à ce choix.
Le Québec a fait ce choix, mais les Québécois ont bien j
oué le j eu, et depuis toujours. Sans cette participation
constante de la population québécoise, autant politique
que financière, il n’y aurait pas de complexe
hydroélectrique de la Baie-James, ni la Manicouagan, ni
Churchill Falls.
Si les Québécois à la grandeur de la province n’avaient
pas accepté de convertir leur domicile au chauffage
électrique, en le payant de leurs poches, soit par des
investissements personnels soit par des programmes
gouvernementaux, le Québec n’aurait jamais pu réaliser ses
grands projets. Qui aurait financé des projets semblables
sans être assuré qu’il y avait un débouché captif pour
toute cette électricité ? Ceux qui en doutent n’ont qu’à
demander aux Terre-Neuviens pourquoi ils n’ont jamais
développé le bas Churchill. Rappelons aussi que les
interconnexions permettant la vente de l’électricité à
gros prix à l’étranger n’existent que depuis les années
90.
Depuis les années 60, les Québécois ont participé de bon
gré à ce grand projet tellement réussi. Et ils ont le
droit d’en profiter ! Ça fait d’ailleurs partie de notre
identité distincte, et de notre force.
Ceux qui n’ont à promouvoir aujourd’hui que la hausse des
tarifs d’électricité – mais toujours avec un petit trémolo
au sujet de leurs moins nantis – ne font qu’avouer leur
totale incompétence à proposer des idées économiques et
sociales audacieuses pour développer le Québec qui
tiennent compte de la formidable histoire de notre société
d’État.
I
l est temps d’a r rêter ce détournement honteux!
La division au PQ a eu raison de Legault,
estime Charest
Avec la
perte d’un soldat de la trempe du député de Rousseau, le
Parti québécois aura certainement « un examen de conscience
à faire », a dit le premier ministre.
— Des divisions « profondes » au sein du Parti québécois
sont à l’origine du départ précipité de François Legault, a
estimé le premier ministre Jean Charest, hier.
Désabusé par les tensions internes qui minent le PQ, le
député a préféré tirer un trait sur 10 ans de politique
active, a analysé M. Charest, en point de presse à
Bruxelles, où il prendra la parole aujourd’hui dans le cadre
d’un forum sur les changements climatiques.
À ses yeux, François Legault se trouvait coincé dans le
débat qui oppose les militants péquistes les plus
pragmatiques à « ceux qui veulent que la souveraineté soit
la première priorité ».
Avec la perte d’un soldat de la t rempe du député de
Rousseau, le Parti québécois aura certainement « un examen
de conscience à faire », a dit le premier ministre.
M. Charest a eu de bons mots pour François Legault, dont le
départ permettra sans aucun doute au ministre des Finances,
Raymond Bachand, de pousser un soupir de soulagement.
Au cours de la dernière session, M. Legault était parvenu
avec une facilité déconcertante à mettre en boîte le
ministre des Finances, tant au sujet des pertes de la Caisse
de dépôt et placement qu’en ce qui concerne la gestion des
Fonds d’investissement régionaux ( FIER).
Redouté par
les parlementaires libéraux, François Legault était en effet
un adversaire politique d’envergure, a admis le premier
ministre. « Nous avons eu raison de ne pas le sous-estimer
car sur le plan parlementaire, il s’est révélé un adversaire
de taille. Il en a fait la démonstration », a concédé M.
Charest.
Selon lui, le départ du porteparole de l’opposition
officielle en matière de finances laissera un trou béant
dans les rangs péquistes sur les enjeux écosemblent
profondes » , a-t-i l soutenu.
Pour le premier ministre, il apparaît clair que la chef
péquiste Pauline Marois n’était pas sur la même longueur
d’onde que son député. « C’était devenu une évidence à la
fin de la session », a glissé M. Charest. nomiques. « M.
Legault était à peu près le seul à aborder les questions
économiques (. . .) Les enjeux de l’économie semblent
extrêmement difficiles à aborder au PQ. Ils préfèrent ne pas
en parler, tant les divisions
Le premier mini s t r e du Québec a entamé hier dans la
capitale belge un séjour d’une sema i ne en Europe. Outre sa
participation à un forum sur l ’environnement, M. Charest
prendra part, lundi à Bruxelles, à une conférence sur l ’
accord de par tena r iat élargi Canada-Europe.
« Nous voulons maintenir le momentum pour la négociation qui
s’enclenche et qui va durer deux ans. C’est très important
de maintenir l’intérêt et de garder les joueurs à la table
pour qu’on puisse, dans un délai raisonnable, conclure une
entente ambitieuse », a-t-il lancé.
Outre Bruxelles, M. Charest se rendra lundi à Munich, en
Allemagne, pour discuter d’échanges commerciaux avec ses
visà-vis de la Bavière. Le 1er j uillet, le premier ministre
sera à Paris où il aura un entretien à Matignon avec son
homologue François Fillon sur la mise en oeuvre de l’accord
Québec-France sur la mobilité de la main-d’oeuvre.
François Legault quitte la politique
Le député de
Rousseau réfléchissait depuis plusieurs semaines à ce
départ. Il avait cru l’automne dernier qu’il saurait
s’adapter à la vie de l’opposition, « mais c’est un gars qui
aime mieux construire que critiquer tout le temps », a
expliqué un proche.
QUÉBEC— Depuis des mois, il répétait sans cesse : « On
tourne en rond. » Il y a une semaine, il est allé annoncer
àPauline Marois qu’il voulait quitter la politique. Elle lui
a demandé de rester, d’y réfléchir à nouveau durant le
week-end.
PHOTO JACQUES BOISSINOT,
ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
La démission du joueur étoile de la
circonscription de Rousseau inquiétera davantage plusieurs
députés péquistes, déjà perplexes devant l’ascendant de
Mme Marois sur les troupes.
Et lundi, le jour des élections complémentaires, le verdict
des électeurs de Rivière-du-Loup n’était qu’une mauvaise
nouvelle de plus pour la chef du PQ.
François Legault, le meilleur compteur de l’équipe péquiste
à l’Assemblée nationale, lui avait annoncé plus tôt que sa
décision était irrévocable.
Ce départ porte un coup très dur à Pauline Marois. La chef
péquiste devait déjà composer avec de bien mauvais sondages,
et la défaite dans la circonscription de Rivière-du-Loup,
pourtant totalement francophone. La démission du joueur
étoile de Rousseau inquiétera davantage plusieurs députés,
déjà perplexes devant l’ascendant de Mme Marois sur les
troupes.
Selon les informations réunies hier auprès de proches de
François Legault, le député de Rousseau réf léchissait
depuis plusieurs semaines à ce départ. Il avait cru
l’automne dernier qu’il saurait s’adapter à la vie de
l’opposition, « mais c’est un gars qui aime mieux construire
que critiquer tout le temps », a expliqué un proche.
Quelques députés, au cours des derniers jours, ont tenté de
le convaincre de rester, conscients de l’impact de cette
catastrophe politique sur l’ensemble du Parti québécois.
François Legault a été à l’évidence le député péquiste le
plus efficace depuis le début de l’année à l’Assemblée
nationale. Il a tiré parti de la déroute financière de la
Caisse de dépôt, torturé les nouveaux dirigeants de la
Caisse en commission parlementaire. Puis, il a fait mal
paraître le ministre des Finances, Raymond Bachand, dans le
dossier des FIER, les fonds régionaux d’Investissement
Québec.
Sa dernière
sortie, sur la fin nécessaire des « vaches sacrées » de la
société québécoise, avait mis dans l’embarras Pauline
Marois. Des sources fiables indiquent que les dirigeants de
l’ADQ ont testé son intérêt à prendre la succession de Mario
Dumont il y a quelques semaines, sans succès.
« François Legault veut prendre un recul de la politique »,
a confié un proche. Aussi, pas question de supputer ses
chances pour la direction du Bloc québécois, par exemple. Il
compte prendre six mois voire un an en sabbatique auprès de
sa femme et de ses deux fils au seuil de l’adolescence. Son
seul projet est un voyage avec toute la famille en août
prochain, probablement en Californie.
Par la suite, il compte revenir dans le secteur privé, dans
des consei ls d’administ ration, il pourrait même fonder sa
propre entreprise.
Il y a près de 11 ans que l’ancien patron d’Air Transat
avait fait le saut en politique, à l’instigation de
Jean-François Lisée qui l’avait convaincu de frapper à la
porte de Lucien Bouchard. Indépendant de fortune depuis la
vente de ses actions de Transat, il était devenu
immédiatement ministre en titre de l’Industrie – Bernard
Landry, alors ministre plénipotentiaire de l’Économie, avait
dû partager son fief. Par la suite, M. Legault est passé à
l’Éducation, puis brièvement à la Santé avant les élections
de 2003 où le PQ devait perdre le pouvoir.
Maintes fois, il avait songé à se lancer dans la course à la
direction du PQ. La première, en 2001, au départ de Lucien
Bouchard, il a jonglé un moment avec l’idée d’un « tandem »
avec Pauline Marois pour se rallier rapidement à Bernard
Landry, un geste qui a scié les jambes à la prétendante.
Pendant des années il a su cultiver autour de lui une bande
de jeunes loups, prêts à l’appuyer au premier geste. C’était
l’époque où il prenait un malin plaisir à prendre des
distances, mesurées, des positions de Bernard Landry sur le
plan de match pour la souveraineté. Legault a déçu ses
disciples quand il leur a fait faux bond en 2005 lors du
départ de Bernard Landry. Il a alors annoncé alors
rapidement qu’il ne serait pas partant, pour des raisons
familiales. Bon nombre de ses partisans se sont regroupés
autour de Richard Legendre, sans succès.
À52 ans, François Legault estime avoir fait le tour du
jardin après 10 ans en politique. Aujourd’hui il refusera de
commenter le parcours difficile du Parti québécois. Et,
signale-t-on, il indiquera clairement qu’il n’a pas
l’intention de commenter les faits et gestes de la vie
politique, une fois qu’il en sera sorti. « Vous pouvez
effacer ses numéros de téléphone de votre bottin »,
ironise-t-on.
Legault quitte le navire. Marois dans le pétrin
- Denis Lessard
Le PQ n’est
pas parvenu à tirer parti des gaffes libérales
ANALYSE
Les libéraux remontent dans les sondages. Jean Charest est
devenu nettement plus populaire que Pauline Marois.
— Ils ont fait toutes les gaffes imaginables. Bien des
ministres du gouvernement Charest se sont illustrés le
printemps dernier par leur manque de flair politique, se sont
laissé entraîner dans des controverses inutiles.
Le
remaniement ministériel de cette semaine ne cherche pas à
colmater les brèches apparues depuis le début de l’année.
Sur la photo, Laurent Lessard, qui vient de quitter
l’Agriculture, en compagnie de Jean Charest, Clément Gignac,
nouveau venu au cabinet, Claude Béchard et Nathalie
Normandeau, qui voulait depuis longtemps quitter les
Affaires municipales.
Pourtant, à l’issue d’une session très difficile pour le
gouvernement, c’est le PQ et Pauline Marois qui sont dans le
pétrin. Les problèmes de la chef péquiste étaient déjà
nombreux. Ils se multiplient ce matin avec la
démissiondeFrançois Legault, de loin le meilleur marqueur du
PQ depuis le début de l’année.
Les libéraux remontent dans les sondages. Jean Charest est
devenu nettement plus populaire que Mme Marois. Le PLQ a été
capable d’aller chercher un candidat-vedette comme Clément
Gignac et, surtout, vient de l’emporter dans Rivièredu-Loup,
une circonscription francophone, normalement un terreau
fertile pour le Parti québécois.
Bien sûr, on peut choisir les réponses faciles, quelques
semaines sont toujours une éternité en politique. Les élus
passent vite de héros à zéro.
Et un classique: les élections générales sont encore loin.
Mais cesdéconvenues, justeavant la saison des barbecues,
doivent soulever beaucoup de réflexions au Parti québécois et
dans l’entourage de Pauline Marois.
La période faste de l’opposition à l’Assemblée nationale, au
printemps, le PQ la devait pour beaucoup à son critique aux
Finances, François Legault, qui montait quotidiennement au
créneau. Mais l’ancien patron d’Air Transat trouvait le temps
bien long sur les banquettes de l’opposition. Il n’était pas
un joueur d’équipe. Il a fait damner tous ses patrons, de
Lucien Bouchard à André Boisclair en passant par Bernard
Landry. Mais l’annonce de son départ ce matin est carrément
une catastrophe pour Pauline Marois.
Il dira qu’il ne part pas pour revenir plus tard, et à son
heure, en politique. Mais ces adieux pour mieux revenir dans
le siège du conducteur deviennent la coutume au PQ. André
Boisclair avait ouvert la voie. Pauline Marois l’a imité. Les
militants péquistes auront désormais un « sauveur » dans le
placard si les choses ne s’améliorent pas avec Mme Marois.
Pourtant, la chef péquiste était parvenue à obtenir il y a une
semaine un chèque en blanc de ses militants. Même chez les
plus orthodoxes, dans un rare moment d’harmonie, on a souscrit
à une démarche passablement vague de récupération de
compétences auprès du gouvernement fédéral. Dans le public
déjà, l’idée de référendums sectoriels n’a pas suscité
d’enthousiasme. Quand le fiduciaire de l’option souverainiste,
Jacques Parizeau, s’est mêlé de la partie avec une blague très
maladroite sur les « crises » nécessaires au progrès de la
souveraineté , bien des points politiques accumulés par le PQ
au printemps se sont envolés.
Du côté de Pauline Marois, on a vite fait porter le bonnet
d’âne à M. Parizeau pour expliquer les déboires récents du
parti. Mais cela n’explique pas pourquoi Jean Charest est
parvenu à devancer nettement Mme Marois comme « meilleur
premier ministre du Québec » aux yeux des électeurs.
Bolduc et Bachand éclopés
Coup d’oeil
dans le rétroviseur: au début de l’année, le gouvernement
Charest a un énorme squelette dans le placard. Les pertes de
40 milliards de dollars de la Caisse de dépôt et placement
(CDP). Il ajoute la nomination maladroite de Michael Sabia,
propulsé au volant au mépris d’un processus pourtant déterminé
par la loi.
Monique Jérôme-Forget pensait démissionner à l’été. Mais elle
ne pouvait prendre la pression politique du désastre de la
CDP. Elle est partie en catastrophe, laissant le problème à
son collègue Raymond Bachand.
Ce dernier a eu plus que sa part de difficultés. Le programme
de développement régional d’Investissement Québec, les FIER,
permet aux fonds en région de financer des entreprises de
Montréal. Des libéraux bien connus tirent les ficelles.
L’apparence de favoritisme et de laxisme sera difficile à
dissiper. Pour la Caisse de dépôt comme pour les FIER,
François Legault a facilement eu le dessus sur Raymond
Bachand, ministre studieux, mais bien moins agile sur ses
patins. Autre éclopé au gouvernement: Yves Bolduc. Durement
attaqué par le péquiste Bernard Drainville, le ministre de la
Santé n’a, après trois semaines, toujours pas retrouvé son
aplomb, personnellement atteint par la controverse autour des
tests erratiques sur le cancer du sein.
Sa piètre performance à l’Assemblée nationale a fait prendre
la mesure du départ d’un Philippe Couillard.
Sa volte-face prévisible désormais sur le recours aux PPP pour
le CHUM fera plaisir aux médecins, et aux professionnels
avides de contrats. Mais ce ne sera rien de bon pour sa
crédibilité.
À l’Assemblée nationale, rien n’a fonctionné pour les
libéraux. La force du PLQ révélée dans un sondage CROP en fin
de session illustre bien l’impact limité de la joute dans «
l’aquarium » du Parlement.
Bien des gaffes
Christine St-Pierre, à la Culture, s’est payé une querelle
inutile avec le président de la SODEC, JeanGuy Chaput. Après
le congédiement de ce dernier, elle est forcée de l’embaucher
à son propre ministère pour éviter une poursuite.
AuxAînés, MargueriteBlais a été tournée en ridicule par sa
critique péquiste, Lisette Lapointe. Québec paie des « clowns
thérapeutiques » à des aînés qui manquent de services
essentiels. George Lalande, président du conseil des aînés,
lui fait la guerre publiquement.
Jacques Dupuis, responsable de la Sécurité publique, a
transformé en gâchis la décision, populaire, du gouvernement
d’accorder une enquête publique sur la mort de Fredy
Villanueva. On accordera finalement des procureurs aux témoins
sur le tard... ce qui reporte l’enquête à l’automne.
Curieusement le remaniement ministériel de cette semaine ne
cherche pas à colmater les brèches apparues depuis le début de
l’année. M. Charest avait un engagement à tenir auprès de
Clément Gignac. Nathalie Normandeau voulait depuis longtemps
quitter les Affaires municipales. Surtout, Laurent Lessard,
devait quitter l’Agriculture, le seul ministère où un lobby,
l’UPA, a le droit de vie ou de mort sur le titulaire.
En dépit de tous ces faux pas libéraux c’est Pauline Marois
qui se retrouve sur la sellette ce matin. Elle n’a pu être
suffisamment inspirante, rassembleuse, pour convaincre
François Legault de rester. Elle aussi avait laissé tomber
André Boisclair après sa défaite au leadership. Il est vrai
que seulement un militant sur cinq l’avait appuyée.
L’ascendant de Pauline Marois sur le PQ reste bien fragile.
Réjean Parent taxe Legault de néolibéralisme
— Le
président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean
Parent, accuse François Legault de colporter un « mantra »
néolibéral en plaidant pour une augmentation de la
productivité et la remise en question de « vaches sacrées »
au Québec.
Au lendemain de la démission du député péquiste, le
syndicaliste a signifié qu’il n’avait pas apprécié son
verdict sur le « déclin tranquille de la société québécoise
», ainsi que ses propos sur la nécessité d’accroître
l’efficacité des écoles et des hôpitaux.
« J’inviterais François Legault à faire le tour de la
province comme je l’ai fait, pour voir à quel point il y a
un essoufflement, les gens travaillent plus que ce qu’on
leur demande. Le monde est en train de mourir au travail et
on parle de gains de productivité », a commenté M. Parent
hier, en marge de l’ouverture du congrès annuel de la CSQ à
Québec.
Selon lui, le discours tenu par celui qui était porte-parole
de l’opposition officielle en matière d’économie ne
ressemble en rien aux positions sociale-démocrates
traditionnelles du Parti québécois.
« Bien là, je pense que le Parti libéral est rendu plus
socialdémocrate que le Parti québécois », a-t-il ironisé.
« Je ne sais pas où elles sont, les vaches sacrées, mais
d’après moi, ça fait un bout de temps qu’on les a tuées. La
vraie vache sacrée, c’est qu’il faut arrêter cette vision
néolibérale voulant que l’on paie moins d’impôt et que
l’État offre moins de services », a ajouté M. Parent.
Mauvaise
cible
Le président de la CSQ estime que François Legault s’est
trompé de cible puisque, selon lui, les infirmières et les
enseignants tiennent déjà à bout de bras les réseaux de
santé et d’éducation.
Il ne croit pas non plus qu’il faille augmenter les tarifs
d’hydroélectricité ou les droits de scolarité pour permettre
au gouvernement du Québec d’investir davantage dans
l’amélioration de la qualité des services.
Alors que le député Legault suggérait récemment au
gouvernement Charest de chercher des solutions à
l’étranglement des finances publiques dans le rapport
Montmarquette portant sur la tarification des services,
Réjean Parent lui enjoint de se tourner vers la grande
entreprise.
Il reproche au gouvernement libéral de consentir des
avantages démesurés aux multinationales, notamment à l’égard
de l’accès aux richesses naturelles.
« Il y a peut-être des contrats qu’il faut ouvrir. Je n’ai
pas de problème à ce qu’on donne 600 millions à Rio Tinto
Alcan s’il y a une contrepartie et qu’on génère des emplois,
mais quand ce n’est plus le cas (...) on leur fait des
rabais qui sont rendus scandaleux », a-t-il argué.
Selon M. Parent, Québec s’est aussi privé de précieux
revenus en refusant d’augmenter la TVQ lorsque le
gouvernement fédéral a réduit la TPS, et en choisissant de
baisser les impôts de près d’un milliard de dollars
lorsqu’Ottawa lui a transféré ce montant supplémentaire, en
2007.
En route vers un « déclin tranquille » François Legault
se dit inquiet pour l’avenir du Québec
« Je ne
souhaite pas être de la première génération qui laisse moins
à ses enfants qu’on n’a reçu de nos parents. »
— Le Québec est en route vers un « déclin tranquille » s’il
ne s’attelle pas tout de suite à l’équilibre des finances
publiques et à l’amélioration de la productivité, soutient
François Legault.
PHOTO JACQUES BOISSINOT, PC
« J’ai fait ma part », a dit
François Legault en quittant l’Assemblée nationale hier.
Dans l’opposition pour encore trois ou quatre ans,
l’exercice était devenu fastidieux pour lui. « J’aime
mieux construire que critiquer », a résumé le numéro 2 du
PQ.
L’heure était au bilan hier pour celui qui était député de
Rousseau depuis 10 ans et qui croit que la souveraineté est
« presque impossible » actuellement, tant la méfiance des
citoyens est grande à l’endroit des politiciens.
« J’ai fait ma part » , a-t-il résumé, expliquant qu’il ne
trouvait plus la motivation nécessaire pour représenter
correctement ses électeurs. Encore trois ou quatre ans dans
l’opposition, c’était trop pour lui. « J’aime mieux
construire que critiquer », a résumé le numéro 2 du PQ.
M. Legault a aussi évoqué les obligations, exigeantes, de la
vie politique pour expliquer son départ. « Être député, cela
veut dire le samedi être à une activité de l’âge d’or dans
le comté, avoir des activités à peu près tous les soirs »,
a-t-il souligné.
Le guerrier parlementaire, qui a dit aimer « avoir le
contrôle » sur ce qu’il entreprend, a tout à coup eu la voix
cassée par l’émotion en parlant de ses fils Xavier et
Victor, qui ont 16 et 15 ans. « J’ai peine à imaginer qu’ils
avaient 5 et 4 ans au début de mon aventure politique. J’ai
été absent pour une partie de ces belles années, a-t-il
constaté à voix haute. C’est la fin d’une étape de ma vie. »
M. Legault a précisé qu’i l ne verrouille pas la porte à un
éventuel retour en politique. Il insiste toutefois sur le
fait qu’il n’a aucun plan en ce sens et compte prendre six
mois à un an en « ressourcement ».
Projets « impossibles »
« Je continue à penser que la souveraineté est un projet
pertinent », a-t-il dit, tout en convenant que l’option
piétinait depuis un bon moment, tout comme le projet d’un
renouvellement du fédéralisme. « Le fruit n’en finit plus de
mûrir », constate-t-il.
« Il faut
prendre acte qu’actuellement, il y a tellement de cynisme,
tellement peu de confiance de la population envers la
classe politique que tout projet politique, que ce soit la
souveraineté du Québec, la création de richesse ou un
projet de société, devient presque impossible à présenter
», soutient M. Legault.
L’homme d’affaires – il était l’un des fondateurs d’Air
Transat – a dit partir « inquiet pour l’avenir du Québec
qui s’est engagé dans un déclin tranquille,
malheureusement trop souvent dans la résignation et
l’indifférence ».
Selon lui , le Québec doit absolument relever trois défis
: hausser d’abord la richesse collective, sans quoi bien
des jeunes talentueux iront s’établir ailleurs. La barre
doit aussi être redressée en ce qui concerne
l’amélioration de la productivité de l’appareil
gouvernemental, des réseaux de la santé et de l’éducation
notamment. Finalement, le gouvernement doit absolument
revenir à l’équilibre budgétaire, pour éviter de faire
payer aux futurs contribuables le coût de services donnés
aujourd’hui. « Je ne souhaite pas être de la première
génération qui laisse moins à ses enfants qu’on n’a reçu
de nos parents », a-t-il soutenu.
