Et sans tout régler par elle-même, peut-on vraiment nier
qu'elle puisse tout au moins contribuer à faciliter les
choses, ne serait-ce qu'au niveau politique ?... PAS
DE
RÉVOLUTION...
SANS
RÉVOLUTIONNAIRES
Et les restrictions envers l'internet ne se trouvent-elles
pas surtout à prouver la capacité de celui-ci à faire
progresser les idées, quitte à risquer ainsi de menacer
l'ordre établi ?...
La Corée du Nord sur Twitter
Livre numérique
La NASA a fait
hier le premier test de la fusée qui amènera des astronautes
vers la Lune et Mars. La fusée Ares I, la plus grande du
monde, devrait remplacer la navette spatiale, mais ne sera pas
prête avant 2015, voire 2017, alors que la navette prendra sa
retraite en 2011. Le premier décollage de la fusée Ares
I a été concluant pour la NASA, hier, à la base de Cap
Canaveral.
Le lancement du prototype d’Ares I a été retardé mardi par des
orages, puis par une centaine de décharges de foudre tombées
près du centre spatial Kennedy en Floride. C’était la première
fois depuis le programme Apollo que la rampe de lancement
principale, qui sert depuis 30 ans à la navette, était
utilisée par une fusée. Le lancement est survenu 48 ans et un
jour après le premier vol de la fusée Saturn, qui propulsait
les capsules Apollo.
Le test d’hier
ne comportait qu’un premier et un deuxième étages, avec une
maquette de capsule. Le premier étage a été récupéré dans
l’océan Atlantique pour des analyses. Les quatre portions du
deuxième étage ont sombré au fond de l’océan après avoir
atteint une altitude de 45 km. Les images prises grâce à plus
de 700 capteurs à bord du premier étage et les images captées
à partir du sol et des avions en vol seront analysées durant
les t rois prochains mois pour fabriquer un prototype
définitif.
La mise au point d’Ares I (Arès est le nom du fils de Zeus
dans la mythologie grecque; il s’agit de Mars chez les
Romains) a été tortueux. Basée sur un concept de 1995 de
Lockheed Martin, la fusée de 100 m a été présentée en 2006 par
la NASA comme le successeur de la navette. Mais en 2008, les
ingénieurs ont dû retourner à la table à dessin afin
d’atténuer les vibrations au lancement qui pouvaient, selon
les simulations menacer la structure de la capsule Orion.
Le problème, c’est que la Station spatiale i nternationale
doit en théorie cesser ses opérations en 2016, même si des
projets d’extension de sa vie utile sont envisagés. Ares ne
serait donc pas disponible comme solution de rechange aux
capsules russes Soyouz, dont l a demande – e t les tarifs –
pourraient augmenter substantiellement.
Un monde de différence - Claude
Picher
Je ne peux pas
oublier la date du 19 juillet 1969. Pas à cause d’Apollo 11,
non, non. Cette date, c’est celle de mon mariage – qui dure
toujours, d’ailleurs, et j’en profite pour remercier ma
conjointe de sa patience !
Pendant la réception des noces, le sujet de l ’ heure, c’était
Apollo 11, comme de raison. Tout le monde s’extasiait devant
les prouesses techniques qui permettaient d’envoyer des hommes
sur la Lune. Rigoureusement i mpensable quelques années plus
tôt : après tout, le premier Spoutnik datait d’à peine 12 ans,
et tout ce qu’il avait réussi à faire avait été d’émettre un «
bip-bip » avant de se désintégrer dans l’espace quelques
semaines plus tard.
Et pourtant,
et pourtant, tout émerveillés pouvaient-ils être devant la
mission spatiale américaine, les gens ne pouvaient encore se
douter que le monde n’en était qu’à ses premiers balbutiements
technologiques.
En 1969, les premières calculettes faisaient leur apparition.
Ma conjointe en a acheté une chez Dupuis Frères. Une merveille
pour l’époque, un instrument plus que sommaire selon les
critères de 2009. La machine était limitée aux quatre
opérations de base, ne possédait pas de mémoire, et il fallait
la brancher dans une prise de courant. Prix : 125$,
l’équivalent de 726$ aujourd’hui ! En 2009, on peut, pour le
prix d’un verre de vin au restaurant, acheter une calculatrice
financière qui fournit en une fraction de seconde les valeurs
futures d’un placement, les versements mensuels d’une
hypothèque et des dizaines d’autres opérations. Et même, les
plus sophistiquées des calculettes sont déjà largement
dépassées par Excel.
En 1969, la seule façon pour un journaliste en reportage à
l’extérieur d’envoyer ses textes au pupitre était le bon vieux
dictaphone. Au milieu des années 70, l’apparition du
bélinographe, lointain et paresseux ancêtre du télécopieur,
était considérée comme un progrès énorme.
Jusqu’en 1979,
tous les textes étaient tapés à la machine à écrire. Le
vacarme dans les salles de rédaction était épouvantable. Quand
La Presse a installé ses premiers ordinateurs en 1980, nous
étions emballés; et pourtant, ces ordinateurs (qui n’étaient
au fond que de rudimentaires machines à traitement de textes)
apparaissent comme des Néanderthaliens à côté des ordinateurs
d’aujourd’hui.
En 1969, la télé couleur existait déjà, mais était réservée
aux plus riches, aux plus snobs et aux tavernes, une autre
institution évanouie dans la nuit des temps. Nous étions à des
années-lumière des jeux vidéo, et encore a-t-il fallu, pour en
arriver aux jeux sophistiqués de 2009, passer par Atari,
Intellivision, les Nintendo des premières générations, bien
désuets aujourd’hui, mais tous considérés comme des
innovations en leur temps.
Et pendant que Neil Armstrong et Buzz Aldrin foulaient le sol
lunaire, personne, même chez les esprits les plus fantasques,
personne n’aurait pu prévoir l’avènement du courrier
électronique, d’internet, des DVD, GPS, iPod et j’en passe.
Depuis toujours, je suis un passionné de cartes géographiques;
j’adore collectionner les atlas. Si quelqu’un m’avait dit, en
1969, qu’il existerait un jour une chose aussi fantastique que
Google Earth, je ne l’aurais jamais cru.
En 1969, les
Québécois commençaient timidement à acheter des voitures
japonaises. Tout ce qui était made in Japan était considéré
comme bas de gamme, et les rares acheteurs de Toyota et Datsun
(l’ancêtre de Nissan) passaient pour quelque peu excentriques.
À l’époque, ça ne se contestait pas: le summum de la qualité
et de la fiabilité, c’étaient les produits GM!
En 1969, tout le monde fumait: au bureau, en voiture, dans les
autobus interurbains, au resto, à l’hôpital jusque dans les
chambres des malades, dans les salles de cours des cégeps qui
venaient tout juste d’accueillir leurs premiers étudiants, à
table même si les autres n’avaient pas fini de manger, au
cinéma, partout...
En 1969, au Québec, il était extrêmement rare de prendre du
vin aux repas. À Noël, au Jour de l’an, à Pâques, dans les
grandes occasions. Le Manoir Saint-David, le Grand Supérieur,
le Ben Afnam, le Liebfraumilch Blue Nun et, dans le pire des
cas, l’infect Saint George, sorte de ratafia abominablement
sucré, figuraient parmi les meilleurs vendeurs de la
Commission des liqueurs. Mais le produit vedette de l’époque
demeure sans conteste le râpeux gros gin DeKuyper. Que de
changement depuis!
Et pendant que les astronautes d’Apollo 11 approchaient de la
Lune, ma conjointe et moi quittions discrètement l’agitation
de la réception des noces pour goûter notre lune de miel. Elle
avait 22 ans, moi 24....
Hier la Lune, demain Mars
40e
ANNIVERSAIRE D’APOLLO 11
— Le 20
juillet 1969, Neil Armstrong est devenu le premier homme à
poser le pied sur la Lune. Quarante ans plus tard, les
États-Unis et Barack Obama ont rendu, hier, un hommage
solennel aux héros de la mission Apollo 11.
Le président a reçu à la MaisonBlanche les trois astronautes
de cette mission historique, Neil Armstrong, Michael
Collins, âgés tous deux de 78 ans, et Buzz Aldrin, 79 ans.
C’est le 20 juillet à 22h56 que Neil Armstrong a posé le
pied sur la Lune et prononcé ces mots restés célèbres devant
des centaines de millions de téléspectateurs : « Un petit
pas pour un homme, un pas de géant pour l’humanité. »
Les astronautes on profité de cette commémoration pour
plaider en faveur de la relance de l’exploration spatiale et
des ambitions des États-Unis.
« Nous devons retourner sur la Lune. Nous devons en
apprendre davantage, y établir des bases, y installer de
nouveaux télescopes et nous préparer à aller sur Mars. Car
le but ultime, c’est Mars », a déclaré Eugene Cernan, 75
ans, dernier homme à avoir marché sur la Lune avec Apollo 17
en 1972, lors d’une conférence de presse qui réunissait sept
astronautes.
Pour
célébrer l’anniversaire, la NASA a diffusé sur son site une
profusion de nouveaux documents: des vidéos restaurées de la
mission Apollo 11, des enregistrements inédits de
conversations entre les astronautes, des images des six
sites d’alunissage des missions Apollo prises par la
nouvelle sonde lunaire LRO ( Lunar Reconnaissance Orbiter),
lancée le 18 juin pour préparer le retour des Américains sur
la Lune d’ici à 2020.
Ce prog r a mme , bapt i s é Constellation, serait le
prélude aux vols habités sur Mars et audelà. Mais le
président Obama a demandé un réexamen de ce projet, lancé
par son prédécesseur George W. Bush en 2004. Une commission
d’exper t s indépendants doit présenter ses recommandations
à la fin du mois d’août.
Les astronautes sont, quant à eux, de chauds partisans de
missions vers la planète rouge et ont saisi toutes les
occasions, lors de rares apparitions communes en public au
Musée de l’air et de l’espace à Washington ou en conférence
de presse, pour plaider cette cause.
« Mars est l’autre Lune. On a besoin de cette inspiration »,
a lancé James Lovell, 81 ans, commandant d’Apollo 13.
Les Américains sont moins enthousiastes et seule une faible
majorité d’entre eux (51%) est i me que les État s - Uni s
devraient envoyer des astronautes sur Mars contre 43% qui
s’y opposent, selon un sondage CBS News. Lisez notre dossier
spécial Lune à cybepresse.ca/apollo
LE GRAND PAS - Judith Lachapelle
La Lune a
toujours fasciné l’humanité et façonné son imaginaire. Elle
a été adorée, chantée, racontée, crainte, peinte. Son
pouvoir d’attraction était tel que, las de l’observer de
loin, de rêver d’y toucher (et aussi pour faire la barbe à
l’URSS), les Ét
C’était un pari complètement fou, à l’image de cette
décennie décoiffante. Le 25 mai 1961, le président John F.
Kennedy électrise son peuple : avant la fin de cette
décennie, les Américains vont envoyer un homme sur la Lune
et le ramener sain et sauf sur Terre. Rien de moins.
PHOTOARCHIVES AP
Le 20 juillet 1969, c’est mission accomplie: à 23h, Neil
Armstrong pose le pied sur la surface poudreuse de la Lune.
Sur Terre, des centaines de millions de téléspectateurs
suivent l’événement en direct.
Un pari fou et périlleux. Les Américains venaient à peine
d’envoyer Alan Shepard voler dans l’espace pendant 20
minutes quand Kennedy a lancé son défi. Et les Soviétiques
avaient déjà une longueur d’avance. Ils ont été les premiers
à envoyer un homme dans l’espace ( Youri Gagarine, avril
1961), les premiers à y envoyer une femme ( Valentina
Terechkova, 1963), les premiers à accomplir une marche
spatiale (Alexei Leonov, 1965).
Tout ça pendant que plane la menace d’une guerre nucléaire,
que les combats font rage à Chypre ou au Vietnam, qu’un mur
est construit à Berlin, que des populations descendent dans
les rues à Paris, à Prague ou à Washington. En pleine guerre
froide, la course spatiale fascine autant qu’elle inquiète
la planète.
À vaincre sans péril...
Quarante ans plus tard, l’exploit d’Apollo 11 force toujours
l’admiration. Jamais l’homme n’est encore allé plus loin
qu’en ce soir de juillet 1969.
Juchée au sommet de la fusée Saturn V, la capsule d’Apollo
11 est munie d’instruments rudimentaires, avec un ordinateur
de bord moins puissant qu’une calculatrice d’aujourd’hui. «
Ils étaient littéralement assis au bout d’un missile, dit
Robert Lamontagne, de l ’ Observatoi re du mont Mégantic.
Jules Verne n’était pas loin de la solution: un bon coup de
canon et c’est parti! »
Quatre jours plus tard, en ce 20 juillet 1969, Apollo 11 est
en orbite autour de la Lune.
Neil Armstrong et Buzz Aldrin prennent place dans le module
lunaire, tandis que Michael Collins reste dans le module de
commande. Les deux engins se séparent et le module lunaire
commence sa descente vers la Lune.
Cette course folle jusqu’à la Lune ne s’est pas faite sans
risque. Le tiers des fusées du programme Mercury ont explosé
en vol. Le programme Gemini a déjà frôlé la catastrophe. Et
les trois astronautes d’Apollo 1 sont morts asphyxiés dans
l’incendie de leur capsule, lors d’un test au sol. « Je ne
pense pas que la société serait prête à courir le même genre
de risques aujourd’hui, croit Robert Lamontagne. Ce n’est
pas une critique, ce n’est seulement pas le même genre de
folie. Ces gens se croyaient invincibles. »
La mission d’Apollo 11 n’est pas à l’abri des ennuis non
plus. Le module lunaire contient des réserves de carburant
minutieusement calculées. Le site d’alunissage a été
déterminé depuis longtemps ; néanmoins, en regardant dans
son hublot, Armstrong constate que le module lunaire ne peut
se poser dans ce cratère rocheux. Il prend les commandes
manuelles et se met en quête d’un nouveau site.
Armstrong pilote le module. Aldrin lui fournit les données
de navigation. Houston n’intervient que pour lui donner le
décompte au terme duquel il doit s’être posé ou alors
revenir immédiatement à la capsule. Une minute... Le module
lunaire est toujours en vol. Armstrong aperçoit un site
idéal et amorce la descente. Trente secondes...
Ils y sont presque, mais l’ordinateur de bord du module
lunaire, surchargé d’informations, envoie des signaux
d’alarme. Les astronautes les ignorent. Il n’était pas
question de revenir en arrière, dira plus tard Armstrong.
Quand le
module lunaire se pose enfin, il ne lui reste que 16
secondes de carburant. « Il y a ici une poignée de gars qui
étaient près de virer au bleu, dit, ébranlé, le capcom de
Houston. Nous recommençons à respirer. Merci beaucoup. »
Le petit et le grand pas
Armstrong demande et obtient l’autorisation de devancer la
sortie dans l’espace. Il sortira le premier. Il pose un pied
sur le sol et déclare : « Un petit pas pour l’homme, un pas
de géant pour l’humanité. » Il tient toujours l’échelle
quand il commente: « La surface est fine et poudreuse. Je
peux la pousser facilement du pied. Ça adhère en fines
couches, comme de la poudre de charbon, à mes semelles et à
mes bottes. Il y a peut-être 10 mm, mais je peux voir
l’empreinte de mes bottes. »
À ce moment, 600 millions de personnes l’écoutent sur Terre.
Sur la côte Est de l’Amérique, il est 23h, le ciel est
dégagé en cette chaude soirée d’été. La Lune brille.
Buzz Aldrin le rejoint peu après. Pendant environ 2h30, les
deux astronautes bondissent comme des kangourous, ramassent
des cailloux, posent un drapeau américain, installent divers
équipements scientifiques, laissent sur la Lune une plaque
commémorative de leur visite et des objets en l’honneur des
astronautes et cosmonautes décédés depuis 10 ans.
Ils rentrent sur Terre le 24 juillet. Après 21 jours isolés
en quarantaine, les trois astronautes sont accueillis en
héros aux États-Unis, avant de faire le tour du monde.
Aucun d’ent re eux n’est retourné dans l’espace.
La fin d’Apollo
Malgré la folie suscitée par l’exploit d’Apollo 11, les
missions lunaires qui ont suivi ont vite été victimes du
désintérêt général. Déjà, un an plus tard, si ce n’était de
l’accident d’Apollo 13 – qui a forcé son retour précipité à
la Terre avant d’atteindre la Lune – à peu près personne
n’aurait parlé de la mission. Apollo 17 a été la dernière à
se rendre sur la Lune, avant l’annulation du programme pour
des raisons budgétaires. Depuis 1972, aucun humain n’est
retourné sur la Lune.
« La course à la Lune (...) a fait plus de tort au programme
spatial américain sur le long terme que de bien, parce que
le rythme n’était pas soutenable », a récemment déploré
l’administrateur de la NASA, Michael Griffin. « Et nous en
payons le prix depuis 35 ans. »
L’homme retournera-t-il sur la Lune? En 2004, le président
Bush a annoncé le retrait des trois navettes spatiale
restantes – Discovery, Atlantis et Endeavour – pour l’an
prochain. Le programme Constellation doit ramener des
humains sur la Lune avant 2020 pour y construire une base,
première étape d’une conquête de Mars. Mais le programme est
actuellement en révision budgétaire et un rapport doit être
remis le mois prochain.
Outre la construction d’une base lunaire, il y a encore
probablement de beaux spécimens géologiques à trouver sur la
Lune. « On croit pouvoir trouver sur la Lune de très
vieilles roches terrestres de quatre milliards d’année,
intactes, comme on n’en trouve pas beaucoup sur Terre », dit
Robert Lamontagne.
Mais à l’ère de la téléréalité, un retour sur la Lune
pourrait laisser aux astronautes un peu plus de temps pour
s’émerveiller entre deux récoltes de cailloux... Alan Bean,
astronaute d’Apollo 12, s’est souvenu avoir été hypnotisé
par la vision qu’il avait de la Terre depuis la Lune. « Mais
je me disais que je devais arrêter... parce que pendant que
je le faisais, je ne cherchais pas de roches. »
C’est probablement une cause du désintérêt envers
l’exploration lunaire. Peut-être aurait-il fallu envoyer
plus de poètes et moins de géologues? « Nous avons envoyé
l’intelligence humaine, la vision humaine, l’esprit humain à
plus de 380 000 km de sa base », a dit Frank Borman ( Apollo
8). « Que nous ayons trouvé ou non une roche n’avait pas
d’importance. »
ET SI C’ÉTAIT FAUX?
Quarante
ans après les faits, certains restent convaincus que
l’homme n’a jamais vraiment mis les pieds sur la Lune
Depuis la parution du livre We Never Went to the Moon,
de Bill Kaysing (1974), la théorie du « coup monté »
continue de faire des adeptes. Ces derniers croient que
la NASA a filmé ces images en secret, dans un studio du
Nevada, dans le but de « garantir » le succès de la
mission et de remporter une fois pour toutes la course
aux étoiles.
Selon eux, plusieurs petites choses le prouvent. Primo,
le drapeau américain planté par Aldrin et Armstrong
flotte au vent. Or, en principe, il n’y a pas de vent
sur la Lune. Deuzio, il n’y a pas d’étoiles sur les
photos. Impossible. Troizio, les ombres des astronautes
et des pierres lunaires vont dans des directions
opposées. Louche.
Ces a
rguments ont été maintes fois démontés, chaque « erreur
» se justifiant d’une manière ou d’une autre. Comment
expliquer, en outre, ces pierres lunaires ramenées par
les cosmonautes d’Apollo 11 et des missions suivantes?
Malgré tout, cette histoire continue de se propager
grâce à l’internet et à la paranoïa ambiante. Selon un
sondage mené en 2001 par la firme Zogby, 7% des
Américains croyaient toujours que l’événement avait été
tourné pour la télévision, alors que 4% admettaient
entretenir un doute.
Du délire, selon le journaliste de la BBC David
Whitehouse, interrogé à l’époque par notre collègue
Mathieu Perreault.
« L’alunissage d’Apollo 11 est l’événement le plus
documenté de l’histoire de l’humanité. Plus d’un
demi-million de personnes ont travaillé au programme
lunaire de la NASA, deux millions de personnes ont
assisté au décollage, une douzaine de personnes ont mis
le pied sur la Lune. Comment voulez-vous acheter le
silence d’autant de gens? »
QUE SONT-ILS DEVENUS?
Neil
Armstrong
Né en
1930 en Ohio, Armstrong s’est joint à l’armée américaine
en 1949. Il a participé à la guerre de Corée, comme
pilote, en 1951. Il est entré à la NASA en 1962. Il
était de l’équipage de Gemini 8 (1966), en orbite autour
de la Terre, qui a frôlé la catastrophe en raison d’une
défectuosité liée à un propulseur. Il a encore une fois
échappé à la mort en 1968 lors d’une simulation de vol
du module lunaire. Il s’est éjecté de l’engin à la toute
dernière seconde avant son explosion. La légende veut
qu’il se soit ensuite dépoussiéré sommairement avant
d’aller rédiger son rapport d’accident, comme si de rien
n’était.
