Immigration...
et racisme...
| LA PRESSE & COMPAGNIE |
AUTRES MÉDIAS
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Voir aussi : Langue..
Tout le monde en parle - Charte des valeurs
québécoises - 29 septembre 2013
Louise
Mailloux exposant Amir Khadir
Immigration
- Plus d'immigrants et mieux intégrés
Une
hausse essentielle
Immigration
- Le fond du débat
La chambre de commerce de Montréal veut que Québec
accélère la cadence
How
to
stop demographic suicide
Fulfilling
Laurier’s
vision:
a
Canada
of
100 million
More immigrants are in Canada's national interest
Élèves
allophones et apprentissage du français: de véritables
éponges
Langues différentes, résultats semblables
Que penser du multiculturalisme ?...
Canadians show ambiguity towards multiculturalism - Globe
Editorial
Après
le 11-Septembre... - Chantal
Hébert
Inter/multiculturalism, and what's really at issue
À LA DÉFENSE DU MULTICULTURALISME
Multiculturalism
has
been
Canada’s
solution,
not
its
problem
Multiculturalism
hasn't failed here
Comment repenser le multiculuralisme ?...
Interculturalism: a model for integration
Quel est donc l'objectif de projeter d'aller nous vendre à
l'étranger en tant que prétendue terre d'accueil, pour que
les immigrants ainsi attirés ne puissent qu'ensuite
réaliser, une fois rendus ici, qu'ils auront en fait été
bernés, puisqu'aucune ouverture, et donc aucune véritable
perspective d'avenir ne semble s'offirir à eux, en réalité
?... Autrement dit, à qui ce petit jeu d'arnaque est-il donc
sensé profiter ?...
Travailleurs
qualifiés: le Québec en mode séduction au Mexique
Les immigrants seraient-ils donc traités au Québec comme des
citoyens de seconde classe ?...
Travailleurs
saisonniers - Les employeurs canadiens contreviennent aux
normes du travail
Des
emplois au goût amer pour des Guatémaltèques
Embûches pour toucher les prestations parentales
Travailleurs
agricoles mexicains: l'employeur résiste
Le Québec se moquerait-il réellement de ses propres
immigrants ?...
Immigrants et emploi : le Québec à la queue
Nouvelles
embûches pour les médecins diplômés à l'étranger
LE
CALVAIRE
DES
MÉDECINS
ÉTRANGERS
Le
Québec discrimine les médecins étrangers
Du
travail
pour
les
Français
?
Les
médecins étrangers peinent toujours à se faire une place
dans le réseau du Québec
Diplômé
au Canada et sans emploi
Immigration
et
marché
du
travail
-
À
scolarité
égale,
chances
inégales
Immigrants
au chômage - Lysiane Gagnon
Grossière
contradiction - FRÉDÉRIC SFEIR
Des
immigrés qualifiés au chômage
Le
vrai
voile
-
André Pratte
Immigration
- Potentiel élevé
Quebec's welcome mat needs refurbishing
Immigrants
qualifiés cherchent emploi
... tout comme d'ailleurs le Canada ?...
Immigrant
tech
stars
face
hurdles
in
quest
to start business in Canada
Canada’s
neglected
(immigrant)
seniors
Canadian-born
visible
minorities
earn
less
En
bref - Canada: peu d'emplois pour les immigrants instruits
Les
ouvriers agricoles mexicains se disent victimes
exploitation au Canada
Et pourtant, pensons-nous seulement pouvoir nous permettre
de négliger nos immigrants ?...
Les travailleurs étrangers désormais indispensables
Our
choice:
Spend
the
money
or lose the brightest
Le
déclin
démographique
du
Québec
sous
la
loupe
Bringing
smart
people
to
Canada
can
only
make
us
better
Why international student scholarships are good for Canada
Immigrants
want
success
now,
not
tomorrow
Guatemala,
P.Q.
Car pouvons-nous vraiment prétendre pouvoir nous passer de
l'immigration ?...
Un autre son de cloche
Le
poison
imaginaire
Et si nous nous trouvons donc à avoir réellement besoin de
l'immigration, alors pourquoi ne pas surtout veiller à
faciliter celle-ci, plutôt qu'à l'entraver ?...
The
Dragon’s
Den
approach
to immigration
Et la véritable question ne devrait-elle pas surtout
s'avérer de veiller à sélectionner les immigrants dont nous
avons vraiment le plus besoin ?...
Age,
language
are
key to better outcomes for immigrants
Y aurait-il réellement quelque chose qui cloche avec la
politique d'immigration du Québec ?...
Immigration: la pointe de l'iceberg
Ces
immigrants
que
l'on
choisit
mal
-
Rima Elkouri
Des
lacunes dans l'intégration des immigrants
Se pourrait-il donc que le gouvernement Charest ne soit
aucunement conscient de la nécessité d'intégrer nos
immigrants ?...
Immigration
au Québec - Loin de la réalité
Francisation
- Québec réinvestit, mais dans des cours différents
Francisation
- Courte vue
Merci
pour
vos
bons
conseils
-
Rima Elkouri
Et par ailleurs, un tel constat ne vaut-il pas aussi pour
l'ensemble des pays industrialisés ?...
La
réunification allemande - L'intégration
... et notamment pour le Canada ?...
Interdit aux idiots
Et surtout, se pourrait-il donc qu'il y ait quelque chose de
pourri au Ministère de l'Immigration ?...
Interdit aux idiots
Un
fardeau
excessif
Et pourtant, notre avenir ne repose-t-il pas justement sur
l'immigration, ne serait-ce qu'en partie ?...
La « grande séduction » du maire Gendron
Le
Conference Board mesure l'apport de l'immigration -
L'immigrant apporte idées et richesse
Attirer
les cerveaux
UNE VALEUR AJOUTÉE - François
Munyabagisha
LE
QUÉBEC À L’HEURE DE L’INCLUSION
Aller
au-delà de la ressource humaine
Voir aussi Faut-il
rappeler que l'intégration de la diversité ne s'avère
avant tout qu'une des clés premières de la productivité
?....
Pluralism : Muslim leader seeks to make Canada a model for
the world
Multiculturel,
dites-vous?
À moins que le portrait ne soit peut-être pas si sombre,
après tout ?...
Médecins
étrangers: les facultés assurent ne pas être des
«forteresses»
Étudiants
étrangers: les quotas d'entrée haussés
Québec
facilitera l'intégration des médecins étrangers
Une entente avantageuse - Lysiane Gagnon
Les
diplômes des immigrants plus vite reconnus
Le
Québec ouvre la porte aux professionnels de la santé
français
Et si l'on commençait à tout simplement nous ouvrir à
l'immigration ?...
La « grande séduction » du maire Gendron
Un
quartier macédoine
Discussion avec un maudit Français
Les nouvelles couleurs du rire
Un
autre
visage
de
Montréal
-
Rima Elkouri
Montréal
comme on l'aime
Forte
hausse des unions mixtes au Canada
Le
pâté chinois supplante le couscous
L'école
de la tolérance
«Elle
est où la neige?»
Près du tiers des Canadiens seront nés à l'étranger en
2031
Y
a-t-il trop d'immigrants? - Claude Picher
Réfugiés
et
retraités
-
Claude Picher
Les conservateurs et l'opposition s'entendent sur la loi
sur les réfugiés
Le Canada prêt à accueillir plus de réfugiés
Le système d'admission des réfugiés va être réformé
L'accueil des réfugiés, devrait-il être un prétexte pour que
n'importe qui puisse profiter des avantages de vivre au
Canada ?...
The
Dragon’s
Den
approach
to immigration
RCMP
makes
arrests
in
Tamil human-smuggling operations
Is
Canada
a
soft
mark?
Don’t
outlaw human smugglers – drive them out of business
Migration
clandestine - Harper veut des règles plus strictes
La
fin de la planque - ARIANE KROL
A
sensible attempt to fix the refugee mess
Order
out of chaos – why refugee reform makes sense-
Jeffrey
Simpson
Generous welfare lures dubious migrants to Canada,
Minister says
Et par ailleurs, ne pourrait-on pas en dire autant de notre
système d'immigration dans son ensemble ?...
Les demandes d’asile en baisse
Immigration
au Canada - Les travailleurs qualifiés s'en tirent bien
La
main-d'oeuvre qualifiée fait défaut, disent les
entreprises
A
few frank words about immigration
Seeking
immigration
review,
new
centre
focuses
on
'moral
contracts'
Et par ailleurs, les immigrants ne seraient-ils pas les
premiers à bénéficier d'une intégration linguistique
réussie, que celle-ci résulte du fait que l'on ait rendu
plus accessible un ensemble de ressources éducatives à cet
effet, ou simplement au fait que l'on ait plus
spécifiquement sélectionné nos immigrants en ce sens ?...
The citizenship test doesn't translate
Mais ceci dit, une réforme du système d'admission des
réfugiés, et du système d'immigration dans son ensemble,
devrait-il pour autant s'avérer un prétexte pour prendre
des décisions simplistes, quand ce n'est pas pour
carrément faire preuve de discrimination envers certains
groupes de la société ?...
Les libéraux rejettent le projet de loi
Comment
on
fabrique
des
vagues
La
croisière
s’amuse
Stopping
migrants
at
sea
dramatic
but
ineffective
Imagine
there’s
no
havens
-
Globe
Editorial
Tamouls
canadiens: une communauté tissée serré
Revue
de presse - Les portes closes
Une
menace venue de la mer ?
Entre
la bêtise et la naïveté
Réfugiés
tamouls - La fausse invasion
Why
we
can’t
turn
away
the
Tamil
ships
Migrants tamouls: des mois de détention à l'horizon
«Nous
ne sommes pas des terroristes»
L'exode
tamoul - Les terroristes ne sont pas où l'on pense
Il
y a une limite à tout...
Réfugiés tamouls: «ils ne m'ont pas paru bien nourris»
Viser
juste
Bienvenue
au
Canada
-
André Pratte
«J'ai
quitté mon pays pour sauver ma vie»
L’information transmise au compte-gouttes
La
ligne dure d'Ottawa dérange
Les réfugiés tamouls arrivent à Esquimalt
Réfugiés:
le gouvernement menace d'abandonner la réforme
L'illusion
des
«pays
sûrs»
-
Agnès Gruda
Réfugiés - Pas si efficace
Kenney
veers
right
on
refugees?
When
it
comes
to
refugee
claims,
it's
pretty
easy
to
ID
the
‘safe'
countries
La
réforme est inéquitable, dit l’opposition - HUGO DE
GRANDPRÉ
Mais la présence d'un certain discours plus ou moins
xénophobe devrait-il pour autant nous empêcher de faire face
aux problèmes de notre système d'immigration dans son
ensemble ?...
Missing in electoral
action: immigration
How
complex
the
culture
of
fear
N'y a-t-il pas des moments ou les réactions à l'immigration
peuvent pratiquement susciter une certaine honte d'être
québécois ?...
L’INSAISISSABLE QUÉBÉCOIS
Denying synagogue expansion reinforces ill will
Vive
déception
dans
la
communauté
juive
La
synagogue
de
la
controverse
‘Intolerance’ divides Hutchison St.
Un
réflexe
de
ceinture
fléchée
Villeray
district shows its neighbourly side
La
peur du propriétaire
Sous le couvert du "bon sens", le Québec aurait-il en fait
franchi la ligne de l'intolérance ?...
Burka
a curtain, not a threat
Is government coming to its senses on niqabs?
Le
voile ou la porte - Lysianne Gagnon
And
another thing ...
Aidez-moi
à crier
Niqab
ban harkens back to the dark days of Duplessis
Le
péril
musulman
-
Lysiane Gagnon
Du
bon
sens
à
l'intolérance
-
Lysiane Gagnon
De
juges
et
de
turbans
-
Yves Boisvert
Unreasoning anxiety elevated to law
Red
flag on Quebec niqab ban
Quebec's niqab ban sets up a legal showdown
Accommodements
raisonnables - Premières balises
Des balises raisonnables - André Pratte
Enfin, le gros bon sens - Michèle Ouimet
Québec
impose des limites au port du voile intégral
Et se pourrait-il que le Québec ne soit peut-être pas si
ouvert qu'on aurait pu le croire, après tout ?...
(ou encore : Les Québécois chercheraient-ils donc à faire
d'eux-mêmes les nouveaux champions de l'intolérance ?)
‘Intolerance’ divides Hutchison St.
Kirpan
ban
puts
Canada
on
brink
of
multiculturalism
debate
no
one
wants
Sacro-
sainte
laïcité
En
bref - Kirpan: Julius Grey déçu de l'Assemblée nationale
L’increvable
question
du
kirpan
The kirpan and Canada’s French-English divide
Le
chat
est
sorti
du
sac
-
Lysiane Gagnon
Fonction
publique: le voile intégral au centre des débats
Interdiction
de la burqa en France: réactions mitigées au Québec
When
Liberals were liberals - Lysiane
Gagnon
Veil
ban
wins
reprieve
for
struggling
Jean
Charest
Quebec's
view
on
niqab
creates
fault
line
Quebecers rally to put secularism on agenda
Two
solitudes
and
the
niqab
Le
Québec et le niqab - Comme des talibans ?
La CBC, le contexte et les sauvages - Patrick Lagacé
Le
Congrès juif s'inquiète de la croisade pour la laïcité du
Parti québécois
Le voile de la
xénophobie
«The Globe», reporting from Mars! - Patrick Lagacé
Just
what Quebec needs: a dress code
Entrevue avec Yolande James: en quête de balises
Banni,
le niqab
La
vie
en
noir
-
Michèle Ouimet
Ce
que n'a pas compris le gouvernement Charest
Sondage
Léger Marketing-Le Devoir - Le gouvernement Charest trop
«accommodant»
Religion:
gare à l'intolérance
Démagogues
s'abstenir - Rima Elkouri
Manifeste
pour un Québec pluraliste
Libre
opinion - Le voile, tu ne porteras point
Le
mot qui allume le feu - Lysiane Gagnon
... et se pourrait-il d'ailleurs que le Canada ne le soit
pas nécessairement davantage ?...
When
Liberals were liberals - Lysiane
Gagnon
The
Canadians
who
embrace
Ann
Coulter
No
room
at
the
inn
for
veiled
women?
Get
real,
Canada
Voile:
le ROC appuie Charest
Projet
de loi 94: appui massif dans le ROC
Le
niqab des solitudes, vraiment?
Discrimination
- L'ONU propose une collecte de données
Et si nous n'étions pas "si racistes que ça", après tout
?...
Le Québec des possibles
Se pourrait-il donc que les questions d'immigration,
de langue et de religion donnent parfois lieu à
l'écolosion d'un discours pour le moins étrange ?...
Affaiblie,
la loi 101 n'est plus d'aucune utilité
Laïcité
et droits fondamentaux - Une déclaration teintée
d'insouciance
Lutte
d’un
autre
temps
-
BENJAMIN-HUGO
LEBLANC
La
laïcité
pure
et
dure
-
Lysiane Gagnon
Laïcité:
une déclaration désolante
Des
intellectuels disent non à une laïcité «ouverte»
Pâques
et Noël ne disparaîtront pas du calendrier scolaire
Calendrier
scolaire: exit Noël, Pâques et la Saint-Jean
Et la défense de la laïcité devrait-elle justifier que l'on
en fasse un nouveau motif d'intolérance ?...
Laïcité
intolérante
La laïcité serait-elle donc devenue notre nouvelle religion,
avec toute la rigidité dogmatique que cela peut impliquer ?
Religious accommodation: A new front in Quebec’s
sovereignty battle?
La laïcité ne serait-elle plus devenue qu'un façade pour
camoufler un discours essentiellement raciste ?...
NEUTRE, LA LAÏCITÉ?
Mais d'ailleurs, comment pourrait-on garantir le respect de
la liberté de religion sans la neutralité qu'une certaine
laïcité permet justement de communiquer ?...
Lettres - La laïcité ouverte
Lettres - La laïcité et le drapeau du Québec
Tolérance
ou laïcité
Et se pourrait-il donc que l'on ne puisse que donner une
portée toujours plus absolue aux droits des minorités, même
au dépens de toute la société comme du bon sens, et tout
cela seulement de crainte de se voir accusé de racisme ?...
Pourquoi
un
Tribunal
des
droits?
-
Yves Boisvert
Et en fait, n'y a-t-il pas une position à défendre en faveur
d'un ordre des choses que les droits des uns ne se fassent
pas au détriment de ceux des autres ?...
Peut-on
parler d'égalité? - Marie-Claude Lortie
Let's
fashion
a
made-in-Canada
approach
to
the
burka
La laïcité ouverte est «un bateau à la coque percée»
Le gouvernement Charest ne serait-il bon qu'à jeter de
l'huile sur le dossier déjà brûlant des accomodements
raisonnables ?...
Québec
finance l'enseignement religieux dans les garderies
Et d'ailleurs, le meilleur moyen de faire exploser une
telle marmite n'est-il pas surtout de s'entêter à tenir
son couvercle fermé tant bien que mal, même si cela doit
être fait de la façon la plus maladroite ?...
Le niqab et le chronomètre - Rima Elkouri
Faites
vos
balises
-
Rima Elkouri
La
religion à la garderie: Tomassi ne veut pas intervenir
Tomassi
approuve les garderies à vocation religieuse
Une
politique
à
visage
découvert
-
Vincent Marissal
L'ouverture à l'immigration devrait-elle pourtant servir
de prétexte à la ghettoïsation ?...
Non
aux
garderies-ghettos
-
Nathalie Collard
Et ne faut-il pas avouer que certaines pratiques ne mérite
rien de moins que d'être interdites ?...
Tentative
de meurtre à Dorval: encore un «crime d'honneur»?
Le gouvernement Charest ne serait-il capable que de tenter
de gérer à la pièce le dossier des accomodements
raisonnables ?...
Garderies religieuses: Tomassi fait volte-face
Et si nous nous mettons nous-mêmes à imposer un code
vestimentaire, et qui plus est au nom de la défense liberté,
alors ferons-nous vraiment mieux que les cultures
fondamentalistes que nous prétendons justement dénoncer ?...
Du calme, du calme - Michèle
Ouimet
State
has no place in nation's wardrobes
De l’asservissement déguisé - ANTOINETTE LAYOUN
L’auteure est d’origine arabe.
Où
est
le
problème?
-
ANDRÉ
LOISELLE
L’auteur
réside
à
Saint-Faustin-Lac-Carré.
Et si vraiment nous comptons défendre la liberté, alors ne
devrions-nous pas commencer par laisser les citoyens libres
de se vêtir comme ils l'entendront, et libres aussi de
déterminer par eux-mêmes ce que leur tenue vestimentaire
peut bien signifier pour eux, justement ?...
Symbole de libération - PATRICK
SNYDER
Ignorance
religieuse
-
MALAKA ACKAOUI
Port
de signes religieux: cibler les fonctions clés
Québec
expulse encore la femme au niqab
Québec
entend «clarifier» la question du niqab
L'autre côté de la médaille - Michèle Ouimet
Niqab: le cégep Saint-Laurent avait raison
Une
police
du
niqab?
Non
merci
-
Michèle Ouimet
EXCLUSIF: une musulmane expulsée d'un cours à cause du
niqab
L'«accommodée»
déraisonnable
-
André Pratte
Et à partir de quand un accomodement peut-il devenir
déraisonnable ?...
Restricting kirpans would inflict wound on tolerance
Certains accomodements ne peuvent-ils pas s'avérer tout
simplement raisonnables ?...
Le
niqab et le complexe canadien
La
Fédération
des
femmes
veut
un
cadre
plus
souple
La
croisade laïciste - André Pratte
Et se pourrait-il que d'autres ne le soient tout simplement
pas ?...
Accommodements discriminatoires
Burqa
et niqab: la RAMQ n'a pas à se plier aux demandes
Accommodement
religieux à la RAMQ: Yolande James en désaccord
La
Nouvelle-France dans le Plateau-Mont-Royal
Haïti
P.Q.
Certains partis québécois seraient-ils en train de dériver
d'une façon des plus inquiétantes en ce qui a trait à leur
discours sur l'immigration ?...
Wise choice, M. Parizeau, and get better soon
Lettres
- Le PQ interdirait le port de la croix
Charest:
interdire le hidjab porterait atteinte aux religieuses
En
bref - Dieu n'a pas sa place à l'école, même privée, juge
le PQ
Travaux
parlementaires: l'identité nationale et la langue au menu
Le
PQ veut interdire le niqab à l'école
The
PQ's
dead-end
road
La
tâche - André Pratte
Lucien
Bouchard reproche au PQ son manque d'ouverture
Les
signes religieux devraient être interdits dans le secteur
public, selon le PQ
Cachez
ce signe religieux
Une question de nuances
Une analyse biaisée
PQ
et ADQ exigent une révision du cours d'éthique et de
culture religieuse
PQ et ADQ exigent une révision du cours d'éthique et de
culture religieuse
Voir aussi Le
PQ serait-il entré de plein pied dans un processus ne
pouvant mener qu'à sa propre marginalisation ?...
Se pourrait-il que l'on se montre soudainement un peu
moins inclusif lorsque vient le moment d'embaucher un
immigrant ?...
Immigrant
cherche désespérément du travail
Les immigrants moins bien payés au Canada
Se pourrait-il d'ailleurs que l'on ne soit pas capables de
pleinement protéger nos immigrants contre l'exploitation et
les mauvais traitements de toutes sortes ?...
Mme.
M. et beaucoup d'autres...
Vancouver,
ville ouverte?
Ottawa donne l'heure juste aux immigrants
Guide pour les immigrants: Hérouxville applaudit
Et s'il se
trouve une marmite sur laquelle Charest s'empresse de
mettre un couvercle, n'est-ce pas sur celle des
accomodements raisonnables ?...
Le grand absent - Alain
Dubuc
Se pourrait-il donc que certains accomodements puissent
s'avérer n'être tout simplement pas raisonnables ?...
Le
niqab
contre
la
justice
Port
du niqab - Excès de compromis
Niqab decision: doing justice means seeing the face -
Globe Editorial
Du nouveau sur les accomodements ?...
Retour dans la cabane à sucre - Yves Boisvert
La
ségrégation subventionnée, non merci - Rima Elkouri
2Fik
le laïc - Marie-Claude Lortie
Et encore une autre crise ?...
Le retour tranquille de la religion - Michèle Ouimet
Le
Québec sur une pente dangereuse -
AGNÈS GRUDA
Une laïcité à affirmer -
Jean Hébert
S'accommoder - MARIO ROY
1-800-Accommodements
- Rima Elkouri
Le
projet de loi 16 jeté aux oubliettes - Denis
Lessard
Encore des accomodements ?...
La neige du samedi - Marie-Claude Lortie
1-800-Accommodements
- Rima Elkouri
N’avons-nous rien appris? - ANDRÉ PRATTE
Le
bon filon
- LYSIANNE GAGNON
Les
Québécois restent opposés aux accommodements
- Louise Leduc
Des
demandes analysées au cas par cas
Cinq cas soumis à la Commission des droits de la
personne - Louise Leduc
Un manque de leadership politique déploré
Droits
indissociables - Alexa Conradi
Gare au simplisme - André Pratte
Le projet de loi 16 est « une boîte de Pandore
» - Tommy Chouinard
Un
coup de frein - André Pratte
Elle portait le voile - Marc Cassivi
La tentation autoritaire -
Mathieu Bock-Côté
Y aurait-il donc quelque chose qui cloche sérieusement avec
nos Ministères de l'Immigration ?...
Immigration:
Ottawa veut sévir contre les consultants malhonnêtes
Menacée
d'expulsion malgré une grossesse à risque
Une
famille risque d'être expulsée au Pakistan
Une
famille congolaise réunie au Canada après 5 ans d'attente
« On a froid, on a faim! » - André
Duchesne
La
longue route du Congo au Canada - Agnès Gruda
Quatre ans sans voir leurs six enfants -
Agnès Gruda
Dans
la maison des fous d'Immigration Canada - Rima Elkouri
Et se pourrait-il d'ailleurs que nous ne soyions pas les
seuls à se moquer ainsi de ses propres immigrants ?...
Fin
tragique pour une famille immigrante
Comment ne pas acceuillir ses immigrants !...
Mauvaise manière
Aurions-nous réussi à exporter notre cher débat sur les
accomodements raisonnables ?...
France:
l'interdiction totale du niqab jugée contraire à la
Constitution
Débats
périlleux
-
Lysiane Gagnon
Un
autre
cas
déraisonnable
-
Lysiane Gagnon
France:
les restaurants Quick prennent un virage halal
France
- Nouvelle tempête autour du voile
France
- Geste d'éclat contre la burqa
Le
casse-tête de la burqa
La
France
déterminée
à
bannir
la
burqa
Maniez
avec précaution... - Mario Roy
Le
débat sur l'identité culturelle dérape en France
France:
nouveau dérapage d'un ministre de Sarkozy sur l'identité
nationale
Besson:
le champion de «l'identité nationale»
Minarets
en France: Sarkozy appelle au respect mutuel
Un
regard français - Mario Roy
La
France lance un «grand débat sur l'identité nationale»
Accomodements:
la Belgique tentée par le modèle québécois
Burqa et crucifix... - Mario Roy
Et pourtant, si l'intolérance pure et simple ne s'est-t-elle
pas démontrée capable de croupir partout et de tout temps
?...
France: un débat sur le voile intégral dégénère
La
France expulse des Afghans sur fond de polémique
Et se pourrait-il donc que l'heure ne soit plus à
l'intolérance, après tout ?...
Europe’s culture wars go Dutch
En
bref - Avis défavorable à l'interdiction de la burqa
Le
voile
démagogique
-
Yves Boisvert
France:
l'interdiction totale du niqab jugée contraire à la
Constitution
La
montagne accouche d'une souris
La
nouvelle épine au pied du gouvernement Sarkozy
Rien
à voir - Pierre Foglia
Les
tours divines - Mario Roy
La sécurité de la Suisse «n'est plus garantie»
Sus
aux minarets! - Lysiane Gagnon
La
Suisse galvanise l'extrême droite
L'ONU
contre l'interdiction des minarets en Suisse
Minarets: levée de boucliers contre la Suisse
... bien que les apparences s'avèrent pourtant plutôt fortes
pour ce qui est de nous faire croire le contraire ?...
France:
vote massif en faveur de la loi antiburqa
Élections
aux Pays-Bas - À droite toute
Élections
aux Pays-Bas: le parti anti-islam crée la surprise
Premier
pays occidental à le faire : La Belgique interdit le voile
intégral
France: après la burqa, la polygamie
Sarkozy
veut bannir la burqa
Le gouvernement français a tranché - Interdiction totale
du voile intégral
European
burka
bans
linked
to
hardening
anti-Muslim
sentiment
Montréal,
Paris, Bruxelles
Le
retour de l'extrême droite en Europe
Italie: l'improbable succès d'un parti xénophobe
The
scary
world
of
Geert
Wilders
L'extrême
droite aux Pays-Bas - La peste
«Triste» percée d'un parti xénophobe au Pays-Bas
Doit-on
bannir le niqab et la burqa au Canada? - Agnès
Gruda
Québec
n’est pas prêt à donner la primauté à l’égalité des
sexes - Tommy Chouinard
La laïcité ne peut être ignorée - Rima Elkouri
Francisation
pour immigrants : Des cours « trop » populaires
- Marie Allard
Le Québécois, raciste ? Un tabou -
Pierre Nepveu
La méconnaissance des langues officielles coûte cher
- RUDY LECOURS
LES
MURS
ONT GAGNÉ - AGNÈS GRUDA
Voir aussi Dossier MURS
Femmes
immigrées : Les emplois de qualité sont rares
- Silvia Galipeau
Levée de boucliers contre l’expulsion des migrants
afghans - Marc Thibodeau
PARIS Tollé
autour d’un projet de vol nolisé pour renvoyer des
Afghans
Le
hijab interdit dans les écoles belges
« C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes
» - Marc Thibodeau
Il ne fait pas bon être noir à Moscou -
Frédérick Lavoie
Clandestins
morts
en
mer
La
ligne
dure
de
Berlusconi
critiquée
Un candidat noir à des élections en Russie
Immigration
: Un équilibre fragile - Gérard
Pinsonneault
Elle n'est pas une poupée - Rima Elkouri
Au
nom de « l’honneur » - Laura -Julie
Perrault
Préférer la prison au nom de famille
souillé - Judith LaChapelle
Crime
d'honneur : DES MENTALITÉS À CHANGER -
Yolande Geadah
Le
terrain
des superstitions - Patrick Lagacé
Voir aussi
Le
terrain des superstitions - Patrick Lagacé
et Des
meurtres
banalisés Les crimes d’honneur ont été exportés en
Occident - Djemila Benhabib
ainsi que Avant
de lancer la pierre... - Julie St-Hilaire
Une
famille
séparée par l’Immigration -
Laura-Julie Perrault
Les
préjugés envers l’islam sont tenace au Québec
Les communautés culturelles boudées par
les médias
Immigration : Québec solidaire
accuse Charest de ne rien faire
Le
nombre
de plaintes en forte baisse- Discrimination
envers les locataires issus des minorités visibles
«
NANNYGATE » La vulnérabilité des aides familiales
venues d’ailleurs mise en lumière
Une
femme
et sa valise - RIMA ELKOURI
LE VOILE : UN SIGNE DE DOMINATION?
- Alexandra Sicotte-Lévesque
Encore
le voile? - LYSIANNE GAGNON
Port
du voile dans la fonction publique : Contre une
loi - MICHÈLE OUIMET
La
ministre St-Pierre en accord avec la Fédération des
femmes duQuébec
Port
du voile : Un choix démocratique
Le
tsunami du foulard, prise 2 - KATIA GAGNON
En ne voulant voir le voile que de notre point
de vue et donc comme un symbole d'oppression, ne nous
trouvons-nous pas surtout à faire fi de la liberté des
femmes dans cette question, et donc à ne faire
nous-mêmes rien d'autre que de l'oppression ?...
Égalité, laïcité, sérénité - Marie-Claude Lortie
Les symboles jamais
anodins - Louise Beaudoin
Décriminaliser
l’identité nationale - Mathieu Bock-Côté
Abandonnées
à leur sort
Port du
voile dans la fonction publique : La
Fédération de qui? - MARIE-CLAUDE LORTIE
Port du voile dans la fonction publique
: TRAHISON !...
Laïcité : le dur chemin de
croix... - MARIO ROY
« Burquer » ou pas...
- Mario Roy
La
France songe à interdire la burqa
JUGEMENT DE LA COUR SUPRÊME Les huttérites
devront se doter d’un permis de conduire avec photo
Et que dire bien sûr de ces fameux accomodements
raisonnables ?...
L'intolérance
entraîne
un
coût
économique - Rémi Nadeau
Le malaise
généré par certaines pratiques d'accommodement au Québec
ne doit pas être confondu avec un malaise face à
l'immigration. - Lia Lévesque
Les craintes
face aux accommodements raisonnables ressortent, entre
autres choses...
La
commission Bouchard-Taylor à l’heure des valeurs
québécoises - Norman Delisle
La crise,
quelle crise? - Michèle Ouimet
Le feu aux poudres
Avant
d'enterrer la Commission - Yves Boisvert
Accueil des
immigrants : les régions manquent de moyens - Lia Lévesque
La métamorphose de la question nationale - Mathieu Bock-Côté
Et si l'on parlait simplement de racisme ?...
Tintin au Congo visé par une plainte
Voir aussi Le
racisme serait-il encore profondément incrusté en Amérique
?...
Excluons la religion - SAMI BEBAWI
Le
test
du
voile
islamique
intégral
-
Mario Roy
Le ciel est bleu - Pierre
Foglia
Peuple
québécois, puis-je compter sur ta solidarité?
All
aboard
the
niqab
ban
|
THE GAZETTE
GLOBE AND MAIL
***
L'ACTUALITÉ
TIME MAGAZINE
NATIONAL POST
The reasonable accomodation debate
In Defence Of Herouxville
|
|
|
UNE VALEUR AJOUTÉE - François Munyabagisha
Sur le plan
économique, des immigrants font rentrer au pays plus d’argent
neuf qu’ils n’en reçoivent
Des immigrants sont des clés privilégiées d’accès aux marchés
étrangers. Et ils ne coûtent pas cher, juste un coup de pouce
pour leur intégration.
L’immigrat ion est souvent perçue et présentée comme une
source de main-d’oeuvre, une solution à un déficit
démographique. Sans être erronée, une telle vision occulte des
pans de contributions des immigrants à leur nouvelle société.
Un immigrant, qu’importe sa motivation, est en partant un
entrepreneur. Entendons qu’entreprendre, c’est prendre des
risques monnayables. Et qui dit risque traduit l’inconnu. En
quittant son pays, l’immigrant va vers l’inconnu, à la
recherche d’un trésor. C’est toujours dans l’inconnu que se
trouve caché, le trésor. L’immigration ouvre à de nouvelles
réalités, à des désillusions tout comme à des occasions
nouvelles d’accomplissement, en emploi, en art, en entreprise,
en politique, etc.
De tout temps, des immigrants ont un apport dont on ne parle
pas, sinon à rabais. Culturellement, j’en passe. Sur le plan
économique, des immigrants font rentrer au pays plus d’argent
«neuf» qu’ils n’en prennent.
En 2009, Mohamed a exporté vers la Tunisie la friperie pour
120 000$. En emploi, il a gagné à peine 40 000$, dont il a
investi le tiers dans le démarrage de son entreprise. Mon
autre client, Samir, a exporté des rétro-chargeurs et des
pelles usagées pour plus de 250 000$. Son revenu d’emploi,
réinvesti dans notre économie, était à peine de 27000$. Tandis
qu’Ahmed, en affaires à temps plein, a vendu à l’exportation
des autos usagées ou accidentées, pour une valeur excédent 500
000$. Ses clients sont tous des immigrants.
La même année, Muhawe a permis à une entreprise de Montréal
d’obtenir en Afrique un marché de solutions informatiques,
pour plus de 1 million de dollars. Quant à Koné, ré-immigré à
LosAngeles après un long séjour d’étude à Montréal, il exporte
d’une entreprise de Boucherville des cosmétiques pour 60 000$
trimestriellement.
Ces cas sont
vrais. Je peux en fournir plusieurs dizaines autres, dans des
domaines aussi variés que la récupération, l’alimentation, les
équipements, les services, la finance, l’industrie chimique.
Ce n’est là qu’une toute menue fenêtre ouverte devant ma
petite cour, et des cas d’immigrants non choisis, rentrés
comme réfugiés ou étudiants, donc non-investisseurs à
l’arrivée.
Des immigrants sont indéniablement des clés privilégiées
d’accès aux marchés étrangers. Et ils ne coûtent pas cher,
juste un coup de pouce pour leur intégration. Un nombre non
négligeable d’entreprises québécoises ont su trouver dans la
ressource immigrante un second poumon, un second souffle.
Voire certaines industries en dépendent, à l’exemple la
friperie et l’épicerie du quartier, pour les plus visibles.
Cette contribution mérite d’être valorisée, d’autant plus que
c’est l’exportation qui nous permet de maintenir ou
d’améliorer notre train de vie. Un pays qui exporte,
s’enrichit, à moins de n’exporter que la matière brute non
renouvelable. Un pays qui importe plus qu’il n’exporte
s’appauvrit, à moins de transformer ou réexporter.
Mon grand père disait : « Tu auras beau avoir plusieurs poches
dans ton blouson, leur nombre ne t’apportera pas la richesse.
Elle est dans la poche d’autrui. » En effet, on ne s’enrichira
pas en jouant aux cartes avec les billets verts, plutôt en les
faisant transiter par la poche de l’autre.



À plus de 70%, la production des Canadiens est exportée. Bien
que les États-Unis constituent la destination première, les
autres marchés sont tout autant importants. Ainsi, plus nous
avons d’immigrants originels de divers pays, plus nous
valoriserons l’esprit d’entrepreneur sommeillant en chacun,
plus nous ouvrirons des portes d’accomplissement et
d’enrichissement collectif.
LE
QUÉBEC À L’HEURE DE L’INCLUSION - Caroline Rodgers
Le mot diversité
est sur toutes les lèvres dans les entreprises par les temps qui
courent. C’est le branle-bas de combat dans les départements de
ressources humaines.
De plus en plus, on veut des employés à l’image de la société
dans laquelle on vit : plurielle, composée d’êtres humains de
tous les horizons. On recrute du personnel de toutes origines
ethniques, religions, âges, sexes et orientations sexuelles.
Dans un contexte où la chasse aux employés prend des allures de
véritable guerre des talents, les employeurs ne peuvent plus se
permettre de négliger le potentiel présent au sein de ces
différentes communautés. Non pour paraître politiquement
correct, mais parce que la diversité en entreprise est une
réponse à la pénurie de main-d’oeuvre. Elle représente désormais
un enjeu stratégique majeur.
Dans toutes les sphères de la société, on retrouve des gens
qualifiés et prêts à travailler. Ignorer cette réalité, c’est se
priver d’un bassin important de talent et d’expérience.
Alors qu’il n’y a pas si longtemps on parlait encore de
discrimination positive, de « donner une chance » aux candidats
issus de minorités, le vent est en train de tourner.
C’est au tour de l’entreprise de courtiser le candidat à
l’embauche pour le convaincre qu’elle est l’employeur de ses
rêves.
L’inclusion
Pour attirer tout ce monde, il faut montrer que l’on favorise
l’inclusion, et que tous se sentent les bienvenus.
Il ne suffit pas d’embaucher des employés issus de différents
groupes. Encore faut-il qu’ils se sentent pleinement acceptés
avec leurs différences et aient le goût de demeurer dans
l’entreprise, explique Lynn Lapierre, codirectrice aux
ressources humaines chez Ernst& Young.
« S’ils n’arrivent pas à travailler avec les autres et ne se
sentent pas acceptés, ils ne peuvent pas être vraiment eux-mêmes
au travail, dit-elle. L’organisation n’aura pas atteint ses
objectifs, parce que la personne n’aura pas réussi à mettre ses
talents à contribution. »
Mais il ne
s’agit pas uniquement d’une question de recrutement et de
rétention.
Les
équipes composées de personnes différentes sont plus créatives
et plus performantes. Elles favorisent la compétitivité de
l’entreprise et permettent de mieux comprendre les différents
marchés.
« Quand on a des gens qui viennent d’horizons différents, i ls
approchent les problèmes de façon différente, dit Louise
Rainville, coprésidente du Conseil canadien pour la diversité
chez Samson, Bélair, Deloitte& Touche. Cela nous aide à
innover et à résoudre des problèmes. En plus, un milieu de
travail qui reflète mieux la diversité de notre clientèle nous
permet de mieux la comprendre et de mieux la servir. »
Les entreprises qui ont compris ces enjeux forment depuis
quelques années des départements spéciaux pour gérer la
diversité, car celle-ci entraîne son lot de petites frictions et
d’incompréhensions, tantôt culturelles, tantôt générationnelles.
Ou même les deux.
« À l’ère de la diversité, des gens présentement à la retraite
reviendront sur le marché du travail, et vont avoir comme
patrons des jeunes de 30 ans, qui ne seront peut-être même pas
de leur culture, dit le conférencier Alain Samson. Tout le monde
devra s’adapter. »
L’heure est donc à la sensibilisation, aux comités d’employés
venant de minorités, aux semaines thématiques et aux
accommodements. Car qui dit employés différents dit mentalités,
cultures et besoins différents.
Il faudra aussi assouplir l’organisation du travail et la
gestion des avantages sociaux pour répondre aux différents
besoins des employés.
On se dirige vers une gestion des ressources humaines à la
carte, selon M. Samson, qui est aussi l’auteur du livre Mon
équipe est multicolore mais je suis daltonien.
En milieu de travail, l’ère des programmes universels est
révolue en même temps que celle de l’homme blanc hétérosexuel
majoritaire.
« Il faut se débarrasser du mythe égalitaire, dit Alain Samson. Auparavant, l’organisation du travail était
simplifiée par l’uniformité. Tout le monde avait les mêmes
besoins, alors on pensait que ce serait mieux si on traitait
tout le monde de la même façon. Mais ce n’est plus le cas. »
Grossière contradiction - FRÉDÉRIC SFEIR
Les pays
occidentaux poussent les musulmans à émigrer chez eux… mais
adoptent des lois pour les forcer à « s’intégrer »
C’est une psychose. Une obsession incontrôlée. Un détail qui
ne passe plus, ou presque plus. C’était récemment au tour de
la Belgique d’adopter un projet de loi interdisant le port du
voile à l’école, suivant les pas de la France et de
l’Allemagne.
Ici, au Québec, l’histoire de cette étudiante d’origine
égyptienne, Naema, portant le niqab au cégep SaintLaurent, a
monopolisé les médias nationaux pendant plusieurs jours,
crispant un peu plus l’atmosphère déjà trop tendue entre les
Canadiens de confession non musu lma ne e t le s musulmans.
Ce n’est plus un secret pour personne : le voile n’est plus le
bienvenu en Occident.
Mais au-delà des images véhiculées par les médias, au-delà de
Naema et de son obsession à cacher son visage, que font nos
sociétés occidentales pour briser ces tensions qui commencent
déjà à envahir les politiques européennes ?
Il devient flagrant qu’il existe une grossière contradiction
entre la politique intérieure et la pol itique extérieure de
nos pays de l ’ Ouest . D’un côté, nos sociétés se trouvent
confrontées à un nombre important de citoyens de confession
musulmane, ne sachant plus quelles lois voter pour les «
intégrer » aux us et coutumes d’ici, et de l’autre, les pays
occidentaux soutiennent les forces qui poussent ces musulmans
à émigrer de leurs pays d’origine pour venir s’installer sous
des cieux plus cléments.
Entre le soutien affiché envers plusieurs régimes arabes non
démocratiques (Égypte, Jordanie, Arabie Saoudite) et l’appui
inconditionnel envers Israël, l’Occident n’améliore pas la
situation critique dans laquelle se trouve cette partie du
monde en quête de stabilité. La classe moyenne de ces pays à
majorité musulmane émigre ainsi vers des régions plus
sécuritaires : l’Europe et l’Amérique du Nord (entre autres).