Pas un signe de faiblesse, selon Marois
En dépit des déconvenues récentes au PQ, M. Legault est
resté solidaire de Pauline Marois, qui lui a toujours
offert « une belle collaboration », a-t-il insisté. Au
cours d’un point de presse tenu à Montréal, la chef
péquiste a d’ailleurs qualifié le départ de M. Legault de
« grosse perte » pour elle et pour le PQ, mais a également
dit « très bien comprendre » les raisons pour lesquelles
le numéro 2 du parti a décidé de tirer sa révérence.
À ceux qui voient dans le départ de François Legault un
signe que son leadership est ébranlé et que le PQ va à la
dérive, Pauline Marois répond qu’ i l s f ont « u ne a na
l ys e un peu rapide » des choses. « Je suis revenue il y
a deux ans, alors que le PQ était la deuxième opposition
officielle.
Son départ ne doit cependant pas être vu comme un signe de
faiblesse pour le PQ, croit Pauline Marois : «
Rappelez-vous que Jean Charest aussi a perdu Philippe
Couillard et Monique Jérôme-Forget » au cours des derniers
mois, a-t-elle illustré. Depuis, nous avons fait élire 51
députés, nous sommes redevenus l’opposition officielle, et
il y a eu une unanimité autour du plan de travail sur la
souveraineté que j’ai mis de l’avant », a souligné la chef
du Parti québécois. « Nous avons connu plus de gains que
de pertes depuis deux ans », a-telle ajouté.
Bernard Landry, pour sa part, a affirmé que le départ de
M. Legault est « une perte pour le Québec, pour
l’Assemblée nationale et pour le PQ ». « Il était un des
meilleurs analystes économiques à être passé à l’Assemblée
nationale », a-t-il dit.
Le critique de l’ADQ en matière de développement é
conomique, F r a nçoi s Bonnardel, a pour sa part souligné
l’intensité avec laquelle François Legault a mené ses
dossiers au cours des derniers mois. « Le PQ a été le
parti d’un seul homme ce printemps, et cet homme s’en va
aujourd’hui », a-t-il dit. DES EXTRAITS DU POINT DE PRESSE
DE FRANÇOIS LEGAULT, PAGE A19
Caire ne retournera pas à l’ADQ
QUÉBEC —
Malgré le départ de Gilles Taillon, Éric Caire ne
retournera pas à l’ADQ. Il entend également rester député
indépendant dans l’éventualité où Gérard Deltell prendrait
la tête du parti.
« Avec tout le respect que j’ai pour lui, je ne pense pas
que Gérard va réussir à relever le parti », a-t-il dit à
La Presse en soirée, hier.
Plus tôt, tout juste après l’annonce de M. Taillon, le
député de La Peltrie avait exclu la possibilité d’un
retour à l’ADQ. « Cette annonce ne change en rien la
décision que j’ai prise vendredi. J’ai dit que je quittais
l’ADQ. Je maintiens cette décision, je suis un député
indépendant », a affirmé le candidat malheureux à la
direction. Il a précisé que le député des
Chutes-de-laChaudière, Marc Picard, qui a quitté l’ADQ
avec lui, partage son avis.
Éric
Caire reviendrait à l’ADQ seulement si un « messie », une
« personnalité extrêmement forte identifiée au courant de
centre-droite, comme Lucien Bouchard », décidait de «
sauver le parti ». « C’est très, très, très peu probable.
Je ne crois pas que ça va arriver », a-t-il convenu.
Selon M. Caire, une nouvelle course à la direction serait
suicidaire. « La première nous a pratiquement détruits, je
ne vois pas comment la deuxième pourrait être salvatrice
», a-t-il lancé.
Au cours de son émission quotidienne sur le canal V, Mario
Dumont a mis de la pression sur Éric Caire et Marc Picard
pour qu’ils reviennent dans le giron adéquiste. « Avec le
départ de Gilles Taillon, ils ont gagné leur point.
Maintenant, la balle revient dans leur camp et ils doivent
faire partie de la solution », a affirmé l’ancien chef
adéquiste.
Éric Caire réfléchit à son avenir politique
- Tommy Chouinard
QUÉBEC —
Le député de La Peltrie, Éric Caire, réfléchit à son
avenir politique depuis que Gilles Taillon lui a refusé le
poste de chef parlementaire de l’ADQ. Un schisme pourrait
même éclater au sein du parti, signale l’entourage de M.
Caire.
L’entourage d’Éric Caire (à
droite) indique que celui-ci est très déçu que Gilles
Taillon (à gauche), qui a gagné la course à la direction
de l’ADQ par une seule voix, ne lui ait pas demandé
d’être « le numéro deux, chef parlementaire. »
Gilles Taillon a provoqué un tremblement de terre, hier,
en rejetant la demande d’Éric Caire de devenir chef
parlementaire. Il a plutôt nommé à c e poste s t r a t é
gique le député de Shefford, François Bonnardel, qui a
coprésidé sa campagne à la direction.
M. Bonnardel, qui mènera désormais la charge contre l es l
i bérau x en Chambre, est l’ami de coeur de la
vicepremière ministre Nathalie Normandeau. Gilles Taillon
n’y voit aucun problème.
Le chef adéquiste a annoncé s a déc i s i on à É r i c Ca
i r e hier matin. Ce dernier n’a pas participé à la
période des questions en matinée, ni assisté au caucus de
son parti. Il n’a pas rappelé La Presse. Il s’est
toutefois confié à des proches.
« M. Caire m’a dit qu’il était officiellement en réflexion
», a a f f i r mé à La Pres s e l ’e xdéputé de Chambly
Richard Merlini, qui a coprésidé sa campagne à la
direction.
« Il m’a dit que tout est sur la table. Sa réflexion
inclut toutes les possibilités. Il est député jusqu’aux
prochaines élections. Est-ce qu’il veut continuer à l’A DQ
? Siéger comme i ndépendant ? Estce qu’autre chose
pourrait l’i ntéresser ? E st-ce u ne réflexion sur la
création d’un autre parti ? » a-t-il ajouté.
Des proches de d’Éric Caire et de Christia n Lévesque – a
ut r e c a nd i dat da n s la course à la direction –
envisagent de quitter l’A DQ pour créer une nouvelle
formation politique de centre-droite.
Plusieurs
anciens députés sont dans le coup, de même que des « gens
de l’extérieur », a noté M. Merlini, qui reproche au
nouveau patron de vouloir « recentrer le parti ». Les
discussions, a morcées peu de temps après le congrès à la
direction du 18 octobre, sont au stade embryonnaire. « On
s’était dit qu’on allait donner la chance au coureur et
voir les premiers gestes de M. Taillon. Mais des gestes
d’unité, il n’en a pas fait. »
Selon lui, Gilles Taillon « ne respecte pas le résultat
qu’il a obtenu. Il agit comme s ’ i l ava i t gagné avec u
ne majorité écrasante. Compte tenu du résultat, c’est
clair qu’il devait faire des gestes d’unité très forts. Et
M. Caire ava it très l é g i t i mement demandé d’être le
numéro deux, c hef pa rlementaire. Alors, on est très
déçus de la décision de M. Taillon ».
Rappelons que Gilles Taillon a remporté la course à la
direction par une seule voix, si l’on soustrait le vote en
sa faveur enregistré par l’ Infoman Jean-René Dufort sous
le nom d’Omar Bongo, défunt président autoritaire du
Gabon.
Selon Gilles Ta illon , Éric Caire a demandé une «
cogestion » de l’A DQ, une « direction bicéphale comme
Québec solida i r e » , ce qui était « i nacceptable ». «
J’ai été élu chef. Je suis le seul à avoir eu 50 % plus un
», a-t-il insisté. Selon lui, « il n’y a pas de guerre »
avec M. Caire. « Pour moi, le dossier est réglé. M. Caire
est toujours adéquiste. Je pense qu’il va rester chez
nous. »
« Les militants, s’ils ont à coeur l’A DQ, comme moi,
doivent assurément respecter le vote populaire
démocratique », a répondu M. Taillon au sujet des
déchirements que pou r ra it provoquer sa décision.
É r i c Ca i r e a r e f u s é les autres responsabilités
que l ui a of f er t e s M. Ta i l l on , c’est-à-dire le
poste de leader parlementaire et celui de critique en
matière d’économie. I l a préféré conserver ses fonctions
de critique en matière de santé et d’affaires
intergouvernementales.
Sylvie Roy, qui avait déjà demandé de ne plus être chef
parlementaire, devient leader parlementaire. La députée,
qui se dit victime d’intimidation des libéraux, apprend
maintenant qu’elle n’éta it pas le premier choix de son
chef à ce poste.
Débat des candidats Caire et Taillon s’affrontent...
sans dérapage - Tommy Chouinard
à la
direction de l’ADQ
BÉCANCOUR — Après s’être entredéchirés su r la place
publique la semaine dernière, Gilles Taillon et Éric Caire
ont baissé le ton lors du deuxième débat des candidats à
la direction de l’ADQ à Bécancour, hier. Leurs échanges,
tout de même vifs à l’occasion, ont fait ressortir un
clivage idéologique entre les deux hommes.
Les trois candidats à la succession de Mario Dumont sont
revenus sur la tournure belliqueuse qu’a prise la campagne
la semaine dernière. « Si l’expérience est la somme de nos
erreurs, je suis plus expérimenté que jamais, a lancé Éric
Caire dans son discours d’ouverture. Ce soir, on va
débattre de nos idées. »
L’ex-députédeLévis,Christian Lévesque, qui était resté à
l’écart de la querelle entre MM. Caire et Taillon, a
insisté sur l’impact négatif causé par les attaques
personnelles de ses adversaires. «Les deux dernières
semaines ont vraiment été difficiles. Ça a fait mal»,
a-t-il affirmé, soulignant les manchettes sur «la mort du
parti», «les chicanes», «le cirque à l’ADQ».
La semaine dernière, Gilles Taillon a accusé Éric Caire
d’avoir « falsifié » son CV. Le député de La Peltrie a
quant à lui laissé entendre que son adversaire tente
d’utiliser son état de santé – la récidive d’un cancer de
la prostate – pour recueillir davantage d’appuis.
Hier, Éric Caire et Gilles Taillon ont croisé le fer à
quelques reprises, mais ils ont gardé un ton posé. « Une
mesure m’embête dans ton programme, celle d’abolir les
agences régionales de la santé, a lancé M. Caire à son
adversaire. Ça créerait une désorganisation de la médecine
générale en région.»
« Les
établissements et les médecins veulent plus de pouvoir. On
n’a pas besoin d’intermédiaire. On a 97 gros centres
hospitaliers au Québec. Ils sont capables de s’organiser
», a répliqué M. Taillon.
L’ancien numéro 2 du parti a à son tour décoché une flèche
vers le député de La Peltrie, qui venait d’affirmer que
des investissements importants seront toujours nécessaires
dans le réseau de la santé. « Avant de presser le citron,
de mettre davantage de pression sur le portefeuille de la
classe moyenne, il faut revoir l’organisation du travail
», a-t-il dit.
Christian Lévesque et Éric Caire ont plaidé en faveur
d’une ouverture beaucoup plus gra nde à l’assu ra nce
privée. « Faisons attention », a rétorqué un Gilles
Taillon, modéré, soulignant que le modèle américain coûte
cher et reste peu performant.
Sur le thème de la famille, les trois candidats sont à peu
de chose près sur la même longueur d’onde. Cependant,
Christian Lévesque s’est attiré les foudres d’Éric Caire
après avoir proposé de rendre les paiements hypothécaires
déductibles des revenus aux fins de l’impôt. «C’est une
mauvaise mesure qui est à l’origine de la crise
immobilière aux États-Unis», a-t-il dit.
Les trois candidats s’entendent tous pour dire qu’une
réorganisation majeure de l’ADQ s’impose. Gilles Taillon a
manifesté sa volonté de solliciter davantage les gens
d’affaires. «Je préfère 300 dons de 10$ qu’un seul de
3000$», a répliqué Éric Caire. «Je veux les deux», a
répondu Gilles Taillon du tac au tac. «Oui, mais le
deuxième est plus compromettant», a dit M. Caire.
Le nationalisme repensé - Éric
Caire
Non pas
nourri de symboles et de vaches sacrées, mais plutôt de
succès et de résultats
L’auteur est député de La Peltrie et candidat à la
direction de l’Action démocratique du Québec. Il réplique
à l’opinion de Mathieu Bock-Côté intitulée « Le
nationalisme sacrifié », publiée le 1er septembre. Dans
son texte, le sociologue Mathieu BockCôté accuse l’ADQ de
liquider son orientation nationaliste au profit d’un «
libéralisme moderniste asséché ». Je suis en profond
désaccord avec cette analyse.
Je pense que le nationalisme québécois doit être repensé.
Pour ma part, je préconise un nationalisme qui se nourrit
non pas de symboles et de vaches sacrées, mais plutôt de
succès et de résultats. Le vrai levain du nationalisme ne
doit pas être le ressentiment et la peur de l’autre, mais
plutôt être la fierté et l’amour des nôtres.
Lorsque tel est le cas, le nationalisme nous oblige à
critiquer les structures du modèle québécois qui servent
mal nos concitoyens. Il n’y a rien de « strictement
technicien » à remettre en question un système qui
hypothèque la santé, voire la vie de dizaines de milliers
de Québécois et qui démoralise bien des membres du
personnel soignant.
Notre fibre nationaliste devrait nous rendre intolérants à
un système d’éducation public qui produit 30% de
décrocheurs et dont les diplômés maîtrisent mal le
français écrit et l’anglais. En tant que nationaliste, je
refuse que les universités de chez nous souffrent d’un
sous-financement chronique.
Repenser le nationalisme, c’est aussi cesser de mettre en
constante contradiction l’individuel et le collectif. Bien
sûr, la prospérité économique contribue à l’épanouissement
des individus par un meilleur accès à l’emploi et par de
meilleurs salaires. Mais cela ne se fait pas au détriment
de la destinée collective, bien au contraire.
La
prospérité économique est aussi, pour un peuple, un
puissant vecteur de fierté et de force collectives. Mes
propositions portant sur la prospérité économique
permettraient de créer au Québec un espace économique plus
libre et plus dynamique. Les mesures que je propose
existent ailleurs et ont démontré leur efficacité. Le but
est d’avoir au Québec non seulement des individus plus
forts, mais aussi une nation plus forte.
Repenser le nationalisme, c’est aussi repenser la question
nationale. Depuis 60 ans, tous les premiers ministres du
Québec, Jean Charest mis à part, ont été obsédés par le
rapport de force entre le Québec et le gouvernement
fédéral. La stratégie des référendums perdants a fait long
feu et le PQ n’a aucune stratégie de rechange à offrir aux
Québécois.
Dans le contexte actuel, je pense que notre seul moyen
d’obtenir un véritable rapport de force au sein de la
confédération est d’accroître le poids économique du
Québec par rapport à l’ensemble canadien. Non seulement
n’y a-t-il aucune fierté à recevoir du gouvernement
fédéral 8 milliards de dollars de péréquation
annuellement, mais encore, cela nous affaiblit
terriblement sur le plan politique.
Le jour où les Québécois seront plus riches que la moyenne
canadienne – et j’ai la conviction qu’ils peuvent le
devenir –, le jour où nous paierons de la péréquation
plutôt que d’en recevoir, ce jour-là, nous aurons un
rapport de force extraordinaire avec le reste du Canada et
toutes les options nous seront alors ouvertes.
D’ici là, et en particulier dans un contexte démographique
qui s’annonce difficile, je pense que le principal projet
de société que les Québécois doivent se donner est de
créer un espace économique qui maximise notre
extraordinaire potentiel de richesses. Et je suis fier de
constater que pour le moment, l’ADQ est le seul parti qui
préconise ce nationalisme d’ouverture et de gagnants.
C’est une question de fierté et de véritable amour des
nôtres.
Le derby de démolition - ANDRÉ PRATTE
Des ennuis de
santé forcent Gilles Taillon à envisager son retrait de la
course à la direction de l’ADQ. S’il décide d’abandonner pour
se consacrer à un combat évidemment plus important, ce sera
une mauvaise nouvelle pour le parti dont la campagne au
leadership confirme les doutes des électeurs au sujet de
l’avenir de l’ADQ post-Dumont. Pour tout dire, cette course
s’est transformée en derby de démolition : l’ADQ risque d’en
sortir en piteux état.
Malheureusement, M. Taillon lui-même a quitté le terrain des
idées pour tomber dans le combat de boxe qu’il dénonçait il y
a trois semaines à peine. Après avoir soutenu qu’il fallait
éviter d’insulter ses adversaires afin de pouvoir refaire
l’unité du parti après la course, M. Taillon a traité Éric
Caire de «tricheur», l’accusant d’avoir «trompé les Québécois
en indiquant avoir un diplôme universitaire qu’il n’a pas».
Or, tout indique qu’il s’agit d’une simple erreur de
transcription. Le CV publié sur le site internet de
l’Assemblée nationale indique bien que M. Caire n’a pas
complété ses études pour un baccalauréat en communications.
Sur le site de campagne de M. Caire, le résumé de son parcours
professionnel ne dit pas un mot de ce passage à l’université.
Bref, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Or, M.
Taillon ne l’a pas seulement fouetté, il l’a passé au hachoir
à viande. Lundi, il en a remis, accusant M. Caire de ne pas
avoir réussi un seul cours et le sommant de remettre son
relevé de notes au parti. Est-ce à cette fin que l’ADQ avait
tant insisté pour que les bulletins scolaires soient chiffrés?
Venant d’un
candidat qui prône «une prestation irréprochable sur le plan
du contenu», voilà qui est très décevant. On pardonne plus
facilement les excès d’arrogance d’un jeune politicien comme
Éric Caire. Toutefois, une telle attitude lui sera fatale, de
même qu’à son parti, s’il devient chef sans avoir appris à
maîtriser ses coups de gueule.
L’A DQ s’est effondrée en 2008 parce qu’elle avait perdu
beaucoup de crédibilité. Ce qui se passe ces jours-ci risque
de faire évaporer le peu qui reste.
Les
candidats
doivent s’empresser de revenir au débat d’idées. D’autant
qu’idées il y a bel et bien. Par exemple, dans le texte que
nous publions cicontre, Éric Caire propose de repenser le
nationalisme québécois suivant une approche moins centrée sur
le passé et la menace de l’indépendance: «Notre seul moyen
d’obtenir un véritable rapport de force au sein de la
confédération est d’accroître le poids économique du Québec.»
Voilà une approche bienvenue, très différente de celles mises
de l’avant par MM. Taillon et Lévesque. Que les aspirants en
discutent donc au lieu de comparer leurs bulletins de 3e année
!
Marois
a failli diriger le Québec - L’ADQ a proposé une coalition au PQ à
l’automne 2008
— Terrorisés par
la perspective d’élections l’automne dernier, les dirigeants de
l’Action démocratique du Québec ont proposé une coalition au
Parti québécois, deux semaines avant le déclenchement de la
campagne. Et ce nouveau gouvernement aurait été dirigé par
Pauline Marois.
La chef
du PQ Pauline Marois aurait pu devenir première ministre du
Québec si le projet de coalition entre son parti et l’ADQ
avait abouti avant les élections de décembre 2008.
Plusieurs sources de haut niveau parmi les décideurs de l’ADQ à
l’époque ont indiqué à La Presse que, pendant deux ou trois
jours, des échanges ont eu lieu sur ce scénario, entre les
cabinets de Mario Dumont et Pauline Marois, par l’intermédiaire
de deux avocats associés à l’un et l’autre chef, Marc-André
Gravel et Éric Bédard.
Selon les informations obtenues par La Presse de sources sûres,
une poignée de stratèges adéquistes, dont Mario Dumont et Gilles
Taillon, au retour d’un conseil général de leur parti, s’étaient
réunis pour préparer leur offre au Parti québécois. Rien n’avait
été mis sur papier, toutefois.
Pour contrecarrer l’échéancier de Jean Charest qui se préparait
manifestement à déclencher les élections le 8 décembre, l’ADQ
avait fait une avancée surprenante pour attirer le PQ dans son
plan. Mario Dumont et Pauline Marois seraient allés voir le
lieutenantgouverneur, Pierre Duchesne, pour lui dire que les
formations détenant la majorité à l’Assemblée s’alliaient pour
former un gouvernement de coalition, dont Pauline Marois allait
être la première ministre.
« Charest
contrôlait tout… il avait l’agenda en main. On voulait le
bloquer, reprendre l’initiative. Mario Dumont a envoyé
Marc-André Gravel avec la proposition de renverser le
gouvernement. La réponse des péquistes a été qu’ils étaient
certains de prendre le pouvoir… que Pauline Marois allait de
toute façon être première ministre aux Fêtes. Ils ne voulaient
pas embarquer », a révélé à La Presse un adéquiste inf luent à
l’époque. Dans le camp péquiste, certains confient qu’il y
avait une base pour des discussions, mais que le temps
manquait – le premier ministre Charest allait à l’évidence
faire basculer le Québec en campagne électorale dans les deux
semaines suivantes, même s’il avait à maintes reprises soutenu
le contraire.
Devant la tempête économique qui s’annonçait, l’ADQ voulait
l’appui du PQ pour un « gouvernement de crise d’une durée de
deux ans » où les postes de ministres auraient été partagés,
également entre les deux partis. Au surplus, on se disait
ouvert à la nomination de ministres venus de la société
civile, non élus à l’Assemblée nationale. Chaque parti mettait
de l’eau dans son vin: l’ADQ mettait par exemple au rancart
son engagement d’abolir les commissions scolaires, le PQ
indiquait qu’il ne profiterait pas de ce régime pour
promouvoir la souveraineté.
Fait étonnant, Gilles Taillon, aujourd’hui prétendant à la
direction de l’ADQ, était aux premières loges lors des
discussions dans le cercle restreint autour de Mario Dumont,
indiquent des sources sûres.
Joint hier, l’aspirant chef a pris ses distances: « J’ai
entendu parler de cela dans les corridors… La proposition
qu’on a faite était plutôt dirigée au gouvernement, on
proposait de ne pas tenir d’élections en période de crise
économique. » Le scénario de coalition avait été expliqué,
avec moins de détails, à l’ensemble du caucus adéquiste dès la
proposition faite. Deux autres aspirants à la direction du
parti, le député Éric Caire (La Peltrie) et Christian Lévesque
( Lévis) n’avaient pas soulevé d’objections à l’idée de voir
leur formation faire une coalition avec le Parti québécois.
L’avocat Marc-André Gravel avait, le premier, sollicité le
camp souverainiste, et avait été aiguillé vers Éric Bédard,
frère du leader parlementaire du PQ, Stéphane. Joints cette
semaine, les deux avocats sont restés très vagues sur leurs
conversations de l’automne dernier.
Le nationalisme sacrifié -
Mathieu Bock- Côté
L’ADQ
renie son discours contre le multiculturalisme et les
accommodements raisonnables
L’auteur est candidat au doctorat en sociologie à l’UQAM.
Au coeu r de la cou rse à la direction de l’A DQ , on
retrouve une course à la liquidation de son héritage
nationaliste. Alors que ce parti aura incarné, à travers
la crise des accommodements raisonnables de 2006 à 2008,
la révolte de l’identité nationale contre le
multiculturalisme postréférendaire, au point de contester
un temps le monopole du Parti québécois sur le
nationalisme, il semble aujourd’hui renier ce
positionnement pour s’aligner sur les grands canons de la
rectitude politique.
Les aspirants à la direction de
l’ADQ lors d’un débat, le 23 août dernier. Jean-François
Plante (deuxième à partir de la gauche) a été exclu de
la course depuis.
Dans la mesure où la question nationale prend de plus en
plus forme à travers la question de l’identité québécoise,
il semble que c’est en sacrifiant la seconde que l’ADQ
croit pouvoir en finir avec la première.