Son sang-froid l’a mené à être nommé commandant
d’Apollo 11. Il a été choisi pour être le premier qui
marcherait sur la Lune en mars 1969, notamment (selon le
biographe d’Armstrong) parce que les dirigeants de la
NASA estimaient que le commandant n’avait pas un trop
gros ego.
Le retour sur Terre, lui, allait être plus abrupt.
« Soudainement, amis et collègues nous ont regardés et
traités différemment qu’ils l’auraient fait quelques
mois ou années auparavant, a-t-il raconté dans sa
biographie. Je ne l’ai jamais vraiment compris. » Les
trois astronautes allaient faire le tour du monde,
partout accueillis en héros. L’expérience a été mal
vécue par l’ancien pilote. Armstrong a quitté la NASA en
1971 pour aller enseigner à l’Université de Cincinnati
pendant huit ans, avant de siéger à différents conseils
d’administration.
Il aurait pu faire des millions en donnant des
conférences; pourtant, ses apparitions publiques sont
rarissimes, autant que ses entrevues à la télé (il n’en
aurait donné que deux en 40 ans). Il ne signe plus
d’autographes depuis 1994, parce qu’il s’est rendu
compte que ceux-ci étaient l’objet d’enchères. Il a
expliqué sa discrétion en disant que des centaines de
milliers de personnes avaient participé de près ou de
loin au succès d’Apollo 11 et qu’il n’avait pas à en
tirer plus de gloire. « Je ne le mérite pas », a-t-il
déclaré.
Il vit à sa ferme en Ohio, au nord de Cincinnati,
en compagnie de sa seconde femme. Il aura 79 ans en
août.
Buzz Aldrin
Tandis
que Neil Armstrong a vite fui les projecteurs après le
retour sur Terre d’Apollo 11, Edwin Buzz Aldrin donne
toujours des entrevues. Né au New Jersey en 1930, il a
servi dans l’armée de l’air durant la guerre de Corée
avant de se joindre à la NASA en 1963. Il a piloté
Gemini 12 (1966) et a perfectionné les méthodes de
sortie dans l’espace. Il avait 39 ans quand il a posé le
pied sur la Lune.
Le deuxième homme à marcher sur la Lune dit
aujourd’hui ne pas avoir de regret d’avoir été,
justement, le deuxième. « Je suis un militaire, a-t-il
récemment déclaré au Daily Telegraph. Lorsqu’une
décision est prise, je m’y conforme. »
Son retour de mission fut difficile. Après Apollo
11, il a sombré dans la dépression et l’alcoolisme, a
divorcé, s’est remarié, et a divorcé une seconde fois.
Sobre et re-remarié depuis plus de 20 ans, il est le
seul à encore avoir encore une vie publique. Avec
parfois quelques désagréments: même s’il a participé à
un épisode des Simpsons, il a peu apprécié que le
personnage de Buzz Lightyear, dans le film d’animation
Toy Story, porte son prénom. Il a même songé à
poursuivre Disney mais y a renoncé. « Personne ne veut
se disputer avec Disney, l’ami des enfants. Personne ne
veut faire face à ses avocats: on va perdre à coup sûr.
»
Il vit aujourd’hui en Californie,
utilise Twitter et vient de faire paraître une seconde
autobiographie.
Michael Collins
Pendant
que ses deux collègues faisaient des sauts de kangourou
sur la Lune, Michael Collins tournait, seul dans la
capsule, en orbite au-dessus d’eux. « Je pense que tu es
le seul ici à ne pas voir la scène à la télé », lui a
dit le capcom, pendant qu’Armstrong et Aldrin
installaient le drapeau américain. « C’est correct. Ça
ne me dérange pas du tout », a répliqué le pilote. Plus
tard, un observateur au centre de contrôle de la mission
dira : « Depuis Adam, personne n’a vécu une solitude
semblable à celle de Mike Collins durant les 47 minutes
où il se trouvait derrière la Lune, sans personne à qui
parler sauf l’enregistreuse de bord. »
Né en 1930 à Rome, en Italie, Michael Collins a
fait carrière dans l’armée de l’air avant de se joindre
à la NASA en 1963. À bord de Gemini 10 (1966), il a
établi de nouveaux records d’altitude et fait deux
sorties dans l’espace.
Il
a
quitté la NASA six mois après Apollo 11, pour un poste
à la MaisonBlanche. Il est ensuite devenu directeur du
Musée national de l’espace à Washington avant de
poursuivre une carrière dans l’industrie aérospatiale.Tant
publiquement que dans ses biographies, il a toujours
affirmé qu’il s’était senti membre à part entière
d’Apollo 11, même s’il n’a jamais mis les pieds sur la
Lune. « Je sais que je serais un menteur ou un fou si
je disais que j’avais le meilleur des trois sièges »,
a-t-il concédé.
Collins est artiste-peintre, et certains de ses
dessins de la mission peuvent être vus sur le site de
la NASA. Il peint toujours des aquarelles et a écrit
quatre livres sur l’histoire spatiale. À bientôt 79
ans, il vit avec sa femme en Floride.
Julie Payette - Anne Richer
Dix ans après son premier séjour dans l’espace,
Julie Payette en a fait un second. Elle
l’espérait, un peu comme ceux qui ont fait un beau
voyage quelque part sur la Terre un jour et rêvent
d’y retourner.
En 1999, quand Julie Payette a pris part à la
mission de la navette spatiale Discovery, elle est
devenue la première Canadienne à participer à la
construction de la Station spatiale internationale
et à monter à bord du laboratoire orbital.
PHOTOANDRÉTREMBLAY,LAPRESSE
Cette année, du 15 au 31 juillet, c’est en tant
qu’ingénieure de vol, dans l’équipage de la
navette Endeavour à destination de la Station
spatiale internationale, que Julie Payette a
contribué au succès de la mission, qui visait
notamment à terminer l’installation de la
plateforme extérieure du laboratoire j aponais
Kibo. Pour les avides de statistiques,
l’astronaute canadienne compte désormais 611
heures de vol dans l’espace!
La Presse et Radio-Canada soulignent la longue et
formidable ascension d’une carrière hors du commun
en nommant Julie Payette Personnalité de la
semaine.
Le temps qui passe
C’était au mois de juin 1992. Cette jeune femme de
29 ans, choisie par l’Agence spatiale canadienne
parmi 5330 candidats, arrivait cheveux au vent,
silhouette d’athlète, à l’une de ses toutes
premières entrevues. Depuis ce jour, elle est le
chouchou des médias. Car en dépit du temps qui
passe et des exploits qui jalonnent son univers,
elle est restée volubile et généreuse.
Avec les années, la jeune femme gracile a su se
bâtir une carapace, atteindre un haut seuil de
tolérance. «Oui comme tout le monde, j’ai grandi
en âge, j’ai plus d’expérience. Le milieu dans
lequel j’évolue n’a plus de secrets pour moi.
C’est un milieu de haute performance, où on
pardonne peu d’erreurs.»
Doit-on rappeler quelques-unes des raisons qui ont
justifié sa sélection par l’Agence spatiale? La
jeune ingénieure spécialisée en génie électrique
et en génie informatique s’est fait valoir à tous
les stades de sa formation universitaire. De
nombreuses bourses et distinctions témoignent de
ses talents.
Viennent ensuite les étapes qui vont la mener à
une mission spatiale. Brevet de pilote
professionnelle; étude du russe, langue qui
s’ajoute à toutes celles qu’elle connaît déjà ;
brevet de plongée ; de nombreuses heures de vol en
pesanteur réduite; pilote militaire ;
qualification militaire de vol aux instruments;
etc.
Elle
n’avait pas sitôt mis pied à terre, en juillet
dernier, que la mission a pris son allure du
retour parmi les Terriens: nombreuses séances de
travail, «débriefings», sélections de photos parmi
les 8000 prises à bord de la navette, tournées
après vol, etc.
Rêve et réalité
Julie Payette, qui aura 46 ans le 20 octobre
prochain, est aussi maman de deux enfants de 15 et
6 ans, avec les préoccupations qui s’y rattachent.
La famille vit depuis 13 ans au Texas, où la
culture francophone se fait rare. «On parle
français à la maison», assure-t-elle. Son mari,
pilote d’essai d’avions militaires, est anglophone
mais francophile. Bilinguisme, biculturalisme ne
sont pas de vains mots dans l’esprit de
l’astronaute. Elle compte favoriser cette richesse
chez ses enfants, en même temps que l’acquisition
de solides racines francophones. Leurs gardiennes
viennent de France ou du Québec.
«On a beau voyager dans l’espace, on a des
préoccupations bien humaines, souligne celle qui
est pianiste et chanteuse. Le jour où des humains
s’installeront en orbite et en colonie, ils
traîneront avec eux leur humanité.»
Les longues journées passées dans la navette, lors
de sa récente mission, ont exigé une d’attention
très soutenue. «À la limite de ce qu’il est
humainement possible de supporter, dit-elle. Mais
on avait une zone de récupération protégée: notre
sommeil de huit heures par jour.» Des rêves? «Je
dormais trop profondément pour m’en souvenir.»
Enthousiaste et passionnée du monde, de notre
monde, Julie Payette souhaite participer
éventuellement à une mission de longue durée.
«D’autant plus que la Station spatiale est presque
terminée!»
Elle pourrait continuer ainsi à être le témoin des
progrès que les humains réalisent pour leur
environnement: «Depuis mon vol d’il y a 10 ans,
les efforts pour replanter des arbres en
ColombieBritannique sont visibles de l’espace!»
Elle rappelle que notre planète «est bien plus
vieille que nous», que ses qualités de
régénération sont énormes compte tenu de tout ce
qu’elle a traversé comme épreuves.
Si l’astronaute n’a pas vu la muraille de Chine,
elle a par ailleurs contemplé les pyramides, qui
se détachent bien sur le fond monochrome du
désert.
«Je suis consciente que j e suis très privilégiée,
dit-elle. Même si on doit travailler fort, c’est
un petit prix à payer pour avoir la chance d’aller
dans l’espace.»
Accueil triomphal pour Julie Payette
- Mathieu Perrault
Julie Payette a fait hier matin un retour
triomphal à l’Agence spatiale canadienne à
SaintHubert. Plus de 200 employés de l’Agence
l’ont applaudie lorsqu’elle est entrée dans les
quartiers généraux.
PHOTO ANDRÉ
TREMBLAY, LA PRESSE
Plus de 200employés de
l’Agence spatiale ont applaudi Julie Payette, de
retour d’une mission dans l’espace.
« Je ne suis pas partie toute seule », a déclaré
l’astronaute québécoise, qui a passé 16 jours dans
la navette Endeavour et la Station spatiale
internationale, à la fin dumois de juillet. «
C’était la mission de toute une agence, de tout un
pays. Dans 100 ans, ils vont rire de nous parce
qu’on fait tout un plat d’avoir été 13 à bord de
la Station spatiale. Un jour on aura des hôtels et
des infrastructures en orbite, une colonie
lunaire. Mais pour le moment, 13 personnes, c’est
extraordinaire. »
Souriante, vêtue sobrement d’un pantalon noir,
d’un tshirt noir à manches longues, d’une veste
sport noire et de talons hauts noirs, Mme Payette
a rapidement demandé la fin des applaudissements.
Elle est arrivée simplement en voiture de location
à l’Agence, et s’est garée dans le stationnement
des visiteurs.
« La mission était d’une complexité qu’on ne
reverra plus jamais », à cause de la mise à la
retraite prochaine (à la fin de 2010) de la
navette spatiale, a indiqué l’astronaute par la
suite en conférence de presse. En plus de cinq
sorties spatiales et de 15 jours de manipulations
robotiques avec cinq opérateurs, la mission a
établi un record de transmission de matériel du
bras robotique de la navette au bras robotique de
la station.
La
mission a failli établir un autre record: celui du
nombre de lancements reportés. Le décollage de
Discovery a été reporté cinq fois entre mai et
juillet. Le matin même du lancement, le 15
juillet, Mme Payette était la dernière à pénétrer
dans la navette quand elle a entendu, sur le
système d’annonces extérieures de Cap Canaveral,
un avertissement d’orage demandant à tous les
employés d’entrer à l’intérieur d’un immeuble. «
On nous demandait de nous mettre à l’abri, et nous
étions assis sur un million de tonnes de
carburant, a commenté Mme Payette avec un sourire.
En juillet, la Floride du Sud est une usine à
orages. Quand on a eu l’autorisation de l’agent
météo, nous serions tombés en bas de notre chaise
si nous n’avions pas été attachés. »
Le plus dur durant la mission a été de replacer
les outils dans la soute d’Endeavour: la
différence de température de 400 degrés entre le
soleil et l’ombre tordait les outils et Mme
Payette a dû insister plus d’une fois pour qu’ils
s’arriment aux endroits prévus. Elle a aussi eu de
la difficulté à l’arrivée, quand elle a dû se
lever sur le bout des pieds, pendant plusieurs
minutes, pour éteindre des interrupteurs. «
J’avais les muscles atrophiés et le vertige,
a-t-elle dit. Les deux ou trois premiers jours,
quand on me poussait un peu, je frappais les murs.
»
Durant la mission, elle a dormi à quelques
reprises dans un cagibi du laboratoire japonais
Kibo, plus silencieux que d’autres modules de la
station. « J’avais installé mon sac de couchage
entre deux scaphandres. Il ne fallait pas que je
fasse de cauchemars. » Elle a emprunté un chandail
à Robert Thirsk, l’astronaute canadien qui a
commencé en mai un séjour de six mois dans la
station, parce que la température près des
commandes du bras de la navette chutait sous les
15 degrés et qu’elle avait oublié d’en tenir
compte en faisant ses bagages.
Pen se - t - el l e que son exemple inspirera
d’autres Québécoises à devenir astronautes ? «
J’espère inspirer autant les garçons que les
filles. Quand j’étais petite, les astronautes
d’Apollo étaient tous des hommes américains et des
pilotes militaires. Ça ne m’a pas empêchée de
trouver que c’était le métier le plus fascinant du
monde. »
JULIE PAYETTE Mission accomplie
À
quelques jours de son retour sur Terre, c’est déjà
mission accomplie pour Julie Payette. Hier
après-midi, l’astronaute québécoise ainsi que ses
collègues de la navette Endeavour et de la Station
spatiale internationale (SSI) ont qualifié de franc
succès la mission STS-127, considérée comme la plus
complexe de l’histoire de l’exploration spatiale.
Les 13 astronautes ont donné une conférence de
presse d’une quarantaine de minutes en direct de
l’espace.
« C’était une mission très exigeante, a expliqué
Julie Payette. Une mission composée de cinq sorties
dans l’espace et de beaucoup de manipulations
robotiques. Nos deux bras canadiens ont été
simultanément en mouvement, et ce, à plusieurs
reprises. Beaucoup d’opérations étaient difficiles,
car elles se déroulaient très près de la structure
de la station. Je suis donc très contente d’avoir
atteint mon objectif. »
Julie Payette s’est envolée le 15 juillet à bord de
la navette Endeavour. Elle et ses sept collègues ont
rejoint les sept scientifiques de la Station
spatiale internationale, dont le Canadien Robert
Thirsk
En plus d’assister le commandant et le pilote de la
navette à titre d’ingénieure de vol, l’astronaute a
manipulé les commandes de trois bras robotiques : le
Canadarm de la navette, le Canadarm2 de la SSI et le
bras japonais du module Kibo.
«
J’ai eu encore plus de responsabilités qu’à ma
première mission », a souligné l’astronaute, qui a
eu le sourire fendu jusqu’aux oreilles durant
toute la conférence de presse.
« Ce qui m’a le plus marquée, c’est de réaliser de
nouveau à quel point il faut de la minutie et de
la compétence pour savoir faire fonctionner un
véhicule dans l’espace. C’est tellement risqué
quand on pense que la seule chose qui nous protège
du vide de l’espace est un scaphandre. »
Julie Payette devrait faire aujourd’hui la
dernière de ses cinq sorties dans l’espace. Elle
fera ses adieux aux membres de la SSI demain matin
et sera de retour sur Terre vendredi.
Interrogé sur son expérience à bord de la SSI,
Robert Thirsk a souligné la beauté de la Terre vue
de l’espace, mais il s’est dit préoccupé par la
fonte des glaciers. Le paysage « n’est pas le même
que lors de ma dernière visite il y a 12 ans »,
a-t-il relevé.
Quant à Julie Payette – qui en était à son
deuxième voyage dans l’espace – elle rêve de
retourner un jour à bord de la SSI. « C’est un
laboratoire extraordinaire. Même si cela fait 12
jours que je suis ici, je n’en connais pas encore
la moitié. J’aurais espéré rester un peu plus
longtemps, mais j’ai des petits qui m’attendent à
la maison! »
Treize astronautes réunis dans l’ISS
- Louise Leduc
La navette
Endeavour arrive à bon port
Julie Payette a participé hier, de la cabine de pilotage, à
l’exécution des délicates manoeuvres d’approche de la
navette spatiale Endeavour à la Station spatiale.
Pour la première fois hier, deux astronautes canadiens,
Julie Payette et Robert Thirsk, se sont rencontrés dans
l’espace. Julie Payette a été vue souriante, faisant la bise
à ses confrères de la Station spatiale internationale ( ISS)
et immortalisant sur photo la scène des retrouvailles.
PHOTO ASSOCIATED PRESS
L’astronaute Julie Payette à bord de
la navette Endeavour, avant son arrimage à la Station
spatiale internationale, hier. Mme Payette et son collègue
canadien Robert Thirsk prendront part, demain, à une
vidéoconférence en direct de l’espace.
La navette spatiale Endeavour s’est amarrée à la Station
spatiale internationale à 13h47, huit minutes plus tôt que
prévu. À 15h48, après qu’on se fut assuré que la pression
des deux vaisseaux était égale, le sas a été ouvert. Les
astronautes se trouvaient alors à 354 km au-dessus du nord
de la côte australienne.
Fait amusant dans ce monde hautement technologique, c’est au
son d’une petite cloche – conformément à une tradition
émanant de la Marine américaine – que les 13 astronautes ont
été réunis.
Jamais autant d’astronautes ne se sont retrouvés à bord de
la Station spatiale au même moment. « Treize personnes, ça
fait beaucoup, mais nous sommes ravis d’être là », a déclaré
le commandant d’Endeavour, Mark Polansky, après que les
astronautes se furent salués dans de chaleureuses étreintes.
Ça faisait aussi beaucoup de monde dans l’image, de sorte
que le moment précis où les deux Canadiens se sont réunis
là-haut – un moment historique, a répété à plusieurs
reprises Steve MacLean, président de l’Agence spatiale
canadienne – n’a jamais été croqué, Julie Payette se
trouvant malencontreusement trop à l’arrière-plan dans un
premier temps.
Mais ils étaient bien là, tous les deux, Robert Thirsk, qui
avait décollé vers la Station spatiale le 27 mai et Julie
Payette qui, elle, est partie mercredi.
Pour
l’astronaute québécoise, la journée d’hier était importante.
De concert avec le commandant Mark Polansky et le pilote
Douglas Hurley, elle a participé, de la cabine de pilotage,
à l’exécution des délicates manoeuvres d’approche de la
navette spatiale Endeavour à la Station spatiale.
C’était là un ballet aérien de haute précision. La vitesse à
l’arrimage était de 28 000 km/h et la marge de manoeuvre,
d’à peine quelques centimètres.
À l’Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert, les
opérations d’hier ont été suivies de près, notamment par le
président Steve MacLean.
« Àtitre d’astronaute, c’est agréable de savoir que l’on se
dirige vers la Station spatiale internationale. C’est un peu
comme si on avait un chez-soi vers lequel se diriger. Quand
j’y suis allé, je me souviens que les astronautes qui s’y
trouvaient déjà étaient contents de nous voir, mais jamais
aussi contents que quand on leur a offert des fruits frais!
Ils avaient les yeux tout ronds! » a évoqué M. MacLean.
À 200 m de l’arrimage, le commandant Mark Polansky a fait
une pirouette afin que les occupants de la Station spatiale
photographient le ventre de la navette. Les photos ont
ensuite été transmises à Houston, au Texas. C’était là
uneprécautionsupplémentaire pour s’assurer que les débris de
mousse isolante qui se sont détachés après l’ascension en
orbite, mercredi, n’ont causé aucun dégât. Mais jusqu’à
présent, la NASA ne s’en alarme aucunement.
La navette spatiale Endeavour restera amarrée à l’ISS
jusqu’au 31 juillet. Pendant ce temps, l’équipage installera
une plateforme au laboratoire japonais Kibo, remplacera des
batteries, transférera de l’équipement et réalisera cinq
sorties dans l’espace. Pour cette mission d’assemblage
chargée en opérations robotiques, Julie Payette manipulera
le Canadarm, le Canadarm2 ainsi que le bras robotique
japonais.
Demain, les astronautes canadiens Robert Thirsk et Julie
Payette prendront part à une vidéoconférence en direct de
l’espace.