Ce f lot
d’émigrés arabes dérange de plus en plus et les médias
occidentaux commencent à placer les histoires de mosquées et
de voile à la une de l’actualité quotidienne. Ces gens, qui
nous paraissent si différents, viennent s’installer chez nous
car ils recherchent une vie meilleure, un standard qu’ils
n’ont plus chez eux. Leur culture nous est étrangère et leurs
traditions nous semblent arriérées.
Pourtant, chez eux, ça fonctionnait très bien avant. Leurs
sociétés étaient tolérantes et sécuritaires, il n’y a pas si
longtemps. Damas, Bagdad, Téhéran étaient il y a quelques
décennies des métropoles prospères et sécuritaires. En ce
temps-là, le débat des accommodements raisonnables aurait
sonné comme du chinois dans nos pays occidentaux. Soixante ans
plus tard, le MoyenOrient est plus déchiré que jamais et la
question de l’islam en Occident fait rage. Un hasard ? Que
nenni.
C’était à prévoir : le Maghreb, appauvri par la colonisation
et les guerres, les dictateurs arabes fortement supportés
(pour ne pas dire maintenus) par les États-Unis et leurs
alliés, et enfin, le conflit israélo-palestinien qui envenime
la sécurité au Proche-Orient avec les puissances occidentales
qui affichent obstinément leur soutien économique et politique
à l’État hébreu. L’Occident n’a rien fait, politiquement, pour
donner aux classes moyennes arabes une raison de demeurer dans
leur pays. Il les a même souvent forcées à quitter.
Et aujourd’hui que ces gens demandent exil ici, nos sociétés
légifèrent et manipulent l’opinion publique par des
images-chocs de femmes portant le fameux voile intégral. Il en
résulte une population d’immigrants à forte majorité modérée
qui se sentent visée et montrée du doigt, lorsque dans les
faits ce n’est qu’une poignée d’individus provocateurs qui
profitent de l’excès de liberté pour faire valoir leurs
opinions extrémistes.
Attaquer le malaise par sa source
Là est la véritable solution que nous devons courageusement
trouver pour mettre fin à ce dangereux crescendo
d’islamophobie. Ne pas mettre la minorité intégriste et la
majorité modérée et silencieuse dans le même panier, et sur
tout , réviser not re politique extérieure vis-à-vis du
Moyen-Orient pour qu’il arrête de saigner. Tout le monde en
sortirait gagnant, et les affiches de minarets en forme de
missiles n’auront plus lieu d’être placardées dans les rues
d’Europe.
Lutte d’un autre temps - BENJAMIN-HUGO LEBLANC
Laïcisation ne
doit pas rimer avec antireligion
Si la déclaration « Pour un Québec laïque et pluraliste »
prétend aux principes de séparation et de neutralité qui
fondent effectivement la laïcité, elle en propose toutefois
une conception relativement usée, voire surannée.
La laïcité doit-elle vraiment s’ériger en rempart contre la
volonté présumée du religieux de s’insinuer dans l’espace
public ? Doit-elle se traduire par une forme d’hygiénisme qui
chercherait à juguler l’expression religieuse pour assainir ce
même espace? Voilà qui évoque les luttes d’un autre temps,
lorsque laïcisation rimait avec anticléricalisme et
antireligion.
Mais ce temps n’est plus: la séparation de l’État et du
religieux est consommée, et la neutralité institutionnelle,
pleinement exercée. Bien qu’elle ne soit pas figée dans une
charte, la laïcité qui se pratique au Québec est bien réelle;
c’en est une qui intègre plus qu’elle n’assimile, en se
souciant de l’autonomie morale des individus et de
l’expression de leur liberté dans les limites prescrites par
la loi.
Ainsi, l’appartenance religieuse n’a pas, pour l’État-arbitre,
un statut supérieur ni inférieur à celui d’autres composants
de l’identité, tels le sexe, l’âge ou l’ethnie, comme en
témoignent les multiples applications de l’accommodement
raisonnable ; et il n’appartient pas à ce même État de
déterminer la charge symbolique d’un signe religieux.
Or en cela, notre laïcité de reconnaissance évite,
précisément, le piège que nous tend cette déclaration. Car à
rebours d’une neutralité qui considère désormais le religieux
dans sa dimension essentiellement culturelle, les auteurs de
ce nouveau manifeste semblent toujours lui conférer une charge
symbolique qui, en retour, leur permet d’y voir une menace et
d’alimenter leur discours de combat. À les lire, le religieux
ne serait pas un élément constitutif, mais plutôt intrusif, de
l’espace public.
Mais peut-on
encore affirmer, aujourd’hui, que cette singularisation du
religieux par vieil antagonisme oeuvre en faveur de la
neutralité et, partant, de la laïcité? À titre d’exemple,
l’échec à considérer nos propres symboles religieux comme le
témoignage d’un héritage historique et culturel, en leur
conférant encore aujourd’hui une valeur religieuse qui nous
inciterait en retour à les soustraire aux regards, dénote-t-il
vraiment une posture laïque? On peut en douter. Comme on peut
douter que cette pratique de la dissimulation, proposée par
ladite déclaration, soit nécessaire et pertinente.
Ainsi, à moins qu’elle ne concerne la sécurité ou le bon
fonctionnement d’une institution, la manifestation d’une
adhésion religieuse n’impose rien d’autre à l’environnement
social que l’obligation de s’exercer à l’accueil de la
diversité. Un exercice nécessairement difficile. Quant aux
valeurs de société que cette adhésion ostentatoire pourrait
heurter, telle l’égalité des hommes et des femmes, leur
respect est déjà assuré par l’appareil législatif. En outre,
interdire dans l’espace public l’expression de valeurs perçues
comme différentes par la société d’accueil serait
démocratiquement périlleux.
Subsiste alors le problème que soulèvent ces manifestations
dans la fonction publique. Mais les frapper d’interdiction ne
revient-il pas à confondre neutralité apparente et neutralité
effective? L’absence de symbole religieux ne garantit qu’une
apparence de neutralité, alors que la neutralité effective
s’exerce par l’application réelle des normes laïques dans
l’exercice d’une fonction, indépendamment des multiples signes
d’appartenance – ethnique, culturelle ou religieuse – du
fonctionnaire. Contraindre celui-ci à dissimuler son
appartenance religieuse, outre de confiner la neutralité à un
vain simulacre, suggérerait implicitement l’incapacité de ce
fonctionnaire à distinguer sa religion de sa fonction, ou
pire: l’incapacité des citoyens euxmêmes à faire cette
distinction.
En somme, les tenants d’une charte de la laïcité ne
devraient-ils pas s’employer à valoriser l’exercice véritable
de la neutralité étatique, plutôt que d’exhorter à la
dissimulation d’une altérité religieuse dont le seul crime est
de se donner à voir?
Certes, on peut déplorer que certaines pratiques
d’accommodement aient pu exercer une contrainte excessive sur
la « majorité » et, de toute évidence, de nombreux ajustements
devront être apportés. Néanmoins, l’erreur serait d’espérer en
faire l’économie par l’application d’une laïcité crispée
traitant le religieux en fait d’exception et, conséquemment,
sacrifiant la neutralité dont ironiquement elle se réclame.
Depuis plusieurs années, des sociologues français appellent à
une « laïcisation de la laïcité ». Plutôt que de s’inspirer
d’un ancien modèle désormais en crise, le Québec gagnerait à
proposer aujourd’hui le modèle de demain.
ACCOMMODEMENTS
RAISONNABLES Le projet de loi sur la glace
QUÉBEC — Tout i ndique que le projet de loi 16 sur les
accommodements raisonnables sera tué dans l’oeuf par le
gouvernement.
Lors des
consultations sur le sujet, début octobre, le projet de loi
piloté par la ministre de l’ Immigration, Yolande James, avait
soulevé de vives controverses.
Un mois plus tard, la pièce législative devant favoriser la
diversité culturelle n’a franchi aucune nouvelle étape, et
rien ne figure à l’horaire, a indiqué le cabinet de Mme James,
hier.
L’étape suivante normale, soit l’étude article par article, a
été reportée sine die.
Officiellement, le projet figure toujours au feuilleton, mais
le gouvernement ne se fixe plus aucune échéance pour hâter son
adoption avant l’ajournement des Fêtes.
« Il faut prendre le temps qu’il faut», a indiqué l’attaché de
presse de la ministre, Luc Fortin.
Rappelons que, le mois dernier, le projet de loi avait suscité
beaucoup de méfiance, en raison des menaces qu’il pourrait
faire peser sur l’égalité entre les sexes, sous prétexte de
satisfaire aux demandes des immigrants et les membres des
communautés culturelles.
L’intention
de Québec était de forcer les ministères et organismes
gouvernementaux à se doter de directives destinées à répondre
favorablement aux demandesparticulières des communautés
culturelles, incluant celles d’ordre religieux.
L’opposition officielle conclut du silence gouvernemental,
depuis la fin des consultations, que le projet de loi tombera
aux oubliettes.
« On sent un malaise très, très clair » au gouvernement,
commente, en entrevue téléphonique, le député péquiste
responsable du dossier, Benoît Charette.
Le cabinet de la ministre James reconnaît que le contenu du
projet de loi fait présentement l’objet d’une «analyse».
Pressée de questions par l’opposition lors des consultations
sur son projet de loi, Mme James, sur la défensive, avait
refusé de donner explicitement préséance aux droits des femmes
à l’égalité sur la liberté religieuse.
Pour calmer le jeu, elle avait cependant convenu d’amender son
projet dans le sens d’y énumérer trois grandes valeurs de la
société québécoise, à savoir la séparation entre l’Église et
l’État, la primauté du français et l’égalité entre les sexes.
Le PQ se réjouit donc de voir le gouvernement reculer, mais du
même souffle, il lui reproche de ne pas agir de façon
responsable pour éviter une nouvelle crise identitaire au
Québec.
«Est-ce que je me réjouis que le projet de loi dans sa mouture
actuelle soit mis de côté? Certainement. Est-ce que je me
réjouis de l’inaction du gouvernement? Non, parce qu’elle est
grave en conséquences», selon le député de Deux-Montagnes, qui
appréhende «une nouvelle crise sociale».
Une laïcité à affirmer - Jean Hébert
Si l’Assemblée
nationale ne le fait pas, les tribunaux pourraient alors
donner préséance à la suprématie de Dieu
Dans un débat mettant en cause les valeurs rel igieuses et le
principe de laïcité, la justice doit-elle convenir de la
primauté de Dieu ou donner préséance au caractère laïc des
institutions publiques?
Cette délicate question peut resurgir à tout moment dans les
litiges où s’emmêlent le multiculturalisme canadien,
l’interculturalisme québécois, la diversité culturelle et la
liberté religieuse à connotation identitaire.
La liberté de conscience et de religion fait l’objet d’une
généreuse interprétation par la Cour suprême. De plus, le
préambule de la Charte canadienne des droits et libertés
affirme la suprématie de Dieu et la primauté du droit.
Avant l’adoption du texte final de notre charte
constitutionnelle en 1982, l’insertion tardive d’une référence
à Dieu dans le préambule fut la dernière modification avant le
rapatriement de notre constitution. Plutôt réfractaire à cette
insertion, et sans trop y croire, le premier ministre Pierre
Elliott Trudeau avait cédé aux pressions de la députation
libérale. Selon lui, Dieu n’avait rien à cirer d’être ou de ne
pas être dans la constitution.
Pour comprendre l’attachement de plusieurs élus à une
reconnaissance explicite de la suprématie de Dieu, un regard
dans le rétroviseur de l’histoire s’impose.
En 1960, le premier ministre John Diefenbaker a fait adopter
par le Parlement la Déclaration canadienne des droits. Cette
loi fédérale reconnaît, dans son préambule, « que la nation
canadienne repose sur des principes qui reconnaissent la
suprématie de Dieu ». Il est affirmé que « les hommes et les
institutions ne demeurent libres que dans la mesure où la
liberté s’inspire du respect des valeurs morales et
spirituelles et du règne du droit ».
Pendant le second conflit mondial, dans un contexte de
fébrilité religieuse, la classe politique occidentale avait
lié l’idéal chrétien à la promotion des droits de l’homme. Les
élites protestantes et catholiques soutenaient le gouvernement
de Mackenzie King pour contrer l’influence païenne du
national-socialisme et défendre la civilisation chrétienne.
Plus tard, à
l’époque du maccartisme américain, dans la lutte contre le
communiste athée, la tradition chrétienne a servi de carburant
au modèle démocratique. L’un des architectes de l’OTAN, Lester
B. Pearson, alors ministre canadien des Affaires étrangères, a
déclaré en 1953 que l’idéal chrétien devait guider la
politique et l’action d’un gouvernement démocratique.
En 1959, le climat politique ne se prêtait pas à une révision
constitutionnelle. L’ambitieux projet du premier ministre
Diefenbaker se mua en peau de chagrin: l’instrument
constitutionnel souhaité n’était plus qu’une simple loi
fédérale. Des groupes de pression, incluant les églises
protestantes et catholiques, montèrent aux barricades. On
exigeait que la tradition chrétienne soit reconnue dans le
texte de loi.
Au final, la Déclaration canadienne fut unanimement adoptée
par les deux chambres du Parlement. Le ministre de la Justice,
Davie Fulton, opina que le préambule de cette loi fondamentale
consacrait les principes susceptibles de garantir la pérennité
d’une démocratie libre et chrétienne.
Nulle part dans notre aménagement constitutionnel , le
caractère laïc, séculier ou neutre de l’État (canadien ou
québécois) n’est-il affirmé. Ce sont les juges qui, à la
pièce, ont façonné la reconnaissance de fait du principe de la
séparation de l’Église et de l’État.
Notre charte constitutionnelle fait voir un pôle libéral
individualiste: c’est unedéclarationdu citoyen. Ce sont donc
les personnes (par opposition aux groupes) qui bénéficient de
la liberté de religion. Mais, attention! Vu l’importance de la
spiritualité dans une société diversifiée, le concept
juridique de Dieu peut prendre du volume.
Dans la mesure où des personnes reliées à un groupe ou une
collectivité ne doivent pas être discriminées sur la base de
leurs croyances ou pratiques religieuses, la notion
protéiforme de Dieu pourrait alimenter des revendications
culturelles et identitaires… à connotation religieuse.
Comment savoir si, éventuellement, les tribunaux donneront
préséance au principe non écrit de laïcité de l’État sur la
suprématie de Dieu (et la liberté religieuse), celle-ci étant
burinée dans le bronze de la constitution canadienne?
Au Québec, une affirmation forte du principe de laïcité par
l’Assemblée nationale pourrait utilement remplir un vide
juridique et orienter la démarche des juges.
Le projet de loi 16 jeté aux oubliettes - Denis
Lessard
Charest ne veut
pas relancer la controverse des accommodements raisonnables
Le projet de loi visait à amener les organismes gouvernementaux
à se doter de directives afin de mieux répondre aux différences
culturelles des immigrants, en particulier les pratiques liées
aux convictions religieuses. Avant de suspendre les travaux de
l’Assemblée nationale pour une semaine, pour l’Action de grâce,
le gouvernement avait passé plusieurs journées difficiles.
L’opposition péquiste et adéquiste avait vite soufflé sur les
braises de la controverse à propos des accommodements
raisonnables.
Le gouvernement n’aura pas à publiquement annoncer la mort de ce
projet controversé, il ne sera tout simplement pas rappelé pour
poursuivre le cheminement habituel à l’Assemblée nationale,
expliquent plusieurs sources à La Presse.
Les stratèges
du PLQ et l’entourage de Jean Charest ont été surpris du
caractère encore inflammable de toute intervention dans le
terrain miné de la diversité culturelle et des valeurs
religieuses. La semaine dernière, relancé par La Presse, le
porteparole de la ministre Yolande James avait été catégorique:
le projet de loi allait poursuivre les étapes normales menant à
l’adoption à l’Assemblée nationale.
Plus récemment, la ministre James a été moins catégorique. « Le
projet de loi avait été appuyé unanimement » lors de son dépôt.
« Le projet de loi est devant l’Assemblée nationale... Je vais
travailler avec les collègues de l’opposition », s’est-elle
contentée de dire.
Inoffensif en apparence, ce petit projet de 20 articles avait eu
l’effet d’un détonateur il y a deux semaines. La pagaille avait
gagné le gouvernement quand la présidente du Conseil du statut
de la femme, Christiane Pelchat, avait décrié la législation qui
aurait un impact sur les fameux accommodements raisonnables. La
ministre James avait traité « d’irresponsable » Mme Pelchat,
ex-députée libérale de Vachon. Mais elle avait accepté l’un des
amendements proposés par le Conseil, affirmant que les principes
de laïcité, d’égalité entre les sexes et de la promotion du fait
français devaient éclairer l’interprétation de cette loi. Or,
inscrire que les institutions publiques sont laïques
constituerait une première dans une loi québécoise, un autre
débat que ne veut pas du tout ouvrir le gouvernement Charest.
Des demandes analysées au cas par cas
SERVICE-CONSEIL DE LA COMMISSION DES DROITS DE LA PERSONNE
La Commission des droits de la personne n’a pas fait que
recommander à la Société de l’assurance automobile de se plier
aux demandes de ses clients qui souhaitent être évalués par
une personne de leur sexe à l’examen pratique de conduite.
Depuis un an, divers employeurs se sont adressés au
service-conseil de la Commission pour savoir comment réagir à
des demandes d’accommodements. La Presse a demandé à être
informée des recommandations formulées jusqu’ici en privé.
LOUISE LEDUC Un enseignant musulman du secondaire demande à ne
jamais travailler le vendredi parce qu’il doit aller prier à
la mosquée. Sa commission scolaire doit-elle satisfaire à sa
demande? Oui, estime la Commission des droits de la personne.
Ce cas n’est pas théorique. C’est une demande qui a bel et
bien été formulée et à laquelle la commission scolaire ne
savait que répondre. La Commission des droits de la personne a
estimé que l’enseignant devrait, dans un premier temps,
utiliser ses congés ; puis, quand il les aura épuisés, il
devrait être autorisé à s’absenter sans solde.
Comme les horaires des élèves du secondaire ne sont souvent
pas établis sur des calendriers fixes de cinq jours, mais
qu’ils courent sur sept, huit ou neuf jours, les cours donnés
par cet enseignant ne tombent pas toujours le vendredi. Dans
le cas présent, a calculé la Commission des droits de la
personne, cela pourrait signifier que les élèves auraient un
suppléant six ou sept vendredis par an.
Comme le précise JeanSébastien Imbeault, conseiller en matière
d’accommodements raisonnables à la Commission des droits de la
personne, cette opinion donnée par la Commission n’est ni un
avis juridique ni une opinion coulée dans le béton. « Ce n’est
pas non plus un droit donné à vie: on l’accorde tant que la
contrainte n’est pas excessive », a-t-il dit.
Cela peut donc vouloir dire que la Commission, qui aurait
recommandé d’accéder à la demande d’un individu, suggère
ensuite que le privilège lui soit retiré si beaucoup de
personnes formulaient la même demande et que la chose devenait
impossible à gérer – pour un hôpital ou une commission
scolaire, par exemple.
Si un employeur se croit contraint de donner congé tous les
vendredis à un adepte d’une religion donnée, ne risque-t-il
pas de s’assurer dans l’avenir de ne surtout pas embaucher une
personne de la même religion ?
Jean-Sébastien I mbeault admet que « ça peut être là un effet
pervers de l’accommodement raisonnable ». Cela dit, cette
réaction d’un employeur serait un bien gros raccourci « étant
donné que deux personnes d’une même confession n’auront pas le
même type de demande ».
De la même
façon que certains catholiques vont à la messe le dimanche,
plusieurs autres ne f réquentent pas l’église depuis belle
lurette. C’est la même chose dans les autres religions.
En un an, le service-conseil de la Commission des droits de la
personne a reçu 58 demandes d’accommodements; 66% d’entre
elles ont trait à des demandes religieuses, et les autres sont
liées à un handicap, à l’orientation sexuelle, à des
convictions politiques, à la langue ou à des mesures
inclusives.
LesopinionsdelaCommission sont basées sur la jurisprudence,
sur la Charte des droits et libertés et sur les avis passés
émis par la Commission.
Les questions s oumises par les employeurs sont étudiées par
trois personnes à la Commission: une conseillère juridique et
deux conseillers en matière d’accommodement raisonnable (l’un
ayant une formation en sociologie et l’autre en éducation et
en psychologie).
L’opi n i on é mise pa r la Commission n’exc l ut pas q u ’ u
n e p e r s o n n e pu i s s e déposer en pa r a l l èle u ne
plainte auprès de la même Commission. Si la preuve de
discrimination est suffisante, la Commission peut présenter le
cas au Tribunal des droits de la personne.
Entre 2000 et 2006, la grande majorité des plaintes présentées
à la Commission des droits de la personne émanaient
d’adventistes et de protestants de très stricte obédience,
précise MarcAndré Dowd, vice-président de la Commission des
droits de la personne.
Depuis un an, le serviceconseil de la Commission a reçu 24
demandes liées à l’islam, 10 reliées au judaïsme, quatre
reliées au sikhisme, 2 à l’hindouisme, et 2 aux Témoins de
Jéhovah.
Cinq cas soumis à la Commission des droits de la personne
- Louise Leduc
Voici des
exemples de demandes d’accommodements religieux soumis à la
Commission des droits de la personne : 1) La demande : Un
enseignant musulman du s e c ondai r e demande à ne pas
travailler les vendredis afin de pouvoir se rendre à la
mosquée. Opinion de la Commission : La commission scolaire
serait bien avisée d’obtempérer à cette demande. L’enseignant
utilisera d’abord ses congés, puis pourra ensuite prendre
congé sans solde les vendredis. La commission scolaire lui
trouvera un suppléant tous les vendredis. Cette entente devra
être renouvelée à chaque début d’année scolaire. 2) La demande
: Dix employés chrétiens orthodoxes demandent congé en même
temps, pour une fête religieuse qui aura lieu dans quelques
jours. Opinion de la Commission : La demande n’est pas
déraisonnable en soi. Elle a cependant été présentée à la
dernière minute. Malgré cela, l’employeur doit évaluer s’il
peut y répondre sans nuire à la bonne marche de son
entreprise. Certaines personnes pourraient-elles s ’absenter
sa ns nuire à la c haîne de mont a ge ? Des e mployé s sur la
liste de rappel peuvent-i l s êt re appelés pour fa i re un
remplacement ? À la suite de cette évaluation, « l ’ e mployeu
r pa r v i e nd r a ainsi à accommoder environ la moitié de
ces employés ». 3) La demande : Une directrice de CPE s’est
fait demander des repas sans viande pour des enfants
musulmans. Opinion de la Commission : Il n’est pas nécessaire
d’ajouter un menu, mais on doit prévoir des substituts
alimentaires pour les enfants qui ne peuvent pas manger de
viande. La Commission suggère aussi de mettre de côté le
nombre de portions suffisantes avant d’ajouter de la viande à
des mets ( pour des spaghettis, par exemple).
Un CPE peut très bien choisir aussi de ne jamais donner de
viande aux enfants.
À noter qu’en
entrevue, le personnel de la Commission précise que si des
parents exigeaient de la nourriture spécifique (halal ou
casher, par exemple), la réponse pourrait être différente,
parce que des employés de garderie n’ont pas à magasiner dans
des épiceries spécifiques.
Soulignons aussi que des parents végétariens ne pourraient
exiger un menu végétarien. La Charte prévoit le respect des
droits religieux, pas celui du végéta r i sme. 4) La demande :
Dans le cadre de leur programme en santé, des étudiantes
musulmanes disent qu’elles ne peuvent pas exercer leur travail
avec des collègues masculins et qu’en stage, elles ne pourront
s’occuper de patients masculins. Opinion de la Commission :
C’est non. Cela porterait atteinte au principe d’égalité entre
les sexes. 5) La demande : Des infirmières ou des préposées
musulmanes demandent à travailler avec des manches longues.
Opinion de la Commission : La Commission étudie présentement
ce cas et a demandé l’avis de l’Institut national de santé
publique afin de voir la meilleure option du point de vue de
l’hygiène.
Un manque de leadership politique déploré
- Louise Leduc
Pour 72 % des
Québécois, le rapport Bouchard-Taylor n’a rien clarifié du
tout.
Même les 18 à 35 ans, dont on dit qu’ils sont généralement
plus ouverts, s’opposent à tout accommodement même si c ’est à
un degré un peu moindre. Seule exception : va pour le médecin
de son propre sexe.
Pas possible non plus de mettre ce repli sur le compte des
gens des régions que l’on taxe souvent de fermeture aux autres
cultures. Que l’on soit de Montréal ou des régions, on
s’oppose aux accommodements dans des proportions très
semblables.
Daniel Weinstock, directeur du Centre de recherche en éthique
de l’ Université de Montréal, ne s’étonne pas que le rapport
Bouchard-Taylor n’ait rien changé. « Le rapport a été enterré.
En le publiant à la f i n mai ( 20 08), j uste avant les
vacances, déjà, on le condamnait à l’oubli. »
La commission BouchardTaylor est née de l’absence de
leadership politique, et le rapport qui en a résulté est tombé
dans l’oubli pour la même raison, croit Marie McAndrew, t it
ulaire de la chaire en relations ethniques à l’ Université
Montréal. Pour qu’il en soit autrement, i l aurait fallu,
croit-elle, que le gouvernement Charest se lève aussi bien
pour dire non à certains accommodements exagérés que pour
réaffirmer par ailleurs que certains droits sont inviolables
dans un pays démocratique comme le nôtre.
Non seulement
y a-t-il manque de leadership politique, mais il y a en plus
confusion dans les concepts, poursuit Mme McAndrew, qui a
sursauté en entendant la ministre Christine St-Pierre dire
qu’on ne peut pas faire une hiérarchie de droits. « Ce qu’il
aurait surtout fallu dire (dans la foulée de la reprise du
débat sur la SAAQ), c’est que le respect des droits des uns ne
peut pas passer par la violation du droit des autres. »
Autre maladresse du gouvernement, selon Mme McAndrew: le «
contrat de citoyenneté » imposé aux immigrants qui doivent
promettre d’adhérer aux valeurs du Québec. « Ça, c’est envoyer
le signal que les immigrants sont du genre à demander plein
d’accommodements, alors que dans le fond, c’est bien plus
souvent affaire de communautés implantées ici depuis plus de
100 ans, comme les juifs hassidiques, et qui n’ont rien de
particulier contre les Québécois, mais qui vivent tout aussi
en marge de leur société en Israël. »
Ce qui est sûr, croit pour sa part la sociologue Annick
Germain, professeure et chercheuse à l’ I nstitut national de
la recherche scientifique, c’est qu’« on ne peut pas en rester
là, nulle part », pas plus qu’il faut espérer qu’une loi, un
règlement ou une seule i nst a nce s uprême v i e n ne tout
régler d’un coup. « Les milieux les plus concernés ont déjà
beaucoup défriché le terrain. Les ministères de l’ Éducation
et de la Santé ont déjà regardé ça de très près. À partir de
là, chaque quest ion doit être remise dans son contexte. On ne
peut pas mettre sur le même pied un examen gynécologique et un
examen de conduite. »
Ayant été impliqué de près dans le rapport Proulx qui a fait
sortir la catéchèse des écoles, Daniel Weinstock est bien
conscient que les grands virages ne peuvent pas se négocier en
quelques mois. S’il a fallu 10 ans aux gens pour qu’ils
acceptent que l ’école n’est pas un lieu d’évangélisation,
sans doute faudra-t-il encore quelques années avant qu’ils
intègrent l’idée que certains accommodements ne font pas bien
mal, croit-il.
I l faut laisser l’idée faire son chemin, mais une certaine
préparation de terrain serait à faire, conclut Mme Germain. «
On ne peut pas avoir une politique qui mise sur des cibles
toujours plus élevées d’immigration tout en ne faisant à peu
près rien pour préparer les opinions. »
N’avons-nous rien appris? - ANDRÉ PRATTE
André Drouin,
conseiller mu n i c i p a l d ’ Hé - rouxvi l le, vient de
publier une nouvelle version de son « code de vie » , ce qui
lui a valu l’attention des médias. De nouveaux cas
d’accommodements raisonnables font la manchette. Les partis de
l’opposition à Québec se font une joie d’enfourcher encore une
fois le cheval identitaire. N’avons-nous rien appris de la
précédente crise des accommodements ?
Les leçons à tirer étaient pourtant claires. L’enquête de la
commission BouchardTaylor sur les affaires ayant fait le plus
de vagues en 2006 et 2007 a montré que dans plusieurs cas, les
médias et la rumeur avaient véhiculé une version caricaturale
des incidents en question. De plus, on sait que le nombre de
demandes d’accommodement est petit. En somme, les conflits de
valeurs posent effectivement des défis à la société
québécoise, mais il n’y a pas de quoi faire une crise sociale
à chaque incident.
On aurait dû apprendre aussi que le sujet est extrêmement dél
icat . I l n’y a pas loin entre l’inquiétude légitime et
l’intolérance, la seconde se cachant souvent sous la première.
Médias et politiciens doivent donc faire preuve d’une infinie
prudence. Récemment, un reportage télévisé sur un cas
d’accommodement raisonnable à Montréal était illustré par des
images de femmes portant la burqua... dans un pays arabe.
C’est exactement le genre de dérapages qu’il faut éviter.
Certains
réclament la tenue d’un débat public sur la laïcité au Québec.
Une nouvelle grand-messe à la BouchardTaylor ? Non merc i .
Les Québécois de toutes origines et de toutes opinions ont eu
des mois pour se défouler. Au gouvernement et autres
institutions concernées de prendre les décisions qui
s’imposent. Les controverses seraient moins fréquentes si
l’État québécois mettait en place des balises claires visant à
afficher et à garantir sa laïcité.
Bien des Québécois rêvent d’une solution simple qui réglerait
une fois pour toutes la question des accommodements
raisonnables. Malheureusement , aucun texte de loi n’empêchera
les chocs de valeurs, les décisions difficiles que ceux-ci
nécessitent, le défi permanent que représente l’intégration
dans la société québécoise de gens aux cultures diverses.
Dans son jugement avalisant la loi française qui interdit le
port de « signes religieux ostentatoires » à l’école, la Cour
européenne des droits de l’homme a souligné : « Le pluralisme
et la démocratie doivent se fonder sur le dialogue et un
esprit de compromis, qui impliquent nécessairement de la part
des individus des concessions diverses qui se justifient aux
fins de la sauvegarde et de la promotion des idéaux et valeurs
d’une société démocratique. » Dialogue, esprit de compromis ;
outre un État qui affirme les valeurs clés de la société
québécoise, la paix sociale et l’intégration harmonieuse
passent nécessairement par ces deux exigences de la
démocratie.
Droits indissociables - Alexa Conradi
Il est
possible d’encadrer les pratiques d’accommodement tout en
préservant le droit à l’égalité homme-femme
L’auteure est présidente de la Fédération des femmes du
Québec. Depuis une semaine, le Québec est replongé dans un
grand débat opposant le droit à l’égalité et le droit à la
liberté de religion. Les médias ont rendu publiques certaines
pratiques d’accommodement qui sont pour le moins troublantes
parce qu’elles remettent en cause le principe d’égalité
homme-femme et la mixité dans l’espace public.
Pour la Fédération des femmes du Québec ( FFQ), il y a
véritablement plusieurs débats qui sont en cours : celui sur
les accommodements raisonnables et l’égalité homme-femme,
celui sur la laïcité et, finalement, un débat que personne ne
veut faire, soit celui sur l’intégration des personnes
immigrantes à la société québécoise.
La FFQ est d’accord avec celles et ceux qui pensent que la
SAAQ et la Commission des droits de la personne et de la
protection de la jeunesse ont erré en permettant à la
clientèle de la SAAQ de demander à être évaluée par une
personne du même sexe. Ces « accommodements » sont loin d’être
raisonnables.
Nous sommes toutefois troublées par l’idée d’hiérarchiser les
droits dans la Charte des droits et libertés de la personne,
tel que réclamé par certains groupes. Les droits sont
interreliés et indissociables. Il nous apparaît possible dans
le cadre légal actuel que le gouvernement du Québec adopte une
politique visant à encadrer les pratiques d’accommodement de
façon à respecter nos choix de société qui accordent une
grande importance au droit à l’égalité.
Plus que
jamais, le gouvernement du Québec doit ouvrir une vaste
consultation publique pour clarifier le modèle de laïcité qui
convient à la société québécoise. La FFQ s’engage à participer
activement à ce débat dans une perspective féministe et
d’inclusion. En l’absence d’un débat global, on le fait à la
pièce lorsque l’on discute de l’intégration des personnes
immigrantes. Faire le débat dans ce cadre, permet alors de
créer systématiquement une opposition « immigration versus
laïcité » ce qui est à la fois dangereux et mal avisé.
Dangereux, car il crée un climat où l’on se sent menacé par
cet « autre » – l’étranger – comme s’il était en porte-à-faux
avec les valeurs de la société québécoise. Mal avisé, car la
laïcité concerne l’ensemble de la société québécoise quelle
que soit notre origine ou nos croyances religieuses. Pensons à
la question des cours d’éthique et de cultures religieuses
critiqués par des parents catholiques.
Voici le parent pauvre du débat public actuel : l’accès au
travail pour les personnes immigrantes et racisées. Malgré
qu’elles soient scolarisées ou expérimentées, elles occupent
souvent des emplois bien en deçà de leurs qualifications et le
taux de chômage de ces populations est bien supérieur à la
moyenne. Pourquoi ? Parce que le gouvernement n’a pas fait
assez pour reconnaître les diplômes et les acquis des
personnes immigrantes, parce que l’on n’applique pas
adéquatement les programmes d’accès à l’égalité visant à
accroître la participation des personnes d’origines diverses
au sein de la fonction publique, parce que, malgré tout, le
racisme sévit encore.
C’est pourquoi l a F FQ est en faveur de l’adoption du projet
de loi 16 qui requiert de la part de chaque ministère
l’obligation de développer un plan d’action visant
l’intégration des personnes issues de la diversité culturelle
québécoise. La loi doit être modifiée pour donner des lignes
directrices en matière d’égalité des sexes : à la fois entre
hommes et femmes immigrantes et dans la société dans son
ensemble.
À la FFQ, nous pensons qu’il est dans l’intérêt de toute la
société de trouver des moyens pour protéger notre droit à
l’égalité tout en ouvrant les emplois de la fonction publique
et parapublique aux femmes et hommes issus de l’immigration.
Gare au simplisme - André Pratte
Avec la
reprise du débat sur les accommodements raisonnables, on
assiste au retour de l’idée simpliste selon laquelle la
question pourrait être réglée par un coup de baguette
législative. Par exemple, la chef du Parti québécois, Pauline
Marois, a laissé entendre que si la Charte (québécoise) des
droits et libertés de la personne affirmait la « primauté » de
l’égalité des sexes, les dérapages bureaucratiques qui ont
fait la manchette la semaine dernière n’auraient pas pu se
produire.
Bien des gens partagent cette conviction. Toutefois, avant
d’aller aussi loin aussi vite, il faut s’arrêter aux
conséquences qu’entraînerait une telle primauté. Dans les
faits, on créerait une hiérarchie des droits fondamentaux.
Cette approche a été rejetée par la jurisprudence partout sur
la planète. D’ailleurs, lors du débat sur les dernières
modifications à la Charte, péquistes et libéraux s’entendaient
sur la nécessité d’éviter une telle hiérarchisation.
U n g r a n d n o mbr e d e Québécois étant aujourd’hui
indifférents, voire hostiles aux religions établies, ils
seront portés à placer les droits auxquels ils tiennent
particulièrement, notamment l’égalité des sexes, au-dessus de
la liberté de religion. C’est une erreur.
La liberté
religieuse ne paraît peut-être pas importante aux yeux de la
majorité québécoise; elle n’en est pas moins un droit
fondamental reconnu par la Déclaration universelle des droits
de l’homme. Comme l’a souligné la Cour suprême des États-Unis,
«le droit de chacun de former sa propre conception de
l’existence, de sa finalité, de l’univers et du mystère de la
vie humaine constitue un élément essentiel de la liberté».
Si l’égalité des sexes est consacrée supérieure à la liberté
religieuse, devrait-elle aussi prédominer sur la liberté
d’expression? Sinon, la liberté religieuse serait-elle le seul
droit à être ainsi relégué au second rang? Ajouterait-on la
liberté de conscience à ces droits de seconde classe? Pourquoi
pas? On voit qu’on met là les pieds sur une pente très
dangereuse.
Pour régler des problèmes circonscrits, il vaut mieux éviter
les énoncés à vaste portée dans la rédaction de nos lois
relatives aux droits et libertés. De tels énoncés ne sauraient
appréhender la variété et la complexité des situations qui
surviendront.
L’État
ne doit pas pour autant rester muet ou mou. La récente
controverse suscitée par les demandes de certaines personnes
souhaitant être servies par quelqu’un d’un sexe donné porte
sur des cas concrets dont on connaît les contours. Comme nous
l’en avons pressé ici, le gouvernement Charest devrait adopter
une politique édictant que de telles requêtes seront
dorénavant refusées, sauf lorsque des soins intimes sont en
cause. Relisons ce qu’a affirmé l’été dernier la Cour suprême
du Canada: «La Charte garantit la liberté de religion, mais ne
protège pas les fidèles contre tous les coûts accessoires à la
pratique religieuse.»
Le projet de loi 16 est « une boîte de Pandore »
- Tommy Chouinard
Accommodements
raisonnables Le Conseil du statut de la femme se montre
inquiet
QUÉBEC — Le Conseil du statut de la femme (CSF) presse le
gouvernement Charest de donner prépondérance à l’égalité des
sexes avant la liberté de religion. Car « on ouvre une boîte
de Pandore » en laissant la SAAQ accéder aux demandes de ses
clients qui, pour des motifs religieux, veulent choisir le
sexe de leur évaluateur, estime sa présidente, Christiane
Pelchat.
S elon ce t te avo c ate et ancienne députée libérale, le
projet de loi 16 sur la diversité culturelle, actuellement à
l’étude à l’Assemblée nationale, pourrait entraîner la
multiplication de ce genre d ’a c c om mo de me nt s d a n s
les orga n ismes de l’ État, ce qui brimerait les droits des
femmes.
Depuis deux jours, le gouvernement Cha rest est de nouveau
embarrassé par la question des accom modements raisonnables en
raison de son projet de loi 16 et d’un avis rendu par la
Commission des droits de la personne, qui approuve
l’accommodement consenti par la Société de l’assurance
automobile du Québec (SAAQ).
Hier, à l’Assemblée nationale, Jean Charest a soutenu que
seulement six demandes ont été formulées à la SAAQ en six mois
alors que 26 000 examens de conduite ont été réalisés. «
Chaque fois qu’une fem me est tassée da ns la fonction
publique parce que c’est une femme, au nom de la religion,
c’est une fois de trop. C’est la même chose pour un homme », a
répliqué Mme Pelchat, interrogée par des journalistes.
Christiane Pelchat craint que l’accommodement consenti par la
SAAQ n’entraîne des « dérapages ». Des personnes pourraient
exiger de ne pas être servies par un homosexuel pour des
motifs religieux, a-telle dit à titre d’exemple.
Selon elle,
la Commission des droits de la personne a rendu sa décision en
fonction du « droit actuel », mais « c’est au gouvernement,
pas aux tribunaux », de déterminer ce qui est raisonnable ou
pas.
C’est pourquoi, devant la commission parlementaire, elle a
demandé au gouvernement d’amender le projet de loi 16 «
favorisant l’action de l’administration à l’égard de la
diversité culturelle ». Selon ce projet de loi, tous les
ministères et les organ ismes dev ra ient adopter une
politique de gestion de la d iver sité c u lt u rel le, ce qui
les a mènerait à aborder la délicate question des
accommodements.
Mme Pelchat déplore que le gouvernement ne fixe aucune balise.
Si le projet de loi est adopté, « le port de signes religieux
(par les fonctionn a i re s) s e r a - t-i l autor i s é ,
voire encouragé pour favoriser l’intégration ? » s’est-elle
demandé. Elle redoute que des organismes accordent le même
genre d’accommodement que la SAAQ. Elle demande que le projet
de loi « énonce clairement » des valeurs fondamentales : le
respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, la
laïcité de l’État et la primauté du fait français. Les
demandes d’accommodement devraient respecter ces valeurs pour
être acceptées.
Aux audiences de la commission parlementaire sur le projet de
loi 16, la Régie de l’assurance maladie du Québec a indiqué
qu’elle se rend aux demandes des personnes qui, pour des
motifs religieux, veulent choisir le sexe du fonctionnaire
chargé de prendre la photo qui figurera sur leur carte soleil.
Elle reçoit chaque année une dizaine de demandes en ce sens à
ses bureaux de Montréal.
Au cours d’un débat houleux à l’Assemblée nationale, Jean
Charest a fait valoir que son gouvernement a renforcé le
principe de l’égalité des sexes dans la Charte québécoise des
droits de la personne. « C’était juste pour permettre au
premier ministre d’entretenir son culte de la personnalité en
mettant pour des millions de dollars en publicité alors que,
da ns les fa its, ça ne veut strictement rien dire », a
répliqué Pauline Marois. La chef péquiste demande que la
Charte soit de nouveau amendée pour y ajouter une clause
interprétative garantissant le respect de l’égalité des sexes.
V isiblement agacé pa r les at t aques de l ’o pp o si - tion,
Jean Charest a affirmé que l’A DQ avait « frôlé le racisme »
lors d’élections partielles à Montréal et que « le PQ a l’air
de vouloir le faire aussi » aujourd’hui.