Ce sacrifice du nationalisme, on le constate notamment
avec la remise en question du discours de l’ADQ contre le
multiculturalisme et les accommodements raisonnables. On
le sait, une certaine droite économique a toujours été
très critique du nationalisme. Elle s’est sentie
marginalisée ces dernières années à l’ADQ et semble
revenir en force en faisant le procès de ce qu’elle
considère comme un dérapage identitaire.
Une des conseillères d’Éric Caire a ainsi assimilé la
critique des accommodements raisonnables et du
multiculturalisme à un «populisme de bas étage […]
associant le déclin du français à une hausse de
l’immigration » qui représenterait « une erreur magistrale
et un manque d’appréciation de la maturité des adéquistes
en matière d’immigration et d’identité culturelle». Elle
n’est certainement pas la seule à faire un tel diagnostic
qui était même celui de Jean-François Plante, le candidat
récemment exclu de la course, qui a tenu des propos encore
plus sévères sur le moment identitaire de l’ADQ.
Il y a pourtant là quelque chose de paradoxal. Car tant
que l’ADQ s’en est tenue à la critique du modèle
québécois, elle a été contenue dans les marges de l’espace
public, dont elle n’est sortie qu’en élargissant son
conservatisme vers des préoccupations culturelles et
identitaires annonçant le réinvestissement d’une charge
conservatrice dans le nationalisme québécois.
De la
remise en question de la réforme scolaire à la lutte
contre le cours d’enseignement et de culture religieuse en
passant par la défense du patrimoine historique de la
majorité francophone, l’ADQ a su reconnaître dans la
transmission contrariée de l’identité québécoise la
préoccupation la plus fondamentale de la population.
C’est en passant de la révolte générationnelle à la
révolte du sens commun contre le consensus progressiste
que l’ADQ est devenue un véritable parti politique. Mais
l’ADQ veut renoncer au secret de son succès, ce qui
l’entraîne à basculer vers un libéralisme moderniste
asséché.
L’ADQ se détourne ainsi du créneau qui a fait son succès
pour en revenir à sa base la plus étroite, à partir de
laquelle on voit bien mal comment elle pourrait
reconstituer une coalition susceptible de lui redonner un
rôle significatif dans la politique québécoise.
Elle se contente de se poser com me « l’aile d roite » du
PLQ et de reprendre comme programme les grands thèmes du
manifeste Pour un Québec lucide qui avait le défaut de
mener une critique strictement technicienne et comptable
du modèle québécois.
La différence entre l’ADQ et le PLQ s’amenuise et il ne
serait pas surprenant qu’au terme de la course actuelle,
certains de ses députés s’y rallient en consacrant la
marginalisation d’une formation ne rejoignant plus que la
frange la plus exaspérée de la génération X, qui se
reconnaît dans la pensée libertarienne.
Il est étrange que l’A DQ s’aligne à ce moment sur le
consensus progressiste en renonça nt à sa d i f férence
politique qui lui aurait peutêtre permis de canaliser le
mécontentement d’une frange considérable de la population.
Pendant un temps, l’ADQ a semblé faire partie de la
solution à la crise d’une démocratie québécoise confisquée
par sa technocratie progressiste et scindée entre ses
élites et les classes moyennes et populaires. Elle fait
tout désormais pour faire partie du problème.
Taillon dénonce l’agressivité de Caire -
Tommy Chouinard
« S’il y
en a qui sont incapables de faire des débats d’idées et
qui veulent faire de la boxe, ce n’est pas l’arène dans
laquelle je vais évoluer. »
QUÉBEC— Visiblement furieux d’avoir été éclipsé par Éric
Caire et ses coups de gueule lors du premier débat des
aspirants à la direction de l’ADQ, Gilles Taillon a
condamné hier l’attitude « agressive » de son adversaire.
En conférence de presse pour présenter sa plate-forme
électorale, l’ancien numéro 2 du parti a reproché à M.
Caire d’avoir «fait de la boxe» dimanche. Il n’a pas
apprécié que le député de La Peltrie tombe à bras
raccourcis sur Christian Lévesque, brandisse vers lui un
doigt accusateur, lui tapote l’épaule, «embarque presque
par-dessus lui» et «le traite de riche».
« Je pense que ce n’est pas la façon, dans un débat au
sein d’un même parti, de traiter son concurrent », a
affirmé l’ex-député de Chauveau.
Les attaques de M. Caire, d’une rare virulence, ont retenu
davantage l’attention que le discours posé et documenté de
Gilles Taillon. Ce dernier n’entend pas jouer le jeu de M.
Caire pour se retrouver sous le feu des projecteurs. M.
Taillon appelle ses collègues à mener un débat «sur le
fond», débat dont l’ADQ a besoin. «S’il y en a qui sont
incapables de faire des débats d’idées et qui veulent
faire de la boxe, ce n’est pas l’arène dans laquelle je
vais évoluer.»
Il faut éviter, selon lui, d’insulter ses adversaires, de
se disputer, car il faudra retrouver l’unité après la
campagne à la direction. Éric Caire a refusé de commenter
les commentaires de M. Taillon.
Engagements similaires
Dans sa plate-forme électorale, Gilles Taillon reprend
pour l’essentiel les engagements qu’avait pris l’ADQ aux
élections de 2007 et 2008, qu’il avait contribué à définir
avec Mario Dumont. Par exemple, il veut réduire de 1
milliard les dépenses de programmes et d’un autre les
subventions aux entreprises. Il propose de réduire la
dette de 10 milliards avec la privatisation partielle
d’Hydro-Québec. Il souhaite verser 100 $ par semaine pour
chaque enfant d’âge préscolaire qui ne fréquente pas les
garderies subventionnées. Il milite pour que la pratique
médicale soit partagée entre les secteurs public et privé.
Le candidat a fait appel à une firme afin de réunir en
groupes de discussion des électeurs qui avaient voté pour
l’ADQ en 2007 et lui ont tourné le dos un an plus tard.
«La réponse à Québec et dans le 450 a été la même: le
programme de l’ADQ de 2007, on le veut», a-t-il dit.
Alors qu’Éric Caire propose de tripler les droits de
scolarité, M. Taillon écarte tout « choc tarifaire». Après
avoir remis en question une proposition traditionnelle du
parti, celle d’abolir les commissions scolaires, M.
Taillon veut finalement faire disparaître ces structures
et confier aux écoles leur statut juridique et
linguistique. La formation professionnelle serait intégrée
au collégial. M. Taillon rejette par ailleurs l’idée
d’abolir la formule Rand, comme le demandent les jeunes
adéquistes, et souhaite un « dialogue social » plutôt
qu’un affrontement avec les syndicats.
Sur le front constitutionnel, le candidat souhaite
négocier un «nouveau pacte» avec Ottawa. Il réclame le
respect des compétences actuelles, le retrait du pouvoir
fédéral de dépenser, le rapatriement des budgets en
culture, plus d’argent pour l’éducation postsecondaire, la
transformation du transfert social canadien en points
d’impôt. Mais sous un éventuel gouvernement Taillon, il
n’y aurait «pas de séparation, pas de menace de
séparation, pas de référendum», a-t-il prévenu. Un «mandat
fort des Québécois» obtenu à des élections générales lui
donnerait selon lui un rapport de force suffisant pour
obtenir gain de cause.
Un premier débat musclé - Tommy Chouinard
LÉVIS —
Éric Caire est tombé à bras raccourcis sur Christian
Lévesque lors du premier débat des aspirants à la
direction de l’ADQ, hier à Lévis.
Le député de La Peltrie a accusé M. Lévesque d’avoir des
propositions « floues » au sujet des droits de scolarité
et de l’avenir politique du Québec. Il a interrompu son
adversaire à quelques reprises. Il lui a même tapoté
l’épaule pour lui signifier qu’il voulait prendre la
parole ou le mettre au défi de répondre à ses questions.
« Christian Lévesque et son équipe vont comprendre que
ça prend un peu de contenu quand on fait une course à la
direction », a affirmé M. Caire au terme du débat. Selon
lui, Christian Lévesque n’est « ni convaincu, ni
convaincant »
Si M. Caire a été aussi cinglant, c’est qu’il « a cru
voir que je prends de plus en plus de place dans la
campagne», a commenté M. Lévesque, exdéputé de Lévis.
Les coups de gueule ne sont donc pas venus de
l’animateur de radio Jean-François Plante, ex-candidat
congédié par Mario Dumont aux élections de 2007.
L’ancien conseiller municipal de Montréal est demeuré
discret.
Toutefois, l’ADQ n’a toujours pas déclaré M. Plante
officiellement candidat. Le président de l’élection,
Pierre Éloi Talbot, étudie toujours son bulletin de
candidature.
De son côté, Gilles Taillon a adopté un ton posé.
L’ancien numéro 2 du parti a insisté sur la nécessité de
réduire la taille de l’État et de rembourser la dette
grâce à la privatisation partielle d’Hydro-Québec. Les
attaques menées par Éric Caire contre M. Lévesque lui
ont porté ombrage.
Éric
Caire a annoncé ses couleurs dans son discours
d’introduction devant une centaine de militants: l’ADQ
doit «brasser la cage», être «à la limite un petit
baveux». Il a dit vouloir éviter les «discours
racoleurs».
Éric Caire a décoché ses flèches dès le premier
face-à-face sur le thème de l’éducation postsecondaire.
Le député de La Peltrie a proposé de tripler les droits
de scolarité afin d’atteindre la moyenne canadienne. «On
s’en fout, de la moyenne canadienne!» a lancé M.
Lévesque, qui milite pour l’indexation au coût de la
vie. «Si on veut une économie du savoir, chacun des
citoyens doit participer à cet effort.»
Éric Caire est alors sorti de ses gonds : «Donc, le
travailleur d’usine, tu le taxes plus? Où est la justice
dans ta proposition?» Il a ensuite indiqué qu’il entend
payer les études de ses quatre enfants. «Tu as un
salaire de député de 85 000$, alors que la population a
un revenu moyen par couple de 45 000$. Quels choix ils
vont faire, eux?» a dit Christian Lévesque. «Tu en as,
de l’argent, toi, pourquoi je paierais pour tes
enfants?» a répliqué M. Caire.
Selon le député, la position de M. Lévesque, «c’est le
discours fleur bleue: faut faire peur à personne, faut
déranger personne, faut que les syndicats soient nos
amis». M. Lévesque a reproché à son adversaire de
«lancer des idées pour choquer».
Autre échange musclé sur le thème de l’avenir politique
du Québec. Pour Christian Lévesque, «le débat
constitutionnel est devenu un débat stérile d’une autre
génération. On est rendus ailleurs en 2009. On doit
s’occuper du développement du Québec, s’occuper de nos
affaires.» La réplique d’Éric Caire fut cinglante: «Tu
n’es pas capable de marcher et de mâcher de la gomme en
même temps, toi?»
«Si tu es autonomiste sans rien demander, tu vas
autonomiser quoi? Christian, tu ne revendiques rien. Tu
dis qu’il faut mettre ça sous le tapis. C’est le
discours vide de Jean Charest et, je suis désolé, il y a
déjà un parti qui propose ça et il n’est pas
autonomiste.»
Éric Caire prône une «fédération décentralisée » dans
laquelle le Québec aurait plus de pouvoirs. Christian
Lévesque l’a accusé d’être fédéraliste. «Tu es
absentéiste!» a riposté son adversaire.
Lors d’un point de presse, Éric Caire s’est déclaré
vainqueur du débat. Trois autres débats auront lieu
d’ici au scrutin, qui se tiendra par téléphone du 16 au
18 octobre.
L’ADQ doit s’assumer - Éric Duhaime
L’auteur
est consultant en développement démocratique et
ex-conseiller politique de Mario Dumont de 2003 à 2008. Il
réagit à l’opinion de Sébastien Proulx publiée dans le
numéro de mardi dernier.
Mon ami et ex-leader parlementaire de l’opposition
officielle, Sébastien Proulx, y est allé un peu fort en
prétendant que l’ADQ n’est pas un parti de droite, comme
s’il s’agissait d’une maladie honteuse. L’actuelle course
à la direction du parti permet certes un important débat
d’idées, mais elle ne peut servir de prétexte pour faire
dériver le bateau adéquiste vers de dangereux récifs
d’incohérence.
Déjà qu’il a fallu près d’une décennie à notre parti pour
définir notre positionnement constitutionnel. Pendant 10
ans, les adéquistes se faisaient demander s’ils étaient
souverainistes ou fédéralistes. Question à laquelle on ne
pouvait que répondre ni l’un, ni l’autre. Maintenant, nous
sommes autonomistes et avons clairement défini ce que ça
implique en termes de pouvoir et de rapport de force. Cela
nous a permis d’ouvrir d’autres débats beaucoup plus
urgents et importants pour le Québec.
On ne va quand même pas commencer aujourd’hui à répondre à
la question: « Êtes-vous de droite ou de gauche » par un
ni un, ni l’autre. Il n’y a pas de honte à être de droite
et, en tant qu’adéquiste, on a le devoir de s’accepter. Un
parti qui souhaite réduire la taille de l’État, mettre fin
au monopole public du système de santé, réduire la dette,
valoriser les libertés individuelles, donner plus de
liberté de choix aux familles, s’attaquer plus
vigoureusement aux criminels et remettre les assistés
sociaux au travail est par définition un parti de droite.
On peut
utiliser un slogan de droite humaniste ou de droite de
compassion, mais on ne peut remettre en cause la raison
d’être de notre parti. Des partis politiques qui ne sont
ni de droite, ni de gauche et qui sont uniquement
focalisés sur la question constitutionnelle, on en a déjà
deux vieux au Québec.
La pertinence de l’ADQ, c’est justement qu’il y a un Éric
Caire pour affirmer vouloir s’inspirer du film L’illusion
tranquille. Un Gilles Taillon pour se présenter comme le
candidat de l’économie qui veut relancer « notre parti sur
la base de nos valeurs de centre-droit ». Un Christian
Lévesque obsédé par un « État plus efficace et moins
coûteux ». Un Gérard Deltell pour dire à la CSN que des
hausses salariales de 11,5%, dans le contexte actuel,
n’ont pas de bon sens. Une Sylvie Roy pour défendre
quotidiennement les victimes d’actes criminels à
l’Assemblée nationale. UneMarie Grégoire pour parler de
l’importance de l’équité entre les générations. Et même un
Jean-François Plante pour dire merde à la rectitude
politique.
Le combat de l’ADQ depuis plus de 15 ans consiste à
dépolariser le Québec sur l’axe constitutionnel
souverainiste-fédéraliste pour ramener le débat vers un
axe gauche-droite, comme dans pratiquement toutes les
autres démocraties du monde.
N’en déplaise à mon ami Sébastien, il ne s’agit pas ici
d’une question de dogme, mais simplement de cohérence. À
nous tous adéquistes d’assumer que nos idées sont de
droite et de redonner à cette droite québécoise les titres
de noblesse qu’elle mérite.
L’ADQn’est pas de droite - Sébastien
Proulx
Si le
parti se radicalise, il ne gouvernera jamais
L’ADQ est un parti à l’image de la société québécoise dans
sa grande capacité d’intégration.
DL’auteur est avocat chez Heenan Blaikie. Il a été leader
parlementaire de l’ADQ de 2006 à 2008. epuis les élections
du 8 décembre dernier, et encore davantage depuis qu’on a
abondamment discuté de la course à la direction de l’ADQ,
il est question de la droite et de la gauche, de ce que
devrait être ou ne pas être l’Action démocratique du
Québec.
Si l’ADQ a perdu son statut et la
place qu’elle avait difficilement gagnée en 2007, c’est
qu’elle a manqué de crédibilité et de cohérence. Sur
notre photo, Jean-François Plante avec l’ex-chef de
l’ADQ, Mario Dumont.
D’entrée de jeu, je dois vous faire cette confidence qui
m’attirera certainement les foudres d’une tranche
d’adéquistes qui se voit grosse comme un boeuf, mais qui
ressemble davantage à la grenouille: je ne suis pas à
droite, au sens où le souhaiteraient les dogmatiques, les
idéologues et les Jean-François Plante de ce monde.
Lorsque l’ADQ a été fondé ( je n’y étais pas), elle l’a
été sur la base de valeurs qui nous sont chères. Valeurs
qui, à l’époque comme aujourd’hui, ne sont pas la réalité
quotidienne des deux formations politiques dites
traditionnelles, comme la liberté de choisir ce qui est
bon pour soi et le devoir incontestable de cesser
d’hypothéquer nos enfants pour les caprices d’aujourd’hui,
notamment.
Comme le dit si bien l’ex-députée Marie Grégoire, redonner
à l’État du Québec sa capacité d’être généreux, c’est
justement cette recherche de créer plus de richesses dans
cette société qui s’appauvrit, dans le but évident de
mieux préparer l’avenir et surtout, d’en faire bénéficier
nos concitoyens, comme nous le ferions pour nos familles
respectives.
Depuis quelques semaines, revient constamment ce besoin
pour certains de réaf f i rmer qu’ils militent à l’ADQ
parce de la droite. Sinon j’en descends aussitôt.
L’ADQ est un parti à l’image de la société québécoise dans
sa que c ’est le véhicule de la droite au Québec. Je
m’inscris en faux contre cette pratique. L’ADQ ce n’est
pas le véhicule grande capacité d’intégration. On y
retrouve des gens de droite et des gens qui ont des
affinités avec la gauche, on y retrouve des militants qui
proviennent des familles souverainistes et fédéralistes,
parce que nous acceptons la différence et sommes capables
de travailler dans un but commun: servir le Québec et son
bien le plus précieux, vous.
Certains
prétendent que l’ADQ s’est perdu parce qu’elle ne répond
plus aux aspirations de la droite québécoise
(existe-t-elle cette droite en dehors de quelques esprits
qui s’agitent?). C’est à mon avis faire le mauvais
constat.
Si l’ADQ a perdu son statut et la place qu’elle avait
difficilement gagnée en 2007, c’est qu’elle a manqué de
crédibilité et de cohérence. Nous aurions promis la lune
qu’on ne nous aurait pas crus. C’est cruel, vous me direz,
mais c’est ainsi.
Si l’ADQ veut retrouver le poids politique qu’elle a perdu
et ensuite prétendre offrir aux Québécois d’assumer leur
destinée, notre formation devra être bien davantage qu’une
agence de diffusion des idées de la droite. Elle devra
démontrer son véritable profil, celui d’une troisième
voie. Celle où un gouvernement sera capable de concilier
développement économique et humanisme, celle où un premier
ministre sera capable de convaincre qu’il a suffisamment
d’amour pour le Québec et sa jeunesse pour combattre corps
et âme ceux qui veulent endetter la prochaine génération
pour payer l’épicerie.
Pour être cette troisième voie, l’ADQ ne doit pas se
vampiriser, pire, se radicaliser. Sinon, elle ne
gouvernera jamais.
Si les membres et le prochain chef choisissent de
promouvoir et de se définir par l’idéologie de la droite
au détriment des raisons et des valeurs qui ont amené les
fondateurs à se réunir et à rêver d’un projet de société
qui n’est taxé d’aucune étiquette de droite ou de gauche,
la route sera longue et ardue.
Si c’est la voie retenue, plusieurs se poseront les
questions suivantes: y a-t-il de la place pour moi ?
Est-ce que c’est le Québec que je souhaite voir se
développer sous mes yeux ? Estce un projet de société
inclusif pour tous les Québécois ?
Déçus, ils quitteront vers d’autres lieux politiques. Et
c’est ailleurs que j’irai travailler à construire un
Québec meilleur pour mes enfants.
Un candidat accueilli froidement - Martin
Ouellet
Direction
de l’ADQ
L’entrée en scène de l’animateur controversé Jean-François
Plante dans la campagne à la direction de l’Action
démocratique (ADQ) suscite un malaise parmi les députés.
Émule du morning-man déchu Jeff Fillion, inspiré par le
courant américain le plus conservateur, M. Plante n’est
pas le bienvenu à l’ADQ, a prévenu hier François
Bonnardel.
Organisateur du candidat à la direction Gilles Taillon, le
député de Shefford reproche à M. Plante de véhiculer des
stéréotypes misogynes dans ses interventions à la radio
internet.
Le député
accuse notamment l’animateur d’avoir banalisé la tuerie de
la Polytechnique et de s’opposer à l’équité salariale de
même qu’à la parité hommes-femmes dans les conseils
d’administration.
« Il y a des gens qui ont signé sa mise en candidature
alors il faut croire qu’il y a des gens qui croient en ce
genre de discours. Moi, je n’endosse pas ça et je ne pense
pas que notre formation politique peut endosser ce type de
propos », a dit le député Bonnardel.
Les orientations hors normes de M. Plante étant source
d’embarras pour l’ADQ, l’ex-chef Mario Dumont l’avait
forcé à abandonner sa candidature dans la circonscription
de Deux-Montagnes pendant la campagne électorale de 2007.
Une candidature accueillie froidement à l’ADQ
Jean-François
Plante
se lance dans la course à la direction
« La Révolution tranquille, ça s’arrête ici », a claironné
Jean-François Plante hier. Le modèle québécois hérité des
années 60, estime-t-il, est « un exemple de lourdeur ».
Pour renouer avec le succès, l’Action démocratique du
Québec doit revenir à droite et rompre avec le modèle
québécois. C’est en tout cas ce que propose, en quelques
formules lapidaires, l’animateur de radio Jean-François
Plante, qui est officiellement devenu hier le quatrième
candidat à la succession de Mario Dumont.
Le député adéquiste de Shefford,
François Bonnardel, estime que la candidature de
Jean-François Plante est une mauvaise nouvelle pour le
parti.
L’arrivée de « Jeff » Plante dans la course a cependant
été accuei l l ie froidement , voire avec hostilité, par
le caucus de l’ADQ. « Je ne trouve pas ça bien. Pour moi,
c’est une mauvaise nouvelle », a déclaré le député de
Shefford, François Bonnardel, coprésident de la campagne
du candidat Gilles Taillon. Pour le député des
Chutes-de-la-Chaudière, Marc Picard, cette annonce est «
une t rès mauva i se chose pour la démocratie » et «
ternit la course » à la direction.
Sur le thème sans équivoque de « L’Action adroite », M.
Plante s’est présenté hier comme le « candidat qui
s’inscrit en rupture de la continuité ». « La Révolution
tranquille, ça s’arrête ici », a-t-il claironné. Le modèle
québécois hérité des années 60, estime-t-il, est « un
exemple de lourdeur ».
Demandes incessantes
Animateur d’une émission de radio internet, XTRM, « où il
est permis de discuter de TOUS les sujets », Jeff Plante a
plusieurs fois répété au cours des dernières semaines que
le poste de chef de l’ADQ ne l’intéressait pas. « Je ne
pense pas que j’ai un charisme incroyable », avait-il
expliqué. Ironiquement, encore hier, sa page d’accueil sur
le site de Radio XTRM affichait en titre: « Moi, chef?
Vous voulez rire? »
Il a affirmé hier avoir cédé aux demandes incessantes d’un
groupe de partisans adéquistes qui souhaitaient « un
candidat de la rupture ». « Un groupe de militants, dont
je fais partie, a cherché un candidat pour représenter nos
valeurs. On n’en a pas trouvé, a-til avoué candidement.
J’ai dit non une première fois. À force de me picosser,
ils ont fini par m’avoir. » Présent sur Facebook, son
groupe d’appui avait attiré 73 personnes en fin de journée
hier, dont le président de l’Institut économique de
Montréal, Michel KellyGagnon, et un membre en vue de
Fathers4Justice, Andy Srougi.
M. Plante, qui a été conseiller municipal à Rosemont de
1998 lence conjugale. Il a réitéré hier son intention de
défendre des sujets qu’il qualifie de « tabous », comme
les droits des pères.