Julie Payette aux commandes du bras canadien
Julie Payette,
aux commandes du bras canadien de la Station spatiale
internationale, a assisté hier deux astronautes américains
pendant leur sortie de six heures et demie. Ils ont installé
divers équipements, essentiellement des filets de sécurité en
cas de problèmes techniques, et ont connu certaines
difficultés imprévues, ce qui les a empêchés d’atteindre tous
les objectifs de la journée.
Un retard dans l’installation du moteur du chariot, qui
nécessitait des contorsions difficiles à faire en scaphandre –
les astronautes travaillaient à moins de 15 cm d’une antenne
extrêmement fragile –, a forcé le report de l’installation
d’une caméra qui doit surveiller la galerie extérieure du
module scientifique japonais Kibo. La galerie a été installée
dimanche, avec toujours Julie Payette aux commandes du bras
canadien.
Ce contretemps
a été compensé par la réparation plus rapide que prévu des
toilettes. Avec 13 astronautes, la station spatiale abrite
actuellement un nombre record de pensionnaires.
Jusqu’à l’automne dernier, la station spatiale n’avait qu’une
seule toilette, installée dans le module russe Zvezda. La
nouvelle toilette, installée dans le module américain Destiny,
est aussi conçue par l’agence spatiale russe, mais elle est
d’un modèle plus récent, qui permet notamment le recyclage de
l’urine pour alimenter le réservoir d’eau potable de la
station spatiale. La nouvelle toilette de Destiny a coûté 19
millions US.
UNE ROCHE LUNAIRE SUR LA STATION SPATIALE
Plus tôt
cette année, la NASA a envoyé en secret à la station
spatiale une roche lunaire pour célébrer le 40e anniversaire
d’Apollo La roche lunaire a voyagé en mars dernier à bord de
la navette et marque la volonté de la NASA de renvoyer des
hommes sur la Lune avec le programme
actuellement
en manque criant de financement, selon le site internet
collectspace. Lorsqu’il a rencontré les trois astronautes
d’Apollo hier, le président Barack Obama n’a pas détaillé
ses plans pour la NASA, ce qui a amené le
à avancer que la NASA n’aura pas les moyens de ses
ambitions.
ENDEAVOUR DÉCOLLE ENFIN ! - Mathieu
Perrault et Catherine Handfield
Elle est
partie ! Après plus d’un mois d’attente et de faux départs,
l’astronaute Julie Payette s’est élancée dans l’espace en
direction de la Station spatiale internationale.
Àla veille du 40e anniversaire du
lancement d’Apollo 11, Julie Payette a enfin décollé hier soir
pour la Station spatiale internationale. Après cinq reports,
l’astronaute québécoise entame son deuxième séjour dans
l’espace.
La coïncidence avec le 40e anniversaire est particulièrement
heureuse : c’est en suivant la mission de Neil Armstrong,
alors qu’elle avait 5 ans, que l’ingénieure en informatique
montréalaise a eu la piqûre de l’espace.
Un léger problème est survenu environ deux minutes après le
lancement, a indiqué un responsable de la NASA, Bill
Gerstenmaier. Des débris se sont détachés de l’isolant du
réservoir et ont heurté la navette Endeavour, laissant trois
traces sur les tuiles de son bouclier thermique.
En 2003, la navette Columbia s’est désintégrée lors de
l’atterrissage à cause de dommages causés à ces tuiles
thermoprotectrices par des débris d’isolant.
« On peut clairement voir sur l’avant de la navette des
marques blanches à l’endroit où les tuiles thermiques ont été
heurtées », a dit M. Gerstenmaier, qui s’est toutefois fait
rassurant. « Nous ne considérons pas cela comme un problème »,
a-t-il souligné. Depuis 2003, la NASA demande qu’une
inspection des tuiles thermoprotectrices soit faite à
l’arrivée et au départ de la navette.
« Si jamais une réparation est nécessaire, les astronautes ont
tout ce qu’il faut pour la faire », a assuré Jean-Pierre
Arseneault, porte-parole de l’Agence spatiale canadienne.
Les ingénieurs de la NASA ont détecté un autre problème mineur
: l’une des trois piles à hydrogène d’Endeavour fonctionnait
mal avant même le lancement, ce qui pourrait écourter la
mission.
Julie Payette passera 16 jours en orbite, l’une des plus
longues missions à ce jour. Elle se chargera de près de la
moitié des dizaines de manipulations du bras robotique,
notamment pour terminer l’assemblage du laboratoire japonais
Kibo. Elle côtoiera aussi le Canadien Robert Thirsk, qui a
décollé du Kazakhstan en mai dernier à bord d’une capsule
Soyouz pour un séjour de six mois dans la Station spatiale. Ce
sera la première fois que deux Canadiens sont en orbite en
même temps.
Au cours de son premier séjour, il y a 10 ans, l’astronaute de
45 ans avait assisté aux balbutiements de la Station spatiale.
Sa mission n’était que la deuxième à pénétrer dans la Station,
et elle y avait apposé le sceau de l’Agence spatiale
canadienne.
Famille et
amis soulagés
À quelque 2500 km de Cap Canaveral, environ 400 personnes se
sont réunies hier aux bureaux de l’Agence spatiale canadienne,
à Saint-Hubert, en Montérégie. Famille, amis et collègues de
Julie Payette étaient du nombre pour regarder le décollage
d’Endeavour sur écran géant.
À mesure que le départ approchait, les gens étaient de plus en
plus silencieux, de plus en plus attentifs. Et quand ils ont
entendu le fameux « lift off », les deux mots qu’ils
attendaient avec impatience, une vague d’applaudissements a
retenti.
Maude Payette, la soeur de Julie Payette, s’est sentie
soulagée quand elle a vu la navette décoller. « On était
contents. Tous les reports ont été exigeants, et on s’est dit
"enfin, elle est partie" », a confié la soeur cadette de
l’astronaute, jointe par téléphone quelques minutes après le
décollage.
La navette Endeavour a eu deux fois des problèmes de fuite
avec son réservoir externe d’hydrogène, a été touchée par des
éclairs peu avant le lancement prévu vendredi dernier et n’a
pu décoller dimanche et lundi à cause des orages.
Maude Payette, qui est comédienne, était en Floride pour les
deux premiers essais. En raison de ses obligations, elle s’est
résolue à revenir au Canada, laissant ses parents derrière
elle
Et hier, entourée des autres membres de sa famille, Maude
Payette n’était pas angoissée. « J’ai jasé, j’ai ri, j’étais
fière, heureuse, mais je n’ai pas eu peur. Il n’y avait aucun
élément négatif dans la salle. On savait que cela arriverait
aujourd’hui », a-t-elle dit.
« Ça a été très émouvant pour les gens ici », a renchéri
Benoît Marcotte, directeur général des opérations à l’Agence
spatiale canadienne.
M. Marcotte a également assisté au départ de la navette aux
bureaux de l’Agence. Posté près d’un écran géant, il a
expliqué le déroulement du décollage aux employés et à leurs
invités.
« Nous sommes très heureux pour Julie, et aussi très fiers
d’elle », a conclu Benoît Marcotte.
LANCEMENT D’ENDEAVOUR Pas de dommages sérieux à la
navette
Avant son
arrimage à la Station spatiale, Endeavour fera une manoeuvre
pour exposer ses tuiles aux caméras de la Station.
Tout indiquequeJuliePayettepourrarentrer sans encombre sur
Terre. Les premières inspections des tuiles
thermoprotectrices de la navette Endeavour, hier, n’ont pas
montré de dommages importants causés par des débris
aumomentdudécollagemercredi. Des égratignures seront tout de
même réparées au cours de sorties spatiales.
PHOTO NASA, REUTERS
Julie Payette passera 16jours en
orbite à bord de la navette Endeavour. L’un des objectifs
de cette mission, l’une des plus longues à ce jour, sera
de terminer l’assemblage du laboratoire japonais Kibo.
L’astronaute québécoise, qui en est à son deuxième séjour en
orbite, a manipulé le bras canadien, au bout duquel se
trouvait un appareil laser d’inspection des tuiles, situées
sur le ventre de la navette. Aujourd’hui, avant son arrimage
à la Station spatiale, Endeavour fera en outre une manoeuvre
pour exposer ses tuiles aux caméras de la Station; ces
images seront analysées en profondeur durant les prochains
jours. Une dernière inspection aura lieu avant le retour sur
Terre. Ces inspections ont lieu depuis qu’un trou dans la
couche de tuiles thermoprotectrices a causé la
désintégration de la navette Columbia, en 2003.
Mercredi soir, des caméras placées sur les fusées d’appoint
de la navette ont capté des images d’une dizaine de morceaux
d’isolant se détachant du réservoir externe pour frapper le
ventre d’Endeavour. Certains des impacts ont eu lieu dans
les premières minutes du vol, lorsque la vitesse est la plus
grande et que les dommages que font les morceaux d’isolant
sont les plus importants.
La NASA a immédiatement révélé que des égratignures au
revêtement externe des tuiles avaient été détectées. Les
plus petites seront réparées à l’aide d’une pâte lisse et
les plus profondes, avec une pâte dont la texture est plus
proche du bois plastique, indique le site internet
Space.com.
Le nombre
de morceaux d’isolant dont l’impact sur le ventre a été
enregistré est plus élevé qu’à l’habitude, mais la NASA
estime que les conditions météorologiques particulièrement
sereines rendaient leur détection plus facile. Le
lancement d’Endeavour a été reporté à cinq reprises depuis
un mois, deux fois à cause d’une fuite d’hydrogène et
trois fois en raison des intempéries. Ces cinq reports ont
coûté 5 millionsUS, dont la moitié en coûts de carburant,
ce qui augmente de 1% le coût total du lancement.
Rappelons que Julie Payette passera 16 jours en orbite à
bord de la navette Endeavour. L’un des objectifs de cette
mission, l’une des plus longues à ce jour, sera de
terminer l’assemblage du laboratoire japonais Kibo.
Ce sera également la première fois que deux Canadiens se
trouveront dans l’espace en même temps. L’astronaute
canadien Robert Thirsk vient de décoller de Baïkonour, au
Kazakhstan, à bord d’une capsule Soyouz, pour un séjour de
six mois dans la Station spatiale.
C’est la deuxième fois que Julie Payette, 45 ans, séjourne
dans l’espace. Au moment de son premier voyage, qui a eu
lieu il y a 10 ans, l’astronaute québécoise avait assisté
aux balbutiements de la Station spatiale.
APOLLO 11
JUDITH
LACHAPELLE
Il y a 40 ans aujourd’hui, les Américains ont vu trois des
leurs partir pour un formidable voyage. À 9h32, Apollo 11 a
décollé avec fracas de Cap Canaveral, en Floride. Direction:
la Lune.
PHOTO ARCHIVES NASA
Quatre jours
plus tard, le commandant Neil Armstrong est devenu le premier
homme à mettre le pied sur un sol extraterrestre. Il marquait
aussi la fin de la course spatiale des Américains face aux
Soviétiques. C’était le 20 juillet 1969. Seuls 12 hommes ont
marché sur la Lune, et les derniers l’ont fait en 1972.
LE CANADA RECULE
LES UNIVERSITÉS CRAIGNENT UN NOUVEL EXODEDES CERVEAUX. LES
SOCIÉTÉS EN DÉMARRAGE PEINENT À SE FINANCER. LES MULTINATIONALES
RÉDUISENT LEURS BUDGETS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT. AU MOMENT
OÙ BARACK OBAMA PROMET DE RELANCER LA RECHERCHE AUX ÉTATS-UNIS, LE
CANADA EST-IL EN TRAIN DE PERDRE LA COURSE À L'INNOVATION ?....
Le malaise des cerveaux - ARIANE KROL
Nous ne
pouvons pas nous permettre d’en perdre beaucoup comme le Dr
Sékaly.
«Le recrutement d’un scientifique de ce calibre est tout un
exploit! Il est considéré comme l’un des principaux
immunologues en santé humaine au monde », pouvait-on lire
récemment dans un communiqué. Ce chercheur-là,
malheureusement, ne vient pas s’installer à Montréal. Au
contraire, le Dr Rafick-Pierre Sékaly nous quitte pour prendre
la tête d’un nouvel institut en Floride.
La perte de ce spécialiste du sida a fait beaucoup de bruit
cette semaine. Avec raison. Elle nous interpelle sur
l’importance que nous accordons à la recherche de pointe. Nous
manquons singulièrement d’enthousiasme envers ce secteur
d’activité.
Soyons claire : personne au Canada n’avait les moyens de faire
une offre assez attrayante pour retenir le Dr Sékaly. Mais
d’autres départs pourraient être évités à l’avenir, si on s’y
prend à temps. C’est-à-dire dès maintenant. Car lorsqu’un
chercheur d’envergure lève les voiles, on perd bien plus que
son seul talent.
Le Dr Sékaly, par exemple, entraîne 25 autres chercheurs dans
son sillage. Durant sa carrière à Montréal, il a obtenu une
vingtaine de brevets et signé plus de 200 articles
scientifiques. Il a aussi convaincu l’Institut national de la
santé et de la recherche médicale de France d’implanter sa
première unité nord-américaine ici. Un scientifique de haut
niveau, c’est aussi une formidable locomotive. Nous ne pouvons
pas nous permettre d’en perdre beaucoup. Et nous devons créer
un climat qui suscite ce genre de vocations.
Le climat,
hélas, est morose ces jours-ci. Même si le Dr Sékaly était
resté à Montréal, des membres de son équipe seraient partis,
car les universités québécoises manquent d’argent pour
embaucher.
Les compressions fédérales récentes dans les budgets du
Conseil de recherches en sciences naturelles et génie (CRSNG)
et des Instituts de recherche en santé (IRSC) ont envoyé un
message très négatif à la communauté scientifique. Et ce ne
sont pas les sommes annoncées pour rénover des bâtiments
universitaires, aussi nécessaires soientelles, qui financeront
la recherche.
Le secteur privé n’est guère plus motivant. Les
investissements en R&D des entreprises représentent à
peine plus de 1% du produit intérieur brut canadien. Ce qui
nous place bien en dessous de la moyenne de l’OCDE (1,56%) et
nous relègue dans le deuxième sous-sol de pays comme la Suède
(2,79%) ou le Japon (2,62%).
Mais ces temps-ci, la comparaison la plus déprimante vient des
États-Unis. Barack Obama a promis de rehausser les
investissements en R&D à plus de 3% du PIB. En termes de
dollars, nous n’arriverons jamais à imiter nos voisins
américains. Mais qu’est-ce qui nous retient d’être d’accord
avec eux ? « La science est plus essentielle à notre
prospérité, notre sécurité, notre santé, notre environnement
et notre qualité de vie qu’elle ne l’a jamais été », a
récemment déclaré le président Obama dans un discours.
Copions, collons, ce sera déjà un bon début.
Et regardons du côté de l’Ontario, qui était venue chercher le
réputé Dr Thomas Hudson chez nous il y a quelques années. Le
gouvernement McGuinty vient d’ajouter 100millions « pour
attirer et retenir les meilleurs chercheurs en génomique au
monde ». Voilà, dans une même phrase, deux messages
enthousiasmants en faveur de la science de haut niveau.
RECHERCHE
ET
DÉVELOPPEMENT : LE CANADA, L’UN DES DERNIERS DE CLASSE
Le constat est
sans équivoque : les investissements en recherche et
développement reculent au Canada, alors qu’ils progressent
dans plusieurs autres pays. Une situation qui vient miner la
productivité du pays. Du milieu universitaire à l’industrie en
pass
« Quand les investissements commencent à diminuer, il y a un
risque d’engendrer une spirale qui devient difficile à
arrêter. »
Si jamais vous croisez Albert de Luca, associé au service de
fiscalité et programmes incitatifs chez Samson Bélair Deloitte
et Touche, n’allez surtout pas lui dire que le Canada est un
pays de ressources naturelles et qu’il est normal qu’il innove
moins que les autres.
« Si le Canada doit se trouver un créneau, ce ne doit pas être
dans les matières premières comme on l’entend trop souvent,
dénonce M. Luca. Ce qu’il faut faire, c’est prendre la
richesse qui découle des matières premières et l’investir en
innovation. »
« Malheureusement, déplore le spécialiste, je ne vois pas
d’indices qu’on fait ça. »
Ce n’est pas le dernier rapport de Statistique Canada sur la
recherche et le développement industriels qui viendra le
réconforter.
Le document nous apprend que le Canada investit moins que la
plupart des autres pays de l’OCDE en recherche et
développement. Et que loin de pédaler pour rattraper les
autres, il est en train de ralentir le rythme.
Le Canada n’a investi que 1,06 % de son produit intérieur brut
en R& D en 2006, la dernière année pour laquelle on peut
établir des comparaisons internationales. C’est à des
années-lumière de ce qu’investissent des pays comme la Suède
(2,79 % du PIB), le Japon (2,62 %) ou la Corée (2,49 %). Et
c’est presque 50 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE,
qui s’établit à 1,56 % du PIB.
Entre 2006 et 2007, la R& D industrielle a reculé de 3 %
en dollars constants, ce qui représente la quatrième baisse
consécutive des investissements. En fait, selon un groupe
d’experts qui vient de dévoiler un rapport sur l’innovation,
la R& D des entreprises canadiennes a reculé de 20 % par
rapport au PIB depuis le sommet atteint en 2001 pendant la
bulle technologique.
« C’est une situation qui va finir par nous rattraper, avertit
M. de Luca. Le risque est augmenté par le fait que d’autres
pays nous concurrencent avec plus de moyens. Quand les
investissements commencent à diminuer, il y a un risque
d’engendrer une spirale qui devient difficile à arrêter. »
Les
multinationales jettent l’éponge
Pour M. Luca, une partie du problème vient du fait que le
Canada est de plus en plus un pays de multinationales
contrôlées de l’étranger. Environ le tiers de la R& D
industrielle effectuée au pays est réalisée par des
entreprises étrangères. Et Statistique Canada montre que ce
sont ces multinationales qui freinent leurs investissements en
R& D au pays.
Année après année, les entreprises canadiennes investissent
eneffetuneplus grande proportion de leurs revenus en recherche
et développement que les entreprises étrangères. Et l’écart se
creuse. En 2002, les entreprises canadiennes avaient investi 2
% de leurs revenus en recherche, contre 1,7 % pour les
entreprises étrangères. Quatre ans plus tard, les canadiennes
avaient maintenu leur pourcentage à 2 %, tandis que celui des
étrangères avait chuté à 1,4 %.
Cette tendance, M. de Luca l’avait déjà décelée en
interrogeant les dirigeants des multinationales établies au
Canada.
« Les compagnies qui appartiennent à des groupes étrangers ont
tendance à investir dans des technologies plus traditionnelles
et moins avantgardistes au Canada. Ce que ça implique, c’est
qu’au moment où les produits existants deviendront dépassés et
qu’il faudra passer à d’autres plateformes, le Canada n’aura
peut-être pas les connaissances pour pouvoir assumer ces
responsabilités. »
La cause ? « Des pays à faibles coûts comme l’Inde ou la Chine
investissement énormément en innovation. C’est clair qu’il y a
un transfert », dit le spécialiste, qui aimerait voir une
série d’annonces en innovation de la part des gouvernements
comme on en voit actuellement pour les dépenses en
infrastructures.
« Envoyer les messages clés, faire les bonnes annonces, créer
un engouement. Les gens sous-estiment les effets des annonces,
dit M. Lucas. Oui, actuellement, je vois noir dans ce dossier.
Je pourrais couper les cheveux en quatre et me mettre à
trouver des choses positives. Mais la réalité, c’est que si on
ne fait pas attention, on risque de perdre la partie. »
Avec Univalor, Marc Leroux fait le pont entre la recherche
universitaire et les investisseurs.
Quand
Obama fait craindre un nouvel exode des cerveaux
MILIEU
UNIVERSITAIRE
Vous vous souvenez de l’exode des cerveaux? L’expression était
sur toutes les lèvres au milieu des années 90. Puis elle a peu
à peu disparu du vocabulaire. Mais voilà qu’on commence à en
parler de nouveau dans les universités canadiennes. Heather
Munroe-Blum,
principale et vice-chancelière de l’Université McGill, se
souvient de la saignée du milieu des années 90, pendant
laquelle beaucoup de chercheurs sont partis travailler aux
États-Unis.
Heather Munroe-Blum, elle, n’a jamais oublié ce phénomène. Au
milieu des années 90, celle qui est aujourd’hui principale et
vice-chancelière de l’Université McGill était à la tête des
activités de recherche de l’Université de Toronto.
Les chercheurs qui faisaient leurs valises pour mettre le cap
sur les États-Unis, elle les voyait défiler sous ses yeux.
« Ce n’était pas nécessairement une question de nombre,
dit-elle. C’était que les meilleurs chercheurs de leur
domaine, l’un après l’autre, levaient l’ancre pour aller aux
États-Unis. Astronomie, biologie, génétique, même les sciences
sociales. C’était des départements entiers qui perdaient leurs
leaders. »
Puis la saignée s’est soudainement arrêtée.
Que s’est-il passé? Il suffit de regarder la courbe des
investissements publics en recherche universitaire pour
commencer à comprendre.
Entre 1993 et 1997, les investissements du gouvernement
fédéral en recherche universitaire ont décliné chaque année de
façon systématique, passant de 873 millions à 793 millions.