Feu vert de la Commission des droits de la personne
- Louise Leduc
Accommodements
raisonnables pour les examens de conduite de la SAAQ
- Louise Leduc
La Société de l’assuranceautomobile doit bel et bien se
rendre aux demandes de ses clients qui souhaitent être évalués
par une personne de leur sexe à l’examen pratique de conduite
automobile. C’est ce que lui a recommandé en janvier la
Commission des droits de la personne (CDP) dans un avis qui
est passé complètement sous le radar médiatique.
On pourrait croire que la question des accommodements
raisonnables est réglée depuis le rapport Bouchard-Taylor,
mais la Commission des droits de la personne continue au
contraire de travailler très fort là-dessus.
En novembre, elle a mis en place un service-conseil à
l’intention des organismes publics et des entreprises qui ne
savent trop comment réagir à des demandes d’accommodement.
Elle s’apprête aussi à publier un guide pratique en ce sens.
C’est dans ce contexte que la Société de l’assurance
automobile du Québec a officiellement demandé à la Commission
si sa politique était acceptable.
Lors de l’examen pratique de conduite automobile, la SAAQ
refuse que l’apprenti conducteur se fasse accompagner par son
conjoint pour éviter de se retrouver seul dans la voiture avec
un évaluateur du sexe opposé.
Par contre, la SAAQ accepte de confier un dossier à un
évaluateur du sexe demandé par le client pour des motifs
religieux.
Cela peut signifier que le demandeur doive patienter un peu
plus – notamment quand on demande une inspectrice,
puisqu’elles sont moins nombreuses que leurs confrères de sexe
masculin. La SAAQ estime qu’elle n’a pas à accéder
sur-le-champ à ces demandes ni à chambouler l’horaire des
examens et que, au besoin, le demandeur pourra devoir fixer un
autre rendez-vous.
Aux yeux de la Commission des droits de la personne, c’est
bien là un accommodement raisonnable puisque cela « ne semble
pas constituer une contrainte excessive pour la SAAQ».
« Tout autre
type d’accommodement qui impliquerait un impact sur les
conditions de travail des évaluateurs ou évaluatrices
risquerait fort d’être considéré comme non raisonnable
notamment parce qu’il pourrait porter atteinte au droit à
l’égalité » des sexes.
La Commission des droits de la personne relève que ce genre de
demande est extrêmement rare à la SAAQ. «En six mois, sur 26
000 examens, seulement six demandes du genre ont été formulées
: deux pour un évaluateur de sexe masculin et quatre pour une
évaluatrice », relève en entrevue Marc-André Dowd,
viceprésident de la Commission des droits de la personne.
Ces demandes sont si rares, dit-il, qu’elles n’influent en
rien sur l’embauche d’évaluateurs d’un sexe donné.
Un avis passé sous silence
C’est pa r u ne let t re du Collectif citoyen pour l’égalité
et la laïcité que La Presse a appris l’existence de cet avis
de la SAAQ. L’une des signataires de la lettre, Diane
Guilbault, est furieuse. « Si quelqu’un exigeait un évaluateur
blanc plutôt que noir, ça, ça ne passerait j amais. Pourquoi
est-ce toujours différent quand il s’agit de faire respecter
l’égalité des sexes ? »
Dans son rapport, la commission Boucha rd-Taylor avait conclu
que, a priori, il fallait rejeter toute demande aya nt pou r
ef fet d’accorder un statut inférieur à la femme. Elle avait
toutefois ajouté que les examens de la SAAQ faisaient partie
des situations « où des exceptions s’imposent ».
Mais pourquoi l’avis de la Commission des droits de la
personne n’a-t-il jamais été rendu public ? Pourquoi la
Commission n’a-t-elle jamais rendu public non plus, il y a un
an, un autre avis, sur un petit garçon philippin dont la façon
de manger lui avait valu une remarque discriminatoire d’une
éducatrice ?
Pour la pla i nte de la famille philippine, M. Dowd souligne
que ce genre de dossier n’est jamais rendu public tant qu’il
n’est pas devant les tribunaux. Quant à l’avis sur la SA AQ,
M. Dowd dit qu’il n’a pas fait l’objet d’u n communiqué de
presse, mais qu’il a été placé sur le site internet de la
Commission.
D e p u i s n o v e mbr e , la Commission des droits de la
personne a reçu 51 demandes d’avis sur des accommodements
raisonnables : 35 d’ordre religieux, 11 liées à un handicap,
trois relatives à la langue, une sur des convictions
politiques et une sur l’orientation sexuelle.
Un coup de
frein - André Pratte
La Cour
suprême vient de restreindre de façon significative la portée
de la liberté religieuse garantie par la Charte.
La Cour suprême a rendu vendredi un j ugement complexe et
partagé sur la liberté religieuse, notamment sur la notion
d’accommodement raisonnable. Au-delà des aspects techniques de
ce jugement, le ton est résolument différent de celui qui
prévalait lorsque la Cour a tranché d’autres litiges relatifs
à la religion. Les juristes semblent s’entendre làdessus : le
plus haut tribunal du pays vient de restreindre de façon
significative la portée de la liberté religieuse garantie par
la Charte canadienne des droits et libertés.
Rappelons brièvement les faits de la cause. Les 250 membres
d’une communauté protestante dissidente installée en Alberta,
les huttérites, contestaient l’obligation de se faire
photographier pour obtenir un permis de conduire. Aux yeux des
huttérites, cette exigence va à l’encontre de leurs droits
religieux parce qu’elle contrevient au deuxième commandement,
ce dernier interdisant « la représentation quelconque des
choses ».
Par une majorité de quatre contre trois, la Cour a déclaré que
si le règlement du gouvernement de l’Alberta limite bel et
bien la liberté de religion des huttérites, cette contrainte
est raisonnable et justifiée par l’importance de l’objectif
visé, la prévention du vol d’identité. Si les huttérites
refusent de se faire photographier pour des motifs religieux,
estiment les juges majoritaires, ils n’ont qu’à trouver des
solutions de rechange pour leurs déplacements, par exemple se
faire conduire par d’autres.
« La Charte
garantit la liberté de religion, mais ne protège pas les
fidèles contre tous les coûts accessoires à la pratique
religieuse », écrit la juge en chef, Beverley McLachlin. On a
peine à croire que, il y a cinq ans à peine, ce même tribunal
a accordé à des juifs orthodoxes le droit de construire une
souccah sur le balcon de leur condo même si la déclaration de
copropriété l’interdisait.
Dans l’affaire du kirpan, la Cour suprême a invoqué le
multiculturalisme pour rejeter les prétentions de la
commission scolaire en cause. Ici, le même multiculturalisme
est appelé à la rescousse de la capacité de l’État de
légiférer dans l’intérêt de la population dans son ensemble.
Bien sûr, disent les juges, il faut examiner chaque
restriction à la liberté religieuse dans la perspective du
croyant concerné. Mais « cette perspective doit être adoptée
dans le contexte d’une société multiculturelle où se côtoient
une multitude de religions et dans laquelle l’accomplissement
par l’État de son devoir de légiférer pour le bien commun
heurte inévitablement les croyances individuelles. »
Ce jugement constitue, à n’en point douter, un coup de frein
aux accommodements raisonnables. Le message transmis par la
Cour suprême, c’est que la garantie de la liberté religieuse
énoncée dans la Charte ne permet pas à un croyant d’échapper à
toute contrainte légale. Souhaitons que ce jugement n’entraîne
pas un retour du pendule à l’autre extrême et permette plutôt
à la société canadienne de trouver un juste équilibre entre la
protection des minorités religieuses et les droits de la
majorité.
Symbole de libération - PATRICK
SNYDER
Le niqab
peut aussi représenter le visage de la lutte des femmes
pour prendre une place dans la société des hommes
Je suis abasourdi par l’ampleur médiatique qu’apris le
casdeNaema et son niqab. Ce cas isolé devait-il relancer
le débat sur les accommodements raisonnables? Que dire de
la surcharge médiatique autour de ce symbole que
représente pour nous le niqab?
Dans certains pays, les femmes
sont confinées à la maison. Sans niqab, elles ne peuvent
sortir sous aucun prétexte. La cloison morale du niqab
permet aux femmes de conquérir l’espace public, de
conquérir l’éducation et le marché du travail, etc.
Mon propos ici n’est pas de condamner qui que ce soit. Je
veux simplement souligner que le niqab soulève des enjeux
identitaires paradoxaux pour les femmes qui vivent dans
des pays intégristes. Dans ces pays, le niqab peut porter
deux visages identitaires pour les femmes. Dans ces pays,
la question de l’égalité femme-homme est occultée par la
domination culturelle et religieuse des hommes.
Le niqab représente une obligation d’ordre divin pour les
femmes. Il protège les hommes de l’attrait sexuel
qu’exercent les femmes sur eux. Le niqab contribue donc à
« désérotiser » la femme et, par le fait même, l’espace
public. Son premier visage en est un d’oppression d’un
système patriarcal sur les femmes.
Traditionnellement, le niqab a comme fonction de
«cloisonner» la femme dans un espace protégé. Il l’enferme
dans un monde de pudeur pour la protéger du monde
extérieur dominé par la licence. Ce vêtement détermine
donc l’appartenance de la femme à l’islamintégriste.
Toutefois, il peut aussi représenter un autre visage,
celui de la lutte des femmes pour prendre une place dans
la société des hommes.
Sansniqab, les femmes sont confinées à la maison. Elles ne
peuvent sortir sous aucun prétexte. La cloison morale du
niqab permet aux femmes de conquérir l’espace public, de
conquérir l’éducation et le marché du travail, etc.
Dans des
pays radicaux, le niqab est devenu, pour certaines femmes,
un symbole de libération. Avec un symbole, ici considéré
comme radical, elles conquièrent, là-bas, un espace social
qui leur est interdit habituellement.
Être cloîtrée ou porter le niqab! Le choix est évident.
Ces femmes cherchent à s’émanciper du pouvoir masculin
avec les outils qu’elles peuvent utiliser. Elles cherchent
à devenir des sujets autonomes plutôt que des objets
culturels ou religieux. Leur marche intégralement voilée
lesmène, bon anmal an, vers une conquête des nouveaux
espaces traditionnellement réservés aux hommes.
Évidemment, mon propos ne règle absolument pas la
problématique du Québec. Comme société, qui défend des
valeurs d’égalité entre les genres, nous avons le devoir
de dire non à toutes formes de discrimination des femmes,
quelles soit symboliques, religieuses ou culturelles. Nous
avons le devoir de rappeler, haut et fort, que nous
luttons pour conquérir l’égalité des genres. Et que cela
est non négociable.
Toutefois, face à la femme qui porte le niqab, cela doit
se faire d’une façon éthique et respectueuse. Il est
utopique de penser qu’elles vont enlever leur niqab du
jour au lendemain. Particulièrement si elles adhèrent à
l’islam intégriste ou si elles portent le niqab par choix
personnel.
Pour certaines de ces femmes, l’émancipation féministe
occidentale est un leurre. Elles considèrent que les
femmes occidentales s’aliènent en se réduisant à l’état
d’objet sexuel ou en voulant devenir des hommes. Ces
femmes endossent souvent la notion de différence ou de
complémentarité entre les hommes et les femmes.
Le niqab est donc un choc des cultures et des identités
culturelles et religieuses. Son interdiction dans les
institutions publiques doit se faire dans un dialogue
franc et respectueux avec ces femmes, sur leur choix,
leurs craintes, leur conception de l’Occident, de l’homme,
de la femme et des rapports femme-homme.
L’interdiction pure et dure, sans dialogue et
compréhension de l’identité de l’autre devant soi et aussi
une forme d’intégrisme à éviter. Il faut faire attention
au repli identitaire des personnes que nous accueillons.
L’intégrisme se développe par le rejet et
l’incompréhension.
De l’asservissement déguisé - ANTOINETTE LAYOUN
L’auteure est d’origine arabe.
Au nom de sa différence et de sa liberté, elle brime la
mienne.
J’ai vécu une guerre civile au nom de la religion. J’étais
soldate à 13 ans. Mon frère a été tiré et blessé sous mes
yeux, au nom de la religion. J’étais prête à donner ma vie, à
être une kamikaze, au nom de la religion!
PHOTO ARCHIVES REUTERS
Votre dossier sur l’expulsion d’une étudiante qui portait un
niqab au cégep m’a beaucoup touchée. Jusqu’où sommesnous prêts
à nous voiler les yeux au nom de la compréhension? En
regardant la situation des femmes dans le monde, je ne peux
que pleurer. J’ai aussi envie de crier: Arrêtez, arrêtez de
faire semblant, ne voyez-vous pas ce qui est en dessous de
cette «différence» ? J’ose dire, j’ose dénoncer que c’est
l’asservissement déguisé des femmes qui entretient l’humanité
dans l’inconscience. Nous sommes en 2010, c’est vraiment
triste de voir comment nous trouvons le moyen d’entretenir non
seulement les femmes, mais toute l’humanité, dans l’âge de
fer!
Respecter la différence de chacun est juste et nécessaire dans
une société de conscience. Mais quand la différence de l’autre
nous est imposée, quand la différence cache unemanipulation
déguisée afin d’entretenir l’asservissement, ceci devient
«subir» et non «choisir».
Si je vis au Québec, c’est parce que je choisis la liberté
d’être ici avec tout ce qui compose cette société. Je me
considère privilégiée de vivre dans cette culture québécoise
riche par sa différence et par l’ouverture du coeur du peuple
québécois.
Quand nous permettons à une personne d’être notre invitée,
qu’on la laisse utiliser notre maison, nos biens et tout notre
environnement, c’est parce que nous sommes accueillants. Nous
sommes ouverts à agrandir notre famille multiethnique, ce qui
fait la beauté de notre différence. Que la personne invitée
vive dans sa différence en respectant la nôtre, ceci est
équilibré. Mais quand sa différence devient imposée dans des
lieux qui sont des aires communes, ceci est inacceptable, car
au nomde sa différence et de sa liberté, elle brime la mienne.
Je dois me cacher les yeux, éviter son regard, faire semblant
qu’elle n’est pas là? Mais voyons donc, elle est chez moi,
dans ma maison!
Mon corps de femme est sacré. Je le traite en toute dignité.
Je célèbre la femme en moi et je sais qui je suis. Je suis une
femme d’origine arabe, fière de mon héritage et fière d’être
québécoise!
Où est le problème? - ANDRÉ LOISELLE
L’auteur réside à Saint-Faustin-Lac-Carré.
En quoi le port du voile islamique chez les fonctionnaires
vous cause-t-il un préjudice?
L’État n’est pas devenu moins neutre par rapport aux religions
: il ne s’en est pas mêlé, c’est tout.
Soyons concret. Vous vous présentez au bureau de la Société
d’assurance automobile pour renouveler votre permis de
conduire. Arrivé au guichet, la femme qui vous reçoit porte un
foulard islamique. Elle recueille les documents que vous lui
présentez, en prend connaissance, vérifie leur conformité,
vous demande votre adresse actuelle, prend votre photo et fait
imprimer le nouveau permis de conduire qu’elle vous remet, le
tout avec politesse et efficacité.
Expliquez-moi maintenant en quoi ce voile islamique vous cause
un préjudice. Qu’est-ce qui fait qu’il vous dérange, qu’il
vous rend mal à l’aise ? Vous alliez renouveler votre permis
de conduire; vous avez été servi correctement, vous avez reçu
votre nouveau permis, vos droits ont été respectés. Alors, où
est le problème ?
Peut-être pensez-vous que le voile islamique est un symbole
d’inégalité synonyme de l’oppression des femmes de religion
islamique, et que cette pauvre préposée le porte par
obéissance servile aux exigences de son mari. C’est possible,
en effet, comme il est aussi possible que cette femme souhaite
simplement exprimer librement une certaine modestie demandée
par sa religion.
Quoi qu’il en soit, à moins de lui demander, vous ne saurez
jamais ce que ce voile signifie pour elle. Tout ce qu’on peut
dire, c’est que le port de ce voile est une pratique propre à
l’islam et à quelques autres religions, tout comme la kippa
est portée par certains juifs religieux et le turban par les
sikhs.
Ah, ah! me direz-vous. Voilà où le bât blesse. Le Québec est
un État laïc et la religion n’a rien à faire dans
l’administration publique. L’État doit donner une image de
neutralité à l’égard des religions, il doit interdire à ses
fonctionnaires d’arborer des symboles religieux ostentatoires,
il doit refuser tout accommodement demandé au nom d’une
pratique religieuse, il faut légiférer de tout urgence pour
éviter d’être envahis de nouveau par la religion quimenace nos
valeurs fondamentales d’égalité entre les sexes et de laïcité.
Wo ! Revenons sur Terre. Vous avez eu votre permis de conduire
des mains d’une préposée voilée. Poli, vous n’avez pas fait de
remarque sur sa tenue vestimentaire ; elle n’en a pas fait sur
la vôtre. Elle va continuer de pratiquer sa religion comme
elle l’entend, et vous, la vôtre, s’il y a lieu. Vous pouvez
continuer à vivre en toute égalité avec les hommes ou les
femmes de votre entourage. L’État n’est pas devenu moins
neutre par rapport aux religions: il ne s’en est pas mêlé,
c’est tout. Alors, encore une fois, expliquez-moi : en quoi
cette situation vous a-t-elle dérangé? J’avoue que je ne
comprends pas.
Ignorance religieuse - MALAKA
ACKAOUI
Montréal
La controverse sur le niqab m’a laissée avec un sentiment de
colère qui revient à chacune de ces controverses au sujet des
accommodements religieux. Le gros problème des Québécois et
des Canadiens, c’est l’ignorance religieuse! On nous fait
gober n’importe quoi au nom de la religion et on l’accepte.
Cette dame égyptienne soutient que le port du voile total fait
partie de la pratique religieuse. Saviez-vous que la majorité
des musulmanes en Égypte n’étaient pas voilées avant 1980 ?
Savez-vous que le port du voile n’est pas une obligation
religieuse des musulmanes ? Cette pratique a commencé à
apparaître en Égypte après la révolution iranienne et, aux
dires de certains, elle est supportée par le régime saoudien.
Ceux qui ont lu le roman égyptien L’immeuble Yacoubian se
rappellent certainement de l’épisode du commerçant de
vêtements qui a commencé à payer les femmes vêtues en tenues
occidentales pour qu’elles lui retournent leurs vêtements en
échange d’un vêtement "musulman". Et ici on se laisse avoir
avec un discours de droits et libertés, un discours
d’ignorance de la vraie religion d’autrui !
Je ne suis pas musulmane, mais j’ai beaucoup d’amies
musulmanes. Elles ne portent ni hijab ni niqab. Pourtant,
elles croient et pratiquent leur religion, ces femmes se
promènent librement dans les rues du Caire et sont respectées.
N’avez-vous jamais vu des photos de Mme Moubarak, l’épouse du
président égyptien, autrement que bien coiffée et maquillée?
Il est temps que le s Occidentaux se réveillent et agissent
avec intelligence dans cette controverse. Il est temps de dire
NON au fondamentalisme religieux. Pour ce faire, cependant, il
faut être moins ignorant et refuser de croire tout ce qu’on se
fait dire au nom de la religion.
La tentation autoritaire -
Mathieu Bock-Côté
À défaut
de le convaincre, l’intelligentsia du multiculturalisme
veut censurer le peuple, le temps d’en fabriquer un
nouveau
Dans un article proposant une mise à jour du débat sur le
multiculturalisme, La Presse ( 2 7 o c t o br e ) n o u s
apprend que les Québécois demeurent très majoritairement
opposés aux accommodements raisonnables. Cet article
aligne aussi une série de déclarations de représentants
d’une certaine intelligentsia multiculturaliste
manifestant leur exaspération devant une telle réalité.
Pour une fois, la langue de bois cède sa place à une
franchise qui permet d’apercevoir le caractère radical
d’une idéologie en mauvais terme avec la démocratie
libérale.
Exiger des immigrés qu’ils
prennent le pli identitaire de la majorité serait
symptomatique d’une vision anachronique de
l’intégration.
Dès les premières lignes de l’article, la table est mise :
« Même s’ils admettent n’être que rarement ou même jamais
exposés dans la vraie vie à un réel accommodement
raisonnable basé sur la religion, 68 % des Québécois
estiment qu’il y en a trop. » On connait la thèse : la
critique du multiculturalisme reposerait d’abord sur
l’ignorance et aurait plus à voir avec un délire
fantasmatique qu’avec un constat de l’échec de
l’intégration à la société d’accueil. Exiger des immigrés
qu’ils prennent le pli identitaire de la majorité serait
symptomatique d’une vision anachronique de l’intégration.
Le constat est néanmoins incontournable, on se trouve
devant une opposition « de principe » au
multiculturalisme, comme le reconnaît Marie McAndrew, qui
n’y voit pourtant pas une raison d’en finir avec son
application. « Heureusement que les droits sont protégés
par les chartes et qu’ils ne sont pas soumis à la volonté
de la majorité. » Il s’agit d’une inversion de la
démocratie qui repose non plus sur l’expression de la
souveraineté populaire, mais sur sa neutralisation. Malgré
l’opposition démocratique au multiculturalisme, ce
dernier, sacralisé, prend désormais l’allure d’une
nouvelle religion d’État et d’un nouveau régime politique
qui assimile sa contestation à une manifestation
d’intolérance.
On le devine, l’intelligentsia multiculturaliste est
encore traumatisée par la crise des accommodements
raisonnables. Le nouveau cours Éthique et culture
religieuse, de l’aveu même de ses théoriciens, s’inscrit
dans cette perspective, et devrait convaincre les
Québécois des vertus du pluralisme identitaire. Pour ses
défenseurs, si ce cours avait été appliqué auparavant, il
n’y aurait jamais eu de crise des accommodements
raisonnables, car la conscience collective aurait
correctement intériorisé les vertus de la « diversité ».
Il faut
donc fabriquer un nouveau peuple, en misant sur les
mouvements migratoires pour transformer les Québécois
francophones en une communauté parmi d’autres dans une
société mosaïque, comme le souhaite Daniel Weinstock. «
Quand Montréal comptera un aussi haut pourcentage
d’immigrants que Toronto, ces questions ne se poseront
plus avec autant d’acuité. »
Une fois accomplie, cette transformation identitaire
cessera de contraster à son désavantage l’identité
québécoise par rapport à l’identité canadienne, car la
première exprimerait encore un héritage historique
particulier alors que la seconde aurait été intégralement
reprogrammée dans la valorisation de la diversité. «
Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois
est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien
anglais, c’est déjà un ‘post-ethnique’, une personne qui
peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou
sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette
idée qu’ils ont un ‘nous’ à protéger. » Tant que les
Québécois se considéreront comme porteurs d’un héritage
historique distinctif et qu’ils demanderont aux immigrés
de se l’approprier pour s’intégrer pleinement à la
collectivité, il faut en comprendre qu’ils seront en
retard sur le plan de l’évolution identitaire. L’identité
nationale est ainsi reléguée à la préhistoire de la
modernité.
On doit tirer de cette vision des choses deux grandes
conclusions. D’abord, l’intelligentsia pluraliste est de
plus en plus isolée dans sa promotion du multiculturalisme
et fait le choix de radicaliser son application. À défaut
de convaincre le peuple, elle veut le censurer le temps
d’en fabriquer un nouveau. Son dérapage idéologique est
porteur d’une tentation autoritaire.
Ensuite, elle n’hésitera pas à diaboliser l’immense
majorité qui s’entête à définir la société à partir de son
héritage fondateur. Le multiculturalisme n’entre plus
seulement en contradiction avec l’identité nationale. Il
est désormais clairement contradictoire avec la démocratie
libérale.
« On a froid, on a faim! » - André
Duchesne
Des
Montréalais d’origine haïtienne prennent d’assaut les
bureaux de consultants en immigration
Hier après-midi, face au 1190, rue Saint-Antoine
Ouest, des dizaines et des dizaines de Montréalais
d’origine haïtienne faisaient la file depuis des
heures à la porte d’Immigration internationale 911,
une firme privée d’avocats et de consultants en
immigration.
PHOTO ALAIN ROBERGE,
LA PRESSE
Comme plusieurs autres, Esther
Cerfrère a attendu en vain hier devant les bureaux
d’Immigration internationale 911, rue Saint-Antoine.
Le but de tous ces gens: obtenir les papiers
nécessaires pour faire venir d’Haïti un proche parfois
blessé, toujours désespéré.
Ils attendaient depuis des heures, entassés les uns
sur les autres. Ils étaient massés sur le trottoir et
débordaient un peu dans la rue, retenus par des
sections de clôture métallique. De l’autre côté de
cette clôture improvisée, de nombreux policiers
veillaient.
Sans les manteaux, couvertures, chapeaux, tuques,
mitaines et foulards qu’ils portaient pour combattre
le froid et une impitoyable humidité, la scène aurait
ressemblé à celles que vivent leurs parents, devant
les points de distributions d’eau et de nourriture,
loin au sud, dans l’île dévastée par un tremblement de
terre.
Il y avait Soimème Vernet, de Longueuil, arrivée en
2005, qui souhaite faire venir sa petite soeur
Hollande, 22 ans.
« Elle a réussi à m’appeler. On a pu se parler deux
minutes. Elle a une jambe cassée, a-t-elle raconté.
– Depuis quelle heure attendez-vous ?
–
Depuis 7h du matin », a-telle lancé, exaspérée. Il
était près de 14 h… « On a froid. On a faim. On a
envie. Moi, je ferais pipi dans la rue, mais la
policière, là, elle va me donner une contravention »,
a lancé son voisin, Delicat Herold.
Éclats de rire autour de ce grand monsieur,
travailleur de la santé, qui s’est fait porter pâle,
le matin, pour essayer d’obtenir les précieux papiers.
Et encore, il n’était pas au bout de ses peines.
« Il faut prendre les formulaires, les remplir et les
rapporter. Ça signifie qu’il va encore falloir faire
la file », a dit l’homme, qui veut faire émigrer sa
mère, déjà sinistrée à la suite de deux ouragans qui
ont balayé sa ville, Gonaïves, dans les dernières
années. Déménagée à Port-au-Prince, la pauvre femme a
tout perdu dans le séisme.
À 14h pile, un agent s’est adressé aux gens par le
mégaphone d’une voiture de police. En gros, il a dit,
tout en s’excusant, que le bureau d’immigration
affichait complet pour la journée et qu’il fallait
revenir le lendemain.
Des cris. La rage. La colère. La peine. « Injuste! » a
crié l’un. « Manque de respect ! » a lancé un autre. «
Abus ! Abus! Abus! » ont scandé les gens. Rien à
faire, la porte du bureau est demeurée fermée et bien
gardée.
Faute de représentant du bureau, les gens ont reporté
leur colère sur les policiers. Verbalement.
«J’ai mal au ventre. J’ai mal aux pieds. On m’a
poussée», s’est plainte à un policier Esther Cerfrère,
enceinte jusqu’aux yeux. «Même dans mon pauvre pays,
lorsqu’on est pleine ceinture (grossesse avancée), on
l’aurait laissée passer », a glissé Jasmine, une amie
d’Esther.
Les deux femmes ont fini par partir. Comme tous les
autres. Les policiers ont encaissé. Tout le monde est
resté calme. Ce matin, il faudra recommencer.
Quatre ans sans voir leurs six enfants -
Agnès Gruda
Dans
la chambre des enfants, les lits superposés n’ont pas
encore été montés. Ils sont encore dans leurs boîtes
de carton appuyées contre un mur. Sur une étagère, il
y a des jeux de Monopoly, de Scrabble et de bataille
navale.
PHOTOALAIN ROBERGE,
LA PRESSE
Alphonse Nsumba Balulame et
Chantal Nganseke Mbu n’en peuvent plus d’attendre
que leurs six enfants viennent les rejoindre à
Montréal. Ils ne sont pas les seuls dans cette
situation.
Tout ce qui manque dans cette chambre d’enfant, ce
sont… les enfants.
« Quand je vois une famille dans l a r ue , j e me dis
: pourquoi pas moi ? » confie Chantal Nganseke Mbu
d’une voix brisée.
Cette réfugiée politique de 43 ans n’en peut plus
d’attendre. Elle a dû quitter son pays, la République
démocratique du Congo, en 2005. Son mari, Alphonse
Nsumba Balulame, l’attendait à Montréal. Le couple a
reçu l’asile politique en décembre de la même année.
Dès que leur situation a été régularisée, Chantal et
Alphonse ont entrepris les démarches pour faire venir
leurs six enfants, restés à Kinshasa. Après un
parcours du combattant dans les dédales de
l’Immigration canadienne, ils ne savent toujours pas
quand ils pourront voir leurs trois fils et leurs
trois filles, maintenant âgés de 11 à 26 ans.
Ce n’est pas faute d’avoir remué ciel et terre. Mais
leur dossier est une accumulation d’envois restés sans
réponse, de demandes répétées de documents déjà
fournis , quand il ne s’agit pas carrément d’erreurs.
En juin dernier, l’ambassade du Canada à Nairobi, où
sont traités tous les dossiers congolais, a informé
Chantal Nganseke Mbu que sa demande serait traitée dès
qu’elle obtiendrait son statut de résidente
permanente. Pourtant, elle possède ce statut depuis
plus de deux ans!
Chaque nouveau délai crée de nouvelles embûches. Un
exemple: les passeports congolais des six enfants sont
arrivés à échéance en cours de route. Les parents ont
dû jouer du coude pour les renouveler. Ce qui a créé
des délais supplémentaires.
À un moment, Chantal et Alphonse étaient convaincus
que tout était sur le point de se régler. Ils ont
déménagé dans un appartement assez grand pour
accueillir leurs enfants. Maintenant, ils tournent en
rond dans ces pièces vides.
«Je suis unemèrequi souffre, dit Chantal. Je pourrais
mourir sans revoir mes enfants.»
Chantal
et Alphonse ne sont pas les seuls dans cette
situation. L’ambassade de Nairobi dessert 18 pays
africains. Et elle accuse des délais carrément «
scandaleux » dans le traitement des demandes de visa,
dénonce le Conseil canadien pour les réfugiés dans un
rapport publié la semaine dernière.
Les agents d’immigration canadiens à Nairobi sont aux
prises avec une charge de travail impossible. Et les
demandeurs de visa, eux, subissent « des épreuves
considérables sur les plans physique, économique et
psychologique » en raison des très longues périodes
d’attente, selon le Conseil.
La moitié des demandes de réunification familiale
traînent pendant plus de deux ans, alors qu’elles se
règlent en 14 mois dans l’ensemble des autres bureaux.
Pour la réunification avec des enfants, i l faut
compter 25 mois. Ailleurs, c’est six mois.
Ottawa reconnaît que la situation aux bureaux de
l’immigration de Nairobi est problématique. « Nous
nous affairons à élaborer des solutions visant à
réduire les délais de traitement », affirme Kelly
Fraser, porte-parole du ministère de l’Immigration,
dans un courriel envoyé à
Mme Fraser explique la situation par le volume de
dossiers à traiter, et aussi par les tensions
politiques au Kenya, qui empêchent Ottawa d’envoyer du
personnel temporaire pour désengorger le système.
« Le bureau de Nairobi n’a pas les ressources
nécessaires compte tenu de sa tâche », confirme Janet
Dench, du Conseil canadien pour les réfugiés. Mais ce
bureau est aussi mal géré, selon elle, ce qui explique
les pertes de dossiers, par exemple.
Et puis, selon Mme Dench, il y a aussi une question
d’attitude. Ce sont les agents d’immigration de
Nairobi qui avaient refoulé la Canadienne Suaad Hagi
Mohamud, soupçonnée d’usurpation d’identité. Janet
Dench n’est pas étonnée que cet incident se soit
produit précisément à l’ambassade du Canada au Kenya.
« Il y règne un véritable climat de suspicion »,
dit-elle.
Enattendantqu’Ottawamette de l’ordre dans cette
ambassade, Chantal et Alphonse envoient une bonne
partie de leurs salaires à leurs enfants. Et ils
meurent d’inquiétude.
La violence est omniprésente à Kinshasa. « Nos enfants
sont des ados, on ne sait pas à quoi ils peuvent être
mêlés », dit Chantal.
Elle se démène depuis trois ans pour que ses enfants
la rejoignent dans son logement du quartier
HochelagaMa i s on ne uve . J usqu’à maintenant,
chaque nouvel espoir l’a conduite à un mur.
Doit-on bannir le niqab et la burqa au Canada? -
Agnès Gruda
« On commence
avec la burqa et on continue avec quoi ? »
PHOTO TAUSEEF MUSTAFA, ARCHIVES
AFP
Le Congrès musulman canadien, un groupe
de musulmans progressistes, demande à Ottawa de voter une loi
bannissant le voile intégral.
C ha rle s Taylor, a nc ien coprésident de la Commission sur les
accommodements raisonnables, croit que le Canada ne peut pas
interdire le port du voile intégral, celui qui couvre les femmes
de la tête aux pieds et ne laisse qu’une petite fente pour les
yeux.
Cela ne l’empêche pas de critiquer le niqab et la burqa. « Ces
vêtements entravent la communication et sont incompatibles avec
certaines fonctions publiques, comme celle d’instituteur »,
dit-il.
Mais de là à les bannir de tous les lieux publics, il y a un pas
que Charles Taylor refuse de franchir. « Il y a bien des choses
que les gens ne devraient pas faire et qui nuisent à leurs
intérêts, mais dans une société comme la nôtre, on se fie à la
persuasion au lieu d’interdire », dit-il.
Le philosophe québécois n’était pas le seul, hier, à remettre en
question l’appel lancé par le Congrès musulman canadien, un
groupe de musulmans progressistes, qui demande à Ottawa de voter
une loi bannissant le voile intégral.
Mais le Congrès persiste et signe : la burqa devrait disparaître
du paysage canadien, un point c’est tout. « C’est u ne question
de séc u rité. Récemment, un homme vêtu d’une burqa a commis un
hold-up dans une banque de Mississauga », fait valoir son
fondateur, Tarek Fatah.
L’exemple égyptien
Sa prise de position inusitée ne tombait pas du ciel. Quelques
jours auparavant, le cheikh égyptien Mohamed Ta ntawi, gra nd
patron de l ’u n iver sité isla m ique A l Azhar, au Caire, a
déclaré que le niqab n’est pas une obligation de l’islam et l’a
banni des écoles affiliées à son établissement. Un peu plus tôt,
le gouvernement égyptien a voulu interdire le niqab dans les
universités, dans une tentative visant à freiner la montée de
l’islam radical en Égypte.
Ces gestes ont fait des vagues en Occident. Le gouvernement
italien de Silvio Berlusconi a saisi l’occasion pour présenter
un projet de loi interdisant le niqab. La France et le Danemark
avaient auparavant envisagé des initiatives semblables.
Et le Congrès
musulman ca nadien a mis sa propre proposition su r la t able
cette semaine. « Vous savez, Mohamed Tantawi, c’est un peu comme
le pape des musulmans sunnites, et l’université Al Azhar, c’est
leur Vatican », souligne Tarek Fatah.
Mais c’est loin de convaincre la présidente du Congrès islamique
canadien, Wahida Va lia nte. « Ça ne m’i ntéresse pas de savoir
ce qui se passe en Égypte. Moi, je vis au Canada, nous avons une
charte des droits et libertés, et les gens ont le droit de
s’habiller comme ils veulent », plaide-t-elle.
Même son de cloche chez Alia Hogben, présidente du Congrès des
femmes musulmanes au Canada. Son organisation s’était battue de
toutes ses forces contre l’implantation de tribunaux islamiques,
il y a quelques années. Elle prône une vision très modérée de
l’islam. Pourtant, Alia Hogben rejette l’idée d’une loi
interdisant le niqab.
« Si le Canada interdit le niqab, il ne fera pas mieux que les
pays qui obligent les femmes à se couvrir, comme l ’A f g h a n
i s t a n e t l’ I ran. Interdire ou obliger, c’est la même
chose. C’est encore le gouvernement qui se mêle des droits des
femmes. »
Un vieux débat
« Le débat sur le fait de couvrir ou non le visage des femmes
dure depuis 1000 ans », dit une théologienne spécialiste de
l’islam, Lynda Clarke, professeu re à l’ Un iversité Concordia.
« Personnellement, je vis à Montréal et, ici, très peu de femmes
portent le niqab. A lors pourquoi les cibler ? » demande-t-elle.
« Une telle interdiction ne passerait jamais le test des droits
de la personne, c’est complètement farfelu », renchérit la
juriste Pascale Fournier, de l’Université d’Ottawa. « De toute
façon, qu’est-ce qu’on ferait avec les femmes qui ne
respecteraient pas cet interdit ? On les mettrait en prison ? Ça
n’a aucun sens. »
L’avocat Julius Grey croit lui aussi qu’une femme adulte peut
s’habiller comme elle veut. « Moi même, je peux sortir habillé
en Rigoletto ou porter un chapeau haut de forme. » Mais cette
liberté s’arrête quand on atteint des fonctions publiques : «
J’ai le droit de voir le visage des gens qui prennent des
décisions qui me concernent. »
La demande du Conseil musulman n’a pas soulevé plus
d’enthousiasme au sein des gouvernements. Tant à Québec qu’à
Ottawa, elle a été accueillie avec une dose de scepticisme. Le
Conseil du statut de la femme et la Fédération des femmes du
Québec ont préféré ne pas se prononcer, n’ayant pas étudié la
question.
Mais pour Alia Hogben, le débat soulevé par le cheikh égyptien
n’est pas inutile pour autant : il donne des arguments religieux
aux femmes qui doivent porter le niqab contre leur gré.
Québec n’est pas prêt à donner la primauté à l’égalité des
sexes - Tommy Chouinard
QUÉBEC — Le
gouvernement Charest entend amender le projet de loi sur la
diversité culturelle pour y « réaffirmer » le principe de
l’égalité des sexes, mais il refuse de donner prépondérance à
ce droit sur la liberté religieuse comme le demande
l’opposition.
«Ce que vous acceptez, c’est qu’il y ait, de fait,
discrimination à l’égard des femmes du Québec, et c’est
inacceptable», a lancé la chef péquiste Pauline Marois au
premier ministre Jean Charest lors de la période des
questions, hier. Elle a réitéré sa demande d’ajouter une
clause interprétative à la Charte québécoise des droits et
libertés de la personne afin que l’égalité des sexes soit
prépondérante.
La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles,
Yolande James, n’a contenté ni le PQ ni l’ADQ en acceptant de
changer son projet de loi pour inclure trois «valeurs
communes»: l’égalité hommes-femmes, la primauté du français et
la séparation de l’Église et de l’État.
Lors des
audiences publiques, hier, le président de la Commission des
droits de la personne, Gaétan Cousineau, a dénoncé le flou du
projet de loi 16. Et il a prévenu que «hiérarchiser les
droits» serait «compliqué». «Par exemple, vous êtes une femme,
mais aussi une musulmane. Qu’est-ce qu’on fait passer avant :
le fait que vous soyez une femme ou vos convictions
religieuses?» a-t-il demandé aux journalistes.
Donner la primauté à l’égalité des sexes, «ce serait changer
complètement les règles du jeu. Au niveau international, le
principe de hiérarchisation n’a pas été retenu. On a toujours
traité les droits également», a-til ajouté, soulignant que la
Cour suprême a établi des règles pour «gérer les conflits»
entre différents droits. Il a défendu l’avis de son organisme
au sujet d’un accommodement consenti par la SAAQ. La société
d’État permet à ses clients qui doivent passer un examen de
conduite de choisir le sexe de leur évaluateur pour des motifs
religieux.
En vertu du projet de loi 16, tout organisme public devrait
adopter une «politique de gestion de la diversité culturelle».
Gaétan Cousineau déplore qu’aucune précision ne soit apportée
sur ce que devrait comprendre une telle politique.
La présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec,
Lucie Martineau, réclame le retrait du projet de loi car il
«inverse les rôles» en forçant les organismes de l’État à
«s’ouvrir davantage aux nouveaux arrivants» au lieu de
demander aux immigrants de s’intégrer à la société. Elle
souhaite l’adoption d’une charte de la laïcité en vue,
notamment, d’interdire le port de signes religieux
ostentatoires dans la fonction publique.
La laïcité ne peut être ignorée - Rima Elkouri
Esqu iver les
questions délicates ne les règle pas. Le débat houleux aux
airs de déjà-vu qu’a provoqué l’avis de la Commission des
droits de la personne sur des accommodements consentis par la
SAAQ le montre bien.
En matière de laïcité, le rapport Bouchard-Taylor n’a rien
réglé. Pour une raison fort simple : le gouvernement Charest a
vite mis au panier ses recommandations prioritaires. Si bien
que, lorsqu’on parle de laïcité au Québec, on a l’impression
que personne au gouvernement ne sait vraiment de quoi il est
question. Le sujet en est même tabou. Au diable la laïcité !
Parlons donc de diversité, sujet plus consensuel sur lequel il
fait si bon disserter…
L a laïcité au Québec se construit par tâtonnements.
D’importantes zones d’ombre demeurent. Des zones où la
religion vient égratigner l’égalité hom mes-fem mes. Des zones
qu’il faut tenter d’éclaircir.
En mai 20 08, le rapport Bouchard-Taylor avait recommandé au
gouvernement de produire un livre blanc sur la laïcité. Ce
livre blanc devait définir la laïcité québécoise et défendre
sa conception ouverte. Il devait aussi permettre de clarifier
et de soumettre au débat public les questions irrésolues.
Qu’a fait le gouvernement Charest ? De façon tout à fait
incohérente, il s’est empressé de réaffirmer la place du
crucifix à l’Assemblée nationale, confirmant ainsi le fait que
la laïcité demeure un principe bien confus dans la tête de nos
dirigeants.
Un an et demi après le rapport Bouchard-Taylor, rien n’est
donc réglé. De vieilles h i s t o i r e s d ’a c c o m m o d e
- ments ravivent le débat. On recom mence à bra sser la soupe
identitaire qui avait moisi. Des démagogues, trop contents de
récupérer l’affaire, se remettent à gruger leur os préféré.