« Il faut
cesser d’ostraciser les hommes au Québec : en cas de
séparation, il faut que la loi préà 2005, avait dû retirer
sa candidature aux élections provinciales de mars 2007 en
raison de propos controversés, notamment sur l’équité
salariale et la viosume que les deux parents ont une
capacité égale. »
Outre le thème de la famille, il compte faire campagne sur
celui de la liberté, « liberté en éducation de choisir son
école ou son projet éducatif, liberté de choisir en santé
entre le privé et le public ». Son orientation, il la
qualifie de « droite modérée », une étiquette dont l’ADQ
de Mario Dumont a trop cherché à s’éloigner, estimet-il. «
Quand l’ADQ était à 40%, elle prônait le taux de taxe
unique (« flat tax ») et les bons d’études. On cherche
toujours ce fameux consensus mou au Québec, mais personne
ne peut faire l’unanimité. »
Controverse toujours vive
À l’ADQ, on se montre sceptique quant à la capacité de M.
Plante de remplir les conditions pour poser sa
candidature. D’ici le 18 août, il doit en effet obtenir la
signature de 1000 membres, dont au moins 60 dans chacune
des 12 régions du Québec. « Ce n’est quand même pas
évident. On a mis cette norme pour s’assurer que les
candidatures soient solides. On va voir si les militants
veulent de lui », a déclaré Gérard Deltell, député de
Chauveau.
Plusieurs ont encore en travers de la gorge les propos
controversés de Jean-François Plante, qu’on avait
ressortis en mars 2007 et où il décrivait notamment les
programmes de discrimination positive envers les femmes
comme « une forme d’apartheid où on bloque les hommes ».
Il s’était également vanté d’avoir refusé de porter le
ruban blanc le 6 décembre, pour souligner la tuerie de
Polytechnique.
« M. Plante ne représente pas un courant d’idées au Québec
par son questionnement sur le rôle des femmes dans la
société, affirme le député Marc Picard. Pour moi, c’est
revenir en arrière. Je ne pense pas que 1000 membres vont
l’appuyer. C’est une démarche qu’il fait pour luimême.
C’est un animateur de radio qui veut augmenter ses cotes
d’écoute. Il n’a aucune chance de se faire élire. »
Le député de Beauce-Nord, Janvier Grondin, précise
laconiquement que Jeff Plante n’est pas « son » candidat.
« Ses propos ne m’attirent pas du tout. Je ne les endosse
pas et j’imagine que beaucoup de membres aussi ne les
endossent pas. »
La troisième voie en péril - DENIS
LESSARD
Personne
ne l’a remarqué : le parti a changé de nom. Depuis mars,
l’Action démocratique du Québec n’est plus désignée
officiellement comme « Équipe Mario Dumont ». La cassure
est lourde de conséquences.
Le caucus adéquiste, dégonflé à la
suite des dernières élections: Éric Caire, Marc Picard,
Gérard Deltell, Janvier Grondin et Mario Dumont (qui a
quitté la vie politique). Les élus François Bonnardel et
Sylvie Roy ne figurent pas sur la photo.
Après le scrutin de décembre 2008, reste-t-il une place
pour la fameuse « troisième voie » que proposait le député
de Rivière-du-Loup?
« Il reste de l’espace pour un parti de centre droit au
Québec, a dit cette semaine Mario Dumont. Personne ne peut
prédire ce qui va arriver dans trois ou quatre ans... Les
analystes ont vu quelquefois l’ADQ disparaître, et ils
l’ont vu quelquefois au pouvoir. C’est risqué de prédire
quatre ans d’avance. »
Michel Kelly-Gagnon, président de l’Institut économique de
Montréal, a songé brièvement à se lancer en politique.
Selon lui, depuis la crise économique, l’avenir est bien
sombre pour les porte-étendards de la droite. « L’ADQ a
une chance sur deux de survivre; je ne suis pas sûr que
ses membres vont passer au travers. Mais le processus
politique aura perdu quelque chose si elle disparaît. Cela
va redevenir comme avant », prédit-il.
Christian Dufour, chercheur à l’ENAP, a été bien proche du
courant adéquiste pendant un moment. L’avenir du parti
n’est pas rose, selon lui : « L’ADQ représentait le
changement, et le personnage de Dumont, inscrit dans
l’histoire du Québec, lui donnait de l’ampleur.
Maintenant, on garde l’image de quelque chose d’un peu
rural, presque créditiste. Est-ce qu’il y a un marché
politique pour cela? »
À son avis, l’ADQrisque d’avoir été « quelque chose de
transitoire mais fécond, qui a changé les deux autres
partis ». Même chez les adéquistes de la première heure,
on s’interroge. « Y a-t-il de la place pour plus de deux
partis politiques au Québec? Je n’en suis plus certain »,
observe JeanSimon Venne, un des fondateurs du parti.
Longtemps éminence grise de Mario Dumont, l’ancien
banquier Léon Courville est pourtant convaincu que l’ADQ
survivra. « Il y a une génération de moins de 35 ans
découragés de l’immobilisme, des non-dits, des tabous de
nos politiques sociales qui nous mènent vers l’implosion
des finances publiques. »
Succession incertaine
« Quand un chef fondateur quitte un parti, il y a toujours
un questionnement, constate Sylvie Roy, chef par intérim.
On pense que c’est la mort du parti. Mais le PQ a survécu
au départ de M. Lévesque, le Bloc à celui de M. Bouchard.
À l’ADQ, il y a une vie après Mario Dumont. »
Jusqu’à cette semaine, il n’y avait que trois candidats à
sa succession.
Le premier à se jeter à l’eau, Éric Caire, député de La
Peltrie, incarne le courant qui domine l’ADQ depuis des
années – la filière Québec. La rivalité entre les
adéquistes de la région de la Capitale-Nationale et ceux
du reste de la province est une donnée fondamentale pour
comprendre l’ancien parti de Mario Dumont.
ÀQuébec, l’ADQrécolte encore 20% des intentions de vote,
selon le dernier sondage CROP – deux fois plus que partout
ailleurs dans la province. Des militants de Québec se
demandent encore pourquoi la permanence du parti est à
Montréal. On casse toujours
PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE du sucre sur
le dos de la direction « montréalaise » du parti,
Simon-Pierre Diamond et Mario Carpentier.
Mais le manque de détermination de l’organisation de M.
Caire a donné prise à un autre courant : Myriam
Taschereau, candidate conservatrice battue à l’automne
2008, évalue actuellement ses appuis.
Pendant des semaines, un autre candidat, François
Bonnardel, député de Shefford, a songé à faire le saut.
Son exploit: survivre en tant qu’adéquiste dans cette
région peinte en rouge. En revanche, il a fallu expliquer
au prétendant Bonnardel que sa relation avec la
vice-première ministre Nathalie Normandeau pourrait poser
problème à un futur chef adéquiste.
Bonnardel
a été le premier à inciter Gilles Taillon, ancien
président du Conseil du patronat, à se lancer dans la
course.
La décision était loin d’être évidente – Mario Dumont en a
été le premier surpris, assure-ton. Taillon est le seul
adéquiste qui, hormis Dumont, jouit d’une certaine
notoriété au Québec. Il avait opté pour une sortie
élégante en se portant candidat adéquiste dans Chapleau en
décembre 2008, un ticket assuré pour la retraite.
Des ennuis de santé, les récriminations de sa femme au
sujet de la vie publique, tout l’incitait à accrocher ses
patins et à se rapprocher de la jeune famille de sa fille,
en Outaouais.
Con t r a i r ement à Ca i r e , Taillon a déclenché un
mouvement d’appuis lorsqu’il a annoncé sa décision.
Quelques ex-élus – Pierre Gingras (ancien président du
caucus), Linda Lapointe, Luci l le Méthé et Lucie Leblanc
– ont vite sauté dans le train de Gilles Taillon, tout
comme Claudette Carrier, ex-directrice du parti.
M. Taillon a mis du temps à obtenir un appui à Québec. «
C’est certain qu’une course fait des camps », indique
Sylvie Roy. « La gang de Québec ne veut rien savoir de
Taillon. . . mais sa victoire paraît acquise »,
confie-t-on.
Au-delà de cette première fournée, l’appui des anciens
députés à Gilles Taillon ne sera pas spontané. Affable en
public, le critique financier de l’ADQ a acquis la
réputation d’être très cassant avec les collègues qui ne
sont pas de son avis. Il a déjà enguirlandé des collègues
qui n’avaient pas été assez solidaires quand il avait
éprouvé des problèmes avec son association dans Chauveau.
Il a causé une onde de choc sentie jusqu’à Ottawa quand,
d’entrée de jeu, il a annoncé qu’il prendrait ses
distances du Parti conservateur. Plusieurs employés de
l’ADQ, congédiés après la dégelée de décembre, ont été
récupérés dans les cabinets conservateurs, chez Josée
Verner notamment . Myriam Taschereau a dû démissionner de
son poste au bureau de Stephen Harper pour envisager la
course adéquiste.
Christian Lévesque, député défait dans Lévis, va aussi se
lancer dans la course, mais il tergiverse encore. Des
trois candidats, il est celui qui a le plus sollicité
d’appuis, rencontré d’anciens collègues, enrôlé de
nouveaux membres. Le premier geste du néophyte a laissé
songeur : il a recruté le vétéran péquiste Raymond Bréa rd
à titre de conseiller, un apparatchik expérimenté mais
associé au dérapage du lobbyisme sous Bernard Landry.
Le candidat « naturel » pour succéder à Ma rio Dumont ne
sera pas sur les rangs. Depuis des années, l’avocat
Marc-André Gravel est un conseiller écouté, bien connu des
militants, dont il préside les congrès. Mais à chaque
élection, il a laissé tomber l’organisateur JeanSimon
Venne, qui tentait de le convaincre de se porter candidat.
À la barre d’un cabinet devenu important, il ne laissera
pas la proie pour l’ombre.
Un autre cas pourrait brouiller les cartes : Gérard
Deltell, exjournaliste, élu dans Chauveau, est un
politicien naturel. Son éloquence, son sens de la
répartie, son souci de l’image ont fait en sorte que, en
quelques semaines, il est sorti du rang. Janvier Grondin,
son collègue de Beauce, fait sa promotion, mais le nouveau
député répète publiquement qu’il va passer son tour.
Un parti en décrépitude
Depuis la déconfiture prévisible du 8 décembre, le parti
est en décrépitude. Déjà en 2008, le million de dollars
amassé représentait la moitié des recettes de 2007. Les
contributions étaient versées normalement jusqu’au
fatidique congrès de Laval, au printemps 2008 – quelques
reportages assassins avaient mis en relief que des
militants étaient mal à l’aise devant la décision du parti
de donner 50 000$ de plus par année au chef Mario Dumont.
Ajoutez des contradictions sur le processus menant à cette
décision, la table était mise : l’ADQ paraissait sans
gouvernail. Personne n’a parlé du programme du parti
durant ce week-end noir.
L’ADQ subira son véritable test l’automne prochain : les
membres auront alors à décider s’ils renouvellent leur
adhésion au parti. L’ADQ a déjà eu plus de 80 000 membres,
en 2003. Il en restera peut-être 15 000 après 2009. Il
paraît acquis que le congrès à la direction aura lieu
l’automne prochain. L’année en cours sera déterminante
pour l’ADQ, « une question de vie ou de mort » pour le
parti, convient Gilles Taillon.
Chez les adéquistes, certains croient que si Gilles
Taillon devenait chef, il se désisterait rapidement pour
que Mario Dumont revienne.
De la « pure folie » , lance Dumont, nouveau résidant de
Saint-Bruno. En fait, depuis son départ en mars, «
j’aurais adoré me retrouver à l’Assemblée nationale à une
seule occasion. J’aurais aimé sentir l’excitation des
députés en Chambre le jour où la relation
NormandeauBonnardel a été rendue publique », confie-t-il,
cabotin.
Le chef de l’ADQ sera élu le 18 octobre
Avancer le
scrutin fragilisera le parti, craint son état-major
— Les militants adéquistes ont devancé au 18 octobre
l’élection de leur prochain chef même si des membres de
l’état-major les ont prévenus que le parti n’a pas les
moyens de précipiter sa campagne à la direction.
Lors d’un débat en plénière au conseil général de l’ADQ,
hier, l’ex-leader parlementaire Sébastien Proulx a lancé
un sévère avertissement aux 400 militants qui devaient
entériner les règles de l’élection proposées par le
conseil de direction: « Notre parti n’a pas le membership
nécessaire, n’a pas l’argent nécessaire, n’attire pas
suffisamment de nouvelles personnes pour faire une course
nationale », a-t-il dit en substance. Il faisait partie du
comité qui avait recommandé au conseil de direction de
tenir l’élection du chef en février 2010. Le conseil avait
accepté cette proposition en mars dernier.
M. Proulx croit que l’ADQ doit offrir à son prochain chef
un parti « équipé pour aller à la guerre » après son
élection, ce qui sera difficile, selon lui, si le scrutin
est devancé. Comme une bonne partie de la campagne aurait
lieu en plein été, les candidats auront du mal à se faire
connaître et à séduire l’électorat, a-t-il dit.
Janvier Grondin, député de BeauceNord, a souligné pour sa
part que le conseil de direction, dont il fait partie, a
mûrement réfléchi sa décision. Les élections municipales,
début novembre, risquent de porter ombrage à la campagne
adéquiste si elle est devancée, a-t-il ajouté.
Patrick Robitaille, organisateur et ancien directeur
général de l’ADQ, a dit craindre qu’« on n’ait pas le
temps de faire le tour du Québec, d’aller rencontrer les
gens, de faire une campagne convenablement ». Marc-André
Gravel, membre du comité qui a recommandé l’élection en
février 2010, a prévenu les militants qu’ils ne devaient
pas voter « en fonction des intérêts des candidats » –
tous en faveur d’un scrutin automnal – « mais en fonction
de l’intérêt unique du parti ».
Le chef fondateur de l’ADQ, Jean Allaire, a toutefois
servi des arguments qui ont convaincu les militants
d’opter pour une élection le 18 octobre: « Lorsqu’il n’y a
pas de chef permanent, il y a un flottement, une attente
dans la population et dans le parti. Je trouve que ce
serait mauvais pour le parti, et pour le Québec également,
d’avoir un chef qui est nommé seulement en février. »
Après le
vote en faveur d’un scrutin le 18 octobre, Sébastien
Proulx a indiqué que les militants devraient « travailler
plus fort » pour faire de la campagne une réussite. «
Est-ce que ça donnera les résultats? On verra. (La
décision des militants) rend l’exercice beaucoup plus
difficile. »
En conférence de presse, le président de l’ADQ, Mario
Charpentier, a cherché à se faire rassurant sur la
capacité du parti de mener à bien la campagne à la
direction, bien qu’il ne compte plus que 12 000 membres,
a-t-il toutefois reconnu.
Selon les nouvelles règles, les personnes intéressées à
briguer la succession de Mario Dumont ont jusqu’au 18 août
pour déposer un bulletin de candidature. Le scrutin aura
lieu par téléphone du 16 au 18 octobre.
Hier, les trois candidats en lice jusqu’à maintenant –
Gilles Taillon, Éric Caire et Christian Lévesque – ont
fait leur premier discours officiel devant les militants.
Gérard Deltell, député de Chauveau et exreporter de TQS,
annoncera cette semaine s’il se porte candidat. Le nouveau
sénateur conservateur Leo Housakos, spécialiste du
financement à l’ADQ, l’a assuré de son soutien. Questionné
par les journalistes à ce sujet, M. Deltell a répondu: «
Je ne ferai pas état de mes conversations privées. »
Gilles Taillon soupçonne les conservateurs d’Ottawa de
vouloir « prendre le contrôle » de la course à la
direction. « Je suis inquiet. On entend des bruits à ce
sujet. On espère bien que nos amis les conservateurs vont
comprendre que l’ADQ est un parti autonomiste et veut
travailler dans le respect de ses idées », a affirmé
l’ancien numéro 2 de l’ADQ.
Comme plusieurs militants, M. Taillon estime que le parti
joue son avenir avec cette campagne à la direction. «
C’est une question de vie ou de mort pour l’ADQ. »
Gilles Taillon prend ses distances des
conservateurs
Troisième
candidat à la direction de l’ADQ
« Je pense qu’il faut garder une totale objectivité par rapport
aux partis fédéraux quand on veut entreprendre une négociation
sur un nouveau pacte confédéral. »
— Sitôt entré dans la course à la direction de l’ADQ, Gilles
Taillon prend ses distances des conservateurs de Stephen Harper,
ce qui marque une rupture avec la position de l’ancien chef
Mario Dumont.
Gilles
Taillon se dit prêt à revoir l’idée d’éliminer les commissions
scolaires. « Si on gardait les commissions scolaires en
structure de service, qui dépendent des écoles et non
l’inverse, moi je suis ouvert »
Le candidat remet également en question une position
traditionnelle du parti, l’abolition des commissions scolaires.
Comme de plus en plus d’adéquistes, il est favorable à ce que
l’élection du chef, prévue en février 2010, soit devancée à
l’automne.
Même s’il se dit le « candidat de la continuité », Gilles
Taillon a indiqué qu’il ne se collera pas sur les conservateurs
comme l’a fait Mario Dumont. « Je pense qu’il faut garder une
totale objectivité par rapport aux partis fédéraux quand on veut
entreprendre une négociation sur un nouveau pacte confédéral »,
qui vise à donner plus d’autonomie au Québec, a-til affirmé
hier, lors d’une conférence de presse où il a confirmé sa
candidature après une courte retraite de la vie politique
active.
« On ne sait pas avec qui il faudra faire les négociations dans
quelques années. Je veux me placer dans une position de
négociation, de rapport de force. Je pense qu’on va garder notre
réserve làdessus. Nos candidats sont libres, peuvent se
prononcer. Mais moi, je n’embarquerai pas dans un alignement
politique vis-à-vis d’un parti fédéral. »
M. Taillon entend « garder beaucoup de réserve » aux prochaines
élections fédérales. Interrogé pour savoir si sa position
marquait une rupture avec celle de l’ancien chef, il a répondu
que « M. Dumont a pris des positions au fil des ans comme chef
et il n’est plus chef ». Mario Dumont n’a jamais caché son
penchant pour les conservateurs. Il a fait des sorties publiques
en faveur de Stephen Harper lors des deux dernières élections
fédérales.
De son côté, le
député de La Peltrie, Éric Caire, également candidat dans la
course, n’hésiterait pas à appuyer un autre parti s’il répond
mieux aux intérêts du Québec. L’autre candidat dans la course
est l’ex-député de Lévis, Christian Lévesque.
Gilles Taillon se dit prêt à revoir l’idée d’éliminer les
commissions scolaires. « Si on gardait les commissions scolaires
en structure de service, qui dépendent des écoles et non
l’inverse, moi je suis ouvert », a-t-il dit. L’ancien
vice-président de la Fédération des commissions scolaires (de
1996 à 1998) reprend ainsi la proposition récente d’un groupe de
« sages » du monde de l’éducation.
Pour le reste, l’homme de 63 ans compte maintenir les «
orientations fondamentales » du parti. L’ex-député de Chauveau,
à Québec, évoque une possible « actualisation » des engagements,
mais au fond, il ne présentera « rien de différent ». « On n’a
pas été battus sur notre programme. Les gens ne sont pas allés
voter » et les libéraux ont « fait énormément de fausse
représentation ». L’ancien président du Conseil du patronat, de
1998 à 2006, a placé l’économie au coeur de sa campagne, vantant
sa « crédibilité » et son « expérience ».
Plusieurs adéquistes – dont la commission jeunesse – veulent
devancer l’élection du chef à l’automne, une idée qui plaît à
Gilles Taillon. « Une course courte, ça donne un chef plus
rapidement, ça permet de faire les choses plus vite, on gagne
trois, quatre mois. Pourquoi pas ? » at-il lancé.
Le comité exécutif – dont fait partie M. Taillon – a opté pour
la tenue d’un congrès en février 2010. Les avis étaient partagés
sur la question. Un débat sur les règles de la course aura lieu
au conseil général, les 30 et 31 mai. À sa première rencontre
officielle, dimanche dernier, les membres du nouveau comité des
anciens parlementaires de l’ADQ se sont prononcés pour la
plupart en faveur d’un scrutin à l’automne. Le camp d’Éric Caire
milite aussi pour devancer le congrès.
Gilles Taillon n’entend pas se présenter aux élections
partielles dans Rivière-du-Loup et Marguerite-Bourgeoys. I l ne
demandera pas à l’un des députés adéquistes de lui céder son
siège s’il est élu chef. M. Taillon veut briguer les suffrages
en Outaouais, bastion libéral, comme aux dernières élections.
L’occasion ne pourrait se présenter qu’aux prochaines élections
générales. « Ce n’est pas un drame que le chef de l’ADQ ne soit
pas à l’Assemblée nationale pendant un certain temps. C’est
peut-être même un bienfait pour faire du financement et de
l’organisation », a-t-il dit.
Quel nouveau chef pour l'ADQ ?...
Gilles Taillon : L’impatient - Agnès Gruda
Le directeur
d’une commission scolaire arrive à la dernière minute à une
conférence de presse délicate. Sa responsable des
communications trottine derrière lui pendant qu’il monte vers
la salle où il va rencontrer les médias. Elle lui assène à
toute vapeur des statistiques compliquées. Le temps d’arriver
en haut de l’escalier, il a parfaitement assimilé toutes les
données. Comme s’il les avait toujours connues.
Cette scène s’est déroulée il y a plus de 15 ans à la
Commission scolaire de Sherbrooke. Marielle Levac s’en
souvient encore comme si c’était hier. La responsable des
communications, c’était elle. Et elle se souvient de son
patron de l’époque, Gilles Taillon, comme d’un homme doté d’un
redoutable esprit de synthèse, vif et intelligent.
« Vous pédalez comme un petit canard, vous lui donnez
l’information et il intègre ça comme s’il avait fait toute la
recherche luimême », dit-elle.
Mais dans la vie, il n’y a pas que ceux qui pédalent vite. Les
petits canards boiteux, eux, peuvent en arracher avec Gilles
Taillon, qui a peu de patience pour « les timorés et les
insécures », selon son ancienne collaboratrice.
Partout où il a passé, Gilles Taillon a laissé derrière lui
cette double image. Côté cour, un gestionnaire direct,
déterminé et efficace. Côté jardin, un homme qui fonce sans
trop s’en faire pour ceux qu’il égratigne au passage. « Si
vous cherchez un humaniste, ce n’est pas lui », dit Mme Levac.
« Il sait traiter les chiffres, ses analyses sont
chirurgicales, mais il n’est pas du genre à partager le
pouvoir », note un autre ancien collaborateur.
Le principal intéressé, lui, admet avoir « des impatiences »
et préférer les employés qui « performent ». « Je suis un bon
boss, mais je suis un boss! » dit-il. Avant d’ajouter : « Je
ne suis pas un monstre! »
L’enfance
Le parcours
Gilles Taillon
est né en 1945, dans une famille ouvrière de Saint-Jérôme. Son
père souffrait de sclérose en plaques. Enfant, il l’a souvent
vu emporté par une ambulance. Il en a gardé une peur bleue des
hôpitaux. Mais aussi un sens aigu des responsabilités.
Son père meurt quand il a 11 ans. « Tu vas te faire instruire
», lui martèle sa mère. Alors, il s’instruit. Des études en
histoire qui le mènent vers l’enseignement. Puis vers des
postes de gestionnaire où il découvre son amour des chiffres.
Il travaille encore à Sherbrooke quand la tragédie le frappe
de nouveau: sa femme meurt dans un accident de voiture, le
laissant seul avec un bambin. En entrevue, il passe vite sur
sa vie privée, souligne qu’il s’est remarié peu de temps après
et a élevé avec sa nouvelle femme une « famille reconstituée »
de trois enfants.