Les budgets des gouvernements provinciaux, pendant ce temps,
faisaient du surplace.
Les universités ont lancé ensuite une importante offensive de
lobbying auprès des gouvernements, qui a porté fruit. Les
chiffres de Statistique Canada montrent qu’entre 1997 et 2005,
le fédéral a plus que triplé ses investissements dans la
R& D universitaire, la faisant bondir de 793 millions à
plus de 2,5 milliards. Pendant la même période, les
gouvernements provinciaux ont multiplié les leurs par 2,6.
Ajoutez à cela l’élection d’un gouvernement Bush peu
sympathique à l’innovation aux États-Unis – les restrictions
du financement fédéral sur la recherche impliquant des
cellules souches embryonnaires en ont été le symbole le plus
évident – et vous avez tout ce qu’il faut pour ramener vos
chercheurs au bercail et en attirer d’autres. C’est
effectivement ce qui s’est produit. « En moins d’une décennie,
nous avons recruté presque 900 nouveaux professeurs à McGill,
dont 60% qui provenaient de l’extérieur du Canada », dit Mme
Munroe-Blum.
Le hic, c’est
que George W. Bush n’est plus à la Maison-Blanche. Et l’une
des toutes premières actions de son successeur a été de lever
les restrictions sur la recherche sur les cellules souches, un
symbole applaudi par le milieu de la recherche.
Investissement américain
Barack Obama a aussi promis d’investir 3% du PIB américain en
recherche et de doubler d’ici 10 ans le budget de plusieurs
agences scientifiques, comme le National Science Fondation.
Au Canada, le gouvernement fédéral a bien annoncé un fonds de
2 milliards pour rénover les établissements universitaires, en
plus d’accorder 750 millions à la Fondation canadienne de
l’innovation et 87,5 millions sur trois ans pour un programme
de bourses pour les étudiants des cycles supérieurs.
Mais les compressions de 5% dans le budget de l’Institut de
recherche en santé du Canada et du Conseil de recherches en
sciences naturelles et en génie, qui se sont répercutées entre
autres sur l’Observatoire du Mont-Mégantic, ont mis le feu aux
poudres.
Le milieu universitaire a réagi en lançant une campagne
intitulée « Ne laissez pas le Canada à la traîne ». Le
mouvement a envoyé une lettre au premier ministre Harper et au
chef de l’opposition pour leur demander de réagir aux
initiatives américaines ; elle portait les signatures de 2038
chercheurs.
La crainte est simple : voir les chercheurs canadiens quitter
à nouveau le pays.
« Les chercheurs sont des gens extrêmement mobiles, explique
Mme Munroe-Blum. Ce qui est important pour eux n’est pas
nécessairement la rémunération, mais de pouvoir utiliser leur
talent au maximum. »
« Notre meilleur talent au Québec ira là où sont les
possibilités, résume-t-elle. Obama qui investit massivement au
sud de la frontière, c’est un appel très fort. Il faut
absolument le concurrencer. »
Obama veut rendre son rang à la science
— Le président
Barack Obama a exalté, hier, l’esprit de la conquête spatiale
pour prendre le ferme engagement de rendre à la science la place
qu’elle mérite et de lui consacrer plus de 3% du produit
intérieur brut.
Dans un discours devant l’Académie nationale des sciences, à
Washington, M. Obama a aussi promis de veiller à ce que la
science ne soit plus sacrifiée à l’idéologie.
« Il y a un
demi-siècle, notre pays s’est engagé à être à la tête de
l’innovation scientifique et technologique dans le monde, à
investir dans l’éducation, la recherche, l’ingénierie, à se
donner pour objectif d’aller dans l’espace et à associer chaque
citoyen à cette mission historique », a dit M. Obama.
Jamais l’Amérique n’a investi davantage dans la recherche et le
développement qu’en 1964, en pleine course à l’espace, selon la
Maison-Blanche. Mais la part de ces investissements dans le PIB
n’a cessé de diminuer depuis, a déploré M. Obama.
« Je suis ici pour nous fixer cet objectif : nous allons
consacrer plus de 3% de notre PIB à la recherche et au
développement. Nous n’allons pas seulement égaler, mais dépasser
le niveau atteint au plus fort de la course à l’espace, en
investissant dans la recherche fondamentale et la recherche
appliquée, en encourageant l’innovation privée, en favorisant
les avancées dans les domaines de l’énergie et de la médecine.
Avec mon administration, les jours sont révolus où la science
cédait le pas à l’idéologie (...) Je veux être sûr que ce soient
les faits qui motivent les décisions scientifiques et non
l’inverse. »
L’internet culturel s’arrête aux frontières -
Mathieu Perrault
Sur Hulu, un
site internet mis sur pied par les grandes chaînes de
télévision américaines, on peut regarder une douzaine
d’épisodes de la série Heroes ; 2 8 épisodes de De sperate
Housewives, 92 de Lost. Et la plupart des épisodes de Miami
Vice, The A Team, The Bionic Woman et Remington Steel, entre
autres séries cultes. Au printemps 2008, peu après son
lancement aux États-Unis, Hulu avait suscité beaucoup
d’espoir en modifiant sa page indiquant aux non-Américains
qu’ils n’avaient pas accès aux émissions de Hulu : les
internautes étrangers étaient invités à donner leur
adresse de courriel pour être avertis quand le service
serait disponible. Mais depuis, plus rien.
Mais au Canada, un tel coffre aux trésors télévisuels reste
un rêve. Tout comme plusieurs services internets culturels,
Hulu est inaccessible pour les Canadiens : seuls les
Américains y ont droit. Idem pour Pandora, l’une des
applications les plus populaires de l’iPhone d’Apple, qui
propose des chansons similaires aux disques préférés de
l’auditeur et permet de créer sa propre station de radio. Le
site de webdiffusion de musique Spotify est quant à lui
restreint à la Suède, la Norvège, la Finlande, le
Royaume-Uni, la France et l’Espagne.
« Nous sommes encore une compagnie en démarrage », ex plique
T im Westergren , le fondateur de Pandora, en entrevue
depuis la Californie. « C ’est assez difficile pou r nous de
naviguer parmi les multiples acteurs qui gèrent les droits
musicaux. Tout le monde veut sa part du gâteau et le total
des demandes excède ce que l’internet peut offrir en ce
moment. Il faut amener tout le monde à la même table et leur
faire comprendre cette réalité. On l’a fait pour les
États-Unis, mais c’est à refaire dans chaque pays. Il faut
comprendre la culture nationale de droits musicaux, le style
de chaque organisme qui a son mot à dire. Au Canada, vous
avez l’Agence canadienne des droits de reproduction
musicaux, la Société canadienne des auteu rs, compositeu rs
et éditeurs de musique et la Société canadienne de gestion
des droits voisins. Nous commençons à peine à démêler
l’écheveau chez vous. »
Barrières virtuelles
Ces barrières virtuelles font des Canadiens des « paysans
numériques », relevait récemment MSN.ca. Le Canada a dû
attendre un an de plus que les États-Unis pour le iPhone, et
deux ans pour le lecteur numérique de livres Kindle
d’Amazon.
Chez
Spotify, le responsable des relations avec les médias,
Andres Sehr, a affirmé que Spotify devrait être disponible
en même temps aux États-Unis et au Canada « au début de 2010
», un an et demi après le lancement en Europe. « Nous sommes
présentement en pourparlers avec les compagnies de disques
», explique M. Sehr depuis Stockholm.
Signe que le dossier des droits est délicat, Hulu n’a pas
voulu faire de commentaire sur la disponibilité au Canada.
Au printemps 2008, peu après son lancement aux États-Unis,
Hulu avait suscité beaucoup d’espoi r en modifiant sa page
indiquant aux non-A méricains qu’ils n’avaient pas accès aux
émissions de Hulu : les internautes étra ngers éta ient
invités à donner leur adresse de courriel pour être avertis
quand le service serait disponible. Mais depuis, plus rien.
Le marché donne heureusement certa ins signes de maturité.
Cet été, Bloomberg avait rapporté que les taux de Hulu
dépassaient ceux de la télévision pour certaines émissions,
parce qu’il s’agissait de visionnements plus attentifs au
contenu des émissions. Les tarifs des Simpson étaient par
exemple de 60 $ pour 1000 téléspectateurs sur Hulu et de 20
$ à 40 $ sur la télé.
« Une fois que les modèles d’a ffaires seront établis, le
Canada deviendra un marché intéressa nt, pa rce qu’il est
similaire à celui des ÉtatsUnis », observe Michael Geist,
professeur de droit spécialiste de l’internet à l’
Université d’Ottawa.
Cet automne, Rogers a tenté de créer une version canadienne
de Hulu en offrant des émissions sur son site internet. Mais
l’offre est beaucoup plus restreinte et le service est
limité aux abonnés du câble de Rogers.
DU TITANIC ÀL’INTERNET - Agnès Gruda
Les journaux
tels que nous les connaissons sont nés avec la télégraphie
sans fil et la publicité de masse, il y a un peu plus de 100
ans. Avant, ce n’étaient que de simples organes de
propagande politique. Et après?
Ce jour-là, La Presse annonçait une vente de « taffetas
glacé à deux tons pour 1,50$ la verge ». D’autres publicités
vantaient les vertus des corsets dotés de toutes nouvelles
bandelettes élastiques. Celles du thé des Carmélites qui
fait maigrir. Et la saveur des cigarettes Sweet Caporal, «
la forme la plus pure sous laquelle le tabac peut être fumé
».
Mais ce même j our, le vendredi 15 avril 1912, l’attention
des lecteurs était surtout captée par la principale nouvelle
parue à la une du quotidien: « Le Titanic est sur un abîme.
»
« À 10h25, la nuit dernière, le nouveau paquebot était
signalé comme étant dans la plus grande détresse », relatait
l’article agrémenté de diagrammes et d’esquisses du Titanic.
Peu après minuit, lit-on quelques paragraphes plus loin, le
télégraphiste du bateau a envoyé ce « marconigramme » de
détresse: « La proue s’enfonce. »
Avec ses articles empilés les uns par-dessus les autres, ses
publicités qui s’entremêlent aux articles et ses petits
dessins qui ajoutent quelques infimes éléments visuels, La
Presse de 1912 ne ressemble en rien au journal que vous
tenez entre vos mains. Pourtant, la rapidité avec laquelle
la catastrophe du Titanic a été rapportée dès le lendemain
du naufrage est parfaitement moderne.
À peine 15 ans plus tôt, la nouvelle aurait mis des semaines
à parvenir à Montréal. Mais l’avènement de la télégraphie
sans fil ( TSF) a chamboulé le monde de l’information. Et
avec l’antenne de réception que le propriétaire de La
Presse, Trefflé Berthiaume, a fait installer dès 1904 sur le
toit du journal, Montréal est à l’avant-garde de cette
révolution.
La TSF, c’est la marotte du début du XXe siècle. Des écoles
mettent sur pied des cours de télégraphie sans fil. Et de
nombreux Québécois installent un récepteur chez eux, à la
maison. « Plusieurs ont suivi directement, de cette façon,
le naufrage du Titanic, puis la Première Guerre mondiale »,
raconte Pierre Pagé, spécialiste de l’histoire de la radio à
l’Université du Québec à Montréal.
Une révolution
Mais l’avènement de la télégraphie sans fil a fait plus
qu’accélérer le rythme de la transmission des nouvelles.
C’était une véritable révolution qui a propulsé les
journaux, et les médias d’information en général, dans une
ère nouvelle.
« La télégraphie sans fil a eu un impact aussi fort que
celui de l’internet », dit Claude Martin, professeur au
département des communications à l’Université de Montréal.
Sauf qu’à l’époque, cet impact a servi de véritable rampe de
lancement aux journaux d’information de masse. La révolution
de l’internet, elle, met plutôt leur survie en péril.
Gros plan sur le contexte de l’époque: il y a 100 ans, les
progrès technologiques ont créé un terreau favorable aux
médias de masse. L’industrialisation du XIXe siècle avait
permis de produire en série des objets de consommation
courante, rappelle Josette Brun, spécialiste de l’histoire
des médias à l’Université Laval. Et ces corsets, ces thés
miraculeux et ce tabac ultra pur, il fallait bien leur
trouver des débouchés !
« Les
annonceurs voulaient rejoindre le plus d’acheteurs possible,
et les journaux leur en ont donné les moyens », note Josette
Brun.
C’est ce qui a permis aux journaux, qui avaient longtemps
servi d’organes de propagande au service des partis
politiques, de se transformer en médias de masse. Du coup,
la presse imprimée est devenue le principal moyen
d’information. « Au début des années 20, tous les gens qui
savaient lire étaient abonnés à un journal », souligne
Claude Martin.
Et ce qui a ouvert la voie à cette mutation, c’est l’argent
de la publicité qui s’étale sur des pages et des pages, avec
ces annonces de bas en fil de soie, de complet deux pièces à
4,95$ et de produits hygiéniques qui permettent d’éviter «
une haleine de denture »...
L’information instantanée
L’arrivée de la radio, au début des années 20, fait craindre
la disparition des quotidiens. Dès la campagne électorale
fédérale de 1925, la radio suit les candidats et diffuse les
assemblées de cuisine. CKAC diffuse son premier bulletin
d’information, Les nouvelles de chez nous, en 1938. Ce
bulletin devient une sorte de rendez-vous collectif des
Québécois, tous les jours à l’heure du souper, explique
Pierre Pagé.
À l’époque, la radio est le média instantané – elle annonce
le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale dans l’heure
qui suit l’attaque de l’aviation allemande contre la
Pologne. Mais les journaux ont l’avantage de l’espace. La
radio annonce une nouvelle, le journal la publie in extenso
le lendemain. Les deux se complètent bien. Et les fabricants
de bidules de toutes sortes ont toujours besoin des journaux
pour rejoindre les acheteurs.
« Ce modèle économique marchait bien, note Claude
Beauregard, professeur à l’École des médias de l’UQAM. Les
journaux ne coûtaient pas cher, la publicité permettait de
les faire vivre, et les journalistes, les annonceurs et les
lecteurs étaient contents. »
Et c’est l’arrivée de l’internet qui, pour la première fois
depuis un siècle, met ce modèle en péril. Les annonceurs
quittent les journaux. Grâce à la technologie qui leur
permet de cibler directement leurs clients, ils ont de moins
en moins besoin des médias de masse. La publicité se
fragmente, et la presse imprimée écope.
« Si le modèle économique qui a fait vivre les journaux
pendant 100 ans ne fonctionne plus, qui donc va demander des
comptes au gouvernement ? » s’inquiète Claude Beauregard.
Car ce modèle n’a pas seulement servi les entreprises, il a
aussi servi la démocratie, souligne-t-il. « L’information,
ça coûte quelque chose. Maintenant que les annonceurs s’en
vont, la question de fond est : qui va payer? »
D’autres sont plus optimistes. Malgré la fragmentation de la
publicité, malgré la multiplication des sources
d’information, la f in des grands médias n’est pas pour
demain, croit Claude Mar t in, selon qui « nous aurons
toujours besoin d’une grand-messe ».
Optimistes et pessimistes conviennent d’une chose : il y a
100 ans, les journaux avaient le vent dans les voiles.
Maintenant, ils doivent ramer pour survivre.
BOOM DU LIVRE NUMÉRIQUE - Annabelle Nicoud
Depuis un
mois, Michel Tremblay est l’objet de l’incompréhension de
ses amis : le célèbre auteur a en effet eu le malheur de
partager, en ondes, son enthousiasme pour le lecteur de
livres numériques qu’il utilise depuis le mois de mars.
«Les gens pensent qu’on abandonne le livre, mais le livre
n’est pas sorti de ma vie, s’étonne-t-il, plus rieur
qu’excédé. On me demande sans cesse de me justifier
là-dessus. Le livre électronique est un appareil commode, un
point, c’est tout. Ce n’est pas la fin du monde.»
Aux États-Unis, en tout cas, le géant de la vente de livres
sur internet Amazon fait de plus en plus d’adeptes avec son
lecteur Kindle. Durant sa première année de vie, en 2007, le
bidule n’a pas trouvé plus de 150 000 preneurs chez les
Américains. Aujourd’hui, il séduit chaque mois des dizaines
de milliers de nouveaux clients. Dans trois ans, plus de 18
millions de liseuses – Kindle ou modèles concurrents –
devraient s’écouler dans le monde, estime la firme iSuppli,
spécialisée dans l’analyse technologique.
«Il se passe
quelque chose, c’est évident. Ça bouillonne dans le milieu
de livre électronique», affirme Benoît Melançon, directeur
scientifique aux Presses de l’Université de Montréal et
spécialiste de l’histoire du livre. Pour la littérature
scientifique, les produits ne sont pas encore tout à fait au
point, croit le spécialiste. « Mais pour la littérature
générale – les romans, les best-sellers, surtout – c’est en
train de basculer. Graduellement, le livre électronique va
faire sa place.»
Au Québec, les choses décollent. Quasi absents du monde
numérique il y a encore un an, les éditeurs d’ici
s’attaquent, tout comme leurs confrères français, au marché
du livre numérique. Les éditeurs québécois se sont dotés au
début de l’année d’un entrepôt numérique conçu par la
société De Marque, et ils comptent de bons élèves: les
Presses universitaires du Québec, les guides de voyage
Ulysse et la maison Septentrion.
Depuis l’été, Ulysse a publié ses guides en version
numérique, au Québec et en France. En prime pour les
lecteurs des guides: le prix, inférieur à celui des versions
papier, et la possibilité d’acheter le livre uniquement par
chapitres. «C’est très excitant», confie le président des
Guides Ulysse, Daniel Desjardins.
Chez Septentrion, on espère aussi numériser au plus vite la
totalité des 550 titres que compte la collection. Près de la
moitié le sont déjà, et l’éditeur trouve ainsi de nouveaux
clients, notamment parmi les bibliothèques. « Je vois ça
comme une occasion d’aller sur de nouveaux marchés », dit le
directeur de la maison, Gilles Herman.
C’est aussi
cet été que Quebecor a lancé, avec les magasins Archambault,
la première librairie francophone numérique d’Amérique du
Nord, jelis.ca. En se connectant sur ce site, on peut
télécharger des livres édités au Québec, mais aussi des
livres édités en France. Avant, pour accéder aux titres
numériques francophones, il fallait passer par le site
français de la FNAC ou Numilog et payer sa facture en euros.
«Il n’y avait aucun choix avant, ce qui était indécent»,
observe Bruno Caron, directeur du développement web chez
Archambault.
Hors des librairies offrant les titres les plus populaires
de l’heure, plusieurs maisons d’édition francophones
invetissent aussi le marché. Parmi eux, le français
Feedbook, qui offre les classiques tombés dans le domaine
public ainsi que de nouvelles créations, mais aussi
Publie.net, une coopérative d’auteurs spécialisée dans les
textes contemporains (Éric Chevillard ou François Bon y sont
publiés).
Depuis 18 mois, une petite maison québécoise, Robert ne veut
pas lire, ne publie que des textes inédits. Ses oeuvres sont
écrites pour être lues sur des écrans (même aussi petits que
ceux d’un iPhone) et visent un public jeune et habitué des
technologies, qui peut commenter les oeuvres achetées.
Édouard H. Bond y a publié J’irais me crosser sur vos
tombes, un roman vendu en épisodes au prix de 4$ chacun.
Pour cet auteur qui «écrit dans l’urgence», le numérique
permet de satisfaire l’envie de rapidité tout en installant
une interaction avec le lecteur. Huit cent exemplaires ont
déjà été vendus. «Comparé aux gros best-sellers, c’est rien,
mais pour l’électronique, je suis un micro best-seller»,
plaisante-til. «Je vais continuer à publier sur le papier
mais je pense que le numérique va prendre plus de place.
C’est vraiment pour les jeunes: ça fait comme un nouveau
lectorat.»
En Angleterre, la compagnie Enhanced Editions veut aussi
changer notre manière de lire. Elle accompagne déjà ses
versions numériques de bandes sonores et permet de passer de
la lecture traditionnelle à la lecture audio ou de visionner
des vidéos tournées avec les auteurs.
Prudence chez Renaud-Bray
Malgré ce bouillonnement, plusieurs libraires québécois tels
que Renaud-Bray ne semblent pas vraiment suivre la tendance.
«Il y a une forte demande de livres papier et notre
stratégie tourne massivement autour de la diffusion papier
plutôt qu’électronique», affirme Blaise Renaud, le directeur
commercial des librairies Renaud-Bray.
Trop petit,
encore inexistant, embryonnaire, le marché du livre
numérique francophone ne représente qu’une petite partie du
marché du livre –moins de 1% en France, selon l’Association
nationale des éditeurs de livres (ANEL). «On est vraiment
dans les balbutiements », observe Sébastien Rouault, chef
des ventes chez Robert Laffont.
Malgré les prévisions selon lesquelles les ventes
électroniques représenteront de 10 à 15% des ventes de
livres dans les cinq prochaines années, certains libraires
ou éditeurs préfèrent donc attendre.