Alerte rouge ! I l y a deu x ju i fs hassid iques sexistes au
bureau de la SAAQ qui veulent passer leu r per m is de condu i
re, mettant en péril l’avenir de l’éga l ité hom mes-fem mes
dans ce pays…
Je ne suis pas
d’accord avec la SA AQ, qui trouve raisonnable qu’un juif
ultraorthodoxe ou une musulmane ait le droit de passer son
examen de conduite avec un évaluateur du même sexe. Je
comprends que, dans les cas bien précis soumis à la Commission
des droits de la personne, les demandes ne brimaient
techniquement aucun droit et ne désavantagea ient auc u n
employé, puisque les clients qui les formulaient devaient
simplement attendre qu’un évaluateur se libère ou prendre un
autre rendez-vous le cas échéa nt . Ma is au-delà de la
stricte question du droit, un malaise demeure. Sur le plan
symbolique, sur le plan des valeurs, la SAAQ vient ég ratig
ner ic i le pr i nc ipe d’égalité hommes-femmes.
Ironie du sort, cette histoire resurgit au moment où le
Congrès musulman canadien demande d’interdire le port de la
burqa et du niqab en publ ic , en sou l ig na nt qu’il s’agit
d’une pratique méd iéva le et m isog y ne. Cette demande
montre bien que les accom modements accordés au nom du respect
sont parfois perçus comme des rec u ls au sei n même de
communautés dont les demandeurs d’accommodements se réclament.
L a Cha rte des d roits et libertés protège bien sûr le droit
à la religion. Mais si des religions sont sexistes, comme cela
arrive trop souvent, est-ce à dire que la Charte protège aussi
le droit au sex isme ? J ’a i posé la question à Me Marc-André
Dowd, vice-président de la Commission des droits de la person
ne. « Non ! » me dit-il, tout en reconnaissant que la réponse
peut sembler « drôle » dans le contexte de la décision rendue
dans le cas de la SAAQ.
La Charte s’intéresse aux c o n f l it s de d r oit s , m ’e
xp l i q u e - t - i l . L o r s q u ’e l l e a été a mendée l
’a n d e r - nier pou r ajouter l’éga lité hom mes-fem mes à
son préa mbule, l’intention du législateur était claire, selon
lui. « Il y a une indication t r è s c l a i r e q u ’e n c a
s d e conf lits de droits, on doit porter une attention
particulière au respect de l’égalité hommes-femmes. »
Dans le cas de la SAAQ, la Commission a déterminé que la fonc
tion na i re, pa r exemple, qu i n’a pas fa it passer l’examen
de conduite au j u i f ha ssid ique n’ét a it en rien
pénalisée dans son travail. De toute façon, elle n’était même
pas au courant de la dema nde du client . On ne peut donc pas
parler d’atteinte à la dignité, selon la Commission. Si la
même situation se présentait demain et que l’employée visée
par l’accommodement était au courant et se sentait insultée,
est-ce que ce serait différent ? Peut-être. « C’est jugé au
cas par cas », précise Me Dowd.
N’en déplaise à ceux qui voudraient une solution simple à un
problème complexe, les lignes ne sont pas si simples à tracer.
Les hôpitaux font face tous les jours à ce genre de question,
quand il s’agit par exemple de respecter la volonté d’une
personne âgée qui préférerait que ce soit une personne du même
sexe qui lui donne des soins i nt i me s . C e s pré férence s
n’ont souvent rien à voir avec la religion, et le personnel
s’en accommode comme il peut, sans en faire une histoire
chaque fois.
Cela dit, pour revenir à la question de la laïcité, un fait
demeure. On ne peut laisser en suspens toutes ces questions
sans réponse en espérant qu’elles sombrent dans l’oubli. On ne
peut non plus laisser le champ libre aux marchands de peur
identitaire. Au-delà des beaux discours sur la diversité, le
débat sur la laïcité que nous voulons pour notre société doit
se faire. Mais pour cela, il faudrait que le gouvernement
Charest cesse de l’ignorer.
Francisation pour immigrants : Des cours « trop »
populaires - Marie Allard
La hausse de
l’immigration et le chômage alimentent la demande
Les cours de francisation pour immigrants connaissent une
popularité grandissante, a appris La Presse. « Il y a une
telle augmentation des inscriptions en francisation cette
année – et c’est une tendance depuis les deux dernières années
– qu’on est à pleine capacité », a dit Claude Fradette,
porte-parole du ministère de l’Immigration et des Communautés
culturelles (MICC).
EXCLUSIF
PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA
PRESSE
Pour réduire les listes d’attente dans
les programmes de francisation, le ministère de
l’Immigration et des Communautés culturelles enverra bientôt
440 allophones suivre leurs cours à la Commission scolaire
de Montréal.
Alors que 213 classes de francisation à temps complet ont été
ouver tes en 2 0 0 7 par le MICC, leur nombre a grimpé à 231
en 2008 et à 250 cette année. À cela s’ajoutent 200 classes à
temps partiel.
Et, nouveauté en 20 0 9 : 28 classes de français écrit à temps
complet ont été créées, afin de répondre aux besoins de
professionnels. Cela « fait suite à un engagement de la
ministre Yolande James », a précisé M. Fradette.
La hausse de l’immigration au Québec alimente évidemment la
demande. « On sait aussi que les inscriptions à la formation
des adultes vont souvent à l’inverse des cycles économiques, a
souligné le porte-parole. Quand l’emploi est moins bon, les
gens vont faire de la formation. »
Allocation de 115 $ par semaine
Résultat ? «
Nous sommes au maximum », a-t-il dit. Pour éviter que les
immigra nts désireux d’apprendre le français ne patientent
trop longtemps sur la liste d’attente, le MICC a conclu une
entente avec la Commission scolaire de Montréal (CS DM). L e
Ministère y enverra, pour la première fois, 440 allophones y
suivre leur formation.
Grand avantage pour ces immigrants : ils auront droit à une
allocation de subsistance du MICC (115 $ par semaine), ce qui
n’est normalement pas le cas des élèves de la commission
scolaire. Seuls les immigrants d’affaires ou parrainés ne
toucheront que 30 $ par semaine, pour couvrir leurs frais de
déplacement.
Entente « historique »
L’entente a été qualifiée « d’historique » par la CSDM, qui
déplore la perte régulière d’élèves quand ils obtiennent une
place dans les cours du MICC. « En tant qu’immigrant, bien
sûr, quand on reçoit une lettre du ministère de l’Immigration,
on y porte attention », a convenu Alain Perron, porte-pa role
de la CSDM. Surtout quand il y a une allocation à la clé... Au
total, près de 5300 allophones apprennent le français à la
CSDM cette rentrée, en hausse de 13 % par rapport à l’an
dernier.
En comparaison, plus de 2 0 0 0 0 i m m igra nts « sont passés
par les services de francisation en classe régulière du M ICC
» en 20 08 -20 09, selon M. Fradette.
Le Québécois, raciste ? Un tabou -
Pierre Nepveu
Il semble que
le fait que les Québécois aient été longtemps dominés les
rendrait essentiellement moins dominateurs, rendrait
impossible chez eux toute attitude colonisatrice, tout racisme
le moindrement profond.
L’auteur enseigne la littérature québécoise à l’Université de
Montréal. Un mythe, c’est que le Québec est une société
essentiellement accueillante, généreuse, conviviale, dans
laquelle le racisme, la xénophobie et les autres phénomènes
apparentés sont des épiphénomènes. Plusieurs sous-affirmations
viennent en général étayer cette représentation, de manière
plus ou moins explicite.
L’une d’elles concerne notre histoire et affirme que les
personnes qui, à diverses époques, ont effectivement exprimé
des opinions racistes et antisémites l’ont fait de façon
marginale, ponctuellement, ou alors sont revenues sur leurs
positions, ont reconnu leur erreur.
Une autre idée découlant de ce mythe, et touchant davantage
les populations autochtones, affirme que les Canadiens
français ont été moins racistes que les autres colonisateurs
des Amériques. Ici, la comparaison sert à se disculper : sous
prétexte que nous n’avons pas exterminé activement par les
armes les Amérindiens, notre racisme à leur égard serait
anodin. Nous aurions occupé un territoire où la présence
autochtone était peu importante et, chose certaine, jamais
nous n’aurions pu agir avec la violence démontrée par les
Américains dans leur expansion vers l’Ouest.
Cette représentation que les Québécois ont d’eux-mêmes en tant
que peuple non violent (ou, à la limite, plus violent en
paroles qu’en actes) semble confirmée, notamment, par les
statistiques concerna nt les incidents antisémites au Canada.
Bien que (Mordecai) Richler, critique féroce du nationalisme
québécois, ait déclaré dans une entrevue accordée à Radio-Ca
nada , en 1991, que les incidents antisémites (profanations de
cimetières juifs, graffitis sur des synagogues, etc.) étaient
plus nombreux au Québec que dans le reste du Canada, les
statistiques publiées par les organismes juifs (Congrès juif
canadien, B’nai B’rith) indiquent plutôt le contraire. (…)
Cependant, je
pense que le mythe dont je parle, celui qui accorde très peu
de place au racisme dans la mentalité québécoise, repose moins
sur des chiffres que sur un postulat rarement explicité, le
plus souvent latent et même inconscient, selon lequel le
peuple c a nad ien-f ra nç a is devenu québécois, ayant été
lui-même longtemps colonisé, dominé, méprisé (qui ne connaît
les appellations classiques de pea soup, frog, Canuck ?), ne
saurait lui-même à son tour dominer, mépriser, ostraciser. Il
y aurait ici l’idée qu’un peuple colonisé peut difficilement
devenir colonisateur, qu’avoir été ou être dominé enraie tout
esprit francophones portent sur les Ju i fs , aujou rd ’hu i
établ is en grand nombre en Israël. L’antisionisme de nombreux
Québécois, et leur appui souvent inconditionnel et sans
nuances à la cause palestinienne, comporte en effet très
souvent une indignation devant le fait que les Juifs, qui ont
eux-mêmes été l’objet d’un racisme extrême et séculaire
jusqu’à être finalement presque exterminés durant la Shoah, en
viennent maintenant à leur tour à être des de domination, ou
encore qu’un peuple faisant l’objet de racisme ne peut pas
être lui-même raciste.
Ce principe, souvent inconscient ou du moins tacite chez
beaucoup de Québécois, ne va pas sans contradiction puisque,
par exemple, il ne semble pas s’appliquer au regard que de
nombreux Québécois dominateurs au Moyen-Orient et qu’ils
puissent opprimer le peuple palestinien.
Bref, si l’on semble n’avoir aucun mal à reconnaître que les
Juifs dominés puissent devenir dominateurs (cela peut être
choquant, mais n’en est pas moins concevable), il semble que
le fait que les Québécois aient été longtemps dominés, sans
doute de manière bien moins violente, les rendrait
essentiellement moins dominateurs, rendrait impossible chez
eux toute attitude colonisatrice, tout racisme le moindrement
profond.
Ce qui importe ici, avant même d’observer la réalité, c’est ce
qui relève de l’ordre du pensable, du concevable. C’est la
construction des discours et le poids des mots. Il est
frappant, par exemple, de constater à quel point l’usage des
termes colon et colonisation a toujours été et demeure
aujourd’hui tout à fait euphémique au Québec.
Que la colonisation de certains territoires par les colons
canadiens-français ait pu être aussi, dans certains cas, un
envahissement comportant une part de domination et
d’oppression, cela demeure difficilement pensable dans un
discours largement répandu, malgré les efforts de certains
spécia listes des questions autochtones. On oublie aisément,
en outre, que l’image, apparemment impensable, d’un Québécois
dominateur et colonisateur peut surgir dès que l’on se risque
dans des régions limitrophes du Québec, en Acadie ou en
Ontario français par exemple, où il arrive que le Québécois
soit perçu un peu comme l’est le Français débarquant au
Québec.
L’aide sociale, mesure de transition - Denis
Lessard
QUÉBEC — Quand
ils arrivent au Québec, les immigrants se tou r nent ma
ssivement vers l’aide sociale dans leur prem ière a n née ic i
. M a is ils en sortent plus rapidement que l’en semble des
Québécois, démontre u ne étude con fidentielle du m inistère
de l’ I m m ig ration et des Com munautés culturelles.
Obtenu par La Presse, c’est l’examen le plus récent qu’a fait
ce ministère, en collaboration avec la direction de la
recherche du ministère de l’ Emploi. Pour les auteurs, le
recours des néoQuébécois à l’aide sociale devrait être
considéré comme une « transition ».
L’étude « met en évidence l’importance de prévoir une forme
d’aide à l’établissement » pour les nouveaux a rriva nts.
L’enquête porte sur les 80 000 immigrés toujours résidants du
Québec en 2 0 0 6 , da ns la cohor te de s 9 5 0 0 0 « t rava
i l leu r s qualifiés » venus de l’étranger entre 1996 et 20 0
4 . Il s’agit du groupe pour lequel l’intégration à l’emploi
est théoriquement la plus facile – les deux tiers des nouveaux
arrivants environ.
Pas moins de 54 % de tous ces im migrés ont reçu de l’aide
sociale ou de l’assistance financière du ministère de
l’Immigration.
Pour ce qui est du dernier tiers des immigrés, ils sont venus
g râce au pro - gramme de réunification des familles ou pour
des raisons humanitaires.
Le Québec ne les a pas sélectionnés et n’a pas de chiffres à
leur sujet.
Le résumé de l’étude indique sa ns détou r que « le recours à
l’aide sociale des immigrants récents constitue un objet de
préoccupation » pour Québec, surtout quand on constate qu’il
s’agit de t rava i l leu r s qua l i f ié s , le s plus
susceptibles de trouver un emploi – 89 % d’entre eux ont un
diplôme postsecondaire et 81 % parlent le fra nçais. De plus,
ils sont en plein dans leur période active – 90 % ont entre 24
et 44 ans.
Au cours de
la pér iode donnée, le nombre des entrées a augmenté de 276 %
– donc presque triplé. L e nombre des immigrés qui ont eu
recours à l’aide sociale a augmenté de 186 %, en particulier
dans certains groupes précis. Parmi les immigrés de 2 0 0 4 ,
env i ron 16 0 0 0 personnes – le quart, environ – ont recouru
à l’aide sociale cette année-là. Si on compte l’ensemble des
bénéficiaires de l’aide de dernier recours, 35 % des immigrés
en ont reçu en 2004, et 45 %, par exemple, en 2002.
L es probabi l ités de se ret rouver à l ’a ide s o c ia le
dans les 12 mois qui suivent l’a r rivée au Québec va rie
énormément selon l’origine. Ainsi 78 % des Algériens, 60 % des
Marocains et 55 % des Roumains passent par l’a ide soc ia le
du ra nt leu r prem ière a n née. L es ressortissa nts fra nça
is sont environ 5 % à le faire, et les Chinois encore moins.
Selon les auteu rs de l’étude, environ 5 0 % des
néo-Québécois, toutes origines confondues, parviennent à « s’a
ffra nchir » de l’a ide sociale moins d’un an après y être
entrés.
« Ce qui nous rassure, làdedans, c’est qu’on se rend compte
que leu r pa ssage est temporaire » dit Claude F radette, por
te-pa role du ministère de l’Immigration. Seulement 20 % des
demand e u r s d ’a i d e s o c i a l e e n reçoivent toujours
trois ans plus tard.
Or, qua nd on rega rde les « natifs », des 2 25 0 0 0
personnes nées au Canada qui ont demandé de l’aide sociale
entre 1996 et 2005, « on se rend compte qu’il y en a 25 % qui
sont toujours là ». Il est clair toutefois que cette cohorte
n’a pas du tout le même degré d’instruction que le groupe
sélectionné par les fonctionnaires québécois. Chez les «
natifs », 78 % n’ont pas dépassé le secondaire, alors que,
chez les t rava i l leu rs i m m ig rés qua li fiés, au contra
i re, 82 % ont fa it des ét udes postsecondaires.
A p r è s 1 0 m o i s d ’a i d e sociale, les immigrés
commencent à s’en libérer plus vite que les Québécois.
La ministre Yolande James n’a pas voulu com menter ces
constats.
LES MURS ONT GAGNÉ - AGNÈS GRUDA
« Le monde est
trop petit pour qu’il y ait des murs », clamait une
inscription sur le mur de Berlin. Mais, 20 ans après sa chute,
des tas de nouveaux murs ont vu le jour. Il y en a qui servent
de bouclier aux terroristes, et d’autres qui protègent les pay
Je suis née du mauvais côté d’un mur. Quand j’étais petite, le
monde se divisait en deux. Il y avait ceux qui pouvaient aller
à l’Ouest. Et les autres, bien plus nombreux, qui ne le
pouvaient pas.
PHOTO AP
En octobre 1961, un policier de Berlin
Ouest se tient devant le mur qui séparera le monde en deux
pendant les 28 années suivantes.
Dans notre immeuble, à Varsovie, vivait un pilote d’avion qui
survolait régulièrement le rideau de fer. Il rentrait chez lui
les valises remplies de babioles qui faisaient rêver tous les
enfants de ma cour.
Des paquets de gomme Wrigley avec leur emballage de papier
blanc. Des jeans. Ou encore des gougounes en caoutchouc que
nous surnommions les japonaises.
« Donne-moi donc une gomme », criait parfois l’une des filles
du pilote à sa soeur, restée dans la maison. Une main
apparaissait alors à la fenêtre et lançait, mine de rien,
l’objet de notre convoitise.
Nous avions le sentiment que les deux soeurs faisaient exprès
pour exhiber leur richesse. Et cet étalage nous rendait tous
un peu jaloux. Parfois, quand je mordais péniblement dans une
gomme polonaise à un zloty, je m’imaginais que moi aussi, un
jour, j’aurais des friandises made in USA à lancer par la
fenêtre.
Le mur, nous ne le voyions jamais. Pour nous, les enfants, il
se manifestait surtout par ces rêves inaccessibles. Et aussi
par une carte mentale du monde à l’intérieur duquel nous
pouvions circuler sans difficulté. La Roumanie, pour la mer
Noire. La Hongrie, pour le lac Balaton.
Ceux, parmi nos amis, qui allaient de l’autre côté du mur
avaient tendance à disparaître pour longtemps. Certains ne
revenaient jamais. Leurs parents profitaient d’une
autorisation de sortie exceptionnelle pour s’éclipser pour de
bon. Notre mur n’était pas parfaitement hermétique. Mais pour
ceux qui décidaient de s’installer ailleurs, le choix était
lourd de conséquences. C’était un voyage sans retour.
Traverser le mur
Partir, rester. C’était l’inlassable débat que les adultes
menaient avec leurs amis, toutes fenêtres fermées. Eux qui
avaient lu, en cachette, 1984 de George Orwell n’imaginaient
pas que l’empire soviétique s’écroulerait à peine cinq ans
après cette année mythique…
Bien sûr, quand ils prenaient la décision de brûler les ponts,
les adultes nourrissaient d’autres espoirs que celui de mâcher
de la gomme Wrigley ou de porter des jeans Levis. Ils
voulaient vivre dans un pays où ils auraient le droit de dire
ce qu’ils pensent, toutes fenêtres ouvertes. Un pays qui leur
permettrait de voyager à leur guise. Mais leur soif de liberté
était aussi doublée d’aspirations matérielles : ils espéraient
posséder un jour une télé, une auto, un lavevaisselle et, qui
sait, peut-être même une maison.
Plus encore, ils rêvaient du jour où ils ne seraient plus
obligés de se battre au quotidien pour acheter un morceau de
viande, une tomate ou une petite culotte à peu près
convenable.
Comme il paraissait improbable qu’un tel jour puisse survenir
dans un horizon rapproché de notre côté du mur, ma famille a
finalement franchi la frontière un jour d’automne 1968. Nous
avions le coeur serré. Derrière nous, il y avait des amis et
des proches. Plusieurs pleuraient. Car le problème, avec les
murs, c’est qu’on ne sait jamais quand on pourra les
retraverser en sens inverse. L’histoire peut nous réserver des
surprises, bien sûr. Un régime peut imploser, des barrières
peuvent tomber. Mais au moment de franchir la barrière, chaque
départ paraît sans retour.
La chute
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, des dizaines de
milliers d’Allemands de l’Est ont fait tomber « mon » mur. À
vrai dire, à l’époque, celui-ci était déjà pas mal ébréché. La
Hongrie qui, comme d’autres pays du bloc communiste, frôlait
alors la faillite économique, avait entrepris de démanteler sa
frontière avec l’Autriche, ouvrant ainsi le passage vers
l’Ouest. Moscou avait accueilli ce geste avec un haussement
d’épaules. À partir de là, la chute du mur n’était plus qu’une
question de mois.
J’étais alors jeune journaliste à La Presse, et c’est dans la
salle de rédaction que j’ai suivi l’effondrement de cette
barrière que j’avais longtemps cru immuable.
« Nuit
d’allégresse à Berlin », titraient les journaux, avec des
commentaires exaltés. Tel celui-ci, du socialiste français
Michel Rocard : « Si le mur tombe, on ne fera plus la guerre…
»
Deux jours après la chute du mur, j’ai eu l’occasion
d’interviewer le leader syndical Lech Walesa, qui avait fait
une visite éclair à Montréal. Prophétique, il a annoncé
l’avènement prochain d’« une seule Europe ». Le leader bulgare
Todor Jivkov venait tout juste de démissionner. Et à Moscou,
Mikhaïl Gorbatchev ouvrait les vannes de son régime.
Le vent de l’Histoire soufflait fort. Et il semblait souffler
dans une seule direction: celle qui abat les murs.
Une exception
Vingt ans plus ta rd, le rideau de fer, cette frontière qui a,
pendant 28 ans, coupé le monde en deux, n’est plus qu’un
souvenir. Selon les guides touristiques, il a cédé la place à
un réseau de pistes cyclables qui court sur plus de 6000 km,
du nord de la Finlande jusqu’à la mer Noire.
Depuis 20 ans, mes amis polonais ont pu acheter des télés, des
autos et des maisons. Ils ont bâti des banlieues et des
autoroutes qui ressemblent à celles de l’ancien « Ouest ».
Aujourd’hu i , i l s peuvent voyager à leur guise, à la
condition d’en avoir les moyens, bien sûr. Ils peuvent aussi
dire tout haut ce qu’ils pensent, acheter des couches
jetables, des oranges et des kiwis. Ils peuvent même s’offrir
le luxe d’élire des politiciens médiocres, ce dont ils ne se
privent pas.
Mais 20 ans après la chute de « mon » mur, d’autres barrières
ont pris le relais. En s’effondrant, le mur de Berlin n’a pas
créé d’effet domino. Au contraire, de plus en plus de murs
balafrent la planète.
« Les murs n’ont jamais été aussi en demande depuis le Moyen
Âge », a écrit récemment The Guardian.
« Nous observons aujourd’hui un durcissement des pratiques
frontalières », opine le géographe français Michel Foucher.
Spécialiste des frontières, Michel Foucher était à Berlin le
jour où le mur s’est effondré. Il se souvient encore avec
émotion de cette nuit où il a commenté les événements pour la
télévision française, en direct du célèbre Checkpoint Charlie.
Depuis, Michel Foucher n’a cessé de suivre l’évolution des
murs et des frontières. Pour constater que les événements de
1989 ont constitué non pas le début d’une vague, mais plutôt
une exception.
En fait, hors de l’Union européenne, les barrières se sont
multipliées à une vitesse phénoménale, surtout depuis le 11
septembre 2001 – date des attentats qui ont agi comme une
sorte d’hormone de croissance sur les barrières
internationales.
Certaines de ces barrières sont connues : c’est le cas du mur
entre le Mexique et les États-Unis, ou celui de la barrière de
séparation entre Israël et la Cisjordanie. D’autres le sont
moins : le mur entre le Botswana et le Zimbabwe, le « mur de
sable » dans le Sahara occidental, ou encore la barrière qui
sépare l’Inde du Pakistan.
Selon Michel Foucher, il existe aujourd’hui 17 murs
internationaux qui couvrent 7500 km, soit 3% des frontières
actuelles. Mais si tous les projets en cours sont menés à
terme, la planète comptera 18 000 km de frontières fortifiées.
Et
c’est sans compter les frontières intérieures, comme les murs
qui séparent les quartiers chiites et sunnites à Bagdad. Ou
ceux qui séparent les catholiques des protestants à Belfast,
en Irlande du Nord. La ville de Padoue, en Italie, a construit
un mur pour isoler un quartier d’immigrés africains. Rio de
Janeiro envisage des projets semblables autour de certaines
favelas...
Femmes immigrées : Les emplois de qualité sont rares
- Silvia Galipeau
Même très
qualifiées, rares sont les femmes immigrées qui réussissent à
trouver un emploi de qualité, révèle une nouvelle étude qui,
pour une rare fois, se penche sur le cas spécifique des
femmes.
« C’est un gros gaspillage », d é n o n c e M a r ie -T h é r
è s e Chicha, professeure titulaire à l’École de relations
industrielles de l’ Un iversité de Montréal, et auteure de
l’étude « Le mirage de l’égalité : les immigrées hautement
qualifiées à Montréal », dont les résultats viennent d’être
rendus publics.
Pour son enquête qualitative, la chercheuse a interrogé 44
femmes immigrées parlant français, toutes détentrices de
diplômes universitaires, arrivées au pays depuis au moins
trois ans (et parfois depuis 15 ans). Résultat ? Les deux
tiers se retrouvent soit fortement déqualifiées (à 43 %) ou
encore moyennement déqualifiées (à 25 %). On parle ici d’une
ingénieure, devenue l iv reu se de j ou r nau x , ou encore
d’une chef comptable, qui surveille désormais des écoliers
pendant leur pause du dîner. Seulement le tiers des femmes
rencontrées ont réussi à décrocher un emploi à la hauteur de
leurs qualifications. Mais encore là, le parcours a toujours
été long, semé d’embuches, jamais évident, nuance la
chercheuse, qui cite le cas d’une ingénieure forcée de faire
un stage en Ontario pour faire reconnaître son diplôme au
Québec.
L’enquête a voulu éclairer pou rquoi certaines im mig r a nte
s p er c e nt , d ’aut re s non. Conclusion ? Celles qui
réussissent, « pour la plupart, n’avaient pas d’enfants en
arrivant ». Avec pour résultat qu’elles se sont retrouvées
tout à fait autonomes pour constituer des réseaux, faire
reconnaître leurs diplômes, sans avoir à garder d’enfant ou
chercher u ne place en garderie.
À l’inverse, celles qui ont le plus de difficultés sont celles
qui arrivent avec de jeunes enfants. « Elles ont une
discrimination double, triple, indique la chercheuse, non
seulement en tant qu’immigrées, mais en tant que femmes, mères
de famille, femmes au travail, etc. Les femmes immigrées
cumulent tout cela. »
Le constat
final de ces femmes est très dur : « Si c’était à recommencer,
elles ne le feraient pas. »
« Ce que j e souhaite avec cette étude, c’est de faire
réaliser à quel point le problème est complexe et urgent,
conclut la chercheuse. C’est de vies humaines qu’il s’agit. »
À son avis, la commission Bouchard-Taylor a d’ailleurs fait
fausse route en se concentra nt su r le s d i f férence s
culturelles, religieuses, et les accommodements raisonnables.
« Ce n’est pas ça le principal obstacle, dit-elle. Le vrai
problème, c’est la discrimination au travail. »
« Cette enquête universitaire illustre clairement qu’il y a un
sérieux problème d’intégration des immigrantes dans le milieu
de l’emploi et qu’il est temps de réagir », a commenté Ayman
Al-Yassini, directeur général de la Fondation canadienne des
relations raciales.
Chaque année, le Québec accueille 45 0 0 0 nouveaux arrivants.
D’après les dernières données de Statistique Canada, le taux
de chômage des immigrés demeure deux fois plus important que
celui des Québécois de souche. Selon le Conference Board du
Canada, les pertes attribuables à la non-reconnaissance des
diplômes pour l’ensemble des travailleurs au pays sont de
l’ordre de 4,1 à 5,9 milliards de dollars.
Un prénom pas assez français - Judith
LaChapelle
Confessions
troublantes d’un journaliste du quotidien Le Monde
Au téléphone, il n’ose plus donner son prénom. Il s’en tient à
son nom de famille: M. Kessous, «Ça passe mieux: on n’imagine
pas que le reporter est rebeu (arabe) », racontait hier ce
journaliste du quotidien français Le Monde, dans un long récit
à la première personne sur le racisme ordinaire en France.
M. Kessous, Mustapha de son prénom, a beau être journaliste
depuis près de 10 ans, il subit toujours le racisme associé à
son prénom arabe et sa peau basanée. « Certains n’hésitent pas
à appeler (la rédaction) pour signaler qu’un Mustapha se fait
passer pour un journaliste du Monde ! »
La sortie du reporter survient deux semaines après les propos
controversés du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, à
l’endroit d’un militant politique d’origine arabe. «Il en faut
toujours un, dit le ministre, en parlant du militant. Quand il
y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des
problèmes.»
Mustapha Kessous dit avoir lui aussi goûté à « l’humour » du
ministre Hortefeux en 2008. « Brice Hortefeux arrive, me tend
la main, sourit et lâche : "Vous avez vos papiers?"»
Des lecteurs « atterrés »
Difficultés à
parler avec des Français lors de reportages, perplexité quant
à son identité (« À plusieurs reprises, arrivant pour suivre
un procès pour le journal, je me suis vu demander: "Vous êtes
le prévenu?"»), attitude méprisante de propriétaires lors
d’une visite d’appartement, portiers qui lui barrent l’entrée
des bars...
« Que dire de la police ? Combien de fois m’a-t-elle contrôlé
(...), plaqué contre le capot de la voiture en plein
centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes (...) ? »
En après-midi hier, le récit de Mustapha Kessous avait suscité
plus de 400 commentaires de lecteurs. Plusieurs, qui se
décrivent comme «Blancs» et « Français », se disent «
atterrés» ou «désolés» par ce qu’ils ont lu. D’autres
considèrent que le journaliste donne dans la « victimisation »
et doutent « de la véracité des faits ».
Mais le témoignage de M. Kessous n’étonne pas Zouhir Bahammou,
post-doctorant à la chaire de recherche en i m m igration de
l’ UQA M . Au Ca nada , souligne-t-il, le taux de chômage chez
les Maghrébins est plus élevé que chez les Noi r s et le s
Latino-Américains. « Depuis le 11 septembre 2001, c’est plus d
i f ficile pa rce qu’ils sont musulmans et arabes. Et en
France, c’est pire à cause de l’histoire coloniale et de la
guerre d’Algérie », estime le chercheur qui s’intéresse à
l’immigration marocaine.
La sortie de M. Kessous incitera-t-elle d’autres immigrants à
dénoncer publiquement le racisme « ordinaire » dont ils sont
victimes ? Il faudra voir, croit M. Bahammou. « En 2005, il y
a eu des émeutes dans les cités parisiennes, rappelle-t-il. La
situation ne s’est pas vraiment améliorée. Sur certains
points, elle s’est encore dégradée. »
Le hijab interdit dans les écoles belges
BRUXELLES —
Les directions de quelque 700 établissements scolaires publics
de langue néerlandaise relevant de la Communauté f lamande en
Belgique ont opté hier pour une interdiction générale du port
du foulard musulman à l’école.
Cette décision du Conseil de l ’ enseignement de la Communauté
flamande intervient alors que la volonté de deux lycées
d’Anvers ( Nord) d’interdire à partir du 1er septembre l’accès
aux élèves portant un foulard avait été accueillie par des
protestations.
À la suite d’une plainte d’une élève contre ce nouveau
règlement, l’« auditeur » de la plus haute juridiction
administrative belge, le Conseil d’État, avait estimé mardi
que les établissements n’avaient pas le droit de prendre
isolément ce type de décision.
Seul le
Conseil de l’enseignement chapeautant les écoles de la
Communauté flamande avait le pouvoir de trancher, selon le
magistrat.
Les enseignants de matières dites philosophiques seront les
seuls exemptés de même que les élèves, mais uniquement durant
ces cours.
Le Conseil d’État ne se prononcera pas avant mardi sur le
recours introduit par l’élève qui contestait l’interdiction du
foulard par son lycée anversois.
« C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »
- Marc Thibodeau
PARIS — Le mi
n i st re de l’ Intérieur français, Brice Hortefeux, se trouve
dans l’embarras après avoir été enregistré à son insu alors
qu’il prononçait des paroles jugées racistes par nombre d’élus
de gauche et d’associations militantes.
PHOTO JEAN-PHILIPPE KSIAZEK,
AFP
Brice Hortefeux, proche de Nicolas
Sarkozy qui a mené d’une main de fer le ministère français
de l’Immigration avant d’être nommé à l’Intérieur, se
retrouve au coeur d’une controverse.
L’affaire a éclaté j eudi lorsque le journal Le Monde a
diffusé en ligne une vidéo tournée le week-end dernier au
cours d’un rassemblement partisan. Elle avait déjà été
visionnée hier près de 600 000 fois sur le site de partage
Dailymotion.
Le politicien, qui a mené d’une main de fer le ministère de
l’Immigration avant d’être nommé à l’Intérieur, tient ses
propos controversés alors qu’il pose avec un partisan beur,
Amine Benalia-Brouch.
Une femme dans la foule lui lance en riant que le jeune homme,
né en France d’un père algérien et d’une mère portugaise, «
mange du cochon » et « boit de la bière ».
« Il ne correspond pas du tout au prototype. Non, ce n’est pas
du tout ça... Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça
va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »,
lance le ministre.
Ces propos ont été largement interprétés comme une référence
aux Arabes, ce que dément le principal intéressé.
Le ministre affirme qu’il n’a jamais voulu faire de «
référence à une origine ethnique, maghrébine, arabe, africaine
et ainsi de suite », mais parlait plutôt des Auvergnats en
évoquant la région dont il est lui-même originaire.
Le Monde, loin de partager son point de vue, a affirmé hier
dans un article analysant les propos de M. Hortefeux que son
démenti ne tenait pas la route.
Plusieurs ténors de la gauche sont montés au front, demandant
le renvoi du ministre, un scénario improbable dans la mesure
où il s’agit de l’un des plus proches collaborateurs du
président Nicolas Sarkozy.
« Xénophobe »
« La question n’est même pas de savoir s’il faut ou pas qu’il
démissionne du gouvernement, mais que fait-il encore au
gouvernement à cette heure-ci ? » a demandé le porte-parole du
Parti socialiste, Benoît Hamon.
L’ancien ministre à l’Égalité des chances, Azouz Begag, qui a
déjà croisé le fer par le passé avec Brice Hortefeux, a
dénoncé les propos du ministre comme « un vrai bon dérapage
franchouillard raciste » venant d’un élu « qui mène une
politique xénophobe ».
Tandis que l’Élysée est demeuré muet sur le sujet, les autres
membres du gouvernement ont serré les rangs autour du
ministre, parlant d’une « campagne de dénigrement assez
scandaleuse ».
M. Benalia-Brouch s’est aussi porté à la défense du ministre
hier en affichant sur YouTube une vidéo dans laquelle il donne
sa version des faits. « On a juste parlé entre amis,
sympathisants et militants de l’UMP ( le parti au pouvoir)...
Il n’y a eu aucun dérapage de M. Brice Hortefeux », dit le
jeune homme, qui se plaint d’être « harcelé » par les médias.
La controverse, justifiée ou non, ne pourrait pas plus mal
tomber pour le ministre puisqu’il vient de mettre en retraite
forcée un préfet soupçonné d’avoir proféré des propos racistes
lors d’un contrôle de sécurité à l’aéroport d’Orly.
Le préfet en question, Paul Girot de Langlade, qui nie tout
dérapage, aurait lancé : « On se croirait en Afrique ici »
lors du contrôle, déplorant qu’il n’y avait « que des Noirs ».
Il fait actuellement l’objet d’une enquête policière pour «
injures publiques à caractère racial ».
Dans un communiqué confirmant sa mise à la retraite, M.
Hortefeux a déclaré il y a quelques jours qu’il ne tolérerait
« jamais que des propos racistes ou discriminatoires soient
tenus dans notre pays, d’autant plus par un représentant de
l’État ».
M. Girot de Langlade assure de son côté qu’il est victime d’un
« plande communication » du ministre, qui tente, selon lui, de
se refaire une « virginité antiraciste ». « Le plus raciste
des deux, ce n’est pas moi », at-il lancé à la radio,
visiblement ravi de la controverse.
Il ne fait pas bon être noir à Moscou - Frédérick
Lavoie
Plus de la
moitié des quelque 10 000 Noirs de Moscou ont déjà été
agressés en raison de la couleur de leur peau, selon une
étude récente. Le racisme continue de menacer
quotidiennement la vie des Africains en Russie.
MOSCOU — Emmanuel et Jalambo grillent des cigarettes avec
d’autres amis soudanais dans la cour de l’Université russe
de l’amitié entre les peuples de Moscou. « Ici, personne ne
nous touche. C’est plus sûr », lance Emmanuel.
PHOTO IVAN SEKRETAREV, AP
Le racisme n’a pas empêché Joaquim
Crima, 37 ans, de se présenter au poste de chef de
district de Sredneakhtoubinsk (Sud) pour l’élection
d’octobre. Il a rapidement été surnommé l’« Obama russe »,
même si ses chances de succès sont minces.
Même s’il n’étudie plus, l’Africainde27ans, aujourd’hui
diplômé en médecine, continue de flâner près de
l’institution qui compte 3500 étudiants étrangers.
Son genou le fait encore souffrir. En 2004, il a passé deux
mois à l’hôpital après avoir été « salué » par une quinzaine
de skinheads à Saratov (à 700 km au sud-est de Moscou). « Je
revenais du supermarché et ils m’ont attrapé », raconte
Emmanuel, dans un russe presque sans accent.
Son copain Jalambo, 26 ans, finissant en génie électrique,
n’a eu quant à lui que des « petits pépins ». Pas question
tout de même de se promener seul dans la rue une fois la
nuit tombée, et encore moins de prendre le métro sans être
accompagné, explique celui qui travaille comme disc-jockey
en banlieue de Moscou.
« Pas seulement les skinheads, mais n’importe quelle
personne soûle peut nous insulter ou nous demander ton
argent. Et même si on nous bat, personne dans la rue ne
viendra nous aider. »
Tous les amis de couleur de Jalambo et Emmanuel ont déjà au
moins été traités de « singes ». Lorsqu’ils n’ont pas
carrément été passés à tabac.
Objet « prioritaire » de la haine
Selon un sondage mené par l’Aumônerie protestante de Moscou,
une ONG qui travaille avec les immigrants africains, 60% des
Noirs de la capitale ont été agressés depuis qu’ils y
habitent. Quatre répondants sur cinq ont affirmé avoir été
l’objet de violence verbale.
« Ce n’est pas du tout étonnant », commente Alexander
Verkhovski , di recteur du Centre Sova, une ONG qui observe
les mouvements nationalistes et racistes en Russie.
La plupart
des attaques racistes sont toutefois commises contre des
ressortissants des républiques du Caucase russe ou de l’Asie
centrale ex-soviétique, souligne-t-il. Les mouvements
d’extrême droite les accusent de menacer la suprématie du
peuple russe, de vouloir « islamiser » le pays et de voler
les emplois des Russes.
La violence cont re les Africains s’explique différemment. «
Les groupes néonazis russes imitent les pratiques et la
rhétorique de ceux d’Europe occidentale, pour qui les Noirs
sont l’objet prioritaire de la haine », note M. Verkhovski.
Lundi, un Camerounais a été poignardé dans le sud de Moscou,
vraisemblablement par des néonazis. Une attaque courante.
Durant les six premiers mois de l’année, 37 personnes ont
été tuées dans 126 attaques xénophobes dans tout le pays.
Les Africains forment une très petite communauté de quelques
milliers de personnes en Russie, mais ils sont
surreprésentés parmi les victimes.
L’Obama russe
Pour obtenir aide et protection, les étrangers hésitent à se
tourner vers la police. Les forces de l’ordre font plus
souvent parti du problème que de la solution, expliquent les
deux Soudanais interrogés. Emmanuel ne compte plus le nombre
de fois où des agents contrôlent sans raison son identité,
chaque jour.
Alexander Verkhovski note toutefois que les forces de
l’ordre ont réellement intensifié la lutte contre les
mouvements d’extrême droite depuis deux ans. « Certains
[néo-nazis] se cachent, d’autres se sont même suicidés. Ces
groupes font face à une sérieuse pression à Moscou. Dans les
autres villes par contre, ce n’est pas encore le cas »,
précise-t-il.
Le racisme n’aura tout de même pas empêché Joaquim Crima, 37
ans, de se présenter au poste de chef de district de
Sredneakhtoubinsk (Sud), pour l’élection d’octobre.
Originaire de Guinée-Bissau, il a rapidement été surnommé
l’« Obama russe », même si ses chances d’élections sont
minces. Un deuxième candidat, de père ghanéen et de mère
russe, s’est ensuite lancé dans la course pour le même
siège.
« J’ai peur pour lui », dit Emmanuel en parlant de Joaquim
Crima. « Peut-être qu’ils vont le zigouiller. » L’élection
de Barack Obama en novembre dernier aura créé une certaine
vague de respect pour les Noirs en Russie, note Emmanuel. «
Mais après un mois, ça s’est dissipé. »
Un candidat noir à des élections en Russie
L’initiative
de Joaquim Crima, agriculteur d’origine africaine, lui vaut le
surnom d’« Obama russe »
SREDNYAYA AKHTUBA — Joaquim Crima, agriculteur d’origine
africaine, va tenter de remporter un mandat local en Russie.
Son initiative, très inhabituelle de la part d’un Noir dans ce
pays, lui vaut déjà le surnom d’« Obama russe ». Mais
contrairement au président américain, ses chances de victoire
sont minces, car les préjugés raciaux ont la vie dure en
Russie.
PHOTO IVAN SEKRETAREV,
ASSOCIATED PRESS
Les chances de Joaquim Crima, natif de
Guinée-Bissau, de remporter la victoire sont minces. En
Russie, les préjugés raciaux sont encore légion.