Le monde scolaire a servi de tremplin à la vie publique de
Gilles Taillon. Après son passage à Sherbrooke, où il a
présidé à une décentralisation qui a servi de modèle ailleurs
au Québec, il est entré à la Fédération des commissions
scolaires.
Pas étonnant que son adhésion à l’ADQ, un parti qui prône
l’abolition des commissions scolaires, ait causé un choc
puissant parmi ses anciens collègues. À la Fédération,
personne ne veut parler de l’ancien directeur, qui a payé sa
prise de position par une rupture: celle des liens d’amitié
qui l’unissaient à l’actuel président de l’organisme, André
Caron.
« On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs », commente
Gilles Taillon.
Passé au Conseil du patronat, qu’il dirigera pendant huit ans,
il a « adouci les angles » de cet organisme perçu comme
intransigeant, estime sa collaboratrice de l’époque, Diane
Bellemare.
C’est cette ancienne candidate de l’ADQ qui lui fera
rencontrer Mario Dumont. La magie opère et Gilles Taillon se
lance en politique en 2006. Élu dans Chauveau, à Québec, il
découvre les hauts et les bas de la vie politique. Sa pire
épreuve l’oppose au comité de direction de sa circonscription.
Des collaborateurs l’enregistrent à son insu alors qu’il
évoque la possibilité d’embaucher sa femme comme attachée de
presse.
Souffrant de troubles cardiaques , cel le-ci préfère se
rapprocher de la famille, dans l’Outaouais. Et c’est là que
Gilles Taillon se présente aux plus récentes élections. Il n’a
aucune chance de l’emporter. Pourtant, il compte remettre ça
la prochaine fois. « Si l’ADQ n’est pas capable de gagner
l’Outaouais, aussi bien faire une croix sur le Québec »,
lance-t-il avec défi.
Christian Lévesque : Le lucide - Judith LaChapelle
Avant de
devenir le critique officiel du Conseil du Trésor, Christian
Lévesque a été président d’une chambre de commerce, candidat
aux élections municipales, vendeur de portes et fenêtres...
et spécialiste de la mode masculine. Ah! bon? « Euh, c’est
un peu gênant de le dire, mais j’avais été remarqué par des
agences de mannequins... »
Pas d’hier, donc, qu’il est sur le devant de la scène. Avant
d’être politicien, Christian Lévesque est un homme
d’affaires qui a commencé, justement, avec des boutiques de
vêtements de luxe. Jusqu’à ce que Simons et les Ailes de la
mode, dit-il, bouffent les petits commerces comme les siens.
À 28 ans, il doit déclarer faillite, ce que des militants
adéquistes n’ont pas manqué, ces derniers temps, de ramener
sur le tapis.
Il ne s’en cache pas. « J’ai perdu de la naïveté. Je pensais
que, en faisant les choses de la bonne façon, j’allais
automatiquement réussir. Mais je me suis aperçu qu’il faut
aussi tenir compte du contexte social. »
Quelques années plus tard, en 2001, il prend la tête de
l’entreprise familiale, Vitrerie Lévis. Il est président de
la chambre de commerce de Lévis lorsqu’il rencontre Mario
Dumont. Christian Lévesque vient d’emménager à
L’Ancienne-Lorette, une ban-
lieue de Québec dont les citoyens viennent de demander la
défusion. Christian Lévesque est contre. Dumont lui présente
celui qui deviendra son premier organisateur politique: Éric
Caire.
M. Lévesque se lance donc dans la campagne municipale de
2005. Face à lui, Émile Loranger, maire de L’AncienneLorette
pendant 18 ans. Au fil d’arrivée, 300 voix font pencher la
balance en faveur de Loranger. Une performance « assez
impressionnante » pour quelqu’un qui était inconnu dans la
ville, se souvient Daniel Dupuis, conseiller municipal qui a
fait campagne aux côtés de Christian Lévesque.
Daniel Dupuis, un intime d’Éric Caire, décrit aujourd’hui
son ancien chef comme un « meneur charismatique ». Le maire
Loranger, qui attribue le score serré au fait que 40% des
Lorettiens, en 2005, n’avaient jamais connu l’ancienne
ville, parle de son ancien adversaire comme d’une « personne
posée, pas agressive, honnête ».
Des
convictions à défendre
De cette première incursion en politique, Christian Lévesque
dit avoir retenu une leçon: « On fait de la politique parce
qu’on a des convictions à défendre. » Il devient membre de
l’ADQ en 2006 et est pressenti comme candidat aux élections
de 2007. Surfant sur la vague adéquiste, il devient député
de Lévis et critique du Conseil du Trésor.
Ses premiers mois à l’Assemblée nationale sont un choc. «
Dans une entreprise, il y a un conseil d’administration dont
les membres travaillent ensemble pour donner une direction à
l’entreprise. Au Parlement, la période de questions sert à
déstabiliser l’autre camp. C’est difficile d’avoir une
communion. »
La vague adéquiste passée, Christian Lévesque perd son siège
aux élections de décembre dernier. Son nom comme candidat à
la direction de l’ADQ commence à circuler très tôt. Mais,
avant même que sa candidature ne soit officiellement
annoncée, la nomination de l’ancien péquiste Raymond Bréard
(forcé de démissionner du PQ en 2002 après une affaire de
lobbyisme) au poste de conseiller et la publication d’une
liste d’une douzaine d’anciens députés adéquistes qu’il a
rencontrés ont choqué des militants.
Christian Lévesque a d’ailleurs accusé le clan de son ancien
partenaire et désormais rival Éric Caire de vouloir le
mettre « dans l’embarras ».
Néanmoins, il dit vouloir en finir avec la politique « des
années 70 ». Il voudrait voir les gouvernements, qu’ils
soient majoritaires ou minoritaires, élus pour un mandat de
cinq ans « pour qu’on puisse travailler ensemble à faire
avancer des projets pour le Québec ».
Il croit aussi que les chefs ne devraient pas faire plus de
deux mandats « pour toujours attirer la créativité ». Il
aimerait même voir le gouvernement choisir, parmi tous les
députés, les plus compétents pour occuper un ministère,
comme le démocrate Obama a recruté le républicain Robert
Gates pour s’occuper de la Défense. « Pourquoi pas? C’est le
talent qui bâtit le Québec, dit-il. J’ai été élevé à prendre
conscience du talent des autres. »
Éric Caire : L’ambitieux - Marjorie Beauchemin
Québec, 29
novembre 2008. En pleine campagne électorale québécoise,
Éric Caire, député de La Peltrie, prononce un bref discours
dans sa circonscription avant d’inviter le chef de l’ADQ,
Mario Dumont, à s’adresser aux militants.
Son ton est alors vif, sa présence imposante, son charisme
manifeste. Tellement qu’un collègue journaliste d’un
quotidien anglophone, peu habitué à la colline parlementaire
de Québec, me glisse à l’oreille: « Est-ce que c’est lui, le
prochain chef de l’ADQ? »
C’était un peu après la mi-campagne. L’ADQ périclitait – à
12% dans les sondages – et déjà, le départ possible du chef
était sur toutes les lèvres.
Ce n’est pas un hasard si, dès l’annonce du départ de Mario
Dumont, les micros se sont tournés vers le député de La
Peltrie. Des 40 adéquistes qui ont entouré le chef de
l’opposition officielle à l’Assemblée nationale pendant 18
mois, Caire a été de loin celui qui s’est fait le plus
rapidement remarquer.
Pendant plus d’un an, en Chambre, il a tenu tête à l’un des
ministres les plus solides du gouvernement Charest, Philippe
Couillard, même si, de son propre aveu, il ne connaissait
rien au secteur de la santé.
« Je n’ai pas peur de m’entourer de gens qui ont les
compétences dont j’ai besoin pour mener à bien les projets,
explique le principal intéressé. Je pense avoir fait la
démonstration que je suis capable de maîtriser assez
rapidement des dossiers complexes. »
Militant depuis 10 ans dans le parti de Mario Dumont, Éric
Caire représente l’adéquiste type: 43 ans, père de famille
(il attend son quatrième enfant en juin), informaticien,
politicien de terrain. Même sa conjointe, Marie-Ève Lemay,
travaillait pour l’ADQ jusqu’à la débâcle électorale de
2008.
Les leçons de 2003
Après une tentative « symbol ique » comme cand idat
indépendant à la mairie de L’Ancienne-Lorette, en 2001, il
se présente sous la bannière adéquiste dans La Peltrie, à
Québec, en 2003.
En tête des
sondages quelques mois auparavant, l’ADQ mord la poussière
au fil d’arrivée, avec seulement quatre élus, dont le chef.
Après cet échec cuisant, « il a été de ceux qui ont blâmé
l’entourage immédiat de Mario Dumont, estimant qu’il avait
été mal conseillé », révèle une source adéquiste, autrefois
proche de l’ex-chef du parti.
Profondément déçu, Caire se lance dans une tournée du Québec
pour comprendre ce qui s’est passé. Un exercice qui a été
profitable, selon lui.
« Je pense que les leçons de 2003 nous ont menés à 2007, où
on a eu une campagne bien structurée, sur les bons objectifs
», soutient le député, qui n’hésite pas à s’attribuer une
part du mérite.
Arrive le deuxième scrutin en 20 mois, qui tourne au
vinaigre pour les adéquistes. Puis, le départ soudain du
cofondateur du parti.
« Je ne l’ai pas vu venir. Ça a été tout un choc », dit Éric
Caire. Pragmatique, rationnel, il retombe rapidement sur ses
pieds. Après avoir consulté son entourage – conciliation
travailfamille oblige –, il se lance dans la course. Mais sa
campagne ne part pas du bon pied. Moins de 24 heures après
avoir présenté son attaché de presse aux journalistes, il
doit le congédier parce qu’il a diffusé un communiqué bourré
de fautes.
Pas une girouette
Richard Merlini, ancien députéadéquistedeChambly qui
copréside sa campagne, estime que la page est tournée et
décrit son candidat comme persévérant, rigoureux et
cohérent.
« On nous reprochait souvent, quand on était l’opposition
officielle, d’être des girouettes. La question ne se posera
pas avec Éric Caire », croit M. Merlini, qui partage la
tâche avec l’ancien député de Berthier, François Benjamin.
Le choix des coprésidents de sa campagne n’est pas
irréfléchi : en plus de provenir tous deux de régions hors
de Québec, Merlini représente l’aile fédéraliste du parti,
Benjamin a plutôt un passé souverainiste.
« Pour moi, c’était important. Il faut qu’on incarne ce
qu’est l’autonomie, conclut le candidat à la direction. Il
va falloir que l’autonomie devienne un terrain
d’atterrissage pour les fédéralistes nationalistes et pour
les souverainistes qui pensent que le Canada n’est quand
même pas le tiers-monde. »
Le courage
de ses convictions - ANDRÉ PRATTE
Tout éloignait
M. Dumont du PQ... sauf l’appétit du pouvoir.
Le politicien idéal aurait le courage de ses convictions. La vie
politique, la quête du pouvoir, les aléas de la conjoncture lui
imposeraient certes des virages et des compromis. Mais il y a un
seuil qu’il refuserait de franchir : celui des idées qui lui
sont les plus chères, celui de ses principes. Pour ceux-là, il
serait prêt à se battre, quitte à perdre. À quoi bon faire de la
politique si ce n’est pour défendre des idées?
C’est pourquoi il était si révoltant de voir, l’automne dernier,
des partis fédéralistes pactiser avec le Bloc québécois. Rien à
voir avec la légitimité – incontestable – des députés
bloquistes. Simplement, il était à nos yeux à la fois
inacceptable et incompréhensible que des politiciens croyant au
Canada agissent de manière à renforcer une formation vouée à la
sécession du Québec.
De la même manière, on ne peut qu’être scandalisé en apprenant
que l’Action démocratique a proposé au Parti québécois de former
une coalition afin de soutirer le pouvoir à Jean Charest avant
qu’il ne déclenche des élections, en novembre dernier. Comment
Mario Dumont a-t-il pu envisager de gouverner aux côtés d’un des
« vieux partis » qu’il n’avait cessé de dénoncer depuis la
création de l’ADQ? Pire encore, de gouverner avec un parti dont
plusieurs des positions étaient à des annéeslumière des siennes
? C’est pourtant ainsi que les choses se sont passées, comme l’a
révélé la semaine dernière le chef du bureau de La Presse à
l’Assemblée nationale, Denis Lessard.
Pour mémoire,
voici ce que M. Dumont écrivait dans son livre ( publié en 2005)
au sujet de l’offre que lui avait fait Lucien Bouchard de se
joindre à son gouvernement : « En réalité, tout m’éloignait du
PQ: le cheminement politique qui avait été le mien jusqu’alors,
mon aversion pour le dogmatisme étroit de ce parti, l’obligation
dans laquelle étaient ses chefs et ses grands ténors de faire,
périodiquement, profession de foi pour la souveraineté, sans
parler de l’obligation de s’engager, de façon récurrente,
vis-à-vis de ce que les péquistes appellent pompeusement la
social-démocratie (...). » On apprend aujourd’hui que tout
éloignait M. Dumont du Parti québécois... sauf l’appétit du
pouvoir. Il avait pourtant intitulé son livre Avoir le courage
de ses convictions.
C’est vrai, l’ADQ était confrontée à l’époque à la perspective
d’une raclée électorale. Vrai aussi, la coalition aurait reposé
sur un accord tentant de faire le pont entre les deux
programmes. Tout de même, pour un parti qui a toujours prétendu
offrir une rupture avec la politique du passé, la manoeuvre
était rien de moins que grossière.
Ne vaut-il pas mieux perdre en étant fidèle à ses idées que
prendre le pouvoir sous de fausses représentations ? C’est, en
tout cas, ce que croirait le politicien idéal.
D’abord un ménage dans les dépenses
- Gilles Taillon
L’état des
finances publiques du Québec inquiète de plus en plus les
citoyens qui réalisent, chaque jour qui passe, le gâchis de la
gestion économique des libéraux : dette en hausse
exponentielle, déficit budgétaire croissant et menace de
nouvelles taxes et tarifs de toutes sortes. Une situation
pourtant prévisible depuis quelques années et que l’ADQ avait
déjà diagnostiquée au temps où elle occupait les banquettes de
l’opposition officielle. Une situation occultée lors de la
dernière campagne électorale, stratégie électoraliste oblige.
Il aura fallu le chronomètre de l’ I nstitut économique de
Montréal sur la dette, la gestion poreuse de la Caisse de
dépôt et placement et le dernier rapport financier trimestriel
du gouvernement pour que les conséquences néfastes de la
situation commencent à se matérialiser dans le quotidien des
gens de la classe moyenne et des familles. De plus, la
tragicomédie du conseil général du Parti libéral, en fin de
semaine dernière, aura confirmé le burlesque de l’action
gouvernementale. Personne n’a été dupe de la manoeuvre des
délégués libéraux, toutes voiles dehors, pour saigner les
contribuables et d’un premier ministre déguisé en pompier
promettant de ne pas mettre le feu.
C’est
justement à cette responsabilité gouvernementale que nous en
appelons pour éviter à la classe moyenne et aux familles de
passer à la caisse. M. Charest doit avoir le courage de faire
aujourd’hui ce qu’il a refusé d’accomplir malgré ses promesses
électorales : l’assainissement des finances publiques du
Québec.
En somme, avant de songer à hausser les revenus, il faut faire
le ménage dans les dépenses. Budget libéral après budget
libéral, les dépenses gouvernementales augmentent deux fois
plus vite que le coût de la vie. Comme critique des finances
dans l’opposition officielle, j’ai toujours insisté sur
l’urgence d’agir à ce propos et j’ai dénoncé le caractère
jovialiste des prévisions de la ministre des Finances de
l’époque. Ces remarques trop techniques ne séduisaient pas
jusqu’à ce que, malheureusement, la réalité nous rattrape.
Il
n’est pas trop tard pour agir et le gouvernement serait bien
avisé d’emprunter désormais la voie du bon sens : celle de
réduire les dépenses gouvernementales avant de songer à puiser
dans la poche des familles et de la classe moyenne.
L’ADQ semble condamnée - Denis Lessard
Selon le
sondage CROP, le tiers parti ne récolterait que 7% des
suffrages
QUÉBEC — L’Action démocratique du Québec est condamnée, estime
désormais une majorité de Québécois. Avec les querelles de la
course à la direction, l’avenir du parti de Mario Dumont
paraît bien plus incertain qu’au printemps.
C’est ce qui se dégage du sondage réalisé pour La Presse par
la maison CROP, auprès de 1000 personnes. L’enquête tenue du
17 au 27 septembre derniers est précise à trois points près.
CROP a demandé aux répondants s’ils croyaient que « l’ADQ
allait survivre au départ de Mario Dumont ». Désormais, 51%
des gens pensent qu’il n’y a pas d’avenir pour le tiers parti
– ils étaient 40% à être de cet avis en mai dernier. Au
printemps, avant que la course à la succession de l’ADQ ne
dégénère entre Gilles Taillon et Éric Caire, 48% des gens
pensaient que l’ADQ était là pour rester, on ne compte plus
qu’une personne sur trois, 33%, encore de cet avis
aujourd’hui.
L’ADQ n’a jamais eu la cote à Montréal, il n’est donc pas
surprenant que 55% des répondants de la métropole croient que
l’ADQ a vécu. Plus inquiétant pour les adéquistes: dans leur
château fort de Québec, 57% des gens estiment que le tiers
parti est en sursis. Aussi, 39% de ceux qui votent pour l’ADQ
estiment que leur parti est condamné!
Charest bien en selle
Le coup de sonde montre aussi que, s’ils étaient passés aux
urnes cette semaine, la plupart des électeurs auraient répété
leur choix du 8 décembre dernier. Le PLQ aurait récolté 43%
des suffrages, contre 35% au PQ, les mêmes résultats qu’il y a
10 mois. L’ADQ aurait plongé à 7% des suffrages, moins de la
moitié des 16% récoltés aux dernières élections. Pour Québec
solidaire et le Parti vert, les scores de 6 et 8% d’intentions
de vote sont beaucoup plus élevés que les 4 et 2% des
suffrages du 8 décembre.
Depuis août,
le sondage de septembre indique que les libéraux ont descendu
d’un point, que le PQ a monté de deux, des mouvements en deçà
de la marge d’erreur de 3 points et qui, par conséquent, ne
peuvent être considérés comme significatifs.
« C’est comme s’il ne s’était rien passé depuis les dernières
élections », observe Maïalène Wilkins, analyste de CROP. Les
déboires de la Caisse de dépôt, la controverse autour des FIER
( Fonds d’intervention économique régional), le départ de
Monique Jérôme-Forget, les problèmes d’Yves Bolduc avec les
tests de dépistage du cancer duseinet, récemment, la
controverse autour de l’éthique et la démission du ministre
David Whissell: rien n’a laissé de traces, « comme si le
gouvernement était en téflon », observe-t-elle.
À la suite du départ du ministre Whissell, les deux tiers des
Québécois (66%) estiment que les règles d’éthique visant les
élus « devraient être plus contraignantes ».
Peut-être le débat autour des hausses de tarifs changera-t-il
les choses, mais il est survenu trop tard au cours de
l’enquête pour en mesurer l’impact.
Sur la satisfaction, le gouvernement est en baisse de deux
points, mais reste à un niveau bien confortable – 49% des
répondants sont contents de ce qui se passe à Québec.
Seul bémol pour le gouvernement, Jean Charest encaisse une
baisse de sa cote personnelle. Désormais, 43% des gens
estiment qu’il est le meilleur premier ministre – c’était 48%
en août. Mais, observe MmeWilkins, le résultat dumois dernier
sortait du rang: le score de septembre est dans le droit fil
du constat de juin dernier.
Durant cette période où le Moulin à paroles et le décès de
Pierre Falardeau auraient pu favoriser le nationalisme, la
souveraineté n’a pas marqué de points. À la question sur la
souveraineté, 37% des répondants auraient voté oui. Si on
revenait avec la formule de la « souveraineté partenariat »
comme au référendumde1994, le campduOui récolterait 42% des
suffrages.
De l’ADQ à l’ABQ? - ANDRÉ PRATTE
Lors du débat
des candidats à la direction de l’Action démocratique du
Québec, le député Éric Caire a soutenu que le parti se devait
de « brasser la cage », d’être « à limite un petit peu baveux
». Et M. Caire de faire une démonstration du style qu’il
souhaite imprégner à l’A DQ en éta nt lui-même plus qu’un
petit peu baveux à l’endroit d’un de ses rivaux, Christian
Lévesque.
Une « Action baveuse du Québec », est-ce vraiment ce dont la
province a besoin ? Pendant quelques années, les Québécois ont
apprécié le côté frondeur du parti de Mario Dumont, le fait
qu’il osait s’attaquer à nos vaches sacrées. Quand est venu le
temps des choses sérieuses, l’électorat a constaté que la
formation n’était pas prête à gouverner, n’était même pas
capable d’être une opposition sérieuse. C’est pourquoi l’ADQ
se retrouve à la case départ. Selon le sondage CROP-La Presse
publié ce matin, à peine 8 % des Québécois voteraient ADQ si
des élections avaient lieu ces jours-ci.
Brasser la
cage ? Les adéquistes semblent avoir du mal à secouer leur
propre cage. Les propositions mises de l’avant par les
candidats à la direction relèvent du copier-coller des anciens
programmes du parti. Dans certains cas, l’ADQ a raison
d’insister ; on pense à la diminution de la dette. Dans
d’autres, on comprend mal pourquoi les candidats s’entêtent à
promouvoir des idées dont l’ADQ n’est pas parvenue à démontrer
le bien-fondé ; c’est le cas de l’abolition des commissions
scolaires.
Le positionnement ambigu du parti au sujet de l’avenir
politique du Québec continue de poser problème. Pendant le
débat, M. Lévesque a accusé M. Caire d’être « fédéraliste ».
Est-ce censé être une insulte ? Les adéquistes devront bien un
jour admettre qu’être autonomiste sans être fédéraliste, ça
n’a pas de sens. L’autonomie des états constituants, c’est un
principe clé du fédéralisme. L’autonomie sans la fédération,
c’est l’indépendance.
Y a-t-il au Québec de la place à droite du Parti libéral ?
Sans doute. Cette place estelle grande ou petite ? Plutôt
petite si on en juge par les difficultés qu’a eues le
gouvernement Charest pendant ses premières années. Chose
certaine, toute formation qui défend des idées aussi
controversées devra faire preuve d’une très grande rigueur.
C’est là-dessus que devraient plancher les adéquistes au cours
des prochains mois, à défaut de quoi ils se condamneront à la
marginalité.
Vaut
mieux être assisté social que de travailler au salaire
minimum !...
Le salaire minimum insuffisant pour les assistés
sociaux - Un
rapport embarrassant pour Emploi-Québec EXCLUSIF
«
Certains seraient prêts à travailler au salaire minimum
si on leur laissait entrevoir des possibilités
d’avancement. »
QUÉBEC — La plupart des bénéficiaires de l’aide sociale
refuseraient un emploi au salaire minimum à cause des
avantages qu’ils perdraient, constate une vaste enquête
menée par Emploi-Québec.
Une enquête menée pour
Emploi-Québec révèle que les assistés sociaux ne
seraient pas enclins à accepter un emploi au salaire
minimum à cause des avantages qu’ils y perdent.
Le rapport de Léger Marketing, produit en février 2008,
propose le résumé des observations faites deux mois
auparavant dans des groupes types d’assistés sociaux qui
ont des problèmes à réintégrer la population active. Les
échanges avec près de 70 bénéficiaires, qui perçoivent
de l’aide directe depuis plus de deux ans, ont eu lieu à
Montréal, à Québec et en Mauricie.