Seuls 30 éditeurs – pour une centaine de membres que compte
l’ANEL – participent pour le moment au projet de
numérisation. Tous n’offrent pas leurs livres à la vente en
numérique. C’est le cas de Boréal: «On se hâte lentement»,
concède le directeur général de Boréal et de diffusion
Dimedia, Pascal Assathiany. «Je vais suivre le pas, mais je
n’ai pas envie de l’initier», dit quant à elle la fondatrice
de la maison québécoise Les Allusifs.
Pourta nt, les éditeu rs québécois pourraient devoir réagir
à l’offre nu mérique des éditeurs français. Ainsi, le
dernier roman de Dany Laferrière, L’énigme du retour,
n’existe pas en version numérique chez Boréal, mais le
lecteur québécois peut l’obtenir en quelques instants par
son éditeur français, Grasset, sur le site numérique de la
FNAC.
«Ça, c’est un problème que les éditeurs québécois doivent
régler le plus vite possible», répond Bruno Caron. Chez
jelis.ca, on espère doubler l’offre de titres numériques
(plus de 22 000 actuellement) d’ici à la fin de l’année.
Petit hic: les livres québécois risquent de ne constituer
qu’une offre très minoritaire (1000 actuellement), en dépit
d’un palmarès de ventes très favorable aux éditeurs
québécois.
Enfin, les réticences du milieu des éditeurs face au
numérique se reflètent chez les auteurs, inquiets de perdre
leurs droits d’auteurs. «Plusieurs acteurs du milieu
littéraire sont certains que la littérature, c’est le
livre», estime Mahigan Lepage, doctorant et auteur, qui a
publié ses Carnets du Népal chez Publie.net.
«Au Québec, j e ne sens pas encore l’urgence (de passer au
numérique), alors que l’urgence est là», observe le jeune
auteur. Un avis que partage Daniel Desjardins. «Le véritable
enjeu, pour les éditeurs québécois, est le risque que les
jeunes se tournent vers les livres en anglais. En 1970, 10%
des livres vendus au Québec étaient édités au Québec.
Aujourd’hui ça varie entre 30 et 40%, mais rien ne garantit
qu’on ne va pas retourner en arrière. Il faut qu’on prenne
notre place», dit-il.
Le livre électronique en quatre questions
Q Tous
les livres sortent-ils en version électronique? R Non, l
oin de là. Tout dépend de la décision de l’éditeur. Au
Québec, Jelis.ca d’Archambault compte offrir 50000 titres
numériques d’ici à la fin de l’année, soit deux fois plus
qu’actuellement. Il s’agit surtout de grands succès de
librairie. Et le catalogue compte seulement 1000 livres
québécois. D’autres sites, québécois ou français, offrent
des titres moins connus ou même inédits. Par ailleurs, le
géant américain Amazon propose 300000 titres numériques en
anglais, tandis que Google Books a numérisé plus de 7
millions de titres dans différentes langues, dont
plusieurs livres épuisés ou tombés dans le domaine public.
Après avoir intenté un recours collectif contre la
société, les éditeurs et auteurs américains ont conclu une
entente avec elle. On saura le 7 octobre prochain si la
Cour valide cette entente. QOù
peut-on se procurer des livres électroniques en français?
R En visitant les sites des librairies électroniques
comme:
www.jelis.ca (site québécois offrant des titres en
français).
www.robertneveutpaslire.com (site québécois offrant des
textes inédits sous forme de feuilleton).
www.fnac.com (site français offrant des livres en
français).
www.feedbooks.com (site français offrant des livres dans
plusieurs langues, dont plusieurs sont tombés dans le
domaine public).
www.publie.net (site français qui publie des auteurs
contemporains très respectés en France).
livre
www.leezam.com (site européen offrant des textes inédits
de jeunes auteurs).
www.enhanced-editions. com (site anglais offrant des
textes parfois accompagnés de trames sonores ou de
vidéos).
www.lexcycle.com (site américain offrant – généralement
gratuitement – des milliers de textes tombés dans le
domaine public de même que des titres épuisés et des
oeuvres contemporaines. Plusieurs sont en français.)
Les sites des éditeurs québécois suivants offrent aussi
des titres en version numérique: www.septentrion.qc.ca
www.ulyssesguides.com www.manuscritdepot.
com/internet-litteraire/ index.htm QC ombien
coûte un électronique? R Contrairement à ce qu’on voit sur
iTunes pour la musique, il n’y a pas de politique de prix.
Les livres tombés dans le domaine public sont souvent
gratuits, mais peuvent coûter 5$ ou plus. Le prix des
nouveautés varie: il est parfois identique à celui de la
version papier, parfois 20% moins cher, même si la version
électronique est produite à peu de frais. Q Comment
peut-on lire les livres électroniques? R Certains titres
peuvent être lus sur iPhone ou iPod Touch. Il est
toutefois plus agréable de le faire en utilisant des
tablettes munies d’un plus grand écran. Les modèles
existants coûtent entre 400$ et 500$, mais plusieurs
nouveaux modèles sortiront bientôt. Pour en savoir plus
sur les liseuses électroniques, ne manquez pas, demain, le
texte de notre spécialiste des nouvelles technologies,
Tristan Péloquin.
Livre à puce - Mario Roy
Les gadgets
high-tech , c’est l’affaire des jeunes, dit-on. Comment se
fait-il alors que beaucoup d’adeptes du Kindle, le livre
électronique le plus populaire, disent l’avoir adopté en
raison de douleurs arthritiques ou de problèmes de la vue?
C’est que les utilisateurs du Kindle sont plutôt âgés :
presque les trois-quarts ont plus de 40 ans, dont 8% plus de
70 ans!
Un million de ces liseuses circulent maintenant aux
ÉtatsUnis ; elles donnent accès à 297 000 bouquins, 29
magazines et 38 journaux (juin 2009). Dans trois ans, les
Américains posséderont 12 millions de liseuses, qui sont
déjà ou seront éventuellement offertes par amazon.com, Sony,
Interead, Apple et d’autres. Après la musique et le cinéma,
est-ce aujourd’hui au tour du livre de se détacher de son
support matériel? Le virage semble amorcé.
Même au Québec, où l’audace n’est pas la caractéristique
première du milieu du livre, un projet décolle. Il s’agit
d’un partenariat entre les librairies Archambault et la
multinationale Sony; le duo propose une liseuse ainsi qu’une
librairie francophone virtuelle. Le produit est intéressant,
mais souffre de la comparaison avec ce qu’offrirait le
Kindle... s’il était disponible au Canada: il ne l’est pas,
notamment par manque d’accès à la téléphonie sans fil.
Comme on le voit, le livre virtuel soulève des difficultés
inédites (on le constatera aussi en lisant le blogue de
l’édito sur Cyberpresse).
Les avantages potentiels de la circulation virtuelle de
l’écrit sont énormes. Le coût du livre diminue, l’accès
s’accroît, la diversité potentielle est sans limite, les
arbres sont épargnés.
Pourtant, il existe beaucoup de réticences.
Les plus
irréductibles sont peut-être celles qui ont trait au
caractère sacré de l’objet – ah! l’odeur de l’encre et le
velouté du papier! Ce plaisir est réel. De sorte que le
livre-papier ne disparaîtra jamais totalement, devenant
plutôt un moyen parmi les autres, la liseuse, l’ordinateur,
le téléphone portable, le « papier électronique », de
fréquenter l’écrit.
D’autres difficultés touchent aussi la question des droits.
Enfin, sachant que le médium est le message, que deviendra
notre rapport avec l’écrit lorsque son support se sera ainsi
tra nsformé ? Cette relation sera-t-elle morcelée,
parcellaire, superficielle, comme elle peut l’être avec le
web ? C’est une inquiétude légitime. Mais il faut avoir foi
dans les contenus. La «chaîne du livre» n’est pas d’abord
une ligne de montage industrielle
(imprimeur-camion-distributeurcamion-libraire-camion-pilon),
mais bien le lien unissant l’auteur et le lecteur.
Si le premier demeure intéressant, le second demeurera
intéressé.
De sorte que le seul danger réel serait que les plus
puissants créateurs se détournent de l’écrit et s’expriment
de plus en plus autrement. Comme Michael Moore, qui livre
des idées par l’image. Comme Robert Lepage, qui propose un
imaginaire sculpté dans l’espace, la lumière et le son.
C’est cette mutation-là qu’il faut avoir à l’oeil.
Microsoft, Amazon et Yahoo ! unis contre la
librairie Google
WASHINGTON —
Les poids lourds américains de l ’ i nternet, Microsoft,
Amazon et Yahoo!, ont uni l eurs forces dans une coalition
menée par un avocat réputé de la Silicon Valley pour
s’opposer à la bibliothèque virtuelle de Google, affirme la
presse américaine.
Les trois groupes ont rejoint l’Open Book Alliance ,
affirment le et le
Microsoft et Yahoo ! ont confirmé aux quotidiens leur
participation à cette coalition, tandis qu’Amazon n’a pas
fait de commentaires.
L’Alliance veut contester en justice un accord amiable
conclu entre Google, des auteurs et des éditeurs, non encore
finalisé et qui doit permettre de solder une plainte en nom
collectif contre la librairie en ligne du leader mondial des
moteurs de recherche.
Par cet accord, conclu en octobre dernier et en cours
d’examen par le département américain de la Justice pour des
questions de concurrence, Google a le droit de mettre en
ligne des millions d’ouvrages . En é c ha nge, Google a
accepté de partager les revenus publicitaires avec les
détenteurs des droits sur ces ouvrages.
Outre Microsoft, Yahoo! et Amazon, la coalition est formée
d’associations de bibliot hèques et de défense des droits
d’auteur. Elle est menée par l’avocat Gary Reback, qui a
notamment convaincu le département de la Justice d’ouvrir
une enquête sur les pratiques a nticoncurrentielles de
Microsoft dans les années 90.
L’accord amiable conclu par Google « a des implicat ions a
nticoncurrentiel les énormes, qui vont très loin, et dont on
est juste en train de se rendre compte », a-t-il déclaré au
Entrave à la concurrence
Selon le
quotidien, l’Alliance va contester sur le fond l’accord
amiable devant le département de la Justice, en avançant
qu’il fait entrave à la concurrence. La coalition souhaite
également porter le dossier devant un tribunal fédéral
new-yorkais.
La bibliothèque en ligne de Google n’inquiète pas seulement
le géant informatique Microsoft, le distributeur en ligne
Amazon et le moteur de recherche Yahoo !, qui redoutent tous
trois l’expansion toujours croissante de Google à de
nouveaux marchés sur l’internet.
En effet, Paul Brantley, à la tête de l’ I nternet Archive,
un portail à but non lucrat i f r egroupa nt plusieu r s
types de documents archivés, a indiqué au
que l’Alliance allait accueillir encore de nouveaux membres.
M. Brantley a cité la Special L ibra ries A ssociations et t
he New York Library Association pour les bibliothèques mais
aussi l’association de j ournalistes et d’écrivains American
Society of Journalists and Authors.
Toujours selon la même source, les opposants à l’accord
amiable de Google ne souhaitent pas bloquer celuici, mais
plutôt qu’y soient apportées des modifications.
L’opposition à la bibliothèque virtuelle de Google n’est pas
nouvelle, le projet aya nt s uscité depuis s es débuts des
inquiétudes pour son impact possible sur des données
privées.
L’a c c o r d a m i a ble de Google se propose ainsi de
solder une plainte déposée en 2005.
L’avenir de Microhoo! - ARIANE KROL
Dans
l’immédiat, Google n’a rien à craindre.
Personne ne comprend! » déplorait cette semaine le chef de la
direction de Microsoft, Steve Ballmer, au sujet de sa nouvelle
alliance avec Yahoo!. Nuance: les actionnaires de Yahoo! ne
voient pas l’affaire du même oeil que lui. Difficile de les
blâmer. À peine plus d’un an après avoir offert 47,5 milliards
US pour acheter l’entreprise de Sunnyvale, Microsoft a
finalement obtenu ce qui l’intéressait sans avoir à signer de
chèque aux actionnaires. Et avec cette entente de 10 ans, le
portail n’est pas à la veille de recevoir d’autres
propositions d’achat. Pas étonnant que le titre de Yahoo! ait
perdu plus de 15% de sa valeur depuis l’annonce.
Sur papier, l’arrangement semble avantageux pour les deux
partenaires. Yahoo! arrête d’investir dans le développement de
son engin de recherche et refile la facture à Microsoft, tout
en conservant 88% des revenus publicitaires de cette activité.
Pas mal. Le géant de Redmond, de son côté, acquiert une
ressource qui lui manquait cruellement pour améliorer son
propre moteur: des données sur le comportement des usagers.
C’est cette capacité d’analyser des milliards de requêtes qui
explique en grande partie le succès de Google. Ça et une
obsession dévorante pour la technologie. Or, sur ce
terrain-là, Yahoo! n’arrive plus à suivre. Le pionnier de
l’internet a d’autres atouts, comme ses services de courriel
et de nouvelles. Sur le front de la recherche, toutefois,
l’entreprise a dû se rendre à l’évidence. Elle n’arrive pas à
réduire l’écart avec Google.
Si l’entente
reçoit l’aval des autorités antitrust américaines (ce n’est
pas gagné), les pages de Yahoo! garderont le même look, mais
les recherches se feront avec Bing, le moteur de Microsoft.
Sauf que l’engin n’a rien d’une bombe. En fait, il est
tellement poussif qu’on ne voit pas en quoi Yahoo! gagne au
change.
Microsoft a l’air d’un conquérant qui, moyennant deux
casseroles et un bout de verroterie, a réussi à mettre la
main sur un superbe ballot de fourrures. Mais il n’est pas
aussi au-dessus de ses affaires qu’on pourrait le croire.
Avec Google Apps et son futur système d’exploitation Chrome
OS, Google menace directement la croissance des produits
vedettes de Microsoft, Office et Windows. En ciblant le
lucratif marché de la recherche internet, Microsoft espère
faire d’une pierre deux coups: aller chercher de nouveaux
revenus et saper ceux de son concurrent.
Dans l’immédiat, Google n’a rien à craindre. Ses usagers ne
vont pas déserter son moteur pour Bing. Les annonceurs, par
contre, ne resteront pas indifférents à la nouvelle offre
groupée du tandem Microhoo!. En unissant leurs forces, les
numéros 2 et 3 de la recherche ont de bonnes chances
d’augmenter leur part de revenus publicitaires. Rien pour
affamer Google, bien sûr. Mais peut-être assez pour le
contrarier. Car c’est avec ces revenus que l’entreprise
finance son développement dans d’autres secteurs.
Les deux alliés ont compris que leur seule chance de freiner
la progression de Google, c’est de lui couper les vivres. Un
plan un peu retors, et qui demandera du temps. Pas étonnant
que les actionnaires de Yahoo ! aillent voir ailleurs. Steve
Ballmer perd son temps à essayer de les en dissuader. Pour
les ramener, il faudra des résultats tangibles.
à
GUERRE OUVERTE CONTRE GOOGLE -
Maxime Bergeron
La domination
de Google sur la recherche en ligne est-elle menacée ? C’est
ce à quoi s’attaquent Microsoft et Yahoo!, qui s’allient pour
le concurrencer sur le terrain de la recherche et de la vente
de publicité. Mais le géant n’est pas encore ébranlé, le
Les annonceurs ont dépensé 51,6 milliards US sur le web l’an
dernier dans le monde, et ils devraient investir 10% de plus
cette année.
Après un an et demi de négociations houleuses, Microsoft et
Yahoo! sont parvenus à s’entendre pour concurrencer le géant
Google sur le lucratif terrain de la recherche en ligne.
Leur partenariat d’une durée de 10 ans, annoncé hier, survient
après l’échec du rachat de Yahoo! par Microsoft l’an dernier
pour 47,5 milliards de dollars américains. Les deux groupes
demeureront indépendants mais combineront leurs forces en
recherche et en vente de publicité.
« Cette transaction va créer un nouveau concurrent majeur en
recherche », a déclaré Carol Bartz, chef de la direction de
Yahoo!, pendant une conférence téléphonique.
Google s’est imposé au cours des dernières années comme le
leader incontesté du web. Le mastodonte de Silicon Valley
détient 65% du marché de la recherche en ligne aux États-Unis,
comparativement à 20% pour Yahoo! et à 8% pour Microsoft avec
son moteur Bing, selon la firme ComScore.
La nouvelle entité ne détrônera pas Google du jour au
lendemain. Mais elle sera dotée d’une force de frappe beaucoup
plus considérable pour la vente de publicité en ligne, le nerf
de la guerre des portails internet.
Les annonceurs ont dépensé 51,6 milliards de dollars
américains sur le web l’an dernier dans le monde, et ils
devraient investir 10% de plus cette année, selon la firme
d’analyse ZenithOptimedia. La puissante technologie de
Microsoft pour la recherche de mots-clés, couplée à
l’imposante équipe de vente de Yahoo!, permettra de créer un
moteur beaucoup plus efficace et lucratif, croient les
dirigeants des deux groupes.
Malgré ses bénéfices potentiels, la transaction n’a pas fait
le bonheur des actionnaires de Yahoo!, loin de là. L’action a
perdu 12% hier sur le NASDAQ pour clôturer à 15,14$US. « Cette
entente est une très grande déception », a indiqué l’analyste
Clayton Moran, de la firme Benchmark Co.’s, en entrevue à
Bloomberg.
Le titre de Yahoo! s’était apprécié de 41% depuis le début de
l’année, alors que des rumeurs de rachat continuaient à
flotter sur l’entreprise. Sa chute d’hier est la plus abrupte
en une séance depuis novembre dernier.
Les
actionnaires déplorent que la transaction ne contienne aucun
paiement en argent, eux qui songent toujours avec nostalgie
aux 47,5 milliards offerts l’an dernier par Microsoft.
Certains s’attendaient à une somme qui aurait pu atteindre 3
milliards.
La nouvelle alliance fera plutôt grimper de 500 millions le
chiffre d’affaires annuel de Yahoo!, en plus de réduire ses
coûts d’exploitation de 200 millions. Résultat des économies
d’échelle, des mises à pied sont aussi à prévoir chez les
ingénieurs de Yahoo!, a indiqué la présidente, Carol Bartz,
sans préciser de chiffres. L’entreprise a déjà réduit ses
effectifs à plusieurs reprises depuis un an.
Écueils réglementaires
L’ i mplantat ion du par tena r iat Microsoft-Yahoo! prendra
jusqu’à 24 mois, a-t-on annoncé hier. Mais au-delà des
nombreuses questions techniques à régler, la transaction
pourrait aussi se heurter à des écueils sur le plan
réglementaire.
Le sénateur démocrate du Wisconsin, Herb Kohl, qui dirige le
comité antitrust au Sénat des États-Unis, a déclaré à
Bloomberg que la transaction nécessitait un « examen minutieux
». Il craint qu’une telle alliance puisse « décourager
l’innovation », cruciale dans l’industrie des hautes
technologies.
Steve Ballmer, chef de la direction de Microsoft, a au
contraire exprimé la conviction que le partenariat allait
stimuler davantage l’innovation. Il en a profité pour vanter
les vertus de son nouveau moteur de recherche, Bing, salué par
les analystes à son lancement en juin dernier. « Cette entente
nous donne l’échelle et les ressources nécessaires pour créer
l’avenir de la recherche », a déclaré M. Ballmer.
L’alliance entre Microsoft et Yahoo !, assez complexe, exclut
plusieurs produits et marques de commerce lancés au fil des
ans par les deux sociétés. Elles continueront par exemple de
se « concurrencer vigoureusement » dans les secteurs du
courriel et de la messagerie instantanée, ont indiqué les
groupes dans un communiqué.
Les deux entreprises espèrent obtenir le feu vert des
autorités réglementaires américaines au début de 2010, après
quoi le véritable travail d’intégration pourra commencer.
Le titre de Microsoft a légèrement profité de l’annonce
d’hier, clôturant en hausse de 1,4%, à 23,80$US, à la Bourse
NASDAQ. L’action de Google – dont la domination pourrait être
amoindrie – est pour sa part demeurée presque inchangée. Il a
terminé la journée à 436,24$US, en baisse de 0,8%.
Les internautes ne changeront pas leurs habitudes
- Émilie Côté
L’alliance
entre les moteurs de recherche de Yahoo! et Microsoft
fera-t-elle véritablement concurrence à Google ? L’expert en
rayonnement web Éric Baillargeon n’y croit pas du tout. Et
selon lui, monsieur et madame Tout-leMonde qui vont chercher
une recette ou s’informer sur l’internet ne changeront pas
leurs habitudes.
« Dans le meilleur des cas, Yahoo! et Microsoft
représentaient 8% du trafic au Québec et au Canada. Google
domine largement », indique-t-il.
C’est aux États-Unis que le moteur de recherche de Yahoo! a
le plus de succès, avec environ 20% des requêtes. Mais voilà
qu’il va disparaître, rejoignant au cimetière les défunts
moteurs Infoseek et DirectHit. Yahoo! utilisera dorénavant
le moteur de recherche Bing de Microsoft, si les autorités
de la concurrence autorisent l’alliance entre les deux
groupes. Il s’agit d’un partenariat d’une durée de 10 ans,
et non d’une fusion ou d’un rachat.