Cet homme de 37 ans, natif de Guinée-Bissau, s’est installé
dans le sud de la Russie, où il a décroché un diplôme
universitaire. Il promet de combattre la corruption et de
développer sa circonscription, traversée par la Volga.
« J’aime Obama en tant que personne et en tant qu’homme
politique, parce qu’il a prouvé au monde ce que chacun croyait
impossible. Je pense que je peux apprendre des choses de lui
», a commenté Joaquim Crima, assis dans sa véranda ombragée de
Srednyaya Akhtuba, ville de 11 000 habitants où il vit avec sa
femme Anaït, leur fils de 10 ans et de lointains parents
arméniens de souche. Victoire improbable
Dans les faits, il est fortement improbable que Joaquim Crima
remporte la circonscription de Srednyaya Akhtuba, non
seulement parce qu’il lui manque l’expérience politique et les
relations nécessaires, mais aussi parce qu’il doit faire face
à la dure réalité d’être un homme noir en Russie.
« Ils sont
souvent raillés dans le métro et aux marchés », note Lydia
Troncale, membre de l’aumônerie protestante de Moscou, ONG qui
travaille avec des immigrés africains.
Joaquim Crima s’entend bien avec ses concitoyens mais, par
précaution, il est accompagné presque partout par son
musculeux beaufrère. En décembre dernier, un étudiant noir
américain avait été poignardé et grièvement blessé à
Volgograd, la plus grande ville de la région, dans une attaque
considérée comme raciste.
Joaquim Crima, qui est arrivé en Russie en 1989, est diplômé
de l’Université pédagogique d’État de Volgograd. Il pense
pouvoir régler les problèmes de sa circonscription, où
certains habitants n’ont toujours pas accès à l’eau potable.
Dans les rues, qui ne sont pas pavées, on peut encore voir des
chèvres brouter.
Certains se moquent de ce qu’ils considèrent comme de la
naïveté de sa part. Une vendeuse assure même qu’elle ne votera
pas pour lui parce qu’elle ne veut pas « vivre en Afrique ».
Une autre dit qu’elle ne votera pas pour un « négro ». Des
sentiments qui sont encore assez répandus en Russie.
Clandestins morts en mer La ligne dure de Berlusconi
critiquée
ROME — La
polémique sur la ligne dure adoptée par le gouvernement
Berlusconi face à l’immigration clandestine est repartie hier en
Italie, au lendemain du sauvetage de cinq Érythréens qui ont
affirmé que 73 de leurs compagnons de voyage étaient morts
d’épuisement en route.
PHOTO MAURO SEMINARA, AFP
Deux des cinq Érythréens recueillis
jeudi au large de l’île italienne de Lampedusa. Selon ces
clandestins, 73 de leurs compagnons de voyage auraient péri
pendant la traversée à partir de la Libye, tandis que leur
embarcation aurait croisé de nombreux bateaux sans qu’aucun ne
leur porte secours.
Cinq immigrés clandestins, recueillis jeudi au large de l’île
italienne de Lampedusa, ont raconté que 73 de leurs compagnons
de voyage, tous Érythréens, avaient péri pendant la traversée à
partir de la Libye. Leurs corps auraient été jetés à la mer. Des
recherches sont en cours pour tenter de les récupérer.
Les autorités
maltaises ont émis des doutes quant à cette version. Un
porte-parole des forces armées a indiqué hier que les
immigrants n’avaient pas été considérés en situation de
détresse, mercredi, lorsqu’ i ls avaient refusé l’assistance
d’une vedette de la marine maltaise qui les avait abordés lors
de leur passage dans la zone de recherche et de secours sous
la responsabilité de Malte.
Selon les témoignages des émigrants, l’embarcation, à la
dérive pendant 23 jours, aurait croisé de nombreux bateaux
sans qu’aucun ne leur porte secours. « Comme si la peur préva
la it sur le devoir de porter assistance en mer » , a déclaré
L au r a Boldr i ni , por t e - parole du Haut commissariat
aux réfugiés des Nations unies ( HCR), jugeant cela « alarmant
». « La lutte contre l’immigration clandestine est une chose ;
le manque de respect des droits de l’homme en est une autre »,
a déclaré Dario Franceschini, secrétaire du Parti démocrate,
principal parti de l’opposition.
Le quotidien de l’Église italienne Avvenire a dénoncé « les
yeux fermés » de « l’Occident » sur l’immigration clandestine,
faisant un parallèle entre l’indifférence montrée pour les
drames survenant en mer avec celle aux convois de déportés par
les nazis.
Immigration
: Un équilibre fragile - Gérard Pinsonneault
Le projet de
sélection des immigrants économiques semble trahir un
empressement à faire du volume
L’auteur est chercheur associé à la Chaire en relations
ethniques de l’Université de Montréal. Plus ou moins
régulièrement, des événements de l’actualité incitent
l’opinion publique à s’interroger sur la pertinence des
programmes et pratiques en vigueur en matière de sélection des
immigrants.
PHOTOMARTINTREMBLAY, ARCHIVES
LA PRESSE
Il serait souhaitable que l’État
québécois attache autant d’importance à la sélection d’un
futur résident permanent qu’à l’embauche d’un employé
contractuel dont l’emploi ne s’étendra que sur quelques mois
?
Malheureusement, la réflexion dépasse rarement le niveau un
peu primaire des origines nationales. Suivant cette «
réflexion », l’admission des ressortissants de certains pays
serait à favoriser, tandis que celle d’autres contrées serait
à éviter, voire à proscrire. Cette approche a heureusement été
abandonnée par tous les pays développés où la notion d’égalité
des personnes n’est pas un vain mot.
Il n’en demeure pas moins que la gestion des modalités
encadrant la sélection et l’admission d’étrangers aux fins de
la résidence permanente n’est pas simple, particulièrement
pour les immigrants de la composante économique. Ce sont les
caractéristiques propres des candidats qui constituent la base
sur laquelle doit être fondée la décision de les sélectionner
aux fins de la résidence permanente, avec tous les droits,
privilèges et obligations que cela comporte.
Pour prendre en compte les caractéristiques garantes d’une
intégration réussie, une grille de sélection a été conçue pour
les candidats de la catégorie des travailleurs. Ces
caractéristiques vont de l’âge du candidat à sa scolarité, en
passant par sa profession, le fait qu’il détient ou non une
offre d’emploi au Québec, son niveau de connaissance du
français et de l’anglais, son domaine de formation et son
adaptabilité.
Les autorités québécoises ont souvent modifié cette grille,
mais elles ont toujours été guidées par la recherche de
l’équilibre. Équilibre entre des objectifs numériques imposés
par une évolution démographique inquiétante et une situation
économique parfois précaire et aussi, peut-être surtout, la
prudence qu’impose le fait que la majorité francophone du
Québec n’a encore qu’une expérience assez récente comme
société d’accueil.
Or, le projet
en cours de modification réglementaire touchant la sélection
des immigrants de la catégorie des travailleurs risque de
rompre cet équilibre et semble trahir un empressement marqué à
faire du volume.
En vertu de ce projet, non seulement l’étape de l’examen
préliminaire serait-elle abolie, mais, en abolissant le
critère adaptabilité de la grille, le nombre de cas avec
entrevue formelle de sélection serait réduit au minimum.
L’examen préliminaire a pour fonction de réaliser un premier
tri parmi les candidatures et de ne retenir que celles qui
présentent un certain potentiel d’employabilité. Avec son
abolition, on rendra possible pour un candidat qui ne passe
pas le test de l’employabilité de se qualifier directement en
sélection, grâce à des critères comme les connaissances
linguistiques de son conjoint ou la présence d’enfants.
Quant à l’entrevue de sélection, sa disparition signifie qu’on
éliminerait la possibilité d’effectuer un contrôle effectif,
au vu des originaux présentés en personne, de la validité et
de l’authenticité des documents présentés à l’appui des
demandes. Quiconque connaît un tant soit peu « l’industrie »
des faux diplômes et autres documents utilisés aux fins de
l’immigration ne peut que s’inquiéter d’une telle approche.
Déjà que les modalités en vigueur pour les candidats
investisseurs leur permettent d’être admis pratiquement sur la
base de leurs seules ressources financières, s’il faut qu’à
son tour la sélection des candidats de la catégorie des
travailleurs ne soit plus l’objet d’une évaluation minutieuse,
à quoi aura servi leur prise en main par le Québec?
Ne serait-il pas souhaitable que l’État québécois attache au
moins autant d’importance à la sélection d’un futur résident
permanent qu’à l’embauche d’un employé contractuel dont
l’emploi ne s’étendra que sur quelques mois?
Au nom de « l’honneur » - Laura
-Julie Perrault
L’actualité des derniers jours a fait circuler abondamment
la notion de crime d’honneur. L’humiliation est-elle
réellement le motif de ce type de meurtres ou cette
étiquette n’est-elle qu’une excuse pour des criminels
comme les autres ?
«Souvent, ceux qui ont perpétré les meurtres disent qu’ils
l’ont fait au nom de l’honneur, mais c’est souvent pour
cacher autre chose: un viol, une dispute d’héritage », dit
la journaliste jordanienne Rana Husseini.
Journaliste jordanienne, Rana Husseini ne s’est jamais
remise de la première histoi re de « crime d’honneur »
qu’elle a couverte pour son journal, le Jordan Times. Elle
était incapable de comprendre comment, « au nom de
l’honneur », une famille avait pu tuer une jeune fille de
16 ans parce qu’elle avait été violée par son frère.
PHOTO HARRISON SMITH,
ARCHIVES TORONTO STAR
L’exécution d’un crime d’honneur a
été invoquée pour expliquer le meurtre des quatre femmes
de la famille Shafia. Mohammad Shafia, sa seconde femme
et leur fils aîné ont tous les trois été accusés de
meurtre prémédité et de complot pour meurtre la semaine
dernière à Kingston, en Ontario.
L’article qu’elle avait tiré de cette histoire il y a 15
ans, dans lequel elle citait les oncles qui blâmaient la
victime pour son comportement répréhensible, avait soulevé
l’ire en Jordanie. I l s’est aussi transformé en croisade
pour la journaliste, qui a depuis enquêté sur des dizaines
et des dizaines de cas semblables.
Le fruit de ses recherches acharnées a donné lieu à un
tout nouveau livre, Meurtre au nom de l’honneur, publié en
juin, ainsi qu’à une campagne pour faire changer les
choses dans son pays et ailleurs.
« Ce que j’ai trouvé, c’est que les crimes qui sont
appelés faussement "crimes d’honneur" sont des crimes
comme les autres. Souvent, ceux qui ont perpétré les
meurtres disent qu’ils l’ont fait au nom de l’honneur,
mais c’est souvent pour cacher autre chose : un viol, une
dispute d’héritage », a dit hier à La Presse la
journaliste, jointe à Amman.
« Ils pensent que leurs problèmes vont dispa raît re en
tuant une femme. La plupart du temps, le crime ne règle
rien du tout. Le crime ne s’efface jamais. Ceux qui l’ont
perpétré gardent la plupart du temps beaucoup de
culpabilité », dit celle qui a interviewé de nombreux
meurtriers pour mieux comprendre leurs motivations.
L’un
d’eux, qui avait tué sa soeur, souhaitait même que la
peine de mort soit appliquée à ceux qui tuent au nom de
l’honneur afin que les familles n’incitent plus d’hommes
comme lui à commettre l’irréparable.
Or, en ce moment, loin de mener à l’échafaud, le motif «
d’honneur » allège la peine imposée au meurtrier dans des
dizaines de pays. C’est notamment le cas en Jordanie, au
Liban et dans la plupart des provinces i rakiennes. « Les
meurtriers sont même parfois excusés », a noté Mme
Husseini en ajoutant qu’il faut changer les lois, mais que
cela n’est pas suffisant. « Beaucoup de gens ne pensent
pas à la punition quand ils commettent un crime. Comme
dans tous les cas de violence envers les femmes, il vaut
mieux documenter les cas et en parler constamment », croit
la journaliste.
Rana Husseini est d’ailleurs convaincue que le chiffre
utilisé par les Nations unies – qui estiment que 5000
femmes chaque année sont victimes de crimes commis au nom
de l’honneur – n’est que la pointe de l’iceberg. «
Souvent, ces meurtres sont signalés comme des accidents ou
des suicides », a-t-elle noté.
Dissocier le crime de l’islam
Sur la base de son expérience, Mme Husseini refuse de
faire l’équation entre les crimes commis au nom de
l’honneur et l’islam. Au fil des ans, elle a répertorié de
nombreux cas de meurtres comparables, notamment dans des
villages italiens, espagnols et grecs, ou encore dans des
familles sikhes. « C’est un phénomène international »,
fait-elle remarquer.
D’origine pakistanaise, Tahira Khan, qui a elle aussi
consacré un livre à la question des crimes perpétrés au
nom de l’honneur, abonde dans le même sens. « Il est exact
de dire que la plupart des crimes d’honneur ont lieu dans
des pays musulmans, mais ils ne sont pas liés directement
aux enseignements de l’islam. Une des preuves en est que
ce genre de crime n’est pas perpétré partout dans la
communauté musulmane, qui compte 1,5 milliard de fidèles.
On ne signale pas de "crimes d’honneur" en Indonésie, le
plus grand pays musulman du monde. »
Préférer la prison au nom de famille
souillé - Judith LaChapelle
L’honneur familial est un concept difficile à comprendre
pour les Occidentaux. « Pour énormément de gens, les
conséquences d’un geste destiné à sauver la famille du
déshonneur sont secondaires », dit Marie-Hélène Paré,
travailleuse sociale et auteure d’une maîtrise sur les
crimes d’honneur au Liban.
Pour certains, il serait donc moins humiliant d’être
reconnu coupable de meurtre et envoyé en prison que de
voir le nom de sa famille souillé parce qu’une soeur a
eu des relations sexuelles avant le mariage ou qu’un
frère est homosexuel. « Plus l’honneur a de l’importance
pour la famille, plus les mesures pour en conserver
l’intégrité seront répressives », observe la chercheuse.
Mme Paré, qui a travaillé au Moyen-Orient pour Médecins
sans frontières et achève actuellement undoctorat à
l’Université d’Oxford, en Angleterre, a interrogé pour
ses travaux une soixantaine de parents libanais pour
comprendre comment ils concevaient la question de
l’honneur. Pour plus de la moitié d’entre eux, l’honneur
familial était une valeur suprême à laquelle les hommes
et les femmes de la famille – confinés dans leurs rôles
traditionnels – devaient se conformer, sous peine de
représailles.
Environ le quart des parents croyaient à l’égalité entre
les sexes, mais se souciaient de sauvegarder les
apparences en adoptant des « stratégies de tromperie »,
dit la chercheuse – par exemple, une fille violée sera
mariée au violeur avant de divorcer deux semaines plus
tard.
Une minorité des parents interrogés plaçaient les droits
de la personne en premier et choisissaient, par exemple,
de poursuivre un violeur devant la justice pour laver
l’honneur de leur fille. Détail important, souligne la
chercheuse: ces parents ne faisaient pas nécessairement
partie de l’élite. « Ce ne sont pas nécessairement les
classes les plus pauvres qui vont tuer », dit Mme Paré.
La
religion n’est pas toujours derrière le crime d’honneur,
rappelle la chercheuse. « Il s’agit beaucoup de la
culture familiale, surtout si le nom de famille a une
importance politique, culturelle ou militaire. » Des
familles chrétiennes du Liban ont déjà tué pour
l’honneur, indique Mme Paré, et des familles afghanes
ont refusé que leur fille fréquente un Pakistanais même
s’ils étaient tous les deux musulmans.
En Grande-Bretagne, où vivent des communautés
moyen-orientales et du sud-est asiatique depuis de
nombreuses années, le crime d’honneur est une notion
bien connue. Les services sociaux, dit Mme Paré,
interviennent très rapidement dans les familles dès que
la question de l’honneur est soulevée. Ce qui n’empêche
pas des familles bien intégrées d’être menacées par la
famille élargie. « Dans les communautés où l’honneur
définit tellement la réputation qu’ils ont, les parents
ont actuellement très peu de pouvoir relativement, par
exemple, à un cousin germain dans la contrée lointaine
du Pakistan qui serait offusqué par le comportement de
sa cousine et qui arriverait à l’aéroport de Heathrow.
On a déjà vu ça. »
Leministère britannique de l’Intérieur a fondé la Forced
Marriage Unit, une unité spéciale chargée de recevoir
les signalements de mariages forcés. Depuis le début de
l’année, l’organisme a reçu 770 signalements. En juin
dernier, le gouvernement a demandé aux écoles d’être
vigilantes à l’approche de l’été, la saison pendant
laquelle des jeunes filles sont emmenées dans leur
paysd’origine – le plus souvent le Pakistan – pour y
être mariées.
De plus, la police londonienne précise clairement que
les signalements de mariages forcés et les crimes
d’honneur sont pris en charge par sa division d’enquête
sur les crimes haineux et la violence conjugale.
Les immigrants reçoivent-ils toute l’information
nécessaire sur les valeurs et les lois en vigueur dans
leur pays d’accueil ? se demande Mme Paré. « Il faut
revoir le mythe du multiculturalisme, celui qui veut que
les gens s’adaptent comme par magie. »
Crime d'honneur : DES MENTALITÉS À CHANGER
- Yolande Geadah
Autrefois,
dans toutes les sociétés patriarcales et pas seulement
musulmanes, le père de famille avait droit de vie et de mort
sur ses enfants
LL’auteure est essayiste. Elle a publié « Accommodements
raisonnables: droits à la différence et non différence des
droits » chez VLB éditeur. a t ragédie récente de Kingston, où
trois jeunes afghanes et la première épouse de leur père ont
été trouvées mortes au fond du canal Rideau, est troublante.
Le père, la mère et le frère des trois jeunes filles ont été
arrêtés et accusés de meurtre prémédité.
L’hypothèse
d’un crime dit d’« honneur » semble sérieuse dans la
tragédie de Kingston, où trois soeurs et la première épouse
de leur père ont été trouvées mortes au fond du canal
Rideau. Ce type de crime fait partie des multiples formes de
violence à l’égard des femmes qu’on retrouve dans toutes les
cultures.
L’hypothèse d’un crime dit d’« honneur » semble sérieuse.
Aussitôt énoncée cette hypothèse, un malaise profond a saisi
les membres des communautés musulmanes d’ici. La crainte que
ce crime ne contribue à ternir davantage l’image des musulmans
dans l’opinion publique est malheureusement justifiée. Les
médias ont donc la responsabilité première d’éviter le
sensationnalisme et les stéréotypes dans le traitement d’un
tel sujet. Cela ne veut pas dire de cesser de réfléchir au
contexte particulier entourant ce genre de crime, qui, il faut
bien le préciser, fait partie des multiples formes de violence
à l’égard des femmes qu’on trouve dans toutes les cultures.
Qu’est-ce qu’un « crime d’honneur » ? Il s’agit d’un crime
généralement commis par le mari, le père ou le frère de la
victime pour défendre l’honneur de la famille, supposément
menacé par l’inconduite de la victime. Les raisons invoquées
pour ce crime sont multiples, mais souvent liées à la
sexualité des femmes.
Il peut s’agir du fait que la victime décide d’exercer son
droit d’épouser l’homme de son choix ou de refuser celui qu’on
a choisi pour elle, de demander le divorce, d’avoir des
relations sexuelles extraconjugales, bref d’exercer son
autonomie en adoptant un mode de vie qui ne respecte pas les
plus strictes traditions. À cela se mêlent parfois des
questions d’argent, comme la prétention de réclamer sa part
d’héritage.
Généralement, l’auteur d’un tel crime est exonéré de tout
blâme par sa communauté, qui considère qu’il n’a fait que «
laver l’honneur » de sa famille. Son prestige social s’en
trouve donc rehaussé et il peut vivre la tête haute, sans
avoir à rougir de son crime ni des agissements de sa victime.
Le « crime d’honneur » est une coutume tribale qui précède
l’islam. S’il est vrai que le Coran ne promeut pas cette
pratique, on ne peut nier qu’elle perdure dans des sociétés
musulmanes. En fait, la charia autorise le meurtre des femmes
adultères ou qui ont des relations sexuelles avant le mariage.
C’est d’ailleurs pourquoi de nombreux musulmans se sont
vivement opposés à l’introduction de la charia au Canada.
N’oublions pas qu’autrefois, dans toutes les sociétés
patriarcales, et pas seulement musulmanes, le père de famille
avait droit de vie et de mort sur ses enfants. Les grandes
religions n’ont fait que renforcer ce droit absolu, comme
l’illustre l’histoire biblique d’Abraham, qui avait résolu
d’immoler son fils unique simplement parce qu’il avait entendu
une voix (supposément celle de Dieu) lui ordonnant de le
faire. Je me rappelle que, étant petite, cette histoire nous
était contée comme un bel exemple d’obéissance à Dieu et non
comme un crime potentiel.
Les auteurs
d’un crime dit d’« honneur » sont eux aussi convaincus d’obéir
à des impératifs moraux supérieurs. Si cette pratique se
poursuit encore, à divers degrés, dans les pays musulmans,
c’est qu’elle est tolérée dans la culture populaire et
renforcée par des lois qui accordent des pénalités plus
légères au meurtrier s’il invoque l’impératif de défendre
l’honneur de sa famille bafoué par les écarts de conduite de
sa victime.
Cette pratique est aussi nourrie par un certain discours
religieux, réactionnaire et intégriste, obsédé par la
sexualité des femmes. L’insistance sur le port du hidjab ou du
niqab, la non-mixité et la virginité des femmes en font
partie. C’est pourquoi il est difficile de dissocier l’islam
de ce type de crime, même si le Coran ne le justifie pas et
que la grande majorité des musulmans le condamnent
aujourd’hui.
Qui est responsable du crime d’honneur? La réponse à cette
question semble évidente. En premier lieu, la personne qui
commet un meurtre et, en second lieu, ceux qui l’ont soutenu
dans l’exécution du meurtre. Mais la société qui l’entoure et
qui justifie le contrôle des hommes sur la sexualité des
femmes au nom de principes moraux supérieurs n’a-t-elle pas sa
part de responsabilité aussi dans la perpétuation de ce type
de crime ?
Bien qu’il soit erroné de blâmer l’islam pour les crimes
commis par des musulmans, on ne peut nier qu’une certaine
lecture de l’islam, devenue dominante aujourd’hui, contribue à
légitimer diverses formes de violences commises au nom de
cette religion. Cela signifie que les personnes qui
préconisent une lecture rigoriste et misogyne de l’islam ont
leur part de responsabilité dans les violences découlant de
cette vision intolérante.
Bien entendu, blâmer la victime pour exonérer son agresseur
n’est nullement l’apanage des sociétés musulmanes. Qu’on pense
à la défense dans le cadre de procès pour viol, soutenue dans
divers pays occidentaux, où le comportement et l’habillement
de la victime sont invoqués comme source de provocation. Qu’on
pense aussi à la défense dans les cas de crime dits «
passionnels », où l’infidélité du conjoint (le plus souvent de
la femme) est invoquée comme facteur atténuant. Qu’on pense
enfin aux nombreux cas de femmes assassinées, ici comme
ailleurs, par un conjoint qu’elles ont décidé de quitter.
Les mouvements féministes ont raison de dénoncer les discours
misogynes qui alimentent et perpétuent les violences commises
contre les femmes, car il ne s’agit pas uniquement d’une
responsabilité individuelle mais aussi collective.
Il faut bien réaliser que nous sommes sur une pente très
glissante lorsqu’on se porte à la défense de valeurs
patriarcales au nom du respect de la diversité et du
multiculturalisme.
Le Canada, signatai re de nombreuses conventions
internationales, a non seulement le droit, mais l’obligation
de tout mettre en oeuvre pour changer les mentalités qui
contribuent à nier les droits fondamentaux des femmes. Comment
le faire sans pour autant verser dans le racisme ni
marginaliser davantage les membres d’une minorité est une
question cruciale qui mérite réflexion.
Le terrain
des superstitions - Patrick Lagacé
Je suis tombé
sur le derrière en entendant ce policier préciser ce qui ne
devrait jamais l’être. Bien sûr que ce pays valorise l’égalité
entre les hommes et les femmes, la liberté de choix.
Un mot sur le chef de la police de Kingston qui a senti le
besoin, risible, de dire ceci: les victimes, a dit Stephen
Tanner, « partageaient les droits, dans notre grand pays, de
vivre sans peur, en sécurité, d’exercer la liberté de choix et
d’expression ».
Pourquoi rappeler ça? Pourquoi souligner une évidence?
Pourquoi dire que la Terre est ronde?
Ah, parce que ce qui est désormais considéré comme un
quadruple meurtre, ce qu’on soupçonne être un « crime
d’honneur », a une dimension culturelle. Les accusés sont des
gens originaires d’Afghanistan. Musulmans. Pourquoi préciser
ça? Juste le dire, juste le fait que le chef d’un corps de
police d’une ville canadienne sente le besoin de rappeler ce
genre de chose est une concession aux extrémistes, aux
illuminés qui vivent en fonction de superstitions rétrogrades.
Crime d’honneur? So what! Quatre femmes sont mortes. On a cru
à un accident. La police traite l’affaire comme un quadruple
meurtre. C’est tout ce qui compte. Et la plus grande taloche à
inf liger aux barbares, parce que c’est de la barbarie, de
tuer parce que le code de la tribu a été « enfreint », c’est
justement que l’appareil judiciaire s’y attarde aussi peu que
possible.
À commencer par un flic qui est le bras armé de l’État.
Le Canada a un Code criminel. Dans ce Code criminel, on
détaille les crimes que la société n’accepte pas. Et, à côté,
on y accole des sanctions: prison, amendes, etc. Le crime le
plus grave: tuer quelqu’un, avec préméditation.
Dans ce Code criminel, c’est assez clair, je crois : on ne
peut pas tuer sa soeur (ou sa fille ou sa femme ou sa voisine)
parce qu’elle désirait avoir un iPhone, coucher avec le
laitier, manger du porc ou s’adonner à la danse sociale. Il
n’y a pas d’accommodement raisonnable pour cause
d’obscurantisme.
Alors, on peut bien expliquer ce qu’est un crime d’honneur.
Donner du contexte. Donner des statistiques, c’est très bien,
les statistiques et le contexte.
Mais ça n’a pas rappor t . Justement, parce que ce n’est pas
l’Afghanistan, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite, ici, ce n’est
pas un État islamique aux lois et aux coutumes rappelant le
Moyen-Âge, on ne devrait pas avoir à le préciser. Surtout pas
quand on est chef de police.
Les trois accusés ont-ils comploté pour tuer trois des leurs,
trois êtres humains partageant leur sang? Ainsi qu’une femme
qui, dit-on, était la première épouse de Mohammad Shafia,
femme présentée par la famille comme une cousine?
Oui, et c’est la taule. Non, et c’est la libération.
C’est à peu près aussi simple que cela, désolé. Commencer à
chercher à comprendre, à relativiser, c’est embarquer sur le
terrain des excités, des extrémistes et des barbares qui ont
des systèmes de justice parallèles.
Ce qui
compte, c’est la preuve. Est-elle solide ? Les « noyées »
avaient-elles de l’eau dans les poumons? Des traces de
violence sur le corps? Le volant de la Nissan portait-il les
empreintes des accusés? La triangulation des signaux de
portables des accusés les place-t-elle près des lieux du crime
au moment estimé des faits? Le trio accusé a-t-il tenu des
propos incriminants sous écoute électronique?
Des preuves, de la science, des faits. C’est ce qui compte.
C’est pour ça que je suis tombé sur le derrière en entendant
ce policier préciser ce qui ne devrait jamais l’être. Bien sûr
que ce pays est un pays qui valorise l’égalité entre les
hommes et les femmes, la liberté de choix, tout ça.
Mais c’est très canadien, non, de préciser ainsi l’évidence?
Surtout en matière multiculturelle. On veut tellement être
multiculturel. On s’est tellement fait dire – à mots couverts,
bien sûr – que critiquer l’ethnique est par essence raciste,
que nous en sommes rendus à voir des chefs de police, en
pleine télévision, souligner qu’il n’est pas canadien de tuer
des femmes... Donnez-moi 15 coups de bâtons, quelqu’un, je
rêve!
Ce n’est pas raciste de dire qu’il y a des « nouveaux
Canadiens » qui proviennent de cultures rétrogrades. Ce n’est
pas raciste de dire que la charia est une hérésie. Ce n’est
pas raciste de dire que l’islam militant, depuis quelques
années, veut restreindre la liberté d’expression pour
soustraire Mahomet à la critique.
Pourtant, on se fait traiter de raciste quand on ose
s’aventurer dans ces eaux.
Le flic qui précise que les femmes, ici, ont les mêmes droits
que tout le monde, est un flamboyant symbole de cette mollesse
from coast to coast.
Les accusés sont musulmans. Et des musulmans, à les voir, tout
ce qu’il y a de plus intégrés. Madame ne porte ni le voile, ni
le niqab, ni la burqa. Monsieur est un homme d’affaires
prospère qui venait de s’acheter un centre commercial à Laval.
Un centre commercial, à Laval! Peut-on être plus « intégré »
que ça?
Et pourtant, de toute évidence, non. Ce dont on les accuse
témoigne du contraire. Ce qui transpire témoigne d’un siècle
qui n’est pas le nôtre.
Le plus beau pied de nez qu’on puisse faire aux
obscurantistes, à ceux qui lisent le Coran avec des yeux
d’attardés, c’est justement de faire ce procès uniquement sur
les faits
C’est le meilleur « message » à leur envoyer: tu tues ta soeur
(ou ta fille, ou ta femme, ou ta voisine) parce qu’elle t’a «
déshonoré » ?
Le système va te trouver, va recueillir des preuves, va te
faire condamner. Ensuite, voici la prison, on y trouve une
petite salle de prière, tu pourras y lire tes recueils de
superstitions. Pendant 25 ans. DANS LA MÊME VEINE – S’il y a
un procès, si ces gens ne plaident pas coupables, il sera
aussi très intéressant d’entendre la DPJ et ses représentants
témoigner. La DPJ a été impliquée dans la famille, parce que
Hamed Mohammed Shafia, 18 ans, le fils, jouait apparemment au
matamore avec ses soeurs. Pour une fois, la DPJ ne pourra se
réfugier derrière la sacrosainte confidentialité des dossiers
pour ne pas expliquer ce qu’elle a fait. Ou pas.
Des
meurtres banalisés Les crimes d’honneur ont été exportés en
Occident - Djemila Benhabib
C’est comme si
le sexe des femmes était la propriété exclusive des hommes. Le
corps aussi, d’ailleurs.
L’auteure a publié le livre « Ma vie à contreCoran », chez VLB
éditeur. Hier, la police de Kingston a fait des révélations
troublantes au sujet du meurtre des quatre femmes d’origine
afghane de la famille Shafia – trois soeurs de 19, 17 et 13
ans, ainsi que la première épouse du père – trouvées mortes
dans le canal Rideau. Le père, la mère et leur fils de 18 ans
ont été accusé de meurtre prémédité et de conspiration.
Bien qu’il soit prématuré de qualifier ce meurtre de crime
d’honneur, l’hypothèse n’est pas à écarter. Elle est même
considérée comme une piste sérieuse à explorer
scrupuleusement.
Quiconque connaît un peu la situation des femmes dans les pays
musulmans sait que des crimes d’honneur y sont commis.
D’ailleurs, l’ONU avance le chiffre de 5000 crimes d’honneur
par an perpétrés essentiellement au Pakistan, en Afghanistan,
en Iran, en Égypte, en Jordanie, au Liban, en Turquie, au
Yémen et au Maroc.
Réduites au silence, enfermées, humiliées, violentées, des
femmes sont aussi assassinées par un ou plusieurs membres de
leur famille qui jugent leur comportement indécent. C’est
comme si l’honneur des hommes se logeait entre les cuisses des
femmes. C’est comme si le sexe des femmes était la propriété
exclusive des hommes. Le corps aussi, d’ailleurs.
C’est bien pour cela qu’on dissimule « l’objet de la tentation
» sous des étoffes moyenâgeuses. Qu’il s’agisse du hidjab ou
de la burqa, leur fonction est toujours la même: camoufler le
corps des femmes pour contrôler leur sexe. Dans les pays
musulmans, le statut des femmes est un enjeu politique
considérable. La place qu’on leur accorde dans la société
traduit forcément une vision du monde qu’on défend. Les
intégristes le savent fort bien.
Le traitement que subissent les femmes dans les pays musulmans
n’est malheureusement plus confiné à cette région du monde. La
barbarie s’exporte sous couvert de la culture et de la liberté
religieuse en Europe, mais également en Amérique du Nord. La
guerre des intégristes, en Europe, est aussi une affaire de
famille, une intervention interne.
Son objectif?
Couper le cordon ombilical qui relie les musulmans à leur pays
d’accueil, leur ôter l’envie sincère de devenir français,
allemands, britanniques, pour les précipiter dans l’univers
émotionnel de la Ouma, la communauté islamique, cette
Internationale de la foi qui fait fi des passeports, des
langues et des drapeaux. La Ouma exige de vivre selon ses
lois, qui nient celles de l’Europe, ou bien les manipulent.
L’exemple britannique
Le 23 janvier 2006, Banaz Mahmoud Bakabir, une jeune femme
d’origine kurde, est sauvagement assassinée dans la banlieue
de Londres. Étranglée et enterrée dans une malle dans le
jardin de la maison familiale, son corps est trouvé le 28
avril. Ses assassins : son père et son oncle. Ce qui est
d’autant plus scandaleux dans cette affaire, c ’est l’inaction
de la pol ice métropolitaine de Londres à qui Banaz avait
exprimé à maintes reprises ses craintes d’être tuée, sans
qu’aucune protection ne lui soit offerte.
L’exemple britannique illustre comment une forme relativiste
de multiculturalisme peut entrer en conflit avec les droits
des femmes et la façon dont les crimes d’honneur, loin de
disparaître au fil des générations de migrants qui
s’établissent dans de nouveaux pays, est peut-être même à la
hausse.
La police britannique est en train de se pencher sur la mort
de 117 cas de femmes disparues dans des circonstances
mystérieuses ces 15 dernières années. Une étude du Center for
Social Cohesion intitulée Crimes of the Community, parue en
février 2008, a recueilli de nombreux témoignages de femmes
victimes de violences familiales. L’enquête montre également
comment la complicité des autorités publiques banalise les
crimes d’honneur et sert les chefs religieux intégristes.
Plus proche de nous, le 10 décembre 2007, un crime d’honneur a
été commis contre une jeune adolescente de 16 ans, Aqsa
Parvez, dans la région de Toronto. Le meurtrier, son père, ne
supportait guère la façon d’être, de vivre et de s’habiller de
sa fille. Cette dernière avait d’ailleurs inventé toutes
sortes de combines pour se débarrasser de ce voile encombrant
que lui imposait sa famille. Bien que son assassinat ait fait
du bruit d’un bout à l’autre de notre pays, au Québec, on
s’est bien gardé de qualifier cet assassinat de crime
d’honneur.
Aujourd’hui, bien du chemin a été fait. Il nous est désormais
possible d’évoquer ouvertement la piste du crime d’honneur.
Pas parce que nous souhaitons stigmatiser une communauté, mais
parce que les filles et les femmes, quelle que soit leur
culture, ont le droit de vivre leur vie comme elles
l’entendent. Il est de notre devoir, en tant que société, de
les encourager à le faire.
Une
famille séparée par l’Immigration - Laura-Julie
Perrault
Seule une
intervention politique peut éviter l’expulsion des parents
Vêtue d’un t-shirt vert sur lequel on pouvait lire « On m’aime
comme je suis », la petite Sabrina Sheikh, 5 ans, ne
comprenait pas trop, hier, pourquoi sa famille pleurait à
chaudes larmes en sortant de la salle d’audiences de la
Commission de l’immigration et du statut des réfugiés (CISR).
Mais à moins d’un revirement politique de dernière minute, la
fillette, née à Montréal, sera séparée de ses parents dès ce
matin.
PHOTO ROBERT SKINNER, LA
PRESSE
Les parents, Sabir Mohammed Sheikh et
Seema Sheikh, portent un dernier regard vers leurs enfants,
lors de leur comparution devant la Commission de
l’immigration et du statut des réfugiés.
L’Agence des services frontaliers du Canada a l’ordre
d’expulser du pays son père, Sabir Mohammed Sheikh, et sa
mère, Seema Sheikh, aujourd’hui.
D’abord acceptés comme réfugiés au Canada en 2001, les Sheikh,
qui sont originaires du Pakistan, se sont vu retirer l’asile
en 2007 après que les autorités eurent découvert qu’ils
avaient fourni de fausses informations à leur arrivée en 2000.
Les parents avaient notamment dissimulé avoir vécu à Dubaï
pendant 20 ans.
Plaidant que leur vie sera en danger s’ils retournent au
Pakistan, où leur famille a de fortes affiliations politiques,
les Sheikh, qui se sont refait une vie dans le quartier
Parc-Extension au cours de la dernière décennie, ont tenté en
vain pendant trois ans d’obtenir un nouveau statut, puis de
faire suspendre l’ordre de renvoi du pays.
Dans une décision peu commune, un juge de la Cour fédérale a
accepté, la semaine dernière, de mettre en suspens l’ordre
d’expulsion qui pèse contre trois des enfants adultes de la
famille, mais a donné le feu vert au renvoi des parents. La
garde de la petite Sabrina, née au Canada, est confiée à son
frère et à ses soeurs aînés.
Vendredi
dernier, les parents ont été arrêtés et mis en détention.
Hier, craignant que les Sheikh ne cherchent à prendre la
fuite, un juge de la Commission de l’immigration et du statut
des réfugiés (CISR) a refusé de leur rendre leur liberté pour
une dernière nuit avec leurs enfants. Selon les informations
fournies au moment de l’audience, les parents seront expulsés
ce matin vers les États-Unis, pays par lequel ils ont transité
avant de demander l’asile au Canada en 2000.
Le verdict du juge de la CISR a soulevé l’ire des enfants
Sheikh et des amis de la famille qui s’étaient déplacés pour
l’audience. « C’est une décision complètement inhumaine. Nous
pouvons à peine y croire », a dit le fils de la famille, Sami
Sheikh, à sa sortie de la salle d’audience.
Justin Trudeau à la rescousse
L’avocat des Sheikh, Stewart Istvanffy, a admis que la famille
pakistanaise a épuisé tous les recours prévus par le système
canadien et qu’il ne restait qu’un seul espoir : une
intervention du ministre de l’Immigration.
À ce chapitre, les Sheikh possèdent un allié. Le député
libéral de leur circonscription, Justin Trudeau, a demandé
hier au ministre conservateur Jason Kenney de prendre
personnellement part à la révision de leur dossier. « Le
renvoi de Sabir et de Seema aura des effets dévastateurs sur
l’avenir de la famille », expose le député libéral dans une
lettre envoyée hier.
Malgré des appels répétés au bureau de M. Kenney, La Presse a
été incapable de savoir si le ministre comptait mettre un
frein au renvoi des parents ce matin. Le directeur des
communications du cabinet du ministre, Alykhan Velshi, a
formellement refusé de prendre les appels de La Presse.
Les
préjugés
envers l’islam sont tenace au Québec
Un an après la
fin des travaux de la commission Bouchard-Taylor, les
Québécois nourrissent toujours beaucoup de préjugés envers
certains groupes religieux. Plus de la moitié d’entre eux
jugent que les principes fondamentaux de l’islam encouragent
la violence, révèle un récent sondage mené par la firme Angus
Reid.
« Les Québécois se méfient plus des religions en général que
tous les autres Canadiens et leur sentiment est
particulièrement fort envers l’islam et le sikhisme », relève
l’analyste Jaideep Mukerji.
Ainsi, 45% des Québécois affirment qu’il serait « inacceptable
» que l’un de leurs enfants se marie avec un musulman, alors
que ce taux n’atteint que 29% dans le reste du pays. Les
Québécois sont aussi systématiquement plus nombreux que les
autres Canadiens à désapprouver une union avec un sikh, un
hindou, un bouddhiste ou un juif, bien que le phénomène soit
moins marqué.
Autre cons t a
t : 6 8 % des Québécois ont une opinion modérément défavorable
ou très défavorable de l’islam, comparativement à 52% au
Canada.
Réalisé les 14 et 15 avril derniers pour le compte du magazine
Maclean’s auprès de 1004 internautes canadiens, dont 280
Québécois, le sondage a une marge d’erreur appréciable de 6,1%
pour les résultats provinciaux. « Mais la tendance et l’écart
entre le Québec et le reste du Canada sont significatifs »,
assure M. Mukerji.
M. Mukerji croit que ces réticences reflètent une
méconnaissance des groupes minoritaires religieux. La moitié
des Québécois avouent qu’ils ne comprennent pas les croyances
de l’islam. « Ils sont très peu nombreux aussi à connaître
personnellement des amis qui pratiquent d’autres religions que
le christianisme, comparativement aux autres Canadiens »,
dit-il.
Enfin, c’est aussi dans la province où les accommodements
raisonnables ont fait le plus couler d’encre que les
réticences y sont les plus fortes: 74% des Québécois croient
que les lois et les normes du Canada ne devraient pas être
modifiées pour faciliter les pratiques religieuses, soit 17
points de pourcentage de plus que dans le reste du pays.
Les communautés culturelles boudées par les
médias
SONDAGE
LÉGER MARKETING
Plus du tiers des Québécois « issus de la diversité
culturelle » estiment qu’ils sont sous-représentés à la
télévision. Certains considèrent qu’ils sont décrits de
façon négative, d’autres de façon stéréotypée.
C’est ce qui ressort d’un sondage Léger Marketing réalisé
auprès de 2030 personnes, à la demande du Conseil des
relations interculturelles. Environ la moitié des
répondants sont des Québécois de souche et l’autre moitié
représente des immigrants de première, deuxième ou
troisième génération.