Obtenu par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à
l’information gouvernementale, le rapport observe que «
la grande majorité des répondants refuseraient une telle
offre », un emploi au salaire minimum, qui sera augmenté
à 9$ l’heure à compter du 1er mai. « Pour eux le calcul
est simple: la perte des avantages financiers offerts
par l’aide sociale combinée à un revenu presque
équivalent aux prestations supplémentaires (transport,
garderie, etc.) ne permet pas d’envisager un emploi à
ces conditions. »
Dans l’ensemble, le rapport est embarrassant pour le
Ministère qui a tenté, dans un premier temps, d’en
interdire l’accès public. Appelé à commenter, le
ministre Sam Hamad a relevé que depuis cette enquête, le
salaire minimum avait été haussé à deux reprises, pour
un total de 1$ l’heure. De plus, le Pacte pour l’emploi
accorde maintenant 2400$ de plus sur un an aux
prestataires qui participent aux mesures pour améliorer
leur aptitude à l’emploi. Ceux qui réintègrent le marché
du travail après trois ans d’inactivité reçoivent aussi
2400$ de plus que leur salaire la première année. Pour
M. Hamad, ces mesures ont contribué au fait que le
nombre des prestataires a reculé de 64000 depuis cinq
ans – on compte actuellement 350 000 bénéficiaires.
Mais selon le rapport de Léger Marketing, les
prestataires d’aide sociale craignent qu’une mise à pied
éventuelle ne les place dans une situation pire que
l’aide sociale, qu’elle « ne les fasse retourner en
arrière ».
Seuls « quelques répondants » dans tous les groupes
interviewés affirment que « si l’emploi correspondait à
leurs compétences et à leurs champs d’intérêt, ils
accepteraient volontiers un emploi au salaire minimum ».
De la même manière, « certains seraient prêts à
travailler au salaire minimum si on leur laissait
entrevoir des possibilités d’avancement ».
Des bénéficiaires de l’aide sociale qui ont des «
limitations physiques » qui les empêchent de retourner
occuper le même genre d’emploi qu’ils ont perdu «
n’envisagent pas vraiment un retour dans d’autres types
d’emploi, un peu comme si le marché du travail leur
était maintenant complètement fermé ».
«
Plusieurs répondants » expriment que « sans un salaire
décent, des conditions de travail respectables
(horaire de travail convenable et sécurité au travail)
et un travail intéressant, il leur est difficile
d’imaginer un retour à l’emploi ».
Fait étonnant, souligne Léger Marketing, alors que des
parents d’enfants en bas âge ne voient pas de
contrainte à leur retour au travail, certains
prestataires soulèvent que le fait de devoir s’occuper
d’un adolescent ou de leurs parents les empêcherait de
travailler.
« Dans la majorité des cas », une compensation
financière versée par Emploi-Québec, « comme une prime
quelques fois par année », contribuerait à convaincre
les prestataires de retourner au travail, au salaire
minimum.
Les gens évaluent plutôt négativement leurs chances de
revenir au travail, en particulier dans la région de
Trois-Rivières, où la situation est pire qu’il y a
deux ans, selon les membres du groupe type.
Les programmes de réinsertion d’Emploi-Québec sont
souvent critiqués. Pour les bénéficiaires, ces mesures
« ne permettent pas de retourner sur le marché du
travail et d’y rester ». « Plusieurs répondants
avaient la conviction que les employeurs engageaient
des participants aux mesures uniquement pour la durée
de leur stage. » Les prestataires soulignent que la
rémunération ne permet pas de se déplacer, de se
nourrir et d’avoir une tenue vestimentaire adéquate
pour occuper l’emploi. Une fois le stage terminé, les
prestataires s’estiment laissés à eux-mêmes. Les
assistés sociaux « de façon générale n’ont pas refusé
de participer à une mesure ». Certains relèvent qu’on
ne leur a rien proposé, d’autres expriment que les
stages suggérés « leur paraissaient inappropriés ».
« Les commentaires que certains ont émis à l’égard des
programmes sont très négatifs », les mesures sont
considérées « inefficaces pour la réinsertion au
marché du travail ».
Beaucoup de prestatai res « échangent généralement
plus avec les agents (d’aide sociale) que par
téléphone ». « Ils ont l’impression d’être traités
comme des numéros de dossier et les agents semblent
décourager fortement ce type de clientèle souvent très
démunie. » D’autres prestataires ont une opinion plus
positive des agents d’aide sociale et plusieurs
considèrent que ces fonctionnaires « sont débordés de
travail ».
OSER ALLER PLUS LOIN - FRANÇOISE DAVID ET AMIR KHADIR
La crise économique
entraîne des changements profonds qui passent par une
réflexion sur la souveraineté au Québec
La crise
actuelle est l’aboutissement de politiques néolibérales qui
ont lourdement aggravé les problèmes inhérents à la culture
et à l’organisation capitaliste.
Les auteurs sont porte-parole de Québec solidaire. Le
texte suivant est extrait du manifeste « Pour sortir de la
crise: dépasser le capitalisme? », que Québec solidaire rend
public à l’occasion du 1er mai.
Pour Françoise David et Amir Khadir,
la souveraineté a une finalité qui va au-delà des actions
indispensables au regard de la langue française et de la
culture québécoise. Elle se construit par des actions
conséquentes sur les plans économique et écologique.
En novembre 2005, une trentaine de progressistes du Québec
signaient le Manifeste pour un Québec solidaire. On y
lisait: « Nous croyons nous aussi faire preuve de lucidité.
(…) Inégalités sociales, pauvreté, crises financières,
scandales comptables, dégradations environnementales et
changements climatiques sur fond de conflits meurtriers sont
les conséquences visibles d’un laisser-faire qui a abandonné
à l’illusion du marché autorégulé le soin de gérer le
quotidien et l’avenir de la Terre et des humains. (…) Le
type de mondialisation porté par les puissants et les biens
nantis, en est le principal responsable. »
Ces progressistes répondaient au manifeste Pour un Québec
lucide qui proposait de s’engager davantage dans la voie
tracée par les néolibéraux depuis 30 ans. Nous assistions à
une sorte d’union sacrée de politiciens, penseurs,
économistes et gens d’affaires, un peu à l’image de la vaste
coalition de droite qui a porté les Reagan et Bush au
pouvoir aux États-Unis.
Au contraire des Lucien Bouchard, Joseph Facal, Pierre
Fortin, André Pratte et Cie, les signataires du manifeste
pour un Québec solidaire proposaient de rompre avec les
recettes néolibérales, sachant fort bien que le
désengagement de l’État, la déréglementation tous azimuts
ainsi que le culte du libre marché mèneraient tout droit à
des crises aux effets dramatiques.
Les lucides ont pesé lourdement sur les choix étatiques et
soutenu des politiques néfastes pour la majorité:
privatisation en douce des services publics, transfert de
responsabilités sociales aux femmes, le plus souvent
gratuitement, introduction des partenariats public-privé,
précarisation et pertes d’emplois, réduction d’impôts qui
profitent aux actionnaires des entreprises et aux riches et
induisent un accroissement notable des inégalités sociales,
hausses des tarifs, mauvaises décisions au plan écologique.
Maintenant que le Québec vit à l’heure d’une immense crise
financière, économique et écologique, il est plus que temps
de demander des comptes aux lucides et à leurs amis.
D’où vient
cette crise? Est-elle simplement causée par les excès du
capitalisme, par des fraudeurs et des financiers qui ont agi
en bandits de grand chemin? Pour Québec solidaire, la
réponse est non.
La crise actuelle est l’aboutissement de politiques
néolibérales qui ont lourdement aggravé les problèmes
inhérents à la culture et à l’organisation capitaliste.
Depuis les années 80, des mouvements sociaux et des partis
écologistes et de gauche le répètent: on assiste à la montée
fulgurante puis à la domination d’une pensée individualiste
et affairiste qui soutient les puissants, les ultrariches,
ceux-ci cherchant à mettre la main sur les richesses de la
planète entière, avec la complicité de politiciens
complaisants. Tout cela sur fond de mondialisation sans
entrave et au prix de pillages environnementaux.
Partout au Québec et ailleurs dans le monde, des changements
sont en cours. Des alternatives existent et sont appuyées
par des mouvements citoyens. La montée de la gauche en
Amérique latine et en Europe, les luttes et les révoltes
populaires en Afrique et en Asie, et plus près d’ici, les
initiatives citoyennes en faveur du commerce équitable et le
développement de notre économie sociale sont autant
d’exemples, porteurs d’espoir. Ces initiatives locales
seront toutefois largement insuffisantes si nous ne prenons
pas ensemble la décision de changer profondément notre
monde.
Pour Québec solidaire, ce changement passe par une réflexion
sur la souveraineté que nous voulons. À nos yeux, la
souveraineté se construit par des actions conséquentes sur
les plans économique et écologique. Seronsnous souverains
mais totalement dépendants d’États voisins ou de financiers
sans scrupules, souverains mais dépossédés de nos ressources
naturelles?
Pour nous, la souveraineté a une finalité qui va au-delà des
actions indispensables au regard de la langue française et
de la culture québécoise. La souveraineté doit être
populaire, démocratique, économique et politique. Et nous la
voulons pour que le peuple québécois soit maître de son
destin, parce qu’il mérite mieux que d’être porteur d’eau
ou, aujourd’hui, porteur de gaz.
Aujourd’hui, et plus encore qu’en 2005, il ne s’agit pas de
choisir entre le statu quo et le changement, comme le
clamaient les lucides, mais de statuer sur la nature du
changement. Car plus que jamais, un autre Québec et un autre
monde sont non seulement possibles, mais nécessaires.
Le Québec glisse-t-il à gauche?
- Alain Dubuc
Le vent
est en train de tourner. Après deux décennies où le
Québec s’est éloigné du modèle social-démocrate
classique des années 60, on assiste à un retour du
balancier. Chacun à leur façon, nos trois principaux
partis sont en train, faute d’un terme plus précis, de
se déplacer vers la gauche.
Ce phénomène est mondial. La crise, provoquée en grande
partie par les excès du laisser-faire, consacre l’échec
du capitalisme pur et dur. Dans la plupart des pays, il
y a un mouvement de correction, avec un rôle accru de
l’État et un rejet des postulats néolibéraux, comme on
peut le voir aux États-Unis avec les politiques de
l’administration Obama.
Le Québec n’échappe pas au phénomène. Les idées
libérales – pas néolibérales –, ont dominé longtemps,
par exemple avec l’appui au libre-échange, l’élimination
des déficits, la réduction du fardeau fiscal, la
redéfinition du rôle de l’État. On perçoit maintenant
les signes d’un retour du balancier.
Cela ne mène pas à un succès de la gauche. Québec
solidaire ne réussit pas à profiter de la crise et ne
progresse pas d’un poil. Le Parti québécois, la
formation politique la plus sociale-démocrate, piétine
dans les sondages. Mais chacun des grands partis,
parfois imperceptiblement, modifie son discours.
On le
voit chez les libéraux, qui se débarrassent des
principaux symboles qui définissaient pourtant la
doctrine de Jean Charest lorsqu’il a pris le pouvoir.
Les idées de rupture et de remise en cause du modèle
québécois, comme la révision des lois du travail ou la
réingénierie de l’État, sont loin derrière nous. Le
dernier de ces symboles, les partenariats
publics-privés, est en train d’être mis au rencart. En
fait, progressivement, le PLQ se recentre et revient à
ses racines « bourassiennes ».
À l’ADQ, la crise existentielle provoquée par l’échec
électoral et le départ de Mario Dumont mène également à
une réf lexion sur la doctrine et le programme. Le fait
que Sébastien Proulx, l’ancien leader parlementaire du
parti, affirme haut et fort que l’ADQ n’est pas un parti
de droite montre que bien des militants sont maintenant
mal à l’aise avec les idées qui caractérisaient le parti
et souhaiteraient qu’il migre vers le centre pour
rejoindre l’électorat.
Mais c’est au PQ que les changements risquent d’être les
plus importants. Déjà, depuis quelques mois, plusieurs
indices montraient que le parti revenait à ses anciennes
amours, notamment avec le gel des tarifs d’électricité
ou le retour à l’interventionnisme dans le débat sur la
Caisse de dépôt. Un processus qui ne peut qu’être
accéléré par le départ de François Legault.
Le PQ est d’abord et avant tout une coalition où
coexistent des courants idéologiques différents, unis
inconfortablement par une cause commune. En perdant
François Legault, le PQ ne perd pas seulement son poids
lourd économique, il perd également celui qui défendait
au sein du parti des idées plus conservatrices. Ses
dernières interventions sur la nécessaire remise en
cause des vaches sacrées, que l’on peut qualifier de
lucides, ont créé un malaise dans son parti. Avec son
départ, l’équilibre gauche-droite est rompu et l’on peut
craindre qu’il n’y ait pas grand-monde pour faire
contrepoids aux réflexes naturels de la base militante.
Ce qui se passe au PQ risque d’avoir un effet domino sur
l’ensemble du monde politique. En temps normal, une
radicalisation du PQ pourrait profiter aux libéraux qui
n’auraient qu’à occuper plus clairement le centre-droit.
Mais dans une période d’incertitude comme celle que nous
vivons, il est plus probable que les libéraux suivent le
courant. Le risque, c’est qu’on jette le bébé avec l’eau
du bain.
Le PQ à la recherche d’un guide
économique - Vincent Marissal
Tout
parti qui aspire au pouvoir doit avoir une équipe
économique forte. C’est encore plus important au PQ
puisque ce parti doit constamment démontrer que le
projet souverainiste est aussi viable économiquement.
Des sondages favorables la fin de semaine dernière, un
gain dans Rivière-du-Loup lundi et, en plus, la
démission du plus coriace adversaire à son gouvernement,
éventée le jour même de son anniversaire, le 24 juin.
Vraiment, Jean Charest n’en demandait certainement pas
tant.
Pour les libéraux, le départ de François Legault est une
autre preuve du bon alignement des astres. Pour le Parti
québécois, c’est un autre morceau de ciel tombé sur la
tête.
Non pas que la démission de François Legault soit si
surprenante. On le savait las depuis quelque temps.
Tellement qu’en l’entendant, la semaine dernière, dire
que le Québec devrait avoir le courage de s’attaquer aux
« vaches sacrées », des collègues du député de Rousseau
ont immédiatement compris qu’il envoyait une dernière
salve avant de partir.
Impatient devant la lenteur de la « machine » lorsqu’il
était au pouvoir, l’opposition ne pouvait que devenir un
supplice pour cet ex-dirigeant d’Air Transat.
En plus, il avait dit lui-même, en entrant en pol it
ique en 1998, qu’il se donnait 10 ans. Cet engagement
visait surtout à convaincre sa femme qui, contrairement
à lui, n’a aucune attirance pour la politique.
Après 11 ans en politique, et au moment où le PQ est
collé à l’opposition pour au moins trois ans encore, le
départ de François Legault n’est donc pas une surprise.
Mais il tombe, pour Pauline Marois, à un bien mauvais
moment, soit à la toute fin d’une période difficile et
au sacro-saint modèle québécois ou en suggérant
d’abattre quelques vaches sacrées, M. Legault n’aura
fait que braquer ses adversaires au sein de son propre
parti. Sa démission, c’est un peu la victoire (encore
une fois) du statu quo.
Au PQ, certains se méfiaient aussi de François Legault
parce qu’il venait du milieu des affaires, plutôt
hostile au mouvement souverainiste. Pis encore, disaient
encore d’autres, il y avait fait fortune.
Après le départ de Lucien Bouchard, au moment où on ne
savait pas encore s’il y aurait une course à la
direction, je me souviens d’une conversation avec des
péquistes qui parlaient avec mépris de François Legault
comme d’un « pet it lement. En ce sens, son départ ne
fait qu’aggraver la pénurie de députés qualifiés en
économie et en finance.
En plus
de priver de son centre le premier trio d’attaquants de
l’équipe de l’opposition de Pauline Marois au moment où
les batailles politiques se disputent sur la patinoire
de l’économie, la démission de M. Legault soulève une
autre question : qui est la référence en économie au PQ
maintenant ? Pas seulement le ministre des Finances en
attente (on a vu, de tout temps, des députés plus ou
moins compétents accéder à ce poste crucial), mais qui
est l’autorité en matières économique et financière de
l’option souverainiste?
De tout temps, le PQ a su attirer et envoyer à
l’avant-scène des moment où l’économie, la tasse de thé
de M. Legault, occupe toute la place dans les débats
publics.
Au PQ, même s’il y est resté plus de 10 ans, François
Legault a toujours été considéré comme un outsider.
Considéré comme le « chouchou » de Lucien Bouchard à ses
débuts, il n’était pas le gars le plus populaire parmi
des collègues ministres.
D’autres le trouvaient trop à droite, ce qui le rendait
irrémédiablement louche. En proposant des changements au
comptable qui a fait fortune dans une compagnie aérienne
à rabais »… C’est dire le peu de considération.
En effet, François Legault a réussi en affaires, il a le
« profil » entrepreneur et des amis dans ce milieu, il
s’y connaît en chiffres et il est (un peu) plus à droite
que l’immense majorité de ses anciens collègues. On peut
voir tout cela comme d’horribles défauts. Ou alors, ce
qui est sans doute plus près de la réalité, comme des
caractéristiques dont le PQ manque cruelpersonnalités au
profil économique costaud.
Que l’on pense, évidemment, à Jacques Parizeau, à
Bernard Landry, à Jacques Léonard. Au recrutement (la
suite a été moins spectaculaire, mais c’est une autre
histoire) de Jean Campeau ou de Daniel Paillé. À Joseph
Facal, aussi, qui était, dit-on, intraitable au Conseil
du Trésor.
Tout par t i qui aspi re au pouvoir doit avoir une
équipe économique forte, on l’a vu, notamment, lors de
la débandade de l’ADQ aux dernières élections. Mais pour
le PQ, c ’est encore plus important puisque ce parti
doit constamment démontrer que le projet souverainiste
est aussi viable économiquement.
En tout respect pour les députés du Parti québécois
actuellement en poste, le successeur de François Legault
aux dossiers économiques ne saute pas aux yeux. ( Le
nouveau député de Nicolet-Yamaska, Jean-Marie Aussant ,
a une maîtrise en économie et un bac en administration
des affaires, mais il n’est élu que depuis six mois). Ce
n’est pas Pauline Marois qui comblera le vide, elle qui
a bien du mal, et depuis toujours, à s’imposer comme une
leader au « profil économique ».
La chef du PQ aurait, dit-on, essayé d’att i rer l ’ é
conomi s t e Clément Gignac, mais celui-ci, on le sait,
a grossi les rangs libéraux de Jean Charest. Raymond
Bachand, un a nc i en s ouve r a i n i s t e convaincu,
aurait pu être la pierre d’assise économique du Parti
québécois, mais il a tourné le dos à l’« option » pour
se joindre aux libéraux il y a près de cinq ans déjà.
Pour l e PQ, perd re son meneur sur le front économique
à l’Assemblée nationale, c’est évidemment une mauvaise
nouvelle. Mais pour les souverainistes, ne plus avoir de
grand guide économique, c’est autrement plus grave.
DE GROS TRACAS DANS LES DEUX CAMPS - Denis
Lessard
Devant ces
bilans de fin de session, la chef adéquiste Sylvie Roy
baisse les bras. Le dialogue de sourds entre libéraux et
péquistes est de retour avec la quasidisparition de l’ADQ,
« on croirait voir un vieux film en noir et blanc des
années 70 », a-t-elle dit.
— Session fertile en crises et en réalignement. Le
gouvernement libéral a dû composer avec les controverses
de la Caisse de dépôt, des FIER, les inquiétudes sur la
fiabilité des tests de cancer du sein, et l’éthique de
certains ministres, actuels et passés.
Pauline Marois n’a pas été en reste. Lançant prudemment un
nouveau plan souverainiste, elle s’est trouvée confrontée
aux déclarations de Jacques Parizeau. Elle a dû composer
cette semaine avec les sorties i ntempestives de son
critique aux Finances, François Legault, pressé d’en finir
avec les « vaches sacrées » de la société québécoise.
Pire encore, alors que le PQ devait remporter haut la main
la complémentaire dans Rivièredu-Loup, il est désormais
loin d’être acquis que l’ex-bloquiste Paul Crête pourra
arracher l’ancien siège de Mario Dumont.
Mais à cette session étonnante, libéraux et péquistes ont
mis un point d’orgue prévisible dans les injures. Pour Mme
Marois, le gouvernement a été réélu sur une « imposture »,
Jean Charest « a menti à la population ». Pour son
adversaire, la péquiste est totalement « irresponsable »,
et lance des attaques à défaut d’arguments. Les PPP, pour
Mme Marois, c’est : « pas polie Pauline », de blaguer Jean
Charest, faisant hier le bilan des six mois écoulés depuis
sa réélection.
Devant ces bilans de fin de session, la chef adéquiste
Sylvie Roy baisse les bras. Le dialogue de sourds entre
libéraux et péquistes est de retour avec la
quasi-disparition de l’ADQ, « on croirait voir un vieux
film en noir et blanc des années 70 », a-t-elle dit.
Pour arriver à fermer la Chambre hier, le gouvernement a
laissé sur la table son projet de loi 40 qui permet de
suspendre la loi antidéficit pour replonger le Québec dans
l’encre rouge pour quatre ans. Le PQ, qui avait fait son
beurre des négociations de Philippe Couillard pour trouver
un emploi alors qu’il était encore membre du gouvernement,
a laissé filer le débat sur l’éthique – beaucoup de
députés, des deux côtés de la Chambre, appréhendent des
règles contraignantes.
Dans son bilan hier, Mme Marois a voulu ruser avec le
gouvernement, réclamant un remaniement ministériel pour a
igui l lonner un gouvernement « déjà usé et à bout de
souffle ».
En fa it ,
el le défonce une porte ouverte. Un important jeu de
chaises musicales est déjà prévu pour mardi – tous les
ministres ont été convoqués à une dernière réunion du
Conseil, dès 8h du matin. En prime, on annoncera aussi un
vaste rebrassage des sousministres – quelques retraites
sont prévues.
Le vent tourne
Pendant plusieurs semaines, le PQ a eu le haut du pavé à
l’Assemblée nationale : les attaques incessantes de
François Legault, le critique financier du parti, sur la
Caisse de dépôt puis sur le programme des FIER, pour
favoriser l’investissement en région, ont souvent fait
mouche.
Mais plus récemment, le vent a paru tourner. Après une
semaine dans les câbles, le gouvernement a mis fin à la
controverse sur les tests du cancer du sein. Le nouveau
plan souverainiste de Mme Marois a décollé sans problème,
mais la sortie inattendue de Jacques Parizeau, pour qui la
souveraineté avance à coup de crise, a plombé les efforts
du PQ.
Cette semaine, François Legault paraissait impatient,
réclamant des compressions importantes de dépenses même au
prix du confort des contribuables. Cette sortie sur les
vaches sacrée était si détonante qu’hier, un reporter a
demandé si M. Legault partirait avant la fin de son
mandat, ce que ne croit pas la chef péquiste.
H i er , Mme Maroi s a reconnu que la joute serait chaude
pour le PQ dans Rivière-du-Loup pour son candidat Paul
Crête, dans la complémentaire de lundi. Pour diminuer les
attentes, elle a rappelé que le PQ avait fini troisième
dans cette circonscription aux dernières élections – « on
part de là », a-t-elle dit. Inversement, Jean Charest a
annoncé qu’il comptait de rendre dans Rivière-du-Loup
lundi soir, signe d’optimisme quant au choix des
électeurs.
Du point de vue de Mme Marois, les Québécois se
souviendront de Jean Charest, qui soutenait sans nuance
avant les élections qu’il n’y aurait pas de problèmes avec
la Caisse de dépôt et que le Québec ne ferait pas de
déficit. Six mois plus tard, le PLQ est en train de
retomber
dans
l’ornière des déficits où les péquistes avaient trouvé
le Québec en 1994. Il avait fallu alors corriger le
tir et imposer de douloureuses compressions de
dépenses. « Je ne veux pas revivre ça », de dire Mme
Marois.