Y a-t-il un avantage à utiliser Bing plutôt que le moteur de
Google ? Pas selon Éric Baillargeon. « Les algorithmes des
moteurs de recherche se ressemblent beaucoup. Yahoo! et
Microsoft ont copié le modèle de Google, selon lequel plus
il y a de liens vers un site, plus le site est de qualité. »
Selon lui, le moteur de recherche de Google est même plus
efficace en matière de géopositionnement. En d’autres mots,
un Montréalais qui cherche une pizzeria près de chez lui
aura des résultats plus précis en employant Google.
Si les
clients d’Éric Baillargeon ont recours à ses services, c’est
pour améliorer leur visibilité sur le Web. Avec le moteur de
recherche de Yahoo! qui disparaît, il y a un acteur de
moins, ce qui réduit l’offre publicitaire pour les
annonceurs. « Pour le Québec, c’est négligeable, souligne
toutefois le spécialiste en optimisation Web. Tout le monde
se concentre sur Google. »
Stéphane Poirier, aussi spécialiste en référencement sur le
Web, pense également que Google n’a rien à craindre. Mais il
faudra voir si Yahoo! et Microsoft (MSN, Windows Live) par-
viendront à augmenter le trafic sur leurs sites, puis à
convaincre plus d’internautes de faire leurs recherches avec
Bing plutôt qu’avec Google. Si c’est le cas, les annonceurs
voudront aussi faire le saut.
C’est surtout d’un point de vue nostalgique que la
disparition du moteur de recherche de Yahoo ! affecte les
experts du Web interviewés par La Presse. Yahoo! est l’un
des premiers portails à avoir offert un outil de recherche.
« C’est un emblème », rappelle Éric Baillargeon.
« Au-delà de la recherche, c’est une page d’histoire qui se
tourne, dit Carl Charest, rédacteur en chef de Branchezvous.
Yahoo! a été l’un des premiers à nous habituer à faire de la
recherche sur l’internet.
Google devrait rester le roi de Silicon Valley -
Nicolas Bérubé
— Google
est le roi de Silicon Valley, et l’entente entre Yahoo! et
Microsoft ne changera pas le visage de la Mecque de la
technologie, estiment divers analystes. En tout cas, pas
tout de suite. John Cook, rédacteur en chef du site
d’information TechFlash.com, a signalé hier que l’avance
de Google reste importante. « Google est en tête. Il
détient 65% du marché de la recherche sur le Web. Ça
montre à quel point l’entreprise est en avance dans le
domaine. »
M. Cook ne voit pas de changements à court terme dans la
présence de Microsoft à Silicon Valley. « C’est un contrat
qui sera implanté au cours de la prochaine année. C’est
très progressif. Je ne crois pas que Microsoft va faire
une poussée en force dans la vallée. »
Microsoft, dont le siège social est situé à Redmond, dans
l’État de Washington, veut offrir un meilleur produit à
ses annonceurs, dit-il.
« Ils ont près d’un tiers du marché maintenant, c’est plus
attirant. C’est sans doute un point critique, il est
difficile d’ignorer Microsoft aujourd’hui. »
Hier, les analystes semblaient s’entendre sur le fait que
la suprématie de Google est assurée pour un bon bout de
temps. En entrevue avec le site Computerworld, l’analyste
Karsten Weide a tenu à minimiser l’impact de l’annonce.
« Je ne crois pas que Google ait très peur de cette
nouvelle entente. Plusieurs personnes ont dit que Google
devrait être en état d’alerte, mais je ne crois pas que ce
soit le cas. L’entente ne va pas changer le monde. Cela va
rendre Microsoft et Yahoo! plus concurrentiels, mais ça ne
détrônera pas Google. »
Cauchemar?
Henry Blodget, auteur du blogue The Silicon Valley
Insider, croit quant à lui que l’entente n’égratignera pas
la cuirasse de Google, pionnier dans le domaine des
moteurs de recherche « intelligents ».
« Ironiquement, cette entente sera sans doute avantageuse
pour Google, dit-il. La compagnie va pouvoir souffler
tranquille pendant des mois pendant que Microsoft et
Yahoo! essaient d’intégrer leurs ressources et leurs
technologies. »
Selon lui, l’entente entre les deux compagnies est
attrayante sur papier. Mais la coopération entre Yahoo!,
qui a son siège social à Silicon Valley, au sud de San
Francisco, et Microsoft, située en banlieue de Seattle,
risque d’être pénible pour les travailleurs des deux
entreprises.
« Lorsqu’un client de Yahoo ! sera mécontent de la
technologie d’un site, est-ce que le service des ventes de
Yahoo ! va téléphoner au service de l’ingénierie de
Microsoft pour porter plainte? Selon moi, il sera
extrêmement compliqué de faire fonctionner ce partenariat.
Je crois qu’un cauchemar s’annonce à l’horizon. »
La récession frappe le monde des technologies de plein
fouet cette année. Or, c’est Microsoft qui semble être en
moins bonne posture. L’entreprise a sabré près de 3
milliards de son budget en 2009 et fait 5000 mises à pied.
Parallèlement, Google a surpris les analystes récemment en
annonçant une hausse de 18% de ses profits.
La dégringolade de Yahoo ! surprend le PDG de
Microsoft
— Le PDG
de Microsoft, Steve Ballmer, s’est dit « surpris » hier
par la réaction des marchés boursiers, qui ont lourdement
sanctionné le portail internet Yahoo! après l’annonce, la
veille, d’un partenariat entre les deux groupes dans le
secteur des recherches sur l’internet.
« Quand on examine l’accord et qu’on voit la réaction du
marché, personne ne comprend », a déclaré M. Ballmer au
cours d’une réunion d’analystes organisée au siège du
groupe, dans l’État de Washington. « J’ai été plutôt
surpris par la réaction du marché. »
L’action de Yahoo ! a perdu 12,08 % en séance mercredi, et
a encore perdu 3,6 % hier au NASDAQ, pour clôturer à 14,60
$ US. Celle de Microsoft, après avoir gagné 1,41%
mercredi, est demeurée à peu près stable hier avec un
léger gain de 0,04%.
Pourta nt
, à en c r oi r e M. Ballmer, « c’est un partenariat où
tout le monde est gagnant ». « Nous pouvons ensemble créer
de la valeur qui va bénéficier aux actionnaires de Yahoo !
et aux actionnaires de Microsoft », a-t-il assuré.
L’accord annoncé mercredi prévoit que Microsoft prendra en
charge la technologie des recherches sur l’internet au nom
de deux groupes, Yahoo! fournissant de son côté l’équipe
de vente d’espaces publicitaires.
La « réaction bizarre » des investisseurs pourrait être
due au fait que « rien n’a été acheté ni vendu », a estimé
M. Ballmer. « Mais le partenariat en soi crée de la valeur
», a-t-il assuré.
Yahoo !, qui avait refusé l’an dernier une offre de rachat
de 47,5 milliards US avancée par Microsoft, ne reçoit pas
d’argent au comptant aux termes de l’accord. En revanche,
le partage de recettes prévu devrait ajouter 500 millions
US à son chiffre d’affaires annuel quand le partenariat
atteindra sa vitesse de croisière, dans les deux ans après
son entrée en vigueur. Pendant l es c i nq premières
années, Microsoft versera 88 % du chiffre d’affaires
généré sur les sites Yahoo ! , t andis que Yahoo !
continuera à tirer des revenus de ses partenariats
existants avec d’autres sociétés.
Google lance son propre système
d’exploitation - Tristan Péloquin
Il n’y a
décidément plus de limite aux ambitions de Google. Le
géant de la recherche a annoncé hier son intention de
créer son propre système d’exploitation pour
mini-ordinateurs portables, déclenchant ainsi une guerre
quasi philosophique contre Microsoft et son omniprésent
Windows.
L’affrontement entre les deux géants, prévu de longue
date pour quiconque s’intéresse aux rumeurs qui
circulent depuis des mois sur la Toile, opposera deux
conceptions radicalement différentes de ce que doit être
l’informatique à l’ère de l’internet.
Le nouveau système d’exploitation de Google,
contrairement à Windows et à Mac OS-X d’Apple,
fonctionnera entièrement dans le navigateur internet de
l’ordinateur. En d’autres mots, fini les logiciels à
installer : sous Google Chrome OS (c’est le nom
provisoire que Google a donné à son projet), les
logiciels seront chargés comme des pages web. Un noyau
Linux, développé à l’aide de la communauté open source,
fera le pont entre ces logiciels basés sur le web et la
quincaillerie qui compose l’ordinateur.
« L’interface utilisateur sera minimale, pour ne pas
surcharger votre environnement et laisser le champ libre
à ce qui compte le plus aujourd’hui : l’expérience
internet », écrivait hier la société sur son blogue.
Google, qui offre déjà, avec Gmail et Google Docs, une
vaste suite de logiciels gratuits fonctionnant
entièrement dans le navigateur, vise dans un premier
temps le marché des netbooks avec son nouveau système
d’exploitation. L’entreprise entend installer
gratuitement Google Chrome OS sur plusieurs de ces
ordinateurs ultraportables dès le deuxième semestre de
2010. Ce marché, en forte croissance, est pour l’instant
dominé par Microsoft, qui a réussi à imposer son vieux
système d’exploitation Windows XP sur ces appareils qui
coûtent entre 300$ et 600$, mais pour lesquels les
acheteurs paient autour de 45$ pour acquérir la licence
d’utilisation.
Selon le New York Times, Google viserait à rendre son
système d’exploitation nouveau genre suffisamment puissant
pour rouler sur le reste de la gamme des PC.
Une première salve
« C’est une première salve publique qu’envoie Google à
Microsoft, dans une guerre qui se joue en coulisse depuis
environ deux ans », note Michel Dagenais, directeur de
département de génie informatique de l’École polytechnique
de Montréal. Selon lui, l’idée poussée par Google qu’un
système d’exploitation puisse entièrement « vivre » dans
un fureteur pourrait bien plaire à une majorité
d’utilisateurs. « Ce que veulent la plupart des gens,
c’est un système qui démarre en 5 ou 10 secondes, qui joue
de la musique, qui gère des photos et qui va sur le web.
C’est ce que propose Google, et ça répond aux besoins de
70% des utilisateurs », dit-il.
Colin Surprenant, architecte principal chez le développeur
montréalais Praized qui a luimême développé quantité de
produits selon cette philosophie des logiciels « vivant
dans le fureteur », croit que le système de Google rendra
peu à peu Windows obsolète. « Il y a d’immenses avantages
à un tel système d’exploitation. Pour les utilisateurs,
ils ne nécessitent aucune installation et aucune
maintenance. Pour les développeurs, le modèle facilite
grandement le travail : c’est beaucoup plus facile et
rapide de développer pour le web que dans le modèle
classique, où il faut composer avec des librairies
complexes, des pilotes et une foule d’éléments lourds à
gérer ».
« Selon moi, Google Chrome OS a même le potentiel de
déloger Windows, mais il faudra compter quelques années »,
croit M. Surprenant. Tout un défi, quand on sait que
Microsoft détient à lui seul 90% du marché des systèmes
d’exploitation.
Hier, à la Bourse électronique NASDAQ, le titre de Google
a gagné 5,86 $ US, à 402,49 $ US, tandis que Microsoft a
perdu 3 centsUS, à 22,56$US.
CONFESSIONS SUR L’INTERNET AU LIT AVEC BIG
BROTHER - Mathieu Perrault
À la mi-juillet,
le Commissariat à la vie privée du Canada a tapé sur les doigts
du site de réseautage Facebook parce que certaines de ses
fonctions, modifiées depuis, protégeaient mal les renseignements
personnels. Or, certains sites de réseautage vont bien plus loin
: il est maintenant possible de dévoiler, de manière plus ou
moins anonyme, ses infidélités ou ses insatisfactions
conjugales, les péripéties de sa vie sexuelle, les détails de
son cycle menstruel et une foule d’autres statistiques.
Qu’est-ce qui pousse des millions de gens à s’épancher ainsi sur
l’internet ?
PHOTOMICHEL TREMBLAY, ARCHIVES
LE QUOTIDIEN
Il y a quelques années, le mari de Dawn Rouse lui a demandé de
vider ses poches avant de mettre son pantalon au lavage. Sa
demande l’a choquée : la prenait-il pour la bonne ? Plus tard,
lorsqu’elle a trouvé l’agenda électronique de son mari au fond
de la laveuse, elle a été incapable de lui avouer la vérité.
Elle l’a coincé sous le pneu de la voiture pour qu’il pense
qu’il était tombé de sa poche et qu’il avait roulé dessus.
« Chaque femme a son lot de petits secrets qu’elle cache à son
mari », explique Mme Rouse. Originaire du NewHampshire, elle
habite depuis trois ans à MontréalOuest avec son mari et leur
fille de 11 ans et poursuit des études de doctorat en éducation
à l’Université McGill. « J’ai pensé que ce serait bien d’avoir
un endroit où les dévoiler. »
En 2006, Mme Rouse, qui s’occupait alors de la DPJ d’un comté du
New Hampshire, a lancé le site internet truewifeconfessions.
Elle a fourni les 20 premières confidences. Depuis, près de 3000
autres secrets ont suivi, allant de « tu m’énerves quand tu
perds tes clés » à « je vais te quitter dès que notre enfant
aura 18 ans ».
Depuis quelques années, une foule de sites internet rivalisent
entre eux pour colliger les aléas de la vie privée. Postsecret
publie, depuis 2005, des secrets envoyés par la poste à
l’artiste qui a conçu le site. Secondchance permet d’exprimer
ses regrets de façon tout aussi anonyme. Avec Daytum, il est
possible de donner les « statistiques essentielles » sur sa vie,
des repas au restaurant à ses rencontres amoureuses (la version
gratuite de Daytum n’a pas d’options de confidentialité, que
seule la version à 5$ par mois comporte). Monthlyinfo et
Bedposted sont encore plus anonymes – l’utilisateur a accès à
ses seules données – et permettent de tenir un journal sur son
cycle menstruel et sur sa vie sexuelle ( 70% des usagers de
Bedposted songent au site pendant ou immédiatement après une
relation sexuelle).
Docteur, suis-je normal ?
Il y a deux semaines, le Commissariat à la vie privée du Canada
a reproché au site de réseautage Facebook de mal protéger les
renseignements personnels. Mais on peut se poser une question
préalable: pourquoi assiste-t-on à un tel déferlement
d’information intime, dévoilée de façon anonyme ou non, sur la
place publique ?
« Ces
confidences existent parce qu’il n’y a plus de normes
religieuses et que l’autorité des adultes est de plus en plus
remise en question, estime Will Straw, professeur de
communications à l’Université McGill. La seule manière de
vérifier si notre comportement est normal est de voir ce que
font les autres personnes. C’est la même chose que de répondre
à un questionnaire sur sa personnalité dans un magazine. »
Dawn Rouse confirme l’interprétation. « J’ai 39 ans et je fais
partie de la première génération postféministe, dit-elle. On
nous a dit qu’on pouvait tout faire. Mais ce n’est pas vrai:
on ne peut pas à la fois être une mère et une épouse sans
faille et avoir une carrière mirobolante. On manque de temps.
Les confidences permettent d’avoir des commentaires pour
reconnaître les situations inacceptables, et on lit celles des
autres pour se comparer. »
Exposer sa vie sur l’internet permet aussi d’obtenir
l’absolution pour ses travers. « Quand on décrit ses mauvais
côtés sur l’internet, on a implicitement l’acceptation des
personnes qui nous lisent », explique B. J. Fogg, psychologue
à l’Université Stanford, joint en Californie. « C’est un peu
la même chose que les confessions publiques dans certaines
églises baptistes. »
L’influence du virtuel sur le réel
Le chercheur californien se sert de Facebook pour étudier la
psychologie de la persuasion. « On peut se demander comment
des gens arrivent à convaincre leurs amis de dévoiler leur vie
intime sur l’internet simplement en leur demandant d’être
leurs amis Facebook, dit M. Fogg. À mon avis, c’est un
phénomène de “ normalisation”: des 800 personnes qui sont mes
amis sur Facebook, il y en a probablement à peine 100 qui
actualisent mettent régulièrement leur page à jour et 50 qui
font des changements chaque jour. Mais leur comportement est
présenté comme la norme, à la fois par la culture populaire et
par la compagnie Facebook elle-même. »
Chose certaine, Facebook a parfois une influence directe sur
la vie réelle. Des psychologues de l’Université Guelph ont
montré dans une étude que les hommes qui visionnent la page
Facebook de leur copine deviennent plus jaloux. Et le magazine
Time a parlé récemment des dilemmes des nouveaux couples
fervents de Facebook. Certains se sont séparés parce que l’un
des tourtereaux n’avait pas changé assez vite son statut de «
célibataire » à « en couple ». Des parents ont appris que leur
enfant s’était fiancé par des amis qui avaient vu le
changement de statut sur Facebook. Des nouveaux mariés ont
changé simultanément leur statut respectif de « fiancé » à «
marié »… en plein milieu du mariage.
Cet autoexamen constant aura des conséquences néfastes, croit
Aric Sigman, psychologue à l’Institut de biologie du
Royaume-Uni, qui publiera à l’automne un livre sur le sujet,
The Spoilt Generation. « En regardant constamment sa propre
vie à distance, on la transforme en objet au lieu de la vivre,
dit M. Sigman. C’est à mon avis une conséquence néfaste de la
téléréalité. On s’habitue à ne plus avoir de vie intime, à
être constamment observé. On n’a plus d’amis en chair et en os
qui peuvent nous avertir quand on adopte des comportements
toxiques, voire criminels, parce qu’on trouve toujours sur
l’internet des gens au mode de vie extrême. Je ne suis pas
contre les sites de réseautage, mais je pense qu’il faudrait
toujours avoir davantage de relations humaines réelles. Si les
amis virtuels étaient aussi bénéfiques que ceux qu’on
rencontre en personne, plus personne ne prendrait l’avion pour
aller voir sa parenté durant les Fêtes. »
Divorce et Facebook: prudence!
Quatre choses
à ne pas faire sur Facebook quand on est en instance de
divorce, selon le magazine Time :
1. Ne pas évoquer des activités coûteuses ou les cadeaux qu’on
fait à un nouveau partenaire : un juge pourrait estimer qu’on
dilapide le patrimoine familial.
2. Ne pas
mettre en ligne des photos de fêtes bien arrosées quand la
garde des enfants n’est pas décidée. Ne pas oublier les photos
sur les sites de ses amis.
3. N’attaquez pas votre ex, son avocat ou le juge.
4. N’enlevez pas immédiatement votre ex-belle-famille de la
liste de vos amis.
Cyberintimidation
Un juge californien vient d’acquitter Lori Drew, une
quadragénaire du Missouri qui a poussé au suicide une amie de sa
fille par le truchement du site de réseautage MySpace. Cette
tragédie, survenue en 2006, a donné lieu à l’adoption de plusieurs
lois criminalisant la cyberintimidation, les « lois Megan », du
nom de la jeune victime de 13 ans. Megan Meier s’était disputée
avec la fille de Mme Drew, laquelle, pour venger sa fille, s’était
fait passer pour un garçon qui courtisait Megan sur MySpace. Après
un mois, le faux garçon avait rompu, avait traité Megan de «
grosse » et de « méchante » et avait affirmé que tout le monde à
l’école la détestait. Le jour d’après, Megan, qui avait des
antécédents dépressifs connus de Mme Drew, s’est pendue. Un jury
de Californie, où la compagnie MySpace a son siège social, a
rejeté en novembre dernier des accusations de conspiration contre
Mme Drew, mais l’a condamnée pour infractions au contrat de
service de MySpace. En rejetant cette condamnation, parce qu’elle
est basée sur des lois visant tout d’abord les pirates
informatiques, le juge a indiqué que si le jury avait retenu les
accusations de conspiration, il n’aurait pas acquitté Mme Drew.
Confidentialité... jusque dans les airs
De plus en plus d’études épidémiologiques superposent des
cartes géographiques pour détecter des liens insoupçonnés entre
des maladies et les caractéristiques physiques ou socioéconomiques
de certains quartiers. Les progrès des technologies de
cartographie signifient que certains individus malades pourraient
être directement identifiés, selon une étude de l’Université
d’État de la Louisiane. « Toute carte contenant des données sous
forme de point géographique peut être transformée pour révéler
l’adresse associée à ces points », affirment les géographes
louisianais, qui ont établi une carte des morts survenues durant
l’ouragan Katrina, laquelle a été publiée dans un quotidien local.
Sur la carte, chaque point représentait une vingtaine de morts et
couvrait environ un pâté de maisons et demi.
Le sexe en direct
Boffery, un
site de réseautage toujours en construction, va encore plus
loin dans la publication de renseignements intimes : il
permettra de tenir un journal de sa vie sexuelle sous la forme
d’une cartetoile d’araignée qui sera accessible à ses amis.
Boffery, qui fera des liens du style « six degrés de
séparation », est l’oeuvre de quatre jeunes militants
américains des « modes de vie marginaux ». L’une d’entre eux,
Melissa Gira Grant, a récemment décrié les médias qui avaient
fait un lien entre les annonces personnelles du site
Craigslist et une série de meurtres.