« La télévision est censée être le miroir de la société.
Quand on ne se voit pas, c’est comme si on n’existait pas
», lance Patricia Rimok, présidente du Conseil des
relations interculturelles. Il faut reconnaître la
transformation de notre tissu social. »
Le sondage révèle que 17% desQuébécois issus des
communautés culturelles trouvent que leur traitement
médiatique est inadéquat à la télévision. Ils sont moins
nombreux à reprocher aux journaux de ne pas assez parler
d’eux (13%, contre 36% pour la télévision), mais ils sont
néanmoins 15% à penser que leur image n’est pas fidèle à
la réalité dans les quotidiens.
Près de 6 répondants sur 10 sont par ailleurs d’accord
avec l’idée que « les journalistes issus de communautés
culturelles sont habituellement nés au Québec, et qu’ils
ont l’accent québécois ». « C’est surprenant. Il y a 20
ans, il y avait tout un mouvement avec la Fédération
professionnelle des journalistes du Québec pour mettre des
mesures. Bien, 20 ans plus tard, on se retrouve avec le
même constat », rappelle Fo Niemi, directeur général du
Centre de rechercheaction sur les relations raciales
(CRARR).
Les télédiffuseurs mettent surtout à l’écran des « enfants
de la loi 101 », souligne Fo Niemi. Je crois que les gens
veulent voir la diversité, mais à la québécoise. Cela
remet en question ce que l’on veut dire par diversité et
différence. »
Depuis 20
ans, les nouveaux immigrants sont moins « caucasiens » et
plus « colorés ». Ils ne viennent pas majoritairement de
l’Europe, mais plutôt de l’Afrique, de l’Asie et des
Antilles. Le sondage révèle justement que plus une
personne est d’immigration récente et que plus sa minorité
est « visible », plus elle se considère mal représentée
dans les médias.
Rachad Antonius, professeur de sociologie à l’UQAM et
directeur adjoint de la chaire de recherche en
immigration, ethnicité et citoyenneté, n’est pas étonné
des résultats du sondage. « Regarder la télévision et
prendre le métro, ce sont deux mondes différents »,
illustre-t-il.
Pourquoi pas une série télévisée qui serait une version
2009 de Ces enfants d’ailleurs, avec une famille musulmane
en vedette? C’est l’idée que le sociologue lance, faisant
référence à la minisérie réalisée d’après le roman
d’Arlette Cousture, qui racontait la vie d’immigrants
polonais.
« Si on va voir occasionnellement une famille musulmane
pour parler du ramadan, ce n’est pas du quotidien »,
plaide-t-il.
Avec tous les constats du sondage – mené dans l’année
suivant la commission Bouchard-Taylor et les émeutes de
MontréalNord –, Mme Rimok espère pouvoir en discuter avec
les associations et les propriétaires de médias. Car
ultimement, la sousreprésentation des communautés
culturelles créera « des tensions sociales », craint-elle.
Le sondage a été réalisé auprès de 2030 Québécois, dont
1004 issus de la diversité culturelle. Du 13 au 25 février
derniers, les participants ont été invités à remplir le
questionnaire sur un site web sécurité de Léger Marketing.
Selon les groupes de répondants, les marges d’erreur vont
de 2,18% à 3,09%.
Immigration : Québec solidaire accuse Charest de ne rien
faire
Un an après la
commission Bouchard-Taylor
La commission Bouchard-Taylor a remis depuis un an son rapport
sur les accommodements raisonnables, mais le gouvernement n’a
rien fait pour faciliter l’intégration des personnes
immigrées, accuse le parti Québec solidaire.
Francoise
David,
porte-parole de Québec solidaire, déplore l’inaction du
gouvernement pour améliorer la situation des immigrés au
Québec.
« Le gouvernement a extrêmement peur d’avancer dans ce
dossier. Il a fait un peu de saupoudrage d’argent. Mais aucune
mesure réelle n’a été prise pour diminuer le taux de chômage
des immigrés. Pourtant, la situation est loin d’être rose »,
affirme la porte-parole du parti, Françoise David.
Québec solidaire rappelle que 30% des immigrés maghrébins en
âge de travailler sont au chômage, alors que seulement 7% des
Québécois d’origine le sont. « Pourtant, 68% des immigrés
arabes ont un diplôme d’études postsecondaires ! » dit Mme
David. Même constat chez les Haïtiens, dont 20% sont sans
emploi.
« Les immigrés
sont aussi surreprésentés dans les emplois mal payés. Beaucoup
de professionnels se retrouvent avec des emplois pour lesquels
ils sont surqualifiés, affirme Mme David. Des mesures
d’urgence s’imposent ! »
Selon Québec solidaire, le gouvernement doit accélérer la
reconnaissance de l’équivalence des expériences de travail et
des diplômes acquis à l’étranger. Le gouvernement doit aussi
augmenter l’embauche d’immigrés dans la fonction publique et
mettre en branle une campagne sérieuse contre le racisme à
l’embauche, estime Mme David.
Le directeur de la Table de concertation des organismes au
service des personnes réfugiées et immigrantes, Stephan
Reichhold, croit lui aussi que Québec doit agir. « Malgré les
mesures annoncées, on ne sent aucun redressement sur le
terrain par rapport à l’intégration à l’emploi des immigrés,
dit-il. On rencontre toujours les mêmes barrières qu’il y a
trois ans. »
Chaque année, le Québec accueille 45 000 nouveaux arrivants.
Pour Mme David, la province se doit d’aider ces personnes à
trouver du travail. Mme David ne croit pas que la crise
économique actuelle soit une raison valable pour ne pas venir
en aide aux immigrés. « Oui, il y a une crise au Québec. Mais
eux (les immigrés) sont en crise depuis des années! Ça ne
bouge pas! » lance-t-elle.
« NANNYGATE
» La vulnérabilité des aides familiales venues
d’ailleurs mise en lumière
D’un côté, deux femmes originaires des Philippines qui
accusent la députée libérale Ruby Dhalla d’avoir abusé
d’elles alors qu’elles travaillaient à son service comme
aides familiales.
De l’autre, la députée elle-même qui assure que les deux
dames ont eu droit à tous les égards, y compris des repas
préparés par sa propre mère dont elles devaient prendre
soin.
Qui a raison? Qui a tort? Peu importe, répondent des
organisations qui s’intéressent au sort des domestiques
immigrantes au Canada. Vraie ou colorée, l’histoire de
Magdalene Gordo et Richelyn Tongson met au jour la
vulnérabilité de milliers de femmes qui entrent au Canada
par le truchement du Programme d’aides familiaux résidants
(PAFR).
« Ce que ces femmes racontent ne représente pas un incident
isolé, c’est ce que nous dénonçons depuis des années », a
dit hier Joanne Vasquez, de l’Association des femmes
philippines du Québec, qui a réclamé l’abolition de ce
programme.
Magdalene Gordon et Richelyn Tongson, deux femmes
originaires des Philippines, affirment avoir été exploitées
par la famille Dhalla, qui les aurait embauchées
illégalement pour prendre soin de la mère de la députée
ontarienne.
Ruby Dhalla répond qu’elle n’était pas vraiment leur
patronne et qu’elle les a toujours traitées avec « amour,
considération, compassion et respect. »
Ce « nannygate » a ravivé le débat sur le programme d’aides
familiaux qui permet à des milliers de femmes d’immigrer au
Canada, après avoir cumulé 24 mois de travail d’aide
familiale « au pair ».
Environ 13 000 personnes détiennent ce statut au Canada,
dont 1500 au Québec. Il s’agit presque exclusivement de
femmes. Elles viennent, en grande majorité, des Philippines.
Défaillances
« Ce programme a d’énormes défaillances », dénonce Alexandra
Pierre, directrice de l’Association des aides familiales du
Québec.
L’association reçoit chaque année un demi-millier d’appels
de femmes qui se plaignent de ne pas pouvoir prendre de
jours de congé, d’avoir de la difficulté à faire rémunérer
leurs heures supplémentaires, ou de subir du harcèlement
psychologique de la part de leurs employeurs.
Le problème, c’est que les aides familiales doivent
accumuler 24 mois de travai l en trois ans, avant de pouvoir
faire une demande de résidence permanente. Et que pendant
cette période, elles sont tenues de vivre chez leur
employeur.
Quand les choses tournent mal, elles se retrouvent dans une
situation de grande précarité: non seulement elles risquent
de perdre leur emploi et leur maison, mais elles mettent
aussi en péril leurs chances d’immigrer au Canada.
« Pendant deux ans, elles ne peuvent pas trop chialer », dit
Louise Langevin, juriste de l’Université Laval, auteure d’un
rapport sur la situation des aides familiales.
Elle aussi plaide en faveur de l’abolition du programme
adopté en 1992 pour répondre à une pénurie de main-d’oeuvre.
Le Canada avait alors conclu avec les aides domestiques une
sorte d’échange de bons procédés : vous vous engagez à
rester deux ans chez votre employeur, et vous aurez droit de
vous établir au Canada.
Le programme canadien marque un progrès sur les pratiques en
vigueur ailleurs sur la planète, admet Louise Langevin,
selon qui il est rare que des pays industrialisés permettent
à ces travailleuses de devenir des citoyennes à part
entière.
Mais elle ne comprend pas pour autant sa raison d’être. «
S’il y a une pénurie de personnel domestique, on n’a qu’à
les faire entrer par la porte d’en avant, comme d’autres
immigrants », soutient-elle.
Dans la situation actuelle, ces femmes dépendent de leurs
employeurs et constituent des proies faciles pour ceux qui
décident d’abuser de leur vulnérabilité, souligne-t-elle.
Il y a cinq ans, le Québec a étendu la protection des normes
minimales aux aides familiales, dont les conditions de
travail sont maintenant encadrées. Le problème, c’est que
personne ne va sur les lieux de travail vérifier si ces
conditions sont respectées, signale Alexandra Pierre. « Ces
femmes sont isolées et elles ne sont pas enclines à porter
plainte. »
Le comité permanent sur la citoyenneté et la sécurité, qui
se penche cette semaine sur le « nannygate » de Ruby Dhalla,
a d’ailleurs reçu la semaine dernière un rapport qui
recommande d’assouplir les exigences imposées aux aides
familiales venues de l’étranger.
Une femme
et sa valise - RIMA ELKOURI
« C’est un des
cas les plus tristes que j’ai vus », m’a dit celle qui
travaille auprès des femmes victimes de violence depuis 20
ans. « Même des agents formés pour avoir le coeur dur
pleuraient. »
Est-i l normal qu’une femme qui prend son courage à deux mains
pour dénoncer une situation de violence conjugale soit punie
par les autorités canadiennes pour l’avoir fait? C’est
pourtant ce qui arrive à Sylvie Mendo Me Ntyam, condamnée à
être expulsée du pays, loin de ses enfants, après qu’elle eut
quitté l’homme qui promettait faussement de la parrainer.
Originaire
du
Cameroun, Sylvie Mendo Me Ntyam est arrivée à Montréal en
mai 2003. Elle a été condamnée à être expulsée du pays, loin
de ses enfants, après qu’elle eut quitté l’homme qui
promettait faussement de la parrainer.
Or iginaire du Cameroun, Sylvie est arrivée à Montréal en mai
2003. Elle est tombée amoureuse d’un homme, réfugié africain
lui aussi, rencontré dans un cours d’anglais. « Il m’avait dit
qu’il avait été marié et divorcé et qu’il voulait une femme
avec qui vivre le reste de ses jours », m’a-telle raconté tout
doucement.
J’ai rencontré Sylvie au centre de détention d’Immigration
Canada à Laval. C’était la veille de son expulsion. L’endroit,
sinistre, sous haute surveillance, est entouré de barbelés.
J’y accompagnais Blandine Tongkalo, directrice de la maison
d’hébergement Transit 24, où Sylvie s’était réfugiée depuis
janvier, fuyant son conjoint violent. Elle était venue lui
porter sa valise noire et son sac à main. C’est tout ce qui
lui reste de son aventure canadienne.
Sylvie nous attendait, assise bien droite, dans sa robe de
tulle rose et son veston noir. Une belle femme de 40 ans,
regard sombre, lèvres charnues, cheveux soigneusement rangés
dans un chignon tressé. Elle n’avait pas l’air en colère. Elle
avait surtout l’air triste, dépossédée. « La journée est trop
longue, la nuit est trop longue, tout est long », a-t-elle
murmuré. Blandine, qui l’avait vue la veille, au moment où
elle avait dû faire ses adieux à ses enfants, ne l’a pas
reconnue. « On dirait qu’elle a vieilli tout d’un coup. »
Sylvie m’a raconté son histoire d’un ton monocorde. Le plan,
c’était qu’ils se marient et qu’ils aient des enfants. « Sois
tranquille, je vais te parrainer », lui disait-il. Il ne l’a
jamais parrainée. Ils ne se sont jamais mariés. Et ils ont eu
trois enfants. Deux filles et un garçon, aujourd’hui âgés de 4
ans, 3 ans et 1 an.
Sylvie dit que son conjoint la harcelait pour qu’ils aient des
enfants. Et les promesses de mariage et de parrainage? Des
promesses en l’air. Tout en la nourrissant d’espoir, l’homme
qu’elle aimait trouvait toujours des prétextes pour se
défiler. Elle s’est donc retrouvée à vivre pendant toutes ces
années dans la clandestinité, sa demande de statut de réfugié
ayant été rejetée. Sans statut, sans droit, dans un foyer
violent, à la merci d’un conjoint qui menaçait toujours de la
dénoncer pour mieux la garder sous son emprise.
Avec le temps, la situation est devenue invivable. Violence, i
nt i midat ion, menaces. À bout de forces, Sylvie a fini par
se réfugier dans un centre pour femmes battues avec ses trois
enfants. Elle a fait une dénonciation à la police, dans
laquelle elle a tout raconté : les fausses promesses,
l’humiliation, les insultes, la fois où il a menacé de la tuer
et où il a cassé la porte de la chambre des enfants où elle
s’était réfugiée, les coups qui ont suivi, les nuits passées
dehors après avoir été chassée de la maison. « Un soir, il a
mis mes effets personnels dehors. J’ai passé la nuit dans un
abri d’autobus. J’avais très peur de lui, il me disait : "Si
tu appelles la police, ils vont t’expulser au Cameroun, dans
ton pays." J’avais très peur aussi de la police. »
Il y eut
plusieurs épisodes de ruptures et de réconciliations. Et puis
un jour, en faisant le ménage, Sylvie a découvert des papiers
de Western Union lui laissant croire que son conjoint avait
envoyé 900$ en Afrique pour parrainer une autre femme. Elle a
finalement compris que son plan était de se débarrasser d’elle
comme d’une vulgaire marchandise, de la séparer de ses enfants
et de faire venir cette autre femme pour la remplacer. C’en
était trop. Elle a décidé de le quitter une fois pour toutes.
Et il a fini par mettre sa menace à exécution: elle a été
livrée aux autorités.
C’est ainsi que Sylvie s’est retrouvée en détention avant
d’être expulsée vers les États-Unis, jeudi. Elle ne sait pas
où elle ira, comment elle survivra, comment elle arrivera à
revoir ses enfants, qui sont toute sa vie. Mardi, elle a tenu
à les voir pour la dernière fois au centre de détention. Sa
fille de 4 ans voyait bien qu’il se passait quelque chose
d’anormal dans cet édifice entouré de barbelés. Elle disait :
« J’ai besoin de ma maman. » Sylvie a serré ses trois petits
dans ses bras. « Les mots me manquaient », m’a-telle dit,
encore en état de choc. Les enfants pleuraient à chaudes
larmes. Blandine, qui les accompagnait, pleurait aussi. «
C’est un des cas les plus tristes que j’aie vus », m’a dit
celle qui travaille auprès des femmes victimes de violence
depuis 20 ans. « Même des agents formés pour avoir le coeur
dur pleuraient. »
J’en reviens à ma question du départ. Est-il normal qu’une
femme qui prend son courage à deux mains pour dénoncer une
situation de violence conjugale soit ainsi punie par les
autorités canadiennes? N’y a-t-il pas un devoir de protéger
les femmes aux prises avec cette violence? Cette expulsion
est-elle vraiment dans l’intérêt des trois enfants arrachés à
leur mère ? Comment la mère pourra-t-elle honorer sa garde
partagée dans une telle situation?
Dans les cas de parrainages qui ouvrent la porte à des abus,
ImmigrationCanada tient compte de la nécessité de protéger les
victimes de violence familiale. Il existe aussi des mécanismes
pour protéger les immigrées qui travaillent dans l’illégalité
et qui osent dénoncer les abus de leurs employeurs. Pourquoi
ces mêmes mécanismes n’ont-ils pas été mis en place ici ?
J’ai appelé l’avocate de l’exconjoint pour obtenir sa version.
Elle ne m’a pas rappelée. À Citoyenneté et Immigration Ca nada
, l a por t e - pa r ole , Jacqueline Roby, reconnaît que la
situation est aussi absurde que difficile. Mais elle prétend
que son ministère n’a pas été mis au courant de la situation
et que, s’il avait su, il aurait pu agir. « C’est au requérant
de faire valoir ses arguments. »
Or, l’avocat de Sylvie, Stewart Istvanffy, a bel et bien
demandé un sursis administratif pour motifs humanitaires à
l’Agence des services frontaliers, qui t ravaille en
collaboration avec Immigration Canada. La demande est restée
sans réponse. L’Agence a refusé de répondre à mes questions,
prétextant la confidentialité du dossier.
Au final, le message troublant que les autorités canadiennes
envoient aux femmes sans papiers qui vivent le même cauchemar,
c’est qu’elles feraient mieux de continuer à subir les coups
sans rouspéter. Pendant ce temps, quelque part à la frontière
des États-Unis, une femme seule, anéantie, une valise noire à
ses pieds, pleure ses trois enfants.
LE VOILE : UN SIGNE DE DOMINATION? -
Alexandra Sicotte-Lévesque
Vu du
Soudan, je suis estomaquée qu’on tienne encore un tel
discours sur le port du voile au Québec
Au Soudan, je travaille avec des femmes fortes, qui se
font entendre, qui se font respecter.
Québécoise, l’auteure travaille présentement au Soudan.
Ilyaquelquesannées, je me préparais pour mon premier
séjour au Soudan. Mes nuits étaient remplies de
cauchemars. Ce serait mon premier séjour dans un pays
majoritairement musulman (au nord) où la charia est
imposée par le gouvernement. Je ne savais à quoi
m’attendre. Je ne pensais qu’au pire : un régime comme
celui des talibans, devoir me couvrir de la tête aux pieds
et ne pas pouvoir être libre de mes allers et venues.
Voilà maintenant plus d’un an que je vis à Khartoum,
capitale du Soudan. Mes amis québécois me posent souvent
cette question: dois-tu porter le voile ? Non, absolument
pas. Bien que je vive sous la charia, un « outil » surtout
politique plutôt que religieux au Soudan, pas une fois ne
m’a-t-on imposé de porter le voile. M’a-t-on dévisagée
parce que je n’étais évidemment pas musulmane, ou m’a-t-on
tenu des propos discriminatoires? Jamais. Certes, le
Soudan est un pays coupé de l’extérieur, éprouvé par une
guerre désastreuse au Darfour et qui se relève à peine
d’une guerre civile entre le Nord et le Sud qui a duré 20
ans. Mais j’y rencontre quotidiennement un peuple
incroyablement tolérant et accueillant.
Amal Baher est une jeune Soudanaise de 27 ans. Elle est
responsable des finances d’un organisme international
réputé ayant son siège à Khartoum. Elle prend sa tâche au
sérieux et s’assure d’une main de fer que toutes les
dépenses de l’organisme soient comptabilisées sans erreur,
sans fraude. Ses collègues, surtout des hommes, la font
rire lorsqu’ils racontent qu’ils craignent sa grande
autorité. Pour moi, Amal est devenue une soeur avec qui je
partage mes espoirs et inquiétudes.
Pourtant,
Amal porte le voile. Mais cela ne me gêne pas.
À Khartoum, ce ne sont pas toutes les femmes qui portent
le voile. Certaines le portent bien serré encadrant leur
visage, ne dévoilant pas un cheveu. D’autres semblent
l’avoir enroulé un peu par mégarde, à la dépêche en
sortant de la maison. Super pour cacher quelques cheveux
rebelles, m’a-t-on dit un jour, en me faisant un clin
d’oeil. Jamais n’ai-je vu une femme soudanaise se cacher
le visage. Parmi une vingtaine d’étudiants que j’ai formés
en journalisme à l’Université de Khartoum, la grande
majorité étaient de jeunes femmes qui portaient le voile.
À des milliers de kilomètres du Québec, je suis surprise
de lire les propos tenus par Pauline Marois récemment à
l’Assemblée nationale ou par Denise Bombardier dans Le
Devoir. Moi qui me sens le plus souvent privilégiée d’être
Québécoise, d’avoir eu la chance de vivre dans un pays
pacifique et interethnique, je suis estomaquée de voir
qu’on puisse tenir encore aujourd’hui un tel discours. Le
foulard, un signe de domination? Des femmes qui viennent
au Québec « pour fuir les affres de systèmes moyenâgeux »
? Je ne nie pas qu’il existe des extrémistes musulmans,
qui sans doute désirent voir la femme dominée dans un
monde patriarcal. Et c’est bien sûr le cas aussi chez
certains chrétiens.
Au Soudan, je travaille avec des femmes fortes, qui se
font entendre, qui occupent des postes importants dans la
société et surtout qui se font respecter. Le voile, qui
est devenu un symbole si fort pour nous, est le moindre
des obstacles auxquels elles font face. Comme toutes les
autres femmes du monde, ce sont elles qui portent les
pires fardeaux associés à la pauvreté et à la guerre. Ces
voiles de toutes les couleurs, si étincelants, font partie
de leur identité. Pour cela, je n’oserais jamais leur
imposer mes préjudices de privilégiée occidentale.
Je ne voudrais pas à avoir à hésiter à inviter au Québec
mon amie Amal; elle serait peut-être questionnée quant à
son « soi-disant » choix. Mais je sais avec certitude que
je serais fière d’inviter quiconque à Khartoum pour leur
présenter les femmes exceptionnelles que je côtoie et qui
choisissent de porter le voile, ou non.
Encore le voile? - LYSIANNE GAGNON
Combien de
femmes en burka ont postulé un emploi dans la fonction
publique du Québec?
Quoi ? Encore le voile ? Quand en aura-t-on terminé avec ce
sujet qu’on croyait épuisé depuis la commission
Bouchard-Taylor ? Pour faire court, je dirais que la
Fédération des femmes du Québec a raison, même si je
n’ignore pas qu’elle a été infiltrée par quelques apôtres
islamistes et qu’à cause de ses dissensions internes, sa
position est tombée comme un cheveu sur la soupe, des mois
après la fin du débat public.
Exclure du service public celles qui
portent un foulard les marginaliserait encore davantage.
Mieux vaut quand même être du côté de la tolérance.
Moi non plus je n’aime pas le voile. Moi aussi je comprends
l’émoi des musulmanes qui ont lutté contre l’islam radical
dans leur propre pays et qui se sentent trahies par le
principe de tolérance, mais le Québec n’est pas l’Algérie.
La solidarité qu’on leur doit n’exige pas que l’on
transplante leurs combats ici même, cela serait renier la
culture et la réalité du Québec, qui sont celles d’une
démocratie libérale.
Bien sûr qu’il serait intolérable d’être accueilli, dans les
bureaux de l’administration publique, par des personnes
recouvertes de la burka afghane ou du niqab qui ne laisse
voir que les yeux. Mais c’est un non-problème: combien de
femmes en burka ont postulé un emploi dans la fonction
publique du Québec?
Ce dont on parle ici est le hidjab, un foulard qui ne
recouvre que les cheveux et laisse le visage entièrement
découvert. Et l’on parle d’une infime minorité, l’immense
majorité des musulmanes québécoises ne portant pas le
foulard. Or, les chartes des droits ne sont pas faites pour
protéger la majorité féminine, mais pour protéger les
minorités.
Qu’est-ce
qui peut bien pousser l’ADQ et le PQ à réclamer
l’interdiction du foulard islamique dans les services
publics? La démagogie, bien sûr. La ministre Christine
St-Pierre a parfaitement raison de leur tenir tête et de
leur rappeler en douce que si l’on bannit le hidjab, il
faudra aussi interdire partout la kippa juive et les
pendentifs en forme de croix. Même la France, grande
championne de la laïcité, ne va pas aussi loin! La loi
française n’interdit les signes religieux ostentatoires que
dans les écoles et les lycées publics; dans la fonction
publique, le port du voile est permis sauf dans certains cas
tenant à la sécurité ou au contact avec la clientèle.
Si le PQ et l’ADQ avaient gain de cause, le Québec
deviendrait la seule démocratie au monde à se donner des
politiques aussi répressives... pendant le temps qu’il
faudrait pour que la cause remonte jusqu’à la Cour suprême,
laquelle donnerait fort probablement raison aux
contestataires au nom de la liberté de religion.
La commission Bouchard-Taylor avait suggéré une solution
intelligente et modérée : l’interdiction des signes
religieux ostentatoires pour un nombre restreint de
fonctions – celles, précisément, qui sont tenues à la
neutralité parce qu’elles incarnent l’autorité de l’État:
juges, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de
prison… Cela suffit, en effet. Et si l’on veut de l’action,
c’est sur ce point-là que le gouvernement devrait légiférer.
Les femmes immigrées ont déjà du mal à trouver du travail au
Québec. Exclure du service public celles qui portent un
foulard les marginaliserait encore davantage, et cela aurait
inévitablement un effet d’entraînement dans l’entreprise
privée. Pour celles qui sont forcées de se voiler par leur
mari ou leur famille, la possibilité de gagner leur vie
constitue la seule porte de sortie, la seule chance
d’échapper à l’oppression. Quant à celles qui ont décidé
librement de se voiler, c’est un choix qu’une société
tolérante doit respecter.
Calmons-nous. Dans une société remplie de gens défigurés par
des tatouages et d’adolescents rongés par des piercings
jusque sur la langue, la vue d’une femme en hijab,
franchement, ce n’est pas la fin du monde!
Port du voile dans la fonction publique : Contre
une loi - MICHÈLE OUIMET
Montréal ne
brûle pas, loin de là, et la plupart des demandes
d’accommodements raisonnables se règlent sans heurt. Pourquoi
adopter une loi, alors que les musulmans ne sont qu’une petite
minorité?
Une loi pour interdire le voile au Québec? Non merci. Si on
bannit le voile, on met le doigt dans un engrenage, car il
faudra aussi interdire les autres signes religieux: la kippa,
le kirpan, la croix…
Une
musulmane témoignant devant la commission Bouchard-Taylor,
il y a deux ans.
Imaginez, un seul instant, les avocats du gouvernement en
train de coucher sur papier les modalités de la loi. Qu’est-ce
qui est permis ? Est-ce qu’une croix au bout d’une chaîne est
un signe religieux ? Les petites croix seraient permises, mais
les grosses interdites ? La dictature du ruban à mesurer.
Que ferait-on du crucifix qui orne l’Assemblée nationale ? Et
la croix qui domiine le mont Royal? Demandera-t-on aux juifs,
aux musulmans et aux catholiques de laisser leur kippa, leur
voile et leur croix au vestiaire avant de rentrer dans un
hôpital ? Absurde. C’est la Fédération des femmes du Québec
(FFQ) qui a relancé le débat – Dieu sait pourquoi ! – en
déclarant, samedi, qu’elle s’opposait à l’adoption d’une loi
qui interdirait les signes religieux dans la fonction
publique. Pourquoi une telle demande deux ans après la
commission Bouchard-Taylor, alors que personne au gouvernement
ne planche là-dessus?
Parce que la FFQ devait réfléchir et qu’elle a accouché de sa
proposition samedi, a répondu la présidente, Michèle Asselin.
Toute une réflexion.
Hier, Mme Asselin était très occupée, elle a donné une dizaine
d’entrevues. Le voile est un sujet délicat qui réveille le
vieux fond xénophobe des Québécois.
Pas de loi, donc, demande Mme Asselin. Tout à fait d’accord.
Montréal n’est
pas Paris, où les musulmans, mal intégrés, sont refoulés dans
des banlieues pauvres prêtes à flamber à la première
provocation. Et Montréal n’est pas Londres, où des
groupuscules extrémistes s’infiltrent dans certains quartiers.
Montréal ne brûle pas, loin de là, et la plupart des demandes
d’accommodements raisonnables se règlent sans heurt.
Pourquoi adopter une loi , alors que les musulmans ne sont
qu’une petite minorité ? Voici quelques chiffres* qui
dégonflent le mythe de la musulmane voilée qui envahit
l’espace public.
Au Québec, 83,2% de la population est catholique, 4,7%
protestante, 1,5% musulmane, 1,3% juive… Sur les 1,5%, combien
portent le voile?
Les musulmanes ne passent pas leur temps à revendiquer le
droit de porter le voile. Bien au contraire. Seulement 2% des
5482 plaintes déposées devant la Commission des droits de la
personne, entre 2000 et 2005, avaient un motif religieux. Et
la majorité des plaintes religieuses provenaient des
protestants.
Il ne faut pas dire oui à tout. La burqa et le niqab sont
inacceptables. L’image de la femme voilée de la tête aux pieds
choque et envoie un message intolérable de soumission. Mais le
hijab qui ne couvre que les cheveux? Pourquoi pas? Il ne
menace pas le caractère laïque de nos institutions. Ce qui
compte, ce n’est pas la poignée de filles qui portent un
foulard en classe, mais le fait que la religion ne soit pas
dans les écoles.
Pas besoin de loi, seulement de gros bon sens. * Chiffres
tirés du livre de Yolande Geadah sur les accommodements
raisonnables, publié en 2007.
La ministre St-Pierre en accord avec la
Fédération des femmes duQuébec
Port de
signes religieux dans la fonction publique
« L’important, c’est qu’il y ait séparation de l’Église et
de l’État. La grande valeur, c’est l’égalité entre les
hommes et les femmes », que le gouvernement a renforcée
dans la charte québécoise des droits et libertés.
— La ministre de la Condition féminine, Christine
St-Pierre, partage la position de la Fédération des femmes
du Québec et refuse d’interdire le port du voile islamique
ou d’autres signes religieux chez les employés de l’État.
La ministre de la Condition
féminine Christine St-Pierre s’est prononcée contre
l’interdiction du port des signes religieux dans la
fonction publique.
Le spectre du débat sur les accommodements raisonnables
est revenu hanter le gouvernement Charest lors de la
période des questions à l’Assemblée nationale, hier. Une
position adoptée par la Fédération des femmes du Québec (
FFQ) le week-end dernier a soulevé la controverse.
Samedi, la FFQ s’est prononcée contre l’interdiction du
port de signes religieux comme le voile islamique au sein
de la fonction publique, dans les écoles et les hôpitaux.
Elle juge que « cette interdiction pourrait provoquer un
repli sur soi de la part de certains groupes minoritaires.
Ce repli isolerait les femmes et compromettrait leurs
tentatives d’intégration à la société, intégration qui
passe par le marché du travail ». Le PQ et l’ADQ
condamnent cette prise de position.
La chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, et la leader
péquiste Pauline Marois ont demandé tour à tour à la
ministre si elle partageait l’avis de la FFQ, en
particulier au sujet du voile islamique. « La question est
beaucoup plus large que celle-là, a répondu la ministre.
Ça peut être une croix dans le cou. Ça peut être des
signes religieux. L’important, c’est qu’il y ait
séparation de l’Église et de l’État. La grande valeur,
c’est l’égalité entre les hommes et les femmes », que le
gouvernement a renforcée dans la charte québécoise des
droits et libertés.
Accusée de « manquer de courage »
Mmes Marois et Roy ont reproché à la ministre d’esquiver
les questions, de « manquer de courage ». En entrevue à La
Presse, Christine St-Pierre a précisé sa pensée. La
ministre a confirmé qu’elle partage la position de la FFQ
et n’a pas l’intention d’interdire aux employés de l’État
de porter des signes religieux comme le voile islamique. «
Il n’y a pas de problème à l’heure actuelle. Il n’y a pas
de situation dramatique », a-t-elle expliqué.
Selon elle, une enseignante a le droit de porter le voile
islamique, tout comme un professeur d’université peut se
coiffer de la kippa. La ministre constate qu’« il n’y a
pas de consensus » sur l’idée d’interdire le port de
signes religieux chez les fonctionnaires.
Interdire
seulement le voile islamique, « je ne suis pas sûr que ça
passerait le test des tribunaux », a-t-elle indiqué. Et
statuer sur le port de signes religieux au sein de la
fonction publique ouvrirait selon elle un large débat, sur
la pertinence du crucifix placé au-dessus du trône du
président à l’Assemblée nationale par exemple.
Dans un avis rendu public en septembre 2007, lors de la
commission Bouchard-Taylor sur les accommodements
raisonnables, le Conseil du statut de la femme (CSF) a
recommandé que « les représentants et fonctionnaires de
l’État ne puissent arborer ni manifester des signes
religieux ostentatoires (voile, kippa, turban, kirpan)
dans le cadre de leur travail ». Il invoque la neutralité
de l’État pour justifier sa position.
« Je n’ai pas eu de réponse du gouvernement au sujet de
notre recommandation », a affirmé sa présidente,
Christiane Pelchat, une ancienne députée libérale. Le CSF
a pour mandat de conseiller le gouvernement.
« La position de la Fédération des femmes nous a surpris
», a lancé Mme Pelchat. Selon elle, cette position nuit
aux musulmanes et à leur combat pour l’égalité. La Presse
l’a interrogée avant que la ministre StPierre ne précise
sa position en entrevue.
Pauline Marois s’est dite « estomaquée » que la ministre
de la Condition féminine n’ait pas désavoué la position de
la Fédération des femmes à la première occasion. « Le
foulard est un signe de domination. En ce sens,
relativement à l’égalité entre les hommes et les femmes,
ce n’est pas un signal que nous souhaitons voir donné à
nos enfants, ni au public », a-t-elle affirmé.
Selon l’adéquiste Sylvie Roy, « il y a plusieurs femmes
qui se battent à travers le monde pour éviter d’être
obligées de porter le voile. Les signes religieux dans la
fonction publique, ça envoie un message que l’État n’est
pas laïque. Et nous ne sommes pas d’accord avec ça ».
De son côté, Québec solidaire appuie la position de la
FFQ. « Le voile est un symbole de soumission, mais on peut
être contre le voile sans isoler davantage et faire une
chasse aux sorcières aux musulmanes qui veulent intégrer
la société québécoise, a affirmé son député, Amir Khadir.
L’égalité entre les hommes et les femmes au Québec passe
par bien d’autres choses qu’une question d’apparence et de
port vestimentaire. »
Dans leur rapport rendu public l’an dernier, Gérard
Bouchard et Charles Taylor ont proposé que les signes
religieux soient interdits aux juges, aux procureurs de la
Couronne, aux policiers, aux gardiens de prison, aux
président et vice-président de l’Assemblée nationale, mais
permis aux enseignants, aux professionnels de la santé et
aux autres agents de l’État.
Port
du voile : Un choix démocratique
En
appuyant le port du voile, la Fédération des femmes du
Québec oeuvre au nom de la réelle diversité
Accuser une personne ou un groupe d’« islamisme » est
devenu le moyen privilégié de taire tout débat :
coupable !
L’auteure est porte-parole de Présence musulmane
Montréal.
La FFQ a pris position plus tôt
cette semaine contre l’interdiction du port de signes
religieux au sein de la fonction publique et des
services publics québécois.
Dans un article paru dans La Presse le 12 mai, Djemila
Benhabib s’en prend à la Fédération des femmes du Québec
(FFQ) dont les membres ont voté contre l’interdiction du
port des signes religieux ostentatoires par les
employées de la fonction publique québécoise. Mme
Benhabib y cite « l’alliance » entre la FFQ et certaines
associations musulmanes locales, dont Présence musulmane
Montréal (PMM).
Évidemment, Présence musulmane Montréal appuie la
position prise par la FFQ. Cependant, les membres de PPM
présentes à l’assemblée extraordinaire de la FFQ s’y
trouvaient à titre individuel. Elles étaient là aussi,
et surtout, en tant que femmes, en tant que féministes
et en tant que citoyennes québécoises dont l’avenir est
indissociable de celui de la société. Accuser la FFQ,
comme le fait Mme Benhabib, d’une « compromission avec
des mouvements politiques des plus rétrogrades… » relève
de la fumisterie.
Ainsi, traite-t-elle les membres de PMM présentes à
Québec de « militantes islamistes ». De tels propos
témoignent d’une grande ignorance quant au travail de
PMM, qui oeuvre sur le terrain social et politique
québécois depuis plusieurs années maintenant.
Tel qu’indiqué sur notre site (www.
presencemusulmane.org), PPM est un collectif de
musulmanes et musulmans qui promeut une citoyenneté
participative nourrie d’une compréhension contextualisée
de l’islam et d’une identité ouverte, tout en cultivant
un vivre-ensemble harmonieux dans notre société.
D’ailleurs, PMM s’est donné comme objectif prioritaire
de susciter et de contribuer au dialogue, et de
participer aux débats publics tout en prenant position
sur les questions sociales et les problématiques
touchant tant les Québécois de confession musulmane que
la société québécoise dans son ensemble.
N’en déplaise à Mme Benhabib (« … seule la propagande
des femmes islamistes dominait… »), les voix des femmes
musulmanes, associées à PMMet autres, étaient peu
nombreuses à s’exprimer lors de cette assemblée
extraordinaire. La grande majorité des interventions en
faveur de la proposition de la FFQ venaient des femmes
québécoises dites « de souche » et non pas de
musulmanes.
Par ailleurs, comme elle le dit ellemême dans son
article (« Sur ce chapitre, heureusement que trois
femmes iraniennes ont rappelé le cauchemar que vivent
leurs compatriotes depuis l’imposition du voile
islamique par Khomeiny d’ « islamisme » est devenu le
moyen privilégié de taire tout débat: coupable!
Ainsi, Mme Benhabib s’emploie à cacher son mépris pour
les femmes et les associations membres qui étaient
présentes le 9 mai à l’assemblée de la Fédération des
femmes du Québec en insinuant qu’elles ont été « dupées
» par les « islamistes ». Toutes les femmes qui ont voté
en faveur de la proposition faite par le CA de la FFQ
seraient-elles des autoaliénées, privées du
libre-arbitre et à la solde de dangereuses extrémistes
que sont les femmes musulmanes? Si la démarche n’était
pas si insultante, elle serait totalement risible.
En effet, au lieu de reconnaître que la résolution
adoptée par la FFQ est l’expression même de la liberté
de conscience et de choix, des valeurs québécoises dont
nous sommes tous et toutes si fiers, et un exercice
profondément démocratique, Mme Benhabib s’en fait
l’unique garante. Elle menace et insulte ainsi celles
qui oeuvrent au nom de la réelle diversité, du respect
et du vivre – et de l’agir – ensemble, du droit à
l’emploi et à l’égalité devant la loi. et sa révolution
islamique, en 1979. »), Mme Benhabib et plusieurs autres
femmes qui s’opposent au port du foulard dans la
fonction publique ont pris la parole à de nombreuses
reprises afin de faire valoir leur point de vue.
Maisoùest le vrai débat? MmeBenhabib voudra peut-être
détourner notre attention en évoquant le spectre de
l’islamisme. En effet, accuser une personne ou un groupe
Le tsunami du foulard, prise 2
- KATIA GAGNON
Certains commerces à Montréal en vendent par dizaines,
de toutes les couleurs, de tous les prix, ornés des
motifs les plus variés. Le foulard. S’il est pour
certaines un accessoire de mode, dès qu’on l’associe
aux mots « musulman » ou « islamique », soudain, le
débat prend feu. La Fédération des femmes du Québec en
a fait l’expérience cette semaine. Sa présidente,
Michèle Asselin, a accordé des dizaines d’entrevues
après que son organisme eut adopté, à la fin de la
semaine dernière, une résolution selon laquelle la FFQ
s’opposait à l’interdiction du foulard islamique dans
les services publics.
La résolution litigieuse a fait couler des litres
d’encre et de salive toute la semaine. Mais pourquoi
diable avoir soulevé ce débat, qui s’était
pratiquement éteint depuis la fin de la commission
Bouchard-Taylor ? « Le Conseil du statut de la femme
avait pris position sur cette question. Nous devions
clarifier notre propre position. Balayez sous le tapis
les questions difficiles et elles vont inévitablement
ressurgir », dit-elle. Le CSF milite, pour sa part,
pour l’interdiction des signes religieux dans la
fonction publique.
La présidente de la FFQ se défend d’abdiquer dans la
défense des droits des musulmanes. « Nous n’abdiquons
pas notre solidarité envers les femmes qui vivent dans
les pays musulmans. Mais ici, on est au Québec, pas en
Iran, explique Mme Asselin. Des femmes d’origine arabo-musulmane
qui ne portent pas nécessairement le foulard nous
ont expliqué que oui, dans certains cas, c’est un
symbole d’oppression, quand les femmes sont
obligées de le porter. Mais elles nous ont dit
aussi qu’il faut faire attention pour ne pas en
faire un symbole d’exclusion. »
Et c’est au nom de cette inclusion dans le marché du
travail que la FFQ a adopté cette position. À
posteriori, on peut cependant se demander si le débat
enflammé de cette semaine n’a pas nui plus qu’aidé.
C’est l’avis de Djamila Benhabib, auteure deMa vie à
contre-Coran, elle aussi très sollicitée par la
presse, qui a vivement dénoncé ce débat « totalement
contre-productif » de la FFQ.