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
La chef péquiste Paulin Marois
a souhaité hier une bonne Fête nationale et un
joyeux anniversaire au premier ministre Jean Charest
: les deux événements tombent le même jour, le 24
juin.
Pour
Jean Charest toutefois, on peut se demander « qui mène
au Parti québécois » quand on voit Mme Marois proposer
un retour très progressif au déficit zéro et son
critique aux Finances, François Legault, se faire
l’apôtre d’une médecine de cheval, une obsession des
dépenses calquée sur les orientations des « lucides »
à l’automne 2005. Jean Charest avait applaudi aux
lucides, mais leur rapport ne suivait pas la pire
crise économique depuis les années 20, d’expliquer M.
Charest.
Dans un point de presse marathon sur la situation
économique, M. Charest a laissé tomber que le Québec
fait « mieux que partout ailleurs sur la planète »,
grâce aux décisions de son gouvernement.
Un remaniement risqué -
Vincent Marissal
Lorsqu’un premier ministre se sent l’obligation de
remanier son équipe après six mois, c’est généralement
le signe que tout ne baigne pas.
En avril dernier, au salon des vins du
Centre-duQuébec, j’ai rencontré des fromagers artisans
qui n’avaient pas une très haute opinion de celui qui
était à l’époque le ministre de l’Agriculture.
— Tiens, essaye donc notre nouveau fromage, on l’a
baptisé le P’tit Lessard, m’a dit un barbu à l’air
espiègle.
— Lessard? Comme Laurent Lessard, le ministre de
l’Agriculture? ai-je demandé avant d’engouffrer
l’excellent échantillon.
— Oui, c’est ça, c’est une pâte molle, comme le
ministre, m’a répondu le bonhomme, pince-sans-rire.
Souhaitons pour lui (et pour nous) que Laurent Lessard
jouisse d’une meilleure cote de crédibilité dans les
milieux municipaux, dont il vient de devenir le
ministre, parce que, autrement, il va trouver le temps
long. Et nous aussi, surtout à Montréal qui aurait
bien besoin, pour une fois, d’un ministre sensible aux
particularités de la métropole.
Il convient de donner la chance au coureur en de
telles occasions, mais disons que les réactions tièdes
(au mieux) du monde municipal montréalais à la
nomination de M. Lessard laissent croire que le
nouveau ministre devra faire ses preuves.
Il ne suffit pas d’être ancien maire pour faire un bon
ministre des Affaires municipales, comme il ne suffit
pas d’être médecin pour exceller à la Santé. En plus,
sans rien enlever à la région de Chaudière-Appalaches,
son chef lieu, Thetford Mines, n’a pas grandchose en
commun avec Montréal.
Par ailleurs, M. Lessard a la réputation d’être un
politicien coloré (selon la version polie), voire
rustre (selon la version crue).
I l quit te l’Agriculture au moment où les relations
entre le gouvernement du Québec et le milieu agricole
sont au plus mal, quoi qu’en dise le premier ministre
Charest.
En outre, sa gestion de la crise de la listériose dans
les fromageries québécoises, il y un an, a provoqué
une colère durable dans cette industrie.
Écorché par la protectrice du citoyen, qui a écrit
dans un récent rapport que le ministère de
l’Agriculture a mal géré la crise de la listériose,
Laurent Lessard a rejeté par un retentissant « pas
question » toute compensation à deux fromageries (la
Société coopérative agricole de l’Île-aux-Grues et la
Fromagerie Blackburn), « faussement associées à la
cause possible de la contamination », selon la
protectrice du citoyen.
Quoi
qu’il en soit, le grand gagnant du remaniement de
mardi est sans conteste Laurent Lessard. Et le
perdant, Claude Béchard. La rétrogradation du jeune
ministre des Ressources naturelles à l’Agriculture,
est surprenante puisque celui-ci vient tout juste de
lancer une importante réforme de la gestion de la
forêt. M. Béchard, qui a été sur le carreau pendant de
longs mois à cause d’un cancer, aurait certainement
aimé voir sa réforme prendre forme.
Au lieu de cela, il hérite d’un ministère en mauvais
état et d’un ministère passif, les Affaires
intergouvernementales canadiennes.
Clément Gignac, élu dans la partielle de lundi avec
23% des voix dans Marguerite-Bourgeoys, gagne lui
aussi au jeu du remaniement en accédant directement au
cabinet. (Au fait, 23%, c’est le pire taux de
participation dans une élection partielle depuis 1963,
depuis que le Directeur des élections compile ces
données, soit le pire taux en 95 élections
partielles).
De toute évidence, M. Gignac avait un deal avec le
premier ministre pour entrer si vite au cabinet. On
peut même se demander si le tout n’avait pas été «
arrangé » l’automne dernier : Monique Jérôme-Forget se
représentait à la demande de Jean Charest, elle devait
démissionner après son budget, libérant ainsi un siège
sûr à la recrue vedette des libéraux.
Cette nomination est sans doute une bonne nouvelle
pour les libéraux, mais elle ne fera probablement pas
l’affaire de quelques simples députés, comme Alain
Paquet, Guy Ouellette ou Michel Pigeon, qui attendent
patiemment leur tour.
L’inexpérience politique de M. Gignac explique
peut-être qu’il a annulé mardi matin toutes les
entrevues qu’il s’était engagé à donner au lendemain
de son élection. Le bureau du premier ministre voulait
probablement s’assurer que le nouveau ministre
maîtrise les bonnes « lignes » avant d’affronter les
médias. En particulier sur sa participation, à titre
de fonctionnaire fédéral, à l’élaboration d’une
commission des valeurs mobi l ières pancanadienne.
Mais au fait , pourquoi un remaniement si rapide, si,
comme Jean Charest aime le répéter dans ses envolées
autocongratulatoires, le gouvernement n’a pas de
problème, ne connaît aucun raté ? Tout baigne, quoi.
Il y avait quelque chose de cocasse à entendre Jean
Charest insister lundi devant les journalistes pour
dire que ce brassage arrive « plus » de six mois,
après la réélection de son gouvernement. En effet, six
mois et quinze jours…
En fait , lorsqu’un premier ministre se sent
l’obligation de remanier son équipe après six mois,
c’est généralement le signe que tout ne baigne pas,
justement.
Cela dit, le premier ministre Charest peut partir en
vacances l’âme en paix, avec deux gains en poche et
une opposition anémique.
Sur le site internet du PQ, on pouvait voir encore
mardi une fenêtre claironnant: « Je veux Paul Crête à
Québec » (elle a été retirée hier). Et pas un mot sur
le remaniement du gouvernement Charest. Même pas un
petit communiqué de circonstance.
Faut croire que les péquistes étaient pressés de
partir en vacances. Le départ de François Legault, un
autre coup dur pour le PQ, n’aidera certainement pas
au moral des troupes.
Le drôle d’été des politiciens québécois
- Alain Dubuc
Si la
chef du PQ n’a pas progressé dans une situation qui lui
était pourtant très favorable, on peut se demander si
elle y parviendra un jour.
La saison politique québécoise s’est terminée sur trois
signaux: des sondages qui montrent que le Parti libéral
est bien en selle; une victoire inespérée dans les
élections partielles de Rivière-du-Loup; et pour coiffer
le tout, la démission de François Legault, qui prive le
PQ d’un poids lourd.
Pauline Marois à l’Assemblée
nationale.
Ces excellentes nouvelles pour le PLQ permettront à Jean
Charest de se reposer à sa maison de North Hatley. Par
contre, le séjour de Pauline Marois dans sa charmante
maisonnette de Charlevoix risque de se transformer en
une déchirante et introspective retraite fermée.
Il est bien sûr imprudent de tirer des conclusions trop
hâtives de ces signaux. Car on est loin des prochaines
élections. Et que le score des libéraux n’a rien
d’éclatant: l’écart qui les sépare des péquistes, cinq
points dans notre dernier sondage CROP, s’est rétréci
depuis les élections. La cote de popularité du
gouvernement Charest, à 44%, est nettement plus basse
qu’avant le scrutin de décembre.
Par contre, il est étonnant que Jean Charest s’en tire
si bien après l’hiver et le printemps qu’il a connus.
Après une victoire plus mince que prévu, le gouvernement
libéral, maladroit, malmené dans le dossier de la Caisse
de dépôt, surtout par François Legault, a piqué du nez,
assez pour se faire devancer par le Parti québécois dans
les intentions de vote.
Comment se fait-il que Mme Marois n’ait pas réussi à
profiter de ce succès? Si la chef du PQ n’a pas
progressé dans une situation qui lui était pourtant très
favorable, on peut se demander si elle y parviendra un
jour.
Pourquoi? Certains expliquent cela par la personnalité
de MmeMarois, qui ne passe pas, qui ne réussit pas à
convaincre plus de 36% des Québécois qu’elle serait le
meilleur premier ministre. Je crois plutôt que ses
problèmes s’expliquent par ses stratégies.
D’abord, la façon dont le PQ a défini son rôle
d’opposition officielle. Au lieu de jouer la carte de la
compétence, ce que permettait la qualité de la
députation péquiste, on a plutôt joué celle de
l’agressivité. Les députés péquistes ont été d’une rare
brutalité, dénonciateurs, hystériques parfois. Cela a dû
agacer pas mal de monde, parce que trop, c’est comme pas
assez.
Parce que les critiques ont été caricaturales. Même ceux
qui ne sont pas des fans des libéraux voient bien que la
gestion gouvernementale n’est pas la catastrophe décrite
par l’opposition. Et parce qu’il y a un manque de
respect dans l’indignation perpétuelle des troupes de
MmeMarois. Les libéraux ne sont pas des usurpateurs,
mais plutôt ceux que les Québécois ont choisis au terme
d’un processus démocratique.
L’autre problème, c’est la façon dont MmeMarois a choisi
de gérer ce qui est devenu l’impasse structurelle du PQ.
L’appui à la souveraineté est bas, à 35%. Il n’y a pas
assez de souverainistes pour porter le PQ au pouvoir.
Dans un jeu d’équilibre délicat, Pauline Marois doit
donc élargir sa base sans démobiliser ses militants
fidèles. La stratégie des batailles sectorielles pour
les pouvoirs a plutôt été un repoussoir, parce qu’elle
propose le bordel permanent à des citoyens qui ne
veulent plus de chicanes.
En somme, Jean Charest a été chanceux dans sa malchance.
Il s’en serait moins bien tiré si l’opposition n’était
pas si faible, avec ce PQ qui se cherche et l’ADQ sans
chef. Il ne disposera pas toujours de cet avantage et
devrait profiter de ce répit pour retrouver un rythme et
une capacité de communiquer qui lui ont manqué depuis
six mois. À bien y penser, il aura, lui aussi, du
travail à faire dans sa retraite de North Hatley.
Le déficit du Québec plus élevé que prévu
- Denis Lessard
Les
sorties du ministre Bachand sur les tarifs ont
suscité des tensions au sein du gouvernement
QUÉBEC — Le déficit de 20092010 sera plus élevé que
prévu: il dépassera les 3,9 milliards estimés dans
le budget du printemps dernier, a nnoncera demain le
ministre des Finances, Raymond Bachand.
Il y a quelques semaines, M. Bachand avait soutenu
qu’il ne fallait rien conclure du fait que, pour les
trois premiers mois de l’année seulement, le déficit
était déjà atteint aux trois quarts, à 3 milliards.
Demain, M. Bachand doit, avec sa collègue du Trésor,
Monique Gagnon-Tremblay, brosser le tableau des
finances publiques sans trop divulguer les pistes
examinées afin de corriger le tir pour les années
suivantes. Sur quatre ans, les déficits cumulés de
Québec devaient atteindre 11,6 milliards avant même
qu’on sache qu’il y aura un dérapage dès la première
année.
À
Québec, on ne parle plus toutefois de « la
grand-messe des tarifs »
– la
vaste consultation qui devait avoir lieu cet
automne. M. Bachand misait énormément sur
cette opération « pédagogique » – il l’avait
d’ailleurs amorcée – afin d’expliquer la
nécessité de hausser les tarifs
d’électricité. Mais cette idée d’amplifier
l’impact d’une mauvaise nouvelle n’a pas
trouvé beaucoup de partisans au Conseil des
ministres, a-t-on appris.
Il
semble aussi que le cabinet de M. Charest a eu à
mettre les freins sur les nombreuses déclarations
des ministres Bachand et Clément Gignac, qui ont
parlé ouvertement des tarifs d’électricité sans
s’être concertés avec Nathalie Normandeau,
responsable des Ressources naturelles. Une source
proche d’HydroQuébec a par ailleurs expliqué que le
scénario d’une hausse de la TVQ, en plus de celle
déjà annoncée pour 2011, est sérieusement examiné.
Une augmentation de 1% de la TVQ rapporte 1 milliard
au gouvernement, et Québec peut plaider qu’il ne
fait que combler l’espace laissé vacant par Ottawa,
sans avoir à débattre de la pertinence de toucher au
« bloc patrimonial » des tarifs d’Hydro-Québec.
L’impact de la crise boursière a frappé dur dans les
recettes venues des impôts des sociétés, un creux de
13% par rapport aux prévisions, ont i ndiqué les
documents des comptes publics il y a deux semaines.
Pour le seul premier trimestre de 2009-2010, les
revenus autonomes ont atteint 11,9 milliards, sans
compter les transferts fédéraux. Ces revenus
représentaient une baisse de 275 millions en
comparaison du même trimestre de l’année dernière.
Les dépenses sont aussi en hausse par rapport aux
cibles. Pour le premier trimestre de l’année en
cours, elles étaient de 941 millions supérieures à
celles de la même période, un an plus tôt. Or,
durant l’année 2008-2009, les dépenses étaient en
croissance de 6, 8 %, un rythme d’augmentation que
le gouvernement veut casser sans appel – 4,5% cette
année, 3,2% pour les années subséquentes.
Mme Gagnon-Tremblay ne divulguera pas son plan de
match concernant le secteur public. Dans ce secteur,
les syndiqués s’attendent à un gel salarial cette
année, suivi de deux années d’augmentation famélique
– 0,5% –, selon un reportage récent du Soleil. Or,
sur la place publique, les centrales exigent encore
des hausses totalisant 11,5% sur 3 ans. Ces demandes
seront officiellement déposées au gouvernement vers
la fin de la semaine. Québec a déjà fait savoir
qu’il comptait répondre rapidement.
La marge de manoeuvre de Jean Charest
- Alain Dubuc
Le
dernier sondage CROP-La Presse réservait
d’excellentes nouvelles au premier ministre Jean
Charest. Le taux de satisfaction à l’égard de son
gouvernement est élevé, à 51%. Les libéraux
devancent très confortablement leurs adversaires
péquistes dans les intentions de vote, 44% contre
33%.
Ces bonnes dispositions de l’opinion publique
constituent, pour le gouvernement libéral, une
occasion en or. Les libéraux, encore en début de
mandat, disposent ainsi d’un capital de sympathie et
d’une marge de manoeuvre qui leur permettent d’agir.
Cette solide avance dans les sondages est un outil,
un atout qu’il ne faut pas gaspiller.
Le gouvernement Charest, comme à peu près tous les
gouvernements de la planète, aura devant lui des
années très difficiles, où il devra faire face à la
crise des finances publiques engendrée par le combat
contre la récession. Cette crise sera
particulièrement prononcée au Québec où la situation
financière était déjà fragile.
Ces défis forceront le gouvernement du Québec, comme
tous les autres, à prendre des décisions
impopulaires. Pour s’imposer et passer à travers, il
faut avoir les reins solides. Un gouvernement
minoritaire n’y serait sans doute pas parvenu. Il
n’est pas évident non plus que le gouvernement
Charest pourrait réussir s’il n’avait pas été
capable de rompre avec la morosité qui a suivi sa
victoire électorale de l’an dernier. Le premier
ministre avait peut-être les mains sur le volant,
pour reprendre son expression, mais ne contrôlait ni
le frein, ni l’accélérateur.
Au Québec, les problèmes financiers sont assez
sérieux pour que la résolution de la crise
budgétaire dépasse le cadre strict des finances
publiques. Ce n’est pas seulement une affaire
d’impôts, de tarifs ou de compressions, mais une
démarche plus substantielle qui nous forcera
certainement à repenser la façon dont l’État joue
son rôle.
Le
premier ministre Charest, à la sortie d’une réunion
de son caucus, au début de la semaine, en annonçant
une vaste consultation publique sur les finances, a
mis la table pour une réflexion bien plus large. La
question qu’il veut poser, « Où le Québec veutil se
retrouver dans 20 ans sur le plan économique et
social ? », est ambitieuse. Mais c’est de cela dont
il s’agit.
On pourrait cependant craindre qu’il s’agisse d’un
remake. On se souvient que les ambitions de réformes
des libéraux, lorsqu’ils ont pris le pouvoir il y a
six ans, ont tourné en queue de poisson, à cause des
maladresses du nouveau gouvernement et aussi de la
levée de boucliers qu’il a provoquée. Et ils se sont
retrouvés minoritaires quatre ans plus tard.
Les libéraux, cette fois-ci, pourraient réussir là
où ils avaient échoué parce qu’ils disposent de
trois avantages sur lesquels ils ne pouvaient pas
compter il y a six ans: la nécessité, l’expérience,
et le rapport de forces politique.
La nécessité, c’est la période exceptionnelle que
nous venons de traverser, où il sera possible de
convaincre les citoyens qu’on n’a pas le choix.
L’expérience, par ailleurs, permettra aux libéraux
de ne pas commettre les mêmes erreurs, de travailler
de façon plus consensuelle au lieu de braquer
inutilement. Le fait que M. Charest annonce un grand
« dialogue », un peu comme l’avait fait Lucien
Bouchard, montre bien que le premier ministre a
changé de méthode. Quant au rapport de forces, c’est
ce que le CROP décrivait, un gouvernement bien en
selle face à une opposition affaiblie.
En
somme, le premier ministre Charest a le choix dans
l’orientation de son troisième mandat. Il peut «
surfer » quelques années en espérant en obtenir un
quatrième. Ou il peut profiter de son expérience et
de la marge de manoeuvre dont il dispose pour
laisser sa marque.
Québec lance une consultation élargie
- Tommy Chouinard
QUÉBEC — Maintenant qu’il a adopté, après avoir clos
les débats, sa loi autorisant le retour aux
déficits, le gouvernement Charest s’apprête à lancer
une consultation sur les moyens visant à retrouver
l’équilibre budgétaire. Le ministre des Finances,
Raymond Bachand, entend devancer à l’automne le
début des traditionnelles consultations
prébudgétaires. Ces consultations seront « élargies
».
PHOTO JACQUES
BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE
Le ministre des Finances,
Raymond Bachand, devancera les traditionnelles
consultations prébudgétaires.
Voici la forme que prendra la «vaste consultation»
promise en août par le premier ministre Jean Charest
sur l’enjeu des finances publiques. Le gouvernement
a décidé de faire une croix sur une grand-messe, un
sommet à l’image de celui qu’avait tenu Lucien
Bouchard en 1996 sur le déficit zéro.
Québec invitera plus de groupes sociaux qu’à
l’habitude à participer aux consultations
prébudgétaires. M. Bachand tiendrait quelques
rencontres privées, mais il organiserait aussi des
audiences publiques. Le ministre pourrait également
se déplacer en région.
Un site internet sera créé afin d’offrir la
possibilité aux citoyens de se prononcer sur les
moyens de revenir à l’équilibre budgétaire. Cette
mesure a déjà été utilisée par Monique Jérôme-Forget
et Michel Audet dans le cadre de la préparation de
leur budget.
Des prédécesseurs de M. Bachand, Yves Séguin et
Michel Audet, ont déjà tenu quelques jours
d’audiences publiques dans le cadre de leurs
consultations prébudgétaires. Mais Québec veut un
exercice plus large encore cette fois-ci.
Lors d’un entretien avec La Presse, hier, Raymond
Bachand a fait part de sa volonté de lancer ses
consultations prébudgétaires peu de temps après la
publication de sa mise à jour économique, en
octobre. Ces consultations ont généralement lieu en
janvier et en février seulement.
Le ministre rendra public un document de réflexion
sur le retour au déficit zéro, au coeur duquel se
trouvera une hausse des tarifs des services publics.
Il pourrait en profiter pour proposer une hausse de
la TVQ dès janvier, une option qu’il envisage si la
reprise économique se confirme.
Après avoir étudié les positions exprimées pendant
les consultations qui dureraient jusqu’en février,
le ministre dévoilera dans son budget, au printemps,
les mesures choisies par le gouvernement pour sortir
du trou budgétaire.
Hier, comme prévu, le gouvernement Charest a forcé
l’adoption du projet de loi 40 en imposant la
clôture des débats – mesure communément appelée le
bâillon. Cette loi suspend certaines dispositions de
la loi antidéficit pour que le gouvernement ne soit
pas contraint d’équilibrer ses budgets pendant
quatre ans. Québec prévoit des déficits de plus de
11 milliards de dollars, dont 3,9 milliards cette
année. Le retour à l’équilibre budgétaire est prévu
en 2013-2014, une échéance inscrite dans le projet
de loi 40.
Quelques instants avant le début de la séance
extraordinaire de l’Assemblée nationale, Jean
Charest a plaidé qu’il ne pouvait faire autrement
que de procéder à la clôture des débats pour adopter
le projet de loi 40. «Le Parti québécois avait déjà
dit que jamais il n’adopterait le projet de loi. Ils
sont passés aux actes, et ils ont fait de
l’obstruction. Alors il faut assumer nos
responsabilités. Ce sont les intérêts supérieurs du
Québec qui sont en jeu», a-t-il expliqué aux
journalistes.
D e son côté, R ay mond Bachand a affirmé que «ne
pas suspendre la Loi sur l’équilibre budgétaire, ça
veut dire qu’il faut compenser ça, il faut augmenter
les impôts et surtout réduire les services publics».
«On l’a dit aux Québécois: on va maintenir les
services publics», a-t-il ajouté, laissant planer la
possibilité d’augmenter les impôts. En août,
questionné sur le sujet, le premier ministre Jean
Charest s’était contenté de dire que son «objectif»
est de maintenir le fardeau fiscal des Québécois «le
plus près possible de la moyenne canadienne».
Rappelons que toutes les provinces sont dans le
rouge et pourraient augmenter leurs impôts.
Pour le moment, seulement une partie du plan visant
le retour à l’équilibre budgétaire est connue.
Québec entend augmenter la TVQ en 2011, indexer les
tarifs des services publics, limiter la croissance
des dépenses à 3,2% par année et lutter davantage
contre l’évasion fiscale.
Le Parti québécois et l’Action démocratique du
Québec refusaient de donner leur aval au projet de
loi 40 car ils voulaient d’abord que le gouvernement
dévoile toutes les mesures qu’il entend prendre pour
retrouver l’équilibre budgétaire.
«C’est le retour à l’arrogance libérale auquel nous
assistons, a lancé la chef péquiste Pauline Marois.
Pourquoi nous imposer un bâillon? Pourquoi veut-il
un chèque en blanc ? Est-ce que c’est parce que le
premier ministre veut cacher les vrais chiffres aux
Québécois?»
Jea n Cha rest a rétorqué que le gouvernement avait
déjà dévoilé une partie des mesures qu’il mettra en
oeuvre pour revenir au déficit zéro, ce qu’«aucun
autre gouvernement dans le monde» n’avait fait à sa
connaissance.
L e député péqu iste du Richelieu, Sylvain Simard, a
fait crouler de rire ses collègues en rappelant que
le libéral Jacques Chagnon avait proposé en 1996,
lors de l’étude de la loi antidéficit, que les
salaires des ministres soient réduits de 20% à 40%
advenant un déficit. Le gouvernement péquiste avait
rejeté cette option, et le Parti libéral n’en a plus
parlé depuis. «À l’époque, je trouvais ça loufoque,
mais, avoir su, j’aurais voté en faveur», a lancé M.