« Nous
utilisons tous les quatre le web pour raconter des histoires
de sexe et nos expériences sexuelles », explique Mme Grant en
entrevue électronique. « Mais les services de réseautage ne
sont pas adaptés aux confidences sexuelles. Nous voulons, avec
Boffery, refléter ce que les gens font d’habitude dans les
soirées : ils regardent autour d’eux avant de raconter leurs
expériences sexuelles, pour éviter que des gens avec qui ils
ne sont pas intimes entendent leurs propos. Nous voulons
encourager les gens à se dévoiler davantage en leur donnant
plus d’instruments pour déterminer ce qu’ils disent à qui. »
Plus de 2000 personnes , en Amérique du Nord et en Europe, ont
demandé de participer à la version d’essai de Boffery. Une
enquête auprès de 400 d’entre eux montre que 85% tiennent un
journal de leur vie sexuelle et que 70% l’exposent sur
l’internet. « Ce sont des gens qui, pour flirter, utilisent
plutôt les sites de réseautage que les sites de rencontres.
Ils ont tendance à faire davantage confiance à leurs amis
qu’aux "experts" en matière de sexualité », dit Mme Grant.
C’est la faute à Yves Boisvert - YVES
BOISVERT
Appelez-moi
plutôt Réjean Tremblay, si ça ne vous dérange pas. Je suis un
peu embarrassé par mon nom, ce matin. Le 19 mai, j’ai écrit
une chronique intitulée « On a volé Yves Boisvert ». Je
parlais du prof de l’ENAP, qui porte le même nom que moi. Il
m’a déclaré que la Régie des alcools, des courses et des jeux
avait tronqué une étude sur les loteries vidéo, étude faite
avec trois autres chercheurs.
Il l’avait surtout déclaré sous serment dans un procès en Cour
supérieure, le 11 décembre 2008, mais l’information n’était
pas sortie.
Dès le matin de la parution de l’article, le ministre Jacques
Dupuis déclenche une enquête interne. L’enquête n’est pas
terminée mais on peut vous dire immédiatement l’essentiel:
cette histoire est entièrement fausse.
Non seulement la RACJ n’a rien tronqué du tout, mais c’est
Yves Boisvert lui-même qui a modifié la recherche qu’il
dirigeait (ou du moins a demandé qu’on le fasse), pour
satisfaire la RACJ.
Sauf que seule la recherche entière, de 114 pages, enregistrée
à la Bibliothèque nationale, était connue du public. Signée
par Yves Bélanger, Élisabeth Papineau, Harold Vétéré et Yves
Boisvert, avec la collaboration d’Allison Marchildon. Le
titre: La responsabilité de l’État québécois en matière de jeu
pathologique: la gestion des appareils de loterie vidéo.
Le rapport avait été commandé par la RACJ au Laboratoire
d’éthique publique, dirigé par Boisvert. La RACJ ne l’aimait
pas, le trouvait trop peu scientifique, trop plein d’opinions.
La RACJ a permis à l’Institut national de la recherche
scientifique (INRS) de le publier, mais sans mentionner qui
l’avait commandité.
Ce qu’on ignorait, c’est que l’INRS avait accepté d’en faire
une version condensée, comme par hasard amputée de passages
critiques sur l’économie du jeu et son coût social. Le nom de
Mme Papineau avait disparu et le titre était désormais Rapport
sur la gestion des appareils de loterie vidéo. Arrangement
administratif!
Pour un labo d’éthique, ça ne fait pas chic, mais bon:
personne ne l’aurait jamais su s’il n’y avait pas, à Québec,
ce procès intenté par des joueurs pathologiques contre
Loto-Québec.
L’avocat des joueurs, Jean-Paul Michaud, a demandé à la RACJ
(non impliquée dans le procès) de déposer ses rapports sur le
sujet. Elle a déposé ce rapport édulcoré en toute bonne foi.
On a appelé le prof Boisvert à témoigner, le 11 décembre. Sous
serment, il a déclaré que jamais il n’avait produit ce
rapport. Il y avait une odeur de cover up à la cour…
Il n’y a qu’un seul document qui émane de l’INRS, dit Boisvert
au juge: c’est le rapport de 114 pages. L’autre est « un
document fabriqué ». Il se dit « heurté » d’apprendre son
existence. Il est « renversé » de voir que le « client » (la
RACJ) s’est permis d’enlever le nom de Mme Papineau. C’est «
grave », déclare-t-il au juge, car on s’est permis d’écrire «
copyright » sur le document « fabriqué ». Ce n’est
certainement pas une erreur d’inattention, vu ce qui manque,
ajoute-t-il.
Il prend la peine d’expliquer que souvent, les commanditaires
des recherches sont mécontents des résultats et veulent des
modifications. Mais en tant que chercheur, il se contente de
livrer les résultats. Il préfère « bien dormir », quitte à
être « un peu plus pauvre » mais avec son intégrité, plutôt
que de se plier aux exigences des clients, dit-il. Merde,
c’est lui qui l’avait fait! La chercheuse É l i sabeth
Papineau, qui témoigne elle aussi, se montre choquée devant le
juge de voir qu’on a joué dans son étude et retiré son nom –
avec raison. Il y a une question de violation du droit
d’auteur.
Le juge Gratien Duchesne laisse voir qu’il est choqué par
l’affaire. Mais les affirmations ne Boisvert ne sont
aucunement contredites en Cour. Les avocats de Loto-Québec,
nullement impliquée dans cette histoire d’étude tronquée,
apprennent l’affaire en même temps que tout le monde et sont
aussi abasourdis.
J’ai rencontré Boisvert au mois d’avril, donc quatre mois
après son témoignage. C’est lui qui m’a informé de l’histoire.
Il m’a donné copie des deux rapports. Il m’a même fait un
parallèle avec l’affaire Guy Lafleur : cette fois, c’est
l’État qui trompe la Cour ! Quelle histoire ! Il m’a montré
comment c’était du travail d’amateurs : la page frontispice
avait été changée, mais l’en-tête des pages intérieures
portait encore le nom de l’enquête originale. Ridicule !
C’est lui, à
ma demande, qui m’a fait parvenir toutes les transcriptions
pertinentes.
Et trois semaines plus tard, après avoir retrouvé tous les
courriels et documents avec les avocats de l’INRS… il est bien
obligé de se rendre à l’évidence: c’est son labo qui a fait
ça. Il a écrit au juge la semaine dernière que la RACJ n’a
rien fait de mal. Il présente ses excuses à la Régie, à la
cour, à moi aussi.
C’est du délire, ou quoi? Que s’est-il donc passé? Il s’est
passé ce qui arrive souvent, mais qui est un secret inavouable
de la recherche commanditée: c’est lui qui a lui-même tronqué
le rapport pour la Régie qui n’aimait pas l’original.
Oh, pour des fins élevées, bien sûr : on lui permettrait de
publier la vraie recherche, l’autre serait enfouie sur une
tablette de la Régie, et puis merde, qu’ils s’arrangent avec
ça, on s’en fout, c’est le prix à payer pour publier la «
vraie » étude de 114 pages, celle qui compte.
Les échanges de documents le montrent : s’il ne l’a pas fait
luimême, il en a donné l’ordre. Mais il avait « oublié » cet
épisode « pas des plus glorieux » et était passé à autre
chose.
Et six ans plus tard, quand, avant de témoigner, on lui montre
le document tronqué, il ne le reconnaît pas. « Je me suis dit:
c’est quoi, cette cochonnerie? »
Ben… c’était sa cochonnerie et celle de l’INRS.
Sauf que, sous serment, il a expliqué en quoi ce document
tronqué est ridicule, mal fait et certainement pas de lui. Il
est allé attaquer la Régie. Et, comme souvent, il a été très
sévère dans ses commentaires. Mais tout était de sa faute.
Comment a-t-il pu oublier avoir enlevé le nom d’un chercheur
pour plaire à un commandi t a i re ? C’es t tout de même une
faute d’éthique assez spectaculaire.
Il a consulté des collègues avant de témoigner. Il avoue qu’il
aurait dû faire plus de recherches avant d’accuser la RACJ
publiquement et très officiellement, devant la Cour
supérieure… et dans La Presse. En effet. Quelle histoire nous
avions ! Une société d’État qui trafique un rapport! Dans le
domaine glauque du jeu, en plus. Joli scandale. Et tout était
dit sous serment devant la Cour supérieure! Du gâteau.
Mais ce n’était pas vrai, même pas un petit peu.
Boisvert a démissionné de la direction du laboratoire
d’éthique qu’il dirigeait et de la revue d’éthique qu’il avait
fondée. On ne l’entendra pas de sitôt commenter l’éthique
publique des autres dans les médias.
Quant à moi, même si tout mon récit reposait sur des
témoignages rendus sous serment, j’ai écrit sans le savoir des
balivernes et je ne suis pas content.
Même s’il m’a induit lourdement en erreur, je laisse encore le
bénéfice du doute à Boisvert sur cet oubli, ma foi, bizarre.
Il a été tellement candide, j’ai peine à croire qu’il ait
aussi grossièrement accusé la Régie et bousillé sa carrière.
C’est tout de même lui qui a trafiqué son rapport, et comme il
l’a dit au juge: c’est grave.
Reste qu’au bout du compte, sur la foi de ces témoignages,
j’ai aussi accusé injustement la RACJ. Je dois donc aux
lecteurs de La Presse et aux gens de la RACJ des excuses que
je fais ici.
LOTERIES
VIDÉO ET JEU PATHOLOGIQUE La Régie n’a pas trafiqué le
rapport
Le chercheur Yves Boisvert « a affirmé des choses sans
avoir pris le temps de vérifier ».
— Le chercheur Yves Boisvert a faussement accusé la Régiedes
alcools, des courses et des jeux (RACJ) d’avoir trafiqué son
rapport sur les appareils de loterie vidéoet le
jeupathologique. Il vient de démissionner de son poste de
directeur du Laboratoire d’éthique publique de l’ENAP.
La semaine dernière, Yves Boisvert a déposé une déclaration
sous serment à la Cour supérieure pour corriger le
témoignage qu’il avait fait en décembre dans le cadre du
recours collectif de joueurs pathologiques contre
Loto-Québec. Dans ce document de deux pages, il reconnaît
que le Laboratoire d’éthique publique de l’INRS avait
lui-même produit ce « rapport synthèse » à la demande de la
RACJ, ce qu’il avait oublié. En plus d’être l’un des auteurs
du rapport, il était à l’époque directeur du Laboratoire.
Le 11 décembre, devant le juge Gratien Duchesne, M. Boisvert
avait affirmé sous serment que le rapport de 53 pages,
déposé en cour par la RACJ, était un « document fabriqué »
qui « ne peut être attribué » à son équipe de recherche. «
C’est un document assez choquant et heurtant pour un
chercheur parce qu’il y a des manipulations », ajoutait-il.
M. Boisvert avait raconté la même histoire à La Presse, qui
a publié un texte le mois dernier. Le ministre de la
Sécurité publique, Jacques Dupuis, a aussitôt déclenché une
enquête administrative, toujours en cours, sur la RACJ. Or,
après vérifications, la Régie n’a pas trafiqué le rapport de
l’INRS.
Cette affaire a commencé en
Selon la version initiale de M. Boisvert, l’INRS avait remis
à la RACJ en 2003 un seul rapport, de 114 pages. La Régie
avait autorisé l’INRS à publier le document à la condition
de ne pas révéler qui l’avait commandé.
Yves
Boisvert disait n’avoir appris l’existence du rapport de 53
pages qu’à l’automne 2008, lorsqu’il a reçu un coup de fil
de l’avocat Jean-Paul Michaud, qui représente les deman2002
lorsque la RACJ a octroyé un contrat à l’INRS pour la
réalisation d’une étude sur les loteries vidéo et le jeu
compulsif. À la fin de l’été, les quatre chercheurs – Yves
Boisvert, Élisabeth Papineau, Yves Bélanger et Harold Vétéré
– ont remis un rapport de 114 pages, critique de plusieurs
aspects de la commercialisation des appareils. La RACJ a
jugé que cette étude avait « un style éditorial que ne
correspondait pas au mandat donné », selon son porte-parole,
Réjean Thériault. À l’automne, l’INRS et la RACJ ont eu des
échanges pour apporter des modifications. deurs dans le
recours collectif contre Loto-Québec. Dans le cadre de cette
requête, l’avocat avait demandé à la RACJ de déposer toutes
ses études sur le jeu pathologique. L’organisme n’avait
déposé que le rapport de 53 pages. Yves Boisvert a conclu
que la RACJ avait « fabriqué » ce document, qu’elle avait
tronqué le rapport de 114 pages. C’est ce qu’il a dit au
juge Duchesne en décembre, puis à La Presse.
À la suite du déclenchement d’une enquête administrative le
19 mai, l’INRS a entrepris des recherches. Il a découvert
que les allégations de M. Boisvert sont fausses. Le
chercheur a informé la Cour supérieure dans une déclaration
sous serment la semaine dernière. « Il appert de l’ensemble
des correspondances retrouvées que les parties au contrat,
l’INRS et la RACJ, se sont entendues afin que l’INRS
produise un rapport synthèse du rapport de recherche de 114
pages », affirme M. Boisvert dans la déclaration sous
serment. L’INRS a retrouvé un courriel daté du 17 février
2003 et envoyé à la RACJ par Allison Marchildon, à l’époque
coordonnatrice du Laboratoire de l’INRS. Ce courriel
contient les deux rapports. M. Boisvert l’avait reçu en
copie conforme. « Je constate aujourd’hui que le rapport
synthèse de 53 pages émane bien du Laboratoire d’éthique
publique dont j’étais le directeur à l’époque »,
indique-t-il dans sa déclaration sous serment. Et si M.
Boisvert n’a pas fait lui-même le rapport de synthèse, il en
a demandé la production. « Je prie cette Cour, les parties
en l’instance de même que la RACJ d’accepter mes plus
sincères excuses découlant de mon oubli », ajoute le
chercheur, qui n’a pas voulu faire de commentaires à La
Presse hier.
« Dès qu’il a découvert son oubli, il a apporté les
précisions à la Cour, a dit son avocat Pierre A. Gagnon. Il
a fait ce qu’il avait à faire. (...) Ce n’est pas la
première fois que les gens témoignent de mémoire et font une
erreur.»
Démission
Yves Boisvert, qui est aujourd’hui à l’ENAP, a démissionné
de son poste de directeur du Laboratoire d’éthique publique
de cette institution le 21 mai. «Compte tenu de l’importance
de l’erreur, nous avons accepté sa démission », a affirmé le
directeur des communications de l’ENAP, Dominic Beaulieu. M.
Boisvert « a affirmé des choses sans avoir pris le temps de
vérifier. Dans son domaine, l’éthique, c’est un peu embêtant
», a-t-il ajouté. M. Boisvert demeure toutefois professeur
en éthique.
Yves Bélanger, l’un des auteurs du rapport, est renversé. Il
n’avait pas été informé de la production d’un document de
synthèse en 2003. « Moi, j’avais acheté la version » de M.
Boisvert exposée en cour, a-t-il dit. « Ce que j’apprends
maintenant, ça me coupe les jambes.»
La RACJ et l’INRS refusent de commenter l’affaire tant que
l’enquête administrative n’est pas terminée.
On a volé Yves Boisvert - YVES
BOISVERT
Ce n’est pas
Yves Boisvert qui le dit, c’est moi: il y a eu vol de chercheurs
et tentative de tromper.
Ça fait drôle d’aller manger avec Yves Boisvert. Depuis le temps
que je le vois cité à gauche et à droite, je voulais une preuve
tangible de son existence.
C’est fait. Yves Boisvert existe, je l’ai rencontré.
Il n’a pas suffi qu’il porte le même nom. Il a fallu qu’on ait à
peu près le même âge et qu’il soit professeur d’éthique publique
à l’ENAP. On passe notre temps à faire des commentaires sur les
mêmes sujets. Gomery, les compteurs d’eau, Mulroney…
C’est comme si un autre moi, mais savant celui-là, se promenait
en ville pour dire avec plus de science ce que j’ai à dire.
J’ai même déjà été félicité pour un de ses livres. C’est
vraiment le comble de l’imposture et je profite de l’occasion
pour présenter mes excuses à tous les Yves Boisvert dont j’ai pu
ternir la réputation.
Car il y a aussi un fameux poète du même nom en Mauricie. Pour
un prof d’université, voir des opinions un peu sommaires émises
en son nom est sans doute un agacement. Mais pour un poète,
passer pour journaliste… Je suis vraiment désolé. Nous étions
donc face à face sur la terrasse d’un restaurant à causer
éthique et gouvernance et généalogie et Guy Lafleur en
s’observant tout de même, mais du coin de l’oeil seulement, pour
ne pas trop appuyer sur la bizarrerie du moment.
Et là, et là… Et là, il m’a raconté ceci qui m’a levé le coeur.
Au tournant de 2000, la Régie des alcools, des courses, des jeux
et de quelques ratons laveurs (RACJ pour les intimes) commande à
Yves Boisvert une étude sur les loteries vidéo et le jeu
compulsif. La Régie est l’organisme qui est censé réguler et
surveiller le jeu au Québec.
À l’époque, Boisvert est responsable du laboratoire d’éthique
publique de l’INRS. Il s’adjoint trois autres universitaires :
Yves Bélanger, Élisabeth Papineau et Harold Vétéré.
L’enquête porte sur les dangers des appareils de loterie vidéo,
les perceptions du public, les expériences internationales et
vise à faire des recommandations pour rendre le plus éthique
possible ce commerce entre les mains de l’État.
Dès le début de l ’ étude, Boisvert reçoit un coup de fil d’un
M. Jacques Normand, du ministère des Finances du Québec. Il a
entendu dire que cette étude était en cours et se demandait qui
l’avait commandée. Puisqu’il y avait une entente de
confidentialité, Boisvert n’en a rien dit.
« Votre étude est dangereuse pour l’économie québécoise », dit
alors M. Normand. Visiblement, on est nerveux aux Finances, vu
les sommes astronomiques générées par ces machines (plus d’un
milliard annuellement).
Qu’importe, les
quatre chercheurs poursuivent leur travail et signent, avec leur
collaboratrice Allison Marchildon, un rapport de 114 pages
qu’ils remettent à la RACJ en juillet 2002.
Quelle n’est pas la surprise de Boisvert d’apprendre que M.
Normand a eu une promotion latérale des Finances… à la RACJ.
Pourquoi pas?
Passent les jours et passent les semaines. Les gens de la Régie
paraissent satisfaits, selon Boisvert. Le rapport n’est pas «
contre » la loterie vidéo, mais critique de plusieurs aspects de
leur commercialisation. Tout de même, la Régie conteste quelques
formulations un peu brusques. On négocie sur des virgules, on
soumet de nouvelles versions et on attend la publication…
Mais la publication ne vient jamais. En janvier 2003, la RACJ
annonce aux gens de l’INRS que l’étude ne sera pas retenue. Les
chercheurs peuvent la publier, mais sans jamais dire qui l’a
payée. Ce qu’ils font, un peu déçus, mais enfin leur étude fait
son chemin : elle est citée par des parlementaires en Europe,
notamment.
Puis, en 2008, Boisvert reçoit un coup de fil de l’avocat
JeanPaul Michaud, qui représente les demandeurs dans le recours
collectif, à Québec, de joueurs pathologiques contre Loto -
Québec. Une cause commencée l’automne dernier et qui ne finira
pas avant l’automne prochain.
L’avocat demande à Boisvert de venir témoigner au sujet de ses
deux études. Comment, deux études ? Oui, celle qui est publiée
par l’INRS, et une deuxième, déposée par la RACJ à la Cour, qui
ne compte que 53 pages, par les mêmes chercheurs, moins Mme
Papineau. Boi sver t se fa i t fa xer la deuxième étude… Eh
bien, c’est une nouvelle version interne par la RACJ, qui avait
rejeté la première !
Des gens à la Régie ont supprimé la moitié de l ’ étude,
évidemment les parties plus critiques qui ne faisaient pas leur
affaire (et la recommandation de donner de vraies dents à ce
chien de poche). Ils ont enlevé le nom de Mme Papineau… qui a
pourtant signé tout le rapport. Ils ont changé le titre en page
couverture (mais pas sur l’en-tête des pages !). Ça ne s’appelle
plus « La responsabilité de l’État québécois en matière de jeu
pathologique : la gestion des appareils de loterie vidéo ». Ça
s’appelle : « Rapport sur la gestion des appareils de loterie
vidéo ». C’est essentiellement une analyse de sondage.
La Régie a ajouté un logo du laboratoi re d’éthique publique,
changé la date de publication et tout ça sans aucune permission.
Et ils ont déposé ça à la Cour. C’est un faux rapport, car aucun
des auteurs n’a signé cela. C’est un rapport tronqué. C’est de
la fausse représentation. C’est du vol de droit d’auteur. Et
comme c’est déposé comme document à la Cour, sans la moindre
mise en garde, c’est grave.
Ce n’est pas Yves Boisvert qui le dit, c’est moi: il y a eu vol
de chercheurs et tentative de tromper.