« On a
encouragé les préjugés et alimenté les craintes des
employeurs face aux musulmans, qui, en majorité, ne
réclament aucun accommodement raisonnable, dit Mme
Benhabib. Moi, je viens de loin. J’ai vu sombrer un
pays que j’aime. Et je ne veux pas que des glissements
se produisent dans les sociétés d’accueil. » D’origine
algérienne, l’auteure, qui est fonctionnaire fédérale,
a été la première à avancer que la FFQ avait été «
noyautée » par les groupes de pression islamistes. «
Il y avait un nombre important de femmes de
différentes organisations, qui ne s’engagent jamais
normalement dans les organismes féministes. »
Faux, rétorque Samia Bouzourène, qui a assisté elle
aussi à la rencontre. Mme Bouzourène, qui porte
elle-même le hijab, est membre du comité de direction
de Présence musulmane, l’un des groupes fustigés par
Mme Benhabib. « Oui, c’est la première fois que
j’assiste à l’assemblée générale de la FFQ. Mais ce
sujet nous a interpellées directement. Sur 120
personnes, nous étions tout au plus une dizaine de
femmes musulmanes, dont la moitié étaient
observatrices et n’avaient donc pas le droit de vote.
Nous n’avions aucun poids! »
Mme Bouzourène se définit comme une « féministe
islamique ». Pour bien des gens, ces deux termes ne
vont pas ensemble, lui fait-on observer. « Nous
militons pour une relecture des textes fondateurs de
l’islam, qui ont fait l’objet au fil des ans d’une
lecture biaisée. On ne croit pas qu’il y ait
contradiction entre les valeurs de l’islam et les
luttes des femmes. »
Samia Bouzourène a vécu le weekend dernier avec
énormément d’émotion. « J’avais les larmes aux yeux.
J’étais tellement fière de faire partie d’un tel
moment de dialogue. On a eu l’impression d’être
entendues, sans pour autant que toutes les femmes qui
sont là comprennent pourquoi on porte le voile. »
Les symboles jamais anodins - Louise Beaudoin
LE
PORT DU VOILE PAR LES EMPLOYÉES DE L’ÉTAT Tout recul
de la laïcité se traduit en un recul pour le droit
des femmes
L’auteure est députée de Rosemont et porte-parole de
l’opposition officielle en matière de Relations
internationales et de Francophonie. Mme Lysiane
Gagnon, dans votre chronique de samedi, vous donniez
votre appui à la Fédération des femmes du Québec qui
s’est prononcée contre l’interdiction du port du
foulard par les agents de l’État dans les secteurs
public et parapublic. Pour vous, le symbole semble
anodin.
C’est votre droit le plus absolu d’exprimer cette
opinion, même si votre prise de position me navre en
tant que femme solidaire des autres femmes spoliées
ou assujetties par la politique, les traditions ou
les religions ailleurs dans le monde.
Pour moi, en tout cas, les symboles ne sont jamais
anodins.
Là où je m’insurge, c’est quand vous affirmez
péremptoirement que c’est par démagogie que le Parti
québécois a dénoncé la prise de position de la FFQ
pour appuyer celle du Conseil du statut de la femme,
organisme paragouvernemental dont la mission est de
conseiller le gouvernement, notamment sur ces
questions.
Non, ce n’est pas de la démagogie; c’est par
conviction que nous avons pris cette position et
c’est par une conviction profonde et ancienne que
j’ai signé avec Marie Malavoy et Carole Poirier la
lettre publiée dans Le Devoir de samedi et intitulée
: « Non au nom de l’inclusion et de l’intégration ».
Les idées que nous y exprimons résument nos plus
récentes discussions et, j’en suis convaincue,
reflètent l’opinion d’une grande partie de la
population du Québec.
La
laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes
sont les principes mis à mal dans le cas qui nous
occupe. Or ils font partie des dénominateurs communs
de la nation québécoise moderne et j’entends avec
Pauline Marois et tous mes collègues les défendre
chaque fois que des promoteurs de la nouvelle
religion du multiculturalisme argumenteront que les
particularismes priment la laïcité de l’État et que
l’égalité homme femme est une notion que l’on doit
relativiser ou carrément mettre sous le tapis pour
des motifs culturels, religieux ou autres.
Vous écrivez aussi que la FFQ a raison et que même
si elle est infiltrée par quelques apôtres
islamistes, mieux vaut être du côté de la tolérance.
Je n’en croyais pas mes yeux! La laïcité comme
ferment de la démocratie et de l’égalité conduirait
à l’intolérance? Au contraire, je crois que
l’histoire la plus contemporaine comme la plus
ancienne démontre que tout recul de la laïcité se
traduit invariablement en un recul pour le droit des
femmes.
Pour boucler votre raisonnement, vous ajoutez: « Si
le PQet l’ADQavaient gain de cause, le Québec
deviendrait la seule démocratie au monde à se donner
des politiques aussi répressives… » Vous affirmez
d’un même souffle que, même en France, le port du
voile est permis dans la fonction publique. Eh bien
non, vous êtes mal renseignée!
Je vous cite un avis du Conseil d’État repris dans
plusieurs jugements récents de nombreux tribunaux
administratifs un peu partout en France concernant
le port de signes religieux ostentatoires par des
agents publics en contact ou non avec les usagers: «
Si tous les agents des services publics bénéficient
de la liberté de conscience, le principe de laïcité
fait obstacle à ce qu’ils disposent, dans le cadre
du service public, du droit de manifester leurs
croyances religieuses ». Et une Charte de la laïcité
affichée dans tous les services publics réitère ce
principe: « Le fait pour un agent public de
manifester ses convictions religieuses dans
l’exercice de ses fonctions constitue un manquement
à ses obligations. »
Comme nous l’indiquions dans notre lettre, nous
croyons à la nécessaire intégration des femmes
(comme des hommes) du Québec, quelles que soient
leurs origines ou leurs croyances. Toutefois, nous
ne pensons pas que cette intégration se fera en
permettant, dans les services de l’État, des
pratiques symboliques affirmant l’infériorité des
femmes et leur soumission, mais plutôt en les
accueillant personnellement dès leur arrivée, en
leur permettant de se franciser le mieux et le plus
rapidement possible. Et, enfin, en faisant en sorte
que leurs diplômes et leurs acquis professionnels
soient reconnus à leur juste valeur.
La critique du multiculturalisme ne devrait pas
être assimilée à une manifestation de xénophobie ou de
racisme
Décriminaliser
l’identité nationale - Mathieu Bock-Côté
Au sommet de notre société, et surtout dans les
milieux qui se disent évolués, le
multiculturalisme a la valeur d’un dogme, d’une
évidence.
L’auteur est candidat au doctorat en sociologie à
l’UQAM. L a que s t i on du voile ferait resurgir
le « vieux fond xénophobe » des Québécois. C’est
ainsi que Michèle Ouimet a réagi au débat très vif
qui a suivi la récente prise de position de la
Fédération des femmes du Québec sur la question (
La Presse, 12 mai).
Cette formule, aussi banale que virulente, est
symptomatique du préjugé médiatique contre
l’identité nationale, qui assimile
systématiquement la critique du multiculturalisme
à une manifestation de xénophobie, voire, de
racisme.
S’il ne s’agissait que d’une déclaration un peu
gauche et malheureuse, il n’y aurait nul besoin de
s’y attarder. Mais tel n’est justement pas le cas
tant cette formule est révélatrice de la rupture
entre certaines élites et les classes moyenne et
populaire autour de la question de l’identité
nationale.
Au sommet de notre société, et surtout dans les
milieux qui se disent évolués, le
multiculturalisme a la valeur d’un dogme, d’une
évidence. Au nom de la diversité, on célèbre un
Québec pluriel où l’héritage historique
majoritaire n’en serait plus qu’un parmi d’autres
dans une nouvelle synthèse identitaire
s’accomplissant dans les chartes de droits et
l’universalisme progressiste qu’elles
incarneraient.
Cette vision s’accompagne d’un rapport pénitentiel
à l’histoire occidentale, et par là, de l’histoire
québécoise. Jusqu’aux années 60, cette histoire
aurait été traversée par le démon de
l’intolérance, du refus de l’autre – de là le
vieux fond xénophobe qu’il faudrait liquider. Mais
le multiculturalisme, à la manière d’un génie
rédempteur, réaffirmerait la promesse égalitaire
des sociétés modernes et devrait pour cela être
assimilé à une dynamique émancipatrice.
C’est à partir de cette sensibilité que
l’intelligentsia se permet de disqualifier
moralement ceux qui ne célèbrent pas l’avènement
du multiculturalisme d’État. On l’a vu avec la
controverse des accommodements raisonnables, l’immense majorité de la population
entretient un rapport critique envers le
multiculturalisme et souhaite une restauration
de l’identité nationale comme norme
d’intégration pour les nouveaux arrivants.
De ce point de vue, le Québec n’est pas une page
blanche et l’intégration des immigrants à
l’identité nationale relève moins des chartes de
droits que de l’adhésion à une communauté de
mémoire et de culture. De ce point de vue,
surtout, tous les symboles religieux ne sont pas
équivalents dans l’ordre symbolique et la
conjugaison d’une certaine laïcité avec la défense
du patrimoine historique du Québec ne doit pas
être perçue comme une mesure discriminatoire
envers les communautés culturelles.
La tension entre le multiculturalisme des élites
et le nationalisme de sens commun des classes
moyenne et populaire est constitutive de l’espace
politique des sociétés contemporaines. Devant
cette réalité, les élites ont deux choix. Elles
peuvent reconnaître la distance exagérée de leur
sensibilité idéologique avec celle de la société
qu’elles prétendent éclairer et se questionner sur
leurs préjugés contre l’identité nationale.
Elles peuvent aussi assimiler la persistance du
sentiment national à une pathologie identitaire et
en appeler, à grand renfort de politiques de «
lutte au racisme » et « d’éducation à la
différence », à la reconstruction multiculturelle
de l’identité collective pour l’évider de son
particularisme historique. C’est évidemment ce
second choix qui est privilégié de manière
systématique.
L’espace public québécois est enfermé dans le
dispositif du politiquement correct, qui traduit
systématiquement le malaise populaire devant
l’enthousiasme hypermoderne des élites dans le
langage de l’intolérance. Il serait temps
d’assainir le langage politique pour que cesse la
criminalisation de l’identité nationale. Ceux qui
se réclament du multiculturalisme permettraient
ainsi un débat raisonnable sur la question qui
n’est quand même pas vaine ni illégitime de la
perpétuation de l’identité nationale sans crier
toujours à la xénophobie ou au racisme.
Abandonnées
à
leur sort
Pourquoi
les musulmanes voilées ne devraient-elles pas respecter
le code vestimentaire établi au Québec ?
Si la FFQ décide d’aider les militantes voilées, c’est
que, malheureusement, elle fait le
choix de défendre les droits religieux, qu’elle déguise
sous le
nom de « droit au travail ».
L’auteure habite à Montréal.
La F é d é r a t i on des femmes du Québec ( FFQ) a fait
son choix. Elle a choisi de défendre les femmes
musulmanes qui portent le voile. Elle aurait pu choisir
de défendre celles qui refusent de le porter. Le choix
n’est pas anodin.
J’ai enseigné le français de nombreuses années à des
femmes musulmanes nouvellement arrivées au Québec. La
plupart d’entre elles refusent de porter le voile et se
réjouissent de la grande libération dans l’égalité que
leur offre notre société. Une minorité continue à se
voiler, le plus souvent sous la pression du mari ou de
la communauté islamique locale, très présente. Bien sûr,
certaines femmes sont des religieuses militantes,
voilées par choix, mais c’est l’infime minorité.
Qui
d’entre ces femmes a besoin d’aide? À mon avis, ce sont
celles qui cherchent à s’émanciper ; notre société les
laisse tomber si elle accepte le voile, renvoyant ces
femmes à une guerre personnelle contre leur communauté.
Si la FFQ décide d’aider les militantes voilées, c’est
que, malheureusement, elle fait le choix de défendre les
droits religieux, qu’elle déguise sous le nom de « droit
au travail ».
Parlons-en des droits au travail: j’ai travaillé pendant
16 ans pour le ministère de l’Immigration et des
communautés culturelles (MICC) et j’ai été témoin durant
ma carrière de pressions d’organismes musulmans recevant
les services du MICC, pour que les professeurs féminins
portent la jupe longue, que les immigrants masculins
aient le droit de choisir des professeurs de leur sexe.
Tout cela a heureusement été écarté par les autorités
ministérielles, mais les pressions actuelles remettent
la question sur le tapis. Le risque sera dans l’avenir
que les femmes non-musulmanes écopent.
Les femmes musulmanes ne peuvent pas t rava i l ler
voilées. Croyez-vous que les professeurs travaillant
pour le MICC peuvent aller travailler en affichant des
symboles religieux catholiques, ou autres ? Non. Et des
symboles athées ? Non. Peuvent-ils ou peuvent-elles se
montrer presque nus si cela leur chante? Oh, que non. Il
y a un code vestimentaire établi, et pas toujours
tacite. Pourquoi les musulmanes seraient-elles à l’écart
de ce code? La Fédération des femmes veut-elle en
réalité réhabiliter la religion dans les écoles en
faisant la promotion de l’affichage de symboles
religieux ? C’est bien ce qui risque de se produire.
On dit, pour dénigrer les opposants au voile, qu’ils
cherchent à imposer leurs valeurs occidentales à des
femmes d’autres cultures. Mais les valeurs d’égalité et
de justice sont universelles. Dans tous les pays
musulmans, des femmes se battent contre le port du
voile. Dans tous les pays du monde, des gens se battent
contre l’obscurantisme. Les valeurs québécoises ne sont
pas réactionnaires du simple fait qu’elles sont
québécoises. Autrefois, nous étions à genoux devant les
valeurs étrangères, mais c’est fini, le colonialisme des
idées. Nous ne nous laisserons pas leurrer.
Port du
voile dans la fonction publique : La Fédération
de qui? - MARIE-CLAUDE LORTIE
La Fédération
des femmes du Québec (FFQ) a pris position samedi contre
l’interdiction du port des signes religieux au sein de la
fonction publique et des services publics québécois. Voici
deux chroniques, deux points de vue sur ce sujet sensible.
« En Iran, on peut être fouettée pour quelques mèches qui
dépassent. Les féministes du Québec doivent être connectées
avec ce qui se passe ailleurs. Si on accepte le voile, on
abandonne les jeunes filles à leur sort. »
Je me demande ce que penserait Aqsa Parvez de la décision de
la Fédération des femmes du Québec – prise ce week-end sans
qu’il y ait législation imminente la rendant essentielle – de
s’opposer à toute interdiction du port de signes religieux
ostentatoires dans la fonction et les services publics.
Je ne le saurai jamais car Aqsa est morte.
Adolescente musulmane de 16 ans de Mississauga, elle a été
étranglée en 2007. Son père a été accusé du meurtre. Son frère
d’entrave à la justice. Motif du crime : collision frontale
entre les valeurs familiales et celles de cette élève qui
enlevait son voile islamique lorsqu’elle arrivait à l’école.
Porter un voile, pour bien des musulmanes, n’est pas un choix.
Des pays entiers l’imposent. Des familles aussi. Ici même, au
Québec et au Canada.
Cette réalité, on ne peut l’ignorer. Tout comme on ne peut
ignorer les gens qui, à la lumière de telles tragédies, sont
mal à l’aise, incertains, devant le sens symbolique du voile
islamique. Dans une démocratie égalitaire, cela fait même
partie des réactions normales. Et un organisme féministe qui
se dit « la voix de toutes les femmes », ne peut y faire la
sourde oreille. Ne peut faire semblant que la question se clôt
aisément.
Pourtant, c’est ce qu’a fait FFQ – l’organisme fondé en 1966
par Thérèse Casgrain pour défendre les droits des femmes et
lutter contre la violence, les inégalités et la discrimination
– en adoptant sa position hautement controversée. Tant pis
pour les arguments de féministes comme la Québécoise Djemila
Benhabib ou la Franco-Iranienne Chahdortt Djavann, qui sont
farouchement opposées au voile dans les institutions
publiques. Tant pis pour les silencieuses obligatoires. Tant
pis pour les laïques agacées.
En adoptant sa
position « nous on n’est pas contre », la FFQ a fait savoir
qu’à ses yeux, cet autre discours ne comptait pas autant que
celui sur la tolérance religieuse.
La présidente de la FFQ, Michèle Asselin, défend ainsi sa
position: si on interdit le voile, les femmes musulmanes
seront plus discriminées que jamais. Si on veut les défendre
et les intégrer, il faut leur permettre de porter le voile
partout.
Est-ce que des recherches ont démontré que le voile – plutôt
que son interdiction – accélère l’intégration? Mme Asselin ne
peut en citer. Mais cela n’empêche pas l’abondance de bons
sentiments. « Souvent , percevoir le voile comme un symbole
d’inégalité relève du préjugé, dit-elle. Il ne faut pas penser
que parce que les femmes portent le voile, elles n’ont pas des
valeurs égalitaires. »
Ce genre d’affirmation fait bondi r Djemi la Benhabib, auteure
de Ma vie à contre-Coran, dénonce l’organisme hier dans une
lettre intitulée « J’accuse la FFQ de trahir le combat des
femmes » ( publiée en page A23).
Selon elle, le voile charrie l ’oppression et les inégalités
vécues par trop de musulmanes, partout dans le monde. Point à
la ligne. « En Iran, on peut être fouettée pour quelques
mèches qui dépassent , dit-el le. Les féministes du Québec
doivent être connectées avec ce qui se passe ailleurs. »
Accepter le voile dans les fonctions publiques, c’est accepter
de prolonger la hiérarchie traditionnelle de la famille,
dit-elle. « On ne doit pas accepter de reproduire un système
rétrograde. Si on accepte le voile, on abandonne les jeunes
filles à leur sort. »
Vouloir ouvrir les bras très grands aux différences
culturelles, c’est louable. « Mais toutes les cultures ne sont
pas respectables, ajoute l’auteure. Et tout n’est pas
respectable dans les cultures. »
Port du voile dans la
fonction publique : TRAHISON!
En appuyant le
port du voile islamique dans les institutions publiques, la
Fédération des femmes du Québec a tourné le dos à la cause
historique des femmes
Il y a des alliances et des prises de position qui minent les
principes. Avec cette dernière, la crédibilité de la FFQ est
sérieusement entachée.
L’auteure a publié récemment « Ma vie à contre-Coran », aux
Éditions Voix Parallèles.
En
adoptant une résolution pour le port du voile islamique dans
les institutions publiques québécoises, la FFQ trahit la
lutte des femmes d’ici, en plus de mettre un bâillon sur la
bouche de toutes ces femmes dans le monde qui subissent la
barbarie des régimes oppressifs musulmans, accuse l’auteure
Djemila Benhabib.
Fortement épaulée par des représentantes du Conseil islamique
canadien et de Présence musulmane, la Fédération des femmes du
Québec ( FFQ) vient d’adopter une résolution banalisant le
port du voile islamique dans les institutions publiques
québécoises lors d’une assemblée générale spéciale qui s’est
déroulée à l’Université Laval, vendredi dernier, et à laquelle
j’ai assisté en qualité d’observatrice. Il y a des alliances
et des prises de position qui minent les principes. Avec cette
dernière, la crédibilité de la FFQ est sérieusement entachée.
Pour une poignée de militantes islamistes, la FFQ a sacrifié
des millions de femmes musulmanes qui se battent au péril de
leur vie. Aujourd’hui, il n’y a qu’un verbe qui tourne en
boucle dans ma tête : j’accuse !
J’accuse la FFQ de trahir la lutte historique des femmes d’ici
pour se débarrasser de l’hégémonie de l’Église catholique.
J’accuse la
FFQ de mettre un bâillon (encore un!) sur la bouche de toutes
celles qui, dans le monde, subissent dans leur chair la
barbarie des régimes oppressifs musulmans qui les obligent à
porter ce linceul de la mort.
J’accuse la FFQ de compromission avec des mouvements
politiques des plus rétrogrades tels que le Conseil islamique
canadien qui a mené une campagne acharnée pour l’instauration
des tribunaux islamiques en Ontario, ou encore, Présence
musulmane qui fait la promotion des thèses de Tarik Ramadan
qui prône un « moratoire » sur la lapidation des femmes
adultères, un châtiment préconisé par la charia islamique. Un
moratoire !
Le 28 février 1994, Katia Bengana, une jeune lycéenne de 17
ans, fut sauvagement assassinée par le Groupe islamique armé
(GIA) qui avait imposé aux femmes de mon pays, l’Algérie,
l’obligation de porter le voile islamique. Katia était de
cette trempe de femmes qui ne courbent pas l’échine et c’était
en connaissance de cause qu’elle sortit de chez elle la tête
nue. Ce jour-là, j’ai compris qu’être femme avait un prix.
J’avais 21 ans. Alors qu’à cet âge en général, on rêve de
mille et une fantaisies, moi, je ne rêvais que de sauver ma
peau. Ce jourlà, j’ai compris aussi que le combat pour la
liberté et l’émancipation des femmes était l’un des plus
périlleux. Cependant, j’étais loin de m’imaginer que cet
engagement, aussi ardu soit-il, allait être aussi solitaire.
Vendredi dernier, lorsque j’ai rappelé l’assassinat de Katia
et celui de Aqsa Parvez à Toronto, cette jeune fille de 16 ans
assassinée par son père le 11 décembre 2007 parce qu’elle
refusait le port du voile islamique, on me signifia que mon
combat était émotif. Certaines participantes m’ont même accusé
de venir me faire du capital politique. C’est bien étrange,
mais personne ne fit la même remarque à des participantes du
NPD et de Québec solidaire, candidates aux dernières
élections. Personne ne trouva rien à dire quant à la
participation de Présence musulmane ni à celle du Congrès
islamique canadien. Bref, personne n’était là pour des raisons
politiques… sauf moi. Combien de Aqsa Parvez faudra-t-il
encore pour qu’enfin la FFQ comprenne que la bataille pour la
liberté se déroule aussi, ici même, dans notre pays au sein de
nombreuses familles musulmanes ? Que vaut le sang de ces
jeunes filles et de ces femmes ? Pour la FFQ, certainement pas
grand-chose.
Laïcité : le dur chemin de
croix... - MARIO ROY
(NDE : Tu dis quoi, toi, au juste, là ?...)
Le problème du
statut sociopolitique des divers dieux n’est pas résolu au
Québec.
Au moindre nuage, l’orage éclate. Il aura suffi d’une sortie de
la Fédération des femmes du Québec, un corps militant au sujet
duquel on se bat rarement dans les autobus, pour redémarrer le
débat sur la place de la religion dans la société. La FFQ
traitait spécifiquement du port d’accessoires religieux dans la
fonction publique; grosso modo, elle est pour.
De cela, onpeut tirer unepremière conclusion: le problème du
statut sociopolitique des divers dieux n’est pas résolu au
Québec. La commission Bouchard-Taylor n’a rien réglé, le
gouvernement Charest non plus.
On peut même plaider que la première n’a fait que véhiculer les
positions de la classe intellectuelle dominante, par définition
titulaire des positions correctes, tout en évitant soigneusement
les questions de fond. Et que le second a opacifié le flou
artistique sévissant en ce domaine en endossant l’avis de la FFQ
après avoir ramené, dans les écoles, un corpus panthéiste devenu
l’objet d’avocasseries sans fin.
C’est en substance ce qu’a signalé, hier, le Mouvement laïque
québécois. Celui-ci réclame l’attention immédiate de l’Assemblée
nationale à ce sujet ainsi qu’une charte québécoise de la
laïcité.
Sous trois rapports, la position du MLQ repose sur de solides
arguments.
Un: le débat ne
porte pas sur l’immigration, mais sur le fondamentalisme
religieux. Les immigrants sont globalement moins dévots que les
« de souche », selon une étude de la Commission des droits de la
personne. Aussi, parler de xénophobie est ridicule: la nation
québécoise n’est ni plus ni moins xénophobe que d’autres...
certainement moins que celles où le statut d’étranger, étranger
religieux ou étranger ethnique, peut vous valoir des
funérailles.
Deux (et les huit femmes animant la présentation du MLQ étaient
là pour le prouver): nul besoin d’être féministe pour constater
que toutes les religions s’en sont toujours pris d’abord aux
femmes, infailliblement « malmenées, humiliées, infériorisées,
niées par les religieux ». Ce sont les mots de Djemila Benhabib,
auteure de l’ouvrage Ma vie à contre-Coran, dorénavant menacée
de mort.
Trois: le voile islamique polarise en effet l’attention
davantage que les autres sémaphores religieux. Pourquoi? Parce
que le fondamentalisme islamiste est actuellement dans le monde
l’entreprise religieuse la plus prosélyte, la plus violente, la
plus déterminée à se gruger une place dans l’arène politique.
Aussi simple que ça.
Maintenant, que faut-il faire ?
En revendiquant une charte, le MLQ montre le large chemin
politico-légaliste qu’il sait être semé d’embûches. Or, avant
d’en venir là, pourrait-on encore une fois tester le sentier
tortueux de l’accommodement... mais en transférant le fardeau du
compromis de la société laïque au demandeur religieux? Si ça
devait ne pas fonctionner, on pourra alors en passer par la
politique et la loi, hélas, après avoir pris soin de bâtir un
solide support populaire.
Notamment chez ces braves prolétaires qui s’informent en
regardant les nouvelles à TQS ou à TVA, dont Gérard Bouchard
s’était à l’époque beaucoup inquiété.
« Burquer » ou pas... - Mario
Roy
De l’examen
critique du foulard islamique, la France est maintenant passée
à celui de la burqa. Mandatée par l’Assemblée nationale, une
mission d’information « sur le port de la burqa ou du niqab »
a en effet commencé ses travaux, cette semaine. Elle a pour
tâche de déterminer s’il faut les tolérer ou les bannir, non
seulement dans l’administration ou à l’école (où le foulard a
été interdit), mais dans tous les lieux publics. Il a 10
jours, Nicolas Sarkozy a déclaré que la « burqa n’est pas
bienvenue sur notre territoire ». Le débat fait rage depuis.
Décidément, i l n’y a pas qu’au Québec que les accessoires
vestimentaires associés – théoriquement – à la religion créent
inconfort et malaise, division et polarisation...
Cependant, la France prend la chose au sérieux, bien davantage
que d’aut re s nations. Son admirable tradition de laïcité y
est pour quelque chose. Tout comme la présence de quatre à
cinq millions de musulmans, une communauté que les mouvances
extrêmes troublent de plus en plus.
Ainsi, l’affaire de la burqa est née dans la banlieue
lyonnaise: à Vénissieux, le salafisme, version radicale et
politique de l’islam, est populaire. C’est le maire de
l’endroit qui a sonné l’alarme en notant que, chez lui, la
burqa et le niqab posent des problèmes non seulement phi
losophiques , ma i s pratico-pratiques.
De là, l’affaire a gagné toute la France ( où il y aurait de
30 000 à 50 000 salafistes) et s’est rendue jusqu’au président
de la République.
Elle a même voyagé jusqu’au New York Times, qui a ouvert ses
pages, hier, à un débat sur le sujet. « Il faut bannir la
burqa: elle n’a rien à voir avec l’islam, mais tout à voir
avec la haine de la femme », y écrit une féministe musulmane,
Mona Eltahawy. « Ma burqa, ce n’est pas de vos affaires »,
réplique Robert Sokol, un avocat d’Aix-en-Provence.
Un jeune
musulman français reprend comiquement cette thèse du
chacun-pour-soi: « Si la femme veut burquer, elle burque. Si
elle veut pas, elle burque pas ! » (dans Le Figaro)
t rès
Burquer ou pas? Peu de gens croient que les choses sont aussi
simples.
Et il y en tout aussi peu pour croire que, lorsqu’ils sont
portés en Occident ( par opposition aux pays où ils sont
obligatoires), la burqa et le niqab sont strictement des
signes religieux.
Ce sont des entraves physiques, à peine moins paralysantes que
des camisoles de force, destinées à un seul des deux sexes. Ce
sont des placards politiques t ransformant cel les qui les
portent en femmes-sandwiches publicisant une cause – de fait,
la branche maghrébine d’AlQaeda a menacé les Français de
représailles s’ils interdisaient ces vêtements.
Comment la France se sortira-t-elle de tout ça? On verra bien.
Mais on peut se réjouir de constater qu’elle comprend les
enjeux. Et qu’elle ne manque pas de cran.
La France songe à interdire la burqa
Des députés
d’allégeances politiques diverses réclament une commission
d’enquête parlementaire sur le sujet
« Ça ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas donner le
sentiment que les pouvoirs publics sont indifférents ou
aveugles. »
PARIS — Après avoir soulevé des vagues dans le monde musulman
en interdisant le port du voile à l’école, la France songe
maintenant à légiférer pour interdire la burqa sur son
territoire.
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a indiqué hier
que l’Assemblée nationale pourrait procéder en ce sens si « on
s’apercevait, très clairement, que le port de la burqa (est)
subi et contraire aux principes républicains ».
M. Chatel a donné du même coup un appui tacite à la démarche
d’un groupe d’une soixantaine de députés d’allégeances
politiques diverses qui réclament la création d’une commission
d’enquête parlementaire sur le sujet.
« Une prison ambulante »
L’initiative, qui reçoit un large écho dans les médias
français, a été mise de l’avant par le député communiste André
Gerin.
Il compare la burqa, qui cache complètement la tête et le
corps, à une « prison ambulante en tissu ». « La vision de ces
femmes emprisonnées... est totalement inacceptable sur le sol
de la République française », estime l’élu.
M. Gerin relève que les administrations publiques éprouvent de
plus en plus souvent des difficultés avec des femmes qui
refusent de montrer leur visage pour procéder aux formalités
requises au moment de la production de documents officiels.
« Ça ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas donner le
sentiment que les pouvoirs publics sont indifférents ou
aveugles », a confié au quotidien Le Parisien le politicien,
qui présente son geste comme une « main tendue » à l’islam et
aux femmes.
Certains spécialistes de l’islam avancent que le port de la
burqa toucherait au plus quelques milliers de femmes en
France, mais aucune donnée précise n’est disponible.
« Le
cercueil qui tue »
Depuis deux jours, plusieurs membres du gouvernement sont
intervenus en appui aux députés, y compris la secrétaire
d’État à la Ville, Fadela Amara, qui a longuement milité au
sein de l’association féministe Ni putes ni soumises.
« Je suis pour l’interdiction de ce cercueil qui tue les
libertés fondamentales » , a-t-el le indiqué, en relevant
qu’il fallait à tout prix une loi « pour protéger les femmes
».
Le ministre de l’Immigration, Éric Besson, a souligné de son
côté qu’il lui semblait risqué de « toucher à l’équilibre »
existant en légiférant sur une question aussi sensible.
Une pratique marginale
Le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed
Moussaoui, estime qu’il est « choquant » que des députés
veuillent amener l’Assemblée nationale à se pencher sur une
pratique aussi « marginale ». Le port de la burqa ne découle
aucunement d’une « prescription religieuse », a précisé M.
Moussaoui, qui accuse les élus de « stigmatiser l’islam et les
musulmans » par leur démarche.
La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a
prévenu le gouvernement de ne pas se laisser tenter par une
solution « simpliste ».
« Si une loi interdit la burqa, ces femmes auront toujours la
burqa, mais elles resteront chez elles et on ne les verra plus
», dit-elle, évoquant un argument de stigmatisation qui avait
souvent été avancé il y a cinq ans avant l’adoption de la loi
interdisant le port du voile à l’école. Le président français
Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas prononcé cette semaine sur
l’opportunité d’une commission d’enquête, avait soulevé des
vagues au pays il y a quelques semaines en appuyant une
intervention de son homologue américain, Barack Obama, sur la
question de la liberté religieuse.
Le président des États-Unis avait souligné, au cours d’une
allocution prononcée au Caire, que cette liberté devait
s’étendre aux pratiques vestimentaires, incluant le voile.
Le nombre de plaintes en forte baisse
Discrimination
envers les locataires issus des minorités visibles
« Quand le taux d’inoccupation augmente, les cas de
discrimination diminuent. Les propriétaires ont besoin de louer
leur logement. »
C’est peut-être un signe que la crise du logement se résorbe à
Montréal: la discrimination à l’égard des locataires issus des
minorités visibles semble en baisse. Le nombre de plaintes
reçues par la Commission des droits de la personne a chuté de
moitié depuis 2001, au plus fort de la crise, selon des chiffres
obtenus par La Presse.
Au cours
des dernières années, le nombre de plaintes pour
discrimination a baissé en même temps que le taux
d’inoccupation des logements a augmenté. Mais la valeur des
loyers demeure élevée à Montréal, et les familles immigrantes
sont les premières à en payer le prix.
Le nombre de plaintes liées à la race, à la couleur ou à
l’origine ethnique des locataires québécois est passé de 36 en
2001-2002 à 17 en 2007-2008. Pendant la même période, le taux
d’inoccupation des logements est passé de 0,6% à 2,4% dans la
grande région montréalaise, où se concentrent la majorité des
immigrants.
D’autres facteurs peuvent expliquer la diminution du nombre de
plaintes à la Commission. Mais sur le terrain, on le constate: «
Quand le taux d’inoccupation augmente, les cas de discrimination
diminuent », dit Mazen Houdeib, directeur du Regroupement des
organisations du Montréal ethnique pour le logement (ROMEL). «
Les propriétaires ont besoin de louer leur logement. » Il leur
est donc plus difficile de laisser leurs préjugés dicter leurs
choix.
Il reste que la valeur des loyers demeure élevée à Montréal, et
les familles immigrantes sont les premières à en payer le prix.
« Le marché reste très difficile dès qu’on parle de logements de
deux chambres à coucher et plus », explique Damaris Rose,
professeure à l’INRS Urbanisation.
Or, les familles immigrantes ont tendance à avoir de nombreux
enfants. « En plus du problème de longue date de la
discrimination, il y a beaucoup de propriétaires réticents à
louer à de grandes familles, immigrantes ou pas, de peur que les
enfants ne causent des dommages ou ne dérangent la vieille dame
d’en bas. »
La pénurie a forcé le ROMEL et d’autres organismes à faire une
croix sur leurs banques de logements. « Désormais, on répond aux
annonces des journaux, comme tout le monde. Dès que les
propriétaires entendent un accent, leur appartementn’est plus
louable tout à coup », dénonce Juan-José Fernandez, de
l’organisme PROMIS.
Le quart des immigrants refusés
Il y a un mois, le maire Gérald Tremblay a proclamé Montréal «
zone libre de racisme » et invité les citoyens à signer un
registre qui les engage à combattre le racisme et la
discrimination dans la ville. Mais il faudra plus que des
signatures pour régler un problème encore bien ancré à Montréal,
selon les observateurs.
En fait, il est
difficile d’obtenir une vue d’ensemble du problème. La plupart
des propriétaires n’étalent pas leurs préjugés au grand jour,
usant plutôt de prétextes pour refuser un logement à des
immigrants, soulignent les chercheurs.
La mesure de discrimination la plus précise est sans doute le
testing, qui consiste à embaucher des acteurs issus des
minorités visibles pour les lancer à la recherche
d’appartements. Bref, à leurrer les propriétaires. « Les
chercheurs ne peuvent plus faire ce genre d’exercice pour des
raisons d’éthique », dit Maryse Potvin, du Centre d’études
ethniques des universités montréalaises. « Désormais, il faut
obtenir le consentement écrit des personnes que l’on soumet à
une recherche. »
Cela dit, « tous les anciens testings ont démontré qu’environ
25% des personnes issues des minorités visibles sont refusées
par les propriétaires, soit au téléphone, à cause du nom ou de
l’accent, soit au moment de la visite, ajoute Mme Potvin. Les
études en Europe sont assez récentes pour démontrer que c’est
encore vrai aujourd’hui. »
ÀMontréal, le dernier testing remonte à 1988. À l’époque, 24%
des acteurs haïtiens s’étaient fait exclure l’accès à un
logement mis en location. Un loyer plus élevé a été exigé des
Haïtiens dans 7% des logements visités. En fait, toute trace de
discrimination était absente dans seulement quatre logements sur
dix.
Vingt ans plus tard, le problème est encore criant, selon M.
Fernandez. « Trouver un logement, c’est la plus grande
difficulté des nouveaux arrivants. Ils dépensent des fortunes
dans des hôtels parce que personne ne veut d’eux. Ils peuvent y
passer une ou deux semaines facilement, et voir toutes leurs
économies s’y envoler. »
Discrimination subtile
En général, la discrimination est subtile. « Parfois, on demande
des sommes faramineuses aux immigrants, jusqu’à trois ou quatre
mois de loyer à l’avance. C’est carrément illégal. Ou alors, on
leur demande d’avoir un garant, alors qu’ils ne connaissent
personne ici », dit M. Fernandez.
Certains propriétaires ne se gênent pas pour afficher leurs
préjugés. Il y a deux mois, M. Houdeib, du ROMEL, a consulté un
contrat signé entre un concierge et un propriétaire. « Dans la
politique de location, c’était écrit noir sur blanc: pas de
Noirs, pas d’Arabes! »
JUGEMENT DE LA COUR SUPRÊME Les huttérites devront se
doter d’un permis de conduire avec photo
OTTAWA — Le plus
récent jugement de la Cour suprême du Canada touchant les
minorités religieuses pourrait avoir un impact considérable dans
le dossier des accommodements raisonnables au pays.
La petite communauté huttérite albertaine a dû essuyer un
revers, hier, la Cour jugeant qu’elle ne pouvait exiger
d’obtenir un permis de conduire sans photo, un accommodement que
le gouvernement de l’Alberta consentait traditionnellement à lui
accorder.
Les adeptes de cette secte d’origine chrétienne croient qu’il
est interdit de se faire prendre en photo, puisque cela viole à
leur avis le deuxième commandement biblique qui prohibe
l’idolâtrie.
Dans un jugement serré de quatre contre trois, les magistrats du
plus haut tribunal du pays ont conclu que l’Alberta pouvait
forcer cette communauté à se doter d’un permis de conduire avec
photo.
Ils y font
valoir que la lutte contre le vol d’identité est un objectif
public important et que le permis avec photo ne brime pas
fondamentalement la liberté de religion des huttérites.
La Cour semble ainsi mettre l’accent sur le bien-être de la
majorité plutôt que sur les droits des minorités.
« Donner suite à chacune de ces revendications religieuses
pourrait nuire gravement à l’universalité de nombreux
programmes réglementaires (...) au détriment de l’ensemble de
la population », a écrit la juge en chef Beverley McLachlin,
se prononçant pour la majorité.
Avec ce jugement, la Cour suprême va à l’encontre des
jugements des tribunaux inférieurs, où l ’on considérait
qu’exiger une photo contrevenait à la Charte canadienne des
droits et libertés.
« La mesure législative vise un obj e c t i f soc i a l i mpor
- tant – maintenir un système de délivrance des permis de
conduire qui soit efficace et qui réduise au minimum le risque
de fraude pour l’ensemble des citoyens. Cet objectif ne doit
pas être sacrifié à la légère », peut-on notamment lire dans
le jugement.
La
commission Bouchard-Taylor à l’heure des valeurs québécoises -
Norman Delisle
Presse Canadienne, Saguenay
Il y a des valeurs québécoises non négociables que tous
les citoyens du Québec doivent respecter, ont plaidé plusieurs
intervenants mercredi soir devant la commission sur les
accommodements raisonnables.
La langue française et l'égalité entre les hommes et les
femmes font partie de ces valeurs, a plaidé Dominique Dufour
devant la commission qui siégeait à Saguenay.
La commission a fait salle comble au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Quelque 300 personnes s'entassaient dans une salle d'un hôtel de
l'arrondissement Jonquière de Saguenay et ont écouté avec respect
une cinquantaine d'intervenants.
Michel Potvin, un syndicaliste, a plaidé pour l'abolition de
la prière à l'ouverture des séances du conseil municipal local.
«Cela m'agace», a-t-il dit, tout en plaidant pour le maintien du
crucifix «qui fait partie de l'histoire du Québec». Un autre
citoyen, Christian Joncas, a plaidé lui aussi pour la laïcité dans
l'espace public. «L'espace public doit être neutre», a-t-il dit.
D'autres par contre, comme l'ex-professeur de théologie
Florent Villeneuve, ont au contraire exprimé le souhait que l'on
se rappelle du rôle historique que l'Eglise catholique a joué au
Québec.
Une jeune femme, Kate Primeau, a plaidé pour une meilleure
égalité entre les femmes et les hommes et pour qu'on facilite
l'emploi des immigrants.
Le retraité Maurice Tremblay a raconté son expérience avec
les autochtones dans la préparation des fourrures, mais le
coprésident de la commission, Gérard Bouchard, a rappelé que même
si les interventions sur les problèmes autochtones étaient les
bienvenues, la commission devait laisser de côté ce dossier qui
fera plutôt l'objet de négociations de nation à nation.
Un Chicoutimien né à l'étranger, Greiss Michel, s'est attiré
une ovation de la foule en rappelant la nécessité pour les
immigrants d'apprendre l'histoire du Québec et les habitudes
locales. «Il faut savoir ce que sont la tourtière et les
gourganes», a-t-il dit avec un accent savoureux.
Un Jonquiérois qui a vécu longtemps en Ontario et épousé une
anglaise, Marcel Couture, a rappelé que «pour vivre en Ontario,
l'accommodement raisonnable consiste à parler anglais». «Au
Québec, il doivent avoir de la bonne volonté pour s'ajuster à nos
traditions et à nos valeurs», a dit M. Couture.
La première soirée des travaux de la commission dans la
région consistait à entendre des témoignages des citoyens.
Jeudi, le commissaire Bouchard ü son collègue Charles Taylor
est absent pour cause de maladie ü entendra une vingtaine de
mémoires, dont celui du maire de Saguenay, Jean Tremblay.
La crise, quelle crise? - Michèle
Ouimet
J'ai toujours pensé qu'il fallait dire oui à certaines
demandes, comme la souccah sur les balcons ou le voile à l'école.
Et j'ai toujours cru que le Québec était assez mature pour
accepter ces compromis et absorber ces différences sans heurt.
Pourquoi, par exemple, ne pas dire oui à la souccah, une
hutte où les juifs prennent leurs repas pour commémorer une fête?