Simard.
Charest lance une vaste consultation -
Tommy Chouinard
SAINT-HYACINTHE — S’inspirant de Lucien Bouchard et de
son sommet économique de 1996, le premier ministre
Jean Charest tiendra une « vaste consultation » d’ici
le prochain budget sur la délicate question des
mesures à prendre pour retrouver l’équilibre
budgétaire. Les hausses de tarifs seront au menu des
discussions.
Hier, à l’issue d’une réunion de deux jours du caucus
de son parti, M. Charest a dit souhaiter que « le plus
grand nombre de Québécois participent » à ce qu’il
appelle un « dialogue » sur les finances publiques. Il
n’a toujours pas déterminé la forme que prendrait
cette consultation.
Chose certaine, les hausses de tarifs feront partie du
débat. « C’est de là qu’on va partir. Ça va nous
permettre de voir comment on peut agir de manière
équitable », a souligné M. Charest, qui semble écarter
une augmentation des impôts.
Pendant la consultation, le premier ministre demandera
aux participants de répondre à une question plutôt
large, une question visant à concevoir l’objectif à
long terme des choix difficiles qu’ils devront faire :
« Où le Québec veut-il se trouver dans 20 ans sur le
plan économique et social ? »
Le premier ministre ne croit pas que sa cote de
popularité, très élevée selon un sondage CROP-La
Presse, chutera inévitablement avec les mesures
d’austérité à venir. Le gouvernement devra «
travailler avec les Québécois » et bien leur faire «
comprendre les objectifs » derrière ces mesures. « Ce
sera mon défi », a-t-il noté.
En 1996, peu de temps après avoir succédé à Jacques
Parizeau à titre de premier ministre, Lucien Bouchard
avait convoqué le patronat, les syndicats et d’autres
groupes sociaux à participer à un sommet économique
sur l’atteinte du déficit zéro.
Dans
son dernier budget, Québec a annoncé un déficit de 3,9
milliards de dollars pour l’année en cours – plus de
11 milliards au cours des quatre prochaines années. Le
retour à l’équilibre budgétaire est prévu en
2013-2014. Pour y arriver, il entend notamment limiter
la croissance des dépenses à 3,2 %, un objectif
hautement ambitieux.
Québec a déjà annoncé l’indexation prochaine de
quelques tarifs de services publics et un « rattrapage
important et progressif » dans certains cas – il n’a
pas précisé lesquels. Chose certaine, il a promis de
maintenir les tarifs des services de garde à 7 $ par
jour. La TVQ augmentera de 1 % en 2011, ce qui enverra
1 milliard de dollars de plus par année dans les
coffres de l’État. Les autres moyens pour atteindre le
déficit zéro n’ont pas été clairement définis.
Selon le plan de retour à l’équilibre budgétaire
déposé avec le dernier budget, les « autres mesures à
identifier aux revenus et aux dépenses», dont les
hausses tarifaires, doivent rapporter 450 millions en
2010-2011, 1,3 milliard en 2011-2012, 2,8 milliards en
20122013 et 3,8 milliards en 2013-2014.
Jean Charest craint que le Québec ne plonge encore
plus dans le rouge que prévu en raison des décisions
d’Ottawa, qui a un déficit de plus de 50 milliards de
dollars. Il appréhende une coupe dans les transferts
aux provinces, qui accaparent une bonne part du budget
fédéral.
« Si, à Ottawa, il y a un débat sur la question de
l’équilibre budgétaire, quelle voie choisiront-ils
pour équilibrer le budget ? Ce sera une question à
poser à tous les partis. » En plus d’une hausse de la
TPS, « il y a toutes sortes d’hypothèses possibles. Il
y a les transferts aussi », a noté Jean Charest.
À la rentrée parlementaire, le 15 septembre, le projet
de loi 40, qui permet de suspendre l’application de la
loi anti-déficit, sera « le premier sujet » de
discussion. Le gouvernement n’a pas adopté le projet
la session dernière, car il n’avait pas l’appui de
l’opposition. Jean Charest plaide qu’il a fait un «
compromis » en acceptant de garantir dans le projet de
loi que le Québec retrouvera l’équilibre budgétaire en
2013-2014. L’opposition veut savoir comment le
gouvernement entend s’y prendre pour atteindre le
déficit zéro avant de voter en faveur du projet de
loi. M. Charest veut que l’adoption de la loi précède
sa vaste consultation. « Je fais appel au sens des
responsabilités de chacun, a-t-il dit. Je demande à
Pauline Marois d’agir en respectant les intérêts
supérieurs du Québec et de faire en sorte qu’on adopte
le projet de loi 40 rapidement car le temps presse. Il
en va de la crédibilité des finances publiques du
Québec. »
Le premier ministre dit voir des « signes de reprise »
économique. Ces signes sont certes « encourageants »,
mais ils demeurent encore « incertains », a-t-il
souligné. La reprise sera lente selon lui.
Charest promet plus qu’une « opération
comptable »
Conseil général du PLQ Révision de la
tarification
DRUMMONDVILLE — C ’est pour améliorer le
niveau de vie des Québécois et mieux
partager la richesse que le gouvernement
prépare une vaste révision de la
tarification, a soutenu hier le premier
ministre Jean Charest.
Devant 400 délégués réunis pour la fin de
semaine en conseil général, M. Charest et
certains de ses ministres ont semblé vouloir
tempérer l’ardeur de la commission politique
du PLQ, qui propose une longue liste de
tarifs afin d’éponger les déficits de 12
milliards prévus pour les quatre prochaines
années.
Pour M. Charest, il faut «aller au-delà de
l’exercice comptable»; la revue des sources
de revenus du gouvernement est «un exercice
de vision», qui doit avoir un impact sur
l’avenir de l’ensemble de la société.
«La question de l’équilibre budgétaire n’est
pas une idéologie rigide », a-t-il soutenu
hier. « L’équilibre budgétaire est un moyen
qu’on doit se donner pour investir dans ce
qui compte pour le Québec.»
Deva nt les délégués, M. Charest a défendu
les décisions du gouvernement (le retour au
déficit pour permettre l’accélération de
chantiers qui font travailler 100 000
personnes dans une période de ralentissement
économique).
Une longue liste de signaux récents sont
encourageants : progression du PIB, rebond
des exportations, bonne performance de
Montréal en matière de création d’emplois. «
La récession est probablement terminée», a
dit le premier ministre, citant le président
de la Réserve fédérale américaine.
Pour Jean Charest, le gouvernement a «livré
les engagements de la campagne électorale »
en « gérant la récession ». Il doit
maintenant « préparer le Québec à rebondir».
Pour atténuer l’impact de la crise des 12
derniers mois, il a fallu augmenter les
dépenses et «accepter un déficit» pour
maintenir les services aux citoyens, a-t-il
insisté.
Or,
le déficit prévu au Québec (3,9 milliards
cette année) reste bien modeste, deux fois
moins important que celui de l’Ontario et
trois fois moins que celui du gouvernement
fédéral. Le Québec retrouvera l’équilibre
parmi les premiers, dans quatre ans,
comparativement à sept ans dans les cas de
l’Ontario et d’Ottawa.
Pour «préparer le rebond», il faudra
résorber le déficit, a-t-il souligné. C’est
dans cette logique que s’inscrit la volonté
de revoir l’ensemble de la tarification.
Tarifs, péages et taxes
Devant les journalistes, quelques ministres
ont paru vouloir mettre un peu la pédale
douce à la proposition de la commission
politique. «Les gens recommandent… On va
regarder cela au fur et à mesure», s’est
contenté de dire le ministre de la Santé
Yves Bolduc. Ces propos étaient semblables à
ceux de ses collègues Monique
Gagnon-Tremblay et Clément Gignac. Jeudi, la
direction du PLQ avait rendu public un texte
présentant des orientations très audacieuses
en matière de tarification, un plan de match
qui, s’il était suivi par Québec,
déboucherait sur des décisions difficiles à
avaler pour les contribuables.
On suggère l’implantation de péages sur les
autoroutes et dans la communauté
métropolitaine de Montréal afin de financer
l’entretien et l’amélioration du réseau
routier. Les militants auront aussi à se
prononcer sur une proposition pour mettre en
place des droits de scolarité «modestes» au
collégial. Pour freiner la malbouffe, on
propose de taxer davantage sucreries,
croustilles et boissons gazeuses.
Les militants devront voter aujou rd’hui su
r u ne série de propositions destinées à
hausser l’ensemble des tarifs gouvernementau
x et à les indexer pour l’avenir.
HydroQuébec est visée: on suggère des
ajustements de tarifs selon l’heure de la
consommation, « quelques dollars de plus »
seulement chaque mois, assure le document du
PLQ.
On propose aussi l’imposition de redevances
sur l’eau captée par les grands
utilisateurs, Hydro-Québec, mais aussi le
secteur agricole et les papetières. Pour la
ministre de l’Environnement, Line Beauchamp,
Québec a déjà depuis l’an passé fait des
gestes afin de mettre en place ces
redevances. Mais cette opération vise tout
autant à changer les habitudes de
consommation (une redevance semblable à
celle de l’Ontario ne ferait entrer que de 3
à 6 millions dans les coffres du
gouvernement). Pour l’eau embouteillée, les
recettes seraient encore plus minces (des
dizaines de milliers de dollars), a souligné
Mme Beauchamp.
Le document propose aussi une deuxième ronde
de réingénierie du gouvernement. On voudrait
confier au privé l’administration des
régimes de retraite publics. On propose
aussi la mise en place d’une « caisse santé
» afin de faire face à l’augmentation des
coûts liée au vieillissement de la
population.
Hausse des tarifs Le gouvernement Charest
passera à l’acte - Denis Lessard
Hausse des tarifs Le projet de loi est déjà
prêt
QUÉBEC — Les contribuables québécois doivent
se préparer au pire. Quand il observe ce qui
se passe dans le reste du Canada, le
gouvernement Charest estime qu’il lui manque
15 milliards de dollars de recettes venues des
tarifs des services aux citoyens.
Les mises en garde nombreuses et récentes de
Jean Charest quant à une hausse importante de
ces tarifs ne sont pas que de vagues
intentions : Québec a déjà mis en marche son
opération en ce sens
Un « projet de loi sur le f i na ncement des
ser v ices publics » circule déjà parmi les
sous-ministres depuis la semaine dernière, a
appris La Presse . L ors de la dernière
réunion du conseil des ministres, les membres
du gouvernement ont aussi reçu l’ambitieux
plan de Québec en
EXCLUSIF matière de tarification. Tous ont le
mandat de revenir avec leur proposition à
temps pour la réunion du 21 octobre, y compris
un inventaire complet des tarifs relevant de
leurs ministères et organismes.
Dans le mémoi re qui accompagne le projet de
loi, le gouvernement souligne que l’ensemble
des ta ri fs actuellement appliqués rapporte
21 milliards de dollars annuellement. C’est 60
% de la moyenne des provinces – il faudrait
théoriquement atteindre 36 milliards, soit 15
milliards de plus qu’actuellement, pour
rejoindre cette moyenne.
Le document d’une trentaine de pages insiste
sur le fait qu’il faudra prévoir des mesures
d’atténuation pour les ménages à bas revenus.
Aussi, pas question de toucher au tarif des
garderies à 7 $ par jour.
On fait grand cas en revanche de la nécessité
d’obtenir des compagnies minières des royautés
« au prix du marché ». Un rapport embarrassant
du vérificateur général, l’an dernier, avait
critiqué le fait que ces multinationales ne
paient aucune redevance à Québec.
Les droits seront aussi attendus des
forestières ainsi que des compagnies qui
captent l’eau pour la revendre.
Hausse et indexation
Le projet de loi d’une cinquantaine d’articles
– dont une quinzaine ne font que prévoir les
ajustements à d’autres lois – indique que
l’ensemble des tarifs appliqués par le
gouvernement devront être ajustés pour tenir
compte de la valeur réelle des services. Ils
devront aussi être désormais indexés
annuellement. Le problème de la non-indexation
a été maintes fois soulevé, d’abord par le
rapport de l’économiste Claude Montmarquette,
qui, au printemps 2008, avait préconisé une
hausse générale des tarifs gouvernementaux.
L’économiste proposait la fin de la « culture
de la gratuité » et de la « sous-tarification
» des services publics et l’application du
principe de « l’utilisateu r-payeu r ». Il
recommandait même une hausse importante des
tarifs d’électricité et des droits de scola
rité, l’i nsta llation de compteurs d’eau et
l’instauration du péage aux entrées de l’île
de Montréal.
Après les dernières élections, la ministre des
Finances Monique Jérôme-Forget avait joint à
son budget un document proposant une large
réflexion sur la tarification au Québec. Elle
y relevait que, dans bien des cas, les tarifs
des services aux citoyens – des permis de
pêche aux certificats de naissance – étaient
inchangés depuis des années. On peut souvent
remonter à 1996 pour trouver la dernière
augmentation, avait fait valoir Mme
Jérôme-Forget. « Il est temps de bouger »
avait-elle soutenu. Son document de réflexion
est d’ailleurs mis en référence avec le
mémoire de la semaine dernière.
Charest refroidit ses militants
- Denis Lessard
Québec doit « se serrer la ceinture »
avant de hausser les tarifs, dit le
premier ministre
Québécois» a-t-il expliqué, se défendant
bien d’ainsi «désavouer» ses militants,
qui ont, en fin de semaine, «contribué au
débat».
PHOTO
BERNARD BRAULT, LA PRESSE
«Le gouvernement
n’a jamais affirmé qu’il allait adopter
ce que les membres proposeraient », a
déclaré le premier ministre Jean Charest
à l’issue du conseil général de son
parti, hier.
Les résolutions adoptées par le PLQ
doivent « être examinées dans un contexte
plus large », qui déborde les seules
augmentations de tarifs. Il faut le «
tableau d’ensemble » qu’est susceptible
d’apporter au gouvernement la «
consultation prébudgétaire élargie » qui
est en préparation.
Pendant deux jours, les 400 délégués
avaient pourtant stuDRUMMONDVILLE — Le
premier ministre Charest a administré hier
une douche froide à ses militants qui
proposaient une longue liste de
tarifications nouvelles pour équilibrer
les finances de l’État.
Majorer les tarifs n’est pas une panacée
aux problèmes du gouvernement. Dans les
prochaines années, l’État devra surtout «
se serrer la ceinture », a insisté hier M.
Charest.
«Le gouvernement n’a jamais affirmé qu’il
allait adopter ce que les membres
proposaient», a résumé M. Charest en point
de presse, à l’issue du conseil général de
son parti. « Je suis chef du PLQ, mais je
suis le premier ministre de tous les
dieusement discuté, amendé et adopté une
série de propositions ouvrant la voie à de
nouveaux tarifs, ce qui suppose des
décisions impopulaires de la part du
gouvernement. Le PLQ est désormais en
faveur de la généralisation des péages sur
toutes les routes de la province, de la
hausse des tarifs de l’électricité
domestique et même de l’imposition de
droits de scolarité au collégial.
Dans son allocution de clôture, M. Charest
n’a pas même évoqué les propositions de
son parti sur les tarifs. Il a souligné
que, dans l’évaluation des moyens de
réduire le déficit, il faut se garder «
d’avoir une approche idéologique ».
Pour réduire le déficit – on prévoit un
total de 11,6 milliards en quatre ans –,
le gouvernement compte «se serrer la
ceinture», a promis M. Charest, qui dit
«garder les yeux sur la colonne des
dépenses». «Nous allons resserrer nos
dépenses en protégeant les services. Les
nouvelles initiatives gouvernementales
seront forcément limitées» a-t-il lancé
devant les militants.
Comme prévu, les dépenses de programmes
augmenteront de 4,5% cette année par
rapport à l’année dernière, une décision
qui visait à atténuer l’impact du
ralentissement économique. L’an prochain,
ramener à 3,2 % la croissance des dépenses
est un défi colossal, a insisté M.
Charest. Au surplus, la veille,
l’économiste Luc Godbout était venu dire
aux militants libéraux qu’il vaudrait bien
mieux viser 2,8%.
M. Charest s’est engagé à ne pas hausser
les impôts. «Dans un monde idéal», l’impôt
reste le moyen le plus progressif
d’augmenter les revenus de l’État, « mais
on est dans le Canada, à côté des
États-Unis», de souligner M. Charest. Une
hausse inconsidérée des impôts risque de
susciter des départs.
Des échanges vigoureux
Les débats du conseil général ont donné le
feu vert au gouvernement pour faire
adopter une « loi-cadre sur la
tarification », qui permettra d’arrimer
les tarifs à un pourcentage du coût réel
des services. Dans le même esprit, le
conseil national a approuvé rapidement le
principe « d’ajuster progressivement des
tarifs d’électricité afin qu’ils reflètent
les coûts de production ».
Si bien des propositions ont passé comme
une lettre à la poste, les délégués ont
mis du temps à approuver une résolution
controversée proposant la mise en place
d’un «système de péages sur les
infrastructures autoroutières
interurbaines ». Pour plusieurs, cette
mesure risque de mettre un frein au
développement régional. «Cette nouvelle
taxe pour les entreprises en région est
contraire à nos engagements », a lancé
Alain Maheux, de BeauceNord. Dans bien des
régions, il n’y a pas d’autre solution que
l’automobile ; les transports en commun
sont insuffisants, souvent même
inexistants, a fait valoir un délégué de
Vaudreuil-Soulanges.
Mais pour les jeunes du PLQ, cosignataires
de la résolution, le principe de
l’utilisateur-payeur va dans le sens de
l’équité. « J’utilise les transports en
commun et je subventionne par mes impôts
des routes qui ne me servent pas», a
expliqué Julien Gagnon, le président de
l’aile jeunesse du PLQ.
Redevance sur l’eau
L es délég ués ont au ssi demandé
au gouvernement d’instaurer «le plus
rapidement possible» une redevance
sur l’eau embouteillée, une idée
qu’approuve la ministre de
l’Environnement, Line Beauchamp.
(NDE : Qu'attend-elle alors pour
agir, au juste ?!...)
On veut aussi que Québec établisse un
seuil pour les droits miniers que devront
lui verser les exploitations dont les
profits dépassent 500 000 $.
On a également voté pour que le
gouvernement Charest hausse ses droits sur
les boissons alcoolisées et adopte une
nouvelle taxe d’accise sur les aliments
qui nuisent à la santé, comme les
croustilles, les confiseries et les
boissons gazeuses.
Samedi, le conseil général avait adopté,
de justesse, une proposition qui prévoit
la mise en place de droits de scolarité «
modestes » au collégial. Une proposition
de laquelle Jean Charest a clairement pris
ses distances.
Sans dire qu’il s’oppose à ces droits, il
a souligné que le gouvernement « ne
voudrait rien faire qui réduise
l’accessibilité des études postsecondaires
». La résolution a été adoptée par une
dizaine de voix seulement, ce qui montre,
selon lui, « qu’il n’y a pas de bonne ou
de mauvaise réponse à cette question ».
Péages, droits de scolarité dans les cégeps
et factures d’Hydro plus salées au menu
- Denis Lessard
Conseil général du Parti libéral en fin de
semaine
— Des tarifs nouveaux, des droits de scolarité
même pour le collégial, une facture
d’électricité plus salée et surtout… des péages
partout. Les militants libéraux se sont mis au
goût du jour et, en période d’austérité
budgétaire, proposeront en fin de semaine une
longue liste de mesures impopulaires. Même les
croustilles et les boissons gazeuses devraient
être frappées de taxes supplémentaires,
proposent les libéraux, une mesure qui vise plus
à changer les habitudes qu’à financer le
gouvernement.
QUÉBEC
Même les croustilles et les boissons gazeuses
devraient être frappées de taxes
supplémentaires, proposent les libéraux, une
mesure qui vise plus à changer les habitudes
qu’à financer le gouvernement.
C ’est le pla n de matc h qu’auront à adopter en
fin de semaine les militants libéraux réunis à
Drummondville en conseil général.
Diffusée en fin de journée hier, la résolution
principale soumise au vote propose une «
loi-cadre sur la tarification » dans le but de
hausser l’ensemble des tarifs prélevés par le
gouvernement – des recettes de 21 milliards par
année proviennent de cette source si on tient
compte des factures d’électricité.
Cette loi-c ad re dev ra it , selon la
commission politique du PLQ, établir les tarifs
« en fonction d’un pourcentage déterminé des
coûts réels pour chaque service ». Les sommes
perçues devront servir à financer les services
visés, préciset-on aussi.
Une proposition soulèvera bien des débats : on
recommande que « soit envisagée la possibilité
d’instaurer de modestes frais de scolarité au
niveau collégial », des frais qui devront tenir
compte du coût des services. En contrepartie, on
préconise des balises, des « limites » aux frais
accessoires exigés par les réseaux de la santé
et de l’éducation.
Le texte tient aussi pour acquis que « beaucoup
de tarifs existent et la plupart seront indexés
», une orientation identique à celle des
documents ministériels sur la nouvelle politique
tarifaire, révélée pa r La Presse cette semaine,
et qui contenait, coï ncidence, u n projet de
loi sur une hausse générale de la tarification.
Le PLQ propose un retour des péages. Et pas
seulement pour les autoroutes 25 et 30. Selon
les libéraux, il faudrait « instaurer des péages
sur les infrastructures autoroutières
interurbaines, dont les revenus seront
exclusivement affectés au maintien des
infrastructures autoroutières tarifées ».
Montréal aura plus que sa part de postes de
péage. Sur le territoire de la Communauté
métropolitaine de Montréal, on propose un
système de péage distinct dont les revenus
seront utilisés pour améliorer la fluidité du
réseau autoroutier, améliorer le réseau
secondaire et favoriser les transports en
commun. Cette idée se trouvait déjà dans le
rapport de Claude Montmarquette rem is au début
de 2 0 0 8 . L’administration T remblay l’avait
reprise dans son plan de transport quelques mois
plus tard.
Sur cette lancée, Québec, G at i neau , Sherbro
oke e t Trois-Rivières devraient aussi subi r la
même médecine. Seule consolation : les nouveau x
usagers des tra nsports en commun devraient
bénéficier d’u ne première c a r te mensuel le
au tarif symbolique de 1 $.
Sou rce giga ntesque de revenus, une
augmentation du tarif de l’électricité est à
prévoir. « Les tarifs actuels ne reflètent pas
les coûts de production plus onéreux des
nouvelles installations », prévient le PLQ. Le
prix moyen d’un kilowattheure est de 6,8 cents à
Montréal, mais de 11,7 cents à Toronto et de
21,27 cents à New York.
Le document libéral ne parle plus du « bloc de
production patrimonial », dont les tarifs
dépendent du gouvernement et non de la Régie de
l’énergie. Les libéraux proposent plutôt «
d’ajuster progressivement les tarifs
d’électricité afin qu’ils reflètent les coûts de
production, et qu’ils varient selon le moment de
la journée et l’intensité de la demande ».
En contrepartie, on suggère d’augmenter le seuil
auquel la consommation résidentielle est tarifée
à un prix inférieur, pour protéger les personnes
à faible revenu.
L’an dernier, le gouvernement Charest avait
essuyé les critiques acerbes du vérificateur
parce qu’il n’exigeait pas les redevances
prévues auprès des m i n ières . L es d roits «
théoriques » sont de 12 % des profits. En
réalité, depuis 2002, Québec n’a obtenu que 1,5
% des profits.
Le document préconise un pourcentage plancher
pour ces droits miniers et la mise en place « le
plus rapidement possible d’une redevance sur
l’eau ». Lors de la mise en place du Fonds des
générations, on avait prévu que les capteurs
d’eau contribueraient comme Hydro-Québec, mais
on n’a jamais tarifé leurs activités finalement.
Et s’ils se lassent de parler de tarification,
les militants libéraux pourront traverser
d’autres terrains minés. La résolution propose
une série de resserrements sur les pouvoirs et
les dépenses des commissions scolaires.