Ça bat Guy Lafleur de très loin.
Tout ce que je viens de raconter est dans les transcriptions du
procès. Personne ne veut commenter, sur tout pas les avocats, en
plein mi l ieu du procès.
Quelqu’un de la Régie a dit que le premier rapport n’était pas
assez scientifique à ses yeux, trop « éditorial ». OK. Ça ne
donne pas le droit de le tripoter et d’en écrire un autre sans
la permission des auteurs.
La question à 1 milliard, maintenant : va-t-on enquêter sur ce
tripotage en haut lieu?
L’affaire Boisvert et cie (suite)
On ne peut pas
s’approprier une partie de ce travail sans la permission des
auteurs, biffer un nom, faire circuler un document signé par des
gens qui ont fait l’original, comme si de rien n’était.
J’ai bien hâte de voir si l’enquête déclenchée hier par le
ministre Jacques Dupuis va nous éclairer au sujet de cette étude
tronquée par la RACJ, dont je parlais hier.
En attendant, voici le contexte de sa découverte.
Il y a donc ce recours collectif, au palais de justice de
Québec, entrepris par des joueurs compulsifs contre Loto-Québec.
Ils se disent victimes des manipulations et incuries de la
société d’État et réclament pour tous les joueurs pathologiques
des centaines de millions de dollars. Le procès a commencé en
septembre 2008 et durera jusqu’à l’automne prochain.
Dans le cadre de ce procès, l’avocat des demandeurs, JeanPaul
Michaud, demande à la Régie de fournir à la cour les études sur
les loteries vidéo et le jeu compulsif que la RACJ a pu
commander.
La RACJ ( Régie des alcools, des courses et des jeux) dépose
alors une étude signée par trois chercheurs, Yves Boisvert, Yves
Bélanger, Harold Vétéré. Le titre: Rapport sur la gestion des
appareils de loterie vidéo. Avec le logo du Laboratoire
d’éthique publique. On peut voir le logo « copyright » accolé au
nom du labo.
C’est donc à la demande de l’avocat que la Régie a déposé ce
document. Loto-Québec n’est pas mêlée à ce dépôt, ni aux actes
de la Régie, d’ailleurs. Jusque-là, tout va bien.
Peu de temps après, à l’automne 2008, Me Michaud appelle Yves
Boisvert pour qu’il vienne témoigner au sujet de « ses » études
sur les appareils de loterie vidéo ( ALV). Boisvert et les deux
autres, plus Élisabeth Papineau, ont en effet publié en 2003 une
étude bien connue dans le milieu, qui fait 114 pages. Elle
s’intitule La responsabilité de l’État québécois en matière de
jeu pathologique : la gestion des appareils de loterie vidéo.
Le hic, c’est qu’il n’y a pas deux études. Boisvert et les trois
autres n’en ont fait qu’une, celle de 114 pages, commandée par
la RACJ et remise à celle-ci en juillet 2002.
Mais la Régie la trouvait trop critique, trop « éditorialisante
», bref, elle ne l’a pas accepté, ce qui est évidemment son
droit. L’INRS a lui-même publié l’étude, mais en tenant
confidentiel le nom du commanditaire.
D’où vena i t donc c e t t e deu x i ème é t ude ? P a s de
Boisvert, ni de ses collègues, bien qu’on les présente comme
auteurs.
Quelqu’un, quelque part a épuré la première étude de 114 pages
et en a fait la deuxième. Le comique de l’affaire est que les
épurateurs ont refait la page couverture et le titre, mais ont
négligé de changer le titre à l’en-tête des pages, à
l’intérieur. Donc, en haut des pages 2 et suivantes, c’est le
titre de l’étude originale qui apparaît.
Qu’a-t-on
éliminé? Le texte n’a pas été réécrit. On a simplement éliminé
61 pages.
Quoi ? Des phrases désagréables sur la dangerosité des ALV, par
exemple.
Banal, direz-vous. En effet. Mais dans les 61 pages supprimées
de la deuxième étude (la fausse), c’est toute la comparaison
internationale et l’analyse de l’économie du jeu qui était
présentée. Ex. : « Chaque fois qu’un gouvernement propose de
déréglementer le jeu ou de mettre un frein à son expansion, le
lobbying de cette industrie est à la hauteur de son efficacité
et de ses moyens financiers. »
On y lisait aussi que, selon un employé d’une filiale de
Loto-Québec, l’offre de jeu n’atteint pas encore la demande au
Québec. On note que plusieurs commerces ne seraient plus viables
sans la loterie vidéo. On s’interroge sur la présence de
guichets près de ces appareils. On citait des études américaines
montrant que plus l’industrie du jeu est implantée depuis
longtemps sur un territoire, plus on y retrouve de joueurs à
problème. On notait qu’il y a lieu de bien évaluer
économiquement les coûts sociaux du jeu au Québec, très réels.
Des études américaines montrent qu’entre un quart et un tiers
des joueurs disent avoir perdu leur emploi à cause du jeu. Et
60% des joueurs perdent en moyenne sept heures de travail par
mois pour jouer, un coût de 1300$ par année par joueur.
Tout cela a été supprimé. Il n’est resté qu’un sondage d’opinion
analysé et les recommandations du groupe – sauf celle de
renforcer la Régie pour mieux surveiller le jeu et l’industrie.
Si cette étude ne vaut rien (ce qui est difficile à soutenir),
on peut encore moins piger dedans les bouts qui font l’affaire
du client. Et en tout état de cause, on ne peut pas s’approprier
une partie de ce travail sans la permission des auteurs, biffer
un nom, faire circuler un document signé par des gens qui ont
fait l’original, comme si de rien n’était.
Qui a fait cela ? Dans quel but ? Pour les fins internes de la
Régie, dans le cadre de débats entre ministères ? Pour
simplement ne pas être officiellement informé? Ou tout
simplement parce qu’on y lisait un biais idéologique? Quelle que
soit la réponse, c’est illégal à sa face même. Il ne faut pas
manquer de culot pour, en plus, inscrire le copyright du
laboratoire d’éthique publique (suprême ironie).
On parle d’une société d’État, tout de même.
Et même s’il n’a pas été conçu pour être déposé à la Cour (
j’ose espérer que non), quand on est convoqué pour le déposer,
la moindre des choses serait de signifier que le document n’est
pas authentique – en tout cas, ce n’est pas celui signé par les
chercheurs.
Quand il est allé témoigner devant le juge Gratien Duchesne,
l’automne dernier à Québec, Boisvert a tout raconté. Il a dit au
juge qu’il se sentait « heurté » de voir qu’on avait tronqué son
étude et biffé le nom d’une collègue. Le juge, visiblement
stupéfait, choqué même, lui a répondu qu’il le trouvait bien
poli…
D’accord avec vous, monsieur le juge.
Étude sur le jeu compulsif - Québec déclenche une enquête
tronquée par la
RACJ et déposée en cour
— Le ministre de la Sécur ité publique, Jacques Dupuis, a
déclenché hier une enquête administrative sur la Régie des
alcools des courses et des jeux ( RACJ) qui aurait déposé un
rapport de recherche tronqué en Cour dans le cadre d’un recours
collecti f contre Loto-Québec.
La Presse a révélé hier que la RACJ aurait modifié en bonne
partie un rapport de quatre chercheurs de l’INRS sur les
appareils de loterie vidéo et le jeu compulsif, rapport qu’elle
avait elle-même commandé.
La moitié de l’étude qui date de 2003 – les parties les plus
critiques – aurait été supprimée par la RACJ sans l’accord des
auteurs. Le nom d’une chercheuse, Élisabeth Papineau, a été
enlevé. Le titre a été changé sur la page couverture, mais pas
sur l’en-tête des pages. Le rapport s’intitulait La
responsabilité de l’État québécois en matière de jeu
pathologique : la gestion des appareils de loterie vidéo. Le
document transmis au tribunal par la RACJ l’an dernier s’appelle
Rapport sur la gestion des appareils de loterie vidéo. L’étude a
été déposée en cour sans mise en garde.
« J’ai lu l’article de La Presse, et ça m’a préoccupé. On parle
d’une étude qui, apparemment, aurait été manipulée. Ça m’a
suffisamment troublé pour demander à mon sous-ministre d’aller
au fond des choses », a affirmé Jacques Dupuis à la sortie d’une
réunion du caucus libéral. L’« enquête administrative » sera
menée par le ministère de la Sécurité publique et un enquêteur
indépendant.
La RACJ a commandé à l’INRS une étude sur les loteries vidéo et
le jeu compulsif. À la fin de l’été 2002, les quatre chercheurs
– Yves Boisvert, Yves Bélanger, Élisabeth Papineau et Harold
Vétéré – ont remis un rapport de 114 pages, critique de
plusieurs aspects de la commercialisation des appareils. Mais
cette étude avait un « style éditorial qui ne correspondait pas
au mandat donné », selon le directeur des communications de la
RACJ, Réjean Thériault. Les chercheurs de l’INRS – qui ont
toujours cru respecter le contrat – et la RACJ ont négocié des
modifications au cours de l’automne.
C’est à ce
moment que les versions de la RACJ et du chercheur Yves
Boisvert diffèrent. Ce dernier estime que le rapport –
légèrement modifié par rapport à l’original à la suite des
négociations – a été remis à la RACJ au début de 2003.
L’organisme a autorisé les chercheurs à publier le rapport à
la condition de ne pas révéler qui l’a commandé et payé, ce
qui a été fait. M. Boisvert n’a appris l’existence de l’étude
tronquée que l’automne dernier, lorsqu’il a reçu un coup de
fil de l’avocat Jean-Paul Michaud, qui représente les
demandeurs dans le recours collectif contre Loto-Québec.
Selon la version du porte-parole de la RACJ, Réjean Thériault,
l’INRS a remis deux rapports le 31 janvier 2003. L’étude
légèrement modifiée qui fait 114 pages et une autre de 53
pages, celle que la RACJ a déposée en Cour, « celle qu’on a
commandée et payée », qui « respectait le mandat ». « On n’a
pas tronqué d’étude », a affirmé M. Thériault.
Plus tard dans la journée, La Presse a demandé des précisions
à la RACJ sur sa version. Entretemps, Cyberpresse a révélé que
le ministre Dupuis avait déclenché une enquête administrative.
« Maintenant qu’il y a enquête, je n’ai pas de commentaires à
faire », a répondu Réjean Thériault, qui n’affichait plus la
même assurance. « Les informations qu’on a réussi à trouver ce
matin (hier) nous laissent croire qu’il n’y a pas eu
traficage. Mais on n’a pas fait une enquête exhaustive »,
at-il dit.
Yves Boisvert trouve « surprenante » la version des faits de
la RACJ. « Le document est tellement mal fait. Ça ne peut pas
venir de l’INRS », a-t-il lancé.
Le 11 décembre dernier, devant la Cour supérieure qui entend
le recours collectif, Yves Boisvert a affirmé sous serment que
l’étude de 53 pages « ne peut être attribuée » à son équipe de
recherche. « C’est un document assez choquant et heurtant pour
un chercheur parce qu’il y a des manipulations. Pour moi,
c’est un document fabriqué. »
« Je comprends que vous soyez heurté, a dit le j uge Gratien
Duchesne. Je trouve que vos qualificatifs sont, pour le moins,
tendres ! »
Des brevets gênants - ARIANE KROL
La capacité
de recherche ne devrait pas être assujettie au bon vouloir
des sociétés qui détiennent les brevets sur les gènes.
Breveter les gènes humains, est-ce acceptable? Le débat
vient d’être relancé aux États-Unis avec une poursuite
spectaculaire visant à interdire cette pratique. Il serait
étonnant que les tribunaux aillent aussi loin. Mais ce
recours soulève des questions extrêmement pertinentes.
La poursuite a choisi pour cible la société
biopharmaceutique Myriad, qui a été l’une des premières
entreprises à commercialiser un test génétique. Myriad
détient des brevets sur les gènes BRCA1 et BRCA2, dont
certaines mutations sont associées aux cancers du sein et de
l’ovaire, et sur des tests permettant de détecter ces
mutations. Des brevets qui, selon les plaignants,
restreignent la recherche et limitent la prévention – pour
les femmes qui n’ont pas les moyens de se payer les tests de
Myriad.
Des associations scientifiques représentant des centaines de
chercheurs appuient ce recours de l’American Civil Liberties
Union. Sur papier, la démonstration est convaincante. Mais
dans les faits, la solution devrait peut-être plutôt venir
de la façon dont on utilise les brevets sur les gènes.
Car
onn’estmêmepas sûrque ces brevets soient aussi puissants que
l’affirment les entreprises. L’Office européen des brevets a
récemment conclu que la protection qu’elle avait accordée à
Myriad ratissait trop large, et en a réduit la portée de
moitié. Ici, les provinces ont décidé de ne pas tenir compte
des revendications de la société américaine, et utilisent
plutôt des tests offerts par des labos canadiens.
Le brevetage n’est donc pas, en soi, un obstacle
insurmontable. Et il n’est pas le seul responsable des
problèmes d’accès vécus par des patientesaméricaines.
Évidemment, si d’autres labos étaient autorisés à
concurrencer Myriad aux ÉtatsUnis, le prix des tests
baisserait. Mais ils demeureraient quand même inabordables
pour beaucoup de patientes qui n’ont pas d’assurances
privées. Qu’un brevet portant sur un gène puisse verrouiller
l’offre diagnostique, est-ce exagéré? Et que l’accès à un
test aussi vital dépende de la capacité de payer, est-ce
normal? D’autres pays, dont la France et le Canada, ont déjà
répondu par la négative. Les ÉtatsUnis devront faire leur
examen de conscience.
Reste les obstacles à la recherche. Apparemment, Myriad
serait beaucoup plus ouverte que ce qu’affirme la poursuite.
Mais comme elle ne l’a jamais crié sur les toits, et qu’elle
suscite beaucoup de méfiance dans la communauté
scientifique, il est bien possible qu’effectivement, des
chercheurs se privent de travailler sur les gènes BRCA1 et
BRCA2.
De toute façon, ça ne change rien au fond de l’affaire. La
capacité de recherche ne devrait pas être assujettie au bon
vouloir des sociétés qui détiennent les brevets sur les
gènes. Il va falloir développer des mécanismes pour prévenir
de tels abus. Peut-être pourrait-on modifier les lois pour
interdire que les brevets servent à déclencher des
poursuites contre des chercheurs. Les gouvernements et
autres bailleurs de fonds publics pourraient aussi imposer
des conditions aux institutions dont ils financent les
recherches. On pourrait ainsi s’assurer que les découvertes
financées par les deniers publics restent dans le domaine
public, même quand elles sont rachetées par des entreprises
à but lucratif.
Faut-il
craindre la dictature subliminale? - Fabien Deglise
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre
2007
Mots clés :
dictature subliminale, communication, Publicité, santé,
Québec (province)
La scène est
un peu surréaliste. Allongé dans un scanner médical, un
individu regarde des publicités diffusées sur un petit écran
de télévision. Autour, les médecins se font rares. Ils ont
été remplacés par des psychologues et des spécialistes en
communication. Leur objectif? Surveiller les réactions du
cerveau aux stimuli commerciaux présentés.
La démarche
est franchement intéressée. À terme, elle devrait permettre
de comprendre les mécanismes cérébraux liés à la prise de
décision d'achat et de lever le voile sur les émotions qui y
sont associées, cela dans un but précis: planifier des
campagnes publicitaires que les consommateurs pourront
difficilement esquiver.
Science-fiction?
Pas
vraiment. Le neuromarketing -- l'utilisation de la
neuro-imagerie cérébrale à des fins commerciales -- commence
à faire son apparition dans l'univers secret et ultra
lucratif de la recherche sur le comportement des
consommateurs. Or, bien que marginal pour le moment, le
phénomène n'est pas sans inquiéter la Commission jeunesse de
l'éthique de la science et de la technologie (CJEST) qui,
dans un rapport rendu public la semaine dernière, appelle
consommateurs, gouvernement et marchands de rêve à la plus
grande prudence.
«La société
serait-elle à l'aube d'une dictature subliminale?», se
demande le groupe de 15 jeunes qui, sur le modèle du
Parlement jeunesse, vient de se pencher sur les questions
éthiques entourant l'émergence de cette nouvelle science de
la persuasion. Et leur bilan n'est pas très encourageant.
Dans les
entrailles du cerveau
À des
années-lumière des sondages et des groupes de discussion,
outils d'ordinaire mis à profit dans le domaine de la vente,
la neuro-imagerie ouvre désormais tout grand le cerveau
humain aux spécialistes de la communication commerciale et
autres vendeurs de «cossins».
Le hic, c'est
qu'en ayant en main des cartographies assez précises du
cerveau -- le seul organe humain qui cherche à se comprendre
lui-même -- lorsqu'il est exposé à toutes sortes de
messages, ces rois de la vente pourraient ces prochaines
années développer des campagnes d'une efficacité redoutable.
Des campagnes en mesure de manipuler sournoisement les
consommateurs. Et tout le monde frémit.
«Une telle
manipulation fait en sorte de traiter les personnes comme un
moyen plutôt qu'une fin, écrivent les membres de la CJEST,
ce qui va à l'encontre de la dignité humaine. Si le
neuromarketing peut effectivement en venir à restreindre la
capacité d'effectuer des choix rationnels et à orienter le
comportement des gens, les conséquences possibles sont
inquiétantes en ce qui concerne les applications éventuelles
dans des publicités politiques où à saveur idéologique.»
Manipulation
et appréhension
Perte
d'autonomie et de liberté: le portrait dressé par la
commission est catastrophique. Il n'est pas non plus sans
rappeler la savoureuse théorie du complot publicitaire
élaborée dans L'Affaire Bronswik, célèbre «documenteur» de
l'Office national du film réalisé en 1978. À cette époque,
la télévision soulevait en effet autant de craintes qu'elle
procurait de divertissements. À travers elle, les
réalisateurs Robert Awad et André Leduc ont eu alors l'idée
d'exploiter le thème de la manipulation des esprits en
racontant l'histoire de la télévision, de marque Bronswik,
dotée d'une puce qui envoyait des signaux au cerveau des
téléspectateurs pour les inciter à surconsommer. Contre leur
volonté.
Bien sûr,
face au neuromarketing, le groupe de travail est loin de
succomber à cet appel de la conspiration. Mais il y va quand
même de quelques recommandations afin d'éviter que ce
nouveau pan de la science finisse par aller trop loin.
Neuromarketing
sous
observation
Dans les
grandes lignes, le rapport suggère par exemple à Québec de
«mettre en place un programme de recherche [réunissant] des
chercheurs en neurosciences, sciences sociales et sciences
de l'administration afin de mieux comprendre les tenants et
les aboutissants du neuromarketing». Cette démarche devrait
aussi, selon la CJEST, s'accompagner d'une surveillance
accrue de ce secteur mais aussi des «effets potentiels sur
des groupes vulnérables» à une telle approche.
Autres
recommandations: le groupe de jeunes, qui ont joué aux
éthiciens dans le cadre de cette commission jeunesse,
propose au gouvernement de «favoriser le développement de
l'esprit critique dans la formation citoyenne et la
formation en éthique, tant au secondaire qu'au collégial».
Objectif? Aider les générations montantes à faire des choix
de consommation informés et surtout les prémunir contre le
chant des sirènes de la surconsommation.
L'idée coule
de source. Elle pourrait aussi, à terme, éviter aux
consommateurs de demain de se retrouver dans la situation
embarrassante dans laquelle Fry, le personnage principal de
Futurama, se place dans un des 72 épisodes de ce dessin
animé imaginé par Matt Groening.
Rappel des
faits: un matin, au réveil, le livreur de pizzas du XXe
siècle propulsé, par une longue histoire, dans le futur, a
une envie incontrôlable de s'acheter des «bobettes» qui,
croit-il, vont le rendre irrésistible auprès des femmes.
L'envie est irrationnelle et, une fois au magasin, il
découvre qu'elle a été induite par des messages
publicitaires diffusés dans son cerveau pendant qu'il
dormait. Une pratique commerciale courante dans le XXIe
siècle inventé par Groening. Mais tout ça n'est que
divertissement. Pour le moment, du moins.
***
Autre lieu,
autre préoccupation. Depuis des semaines, la force du dollar
canadien face à son cousin américain ne cesse de mécontenter
les consommateurs d'ici, qui sont désormais exposés à une
dure réalité: même si leur monnaie est devenue forte, cela
ne les empêche pas de payer plus cher des produits achetés
en dollars américains et importés justement des États-Unis.
Sceptique?
Cette semaine, un ordinateur portable Mac de base était
vendu 1099 $ US sur le site américain d'Apple, soit 1005 $
CAN selon le taux de change en vigueur par les temps qui
courent...
Or ce même
ordinateur est plutôt proposé aux consommateurs canadiens et
québécois, de surcroît par l'entremise du magasin en ligne
canadien de l'empire de la pomme, au prix de... 1249 $. Il
est question ici d'une différence de 244 $, ou 20 % environ
de la facture totale. Ce qui n'est pas rien pour un produit
de cette taille.
Disons-le,
cette observation est très amusante. Ou peut-être pas. [email protected]