En 2004, les propriétaires des condos du Sanctuaire avaient
protesté. Ils étaient horrifiés de voir des souccah - une cabane
affreuse, j'en conviens - pousser sur les balcons de leur chic
complexe immobilier.
Construire une souccah sur un bout de balcon et s'y entasser
pendant une semaine pour prendre ses repas peut sembler absurde
pour les non-initiés. Mais, pour les juifs, cette tradition est
profondément ancrée dans leur religion.
Cette position ne fait pas l'unanimité, je l'admets.
Des amis m'ont souvent dit: «Quand tu
allais en Iran, tu étais obligée de te voiler. Quand on est à
Rome, on fait comme les Romains. Que les immigrés s'adaptent!»
Je leur répondais: «L'Iran est une
dictature, pas le Québec.»
Il ne faut pas dire oui à tout. C'est
une évidence. Certaines demandes sont absurdes, comme les
vitres que le YMCA a givrées parce qu'elles donnaient sur une
synagogue. Les hassidim ne supportaient pas la vue de femmes en
short. Sauf que ce n'était pas au Y de givrer ses vitres, mais aux
juifs de s'acheter des rideaux.
Donc, on évalue au cas par cas. Oui, pour certaines demandes,
non à d'autres. On les soupèse, les évalue. Parfois ce sont les
tribunaux qui tranchent mais, la plupart du temps, les ententes se
concluent à l'amiable.
- - - - -
Un livre de 95 pages a bousculé mes certitudes et réveillé
mon vieux fond laïque: Accommodements raisonnables, de Yolande
Geadah, une Égyptienne de naissance qui vit au Québec depuis 40
ans.
Mme Geadah a le sens du timing. Elle a écrit un essai sur le
voile en 1996. Quelques mois auparavant, une jeune fille s'était
présentée dans une école secondaire coiffée d'un hidjab. Le Québec
avait alors vécu sa première crise du voile, son premier choc
musulman.
J'ai lu d'une traite son livre sur les accommodements. J'ai
rencontré Mme Geadah dans son bureau du centre-ville, où elle
s'occupe de développement international. Une femme effacée qui
parle doucement, ses lunettes perchées sur le nez.
«L'Université du Caire ne permet pas le port du niqab.
Pourtant, 90% de la population égyptienne est musulmane»,
m'a-t-elle dit d'emblée.
Le ton était lancé. Mme Geadah est laïque jusqu'au bout des
ongles.
L'espace public doit être laïque, affirme-t-elle. Si on y
permet l'introduction de signes religieux, on sème la confusion.
La même règle doit s'appliquer pour tous. Il faut donc dire non
aux salles de prière exigées par certains musulmans, car ces
demandes ouvrent la porte à une «surenchère de revendications».
«L'enjeu soulevé ici n'est pas la liberté de conscience, mais
une tentative du religieux d'empiéter sur l'espace public,
écrit-elle. Il ne s'agit pas là d'un droit fondamental, mais d'un
privilège que rien ne justifie réellement dans un modèle de
société pluraliste et séculier.»
Mme Geadah critique les chartes québécoise et canadienne des
droits. Elles ont été conçues avant la montée des intégrismes
religieux «qui se réclament des libertés inscrites dans les
chartes pour imposer une idéologie qui tend à nier des libertés
fondamentales».
La démonstration est brillante, mais elle ne me convainc pas.
À cause des chiffres que j'ai dénichés dans le livre de Mme
Geadah.
Seulement
2% des plaintes portées à la Commission des droits de la
personne de 2000 à 2005 touchaient la religion. De ce nombre, à
peine le tiers comportait une demande d'accommodement
raisonnable. Soit 30 cas à tout casser. De plus, les plaintes
provenaient majoritairement de protestants, non de juifs ou de
musulmans.
Les
motifs les plus fréquents de discrimination étaient le handicap
(24%), la race (15%), l'âge (12%), la condition sociale (6%) et
le sexe (5%).
De quoi replacer les yeux en face des trous.
Le Québec peut gérer quelques cas d'accommodements sans
verser dans le drame ou la peur irrationnelle de perdre son
identité.
La Commission sur les accommodements raisonnables, qui va se
balader au Québec au cours des prochains mois, nous laisse
l'impression que les institutions publiques sont noyées par des
demandes provenant d'intégristes qui se promènent le couteau entre
les dents.
À
force d'entendre les lamentations de gens qui ne peuvent pas
supporter la vue d'une kippa ou d'un voile, on va finir par se
convaincre qu'il y a péril en la demeure. Il n'y a pas de crise,
mais la Commission est peut-être en train d'en créer une.
L'intolérance
entraîne un coût économique - Rémi Nadeau
La création de richesse du Québec passe par son ouverture
aux immigrants, selon le gouvernement Charest, qui met en garde
contre le coût économique qu'entraînerait une attitude
d'intolérance.
Jean Charest a accusé le Parti québécois et l'Action
démocratique «d'exploiter la méfiance des Québécois» sur la
question identitaire, lors du discours de clôture du conseil
général du Parti libéral du Québec, dimanche à Montréal.
Après avoir annoncé son intention de faire une plus grande
place à la main-d'oeuvre étrangère, le premier ministre a signalé
que l'attitude de ses adversaires constitue une menace.
«Au lieu de mettre l'accent sur nos différences, on va
travailler ensemble pour bâtir le Québec et accueillir du monde»,
a martelé M. Charest, qui prévient que la croissance économique
doit s'appuyer sur la croissance démographique.
Pour illustrer son propos, il a cité l'exemple d'un épicier
du Lac Saint-Jean aux prises avec une pénurie de travailleurs.
«On a ce marchand qui nous demande de l'aide pour recruter de
la main-d'oeuvre et Mario Dumont, lui, nous dit que nous avons
atteint la limite (en immigration). Il nous dit que c'est fini,
que nous n'avons pas besoin de plus de monde», a analysé M.
Charest, selon qui «les Québécois voient là-dedans des choix bien
clairs».
Au côté de son chef, le ministre du Développement économique,
Raymond Bachand, a ajouté «qu'il y a un coût économique à
l'intolérance».
Jean Charest a signifié dans son discours que la création de
richesse et la croissance démographique constituaient des éléments
clé des orientations qui le guideront cet automne.
Ainsi, le gouvernement libéral entend présenter une stratégie
manufacturière, favoriser l'intégration de plus de main-d'oeuvre
étrangère et soutenir les familles afin que plus d'enfants
naissent au Québec.
«Si on veut avoir plus de monde au Québec, il nous faut une
économie qui roule. On a besoin de plus de bras et de plus de
cerveaux pour que le Québec puisse atteindre son plein potentiel
économique», a insisté le chef libéral.
Etayant sa vision, M. Charest a aussi plaidé pour la création
«d'un nouvel espace» qui favoriserait la libre-circulation de la
main-d'oeuvre, faisant référence à son souhait de voir se
multiplier des ententes de libre-échange entre le Québec et ses
partenaires commerciaux.
Il a soutenu que le Québec était toujours sorti gagnant,
chaque fois qu'il avait privilégié l'ouverture plutôt que le
repli.
Sur le plan économique, Jean Charest a rappelé que son
gouvernement a déjà annoncé des investissements de 30 milliards $
sur cinq ans dans la réfection des infrastructures et de 31
milliards $ dans la poursuite du développement hydro-électrique au
Québec.
«Ce n'est pas le travail qui va manquer, c'est des
travailleurs», a-t-il conclu.
Avant d'enterrer la Commission - Yves
Boisvert
Difficile de se réjouir quand on voit sourdre la
xénophobie devant la commission Bouchard-Taylor. A-t-on fourni,
à grands frais, une tribune à tous les intolérants?
Je ne le crois pas. Je ne partage pas le pessimisme de
certains de mes collègues sur l'issue de cette aventure. Malgré
tous ses défauts, risques et périls.
J'y crois. D'abord par pur volontarisme: j'y crois parce
qu'elle existe, et comme elle existe, il faut qu'elle fonctionne.
Il est trop tard pour dire qu'elle est inutile. Elle est là.
Faut-il l'annuler? Évidemment non. Rien ne nuirait plus aux
relations interculturelles, sans parler de la réputation du
Québec, qu'un avortement de commission. Tous ceux qui cherchent
des preuves d'un problème de racisme spécifiquement québécois, ou
de l'impossibilité de s'accommoder, y verraient un argument, sinon
une preuve irréfutable de notre immaturité politique.
Nous avons donc une sorte d'obligation morale de résultat.
Mais plus profondément, j'y crois parce que je pense que
quand on aura tout entendu, quand on aura fait la part des choses,
on trouvera justement beaucoup plus de sagesse collective qu'on ne
le pense. Et une capacité, au bout du compte, de gérer les
extrêmes - ce que le Québec a plutôt bien accompli historiquement.
Je mets un petit deux là-dessus.
D'ailleurs, il ne se dit pas que des âneries et des
impertinences. Il se dit plein de choses tout à fait sensées et
nuancées qui, évidemment, ne font pas de très bonnes manchettes.
J'étais de ceux qui estimaient, et qui estiment encore, qu'on
a charrié largement sur cette question. Il n'y a pas de véritable
crise des accommodements raisonnables au Québec à mon avis, mais
des ratés, des bêtises et surtout des exagérations.
Alors une commission d'enquête? Allons donc!
Sauf que dans la chasse médiatique aux accommodements fous,
on trouvait tous les deux jours un nouveau cas. Et on tirait
dessus. Parfois avec raison. Parfois non.
Jean Charest a commencé par dire qu'il n'y avait rien là,
d'arrêter de s'énerver pour une histoire de vitres givrées ou pour
des incidents gonflés à l'hélium médiatique. André Boisclair était
à peu près du même ton. On va changer de sujet!
Mais on ne changeait pas de sujet. Il y avait un autre cas.
Une autre manchette, une autre petite crise.
Et chaque fois, Mario Dumont en rajoutait. Il faut que le
gouvernement se tienne debout! Il faut une Constitution du Québec!
Il faut dire aux immigrants qu'il y a des règles, ici, et pour
tout le monde!
Et au bout de quelques semaines, il a fini par convaincre
insidieusement une large partie de l'opinion que le Québec croule
sous les accommodements stupides. Et que Jean Charest était trop
mou.
Ainsi est né Hérouxville, dans l'ennui de la fin janvier,
avec son ineffable «code de vie». Et plein de gens pour le prendre
au sérieux, même si cela reste un morceau comique grandiose.
Dumont a été tellement habile qu'il a coupé l'herbe sous le
pied du Parti québécois, qui ne sait plus très bien ce que «nous»
veut dire.
Et le ballon gonflait, gonflait, en même temps que les
intentions de vote pour l'ADQ. Jean Charest cherchait une réponse
à la veille des élections. Les accommodements déraisonnables
paraissaient le seul obstacle sur le chemin du gouvernement
majoritaire. D'où la Commission.
C'est donc en effet largement par opportunisme politique que
le premier ministre l'a déclenchée. Mais quelle commission
d'enquête n'a pas été créée pour des raisons politiques? Toutes,
elles répondent à une préoccupation urgente ou perçue telle par
l'opinion publique, à un scandale à différer ou à déterrer ou à
repousser, ainsi de suite.
Ça ne veut pas dire qu'elles ne produisent rien de bon. Le
mandat de celle-ci est triple: faire un état de la situation (y
a-t-il tant de problèmes? Lesquels?), consulter les Québécois et
faire des recommandations pour l'avenir, de manière à ce que les
accommodements du futur respectent les «valeurs communes» des
Québécois.
La commission a commandé des recherches, ce qui est tout à
fait normal, pour connaître l'état des lieux et comparer le «cas»
québécois avec d'autres démocraties constitutionnelles.
Oh, bien entendu, il se dit et il se dira de vilaines choses.
Devant la visite, ça ne fait pas toujours chic. Mais n'allons pas
penser que ce sont des réunions de propagandistes haineux. Les
propos sont très diversifiés.
Quoi, après avoir reproché à Gérard Bouchard d'être élitiste,
craint-on qu'il ne sombre dans le populisme crasse? Je lui fais
confiance, à lui et à Charles Taylor, jusqu'à preuve du contraire
pour écarter ce qui doit l'être et exprimer sa réprobation.
Rien ne me permet, en tout cas, après seulement une semaine
de travaux, de prétendre qu'on assistera à un dérapage terrible.
Je parie au contraire qu'on saura trier dans ce fatras d'états
d'âme, de mémoires et de recherches de quoi produire un rapport
pertinent.
Je ne le déchirerais donc pas avant la rédaction.
Accueil des immigrants : les régions
manquent de moyens - Lia Lévesque
Presse Canadienne , Rouyn-Noranda
Le manque de moyens pour accueillir et intégrer les
immigrants en région est ressorti, jeudi à Rouyn-Noranda, devant
la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements
raisonnables.
«On est prêt à en accueillir plus mais, pour réussir à le
faire, il faudrait absolument avoir des structures d'accueil
adéquates», a déploré la rectrice de l'Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue, Johanne Jean.
«On a peu de structures d'accueil pour les personnes
immigrantes, ici, en Abitibi-Témiscamingue», a-t-elle ajouté,
citant notamment les besoins en francisation.
Un autre participant a abondé dans le même sens, avec coeur
et conviction, dénonçant la politique canadienne en matière
d'immigration. «Il y a manque de justice et d'équité dans les
millions de dollars qu'on dépense pour recruter un quart de
million de nouveaux arrivants en moyenne, à chaque année, au
Canada pour les débarquer dans cinq ou six villes choisies. Ca
donne un biais urbain permanent à l'immigration. Et c'est pour ça
que l'Abitibi-Témiscamingue a peu d'immigrants», s'est exclamé
Enrique Colombino, membre fondateur de l'Association
interculturelle La Mosaïque et originaire de l'Argentine.
La rectrice Johanne Jean s'est aussi opposée à l'offre de
locaux de l'université pour en faire des salles de prière, comme
cela a été le cas à l'Ecole de technologie supérieure à Montréal.
«On a fait le choix, comme société au Québec, d'avoir des
institutions qui sont laïques et on s'inscrit tout à fait dans ce
choix-là. La pratique religieuse devrait normalement se faire à
l'intérieur de la communauté, pas nécessairement à l'intérieur des
murs de l'institution d'enseignement», a-t-elle dit.
Toutefois, lorsque interrogée par le coprésident Gérard
Bouchard, elle a nuancé ses propos, affirmant que des étudiants
qui voudraient utiliser des locaux pour prier pourraient le faire,
à la condition qu'il y ait des locaux libres, ce qui ne semble
guère possible dans la situation actuelle de son université.
Distinguer le facultatif de l'obligatoire
La commission a également entendu une suggestion
intéressante, celle de faire déterminer, avant d'accorder un
accommodement, s'il s'agit d'une prescription religieuse
obligatoire ou facultative.
«Le problème, c'est que certaines catégories de musulmans,
qu'on appelle islamistes ou intégristes, érigent ces petites
choses qui ne sont pas obligatoires en obligations», a déploré
Driss Boukhissimi, professeur de mathématiques à l'Université du
Québec en Abitibi-Témiscamingue, lui-même musulman d'origine
marocaine.
«Je ne demanderai jamais et, même si on me l'offrait en
disant «au nom de la religion, on va t'accommoder, te donner un
local pour prier», je le refuserais. On n'a pas besoin de tout
cela pour être musulman», a-t-il ajouté.
M. Boukhissimi a ainsi suggéré que les autorités fassent
appel à des experts dans une religion donnée avant de décider
d'accorder ou non l'accommodement demandé. Si la religion n'oblige
pas véritablement son fidèle à adopter tel comportement et qu'il
ne s'agit que d'une façon de faire, l'accommodement ne serait pas
accordé. «En tant que professeur d'université, je refuse qu'un
étudiant me dise «il est l'heure de la prière, je vais faire la
prière». Ce n'est pas obligatoire de faire la prière à ce temps»,
a-t-il donné en exemple.
Gérard Laquerre, un retraité de Rouyn, est venu dire à la
commission que «quand c'est mal géré, la diversité culturelle,
c'est une source de problèmes et ce n'est pas un actif pour un
pays. Si c'est bien géré, ça peut devenir une richesse.»
«Ca prend des immigrants qui veulent s'intégrer», a-t-il
lancé, ajoutant que «peut-être qu'on ne sélectionne pas bien»
ceux-ci avant de les accepter en terre québécoise.
Après Gatineau et Rouyn-Noranda, la Commission
Bouchard-Taylor se rendra à Sept-Iles et Saguenay, la semaine
prochaine.
Le feu aux poudres
Mais qu'est-ce qui a piqué le directeur général des
élections du Canada, Marc Mayrand?
Hier, il a annoncé qu'une femme portant le niqab, un voile
qui cache entièrement le visage sauf les yeux, peut voter si elle
présente deux cartes d'identité. Une décision hautement
controversée qu'il nous a balancée en pleine figure, comme ça, à
la veille du vote par anticipation qui commence aujourd'hui.
Il n'y a eu ni débat ni discussion. Rien. À peine un petit
communiqué chenu qui est tombé en fin de journée.
Le 17 septembre, il y aura trois élections partielles
fédérales, dont une dans Outremont, une circonscription
multiethnique.
Pourtant le Québec s'est déjà payé un psychodrame avec une
histoire de niqab et de vote. C'était en mars, à la veille des
élections provinciales. Le directeur général des élections du
Québec, Marcel Blanchet, avait décrété que les femmes voilées
pouvaient voter.
Le bureau de Me Blanchet avait été inondé d'appels et de
courriels indignés. Sur Internet, des gens affirmaient qu'ils se
présenteraient dans des bureaux de vote avec un masque.
Pour préserver la «sérénité du processus électoral», Marcel
Blanchet avait finalement reculé et interdit le port du niqab. Les
libéraux, les péquistes et les adéquistes avaient unanimement
appuyé sa décision.
Visiblement, Marc Mayrand n'a pas retenu la leçon. Il était
peut-être en voyage intergalactique lorsque la controverse a
éclaté.
Le pire, c'est que l'histoire se présente de la même façon.
En mars, un journaliste avait posé une question hypothétique au
bureau de Marcel Blanchet: une femme voilée peut-elle voter?
Même scénario cette semaine. Mardi, un journaliste de CJAD a
appelé au bureau du directeur des élections du Canada. Il n'y
avait ni plainte ni demande provenant des musulmans, qu'une simple
question de journaliste.
Me Mayrand a rapidement examiné la chose et hier, il a
tranché, benoîtement, comme si la question n'avait aucune charge
émotive.
Selon les organisations musulmanes, très peu de femmes
portent le niqab au Québec. Alors pourquoi cette décision qui
arrive comme un cheveu sur la soupe? Le directeur général cherche
le trouble? Il n'a pas assez de travail? Il s'ennuie? Si oui, il
risque d'être drôlement occupé dans les prochains jours. Il vient
de créer une crise de toutes pièces.
Parlons
du fond de la question maintenant. Je suis généralement en
faveur des accommodements raisonnables. J'étais d'accord avec le
port du kirpan à l'école, l'érouv dans Outremont, la souccah sur
les balcons des condos. C'est pour vous dire.
Mais
le niqab? Non, c'est trop. Tout simplement trop. Le niqab n'est
pas un simple bout de tissu. Au contraire. Il nous jette en
pleine figure l'inégalité entre les hommes et les femmes et il
rappelle la charia, la loi islamique où les femmes sont traitées
comme des mineures.
Si des musulmanes veulent se promener dans la rue avec leur
niqab, libre à elles, mais les institutions publiques ne doivent
pas céder un pouce. Donc pas de niqab à l'école, dans les
tribunaux, les bureaux de vote, les aéroports.
Cette controverse autour du niqab arrive à un bien mauvais
moment. Lundi soir, la commission Bouchard-Taylor sur les
accommodements raisonnables commence ses travaux à Gatineau. Au
menu, des audiences où le grand public pourra prendre le micro et
dire ce qu'il pense. Il n'y aura aucun filtre. Ça promet. Tout est
en place pour des dérapages. Certains risquent d'en profiter pour
se vider le coeur et vociférer contre les «maudits» immigrants.
Le
feu couve et, avec cette histoire de niqab, le directeur général
des élections vient de fournir l'huile.
Accommodements, immigration: l'Outaouais s'exprime
Presse Canadienne , Gatineau
Le malaise généré
par certaines pratiques d'accommodement au Québec ne doit pas être
confondu avec un malaise face à l'immigration. - Lia
Lévesque
C'est ce qu'un groupe de 12 citoyens se décrivant comme des
professionnels universitaires est venu dire, mardi à Gatineau, à
la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.
La Commission de consultation sur les pratiques
d'accommodement reliées aux différences culturelles a tenu lundi
soir son premier forum de citoyens dans les régions et, mardi,
elle a entendu des témoignages plus élaborés et reçu des mémoires,
toujours à Gatineau.
La porte-parole de ces 12 citoyens, Yohanna Loucheur, a
décrit l'immigration comme une source inépuisable d'enrichissement
collectif pour le Québec.
Elle a tout de même demandé que l'on adopte des règles
générales concernant les accommodements pour éviter l'arbitraire.
«Nous croyons qu'il faut adopter des règles
générales pour éviter la multiplication des exceptions, le cas
par cas et l'arbitraire», a-t-elle plaidé.
Le groupe a aussi demandé que lors de l'examen d'une demande
d'accommodement, l'on analyse la portée idéologique de la demande
plutôt que le coût qu'elle représente ou un autre critère. «Si les
valeurs véhiculées par les demandes contredisent celles que désire
se donner le Québec, alors ces demandes devraient être refusées.»
Mme Loucheur a cité comme valeur à respecter, par exemple, la
mixité dans l'espace public québécois ainsi que le fait que les
hommes et les femmes puissent se côtoyer.
De son côté, le professeur de sociologie Yao Assogba, de
l'Université du Québec en Outaouais, a déploré la médiatisation de
certains accommodements raisonnables qui, selon lui, n'en sont
pas.
Il a soutenu que les demandes des protestants, par exemple,
sont plus grandes que celles des musulmans, dont on parle
davantage. «Les demandes des musulmans et des juifs sont moindres,
mais ce sont ces demandes-là qu'on médiatise. Ce que moi je pense,
en considérant l'histoire du Québec et le contexte actuel, ce
serait une laïcité où on interdit sur la place publique des
manifestations religieuses», a plaidé M. Assogba.
De son côté, Gilles Lagacé, qui oeuvre dans le milieu
communautaire, a proposé sa définition personnelle d'un
accommodement raisonnable. «Un accommodement raisonnable, c'est
quand on fait quelque chose de différent pour permettre à
quelqu'un de différent de venir manger à notre table avec nous. Un
accommodement déraisonnable, c'est quand on fait quelque chose de
différent pour que la personne différente continue à manger toute
seule à sa table», a-t-il dit.
Denise Forget a carrément demandé l'abolition des
accommodements pour des motifs religieux. «Arrêtons la machine à
dérapage avant qu'il ne soit trop tard», a-t-elle dit.
Cette citoyenne a lié les voiles comme le niqab et la burqa à
l'intégrisme religieux, à de la quasi provocation. Elle s'est
également plainte de ceux qui tiennent à prier à la cabane à
sucre, alors qu'ils peuvent le faire ailleurs. «Ils sont en train
de nous tester. Dans dix ans, où ça va aller, si on les laisse
aller?» a-t-elle demandé.
Philippe Boucher, qui vient de Lac-aux-Sables, près
d'Hérouxville - célèbre pour son code de vie proscrivant la
lapidation et l'excision - a dénoncé l'extrémisme qui, selon lui,
existe dans toutes les religions.
L'Association des parents catholiques est venue se plaindre
du manque d'enseignement religieux au Québec, réclamant le «droit
à l'option» dans l'école publique.
Études non publiées
De son côté, le groupe Impératif français a articulé son
mémoire autour de la nécessaire francisation du Québec.
Charles Castonguay, de ce groupe, a dénoncé le fait que la
commission ait refusé de rendre publiques certaines études qu'elle
a commandées à des experts pour étayer sa réflexion.
Le coprésident Gérard Bouchard a fait valoir que «les études
ne sont pas rendues publiques parce que certaines sont encore
partielles, d'autres méritent d'être complétées, validées».
«En particulier, il y a certaines données qui, présentement,
revêtent un caractère assez politique, donc nous évitons de les
rendre publiques au stade actuel, a ajouté M. Bouchard. Quant aux
autres, nous n'avons même pas voulu identifier le nom des
chercheurs pour les soustraire à l'attention et à la pression
médiatiques pour qu'ils puissent finir leur travail.»
La Commission se déplacera à Rouyn-Noranda mercredi et jeudi.
Les
craintes face aux accommodements raisonnables ressortent, entre
autres choses...
Les craintes face aux accommodements pour des raisons
religieuses, mais aussi les craintes pour des motifs
linguistiques, sont ressorties du premier forum des citoyens que
la Commission Bouchard-Taylor a tenu à Gatineau, lundi soir.
Quelque 120 participants se sont présentés au premier
rassemblement de la tournée régionale de cette commission sur les
accommodements raisonnables.
«Je ne pense pas qu'il y ait lieu d'avoir des accommodements
religieux», a lancé Mme Jocelyne Ladouceur, affirmant que quand on
donne des «privilèges» à certains, «on brime des gens», et cela,
on l'oublie trop souvent, a-t-elle déploré.
«Je suis très inquiète de voir qu'il y a de plus en plus de
signes religieux partout dans la société», a affirmé Mme Elodie
Audet, qui se dit pourtant croyante et protestante. «Je vois la
montée des intégristes», a-t-elle dénoncé, ajoutant que dans
certains cas, on donne moins de poids à la parole d'une femme
devant un tribunal.
«Moi, je veux que mes petits-enfants se sentent Canadiens et
Québécois. Je suis pour l'immigration, mais on est chez nous et
quand on adopte un pays, on adopte sa façon de vivre», a commenté
Mme Nicole Mailloux.
D'autres citoyens de l'Outaouais ont évoqué la fragilité du
français et le choix de s'intégrer par la langue française.
Avant que ne commencent les échanges, le coprésident Gérard
Bouchard s'est excusé pour ses propos tenus dans une entrevue au
Devoir, le 17 août, sur les téléspectateurs des réseaux TVA et
TQS. Il les avait apparentés à des gens qui n'étaient pas des
intellectuels et qui n'avaient donc pas le jugement critique
nécessaire pour faire la part des choses dans ce débat émotif sur
les accommodements raisonnables.
Lundi soir, M. Bouchard a lui-même parlé de «faux pas», de
propos «maladroits» et «déplacés» qu'il avait tenus, en assurant
qu'il pensait l'inverse de ce qu'il avait pu laisser entendre dans
cette entrevue.
L'autre coprésident, Charles Taylor, est absent du premier
forum des citoyens pour des raisons de santé. Il a néanmoins lu un
message enregistré avant que les échanges ne commencent vers
19h30.
In Defence Of
Herouxville
Quebec isn't swinging right. Muscular
mono-culturalism is swinging left
Tuesday, October 30, 2007 © National Post 2007
MONTREAL -Nativism is supposed to be a
right-wing creed. So why is Quebec, the most socially
liberal province in the country, the only place where
Canadians are candidly discussing how far we should go to
"accommodate" immigrants? Why are Canadian cartoonists
putting KKK costumes on the hotheads of Herouxville instead
of, say, Calgary or Red Deer? And why is it the PQ-- not
some cowboy-hat party out on the Prairies -- that's
proposing a two-tier citizenship system?
It's not because Quebec is swinging right.
It's because mono-culturalism is swinging left. Having
decisively vanquished traditional Christians in the culture
wars, feminists, gay activists and other progressives are no
longer willing to risk their winnings by pledging
multicultural solidarity with traditional Muslims, Hasidic
Jews and other socially conservative immigrant groups.
This is a new phenomenon in Canada, but it's
been going on for years in Europe. The old face of nativism
used to be Jean-Marie Le Pen, a right-wing Gaullist and
old-school bigot who complains crankily about Jews and
Blacks. Le Pen is still around. (His National Front party
got 10% of the vote in this year's French presidential
election.) But today's young voters are drawn more to those
cast in the mold of Dutch politician Pim Fortuyn.
When Fortuyn was assassinated in 2002, he was
described in the Western media as a "right-wing" politician
because of his scathing remarks about Muslims. But the label
never fit: Fortuyn was a lusty, openly gay populist who
championed euthanasia, liberal drug policies and same-sex
marriage. He opposed traditional Muslim culture precisely
because it conflicted with the Netherlands' any-thing-goes
ethos.
In other words, muscular monoculturalism is no
longer the purview of the right. Having been liberated from
the odour of racism, it's becoming a mainstream ideology,
even a fashionable one, on the left.
With his infamous 1995 comments about "money
and the ethnic vote," Jacques Parizeau came off as a sort of
Quebecois Le Pen (as do many of today's separatists, which
is why the PQ's two-tier citizenship gambit will ultimately
backfire). Mario Dumont and Herouxville's councillors, on
the other hand, sound more like followers of Fortuyn. In
this regard, I would urge all those outraged Canadian
pundits who are taking Herouxville as a byword for bigotry
to actually read the town's 14-page submission to Quebec's
commission on reasonable accommodation, in which the authors
approvingly cite Turkey's militantly secularist founder,
Mustafa Kemal Ataturk; celebrate Quebec's rejection of the
Catholic "theocracy" of the Duplessis era; champion the
rights of women and gays; and openly mock Christian
fundamentalism ("Recently, the National Assembly allowed the
opening of retail stores on Sundays. [God] accommodated us
once again, sparing Hell to the faithful.")
What these people are doing is claiming Quebec
in the name of state-of-the-art European-style secular
liberalism. The idea that "Herouxville is old Quebec, old
Canada" -- which appeared in a Globe and Mail editorial last
week--is not only wrong: It is the exact opposite of the
truth.
Left-wing political trends aside, there are
other reasons to have expected that Quebec would be the
first part of Canada to decisively challenge
multiculturalism, a doctrine that tends to thrive in wealthy
nations beset by weak identities and postcolonial guilt.
Compared to anglo-Canada, Quebec has a relatively strong
sense of collective self. And for obvious historical
reasons, Quebecers are more inclined to see themselves as
history's victims rather than exploiters.
That's why multiculturalism has been a tough
sell in Quebec from the get go. The doctrine became official
Canadian government policy largely because Pierre Trudeau
was looking to downplay the unique status of French culture
by pretending it was just one of many filaments in a rich
national tapestry. Even before the word burka entered the
popular parlance, many Quebecers rightly saw it as a scam.
But what starts in Quebec won't end here. The
debate will spread, and we should be glad of that. For all
the rhetorical stock Canadians have put in multiculturalism
over the years, the fact remains that it is fundamentally
incoherent:How do you intellectually defend a doctrine that
preaches "tolerance" toward imported cultures that,
themselves, are fundamentally intolerant toward women, gays,
heretics and infidels?
Giggle all you like at the bumpkins of
Herouxville. At least, they're smart enough to know this
question can't be answered. Maybe when the rest of us anglos
get over our own guilty Western hangups, we'll come to the
same realization.
[email protected]
Tintin au Congo visé par une plainte
Un Congolais
souhaite que l’album soit interdit de vente en France
BienvenuMbutuMondondo, 41 ans, avait déjà déposé plainte en
Belgique en 2007 en vertu de la loi belge de 1981 réprimant le
racisme. Il avait exigé l’interdiction de l’ouvrage d’Hergé,
publié en 1930-1931, alors que la Belgique colonisait
l’actuelle République démocratique du Congo (RDC). L’album est
encore vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires
chaque année.
Mais après deux ans, l’enquête confiée à un juge d’instruction
bruxellois est au point mort, a expliqué l’un des avocats du
plaignant, Jean-Claude Ndjakanyi.
BienvenuMbutuMondondo a donc décidé de se tourner vers la j
ustice française et a « demandé à Me Gilbert Collard
d’examiner les voies légales pour déposer une plainte en
France dans les prochains jours», a ajouté Me Ndjakanyi.
Cette plainte, au civil, « pourrait prendre la forme d’u ne
action en cessation visant l’interdiction de la vente de
l’ouvrage » en France, a précisé Me Ndjakanyi.
« Il n’est pas admissible que Tintin puisse crier sur des
villageois qui sont forcés de travailler à la construction
d’une voie de chemin de fer ou que son chien Milou les traite
de paresseux », avait expliqué M. Mbutu Mondondo lors du dépôt
de sa plainte en Belgique.
La société
Moulinsart, qui exploite commercialement l’oeuvre d’Hergé,
mais qui n’est pas l’éditeur des albums, juge «ridicules» les
accusations de racisme ou de colonialisme envers Hergé.
« Juger le contenu d’une oeuvre ne vaut que si on la replace
dans le contexte de l’époqueoùelleaétépubliée», a souligné
Moulinsart dans un communiqué.
« Dès 1946, Hergé avait déjà revu Tintin au Congo à l’occasion
de la mise en couleurs de l’album. Il y avait supprimé ou
transformé les passages dénigrants pour les Congolais. En
cela, il faisait oeuvre de pionnier dans le domaine des droits
de l’homme et du respect des populations et civilisations du
globe », ajoute le communiqué.
Le livre reste toutefois controversé. En 2007, la Commission
britannique pour l’égalité raciale (CRE) avait j ugé que la
vente de Tintin au Congo « dépassait l’entendement », estimant
qu’il contenait «des images et des dialogues porteurs de
préjugés racistes abominables, où les « indigènes sauvages»
ressemblent à des singes et parlent comme des imbéciles».
Depuis, des libra iries, notamment aux États-Unis, ont déplacé
l’album vers le rayon des livres pour adultes ou l’ont
carrément retiré du marché.
Excluons la religion - SAMI BEBAWI
Dans le débat
sur le niqab, le gouvernement a le devoir de faire face aux
défis et d’adopter des directives
L’auteur est un ingénieur d’origine égyptienne qui réside à
Montréal. Est-il dans l’intérêt public qu’une personne qui
couvre son visage puisse fonctionner d’une façon normale et
sécuritaire en public ?
Encore une fois, nous sommes plongés dans un débat émotif
entourant le port du niqab par une femme musulmane, une
histoire qui mobilise l’attention de toutes les parties dans
le forum public.
Le gouvernement a le devoir d’établir
de façon ferme et claire les règles du jeu en ce qui
concerne le niqab, et de les faire connaître.
Je suis moi-même un immigré d’origine égyptienne, ayant choisi
ce pays il y a 34 ans. Je ne suis pas un musulman, mais j’ai
un profond respect ainsi que des connaissances raisonnables de
cette religion. Dans une société ouverte comme la nôtre, ici
au Québec, je suis fier de faire partie d’une société mature
et capable de laisser chacun exprimer son « côté de la
médaille ». Cependant, chaque débat doit arriver à une fin et
une conclusion doit en être tirée. Voici mes réflexions sur le
débat actuel :
• Comme principe de base, la religion ne devrait jamais fai re
par t ie de ce débat . L’histoire de la race humaine a
toujours démontré que des individus hautement intellectuels et
intelligents peuvent devenir très passionnés et peuvent même
perdre leur sagesse lorsque la religion devient le coeur d’un
débat. La grande majorité d’entre nous ne sommes ni
connaisseurs ni experts des multiples croyances et religions
des citoyens de notre société. Le livre de l’histoire du
christianisme est rempli de contradictions et les «
connaisseurs » n’ont jamais cessé de publier différentes
interprétations d’un seul texte qui est parmi nous depuis plus
de 2000 ans. Chaque tentative d’interprétation des écrits
sacrés est destinée à échouer et doit être abandonnée dès le
départ.
• Dans une société démocratique, les projets de loi sont
soumis à plusieurs discussions parmi les citoyens avant d’être
présentés à l’assemblée des représentants du peuple. Une fois
votés par la simple majorité, ces projets de loi deviennent
les lois du pays. Le rôle du gouvernement est de faire
appliquer ces lois tout en assurant la protection des
minorités. Néanmoins, tous les citoyens sont obligés de
respecter ces règlements, indépendamment de leurs origines et
leurs croyances.
• Le débat
actuel devrait donc être examiné avec une approche simple. La
question que nous devrions nous poser est la suivante: est-il
dans l’intérêt public qu’une personne qui couvre son visage
puisse fonctionner d’une façon normale et sécuritaire en
public ? Est-elle capable de pratiquer des fonctions comme
aller à l’école, communiquer avec les élèves, prendre le
métro, l’avion, utiliser les services médicaux, se présenter à
la cour, etc... Si la réponse à une telle question est « non
», donc un projet de loi doit être présenté à l’Assemblée
nationale et s’il devient une loi, nous serons tous obligés de
la respecter, indépendamment de notre race et de notre
religion.
Nous ne pouvons pas gouverner et s’attendre à maintenir une
société démocratique saine si nous essayons d’éviter de faire
face aux défis, comme dans le cas présent, et de créer de
multiples compromis à chaque fois qu’une telle situation se
présente. Le gouvernement et l’Assemblée nationale ont
l’obligation de base d’établir des directives et des
règlements pour ses citoyens. En agissant d’une telle manière,
il établit de façon ferme et claire les règles du jeu et il ne
laisse pas cette tâche à l’administration d’une école ou au
maire d’une ville.
• Notre pays a été bâti par des immigrants. La moindre des
obligations que nous avons face aux immigrants qui ont choisi
d’établir leur famille ici, c’est de les informer à l’avance
de leurs droits et obligations en tant que citoyens, ainsi que
des principes fondamentaux de leur nouvelle communauté. C’est
pourquoi les immigrants devra ient l ire, comprendre et
accepter ce « contrat » avant que ne leur soit donné le feu
vert.
La force de notre société est d’établir des objectifs bien
définis et d’évaluer de façon régulière les nouvelles
conditions qui peuvent nous obliger à modifier le chemin, sans
changer le but.
Tolérer
l’intolérable - MATHIEU BOCK-CÔTÉ
L’affaire du niqab révèle comment la
culture des « droits et libertés » s’est retournée contre la
société québécoise
« L’affaire du niqab » confirme un fait bien connu: le
militantisme des franges de certaines communautés culturelles ou
religieuses qui contraignent la société d’accueil à accommoder
les revendications identitaires les plus contradictoires avec
son identité.
PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Si les nouveaux arrivants
adhèrent à la culture des chartes, il est loin d’être certain
qu’ils fassent de même avec la culture nationale. Comment leur
reprocher alors que l’État québécois a renoncé lui-même à en
faire la norme et à la transmettre.
Ils seront nombreux, avec raison, à voir là une
autremanifestation du «pluralisme identitaire » qui n’est qu’une
autre manière de nommer le multiculturalisme. Il faut pourtant
pousser plus loin la réflexion pour comprendre ce dont cette
affaire est révélatrice.
La première chose qui étonne est la disposition systématiquement
favorable de l’administration du cégep Saint-Laurent envers les
accommodements les plus déraisonnables. On sent bien que
l’administration, soit par bon sentiment, soit par crainte de
subir un procès en xénophobie, a toléré l’intolérable.
L’intériorisation du multiculturalisme par les institutions
publiques entraîne l’effondrement de leur système immunitaire
sur le plan identitaire. Elle leur fait perdre aussi la notion
du simple bon sens. Un tel problème n’aurait jamais dû aboutir
au bureau de la ministre de l’Immigration, Yolande James, qui
doit éviter de verser dans le micromanagement identitaire.
Voyons-y le signe de la déresponsabilisation radicale entraînée
par la rectitude politique.
On nous annonce que le gouvernement a fait le choix de la
fermeté. Mais c’est une fermeté illusoire qui laisse croire que
seules des situations aussi radicales que celle révélée par
l’affaire du niqab sont symptomatiques d’une faillite de
l’intégration.
Même l’intelligentsia pluraliste trouvera ici l’occasion de
démontrer qu’elle ne tolère pas tous les accommodements. Dans
les faits, l’affaire du niqab est aussi caricaturale que
marginale et sert à masquer la faillite plus profonde de
l’intégration nationale, qui n’a pas toujours un caractère aussi
dramatique.
Car on ne s’intègre pas à une société en se contentant d’adhérer
à ses « valeurs communes », souvent associées aux chartes des
droits, qui fournissent une définition anémiée de l’identité
québécoise. Si les nouveaux arrivants adhèrent à la culture des
chartes, il est loin d’être certain qu’ils fassent de même avec
la culture nationale.
Il ne faut aucunement leur reprocher dans la mesure où l’État
québécois a renoncé lui-même à en faire la norme et à la
transmettre, comme on le voit clairement avec le cours « Éthique
et culture religieuse ». C’est l’État québécois lui-même qui
considère que la majorité historique doit désormais s’intégrer
dans une nouvelle identite fondée sur la Charte des droits.
C’est l’État québécois qui s’est converti au multiculturalisme.
En fait, l’affaire du niqab révèle surtout comment la culture
des « droits et libertés » s’est retournée contre la société
québécoise. Certains communautarismes militants transforment les
droits de la personne en instruments neutralisant les processus
sociologiques qui devraient mener à l’intégration nationale. On
voit là le caractère pervers de la sociologie victimaire, qui
fait passer pour discriminatoires toutes les incitations à
prendre le pli de la société d’accueil.
Si dans une société libérale, les individus sont libres de leur
accoutrement, que cela soit au nom de la liberté de religion ou
d’autre chose, ils devraient aussi être responsables des
conséquences de l’exercice de leur liberté. Sans quoi nous
assisterons à une falsification radicale de la liberté libérale,
vidée de toute signification.
Toutes les sociétés occidentales subissent actuellement une
critique virulente au nom d’une diversité sacralisée. L’erreur
serait de faire du refus du voile intégral le test du courage
politique dans la lutte contre un multiculturalisme qui s’est
placé en contradiction fondamentale avec l’identité nationale et
la démocratie libérale.
Le Québec n’est pas une page blanche et l’affirmation de sa
culture et de ses propres normes identitaires et sociales doit
être décriminalisée. On s’est beaucoup moqué de cette formule,
apparemment simpliste, mais il vaut la peine de la rappeler: à
Rome, fais comme les Romains.